Camille-Alphonse Trézel
Ministre de la Guerre, 9 mai 1847-23 février 1848
p. 339-343
Texte intégral
Origines, formation et carrière avant 1847
1Fils de Pierre-Jean-Baptiste-Antoine Trézel et de Madeleine-Victoire Payen, épiciers, Camille-Alphonse naquit le 5 janvier 1780, rue Saint-Honoré, dans la capitale1. Employé comme dessinateur au bureau topographique du ministère de la Guerre depuis le 22 décembre 1801, il intégra le service comme sous-lieutenant ingénieur-géographe le 20 mai 1805. Il s’occupa notamment de la levée des cartes d’Hanovre et de la Souabe. Envoyé à l’armée du Nord, puis en Suisse, pour y consigner des données cartographiques, il fut appelé en 1806 en Prusse, où il participa à la campagne de Pologne au sein du 5e corps de la Grande Armée. Promu lieutenant le 30 mai 1807, il fut envoyé à la même date comme aide de camp du général Claude-Mathieu Gardane, ambassadeur de la France en Perse. Chargé d’une mission de reconnaissance entre Constantinople, le golfe Persique et les principales voies de communication avec l’Inde, il voyagea également au sud de la Turquie et dressa des cartes des côtes de la mer Caspienne et de la Géorgie. Ces observations furent publiées en partie en 1821 dans un ouvrage rédigé par Amédée Jaubert2.
2À son retour d’Orient, il fut nommé aide de camp du général Guilleminot et employé pour la délimitation des provinces illyriennes à partir du 5 septembre 1809. Il rejoignit ensuite la Catalogne où, occupant un emploi d’état-major, il se trouva « à toutes les affaires de cette campagne3 ». Promu au grade de capitaine le 23 janvier 1811, il fut envoyé à l’armée du Nord, puis participa à la campagne de Russie et notamment en 1812 aux batailles et aux combats de Krasnoï, de Smolensk, de la Moskowa, de Vitebsk et de Wiazma où il eut trois chevaux tués sous lui. Nommé chef de bataillon le 30 mai 1813, il fut appelé aux fonctions d’adjudant-commandant pour être employé comme chef d’état-major d’une division de la Grande Armée le 19 septembre 1813. Après la défaite, il contribua en juillet 1814 aux travaux de délimitation des frontières de l’Est. En situation de demi-solde le 20 mars 1815, il fut attaché au 3e corps de l’armée du Nord le 4 avril 1815 et préposé au poste de sous-chef d’état-major. Il perdit l’œil gauche d’un coup de feu reçu le 16 juin 1815 lors de la bataille de Ligny, précédant celle de Waterloo. Nommé maréchal de camp par la commission du gouvernement provisoire le 5 juillet 1815, cette désignation fut annulée par les nouvelles autorités. Placé un court moment en position de non-activité, il rejoignit ensuite la commission de démarcation des frontières de l’Est le 12 novembre 1816. Promu colonel par une ordonnance du 27 mai 1818, il participa à l’expédition d’Espagne en 1823. Soutenu durant toute sa carrière par le général Guilleminot, il fut nommé maréchal de camp le 22 février 1829. Engagé dans la campagne de Morée, il demeura dans cette contrée pour y occuper l’emploi de directeur général et de formateur des troupes régulières grecques.
3Sa carrière militaire se poursuivit sous la monarchie de Juillet, où il reçut des commandements en Algérie entre 1831 et 1835. Il y mena notamment des opérations contre les tribus hostiles à l’ordre français4. Il dirigea l’expédition de Bougie, entre la fin du mois de septembre et le début d’octobre 1833, où il fut blessé d’une balle à la jambe gauche. La conquête de cette place importante permettait à la France de faciliter les relations entre Bône et Alger et surtout de disposer d’un bon port de mouillage. Nommé en janvier à la tête de la division d’Oran, Trézel fut surpris au défilé de la Macta le 28 juin 1835 par les troupes d’Abd el-Kader ; outre son attitude courageuse, il sut reconnaître ses responsabilités dans cette défaite tout en tentant de modérer les critiques pesant sur son action.
4Commandant les troupes du département de la Dordogne à partir du 11 novembre 1835, puis celles du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire réunis, il fut, à sa demande, à nouveau nommé pour diriger la province de Bône entre le 9 août 1836 et le 25 janvier 1838. Devenu lieutenant général le 11 novembre 1837, il occupa le poste de directeur du personnel au ministère de la Guerre et intégra le Comité d’état-major. Il bénéficia à la fin de l’année 1844 des dispositions spéciales prévues par l’article 5 de la loi du 4 août 1839, permettant aux lieutenants généraux ayant dépassé la limite d’âge de continuer d’appartenir à la première section, sous réserve de l’accord du roi. Élevé à la dignité de pair de France le 21 juillet 1846, il fut nommé ministre de la Guerre dans le troisième ministère Soult, le 9 mai 1847.
Action au ministère de la Guerre (1847-1848)
5Dans un premier temps, Trézel prit soin de parachever les réformes de son prédécesseur. Une ordonnance de mai 1847 répartissait l’artillerie en dix commandements et un onzième pour l’Algérie, plaçant ainsi sous l’autorité des officiers généraux de l’Arme les différents chefs de service5. Il contribua à réformer l’instruction et la réglementation du train des équipages. Durant l’été 1847, il prépara le cahier des charges et l’établissement des marchés relatifs à l’approvisionnement en fourrage des chevaux et de la paille de couchage pour les campements et les bivouacs. Les procédures d’adjudication et les modes de paiement – faisant souvent l’objet de litiges ou de fraudes – étaient désormais déterminés et contrôlés par le ministre6. Par ailleurs, il n’hésita pas, comme il était d’ailleurs fréquent dans l’armée lorsque les pénuries de personnel s’avéraient problématiques, à prendre certaines libertés avec les textes de loi pour favoriser le recrutement des volontaires. Il sollicitait ainsi les lieutenants généraux et les maréchaux de camp de baisser la taille fixée par les règlements pour pallier la carence des maréchaux-ferrants, des selliers, des bourreliers, des armuriers, des tailleurs ou encore des cordonniers afin de compléter les contingents7.
6Dans son rôle de dirigeant et de chef, il se montra parfois assez cinglant avec ses subordonnés. Il reprocha ainsi au lieutenant général à Metz de lui avoir adressé un mémoire sur le mauvais état des écuries dans plusieurs gîtes d’étape, alors que l’officier n’avait pas pris la précaution de prévenir le préfet de la Moselle pour remédier à ce problème8. Il admonesta encore le général dirigeant la 7e division militaire à Lyon pour avoir confié, durant sa période d’inspection, son autorité au maréchal de camp Perron, ce qui était illégal9. Il dut également gérer les nombreuses épidémies sanitaires, dans les garnisons du sud de la France, où les fièvres typhoïdes, la variole ou la méningite préoccupaient le commandement.
7Trézel s’intéressa également de près aux relations entre la population et les militaires. Il s’indigna ainsi à l’encontre d’un jugement clément qui avait protégé des fusiliers du 52e régiment, auteurs d’une rixe mortelle. Le ministre n’hésitait pas à critiquer ouvertement les juges militaires :
« On n’arrivera à prévenir le retour malheureusement trop fréquent de ces scènes de violence de la part de militaires armés envers des citoyens sans défense, qu’autant que les tribunaux militaires se montreront sévères dans leur répression. Je désire qu’ils se pénètrent bien de la nécessité, plus impérieuse qu’ils ne semblent le croire, d’inspirer de la confiance aux populations dans l’action de la justice de l’armée… Il est fâcheux qu’en sortant de l’audience, les plaignants et les auditeurs puissent dire : la Cour d’assises ou le tribunal de police correctionnelle auraient fait meilleure justice10. »
8Enfin, sur le plan de l’information politique, à l’instar de ses prédécesseurs, il était régulièrement avisé sur les troubles occasionnés, notamment durant la période de soudure. Des renseignements lui parvenaient également, à partir du mois de septembre, sur la multiplication des banquets républicains, préfigurant la révolution de Février. Les généraux, se fondant souvent sur les rapports de la gendarmerie, signalaient invariablement la tenue de ces réunions, en surveillant particulièrement la présence de soldats dans ces assemblées séditieuses11. Le 22 février, il reçut de nombreuses relations des unités, rédigées par les commandants militaires, qui sollicitaient en contrepartie des informations sur la situation parisienne. Dans la capitale, il dirigea les opérations de concert avec le général commandant la 1re division militaire. Informé des différentes péripéties secouant le pays, il ne put s’opposer à la marche du nouvel ordre. Dans un écrit posthume, publié en 1851 et reproduit par plusieurs journaux, intitulé La nuit du 24 février racontée par le maréchal Bugeaud, l’officier général critiquait l’imprévoyance de l’armée lors des journées révolutionnaires de 1848, qui avait permis à l’émeute de triompher. Il dénonçait notamment le manque d’approvisionnement, de munitions et de direction des troupes. Le général Trézel répondit point par point à ces accusations dans un article de presse12.
Carrière postérieure, fortune et vie privée
9Il s’était marié en 1824 avec mademoiselle Auguste-Maxence Lemire, sa cousine13, qui disposait d’une dot de 30 000 francs. Le frère aîné de Camille-Alphonse, Pierre-Félix14, peintre néoclassique, était un élève de Prud’hon, qui se distingua dans le genre historique et religieux. Ses autres frères avaient embrassé, comme lui, une carrière militaire. Pierre-Hippolyte, né le 12 août 1785 à Paris, était entré comme soldat au 32e de ligne le 14 mars 1805 et fut nommé sous-lieutenant le 19 juillet 1813, avant d’être élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur le 10 janvier 181415. Des autres membres de sa famille, une archive16 nous informe que l’un fut tué à Saint-Domingue et que l’autre devint invalide suite à la bataille d’Heilsberg, en juin 1807.
10Camille-Alphonse fut placé en situation de retraite après la révolution de Février. Appelé en 1853 comme gouverneur militaire auprès du comte de Paris et du comte d’Eu, il conserva ces fonctions jusqu’à la majorité du comte de Paris en 1856 et devait décéder le 11 avril 1860, à l’âge de 80 ans.
Bibliographie
Sources et bibliographie
Sources manuscrites
Service historique de la Défense
Monarchie de Juillet (série E)
SHD/GR, E5 129-132 ter : correspondance générale.
Deuxième République (série F)
SHD/GR, F1 2 : correspondance générale.
Archives collectives et individuelles (série Y)
SHD/GR, 7 Yd 1134 : dossier de Camille-Alphonse Trézel.
Archives nationales
Archives personnelles et familiales (série AP)
238 AP 1-4. (On trouve encore des sources complémentaires dans le fonds de la maison de France qui contient des lettres du général Trézel : 300 AP III 48, 95, 168, 170, 188, 192, 210 et 300 AP IV 43, 267.)
Grande chancellerie de la Légion d’honneur (série LH)
LH 2628/33.
Sources imprimées
Dumas Jean-Baptiste et Trézel Camille-Alphonse, Un fourrier de Napoléon vers l’Inde : les papiers du lieutenant-général Trézel, ingénieur-géographe, officier d’état-major, ministre de la Guerre, pair de France, première partie, 1780-1812, Paris, Charles Lavauzelle, 1915, 144 p.
Trézel Camille-Alphonse, Projet de loi relatif à l’ouverture d’un crédit [extraordinaire] pour les dépenses de l’Algérie avec l’exposé des motifs par le ministre de la Guerre, Paris, Crapelet, 1847, 12 p.
Trézel Camille-Alphonse, Projet de loi relatif à l’avancement des lieutenants nommés à des fonctions spéciales dans les corps de troupes, amendé par la Chambre des députés, avec l’exposé des motifs par le ministre de la Guerre, Paris, Crapelet, 1847, 11 p.
Trézel Camille-Alphonse, Projet de loi relatif à un appel de 80 000 hommes sur la classe de 1847, avec l’exposé des motifs par le ministre de la Guerre, Paris, Crapelet, 1847, 8 p.
Bibliographie
Jaubert Amédée, Voyage en Arménie et en Perse, fait dans les années 1805 et 1806 […] suivi d’une notice sur le Ghilan et le Mazenderan, par monsieur le colonel Trezel…, Paris, Pélicier et Nepveu, 1821, 506 p.
Notes de bas de page
1 Voir la copie de l’acte de naissance dans le fonds de la Légion d’honneur, AN, LH 2628/33.
2 Amédée Jaubert, Voyage en Arménie et en Perse, fait dans les années 1805 et 1806 […] suivi d’une notice sur le Ghilan et le Mazenderan, par monsieur le colonel Trezel…, Paris, Pélicier et Nepveu, 1821, 506 p. L’auteur, maître des requêtes, a voyagé dans ces contrées en 1807 et rencontra probablement Trézel à cette époque. Il intégra dans son ouvrage, publié en 1821, les descriptions topographiques de Camille-Alphonse Trézel sur le Ghilan et le Mazenderan, contrées qui avaient été jusque-là peu explorées.
3 État des services de Camille Trézel, 1813, SHD/GR, 7 Yd 1134.
4 État des services de Camille Trézel, extrait d’un rapport adressé au lieutenant-général Voirol, commandant par intérim le corps d’occupation d’Afrique, 5 mai 1833, ibid.
5 SHD/GR, E5 129.
6 Cahier des charges et marché pour la fourniture de fourrages, du 1er novembre 1847 au 31 octobre 1848, Paris, Imprimerie royale, août 1847, 36 p.
7 Le ministre de la Guerre aux lieutenants généraux et aux maréchaux de camp commandant les divisions et les subdivisions territoriales, 23 août 1847, SHD/GR, E5 131.
8 Le ministre de la Guerre au lieutenant général à Metz, 29 mai 1847, SHD/GR, E5 129.
9 Le ministre de la Guerre au commandant de la 7e division militaire, 14 juillet 1847, SHD/GR, E5 130.
10 Le ministre de la Guerre au lieutenant général, commandant la 1re division militaire à Paris, 23 décembre 1847, SHD/GR, E5 132.
11 Voir, notamment pour la période de septembre à décembre, SHD/GR, E5 131-132.
12 Le Moniteur de l’armée, 6 avril 1851.
13 Demande d’autorisation de mariage adressée au ministère de la Guerre, 13 juillet 1824, SHD/GR, 7 Yd 1134.
14 Voir Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes…, Paris, 1843, Thoisnier Desplaces, t. 42, p. 141.
15 Fonds de la Légion d’honneur, AN, LH 2628/34.
16 Fonds de la Légion d’honneur, Camille-Alphonse Trézel au ministre de la Guerre (?), 28 avril 1810, AN, LH 2628/32. Cette dernière cote, figurant dans la base Léonore et indiquant le nom de Trézel, sans mentionner de prénom, concerne en réalité Camille-Alphonse Trézel.
Auteur
-
Édouard Ebel
Docteur en histoire et chef de la division gendarmerie du département recherche, études et enseignement du Service historique de la Défense. Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles relatifs à l’histoire de la gendarmerie et de la police.
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