Renan et l’archéologie
p. 35-48
Texte intégral
1On connaît la fin dramatique de la mission réalisée par Ernest Renan en Phénicie : la maladie, à laquelle il survit in extremis, et la mort de sa sœur Henriette. Le 23 octobre 1861, il est de retour à Paris, seul. Il a accompli sa tâche, mais en partie seulement. Il aurait dû en effet continuer son périple par l’exploration de Chypre, comme le montre sa correspondance avec Hortense Cornu.
2Cette exploration sera réalisée sur le terrain par Melchior de Vogüé, mais sous la houlette de Renan, qui pratique une archéologie par lettres, (comme pour la Phénicie avec le docteur Gaillardot), dont les acquis sont importants pour la politique culturelle du Second Empire et pour sa propre carrière. L’analyse des missions de Phénicie et de Chypre permet de définir la conception que Renan se fait de l’archéologie, qui relève à la fois de la science et de l’imaginaire.
La préparation de la mission de Chypre
3La mission de Chypre est voulue par Hortense Cornu1, dont la persévérance aboutit à convaincre Renan d’explorer cette île, comme on peut le voir dans sa correspondance, alors qu’il n’avait pas prévu de l’inclure dans son étude. Le 8 mars 1861, elle lui écrit :
« Au retour de Syrie ne visiterez-vous pas Chypre ?/Il y a là une [station ?] du monde phénicien. Le jeune Rey2 vient de donner au musée des objets anciens entre autres une statue […] de Chypre./Or quelqu’un demande à cors et à cris une mission en Chypre. Si vous y faisiez escale avec votre architecte et l’y laissiez, s’il le fallait, je crois que la mission deviendrait inutile. M. Rey pourrait seul y être envoyé comme topographe à moins que M. Gaillardot3 ne fût capable de lever une carte militaire ce que je ne crois pas./M. Rey rapporte de là trois inscriptions phéniciennes. Pensez à ce voyage de retour et dites m’en votre avis. Quant aux fonds en plus on les trouverait. Il faut que l’exploration du monde phénicien soit complète4. »
4L’évocation de trois inscriptions phéniciennes ne pouvait bien sûr que susciter l’intérêt de Renan, d’autant plus que, selon H. Cornu, il risquait de se faire prendre la place par une personne que l’on peut identifier comme étant Louis de Mas-Latrie, historien, archéologue et archiviste paléographe qui avait déjà écrit une Histoire de l’île de Chypre en 1843. Dès le 22 mars Renan lui répond :
« Quant à Chypre, il est certain que l’exploration de cette île est une annexe de ma mission. Si je ne l’ai pas comprise jusqu’ici expressément dans mon programme, c’est qu’il faut se borner, que la Phénicie proprement dite, à la façon dont j’ai conçu ma mission, était déjà un champ très-considérable5. »
5Il ajoute qu’il préférerait que personne n’entreprenne de travaux archéologiques dans cette île pendant sa mission en Phénicie, craignant de se « trouver en concurrence avec ces jeunes charlatans dont l’espèce est pour notre pays un si grand fléau », charlatans qui ne sont pas nommés, mais témoignent de la grande attirance de ce genre de mission pour les chercheurs de l’époque. Il précise que la saison n’est pas favorable – il faut attendre l’automne pour faire des fouilles – et que celui qui entreprendrait cette mission pourrait bénéficier du matériel nécessaire qu’il laisserait à Beyrouth. Mais, conclut-il :
« La personne qui demande à y être envoyée consentirait-elle à entrer dans notre mission et à faire de son exploration une partie de la nôtre, tous droits réservés, bien entendu. Je n’ai jamais vu dans cette mission rien de personnel pour moi ; la part de mes collaborateurs y sera largement faite. Tout ce que je veux, c’est de grouper le plus grand nombre possible de résultats. Tout ce que vous ferez sera bien. »
6Il n’est donc pas encore à ce moment décidé à entreprendre cette mission à Chypre. Mais Hortense Cornu ne cessera d’insister pour qu’il accepte de la réaliser. Le 3 août il finit par lui donner son accord et lui annonce qu’il lui a envoyé une dépêche télégraphique de Smyrne à ce propos6. Hortense Cornu aura trouvé les arguments pour le convaincre : résolution des problèmes matériels, accord de l’Empereur, collaboration de MM. Grasset7 et Thobois8, intérêt scientifique (y compris la possibilité d’avoir une chaire au Collège de France), et surtout elle a su comprendre les faiblesses de Renan, suffisamment imbu de lui-même pour ne pas admettre que quelqu’un d’autre que lui puisse accomplir cette mission :
« J’ai cru voir dans vos lettres que, d’après les dispositions que vous rencontrez dans l’administration, la mission de Chypre était comme une grâce que j’avais à conquérir et qu’on préfèrerait la donner à d’autres. S’il en est ainsi, ou pour mieux dire, si c’est l’Empereur qui l’envisage ainsi, Madame, écrivez-moi vite pour que je parte9. »
7Toutes les conditions sont alors réunies pour que Renan explore Chypre, et fasse de surcroît un voyage à Athènes, mais cela ne se fera pas.
L’archéologie par lettres
8De retour en France, Renan demande à Melchior de Vogüé10, qui « voulait étudier les remparts de Jérusalem et les églises de Syrie entrevues lors de son premier voyage », s’il pouvait accomplir la mission qu’il n’avait pu réaliser. « Accompagné de Waddington11 [qui était alors en Syrie] et Edmond Duthoit12, jeune architecte, élève de Viollet-le-Duc qu’il avait engagé, [de Vogüé] débarquera à Larnaca le 28 janvier 186213. » Dans une lettre datée du 17 décembre 1861, il avait écrit à Renan pour préciser les conditions dans lesquelles il acceptait la mission. D’abord, il ne dépendrait que de Renan ; le crédit alloué à ce dernier ne servirait qu’à la mission, et en aucun cas à ses frais de voyage. Enfin il refusait toute faveur qui l’obligerait. Il concluait en indiquant qu’il voulait rendre « un service désintéressé à la science14 ». Ces restrictions se comprennent du fait que Melchior de Vogüé était royaliste : il ne voulait pas être l’obligé de Napoléon III… Dans sa réponse du 18 décembre, Renan lui dit son accord sur l’arrangement qu’ils ont conclu. Il précise ensuite l’organisation de la mission ; et l’assure que les résultats de ses travaux seront publiés dans la Mission de Phénicie, et les objets découverts joints à ceux trouvés en Phénicie ; « la propriété de toutes ces découvertes, ou résultats, de quelque genre qu’ils soient, vous sera complètement attribuée15 ». La lettre, longue, minutieuse, montre bien que Renan entendait rester maître de cette mission. De Vogüé jouait à Chypre le rôle du Dr Gaillardot en Phénicie, Renan restait le chef de l’expédition.
9De Vogüe aura pour collaborateurs Waddington, Duthoit, et Gaillardot. Grasset, qui avait été présenté par Emmanuel-Guillaume Rey à Hortense Cornu, avait sollicité une mission à Chypre. Le 10 juillet 1861 il écrivait à Renan une lettre détaillée16, supposant que Renan l’accepterait comme assistant ; mais la mission ne lui fut pas confiée, Renan le considérant comme un amateur ; les renseignements qu’il donne sur l’île de Chypre et les points à explorer ont cependant formé « la trame de l’itinéraire suivi par la mission, à l’exception du Carpas [la péninsule de Karpas, au N. E. de l’île] qu’il ne mentionne pas, et c’est sans doute grâce à lui que Vogüé, Waddington et Duthoit ne sont pas partis “à l’aventure”17 ».
10Le premier est un brouillon de lettre de son père au rédacteur en chef de L’Illustration lui indiquant qu’il a commis une erreur en mentionnant « mission de Vogüé » : « Mon fils n’a jamais accepté une mission à Chypre. Seul M. Renan était le bénéficiaire de cette mission. Mon fils n’a fait que le remplacer. » Le deuxième document est une lettre d’Adrien de Longpérier18 datée du 7 octobre 1863 concernant le classement des objets reçus au Louvre après la mission : « M. de Nieuwerkerke a adressé un rapport indiquant “mission de Vogüé et don de Vogüé” au lieu de “fouilles de Vogüé et don de Vogüé” comme nous en avions convenu datée du 7 octobre 1863 concernant le classement des objets reçus au Louvre après la mission : “M. de Nieuwerkerke a adressé un rapport indiquant ‘mission de Vogüé et don de Vogüé’ au lieu de ‘fouilles de Vogüé et don de Vogüé’ comme nous en avions convenu”19. » Ces précisions étaient importantes pour Melchior de Vogüé qui comptait Napoléon III au nombre de ses « plus intimes ennemis20 ».
11Pendant la mission, Melchior de Vogüé adresse deux lettres à Renan, qui y répond21. Ces lettres de de Vogüé formeront la matière de la première partie du rapport de Renan sur Chypre. Sans rentrer dans les détails, retenons ce propos de de Vogüé dans sa lettre du 10 juin 1862 : « Au nouveau Paphos [ville du S. O.], j’aurais pu aussi faire scier les trois inscriptions chypriotes qui sont gravées sur l’entrée des grottes sépulcrales ; je ne l’ai pas osé par respect pour les monuments et me suis contenté de les mouler en plâtre. » Renan lui répond dans sa lettre du 1er août 1862 : « Le souvenir de Lord Elgin m’a souvent arrêté dans des circonstances semblables22 » – on pense bien sûr au Calédonien de la Prière sur l’Acropole – (et laisse de Vogüé agir comme il l’entend). La deuxième partie du rapport sera consacrée à la suite de la mission de Phénicie proprement dite, assurée par le Dr Gaillardot. Contrairement à ce que pensait L. Bonato23, qui a édité les réponses de Renan à Melchior de Vogüé, ce rapport existe bien. Il fera l’objet d’une prochaine publication. Quant aux « objets issus de cette mission [ils] constituent le noyau des collections chypriotes du musée du Louvre24 ».
12Si Renan est le fondateur reconnu de l’archéologie phénicienne, il est bien aussi le fondateur méconnu de l’archéologie chypriote.
Renan et la politique culturelle de Napoléon III
13Pourquoi Napoléon III avait-il accordé une mission archéologique à Renan ? Louis Napoléon Bonaparte, enfant, avait eu pour précepteur Philippe Le Bas (1764-1860), helléniste et archéologue. Devenu empereur, il ne cessera de manifester son intérêt pour l’archéologie. On connaît son attrait pour l’archéologie préhistorique, son ouvrage sur Jules César, les Gaulois, la construction du musée de Saint-Germain-en-Laye (antiquités celtiques et gallo-romaines), dont la mission, selon un rapport, en juin 1863, du surintendant des Beaux-arts, le comte de Nieuwerkerke, était de « réunir “les pièces justificatives de notre histoire nationale” depuis les temps les plus reculés jusqu’à Charlemagne25 ». Cette passion de Napoléon III pour l’archéologie est soulignée par Hortense Cornu, dans une lettre à Mariette, l’égyptologue, en 1862 :
« (Premiers mois de 1862)./… L’Empereur, comme vous savez, s’occupe, avec passion de choses antiques. Il écrit l’histoire de César, et, pour ce, il remonte dans ses études à la création, tout au moins, de Rome. Dès qu’il a fait les affaires de l’État, il court s’enfermer dans son cabinet et lit, compulse et note. Or ce qu’il désire avant tout, c’est de trouver des sources inconnues. Il a envoyé M. Heuzey26 en Grèce, M. Perrot27 en Asie Mineure, M. Renan en Syrie, pour voir les bibliothèques des couvents28. »
14Nous ne reviendrons pas sur les différentes démarches entreprises par H. Cornu auprès de Napoléon III afin qu’il accorde une mission en Phénicie à Renan. Nous nous intéresserons à la médiatisation de cette mission. Le 29 décembre 1860, Napoléon III décore Renan de la légion d’honneur. « Je crois qu’on a eu une bonne idée de vous décorer et je sais qu’on l’a fait à ce moment non seulement à cause de votre grand mérite mais pour le constater devant l’armée et les indigènes » lui écrit H. Cornu29. Les lettres que Renan adresse à celle-ci sont, pour certaines, lues par l’empereur. « Vos lettres seront lues tant par d’autres que par moi avec un vif intérêt30. » Renan informe régulièrement l’Empereur de ses travaux dans ses rapports ; le premier est publié dans le Moniteur universel les 25 et 27 février 1861 ; le deuxième dans le Moniteur universel également les 8 et 11 juillet 1861, le Journal des débats des 15 et 16 juillet et le Journal général de l’Instruction publique les 17 et 20 juillet. De plus, avant que le rapport ne soit publié, Napoléon III exige qu’il soit lu devant l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Il le sera par Alfred Maury31. Le troisième rapport à l’Empereur paraît dans le Moniteur universel les 21, 22, 26 février 1862. La fin de ce troisième rapport n’est pas publiée dans ce périodique ; elle se trouve dans la Revue archéologique, année 1862, tome V. Enfin Renan publiera, comme nous le rappelions plus haut, un rapport sur l’exploration de Chypre.
15En outre, les amis de Renan, Alfred Maury et Émile Egger, se font ses porte-parole à l’Académie des inscriptions et belles-lettres. En janvier 1861, « M. Egger communique verbalement à l’Académie des nouvelles de l’exploration scientifique en Syrie dont M. Renan a été chargé par S. M. l’Empereur32 ». En avril, il intervient de nouveau : « M. Egger communique à la Compagnie, d’après une lettre datée de Sour (l’ancienne Tyr), le 22 mars 1861, quelques renseignements nouveaux sur la mission de M. E. Renan en Syrie, accomplie par ordre de S. M. l’Empereur33. » En mai 1861, « M. A. Maury communique à l’Académie, au nom et de la part de l’Empereur, la dernière lettre que S. M. a reçue de M. E. Renan, chef de la mission scientifique de Syrie34 ». En juin 1861, nouvelle intervention de Maury : « M. A. Maury donne lecture à l’Académie de plusieurs passages d’une lettre écrite de Beyrouth par M. E. Renan, chef de la mission scientifique de Syrie. Dans cette lettre adressée à S. M. l’Empereur, en date du 1er juin, M. Renan rend compte des dernières fouilles qui ont été exécutées sous sa direction35. » En juillet 1861, Maury informe l’Académie de la lettre que Renan lui a écrite le 28 juin après sa campagne du Haut-Liban36. De surcroît, une note, de la main de Hortense Cornu, précise à propos de la mosaïque de Kabr’Hiram : « Les frais d’enlèvement de la mosaïque découverte par M. Renan monteront à peu près à 4 000 frs. Cet enlèvement a été ordonné à M. Renan par l’Empereur37. »
16On voit là la publicité faite à la mission de Renan à l’Académie des inscriptions et belles-lettres et dans les médias, publicité orchestrée par Hortense Cornu, et les amis de Renan, voulue par l’Empereur, et qui avait pour but entre autres « de répondre aux bruits malveillants qui couraient sur la médiocrité des résultats fournis par la mission38 », et de faire de Renan le candidat idéal pour le Collège de France. De retour à Paris le 23 octobre 1861, Renan reçoit de l’Empereur une invitation à Compiègne. Le 1er novembre il déjeune avec lui, pour parler certainement des suites à donner à la mission. L’expédition de Syrie, voulue par Napoléon III, en servant la cause des chrétiens d’Orient, servait non seulement la politique impériale (les peintres immortalisent l’événement : Jean-Adolphe Beaucé peint le Débarquement du corps expéditionnaire à Beyrouth », Jean-Baptiste Huysmans Abd el-Kader secourant les chrétiens, 1861), mais aussi la politique culturelle de l’Empire, dont Renan devenait l’un des acteurs. Mais on peut servir une cause sans renoncer à ses convictions. Renan ne fut jamais, comme le désignait ses ennemis, le « missionnaire de Compiègne39 ».
17Quant aux objets rapportés de Syrie, Hortense Cornu avait insisté pour qu’ils soient exposés au palais de l’Industrie et non au Louvre, de même que la collection Campana40. « Adressez tout cela [i. e. les pièces découvertes] au ministère d’État et non pas au Louvre. Ceci est capital » écrit-elle le 2 août 1861 ; et le 16 août : « Vous éviterez les fossoyeurs de l’administration du Louvre41. »
18La collection Campana arrive au palais de l’Industrie à Paris le 9 décembre 186142. « Le personnel scientifique [de ce musée] compte seulement Sébastien Cornu et Charles Clément, administrateurs de la collection Campana, Edmond Saglio et Enrico Pennelli, chargés de l’entretien des collections43. » En plus des collections Campana, le musée – qui prend le nom de musée Napoléon III sur l’initiative des administrateurs provisoires, dans le but de s’attirer les faveurs et la protection du souverain et peut-être en espérant ainsi pérenniser la situation – abrite également les objets issus des fouilles archéologiques menées en Syrie par Renan, en Macédoine par Heuzey et Daumet44, et en Galatie par Perrot, Guillaume45 et Delbet46. Tous ces archéologues font partie du cercle d’Hortense Cornu. Pour donner un caractère encyclopédique à l’exposition, tenir compte des idées de Napoléon III sur l’alliance des arts et de l’industrie et transformer le lieu en un véritable musée-école, les moulages d’œuvres réalisées sur la demande de Napoléon III dans toute l’Europe par Félix Ravaisson47, comme celui de la colonne Trajane, sont également présentés. Et « les marbres Campana sont réunis avec des pièces rapportées de Syrie par Ernest Renan48 ».
19Le musée, inauguré le 30 avril 1862 par Napoléon III et la reine des Pays-Bas (marraine de Hortense Cornu) est ouvert au public le 1er mai, et obtient un grand succès ; les catalogues sont faits rapidement et apportent une certaine reconnaissance scientifique au musée, qui fait de l’ombre au Louvre. C’est Renan qui se charge de réaliser le catalogue de l’exposition, édité chez Lévy, qui comprend très vite l’intérêt commercial de l’exposition et joint au catalogue de 35 pages les 36 pages du catalogue de sa librairie, augmentant ainsi le prix du catalogue à 50 c. Une courte polémique s’ensuivra, (le ministère demandant à Lévy de baisser le prix à 30 c) dans laquelle Renan interviendra pour défendre les intérêts de son éditeur, avec succès49. Ce musée Napoléon III aura une existence éphémère. « Les administrateurs, et notamment Sébastien Cornu influencé par son épouse, pensent obtenir l’assentiment de l’empereur pour créer un musée indépendant, esquisse d’un futur musée des arts appliqués50. » Mais ils perdront la partie face au comte de Nieuwerkerke, surintendant des beaux-arts. Le musée sera fermé par un décret du 12 juillet 1862. Il est cependant
« représentatif des expérimentations et des réflexions muséographiques qui traversent les musées durant le Second Empire. Il est également l’expression de la volonté politique de Napoléon III d’une éducation élargie au plus grand nombre, restée toutefois idéalisée, et des affrontements qui existent dans les cercles du pouvoir au sujet d’une action culturelle bégayante51 ».
20C’est en fait le clan Cornu qui est vaincu par celui de la princesse Mathilde. Que Renan ait été en partie instrumentalisé par Hortense Cornu qui souhaitait un musée indépendant du Louvre, un équivalent du South Kensington Museum de Londres, est vraisemblable. Mais elle aura joué un rôle fondamental dans la carrière de Renan, eu égard aux conséquences de la mission de Phénicie que sont la chaire de Renan au Collège de France, la Vie de Jésus, et le Corpus des inscriptions sémitiques.
L’archéologie selon Renan
21L’intérêt, pour ne pas dire la passion de Renan pour l’archéologie, s’explique en partie par ses études. On connaît sa formation cléricale et universitaire, mais on ignore qu’il a aussi suivi les cours de l’École des Chartes. Dans une lettre à Henriette du 5 décembre 1847 il écrit
« Enfin, je suis encore un autre cours, d’une nature toute différente, mais dont j’ai souvent ressenti le besoin : c’est le cours de paléographie à l’école des Chartes. Tous nos manuscrits importants datant du Moyen-Âge, il est indispensable pour les déchiffrer de posséder des notions spéciales, qui font l’objet de ce cours. Du reste, il ne réclame absolument que l’assistance52. »
22Cette École des Chartes, fondée par une ordonnance de Louis XVIII, le 22 février 1821, fut réorganisée sous Louis-Philippe, par une ordonnance du 31 décembre 1846. Dans son article 8, cette ordonnance précisait :
« L’enseignement de l’École des Chartes comprend : La lecture et le déchiffrement des chartes et monuments écrits ; L’archéologie figurée, embrassant l’histoire de l’art, l’architecture chrétienne, la sigillographie et la numismatique ; L’histoire générale du moyen âge, appliquée particulièrement à la chronologie, à l’art de vérifier l’âge des titres et leur authenticité ; La linguistique appliquée à l’histoire des origines et de la formation de la langue nationale ; La géographie politique de la France au moyen âge ; La connaissance sommaire des principes du droit canonique et du droit féodal53. »
23Les cours étaient publics, c’est-à-dire que chacun pouvait y assister gratuitement. L’archéologie, comme on le voit, figure en bonne place dans cet enseignement. Renan a certainement suivi l’ensemble du cursus proposé dans cette école, alors dirigée par Jean Antoine Letronne (1786-1848) qui, selon Jean Leclant, ancien secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et archéologue, sera le « véritable fondateur des études modernes d’épigraphie classique54 ». De plus Letronne était membre de la commission du Prix Volney que Renan reçut en 1847 pour son Essai historique et théorique sur les langues sémitiques en général, et sur la langue hébraïque en particulier. L’attrait de Renan pour le Moyen Âge s’explique ainsi, pour partie, par cet enseignement. Notons entre autres son Histoire de l’étude de la langue grecque dans l’Occident de l’Europe, depuis la fin du ve siècle jusqu’à celle du xive siècle, mémoire couronné par l’Académie des inscriptions et belles-lettres en septembre 184855. Et son attrait pour la philologie est largement développé dans L’Avenir de la science, qui date de 184856.
24Comme l’a souligné Ève Gran-Aymerich57, c’est bien « un philologue qui s’embarque pour la Syrie, le 18 octobre 1860, mais qui a conscience de devoir être “à la fois linguiste, historien, archéologue, artiste, philosophe58”. Renan, qui poursuit l’“histoire de l’esprit humain59”, définit la “science de l’homme” comme “l’expérimentation universelle de la vie humaine, et par conséquent l’étude de tous les produits de son activité60”. C’est donc tout naturellement qu’il se fait archéologue en Phénicie, où il part à la recherche de tous les “monuments”, au sens de “témoins de l’activité humaine”, dans cette région ».
25Les acquis scientifiques de la mission sont importants. Nous ne reviendrons pas sur la nomination de Renan au Collège de France, ni sur sa première leçon qui fit le scandale que l’on sait, et montra bien que Renan n’entendait pas s’inféoder au pouvoir politique. Nous ne reviendrons pas non plus sur le Corpus des inscriptions sémitiques qui dit assez l’intérêt de Renan pour l’épigraphie. Il ne cessera de travailler à cet ouvrage ; en témoigne entre autres sa correspondance avec Luigi Palma di Cesnola (1832-1904)61. Renan demandera à cet archéologue des estampages d’inscriptions phéniciennes que celui-ci avait découvertes lors des fouilles qu’il avait réalisées à Chypre de 1866 à 1876. Les deux hommes s’étaient rencontrés à Paris. Renan lui écrivit en 1879, lui envoyant aussi sa photo que Mme Cesnola s’empressa de coller, avec la lettre, dans un « Album [contenant] plusieurs lettres et la photographie de 24 parmi les plus illustres hommes du monde qui m’honorent de leur précieuse amitié, précise Palma di Cesnola. Vous êtes placé entre l’Empereur du Brésil et M. Gladstone62 ». Devenu le premier directeur du Musée métropolitain de New York, il écrit à Renan : « Lorsque tout sera en ordre je vous enverrai une invitation à passer un mois ou deux chez nous ; vous serez enchanté de voir ces beaux pays ; vous n’aurez ici aucune dépense car vous serez chez nous, et vous verrez combien vous êtes connu et estimé dans le Nouveau Monde63. »
26La publication de la Mission de Phénicie, de 1864 à 1874, avec son volume de planches, témoigne aussi de cette archéologie scientifique64. Mais, contrairement à ce qu’il écrivait à Melchior de Vogüé le 15 octobre 1863, Renan n’écrivit pas le livre V consacré à Chypre65. Enfin, Renan, qui fut toute sa vie professeur, ne pouvait manquer de s’intéresser à l’enseignement de l’archéologie. Après ses visites à Athènes (du 13 février au 28 mars, et du 8 au 25 mai 1865), lors de son second voyage en Orient, il souhaita devenir directeur de l’École française d’Athènes, qui excluait de son programme la philologie et mettait au second plan l’archéologie66 ! De retour en France il écrivit le 13 juin 1866 une lettre à Hortense Cornu pour le lui signifier, puis reviendra sur sa décision dans une autre lettre qu’il lui adressa le 26 août 1867 :
« Vous m’avez peut-être trouvé un peu contradictoire dans l’affaire d’Athènes. Oui, il y a deux ans à Athènes, cela me séduisit beaucoup. Je vis ce que l’on pourrait faire de cette école, si on la tirait de l’ornière pédantesque et scolastique où on l’a tenue jusqu’ici. Puis, quand le moment est venu, j’ai craint que ce ne fût là une impossibilité. La chétive direction de notre enseignement supérieur m’a arrêté67. »
27« Ses idées sur l’exploration archéologique, malgré son regret de n’avoir pu les appliquer lors de la mission de Phénicie, sont “d’une surprenante modernité” : il entendait “mobiliser les sciences exactes (chimie ou physique) comme les sciences humaines”68. » Et lorsque Gaston Maspero décide de créer l’École française du Caire, il sollicite l’appui de Renan, qui écrit le 6 décembre 1881 une lettre69 au ministre pour appuyer de son autorité scientifique cette création. Cette lettre, contestée et contestable sur bien des points, témoigne sur bien des points, témoigne de son intérêt pour les études orientales et l’exploration de l’Orient.
28Cette archéologie scientifique, qui occupe une place si considérable dans l’œuvre de Renan, se métamorphose en archéologie imaginaire dans la Vie de Jésus. Dans la province évangélique, en effet, à l’opposé de tout rationalisme, Renan voit devant lui le fameux cinquième évangile, dans une scène qui participe de l’hallucination.
« À la lecture des textes, j’ai pu joindre une grande source de lumières, la vue des lieux où se sont passés les événements. […] J’ai traversé dans tous les sens la province évangélique ; […] Toute cette histoire qui, à distance, semble flotter dans les nuages d’un monde sans réalité prit ainsi un corps, une solidité qui m’étonnèrent. L’accord frappant des textes et des lieux, la merveilleuse harmonie de l’idéal évangélique avec le paysage qui lui servit de cadre furent pour moi une révélation. J’eus devant les yeux un cinquième Évangile, lacéré mais lisible encore, et désormais, à travers les récits de Matthieu et de Marc, au lieu d’un être abstrait, qu’on dirait n’avoir jamais existé, je vis une admirable figure humaine vivre, se mouvoir70. »
29Renan crée une géographie imaginaire71, décrivant, selon une construction chiasmatique, le panorama vu des hauteurs de Nazareth, la description de la Galilée, puis celle du lac de Tibériade et le panorama de Safed. Les souvenirs littéraires (le Cantique des Cantiques que Renan a traduit) et picturaux (Nicolas Poussin dans le premier état du texte), jouent un rôle dans l’élaboration de ce texte, mais ce sont les impressions nées de la mission qui contribuent à fonder l’espace renanien dominé par la symbolique du cercle. Renan présente le panorama de Nazareth, et « le Thabor avec sa forme arrondie, que l’antiquité comparaît à un sein72 » ; « ce cercle enchanté, dit-il, berceau du royaume de Dieu, représenta [à Jésus] le monde durant des années73 ». Il enchaîne par le lac de Tibériade « offrant l’apparence d’un ovale assez régulier74 » ; après Tibériade, les montagnes, et une plaine : « C’est un délicieux bosquet de haute verdure, sillonnée par d’abondantes eaux qui sortent en partie d’un grand bassin rond, de construction antique (Aïn-Medawara)75 » ; enfin les eaux de Tibériade vues d’en haut, semblent « occuper le fond d’une coupe d’or76. » Et il passera une nuit avec Henriette près du pont des filles de Jacob, « sous un dôme d’azur d’une profondeur sans fin77 ». Ce paysage devient « le symbole certain, l’ombre transparente d’un monde invisible et d’un ciel nouveau78 ». Au cercle s’ajoute une physique élémentaire, l’opposition de la Galilée, verdoyante, image du paradis, dont le bestiaire est comme un écho aux Fioretti de François d’Assise – mais qui n’est pas conforme à ce que voit Renan, un paysage brûlé par le soleil d’été ‒ et « la triste Judée, desséchée comme par un vent brûlant d’abstraction et de mort79 ».
30« Tout peuple appelé à de hautes destinées doit être un petit monde complet, renfermant dans son sein les pôles contraires80 », c’est-à-dire la Galilée et la Judée, écrit Renan, qui rajoute que la Judée attirait Jésus « comme par un charme81 ». Ce paysage est tout entier ordonné à la destinée de Jésus qui, inéluctablement arrive au Golgotha, figure ultime du cercle. Nous sommes bien loin de la science… La terre sainte devient un monde palimpseste, le livre de pierre remplace le livre de peau ou de papier, dans lequel Renan lit ce cinquième Évangile nourri de son imagination…
⁂
31L’archéologie scientifique aboutit à des conséquences particulièrement importantes que nous avons rappelées. Elle apparaît pour Renan comme un besoin afin de créer son propre univers biblique, comme en témoigne aussi le second voyage en Orient qui aboutira au Saint Paul. Et lors de la préparation de l’Histoire du peuple d’Israël, il souhaitait faire un voyage en Égypte pour la description du Sinaï, comme le montre sa correspondance avec Gaston Maspero82, voyage qui ne pourra pas se réaliser…
32Cette archéologie est en accord avec la politique culturelle de l’Empire, contrairement à l’archéologie imaginaire qui aboutit entre autres à la Vie de Jésus. Mais Renan avait bien compris tout l’intérêt de cet imaginaire. Lorsque Gaston Maspero décide de déblayer le sphinx de Gizeh – on ne connaît à l’époque que la tête du sphinx – il demande à Renan, dont la notoriété est considérable, de lancer une souscription pour obtenir les fonds nécessaires à ce travail. Renan rédige alors dans le Journal des débats (25 mars 1886) un texte, où il joue à plaisir sur le mystère du Sphinx : il y est question de « monstre », d’« idole étrange », de « tête énorme, émergeant du sable et dardant sur le désert son regard morne », de « bizarre construction ». Il rappelle que Mariette, fort de l’autorité de Pline, « regardait comme assez probable que, dans le corps du géant, se cachât une crypte, un caveau, une chapelle » ; il emboîte là le pas à l’égyptomanie dont on connaît le succès…
33Cette archéologie apparaît enfin comme la métaphore de la pensée renanienne, comme on peut le voir dans cette réflexion extraite des Notes de la fin de vie : « Sols et sous-sols en moi ; étages superposés qu’on trouvera./Coups de sonde, toujours du nouveau83. » L’Orient philosophique et linguistique, qu’il faudrait joindre à tout cela, montre assez l’ampleur de la question archéologique pour Renan…
Notes de bas de page
1 Hortense Cornu tenait un salon rue Rousselet, où elle recevait de nombreux archéologues et épigraphistes : Alfred Maury, Léon Renier, Ernest Desjardins, Léon Heuzey, Michelant, qui collaborent à La Vie de César de Napoléon III. Cf. Renan Ernest et Cornu Hortense, Correspondance 1856-1861 (Mission en Phénicie), éd. Maurice Gasnier, Centre d’Étude des Correspondances, CNRS (UPR 422), Brest, 1994. p. 16.
2 Emmanuel-Guillaume Rey (1837-1916) avait bénéficié de plusieurs missions officielles au Proche-Orient.
3 Charles Gaillardot (1814-1883). Il fut le collaborateur de Renan durant la mission de Phénicie.
4 Renan Ernest et Cornu Hortense, op. cit., p. 64.
5 Renan Ernest, Correspondance générale, t. IV, 1856-1862, textes réunis, classés et annotés par Maurice Gasnier, sous la direction de Jean Balcou, Paris, Librairie Honoré Champion, 2014, p. 631. Désormais C.G. IV.
6 Ibid., p. 738.
7 Grasset d’Orcet (1828-1900).
8 Thobois, architecte.
9 C.G. IV, p. 737.
10 Melchior marquis de Vogüe (1829-1916), archéologue, orientaliste, épigraphiste, historien et diplomate ; ambassadeur à Constantinople (1871-1875) et à Vienne (1875-1879) ; conseiller général du Cher ; membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (élu en 1868) et de l’Académie française (élu en 1901).
11 William Henry Waddington (1826-1894), homme politique, ministre de l’Instruction publique (1873), ministre des Affaires étrangères (1877-1879), président du Conseil (1879), auteur de travaux d’épigraphie et de numismatique, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1865).
12 Edmond Duthoit (1837-1889), architecte, dessinateur et archéologue, nommé architecte en chef du Service des monuments historiques de l’Algérie (1880).
13 Bonato Lucie, « Chypre dans les archives de Melchior de Vogüé : à l’origine de la mission de 1862 », in Cahiers du Centre d’Études Chypriotes, vol. 28, 1998, p. 104-105, désormais Bonato I.
14 Ibid., p. 105.
15 Ibid.
16 Bonato I, op. cit., p. 108.
17 Ibid., p. 111.
18 Adrien Prévost de Longperier (1816-1882), numismate et archéologue.
19 Bonato I, p. 112.
20 Foucart-Borville Jacques, « La correspondance chypriote d’Edmond Duthoit (1862 et 1865) », Cahiers du Centre d’Études Chypriotes, vol. 4, 1985, p. 21.
21 Les lettres de Vogüe à Renan ont paru dans la Revue archéologique, janvier à juin 1862, t. V, p. 345-347, et juillet à décembre1862, t. VI, p. 244-249. Les réponses de Renan datées des 10 avril et 1er août 1862 figurent dans Bonato L., « Chypre dans les archives de Melchior de Vogüe, II : correspondance de la “Mission Vogüé” reçue au cours de l’année 1862 », Cahiers du Centre d’Études Chypriotes, vol. 29, 1999, p. 145-149, désormais Bonato II.
22 Bonato II, op. cit., p. 147-148.
23 « Renan, restant le bénéficiaire de la mission, s’était engagé à faire les rapports qui, s’ils ont existé, ont disparu. » Bonato, I, op. cit., p. 108.
24 Cannavó Anna, « I. Chypre dans les études historiques des xixe et xxe siècles. Découverte de l’antique, construction du passé », in Cahiers du Centre d’Études Chypriotes, volume 42, 2012, p. 428.
25 Dictionnaire du Second Empire sous la direction de Tulard Jean, Paris, Fayard, 1995, p. 1156.
26 Léon Heuzey (1831-1922), archéologue et historien.
27 Georges Perrot (1832-1914), helléniste et archéologue.
28 Wallon Henri, « Notice sur la vie et les travaux de François-Auguste-Ferdinand Mariette-Pacha, membre ordinaire de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », Paris, Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 27e année, no 4, 1883. p. 559.
29 Renan Ernest et Cornu Hortense, op. cit., p. 41.
30 Ibid.
31 Cf. Archives nationales, F/17/3002/1. Mission de Phénicie, lettre du secrétaire perpétuel de l’AIBL au ministre d’État, 26 février 1861.
32 Egger Émile, « Nouvelles de l’exploration scientifique de M. Renan en Syrie », Paris, Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 5e année, 1861, p. 26.
33 Egger Émile, « Nouvelles de la mission de M. Renan en Syrie », ibid., p. 74.
34 Maury Alfred, « Lettre de M. Renan, chef de la mission scientifique de Syrie », ibid., p. 96-98.
35 Maury Alfred, « Nouvelles de la mission de M. Renan en Syrie », id. p. 141-142.
36 « Extraits de lettres, adressée de Kisba, près Tripoli, par M. Ernest Renan », ibid., p. 176-178.
37 Archives nationales, F/17/3002/1. Mission de Phénicie.
38 Ernest Renan, Bibliothèque nationale, 1974, p. 73.
39 Partant pour la Syrie devient l’hymne national officieux du Second Empire. Sur la question d’Orient, voir Makdisi Ussama, The Culture of Sectarianism. Community, History, and Violence in Nineteenth-Century Ottoman Lebanon, Berkeley, University of California Press, 2000.
40 Le marquis de Campana, qui avait réuni une collection d’antiquités très importante, fut arrêté pour malversations. Ses collections furent vendues et achetées par Sébastien Cornu et Léon Renier.
41 Renan Ernest et Cornu Hortense, op. cit., p. 101 et 107.
42 Bertinet Arnaud, Les Musées de Napoléon III, Une institution pour les arts (1849-1872), Paris, mare et martin, 2015, p. 292.
43 Ibid. Saglio avait collaboré avec Daremberg pour le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines.
44 Honoré Daumet (1826-1911), architecte.
45 Edmond Guillaume (1826-1894), architecte.
46 Jules Delbet (1836-1910), docteur en médecine.
47 Félix Ravaisson (1813-1900), philosophe et archéologue ; nommé en juillet conservateur des antiques et de la sculpture moderne au musée du Louvre, en remplacement d’Adrien de Longpérier, démissionnaire.
48 Bertinet Arnaud, Les Musées…, op. cit., p. 293.
49 Cf. Archives nationales, F/17/3002/1. Mission de Phénicie.
50 Ibid., p. 295.
51 « Sébastien Cornu, Rapport concernant le musée Napoléon III, 1862 », in McWilliam Neil, Méneux Catherine et Ramos Julie (dir.), L’Art social de la Révolution à la Grande Guerre. Anthologie de textes sources, INHA (« Sources »), 2014, [http://journals.openedition.org/inha/5504], mis en ligne le 7 juillet 2014, consulté le 23 mai 2018.
52 Renan Ernest, Correspondance générale, t. II, éd. Anne-Marie de Brem, Paris, Champion, 1998, p. 468-469. Ce point est relevé dans l’article « Renan et l’École des chartes en 1847 », Paris, Bibliothèque de l’école des chartes, 1923, t. 84, p. 433.
53 Bibliothèque de l’École des chartes, tome troisième, deuxième série, Paris, Librairie de la Société de l’École royale des chartes, 1846, p. 170 sq.
54 Leclant Jean, « Une tradition : l’épigraphie à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », Paris, Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 132e année, no 4, 1988, p. 716.
55 Dans la Bibliothèque de l’École des chartes, Année 1873, t. 34, figure un compte rendu réalisé par Édouard Garnier des Archives des missions scientifiques et littéraires, 1re série, 1850-1859, p. 602-613, qui rappelle la mission de Renan et Daremberg en Italie. Sont mentionnés aussi au fil des numéros, la thèse de Renan, Averroès et l’averroïsme, les Études d’histoire religieuse, le Discours sur l’état des beaux-arts…, l’Histoire générale et système comparé des langues sémitiques, tous articles qui témoignent de l’intérêt de la revue pour les travaux de Renan, qui étudie des sujets en accord avec le programme de l’École des Chartes.
56 Voir le chapitre viii.
57 Gran-Aymerich Ève, Naissance de l’archéologie moderne, Paris, Éd. CNRS, 1998, p. 193. Les italiques sont de l’auteur.
58 Renan Ernest, L’Avenir de la science, Œuvres complètes, t. III, Paris, Calmann-Lévy, 1890, p. 832.
59 Ibid.
60 Ibid., p. 939.
61 Masson Olivier, « Lettres de L. Palma di Cesnola à Ernest Renan (1879) », Cahiers du Centre d’Études Chypriotes, vol. 9, 1988, p. 11-18.
62 Id., Lettre de Cesnola du 19 février 1879, p. 12. William Ewart Gladstone (1809-1898), homme politique britannique.
63 Id., 6 mai 1879, p. 14-15.
64 Sur la genèse de ce volume, voir notre article « Éditer les lettres : la correspondance de Renan », in Études renaniennes, no 116, octobre 2015. Lire Renan aujourd’hui : les archives/les idées. Actes des séminaires Renan 2013-2014 de l’ITEM, p. 25-48.
65 « Je travaille activement à la publication de la mission. Dans la préface, je donne la série chronologique des travaux. À quelle époque a commencé la campagne de Chypre ? À quelle époque a-t-elle fini ? Je n’ai là-dessus que des à peu près. Vous savez que le livre V consacré à Chypre vient à la fin du volume. Je vous le demanderai cet hiver. Est-il bon de nommer M. Grasset parmi les personnes qui vous ont aidé dans les missions de Chypre ? Je nomme naturellement M. Waddington et M. Duthoit (lettre inédite CHAN, 567AP229). » Cf. Bonato II, op. cit., p. 147.
66 Coulié Anne, « Renan et l’École française d’Athènes », Bulletin de Correspondance hellénique, année 1996, 120-1, p. 256.
67 Ibid.
68 Ibid., p. 259. Cf. Ernest Renan 1823-1892. Un celte en Orient, Exposition Saint-Brieuc/Rennes (1992), p. 74.
69 Cette lettre est commentée par Decobert Christian dans son article « La lettre de Renan sur l’École du Caire », D’un Orient l’autre, vol. II : Identifications, Éd. CNRS, Paris, 1991, p. 1-10. C. Decobert précise que cette lettre, conservée aux Archives nationales a été apportée au Caire par Jean Favier, directeur général des Archives nationales, lors des célébrations du centenaire de l’IFAO (Institut français d’archéologie orientale), en janvier 1981.
70 Renan Ernest, Vie de Jésus, in Histoire des origines du christianisme, t. I, éd. Laudyce Rétat, Paris, Éditions Robert Laffont, 1995, p. 53.
71 Voir notre article « L’archéologie de la Vie de Jésus. Mission en Phénicie de Renan », Œuvres et critiques, XXVI, 2, Gunter Narr Verlag Tübingen, 2001, 59-74.
72 Renan Ernest, Vie de Jésus, op. cit., p. 69.
73 Ibid.
74 Ibid., p. 118.
75 Ibid.
76 Ibid., p. 120.
77 Ibid., p. 130.
78 Ibid., p. 81.
79 Ibid., p. 69.
80 Ibid., p. 84.
81 Ibid., p. 205.
82 « Une pièce sur laquelle Maspero a marqué au crayon la date de 1885, nous prouve que Renan a repris son projet de voyage au Sinaï. Cette pièce non signée est écrite de la main de Renan : le rêve de Renan ne se réalisa pas ; l’historien d’Israël ne vit jamais le Sinaï. Projet de voyage au Sinaï. Départ de Suez du 1er au 10 mars. 3 personnes : M. Renan, Mme Renan, Ary Renan, leurs fils. Itinéraire. Par mer jusqu’à Hammam-Feraoun. De Hammam-Feraoun à Wadi Feirân, en passant par Wadi Mokkateb. De Wadi Feirân, au couvent de Sainte-Catherine. Du couvent à Tor. Tout cela, à petites journées et avec les arrêts nécessaires à Wadi Feirân et au couvent. De Tor à Suez par mer. » Cordier Henri, « Les relations entre E. Renan et G. Maspero d’après leur correspondance entre 1878 et 1885 », Revue de l’histoire des religions, vol. 84, 1921, p. 196.
83 Papiers Renan, BnF, NAF 14202, fo 82 ; cité par Paone D., Études renaniennes, no 116, op. cit., p. 13.
Auteur
-
Maurice Gasnier
Maître de conférences H. D. R. honoraire à l’université de Brest
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