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    Plan détaillé Texte intégral D’une guerre à l’autre, panser les plaies Pontchaillou : de l’école du désespoir au « lieu d’asile » Notes de bas de page Auteur

    La France en guerre

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    « Un petit enfant nous est né ! »

    L’espérance au fond de l’affliction d’après Lieu d’asile (1940) de Georges Duhamel

    Pauline Breton-Chauvet

    p. 111-124

    Texte intégral D’une guerre à l’autre, panser les plaies Renouer un fil interrompu S’engager dans l’épreuve « Il vaudrait mieux vivre sans mémoire » « Subsister, souffrir et mourir » Un « caravansérail de cris et de soupirs » L’impasse du « colloque singulier » Vie des martyrs et Lieu d’asile : quelle intertextualité ? L’historiographe et le témoin moral Déclin de l’hagiographie Pontchaillou : de l’école du désespoir au « lieu d’asile » Un kaléidoscope affligeant de l’exode Les femmes, les enfants et les vieillards L’unanimisme dans la débâcle ou débâcle de l’unanimisme ? L’affliction comme vecteur de l’espérance Métaphysique duhamélienne de la douleur « Le moral est un tas de petites choses » L’écriture d’un repli ontologique Une résilience mise en abîme Les « honneurs du bûcher » Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    « Toujours, l’âme se tourne vers une lumière qu’elle ne voit pas encore, vers une lumière à naître, dans l’espoir d’être tirée de sa nuit présente, nuit d’attente, nuit qui ne peut se prolonger sans la livrer à tout ce qui l’entraîne en quelque sorte organiquement vers la dissolution1. »

    1En France, l’évocation de l’année 1940 demeure dépendante de récurrences fortement négatives. « Débâcle », « détresse », « désastre » sont autant de termes qui irriguent l’interprétation synchronique et diachronique de cette période. Symptôme d’une vaste contagion émotionnelle, cette appréhension univoque tend à masquer la complexité et la variété des réactions morales suscitées par la résurgence des violences de guerre sur le sol national. De l’exode consécutif à la déroute de l’armée française, nous retenons ainsi l’image d’un désarroi total, disloquant le corps familial et social, et entraînant dans son sillage des centaines de milliers de morts, de blessés et de disparus2. Sans être tout à fait erroné, ce constat reste néanmoins incomplet tant que le tableau noir ne s’éclaire pas de quelques nuances claires. Protéiformes, ces dernières ne se limitent pas aux actions de charité et de solidarité entre réfugiés. L’espérance développée dans le lit d’une affliction parfois extrême s’est incarnée dans un large éventail de paroles, de gestes et de postures dont certains témoins – directs et indirects – ont rendu compte. Le médecin et écrivain Georges Duhamel, haute figure intellectuelle et morale de la première moitié du xxe siècle, n’est pas le moindre d’entre eux. Ce, moins en raison de ses nombreux titres et distinctions3, que du fait de sa position et de son action de mai à juillet 1940.

    2Suite au déclenchement de ce qu’il nomme « la guerre rouge4 », par opposition à la « guerre blanche » qui prévalait jusqu’alors, il réendosse l’habit du chirurgien après plus de vingt années consacrées exclusivement aux lettres. Mis volontairement à la disposition des structures sanitaires civiles, il est nommé à la tête de l’hôpital rennais de Pontchaillou, hospice reconverti en pôle d’accueil et de soins pour les réfugiés blessés. Lieu d’asile, écrit et publié en 1940, en brosse le tableau humain tout en éclairant l’envers sensible et affectif de l’exode. De prime abord, la mise en lien et la comparaison avec Vie des martyrs, composé pendant la Première Guerre mondiale, semblent s’imposer. Pour autant, les modalités et les limites de cette intertextualité débordent du cadre de l’analyse strictement littéraire et nous obligent à démêler l’écheveau de ses enjeux historiques, de ses implications morales et de ses prolongements métaphysiques. Cette approche permet de saisir le temps dans son essence non linéaire et de lui restituer une place centrale dans la grille de lecture historique appliquée au printemps et à l’été 1940.

    3De cette façon, nous pourrons évaluer les formes et les fonctions de l’espérance duhamélienne dans le cadre d’un processus de réitération et d’amplification des violences de guerre contre les individus. Si nous ne pouvons prétendre résumer l’état moral d’un pays entier à celui d’un seul homme, il convient réciproquement de ne pas exagérer la force dirimante des mois qui ont précédé la signature de l’armistice. L’analyse à suivre doit participer, à sa mesure, à la restauration de l’équilibre entre le poids du singulier et celui du collectif dans la marche historique des sociétés. Sans universaliser à outrance sa portée, nous verrons notamment comment l’écriture de Lieu d’asile traduit un mouvement de repli ontologique consécutif à la « débâcle ».

    4Au préalable, il est nécessaire de déterminer les permanences, les ruptures et les discontinuités qui forment la trame de l’action médicale et testimoniale de Duhamel d’une guerre mondiale à l’autre. Les lignes d’évolution ainsi dégagées apporteront des éléments d’intelligibilité à cette interrogation centrale : par quels moyens et à quelles fins l’école de désespoir de Pontchaillou a-t-elle été transformée en « lieu d’asile » ?

    D’une guerre à l’autre, panser les plaies

    Renouer un fil interrompu

    S’engager dans l’épreuve

    5Le 10 mai 1940, soit huit mois après la déclaration de guerre de la France et du Royaume-Uni à l’Allemagne, la Wehrmacht envahit les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Dans les jours qui suivent, le front français est percé sur la Meuse puis près de Sedan. La « guerre rouge5 » implique désormais la France, rapidement acculée par les forces allemandes, lesquelles contraignent à l’exode des millions de civils6 et de militaires. Cette débâcle entraîne la dispersion des intellectuels, répartis surtout entre Paris, la zone sud, et l’étranger pour ceux qui préfèrent l’exil à la menace d’occupation7. À l’heure où chacun se trouve confronté à son propre cas de conscience, Duhamel choisit de renouer avec sa vocation médicale. Vingt-deux ans après son douloureux renoncement à la médecine, il s’apprête de nouveau à fondre ses principes moraux et sa contemplation biologique dans une action salvatrice. Affirmer que la Seconde Guerre mondiale n’est pas une simple répétition de la Première est un truisme, largement démontré par l’historiographie des vingt dernières années. Toutefois, les changements de contexte n’invalident pas la réalité du sentiment de réitération, lequel exige une compréhension approfondie sous peine de restreindre l’ampleur de son influence.

    6À l’été 1914, Duhamel se rend à l’hôpital Bégin de Saint-Mandé afin de signaler sa volonté d’être incorporé dans l’armée active. Il adhère alors à certains éléments de la culture de guerre, telle la croyance en une « guerre expiatoire8 », et pense qu’il est nécessaire d’acquérir la paix « au prix de toutes les tristesses possibles9 ». En mai 1940, son sentiment du devoir n’est plus de même nature. D’ordre familial et affectif plutôt qu’idéologique, il découle d’abord de la mobilisation de ses deux fils aînés. En effet, Bernard est incorporé depuis le mois d’octobre 1939 en qualité de médecin auxiliaire. Jean, âgé de vingt ans, est quant à lui mobilisé au début de l’année 194010. L’affectation de Bernard dans le nord-ouest de la France détermine le lieu choisi par Duhamel lors de sa mise à disposition volontaire. Il se présente ainsi au Professeur Eugène Marquis, directeur de l’École de médecine de Rennes, dans un contexte de forte pénurie de médecins civils et militaires. Il est alors nommé à la tête de l’hospice de Pontchaillou, situé au nord-ouest de Rennes.

    7Présenté par Duhamel comme le « royaume et le refuge de la charité en péril11 », l’établissement est initialement dédié à l’accueil des vieillards, des orphelins et autres indigents. En mai 1940, il s’apprête à recevoir les dizaines de blessés excédentaires de l’Hôtel-Dieu de Rennes. Ce premier afflux se caractérise par l’hétérogénéité ordinaire d’un hôpital : malades, suites de couches, patients en soins palliatifs, accidentés. Beaucoup d’entre eux, victimes de fractures, ont subi des opérations délicates et sont immobilisés à l’aide d’appareils lourds12. Leur évacuation vers l’hospice de Pontchaillou s’effectue à la hâte et dans une atmosphère de panique13.

    8Dès le mois de juin, l’hospice désormais transformé en hôpital reçoit les blessés de guerre, majoritairement des civils frappés sur les routes ou dans leurs maisons par les bombardements. Rappelons que Rennes et sa région sont alors totalement engorgés par des flux de populations originaires des départements du nord, de l’est et du centre de la France. Le 17 juin, l’explosion d’un train de munitions en gare de Rennes cause près de 2 000 morts – parmi lesquels des réfugiés et des soldats – ainsi que de nombreux blessés14, soignés en partie à Pontchaillou. Duhamel se voit confier les opérations des plaies des membres, tandis que le professeur Marquis traite les plaies les plus graves, thoraciques ou abdominales.

    « Il vaudrait mieux vivre sans mémoire »

    9Durant cette période, Charles Vildrac écrit dans son journal : « En ce moment, il vaudrait mieux vivre sans mémoire, dans un cabanon ou sous la tente15. » L’historien Paul Fussell, soldat pendant la Seconde Guerre mondiale, observe une généralisation de ce constat. Ceux qui ont connu les épreuves du Premier conflit partageraient le « sentiment démoralisant et fort peu romantique d’être déjà passé par là de bout en bout autrefois16 ». Le sentiment de réitération éprouvé par Duhamel se nourrit de l’universalité de l’expression plurielle de la douleur, mais pas exclusivement. Dès la signature du traité de Versailles, Duhamel redoute les germes belliqueux d’une paix illusoire17. Son discours d’anticipation gagne en acuité pendant les années 1930 pour devenir clairvoyant après les accords de Munich, en septembre 193818. Par conséquent, cette nouvelle guerre lui apparaît comme la prolongation et l’achèvement inévitables de la Première. S’il peine à se détacher du spectre de cette dernière, il n’en est pas moins lucide à l’égard de la nature du nazisme, dont il saisit partiellement les dimensions idéologiques ainsi que les mécanismes d’endoctrinement19. Par ailleurs, la guerre d’Espagne, qui se déroule de juillet 1936 à mars 1939, lui donne l’occasion de noter l’évolution des violences de guerre, caractérisées par une radicalisation et une amplification à l’égard des populations civiles : « Les femmes, les enfants, les vieillards, voilà maintenant la pâture que réclament les divinités carnassières20. » En 1940, Duhamel a donc la conscience nette de l’approfondissement et de l’extension du phénomène de guerre totale21 introduit vingt-six ans plus tôt. Cette configuration mentale n’est pas sans incidence sur sa pratique médicale, sa réflexion et sa conduite morales.

    « Subsister, souffrir et mourir »

    Un « caravansérail de cris et de soupirs »

    10Lorsque Duhamel arrive à Pontchaillou, ses préoccupations immédiates ne diffèrent pas de celles qui ont guidé son action médicale à l’hôpital de Sapicourt, où il est affecté en juin 191522. L’interdépendance du protocole de soin et de la médecine morale est toujours à l’origine du triptyque connaître, soigner, consoler. Inaugurée par le regard, l’expérience sensorielle du médecin ne connaît guère de variations d’une guerre à l’autre. Le médecin respire la même odeur d’éther, de sang, de chairs infectées et de sanie. Examinées au plus près, les empreintes de la violence sur les chairs conservent les mêmes reliefs. Le plus souvent causées par des éclats d’obus ou de torpille, elles donnent lieu, comme au début du siècle, à des opérations de chirurgie lourde : amputations des membres inférieurs ou supérieurs, énucléations, laparotomies, reconstructions faciales, etc. Minutieusement archivées par Georges Duhamel, les fiches individuelles établies pour chaque patient déroulent le panorama d’une action médicale et chirurgicale contrastée23. Les phases d’activité aiguë alternent avec les temps de veille propres à l’agonie et à la convalescence. De même, les maux anodins – ou du moins curables – succèdent régulièrement aux blessures létales, conférant à la vie et à la mort une étroite proximité.

    L’impasse du « colloque singulier »

    11Dans ce nouveau contexte guerrier, qu’advient-il du « colloque singulier », cette relation entre « l’être souffrant et celui dont il attend la délivrance24 » ? La question est cruciale car elle ouvre sur l’évaluation de la valeur morale de l’Homme. Associée à l’enjeu vital, l’absence des êtres chers a donné toute sa densité au « colloque singulier ». En 1940, les facteurs indispensables à l’élaboration d’un « colloque singulier » au sens strict du terme ne sont plus réunis. Tout d’abord, l’intimité du duo entre l’être souffrant et le médecin n’est plus permise. En 1940, ni Duhamel ni les blessés ne sont véritablement seuls et isolés. En effet, les civils parcourent les routes en famille et sont donc accompagnés de leurs proches lorsqu’ils sont touchés. Des familles entières arrivent parfois à Pontchaillou, compliquant la tâche morale du médecin. Car il est souvent moins aisé de sauver un être veillé anxieusement par un parent, que de ranimer l’espoir au fond d’une douleur solitaire. Par ailleurs, Duhamel n’est plus l’ultime témoin des êtres souffrants, puisqu’il est régulièrement suppléé par son épouse, ses fils ainsi que les religieuses de l’hôpital. Le « colloque singulier » n’est donc plus une relation exclusive entre le médecin et le blessé. Il se décompose en de multiples ramifications qui élargissent son spectre social25.

    Vie des martyrs et Lieu d’asile : quelle intertextualité ?

    L’historiographe et le témoin moral

    12À la fin de l’été 1940, Georges Duhamel reprend la plume afin de consigner l’histoire de ces « cinq à six cents blessés civils ramassés au long des routes, dans les champs, dans les bourgs26 ». Il justifie a posteriori son entreprise scripturale en ces termes :

    « montrer du moins à mes compatriotes, et peut-être au monde entier, que les Français de l’année 1940 n’étaient point indignes de leurs pères, les hommes de 1918, et qu’ils savaient, eux aussi, regarder le malheur en face27 ».

    13Ce faisant, il défend implicitement l’idée d’une continuité testimoniale entre Vie des martyrs et Lieu d’asile. L’analyse intertextuelle et transdisciplinaire de ces deux récits de guerre révèle cependant d’importantes modulations de perspectives, d’intentions et de mises en forme narratives. Il ne peut en être autrement en raison de l’essence subjective du témoignage, imprégnée par ailleurs d’une « doxa inconsciente d’elle-même28 » en constante évolution. La relation intersubjective, à la fois genèse et aboutissement de la déposition, présente de facto des caractères circonstanciés et éphémères, définis par les interactions entre l’individu et la dynamique collective dans laquelle il est immergé.

    14Témoigner : comment, pour qui et pourquoi ? En 1915, il s’agit d’abord pour Duhamel de « faire entendre29 » – à défaut de « faire parler30 » – la voix de ceux que la parole a désertés. Il fait le choix d’un mode narratif simple, à la première personne du singulier31, pour devenir le scribe des êtres souffrants. Le devoir testimonial fait peser sur le récit une forte exigence éthique, un devoir de vérité32. Cela est d’autant plus vrai que Duhamel dépose pour le blessé de guerre, témoin moral par excellence. Le philosophe Avishai Margalit définit ce dernier comme celui qui assiste à la fois au mal et à la souffrance qu’il subit. Il a une « connaissance directe de la souffrance » dont il « n’est pas seulement témoin mais victime33 ». Contrairement au blessé, Duhamel n’a pas vécu l’épreuve de la douleur et ne peut en avoir une connaissance effective malgré son empathie. La conscience de cette impasse n’empêche pas l’ambiguïté du témoignage de Duhamel, lequel confond parfois ses souffrances physiques et morales avec celles des blessés34. Mémorial immatériel, acte cathartique, entreprise de remémoration, ode à la communion, exhortation à la charité, chant de pitié, Vie des Martyrs est avant tout un témoignage chargé de donner sens aux souffrances causées par la guerre, aussi paroxystiques soient-elles. Tout sauf neutre, il construit et prolonge une réflexion philosophique, métaphysique et éthique conduisant au prosélytisme de la « civilisation morale35 ».

    15Il n’en va pas exactement de même pour Lieu d’asile, où l’historiographe tend à supplanter le témoin. Duhamel tente une mise à distance de l’événement ainsi qu’un effort autocritique à l’égard de sa recomposition littéraire. Il se veut garant d’une vérité historique qu’il entend rendre intelligible36. En certifiant l’exactitude de son récit, il nie son acte de littérature, comme il l’avait fait lors de la parution de Vie des martyrs37. Sans tomber dans un « laconisme désenchanté38 », Duhamel opère bien un allégement formel au service de la sobriété. Le texte n’est toutefois pas exempt de poétique narrative, comme en atteste l’usage récurrent d’oxymores, la composition allégorique et le lyrisme pathétique de certaines images39. Une tonalité tragicomique affleure également par endroits, ajoutant à l’absurde d’une guerre déshumanisante et dépersonnalisante. À titre d’exemple, cette vieille dame surnommée « Mme Escalope » car l’explosion d’une bombe lui a découpé « une escalope dans la fesse », transformant la vénérable aïeule en « marchande à la toilette40 ». S’il réindividualise la souffrance, Duhamel ne la repersonnifie que sporadiquement et ne lui attribue plus systématiquement de valeur transcendante, contrairement aux martyres de la guerre précédente. De Vie des martyrs à Lieu d’asile, la nécessité testimoniale perdure donc mais elle ne sert plus tout à fait les mêmes fins. Duhamel s’éloigne du dolorisme pour présenter et reconnaître les souffrances de guerre dans leurs ambivalences, leurs aberrations, leurs contradictions ; bref, leur non-sens apparent.

    Déclin de l’hagiographie

    16L’écriture de Lieu d’asile s’incorpore dans une stratégie narrative d’hommage envers ceux que la guerre a affligés. Les récits de l’agonie de Collin, de Marcelle Boissière, de Simone Bouteille, de Soubrat, pour ne citer qu’eux, forment un mémorial immatériel – certes, fragmenté – au même titre que les pages de Vie des martyrs. Sans disparaître totalement, la démarche hagiographique ne conditionne cependant plus la structure du discours. Elle subsiste par touches au travers d’un champ lexical religieux41 et de plusieurs liens analogiques entre la vie du Christ et celle du blessé de guerre42. La comparaison est d’autant plus aisée lorsqu’elle implique un membre du clergé ou une religieuse, telle la « mère Saint-Mathias43 » et la « petite sœur Marie de l’Annonciation qu’un siècle moins ingrat mettrait au nombre des martyrs44 ». Là serait toute la différence entre les blessés de la Première Guerre et ceux de la Seconde : les premiers sont des « martyrs », les seconds des « victimes innocentes45 ». Dans le premier cas, la souffrance est consentie ; dans le deuxième, elle est subie. Il convient de rappeler que le terme de « martyr », selon son étymologie grecque ancienne, renvoie d’abord à la notion de « témoin ». Mais dans l’usage établi par la tradition chrétienne, le nom de martyr s’applique exclusivement « à celui qui donne le témoignage du sang46 » par le sacrifice de sa vie. Le martyre, par définition, restreint le rôle de la contingence lorsqu’il ne le supprime pas complètement. Le statut particulier du combattant explique, faute de légitimer, son exposition au danger. Or, les individus touchés en 1940 le sont aléatoirement, sous l’effet combiné de l’infortune – Duhamel lui-même emploie ce terme47 – et de la malchance. Cette absence de logique suscite chez Duhamel une forte perplexité dont il n’hésite pas à faire part48. Le médecin observe que les blessures les plus graves et les plus mutilantes ont d’abord concerné les femmes et les enfants, précisément ceux qui étaient les plus vulnérables et les moins aptes à les supporter49.

    Pontchaillou : de l’école du désespoir au « lieu d’asile »

    Un kaléidoscope affligeant de l’exode

    Les femmes, les enfants et les vieillards

    17Évoquer la trajectoire qui les a menés jusqu’à l’hôpital de Pontchaillou équivaut à dérouler un kaléidoscope affligeant de l’exode, corroborant les conclusions de l’historiographie inhérente au sujet. Le vocabulaire et les métaphores utilisés pour décrire l’exode coïncident avec ceux de la plupart des récits de l’événement. À l’instar de nombre de ses contemporains, il assimile la migration massive des populations à un « flot confus50 », charriant pêle-mêle « des chariots, des bêtes et des multitudes épouvantées51 ». S’en dégage une impression de désorganisation générale aggravée par la rumeur menaçante et persistante d’éventuels bombardements. Réduites et disloquées, les familles parvenues à Pontchaillou témoignent d’un important relâchement des mailles du tissu social et familial. Il n’en est pas une qui ne compte des morts, des blessés et/ou des disparus. Des enfants se retrouvent alors orphelins tandis que des parents pleurent leur progéniture perdue. Le petit Bernard Roussel, blessé grièvement par un éclat de bombe, a ainsi perdu dans le même temps sa grand-mère, sa mère et sa sœur. Seuls le père et ses deux fils ont survécu52. Dans des proportions difficilement quantifiables, de nombreux couples ont également été séparés, temporairement ou définitivement, à l’image de Mme Remlinger et de son époux53.

    18Au délitement des structures familiales et affectives, il faut ajouter l’extrême misère physiologique ainsi que le dénuement matériel dus à l’urgence – réelle ou supposée – des évacuations et aux conditions de l’exode. La pénibilité des marches s’est matérialisée dans la chair des individus, du plus jeune au plus âgé. Les pieds, en particulier, apparaissent « meurtris, usés, bouffis, tuméfiés par l’indicible fatigue54 ». L’affaiblissement et la dégradation physiques occasionnés uniformisent l’apparence et engendrent un reflux de la personnalité vers les zones insondables de l’être55. Qu’ils s’agissent des femmes, des enfants, des vieillards ou des hommes, tous subissent la double épreuve d’une diminution physique et d’une altération morale. Confrontés à l’éclatement de leurs repères familiers – temporels, environnementaux, sociaux –, ils s’abandonnent le plus souvent à des émotions négatives telles que la peur, l’amertume, la tristesse et le découragement56. L’envergure massive de cette détresse interroge l’existence de formes d’unanimisme dans la débâcle.

    L’unanimisme dans la débâcle ou débâcle de l’unanimisme ?

    19Duhamel affirmera rétrospectivement « redouter l’unanime57 », qu’il associe à une force d’aliénation et d’oppression sur l’épanouissement individuel de l’esprit. Tel qu’il est présenté par Jules Romains, l’unanimisme renvoie à une vision holistique de l’humanité, où les sentiments individuels sont conditionnés par l’appartenance à de larges groupes humains58. Individualiste, Duhamel ne peut adhérer sans réserve à cette conception. Néanmoins, plutôt que de la rejeter, il en inverse la logique centrale. Ce n’est plus le collectif qui détermine l’essence et la place de l’individu, mais la communion d’êtres auparavant isolés qui crée et oriente une dynamique d’ensemble. L’exode est sans doute l’une des cautions historiques les plus fortes apportées à l’unanimisme, selon son acceptation à la fois ascendante et descendante. Dans un premier temps, une contagion émotionnelle de grande ampleur enserre les individus dans un réseau de contraintes collectives qui modifie leur capacité individuelle d’action et de décision. De proche en proche, la circulation des rumeurs et des représentations souvent – mais pas toujours59 – fantasmées de l’ennemi suffit à vider les villages de leurs habitants. L’expression de « vague » migratoire traduit bien les vastes mouvements ondulatoires qui se propagent sur les routes de France. Elle démontre l’effacement de l’individu au profit de l’émergence d’une entité collective unique, assemblage d’éléments hétéroclites sous l’influence conjuguée d’une distorsion perceptive du temps, de périls paroxystiques, et d’une réduction drastique du libre-arbitre dans le cadre d’une guerre totale.

    20« L’œuvre de l’infortune60 » a défait des trames de sociabilité, mais elle en a aussi créé de nouvelles. Les désagrégations familiales et sociales autorisent paradoxalement la constitution de groupements inédits. Éclos dans l’adversité, ils se composent de personnes ayant « marché dix ou douze jours, au même pas, poussant, côte à côte, sur la route, des voiturettes d’enfants61 ». Cette solidarité affective trouve d’autres déclinaisons au sein d’un hôpital. Comme ce fut le cas dans les ambulances 9/3 et 16 du premier conflit, la promiscuité physique et l’endurance commune de la douleur génèrent une intimité complexe, étoffée dans de « chauds petits nids d’amitié62 ». La composition de Lieu d’asile trahit une assimilation progressive et relative de la vision holistique des grands ensembles humains, telle qu’elle est mise en poésie par Romains. La mise en parallèle d’extraits de La Vie unanime avec certains passages du récit duhamélien est éclairante. Lorsqu’il écrit : « on entend naître et grandir un souffle entrecoupé, la respiration de cent poitrines qui se contractent pour résister de leur mieux à la contagion des sanglots63 », Duhamel fait écho, consciemment ou non, aux vers d’un poème intitulé « Dimanche » :

    Ils vont du même sens ; leurs gestes font un seul
    Mouvement qui se propage et s’amplifie,
    Rien qu’un seul mouvement qui les ébranle tous64.

    21Duhamel s’inquiète de cette interdépendance car elle serait un puissant vecteur de diffusion du désespoir, de la mélancolie et du renoncement65.

    L’affliction comme vecteur de l’espérance

    Métaphysique duhamélienne de la douleur

    22Ces émotions entretiennent l’affliction, comprise comme une douleur profonde et durable accompagnée d’un abattement de l’esprit annihilant l’espoir. Il ne reste alors que l’espérance, cette réponse confiante de l’être malgré l’opacité de l’avenir, ce « savoir par-delà le non-savoir66 ». En conséquence, il ne peut y avoir à proprement parler espérance que là où intervient la tentation de désespérer. Duhamel parvient à surmonter cette tentation lorsqu’il peut attribuer une signification métaphysique et morale à la douleur. Cette dernière arracherait en effet l’individu à lui-même pour l’entraîner vers l’exploration de ressources morales inédites et, par conséquent, vers de nouveaux replis identitaires. La douleur imposerait une sorte de mort morale, qui permettrait la naissance d’une personnalité nouvelle porteuse d’une « métaphysique qui bouleverse l’ordinaire de sa relation aux autres et au monde67 ». Pendant la Première Guerre, cette transformation morale et identitaire de l’être souffrant est le plus souvent perçue comme une transcendance, une élévation vers des vertus supérieures. La « puissance de métamorphose68 » induite par la douleur ne peut être une dégradation puisqu’elle tend à révéler l’authenticité de la nature humaine, dont le caractère est divin selon la rhétorique anthro-pocentriste de Duhamel. Les « ombres heureuses69 » de la guerre précédente inspiraient ainsi un élan confiant en l’avenir des hommes. En 1940, Duhamel se contente de louer les qualités de courage, de sang-froid et de combativité manifestées par les patients de Pontchaillou. La douleur ne transcende plus, elle afflige et diminue. Elle conserverait toutefois un caractère expiatoire70.

    « Le moral est un tas de petites choses »

    23Le déclin de l’espérance métaphysique qui découle de la non-reconnaissance du « martyre » alimente la nécessité d’une espérance « terrestre, précise71 ». La Possession du monde, achevé en 1918 et publié en 1919, en présente les ingrédients : la contemplation sensible et poétique de la Nature, l’exploration sensorielle du monde, la discipline ascétique ainsi que la prédisposition à la découverte72. Au printemps de l’année 1940, Duhamel puise toujours ses sources de réconfort dans ce qu’il nomme « la beauté rédemptrice du monde73 ». Il prend néanmoins garde à ne pas confondre ses points d’arrimage moral avec ceux des individus soignés à Pontchaillou. Privés de leurs foyers, de perspectives d’avenir claires et sécurisantes, ils développent une quête avide de consolations. Dès lors, tout a valeur de refuge, de l’amitié partagée jusqu’aux objets les plus insignifiants. Duhamel présente ainsi la relation de Mme Prault à son « réveille-matin de métal émaillé74 », seul vestige conservé de sa vie antérieure à la débâcle75. Pour d’autres, la survie morale s’affermit dans l’écoute de notes musicales76 ou dans la lecture. Livres, magazines, vieux journaux, tout support écrit constitue une échappatoire pour s’extraire d’une temporalité trop désolante77. Les actions de charité désintéressées78, enfin, sont créatrices de liens interpersonnels indispensables à la résilience.

    L’écriture d’un repli ontologique

    Une résilience mise en abîme

    24Plus empirique que scientifique, le concept de résilience est emprunté au terme anglais resilience qui définit la capacité d’un matériau à résister au choc79. Transposée à l’être humain, la résilience est une force morale capable de triompher du découragement et du désespoir. Lieu d’asile est une mise en abîme de la résilience, qu’elle met en œuvre tout en l’honorant. Diffractée, elle est restituée dans la variété de ses déclinaisons individuelles, démontrant qu’il existe autant de formes de résilience que d’afflictions. La somme des victoires morales prépare celle de Duhamel, dont la résilience s’adosse à une réduction eidétique. Husserl théorise en ces termes la mise entre parenthèses du fait et l’affleurement de l’idée. En réaction à l’affaissement idéologique et à l’absurde des ravages de la guerre, Duhamel loue la vie en tant que puissance sentie et non connue. Il illustre le propos de Paul Ricœur sur « la grâce de la vie, dont le flux et le reflux font la force ou la faiblesse même du courage80 ». Rien d’étonnant donc à ce qu’une naissance vienne conclure le récit de Lieu d’asile :

    « À huit heures, le petit enfant vient au monde. […] Il crie et ce cri nous remplit tous d’une sainte allégresse. […] C’est un appel vers l’avenir. C’est un vrai chant de confiance et d’espoir. La mère sourit et déclare que l’enfant s’appellera Pierre. Pierre, tu es pierre et sur cette pierre fragile nous rebâtirons notre patrie81. »

    25Elle doit être interprétée comme un repli ontologique, une affirmation de la pérennité et de la nécessité de l’Être indépendamment du cadre de son expérience de vie. En 1940, l’espérance de Duhamel est un consentement qui s’enfonce dans l’épreuve, une attente autosuffisante.

    Les « honneurs du bûcher »

    26Lorsque Duhamel se rend au Mercure de France pour faire le service de presse de Lieu d’asile, il reçoit un appel téléphonique de la Propaganda-Staffel lui intimant l’ordre d’interrompre ce travail, et lui annonçant que les exemplaires imprimés vont être saisis et mis au pilon82. Ainsi, les 25 000 exemplaires de Lieu d’asile – ouvrage pourtant exempt de références politiques – sont à peine imprimés qu’ils sont saisis par les Allemands, puis brûlés. La destruction physique d’une partie de l’œuvre de Duhamel marque une grave atteinte dans l’évolution de la pensée de l’auteur. Extrêmement symbolique, l’autodafé est un coup violent porté au cœur de sa conception de l’homme et participe d’une entrée progressive en déréliction.

    *

    27Si Lieu d’asile n’a jamais connu de réception semblable à celle de Vie des martyrs et de Civilisation – prix Goncourt 1918 –, il n’en demeure pas moins incontournable pour aborder l’intrication de l’expérience singulière et de la dynamique collective à l’origine du diagnostic d’« année terrible ». Il invite à remettre en cause sa valeur intrinsèquement négative pour entrevoir les conditions d’émergence ainsi que les potentialités d’une réduction eidétique protéiforme, qui n’est sans doute pas autre chose que la vie elle-même.

    Notes de bas de page

    1 Marcel Gabriel, Homo Viator : prolégomènes à une métaphysique de l’espérance, postface de Pierre Colin, Paris, présence de Gabriel Marcel, 1998 (Paris, Aubier, 1945), p. 40.

    2 D’après Éric Alary, six à huit millions de personnes se jettent sur les routes de France de mai à juin 1940. Cent mille sont tuées et blessées au cours de l’exode (Alary Éric, Les Français au quotidien, avec la collaboration de Vergez-Chaignon Bénédicte et Gauvin Gilles, Paris, Perrin, 2009, p. 62).

    3 Prix Goncourt 1918 avec Civilisation, Georges Duhamel est membre de l’Académie française depuis novembre 1935, président d’honneur de l’Alliance française depuis juin 1937, et président de l’Alliance du livre depuis 1939.

    4 Duhamel Georges, Mémorial de la guerre blanche, Paris, Mercure de France, 1939, p. 10.

    5 Ibid.

    6 Les « civils » renvoient à la partie de la population non engagée dans les forces armées (Horne John, « Les civils et la violence de guerre », dans Audoin-Rouzeau Stéphane, Becker Annette et al. [éd.], La violence de guerre, 1914-1945, approches comparées des deux conflits mondiaux, Paris, Éd. Complexe, 2002, p. 135).

    7 Ory Pascal et Sirinelli Jean-François, Les intellectuels en France : de l’affaire Dreyfus à nos jours, Paris, Armand Colin, 2002 (1986), p. 121.

    8 Vatin Philippe, « Du pacifisme des artistes pendant la Grande Guerre », Guerres mondiales et conflits contemporains, avril 1988, n° 150, p. 17-44, p. 31.

    9 Lettre de Georges Duhamel à Blanche Albane datée du 18 juillet 1916 ; Duhamel Georges et Blanche, Correspondance de guerre, 1914-1919, préface d’Antoine Duhamel, introduction de Jean-Jacques Becker, édition établie et annotée par Arlette Lafay, t. 1, Paris, Honoré Champion, 2007, p. 1096.

    10 Lettre de Blanche Duhamel à Stefan Zweig datée du 2 octobre 1939 ; Georges Duhamel-Stefan Zweig : correspondance, édition établie, présentée et annotée par Claudine Delphis, Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 2001, p. 153-154.

    11 Duhamel Georges, Lieu d’asile, publié dans Récits des temps de guerre, Paris, Mercure de France, 1949, p. 299.

    12 Ibid., p. 304.

    13 Ibid., loc. cit.

    14 Azéma Jean-Pierre, 1940, l’année noire, Paris, Points, 2012 (Fayard, 2010), p. 124.

    15 Vildrac Charles, Pages de journal, 1922-1926, Paris, Gallimard, 1968, p. 110.

    16 Fussell Paul, À la guerre, psychologie et comportements pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Seuil, 2003 (1992), p. 167.

    17 Duhamel Georges, Entretiens dans le tumulte, Paris, A. Guillot, 1948 (Paris, Mercure de France, 1919), p. 208-212.

    18 Duhamel Georges, Mémorial de la guerre blanche, op. cit., p. 54-58.

    19 Duhamel Georges, Positions françaises : chronique de l’année 1939, Paris, Mercure de France, 1940, p. 142-155.

    20 Duhamel Georges, « Du fond des ténèbres », Le Figaro, 27 janvier 1937.

    21 Léon Daudet définit la « guerre totale » comme « l’extension de la lutte, dans ses phases aiguës comme dans ses phases chroniques, aux domaines politique, économique, commercial, industriel, juridique et financier. Ce ne sont pas seulement les armées qui se battent, ce sont aussi les traditions, les institutions, les coutumes, les codes, les esprits et surtout les banques », cf. Daudet Léon, La guerre totale, Paris, Nouvelle Librairie nationale/Médicis, 1918, p. 8, cité par Grondeux Jérôme, « Comment la Première Guerre mondiale a-t-elle modifié notre perception de l’histoire ? », Transversalités, janvier-mars 2015, n° 132, p. 9-25, p. 18.

    22 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 302.

    23 Au cours du mois de juin, l’hôpital de Pontchaillou reçoit notamment les blessés suivants : Madame Lucien Laissé, 30 ans, victime de plaies dans la région jugulaire droite et à la face antérieure de la cuisse droite ; Louise Lalignie, 24 ans, plaies par éclats de bombe dans la région trochantérienne droite et à la face postérieure de la jambe droite ; Joseph Lambot, 74 ans, fracture compliquée du bras gauche par éclat d’obus ; Roger Lampaert, 11 ans, blessé par une voiture à cheval ; Andrée Largeau, 22 ans, luxation suite à un accident (archives privées de la famille Duhamel, fiches médicales individuelles relatives aux patients de l’hôpital de Pontchaillou).

    24 Duhamel Georges, Paroles de médecin, Monaco, Éd. du Rocher, 1944, p. 13.

    25 Archives privées de la famille Duhamel, Lettre d’Armande Dumont-Renard à la famille Duhamel datée du 3 mai 1941. Je remercie Arlette Lafay d’avoir mis ces documents à ma disposition.

    26 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 295.

    27 Ibid., loc. cit.

    28 Dornier Carole et Dulong Renaud (éd.), Esthétique du témoignage, actes du colloque tenu à la Maison de la recherche en sciences humaines de Caen, 18-21 mars 2004, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme, 2005, p. xv.

    29 Duhamel Georges, Vie des martyrs, réédité dans Vie des martyrs et autres récits des temps de guerre, préface par Jean-Jacques Becker, Paris, Omnibus, 2005 (Paris, Mercure de France, 1917), p. 10.

    30 On peut lire sur l’une des versions manuscrites primitives du récit : « Au fond des plaies, au fond de la chair mutilée, s’agite et s’exalte une âme extraordinaire, furtive, qui ne se manifeste pas aisément, qui s’exprime avec candeur, mais que je voudrais faire parler pour vous. » (BnF, NAF 28275, dernière version manuscrite de Vie des Martyrs.)

    31 Duhamel Georges, Vie des martyrs, op. cit., p. 40.

    32 La question de l’exigence éthique et morale de l’écriture de guerre est développée dans Audoin-Rouzeau Stéphane et Becker Jean-Jacques, « Blaise Cendrars et La main coupée », dans « La littérature et la guerre de 1914-1918 », Guerres mondiales et conflits contemporains : revue trimestrielle d’histoire, Paris, PUF, juillet 1994, n° 175, p. 21-37, p. 31.

    33 Margalit Avishai, L’Éthique du souvenir, Paris, Climats, 2006, p. 161.

    34 Duhamel Georges, Vie des martyrs, op. cit., p. 76.

    35 Dans Civilisation, paru en 1918, Georges Duhamel oppose dans un rapport antithétique la « civilisation morale » – autrement dit tout ce qui relève de l’effort intellectuel, éthique et spirituel désintéressé – à la civilisation scientifique et technique, coupable d’avoir retourné la puissance humaine contre elle-même.

    36 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 296.

    37 Alfred Vallette, directeur des Éditions du Mercure de France, écrit à Georges Duhamel : « Vous pouvez être tranquille : ce n’est pas un “acte de littérature”. À mon avis, c’est mieux. » (BnF, NAF 28275, lettre d’Alfred Vallette à Georges Duhamel datée du 1er décembre 1915.)

    38 Fussell Paul, À la guerre…, op. cit., p. 167.

    39 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 309.

    40 Ibid., p. 317.

    41 « La grâce et la miséricorde sanctifient de leur sourire ce lieu de mélancolie », Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 299.

    42 Ibid., p. 317.

    43 Ibid., p. 331.

    44 Ibid., p. 316.

    45 Ibid., p. 327.

    46 Duplacy Jean, George Augustin et al. (éd.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Les Éditions du Cerf, 1991, p. 723.

    47 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 357.

    48 Ibid., p. 336.

    49 Ibid., p. 322.

    50 Ibid., p. 314.

    51 Ibid., loc. cit.

    52 Ibid., p. 320.

    53 Ibid., p. 318.

    54 Ibid., p. 317.

    55 Ibid., p. 319.

    56 Ibid., p. 373.

    57 Duhamel Georges, Le temps de la recherche, Paris, P. Hartmann, 1947, p. 124.

    58 Voir Romains Jules, La vie unanime, Paris, Éd. de l’Abbaye, 1908, 243 p.

    59 Se reporter notamment à l’ouvrage d’Audoin-Rouzeau Stéphane, L’enfant de l’ennemi, 1914-1918 : viol, avortement, infanticide pendant la Grande Guerre, Paris, Flammarion, 2013 (Paris, Aubier, 1995).

    60 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 357.

    61 Ibid., p. 357-358.

    62 Ibid., p. 307.

    63 Ibid., p. 318.

    64 Romains Jules, La vie unanime, op. cit., p. 112.

    65 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 343.

    66 Marcel Gabriel, Homo Viator…, op. cit., p. 10.

    67 Le Breton David, « Expérience de la douleur, expériences de la violence », dans Jacky Assayag, Henri Atlan et al. (éd.), De la violence, vol. 2 : Séminaire de Françoise Héritier, Paris, O. Jacob, 1999, p. 113-132, cf. p. 129.

    68 Ibid., loc. cit.

    69 Duhamel Georges, Vie des martyrs, op. cit., p. 10.

    70 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 311.

    71 Duhamel Georges, Les espoirs et les épreuves : 1919-1928, Paris, Mercure de France, 1953, p. 275.

    72 BnF, NAF 28275, carnet de notes consacré à La possession du monde.

    73 Duhamel Georges, Chronique des saisons amères : 1940-1943, Paris, P. Hartmann, 1944, p. 227.

    74 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 334.

    75 Ibid., p. 335.

    76 Ibid., p. 355.

    77 Ibid., p. 350.

    78 Ibid., loc. cit.

    79 Fondation pour l’enfance (éd.), La résilience, le réalisme de l’espérance, Ramonville-Saint-Agne, Érès, 2001, p. 10.

    80 Ricœur Paul, Philosophie de la volonté, t. I : Le volontaire et l’involontaire, Paris, Aubier, 1988 (1950), p. 385.

    81 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 377.

    82 Santelli César, Georges Duhamel, l’homme, l’œuvre, Paris, Bordas, 1947, p. 56-57.

    Auteur

    • Pauline Breton-Chauvet
      Docteur en histoire contemporaine, a soutenu une thèse à l’université Paris X intitulée Genèse et élaboration d’une « civilisation morale » : influences de l’expérience de guerre sur la pensée de Georges Duhamel (1902-1946). Ses travaux interdisciplinaires portent sur la compréhension des enjeux éthiques, philosophiques et métaphysiques inhérents aux conflits du xxe siècle. Auparavant boursière de l’Historial de Péronne et chercheuse-associée au sein de la Bibliothèque nationale de France, elle est actuellement chargée de recherche au sein du Centre des sciences des littératures en langue française (CSLF), à l’université Paris X.
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    1 Marcel Gabriel, Homo Viator : prolégomènes à une métaphysique de l’espérance, postface de Pierre Colin, Paris, présence de Gabriel Marcel, 1998 (Paris, Aubier, 1945), p. 40.

    2 D’après Éric Alary, six à huit millions de personnes se jettent sur les routes de France de mai à juin 1940. Cent mille sont tuées et blessées au cours de l’exode (Alary Éric, Les Français au quotidien, avec la collaboration de Vergez-Chaignon Bénédicte et Gauvin Gilles, Paris, Perrin, 2009, p. 62).

    3 Prix Goncourt 1918 avec Civilisation, Georges Duhamel est membre de l’Académie française depuis novembre 1935, président d’honneur de l’Alliance française depuis juin 1937, et président de l’Alliance du livre depuis 1939.

    4 Duhamel Georges, Mémorial de la guerre blanche, Paris, Mercure de France, 1939, p. 10.

    5 Ibid.

    6 Les « civils » renvoient à la partie de la population non engagée dans les forces armées (Horne John, « Les civils et la violence de guerre », dans Audoin-Rouzeau Stéphane, Becker Annette et al. [éd.], La violence de guerre, 1914-1945, approches comparées des deux conflits mondiaux, Paris, Éd. Complexe, 2002, p. 135).

    7 Ory Pascal et Sirinelli Jean-François, Les intellectuels en France : de l’affaire Dreyfus à nos jours, Paris, Armand Colin, 2002 (1986), p. 121.

    8 Vatin Philippe, « Du pacifisme des artistes pendant la Grande Guerre », Guerres mondiales et conflits contemporains, avril 1988, n° 150, p. 17-44, p. 31.

    9 Lettre de Georges Duhamel à Blanche Albane datée du 18 juillet 1916 ; Duhamel Georges et Blanche, Correspondance de guerre, 1914-1919, préface d’Antoine Duhamel, introduction de Jean-Jacques Becker, édition établie et annotée par Arlette Lafay, t. 1, Paris, Honoré Champion, 2007, p. 1096.

    10 Lettre de Blanche Duhamel à Stefan Zweig datée du 2 octobre 1939 ; Georges Duhamel-Stefan Zweig : correspondance, édition établie, présentée et annotée par Claudine Delphis, Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 2001, p. 153-154.

    11 Duhamel Georges, Lieu d’asile, publié dans Récits des temps de guerre, Paris, Mercure de France, 1949, p. 299.

    12 Ibid., p. 304.

    13 Ibid., loc. cit.

    14 Azéma Jean-Pierre, 1940, l’année noire, Paris, Points, 2012 (Fayard, 2010), p. 124.

    15 Vildrac Charles, Pages de journal, 1922-1926, Paris, Gallimard, 1968, p. 110.

    16 Fussell Paul, À la guerre, psychologie et comportements pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Seuil, 2003 (1992), p. 167.

    17 Duhamel Georges, Entretiens dans le tumulte, Paris, A. Guillot, 1948 (Paris, Mercure de France, 1919), p. 208-212.

    18 Duhamel Georges, Mémorial de la guerre blanche, op. cit., p. 54-58.

    19 Duhamel Georges, Positions françaises : chronique de l’année 1939, Paris, Mercure de France, 1940, p. 142-155.

    20 Duhamel Georges, « Du fond des ténèbres », Le Figaro, 27 janvier 1937.

    21 Léon Daudet définit la « guerre totale » comme « l’extension de la lutte, dans ses phases aiguës comme dans ses phases chroniques, aux domaines politique, économique, commercial, industriel, juridique et financier. Ce ne sont pas seulement les armées qui se battent, ce sont aussi les traditions, les institutions, les coutumes, les codes, les esprits et surtout les banques », cf. Daudet Léon, La guerre totale, Paris, Nouvelle Librairie nationale/Médicis, 1918, p. 8, cité par Grondeux Jérôme, « Comment la Première Guerre mondiale a-t-elle modifié notre perception de l’histoire ? », Transversalités, janvier-mars 2015, n° 132, p. 9-25, p. 18.

    22 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 302.

    23 Au cours du mois de juin, l’hôpital de Pontchaillou reçoit notamment les blessés suivants : Madame Lucien Laissé, 30 ans, victime de plaies dans la région jugulaire droite et à la face antérieure de la cuisse droite ; Louise Lalignie, 24 ans, plaies par éclats de bombe dans la région trochantérienne droite et à la face postérieure de la jambe droite ; Joseph Lambot, 74 ans, fracture compliquée du bras gauche par éclat d’obus ; Roger Lampaert, 11 ans, blessé par une voiture à cheval ; Andrée Largeau, 22 ans, luxation suite à un accident (archives privées de la famille Duhamel, fiches médicales individuelles relatives aux patients de l’hôpital de Pontchaillou).

    24 Duhamel Georges, Paroles de médecin, Monaco, Éd. du Rocher, 1944, p. 13.

    25 Archives privées de la famille Duhamel, Lettre d’Armande Dumont-Renard à la famille Duhamel datée du 3 mai 1941. Je remercie Arlette Lafay d’avoir mis ces documents à ma disposition.

    26 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 295.

    27 Ibid., loc. cit.

    28 Dornier Carole et Dulong Renaud (éd.), Esthétique du témoignage, actes du colloque tenu à la Maison de la recherche en sciences humaines de Caen, 18-21 mars 2004, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme, 2005, p. xv.

    29 Duhamel Georges, Vie des martyrs, réédité dans Vie des martyrs et autres récits des temps de guerre, préface par Jean-Jacques Becker, Paris, Omnibus, 2005 (Paris, Mercure de France, 1917), p. 10.

    30 On peut lire sur l’une des versions manuscrites primitives du récit : « Au fond des plaies, au fond de la chair mutilée, s’agite et s’exalte une âme extraordinaire, furtive, qui ne se manifeste pas aisément, qui s’exprime avec candeur, mais que je voudrais faire parler pour vous. » (BnF, NAF 28275, dernière version manuscrite de Vie des Martyrs.)

    31 Duhamel Georges, Vie des martyrs, op. cit., p. 40.

    32 La question de l’exigence éthique et morale de l’écriture de guerre est développée dans Audoin-Rouzeau Stéphane et Becker Jean-Jacques, « Blaise Cendrars et La main coupée », dans « La littérature et la guerre de 1914-1918 », Guerres mondiales et conflits contemporains : revue trimestrielle d’histoire, Paris, PUF, juillet 1994, n° 175, p. 21-37, p. 31.

    33 Margalit Avishai, L’Éthique du souvenir, Paris, Climats, 2006, p. 161.

    34 Duhamel Georges, Vie des martyrs, op. cit., p. 76.

    35 Dans Civilisation, paru en 1918, Georges Duhamel oppose dans un rapport antithétique la « civilisation morale » – autrement dit tout ce qui relève de l’effort intellectuel, éthique et spirituel désintéressé – à la civilisation scientifique et technique, coupable d’avoir retourné la puissance humaine contre elle-même.

    36 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 296.

    37 Alfred Vallette, directeur des Éditions du Mercure de France, écrit à Georges Duhamel : « Vous pouvez être tranquille : ce n’est pas un “acte de littérature”. À mon avis, c’est mieux. » (BnF, NAF 28275, lettre d’Alfred Vallette à Georges Duhamel datée du 1er décembre 1915.)

    38 Fussell Paul, À la guerre…, op. cit., p. 167.

    39 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 309.

    40 Ibid., p. 317.

    41 « La grâce et la miséricorde sanctifient de leur sourire ce lieu de mélancolie », Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 299.

    42 Ibid., p. 317.

    43 Ibid., p. 331.

    44 Ibid., p. 316.

    45 Ibid., p. 327.

    46 Duplacy Jean, George Augustin et al. (éd.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Les Éditions du Cerf, 1991, p. 723.

    47 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 357.

    48 Ibid., p. 336.

    49 Ibid., p. 322.

    50 Ibid., p. 314.

    51 Ibid., loc. cit.

    52 Ibid., p. 320.

    53 Ibid., p. 318.

    54 Ibid., p. 317.

    55 Ibid., p. 319.

    56 Ibid., p. 373.

    57 Duhamel Georges, Le temps de la recherche, Paris, P. Hartmann, 1947, p. 124.

    58 Voir Romains Jules, La vie unanime, Paris, Éd. de l’Abbaye, 1908, 243 p.

    59 Se reporter notamment à l’ouvrage d’Audoin-Rouzeau Stéphane, L’enfant de l’ennemi, 1914-1918 : viol, avortement, infanticide pendant la Grande Guerre, Paris, Flammarion, 2013 (Paris, Aubier, 1995).

    60 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 357.

    61 Ibid., p. 357-358.

    62 Ibid., p. 307.

    63 Ibid., p. 318.

    64 Romains Jules, La vie unanime, op. cit., p. 112.

    65 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 343.

    66 Marcel Gabriel, Homo Viator…, op. cit., p. 10.

    67 Le Breton David, « Expérience de la douleur, expériences de la violence », dans Jacky Assayag, Henri Atlan et al. (éd.), De la violence, vol. 2 : Séminaire de Françoise Héritier, Paris, O. Jacob, 1999, p. 113-132, cf. p. 129.

    68 Ibid., loc. cit.

    69 Duhamel Georges, Vie des martyrs, op. cit., p. 10.

    70 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 311.

    71 Duhamel Georges, Les espoirs et les épreuves : 1919-1928, Paris, Mercure de France, 1953, p. 275.

    72 BnF, NAF 28275, carnet de notes consacré à La possession du monde.

    73 Duhamel Georges, Chronique des saisons amères : 1940-1943, Paris, P. Hartmann, 1944, p. 227.

    74 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 334.

    75 Ibid., p. 335.

    76 Ibid., p. 355.

    77 Ibid., p. 350.

    78 Ibid., loc. cit.

    79 Fondation pour l’enfance (éd.), La résilience, le réalisme de l’espérance, Ramonville-Saint-Agne, Érès, 2001, p. 10.

    80 Ricœur Paul, Philosophie de la volonté, t. I : Le volontaire et l’involontaire, Paris, Aubier, 1988 (1950), p. 385.

    81 Duhamel Georges, Lieu d’asile, op. cit., p. 377.

    82 Santelli César, Georges Duhamel, l’homme, l’œuvre, Paris, Bordas, 1947, p. 56-57.

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