Introduction à la quatrième partie
p. 121
Texte intégral
1Les autres historiens libéraux, nés avec le siècle (Thiers, Mignet), sont connus pour leurs travaux sur la Révolution française, tandis que le nom de Thierry est indissolublement lié à l’époque médiévale. Prendre le Moyen Âge pour objet est pourtant une manière, pour Thierry, de rejoindre – obliquement – la question révolutionnaire. Lorsqu’il publie les Lettres sur l’histoire de France en volume, en 1827, Thierry adjoint aux réflexions qu’il avait fait paraître en 1820 dans Le Courrier français une dizaine de lettres sur le mouvement communal du xiie siècle (communes de Laon, de Reims, de Vézelay). À cet intérêt pour ces insurrections, prodromes des mouvements populaires à venir, se superpose le désir de saisir les conséquences socio-politiques de la conquête, cet affrontement entre « Franks » et Gallo-romains qui supporte une lecture dynamique de l’histoire. Et en 1840, dans la préface des Récits des temps mérovingiens, il évoque l’enchantement que lui avait procuré la lecture du fameux « bardit » des Martyrs (1809) de Chateaubriand. Ainsi se tisse une continuité dans les travaux de l’historien, quoique ses opinions politiques connaissent une évolution certaine. En témoigne, dès 1829, lors de la seconde version des Lettres sur l’histoire de France, la perception des insurrections communales comme proprement « bourgeoises » (et non plus « populaires »).
2C’est le haut Moyen Âge qui le retient dans les Récits des temps mérovingiens, période obscure où l’historien fait la part belle aux légendes, à des parcours à la fois individuels et emblématiques, à même de marquer l’esprit des lecteurs. La narration, tout en conservant l’appareillage proprement historien des sources en notes de bas de page, peut évoquer de fait la manière romanesque : la « réapparition des mêmes personnages » d’un récit à l’autre, le goût de mettre en avant aussi bien des « faits publics » que des « catastrophes domestiques1 », n’est pas sans rappeler l’œuvre contemporaine de Balzac. Ces récits qui paraissent d’abord dans la Revue des deux Mondes, à partir de 1833, ont indéniablement contribué à forger un certain imaginaire du Moyen Âge. Après avoir valu à leur auteur le prix Gobert de l’Académie française, ils ont connu de nombreuses rééditions, notamment illustrées.
Notes de bas de page
1 Récits des temps mérovingiens, t. I, p. 7.
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