Chapitre I. Apports et limites des sources
p. 27-64
Texte intégral
« Tout livre d’histoire digne de ce nom devrait comporter un chapitre ou, si l’on préfère, insérée aux points tournants du développement, une suite de paragraphes qui s’intitulerait à peu près : “Comment puis-je savoir ce que je vais vous dire ?” Je suis persuadé qu’à prendre connaissance de ces confessions, même les lecteurs qui ne sont pas du métier éprouveraient un vrai plaisir intellectuel. »
Marc Bloch, Apologie pour l’histoire1.
1La plupart des sources dont nous disposons proviennent du monde seigneurial, dans la mesure où les actes sont écrits par des ecclésiastiques ou des laïques qui vivent auprès des seigneurs ou des châtelains-receveurs. Ces derniers font appel à des clercs pour rédiger les comptes. De ce fait, les actes ne parlent pas des paysans, mais des redevances et des charges qu’ils doivent. Les documents ne dévoilent pas l’ensemble de la seigneurie, mais offrent des vues partielles. L’objectif n’est pas de décrire avec détails la seigneurie, hormis pour les minus, mais d’établir les droits et les montants dus par les tenanciers et autres fermiers. Le grand intérêt de ces sources est de dévoiler des cas concrets, la vie même de la seigneurie, comme nous le verrons. Les indications fournies sont, à l’occasion, assez précises. Certaines fraudes ne sont cependant pas à exclure. Pour y remédier, les aveux et les comptes sont soumis à audition par la Chambre des comptes, véritable organisme de contrôle, a posteriori du moins, comme l’indiquent les registres2.
2Les représentations paysannes demeurent trop souvent hors de portée, compte tenu de la provenance même des actes, rédigés par et pour les seigneurs. Cela constitue une importante limite des sources, d’autant que la recherche sur les individus est par nature essentielle et délicate à mener3. En outre, comme le soulignait Jean Meyer4, les archives bretonnes ne sont pas d’un maniement aisé pour les chercheurs. Elles nécessitent de nombreux et continuels rapprochements et recoupements, plus difficiles encore à mettre en œuvre dans le cadre d’un espace large, avec des coutumes et des usages différents.
3Pour présenter le plus clairement possible les choses, les grands types de sources seront étudiés tour à tour, en débutant par les aveux, les minus et les dénombrements, avant d’examiner les comptes, disponibles à partir du xve siècle, et terminer par les procédures et autres actes notariés.
Les aveux
4Les aveux sont, de loin, les documents les plus nombreux de notre corpus, pour toutes les seigneuries, petites ou grandes, laïques ou ecclésiastiques. Très largement attestés pour les xive et xve siècles, ils permettent d’avoir une vision générale des structures seigneuriales et de les comparer les unes aux autres.
Définition et présentation générale
5Les aveux offrent de multiples angles d’approche. Ils présentent en effet dans les grandes lignes les rouages, ainsi que les rentes et les charges pesant sur les tenanciers et les villageois.
6L’aveu est un acte par lequel un vassal ou un.des tenancier.s5 déclare.nt devant témoins qu’il.s tient.tiennent un ou plusieurs biens en fief d’un seigneur. Ce type d’aveu est le plus fréquent parmi les sources conservées. Il souligne aussi à quel point les seigneurs veillaient à bien recenser tous les droits exigibles, accompagnés de la reconnaissance symbolique des vassaux.
7D’autres aveux étaient rendus par des seigneurs à leur.s seigneur.s suzerain.s6, mais sont plus inégaux. Certains sont très riches en informations sur les tenanciers et leurs possessions7, avec des références aux termes de paiement, tandis que d’autres se bornent à énumérer très vaguement les droits dus au.x seigneur.s8. Ces aveux, présents en nombre très réduit dans les fonds d’archives, se contentent de n’indiquer que des « drois heriteulx9 » ou « droiz seignorieux quelxconques10 ».
8La confection des aveux nécessite le recours à des personnes nombreuses et spécialisées, depuis les arpenteurs chargés d’établir les superficies et de délimiter les biens, jusqu’aux notaires chargés de consigner et de valider les actes finaux. Pour établir des aveux, des déplacements sont nécessaires, les biens étant très souvent dispersés. Des actes de propriété sont aussi nécessaires pour définir les droits ainsi que les devoirs de chacun. La rédaction des aveux est donc une démarche onéreuse, longue et même sans doute semée d’embûches, ne serait-ce que pour les délimitations sur le terrain.
9Cette distinction entre les deux types d’aveux est toutefois de moins en moins opératoire pour la fin du Moyen Âge, dans la mesure où la féodalité au sens de rapport privilégié et de protection entre deux hommes se confond de plus en plus avec la possession d’un bien foncier. Ainsi, les tenanciers, les paysans ou les preneurs de fermes sont eux-mêmes nommés dans les actes « hommes », « estagiers », « non estagiers » ou « ainsi que homme et subget doit à son seigneur11 », alors que la vassalité concernait auparavant des hommes nobles. Il ne faut cependant pas se méprendre : ces dénominations ne doivent pas faire oublier que les rapports sont strictement codifiés et hiérarchisés, comme le rappellent les mentions d’obéissances, si diverses à la fin des actes, dues par les tenanciers à leur.s seigneur.s12. Ces derniers se servent de ces occasions pour rappeler à chacun sa place et marquer l’autorité du seigneur dans la hiérarchie des relations, encore à la fin du Moyen Âge.
10Il est possible que les modalités d’exercice des droits seigneuriaux, ainsi que les conditions de vie des seigneurs, aient abouti à des rapports quotidiens plus fréquents et plus étroits que ne le laissent penser les aveux au premier abord. Les seigneurs sont en effet très proches pour la plupart de leurs tenanciers, ne serait-ce que du point de vue géographique. La grande majorité vit en effet dans les mêmes paroisses et lieux que leurs dépendants. Le manoir seigneurial est très fréquemment situé à proximité immédiate des tenures et maisons concédées, ce qui renforce d’autant les liens de domination et de contrôle13. Un obstacle demeure néanmoins avec la dispersion de l’habitat, tout particulièrement en pays de bocage comme en pays vannetais ou nantais.
11L’obéissance constitue la base même de la relation d’homme à homme. Les seigneurs ecclésiastiques eux non plus n’oublient pas de faire figurer de telles mentions au bas des aveux pour des maisons et des jardins tant en ville qu’à la campagne. Loin d’être une remarque vide de sens, ce devoir d’obéissance peut s’avérer contraignant pour les tenanciers, comme l’indique l’aveu suivant, rendu en 1465 :
« Et auxi est confessant ledit Michiel Lambert qu’il doit obeir a l’assignacion que sondit seigneur fait faire chacun an des vendanges dudit fie de la Pilorgiere14… »
12ou cet exemple, de 1477, plus éloquent encore :
« Ung denier maille de rente à parfaire onze deniers de rente par chacun an par avant mectre la faux en l’erbe15… »
13Le seigneur se place nettement au-dessus des autres paroissiens, du point de vue social et moral. Il est très sensible au respect des codes et hiérarchies, même s’il arrive bien souvent que le petit seigneur rural ne soit guère plus riche que ses tenanciers16. Seul le style de vie, les titres et les devoirs qui lui sont attachés et dus le distinguent des gens du peuple, tant ruraux qu’urbains, et le font exister comme seigneur aux yeux des autres. Cet aspect est fondamental dans l’étude de cette période et de cette aire géographique, comme ailleurs en Occident, puisqu’il oriente la lecture des actes. Ces considérations préliminaires conduisent tout naturellement à poser la question des buts des aveux.
Les buts des aveux
Décrire les possessions et droits seigneuriaux
14Le rôle premier de l’aveu reste toujours le même : rendre par écrit l’état des possessions ou des différents droits détenus par un seigneur sur les terres exploitées par un paysan, appelé tenancier. C’est le cas de figure le plus fréquent étant donné le caractère rural de la Bretagne méridionale et étant donné l’importance de l’agriculture dans la vie des hommes au Moyen Âge. Ce n’est toutefois pas le seul. Dans le cadre des seigneuries urbaines, l’aveu porte uniquement sur des maisons et jardins, affermés ou confiés à des tenanciers, sous la forme de censives le plus souvent. Il décrit ainsi l’importance des patrimoines seigneuriaux, avec la multiplication des actes, et apporte d’autres éléments sur la vie urbaine. Les aveux pour les seigneuries urbaines insistent volontiers davantage sur les droits des seigneurs sur les foires ou les marchés17, puisque les densités urbaines et les liaisons avec les autres territoires favorisent leur organisation et leur tenue.
15Les différents niveaux de seigneurie, du petit seigneur, au niveau local, au duc, premier des seigneurs en son duché de Bretagne, en passant par les barons et autres seigneurs influents, qui disposent d’une emprise territoriale plus ou moins grande, font également partie des informations essentielles fournies par les aveux. Il existe en effet une grande diversité de situations en Bretagne méridionale, comme ailleurs du reste, du seigneur qui dispose des droits de justice, avec toutes les nuances quant à leur exercice, aux sieurs, nobles, mais dénués de telles fonctions. Chaque seigneur, à tous les niveaux, est très attaché à indiquer et à faire respecter ses droits et les aveux portent la marque de cette préoccupation. Certains actes vont même jusqu’à présenter des rentes d’un denier18. Ce sont en effet des preuves, même modestes, de la propriété éminente du seigneur.
16La description des terres et des biens est un autre point essentiel des aveux. Elle porte le plus souvent sur des biens fonciers appelés « terre19 », « tenues20 » ou « tenements d’heritage21 », qui peuvent être au sens restreint une exploitation paysanne ou une composante d’exploitation paysanne tenue d’un seigneur. Les termes employés gardent une certaine part d’imprécision, qui peut être levée si nous disposons d’autres sources, comme les minus, plus précis en général, ou bien encore les comptes, mais là aussi les aléas de la conservation ne rendent pas toujours possibles de telles mises en relation. L’expression « tenue » sert à désigner la propriété paysanne, qu’elle soit détenue en censive ou à convenant. Elle comprend les terres cultivées, mais aussi les landes ou les prés, autres éléments indispensables pour la mise en pâture des bêtes. Les indications sont plus ou moins fournies et permettent de se rendre compte de l’étendue de ces territoires, lorsque nous disposons de données suffisantes pour pouvoir établir des comparaisons avec notre système métrique. Les aveux n’indiquent toutefois pas le nombre de personnes présentes sur chaque tenure, à l’exception des tenanciers et de leur épouse, puisque de tels renseignements ne sont pas utiles pour les prélèvements sauf indication contraire.
17Nous relevons également des mentions de « herbregement » ou « herbergement22 », de « fié » ou « fief23 », ainsi que quelques mentions de « mesons24 », que nous retrouvons beaucoup plus souvent en ville, où elles sont liées à des jardins. Une dichotomie doit être faite entre monde urbain et monde rural de par la nature différente des biens alloués. Elle s’explique aisément par les différences d’activités. Les villes abritent des artisans et des petites exploitations, surtout en périphérie du territoire urbain, avec une prédominance des clos de vigne, qui trouvent pour débouché le marché local. Il n’est donc pas rare de les retrouver dans les documents, même s’il n’est pas facile de saisir leur poids réel parmi toutes les concessions faute de documentation suffisante et bien répartie sur les plans chronologique et géographique.
18De la même façon, les aveux fournissent des renseignements utiles sur les cultures et l’organisation des territoires ruraux. Nous pouvons connaître les différents types de culture par le biais des redevances en céréales et les localiser.
19L’avoine est, de loin, la culture la plus citée avec les redevances25 pour les chevaux du seigneur, mais elle n’est pas la plus répandue. Ces redevances donnent une vision déformée des mises en valeur avec l’obligation pour les paysans d’en produire. Les redevances en avoine dans les aveux donnent donc des indications sur le prélèvement seigneurial, mais pas sur l’équilibre entre les cultures.
20D’autres céréales apparaissent comme le froment26 et le seigle27. Le blé noir n’est indiqué qu’à de rares occasions dans notre corpus alors que nous savons par ailleurs qu’il n’est pas si restreint en Bretagne à la fin du Moyen Âge28. Ces différentes céréales se retrouvent d’un bout à l’autre des territoires étudiés, sans que nous puissions parler de véritable spécialisation agricole.
21De même, nous pouvons nous intéresser aux taux et aux dates du prélèvement, pour savoir notamment si les seigneurs tiennent compte ou non du calendrier agricole pour effectuer la levée des charges. Les seigneurs peuvent ne pas prendre en considération les fluctuations des récoltes, parfois très importantes d’une année sur l’autre, en établissant des rentes fixes. Le poids sur les tenanciers en cas de difficulté.s s’accroît alors. Ces deux types de prélèvement n’impliquent pas la même organisation ni le même état d’esprit chez les paysans : un prélèvement fixe peut être une charge très lourde en cas de mauvaise récolte ou, à l’inverse, d’un poids moindre en cas de bonne récolte, surtout pour des taux de l’ordre du douzième. Les taux sont d’abord et avant tout fixés selon les capacités agricoles.
22Les aveux permettent enfin de distinguer les différents systèmes de culture. Les complants29, les censives30 et les métairies31 sont largement présents en comté de Nantes, tandis que les convenants dominent de plus en plus en pays vannetais32. Les métairies, situées dans la réserve seigneuriale, sont néanmoins rarement citées dans les aveux. Ces différents systèmes de culture n’impliquent pas la même organisation du travail paysan : le tenancier a davantage d’initiatives dans le cadre des censives que dans celui des métairies, où les seigneurs imposent les types de culture et prennent une partie des récoltes. De même, la censive laisse davantage d’initiatives aux tenanciers pour entreprendre les cultures.
23L’organisation du prélèvement s’en trouve elle aussi modifiée. Le prélèvement ne peut pas être identique sur une censive, où les redevances sont en principe fixes et immuables, que sur une métairie, où le seigneur est davantage lié au paysan et donc intéressé par le bon fonctionnement de l’exploitation. Les aveux ne permettent pas véritablement de saisir la participation des seigneurs au fonctionnement des métairies en Bretagne méridionale faute d’éléments précis ; ils se contentent seulement d’indiquer leur existence. Les convenants offrent une autre approche, dans la mesure où le seigneur dispose de davantage de droits, notamment celui de congédier le domanier. Le poids des charges seigneuriales sur les domaniers est par ailleurs beaucoup plus élevé et cette tendance se renforce tout au long du xve siècle.
Décrire les liens et les relations entretenus entre seigneurs et vassaux
24Cette variété d’appellation s’accompagne d’une description du lien qui unit le vassal ou le tenancier à son seigneur. Pour la plupart des documents nous ne disposons que de la formule « devoir foy et hommage comme homme le requiert pour son seigneur33 ». Le rapport d’homme à homme ne porte plus en priorité sur des relations de protection ou de rapports privilégiés pour se fonder davantage sur des rapports de domination et de possession foncière34. Il montre aussi la persistance du caractère symbolique de l’investiture et du lien qui unit deux hommes entre eux par le biais de la terre ou d’une maison. Ce lien est rappelé à l’occasion de la confection de chaque nouvel aveu.
25De rares mentions signalent la présence de seigneurs liges35 :
« Item, sur les heritages dudit Duval au Pont Nouez et quelx heritages furent aultreffoez a Olivier Jegoux seix deniers une escuellee froment rese de rente avecques l’obbeïssance et signeurie lige. Item, sur les heritages de Jehanne, fille Jehan Lodic, situés oudit bourg de Landevant, et ses appartenances trois soulz trois deniers et demy quarteron de perree froment mesure d’Auray de rente avecques l’obbeïssance et signeurie lige36… »
26En Bretagne, lige revêt un autre sens que celui connu en France : « tenir ligement » signifie que les vassaux ne tiennent pas en juveigneurie, mais directement du seigneur proche, leur seigneur lige. Seuls les nobles tiennent des terres en juveigneurie37. Les rapports ne sont donc pas tout à fait les mêmes.
27L’aveu sert aussi à établir les droits détenus par le seigneur suzerain et exercés, en son nom, par un châtelain ou tout autre agent mandaté par lui. Les mentions sont dans ce cas plus précises. Pour ne prendre qu’un exemple, le baron de Retz mentionne clairement, dans un aveu rendu en 1462, le droit pour ses officiers de prendre un morceau de viande sur les étals des bouchers des Halles de Nantes le jour de Carême en précisant qu’ils sont en droit de choisir le morceau qui leur conviendrait, du fait des « Drois, prerogatives, previleges et noblesses… » que le baron détient :
« Item, droit de bailler par mes officiers ou commis le jour de karesme prenant aux bouchiers exposans cher en vante a la halle de Nantes a chacun son aguille et pour chacune aguille prandre et avoir de chacun bouchier ung denier si tost et incontinant que l’aguille sera baillee. Et si le bouchier n’a le denier prest a bailler en main sans et qu’il soit atendu a le tirer hors de sa bourse ne le querir cellui officier ou commis peut de son auctorité picquer l’aguille sur celle des pieces de char qu’il vouldra choisir a l’estal dudit bouchier la prandre, lever et emporter comme a moy acquise et en joir par raison de mon droit38… »
28Le pouvoir seigneurial se manifeste de différentes manières et peut s’avérer arbitraire dans certaines situations. Cet extrait, tout comme la majorité des aveux, apporte enfin quelques éclairages sur l’organisation du prélèvement seigneurial.
Organiser le prélèvement seigneurial
29L’approche du prélèvement seigneurial est un point fondamental pour comprendre le monde villageois et les structures seigneuriales39. Les aveux fournissent de précieuses indications sur les populations rurales. Sont-elles organisées en communautés pour le travail des champs, pour le paiement des redevances, ou bien s’inscrivent-elles dans un cadre que nous qualifierions davantage d’individuel ? Quel rôle le seigneur joue-t-il dans cette organisation ? Quelques-uns de ces traits peuvent être révélés par l’étude et le croisement des aveux.
30Certains tenanciers ont tendance à se regrouper pour le travail des champs comme l’indiquent les citations de plusieurs noms sur une même terre40 ou comme le révèlent les aveux rendus par plusieurs tenanciers41. L’analyse des paiements des rentes permet de saisir des exemples de charges « a parfaire et assembler » à d’autres rentes d’un montant plus élevé42. Les tenanciers doivent se regrouper à d’autres pour s’en acquitter. S’agit-il de formes de crédit, temporaires, ou s’agit-il plutôt de marques de la solidarité paysanne, dans le contexte d’abord familial avec les frérèches ? D’autres doivent payer des rentes « par la main » d’autres ruraux43 ou par l’intermédiaire des sergents44, qui occupent d’ailleurs de multiples fonctions45, de la perception à l’accensement des terres et des biens. Il est ainsi possible d’esquisser les grands traits des solidarités et des lignes de fracture au sein du monde paysan face au prélèvement ou face à l’organisation de la vie seigneuriale. Nous reviendrons plus longuement sur ces aspects pour présenter les différents cas de figure, le but ici étant de présenter les grandes lignes qui ont guidé ce travail.
31Les informations retirées des aveux apparaissent riches. Elles soulèvent aussi parfois d’épineuses questions.
Limites et questions soulevées par les aveux
Le manque de suivi chronologique
32La principale caractéristique et le premier inconvénient des aveux est le manque de suivi chronologique. Rédigés lors de situations bien particulières – à la mort du seigneur ou à celle du tenancier, lors d’un rachat ou d’un accensement, lorsque le seigneur le demande à son vassal ou à son tenancier pour réformer le terrier ou le rentier seigneurial –, les aveux ne sont rédigés le plus souvent qu’une seule fois au cours d’une vie. Ces circonstances font qu’un large laps de temps s’écoule entre la rédaction de deux actes, qui ne permet pas d’assurer un suivi suffisant pour saisir les rythmes des évolutions de manière fine. Toute reconstitution d’évolution est dans ces conditions difficile. C’est là un inconvénient de taille. Les éléments valables à un moment donné ne le sont pas forcément pour d’autres périodes, compte tenu des fluctuations de la géographie seigneuriale, avec les risques de morcellement lors des successions, mais aussi des adaptations au fil du temps. Ce désagrément est pleinement mis en lumière lorsque nous cherchons à saisir les réorientations des structures seigneuriales au moment et après les grandes périodes de crises, d’autant plus que les rédacteurs ne mentionnent clairement ni les causes, ni la date des changements.
La question des reprises à l’identique
33À ce problème de manque de suivi chronologique vient se greffer celui de la reprise (à l’identique) des aveux. Il arrive que certains scribes se servent de pièces antérieures comme modèles, conditionnant les nouveaux actes avec un certain cadre et une trame bien précise, qu’il est possible d’identifier en comparant les documents. Cette reprise demeure néanmoins délicate à saisir, bien qu’indéniable, particulièrement pour les fonds issus de la sous-série 1 E, où nous retrouvons des formules stéréotypées d’un acte à l’autre.
34Le problème devient plus aigu lorsque nous nous penchons sur les montants des rentes certaines. Sont-elles fixes ou est-ce le notaire qui, en recopiant un acte antérieur, a effacé toute trace d’évolution ? Cette situation est d’autant plus problématique que nous ne disposons pas forcément de références précises : quel acte est recopié sur tel autre ? Quelle est la part des coutumes et des traditions dans le montant des rentes46 ? Les biens mentionnés sont-ils restés identiques d’une date à l’autre ou ne subissent-ils pas des évolutions, en particulier pour les terres en jachère et non cultivées, landes ou prés, et dans quelle proportion ? Les interrogations restent nombreuses, d’autant que ces aveux recopiés les uns sur les autres dissimulent la réalité. Quelques indices peuvent toutefois être décelés.
35Le premier concerne les noms de famille. Si nous retrouvons les mêmes tenanciers dans un large espace de temps, nous pouvons dire que l’aveu a été recopié. Ce cas de figure, très rare dans les sources, n’a pas été rencontré pour cette étude. Un autre indice tient au montant des rentes. Si le montant relevé est le même entre deux actes, il faut se poser la question et chercher à savoir s’il s’agit d’une censive ou d’un autre système d’exploitation. Les cens ne sont pas un bon indicateur puisqu’ils sont en principe fixes et immuables. Des surcens peuvent être, le cas échéant, rajoutés par les seigneurs afin de tenir compte des évolutions47 ; ils sont très rares en Bretagne méridionale. Il peut également y avoir des rentes constituées, mais là aussi nous ne rencontrons pas d’indications précises dans les aveux.
36Les convenants, quant à eux, sont plus fluctuants. Ils font l’objet de baux d’une durée généralement fixée à neuf ans :
« Quelles parties et chacune congnurent et confesserent et confessent avoir entr’eulx fait contract a tiltre de convenant et demaine a l’usement du païs jucques au temps et terme de neuff ans revoluz et acompliz48… »
37Au terme du contrat, le seigneur peut choisir d’augmenter le montant des rentes pour prendre en considération les évolutions socio-économiques. Or, le principal souci est que nous ne disposons pas, là encore, de séries chronologiques suivies pour la fin du Moyen Âge afin d’apprécier de tels changements. Apporter des réponses claires à ce souci de reprise (à l’identique) reste donc malaisé. Les indices décelés dans les actes tendent à prouver que ces pratiques n’étaient néanmoins pas généralisées.
Des descriptions plus ou moins précises
38La présentation des aveux joue pour beaucoup dans la compréhension et surtout dans l’étude des structures seigneuriales. Leur taille et leur aspect sont très variables selon le temps et les seigneuries. La plupart des documents se présente sous la forme de larges bandes de parchemin rectangulaires, composés le plus souvent d’une dizaine à une vingtaine de lignes pour les sieuries et les petites seigneuries. Leur lecture ne pose pas de problèmes particuliers, hormis les traditionnelles difficultés concernant les noms de personnes et les noms de lieux. L’usage des dictionnaires topographiques, particulièrement détaillés pour le comté de Nantes, permet de lever les principaux obstacles. Cette présentation est le plus souvent adoptée par les tenanciers qui déclarent leurs biens à leur seigneur foncier.
39Les aveux produits par les seigneurs à leur seigneur supérieur revêtent quant à eux des formes plus diverses. Lorsque le seigneur n’a qu’un faible nombre de tenanciers et de vassaux, la présentation s’apparente pour beaucoup à celle que nous venons de décrire à propos des tenanciers. D’autres seigneurs possèdent de plus vastes seigneuries, avec parfois un morcellement des terres très accentué sur plusieurs paroisses, qui peuvent être distantes les unes des autres. Ces aveux se présentent en ce cas sous la forme de larges parchemins, pliés à plusieurs reprises, avec des lignes très serrées qui ne respectent pas toujours la linéarité. Cette présentation rend la lecture et surtout la compréhension beaucoup plus délicate, de sorte que le lecteur peut vite perdre le fil s’il n’y prend pas garde. Cette tâche est rendue d’autant plus difficile que les rentes sont toutes ou presque de valeur identique.
40D’autres aveux sont beaucoup moins développés. Ils se contentent seulement de mentionner des droits divers, dus au seigneur déclarant, sans davantage d’éléments quant au nombre de tenanciers et quant au type de droits et rentes :
« Item, il aura toute la forest de Prinsay avecques toutes les droictures et apartenances d’icelle tant en boys, estancs de vendes, affiaiges, juridicions, seigneurie que en toute autre chouse excepté en tant que celui ou ceulx qui auront la seconde partie et la tierce y pouront prandre boys pour les refeccions des molins, chaussees, mesons et autres edifices estans esdictes parties selon ce qu’il aura esté acoustumé ou temps passé49… »
41Il faut alors croiser les informations avec celles des aveux rendus par les tenanciers eux-mêmes afin d’apprécier les droits et redevances dont il était question auparavant50. Les aléas de la conservation ne rendent toutefois pas toujours possible de tels rapprochements, si bien que nous sommes souvent réduits à des suppositions. Par exemple, les aveux sont fréquemment peu précis quant au nombre de moulins détenus par un seigneur, se contentant d’indiquer la présence de plusieurs édifices51. Aucune indication ne permet de préciser s’il s’agit de moulins à eau ou à vent, ni même de moulins à blé ou à draps. Étant donné le coût d’exploitation et d’entretien de tels bâtiments, un nombre élevé indique une seigneurie importante, où les revenus devaient pouvoir compenser les coûts. Les aveux n’apportent que des vues partielles contrairement aux comptes52.
42Les déclarations portent essentiellement sur les biens fonciers, premiers fondements des structures seigneuriales. Elles mentionnent parfois d’autres droits seigneuriaux, tels les droits de passage ou les banalités, sans préciser leur revenu moyen. Les aveux sont aussi de plus en plus détaillés au fur et à mesure que nous approchons du xvie siècle. Ce soin plus grand pose la question de l’attention portée par les seigneurs au moment où les pressions extérieures sont plus pesantes. La nature de la rémunération des notaires, payés à la ligne, explique d’un autre côté qu’ils soient plus enclins à allonger les documents. Plus largement, cette description de plus en plus rigoureuse renvoie à un besoin de repères précis à défaut d’avoir des mesures très nettes comme le montrent les diverses mentions du terme « environ » pour désigner les surfaces ou les mesures53. Ne pouvant mesurer très précisément les surfaces, les arpenteurs se localisent par des indices naturels ou encore par des endroits connus de tous. Il s’ensuit une énumération, parfois exhaustive dans le cadre des aveux produits par les petits seigneurs, de toutes les terres, rentes et héritages possédés dans une ou plusieurs paroisses. Ces documents nous fournissent de nombreuses et de précieuses informations sur le morcellement des terres. Ils nous permettent également de connaître l’ensemble des droits seigneuriaux et l’étendue de leurs prérogatives. Une géographie seigneuriale peut dès lors être esquissée : les communautés villageoises sont-elles encadrées par un ou plusieurs seigneurs ? Quelles sont leurs relations avec ce ou ces seigneur.s ? Cette emprise est renforcée par les droits seigneuriaux et par l’usage des édifices banaux. Leurs descriptions permettent de saisir l’organisation seigneuriale et surtout de connaître l’encadrement : comment les villageois doivent-ils fréquenter les édifices seigneuriaux ? Cette disposition est-elle rappelée dans les aveux ? Est-elle au contraire dictée par la coutume ? Quel poids occupent les traditions ? De même, ces édifices sont-ils affermés ou sont-ils gérés directement par les seigneurs ? Des éléments de réponse sont fournis dans les aveux.
43Les aveux permettent de répondre à nombre de questions quant aux relations et aux modes de domination des seigneurs. Ils soulèvent toutefois des questions délicates de par la certaine imprécision et le manque de suivi chronologique. Leurs informations doivent donc nécessairement être croisées avec les minus et les dénombrements.
Les minus et les dénombrements
44Après les aveux, les minus et autres dénombrements de rentes et de droits seigneuriaux constituent l’autre grand type de source le plus présent dans notre corpus54.
45Les minus et les dénombrements décrivent, par « le menu », les rentes, revenus et terres possédés par les seigneurs au moment du rachat, suite au décès du seigneur précédent. Ils n’oublient pas de relever les droits et héritages détenus sur les hommes et les possessions foncières. La rédaction des minus et des dénombrements obéit elle aussi à des règles très précises. Quelques grands types peuvent être distingués en différenciant tout d’abord les minus des dénombrements.
Les minus
Définition générale
46Les minus sont des déclarations produites par les héritiers, le plus souvent nobles, à la mort du seigneur détenteur pour s’acquitter des droits de rachat. Le rachat est le droit par lequel le seigneur est autorisé à exiger lors de la mort d’un vassal une année de revenu du fief. Si l’héritier est mineur, le bail est perçu jusqu’à sa majorité, soit 14 ans révolus. Le rachat n’est levé que sur une année, mais dans les deux cas le vassal ou son représentant légal doit présenter aux autorités un minu des biens du défunt. Le rachat n’est dû que par les seigneurs laïques, les religieux étant soumis au droit de vacance du siège épiscopal ou abbatial, droit qui permet au duc de bénéficier des revenus du siège le temps de trouver et nommer un remplaçant. Le rachat met également en relation directe les nobles et leurs suzerains, ce qui renforce la cohésion et la structure d’ensemble par le biais des aveux et autres déclarations obligatoires. Dans ce travail, seuls les minus remis au duc de Bretagne ont été étudiés, les seuls à disposition dans les Archives départementales.
47Pour les seigneuries du pays vannetais ou du comté de Nantes, le minu est rendu à la Chambre des comptes afin d’y être examiné. La rédaction n’incombe pas aux héritiers du défunt qui doivent simplement rendre par écrit le minu. Celle-ci est confiée à tout un personnel d’hommes spécialisés. Ces experts qualifiés de « prisageurs55 » ou « jurés56 » sont désignés d’un commun accord entre les parties. Ils sont choisis parmi les notaires, les sergents ou les notables de la région. En cas de difficultés, la Chambre peut aussi désigner une enquête afin d’organiser et, si nécessaire, d’arbitrer les différends57. La plupart des minus sont baillés par des nobles majeurs ; les cas d’héritiers mineurs sont plutôt rares58.
Présentation et lecture des minus
48Comme les aveux, les minus sont de taille et de forme très variées selon l’importance des droits et des redevances à déclarer et selon la taille de la ou des seigneurie.s, en particulier pour les châtellenies.
49Rédigés sur des parchemins, qui peuvent être plusieurs fois pliés, ces actes peuvent être très longs, avec plus d’une cinquantaine de lignes59. Leur lecture n’est pas toujours aisée, d’autant que les notaires en charge de la rédaction ont pu écrire de manière très serrée. Il faut être vigilant pour ne pas commettre d’erreur sur le montant total des redevances par exemple, en ne comptant pas plusieurs fois les mêmes montants, qui sont, tout comme dans les aveux, souvent proches les uns des autres. Il peut arriver que des annotations soient portées sur les parchemins, par les auditeurs de la Chambre des comptes ou par les prisageurs eux-mêmes, en vue de rectifier telle ou telle erreur ou, au contraire, pour tenir compte d’éléments de dernière minute qui influent sur la recette totale par exemple.
50Les minus sont en règle générale des actes précis, mais nous pouvons nous poser la question d’une éventuelle fraude, à la marge, de certains, qui omettraient volontairement quelques oublis sur les rentes ou les devoirs les plus faibles afin de diminuer ensuite le montant du rachat. Ainsi peuvent s’expliquer, peut-être, les rectifications apportées sur les actes par les auditeurs de la Chambre des comptes.
Apports des minus à la connaissance des structures seigneuriales
51Les minus complètent les aveux dans la mesure où ils mentionnent toutes les prérogatives seigneuriales alors que les aveux se cantonnent à décrire l’état d’une ou de plusieurs terres et rarement l’état d’une seigneurie tout entière. Ils offrent ainsi un éclairage complémentaire par l’échelle des territoires cités.
52La plupart porte davantage sur le xve que sur le xive siècle. Cette absence pour la première période de notre étude peut s’expliquer par les progrès de l’administration ducale sous les Montfort, de plus en plus organisée au cours du xve siècle. Les progrès de l’administration ducale n’expliquent cependant pas tout. En effet, le manque de sources avant 1373 s’explique aussi par la destruction de Vannes par le vicomte de Rohan cette même année. Les archives de la Chambre des comptes, qui s’y trouvaient, ont été en partie perdues60. En dépit de cet épisode, le nombre important de minus conservés est la preuve que les destructions des archives financières à la Révolution française sont avant tout sélectives61.
53Les minus sont d’un très grand intérêt pour la connaissance des structures et la hiérarchie des recettes seigneuriales. À partir de leur étude puvenet être établies différentes catégories de seigneuries selon les revenus et les possessions foncières. Les petites seigneuries se contentent d’énumérer les tenanciers avec leurs principales rentes, accompagnées le plus souvent de l’indication des termes et des noms des parcelles, tandis que les seigneurs plus importants mentionnent leurs droits sur les hommes et leur « feauté ». Les minus complètent ainsi avantageusement les informations tirées des aveux, en particulier pour tout ce qui concerne les revenus perçus chaque année. Les minus, qui sont beaucoup plus détaillés, permettent de voir les montants dus par chaque tenancier. Ils nous renseignent également sur le calendrier de paiement des redevances, ainsi que sur les modalités de paiement. Les tenanciers peuvent payer directement au seigneur leurs rentes, en les apportant eux-mêmes et à leurs frais à l’hôtel seigneurial62, les rendre au sergent ou au receveur du seigneur sur la tenure même63, ou encore s’en acquitter par la main de tiers64. Toute une hiérarchie avec des unités créées par le prélèvement seigneurial apparaît au travers de ces sources.
54Les différentes redevances peuvent être comparées entre elles afin de saisir leur poids sur les paysans : un tenancier possédant plusieurs terres est en effet mentionné à plusieurs reprises avec à chaque fois les rentes indiquées. Nous pouvons donc voir si les redevances sont identiques d’une terre à l’autre ou si elles diffèrent. De même, l’indication de plusieurs montants pour un même nom peut conduire à l’étude du monde paysan avec une hiérarchie du prélèvement. Celle-ci conduit à s’interroger sur l’échelle des richesses en fonction des redevances. Cette vision de l’ensemble des possessions avec l’indication du montant des sommes dues est, à cet égard, très importante pour l’histoire du prélèvement seigneurial.
55De même que pour les aveux, les minus nous renseignent sur les types de culture65, en particulier pour les redevances en nature. L’avoine reste la céréale la plus souvent perçue par les seigneurs66 devant le froment67 et le seigle68. Les remarques au sujet des redevances en avoine dans les minus sont identiques à celles formulées pour les aveux : en réclamant de telles redevances, les seigneurs orientent le prélèvement sans qu’il soit possible de connaître l’équilibre entre les cultures.
56Les minus nous renseignent aussi sur les modes d’exploitation. La plupart du temps les prisageurs distinguent les censives69 et les métairies70 dans le comté de Nantes et le Vannetais, ainsi que les convenants dans le pays vannetais71. Il arrive toutefois que d’aucuns en restent à la simple évocation de terres, labourables ou non, en jachère ou en « gast ». Il n’est plus possible, dès lors, d’opérer de distinction entre les types d’exploitation ou de culture. Les minus mentionnent enfin des redevances foncières particulières, propres à un terroir défini, telles les cheff-rentes72 dans le pays vannetais. Ces redevances désignent les prestations qu’un vassal, propriétaire du fonds d’une tenure ou propriétaire d’un héritage quelconque, doit à son seigneur de fief. Elles n’ont pas une grande valeur économique, mais revêtent davantage un caractère symbolique pour les seigneurs73, en rappelant aux yeux de tous les liens de subordination et d’obéissance. En ce sens, ce type de rente est essentiel pour les seigneurs, moins par le montant total que par le rappel de l’autorité exercée sur la communauté paysanne. Leur produit est en conséquence assez modeste parmi les recettes totales.
Quelques précautions à prendre concernant l’étude des minus
57Les minus ne nous renseignent que sur les tenanciers qui paient les redevances. Les autres, la majeure partie des paysans, bien souvent nommés « consors74 » ou « freresches75 » – autres membres de la famille ou communautés taisibles –, ne sont, au mieux, qu’évoqués. Le but n’est pas pour les prisageurs d’établir une liste de tous les hommes présents sur les terres, les censiers et autres rôles rentiers donnant quelquefois ce type d’informations. La bonne rentrée des redevances importe davantage. Nous ne pouvons donc pas voir le niveau inférieur de la société rurale, très important, ces rentes étant d’ailleurs, bien souvent, payées par plusieurs tenanciers en même temps. L’histoire des conditions de vie des sociétés rurales est dès lors plus difficile, sinon impossible à écrire. Ce trait se trouve déjà dans les aveux, où seuls les payeurs sont relevés. C’est là l’une des principales limites des minus. Nous ne disposons pas, non plus, de série continue pour une même seigneurie, les minus étant établis au moment du rachat. Les aléas de la conservation ont aussi pu mener à des pertes. Les minus ne permettent pas non plus de faire une étude démographique directe des seigneuries, qui permettrait pourtant de mieux saisir le poids des populations dans la répartition des exploitations et, par là même, de mieux connaître le poids et la répartition du prélèvement.
58Le manque de précision dans le vocabulaire utilisé peut rendre délicate l’utilisation des minus. Les notaires ne font le plus souvent pas de différences entre les rentes. Il n’est pas toujours possible de savoir si le mot rente renvoie à une redevance sur une censive, ou sur une quelconque tenure d’héritage, ou s’il s’agit d’une tenure à convenant ou d’une vieille rente constituée. C’est une importante limite des minus. La géographie intervient ici, tout comme la coutume, pour guider le chercheur dans cette distinction des différents types de rentes. Le convenant ne se trouve que dans le pays vannetais, alors que les censives sont, quant à elles, largement répandues en Bretagne tout comme dans le reste de l’ouest de la France. Dans la plupart des cas, il est possible de savoir si nous nous trouvons face à une censive ou une tenure à convenant en examinant de plus près les autres mentions alentours. Dans le pays vannetais, il y a de très fortes possibilités que la rente repose sur une tenure à convenant, alors que dans le nord du comté de Nantes le mot « rente » a de très fortes probabilités de renvoyer à une censive. L’étude du contexte fournit là aussi de précieuses indications pour savoir sur quel mode de faire-valoir repose la rente. Il n’est pas rare que les mentions de coutume ou « d’usement selon la coutume du pays76 » soient clairement indiquées dans les actes. Par recoupement des informations avec d’autres sources issues de la même aire géographique ou de période postérieure, nous parvenons ainsi à distinguer, dans leurs grandes lignes, les différents types d’exploitation auxquels nous nous trouvons confrontés.
59De même que pour les rentes, les métairies ne sont pas toujours clairement indiquées dans les actes. Comprises dans la désignation « manoir » ou « manoir et ses appartenances77 », les métairies font partie du domaine, ou réserve seigneuriale, exploité et dirigé directement par le seigneur qui les confient à des paysans appelés métayers. Pour cette raison, les métairies ne sont pas forcément indiquées. Les minus s’intéressent en outre essentiellement aux terres concédées et non aux terres de la réserve.
60Les mots « rentes » ou « fermes » servent parfois à désigner la même chose78. La rente renvoie en réalité à un revenu fixe, tandis que la ferme est sujette à des fluctuations selon les années et les preneurs. Cette absence de précision dans le vocabulaire, comme pour les mesures de surface avec les mentions « ou environ79 », montre que les hommes de la fin du Moyen Âge ne maîtrisent pas complètement les outils et les concepts tels que nous les distinguons aujourd’hui. Le rapport au seigneur n’est bien évidemment pas le même et les structures seigneuriales mises en place sont elles aussi différentes lorsqu’il s’agit de percevoir les montants ou sommes dus.
61Comme pour les aveux, il peut arriver que les minus soient repris (à l’identique). Cette reprise n’est pas, là non plus, facile à mettre en évidence, d’autant que nous ne disposons pas forcément de tous les minus rédigés pour une même seigneurie. Le problème semble être toutefois moindre que pour les aveux, du fait du contrôle exercé par la Chambre des comptes.
Les dénombrements de rentes ou rentiers
Définition générale
62Les dénombrements de rentes, appelés rentiers80, complètent les minus. Ces listes de recettes seigneuriales et de noms de tenanciers sont antérieures et datent le plus souvent du xive siècle. Nous ne trouvons d’ailleurs plus de rentiers au xve siècle, lorsque les comptes se généralisent. Ils se trouvent alors directement intégrés dans les registres et il n’est pas rare de voir les listes de noms se multiplier81.
63Les rentiers sont présents pour toutes les seigneuries, même si leur nombre est plus important pour les seigneuries les plus importantes, du fait notamment de l’éclatement des différentes possessions et de leur dispersion sur le plan géographique. Ils offrent l’occasion d’avoir une vision générale des seigneuries en question, tout en disposant des noms des tenanciers82 et, parfois, mais beaucoup plus rarement, d’une évaluation chiffrée des possessions détenues.
64Les rentiers sont particulièrement utilisés par les receveurs des domaines du duc de Bretagne. Véritables instruments solennels destinés à répertorier toutes les taxes et les redevances perçues sur les sujets du Domaine, ils se trouvent rapidement périmés, en l’espace d’une génération, s’ils ne sont pas remplacés par de nouveaux documents rédigés après chaque nouvelle inspection du receveur. Les officiers emploient les rentiers « pour se regler et gouverner au fait de leur recette83 ». Cette contrainte, dans la mesure où il faut recenser tous les tenanciers d’une seigneurie à une date donnée, avec la mobilisation de personnes compétentes et en nombre suffisant pour pouvoir parcourir des espaces parfois dispersés, font que les rentiers sont davantage réservés aux seigneuries supérieures, celles où se trouvent un châtelain et receveur, prédisposé à cette tâche, avant que les comptes ne se généralisent.
65Les rentiers sont présentés par les receveurs au terme de leur premier exercice comptable. Cet exercice est généralement d’une durée d’un an, avec une entrée en fonction qui n’est pas fixe, mais possible tout au long de l’année. Cette forme de document est le reflet d’une conception encore décentralisée de la gestion domaniale qui laisse une large part d’initiative à l’officier local chargé de la perception des rentes et des redevances84.
66La présentation de chaque rentier diffère d’une seigneurie à l’autre. Quelques traits communs peuvent cependant être relevés. La plupart se présentent sous la forme de rouleaux de plusieurs parchemins cousus ensemble, plus ou moins longs. Les rentiers sont divisés en deux grandes parties : la première comprend les recettes en numéraire, tandis que la seconde comprend tous les avenages et les autres recettes en nature85. Cette seconde partie n’est pas la plus développée : l’essentiel des prélèvements repose en effet sur les redevances en numéraire au xive siècle.
Des indications précieuses sur les rentes et droits seigneuriaux
67Les rentiers fournissent les mêmes indications que les aveux et les minus sur les cens, les fermes86, les droits seigneuriaux87, ainsi que sur les recettes en céréales. Deux métairies seulement sont clairement indiquées dans notre corpus88, bien que leur présence soit davantage répandue en réalité. Il faut donc manier avec précaution les informations recueillies dans ce type d’actes et les recouper, nécessairement, avec les autres sources de renseignements à notre disposition. Nous trouvons par ailleurs ce que nous appelons des « rentes constituées » dans ces listes. Ces rentes, fixées antérieurement à la rédaction du rentier, au moment de la constitution d’un prêt, d’où leur nom, datent pour la plupart des siècles antérieurs. Il arrive cependant que nous ne puissions pas toujours les dater, faute de documents avant le xiiie siècle.
68Les rentiers présentent également l’inconvénient d’être stéréotypés. Les receveurs se contentent parfois de reproduire d’un rentier à l’autre les rentes et les redevances aisément perceptibles, en fournissant des inventaires et des listes de noms qui figurent dans les documents rendus par leurs prédécesseurs. Cette situation est conforme aux traditions administratives de la fin du Moyen Âge, mais cette reprise (à l’identique) pose de nombreux problèmes quant à l’étude et au maniement de tels documents. Lorsque des changements interviennent, les receveurs se contentent d’indiquer en marge les nouvelles conditions, en particulier les impayés, mais nous ne notons pas de véritable effort d’information. Cette absence de contextualisation et de remise à jour régulière des données constitue une limite essentielle. Ces documents restent très sommaires, avec une liste de noms et le montant des redevances correspondantes, avec une localisation des biens indiqués par rues pour les villes, par lieux-dits pour les campagnes. Les contemporains n’avaient pas besoin d’indications plus précises pour localiser les biens en question, faisant référence à des repères connus de tous. Avec le temps, la mémoire de ces lieux s’est perdue, ce qui fait que la localisation de ces derniers est aujourd’hui délicate, ce qui complique d’autant la tâche de l’historien, les toponymes étant parfois trompeurs et devant être maniés avec précaution. D’autre part, aucune indication sur le mode de paiement n’est fournie dans ce type de sources : les tenanciers doivent-ils rendre leur paiement ensemble, par la main d’un tiers, directement au manoir du seigneur ou bien doivent-ils traiter avec le receveur ou sergent de la seigneurie ? Autant de questions qui demeurent, bien souvent, sans réponses, faute d’indications plus précises.
69Les minus et rentiers fournissent donc des éléments d’explication et de description essentiels pour comprendre les structures seigneuriales, pour savoir comment s’organisent la vie et le fonctionnement des seigneuries dans le cadre de la perception des droits et des redevances foncières. Ces sources comportent elles aussi des limites, qu’il ne s’agit ni d’exagérer, ni de minimiser. Elles doivent être, à leur tour, mises en parallèle et complétées par l’étude de documents plus précis comme les comptes, qui renferment une multitude d’informations et d’éléments concrets sur la vie et les relations entretenues avec les communautés paysannes. Ils présentent l’avantage d’être plus nombreux et mieux conservés à partir du début du xve siècle.
À partir du début du xve siècle, des comptes mieux conservés
70Les comptes sont une source indispensable pour l’étude des structures et du prélèvement seigneurial, ne serait-ce que par les indications précises des levées et des conditions de perception des rentes, mais aussi par leur suivi chronologique plus ou moins grand selon les cas et les espaces considérés.
Présentation générale des comptes
71Bien que les premiers comptes qui nous soient parvenus remontent seulement au début du xve siècle, nous savons de manière indirecte qu’un système de comptabilité existait déjà aux xiiie et xive siècles89. Estimés à 2200 pour le seul domaine ducal90, les comptes sont un instrument privilégié de gestion et d’organisation des seigneuries, en particulier pour les seigneuries châtelaines, au patrimoine étendu et dispersé.
72Les comptes sont rédigés par des clercs91, des receveurs ou châtelains ; nous relevons même, dans certains cas, la présence de ces deux derniers mots pour désigner la même charge. Le receveur en Bretagne méridionale n’est pas forcément un noble, mais plutôt un officier seigneurial92 chargé de la levée des rentes, tout en incarnant l’autorité du seigneur, de qui il tient sa charge et ses revenus. Les comptes se divisent en deux grandes parties : la première dresse les recettes ou charges, tandis que la seconde répertorie les mises et paiements.
73Sans pour autant parler de budget, concept moderne et donc inapproprié pour la période qui nous occupe, les châtelains et receveurs apportent un soin particulier à tenir régulièrement à jour ces outils, d’autant qu’ils sont soumis au contrôle systématique avec l’audition par des hommes choisis par le seigneur ou par les officiers de la Chambre des comptes de Nantes, chargés d’examiner les registres à l’issue de l’année de charge du receveur93. Pour cette raison, chaque registre est établi en deux exemplaires94.
74La première partie regroupe toutes les recettes perçues avec une distinction opérée entre les rentes certaines et les rentes incertaines. Les premières sont constituées de toutes les redevances et charges pesant sur les exploitations paysannes. Ces redevances sont le plus souvent fixes et stables d’une année sur l’autre, de sorte que le receveur peut prévoir et savoir par avance quels sont les montants dus. Les secondes occupent une place importante au sein des comptes, mais cette place tend à se réduire dans la seconde moitié du xve siècle, au profit des autres rentes. La deuxième catégorie de recettes, appelées rentes incertaines, est composée de toutes les fermes, droits seigneuriaux et rachats. Cette deuxième catégorie occupe une place croissante à l’intérieur des recettes seigneuriales et devient de plus en plus importante pour les seigneurs, traduisant les adaptations structurelles. Elles constituent la majeure partie des recettes pour les grandes et moyennes seigneuries (graphiques 1-995).
Graphique 1. – Évolution des rentes certaines et incertaines de la châtellenie des Huguetières (1405-1493).

Graphique 2. – Évolution des rentes certaines et incertaines de la seigneurie de la Blanchardais (1430-1513).

Graphique 3. – Évolution des rentes certaines et incertaines de la prévôté d’Ancenis (1453-1500).

Graphique 4. – Évolution des rentes certaines et incertaines de la châtellenie de Belligné (1444-1504).

Graphique 5. – Évolution des rentes certaines et incertaines de la châtellenie de Varades (1466-1500).

Graphique 6. – Évolution des rentes certaines et incertaines de la châtellenie de Saffré (1446-1480).

Graphique 7. – Évolution des rentes certaines et incertaines de la châtellenie de Guémené (1412-1501).

Graphique 8. – Évolution des rentes certaines et incertaines de la châtellenie de la Roche-Moisan (1417-1500).

Graphique 9. – Évolution des rentes certaines et incertaines de la vicomté de Largouët (1463-1502).

75La rente foncière qui constitue l’essentiel des rentes certaines est majoritaire et occupe une place de choix dans les petites seigneuries qui en dépendent très largement. Ce trait, déjà présent à la fin du Moyen Âge, se retrouve dans les siècles ultérieurs96. La mobilité est le grand avantage des rentes incertaines : n’étant pas fixes, elles peuvent varier d’une année sur l’autre et s’adapter plus facilement aux aléas de la conjoncture. Cette fluctuation permet aux receveurs de tenir compte de l’évolution des prix et ainsi d’ajuster le prix de la ferme à celui des prix, ce qu’ils ne peuvent pas faire avec les cens, qui sont fixes et établis selon la coutume. Toutefois, dans le cas des fermes mises aux enchères, à la chandelle97, le prix de la ferme dépend des preneurs, la ferme étant attribuée au.x plus offrant.s98. Elle n’est pas ajustée directement, en ce cas, aux prix.
76Il n’est pas toujours évident de distinguer qui sont les preneurs ou fermiers, dans la mesure où les tenanciers eux-mêmes peuvent sous-louer en quelque sorte des biens à d’autres tenanciers. Ces derniers n’apparaissent pas dans les aveux et les minus puisque la rente ou la ferme est payée au seigneur du fief par le premier preneur. Celui-ci doit, très certainement, établir une ferme d’un montant plus élevé encore au preneur suivant, même si la recherche du profit n’est pas la raison première de tels « sous-fermages ». La dispersion des patrimoines peut inciter les preneurs de fermes à sous-louer le bien concédé, faute de pouvoir exploiter toutes les terres prises, ou, plus simplement, compte tenu de la présence de consorts et de familles élargies proches des domaines ou terres exploités. Nous ne pouvons pas clairement distinguer les causes de tels « sous-fermages », mais le poids démographique et la disponibilité d’une main-d’œuvre nombreuse sont des facteurs essentiels dans la prise de décision finale.
77Les comptes, héritiers des techniques mises au point au xive siècle, évoluent au rythme des progrès de l’administration ducale. La présentation devant les auditeurs ou la Chambre des comptes oblige à respecter certains critères de présentation et de tenue. L’organisation des comptes devient de plus en plus rigoureuse et de plus en plus clairement établie à la fin du Moyen Âge. Cette recherche d’une certaine qualité de la présentation du travail des receveurs se traduit également dans l’organisation99 des comptes, rendus sous la forme de registres de parchemin100, au moins jusqu’au début du xve siècle, même si quelques registres sous forme papier101 sont aussi à noter.
78Le contrôle exercé a posteriori limite les possibilités de fraude sans toutefois les exclure totalement. Les fraudes devaient porter sur quelques rentes, à la marge des comptes, mais sont difficiles à déceler dans les registres car très rares. En témoignent ainsi les nombreuses réécritures, par des mains différentes et/ou postérieures, avec des encres de teintes différentes, apportées sur les feuillets qui nous sont parvenus et qui montrent que des évolutions pouvaient être apportées pour refléter la situation de la seigneurie. Les rentes incertaines sont surtout concernées par ces modifications, avec en premier lieu les fermes. On peut l’expliquer par le fait que les comptes ne sont pas, bien souvent, tenus sur une année telle que nous l’entendons, c’est-à-dire de janvier à décembre, mais en fonction de la prise de charge du receveur qui peut s’effectuer à un tout autre terme de l’année. Pour peu que celui-ci prenne la charge d’un autre receveur, il est alors possible de trouver de nombreuses modifications apportées par la suite, avec une encre différente, sans doute parce qu’au moment de la rédaction, le nouveau receveur ne disposait pas de tous les éléments nécessaires à la confection du registre et s’appuyait alors sur les anciennes rentes.
79De plus en plus épais et de mieux en mieux organisés autour de grandes rubriques, les registres montrent un souci de rigueur et de perception de toutes les rentes dues. Cela se traduit concrètement par une plus grande clarté et une plus grande rationalité dans la classification et la mise en page des éléments du compte. Nous notons également dans le même temps un effort d’ornementation esthétique avec l’apparition de premières pages stylisées et la mise en forme de plus en plus soignée des sous-titres en capitales pour matérialiser les chapitres102. Dans le dernier tiers du xve siècle, tout un ensemble de motifs décoratifs tels que des figures géométriques, des profils humains103 ou encore des animaux empruntés au bestiaire médiéval, sont élégamment entrelacés dans les principaux paragraphes du compte. La foliotation des registres devient de plus en plus rigoureuse et de plus en plus courante dans la seconde moitié du xve siècle, pour faciliter la lecture et le travail d’examen et d’enquête des officiers de la Chambre des comptes. Les progrès de l’administration se diffusent ainsi à toutes les échelles, avec des emprunts à la chancellerie ducale à laquelle les grands seigneurs sont régulièrement en contact et qui s’en font les relais.
80La présentation des comptes diffère cependant d’une seigneurie à l’autre : chaque receveur, selon les traditions et les modèles élaborés par ses prédécesseurs, a sa manière propre de présenter son exercice comptable. Les receveurs ne manquent aucune occasion pour déclarer ce qui peut leur être compté en décharge. Ces décharges sont indiquées dans les registres, parfois dans les marges104, aux côtés des annotations effectuées par les auditeurs. Ces mentions hors teneur peuvent introduire une certaine confusion dans la lecture, surtout dans les années 1480-1490 où les multiples fluctuations monétaires105 obligent les officiers à rayer chaque mention devenue inutile106. Cette accumulation ne facilite pas non plus la compréhension des montants. Les comptes de la fin du Moyen Âge ne sont pas toujours très bien écrits. La reprise du calcul des montants totaux est donc une nécessité107.
81Les mutations monétaires ont de lourds impacts sur les comptabilités seigneuriales. La fin du xve siècle est particulièrement touchée, comme le montrent très bien les registres des années 1490 pour la seigneurie de la Blanchardais108. Le risque est grand pour les receveurs de se tromper dans les calculs, d’autant que ces mutations sont plus ou moins brutales et complexes à transcrire dans les comptes. Les réécritures dans les marges, ainsi que les correspondances entre les anciens et les nouveaux cours de la monnaie, doivent être traitées avec la plus grande attention, pour bien saisir le montant réel des sommes perçues.
82La deuxième grande partie des comptes est consacrée aux mises et dépenses effectuées par les receveurs après en avoir reçu l’ordre du seigneur. Comme les charges, les mises occupent une place de plus en plus importante dans les registres conservés tout au long du xve siècle, avec des rubriques de mieux en mieux organisées. Comme les charges, les mises se décomposent en mises en argent et mises en nature. En les comparant aux sommes perçues, un bilan des recettes et de l’évolution des soldes tout au long du xve siècle peut être dressé, surtout si, comme pour la Blanchardais, nous disposons de données régulières sur le plan chronologique. Les impacts de la conjoncture sur les revenus seigneuriaux et sur les situations générales sont rendus plus visibles. L’accroissement et la succession de déficits traduisent des difficultés structurelles, tout à fait tangibles pour la fin du xve siècle. Un tel travail s’avère long et fastidieux. Il ne peut être mené pour toutes les seigneuries, car, pour être cohérent et efficace, il nécessite un suivi chronologique, ce qui est loin d’être le cas.
83De même, en indiquant les noms des bénéficiaires et en précisant, surtout pour la fin du xve siècle, leurs relations avec le seigneur ordonnateur des dépenses, les mises permettent de saisir les relations vassaliques et les réciprocités109. Ces éléments complémentaires, surtout dans les zones de marches, permettent de mieux comprendre les principes de fonctionnement, tout en éclairant l’organisation quotidienne des seigneuries.
Des sources en prise directe avec la gestion quotidienne
Un certain suivi chronologique à moyen terme
84Les comptes constituent une véritable mine d’informations pour tout ce qui a trait à la gestion de la seigneurie en relation avec l’activité économique. Leur premier apport réside en la constitution de bases de données plus suivies dans le temps. À la différence des aveux ou des minus et dénombrements, les comptes sont rédigés à chaque fin d’exercice du receveur. Ce dernier doit dresser, année par année, le montant des recettes perçues en distinguant les rentes certaines des rentes incertaines. Les chercheurs peuvent alors constituer des séries statistiques en établissant par année les rentrées seigneuriales. Il faut distinguer alors les recettes perçues pour l’année en cours des « deports », c’est-à-dire de l’excédent des comptes précédents. Ces « deports » sont indiqués au début du registre, juste après l’introduction110. Se dresse à nouveau l’obstacle des mutations monétaires et de la fluctuation de la valeur de la monnaie de compte tout au long du xve siècle pour établir des comparaisons valables d’un bout à l’autre de la période étudiée.
85Les comptes permettent également d’analyser les dépenses faites par les receveurs au nom du seigneur. Présentées dans la seconde partie du cahier, elles sont inégales selon les seigneuries, en fonction de la taille et de l’importance du seigneur et de son personnel. Une hiérarchie des dépenses peut être établie afin de voir les niveaux de fortune et surtout analyser les principaux postes de dépenses des seigneurs à la fin du Moyen Âge.
L’étude du personnel et des agents seigneuriaux
86Les comptes permettent plus largement d’entrevoir les structures seigneuriales. La durée des charges des receveurs peut ainsi être étudiée. Généralement d’un an au xive siècle et jusque dans la deuxième moitié du xve siècle111, ces dernières s’allongent dans les comptes des années 1480-1490112, avec des exercices de quatre, voire même cinq ou six ans, qui ne semblent pas avoir été rares113. La conjoncture heurtée et les difficultés pour trouver des preneurs expliquent très certainement ces évolutions. Une étude sur les receveurs eux-mêmes peut être entreprise avec les noms pour voir s’il y a ou non continuité. Les prérogatives des receveurs peuvent également être étudiées à travers l’examen des registres.
87Les comptes fournissent de précieuses indications sur la durée des fermes. Nous pouvons ainsi savoir quels sont les édifices ou les charges affermés, comme la perception de certaines rentes114, les revenus tirés de l’exploitation forestière115 ou encore la levée des droits seigneuriaux, comme les droits de passage116, ou les fermes des édifices banaux, tels les fours ou les moulins117. Les fermes des panages118 et des glandées119 sont mentionnées dans les comptes, ainsi que les fermes de métairies120. Les receveurs indiquent également le nom des preneurs, ainsi que les modalités d’affermage « a la chandelle alumée121 ». La mise aux enchères des fermes fait que leur prix dépend désormais des preneurs, les plus offrants l’emportant. Le montant des fermes n’est plus nécessairement ajusté au prix des rentes effectivement perçues. Du fait de cet affermage, il est impossible de se rendre compte du montant réel de ces rentes, aucune indication n’étant plus, dès lors, fournie dans les folios122. Le panage des bêtes à cornes en la forêt de Belligné, affermé en 1494 et 1495 par Guillaume Prieur, châtelain et receveur, à des enchérisseurs à la chandelle allumée, illustre parfaitement cet aspect en n’indiquant que le montant de la ferme :
« Pasnaiges de bestes aumailles
Compte et se charge cedit chastellain de la ferme du pasnaige des bestes aumaille dudit lieu de Belligné affermé par cedit chastellain a Jehan Garnier et Jehan Courballay […] et chacun pour ung an commancent le premier jour de juign feste Saint Jouyn mil IIIIC IIIIXX XIIII pour en poier lesdits fermiers a cler a mondit seigneur le nombre et somme de IX livres monnoie par les quartiers comme ilz eschoiront. Et, pour ce, pour ledit an mil IIIIC IIIIXX XIIIIIX livres.
Et pour l’an mil IIIIC IIIIXX XV se charge cedit chastellain dudit pasnaige affermé a Jehan Garnier et Jehan Courballay pour ung an, commencent le premier jour de juign l’an surdit, comme plus donnans et derroins encheriseurs a la chandelle alumee, pour en poier lesdits preneurs a cler a mondit seigneur le nombre et some de IX livres V soulz. Et, pour ce, pour ledit an mil IIIIC IIIIXX XV sauff audit chastellain a en demander raison d’une demye annee IX livres V soulz123. »
88Les comptes recèlent donc de nombreuses informations qu’il faut savoir replacer dans des perspectives plus larges que celles du receveur.
L’impact de la conjoncture
89Les fermes sont quasiment toutes renouvelées tous les ans. Elles s’ajustent ainsi, tant bien que mal, au contexte économique et social, même si d’autres facteurs, personnels ceux-là, doivent être pris en considération. La part des rentes incertaines grandit dans les revenus seigneuriaux totaux au fur et à mesure que nous avançons dans le temps. Il faut cependant prendre garde quant à leur rapport réel pour les seigneurs. Les difficultés grandissantes de la seconde moitié du xve siècle touchent de plein fouet ces recettes incertaines, ce qui amoindrit d’autant les revenus seigneuriaux. Les comptes permettent de mettre en lumière les impacts des événements sur le fonctionnement et sur les recettes seigneuriales en étant au plus proche de la conjoncture.
90Les édifices détruits par les intempéries124, la guerre125 figurent enfin dans les registres. Les comptes indiquent les ravages de la guerre dans les campagnes, avec la fuite des habitants126. Les rentes ne sont plus levées certaines années, ce qui entraîne une désorganisation des structures du prélèvement. Les comptes permettent de manière plus large d’appréhender la vie des paysans. Les difficultés sont particulièrement visibles lorsque les receveurs ne parviennent pas à trouver de preneurs pour les fermes127. C’est le cas à la fin du xve siècle, où le rapport entre le montant des rentes et le revenu effectivement perçu par les preneurs est jugé insuffisant. Les fermes n’intéressent alors personne et privent leur.s détenteur.s de revenu.s.
Lacunes et questions soulevées par les comptes
91La première tient à leur origine même. Ces documents, d’origine seigneuriale, ne renvoient que difficilement, voire très rarement, à la condition des tenanciers. Le but des receveurs n’est pas de dresser un tableau de la condition paysanne, mais de faire apparaître les difficultés pour demander à être exempté et déchargé de certaines rentes. Les informations sont biaisées par la description des difficultés : les précisions sont plus nombreuses dans les moments difficiles. Les conditions de vie des populations rurales nous échappent de la même manière, car elles n’ont pas d’incidence pour les receveurs. Les arriérés et les « accidents » font seuls l’objet de procédures et de mentions plus ou moins claires dans les registres.
92Une autre limite importante tient au relatif manque de suivi chronologique. Nous ne disposons pas, en effet, de données pour toutes les années étudiées. Certaines restent dans l’ombre, de sorte que nous ne pouvons envisager qu’une situation globale, hormis quelques exceptions. Les graphiques construits à partir de ces données comportent tous des lacunes chronologiques128 plus ou moins importantes selon l’état de conservation des registres. Cette constatation est surtout valable pour les archives ecclésiastiques et pour la première partie de notre période, avant la seconde moitié du xve siècle. Il faut relativiser en fonction des cas, comme le montrent la seigneurie de la Blanchardais ou la prévôté d’Ancenis, pour lesquelles nous disposons de séries largement informées sur une longue période129. Ces seigneuries ne sont pas pour autant forcément représentatives des situations rencontrées ailleurs, compte tenu de leur situation géographique, dans une région de contact et de transit avec la France, favorable en période de paix mais aussi très contraignante en période de troubles, comme à la fin du xve siècle. Nous retrouvons à nouveau la difficulté pour tirer des conclusions d’une portée plus générale que celles des cas d’étude.
93Pour comptabiliser les rentes et les redevances, les receveurs de la fin du Moyen Âge ont recours aux chiffres romains. Leur usage complique progressivement les calculs lorsque sont atteintes les centaines de livres, ce qui multiplie les risques d’erreurs. Certaines sont corrigées par une rature accompagnée de la bonne indication. La plupart ne sont cependant pas rectifiées. Il faut donc reprendre les calculs dans le détail. Les différences entre le bilan du compte et la reprise des calculs sont fréquentes. A alors été pris en considération le montant obtenu à la suite des calculs, le bilan reprenant en outre les reports du compte précédent. Ce travail, long et fastidieux, en particulier pour les grandes seigneuries, l’est d’autant plus que les registres s’allongent au fur et à mesure que nous approchons du xvie siècle. Il s’avère néanmoins absolument nécessaire.
94Des folios peuvent également manquer dans certains registres130. Ces lacunes sont plutôt rares dans les sources rencontrées. Lorsqu’elles concernent les rentes certaines, nous pouvons reprendre les résultats donnés dans les comptes précédents, s’ils ne sont pas trop éloignés dans le temps et si nous disposons de telles informations, ce qui est le cas le plus fréquent. Un ordre de grandeur est alors indiqué pour apprécier la situation. Le problème devient plus délicat en ce qui concerne les rentes incertaines, par définition variables d’une année sur l’autre. Du fait de cette fluctuation, tout recours aux comptes précédents est inutile pour estimer les sommes perçues. Il faut par conséquent se tourner vers d’autres indications comme les montants donnés pour les années suivantes. La durée de la ferme peut y être indiquée avec le montant correspondant. Par référence à ces données postérieures, il peut être possible de retracer les montants pour les années manquantes si ces dernières sont incluses dans la ferme. Dans le cas contraire, il faut tenter de les estimer, ce qui est particulièrement délicat et hasardeux. Une erreur risque d’être commise et ainsi fausser la situation globale. Comme nous l’avons vu, se fier au bilan des recettes incertaines paraît tout aussi hasardeux dans la mesure où les scribes commettent régulièrement des erreurs de calcul. Ne reste plus qu’à formuler des conjectures ou des hypothèses, même si, une fois encore, ces situations sont relativement rares dans les sources abordées ici.
95Les receveurs renvoient parfois aux comptes et aux « rapports precedens131 » pour indiquer le produit des redevances. Ces références sont surtout faites pour les rentes certaines, lorsqu’un dénombrement figure dans le registre. Faut-il voir dans ces indications une sorte de statu quo ou au contraire cette reprise de données n’efface-t-elle pas toute trace d’évolution ? Il est bien souvent difficile d’apporter une réponse à cette question. Une possibilité s’offre à l’historien : reprendre les noms afin de voir s’ils sont identiques d’un registre à l’autre avec les mêmes montants. Ce travail long n’est pas toujours possible du fait des pertes. Il faut donc rester une nouvelle fois vigilant. Notons toutefois que ces situations demeurent très limitées ; la plupart du temps les receveurs dressent un bilan détaillé de la nouvelle situation.
96Les comptes soulèvent également la question des poids et des mesures. Plusieurs mesures peuvent être utilisées au sein d’un même registre, surtout lorsque la seigneurie étudiée recouvre un territoire dispersé sur plusieurs paroisses, qui utilisent divers systèmes de poids et de mesures. Face à cette question de la métrologie132, les historiens sont le plus souvent démunis, faute d’ouvrages de synthèse et d’études spécialisées, d’autant que nous ne disposons que de quelques écrits d’érudits des xviiie et xixe siècles133, faisant référence à la situation observée à l’époque moderne. Ces difficultés pour apprécier les valeurs données ne sont pas nouvelles. Les hommes du Moyen Âge étaient confrontés aux mêmes problèmes, en particulier les officiers de la Chambre des comptes. Pour cette raison, les bilans des comptes134 ou les folios comportaient parfois quelques indices. Cette question demeure essentielle pour saisir le poids et l’importance réelle des redevances seigneuriales.
97Nous percevons donc à travers ces éléments tout l’intérêt des comptes pour l’histoire des structures seigneuriales. Par leurs indications, plus détaillées et plus régulières sur le plan chronologique, les comptes donnent à voir le fonctionnement de la seigneurie à travers la question du prélèvement et des dépenses. L’obligation de présenter à la Chambre des comptes, à chaque fin d’exercice du receveur, un bilan comptable précis et rigoureux témoigne aussi des progrès accomplis en matière de gestion tout au long du xve siècle. Seuls quelques fragments de ces comptabilités nous sont parvenus. Ils ne permettent pas d’éclairer la diversité des situations seigneuriales dans leur ensemble, faute de sources. Il faut donc, là encore, croiser les informations des comptes avec celles d’autres sources, à l’instar des actes et des procédures, qui éclairent, sous un jour juridique, les rouages des organisations seigneuriales.
Les contrats et les actes issus de procédures
Remarques préliminaires sur ces sources
98Les contrats et les procédures forment une catégorie à part entière. Moins nombreux que les sources précédentes, ils les complètent à plus d’un titre. Ils sont tout d’abord marqués par la diversité : baux à convenant135, baux à complant136, accensements137, contrats de vente138, affermages139, procédures et condamnations140, exemptions de fouages et de subsides141, tous apportent des renseignements à différents degrés sur le fonctionnement et la vie de la seigneurie. Leur variété est une richesse qui offre des éclairages sur les situations de conflit, à des moments où les structures ont rencontré des blocages ou n’ont pas fonctionné correctement (arriérés). Plusieurs thèmes peuvent ainsi être croisés, selon que nous nous intéressions à un acte de vente ou à une condamnation, sans parler des arriérés de rentes.
99Quelques actes nous sont parvenus par des copies rédigées sur papier et réalisées pour l’essentiel aux xvie-xviiie siècles142. La majorité des actes est constituée d’originaux. Quelques erreurs de lecture et de retranscription ont pu être commises par les scribes de cette époque, sans pour autant altérer le sens général.
Les contrats et les actes de procédures
Les afféagements
100La plupart des actes notariés concernent des afféagements de terres143, de maisons144 ou, beaucoup plus rarement, des affermages d’édifices banaux. Ces derniers mentionnent surtout des réparations. La plupart des afféagements de maisons et de jardins concernent les seigneuries urbaines, du fait de la topographie et de la particularité de ces mêmes seigneuries.
101En ville, l’essentiel des revenus des seigneurs, qu’ils soient ecclésiastiques ou laïques, est tiré des redevances sur les droits de passage, sur l’utilisation des édifices banaux ou encore sur les foires et autres marchés, emblématiques de ce milieu urbain au Moyen Âge. Il est plus facile, dès lors, pour les seigneurs de percevoir une somme totale, à un moment donné, à charge ensuite pour le preneur de se rembourser et de réaliser un profit en exerçant les droits concédés. Les fermes sont toujours effectuées au nom du seigneur détenteur et jamais au nom propre du fermier.
102Dans le monde rural, les afféagements portent essentiellement sur des censives, surtout dans le comté de Nantes. Nous relevons aussi quelques baux à convenant pour le pays vannetais, visibles dans les sources de la seconde moitié du xve siècle. Il ne s’agit pas réellement de fermes mais plutôt de contrats. La rente payée renvoie à l’idée de location de la terre et le preneur exploite lui-même la tenure à convenant. Les afféagements sont en nombre très limité. C’est la preuve d’une certaine permanence des structures seigneuriales, mais aussi du renouvellement et de la transmission au sein d’une même famille de génération en génération. En outre, la part des censives a tendance à se réduire au fur et à mesure de la fin du Moyen Âge, surtout pour le pays vannetais, à un moment où d’autres modes de faire-valoir se développent. Ces changements se traduisent dans la documentation par la conservation croissante d’actes d’afféagement ou de contrats de vente/d’achat de terres et/ou de biens.
103Les manoirs sont transmis de génération en génération au sein d’une même famille. Il est difficile de définir clairement l’origine sociale des preneurs, les manoirs n’étant pas seulement détenus par des nobles. Les indications fournies dans les documents sont essentielles, à l’instar de l’afféagement réalisé en 1431 par l’évêque de Vannes, Jean de Malestroit, à Jehan de Bazuallen, pour un manoir et des terres en la paroisse d’Ambon. Est seulement indiquée l’existence de « certains droits seignorieulx », sans autre élément145. À l’inverse, d’autres documents, tel ce contrat d’août 1477 à propos d’une maison et d’un hébergement à Plessé cédés par « Jehan Spadine l’esné marchant et bourgeoys de ceste ville de Nantes et Renée de l’Espinay sa femme, parroessiens de Sainte Croez de ceste ville de Nantes d’une partie… » à « Perrot Hugzon et Jehanne Berthelot sa femme, parroessiens de Plessé, comme ilz disent…146 » fournissent des indications plus précises. Ces actes restent néanmoins rares. Les origines sociales des preneurs indiquent que les biens afféagés relèvent plutôt d’une sieurie que d’une seigneurie.
La vente de droits seigneuriaux
104Quelques ventes de droits seigneuriaux147, tels les droits de passage se rencontrent également. Ces mentions sont toutefois encore plus rares que les afféagements. Elles sont effectuées à des nobles, très certainement, sans qu’il soit pour autant aisé de les distinguer clairement, du fait de l’ambiguïté des sources. La plupart du temps seul le nom de l’acquéreur est mentionné, sans que les documents n’indiquent s’il s’agit d’un noble ou non. Le droit de passage étant assimilé à une ferme, il peut être cédé à toute autre personne qu’un noble.
Les baux de fermage et d’arrentement
105Les baux permettent d’étudier les noms de famille, la durée des contrats et surtout les montants des rentes et des devoirs dus au.x seigneur.s. Ils peuvent également nous renseigner sur les niveaux de revenus au sein du monde villageois, dans la mesure où ces contrats sont souscrits par des paysans, ou des proches, relativement aisés, du fait du montant total demandé. Les sommes sont réglées en une seule fois, au moment de la souscription comme l’indiquent les actes :
« Celle baillee et ferme faicte dudit receveur oudit nom audit Benec pour le temps et terme de deux anz prouchains venans commençzans le quinziesme jour de cest present moys qu’est demain et finissans le temps revolu pour la somme et numbre de quarante livres doze soulz seix deniers monnoie vins et chouses en la manière acoustumee148… »
106Les raisons qui conduisent les parties à passer l’acte peuvent être exposées dans le contrat, mais ces explications demeurent rares :
« Avons baillé et accensé tout de novel […] par tant ensemble treze piez de large comme elle poursiet ensemble […] contient que ledit Corle avoit anciennement et une place gaste que de novel avons baillé a cens a Jehan Lemercier pour […] baillee nous avons baillees et baillons aux diz […] pour eulx et qui aura cause d’eulx pleniere saesine et possession149… »
107L’apport de ces sources reste limité. Les quelques indications doivent être replacées dans un ensemble plus vaste, l’essentiel de l’acte comportant les dispositions juridiques pour valider les mesures prises. Les documents sont aussi trop épisodiques pour pouvoir retracer des grandes tendances au sein d’une même seigneurie. Ils ne portent enfin que sur une partie des biens. L’essentiel de la seigneurie demeure dans l’ombre. Il faut donc se référer aux aveux ou aux minus, s’ils ont été conservés, pour appréhender la réalité de la seigneurie en question, ainsi que son fonctionnement plus général.
Les procédures
108Les procédures sont rares dans le corpus. Elles demeurent néanmoins essentielles pour comprendre et pour percevoir les rapports entre les seigneurs et leurs tenanciers ou pour comprendre les rivalités entre seigneurs qui se disputent des droits :
« Aujourd’uy, en jugement, s’est comparu mestre Martin Leguernego, recepveur de la court de ceantz, lequel ad ce que pour le deffault de poyment de la somme de doze livres quatre soulz monnoie pour les errerages de rente deus a messeigneurs de la court de ceantz sur deux mesons o leurs apartenances qui (tient) {furent a} Geffroy Letaritou […] fié de ceantz, l’une serante sur le marcheix de Vennes ou demoure ledit Geffroy Lestaritou entre les mesons Martin Guernego d’un costé et d’aultre costé a la meson de Jehan Quatrevault et l’autre meson o son courtil situé pres de l’iglesse Saint Salmon et que tient a present Jehan du Val le jeune. Il avoit faict bannir par troys foiz et a troys jours de dimanche par Jehan Lepaintre, sergent de ceantz, que lesdictes mesons et chacune o leurs apartenances estoint presenz et saesies en la main de mesdiz seigneurs du chappitre150… »
109La majeure partie des procédures a trait à des procès et à des condamnations pour non-paiement de rentes. La plupart mentionne directement la raison des actions en justice151 :
« Et en oultre deist et proposalt nostre dit procurour entre eulx que ils se estoint […] de dez plez de large et pour dez soulz de rente ou cens nous estre sur ce […] et par long temps emprés […] fait descendre sur les heirx et oÿ la relacion de noz commis a ce avons baillé et accensé tout de novel […] par tant ensemble treze piez de large comme elle poursiet ensemble152… »
110Certains arriérés peuvent atteindre une dizaine d’années153. De tels laps de temps ne laissent pas de surprendre. Ils révèlent que les dysfonctionnements qui ont conduit à l’absence de levée pour certaines années n’altèrent en rien la mémoire, la résilience, des structures seigneuriales pour le prélèvement. Une fois les conditions nécessaires à la levée rétablies, les seigneurs, ou leurs agents, sont alors en mesure d’intenter les recours pour faire valoir leurs droits et exiger le paiement, par voie de justice, des sommes dues avec, le cas échant, celui d’amendes. Pour le démontrer, prenons comme exemple cet acte du 26 mai 1463 à propos d’une saisie faite pour le non-paiement de rentes et pour des arriérés. Trois bannies ont été faites par un sergent154 pour le paiement des arriérés de deux maisons situées à Vannes, pour un montant total de 12 livres 4 sous de rente, dû au chapitre de Vannes. Le problème est qu’ici, comme bien souvent, le nombre d’années n’est pas clairement indiqué : nous ne savons pas depuis combien de temps les rentes n’étaient plus payées par les tenanciers ni si le montant indiqué correspond au montant annuel ou au total des sommes dues. En tenant compte du montant indiqué, relativement important, nous pouvons en déduire que les tenanciers ne s’en sont plus acquittés depuis plusieurs années. Une autre question est soulevée par l’examen de cet acte : pourquoi les ecclésiastiques, puisqu’il s’agit de rentes du chapitre de Vannes, ont-ils attendu pour lancer la procédure et pour les récupérer ? L’acte ne nous renseigne pas sur ce point et nous pouvons supposer que les tenanciers sont partis sous la contrainte, après que les maisons aient été saisies par le sergent. Aucune information n’est fournie pour expliquer les raisons de cette absence de versement, sans doute en lien avec la conjoncture. De même, aucune mention n’est faite des tenanciers : nous ne savons pas combien de personnes occupaient les maisons, ni quelles étaient leurs fonctions. Ces sources montrent des cas concrets de la vie des seigneuries, de leur fonctionnement. Mais, à l’instar des aveux, les questions demeurent nombreuses et il n’est pas toujours possible d’apporter de réponse sûre.
111Ces différentes pièces révèlent les difficultés et les déficiences de l’organisation seigneuriale, qui conduisent à la question de la gestion seigneuriale. Faut-il parler d’absence de contrôle ou plutôt de dysfonctionnement du système seigneurial ? Dans la mesure où ces actes sont rares et ne concernent que des situations particulières, il reste difficile d’y répondre. Nous pouvons cependant penser que ces problèmes ne devaient pas être si isolés, tout en étant limités par l’effet documentaire. Il convient donc de rester prudent lorsque la gestion seigneuriale est abordée.
112Les types de documents précédents concernent essentiellement les seigneuries laïques, bien que les seigneuries ecclésiastiques aient également produit des aveux, des minus ou des comptes. Les ecclésiastiques ont toutefois produit des sources particulières qui, pour cette raison, nous ont poussées à les présenter séparément.
Les archives ecclésiastiques
113Comme nous l’avons vu dans le cadre des classements, ces archives sont relativement peu nombreuses pour l’étude du prélèvement seigneurial. Nombre de remarques déjà faites pour les autres sources sont pertinentes et applicables. Nous reviendrons donc plutôt sur des points particuliers non encore évoqués et sur les principaux apports de ces sources.
Les aléas de la conservation
114Les destructions de la Révolution française combinées aux aléas du temps155 ont très fortement contribué à cette situation de relative pénurie, alors que les archives ecclésiastiques étaient parmi les mieux conservées et les mieux organisées au Moyen Âge, condition essentielle pour demander l’exécution des droits et des redevances. La tenue des comptes et des registres était à ce titre une nécessité. L’habitude prise très tôt par le clergé d’établir des copies et de conserver précieusement toutes les traces des droits et prérogatives détenus explique aussi la rédaction d’actes nombreux et variés. Cette volonté de conservation se retrouve particulièrement pour les archives monastiques, qui forment l’essentiel de nos sources ecclésiastiques156. L’implantation de vastes réseaux monastiques en Bretagne constitue un autre facteur explicatif157. Les archives issues du clergé séculier, moins nombreuses, ne sont cependant pas dénuées d’intérêt, notamment pour tout ce qui a trait aux chapitres cathédraux avec la conservation de quelques comptes158.
115Les archives ecclésiastiques recouvrent en réalité une très grande diversité de documents. Nous retrouvons des aveux159, des comptes160, des procédures161, des mandements des ducs et des lettres162, documents que nous avons déjà rencontrés pour les seigneuries laïques, auxquels il faut ajouter des sources caractéristiques telles que des fondations de messes ou de chapellenies163, des donations164, des testaments165 ou bien encore des accords entre seigneurs laïques et ecclésiastiques166.
116Cette diversité d’actes a une incidence sur l’étude des patrimoines et des structures seigneuriales ecclésiastiques, variés eux aussi, ce qui complique leur gestion.
Sources ecclésiastiques et structures seigneuriales
Une vision originale de la vie médiévale
117Le principal apport de ces sources réside en leur vision originale de la vie médiévale. Les donations et les testaments laissent entrevoir le domaine des mentalités, tandis que les aveux et les déclarations de temporel des monastères ou des abbayes illustrent l’étendue et la composition des patrimoines ecclésiastiques. Les aveux rendus par les abbés, aux ducs de Bretagne ou à leur seigneur supérieur, dressent une liste très détaillée de toutes leurs possessions, ainsi que de tous leurs droits et prérogatives détenus sur les ruraux ou sur les urbains167. Ces actes, édités dans le cadre d’études précédentes168, sont plus ou moins longs, proportionnels à l’étendue des temporels et des donations.
118Les seigneurs ecclésiastiques sont importants à étudier par l’étendue de leurs biens et de leurs droits. Par rapport aux autres seigneurs, les patrimoines ecclésiastiques sont davantage tournés vers les villes, avec les biens des chapitres. Ils offrent une autre perspective que celle des campagnes. Ils montrent toute la diversité du milieu urbain, qui partage certains traits du prélèvement dans le monde rural. Ces seigneurs retirent des rentes et des revenus de l’usage d’édifices banaux ou de fermes de moulins et de droits de passage, pour les villes toujours, mais aussi pour les campagnes. Il est ainsi possible de relier ces deux domaines tout en variant les angles d’approche.
Archives ecclésiastiques et prélèvement seigneurial
119Les sources ecclésiastiques permettent plus largement d’étudier le prélèvement seigneurial pour des périodes où nous ne disposons que de peu de documents, à l’instar de la première moitié du xive siècle. Les sources ecclésiastiques sont quasiment les seules pièces conservées pour cette période, ce qui rend leurs apports d’autant plus essentiels pour comprendre les structures seigneuriales et le prélèvement, faute de sources disponibles pour les seigneuries laïques. Cette situation est particulièrement vraie pour le pays vannetais.
120Les textes sont quasiment tous rédigés en français, preuve de la progression de l’influence française à l’intérieur du duché depuis le xiiie siècle. Nous ne notons la présence que de quelques actes en latin, très rares169, qui ne présentent pas de difficultés particulières de compréhension.
Quelques limites
121Ces sources offrent des éclairages particuliers à un moment donné. C’est surtout le cas pour l’étude des donations, des testaments et des accords entre laïcs et ecclésiastiques. En outre, le manque de suivi chronologique dans les comptes ne permet pas, là non plus, de dégager une tendance générale, faute de mises en perspective. Il est vrai que les ecclésiastiques doivent percevoir des revenus et des rentes de terres et de possessions de petite taille. Cette dispersion du patrimoine entraîne, par conséquent, des rentes de montants très divers et proportionnels aux biens concédés. Elle complique d’autant la tâche de gestion, ce qui a très certainement entraîné des difficultés de perception. Là encore, l’état fragmentaire de la documentation conservée ne permet guère d’aller plus loin. Les communications demeurent par ailleurs difficiles entre l’intérieur des terres et le littoral, ce qui entrave indéniablement les échanges170.
122D’autres éléments, telle la multiplication des procédures, surtout au xve siècle, semblent indiquer que les moines et les religieux prêtent une attention plus grande aux sources de revenus que sont les concessions et les tenures. Les aveux servent alors de rappel pour les tenanciers. Des agents sont alors nécessaires pour faire respecter les droits et contraindre, le cas échéant, aux paiements. Ainsi s’explique la présence de plus en plus marquée des officiers qui interviennent dans le règlement des litiges et l’application des décisions. Les sergents sont, à cet égard, après décision des cours de justice, les principaux instruments chargés de l’exécution des décisions. Ils occupent une place de choix dans les structures seigneuriales ecclésiastiques et, pour cette raison, sont plus facilement décrits dans les sources ecclésiastiques que dans les sources laïques. La comparaison entre ces structures s’avère pertinente et riche d’enseignements sur l’utilisation et les fonctions de ces agents.
123Par ailleurs, la multiplication des procédures peut indiquer une certaine difficulté des moines et des ecclésiastiques à faire respecter ces mêmes droits, d’où le recours à la justice et à son autorité. Les sources sont sur ce point ambiguës. Elles laissent penser à une hésitation des ecclésiastiques entre reprise en main de la gestion des temporels et manque de gestion rigoureuse, d’où des difficultés croissantes. Il est bien souvent délicat de trancher entre ces deux options, l’une n’excluant pas l’autre. Tout comme les seigneuries laïques, les ecclésiastiques sont confrontés à la même conjoncture et aux mêmes sources d’instabilité économique et politique, mais sont enfin des proies particulières lors des épisodes de crises171.
Conclusion
124Cet aperçu général des apports et des problèmes des sources montre les atouts et les faiblesses de chaque type de documents. À partir de situations précises avec les aveux, les minus et les dénombrements, des études de cas peuvent être conduites. Toute la difficulté consiste ensuite à passer à un autre stade, celui de la mise en perspective, pour dégager les grandes tendances et comprendre les évolutions observées dans ces documents. Les comptes, quand ils sont conservés, complètent les informations et recèlent de nombreuses indications, notamment sur la vie et sur le rôle joué par les agents seigneuriaux, du châtelain aux sergents, représentants du seigneur plus ou moins lointain. Les dépenses ou mises sont tout aussi riches d’enseignements, en esquissant les principaux postes budgétaires et en soulignant les fragiles équilibres des finances, toujours menacés de rompre, surtout lorsque la conjoncture se durcit. De même, les actes et les procédures permettent de saisir les rouages des structures seigneuriales ou leurs dysfonctionnements lorsque les hommes font appel à la justice, mais les aléas de la conservation rendent difficile cet examen. Au lieu de parler de seigneurie au singulier, nous utiliserons tout au long de ce livre le pluriel pour mieux rendre compte de la complexité des situations, et, par là même, de toutes leurs richesses.
Notes de bas de page
1 Bloch Marc, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, Paris, A. Colin, réimpr. 1997 (1re éd. 1949), p. 82.
2 ADLA, 1 E 222 (1), fol. 27 r°.
3 Bloch Marc, Apologie pour l’histoire…, op. cit., chap. V, p. 154-158.
4 Meyer Jean, La noblesse bretonne au xviiie siècle, 2 tomes, Paris, SEVPEN, 1966, p. xiii.
5 C’est le cas le plus fréquent à la fin du Moyen Âge comme le montre particulièrement la série B des Archives départementales de Loire-Atlantique.
6 Pour ne citer que quelques exemples : ADLA, B 842, B 1441, B 1456, B 1458, B 1580, B 1816, B 1817, B 1819, B 1825, B 1827, B 1832, B 1848, B 1849, B 1854, B 1859, B 1866, B 1874, B 1875, B 1881, B 1885, B 1961 bis, B 1973, B 1988, B 1990, B 1992 bis, B 2318, B 2319, B 2320, B 2322, B 2324, B 2325, B 2327, B 2328, B 2330, B 2332, B 2336, B 2338, E 148, E 149, E 150, E 352, E 365, E 366, E 368, E 451, E 471, E 473, E 476, E 483, E 485, E 486, E 489, E 490, E 496, E 508, E 536, E 557, E 596, E 607, E 610, 1 E 65, 1 E 155, 1 E 156, 1 E 322, 1 E 346, G 231, H 10 ; ADM, E 632, 48 H 12, 48 H 13, 48 H 20, 60 H 13.
7 ADLA, B 1456.
8 ADLA, B 1854.
9 ADLA, B 1816, E 352.
10 ADLA, B 1817, B 1874.
11 ADLA, B 2324, B 2331, B 2338, E 148, E 343, E 471, E 473, E 496, E 557, 1 E 65, 1 E 156 ; ADM, 60 H 13, 60 H 18.
12 ADLA, B 1456, B 1854, B 1866, E 304, 1 E 217, H 14, H 16, 21 J 12.
13 Sur cet aspect : Jones Michael et Meirion-Jones Gwyn, « Seigneurie et résidence dans la Bretagne médiévale… », art. cité.
14 ADLA, E 608.
15 ADLA, 1 E 322.
16 Sur les rapports entre seigneurs et paysans en Bretagne : Gallet Jean, Seigneurs et paysans bretons…, op. cit., p. 18-53, 116-137.
17 Ainsi, l’aveu rendu le 27 août 1462 par René de Retz révèle son droit de faire prélever sur les étals des bouchers des Halles de Nantes une pièce de viande au moment du Carême (ADLA, B 1854).
18 ADLA, B 930, B 1458, B 1564, B 1816, B 1817, B 1819, B 1831, B 1851, B 1854, B 1858, B 1870, B 1875, B 1954, B 1990, E 473, E 522, E 610, 1 E 65, 1 E 156, 1 E 322, H 8.
19 ADLA, B 842, B 921, B 922, B 926, B 927, B 928, B 1441, B 1456, B 1458, B 1482, B 1569, B 1574, B 1816, B 1819, B 1825, B 1832, B 1836, B 1848, B 1870, B 1874, B 2318, E 343, E 352, E 362, E 365, E 451, E 471, E 473, E 483, E 489, E 490, E 495, E 496, E 524, E 557, E 600, E 607, E 608, 1 E 156, 1 E 217, 1 E 242, 1 E 322, 1 E 346, G 21, H 10, H 13, H 16, H 55, H 76, 217 J 12, 217 J 22 ; ADM, B 784, B 1781, 53 G 3, 64 G 24, 64 G 31, 66 G 57, 68 G 5, 70 G 9, 27 H 1, 48 H 7, 48 H 11, 48 H 13, 48 H 17, 48 H 20, 48 H 21, 48 H 23, 48 H 26, 60 H 13, 60 H 18, 45 J 49.
20 ADLA, B 925, B 927, B 928, B 1456, B 1482, B 1580, B 1829, B 1843, B 1870, B 1874, B 1992 bis, B 2318, B 2319, B 2322, B 2325, B 2327, B 2331, E 150, E 343, E 471, E 473, E 557, E 600, E 610, 1 E 65, 1 E 155, 1 E 156, 1 E 217 ; ADM, B 784, B 1781, E 1131, E 1542, E 2307, E 2704, 22 G 1, 56 G 3, 48 H 9, 48 H 11, 48 H 12, 48 H 13, 48 H 14, 48 H 15, 48 H 20, 45 J 50.
21 ADLA, B 921, B 922, B 925, B 927, B 928, B 1569, B 1574, B 1580, B 1816, B 1829, B 1832, B 1836, B 1870, B 1874, B 1875, B 19731, B 1988, B 2318, B 2320, B 2328, B 2332, B 2336, E 149, E 343, E 352, E 362, E 366, E 451, E 471, E 473, E 495, E 496, E 517, E 539, E 557, E 596, E 607, 1 E 156, 1 E 217, 1 E 242, 1 E 346, G 231, H 10, H 14, H 16, H 39, 21 J 12, 217 J 22 ; ADM, B 784, 64 G 24, 64 G 30, 64 G 31, 48 H 9, 48 H 14, 48 H 21, 60 H 13, 60 H 15, 60 H 18.
22 ADLA, B 129, B 842, B 1456, B 1458, B 1482, B 1816, B 1819, B 1825, B 1829, B 1832, B 18421, B 18431, B 1859, B 1866, B 1870, B 1962, B 19731, B 2318, B 2322, B 23381, E 150, E 365, E 366, E 368, E 450, E 471, E 473, E 483, E 489, E 490, E 495, E 496, E 508, E 517, E 536, E 557, E 600, E 607, E 608, 1 E 64, 1 E 65, 1 E 155, 1 E 156, 1 E 217, 1 E 242, 1 E 322, 1 E 346, G 21, H 10, H 13, H 14, H 16, H 55, H 76, 21 J 12 ; ADM, 60 H 13, 45 J 49, 45 J 50.
23 ADLA, B 1816, B 1836, E 304, E 352, E 362, E 365, E 368, E 471, E 608, 1 E 65, 1 E 183, 1 E 346, H 10, 36 J 18, 217 J 22 ; ADM, 66 G 59, 48 H 13.
24 ADLA, B 129, B 1446, B 1456, B 1458, B 1827, B 1848, B 1859, B 1866, B 1870, B 1962, B 2318, B 2320, B 2331, E 362, E 364, E 366, E 368, E 450, E 471, E 483, E 485, E 508, E 536, E 557, E 606, E 608, 1 E 65, 1 E 155, G 231, H 39 ; ADM, B 784, E 1131, E 1735, 55 G 1, 56 G 1, 64 G 13, 64 G 18, 64 G 21, 64 G 22, 64 G 23, 64 G 25, 64 G 26, 64 G 29, 64 G 30, 64 G 31, 64 G 32, 64 G 37, 64 G 41, 70 G 8, 70 G 9.
25 ADLA, B 18171, B 1819, B 1829, B 1836, B 1870, B 1874, B 1875, B 1881, B 1990, B 2322, B 2327, B 2328, E 150, E 304, E 352, 1 E 156, G 231, H 16, 217 J 22 ; ADM, 60 H 13, 60 H 18.
26 ADLA, B 1836, B 1859, B 1875, B 1988, B 2322, B 2325, E 150 ; ADM, 60 H 18.
27 ADLA, B 1829, B 1831, B 1846, B 1849, B 1859, B 1870, B 2327, E 150, E 352, E 362, 1 E 217 ; ADM, 60 H 13, 60 H 18.
28 ADM, 56 G 3.
29 Pour une définition plus précise des termes employés ici : cf. annexe 1. ADLA, B 1456, B 1482, B 1819, B 1832, E 352.
30 ADLA, B 1816, B 18171, B 1827, B 18421, B 18432, B 1874, B 1992, E 150, E 455, 1 E 217, 1 E 242, 1 E 333, 1 E 346, G 155, H 14, 217 J 22 ; ADM, 64 G 21, 2 H 1.
31 ADLA, B 795, B 843, B 1819, B 18362, B 18421, B 18432, B 1848, B 1866, B 1875, B 2066, B 2101, E 149, E 150, E 352, 1 E 155, 1 E 217, 1 E 346, G 618, H 76 ; ADM, E 2674.
32 ADLA, B 2319, B 2320, B 2328, B 2332 ; ADM, 2 H 1, 48 H 7, 48 H 9, 48 H 16, 48 H 21, 48 H 23.
33 ADLA, B 1441, B 1446, B 1456, B 1458, B 1482, B 1580, B 18171, B 1829, B 1832, B 1836, B 18421, B 1846, B 1848, B 1849, B 1870, E 362.
34 ADLA, B 1816, B 18171, B 1825, B 18431, B 1849, B 1854, B 1881, B 1885, B 1961 bis, B 1962, B 1972, B 1990, B 2322, E 149, E 352, E 362, 1 E 156, 1 E 217, 1 E 242, 1 E 322, G 21, G 231, H 13, H 14, H 16, 36 J 18, 217 J 12, 217 J 22 ; ADM, 60 H 13.
35 ADLA, B 930, B 1567, B 1574, B 1577, B 1849, B 1874, B 1990, B 2327, B 2328, B 2330 ; ADM, 60 H 13, 60 H 18.
36 Extrait du minu baillé le 4 décembre 1464 par Hervé Delannouan à Jean Rozerch, receveur d’Auray, pour le rachat de terres, rentes et héritages en la paroisse de Landévant (ADLA, B 930).
37 Comme juveigneurs, les cadets nobles doivent autorité à leur frère aîné, de qui ils tiennent leurs biens et leurs terres : Gallet Jean, La Seigneurie bretonne…, op. cit., p. 241.
38 Extrait de l’aveu rendu le 27 août 1462 par René de Retz au duc de Bretagne (ADLA, B 1854).
39 Pichot Daniel, Le Village éclaté…, op. cit., p. 355.
40 ADLA, B 1816, B 1825, B 1829, B 1831, B 18421, B 1846, B 1866, B 1874, B 1875, B 1881, B 1990, B 1992 bis, E 304, E 352, E 362, 1 E 156, 1 E 217, 1 E 242, 1 E 322, G 21, H 10.
41 ADLA, B 1456, B 1458, B 1482, B 1836, B 1962, B 1972, 1 E 156, 1 E 217, H 76, 217 J 12.
42 ADLA, B 1446, B 1456, B 1829, B 1831, B 1832, B 1839, B 18421, B 1846, B 1874, B 1972, E 352, E 362, 1 E 217, 1 E 322, H 13, H 14, 21 J 12.
43 ADLA, B 2325, E 362, 1 E 217, 1 E 322, H 14.
44 ADLA, 1 E 322.
45 Barthélemy Dominique, Les deux âges de la seigneurie banale…, op. cit., p. 398.
46 Par exemple : « Eet que en deffault desdictes chouses [non payees] leurdit seigneur se peult prandre et vanger sur lesdictes vignes es foiz et quantes que bon luy semblera selond l’usement et goudvernement du pays… » (extrait d’un aveu rendu en 1478 à Jehan de la Jou : ADLA, 1 E 322). Il n’y a pas d’autre explication plus précise quant à la coutume justement.
47 ADLA, 1 E 156, H 16.
48 Extrait du bail à convenant conclu le 12 juin 1501 entre Pierre Rouxeau et Jehan Tuzual (ADM, 48 H 12).
49 C’est particulièrement le cas pour les grandes seigneuries, parmi lesquelles les baronnies, où les rédacteurs se contentent de présenter les paroisses sur lesquelles pèsent les droits seigneuriaux, sans énumérer la liste des tenanciers et des possessions (Cartulaire des sires de Rays (1160-1449), publié par Blanchard René, Archives historiques du Poitou, t. 30, Poitiers, 1899, pièce CCLII, disponible sur gallica, consulté le 04/11/2016).
50 Bien souvent, nous ne disposons que de quelques aveux rendus par des tenanciers, ce qui ne permet qu’imparfaitement d’approcher les réalités seigneuriales comme, par exemple, le cartulaire des sires de Rays, publié par René Blanchard : ibid.
51 ADLA, B 1563, B 1576, B 1816, B 1817, B 1819, B 1848, B 1849, E 148, E 151, E 450, E 496, 1 E 217, 1 E 322 ; ADM, E 2889, 55 G 1, 28 H 1, 48 H 16, 48 H 19, 56 H 1, 60 H 13.
52 Nous pouvons ainsi croiser les informations des aveux avec celles des comptes pour les seigneuries de la Blanchardais, des Huguetières surtout, de la Jou dans une moindre mesure pour le comté de Nantes. Pour le Vannetais, de par l’étendue des registres conservés, seule la vicomté de Largouët permet une telle approche.
53 ADLA, B 1832, B 18421, B 18431, B 1846, B 1854, B 1859, B 1866, B 1870, B 1875, B 1962, B 1972, B 19731, B 1992 bis, B 2327, B 2328, B 2332, E 150, E 151, E 304, E 352, E 362, 1 E 156, 1 E 217, 1 E 242, 1 E 322, 1 E 346, 1 E 746, G 226, H 16, H 34, H 76, 217 J 12, 217 J 15, 217 J 22 ; ADM, 60 H 15.
54 ADLA, B 921, B 922, B 924, B 925, B 926, B 927, B 928, B 930, B 933, B 934, B 935, B 936, B 940, B 942, B 944, B 1441, B 1458, B 1561, B 1563, B 1564, B 1565, B 1566, B 1567, B 1569, B 1572, B 1573, B 1574, B 1575, B 1576, B 1577, B 1578, B 1579, B 1580, B 1816, B 18171, B 1821, B 1829, B 1831, B 18431, B 1846, B 1848, B 1851, B 1858, B 1859, B 1866, B 1874, B 1875, B 1881, B 1954, B 1956, B 1960, B 1961 bis, B 1972, B 19731, B 1974, B 1976, B 1980, B 1988, B 1989, B 1990, B 1992, B 2231, B 2314, B 2315, B 2316, B 2317, B 2319, B 2320, B 2321, B 2322, B 2323, B 2326, B 2327, B 2329, B 2330, B 2333, B 2334, B 2336, B 23381, E 151, E 387 ; ADM, E 2307, 7 G 1.
55 ADLA, B 1954, B 1960, B 1971, B 1972, B 19731, B 1974, B 1976, B 1989.
56 ADLA, B 1954, B 1960, B 1972, B 1974, B 1976, B 1989.
57 Kerhervé Jean, L’État breton…, op. cit., t. 1, p. 482.
58 ADLA, B 921, B 928, B 933, B 940, B 1574, B 1875, B 2317, B 2323, B 2327, B 2336.
59 ADLA, B 942, B 944, B 1441, B 1446, B 1456, B 1458, B 1563, B 1564, B 1575, B 1577, B 1580, B 1831, B 1874, B 1960, B 19731, B 1974, B 1976, B 1980, B 1989, B 2231, B 2319, B 2321, B 2330, B 2335 ; ADM, E 2307.
60 Dans les années 1390, des documents attestent la présence d’une Chambre des comptes, devenue une institution à part entière, avec ses propres officiers, ses archives, ses procédures et son ressort administratif. Cette chambre siégeait à Vannes : elle devait exister avant 1373, mais nous ne possédons pas de document antérieur car la ville fut mise à sac par le vicomte de Rohan en 1373 : Jones Michael, Ducal Brittany (1364-1399). Relations with England and France during the reign of Duke John IV, Oxford, Oxford University Press, 1970, p. 30.
61 Wismes Baron de, « Le trésor de la rue des Caves à Nantes », RBV, t. 5, 1859, p. 152-162, 311-335.
62 ADLA, E 610, 1 E 156, 1 E 322, G 151, H 34.
63 ADM, E 17351.
64 ADLA, H 14, H 34 ; ADM, 70 G 9.
65 Un exemple, très précis, nous est offert pour les paroisses de Belz et Erdeven : « Premier, en la parroesse d’Erdeven, ou village de Kereven, en […] un petit courtill frost, dunt n’y a nul prouffilt. Item, un autre petit courtill contenant la XIIe partie de journee, quel estre laboure par Fiacre […] soubz orge et y a aux appartenances dudit village environ quinze journees de terre, desquelx y a laboure par ledit Fiacre soubz ferme I journee, soubz feves et […] une journee et soubz orge siece de journee et le parsus est frost et en garez. Item, […] deux journees dont y a laboure par ledit Fiacre soubz froment, quart de journee, et le parsus frost. Item, aux appartenances de Kerdelam, en ladicte parroesse, environ quart de journee en trois petites pieces frostes. Item, a Kerrianoe en ladicte parroesse, (a la) quart de journee frost. Item, a Kerdavid, environ demi journee labouré soubz seille par ledit Fiacre. Item, en la ville parroescale d’Erdeven, Eon le Guerin convenant d’une piece de terre demie perree seille. Item, demie journee de terre froste. Item, en la parroesse de Bels, aux appartenances de Kerprevest, doux journees de terre frostes… » (extrait du minu baillé le 16 août 1434 par Katherine des Fontaines à Jehan Guemachon, receveur d’Auray : ADLA, B 927).
66 ADLA, B 922, B 924, B 925, B 926, B 927, B 928, B 930, B 934, B 935, B 936, B 940, B 942, B 944, B 1441, B 1458, B 1563, B 1564, B 1565, B 1566, B 1572, B 1573, B 1575, B 1576, B 1577, B 1578, B 18172, B 1829, B 1831, B 1846, B 1848, B 1858, B 1859, B 1874, B 1875, B 1881, B 1954, B 1956, B 1960, B 1971, B 19731, B 1974, B 1980, B 1990, B 2314, B 2315, B 2316, B 2317, B 2319, B 2321, B 2325, B 2326, B 2329, B 2330, B 2333, 2334, B 2335, B 2336, B 23381 ; ADM, E 2307, 7 G 1.
67 ADLA, B 922, B 924, B 925, B 926, B 928, B 930, B 933, B 934, B 935, B 935, B 940, B 1563, B 1564, B 1565, B 1566, B 1567, B 1572, B 1574, B 1575, B 1577, B 1578, B 1579, B 1816, B 1829, B 1831, B 1859, B 1866, B 1956, B 1960, B 1961 bis, 1971, B 1976, B 1980, B 2231, B 2317, B 2326, B 2330, B 2333, B 2334, B 2335 ; ADM, E 2307, 7 G 1.
68 ADLA, B 922, B 924, B 925, B 926, B 928, B 930, B 933, B 934, B 935, B 936, B 940, B 942, B 1563, B 1565, B 1566, B 1574, B 1575, B 1576, B 1578, B 1579, B 1816, B 18172, B 1829, B 1831, B 1866, B 1874, B 1954, B 1956, B 19731, B 1980, B 1988, B 1989, B 2231, B 2317, B 2322, B 2325, B 2327, B 2330, B 2333, B 2334, B 2335 ; ADM, E 2307, 7 G 1.
69 ADLA, B 922, B 930, B 933, B 936, B 942, B 1441, B 1561, B 1564, B 1566, B 1567, B 1572, B 1574, B 1575, B 1579, B 1580, B 2317, B 2319, B 2321, B 2323, B 2330, B 2333, B 2334, B 2335, B 23381, E 387 ; ADM, E 2307.
70 ADLA, B 922, B 924, B 934, B 935, B 936, B 940, B 1565, B 1572, B 1576, B 1816, B 19731, B 1974, B 1976, B 2317, B 2330, B 2333, B 2335, B 2336, E 387 ; ADM, E 2307, 7 G 1.
71 ADLA, B 921, B 922, B 924, B 925, B 927, B 928, B 933, B 934, B 935, B 936, B 942, B 944, B 1561, B 1563, B 1564, B 1565, B 1566, B 1567, B 1569, B 1572, B 1573, B 1574, B 1575, B 1576, B 1577, B 1578, B 1579, B 1580, B 1954, B 1956, B 1960, B 1972, B 19731, B 1974, B 1976, B 1989, B 1992 bis, B 2231, B 2315, B 2317, B 2319, B 2320, B 2322, B 2323, B 2325 ; ADM, E 2307.
72 ADLA, B 922, B 924, B 928, B 930, B 936, B 1561, B 1563, B 1564, B 1566, B 1567, B 1569, B 1574, B 1575, B 1576, B 1577, B 1578, B 1579, B 2335, E 151 ; ADM, E 2307.
73 Gallet Jean, « Une mesure ancienne dans la paroisse de Baden : la mesure caignarde (xve-xviiie siècles) », BSPM, 1972 », art. cité, p. 62.
74 ADLA, B 1441, B 1817, B 1829, B 1831, B 1874, B 1881, B 1954, B 1956, B 1976, B 1990.
75 ADLA, B 933, 1 E 242.
76 ADLA, B 925, B 930, B 944, B 2317 ; ADM, 64 G 18, 68 G 5, 27 H 1, 48 H 7, 48 H 12.
77 ADLA, B 933, B 934, B 944, B 1563, B 1564, B 1565, B 1574, B 1577, B 1579, B 1831, B 1846, B 1954, B 1960, B 1961 bis, B 1971, B 19731, B 1974, B 1976, B 1980, B 1989, B 1990, B 1992 bis, B 2231, B 2317, B 2330, B 2336, B 2330, B 2336 ; ADM, E 2307, E 2710.
78 ADLA, B 922, B 927, B 935, B 944, B 1458, B 1563, B 1564, B 1574, B 1980, B 2314, B 2335.
79 ADLA, B 1441, B 1482, B 1561, B 1563, B 1565, B 1567, B 1569, B 1572, B 1580, B 1816, B 18171, B 1825, B 1829, B 1831, B 1846, B 1859, B 1866, B 1875, B 1881, B 1885, B 1954, B 19731, B 1976, B 1980, B 1988, B 1989, B 1990, B 1992 bis, B 2231, B 2314, B 2317, B 2319, B 2320, B 2322, B 2325, B 2326, B 2327, B 2329, B 2330, B 2333, B 2334, B 2335, B 2336, E 352, E 387.
80 ADLA, B 1565, B 1580, B 1581, B 1843, B 1875, B 2328 ; ADM, 64 G 6. Pour ce qui concerne l’étude des rentiers : Fossier Robert, Polyptyques et censiers, fasc. 28, Turnhout, Brepols, « Typologie des sources du Moyen Âge occidental », 1978 ; Brunel Ghislain, Guyotjeannin Olivier et Moriceau Jean-Marc, Terriers et plans-terriers du xiiie au xviiie siècle. Actes du colloque de Paris (23-25 septembre 1998), Paris, École Nationale des Chartes, 2002.
81 Pour avoir quelques exemples : ADLA, 1 E 222 (1), fol. 10v°, 11r°-v°, 12r°, 13v° ; 1 E 222 (2), fol. 10v°, 11r°-v° ; 1 E 222 (3), fol. 12 r°-v°, 13 r° ; 1 E 222 (4), fol. 8 v°, 9 r°-v°, 10 r°-v°, 23 r°-v°.
82 ADLA, B 1565.
83 ADLA, B 1048, fol. 225 v°. Cité par Kerhervé Jean, L’État breton…, op. cit., t. 1, p. 421.
84 Ibid., p. 418-419.
85 ADLA, B 1565, B 1581, B 1875, B 1961 bis, B 2328.
86 ADLA, B 1581.
87 ADLA, B 1961 bis.
88 ADLA, B 1875, B 2328.
89 Kerhervé Jean, L’État breton…, op. cit., t. 1, p. 411.
90 Id.
91 Par exemple : ADLA, 1 E 221 (2), fol. 16r° ; 1 E 221 (3), fol. 22r° ; 1 E 222 (1), fol. 26r° ; 1 E 222 (2), fol. 26r° ; 1 E 222 (3), fol. 28r° ; 1 E 222 (4), fol. 34v° ; 1 E 223 (1), fol. 28v° ; 1 E 223 (2), fol. 38r° ; 1 E 223 (4), fol. 27r° ; 1 E 223 (5), fol. 27 r°.
92 Par exemple, pour la seigneurie de Bouin : Sarrazin Jean-Luc, « La comptabilité de la seigneurie de Bouin en 1473-1474 d’après le compte de rachat de la baronnie de Rays », in Jean-Christophe Cassard, Yves Coativy, Alain Gallicé et Dominique Le Page (dir.), Le prince, l’argent, les hommes au Moyen Âge. Mélanges offerts à Jean Kerhervé, Rennes, PUR, 2008, p. 283-298.
93 Nous retrouvons quelques indications de cette procédure dans les registres conservés : ADLA, 1 E 222 (1), fol. 27 r°.
94 ADLA, 1 E 221 (1), fol. 14r° ; 1 E 221 (2), fol. 16r° ; 1 E 221 (3), fol. 22r° ; 1 E 222 (1), fol. 26r° ; 1 E 222 (2), fol. 26r° ; 1 E 222 (3), fol. 28r° ; 1 E 223 (1), fol. 28v°.
95 ADLA, E 261 (1 à 5), E 262 (1 à 4), E 263 (1 à 5), E 264 (1 à 3), E 267 (1 à 7), E 267 (1 à 8), E 268 (1 à 6), E 277 (1 à 6), E 500 (1 à 12), E 501 (1 à 5), E 502 (1 à 4), E 503 (1, 2), 1 E 221 (1 à 4), 1 E 222 (1 à 4), 1 E 223 (1 à 6), 1 E 674 (1 à 9) ; ADM, E 2703, E 2704, E 2705, E 2706, E 2707, E 2708, E 2709, E 5289, E 5290. Voir au sujet des vicomtés de Largouët et Rochefort : La Borderie Arthur de, « Les seigneurs de Largouët et de Rochefort », MSHAB, 1854-1858, p. 98-117 ; pour la châtellenie de la Roche-Moisan : Id., « Le Quémenet-Héboi et les seigneuries de la Roche-Moisan… », art. cité, p. 372-387. La monnaie de compte évolue tout au long du xve siècle, avec l’apparition dans la décennie 1480 de livres tournois dans les registres de comptes. Nous pouvons alors convertir les livres tournois en livres bretonnes en nous appuyant sur les rapports présentés en bilan des cahiers. Il faut aussi tenir compte des fluctuations monétaires, surtout à la fin du xve siècle, qui sont difficilement saisissables mais qui n’en demeurent pas moins essentielles dans l’amoindrissement des recettes seigneuriales. Tous ces éléments rendent difficile l’établissement de graphiques cohérents sur tout le xve siècle.
96 Nassiet Michel, op. cit., p. 56.
97 ADLA, E 268 (3), fol. 5 r°, E 268 (4), fol. 3 r°, fol. 4 v°, E 268 (5), fol. 7 v°, E 268 (6), fol. 3 v°, fol. 4 v°, E 277 (5), fol. 11 r°, 1 E 333 (1), fol. 2 v°, 1 E 674 (9), fol. 15 r° ; ADM, 60 H 18, 1 J 39 (4), fol. 5 v°.
98 C’est ce qu’indiquent les mentions « derrain encherisseur » ou « le plus offrant/donnant » que nous rencontrons au fil des registres : ADLA, 1 E 221 (1), fol. 2 v° ; 1 E 221 (2), fol. 3 v°, 5 v° ; 1 E 222 (1), fol. 4 v°, 6 r°-v°, 9 v°, 18 r°, 19 r° ; 1 E 222 (2), fol. 18 r° ; 1 E 222 (4), fol. 5 r° ; 1 E 223 (1), fol. 11 v°, 19 v°, 20 r°, 1 E 223 (3), fol. 4 r°, 5 v°, 7 v°, 8 r°, 12 v°, 13 r° ; 1 E 223 (5), fol. 5 r°, 6 r°, 7 r° ; 1 E 223 (6), fol. 11 r°, 12 r°, 13 r°-v°, 14 v°, 15 r°.
99 Pour avoir quelques exemples : cf. annexe 2.
100 ADLA, E 261, E 262, E 263, E 264, E 268, E 277 ; ADM, E 2307, E 2704, E 2705, E 2706, E 2708, E 2709.
101 ADLA, E 268, E 522, 1 E 217, 1 E 221, 1 E 333, 1 E 674 ; ADM, E 2707, 68 G 5, 80 G 2, 80 G 3, 80 G 4.
102 Cf. annexe 2.
103 ADLA, 36 J 24.
104 Le plus souvent ce sont les annotations des auditeurs de la Chambre des comptes qui figurent dans cet espace, mais les receveurs peuvent revenir sur leurs déclarations. Par exemple : ADLA, 1 E 222 (3), fol. 27 v°.
105 Delumeau Jean (dir.), Histoire de la Bretagne, Toulouse, Privat, 2000, p. 190-191 ; Coativy Yves, La monnaie des ducs de Bretagne de l’an mil à 1499, Rennes, PUR, 2006, p. 323-338.
106 ADLA, 1 E 221 (4), fol. 19 r°.
107 Les graphiques élaborés dans le cadre de ce travail ont tous été construits à partir de nos propres calculs, en reprenant année par année les montants perçus et en distinguant les rentes certaines des rentes incertaines, sauf mention contraire.
108 ADLA, 1 E 223 (3).
109 ADLA, 1 E 221 (3), fol. 21 r°-22 r° ; 1 E 222 (1), fol. 25 r°-v° ; 1 E 222 (2), fol. 24 v°-25 v° ; 1 E 222 (3), fol. 25 v°-26 v° ; 1 E 222 (4), fol. 29 r°-30 r° ; 1 E 223 (1), fol. 25 v°-26 r° ; 1 E 223 (2), fol. 25 r°-26 r°, 30 v°-31 r° ; 1 E 223 (5), fol. 17 v°-22 v°.
110 ADLA, 1 E 221 (4), fol. 1 r° ; 1 E 222 (2), fol. 1 r°.
111 ADLA, E 66, E 71, E 261 (1 à 5), E 262 (1 à 4), E 263 (1 à 2), E 267 (1 à 7), E 268 (1), E 277 (1 à 5), E 299 (1), E 329, E 522, 1 E 221 (1 à 4), 1 E 333 (1 à 3), 1 E 674 (1 à 9), 36 J 18 ; ADM, E 2707, 68 G 5, 80 G 2, 80 G 3, 80 G 4, 80 G 5.
112 ADLA, E 263 (3 à 5), E 264, E 268 (2 à 6), E 277 (6), E 299 (2), E 522 (1), 1 E 221 (1 à 3), 1 E 674 (7), G 21, G 37 ; ADM, E 2704, E 2705, E 2706, E 2707, E 2708, E 2709, 60 H 18.
113 Le compte rendu le 13 août 1450 par Birend Merlet indique même un office de six ans : ADLA, 1 E 221 (3), fol. 19 r°.
114 ADLA, E 66, E 71, E 299, E 522, G 37 ; ADM, E 2704, E 2705, E 2706, E 2707, E 2708, E 2709, E 2710.
115 ADLA, E 268 (3 à 6), 1 E 674 (1), 1 E 674 (2), 1 E 674 (5), 1 E 674 (7), 1 E 674 (9) ; ADM, E 2704, fol. 9 v°, fol. 44 r° ; E 2705, fol. 9 r° ; E 2708, fol. 9 v°-10 r° ; E 2709, fol. 24 r°-v° ; E 2710, fol. 30 v°- 31 r°.
116 E 71 (1), fol. 3 r°- 5 v°, E 71 (2), fol. 2 v°- 4 v°, E 299 (1), fol. 4 r° ; ADM, E 2704, fol. 9 v°, 1 J 39.
117 ADLA, 1 E 221 (1), fol. 4 r° ; 1 E 221 (2), fol. 3 r°-v° ; 1 E 221 (3), fol. 3 v° ; ADM, E 2704, fol. 13 v°, fol. 14 r° ; E 2705, fol. 17 r°-v° ; E 2706, fol. 16 r°-17 r° ; E 2707, fol. 47 r° ; E 2708, fol. 11 v° ; E 2710, fol. 26 r° ; 1 J 39 (4), fol. 5 r°-v°, fol. 7 r°.
118 ADLA, E 268 (1 à 5) ; ADM, E 2704, fol. 10 v° ; E 2705, fol. 10 v° ; E 2706, fol. 13 r° ; E 2707, fol. 40 v° ; E 2708, fol. 3 r°, fol. 13 v° ; E 2709, fol. 22 v°, fol. 23 r° ; E 2710, fol. 28 v°.
119 ADLA, E 267 (3, 4, 6 et 7), E 268 (1, 3, 4 et 6), 1 E 674 (8), G 37 ; A.DM, E 2706, fol. 32 r° ; E 2707, fol. 41 r° ; E 2708, fol. 7 v° ; E 2709, fol. 23 r° ; E 2710, fol. 29 r°.
120 ADLA, 1 E 674 (8 et 9).
121 ADLA, E 268 (3), fol. 5 r° ; E 268 (4), fol. 3 r°, fol. 4 v° ; E 268 (5), fol. 7 v° ; E 268 (6), fol. 3 v°, fol. 4 v° ; E 277 (5), fol. 11 r°, 1 E 333 (1), fol. 2 v°, 1 E 674 (9), fol. 15 r° ; ADM, 60 H 18, 1 J 39 (4), fol. 5 v°.
122 ADLA, E 268 (3), fol. 5 r°.
123 Id.
124 ADLA, E 263, 1 E 222 (1), fol. 6 v°.
125 ADLA, E 263 (4), fol. 10 v°, fol. 12 r° ; E 268 (4), fol. 7 r°.
126 ADLA, 1 E 674 (7), fol. 9 r°.
127 ADLA, E 268 (5), fol. 5 v° ; E 268 (6), fol. 4 r° ; ADM, E 2706, fol. 11 v°-12 r°.
128 Cf. graphiques 1-48.
129 Pour la seigneurie de la Blanchardais, qui offre les comptes les plus anciens sur un laps de temps assez important et suivi dans notre corpus, nous disposons de comptes à peu près suivis chronologiquement à partir de 1430 et jusqu’en 1496 au moins, notre étude s’arrêtant à la fin du xve siècle, tandis que pour la prévôté d’Ancenis il faut attendre 1453 pour élaborer une série quasi-continue jusqu’en 1500, là aussi arrêtée pour les mêmes raisons que celle de la Blanchardais. Voir à ce sujet : ADLA, E 261, E 262, E 263, E 264, 1 E 221, 1 E 222, 1 E 223.
130 ADLA, E 262 ; pour la vicomté de Largouët : ADM, E 2707.
131 Par exemple : ADLA, E 262, E 264.
132 La Revue de métrologie offre ici des pistes et des indications précieuses.
133 Demolon Manuel décimal de l’arpenteur, Nantes, Imprimerie P. F. Hérault, 1802 ; Glais Aimé, Manuel élémentaire des poids et mesures rédigé particulièrement pour le département du Morbihan, Vannes, Imprimerie Galles, 1807 ; ainsi que : Mauricet Alphonse, Des anciennes mesures de capacité et de superficie dans les départements du Morbihan, du Finistère et des Côtes-du-Nord, Vannes, Imprimerie Galles, 1893. Comme étude spécialisée nous disposons de l’article de Jean Gallet : Gallet Jean, « Une mesure ancienne dans la paroisse de Baden… », art. cité, p. 53-62.
134 ADLA, E 268, E 299, G 37 ; ADM, 80 G 4, 80 G 5.
135 ADM, 48 H 7, 48 H 12.
136 ADLA, 1 E 746, G 151, H 10.
137 ADLA, E 335, 1 E 163, 1 E 674, G 334, H 4, 21 J 13, 217 J 15 ; ADM, 22 G 1, 64 G 18, 64 G 22, 64 G 23, 68 G 5, 27 H 1.
138 ADLA, E 306, E 336, 1 E 746, G 251 ; ADM, E 1735, 64 G 23, 60 H 13, 60 H 15, 89 J 62.
139 ADM, 68 G 1, 60 H 13.
140 ADLA, 1 E 336, G 334, H 7, H 8, H 10, H 34 ; ADM, E 1735, 56 G 1, 64 G 22.
141 ADM, 1 J 625.
142 ADLA, E 306.
143 ADLA, E 306, 1 E 746, G 251.
144 ADM, 64 G 23.
145 ADM, E 1131.
146 Extraits d’un contrat de vente et d’afféagement du 8 août 1477 (ADLA, E 335).
147 ADLA, E 306 ; ADM, 60 H 13.
148 Extrait de l’affermage du four appartenant au chapitre de Vannes conclu le 14 août 1474 entre le chapitre et Morice Guillo (ADM, 68 G 1).
149 Extrait de l’accensement conclu le 23 février 1376 (n. st.) entre le chapitre de Vannes et Jehan Lemercier (ADM, 64 G 22).
150 Extrait de la condamnation rendue le 26 mai 1463 par la cour du chapitre de Vannes (ADM, 64 G 22).
151 ADLA, 1 E 336, G 334, H 34 ; ADM, E 1735, 56 G 1, 64 G 22.
152 Extrait de l’accensement réalisé le 23 février 1376 (n. st.) par le chapitre de Vannes (ADM, 64 G 22).
153 ADLA, 1 E 336, G 334, H 7, H 8, H 10, H 34 ; ADM, E 1735, ADM, 56 G 1, 64 G 22.
154 ADM, 64 G 22.
155 Les bombardements sur la ville de Nantes lors de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) ont entraîné des pertes majeures dans cette catégorie.
156 ADLA, H 2, H 3, H 4, H 7, H 8, H 10, H 13, H 14, H 16, H 25, H 34, H 76, 217 J 15 ; ADM, 27 H 1, ADM, 48 H 7, 48 H 12, 56 H 1, 60 H 13, 60 H 15, 60 H 18.
157 Pour ne citer que les cisterciens : Dufief André, Les Cisterciens en Bretagne (XIIe-XIIIe siècles), Rennes, PUR, 1997.
158 ADLA, E 66, E 71, G 37, 36 J 24 ; ADM, 80 G 2, 80 G 3, 80 G 4, 80 G 5.
159 ADLA, G 21, G 231, H 10, H 13, H 14, H 16, H 34, H 76 ; ADM, 60 H 13, 60 H 18.
160 ADLA, G 37 ; ADM, 67 G 4, 80 G 2, 80 G 3, 80 G 4, 80 G 5, 80 G 6, 80 G 7, 80 G 47.
161 ADLA, H 34 ; ADM, 60 H 13.
162 ADLA, G 151 ; ADM, 27 H 1.
163 ADLA, H 34 ; ADM, 56 G 3.
164 ADLA, E 78, E 80, H 2, H 25 ; ADM, 60 H 13.
165 ADLA, H 2.
166 ADLA, H 3, H 34 ; ADM, 56 H 1.
167 ADLA, H 25.
168 Gaillard Marine, Le temporel de l’abbaye cistercienne de Villeneuve au Moyen Âge (1201-1540), vol. 2 : Pièces justificatives, mémoire de maîtrise (dactyl.), université de Nantes, 2004, documents n° 77, p. 75-76 ; 83, p. 89-91 ; 85, p. 96-137 ; Raturat Mélinée, Le temporel de l’abbaye de Blanche-Couronne au Moyen Âge, vol. 2 : Transcription des sources, mémoire de maîtrise (dactyl.), université de Nantes, 2004, documents n° 41, p. 60-61 ; 42, p. 62-64 ; 43, p. 65-66 ; n° 44, p. 66-67 ; 48, p. 83-85 ; 72, p. 135-136 ; 96, p. 179-180 ; 112, p. 208-209 ; 113, p. 210-212 ; 117, p. 217 ; 141, p. 263-264 ; 144, p. 271-272 ; 153, p. 286-312.
169 ADM, 56 G 2, 64 G 26.
170 Nous ne disposons pas d’étude précise sur la fin du Moyen Âge, hormis les remarques faites par Henri Touchard en introduction à sa thèse sur le commerce maritime breton à la fin du Moyen Âge : Touchard Henri, op. cit., p. 3-4. Nous renvoyons donc aux travaux disponibles pour la fin de l’époque moderne et le début de l’époque contemporaine : Letaconnoux, Joseph, « Note comparative sur la distance entre l’intérieur de la Bretagne et la mer aux xviiie, xixe et xxe siècles », AB, t. 23, 1907, en particulier p. 317-321.
171 Mollat Mgr G., « Les désastres de la guerre de Cent Ans en Bretagne », art. cité, p. 176.
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