La Grande Guerre et la fabrique de la terreur chez Céline
p. 85-96
Texte intégral
À la mémoire de Pierre Laborie.
1Le 24 septembre 1914, près de quinze jours après la bataille de la Marne, un sous-officier de cavalerie de 20 ans, Louis-Ferdinand Destouches1, décrivait en ces termes l’affrontement en cours sur le front occidental : « Le choc est terrible. L’agonie de cet empire [l’Empire allemand] est la chose la plus formidable que l’on ait jamais vue, je crois2. » Cette observation, formulée à chaud, contenait déjà une part essentielle des impressions suscitées par le combat moderne chez le futur auteur de Voyage au bout de la nuit, son premier roman publié en octobre 1932. À la terreur, se mêlaient alors l’incompréhension, tout comme l’espoir, vite détrompé, d’une issue prochaine. Dans la correspondance de guerre célinienne, les notations relatives à l’horreur, à la frayeur, à la désolation ou à l’enfer3 s’accumulent dès la fin du mois d’août pour décrire la situation vécue sur le front occidental. Ces formulations tentent de surmonter l’impossibilité à concevoir l’événement dans toute sa violence. Elles reflètent le sentiment d’impuissance devant une réalité qui dépasse alors très largement les capacités discursives du témoin. En cela, le fragment temporel 1914-1915, deux années qui bornent la mobilisation de Céline dans la guerre, constitue bien, à ses yeux, deux « années terribles » au sens hugolien du terme, c’est-à-dire deux années épouvantables et sanglantes, effroyables pour reprendre les mots du poète.
2 À partir de ce constat, contemporain des événements eux-mêmes, nous allons examiner comment s’est élaborée, à travers une écriture qui emprunta plusieurs formes – la correspondance privée et les écrits médicaux principalement –, la genèse précoce d’une vision éminemment politique et polémique de l’histoire considérée par Céline comme le théâtre d’une inexorable destruction de l’humanité, accélérée par la participation active de celle-ci au massacre perpétré en Europe à partir d’août 1914. Traduite dans Voyage au bout de la nuit, cette lecture catastrophiste de l’histoire, ancrée dans une réinterprétation de la terreur imposée aux hommes en 1914-1915, s’est exprimée très tôt chez Céline. Elle se construit de manière explicite dès 1916-1917 en Afrique, puis, de retour en France, au cours des années vingt, conjointement à l’apprentissage de la médecine qui fut l’autre identité professionnelle de l’homme4. C’est à ce moment qui sépare la sortie de guerre de Céline de l’écriture de Voyage au bout de la nuit, moment peu exploré par les études céliniennes en général5, que nous souhaitons nous attacher ici.
La guerre moderne comme expérience de la terreur
3Pour comprendre l’ampleur du choc produit chez Céline par la découverte du combat et de ses effets, rappelons quelques faits6. L’expérience du jeune sous-officier de cavalerie en première ligne fut brève (de début août au 25 octobre 1914). À l’issue de près de trois mois passés aux pires heures de la guerre sur le front occidental, il fut touché par une balle au bras droit sur le champ de bataille d’Ypres, en Belgique. Sa découverte de l’horreur des combats pendant la guerre de mouvement s’inscrivait en complet décalage avec la manière dont le jeune homme, engagé volontaire dans un régiment de cuirassiers depuis 1912, avait appris à considérer la guerre. Pendant le temps de paix, il avait reçu dans son régiment une éducation fondée, malgré les démentis apportés par le spectacle des conflits lointains7, sur la mise en valeur, dans la guerre, de la plus haute expression de la civilisation. Le combat y était considéré comme un théâtre où les hommes pouvaient démontrer leurs qualités, comme le lieu de l’accomplissement d’une éthique guerrière et virile hautement valorisante. D’où le mépris, perceptible à travers son bref carnet intime rédigé en 19138, pour la vie de caserne, ce morne asservissement dénué de tout panache, et, par contraste, le désir, clairement exprimé à plusieurs reprises dans sa correspondance de guerre, de se couvrir de gloire au combat. La désillusion de Céline, sensible dès les premières semaines, n’en fut que plus grande devant la guerre menée par son unité, en arrière des premières lignes ou en couverture lors de la retraite de la fin du mois d’août sur le front occidental. La fierté d’avoir repoussé l’invasion à l’issue de la bataille de la Marne, exacerbée par le souvenir omniprésent de la Débâcle de 1870-1871 – cette autre « année terrible » convoquée à plusieurs reprises par l’épistolier pour mieux souligner le courage des combattants de 1914 confrontés à des conditions au moins aussi difficiles que leurs devanciers –, est la seule satisfaction clairement exprimée. Ainsi, le 15 septembre 1914 affirmait-il à ses parents :
« L’Allemagne est à terre, il ne reste plus qu’à la tuer, à la traquer jusqu’à la dernière extrémité, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus un. Et mon Dieu s’il en reste en route, ils seront morts pour quelque chose. Ils auront fait mieux qu’en 70 et la fameuse nouvelle génération que l’on a tant déblatérée aura prouvé qu’elle était au moins à la hauteur des précédentes9. »
4Être à la hauteur donc et éviter la répétition des blessures du passé, réouvertes par cette nouvelle invasion, forment un leitmotiv de l’entrée en guerre. Mais, très vite, le poids des injonctions inculquées à la génération désignée a posteriori comme celle « du feu10 », se heurte, chez Céline comme chez ses contemporains, à la découverte de la violence extrême des cinq premiers mois de combat sur le front occidental, au cours desquels 417 000 hommes furent mis hors d’état de combattre, pour s’en tenir au front français11. La correspondance célinienne, malgré la nécessité, respectée par le scripteur, de préserver l’arrière d’une trop vive inquiétude, enregistre dès la fin du mois d’août l’effroi devant le spectacle de l’hécatombe en cours et l’effondrement du système référentiel apte à en supporter les effets. « À la Meuse, que le chemin de la gloire est sale », lâche Céline dans une lettre datée du 25 septembre 1914, concédant ainsi combien l’épreuve traversée est due tout autant à la désagrégation des valeurs qui, avant-guerre, structuraient son rapport au monde, qu’à l’omniprésence du danger et au spectacle de la mort. La terreur semble donc se forger dans cet écroulement des repères sous la violence d’une réalité qu’il devient alors impossible de nommer. Elle s’enracine dans le spectacle d’une mort dépourvue des cadres nécessaires pour la penser. C’est dans ce contexte anomique qu’intervint la blessure de Destouches sur le champ de bataille d’Ypres, le 25 octobre 1914. À l’issue de cette journée de combat, Céline fut évacué vers l’arrière, soigné à proximité de la ligne de front puis à Paris, où il réussit à obtenir, en mars 1915, une affectation protégée au consulat français de Londres, puis une réforme de complaisance. En décembre de la même année, il échappait ainsi définitivement au feu12.
Penser la terreur de 1914
5Pour autant, Céline n’en avait pas fini avec la guerre et chercha, dès son séjour londonien, un sens à ce qui venait de se dérouler sur le continent. Les rares informations dont nous disposons aujourd’hui sur les mois passés dans la capitale britannique jusqu’à son départ pour le Cameroun en mai 1916, indiquent que Céline a multiplié les lectures, cherchant alors vraisemblablement à se doter d’un cadre intellectuel susceptible de mieux comprendre les événements traversés. Le témoignage de son camarade et colocataire Georges Geoffroy, bien que sujet à caution13, décrit un jeune homme plongé dans la lecture des grands philosophes européens. « Durant toute cette période, jamais Louis ne m’a parlé d’écrire et je ne l’ai vu prendre aucune note. Seulement il lisait beaucoup et me réveillait souvent à 6 heures quand il ouvrait la lumière pour achever un bouquin, en général de la philosophie ou de l’histoire. Il me lisait alors à haute voix des passages de Hegel, Fichte, Nietzsche et Schopenhauer14 », relève Georges Geoffroy.
6Céline, lecteur des grands penseurs de l’histoire au xixe siècle ? Il n’est guère possible de l’assurer avec certitude, tant ce témoignage reste à la fois fragile et isolé. La critique célinienne, en outre, a bien montré combien les lectures de Céline pouvaient être de seconde main, piochées çà et là dans des ouvrages ou des revues de vulgarisation, publications qu’il affectionnait tout particulièrement. Leur consultation venait alors se substituer à celle des œuvres originales et Céline ne précisait pas toujours l’origine des citations qu’il reproduisait, dans sa correspondance comme dans son œuvre, sans s’assurer nécessairement de leur authenticité15. Quoi qu’il en soit, parmi les auteurs évoqués dans le témoignage de Georges Geoffroy, certains, comme le philosophe allemand Hegel, se rattachent à une tradition rationaliste qui valorise le rôle dominant de l’intelligence chez l’homme. Schopenhauer quant à lui forme une référence essentielle de la pensée antimoderne, telle qu’elle s’est constituée à partir de la Révolution française en Europe16. Pour Schopenhauer, qui publie Le Monde comme volonté et comme représentation en 1819 et dont l’audience posthume fut considérable parmi les élites cultivées européennes, notamment les milieux littéraires de la fin du xixe siècle avides de décadence17, la vie est foncièrement mauvaise. Elle est lutte, souffrance et régression au sein d’un monde considéré comme un « désastre accompli », « livré aux forces aveugles de la Volonté et de l’inconscient manipulant les marionnettes humaines18 » remarque Anne Henry à propos d’une pensée caractérisée par un profond pessimisme anthropologique. Nietzsche, par la suite, est amené à critiquer ce pessimisme radical, ce qui l’amène à formuler et à développer son hypothèse du surhomme. Ainsi, Céline se montre-t-il alors particulièrement attentif à cette production intellectuelle qui réfléchit aux conditions du devenir de l’homme en société et qui cherche à percer l’intelligibilité d’un devenir social, pour le rendre moins opaque.
7Chez Céline, à peine sorti de l’enfer des tranchées et menacé par le risque d’y retourner, l’influence de ces idées a probablement été considérable19. On peut en tout cas émettre l’hypothèse d’une empreinte profonde de certaines de ces réflexions et tout particulièrement du pessimisme moral et de la vision décliniste de l’histoire qui, chez un jeune autodidacte marqué par une éducation familiale dans un milieu réactionnaire – son père, Fernand, fut un antidreyfusard convaincu20 –, trouvaient un terrain particulièrement propice à leur enracinement21. L’expérience combattante pouvait ainsi parvenir à une forme d’intelligibilité, que Céline va développer de manière explicite dès 1916-1917 pendant son séjour au Cameroun.
8Définitivement réformé en décembre 1915, Céline partit en effet au Cameroun pour le compte de la Compagnie forestière Sangha-Oubangui (CFSO). C’est depuis l’Afrique, dans la correspondance avec ses parents et amis, parmi lesquels une amie d’enfance, Simone Saintu, occupa alors la place primordiale, qu’il élabora une grille d’interprétation des années 1914-1915. Simone Saintu, avec qui il dialogua en 1916-1917 de manière parfois très vive, remplit alors le rôle de messagère et de révélatrice du discours européen dominant qui confortait la guerre en cours et sa lecture en termes de combat de civilisation. Autant de stéréotypes devenus synonymes de rage meurtrière aux yeux de Céline et qu’il combattit avec âpreté dans ses missives avec la jeune femme22.
9Marqué par un pessimisme radical, le regard posé par Céline sur la guerre en cours repose sur l’expression de « l’amertume sarcastique que laisse le passé23 », sur la formulation de l’absurdité d’un événement qui conduit, comme ne peut que le constater Céline, au massacre d’une jeunesse européenne, trompée sur le sens du sacrifice à consentir. Le sacrifice exigé, selon lui, n’a plus rien à voir avec le don de soi à une cause supérieure – la patrie, la nation, la civilisation –, mais se réduit à la volonté homicide de quelques-uns, déterminés à détruire leurs semblables et finalement retournée contre soi dans le suicide. Selon Céline, suivant Schopenhauer, la guerre serait la plus pure expression de la cruauté humaine, elle-même sans limite, qui pousse les individus à se détruire. Elle me fait, écrit-il le 31 juillet 1916, « l’effet d’une ignoble tragédie, sur laquelle le rideau s’abaisserait et se relèverait sans cesse, devant un public rassasié, mais trop prostré pour se lever et partir24 ».
10Reprise par Céline, l’explication principale à cette passivité des hommes face à leur propre destruction réside dans l’idée, elle aussi puisée au cœur de la tradition antimoderne, d’une irréversibilité du cours de l’histoire menant au déclin. Elle est au fondement d’une rhétorique réactionnaire qui cherche à démontrer, comme l’ont fait les penseurs traditionalistes, que, depuis la Révolution française, la décadence est en marche et que son cours est irréversible25. Céline voit ainsi la guerre comme un des signes les plus terribles de l’agonie en cours depuis plusieurs siècles lorsqu’il écrit à son propos :
« Toutes les civilisations qui dans l’histoire des siècles ont tenu un moment le flambeau du progrès ont parcouru par un chemin plus ou moins accidenté leur cycle évolutif. Des faits annexes ont parfois troublé leur marche, accéléré ou retardé leur course ascendante vers l’apogée ou régressante vers la chute, mais jamais éludé leur dissolution qui est fatale26. »
11Parfois plus nuancée qu’elle ne l’est dans cette lettre adressée à son père et vouée, de ce fait, à conforter une pensée que le fils sait être profondément réactionnaire, l’analyse s’enracine aussi dans l’influence acquise à la fin du xixe siècle en Europe par des thèses darwiniennes transposées du domaine des sciences biologiques vers celui des sciences sociales27. De toute évidence, Céline y est déjà très sensible dès 1916-1917, lorsqu’il évoque dans sa correspondance « les effets amollissants de la décadence28 » qui conduiraient inexorablement tous les peuples à leur perte. On retrouve ici cette antienne qui connut une si forte audience à la fin du xixe siècle parce qu’elle paraissait fournir en une formule simplificatrice et mobilisatrice une explication aux inquiétudes liées à l’évolution de la société.
12Mais Céline n’est pas seulement sensible aux sirènes de la décadence fin de siècle. Les idées de sélection naturelle et de lutte pour l’existence, tirées des théories darwiniennes, irriguent la lecture qu’il fait de l’histoire lointaine et récente. Pendant son séjour africain, il affirme être en relation avec le zoologiste Edmond Perrier, qui fut, avec Jean-Louis de Lanessan, l’un des principaux vulgarisateurs en France du transformisme darwinien29. Le 31 juillet 1916, il fait en effet état d’observations sur la faune tropicale qu’il envoie à Edmond Perrier dans le cadre d’un ouvrage que ce dernier projette alors d’écrire. Elles portent sur les conditions dans lesquelles un scorpion est amené à se donner la mort par piqûre lorsque le danger l’environne de toutes parts :
« Ce suicide chez un animal est je crois une chose peu connue, grosse de conséquences, quant aux luttes entre l’intelligence et l’instinct. J’en fais part à E. Perrier qui centralise tous ces faits pour un ouvrage qu’il projette et pour lequel il fait appel à tous les renseignements sur la faune équatoriale30. »
13On peut donc émettre l’hypothèse que Céline a lu Edmond Perrier, et notamment Les colonies animales et la formation des organismes, ouvrage publié en 1881 dans lequel celui-ci vulgarisait l’idée de sélection naturelle et surtout établissait des analogies avec l’histoire des sociétés. « Les espèces les plus parfaites d’une époque disparaissent à l’époque suivante, de même que les nations se succèdent dans la domination du monde et sur toutes ces ruines s’édifient lentement les progrès des organismes comme celui des peuples31 », affirmait alors Edmond Perrier qui conservait l’idée de progrès et considérait que l’évolution pouvait amener la résorption du malheur.
14Céline déclare aussi lire l’américain James Mark Baldwin (1861-1934) qui s’efforçait de transférer aux sciences cognitives les apports de l’évolutionnisme. Le jeune homme évoque avec enthousiasme sa découverte de l’œuvre du psychologue – « je viens de lire un ouvrage absolument remarquable de Baldwin sur la Vie32 » écrit-il – dont les livres sont progressivement traduits en français, notamment Le darwinisme dans les sciences morales, paru chez Félix Alcan, éditeur d’avant-garde dans le domaine des sciences sociales, spécialisé notamment dans la publication des ouvrages porteurs des thèses darwiniennes33. Dans cet ouvrage, Baldwin développe l’idée d’un déplacement de la loi de la sélection naturelle de l’individu ou de l’animal vers le groupe humain. Désormais, énonce-t-il, « la lutte entre les groupes remplace la lutte entre les individus34 » et elle s’exprime notamment dans la guerre qui, selon lui, révèle le niveau d’organisation sociale des groupes et donne la victoire « aux mieux organisés, aux plus socialisés35 », au détriment des autres. Céline y voit une confirmation de sa conviction, déjà énoncée, d’une supériorité de l’Allemagne qui, selon lui, fait « la guerre d’aujourd’hui36 », alors que les Français auraient été incapables de s’adapter à la guerre moderne.
15D’autres lectures alimentent le pessimisme célinien et ne font qu’exacerber sa dimension réactionnaire. Céline cite notamment Émile Faguet, qui a contribué à diffuser la culture politique contre-révolutionnaire37. Devenu un antidreyfusard convaincu, Faguet a adhéré à la Ligue de la patrie française, fondée à la fin de l’année 1898. Il cite aussi l’écrivain antisémite Urbain Gohier, discipline d’Édouard Drumont, dont il loue la « clairvoyance » à l’égard des Juifs38. La lecture d’Urbain Gohier oriente Céline vers le champ du racisme et de l’eugénisme dont il se rapproche alors visiblement. Sont ainsi ici rassemblées une somme d’influences hétéroclites, mais très majoritairement liées à la tradition antimoderne, auxquelles il faut ajouter celle du philosophe Pascal, figure centrale de cette tradition39, convoquée à plusieurs reprises dans la correspondance africaine40. Tous ces auteurs ont nourri une réinterprétation célinienne des années 1914-1915 qui débouche non sur un retrait du monde, mais tout au contraire une volonté d’agir sur lui, et d’abord en tant que médecin.
Lutter contre la terreur ou s’y abandonner ?
16La médecine constitue une tentative pour contrer l’inéluctable destruction de l’humanité dans la guerre, mais elle peut aussi être lue comme un facteur susceptible d’alimenter le pessimisme radical de Céline. Il s’agit donc d’une relation placée d’emblée sous le signe de l’ambiguïté. Dès l’Afrique, en effet, Céline expérimente des traitements afin de lutter contre les maladies épidémiques qui font des ravages en Afrique de l’Ouest, paludisme, maladie du sommeil, maladies de peau et affections vénériennes principalement. Il commence à soigner les populations africaines qui l’entourent et demande régulièrement à son père l’envoi de matériel médical à cet effet à partir de l’automne 191641. Ce souci des autres ne s’accompagne toutefois pas d’une révision de la hiérarchie des races développée par des darwiniens comme Gustave Le Bon ou Vacher de Lapouge, dont l’influence, loin de diminuer, ne fait que croître pendant la Première Guerre mondiale42. Décrivant sa pratique à Simone Saintu, il déclare en effet, mi-paternaliste, mi-narquois :
« Je tâche de faire un peu de bien, je suis à la tête d’une pharmacie, je soigne le plus de nègres possibles, quoique je ne sois pas persuadé de leur utilité. Je fais de grandes quantités d’injections d’atoxyl43 contre la maladie du sommeil qui sévit désastreusement dans la région, ainsi que bien d’autres maladies qui se manifestent chez les Noirs à un degré fréquemment et dégoûtamment aigu, mais dont l’existence doit être ignorée des jeunes personnes et dont l’énoncé des noms seuls doit provoquer obligatoirement chez elles les révoltes d’une pudeur sincèrement alarmée.
J’emploie le reste de mon temps à des recherches au microscope, j’ai toujours eu un culte particulier pour les vérités vraies. Je fais quelques petites études sur les toxines végétales et animales. Pour me convaincre de visu de la nocivité des alcools, je fais sur les singes de petites expériences44. »
17L’ardeur philanthropique de Céline vis-à-vis de ses « patients » africains doit en effet être relativisée par la prise en compte du souci, plus central à ses yeux, de rechercher des remèdes aux maux qui causent le plus de tort à l’humanité, et en particulier à la race blanche. Les ravages causés par l’intempérance, la saleté, la promiscuité, qui sont aussi au centre du discours des hygiénistes européens obsédés par la crainte de la dégénérescence de la race45, sont déjà omniprésents chez Céline. À son retour en France, il continue d’ailleurs à s’intéresser à l’hygiène et il est recruté par la mission Rockefeller pour donner des conférences à travers le pays jusqu’à l’armistice46, avant de se lancer dans des études de médecine.
18Celles-ci s’achèvent le 1er mai 1924 par la soutenance d’une thèse dirigée par le professeur Auguste Brindeau, spécialiste de chirurgie obstétricale. Ce travail est consacré au médecin-accoucheur d’origine hongroise Philippe Ignace Semmelweis, qui découvrit, avant Lister et Pasteur, les modalités de contagion de la fièvre puerpérale et le principe de l’asepsie. Intitulé La vie et l’œuvre de Philippe Ignace Semmelweis (1818-1865), ce texte revêt une importance capitale dans la perspective qui nous occupe car, loin d’être seulement le récit d’une importante découverte médicale47, il est d’abord la mise en œuvre d’une vision de l’histoire qui prolonge les enseignements des années terribles de la Grande Guerre. La thèse débute par une mise en contexte de l’époque qui a précédé la naissance de Semmelweis à Budapest en 1818. C’est celle des tourments révolutionnaires présentés par Céline comme le mal originel, comme la source de la terreur contemporaine :
« Vingt races se précipitèrent dans un affreux délire, vingt peuples conjoints, mêlés, hostiles, noirs ou blancs, blonds et bruns, se ruèrent à la conquête d’un Idéal. Bousculés, meurtris, soutenus par des phrases, guidés par la faim, ils envahirent, pillèrent, conquirent chaque jour un royaume inutile que d’autres perdraient demain. On les vit passer sous toutes les arches du monde, tour à tour, dans une ronde ridicule et flamboyante, déferlant ici, battus là-bas, trompés partout, renvoyés sans cesse de l’Inconnu au Néant, aussi contents de mourir que de vivre48. »
19On retrouve ici les thèmes centraux de la tradition antimoderne qui dénonce dans la Révolution française et dans le régicide49 les dérèglements initiaux à partir desquels le meurtre a pu se déployer librement en Europe. Dans ce texte écrit, rappelons-le, dès 1924, l’analogie entre la Terreur et la Grande Guerre est constamment suggérée. Céline y emploie, à propos de la dictature jacobine, la même grille interprétative que celle utilisée à l’égard du nationalisme républicain qui, selon lui, a préparé l’entrée en guerre. Des conséquences de la Terreur, il écrit en effet « qu’une secte entière fut désignée, tuée, débitée, comme de la viande plus l’âme. La fleur d’une époque fut hachée menu50 ». L’analogie est frappante avec les termes employés dans le même temps, notamment en France, pour désigner les conséquences meurtrières de la Grande Guerre.
20Dans ces conditions, le destin du médecin Semmelweis, resté incompris de son temps, ne pouvait qu’être tragique, c’est-à-dire terrible. Le récit est donc construit comme la lente chute de l’homme vers une mort solitaire et effrayante, entièrement inventée par Céline51. Son récit glisse ainsi de la littérature grise vers le roman, de la thèse vers la littérature, comme si celle-ci était désignée par le médecin et le futur écrivain Céline comme le lieu possible de la dénonciation de tous les maux préalablement décrits.
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21Dès 1924, l’essentiel du ressentiment célinien à l’encontre de ceux qui avaient rendu possible le massacre dont il fut lui-même un acteur pendant les premiers mois de la Grande Guerre, était déjà formalisé dans des textes distincts de la fiction, mais qui entretenaient avec l’œuvre littéraire à venir d’intimes correspondances. Ils ont fabriqué, dans l’ombre des années 1914-1915 et de leur mémoire, un système d’interprétation du traumatisme subi par l’Europe pendant ces « années terribles ». Un système qui n’a pas encore la communauté juive comme bouc émissaire, du moins pas explicitement, puisque ce n’est qu’à partir du tournant de l’année 1936 que l’antisémitisme célinien deviendra public et revendiqué comme tel, avant d’être complaisamment exhibé dans les écrits pamphlétaires des années 1937-1941. Mais il s’agit d’un système qui va fournir une clé de lecture essentielle à l’enracinement de l’antisémitisme à base racialiste et conspirationniste dont Céline fut une des figures majeures en France52. S’il faut souligner ici le caractère marginal de cette relecture du traumatisme de la Première Guerre mondiale pendant le conflit puis au cours des années vingt, et même sa dimension transgressive dans une nation endeuillée, davantage tournée vers le culte des morts et l’hommage aux combattants, que vers une désacralisation du sacrifice consenti pendant les années de guerre, il convient de s’interroger sur la place qu’elle occupera moins de dix ans plus tard. Le succès remporté par Voyage au bout de la nuit a reposé en large partie sur l’expression de ce dégoût de la guerre qui se fondait, chez Céline, sur le refus radical d’un héroïsme condamné par l’hécatombe des années 1914-1918 et devenu un objet de consensus dans la société française. Celui-ci a occulté la présence d’un terreau idéologique, plus dissimulé et beaucoup plus radical, qui opposait déjà l’homme et l’écrivain à la modernité, responsable, selon lui, du cataclysme de 1914-1918. Elle fut désignée comme l’ennemi à abattre et l’arme choisie par celui qui avait été reconnu dès 1932 comme l’un des plus grands écrivains de son temps, fut la littérature.
Notes de bas de page
1 Destouches était le nom patronymique du futur écrivain. Il prit le pseudonyme de Céline en octobre 1932, lors de la publication de Voyage au bout de la nuit. Pour plus de commodité, nous conserverons dans cet article le pseudonyme de Céline pour désigner à la fois l’homme et l’écrivain. Cet article doit beaucoup à la relecture attentive de Frédéric Brahami et de Pierre-André Taguieff que je tiens à remercier chaleureusement.
2 Céline, « Carte de correspondance militaire à ses parents », 24 (reçue le 27) septembre 1914, Lettres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », édition établie par Henri Godard et Jean-Paul Louis, 2009, p. 110.
3 « Jamais je n’ai vu et verrai tant d’horreur » (10 septembre 1914), « cette tuerie effroyable » (15 septembre 1914), « cette zone infernale » (30 septembre 1914), ibid., passim.
4 Voir à ce propos Roussin Philippe, Misère de la littérature, terreur de l’histoire. Céline et la littérature contemporaine, Paris, Gallimard, 2005, p. 23-84.
5 Pour un bilan récent des travaux céliniens publiés au cours de la période 1990-2010, voir Tettamanzi Régis, « Bilans critiques », dans Roussin Philippe, Schaffner Alain et Tettamanzi Régis (dir.), Céline à l’épreuve. Réceptions, critiques, influences, Paris, Honoré Champion, 2016, p. 13-25. Les travaux plus récents ne viennent pas contredire ce constat.
6 Sur tous les points liés à l’expérience combattante de Céline et à ses prolongements, nous nous permettons de renvoyer à notre ouvrage, Roynette Odile, Un long tourment. Louis-Ferdinand Céline entre deux guerres (1914-1945), Paris, Les Belles Lettres, 2015.
7 Et plus particulièrement des guerres balkaniques. Sur ce point voir Hall Richard C., The Balkan Wars 1912-1913. Prelude to the First World War, Londres/New York, Routledge, 2000, et Kévonian Dzovinar, « L’enquête, le délit, la preuve : les “atrocités” balkaniques de 1912-1913 à l’épreuve du droit de la guerre », Le Mouvement social, janvier-mars 2008, n° 222, p. 13-40.
8 Voir le Carnet du cuirassier Destouches dans Céline, Romans III, édition présentée, établie et annotée par Henri Godard, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1988, « Appendice III », p. 73-75.
9 Céline, « Lettre à ses parents », le 15 septembre 1914, Lettres, op. cit., p. 107.
10 L’expression s’impose en France au cours de la seconde moitié des années vingt. Voir Cabanes Bruno, « “Génération du feu” : aux origines d’une notion », Revue historique, 2007/1, n° 641, p. 139-150.
11 Voir Horne John, « De la guerre de mouvement à la guerre de positions : les combattants français », dans Horne John (dir.), Vers la guerre totale. Le tournant de 1914-1915, Paris, Tallandier, 2010, p. 79.
12 Voir Roynette Odile, op. cit., chap. 3 et 4, p. 83-145.
13 Il est en effet très postérieur aux faits évoqués. Il fut recueilli en 1963, soit deux ans après la mort de l’écrivain, dans un numéro spécial des Cahiers de l’Herne ; voir Geoffroy Georges, « Céline en Angleterre », dans Roux Dominique de, Beaujour Michel et Thélia Michel (dir.), L.-F. Céline, Paris, Éditions de l’Herne, 1963, p. 165-166. Il s’agit à ce jour d’un des rares témoignages susceptibles de documenter cette séquence biographique particulièrement lacunaire.
14 Ibid., p. 165.
15 Je remercie Rémi Wallon d’avoir attiré mon attention sur ce point. Voir sa thèse de doctorat soutenue à l’université Paris VII-Diderot sous la direction de Dominique Rabaté, La Musique du fond des choses. Destruction, savoir et création dans les écrits de Louis-Ferdinand Céline, octobre 2017. Nous savons par ailleurs que Céline, après son séjour au Cameroun, a travaillé en 1917 pour une revue de vulgarisation, Eurêka, et que dans son deuxième roman, Mort à crédit (mai 1936), il évoque ce milieu au travers du personnage de Courtial des Péreires, inspiré de Raoul Marquis, l’un des collaborateurs de la revue Eurêka pendant la guerre.
16 Voir les analyses de Compagnon Antoine, Les antimodernes de Joseph de Maistre à Roland Barthes, Paris, Gallimard, 2005, p. 15-151.
17 Voir Henry Anne, « Pour une étude de réception », dans Henry Anne (dir.), Schopenhauer et la création littéraire en Europe, Paris, Librairie Méridiens Klincksieck, 1989, p. 15-69.
18 Ibid., p. 37.
19 Et peut-être plus encore si Céline n’en connaissait qu’une version simplifiée par les vulgarisateurs et de ce fait volontiers caricaturale.
20 Voir Roynette Odile, op. cit., p. 28-36.
21 Voir, à ce propos, notre article « La grande guerre, berceau de l’extrémisme célinien », Cités, 2018/2, n° 74, p. 167-172.
22 Après son retour en France, Céline ne correspond plus avec Simone Saintu. En effet, on ne connaît pas de lettre de Céline à Simone Saintu entre 1917 et 1932 et le recueil de la correspondance célinienne ici cité (Céline, Lettres, op. cit.) n’en contient que deux, une en 1932 et une en 1933.
23 Céline, « Lettre à Simone Saintu », Opi, le 10 juillet 1916, Lettres, op. cit., p. 164.
24 Céline, « Lettre à Simone Saintu », Compal, le 31 juillet 1916, ibid., p. 169.
25 Et plus particulièrement Joseph de Maistre qui influence Schopenhauer. Voir sur ce point Compagnon Antoine, op. cit., p. 63-68.
26 Céline, « Lettre à son père », Bikobimbo, le 30 août 1916, Lettres, op. cit., p. 181.
27 Voir Conry Yvette, L’introduction du darwinisme en France au xixe siècle, Paris, Vrin, 1974, et du même auteur, « Le darwinisme social existe-t-il ? », La Raison présente, n° 66, 1983 (a), p. 17-40 ; Blanckaert Claude (dir.), Des sciences contre l’homme, vol. 1 : Classer, hiérarchiser, exclure ; vol. 2 : Au nom du bien, Paris, Autrement, 1993 ; Bernardini Jean-Marc, Le darwinisme social en France (1859-1918). Fascination et rejet d’une idéologie, Paris, CNRS Éditions, 1997.
28 Céline, « Lettre du 30 août 1916 », déjà citée, p. 182.
29 Voir Bernardini Jean-Marc, op. cit., p. 144-148. Edmond Perrier était titulaire de la chaire de zoologie au Muséum d’histoire naturelle depuis 1876. Élu membre de l’Institut en 1892, il succéda à Milne-Edwards à la tête du Muséum en 1900 et devint président de l’Académie des sciences en 1915.
30 Céline, « Lettre du 31 juillet 1916 », déjà citée, p. 172-173.
31 Perrier Edmond, Les colonies animales et la formation des organismes, Paris, C. Masson, 1881, p. 783, cité par Bernardini Jean-Marc, op. cit., p. 145.
32 Céline, « Lettre à Simone Saintu », le 7 novembre 1916, Lettres, op. cit., p. 226.
33 Baldwin James Mark, Le darwinisme dans les sciences morales, traduit de la 2e éd. anglaise par G. L. Duprat, Paris, Félix Alcan, 1911. Les éditions Félix Alcan publient dans la même collection les ouvrages de Hartmann Édouard de, Le darwinisme (traduit de l’allemand en 1877), de Perrier Edmond, La philosophie zoologique avant Darwin (1884), de Spencer Herbert, Les bases de la morale évolutionniste (traduit de l’anglais en 1880), La morale des différents peuples et la morale personnelle (traduit de l’anglais en 1893), Le rôle moral de la bienfaisance (traduit de l’anglais en 1895), de Ribot Théodule, L’évolution des idées générales (1897), et de Fouillée Alfred, L’évolutionnisme des idées-forces (1890).
34 Baldwin James Mark, op. cit., p. 61.
35 Ibid. Pendant la Première Guerre mondiale, Baldwin deviendra un défenseur du rapprochement des États-Unis et de la France. Il publie en 1915 un ouvrage (La France et la guerre. Opinions d’un Américain, Paris, Félix Alcan, 1915) qui défend la thèse de l’agression subie par la France dans cette guerre et travaille ainsi au ralliement de l’opinion publique à l’intervention américaine.
36 Céline, « Lettre à son père », Bikobimbo, le 30 août, dans Lettres, op. cit., p. 182.
37 Voir notamment Faguet Émile, Politiques et moralistes au xixe siècle, Paris, Lecène, Oudin et Cie, 1891.
38 Céline, « Lettre à Simone Saintu », le 25 octobre 1916, Lettres, op. cit., p. 218.
39 Voir Compagnon Antoine, op. cit., p. 84.
40 Céline, « Lettre à Simone Saintu », Douala, le 16 juin 1916, dans Lettres, op. cit., p. 158, « Lettre à Simone Saintu », Campo, le 22 août 1916, ibid., p. 179, et « Lettre à Simone Saintu », le 25 octobre 1916, ibid., p. 221.
41 Céline, « Lettre à son père », le 21 octobre 1916, Cahiers Céline 4. Lettres et premiers écrits d’Afrique 1916-1917, textes réunis et présentés par Jean-Pierre Dauphin, Paris, Gallimard, 1978, p. 126-130.
42 Bernardini Jean-Marc, op. cit., p. 169.
43 Il s’agit de sel de sodium, employé pour le traitement de la maladie du sommeil et de la syphilis.
44 Céline, « Lettre à Simone Saintu », Bikobimbo, le 12 octobre 1916, Lettres, op. cit., p. 211.
45 Et notamment d’Edmond Perrier qui copréside, avec l’obstétricien Adolphe Pinard, la première réunion de la Société française d’eugénique, tenue le 22 décembre 1912 à la faculté de médecine de Paris. Voir Bernardini Jean-Marc, op. cit., p. 392. Sur le développement de l’eugénisme en France voir Taguieff Pierre-André, « L’introduction de l’eugénisme en France : du mot à l’idée », Mots, n° 26, mars 1991, p. 23-45, et Carol Anne, Histoire de l’eugénisme en France. Les médecins et la procréation, xixe-xxe siècle, Paris, Seuil, 1995.
46 Voir Godard Henry, Céline, Paris, Gallimard, p. 100-103.
47 Comme l’a bien souligné Philippe Roussin dans Misère de la littérature, op. cit., p. 51.
48 Céline, La vie et l’œuvre de Philippe Ignace Semmelweis (1818-1865), textes réunis par Jean-Pierre Dauphin et Henri Godard, Paris, Gallimard, coll. « L’imaginaire », 1999, p. 29.
49 Dénoncé par Céline en ces termes : « En 93, on fit les frais d’un Roi. Proprement, il fut sacrifié en place de Grève. Au tranchant de son cou, jaillit une sensation nouvelle : l’Égalité. Tout le monde en voulut, ce fut une rage. L’Homicide est une fonction quotidienne des peuples, mais en France tout au moins, le Régicide pouvait passer pour neuf. On osa. Personne ne voulait le dire, mais la Bête était chez nous, aux pieds des tribunaux, dans les draperies de la guillotine, gueule ouverte. Il fallut bien l’occuper », ibid., p. 28.
50 Ibid., p. 29.
51 Parue pour la première fois, sous une forme contractée intitulée « Les derniers jours de Semmelweis » dans le numéro 51 de La Presse médicale en juin 1924, la thèse de Céline suscite la réaction critique du professeur de médecine hongrois Tiberius de Györy, qui souligne les inexactitudes et les inventions du récit. Voir Györy Tiberius de, « Remarques sur Les derniers jours de Semmelweis », dans La vie et l’œuvre de Philippe Ignace Semmelweis, op. cit., p. 120-122.
52 Comme l’ont bien montré Taguieff Pierre-André et Duraffour Annick, Céline, la race, le juif. Légende littéraire et vérité historique, Paris, Fayard, 2017.
Auteur
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Odile Roynette
Maîtresse de conférences habilitée en histoire contemporaine à l’université Bourgogne-Franche-Comté et chercheure associée au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron (CESPRA). Spécialiste des mondes militaires au xixe siècle et dans la première moitié du xxe siècle, ses travaux récents portent sur l’histoire culturelle de la Première Guerre mondiale. Dernières publications : Un long tourment. Louis-Ferdinand Céline entre deux guerres, 1914-1945, Paris, Les Belles Lettres, 2015, prix Lucien Febvre 2016 ; Bons pour le service. La caserne à la fin du xixe siècle, Paris, Belin, 2e éd. revue et augmentée, coll. « Alpha », 2017 (2000).
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