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    Plan détaillé Texte intégral Les premières années du xvie siècle : érotisation, sexualisation et scandalesUnis par le regard ? Naissance de l’intimité et sexualisation dans le genre du dessin signéObsessions. De la réforme des mœurs au combat contre la luxureDiscipline sociale ou pluralisation ?Mise en discours, style macaroni et male bonding : l’écriture de la sexualité dans les cercles d’amis Notes de bas de page Auteur

    Les protestants à l’époque moderne

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La sexualité au xvie siècle entre fascination et obsession

    Susanna Burghartz

    p. 451-466

    Note de l’auteur

    Note portant sur l’auteur1

    Texte intégral Les premières années du xvie siècle : érotisation, sexualisation et scandalesUnis par le regard ? Naissance de l’intimité et sexualisation dans le genre du dessin signéObsessions. De la réforme des mœurs au combat contre la luxureDiscipline sociale ou pluralisation ?Mise en discours, style macaroni et male bonding : l’écriture de la sexualité dans les cercles d’amis Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Au tournant des xve et xvie siècles, mariage, sexualité et genre devinrent l’objet d’intenses controverses au sein de l’Église et de la société. Ces sujets permettaient de mettre en débat les fondements de l’ordre social, de redéfinir les limites entre le licite et l’interdit, et enfin d’initier des processus de construction d’identités nouvelles. La tension entraînée par des évolutions diverses et parfois contradictoires reconfigura profondément la lecture de la sexualité : la moralisation, la réglementation et le contrôle social croissants des relations sexuelles, le développement du tabou autour des écrits à connotation sexuelle ainsi que le déplacement des pratiques sexuelles dans la sphère de l’intime entraient en contradiction avec l’érotisation du corps (féminin), la mise en place d’un régime de l’image voyeuriste et l’« invention de la pornographie ». Le potentiel contradictoire de cette configuration complexe, mise en évidence par la recherche récente, semble toutefois avoir été sublimé par des processus fondamentaux de mise en discours. En mettant en relation ces deux pôles de manière tantôt contraire, tantôt complémentaire, ce processus, que l’on peut appréhender tant sous l’angle du contrôle social que de la sexualisation de la société, de l’homogénéisation que de la pluralisation des pratiques, permet d’échapper à une lecture linéaire du phénomène qui verrait l’inéluctable progrès de la répression. Se dessine ainsi un récit plus complexe, au sein duquel la sexualité devient autant obsession que fascination2.

    Les premières années du xvie siècle : érotisation, sexualisation et scandales

    2La Réforme provoqua un intense débat sur les frontières entre formes licites et proscrites de sexualité au début du xvie siècle3. Au sein de la controverse se mêlèrent deux modes différentes de combat, entraînant in fine une reformulation de la théologie du mariage et de l’anthropologie du genre. Des métaphores sexuelles et des accusations ad hominem de luxure devinrent des armes rhétoriques dans les luttes pour l’octroi de charges ecclésiastiques à des clercs favorables à la Réforme, et nourrirent les efforts de propagande des réformateurs contre l’Église du Pape. Le célibat et l’abstinence sexuelle, traditionnels marqueurs de la séparation entre clercs et laïcs, furent remis en question4. En effet, la nouvelle théologie du genre et du mariage prônée par Luther, Zwingli et d’autres réformateurs considérait la chasteté comme contraire à la nature humaine. Pour les tenants de la nouvelle foi, le mariage devenait le seul espace légitime de la sexualité et constituait un état de vie voulu par Dieu. Le célibat contraint devenait ainsi obsolète5.

    3Dans les années 1520, des ecclésiastiques favorables à la Réforme épousèrent publiquement leur concubine, en un acte programmatique témoignant de leur appartenance à la nouvelle orthodoxie. Dans le même temps parurent de nombreux pamphlets qui, jouant de métaphores sexuelles, dénonçaient les abus supposés ou avérés de la papauté, décrite comme « la putain de Babylone ». La prégnance du discours sur la débauche et l’écho qu’il rencontrait dans la société apparaît clairement au moment de l’élection de Zwingli comme curé de Zurich, en 1518. Il s’en fallut de peu que la charge n’échappe à Zwingli en raison d’une campagne le décrivant comme un homme déshonorant de jeunes vierges6. Le futur réformateur se défendit contre cette accusation en faisant amende honorable et en invoquant l’argument classique selon lequel la femme qu’il avait mise enceinte n’était en réalité pas vierge. L’élection eut alors lieu, avec un certain retard, et Zwingli quitta Einsiedeln, où il officiait alors, pour la ville de Zurich. Quatre ans plus tard, en 1522, Zwingli fit sienne l’argumentation de Luther, qui avait dès 1520 sévèrement condamné l’abstinence et la contrainte du célibat. L’envoi d’une supplique en faveur du mariage des prêtres à l’évêque de Constance signa alors son entrée dans la lutte7.

    4Mais la définition de la frontière entre clercs et laïcs, à laquelle était étroitement associée la nouvelle théologie du mariage ainsi que l’anthropologie du genre, n’était pas seule à faire l’objet d’âpres débats. Au tournant des xve et xvie siècles, le champ artistique connut également une transformation de la perception et de la représentation aux répercussions significatives. En s’appuyant sur le passage du régime du symbole à celui du signe, relevé par Julia Kristeva, Robert Scribner a mis en évidence la naissance, à l’époque de la Réforme, du « regard sensuel » lié à l’érotisation du corps féminin8. Par ailleurs, Leo Koerner a montré comment se développa dans le sud de l’Allemagne du début du xvie siècle le genre des dessins signés de leur auteur, qui établissait une relation nouvelle entre l’artiste et un public choisi au travers d’un régime voyeuriste de l’image9. Le « regard sensuel » était ici autant un regard explorateur qu’un œil concupiscent. Enfin, dans le contexte de la réception italienne de l’Antiquité et de l’avènement de l’imprimerie, la jonction de la sexualité, de la politique et de l’érudition ouvrirent la voie à l’invention de la pornographie (moderne). Selon Paula Findlen, l’étude de ce processus nous permettrait de comprendre « les significations sexuelles et morales de la production culturelle de la Renaissance10 ».

    5La mise en relation de ces évolutions diverses et de leurs origines, ainsi que des logiques sociales et esthétiques qui les déterminent, permet de révéler les tensions qui traversaient alors la société. La réorganisation des rapports entre les sexes, l’érotisation du corps et de ses représentations et l’emploi d’une langue crue ou obscène dans les textes et la littérature ne peuvent être réduits aux oppositions dichotomiques entre imposition d’une discipline sociale (« Disziplinierung ») et pluralisation des pratiques (« Pluralisierung ») ou encore entre répression et libération des pulsions. Au contraire, la coexistence, parfois contradictoire, parfois complémentaire, de ces évolutions semble caractéristique du xvie siècle. Il faut donc porter un regard attentif aux individus, à leurs textes et à leurs images, mais aussi aux contextes sociaux dans lesquels ils évoluent, entre affects et expériences individuelles, valeurs et codes sociaux, formes discursives et esthétiques. Un tel examen dévoile alors des effets qui ne peuvent être expliqués par une logique d’évolution unique, ni être réduits au seul statut de paradoxe. Les sources bâloises du xvie siècle permettent de mettre en évidence les dynamiques sociales concrètes et les contradictions homogénéisatrices qu’engendre une telle configuration.

    Unis par le regard ? Naissance de l’intimité et sexualisation dans le genre du dessin signé

    6En 1521, alors que les clercs favorables à la Réforme remettaient en question la chasteté, le célibat et le mariage des prêtres dans leurs écrits militants et par des actions publiques de protestation, l’orfèvre et artiste bâlois Urs Graf produisit un dessin tout à fait symptomatique de la période, représentant deux jeunes femmes corrigeant un moine agenouillé sur le sol11. Au premier coup d’œil, la scène se révèle une critique réformée, à la fois drôle et piquante, contre ces moines concupiscents qui peuplaient les fabliaux de la fin du Moyen Âge. Mais l’image renvoie aussi au pouvoir des femmes et donc au problème du juste rapport entre les sexes, puisqu’elle montre deux jeunes femmes qui non seulement font preuve de violence physique à l’égard d’un clerc, mais sont en possession du pouvoir des clés. Le dessin offre plusieurs possibilités de lecture non exclusives. Les deux femmes sont-elles des prostituées, comme peuvent le laisser penser leur posture et leurs habits, ainsi que la bourse bien remplie que le moine porte à la ceinture, sur la gauche de l’image, ou le punissent-elles en raison de sa lubricité ? Le châtient-elles au contraire parce qu’il s’est refusé à elles – allusion à l’homosexualité, problème sociopolitique alors d’actualité ? Le dessin montre-t-il un moine escroc, ayant refusé aux deux jeunes femmes le salaire de leurs services ? Quoi qu’il en soit, Graf introduisit dans son œuvre, de manière satirique, des critiques formulées contre l’Église et qui circulaient aussi à Bâle à l’aube de la Réforme. Toutefois, contrairement aux autres Einblattdrucken de la même époque, destinés à une large diffusion, ce dessin n’entra pas dans la sphère publique de la controverse : signé et daté de l’auteur, il était réservé à un cercle restreint.

    7Il ne s’agissait cependant pas seulement de présenter des thèmes socio-politiques d’actualité à un groupe d’initiés. C’est ce que montre un autre dessin de Graf, daté de 1513 et intitulé Satyre avec femme12, dont le sens est peu accessible au premier abord. Maike Christadler a montré que, par sa composition, ce dessin formait un triangle communicationnel entre artiste, sujet et spectateur13, le transformant ainsi en médium du groupe représenté. Le dessin représente un satyre nu et à l’aspect sauvage menant par le bras une jeune fille, également nue, et jetant des pièces de monnaie à une statue. L’inscription en miroir du haut de l’image dit : « Jupiter, je te fais offrande, afin que tu me donnes cette femme-là. » Le satyre prend la position du vainqueur, le pied gauche posé sur un homme allongé au sol, nu lui aussi, et représenté de manière extrêmement réduite. Derrière la tête de l’homme se dresse une stèle, que l’on interprète comme un autel au dieu Termine. L’homme allongé sur le sol semble regarder Jupiter qui, tel Cupidon, tient un arc au-dessus de lui. Enfin, impossible de ne pas remarquer la grande corne qui pousse sur le front du satyre et qui semble devenir ici un signe de puissance.

    8La mise en scène des regards retient également l’attention : la femme tourne son regard vers la gauche, évitant le contact avec le spectateur, tandis que son index gauche pointe le monogramme de l’artiste, « UG ». L’homme allongé semble lui aussi indiquer quelque chose avec son index gauche : il désigne le spectateur, celui qui regarde le dessin de l’extérieur. Un jeu se créé ainsi entre le don et le détachement, entre la présence et l’absence, la conquête et la défaite, le désir et la concurrence, jeu exacerbé par la nudité ostentatoire des personnages. Sa pose classique et son corps athlétique font du satyre un idéal corporel masculin – quoiqu’empreint d’une légère distanciation ironique – tandis que le second homme, soumis au satyre puissant et sauvage, représente davantage la vulnérabilité du corps masculin. Enfin, la gestuelle implique encore bien plus directement spectateur et artiste dans le dessin. Christiane Andersson interprète comme des invitations au rapport sexuel les gestes de la main opérés par les personnages féminins dans les dessins de Graf14. Dans ce cas précis, Urs Graf imagine une invitation adressée à lui-même, puisque la femme désigne ici le monogramme et donc la trace directe de l’artiste dans le dessin15. Graf ne se représente d’ailleurs pas uniquement comme objet de désir, puisqu’il a laissé une deuxième trace manuscrite en plaçant la date du dessin, 1513, sous le sexe de l’homme allongé. Il institue ainsi une tension entre le pôle du désir sexuel et la peur de l’impuissance. Quant au geste de l’homme allongé, désignant le spectateur, il implique dans le jeu ceux qui regardent le dessin.

    9Ces deux œuvres de Graf, ainsi que d’autres fondées sur des structures analogues, permettaient, par leur polysémie thématique et leur mise en scène raffinée des regards, la constitution d’une véritable sodalitas entre spectateurs. Ces images construites selon des logiques discursives offraient aux cercles d’amis humanistes, d’érudits ou d’artistes matière à discussion, par exemple dans le cadre d’une Kunstkammer chargée de connotations érotiques, de manière similaire à ce que suggérait Bodo Brinkmann pour les représentations de sorcières de Hans Baldung Grien16. Or, les thèmes et les stratégies esthétiques de composition des regards chez Graf rendent plausibles des conditions de réception semblables. La manière dont ces dessins se sont transmis plaide également en faveur de cette hypothèse : la plupart furent acquis par le collectionneur et juriste Basilius Amerbach, qui les trouva sous forme de liasse dans le legs des héritiers de Graf17. L’émergence d’un régime voyeuriste de l’image se doubla ainsi de l’émergence d’une sodalitas masculine, unie par un parcours universitaire semblable et par une pratique commune du regard ainsi que, dans certains cas, par l’échange rituel de cadeaux lors du Nouvel An, qui achevait sa constitution en un groupe d’hommes partageant goûts et idéaux18.

    10Les jeux de regard que l’on observe dans ces dessins révèlent que la discussion sur la sexualité et la construction d’un rapport sexualisé à l’image n’avaient pas pour seule finalité de tracer les frontières entre le licite et l’illicite. Ils visaient aussi à entraîner la prise de position, à créer l’inclusion ou l’exclusion dans le groupe des spectateurs ou des individus concernés par la discussion, et enfin à définir ce qui était représentable ou dicible et ce qui ne l’était pas. En s’appuyant sur l’exemple de la mise en scène mi-ludique mi-sérieuse des représentations de sorcières de Baldung Grien ainsi que sur les échanges épistolaires chargés de références sexuelles entre Dürer et Pirckheimer, Bodo Brinckmann a défendu de manière convaincante l’hypothèse de l’existence de cercles humanistes de spectateurs-destinataires initiés, seuls en mesure de saisir certaines associations érotiques oscillant entre références raffinées à l’Antiquité et allusions grivoises19. Dépassant l’unicité du cas particulier, ces exemples renvoient à une culture humaniste spécifique au xvie siècle et fondée sur le recours à des modèles antiques, permettant à un petit groupe de se mettre en scène en tant qu’élite par le biais de textes et d’images à connotation sexuelle, remplis d’allusions parfois grossières. L’adhésion au régime de l’image voyeuriste permettait la constitution de groupes d’initiés, caractérisés par un régime de l’intime et du privé. Dans ce processus, les frontières entre le licite et l’interdit, mais aussi entre le dicible et l’indicible, ne cessaient d’être questionnées, redéfinies et réaffirmées. Il s’agissait enfin d’expliquer que si l’expression de ses propres angoisses sous une forme littéraire raffinée et la distinction sociale étaient étroitement liées au discours normatif officiel, elles ne devaient pas forcément s’exprimer au moyen des mêmes règles discursives ni des mêmes codes sociaux.

    Obsessions. De la réforme des mœurs au combat contre la luxure

    11Le discours normatif fut porté par les débats théologiques évoqués plus haut, par les nombreux traités sur le mariage et sur la luxure, mais aussi, plus concrètement, par l’apparition d’une législation réformée des mœurs gagnant toujours davantage en importance. En effet, les réformateurs s’étaient également battus pour obtenir des compétences nouvelles en matière de droit du mariage. Là où s’était développé le courant urbain de la Réforme, nourri de l’idéal communal, ce combat eut pour conséquence le transfert de la juridiction ecclésiastique aux tribunaux de mariage composés de représentants des autorités séculières et religieuses, et dont le modèle se diffusa à partir de Zurich dans de nombreuses villes réformées20. À long terme, ce processus devait entraîner une nette sécularisation de la prononciation du droit en matière de mariage et de sexualité. Dans les régions catholiques de l’après concile de Trente et dans le contexte de la confessionnalisation, les autorités séculières s’emparèrent également de plus en plus souvent des cas de luxure21. De manière générale, un raidissement moral s’observe dans la seconde moitié du xvie siècle et au xviie siècle pour toutes les confessions22.

    12Ainsi, une génération après l’introduction de la Réforme, les autorités bâloises travaillaient encore (et pour longtemps) de manière intensive à l’instauration de l’ordre en matière de sexualité. Le tribunal du mariage, où siégeaient côte à côte les représentants du conseil et des pasteurs, n’était pas la seule instance s’efforçant d’éradiquer toute forme de sexualité interdite et non conjugale. Le petit conseil, par ses interrogatoires ex-officio dans les prisons, menait lui aussi un combat permanent contre la luxure. Confrontés aux crises démographiques résultant de dévastateurs épisodes de peste23, des conflits confessionnels, des tensions sociales et des défis économiques, les juges se consacraient de façon obsessionnelle et répétée à la traque de tout contact sexuel débauché, c’est-à-dire extra-conjugal. La lecture des procès-verbaux des Urfehde des années 1560 et 1570 suggère que la luxure fut l’un des principaux soucis, si ce n’est la préoccupation principale, de la justice de l’époque. Avec une assommante régularité, la frontière entre chasteté et débauche était sans cesse débattue et redéfinie tant devant le conseil que devant le tribunal du mariage, dans un constant souci de garantir la pérennité de l’ordre social. Le cas de Thomas Wys et Bryda Meli, habitants de Buss, village soumis à Bâle, est emblématique. Les juges des mariages les avaient fait mettre en prison, infligeant au mari une amende de cinq livres pour le vague motif « qu’ils s’étaient livrés à la schnuory24 ». De nombreuses affaires similaires occupaient le Ratsgericht dans des proportions bien supérieures à la moyenne, même si le nombre des condamnations, rapporté à la population totale, demeurait faible. Par conséquent, l’image d’une autorité confessionnelle menant une lutte sans merci pour la pureté de la société se renforça durant les années 1560 et les décennies suivantes.

    13Le journal de Johannes Gast, que ce diacre de Saint-Martin de Bâle avait commencé quelques années plus tôt25, confirme ce tableau. Bien qu’il ne connût pas le succès professionnel et social qu’il aurait souhaité, Gast fut membre du tribunal du mariage entre 1543 et 1548. Ses critiques acerbes sur la situation à Bâle ainsi que ses reproches à l’encontre de ses collègues et des membres du conseil semblent avoir entraîné sa révocation temporaire au début de l’année 154526. Il peut ainsi être perçu comme le représentant d’une ligne extrême, dépassant les positions de ses contemporains. Les entrées de son journal dans les années 1540 témoignent à la fois d’une connaissance « intime » de la politique morale des autorités, acquise dans ses fonctions de juge, et de son attitude fondamentalement pessimiste par rapport aux tentations de la nature humaine. Gast et son journal nous montrent comment se combinaient jugement moral personnel et action des autorités, et révèlent la vision du monde profondément pessimiste d’un représentant de la première génération suivant la Réforme. Accidents et crimes préoccupaient tout particulièrement le diacre Gast, qui rapporte aussi nombre d’événements politiques et militaires, d’affaires et de conflits, le plus souvent liés à la fracture confessionnelle. Gast accordait un intérêt particulier aux cas d’adultères, de conflits conjugaux et à toutes les formes de luxure. Il constate ainsi le 27 novembre 1545 :

    « Le même jour, l’aubergiste du Zum Storchen tenta de commettre un adultère avec une jeune prostituée, qu’il avait amenée par une porte de derrière dans une partie reculée de la maison, dans l’idée que la chose serait tout à fait secrète. Mais sa femme corrigea fortement de ses poings cette odieuse prostituée cachée dans sa maison, comme celle-ci le méritait. Cependant, le mari adultère, exaspéré, maltraita tellement sa femme qu’elle s’enfuit de la maison et le dénonça au conseil ; il avait cependant quitté la ville entretemps. La suite ne manquera pas d’être connue en temps et en heure27. »

    14Cette note met en évidence des thèmes centraux du contrôle des mœurs exercé par les autorités. Dans la nouvelle ordonnance réformée relative au mariage de 1533, le conseil bâlois avait déjà explicitement conféré un devoir de contrôle aux sergents de ville, et enjoignait ces derniers à « observer et enquêter discrètement sur les personnes suspectes et faire usage de leur droit ancien à faire irruption dans les maisons là où se trouvaient des nids pourris et des recoins douteux ». Leurs observations devaient ensuite être immédiatement rapportées aux autorités. S’ils se révélaient négligents dans cette tâche, les sergents étaient menacés de révocation28. Par ailleurs, Bâle avait fermé en 1534 le Frauenhaus et était ainsi devenue, après Constance, Berne, Hambourg et Augsbourg, l’une des premières grandes villes de l’espace germanophone à mettre fin à l’activité de ses maisons closes officielles29. Lorsque, dix ans plus tard, Gast rend compte des événements qui se produisent à l’auberge Zum Storchen, il fait de la maison en général, et dans ce cas précis de l’auberge, un lieu potentiel de luxure et confirme ainsi le bien-fondé du devoir de contrôle et de correction auquel se pliaient les autorités chrétiennes.

    15Le journal de Gast se lit donc comme un témoignage du combat réformé pour la christianisation de la vie quotidienne, mais constitue également une exhortation à rester vigilant et à ne pas se fier aux apparences. En effet, l’affaire du Storchen, ainsi que de nombreux autres cas du même genre, montrent que la fermeture des maisons closes officielles n’avait en aucun cas permis de faire disparaître la prostitution, mais l’avait déplacée aux marges de la ville, dans les villages alentours, mais aussi dans l’invisibilité et le secret de chambres tout à fait ordinaires, coupées du regard extérieur. La lecture des nombreuses entrées des Urfehdeprotokolle relatives aux « prostituées » et « femmes scandaleuses » de la ville prouve que le journal de Gast n’était pas seulement le reflet des hantises d’un clerc en mal de succès, ni de celles d’un contemporain rendu particulièrement pessimiste par son office de juge des mariages. Le journal apparaît bien davantage comme le reflet des obsessions d’une société tout entière ; se dessine alors l’image bien connue d’une société de contrôle foncièrement répressive, relançant sans cesse la spirale de la discipline et de la répression dans le domaine du mariage et de la sexualité. Lyndal Roper a toutefois montré dans Holy Household, son étude fondamentale sur le mariage à Augsbourg au temps de la Réforme, que cette image en apparence homogène cachait en réalité une tension fondamentale entre le pouvoir individuel des maîtres de maison et celui du conseil de ville. Ce dernier pouvait les condamner, par exemple lorsqu’ils perdaient la maîtrise d’eux-mêmes en se prenant de boisson ou dans leurs relations sexuelles, limitant ainsi leur pouvoir30. Le recours à la justice par l’épouse de l’aubergiste souligne cette tension inhérente au principe d’une autorité patriarcale31, sans pour autant faire des femmes des associées de la politique morale des autorités. Celle-ci devait encore longtemps rester principalement dirigée contre la débauche féminine, comme en témoigne son application aux « mères célibataires » au xviie siècle32.

    16Les codes moraux divergents entre groupes nobiliaires et non-nobiliaires pouvaient s’avérer encore plus conflictuels, comme le montrent les récents travaux de Michael Sikora sur les relations entre personnes de rangs ou statuts différents. Un champ de recherche autonome s’est ouvert, faisant apparaître la complexité et l’inscription dans la longue durée de l’harmonisation des codes moraux dans la société de l’époque moderne, tant sur le plan social que confessionnel – un processus que les documents officiels émanant du camp réformé ainsi que l’historiographie influencée par le concept de Sozialdisziplinierung ont longtemps minoré lorsqu’ils ne le passaient pas sous silence. De telles contradictions se retrouvent aussi dans le journal de Gast, par exemple en date du 6 février 1548 : « Ce n’est pas un petit scandale que causa le comte Georges de Wurtemberg ! Il a été surpris par nos sergents de ville à onze heure du soir en train de commettre un acte de débauche ou plutôt d’adultère avec l’épouse de Sebastian Hesser, une femme âgée, qui sous la papauté avait été nonne et avait fait vœu de chasteté, comme le font majoritairement cette sorte de gens. Le comte Georges aurait alors dit aux sergents : “Vous n’auriez pas dû agresser un prince de la sorte !” Ce à quoi les sergents auraient rétorqué : “Nous n’avons agressé nul prince, mais pris sur le fait un vaurien qui, sous couvert de l’Évangile n’a pas hésité à déshonorer cette bonne femme. Pourquoi ne te maries-tu pas ? Tu sais que la fornication est interdite par Dieu et que chaque fornicateur mérite une punition infamante”33. » Dans ce récit, Gast se référait à deux questions politiques et sociales brûlantes. D’une part, son texte renvoie au sort des anciennes nonnes qui, adhérant à la Réforme, s’étaient mariées et se voyaient pour cela perpétuellement accusées de débauche34. D’autre part, la scène permettait de porter le débat sur les possibilités d’universalisation de l’anthropologie réformée du genre. En traitant le comte de vaurien, les sergents de ville agissaient en parfait accord avec l’esprit de la Réforme : contrevenant aux lois divines au nom des privilèges spécifiques à son rang, le comte rejetait en réalité la norme commune du mariage et refusait la réalisation de l’ordre divin du mariage chrétien ; de plus, il menaçait par ses actes l’honneur des femmes des autres citoyens. Sikora a bien montré quelles conséquences inacceptables la crispation politico-morale croissante des artisans et commerçants urbains eut pour les nobles, en touchant à leurs stratégies matrimoniales et en remettant en question leurs espaces de liberté35. Les contradictions entre les différents codes sociaux relatifs au mariage et à la morale se renforcèrent considérablement en fonction des configurations sociales au cours des décennies et des siècles suivants. Un exemple parlant en fut l’émergence de l’amour passion, phénomène dont Niklas Luhmann situe l’origine dans la France de la seconde moitié du xviie siècle et la société des « honnêtes hommes », encore structurée par des logiques de rangs et d’ordres36. La pratique du mariage morganatique (également appelé « mariage de la main gauche ») au sein des cours allemandes, ou encore la criminalisation croissante de la figure de la mère célibataire, provoquèrent elles aussi des dynamiques et des clivages sociaux considérables, dont les effets s’avérèrent durables37.

    Discipline sociale ou pluralisation ?

    17Tensions et lignes de rupture ne procédaient toutefois pas uniquement des différentes situations sociales ni du processus continu de confessionnalisation. Elles furent également le fait d’orientations culturelles, que l’historiographie a souvent décrites comme structurelles et auxquelles elle a associé les termes « Réforme », « Renaissance » ou encore « Humanisme38 ». Un survol rapide de la recherche récente peut donner l’impression que les catégories de discipline sociale (« Disziplinierung ») et répression (« Repression ») sont devenus les concepts centraux de l’historiographie de la Réforme et de la confessionnalisation, du moins en ce qui concerne l’espace germanophone39, tandis que la recherche littéraire, l’analyse du discours et l’histoire des savoirs ont privilégié les notions de pluralisation (« Pluralisierung ») et de diversité (« Vielfalt »). Ainsi, Maria E. Müller voit dans l’œuvre de Hans Sachs, et plus particulièrement dans les Fastnachtspiele souvent grivois composés à l’époque de la Réforme, une « tentative en elle-même contradictoire »« d’harmoniser les modes de production et les systèmes de pensée, ainsi que les formes de vie et les dimensions temporelles grâce à un effort didactique cohérent40 », tandis que Jan-Dirk Müller interprète la dichotomie entre sensualité et norme dans les exubérantes fables historiques de Fischart à la fin du xvie siècle comme un clivage entre le discours officiel et purificateur sur la sexualité et une parole fascinant par son caractère subversif sur ce même thème41. Prenant le contrepied de ces analyses, James Parente a critiqué l’argumentation esthétisante de la recherche littéraire, la jugeant peu éclairante. Selon lui, la représentation explicite du désir masculin, de la séduction féminine et de la sexualité dans les pièces de théâtres humanistes édifiantes se référant à des épisodes bibliques servait avant tout de leçon morale, afin d’illustrer l’absolue nécessité de parvenir à la discipline de soi. L’obsession des humanistes chrétiens pour la sexualité qu’il constate dans ces pièces s’expliquerait par le fait que la mise en discours de la sexualité aurait été rendue indispensable par la nouvelle anthropologie réformée du mariage et du genre, car le recours au tabou ne permettait plus d’atteindre la discipline de soi. Par la même occasion, Parente attire l’attention sur un groupe social spécifique : les étudiants, de jeunes hommes assujettis à un programme de formation humaniste, qui devaient non seulement fournir les preuves de leurs compétences linguistiques, mais aussi de leur capacité à contrôler leurs désirs sexuels42.

    Mise en discours, style macaroni et male bonding : l’écriture de la sexualité dans les cercles d’amis

    18Les humanistes allemands avaient développé un mode de vie profondément ambivalent, exigeant, comme l’a montré Gadi Algazi, des érudits qu’ils fassent preuve de familiarité tout en gardant une certaine distance émotionnelle43. Ce mode de vie, qui s’était définitivement imposé au milieu du xvie siècle dans les universités allemandes, demandait aux étudiants désireux d’entreprendre une carrière universitaire des efforts spécifiques de socialisation. Les jeunes lettrés devaient autant apparaître comme des humanistes prometteurs que comme de parfaits candidats au mariage et des membres distingués de la future élite masculine de leur cité. Le « self-fashioning » qui en résultait pouvait mener à des pratiques de mise en scène de soi qui prenait une diversité de formes tout à fait étonnante et qui s’incarnaient dans une large palette de références à des genres littéraires, de pratiques culturelles et de formes de distinction sociale44.

    19Combinant en sa personne formes de représentation de soi parfaitement maîtrisées et expression explicite ou dissimulée de désirs et craintes, Theodor Zwinger est un exemple particulièrement frappant de ce phénomène45. Encore étudiant, il publia, parfois anonymement, des lettres et des poèmes plus ou moins sérieux dans lesquels « l’opposition entre le monde réel caractérisé par les exigences des études et la rigidité des normes d’une part et la frivolité et la légèreté de poèmes badins d’autre part est sans cesse réaffirmée46 ». L’étude de la correspondance de 1559-1560 entre Theodor Zwinger et Basilius Amerbach révèle que le jeu littéraire empreint d’un imaginaire érotique et de plaisanteries au caractère sexuel plus ou moins marqué n’était pas complétement délié des angoisses et désirs liés aux relations entre les sexes et à leur dépassement au sein de groupes exclusivement masculins. Les deux jeunes hommes, qui appartenaient à l’élite en devenir de la ville, étaient amis et s’écrivaient régulièrement. Ils avaient étudié ensemble à l’université de Padoue et Theodor avait obtenu en 1558 une bourse grâce à l’intercession de Basilius auprès de son père Bonifacius Amerbach, alors en charge de la fondation Erasme. Docteur de l’université de Padoue en 1559, Zwinger ne put cependant obtenir de charge dans cette université italienne et revint à Bâle, où il retrouva ses amis Basilius Amerbach, Felix Platter et Johannes Huber.

    20Basilius, déjà fiancé à Esther, fille du premier prévôt des corporations (Oberstzunftmeister) Jakob Rüdin, accomplit de décembre 1559 jusqu’à décembre 1560 un stage au tribunal de la Chambre impériale (Reichskammergericht) à Spire. Durant son absence, Basilius entretint une correspondance soutenue avec Theodor Zwinger, dans des formes discursives réservées à leur dialogue privé. La fiancée de Basilius, Esther, et plus généralement la relation aux femmes des deux jeunes hommes alors âgés de 27 ans, sont au cœur de leur échange épistolaire. Theodor Zwinger signe ses lettres, exclusivement destinées à Basilius et non publiées, du pseudonyme « Nautilos », parfois « Nautilotatos » ou encore simplement par la formule « Nosti amicum » (« Tu connais ton ami »), renvoyant ainsi à leur caractère ludique et à leur contenu parfois scabreux47. Ainsi, à peine Basilius s’était-il mis en route pour Spire que Zwinger lui envoyait un poème dont Esther était le sujet. Il y vantait en des termes dithyrambiques les qualités physiques de la jeune fille, évoquant ses lèvres roses, son cou rond et lisse, les pointes saillantes de ses seins « exigeant le jus qui leur est dû » ainsi que ses yeux rougis de larmes48. Rapidement, ses lettres devinrent encore plus grivoises, révélant un niveau accru de confiance et d’intimité entre les deux amis. Cette intimité s’appuyait sur un ton en apparence joueur et taquin, changeant continuellement de registre et utilisant le macaronisme, c’est-à-dire la permutation constante entre le latin, l’allemand et l’italien. Ce « style macaroni » était devenu art à part entière vers 1500, particulièrement à Padoue, et fut encore longtemps utilisé de façon satiro-comique, principalement par les étudiants. Les macaronismes furent employés par Bebel tout comme par Brant, Murner ou encore Hans Sachs et plus tard Fischart49. Par l’usage d’éléments relevant de ce style, Theodor Zwinger faisait preuve de sa culture littéraire et de sa maîtrise linguistique, révélait son appartenance au milieu humaniste et estudiantin et attestait de sa familiarité avec une mode littéraire particulièrement en vogue à l’université de Padoue, où il venait d’obtenir son titre de docteur. Dans ses lettres à Basilius Amerbach, Zwinger pouvait ainsi tout à la fois évoquer leur expérience commune d’étudiants en Italie et, dans un geste de distanciation ironico-littéraire, écrire sur ses désirs érotiques et sexuels, ses angoisses et éventuellement ses expériences, sans qu’il ne lui soit nécessaire d’opérer une distinction claire entre réalité et fiction.

    21Zwinger fait ainsi feu de tout bois dans une lettre expédiée à Spire au milieu du mois de février 156050. Dans un même souffle, il évoque la fiancée d’Amerbach, Esther Rüdin – à propos de laquelle Basilius, d’après Zwinger, gardait le silence de manière éloquente – et la maison close de Spire, usant d’allusions imagées et métaphoriques. Il y fait également référence, par des allusions grivoises, à ses propres expériences « juteuses » : « en réalité, j’ai récemment mangé quelque part un tout jeune poisson avec de la moutarde, distingué maître ». Il en résultait un collage, assimilable à du persiflage, se terminant sur une courte histoire aux airs de fable et particulièrement vulgaire qui lui donnait une connotation proprement agressive. Zwinger, jeune médecin, raconte d’un ton facétieux comment il fut appelé chez une vieille femme souffrant de maux d’estomac et craignant ne plus pouvoir guérir. En maître de la comparaison, il lui aurait dit : « Il n’existe point de chaussure trop vieille pour être réparée. » Alors qu’il quittait la maison, une jeune servante aurait, souriante, fait la remarque suivante : « Comme si l’on ne réparait que les vieilles chaussures ! Votre poinçon est-il donc si émoussé qu’il ne peut pénétrer que le vieux cuir ? » Toujours dans son récit imaginaire, Zwinger pare la tournure grivoise que prennent les événements en homme d’action : « Que devais-je répondre ? Par des gestes, et non la parole ! Je la tirai dans un recoin et, la braguette ouverte, je désignai l’épée qui se manifestait d’elle-même ; elle la trouva bonne, savoureuse et douce. » Juste après cette frivolité, il s’adresse directement à son ami, avec lequel une proximité particulière venait d’être nouée par ce dialogue fictif : « Et toi ? Tu obéis aux seigneurs et aux excellences. » Sans effort apparent, il s’exprime ensuite en vers : « Il est certes plus sûr de rendre visite à des filles malades, de leur administrer de chauds lavements dans le ventre et de tâter leurs calculs vésicaux avec la poire à lavement. Varietas delecta ! Mais cela n’est rien. »

    22Varier constamment entre connivence grivoise et distanciation ironique permettait visiblement à Zwinger de jouer sur la proximité avec son ami, mais aussi de libérer la parole sur ses propres désirs sexuels et angoisses. Il poursuit alors son histoire, déclare à son ami qu’il l’attend et se prépare déjà au mariage en prenant des cours de danse auprès d’un certain Sultzer (peut-être s’agit-il de Simon Sultzer, antistès de Bâle) qui lui aurait enseigné les usages du mariage. En tout cas, avec cette allusion concrète au mariage de Basilius Amerbach, Zwinger réalise la jonction entre le jeu littéraire et la réalité bâloise, dans laquelle lui-même et Amerbach évoluaient et par rapport à laquelle ils devaient se positionner. Il faisait ainsi référence à sa propre relation avec la fiancée de son ami, une relation dans laquelle pouvaient entrer en jeu tant des questions d’honneur que de male-bonding au sein de la jeune élite masculine bâloise. Une lecture approfondie de l’échange épistolaire montre clairement que Zwinger se préoccupait beaucoup, dans cette lettre comme dans d’autres, de ses rapports avec les femmes, de ses désirs et angoisses, notamment au sujet de son propre mariage, encore à venir, et du choix de sa fiancée. Dans la lettre de février 1560, il déclare ainsi n’avoir su que faire en apercevant dans la rue « Diana Lycaonia », accompagnée de deux autres nymphes, et fut contraint de s’en aller. « Elle me suivait des yeux comme Andromaque, chez Homère, regardait Hector. Quid censes, quid speras ? » Dans une autre lettre, expédiée peu après, il se permet à nouveau quelques sous-entendus grivois envers Basilius51 : « Des nouvelles. Tu n’avances pas : la famille Rüdin se prépare à aller en cure. Tu hésites ? Par le corps et la vie, tu la verras nue ! Et j’ajoute qu’Esther pourrait du même coup acquérir son grade de docteur, parce que je suis sûr qu’avec tes talents et tes méthodes d’apprentissage, tu serais capable de faire d’elle un docteur en une seule nuit. Comme cela sera mignon et agréable de se faire appeler Madame le Docteur ! » Encore un peu plus tard, il rapporte avoir disputé avec Johannes von Teutenhofen, un ami et camarade d’étude à Padoue, de la question de savoir « si le plus grand mérite revenait à la queue ou aux testicules. Il plaida en faveur de la queue, mais je gagnai une large approbation, en particulier celle de ton père, en expliquant que la première place revenait aux testicules, et j’improvisai ce vers : “À la première place sont les testicules, à la seconde les queues. La queue laboure, les testicules répandent la semence”52 ». Après une véritable cascade d’allusions littéraires et sexuelles, il écrit finalement : « Fac modo, ut redeas et ex pottentia Asteries hackdruff (Latiniores actum dicunt) facias », l’invitant donc à rentrer et à coucher avec Esther53.

    23Mais était-ce là davantage qu’une simple plaisanterie entre deux jeunes hommes, caractérisés en premier lieu par leur ambition littéraire ? Zwinger ne prenait-il pas simplement plaisir « en accord avec son âge, aux propos grivois et obscène et en accord avec ses hautes capacités linguistiques, aux formules bien tournées », comme le suggère Ueli Dill54 ? Il est fort probable que des liens étroits aient existé entre le jeu littéraire, les expériences personnelles et les exigences de la société à l’égard du jeune médecin sur le point de s’établir, tant socialement que professionnellement. Si Zwinger voulait faire carrière comme médecin ou professeur, il devait fonder son propre foyer, et donc se marier. Par conséquent, ses remarques en apparence désinvoltes au sujet de « Diana Lycaonia », sous les regards de laquelle il s’imagine en Hector héroïque, semblent renvoyer à un véritable problème : la nécessité de chercher – et de trouver – une épouse. Il parvint à le faire d’une manière presque idéal-typique, puisqu’il épousa dès 1561 Valeria Rüdin, riche veuve du marchand bâlois Lukas Iselin et fille de Jakob Rüdin, premier prévôt des corporations (Oberzunftmeister) de Bâle ; il posait ainsi les fondations économiques de sa carrière de lettré, théoricien de la médecine internationalement reconnu et éditeur du Theatrum Vitae Humanae55. Zwinger choisit donc le modèle de mariage qui, selon Gadi Algazi, était alors le plus courant pour les lettrés au milieu du xvie siècle56, et dont l’union du réformateur Oecolampade avec Wibrandis Rosenblatt était un exemple particulièrement prestigieux à Bâle. Peut-être serait-il toutefois plus exact de dire que Felix Platter et Basilius Amerbach choisirent pour lui, puisque la documentation montre que ses deux amis furent à l’initiative de cette relation57.

    24La question de savoir dans quelle mesure l’histoire grivoise au sujet de la servante et de la vieille femme était ou non davantage qu’une simple reprise du genre littéraire de la farce demeure ouverte58. Cette histoire n’en reste pas moins surprenante sous la plume d’un jeune praticien qui, dans une époque de mise en concurrence croissante entre médecins et autres professionnels du soin, devait encore constituer sa clientèle et se préoccuper de sa réputation de jeune homme59. Véritable désir et véritables angoisses semblent ici bien visibles, comme le sont le jeu continu visant à mettre à l’épreuve les frontières entre dicible et indicible ainsi que le discours épistolaire grivois sur la sexualité, générateur d’intimité et de confiance. La correspondance, déjà évoquée, entre Pirckheimer et Dürer au début du xvie siècle montre jusqu’où des hommes liés par l’amitié pouvaient aller dans leurs échanges sur la sexualité. Une longue tradition de discours rustre et de paroles vulgaires sur la sexualité, telle qu’on l’observe dans les farces, les Fastnachtspielen ou encore la littérature romanesque, avait livré des formes et des exemples sur lesquels Zwinger et Amerbach pouvaient s’appuyer dans leurs lettres. Si, dans le cas du journal de Johannes Gast, on peut parler avec Foucault d’une sorte d’« impératif de l’aveu », né de l’accroissement du tabou autour de la sexualité et de la mise en discours croissante de celle-ci, tout se passe comme si la culture humaniste de l’amitié était l’élément moteur du goût de la discussion grivoise dans la correspondance entre Zwinger et Amerbach, comme auparavant entre Dürer et Pirckheimer. Nourrie de références à l’Antiquité et de séjours d’étude en Italie, cette culture faisait du discours sur la sexualité, par des références littéraires et des jeux de mots, un élément constitutif du groupe et un medium de connivence et d’inclusion sociale entre hommes. À cela s’ajoutait, dans le domaine des beaux-arts, une formation croissante du regard, réunissant les membres de l’élite masculine autour de l’observation de dessins choisis, et de pratiques épistolaires spécifiques. Ces hommes y acquéraient leur éducation esthétique, mais se retrouvaient aussi dans une position hautement ambivalente à l’égard des femmes, qui – idéalisées mais aussi sexualisées – pouvaient devenir l’objet de fantasmes masculins parfois violents. Une tension manifeste se constituait ainsi entre les attentes et les exigences auxquelles étaient confrontés les jeunes membres de l’élite qui partageaient cette culture : la traditionnelle culture de l’honneur, aussi prégnante que contrôlée, était associée de façon croissante aux exigences morales qui étaient celles des autorités et de la nouvelle foi chrétienne. Les désirs sexuels débridés d’hommes célibataires qui, dans une société caractérisée par un âge au mariage relativement tardif, n’étaient pas toujours dans leur prime jeunesse, rencontrait la volonté constante de domination masculine sur les femmes, que ces jeunes hommes ne pouvaient pas se contenter de revendiquer, mais qu’ils devaient aussi mettre en œuvre. Enfin, la culture des élites utilisait les références à l’Antiquité, à la littérature érotique et à l’art afin de se différencier des autres groupes sociaux. Tous ces éléments structuraient une approche de la sexualité oscillant sans cesse entre fascination et obsession, très fortement connotée voire surdéterminée culturellement, sans pour autant être homogène ni cohérente.

    Notes de bas de page

    2  L’historiographie privilégie ici le concept de « Disziplinierung » (contrôle social), alors que les spécialistes de la littérature ont choisi « Pluralisierung » (pluralisation) comme concept-clé, en particulier pour la seconde moitié du xvie siècle. Sur la relation conflictuelle entre ces deux approches, voir Tilmann Walter, Unkeuschheit und Werk der Liebe. Diskurse über Sexualität am Beginn der Neuzeit in Deutschland, Berlin et New York, W. de Gruyter, 1998 (Studia Linguistica Germanica 48). Dès 1994, Lyndal Roper constatait que l’histoire des relations entre les genres nécessitait des explications qui « may proceed in a series of twin spirals rather than in straight lines », Roper L., « Was there a crisis in gender relations in sixteenth-century Germany », Roper L., Oedipus and the Devil. Witchcraft, Sexuality and Religion in Early Modern Europe, Londres et New York, Routledge, 1994, p. 37-52, ici p. 48.

    3  Burghartz S., Zeiten der Reinheit – Orte der Unzucht, Paderborn, F. Schöningh, 1999 ; voir aussi Harrington J. F., Reordering Marriage and Society in Reformation Germany, Cambridge, University Press, 1995 pour des indications bibliographiques supplémentaires.

    4  En particulier Puff H., Sodomy in Reformation Germany and Switzerland 1400-1600, Chicago, University Press, 2003, chap. 6. Les débats autour du célibat et du mariage des prêtres au xve siècle et la revalorisation du mariage dans les traités du Moyen Âge tardif montrent qu’il s’agit de la continuation d’un discours médiéval : voir Flüchter A., Der Zölibat zwischen Devianz und Norm. Kirchenpolitik und Gemeindealltag in den Herzogtümern Jülich und Berg im 16. und 17. Jahrhundert, Cologne, Böhlau, 2006 (Norm und Struktur 25), en particulier chap. 2 ; Buckwalter S. E., Die Pristerehe in Flugschriften der frühen Reformation, Gütersloh, G. Mohn, 1998 (Quellen und Forschungen zur Reformationsgeschichte 68) ; Schnell R., Frauendiskurs, Männerdiskurs, Ehediskurs. Textsorten und Geschlechterkonzepte in Mittelalter und Früher Neuzeit, Francfort-sur-le-Main, Campus Verlag, 1998 (Geschichte und Geschlechter 23) ; Müller J.-D., « Von der Subversion frühneuzeitlicher Ehelehre. Zu Fischarts „ Ehzuchtbüchlein“und„ Geschichtklitterung“ », Chloe. Beihefte zum Daphnis, t. 19 ; Tatlock L. (éd.), The Graph of Sex and the German Text. Gendered Culture in Early Modern Germany 1500-1700, Leyde, E. J. Brill, 1994, p. 121-156.

    5  Burghartz S., Zeiten der Reinheit…, op. cit., p. 38 ; Wunder H., Er ist die Sonn’, sie ist der Mond, Munich, C. H. Beck, 1992, chap. 3.

    6  Huldreich Zwinglis sämtliche Werke, t. 1 (Corpus Reformatorum 88), Berlin, Schwetschke, 1905, n° 12, p. 239 ; Huldrych Zwinglis sämtliche Werke, t. 7, Die Briefwechsel von 1520-1522 (Corpus Reformatorum 94), Leipzig, M. Heinsius, 1909, n° 48, p. 110-113.

    7  Depuis le début de l’année 1522, il vivait avec Anna Reinhart (veuve du Junker Hans Meyer von Kronau) avec qui il avait contracté un mariage secret. Il l’épousa publiquement deux ans plus tard, en 1524. Plus de détails dans Burghartz S., Zeiten der Reinheit…, op. cit., p. 39-44.

    8  Scribner R. W., « From the Sacred to the Sensual Gaze », Scribner R. W., Religion and Culture in Germany (1400- 1800), éd. par Lyndal R., Leyde, E. J. Brill, 2001, p. 129-145, ici p. 135 et suiv. Scribner parle de « sensual gaze », qui recouvre à la fois le regard sensuel et concupiscent.

    9  Koerner L., The Moment of Self-Portraiture in German Renaissance Art, Chicago, University Press, 1993, en particulier chap. 10.

    10  Findlen P., « Humanismus, Politik und Pornographie im Italien der Renaissance », Lynn H. (éd.), Die Erfindung der Pornographie. Obszönität und die Ursprünge der Moderne, Francfort-sur-le-Main, Fischer, 1994, p. 44-114, ici p. 49.

    11  Graf U., Die Zeichnungen im Kupferstichkabinett Basel, Müller C. (éd.), Bâle, Schwabe, 2001, p. 61 et suiv. (Beschreibender Katalog der Zeichnungen, t. III, Die Zeichnungen des 15. und 16. Jahrhunderts, 2 B), tableau 25 ; commentaire p. 207 et suiv.

    12  Ibid., tableau 5, commentaire p. 101 et suiv.

    13  Christadler M., « Lost in Self-Control ? Urs Graf’s Images of Masculinity », intervention non publiée au cours de la conférence annuelle de la CAA à New York, 16 février 2007.

    14  Andersson C., Popular Love and Imagery in the Drawings of Urs Graf (c. 1485-1529), thèse de doctorat, Stanford University, Palo Alto, 1977, p. 111 ; p. 198 et suiv.

    15  À propos de la présence de l’artiste par le monogramme, voir Koerner L., Self-Portraiture…, op. cit. Spécifiquement sur Urs Graf : Christadler M., « Abwesend anwesend, Spuren des Künstlers in der Kunstgeschichte und in seinem Werk », Greyerz K. von (éd.), Selbstzeugnisse in der Frühen Neuzeit, Munich, Oldenbourg, p. 63-78, en particulier p. 72-75.

    16  Voir Brinkmann B., Hexenlust und Sündenfall. Die seltsamen Phantasien des Hans Baldung Grien, Petersberg, M. Imhof, 2007, p. 36-49.

    17  Sur la transmission de ces feuillets, voir Graf U., Die Zeichnungen…, op. cit., p. 61 et suiv.

    18  Sur la dynamique de groupe voir Christadler M., « Das Narrenspiel mit der Identität », Heinz S. et Tacke A. (éd.), Menschenbilder. Beiträge zur Altdeutschen Kunst, Petersberg, M. Imhof, 2011, p. 258 et suiv. ; sur l’usage des cadeaux pour la nouvelle année, voir aussi Mulsow M., Die unanständige Gelehrtenrepublik. Wissen, Libertinage und Kommunikation in der Frühen Neuzeit, Stuttgart, J. B. Metzler, 2007, p. 35.

    19  Brinckmann B., Hexenlust…, op. cit., p. 97-108.

    20  Voir l’ouvrage toujours essentiel de Köhler W., Zürcher Ehegericht und Genfer Consistorium, t. 1, Leipzig, M. Heinsius, 1932-1942, 2 tomes.

    21  Voir par exemple Harrington J. F., Reordering Marriage and Society…, op. cit., en particulier le chap. 5 ; Beck R., « Illegitimität und voreheliche Sexualität auf dem Land. Unterfinning, 1671-1770 », Dülmen R. van (éd.), Kultur der einfachen Leute, Munich, C. H. Beck, 1983, p. 112-150 ; Strasser U., State of Virginity. Gender, Religion, and Politics in an Early Modern Catholic State, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 2004.

    22  Voir en particulier sur ce point Rublack U., Magd, Metz’ oder Mörderin. Frauen vor frühneuzeitlichen Gerichten, Francfort-sur-le-Main, Fischer, 1998, p. 203-209 ou encore Dürr R., Mägde in der Stadt. Das Beispiel Schwäbisch Hall in der Frühen Neuzeit, Francfort-sur-le-Main, Campus, 1995, chapitre 6 ; plus général : Burghartz S., Competing Orders ? Marriage and Combating Illicit Sexuality in Germany and Switzerland from the Sixteenth to Eighteenth Centuries, à paraître, ou encore Hull I., Sexuality, State, and Civil Society in Germany 1700-1815, Ithaca/Londres, Cornell Press, 1996, chap. 2.

    23  Comme par exemple en 1563-1564.

    24  Staatsarchiv des Kantons Basel-Stadt, Ratsbücher O 10, fol. 18.

    25  Basler Chroniken, éd par la Historische und Antiquarische Gesellschaft in Basel, t. 8 : Das Tagebuch des Johannes Gast, Burckhardt P. (éd.), Bâle, Schwabe, 1945. Du journal de Johannes Gast ne subsiste qu’une copie fragmentaire et abîmée du début du xviie siècle.

    26  Ibid., p. 70-73.

    27  Ibid., p. 247. Sur ce même cas, on lit dans l’Urfehdebuch (Staatsarchiv des Kantons Basel-Stadt, Ratsbücher O7), fol. 126 : « Conrat Clingenberger, tenancier de l’auberge Zum Storchen. Cet aubergiste était incapable de renoncer à sa vie de débauche, et fit venir il y a peu une prostituée publique dans sa chambre. Lorsque sa femme et une bonne entrèrent dans cette même chambre et y trouvèrent cette prostituée, il a frappé sa femme et chassé la bonne hors de la maison. »

    28  Dürr E. et Roth P. (éd.), Aktensammlung zur Geschichte der Basler Reformation in den Jahren 1519 bis Anfang 1534, Bâle, Verlag der Historischen und antiquarischen Gesellschaft, 1921-1950, 6 tomes, ici t. IV, n° 346, p. 335 ; Schnell J. (éd.), Rechtsquellen von Basel Stadt und Land, t. 1, Bâle, Detloff, 1859, p. 518.

    29  On trouve la liste des fermetures des maisons closes dans Schuster B., Die freien Frauen. Dirnen und Frauenhäuser im 15. und 16. Jahrhundert, Francfort-sur-le-Main, Campus Verlag, 1995 (Geschichte und Geschlechter 12), p. 450 et suiv., ainsi que dans Schuster P., Das Frauenhaus. Städtische Bordelle in Deutschland (1350-1600), Paderborn, F. Schöningh, 1992, p. 182 et suiv.

    30  Roper L., The Holy Household. Women and Morals in Reformation Augsburg, Oxford, Clarendon Press, 1989, chap. 5.

    31  Sur l’utilisation de la justice, Schmidt H. R., « Hausväter vor Gericht. Der Patriarchalismus als zweischneidiges Schwert », Dinges M. (éd.), Hausväter, Priester, Kastraten. Zur Konstruktion von Männlichkeit in Spätmittelalter und Früher Neuzeit, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1998, p. 213-236 ; pour une approche critique de la thèse postulant une alliance profonde entre femmes et autorités, voir Burghartz S., « Ordering Discourse and Society. Moral Politics, Marriage and Fornication during the Reformation and the Confessionalisation Process in Germany and Switzerland », Roodenburg H. et Spierenburg P. (éd.), Social Control in Europe, 1500-1800, t. 1, Columbus, The Ohio State University Press, 2004, p. 78-98, en particulier p. 91.

    32  Voir Hull I., Sexuality…, op. cit., p. 107 et suiv.

    33  Tagebuch Gast…, op. cit., p. 304 et suiv.

    34  Voir Plummer M. E., From Priest’s Whore to Pastor’s Wife. Clerical Marriage and the Process of Reform in Early German Reformation, Aldershot, Ashgate, 2012, p. 133.

    35  Sikora M., « Ungleiche Verbindlichkeiten. Gestaltungsspielräume standesverschiedener Partnerschaften im deutschen Hochadel der Frühen Neuzeit », Zeitenblicke, n° 4, t. 3, 2005, consultable en ligne [http://www.zeitenblicke.de/2005/3/Sikora/index_html, URN : urn : nbn : de : 0009-9-2301].

    36  Luhmann N., Liebe als Passion. Zur Codierung von Intimität, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1982, chap. 6.

    37  L’histoire de ces dynamiques est loin d’être épuisée. On trouvera les perspectives de recherche majeures dans Hull I., Sexuality…, op. cit., qui les replace dans le contexte européen, et une approche systémique dans Luhmann N., Liebe als Passion…, op. cit.

    38  Voir aussi Parente J. A. Jr., « Carnal Knowledge. Writing about Sex in Early Modern Germany », Scholz W. G. et Schindler S. K. (éd.), Knowledge, Science, and Literature in Early Modern Germany, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1996, p. 243-261.

    39  Voir par exemple Tilman W., Unkeuschheit und Werk der Liebe, op. cit., Berlin et New York, W. de Gruyter, 1998. Il dénonce p. 521 l’histoire sociale, qui selon lui ne prendrait « absolument pas en considération la simple possibilité, dans le cadre de recherches empiriques, que des relations soient marquées par quelque chose d’autre que l’“imposition d’une discipline sexuelle” ou la “répression”, c’est-à-dire par une limitation généralisée du sexe ». Il ajoute : « L’analyse de discours en théologie, poésie et médecine me semble infirmer la thèse d’une répression et d’un combat unilatéraux contre le sexe. Elle atteste plutôt de son utilité pour la société. »

    40  Müller M. E., Der Poet der Moralität. Untersuchungen zu Hans Sachs, Berne, P. Lang, 1985.

    41  Müller J.-D., « Von der Subversion frühneuzeitlicher Ehelehre », art. cit., ici p. 156.

    42  Parente J. A. Jr, Carnal Knowledge…, op. cit., p. 254.

    43  À propos de ce processus à l’œuvre depuis le xve siècle et par lequel les lettrés voyaient leur mode de vie évoluer du célibat propre aux clercs vers le modèle du foyer urbain et bourgeois, voir Algazi G., « Scholars in Households : Refiguring the Learned Habitus 1480-1550 », Science in Context, n° 6, t. 1-2, 2003, p. 9-42, en particulier p. 34.

    44  Sur l’emploi de formules récurrentes dans l’usage de l’obscène, voir Mulsow M., Die unanständige Gelehrtenrepublik…, op. cit. Il s’intéresse également à « la complexe perception des savants, à leurs souhaits et leurs angoisses », principalement à propos des frontières de l’obscénité, du manque de respect et de l’hétérodoxie, dans le contexte de l’étude du rôle de la polémique, du jeu et de la satire comme possibilités d’innovation et de radicalisation des convictions.

    45  Voir principalement Dill U., « Nautile, symbolum atque larva nostra. Theodor Zwinger unterwegs im Meer des Lebens », Basler Zeitschrift für Geschichte und Altertumskunde, n° 110, 2010, p. 177-207, qui contient des références bibliographiques supplémentaires sur la biographie de Zwinger, ainsi que Möhle M., « Das Zwingerhaus am Nadelberg », Basler Zeitschrift für Geschichte und Altertumskunde, n° 110, 2010, p. 209-228.

    46  Dill U., « Nautile, symbolum… . », art. cit., p. 182.

    47  Ibid., p. 184.

    48  Dill U. et Jenny B. R. (éd.), Die Amerbachkorrespondenz, t. XI, 1, Bâle, Verlag der Universitätsbibliothek, 2010, n° 4463, p. 264, l. 40-47.

    49  Voir Wiegand H., « Makkaronische Dichtung », Reallexikon der deutschen Literaturwissenschaft, t. 2, 2000, p. 527-530.

    50  Dill U. et Jenny B. R. (éd.), Die Amerbachkorrespondenz…, op. cit., n° 4501, p. 362-368, comme la citation suivante.

    51  Ibid., n° 4510, p. 385, l. 92-105.

    52  Ibid., n° 4528, p. 464, l. 57-63.

    53  Ibid., p. 466, l. 145f.

    54  Dill U., « Nautile, symbolum… », art. cit., p. 187.

    55  Voir Basler Chroniken, éd. par la Historische und Antiquarische Gesellschaft in Basel, t. 10 : Felix Platter. Tagebuch (Lebensbeschreibung 1536-1567), éd. par Lötscher Valentin, Bâle, Schwabe, 1976, p. 254, A. 801.

    56  Algazi G., Scholars in Households…, op. cit., p. 24.

    57  Burckhardt A., Geschichte der Medizinischen Fakultät zu Basel, 1460-1900, Bâle, Schwabe, 1917, p. 90.

    58  Dill U., « Nautile, symbolum… », art. cit., p. 186 fait référence à la présence de titres italiens (notamment les Ragionamenti de Pietro Arentino) dans la bibliothèque de la famille Amerbach, sans pour autant nommer de référence littéraire pour cette histoire.

    59  Sur la professionnalisation et la concurrence croissantes, voir Stolberg M., Frühneuzeitliche Heilkunst und ärtzliche Autorität, Van Dülmen R. et Rauschenbach S. (éd.), Macht des Wissens. Die Entstehung der modernen Wissensgesellschaft, Cologne, Böhlau, 2004, p. 111-130.

    1  Traduit de l’allemand par Louis Grossmann-Wirth.

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    • Susanna Burghartz
      Universität Basel
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    2  L’historiographie privilégie ici le concept de « Disziplinierung » (contrôle social), alors que les spécialistes de la littérature ont choisi « Pluralisierung » (pluralisation) comme concept-clé, en particulier pour la seconde moitié du xvie siècle. Sur la relation conflictuelle entre ces deux approches, voir Tilmann Walter, Unkeuschheit und Werk der Liebe. Diskurse über Sexualität am Beginn der Neuzeit in Deutschland, Berlin et New York, W. de Gruyter, 1998 (Studia Linguistica Germanica 48). Dès 1994, Lyndal Roper constatait que l’histoire des relations entre les genres nécessitait des explications qui « may proceed in a series of twin spirals rather than in straight lines », Roper L., « Was there a crisis in gender relations in sixteenth-century Germany », Roper L., Oedipus and the Devil. Witchcraft, Sexuality and Religion in Early Modern Europe, Londres et New York, Routledge, 1994, p. 37-52, ici p. 48.

    3  Burghartz S., Zeiten der Reinheit – Orte der Unzucht, Paderborn, F. Schöningh, 1999 ; voir aussi Harrington J. F., Reordering Marriage and Society in Reformation Germany, Cambridge, University Press, 1995 pour des indications bibliographiques supplémentaires.

    4  En particulier Puff H., Sodomy in Reformation Germany and Switzerland 1400-1600, Chicago, University Press, 2003, chap. 6. Les débats autour du célibat et du mariage des prêtres au xve siècle et la revalorisation du mariage dans les traités du Moyen Âge tardif montrent qu’il s’agit de la continuation d’un discours médiéval : voir Flüchter A., Der Zölibat zwischen Devianz und Norm. Kirchenpolitik und Gemeindealltag in den Herzogtümern Jülich und Berg im 16. und 17. Jahrhundert, Cologne, Böhlau, 2006 (Norm und Struktur 25), en particulier chap. 2 ; Buckwalter S. E., Die Pristerehe in Flugschriften der frühen Reformation, Gütersloh, G. Mohn, 1998 (Quellen und Forschungen zur Reformationsgeschichte 68) ; Schnell R., Frauendiskurs, Männerdiskurs, Ehediskurs. Textsorten und Geschlechterkonzepte in Mittelalter und Früher Neuzeit, Francfort-sur-le-Main, Campus Verlag, 1998 (Geschichte und Geschlechter 23) ; Müller J.-D., « Von der Subversion frühneuzeitlicher Ehelehre. Zu Fischarts „ Ehzuchtbüchlein“und„ Geschichtklitterung“ », Chloe. Beihefte zum Daphnis, t. 19 ; Tatlock L. (éd.), The Graph of Sex and the German Text. Gendered Culture in Early Modern Germany 1500-1700, Leyde, E. J. Brill, 1994, p. 121-156.

    5  Burghartz S., Zeiten der Reinheit…, op. cit., p. 38 ; Wunder H., Er ist die Sonn’, sie ist der Mond, Munich, C. H. Beck, 1992, chap. 3.

    6  Huldreich Zwinglis sämtliche Werke, t. 1 (Corpus Reformatorum 88), Berlin, Schwetschke, 1905, n° 12, p. 239 ; Huldrych Zwinglis sämtliche Werke, t. 7, Die Briefwechsel von 1520-1522 (Corpus Reformatorum 94), Leipzig, M. Heinsius, 1909, n° 48, p. 110-113.

    7  Depuis le début de l’année 1522, il vivait avec Anna Reinhart (veuve du Junker Hans Meyer von Kronau) avec qui il avait contracté un mariage secret. Il l’épousa publiquement deux ans plus tard, en 1524. Plus de détails dans Burghartz S., Zeiten der Reinheit…, op. cit., p. 39-44.

    8  Scribner R. W., « From the Sacred to the Sensual Gaze », Scribner R. W., Religion and Culture in Germany (1400- 1800), éd. par Lyndal R., Leyde, E. J. Brill, 2001, p. 129-145, ici p. 135 et suiv. Scribner parle de « sensual gaze », qui recouvre à la fois le regard sensuel et concupiscent.

    9  Koerner L., The Moment of Self-Portraiture in German Renaissance Art, Chicago, University Press, 1993, en particulier chap. 10.

    10  Findlen P., « Humanismus, Politik und Pornographie im Italien der Renaissance », Lynn H. (éd.), Die Erfindung der Pornographie. Obszönität und die Ursprünge der Moderne, Francfort-sur-le-Main, Fischer, 1994, p. 44-114, ici p. 49.

    11  Graf U., Die Zeichnungen im Kupferstichkabinett Basel, Müller C. (éd.), Bâle, Schwabe, 2001, p. 61 et suiv. (Beschreibender Katalog der Zeichnungen, t. III, Die Zeichnungen des 15. und 16. Jahrhunderts, 2 B), tableau 25 ; commentaire p. 207 et suiv.

    12  Ibid., tableau 5, commentaire p. 101 et suiv.

    13  Christadler M., « Lost in Self-Control ? Urs Graf’s Images of Masculinity », intervention non publiée au cours de la conférence annuelle de la CAA à New York, 16 février 2007.

    14  Andersson C., Popular Love and Imagery in the Drawings of Urs Graf (c. 1485-1529), thèse de doctorat, Stanford University, Palo Alto, 1977, p. 111 ; p. 198 et suiv.

    15  À propos de la présence de l’artiste par le monogramme, voir Koerner L., Self-Portraiture…, op. cit. Spécifiquement sur Urs Graf : Christadler M., « Abwesend anwesend, Spuren des Künstlers in der Kunstgeschichte und in seinem Werk », Greyerz K. von (éd.), Selbstzeugnisse in der Frühen Neuzeit, Munich, Oldenbourg, p. 63-78, en particulier p. 72-75.

    16  Voir Brinkmann B., Hexenlust und Sündenfall. Die seltsamen Phantasien des Hans Baldung Grien, Petersberg, M. Imhof, 2007, p. 36-49.

    17  Sur la transmission de ces feuillets, voir Graf U., Die Zeichnungen…, op. cit., p. 61 et suiv.

    18  Sur la dynamique de groupe voir Christadler M., « Das Narrenspiel mit der Identität », Heinz S. et Tacke A. (éd.), Menschenbilder. Beiträge zur Altdeutschen Kunst, Petersberg, M. Imhof, 2011, p. 258 et suiv. ; sur l’usage des cadeaux pour la nouvelle année, voir aussi Mulsow M., Die unanständige Gelehrtenrepublik. Wissen, Libertinage und Kommunikation in der Frühen Neuzeit, Stuttgart, J. B. Metzler, 2007, p. 35.

    19  Brinckmann B., Hexenlust…, op. cit., p. 97-108.

    20  Voir l’ouvrage toujours essentiel de Köhler W., Zürcher Ehegericht und Genfer Consistorium, t. 1, Leipzig, M. Heinsius, 1932-1942, 2 tomes.

    21  Voir par exemple Harrington J. F., Reordering Marriage and Society…, op. cit., en particulier le chap. 5 ; Beck R., « Illegitimität und voreheliche Sexualität auf dem Land. Unterfinning, 1671-1770 », Dülmen R. van (éd.), Kultur der einfachen Leute, Munich, C. H. Beck, 1983, p. 112-150 ; Strasser U., State of Virginity. Gender, Religion, and Politics in an Early Modern Catholic State, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 2004.

    22  Voir en particulier sur ce point Rublack U., Magd, Metz’ oder Mörderin. Frauen vor frühneuzeitlichen Gerichten, Francfort-sur-le-Main, Fischer, 1998, p. 203-209 ou encore Dürr R., Mägde in der Stadt. Das Beispiel Schwäbisch Hall in der Frühen Neuzeit, Francfort-sur-le-Main, Campus, 1995, chapitre 6 ; plus général : Burghartz S., Competing Orders ? Marriage and Combating Illicit Sexuality in Germany and Switzerland from the Sixteenth to Eighteenth Centuries, à paraître, ou encore Hull I., Sexuality, State, and Civil Society in Germany 1700-1815, Ithaca/Londres, Cornell Press, 1996, chap. 2.

    23  Comme par exemple en 1563-1564.

    24  Staatsarchiv des Kantons Basel-Stadt, Ratsbücher O 10, fol. 18.

    25  Basler Chroniken, éd par la Historische und Antiquarische Gesellschaft in Basel, t. 8 : Das Tagebuch des Johannes Gast, Burckhardt P. (éd.), Bâle, Schwabe, 1945. Du journal de Johannes Gast ne subsiste qu’une copie fragmentaire et abîmée du début du xviie siècle.

    26  Ibid., p. 70-73.

    27  Ibid., p. 247. Sur ce même cas, on lit dans l’Urfehdebuch (Staatsarchiv des Kantons Basel-Stadt, Ratsbücher O7), fol. 126 : « Conrat Clingenberger, tenancier de l’auberge Zum Storchen. Cet aubergiste était incapable de renoncer à sa vie de débauche, et fit venir il y a peu une prostituée publique dans sa chambre. Lorsque sa femme et une bonne entrèrent dans cette même chambre et y trouvèrent cette prostituée, il a frappé sa femme et chassé la bonne hors de la maison. »

    28  Dürr E. et Roth P. (éd.), Aktensammlung zur Geschichte der Basler Reformation in den Jahren 1519 bis Anfang 1534, Bâle, Verlag der Historischen und antiquarischen Gesellschaft, 1921-1950, 6 tomes, ici t. IV, n° 346, p. 335 ; Schnell J. (éd.), Rechtsquellen von Basel Stadt und Land, t. 1, Bâle, Detloff, 1859, p. 518.

    29  On trouve la liste des fermetures des maisons closes dans Schuster B., Die freien Frauen. Dirnen und Frauenhäuser im 15. und 16. Jahrhundert, Francfort-sur-le-Main, Campus Verlag, 1995 (Geschichte und Geschlechter 12), p. 450 et suiv., ainsi que dans Schuster P., Das Frauenhaus. Städtische Bordelle in Deutschland (1350-1600), Paderborn, F. Schöningh, 1992, p. 182 et suiv.

    30  Roper L., The Holy Household. Women and Morals in Reformation Augsburg, Oxford, Clarendon Press, 1989, chap. 5.

    31  Sur l’utilisation de la justice, Schmidt H. R., « Hausväter vor Gericht. Der Patriarchalismus als zweischneidiges Schwert », Dinges M. (éd.), Hausväter, Priester, Kastraten. Zur Konstruktion von Männlichkeit in Spätmittelalter und Früher Neuzeit, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1998, p. 213-236 ; pour une approche critique de la thèse postulant une alliance profonde entre femmes et autorités, voir Burghartz S., « Ordering Discourse and Society. Moral Politics, Marriage and Fornication during the Reformation and the Confessionalisation Process in Germany and Switzerland », Roodenburg H. et Spierenburg P. (éd.), Social Control in Europe, 1500-1800, t. 1, Columbus, The Ohio State University Press, 2004, p. 78-98, en particulier p. 91.

    32  Voir Hull I., Sexuality…, op. cit., p. 107 et suiv.

    33  Tagebuch Gast…, op. cit., p. 304 et suiv.

    34  Voir Plummer M. E., From Priest’s Whore to Pastor’s Wife. Clerical Marriage and the Process of Reform in Early German Reformation, Aldershot, Ashgate, 2012, p. 133.

    35  Sikora M., « Ungleiche Verbindlichkeiten. Gestaltungsspielräume standesverschiedener Partnerschaften im deutschen Hochadel der Frühen Neuzeit », Zeitenblicke, n° 4, t. 3, 2005, consultable en ligne [http://www.zeitenblicke.de/2005/3/Sikora/index_html, URN : urn : nbn : de : 0009-9-2301].

    36  Luhmann N., Liebe als Passion. Zur Codierung von Intimität, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1982, chap. 6.

    37  L’histoire de ces dynamiques est loin d’être épuisée. On trouvera les perspectives de recherche majeures dans Hull I., Sexuality…, op. cit., qui les replace dans le contexte européen, et une approche systémique dans Luhmann N., Liebe als Passion…, op. cit.

    38  Voir aussi Parente J. A. Jr., « Carnal Knowledge. Writing about Sex in Early Modern Germany », Scholz W. G. et Schindler S. K. (éd.), Knowledge, Science, and Literature in Early Modern Germany, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1996, p. 243-261.

    39  Voir par exemple Tilman W., Unkeuschheit und Werk der Liebe, op. cit., Berlin et New York, W. de Gruyter, 1998. Il dénonce p. 521 l’histoire sociale, qui selon lui ne prendrait « absolument pas en considération la simple possibilité, dans le cadre de recherches empiriques, que des relations soient marquées par quelque chose d’autre que l’“imposition d’une discipline sexuelle” ou la “répression”, c’est-à-dire par une limitation généralisée du sexe ». Il ajoute : « L’analyse de discours en théologie, poésie et médecine me semble infirmer la thèse d’une répression et d’un combat unilatéraux contre le sexe. Elle atteste plutôt de son utilité pour la société. »

    40  Müller M. E., Der Poet der Moralität. Untersuchungen zu Hans Sachs, Berne, P. Lang, 1985.

    41  Müller J.-D., « Von der Subversion frühneuzeitlicher Ehelehre », art. cit., ici p. 156.

    42  Parente J. A. Jr, Carnal Knowledge…, op. cit., p. 254.

    43  À propos de ce processus à l’œuvre depuis le xve siècle et par lequel les lettrés voyaient leur mode de vie évoluer du célibat propre aux clercs vers le modèle du foyer urbain et bourgeois, voir Algazi G., « Scholars in Households : Refiguring the Learned Habitus 1480-1550 », Science in Context, n° 6, t. 1-2, 2003, p. 9-42, en particulier p. 34.

    44  Sur l’emploi de formules récurrentes dans l’usage de l’obscène, voir Mulsow M., Die unanständige Gelehrtenrepublik…, op. cit. Il s’intéresse également à « la complexe perception des savants, à leurs souhaits et leurs angoisses », principalement à propos des frontières de l’obscénité, du manque de respect et de l’hétérodoxie, dans le contexte de l’étude du rôle de la polémique, du jeu et de la satire comme possibilités d’innovation et de radicalisation des convictions.

    45  Voir principalement Dill U., « Nautile, symbolum atque larva nostra. Theodor Zwinger unterwegs im Meer des Lebens », Basler Zeitschrift für Geschichte und Altertumskunde, n° 110, 2010, p. 177-207, qui contient des références bibliographiques supplémentaires sur la biographie de Zwinger, ainsi que Möhle M., « Das Zwingerhaus am Nadelberg », Basler Zeitschrift für Geschichte und Altertumskunde, n° 110, 2010, p. 209-228.

    46  Dill U., « Nautile, symbolum… . », art. cit., p. 182.

    47  Ibid., p. 184.

    48  Dill U. et Jenny B. R. (éd.), Die Amerbachkorrespondenz, t. XI, 1, Bâle, Verlag der Universitätsbibliothek, 2010, n° 4463, p. 264, l. 40-47.

    49  Voir Wiegand H., « Makkaronische Dichtung », Reallexikon der deutschen Literaturwissenschaft, t. 2, 2000, p. 527-530.

    50  Dill U. et Jenny B. R. (éd.), Die Amerbachkorrespondenz…, op. cit., n° 4501, p. 362-368, comme la citation suivante.

    51  Ibid., n° 4510, p. 385, l. 92-105.

    52  Ibid., n° 4528, p. 464, l. 57-63.

    53  Ibid., p. 466, l. 145f.

    54  Dill U., « Nautile, symbolum… », art. cit., p. 187.

    55  Voir Basler Chroniken, éd. par la Historische und Antiquarische Gesellschaft in Basel, t. 10 : Felix Platter. Tagebuch (Lebensbeschreibung 1536-1567), éd. par Lötscher Valentin, Bâle, Schwabe, 1976, p. 254, A. 801.

    56  Algazi G., Scholars in Households…, op. cit., p. 24.

    57  Burckhardt A., Geschichte der Medizinischen Fakultät zu Basel, 1460-1900, Bâle, Schwabe, 1917, p. 90.

    58  Dill U., « Nautile, symbolum… », art. cit., p. 186 fait référence à la présence de titres italiens (notamment les Ragionamenti de Pietro Arentino) dans la bibliothèque de la famille Amerbach, sans pour autant nommer de référence littéraire pour cette histoire.

    59  Sur la professionnalisation et la concurrence croissantes, voir Stolberg M., Frühneuzeitliche Heilkunst und ärtzliche Autorität, Van Dülmen R. et Rauschenbach S. (éd.), Macht des Wissens. Die Entstehung der modernen Wissensgesellschaft, Cologne, Böhlau, 2004, p. 111-130.

    1  Traduit de l’allemand par Louis Grossmann-Wirth.

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    Burghartz, Susanna. « La sexualité au xvie siècle entre fascination et obsession ». In Les protestants à l’époque moderne, édité par Olivier Christin et Yves Krumenacker. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2017. doi:10.4000/books.pur.157787.
    Burghartz, Susanna. « La sexualité au xvie siècle entre fascination et obsession ». Les protestants à l’époque moderne, édité par Olivier Christin et Yves Krumenacker, Presses universitaires de Rennes, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pur.157787.

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    Christin, O., & Krumenacker, Y. (éds.). (2017). Les protestants à l’époque moderne. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.157472
    Christin, Olivier, et Yves Krumenacker, éd. Les protestants à l’époque moderne. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2017. doi:10.4000/books.pur.157472.
    Christin, Olivier, et Yves Krumenacker, éditeurs. Les protestants à l’époque moderne. Presses universitaires de Rennes, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pur.157472.
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