Buda, les Hongrois et le souverain Habsbourg au xviiie siècle
La (re)naissance d’une capitale
p. 237-252
Texte intégral
1Buda, ville capitale et ville occupée, puis capitale revendiquée, et pas encore siège des institutions, et enfin, capitale réinstallée, mais jamais résidence du souverain, s’accommode mal des définitions traditionnelles qui superposent la ville capitale et la ville résidence, ou, tout au moins, comme en France depuis Louis XIV, les juxtapose dans un périmètre, somme toute restreint, et permettant d’incessants va-et-vient. Éclaté, occupé par les Turcs, décapité par la mort de son roi et d’une grande partie de sa noblesse, le royaume de Hongrie perd aussi en 1541 sa capitale, Buda, qui tombe aux mains des Ottomans. Dès lors, Presbourg1, plus proche de Vienne, reçoit le statut de capitale et devient ville du couronnement à partir de 1563. Peu à peu, les institutions centrales de Hongrie s’y installent, drainant l’aristocratie et la noblesse – modérément néanmoins, en raison de la proximité de Vienne.
2Les Hongrois n’oublient cependant pas que Buda reste la « vraie » capitale, celle du royaume de Hongrie, dont ils appellent de leurs vœux la libération, tout autant qu’ils revendiquent leurs libertés et leur autonomie politique face à leur souverain. En 1686, quand les troupes de Charles de Lorraine entrent dans la ville, une étape importante est franchie dans les relations entre le Habsbourg et les Hongrois : l’année suivante, le souverain obtient l’hérédité de la couronne hongroise, marque de gratitude de ses sujets, mais la capitale reste à Presbourg.
3Au xviiie siècle, le compromis politique qui régit les relations entre le souverain et la Hongrie, ainsi que la notable amélioration de celles-ci, ne font pas disparaître le souvenir de la capitale médiévale. L’aristocratie hongroise s’installe assez volontiers à Buda, comme en témoignent encore aujourd’hui les palais de la rue des Seigneurs (Úri utca). Et si Marie-Thérèse ne réside pas à Buda lors de ses visites en Hongrie (mais à Gödöllő, non loin de Pest), elle entreprend néanmoins la reconstruction du château en grande partie détruit lors de la reprise de la ville sur les Turcs. Cette décision fortement symbolique est inspirée à la souveraine par ses sujets hongrois, pour qui la renaissance de la Hongrie après l’occupation turque passe aussi par la restauration de sa capitale historique. Le royaume tout entier, sollicité par l’intermédiaire de ses comitats2, participe à cette reconstruction qui symbolise la résurrection visuelle de la centralité de la ville.
4Parce qu’en Hongrie comme ailleurs, il est clair qu’une capitale peut difficilement revendiquer ce statut si elle n’est pas résidence du souverain, mais parce qu’il est impossible, dans le cadre de cet ensemble supranational qu’est la Monarchie, de faire déménager le souverain, ou de lui imposer une résidence tournante itinérante (comme cela a pu être le cas au Moyen Âge), les Hongrois rendent à leur ancienne capitale son lustre passé en y installant métonymiquement le souverain à travers le palais royal. C’est un acte politique d’une portée considérable mais ce retour symbolique du souverain ne s’accompagne pas immédiatement d’un afflux massif de l’aristocratie. Ce cas limite pose donc la question du rapport singulier des élites hongroises à la centralité, à l’image d’autres élites nobiliaires de la monarchie des Habsbourg.
5Buda reçoit aussi progressivement, dans le dernier tiers du xviiie siècle, les institutions centrales du pays. Quand le Conseil de lieutenance et ses bureaux, peuplés par des administrateurs issus de la noblesse hongroise, est transféré à Buda, un nouveau pas est franchi, et Presbourg perd peu à peu les attributs d’une capitale. Une vie nobiliaire, celle d’une capitale sans cour mais autour du château, se reconstitue donc à Buda au cours du xviiie siècle. On peut essayer d’en dessiner les étapes, et les contours pour comprendre comment Buda est progressivement redevenue capitale de la Hongrie pour les Hongrois, sans que jamais le souverain ne vienne y résider, si bien que la noblesse hongroise s’émeut en 1792 du maintien du couronnement à Presbourg.
6Buda constitue ainsi pour l’observateur et l’historien, le cas étonnant d’une ville qui devient plus que jamais capitale lorsqu’elle cesse de l’être. À l’époque moderne, Buda est capitale du royaume non du fait de la résidence royale, ou même de celle de la noblesse, mais par volonté politique de la nation nobiliaire dont elle cristallise l’identité politique. Et ce n’est qu’une fois la restitution symbolique des attributs de centralité politique – le palais, les institutions du royaume, la Sainte Couronne – que la ville se mue véritablement en capitale politique, sociale, économique et intellectuelle.
Buda capitale perdue, capitale reconquise ?
La capitale du royaume médiéval, le château royal et sa chute
7Quand la cité de Buda tombe en 1541 sous les coups de Soliman, c’est une résidence royale ancienne mais une capitale récente. L’onde de choc provoquée par cette chute est très violente en Hongrie et en Europe. Avec elle, c’est la Hongrie qui sombre symboliquement – alors même qu’il n’en restait plus grand-chose depuis 1526.
8À quel point et depuis quand Buda est-elle medium regni, capitale du royaume3 ? Sous les Arpadiens, trois villes sont le cœur du royaume : Óbuda, Székesfehévár et Esztergom. À partir du xiiie siècle et définitivement à partir du xve siècle, Buda remplace Óbuda comme résidence royale habituelle mais les deux autres cités conservent d’importantes fonctions.
9La citadelle de Buda fondée par Béla IV après les invasions tatares devient sa capitale en 1244. Les souverains angevins s’y installent et aménagent à leur tour le château. Mais c’est à Sigismond de Luxembourg que l’on doit l’épanouissement de Buda comme capitale autour du palais royal. Bien que réunissant sur sa tête, outre celle de Hongrie, les couronnes de roi des Romains en 1411, roi de Bohême 1419, roi des Lombards 1431, et empereur du Saint-Empire en 1433, c’est à Buda que Sigismond réside volontiers, transférant au palais royal, qu’il fait agrandir sur le modèle du château de Prague, le centre de l’État. C’est ce palais que le roi Matthias agrandit et embellit, lui conférant un lustre nouveau. Le château de Buda fait pendant plus d’un siècle et demi l’admiration des visiteurs. Au style roman italien des Angevins succède l’allure gothique qu’il prend sous Sigismond, puis l’inspiration florentine introduite par Matthias Corvin. Cette centralité politique ne se double pas de l’érection d’un diocèse, le siège de l’évêque reste à Esztergom4. En 1387, Sigismond installe à Óbuda l’Universitas Budensis. Et la cité de Buda elle-même est marquée par l’installation de nombre d’ordres religieux, à l’ombre du palais royal. Enfin, comme beaucoup de villes d’Europe centrale, Buda est alors d’un point de vue démographique largement une ville allemande.
10Ce n’est donc qu’à la fin du xve siècle que Buda est devenue la capitale de l’État hongrois. Le palais royal est alors au cœur du royaume. L’obligation de résidence du souverain dans la capitale royale est inscrite dans la loi en 15145. Mais si Buda est la capitale de la Hongrie médiévale, ce n’est pas seulement parce qu’elle est la principale résidence royale. Buda devient le centre de l’État parce que s’y réunissent les forces politiques qui constituent l’État hongrois : le souverain et la nation, la noblesse. C’est non loin du palais royal, de l’autre côté du Danube, sur la plaine de Pest (Rákos mező) que se tiennent les diètes et que le souverain est élu. La présence du souverain à Buda est aussi un enjeu de pouvoir pour la noblesse.
11Les conquêtes turques qui absorbent une grande partie du vaste royaume vont aussi lui coûter sa capitale, créant ainsi pour les siècles suivants une topographie politique inédite et complexe. Dès son arrivée au pouvoir en 1520, Süleymân prépare la campagne militaire qui a pour objectif, à plus ou moins long terme, de prendre la capitale du royaume de Hongrie. Mal défendue, Buda passe deux fois temporairement aux mains des Ottomans (en 1526 et 1529) avant sa chute définitive en 1541.
Presbourg medium regni
12Avec l’avènement des Habsbourg, au lendemain de Mohács (1526), Buda cesse de facto d’être capitale de la Hongrie. Dès 1536, Presbourg est désignée comme capitale royale et ville du couronnement6. Cette décision est pérennisée par la chute de Buda aux mains des Turcs en 1541.
13Le royaume ne peut plus disposer d’une « vraie » capitale, d’une résidence royale, car il est inenvisageable que le Habsbourg quitte Vienne pour s’installer en Hongrie. L’absence de souverain résidant dans le pays est en soi un problème pour les Hongrois qui ne cessent de réclamer la présence, si ce n’est du roi, au moins de son fils7. S’il ne séjourne pas en Hongrie, le souverain a néanmoins besoin d’une ville où installer la (très légère) administration royale et surtout une ville où puisse se tenir la Diète, représentation politique du royaume, et où célébrer le couronnement royal. C’est Presbourg, située à proximité de Vienne, qui est choisie. Le château royal de Presbourg, édifié par Sigismond de Luxembourg et reconstruit en 1630, abritera désormais la Diète et recevra le souverain lors de ses séjours en Hongrie. C’est aussi là que s’installe la Chambre des finances hongroise tandis que l’autre grande institution, la Chancellerie, est créée à Vienne. Du point de vue des Hongrois cependant, il ne s’agit là que d’un arrangement temporaire, appelé à durer jusqu’à la reconquête de Buda et du royaume qu’on espère proche. Mais elle tarde à venir et l’espoir s’amenuise avec les échecs répétés de la guerre de 15 ans et les deux sièges ratés de Buda.
14La nouvelle capitale voit s’installer de plus en plus de nobles mais ne draine pas massivement la noblesse hongroise, pour plusieurs raisons qui relèvent à la fois des relations houleuses entre le souverain et la noblesse et de la complexité de la situation du royaume en grande partie occupé. Pour les mêmes raisons, les nobles hongrois sont peu présents à Vienne, qui reste pour eux une ville étrangère. Seuls quelques magnats installent leur résidence auprès du souverain. Il faut souligner que ces derniers étaient souvent des familles possessionnées dans l’ouest de la Hongrie (Pálffy, Eszterházy…), pour lesquelles la translation à Vienne n’est guère compliquée. À Presbourg, on retrouve ces familles de magnats, mais aussi la moyenne noblesse qui souhaite se rapprocher des instances centrales de l’État. En 1643 on compte 85 maisons nobles à Presbourg, en 1717 1098. Dans les années 1650, les familles de magnats sont toutes pourvues de confortables demeures à Presbourg (Csáky, Eszterházy, Czobor, Pálffy…). À défaut du souverain, Presbourg devient la résidence des grands officiers de la Couronne, le Palatin ou le Grand Juge de la Couronne. C’est autour du Palatin, représentant du souverain, qu’une cour « royale » (autrement dit : « du royaume ») s’installe dans la ville.
15Capitale par défaut, Presbourg se transforme peu à peu, sous l’impulsion royale mais aussi celle des Hongrois. Pour accueillir ses réunions, la diète réclame un bâtiment, finalement achevé en 1635, après 30 ans de travaux. Le château royal est aussi rénové sous la direction de Pál Pálffy, chargé de cette tâche par le souverain. L’Église travaille aussi à donner à ses bâtiments le lustre digne d’une ville royale, à l’instar de l’église du couronnement, des couvents, du palais primatial ou du collège jésuite institué par l’évêque Pál Pázmany en 16289.
Buda, capitale du royaume libéré ?
16Buda, centre du royaume et symbole politique de l’État hongrois libre, ne cesse cependant pas d’être considérée comme la capitale du royaume, et la question de sa reconquête cristallise les tensions entre les ordres et le souverain. À cet égard, la ville occupée, où ni la noblesse ni le souverain ne résident, devient plus que jamais la capitale d’un royaume qui, gouverné depuis l’étranger, voit son identité reposer sur ses revendications politiques et juridiques. La ville continue d’être mentionnée dans la loi comme centre du royaume et résidence du souverain10. Sa reconquête est l’un des objectifs des conspirateurs de 1671, déçus par la paix de Vasvár. Pour toute la société hongroise, Buda reste la ville royale et la capitale du royaume, et en 1686, tous les yeux sont tournés vers les armées qui s’apprêtent à reprendre la ville11.
17La reconquête entraîne une situation inédite : Buda libérée est considérée par les Hongrois comme capitale du royaume, et mentionnée comme telle dans la loi12, mais les institutions, la Diète, la Sainte Couronne, l’élection et le couronnement royal restent à Presbourg. La loi instituant le Conseil de lieutenance en 1723, mentionne le retour à Buda « dès que possible », mais en attendant l’institution doit rester à Presbourg13. À défaut de volonté royale, ce sont les Hongrois qui prennent l’initiative de reconstruire Buda pour lui rendre son lustre d’antan et le rayonnement d’une ville royale. La noblesse et certains magnats réinvestissent (plus symboliquement que réellement, donc sans y habiter vraiment) la ville et en particulier le quartier du château. Le palatin Pál Eszterházy travaille à la reconstruction de la ville et achète une maison dans le château. L’archevêque György Széchényi lègue toute sa fortune à la ville de Buda, pour fonder des institutions d’éducation pour jeunes nobles désargentés, et un hôpital pour les soldats invalides construit sous l’égide du prince Eugène, à l’image de celui créé par Louis XIV à Paris.
18Le défi le plus important reste la reconstruction du château, condition essentielle pour que la ville puisse recevoir le souverain.
La reconstruction du château royal : un symbole
Le retour du souverain en Hongrie ?
19Durant les 140 ans d’occupation ottomane, le palais royal de Buda est laissé à l’abandon. Siège du premier vilayet créé en Hongrie, la cité abrite la demeure des beyglerbeys, dont la plupart prennent le titre de « roi de Buda », mais délaissent rapidement le quartier du château pour s’installer en contrebas de la colline. Le château sert d’arsenal, d’écurie, de réserve de poudre mais il est encore habitable jusqu’aux destructions du siège de 1686. Les représentations de Louis Nicolas d’Hallart, Carl Joseph Juvigny ou Franz Rosenfeld, témoignent des dommages dont a souffert l’édifice : murs abattus, toitures effondrées… Le château royal est en ruine.
20Au lendemain de la victoire contre les Turcs, l’ordre du jour n’est pas à la reconstruction d’un palais royal mais au renforcement des défenses de la ville, très abîmées par le siège. Appartenant au domaine royal, le château est sous l’autorité conjointe du gouverneur militaire et de la filiale de la Chambre hongroise installée à Buda après 1686. Et quand Maximilien Louis Regal, gouverneur militaire de Buda sollicite auprès du souverain le droit de démanteler les ruines, c’est pour réutiliser les matériaux pour les fortifications. La tâche est confiée à Johann Höbling. Sans qu’on sache très bien pourquoi, le projet bifurque cependant en chemin, et Fortunato Prati, ingénieur de l’administration camérale est chargé, en février 1715, de la direction des travaux des bâtiments civils du château14. Il s’agit à ce moment-là de construire une résidence pour le gouverneur et non un palais royal. La construction ne sera jamais achevée. Un incendie ravage le bâtiment en 1723, et, faute de financements, les travaux peinent à reprendre par la suite.
21L’ancien palais des rois de Hongrie est toujours en bien triste état, alors que la noblesse hongroise n’a pas renoncé à faire à nouveau de Buda la capitale du royaume. La question de la résidence royale en Hongrie, se pose à nouveau à l’avènement de Marie-Thérèse. En 1741, la Diète fait inscrire dans la loi Buda comme résidence royale et la situation européenne manque de peu de donner satisfaction à la noblesse hongroise. Attaquée par Frédéric II en Silésie, Marie-Thérèse voit avec inquiétude le rapprochement franco-bavarois. Il ne fait pas de doute à Vienne que les États de la Monarchie auront bien du mal à résister aux forces combinées franco-bavaroises. Si Vienne est désignée comme l’objectif de campagne de Louis XV et l’électeur Charles-Albert, on envisage le repli de la souveraine vers Buda, Presbourg étant trop proche et trop exposée. La reine écrit en personne au comitat de Pest, depuis Presbourg le 18 septembre 1741 pour demander que l’on se tienne prêt à la recevoir15. Mais les troupes françaises se dirigent vers Prague et Marie-Thérèse reste à Vienne.
La reconstruction du palais royal : l’œuvre d’Antal Grassalkovics
22La reconstruction d’un palais royal à Buda, et le lustre retrouvé de la capitale médiévale sont largement l’œuvre d’un homme : Antal Grassalkovics (1694-1771). Il fait partie de ces « hommes nouveaux » qui viennent renouveler le groupe des magnats présents au sommet de l’État et issus des grandes familles qui dominent la Hongrie depuis le xvie siècle. Né dans une famille de la petite noblesse assez peu argentée du Nord du royaume, Grassalkovics fait de brillantes études. La légende raconte qu’étudiant à Pécs, il est presque réduit à la mendicité tant sa situation économique est difficile. Il devient avocat en 1714, et ses talents attirent l’attention de l’archevêque d’Esztergom. À la même époque en effet, le problème de la réattribution des terres agite la noblesse. Les qualités du jeune avocat lui permettent d’entrer à la Commissio Neoacquistica. C’est à partir de là qu’il va connaître une ascension fulgurante. Zélé et compétent, le jeune homme est nommé en 1716 procureur de la Chambre à Buda, et en 1720, directeur des affaires royales à la Chambre hongroise. En 1722, il siège à la Diète, où il appuie l’adoption de la Pragmatique Sanction. En 1731, le souverain le nomme Personalis, l’un des grands officier de la couronne. Dans le contexte tragique du début de la guerre de Succession d’Autriche, Grassalkovics est l’un des soutiens les plus importants dont dispose Marie-Thérèse en Hongrie. Dès février 1741, il bat le rappel des nobles du comitat de Pest qu’il pousse à lever des troupes pour défendre la monarchie en danger. Quelques mois plus tard, il est le représentant du souverain et président de la Chambre basse à la Diète (en tant que Personalis). À ce titre, il œuvre à convaincre les ordres d’apporter leur aide à la reine. C’est aussi Antal Grassalkovics qui propose la nomination de François de Lorraine comme corégent, et la ratification de cette proposition par les ordres est en grande partie son œuvre. Au cours de sa carrière, Antal Grassalkovics n’acquiert pas seulement l’estime des souverains mais aussi une richesse considérable. Son passage à la Commissio Neoacquistica fut à cet égard des plus profitables. Ses domaines du comitat de Pest, notamment, lui procurent un revenu confortable. En 1736, Grassalkovics est élevé à la dignité de baron, puis obtient le titre de comte en 1743. Sa puissance foncière et ses titres lui confèrent une grande influence dans le comitat de Pest, ce qui pousse le Palatin Pálffy à lui en confier la direction comme administrateur. Grassalokovics est l’un des magnats hongrois les plus proches de la reine. Président de la Chambre, administrateur du comitat de Pest, il devient aussi főispán à Arad, puis Nográd et enfin gardien de la Sainte Couronne.
23Grassalkovics œuvre à renforcer le pouvoir de la souveraine en Hongrie mais aussi à rapprocher cette dernière de ses sujets hongrois. La question de la présence de Marie-Thérèse en Hongrie est l’une de ses préoccupations. Pour des raisons politiques et symboliques, Grassalkovics veut rétablir la gloire de la capitale médiévale du royaume. Lui-même est largement possessionné dans la région, et a fait construire à partir de 1735 un remarquable château baroque sur sa propriété de Gödöllö à une trentaine de kilomètres de Buda. C’est bien lui qui permet de relancer la construction d’un château royal à Buda. Sur les instances des Hongrois qui voient le château royal tomber en ruines, Marie-Thérèse autorise la Chambre hongroise à consacrer 4 000 florins aux réparations urgentes du château. Mais ce n’est qu’en 1748 que la souveraine accepte la reconstruction du château. Pour les Hongrois, c’est une victoire car la souveraine envisage une visite en Hongrie. Mais cette décision est plus le reflet de l’obstination et de l’entregent du nouveau directeur de la Chambre hongroise, Antal Grassalkovics, qui a l’oreille de la reine, que d’un réel intérêt de la souveraine. D’autant plus que Marie-Thérèse n’autorise la reconstruction de la résidence royale qu’à condition qu’elle ne coûte rien à la Chambre. C’est donc vers les Hongrois que se tournent Grassalkovics et le palatin Janos Palffy pour obtenir les fonds nécessaires à cette construction. Dans sa lettre aux villes et comitats, il invite ces instances à faire un don afin que « pour la gloire de la Patrie et de la Nation hongroise, l’on reconstruise la résidence royale de Buda le plus rapidement possible, afin que la souveraine puisse séjourner plus longuement en Hongrie16 ».
24La première pierre du nouveau palais royal est posée le jour anniversaire de la reine, le 13 mai 1749. Les plans sont réalisés par Jean Nicolas de Ville Issey, architecte royal et directeur du Hofbauamt. Après le départ de Jadot, son successeur Pacassi reprend le projet et Hildebrandt travaille aussi au château de Buda.
Le financement du chantier
25Grassalkovics supervise la construction du château mais ne peut s’en occuper à temps plein. C’est pourquoi il confie cette tâche au alispán de Pest, Gábor Horányi l’un de ses familiers et amis. Horányi prend cette mission très au sérieux et effectue un suivi précis des travaux et de leur financement. En 175817, Grassalkovics transmet au vice-chancelier un état des comptes, établi entre 1748 et 1755, qui témoigne de l’engagement des Hongrois en faveur de la reconstruction d’une résidence royale.
26L’administration royale, la Chambre, a finalement concédé, sur les instances de Grassalkovics sans doute, 6 000 florins pour démarrer les travaux. La somme est financée par l’impôt sur le sel. Par la suite cependant, la totalité des sommes est issue des dons hongrois. Comitats et villes ont promis en tout 114 666 florins, dont 104 480 pour les premiers et 10 186 pour les secondes, et ont déjà versé respectivement 83 253 florins 20 kr., et 9 228 florins, auxquels s’ajoutent 550 florins de dons particuliers extraordinaires (ce qui représente env. 3 % du montant de la contribution, l’impôt annuel versé par la Hongrie).
27Le document témoigne aussi du soin avec lequel les comptes ont été tenus pour éviter de dépenser des sommes dont on ne disposerait pas, puisqu’après sept ans de travaux l’arriéré ne s’élève qu’à 431 florins 32 ½ kr (voir tableau page suivante).
28Les dons des comitats et des villes sont présentés comme effectués « suapte et zelo proprio ». Y a-t-il des raisons d’en douter ? Vraisemblablement pas. Le document reprend aussi la liste des comitats et villes donateurs avec le montant des dons. Ces derniers sont très variables : de quelques florins pour certaines villes (mais 1 500 florins pour Buda et Debrecen) à plusieurs milliers pour les comitats, le don le plus élevé venant du comitat de Pest (6 000 florins en une fois, ce qui représente 10 % de la contribution, l’impôt annuel). La majeure partie des sommes promises ont été payées, essentiellement sur les trois premières années.
Date | Recettes | Dépenses | ||
1749 | Impôt sur le sel | 6 000 | 37 485 fl 72 xr | 27 433 fl 30 xr |
Comitats | 28 043 fl 20 xr | |||
Villes | 3 442 fl 52 xr | |||
1750 | Comitats | 27 534 fl 48 xr | 32 108 fl 98 xr | 31 872 fl 37 xr |
Villes | 4 574 fl 50 xr | |||
1751 | Comitats | 12 143 fl 20 xr | 12 809 fl 60 xr | 22 501 fl 2 ½ xr |
Villes | 116 fl 40 xr | |||
Fonds extraordinaire | 550 fl | |||
1752 | Comitats | 9 932 fl 29 xr | 10 482 fl 29 xr | 10 209 fl 45 xr |
Villes | 550 fl | |||
1753 | Comitats | 2 900 fl | 3 443 fl 12 xr | 4 539 fl 58 xr |
Villes | 543 fl 12 xr | |||
1754 et 1755 | Comitats | 2 700 fl | 2 700 fl | 2 906 fl 11 xr |
Villes | – | |||
Total | 99 031 fl 31 xr | 99 463 fl 3 ½ xr | ||
29Grassalkovics peut ainsi montrer à quel point les Hongrois sont attachés à ce projet et à la possibilité que le château offre pour un séjour de la souveraine en Hongrie. Il la sollicite d’ailleurs pour le financement de la poursuite des travaux. Depuis 1755, la souveraine octroie 6 000 florins annuels, ce qui permet d’avancer la construction, même lentement, avant l’interruption du chantier de 1758 à 1765, en raison de la guerre de Sept Ans.
La renaissance du château royal
30Malgré le ralentissement puis l’arrêt des travaux, les insistances réitérées de la noblesse hongroise sont entendues et les efforts de Grassalkovics récompensés. En 1751, Marie-Thérèse tient enfin la promesse faite à la Diète de 1741 de venir séjourner à Buda. Marie-Thèrèse passe quelques jours à Buda, non au château encore en travaux, mais chez l’évêque d’Eger François Bárkoczy, du 8 au 13 août 1751. Elle profite de ce séjour pour inspecter les travaux du palais royal mais aussi pour rendre visite à Grassalkovics chez lui, à Gödöllö, les 10 et 11 août – visite qui est l’occasion d’un déploiement de faste exceptionnel, de l’avis même des courtisans qui accompagnent la reine. La souveraine revient une seconde fois pour voir l’avancée du chantier le 31 août 1764, à l’occasion d’un séjour à Vác où elle assiste au mariage de la nièce du cardinal Migazzi. À cette occasion, plusieurs nobles autrichiens qui accompagnent la souveraine se permettent des remarques acides sur l’inutilité d’un tel bâtiment dont on n’aura pas l’usage… Les Hongrois, rassurés par ces deux visites, non sans être totalement satisfaits, continuent de réclamer à la Diète de 1764 le retour des institutions et du souverain à Buda. Les ordres font inscrire dans la loi la tenue des Diète à Buda18. Une nouvelle fois, la loi reste lettre morte, mais la souveraine permet le redémarrage des travaux de construction en octroyant la somme annuelle de 20 000 florins au chantier pour sept ans. Finalement, le 13 mai 1770, le château royal de Buda est officiellement inauguré.
31Le palais royal de Buda vient enfin couronner la renaissance de l’ancienne capitale du royaume, mais il ne sera toujours pas résidence royale. En 1766, Marie-Thérèse envoie sa fille l’archiduchesse Marie-Christine et son époux Albert de Saxe-Teschen, nommé lieutenant du royaume, s’installer au château mais le couple n’y fait qu’un bref séjour avant de partir pour Presbourg. Dès 1770, ce sont les Demoiselles anglaises qui s’y installent avec leurs élèves, des jeunes filles nobles et pauvres dont l’éducation est financée par la souveraine. Si la reine de Hongrie n’est toujours pas présente à Buda, en revanche, le château reçoit la plus précieuse des reliques hongroises, la Sainte Dextre d’Étienne Ier, restituée par Marie-Thérèse en 1771 et ramenée de Raguse (où elle était conservée depuis 1590) après de longues négociations avec les dominicains. La relique est installée en grande pompe dans la chapelle du château qui lui est dédiée.
32La reconstruction du palais royal est l’une des étapes essentielles dans le retour de la capitale à Buda. Mais les Hongrois vont encore attendre… Et réclamer…
Pest-Buda au xviiie siècle
33Si d’un point de vue politique et symbolique, la ville de Buda est au centre des préoccupations, ce sont les trois villes de la future Budapest – Buda, Pest et Obuda – qu’il faut prendre en considération, si l’on prend en compte la résidence et le rôle social, culturel, économique de la noblesse dans la capitale hongroise car elles bénéficient conjointement de la promotion de la ville royale historique.
Démographie
34La situation démographique de Buda au début du siècle est peu brillante, à l’image de celle de la Hongrie. Aux destructions de l’occupation turque, puis de la reconquête, s’ajoutent celles de la guerre de Rákóczy puis des épidémies de peste. Autour de 1700, la population de Buda s’élève seulement à quelques milliers d’habitants (1 300-1 600 env.), tandis que celle de Pest est plus importante, au même niveau que Presbourg, Komarom ou Debrecen : 3 900 en 1700, 6 000 en 1726. Ce décalage se maintient dans le contexte de la forte progression démographique de la Hongrie au xviiie siècle : au début du xixe, Buda compte désormais 30 000 habitants et Pest 50 000.
35Depuis le Moyen Âge, Buda et Pest, de même qu’une partie significative des villes du royaume, ne sont que minoritairement peuplées de Hongrois. Cette caractéristique se poursuit et s’accentue avec la reconquête qui s’accompagne de mouvements de population comme la migration des Serbes qui arrivent en nombre à Buda. En 1714, Buda ne compte que 5 % de Hongrois, pour 52 % d’Allemands et 41 % de Serbes19. Ces proportions ne varient que peu par la suite. En revanche, les Hongrois constituent 40 % de la population de Pest entre 1686 et 169620, mais la proportion de population hongroise décroît par la suite21 : 1720-24 %, 1735-18 %, 1746-15,9 %. Cette diminution se fait au profit des Allemands : 1715-51 %, 1735-58,5 %, 1746-67,2 %, tandis que les Serbes représentent entre 16 et 18 % de la population de Pest tout au long du siècle.
36La population des deux villes, qui bénéficient toutes deux du statut de ville royale libre, est divisée en deux catégories : les bourgeois (ceux qui ont le droit de cité) et les autres. Les premiers ne représentent qu’une minorité de la population urbaine : autour de 3 %. La noblesse y est de plus en plus nombreuse mais dans des proportions néanmoins durablement faibles : à Pest les nobles ne représentent que 3 % des citoyens dans la décennie 173022, le groupe le plus important étant constitué par les artisans (autour de 50 % des bourgeois). Obuda, malgré son passé royal brillant, n’est qu’une ville seigneuriale, et, à ce titre, essentiellement peuplée de serfs.
37Une image sans doute plus juste de la population nobiliaire est donnée par le recensement effectué en 1787 à Pest et Buda sur ordre du Conseil de lieutenance. Il ne fait figurer qu’une partie de la population (11 225 habitants sur 2 497 pour Pest, 12 081 sur 26 532 pour Buda) mais le reliquat, les « oubliés » sont, très vraisemblablement, des zseller. Selon ce recensement, les nobles représentent à Pest 8,4 % et à Buda 8,3 % de la population recensée.
38La croissance de la population nobiliaire à Buda et Pest a accompagné la reconstruction de la ville et la restitution à Buda de son statut, sinon de résidence royale, du moins de capitale.
Le développement de la ville
39Dès la reprise de la ville en 1686, la reconstruction et le développement de Buda comme de Pest sont entrepris. En un siècle, la physionomie des deux villes se métamorphose : elles se transforment et s’étendent, se dotant de faubourgs qui prendront leur essor au siècle suivant. À Buda, après le siège de 1686, la ville est en ruines, non seulement dans le quartier du château mais aussi en contrebas de la colline. L’installation de la noblesse y est assez timide durant les deux premiers tiers du siècle. Ce sont les artisans et les négociants, au pied de la colline, et le clergé pour le quartier du château, qui investissent essentiellement les lieux. En outre, la reconstruction est compromise par un grand incendie qui ravage la ville en 1723. Mais elle reprend par la suite.
40Autour du château en ruine, les jésuites s’installent dès 170223 grâce aux généreuses donations de l’évêque Széchényi. Ils établissent une maison, un collège, ainsi qu’un séminaire puis une académie à proximité immédiate de l’église Matthias. Non loin de là, rue des Seigneurs, s’installent en 1690 les franciscains qui font construire un couvent, dont ils prendront possession en 1747. Et les maisons voisines sont rebâties à partir de 1706 pour accueillir les clarisses. À l’autre bout du quartier du château, près des ruines du palais royal, sont installées les carmélites dès 1693. Les travaux traînent, l’église comme le couvent ne seront achevés qu’en 1734 (l’église n’est consacrée qu’en 1763). Mais l’un des grands chantiers est l’église principale du château : Notre-Dame (dite « église Mathias ») en ruine depuis le siège. La reconstruction commencée en 1702, est interrompue par l’incendie de 1723, et finalement achevée en 1770. Au-delà du château, la ville se couvre d’églises baroques : Sainte-Anne en 1762, l’église des capucins (1716), des franciscains (1757), Sainte-Catherine (1728-1776), augustins (couvent 1724, église 1754-1770), église de Krisztinaváros (1752), église orthodoxe pour les Serbes à Tabán (1697).
41Plus que Buda encore, Pest est détruite au début du xviiie siècle : saccagée par les Turcs, puis par la guerre de Rákóczi, et ravagée par la peste. Les constructions religieuses constituent là aussi le moteur qui donne un nouveau visage à la ville : pauliniens (église de l’Université plus tard 1720’s-1742), servites (1725-1732), franciscains (1727-1738), piaristes (arrivés en 1717), font construire leurs églises, auxquelles s’ajoute l’église paroissiale (1725-1740). Mais surtout, c’est à Pest que s’installent essentiellement nobles et magnats et qu’ils font construire leurs demeures : le palais Károlyi est construit à partir de 1696 pour l’évêque de Kalocsa, puis racheté par Évêque d’Eger Bárkoczy en 1747, c’est là que séjourne Marie-Thérèse en 1751. Si la capitale du royaume est progressivement transférée à Buda, c’est Pest qui va essentiellement bénéficier de la présence de la noblesse. Elle devient la capitale économique, sociale et culturelle.
42Grâce aux effets conjugués de l’obstination des Hongrois à réclamer le retour de la capitale dans la ville historique, et du dynamisme progressivement retrouvé du binôme Pest-Buda, Marie-Thérèse puis Joseph II rendent peu à peu à Buda les attributs qui lui permettent de retrouver son statut de capitale du royaume.
Le retour de la capitale à Buda
43En 1777, Marie-Thérèse installe l’université à Buda. Celle-ci va désormais occuper une partie très importante du quartier du château. Le droit et les humanités sont logés dans le palais royal, de même que les musées de physique, de biologie et de mécanique. La théologie s’installe dans l’académie jésuite, et la médecine reçoit un bâtiment à l’arrière du palais royal. L’université est aussi destinataire de plusieurs terrains en contrebas dans Krisztinaváros pour les besoins de la botanique, l’hôpital Saint-Jean pour la médecine et l’imprimerie de la maison Corvin pour les besoins de ses éditions. Mais cette installation « royale » est de courte durée : en 1784, le droit et les humanités doivent quitter le palais pour déménager à Pest (la théologie les rejoindra après un détour par Presbourg). Ce départ précède l’arrivée la même année des institutions royales hongroises qui rendent de facto à Buda son statut de capitale du royaume, à défaut d’en faire jamais une ville-résidence. Les suppliques de la nation hongroise ont enfin été entendues et l’arrivée des dicastères transforme à nouveau l’acropole de Buda, en chassant largement les ordres religieux qui lui avaient redonné vie. Le commandement militaire s’installe au château, la Chambre dans le séminaire jésuite, le Conseil de lieutenance dans l’académie jésuite. À la place des franciscains sont installés la Table de justice provinciale, création de Joseph II, et ses archives. Un certain nombre d’ajustements topographiques ont lieu par la suite, mais le réinvestissement de la ville royale est définitif. Ne restent, et ce n’est pas rien aux yeux de la nation hongroise, que la Diète, la Sainte Couronne, et la question corrélée du couronnement. Après les tensions du règne de Joseph II, l’apaisement voulu par Léopold ramène la Sainte Couronne et la Diète à Buda en 1790. La ville n’est toujours pas résidence royale, mais elle abrite désormais l’État, incarné en Hongrie par la Couronne. Elle devient aussi résidence du palatin à partir de la récréation de la fonction en 179024. Enfin, Buda redevient ville du couronnement en 1792 à l’avènement de François II.
44Avec la présence du Palatin, Buda redevient le centre d’une cour royale par représentation. Après le maladroit Alexandre Léopold (1790-1795), c’est l’archiduc Joseph qui est investi de cette fonction. Tout aussi jeune que son prédécesseur, Joseph a 19 ans lorsqu’il est nommé empereur, par son frère aîné. Le nouveau Palatin installé dans le château de Buda fait rapidement la conquête des Hongrois. Durant 50 ans, jusqu’à sa mort en 1847, il accompagne l’ère des réformes, soutient le développement économique et culturel du pays, accompagne celui de la capitale Pest-Buda. Le réinvestissement de la capitale historique, fruit des efforts de la nation et témoin de l’amélioration des relations avec la dynastie, accélère la transformation des villes de Pest et Buda, où s’installent désormais en nombre l’aristocratie et la noblesse. La vie culturelle, notamment théâtrale, qui explose à partir des années 1790 en est le signe. Le palais de Buda ne sera jamais le centre d’une cour à proprement parler. Mais avec l’arrivée du Palatin en 1790, naît ce que l’on appelle, de façon significative, la « branche hongroise » des Habsbourg. Si Étienne, fils et successeur de Joseph, est chassé de sa charge et du pays en 1848, les descendants du Palatin Joseph reviennent s’établir en Hongrie après 1867, notamment dans le Palais Teleki, aux portes du château royal. De façon significative, la présence, à partir de 1847, de la dépouille du Palatin Joseph dans l’ancienne église Saint-Sigismond, devenue « crypte du palatin » marque la naissance d’une nouvelle nécropole : la nécropole hongroise des Habsbourg, qui accueille les membres de cette branche de la famille.
⁂
45Ville capitale dépourvue des attributs de centralité étatique, ville royale sans être une ville-résidence, le cas de Buda semble être une accumulation de paradoxes qui illustre de façon originale les rapports entretenus entre le phénomène de la cour et celui de la centralité aristocratique.
Notes de bas de page
1 Aujourd’hui Bratislava.
2 Il s’agit d’une unité administrative intermédiaire. À sa tête se trouvait un ispán nommé par le roi. Il comprenait des terres d’appartenances diverses, mais la noblesse locale y joue le plus souvent un rôle prépondérant.
3 Kubinyi András, « Buda, Magyarország középkori fővárosa », Tanulmányok Budapest Múltjából, no 29, 2001, p. 12-22.
4 Et y demeure jusqu’à l’érection du diocèse de Budapest-Esztergom en 1993.
5 Le Tripartitum (1514) indique que le sceau royal doit être conservé à Buda. La loi 1514 : 55 affirme l’obligation de résidence du souverain dans la cité.
6 Loi 1536 : 49.
7 Loi 1547 : 5 : demande au souverain de résider en Hongrie ou, à défaut, de laisser son fils, l’archiduc Maximilien, y résider.
8 Németh H. István, « A rendi kategóriák olvasztótégelye. A kora újkori magyarországi szabad királyi városokban lakó nemesi rangúak helyzete és szerepvállalás », in Judit Balogh et József Pap (dir.), Nemesi és polgári szerepek, reprezentáció és interpretació, Eger, Liceum Kiado, 2016, p. 111-130.
9 Voir Lauter Eva, « Pozsony varosa uj szerepe », in Ildiko Horn et Nora G. Etényi (dir.), Idövel palotak, Magyar udvari kultúra a 16.-17. században, Budapest, Balassi Kiadó, 2005, p. 144-171.
10 Loi 1550 : 47, par exemple.
11 Várkonyi Agnes, « Korona és a budai vár », Tanulmányok Budapest múltjáról, no 29, 2001, p. 37-47.
12 1687 : préambule, lois 1687 : 2 ; 1723 : 15 ; 1741 : 4 ; 1751 : 16.
13 Loi 1723 : 97.
14 Kelényi György, « A Budai királyi palota építésének története a XVIII. században », Tanulmányok Budapest múltjáról, no 29, 2001, p. 217-239.
15 Pest megyei Levéltár, IV. 1. a. 19. jkv.
16 Vienne, Hofkammersarchiv, Ung. Camerale, 1748 ; Kapossy János, « Mária Terézia budavári királyi palotájának tervező mestere », Archaeológiai Értesítő, XLIL, 1928, p. 171.
17 Magyar Nemzeti Levéltár, A107 Hungárica Pálffyana fasc. 13. no 30. Pest megyei Levéltár, IV. 1.a.21 jkv, et 22. jkv.
18 Loi 1764 : 2.
19 Poor János, « Buda, Pest, Óbuda a 18. században », EPA Budapesti Negyed, no 20-21, 1998/2-3, p. 30.
20 Dümmerth Dezső, Pest város társadalma 1686-1696, Budapest, Akadémiai kiadó, 1968, p. 73.
21 Poor János, « Buda, Pest… », art. cité, p. 33.
22 Bacskai Vera, « Pest társadalomtörténetének vizsgálata a házasságkötések alapján (1735-1830) », Tanulmányok Budapest Múltjából, no 21, 1979, p. 49-104.
23 Poor János, « Buda, Pest… », art. cité, p. 40 sq.
24 Elle était vacante depuis le départ d’Albert de Presbourg vers les Pays-Bas en 1780, et n’avait pas été pourvue en 1790 en raison du conflit qui opposait Joseph II et les Hongrois.
Auteur
-
Marie-Françoise Vajda-Saudraix
Marie-Françoise Vajda-Saudraix et maître de conférences à l’université Paris IV-Sorbonne. Spécialiste de la Hongrie à l’époque moderne, elle a soutenu sa thèse sur Le royaume des Républiques ? Noblesse et administration en Hongrie sous Marie-Thérèse, Champvallon (à paraître). Ses recherches portent également sur la guerre sur terre en France et en Europe centrale aux xviie et xviie siècles.
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