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    Plan détaillé Texte intégral Limites du personnage collectif Désymbolisation Modalités d’articulation de l’individuel et du collectif De Thierry à Michelet, deux types de représentativité du personnage Notes de bas de page Auteur

    Augustin Thierry

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Herméneutique du personnage historique : la figure de Thomas Becket chez Augustin Thierry et chez Michelet

    Paule Petitier

    p. 95-108

    Texte intégral Limites du personnage collectif Désymbolisation Modalités d’articulation de l’individuel et du collectif De Thierry à Michelet, deux types de représentativité du personnage Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Bien qu’elle ne puisse rivaliser avec celle de Jeanne d’Arc, la fortune de Thomas Becket en France au xixe siècle n’est pas sans faire songer à elle. D’abord, le renouveau historique de la période romantique suscite des interprétations inédites, de la part d’auteurs qui s’éloignent de la perspective hagiographique. Augustin Thierry en donne le coup d’envoi dans son Histoire de la conquête de l’Angleterre en 1825, Michelet lui emboîte le pas au début de son Histoire de France en 1833. Comme dans le cas de Jeanne, il semble que ces lectures laïques réveillent l’ardeur apologétique du camp catholique : Frédéric Ozanam trace, en 1836, un parallèle entre deux chanceliers d’Angleterre, le philosophe Francis Bacon et Thomas Becket, parallèle qui établit la supériorité du second sur le premier, de l’homme de foi sur le penseur rationaliste1. L’abbé Jean-François Robert publie en 1844 une Histoire de saint Thomas Becket chez la très catholique maison Barbou. Georges Darbois (le futur archevêque de Paris) se fonde sur les travaux de l’historien anglais John Allen Giles (éditeur de nombreux documents originaux sur Becket), pour écrire une vie de Saint Thomas Becket (1858)2.

    2L’histoire de Thomas Becket, archevêque qui mourut en défendant les droits et les privilèges de l’Église mis en cause par le roi d’Angleterre, avait certainement de quoi retenir l’attention en un siècle où la question des rapports entre l’autorité religieuse et l’État se pose constamment. Cependant, ce n’est pas par ce biais que je voudrais aborder ici la figure de Becket dans l’Histoire de la conquête de l’Angleterre d’Augustin Thierry, bien que l’hostilité de l’historien au rôle temporel de l’Église catholique se donne à lire clairement dans ce texte. C’est au travail de remodelage du personnage historique indissociable de la nouvelle conception de l’histoire que je souhaite m’attacher. On ne quittera pas vraiment le terrain des enjeux idéologiques puisqu’il s’agit de récuser un certain type d’acteurs historiques – souverains et princes – au profit d’acteurs collectifs ou représentatifs de forces collectives. L’interprétation de Becket, chez Thierry puis chez Michelet, repose sur la construction par le récit d’une représentativité de l’individu, conçue différemment par les deux auteurs, comme j’essaierai de le montrer.

    Limites du personnage collectif

    3Dans l’Histoire de la conquête de l’Angleterre, Thierry souhaite rectifier l’erreur de perspective qui réduit l’histoire à celle de quelques individus, et montrer que les véritables acteurs historiques sont des entités collectives : « Car l’objet essentiel de cette histoire est d’envisager la destinée des peuples, et non celle de certains hommes célèbres, à bon ou à mauvais titre, de raconter les aventures de la vie sociale, et non celles de la vie individuelle3. »

    4Pour donner au lecteur le sentiment de ces « masses d’hommes » prises dans les bouleversements de l’histoire, Thierry déploie notamment l’action sur un large théâtre géographique4 :

    « c’est à dessein que beaucoup de faits locaux, que beaucoup de noms ignorés ont été placés dans ce récit. Que l’imagination du lecteur s’y attache : qu’elle repeuple la vieille Angleterre de ses envahisseurs et de ses vaincus du xie siècle ; qu’elle se figure leurs situations, leurs intérêts, leurs langages divers, la joie et l’insolence des uns, la misère et la terreur des autres, tout le mouvement qui accompagne la guerre à mort de deux grandes masses d’hommes5 ».

    5L’extension spatiale de l’action, l’évocation concrète des lieux dans lesquels se poursuivent la conquête et la résistance contribuent en effet puissamment à rendre l’impression d’un affrontement multiforme et généralisé. En contrepartie, la théorie de la lutte des races sert à dramatiser et à structurer la représentation du collectif ; elle assure l’unité de l’action. Thierry a incontestablement réussi à transformer la perception de l’événement désigné par le terme de « conquête » : réduite jusqu’à lui à une date entérinant la victoire de Guillaume (Hastings, 1066), la conquête a pris sous sa plume l’épaisseur d’un processus complexe qui a pénétré peu à peu dans le corps social pour s’y inscrire durablement, bien au-delà du dernier fait historique qui le rend visible, l’exécution de William Longue-Barbe sur laquelle se clôt le onzième et dernier livre.

    6Cependant, malgré la façon remarquable dont il met en récit la multiplicité et la diversité des actions qui se rapportent selon sa thèse à l’asservissement des Saxons par les Normands, Thierry rencontre aux deux tiers de son récit la nécessité de renouer le fil dramatique autour d’un conflit plus resserré, la lutte de deux individus. Cela tient à son choix de retracer l’histoire des vaincus : la résistance des Saxons, vouée à se résorber un siècle après la conquête, commence à ce point de son récit à se perdre dans les sables. Dès la fin du livre VIII, l’auteur note en effet : « la race saxonne, fatiguée par la souffrance, se laissait aller à une résignation molle6 ». L’épisode de Thomas Becket arrive à point nommé pour relancer une action mourante. L’antagonisme qui s’atténuait reparaît avec une vigueur neuve et sous la forme éclatante d’un duel à mort entre deux puissantes individualités.

    7Thierry avait besoin à ce stade de son histoire d’un ressort dramatique qui retarde le changement de régime d’écriture auquel il sera contraint dans sa très volumineuse « Conclusion ». En effet, l’exécution de William Longue-Barbe à l’explicit du dernier livre marque d’un bel effet de clôture le terme du récit proprement dit. Pour tenir la promesse de son titre et étudier la conquête dans « ses suites jusqu’à nos jours », Thierry consacre ensuite des développements séparés aux différentes parties du royaume normand (provinces du continent, Angleterre, Irlande, Écosse, pays de Galles), retraçant à grands traits leur évolution sans chercher à faire revivre pour le lecteur une action historique suivie. Cependant, outre le besoin de raviver une « intrigue » (plot) qui, faute d’être attestée par des faits, risquait de devenir évanescente, Thierry a sans doute aussi éprouvé les limites d’un récit dans lequel la représentation du destin collectif ne s’appuyait pas sur l’individualité. Le choix d’écrire l’histoire du côté des vaincus impliquait un très fort point de vue moral, se traduisant notamment par l’apologie de la résistance et de la lutte contre l’oubli. Quoi qu’on ait pu dire sur le changement de régime d’historicité, l’histoire reste pendant la majeure partie du xixe siècle maîtresse de vie politique sinon magistra vitae tout court ; elle traite du problème de l’action et de la décision individuelle. Elle a donc besoin, alors même qu’elle met l’accent sur les forces collectives, de relier sans cesse leur mouvement à des figures individuelles incarnant l’éthique de l’action.

    Désymbolisation

    8Becket s’offrait à Thierry comme un grand homme, sur lequel existait une documentation assez abondante. Comme un personnage de légende, aussi – ce qui attestait une popularité intéressante. Enfin comme une majestueuse figure d’opposant. Il incarnait la vertu du refus, l’intransigeance morale, la capacité de s’élever contre des exigences despotiques, le courage de mourir en disant non. Il incarnait de plus l’opposition aux prétentions du pouvoir monarchique, ce qui lui donnait un intérêt particulier aux yeux d’un historien désireux de démystifier le rôle des têtes couronnées dans l’histoire.

    9La gageure était cependant de réinterpréter le personnage de Becket pour l’intégrer au récit. Comment relier aux antagonismes sociaux et nationaux nés de la Conquête une querelle qui avait éclaté au sommet de l’État, un siècle après Hastings, à propos des prérogatives respectives de la monarchie et de l’Église ?

    10Thierry entreprend d’abord de déconstruire les interprétations qui offusquent le vrai sens de l’épisode. Il met en évidence deux obstacles à la perception des véritables enjeux historiques de la querelle entre Becket et Henri II. La compréhension de l’événement, de ce pour quoi il y a eu événement, a dans un premier temps été dénaturée par sa récupération religieuse, puis a contrario par le discrédit jeté par la philosophie moderne sur le fait religieux : « On a raison de sourire aujourd’hui de toutes ces querelles entre rois et évêques qui firent tant de fracas dans des siècles moins éclairés que le nôtre, mais il faut reconnaître que parmi ces disputes, un petit nombre, au moins, furent profondément sérieuses7. »

    11Cependant la déformation qui paraît déterminante à Thierry est bien liée à la sanctification de Becket. Thierry récuse l’interprétation religieuse du combat de l’archevêque contre le roi. Pourtant c’est la ferveur religieuse du peuple qui attire son attention. Saint Thomas de Canterbury a été extrêmement populaire pendant toute la période médiévale. Sa légende a pris forme très tôt, s’est caractérisée d’emblée par la richesse de son matériau et par sa persistance8. Tant de témoignages d’une appropriation de Becket par le peuple ne pouvaient qu’orienter un historien libéral vers une herméneutique nouvelle, il fallait chercher le sens historique de cette dévotion populaire, sans s’arrêter à ses formes religieuses. Outre le fait qu’elle trompait sur le sens de l’action de Becket, sa sainteté faisait encore illusion parce qu’elle paraissait manifester un consensus autour du personnage. Thierry allait montrer qu’elle recouvrait en réalité un dissensus. Rome, affirme-t-il, n’a accepté la canonisation de l’archevêque que pour des motifs opportunistes :

    « si des raisons politiques et purement indépendantes du plus ou du moins de mérite religieux de Thomas de Canterbury n’avaient engagé la cour de Rome à le canoniser, si de riches et puissants personnages de France, dans le seul désir de causer des mortifications au roi d’Angleterre, n’avaient sollicité l’apothéose de celui que les Normands avaient tué, si des autels brillants d’or ne lui eussent point été dressés par la rivalité nationale dans les églises de cette même France où il avait mendié son pain, son nom, célèbre dans tant de contrées, n’aurait peut-être pas survécu9 ».

    12À l’origine, selon Thierry, c’est la foule des pauvres gens qui, immédiatement après le meurtre dans la cathédrale, proclame la sainteté de Becket. Les autorités normandes essaient au contraire de réprimer l’élan de piété populaire envers l’ennemi du roi. Or l’une des thèses de Thierry est que la piété constitue, à la période médiévale, la forme détournée du sentiment patriotique, pour des raisons qui tiennent aux mentalités mais aussi à la répression d’une expression plus directe. D’autres passages de l’Histoire de la conquête de l’Angleterre montrent que l’amour des Saxons pour les saints d’origine anglaise était à juste titre perçu par les envahisseurs normands comme une protestation contre leur domination. Le récit de la Conquête se termine d’ailleurs par un épisode éclairant au regard de l’histoire de Becket. Après l’exécution de William Longue-Barbe, le dernier à avoir tenté de prendre les armes contre les Normands, sans réussir à soulever le peuple de Londres, la foule réunie pour assister à son supplice s’empare du gibet, et même de la terre sur lequel il a été élevé, comme de reliques. Néanmoins dans le cas de William, rien ne venant soutenir l’effort du peuple pour conserver son souvenir, la répression normande tue dans l’œuf les manifestations de dévotion populaire.

    « Tout cela est un peu étrange pour nous ; car les nations opprimées ont perdu l’usage de faire des saints de leurs défenseurs et de leurs amis ; elles ont la force de conserver le souvenir de ceux qu’elles ont aimés, sans décorer leurs noms d’une auréole superstitieuse. Mais quelque différence qu’il y ait entre nos mœurs patriotiques et celles des hommes qui nous ont précédés sur la terre, que cette différence ne nous inspire envers eux ni sévérité ni dédain. La grande pensée de l’indépendance humaine leur fut révélée comme à nous ; ils l’environnèrent de leurs symboles favoris ; ils rassemblèrent autour d’elle ce que leur esprit imaginait de plus noble, et la firent religieuse comme nous la faisons poétique. C’est la même conviction et le même enthousiasme exprimés d’une autre manière, le même penchant à immortaliser ceux qui ont dévoué leur vie au salut ou au bien-être d’autrui10. »

    13Ajoutons que l’histoire de Becket participe à l’instruction à charge du dossier de Rome et de l’Église poursuivie avec ténacité tout au long du texte. Dans une visée très anticléricale, dont il atténuera l’expression trop ironique dans les éditions ultérieures, Thierry souligne autant que de besoin la collusion continue du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel. Il insiste sur le fait que Rome soutient toutes les entreprises de conquête des Normands et se prête même à devenir leur avant-coureur – la première action pour asservir un peuple consistant à lui imposer des prélats étrangers. Adjuvant du despotisme, « pierre à aiguiser pour les épées des Français11 », le clergé joue un rôle d’autant plus néfaste et cruel qu’il prive de leur force morale ceux qui tentent de résister. Dans le cas de Becket, Thierry insiste sur la duplicité du pape Alexandre III : il ne soutient l’archevêque que par intérêt politique (de crainte de se brouiller avec le roi de France) et, même lorsqu’il l’épaule en apparence, il ménage en cachette le puissant Henri II et trahit Becket en communiquant ses lettres à son ennemi. L’Église toujours au service des puissants est donc dépourvue de toute dimension spirituelle et n’agit que par politique.

    14Une remarque à ce propos. Dans le système de Thierry, tout s’explique en dernière instance par des rapports de force et par des motifs politiques. Sa conception de l’histoire se caractérise de ce fait par une vision moniste, tempérée par la présence de deux formes de politique, l’une davantage mise en avant que l’autre. La première, celle qui constitue le moteur habituel de l’histoire, renvoie à la lutte pour le pouvoir, combat féroce animé par l’intérêt matériel des « races » ou des institutions (comme l’Église ou la royauté). L’autre type de politique n’existe qu’à l’état virtuel à l’époque dont traite Thierry, il germe dans la résistance des nations vaincues, à la faveur de laquelle se développent progressivement d’autres valeurs, telles que la fraternité et l’indépendance, susceptibles de faire advenir un jour d’autres pratiques sociales et politiques. Suggérer, en écartant l’explication religieuse, que l’attitude de Becket a, en réalité, un sens politique, n’est donc pas forcément éliminer toute forme de spiritualité de la conduite de ce personnage car il est bien évident que la seconde conception de la politique, celle à laquelle visiblement Thierry donne sa préférence, est fondée sur des valeurs morales et sur un certain idéalisme.

    15Toujours est-il que le travail critique de Thierry met vivement en lumière le poids de la censure sur la mémoire des vaincus. Ceux-ci ne laissent des traces que dans la mesure où le sens de leur action est dénaturé. Thierry postule une disjonction entre mémoire et sens. Il ne suffit pas d’exhumer le souvenir de ceux qui ont été oubliés ; certains sont restés dans l’histoire au prix d’une sorte de défiguration.

    Modalités d’articulation de l’individuel et du collectif

    16Déconstruisant la vision antérieure de Becket, Thierry entreprend en même temps de redonner un autre sens au personnage à partir d’une articulation nouvelle de l’individuel et du collectif.

    17Il ne s’agit pas d’amoindrir la stature de Becket. Tout en effaçant le merveilleux chrétien, Thierry reprend le modèle du récit de Vie. Le livre IX s’ouvre sur les origines familiales de Thomas, il déroule ensuite les circonstances de sa naissance, sa jeunesse mondaine, sa transformation brusque lorsqu’il devient archevêque, le doute, les épreuves, le martyre, et s’achève avec sa canonisation. Dans une œuvre où les divisions en livres scandent les étapes de la conquête, donner à la vie d’un individu l’extension d’un livre est un moyen de souligner sa dimension historique. Thierry confère à Becket un caractère monumental qui tient à la clarté d’une narration découpée en séquences nettes et amples propres à mettre en relief l’action en présentant des séries d’actes et leurs conséquences. Le parti pris général est celui de la focalisation externe : les actes de l’archevêque ne sont jamais rapportés à leurs causes intérieures mais commentés par l’effet qu’ils produisent sur autrui. Son changement total de comportement après sa consécration est décrit comme une conversion, mais de quel ordre ? Thierry se garde de formuler une hypothèse, et se contente d’en accentuer le caractère extraordinaire par le biais des réactions qu’elle suscite : « Peu de jours après la consécration, ceux qui le virent ne le reconnaissaient plus. […] Jamais changement de vie ne fut plus soudain, et n’excita d’un côté autant de colère, et de l’autre autant d’enthousiasme12. »

    18La façon la plus simple de rattacher le personnage de Becket au conflit collectif central dans l’œuvre, l’antagonisme des Saxons et des Normands, était évidemment de faire du prélat un Saxon. Thierry n’a pas négligé cet expédient mais on a trop souvent réduit son interprétation à cette donnée. Il a saisi l’occasion offerte par l’historien anglais Lyttelton qui, dans son Histoire du roi Henry II (1768-1772), mentionnait Becket comme le premier « anglais de naissance » à accéder aux hautes charges de l’État et de l’Église depuis la Conquête. Thierry s’est senti invité par cette formule, qui signifiait seulement que Becket était né sur le sol anglais (et non dans le duché de Normandie), à le considérer comme un Saxon. Il faut noter qu’il a procédé prudemment, se contentant dans la première édition de suggérer que Becket n’était pas normand, sans le désigner positivement comme saxon. Les éditions ultérieures prendront plus nettement position, notamment par la fameuse restitution orthographique pratiquée par Thierry. « Beket » perdra alors son « c », ce qui confère au nom un caractère plus germanique. Par ailleurs, Thierry renverse de façon fort spécieuse l’interprétation de quelques faits de la jeunesse de Becket qui pointeraient au contraire vers une origine normande. Si le jeune homme a fait des études en France, c’est, explique Thierry, par obligation de « perdre l’accent anglais, qui était alors en Angleterre une chose de mauvais ton13 ». Mais tout bien considéré, Thierry ne gaspille pas ses forces à démontrer que Becket est un Saxon, l’essentiel du dispositif est d’un autre ordre. Vers 1856, alors qu’il prépare une réédition de la Conquête, Thierry est averti que l’hypothèse d’une origine saxonne de Becket a été contredite par l’historien anglais Giles. Une lettre de Renan le rassure sur l’importance de cette remise en cause14. Dans un article très élogieux sur Augustin Thierry, paru les 5 et 7 janvier 1856 dans le Journal des débats, Renan revient sur ce point et, de nouveau, le minimise : « Que Thomas Becket soit né en Normandie, c’est donc là une circonstance au fond secondaire ; l’important est que son rôle dans l’histoire ait été, par des nécessités de position, un rôle anglo-saxon15. » En effet, le lecteur moderne peut confirmer que l’essentiel n’est pas là. Plus subtil est le procédé qui consiste à établir un lien entre le conflit primordial et la querelle d’Henri II et de Becket par le biais des passions. Dans l’Histoire de la conquête, Thierry se propose de caractériser la psychologie collective née de l’oppression. La passion dominante qui naît de rapports de violence prolongés est la haine, tant chez les vainqueurs que chez les vaincus. L’impuissance à laquelle se trouvent peu à peu réduits les opprimés les conduit à n’éprouver de plaisir que par les malheurs de leurs ennemis. Au moment de la guerre civile entre les partisans de Mathilde et ceux d’Étienne, « les Anglais de race » ressentent « cette joie frénétique qu’on éprouve au milieu de la souffrance, en rendant le mal pour le mal16 ». L’une des thèses implicites de l’Histoire de la conquête est que l’état politique fondé sur l’antagonisme des races développe et généralise des rapports sociaux marqués par la haine. Les passions haineuses sont des conséquences, des métastases, pourrait-on dire, de la violence initiale, donc des signes que celle-ci est toujours active.

    19Alors que la légende a tendu à faire de Becket un parangon de douceur résignée dont la sainteté aurait imprégné toute la vie17, Thierry restitue à son Becket un comportement plus humain, pétri de fierté, d’opiniâtreté et d’irascibilité. Son récit exprime l’âpreté de la lutte entre les deux hommes les plus importants de l’Angleterre d’alors. Les scènes d’affrontement s’enchaînent et soulignent une violence omniprésente. La scène du meurtre dans la cathédrale est seulement l’acmé, très préparée, le couronnement d’un climat de violence permanent. Dès l’origine, le conflit est porté aux extrêmes. La menace de l’agression physique plane sur toutes les rencontres : « pendant que cette scène avait lieu dans la grande salle, on aperçut à travers les portes, dans l’appartement voisin, des hommes qui bouclaient leurs cottes de mailles et ceignaient leurs épées18 ». La violence s’exprime en paroles et en gestes :

    « L’un d’entre eux, Gilbert Foliot, évêque de Londres, sortit en hâte du petit appartement, et marchant vers la place où Thomas était assis : “Pourquoi viens-tu ainsi, lui dit-il, armé de ta croix ?” Et il saisit la croix pour s’en emparer ; mais le primat la retint fortement. L’archevêque d’York vint alors se joindre à l’évêque de Londres, et dit, en s’adressant à Becket : “C’est porter défi au roi, notre seigneur, que de venir en armes à sa cour ; mais le roi a une épée dont la pointe est mieux affilée que celle d’un bâton pastoral19.” »

    20Même chez Becket, la violence physique affleure, contenue seulement par la dignité ecclésiastique : « Au moment de sortir, l’archevêque se retourna, et regardant froidement autour de lui : “Si mon ordre sacré, dit-il, ne me l’interdisait, je saurais répondre par les armes à ceux qui m’appellent traître et parjure20.” »

    21Becket se rattrape par un usage abondant de la seule arme dont il dispose, et à laquelle l’apparat ecclésiastique confère une grandeur sublime :

    « Dans l’année 1166, Henri II passa d’Angleterre en Normandie, et, à la nouvelle de son embarquement, Thomas sortit du couvent de Pontigny et se rendit à Vézelay, près d’Auxerre. Là, en présence du peuple assemblé dans la principale église, le jour de l’Ascension, il monta en chaire, et, avec le plus grand appareil, au son des cloches et à la lueur des cierges, il prononça un arrêt d’excommunication contre les défenseurs des constitutions de Clarendon, les détenteurs des biens séquestrés de l’église de Canterbury, et ceux qui retenaient des clercs ou des laïques en prison pour sa cause21. »

    22En intensifiant la violence du conflit entre le roi et l’archevêque, Thierry entend certainement débarrasser son personnage de l’onction de la légende et lui rendre sa vraie couleur historique, marquée par la barbarie d’une époque reculée. Mais la raison essentielle pour laquelle Thierry met en évidence la violence du conflit est qu’il lui donne ainsi la même tonalité qu’à son sujet principal. Le caractère passionnel, presque viscéral, du désaccord n’est pas à prendre comme il le serait dans un autre contexte pour l’indice d’une antipathie individuelle. L’« aversion » immédiate qu’éprouve Henri II envers Becket, à peine l’archevêque commence-t-il à s’opposer à lui, consonne avec les passions déchaînées par la conquête22. En montrant l’agressivité réflexe du roi envers Becket et la haine qui préside presque immédiatement au conflit, Thierry établit une analogie implicite entre cette querelle et l’antagonisme des Saxons et des Normands. L’historien n’a pas même à commenter ni à justifier ce point commun, qui se rapporte à ce qu’il y a de plus irrationnel, de plus pulsionnel, presque de plus physique – et donc d’une certaine façon de plus indiscutable.

    23Thierry tisse des liens entre le destin individuel de Becket et les masses opprimées d’une deuxième façon. Au fond, il n’est pas loin de reconnaître que la querelle de Becket n’a qu’un rapport très éloigné avec le sort des masses opprimées. Pourtant, ce qui compte, c’est la façon dont ce drame a polarisé l’opinion, et joué comme le révélateur d’une violence également ressentie par tous les peuples asservis ou en voie d’asservissement par les Normands.

    « Quoique Thomas Becket fût complètement étranger à la nation cambrienne, d’affection comme de naissance ; quoiqu’il n’eût jamais donné le moindre signe d’intérêt pour elle, cette nation l’aimait, et eût aimé de même tout étranger qui, de loin, indirectement, sans nulle intention bienveillante, eût éveillé en elle l’espoir d’obtenir de nouveau des prêtres nés dans son sein et parlant son langage23. »

    24Au fil du récit, Thierry accumule les indices montrant que les populations vaincues, sans lien entre elles, se reconnaissent dans l’opposition de l’archevêque au despotisme du roi normand.

    « C’est ainsi qu’à la cause de l’archevêque Thomas, quel que fût le mobile personnel de cet homme, soit l’ambition, soit l’amour de la résistance et l’entêtement, soit la conviction d’un devoir religieux, ou la conscience sourde et mal définie d’une hostilité nationale, se joignait de toutes parts une cause nationale, celle des races d’hommes asservis par les aïeux du roi dont il s’était déclaré l’adversaire. Voilà ce qui relève, dans l’histoire, cette grande intrigue au-dessus des disputes ordinaires entre la couronne et la mitre24. »

    25Cette interprétation centrée sur la réaction des contemporains plus que sur l’examen des motifs propres du personnage permet de mettre en lumière deux significations historiques.

    26La première concerne l’évolution du conflit initial et les obstacles qui, le temps passant, pèsent sur son expression directe. Thierry s’intéresse dans l’Histoire de la conquête à la question du refoulement d’un conflit – le conflit entre Saxons et Normands n’étant pas réglé mais réprimé. Il ne peut plus y avoir de conflit ouvert s’exprimant sur le terrain politique, par la lutte armée, la guerre civile, ou sous une forme institutionnalisée. Thierry suit les formes abâtardies de la résistance, le brigandage par exemple, qui la perpétuent mais aussi la défigurent. L’histoire de Becket vaut donc pour un conflit qui ne peut plus s’exprimer autrement. En aucun cas elle ne prolonge directement ce conflit. Dans la première édition, Thierry formulait crûment cette distorsion : « si des autels brillants d’or ne lui eussent point été dressés par la rivalité nationale dans les églises de cette même France où il avait mendié son pain, [le] nom [de Becket], célèbre dans tant de contrées, n’aurait peut-être pas survécu à la génération de serfs anglais qu’il agita sans nul profit pour elle, en lui faisant concevoir des espérances qu’il ne pouvait ni ne voulait réaliser25 ».

    27La résonnance que l’opposition de Becket suscite au sein des masses opprimées repose sur un malentendu, mais un malentendu inévitable, consubstantiel, si l’on veut, à l’aliénation des vaincus. L’oppression qu’ils subissent fait que leur cause ne peut se symboliser dans l’histoire que d’une manière partiellement inadéquate, par un syllogisme (l’ennemi de notre ennemi est notre ami). D’autres destins individuels auraient pu incarner plus justement l’antagonisme persistant des races, mais ils ne sont pas passés à la postérité, comme celui de Girauld le Cambrien, évoqué par Thierry à la fin du livre IX.

    28L’autre sens historique de l’adhésion par défaut des vaincus à la figure de Becket, est plus optimiste (il sera d’ailleurs accentué dans les éditions ultérieures). Plus qu’un Saxon reprenant le combat de sa race, Becket – justement du fait qu’il n’incarne pas directement ce conflit – devient le point de ralliement abstrait de tous ceux qui subissent la domination normande – Saxons d’Angleterre, Gallois, Irlandais, Français méridionaux… Représentant le type de la résistance, il fédère virtuellement les différentes nations conquises. Il permet ainsi de comprendre la manière dont Thierry raccorde l’histoire des vaincus à l’histoire du présent. Le lien entre autrefois et aujourd’hui est beaucoup plus immatériel que ne le laisserait croire la théorie des « races ». L’Histoire de la conquête suggère que l’impuissance à laquelle sont réduits les vaincus les conduit à développer des vertus morales, à se réfugier dans le domaine des réalités spirituelles : la religion, la poésie, le souvenir… La culture des vaincus prépare à long terme l’apparition d’un idéal politique universel susceptible de s’opposer à la politique cynique et oppressive des États modernes. Peu à peu, chez les nations opprimées évoquées dans la « Conclusion », « la question historique de l’origine du pouvoir royal et seigneurial » s’efface « mais les esprits ardents s’enthousiasm[ent] de l’idée de substituer à l’ancienne forme de gouvernement un ordre de choses fondé sur la justice et le droit absolu26 ».

    29Becket constitue de ce point de vue une étape importante sur le chemin conduisant du patriotisme national à la conception d’une politique fondée sur des principes généraux contraires à ceux de la conquête (contrainte, oppression, inégalité). L’inadéquation du personnage symbolique témoigne de l’aliénation des vaincus mais prépare aussi une évolution vers un idéal politique universel.

    De Thierry à Michelet, deux types de représentativité du personnage

    30La place faite par Michelet à Thomas Becket dans le livre IV de l’Histoire de France (1833) témoigne de l’impact de l’œuvre de Thierry sur ses contemporains et de la pleine réussite de sa démarche herméneutique. Le développement de Michelet tire en effet presque toute sa substance du livre IX de l’Histoire de la conquête. Pour faire mine d’apporter quelque chose de son cru, l’auteur du « Tableau de la France » en est réduit à intercaler une digression sur le Kent, « le pays le plus libre de l’Angleterre27 ».

    31Le fait de consacrer un assez long développement à Becket dans une Histoire de France, est somme toute encore plus étonnant que de lui consacrer un livre dans une histoire de la conquête de l’Angleterre. Cette singularité prouve également le caractère décisif de l’intervention de Thierry, dont l’œuvre a constitué et imposé la dimension symbolique du personnage. C’est évidemment de celle-ci que Michelet s’empare et c’est elle qu’il infléchit pour lui donner sa marque. Mais, s’il modifie l’interprétation, il bénéficie pourrait-on dire du gros œuvre accompli par son prédécesseur. Tout va se jouer dans le texte de Michelet sur l’interprétation de ce que représente Becket et de façon plus générale sur une conception différente du symbolisme historique.

    32Contrairement à son prédécesseur, Michelet conserve à Becket une dimension religieuse. Il reprend (ce qui prouve qu’il a tout de même consulté les sources et ne s’est pas contenté de lire Thierry) l’une des caractéristiques de la légende du saint28, le parallèle entre Jésus et Becket. Michelet souligne à plusieurs reprises ce trait comme le plus significatif de la vision de Becket par ses contemporains : « Tous les contemporains reconnaissent ainsi, dans la lutte de Thomas contre Henri, une image des tentations du Christ, et dans sa mort un reflet de la Passion29. » Ou encore : « Dans les récits de sa mort tout le peuple s’accordait à dire que jamais martyr n’avait reproduit plus complètement la Passion du Sauveur30. »

    33Sans revenir sur le soutien à Becket de « toutes les races vaincues », Michelet conteste le fait qu’elles seules auraient adhéré à sa cause et l’auraient vénéré comme un saint après sa mort.

    « Ce serait pourtant rétrécir ce grand sujet, que de n’y voir autre chose que l’opposition des races, de ne chercher qu’un Saxon dans Thomas Becket. L’archevêque de Kenterbury ne fut pas seulement le saint de l’Angleterre, le saint des vaincus, Saxons et Gallois, mais tout autant celui de la France et de la chrétienté. Son souvenir ne resta pas moins vivant chez nous que dans sa patrie31. »

    34Chez Michelet le sens symbolique ne s’accommode pas du dissensus. Il ne peut y avoir de symbole qu’exprimant une vérité universelle, vraie pour toute l’humanité. Chez Thierry, la valeur symbolique du conflit de Becket et d’Henri II tenait étroitement à la position des vaincus. En revanche, chez Michelet nous avons à faire à un symbolisme plein dans lequel il n’y a pas de solution de continuité entre le symbolisant et le symbolisé. Le sens symbolique du personnage historique se rapporte chez lui au sens général de l’histoire. La sainteté de Becket signifie dans l’œuvre de Michelet l’évolution de la religion à l’échelle de l’histoire, son déplacement de la sphère du sacré transcendant vers la sphère humaine. L’Église, qui a pendant plusieurs siècles assuré la défense des faibles, et donc porté le progrès, a révélé sa défaillance à l’occasion de l’affaire Becket. Rome a alors dévoilé son indignité, son abandon de la cause des opprimés. La reconnaissance de la sainteté de Becket signifie la fin de la mission historique de l’Église chrétienne et le déplacement de cette mission vers la sphère laïque (bientôt, c’est le roi de France qui incarnera la défense des humbles) :

    « Ce qu’il y eut de grand, de magnifique et de terrible dans la destinée de cet homme, c’est qu’il se trouva chargé, lui faible individu et sans secours, des intérêts de l’Église universelle, qui semblaient ceux du genre humain. Ce rôle, qui appartenait au pape, et que Grégoire VII avait soutenu, Alexandre III n’osa le reprendre. […] Étrange politique qui devait apprendre au peuple à chercher partout ailleurs qu’à Rome le représentant de la religion et l’idéal de la sainteté32. »

    35Chez Michelet, l’interprétation du personnage de Becket renvoie donc à un sens supérieur de l’histoire, absent chez Thierry (et dont il se méfie comme de la réintroduction d’une part de métaphysique dans l’histoire).

    *

    36Par son refus des acteurs traditionnels de l’histoire, princes et souverains, la nouvelle école impliquait une herméneutique du personnage historique. À côté des « masses » dont elle s’efforçait de comprendre et de faire sentir la vie et l’influence, il fallait qu’elle trouve de grandes individualités qui fassent ressortir la dimension morale de l’histoire et son rapport avec l’action. Mais les grands hommes du passé, dont on avait gardé la trace seulement par le biais de la légende ou d’une historiographie monarchiste, ne constituaient pas des représentants évidents de ces masses qui faisaient l’histoire. Relier les individus marquants aux forces collectives, sans tomber dans la simplification, représentait une gageure que Thierry affronte finalement plus directement que Michelet, dont on pourrait dire qu’il contourne le problème en donnant sens au personnage par rapport à l’Histoire et non par rapport aux groupes qui la font.

    Notes de bas de page

    1 Ozanam Antoine-Frédéric, Deux chanceliers d’Angleterre. Bacon de Vérulam et S. Thomas de Cantorbéry, Paris, Debécourt/Périsse frères, 1836.

    2 Complétons ce tour d’horizon en mentionnant la réédition en 1859 par le médiéviste Célestin Hippeau, dans la « Collection des poètes français du Moyen Âge », de la première biographie de Becket en langue d’oïl, écrite par Guernes de Pont-Sainte-Maxence au xiie siècle, et le roman historique Thomas Becket de Jean-Marie Cournier paru en 1857.

    3 Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, t. III, p. 288.

    4 On aurait tort de minimiser l’importance de la géographie chez Thierry. Nonobstant les déclarations de Michelet sur le fait qu’il a été le premier à la prendre en compte dans l’histoire, elle est tout aussi importante chez Thierry que chez lui, même si elle n’a pas forcément la même fonction.

    5 Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, t. I, p. 429-430.

    6 Ibid., t. II, p. 359.

    7 Ibid., t. II, p. 501.

    8 Brown Paul Alonzo, The Development of the legend of Thomas Becket, Philadelphie, PhD multigraphié, 1930, p. 257-258 : « The legend of Becket took form at a suprisingly early date. […] The legendary material connected with Becket is impressive in its quantity and variety. […] Legendary associated with the name of Becket has been singularly persistent and has sometimes for centuries enjoyed a triumph over historic fact. »

    9 Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, t. II, p. 480.

    10 Ibid., t. II, p. 99.

    11 Ibid., t. III, p. 320.

    12 Ibid., t. II, p. 391.

    13 Ibid., t. II, p. 379.

    14 « Les faits nouveaux relatifs à Thomas Béquet (c’est désormais, ce semble, cette orthographe qu’il faut préférer, au moins en principe) ont été découverts par le Dr Giles, qui les a consignés dans la préface de son édition des œuvres et des biographies de St Thomas. Je n’ai pu consulter l’ouvrage même du Dr Giles ; mais l’usage qu’en a fait M. de Bonnechose, dans son Histoire d’Angleterre, t. I (voir surtout p. 306, 328) dispense, ce me semble, d’y recourir. Au fond, tout se borne à ce fait que Thomas était normand de naissance. Je crois qu’en consultant les endroits précités de M. de Bonnechose, vous aurez le cœur net de ces difficultés légères, et que vous jugerez, comme moi que M. de Bonnechose en a fort exagéré l’importance » (lettre conservée au Château de Blois).

    15 Texte repris dans Renan Ernest, Essais de morale et de critique, Paris, Michel Lévy frères, 1859, p. 129.

    16 Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, t. II, p. 327.

    17 Brown Paul Alonzo, op. cit., p. 259 : « The legend of Becket shows a tendency to throw a glamour of romance and sanctity about the character of Becket. […] The struggle between the Archbishop, who hurls Fitz-Urse from him so violently that the latter almost falls to the floor, and who in anger applies a violent epithet to his adversary, contrasts strikingly with the medieval picture of the slaughter of an unresisting priest. The long strife between Becket and the king is not a contest between a victim and a persecutor, but the struggle of the two greatest men of their generation, both of them powerful and unyielding, and yet both human and possessed of a violent temper. »

    18 Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, t. II, p. 401.

    19 Ibid., t. II, p. 412.

    20 Ibid., t. II, p. 416.

    21 Ibid., t. II, p. 426.

    22 Voici quelques autres occurrences du terme « aversion » dans un texte où il est très fréquent : « Ce traité priva les Anglais de l’occasion de satisfaire impunément leur aversion contre la race de leurs vainqueurs, et de tuer des Normands à l’abri d’une bannière normande » (ibid., t. II, p. 223) ; « L’aversion naturelle des Galls contre les Écossais des basses terres tendait à maintenir l’indépendance de cette royauté purement gallique qui existait encore dans toute sa plénitude vers le temps où cette histoire est parvenue » (ibid., t. II, p. 281).

    23 Ibid., t. II, p. 442.

    24 Ibid., t. II, p. 444.

    25 Ibid., t. II, p. 480.

    26 Ibid., t. III, p. 410.

    27 Michelet Jules, Histoire de France, t. II, Paris, Hachette, 1833, rééd. in Paul Viallaneix (dir.), Œuvres complètes, t. IV, Paris, Flammarion, 1974, p. 475. Ainsi Michelet rappelle-t-il que, contrairement à Thierry, il prend en compte un double déterminisme, celui des races, mais aussi celui de la géographie.

    28 Voir Brown Paul Alonzo, p. 260-261 : « Finaly, the legends show a tendency to draw a parallel between Jesus and Becket. Thomas is credited with turning water into wine, and he miraculously provides food, on at least one occasion, for himself and his companions. The tree under which the knights make their plot to kill the Archbishop withers away. All Nature is sympathetic at the time of the martyrdom ; the sun hides his face, refusing to look upon such a deed. »

    29 Michelet Jules, Histoire de France, t. II, in Paul Viallaneix (dir.), Œuvres complètes, éd. citée, t. IV, p. 479.

    30 Ibid., p. 488.

    31 Ibid., p. 478.

    32 Ibid., p. 479.

    Auteur

    • Paule Petitier
      Professeur de littérature française à l’université Paris Diderot et membre de l’équipe de recherches CERILAC. Spécialiste de l’historien Jules Michelet, dont elle a écrit la biographie (Grasset, 2006) et réédité avec Paul Viallaneix l’Histoire de France (Éditions des Équateurs, 2008-2009), elle consacre de façon plus large ses recherches à la représentation et à la pensée de l’histoire et dirige avec Claude Millet la revue Écrire l’histoire (CNRS Éditions).
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    1 Ozanam Antoine-Frédéric, Deux chanceliers d’Angleterre. Bacon de Vérulam et S. Thomas de Cantorbéry, Paris, Debécourt/Périsse frères, 1836.

    2 Complétons ce tour d’horizon en mentionnant la réédition en 1859 par le médiéviste Célestin Hippeau, dans la « Collection des poètes français du Moyen Âge », de la première biographie de Becket en langue d’oïl, écrite par Guernes de Pont-Sainte-Maxence au xiie siècle, et le roman historique Thomas Becket de Jean-Marie Cournier paru en 1857.

    3 Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, t. III, p. 288.

    4 On aurait tort de minimiser l’importance de la géographie chez Thierry. Nonobstant les déclarations de Michelet sur le fait qu’il a été le premier à la prendre en compte dans l’histoire, elle est tout aussi importante chez Thierry que chez lui, même si elle n’a pas forcément la même fonction.

    5 Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, t. I, p. 429-430.

    6 Ibid., t. II, p. 359.

    7 Ibid., t. II, p. 501.

    8 Brown Paul Alonzo, The Development of the legend of Thomas Becket, Philadelphie, PhD multigraphié, 1930, p. 257-258 : « The legend of Becket took form at a suprisingly early date. […] The legendary material connected with Becket is impressive in its quantity and variety. […] Legendary associated with the name of Becket has been singularly persistent and has sometimes for centuries enjoyed a triumph over historic fact. »

    9 Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, t. II, p. 480.

    10 Ibid., t. II, p. 99.

    11 Ibid., t. III, p. 320.

    12 Ibid., t. II, p. 391.

    13 Ibid., t. II, p. 379.

    14 « Les faits nouveaux relatifs à Thomas Béquet (c’est désormais, ce semble, cette orthographe qu’il faut préférer, au moins en principe) ont été découverts par le Dr Giles, qui les a consignés dans la préface de son édition des œuvres et des biographies de St Thomas. Je n’ai pu consulter l’ouvrage même du Dr Giles ; mais l’usage qu’en a fait M. de Bonnechose, dans son Histoire d’Angleterre, t. I (voir surtout p. 306, 328) dispense, ce me semble, d’y recourir. Au fond, tout se borne à ce fait que Thomas était normand de naissance. Je crois qu’en consultant les endroits précités de M. de Bonnechose, vous aurez le cœur net de ces difficultés légères, et que vous jugerez, comme moi que M. de Bonnechose en a fort exagéré l’importance » (lettre conservée au Château de Blois).

    15 Texte repris dans Renan Ernest, Essais de morale et de critique, Paris, Michel Lévy frères, 1859, p. 129.

    16 Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, t. II, p. 327.

    17 Brown Paul Alonzo, op. cit., p. 259 : « The legend of Becket shows a tendency to throw a glamour of romance and sanctity about the character of Becket. […] The struggle between the Archbishop, who hurls Fitz-Urse from him so violently that the latter almost falls to the floor, and who in anger applies a violent epithet to his adversary, contrasts strikingly with the medieval picture of the slaughter of an unresisting priest. The long strife between Becket and the king is not a contest between a victim and a persecutor, but the struggle of the two greatest men of their generation, both of them powerful and unyielding, and yet both human and possessed of a violent temper. »

    18 Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands, t. II, p. 401.

    19 Ibid., t. II, p. 412.

    20 Ibid., t. II, p. 416.

    21 Ibid., t. II, p. 426.

    22 Voici quelques autres occurrences du terme « aversion » dans un texte où il est très fréquent : « Ce traité priva les Anglais de l’occasion de satisfaire impunément leur aversion contre la race de leurs vainqueurs, et de tuer des Normands à l’abri d’une bannière normande » (ibid., t. II, p. 223) ; « L’aversion naturelle des Galls contre les Écossais des basses terres tendait à maintenir l’indépendance de cette royauté purement gallique qui existait encore dans toute sa plénitude vers le temps où cette histoire est parvenue » (ibid., t. II, p. 281).

    23 Ibid., t. II, p. 442.

    24 Ibid., t. II, p. 444.

    25 Ibid., t. II, p. 480.

    26 Ibid., t. III, p. 410.

    27 Michelet Jules, Histoire de France, t. II, Paris, Hachette, 1833, rééd. in Paul Viallaneix (dir.), Œuvres complètes, t. IV, Paris, Flammarion, 1974, p. 475. Ainsi Michelet rappelle-t-il que, contrairement à Thierry, il prend en compte un double déterminisme, celui des races, mais aussi celui de la géographie.

    28 Voir Brown Paul Alonzo, p. 260-261 : « Finaly, the legends show a tendency to draw a parallel between Jesus and Becket. Thomas is credited with turning water into wine, and he miraculously provides food, on at least one occasion, for himself and his companions. The tree under which the knights make their plot to kill the Archbishop withers away. All Nature is sympathetic at the time of the martyrdom ; the sun hides his face, refusing to look upon such a deed. »

    29 Michelet Jules, Histoire de France, t. II, in Paul Viallaneix (dir.), Œuvres complètes, éd. citée, t. IV, p. 479.

    30 Ibid., p. 488.

    31 Ibid., p. 478.

    32 Ibid., p. 479.

    Augustin Thierry

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    Augustin Thierry

    Ce livre est cité par

    • Sussman, Sarah. (2019) Recent Books and Dissertations on French History. French Historical Studies, 42. DOI: 10.1215/00161071-7689260
    • John Stuart Mill et les révolutions françaises, 1789-1848. DOI: 10.70675/83ca0181za8a2z44cbzb2e0zbb9f16ae69f3
    • Structure et enjeux des systèmes polygyniques dans la société franque : la place des femmes dans le palais mérovingien du Ve au VIIIe siècle. DOI: 10.70675/1531a28cz2178z47d3zb30ezc3cb253df49a

    Ce chapitre est cité par

    • La Sainteté en filigrane : stratégies d'appropriation laïque du modèle hagiographique dans la prose du XIXe siècle. DOI: 10.70675/d535d3e1z0cddz4549zae6az87ebf8ca992b

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    Petitier, P. (2018). Herméneutique du personnage historique : la figure de Thomas Becket chez Augustin Thierry et chez Michelet. In A. Déruelle & Y. Potin (éds.), Augustin Thierry. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.165553
    Petitier, Paule. « Herméneutique du personnage historique : la figure de Thomas Becket chez Augustin Thierry et chez Michelet ». In Augustin Thierry, édité par Aude Déruelle et Yann Potin. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2018. doi:10.4000/books.pur.165553.
    Petitier, Paule. « Herméneutique du personnage historique : la figure de Thomas Becket chez Augustin Thierry et chez Michelet ». Augustin Thierry, édité par Aude Déruelle et Yann Potin, Presses universitaires de Rennes, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pur.165553.

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    Déruelle, A., & Potin, Y. (éds.). (2018). Augustin Thierry. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.165463
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