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    Plan détaillé Texte intégral Rapide portrait de groupe : les inspecteurs généraux de l’Instruction publiqueLa visite de Monsieur l’inspecteur général dans la classeAu cœur de l’inspection : la gestion des carrières enseignantesL’inspecteur général et les questions pédagogiques Notes de bas de page Auteur

    Les personnels d’inspection

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    Table des matières

    La venue de « Monsieur l’Inspecteur général » au collège et au lycée : contrôle ou conseils pédagogiques ? (1880-1914)

    Stéphanie Dauphin

    p. 127-143

    Texte intégral Rapide portrait de groupe : les inspecteurs généraux de l’Instruction publiqueDes hommes sûrs, agents du régime républicain et de ses valeursDes connaisseurs de l’Instruction publique à laquelle ils doivent leur promotionDes rapporteurs de faits et d’expériences : un devoir de distance ?La visite de Monsieur l’inspecteur général dans la classeL’inspecteur général : un missi dominici en tournéesLe déroulement de l’inspectionAu cœur de l’inspection : la gestion des carrières enseignantesLes documents issus de l’inspectionUn exemple de reconstitution de carrière au regard des rapports des inspecteurs généraux : Albert Charles AncelinJuger l’enseignant : s’adapter ou muter ? L’exemple de Louis AndréL’inspecteur général et les questions pédagogiquesUn exemple : les langues vivantes dans des collèges de l’académie de Paris en 1880Un enseignant « modèle » en anglais ? Miltiade AndreüUn cours contesté en philosophie : défendre les enseignants contre la rumeurL’enseignement des sciences après la réforme de 1902 Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1« Longtemps, l’inspection générale a pu paraître extérieure, voire réfractaire à la notion d’évolution. Sa mission même de contrôle, consistant à vérifier la bonne application de la norme, tendait à faire d’elle davantage un frein au changement qu’un accélérateur1. » Les inspecteurs généraux apparaissent cependant aujourd’hui bien davantage comme des experts du système éducatif, comme des conseillers et des relais du ministre dans sa politique de rénovation des structures scolaires et des méthodes pédagogiques2. Cette conception nouvelle de la fonction d’inspection générale est-elle en réelle et totale rupture avec celle d’autrefois ? Il peut être intéressant, à ce niveau, de focaliser l’analyse sur les débuts de la Troisième République, période au cours de laquelle les hommes au pouvoir font de l’École un enjeu majeur à la fois au niveau social et politique sinon idéologique. Dans ces circonstances, quel est donc le rôle des inspecteurs généraux ? Sont-ils perçus comme de véritables contrôleurs, sorte d’inquisiteurs, prompts à prononcer « l’excommunication » et la disgrâce, dans la suite des missions confiées à l’inspection générale par le schéma napoléonien mis en place en 1802 et renforcé au sein de l’Université impériale en 1806-1808 ? Les inspecteurs généraux ont-ils, au contraire, déjà un rôle important de conseillers et de formateurs pédagogiques, spécialistes des questions liées à l’enseignement de leur discipline au sein d’un enseignement secondaire encore très élitaire ? Dans quel état d’esprit les inspecteurs généraux se rendent-ils dans les établissements et comment diffusent-ils les réformes ? Il s’agit donc ici de se placer à l’échelon local, au niveau des établissements, pour pénétrer dans les classes de collège et de lycée, afin de mieux cerner leur mission complexe et de comprendre quelles relations se nouent entre eux et les enseignants. C’est en dévoilant leurs pratiques, mais aussi les représentations qu’ils se font de leur rôle que l’on peut mieux saisir le sens de leur action. Hommes de liaison, les inspecteurs généraux sont à la disposition du pouvoir central pour contrôler mais aussi moderniser l’institution. Ils sont pourtant souvent perçus par certains professeurs comme des suppôts d’une bureaucratie malfaisante, même si, pour d’autres, ils apparaissent respectés. Lors de sa tournée, l’inspecteur ne prévient pas de son arrivée dans la classe et rédige ensuite un rapport qui est souvent assez dur envers l’enseignant. Dans ces conditions, reste-t-il un peu de place pour un vrai dialogue et des moments de conseils pédagogiques ? Une fois l’épreuve de l’inspection passée, que reste-t-il de cette visite ?

    Rapide portrait de groupe : les inspecteurs généraux de l’Instruction publique

    2Historiquement et statutairement, les inspecteurs généraux sont des hauts représentants de l’État apparus dès 1802, donc en même temps que les lycées napoléoniens3. Ils appartiennent à une catégorie prestigieuse quasi régalienne. Les noms de certains d’entre eux sont connus grâce à leurs travaux ou à leur carrière au sein de la haute fonction publique : André-Marie Ampère, Michel Bréal ou Octave Gréard4 incarnent ces élites administrativo-universitaires. Le ministère leur reconnaît une compétence technique et intellectuelle dont ils tirent une légitimité forte. Nommés par décret ministériel au sommet de la hiérarchie, ils conservent, comme le veut la tradition, une certaine autonomie. Même s’ils sont au service de l’État, ces « fantassins de l’histoire », selon la formule d’Henri-Irénée Marrou, se placent en position d’indépendance à l’égard des autorités académiques et rectorales.

    Des hommes sûrs, agents du régime républicain et de ses valeurs

    3Ce sont des hommes sûrs. Les titulaires suspects ou compromis aux yeux de la majorité républicaine sont écartés entre 1877 et 1882. C’est le cas notamment de Charles Jourdain, Francisque Bouiller, mais aussi d’Eugène Rendu, candidat malheureux aux élections d’octobre 1877 et de Marie Bardy, signalé pour ses agissements cléricaux, mis en congé sur ordre de Ferdinand Buisson. Victor Puiseux, Alexis Chassang et Félix Deltour complètent la liste. Le ministère leur préfère pour l’inspection des lycées des hommes reconnus pour leurs talents pédagogiques et leurs travaux scientifiques comme Charles Vacquant, Jacques-Émile Fernet, Jules Lachelier ou Eugène Manuel. L’inspection générale participe à sa manière de cette communion nationale festive qui est à l’honneur à l’époque, notamment lors des inaugurations de lycées, des obsèques d’universitaires prestigieux et d’expositions universelles de grande ampleur. Les discours de ces représentants de l’institution rendent hommage aux valeurs du régime. Ils contribuent à diffuser une pédagogie civique où se mêlent l’amour de la République et de la patrie. Aussi, ceux qui accèdent à l’inspection générale sont-ils des hommes de confiance, pédagogues réputés, et dévoués à l’Université et à la République désormais. De 1880 à 1914 ce sont entre dix et seize inspecteurs généraux qui, chaque année, assurent les tournées en province. Entre 1880 et 1900, trentequatre personnes sont nommées pour l’ensemble du corps, dont six sur une délégation d’inspecteurs généraux5. Ils sont vingt-trois en Lettres, sept en Sciences et quatre en Langues vivantes. Les délégués sur une mission d’inspection sont le plus souvent des universitaires, titulaires d’un poste en faculté6.

    Des connaisseurs de l’Instruction publique à laquelle ils doivent leur promotion

    4Françoise Huguet a étudié les origines socio-professionnelles des inspecteurs généraux. En ce qui concerne l’enseignement secondaire, leur « recrutement semble se faire de manière assez large ». 21 % viennent de la catégorie des fonctionnaires et, parmi eux, plus du tiers est issu de la haute fonction publique, mais ils sont moitié moins nombreux que les inspecteurs du supérieur à venir des professions libérales et juridiques ; tandis que les professions commerciales sont chez eux surreprésentées (19 %)7. Tous ont grandi dans une ville offrant un réseau secondaire solide, ouvrant ainsi les portes de l’université. Ils ont fréquenté les filières parisiennes pour accéder aux classes préparatoires, voie royale pour faire carrière dans la haute administration. Ils viennent dans les prestigieux lycées parisiens préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure. Les inspecteurs généraux de l’enseignement secondaire sont nombreux à avoir suivi la filière littéraire, plutôt que la voie scientifique sous-représentée. Progressivement, les futurs candidats au poste quittent le métier d’enseignant pour se consacrer à une carrière dans l’administration, soit en privilégiant le niveau académique : recteur, inspecteur d’académie, soit en œuvrant dans l’administration centrale. Certains ont occupé des postes importants au ministère. Félix Deltour a été chef du cabinet du ministre Henri Wallon (1875) et Eugène Manuel a eu la même fonction auprès de Jules Simon. Si leur nomination à l’inspection générale résulte de cette proximité avec le ministre en place, elle témoigne cependant d’un parcours fort honorable. Deltour (1822-1914) a été professeur de rhétorique au lycée Saint-Louis. Après sa thèse sur Les ennemis de Racine, il devient inspecteur d’académie à Paris en 1871 et accède à l’inspection générale en 1876, un an après sa collaboration avec le ministre Wallon. La carrière d’Eugène Manuel, ancien élève de Jules Simon à l’École normale supérieure, est assurée par ce dernier qui a cru dans les capacités littéraires de ce poète auteur de recueils de poésie, mais qui est à plusieurs reprises candidat malheureux à l’Académie française8. Bien entendu, chaque inspecteur général possède son tempérament, sa vision de la mission qu’il exerce, même si cette dernière est fortement encadrée par les circulaires et les cadrages du ministre. Françoise Huguet propose ce portrait type de l’inspecteur général :

    « Le plus souvent issu de la haute ou moyenne bourgeoisie, il est d’origine provinciale et se marie dans un milieu identique au sien ou socialement plus favorisé, lui permettant d’accéder plus rapidement à la haute fonction publique par l’intermédiaire des milieux influents qu’il fréquente. Presque toujours agrégé de l’Université, il est aussi un ancien élève de l’École normale supérieure, haut lieu de l’élitisme intellectuel, et s’il commence sa carrière professionnelle comme professeur dans un lycée de province, il la poursuit la plus souvent comme inspecteur d’académie à Paris ou au sein de l’administration centrale, à moins qu’il n’occupe en province un poste de recteur ; fonctions qui lui permettent un accès plus facile à l’inspection générale9. »

    5Ce sont des personnes influentes du système éducatif, dont ils connaissent bien les rouages. Il n’est pas surprenant de constater que la plupart ont écrit des manuels scolaires. 38 % d’entre eux ont aussi rédigé des ouvrages qui sont le reflet de leur spécialisation scientifique et de leur haut niveau de connaissances.

    Des rapporteurs de faits et d’expériences : un devoir de distance ?

    6Parfois considérés comme des missi dominici, ils parcourent la France. Leur effectif est réduit : ils sont au total une douzaine aux compétences spécialisées par discipline. Les analyses de Guy Caplat soulignent leur double autorité : administrative et intellectuelle. Au sommet de la pyramide, leur place dans la hiérarchie de l’État leur donne une influence indéniable. Au prestige de leur fonction, s’ajoute leurs compétences pédagogiques et leurs origines universitaires ou normaliennes. Sur le terrain, ils inspectent les enseignants et les établissements. Nombreux sont ceux qui siègent dans les lieux de pouvoir au côté d’autres hauts fonctionnaires, comme au Conseil Supérieur de l’Instruction Publique. Ils sont là chez eux, dans l’Université et dans leur rôle de conseillers du ministre.

    7Ils doivent par contre se tenir en retrait de la vie politique et de l’agitation médiatique. Lors de l’affaire Dreyfus, le corps des inspecteurs généraux ne s’exprime à aucun moment collectivement. Pas de pétitions, ni de lettres publiques signées avec le titre d’inspecteur général de l’Instruction publique. Plusieurs d’entre eux, sollicités, refusent de s’engager au nom de leur nécessaire devoir de réserve. Cette neutralité, les inspecteurs généraux l’exigent des enseignants. Émile Chartier (Alain), militant dans les universités populaires bretonnes, reçoit l’inspecteur général le 31 mai 1900 et les mises en garde fusent : « M. Chartier est probablement un philosophe de valeur, mais il ne paraît pas réserver pour sa classe le meilleur de son activité […]. Il m’a paru plus adroit que zélé ; on me dit qu’il est au dehors fort occupé de politique10. » Dans ce contexte de tensions politiques, l’ensemble des inspecteurs généraux fait preuve de réserve. Leur priorité est de veiller à l’unité et à l’intégrité du corps enseignant.

    La visite de Monsieur l’inspecteur général dans la classe

    8Si beaucoup d’enseignants, à la fin du xixe siècle se plaignent de l’autorité pesante du chef d’établissement et dénoncent parfois les pesanteurs administratives que représente le contrôle de l’inspecteur d’académie et du recteur sur l’enseignement secondaire, ils sont dans l’ensemble plus respectueux des missions confiées à l’inspecteur général de leur discipline.

    L’inspecteur général : un missi dominici en tournées11

    9Tout et son contraire a pu être dit, écrit, affirmé et contesté sur les conditions dans lesquelles s’effectuent les tournées des inspecteurs généraux en province. On a parlé de fatigue épuisante, d’un temps mesuré et insuffisant, de déplacements et de voyages difficiles. De plus, sur place, toute visite implique des contacts et des entrevues avec le recteur, les inspecteurs d’académie, les maires, les chefs d’établissements et parfois même des personnalités locales comme des architectes chargés de travaux d’édifices scolaires. Sans vraiment entrer dans le détail, il convient de nuancer ce jugement, même s’il y a eu une évolution au fil des décennies concernées.

    10En 1898, lors de la discussion sur la nécessaire réforme de l’enseignement secondaire pilotée par la Commission Alexandre Ribot, une déposition du célèbre historien Ernest Lavisse précise ses idées sur l’inspection générale qui, selon lui, n’est pas du tout à la hauteur de ce qu’elle devrait être. Certes, ce sont des agents de transmission et d’information12. Mais, avant de partir en tournée, les inspecteurs généraux devraient être reçus par le ministre, recueillir ses instructions et se réunir à leur retour pour regrouper leurs informations13. « Aujourd’hui, ils s’en vont un à un, sans s’être concertés sur une direction à donner […]. Certains du même ordre d’études se succèdent dans une même classe à un an de distance, donnent des instructions absolument contradictoires14. » Selon Ernest Lavisse, les défauts de l’inspection générale sont extrêmement graves. La visite est trop rapide et ne s’occupe pas vraiment de la marche de l’établissement, de ses insuffisances et des moyens à mettre en œuvre. Ainsi, « les inspecteurs ne rapportent guère que des notes individuelles utilisées pour les promotions où la remise de palmes académiques aux intéressés ». Bien entendu, il est difficile de leur tenir grief puisque : « l’action des autorités locales, recteurs, inspecteurs d’académie, ne se fait guère sentir dans l’enseignement secondaire15 ». En effet, les premiers, depuis la constitution des universités, ont fort à faire avec l’enseignement supérieur et les inspecteurs d’académie sont absorbés par l’enseignement primaire.

    11Il semble qu’en 1879, la situation soit plus contrastée cependant. En mai, un inspecteur général est en mission dans le Sud-Est de la France. Il rend compte de son déplacement qui est loin de se présenter à lui comme un fardeau : « j’ai inspecté le collège de Valence, ce n’est point par un excès de zèle […], il avait besoin d’être visité16 ». Il précise qu’il tenait à voir le préfet, le maire et le bâtiment de l’administration. Mais, « pour les classes, c’était l’accessoire ». Il arrive à Valence le dimanche 5 mai dans l’après-midi, s’installe à l’hôtel du Louvre et de la Poste, « se promène dans une ville bête et laide, sale et pleine de soldats et de filles ». Il rend aussitôt visite au préfet, un ami de Gambetta. Ils deviennent « une paire d’amis ». Ensemble, ils ne parlent, pendant deux heures, que des « Ferry, About, Quinet, Sarcey », et de tout le Paris républicain. Ils discutent du collège et leurs propos sont confirmés par le maire et l’inspecteur d’académie. Le 6, à 7 heures du matin, l’inspecteur général est au collège où il passe une partie de la journée avec l’inspecteur d’académie et voit le maire. Il inspecte « quelques classes » et à 4 heures ¼, il prend place dans l’express pour Nîmes.

    12À la même date, Eugène Manuel se déplace dans le centre de la France et relate ses pérégrinations dans une correspondance régulière avec son épouse. Ses lettres confirment des activités nombreuses et variées sur le terrain, alors que les congrégations enseignantes font l’objet d’une surveillance importante.

    « Voici exactement, ma Jenny, le programme de ces quelques jours. Demain, là-bas, là-haut chez les Jésuites ; jeudi, visite au maire, réception des professeurs, rapports ; vendredi matin à 8 heures, départ pour Saint-Chamond, à deux lieues d’ici (chemin de fer) pour voir une autre grandissime Maison ; ce département est le plus envahi de France, après le Rhône ! Nous restons la journée à Saint-Chamond, laissant nos bagages à la gare ; à 3 heures, départ pour Roanne, sans nous arrêter à Saint-Étienne où l’on repasse. Coucher à Roanne ; visite du petit collège samedi ; affaire urgente à traiter avec la municipalité ; pas d’inspection des classes ; à 5 heures du soir, départ pour Lyon ; arrivée à 8 heures 4117. »

    13Cet emploi du temps révèle l’intensité des activités lors des tournées. En quatre jours, Eugène Manuel se rend dans trois villes. Il est reçu dans trois établissements, rencontre des maires, reçoit des professeurs et établit les rapports les concernant.

    Le déroulement de l’inspection

    14C’est à l’inspection générale que revient la fonction délicate de régler le destin du personnel. L’inspecteur général est habilité à juger des pratiques, à prodiguer des conseils. Il s’assure des talents des professeurs et examine le niveau d’instruction des élèves. Tous les aspects de l’enseignement sont soumis à son contrôle. Redouté, son arrivée au collège ou au lycée est un événement. L’inspecteur général commence d’abord par mesurer la manière dont l’établissement est tenu, puis s’entretient avec le proviseur au sujet de l’enseignant qu’il va inspecter. Sur le terrain, il se fait un jugement. Les rapports entre collègues sont-ils bons ? Y a-t-il quelques tensions avec les familles ? Le professeur visité est-il apprécié de ses élèves ? Ses méthodes éducatives sont-elles efficaces ? Avant même leur rencontre, l’inspecteur général connaît le parcours universitaire de l’enseignant, les observations et les conseils auxquels il a eu droit. Il s’agit alors de vérifier si tout se déroule dans les règles de l’art.

    15Le scénario ne change guère pour l’heure de classe. Les instructions de 1890 précisent la conduite à tenir. Tout d’abord, l’interrogation individuelle ou collective qui occupe le tiers du temps de classe, parfois plus, même si ses finalités pédagogiques ne sont pas clairement définies. Est-elle le moyen de vérifier l’état des savoirs acquis par les élèves ou permet-elle une reprise de la leçon précédente pour mieux appréhender celle qui suit ? Ce flou administratif engendre de nombreuses critiques dans les rapports d’inspection. L’interrogation terminée, le cours débute. Bien souvent, il prend l’allure d’un cours magistral dicté par l’enseignant aux élèves. Depuis les années 1890, cette pratique n’est plus à l’ordre du jour et les circulaires prônent davantage d’échanges entre l’enseignant et les élèves, même si celui-ci reste la pierre angulaire de l’édifice pédagogique. Il s’agit avant tout de favoriser une démarche plus dynamique grâce notamment à l’utilisation de documents et au recours au manuel scolaire. Traditionnellement, le résumé à apprendre par cœur est copié dans le cahier. Il clôt la leçon. Plus que la réflexion, c’est la mémoire qui est sollicitée dans la maîtrise et l’acquisition des savoirs.

    16Concernant les élèves, de nombreux témoignages existent sur l’attitude des inspecteurs généraux en visite dans la classe. Bien entendu, ils ont un contact direct avec le public scolaire dont ils vérifient les travaux et interrogent sur ceux-ci. Le dialogue qui s’instaure peut être fort positif. Félix Deltour se trouve un jour dans un collège de Castres. En feuilletant les devoirs écrits, il découvre le brouillon d’une composition latine rédigée par l’élève Jean Jaurès qui retient toute son attention. On n’a pas les termes de la conversation qui en résulte entre les intéressés, mais le jeune Jaurès se voit accorder une bourse qui lui permet de préparer le concours de l’École normale. Cette réaction positive est loin d’être toujours partagée par l’ensemble du corps d’inspection. Durant l’année scolaire 1887-1888, Eugène Manuel se rend au lycée Condorcet dans une classe de rhétorique. Dans le groupe se trouve Marcel Proust. Celui-ci est convié à lire son devoir de français à haute voix. Le résultat est catastrophique et l’enseignant présent se voit apostrophé : « vous n’aviez point parmi les derniers de la classe un élève écrivant plus clairement et correctement en français » ? La réplique du professeur ne manque pas d’humour. « Monsieur l’inspecteur général, aucun de mes élèves n’écrit un français de manuel18. » Il semble que ce ne soit pas le seul cas à l’actif du dit Manuel19.

    17L’inspection est vécue avec inquiétude20. Il en est ainsi de Camille Cotton. Né le 13 août 1861, professeur de mathématiques depuis 1886, il écrit régulièrement à son frère Eugène. Tous deux ont fait les mêmes études. Camille obtient l’agrégation en 1891. Il enseigne aux lycées de Belfort, puis de Toulouse en 1892. Nommé au lycée de Nice à partir du 3 octobre 1893, il y fait ensuite carrière. Il s’impatiente le 29 mai 1898 : « l’inspecteur Pruvost21 joue à cache-cache en ce moment : on nous l’a signalé à Bourg, à Lyon, il y a une quinzaine de jours et depuis plus rien. Ça commence à devenir énervant22 » ! En octobre 1900, l’enseignant ressent mal une inspection qui s’est pourtant bien déroulée : « Cette visite m’était particulièrement désagréable, même si tout à bien marché […]. Il a été satisfait. Il m’a demandé si je ne voulais pas de changement ; je lui ai signalé le poste de Grenoble comme étant le seul qui me convienne en lui faisant remarquer que Lefrançon n’a probablement pas l’intention de le lâcher ; il a néanmoins voulu prendre note. » En 1901, Camille Cotton signale que l’inspecteur général Pruvost est arrivé dans sa classe le matin, au moment où il ne comptait plus le voir. L’inspection a été quelconque, ce qui fait dire au professeur : « je ne puis guère espérer en tirer quelque profit ; je ne sais encore quand nous le verrons, demain soir ou à son retour de Corse, après le long congé de Pentecôte ». En février 1904, Camille Cotton attend la venue de Lucien Poincaré23 qui est en Algérie. Mais celui-ci n’a pas donné signe de vie. Il avait songé à lui demander un poste à Paris, car l’occasion était exceptionnelle. Mais c’est l’inspecteur Piéron24 qui vient lui rendre visite. « À 3 heures, il était dans ma classe et à 4 heures, je me trouvais débarrassé. Il a montré une surprise agréable à voir le nombre d’élèves : j’en ai profité pour avoir son opinion si je demandais un lycée de Paris. Il ne m’a pas caché que je ne pouvais compter sur une chaire, me donnant pour prétexte que toutes sont occupées par de jeunes professeurs. » En janvier 1905, les professeurs du lycée de Nice sont informés que Lucien Poincaré viendra les voir vers mardi-gras. Cotton, dont la classe n’est pas brillante en mathématiques, est satisfait que ce ne soit pas un mathématicien. Mais en mars, l’inspecteur n’a toujours pas donné signe de vie.

    Au cœur de l’inspection : la gestion des carrières enseignantes

    18La venue de l’inspecteur général, si elle permet de vérifier la conformité des enseignements délivrés par le professeur et de mesurer l’impact de ses pratiques sur les élèves, est aussi et d’abord un outil de gestion des carrières qui doit permettre de favoriser un avancement ou une mutation attendue dans un lycée plus prestigieux de centre-ville ou dans une région plus appropriée, proche des amis et de la famille. Une inspection est l’occasion d’orienter une carrière favorablement ou, au contraire de la freiner.

    Les documents issus de l’inspection

    19Les documents qui relatent cette venue de l’inspecteur sont au nombre de deux : la notice individuelle remise à l’inspecteur général au moment de l’inspection (sorte d’état de service de l’enseignant) et le compte rendu de celle-ci appelé « notes et propositions » et signé par l’inspecteur général. La notice individuelle, remplie chaque année25 par le fonctionnaire est très complète et précise. Elle sert à la fois pour l’avis des chefs hiérarchiques, de dossier pour la promotion et le mouvement. Généralement, sur le recto figure les classes où l’enseignant intervient ; puis son état civil détaillé, son statut, son traitement et ses possibles avantages. Suit la nature des grades universitaires, (agrégation) et distinctions honorifiques, des titres et des travaux scientifiques publiés, les années de service et leurs interruptions. En bas de page se trouve la rubrique : « vœux du fonctionnaire » (promotion de classe, déplacement, etc.). Au verso apparaissent précisément les grandes étapes de la carrière, la nature des fonctions exercées et leurs dates de début et de fin. Il est signé du fonctionnaire et du proviseur26. Parfois figurent des remarquent du chef d’établissement et de l’inspecteur d’académie.

    20Le rapport d’inspection (« notes et propositions ») est beaucoup plus sobre et tient généralement en une page. Si c’est un document officiel, il indique le nom du fonctionnaire et ses fonctions, puis les critères d’appréciation de l’inspecteur général. D’autres fort nombreux portent sur la personnalité de l’enseignant : conduite, caractère, considération personnelle, discipline, autorité sur les élèves, usage de punitions, enseignement, savoir, méthode, qualités diverses, résultats obtenus… Suit le texte relatant la visite, de longueur très inégale selon leur auteur. Enfin, sont mentionnés les conseils ou avertissements donnés au fonctionnaire et les propositions (déplacement, promotion de classe, distinctions honorifiques, désignation éventuelle pour l’administration). L’ensemble est daté et signé par l’inspecteur général. L’utilisation de ce second document est loin d’être une nécessité absolue. De très nombreux comptes rendus de visites font l’objet d’une simple feuille n’ayant aucun aspect officiel.

    Un exemple de reconstitution de carrière au regard des rapports des inspecteurs généraux : Albert Charles Ancelin

    21Inspecté en 1898 au lycée Henri IV (Paris), Albert Charles Ancelin est l’exemple même du professeur dont la carrière a connu une longue pérégrination provinciale avant d’accéder à un grand lycée parisien. Né en 1845 à Angoulême (Charente), marié et père de deux enfants, bachelier ès Lettres à Poitiers (12 août 1867), licencié ès Lettres à Paris (25 août 1870), il devient agrégé de grammaire le 26 septembre 1877 (14e). Il est en congé d’inactivité sur sa demande d’octobre 1869 à juillet 1870, avec une prolongation forcée pour cause de guerre jusqu’au 21 avril 1871. Son premier emploi est celui d’aspirant répétiteur au lycée Lakanal de Vanves en 1865, avant de devenir maître répétiteur de 2e classe deux ans plus tard. Il commence comme professeur de 4e au collège de Nogent-le-Rotrou (du 21 avril 1871 à octobre de la même année). Il est alors nommé en classe de Seconde, puis de rhétorique au collège de Rochefort pendant deux ans. De 1873 à 1876, il est chargé d’un cours de rhétorique au lycée d’Albi, puis assure en 1876 un cours de 3e au lycée de la Rochelle. Les enseignements varient au gré des mutations. Le voilà installé en 1877 en classe de rhétorique au lycée de Périgueux, puis l’année suivante, en classe de 4e au lycée d’Angoulême où il va être promu à la 2e classe. Le 21 décembre 1884, il obtient enfin sa mutation au lycée Henri IV27. Il a ainsi connu huit établissements avant d’accéder à Paris.

    22Lors de son inspection de 1898, Ancelin qui compte près de trente-deux ans d’ancienneté réserve ses vœux à une simple promotion de classe. Professeur de 2e classe, il enseigne à 53 ans dans une cinquième. Le rapport de l’inspection générale, fort élogieux, s’ordonne autour de quelques points. Bien entendu, Ancelin est « estimé, exact et dévoué, bienveillant et doux ». Mais, « dur d’oreille, il a tendance à crier parfois ». Ce n’est rien car il a « bon esprit, du jugement, de l’ordre dans les idées, une science grammaticale sérieuse, une parole claire, précise mais un peu lourde ». Son enseignement est « méthodique, bien enchaîné, solide et nourri ». Il est adapté à la classe. Ainsi, les compositions françaises sont « simples et faciles à développer », et suivent un canevas précis : descriptions de choses vues ou des récits de faits comportant un enseignement moral. « La classe est active et assez animée, les élèves ont de l’émulation et répondent volontiers. En somme, la direction est intelligente, expérimentée, et les résultats sont satisfaisants28. » Ce type de rapport est fort courant pour un enseignant en fin de carrière, doté d’une pareille expérience et qui n’affiche plus de véritables ambitions.

    Juger l’enseignant : s’adapter ou muter ? L’exemple de Louis André

    23L’un des éléments constitutifs d’une inspection réussie est bien sûr l’adaptation du cours du professeur au niveau de sa classe. La leçon peut être brillante et l’enseignant doté de qualités personnelles certaines, sans que la pédagogie y trouve son compte. C’est le cas de Louis André, professeur au lycée Montaigne29. Bachelier ès Lettres (1886), licencié en histoire (1889), il est reçu neuvième en 1894 à l’agrégation d’histoire-géographie et rédige deux thèses : Michel le Tellier et l’organisation de l’armée monarchique et Deux mémoires inédits de Claude le Tellier. Il publie également Les manuscrits de la reine Christine de Suède. En 1889 et 1890, il est maître répétiteur au lycée de Nice, puis de Marseille, avant d’interrompre son activité (1890-1891) pour raison de santé et se mettre en disponibilité (1891-1893) comme boursier d’agrégation à la faculté des Lettres de Lyon. D’octobre 1893 à octobre 1907, il enseigne dans les lycées de Périgueux puis de Bastia, Toulon et Montpellier. En 1907, ses travaux de thèses sont reconnus lors d’une inspection et son « brillant succès au doctorat en Sorbonne le désignait pour cette nomination à Paris (Montaigne) ». Mais le 18 février 1908, l’inspecteur général Lanier le visite en classe de 5e dans un cours sur les croisades. Le rapport qui se veut conciliant sur la personne relève de très nombreuses imperfections : « leçon un peu longue, un peu tendue, dans une classe pleine de vie, d’entrain, d’intelligence et d’émulation ». La critique porte surtout sur l’absence d’une carte au tableau. Lucien Lanier souhaite que le professeur puisse accéder à une division supérieure. Une demande identique, à peine voilée, est formulée le 3 février 1909 par l’inspecteur Louis Gallouedec, après avoir suivi lui aussi une leçon en 5e sur Grégoire VII et la querelle des investitures. Louis André est sérieux, sa classe est bien préparée ; il a de l’autorité et obtient des résultats. Mais les critiques s’affichent d’emblée : l’enseignement est un peu fort pour des élèves de 5e, avec trop de noms et de détails. De plus l’enseignant a surtout recours à l’exposé synthétique qui rend la leçon moins attrayante et moins profitable. Lors de la discussion qui suit, André souhaite être transféré dans un lycée de la rive gauche pour avoir des classes de second cycle.

    24Le rapport signé Régis Jallifier le 18 janvier 1911, fait une douzaine de lignes pour une leçon sur la politique et les guerres de Philippe-Auguste. Le résultat est très positif : « l’agrément de cet enseignement dans la solidité est indiscutable se trouve dans les instruments de travail (gravures, cartes postales, livres illustrés)30 ». Apparemment, le professeur aurait abandonné le cours magistral pour la leçon fondée sur des documents pour le plus grand intérêt des élèves. Mais ce n’est pas ce que pense l’inspecteur Gallouedec dans son rapport de 1912 et qui s’attaque à la personne même d’André, après avoir suivi un cours sur l’Angleterre au xiiie siècle et des interrogations sur l’histoire des Capétiens de 987 à 1328. L’inspecteur paraît excédé : « il lui manque le charme et la distinction. Il y a de la lourdeur dans les procédés d’enseignement, dans l’expression, dans le ton et l’accent ». Toutefois, il lui reconnaît du sérieux, de la conscience et de l’autorité. André voudrait être nommé à Louis-le-Grand et sa demande est certainement appuyée par l’inspecteur, puisqu’il obtient sa mutation dans ce lycée. C’est l’occasion, le 6 février 1914, d’une nouvelle inspection par Georges Pagès, cette fois en classe de philosophie, avec un cours d’histoire sur la question d’Orient et l’indépendance de la Grèce. La méthode ne semble pas avoir été bien réfléchie. Si la leçon est sérieusement préparée, « elle est terne et ennuie ». Elle se présente comme un cours continue « qui produit la même impression qu’un chapitre détaché d’un livre ». Le récit s’effectue d’un bout à l’autre sans aucune division, sans mise en valeur des faits principaux. « Tout est mis sur le même plan et la monotonie du ton accroît encore l’uniformité du récit31. » Déception de l’inspecteur Pagès. « J’avais de son enseignement au lycée Montaigne, une impression bien meilleure. » Le cas d’André est significatif des limites et des aléas d’une inspection susceptible d’orienter une carrière. Louis André devait ensuite devenir maître de conférences en histoire moderne et contemporaine (1923) puis professeur (1932) à la faculté de Lille32.

    L’inspecteur général et les questions pédagogiques

    25On le voit déjà avec l’exemple de Louis André, l’inspecteur général ne vient pas que pour contrôler la conformité des enseignements délivrés et pour jauger et juger l’enseignant, son caractère et son enracinement local. Il tente également d’assurer la promotion de certaines méthodes pédagogiques, d’en critiquer d’autres et de conseiller l’enseignant qu’il visite, tout en informant le ministère des problèmes et réformes nécessaires.

    Un exemple : les langues vivantes dans des collèges de l’académie de Paris en 1880

    26Dans une lettre adressée au ministre Ferry, en 1880, l’inspecteur général Émile Chasles brosse un tableau très critique de l’enseignement des langues vivantes dans les collèges de Blois, Châteaudun, Châlons-sur-Marne, Épernay et Meaux, comme il a pu le constater lors d’une inspection non prévue dans sa mission33. Mais ces établissements se trouvaient sur son passage. Il demande donc la permission de dévoiler ses observations qui soulèvent une question embarrassante34. Beaucoup de villes demandent des professeurs de langues vivantes, mais le personnel enseignant manque et les appointements modestes offerts par les municipalités n’attirent pas les candidats. Ce sont des postes au rabais mal payés. Il propose alors au ministre de reprendre la question dans sa globalité en fondant une école préparatoire et en dressant une liste annuelle de professeurs avec « des annotations » qui permettraient de choisir les meilleurs. Il relate ensuite ce qu’il a vu. À Épernay, le titulaire (M. Bougard) qui ne tenait plus sa classe a demandé un congé pour raison de santé. Son premier suppléant est « devenu fou ». Le second suppléant (M. Bourgeois) a des titres et du mérite, mais sa situation est difficile si on la compare à celle de l’autre intervenant au collège, un professeur de seconde « qui n’est pas obligé de connaître le latin, le grec, le français, l’allemand et l’anglais, tout à la fois35 ».

    Tableau 1. – Salaires et services des enseignants de langues vivantes du collège d’Epernay (1880).

    Professeur de seconde, licencié

    Second suppléant, breveté

    Traitement

    2400 francs

    2100 francs

    Appoint pour la licence

    300 francs

    0

    Heures de service

    16

    20

    Nombre d’élèves

    17

    123

    27La comparaison parle d’elle-même, d’autant que « le professeur d’Humanités trouve mille ressources pour se préparer à une grande école ». Aussi, l’inspecteur affirme être saisi d’un sentiment de grande indulgence en entrant dans une classe et qu’il n’oserait pas prononcer un blâme. À Blois, l’Anglais est sacrifié ; l’Allemand mal enseigné par un professeur « qui se tue à donner des leçons ». À Meaux, « l’Anglais est mort ». À Châlons, il n’y a plus d’enseignement sérieux. À Châteaudun, on ne sait ce qu’est devenu le professeur d’Anglais qui « à mieux aimer disparaître que continuer ». Telle est la situation dans les collèges, alors que l’on réclame de toute part des professeurs.

    Un enseignant « modèle » en anglais ? Miltiade Andreü

    28Comme les autres inspecteurs généraux, ceux de langues vivantes ont joué un rôle important dans la mise en place des programmes, des objectifs pédagogiques et des méthodes d’enseignement de leur discipline. Quatre sont recrutés entre 1880 et 191436. L’effort fait en faveur de l’enseignement moderne favorise ces disciplines, ainsi que l’essor des lycées de jeunes filles. Les rapports d’inspection ne sont pas avares en observations, constats et conseils lors de la visite. Bien entendu, une langue doit être parlée lors d’un cours par le groupe et individuellement. C’est primordial. L’étude de la grammaire est nécessaire, tout autant que l’acquisition d’un large vocabulaire. De même, les références historiques du pays d’origine et la découverte d’ouvrages littéraires sont du plus grand intérêt. Une heure de cours doit permettre à la classe une immersion dans une sorte de bain linguistique riche en mots et en expressions usuelles et pratiques. La qualité et la fréquence des travaux écrits ne doivent pas être négligées. L’un des problèmes rencontrés par les inspecteurs généraux concerne la qualité de la formation des professeurs recrutés, leur approche des savoirs à atteindre et les moyens mis en œuvre pour y parvenir. L’exemple de Miltiade Andreü est significatif. Enseignant au lycée de Beauvais, il a été inspecté en 1908 et l’est à nouveau en 1910 par l’inspecteur général Firmery. Ses titres universitaires sont un certificat primaire d’anglais (Paris, 1891), un certificat d’aptitude pédagogique (Arras, 1893), un certificat secondaire d’anglais (Paris, 1903)37. Né en 1864 à Canteleux (Pas-de-Calais), il est d’abord maître répétiteur à Saint-Pol-sur-Ternoise (1884-1886), avant d’aller enseigner le français à Londres (1886-1888). À son retour, il exerce toujours comme maître répétiteur à Soissons (1888-1890) et à Saint-Pol (1890-1894). Le 6 mars 1894, il est recruté dans le même collège comme délégué dans la fonction de professeur de 8e et 9e, puis des classes élémentaires, le 10 avril 1896. Du 27 février 1902 au 3 octobre 1904, il est qualifié de professeur d’anglais audit collège. L’année suivante, il est détaché avec le même titre au collège d’Auxerre, puis rejoint, à titre provisoire, le lycée d’Amiens (octobre 1905-octobre 1907). Le 2 octobre 1907, il intègre le lycée de Beauvais, où il se trouve toujours en 1910.

    29Sa dernière inspection, celle de l’inspecteur d’académie, remonte au 14 mars 1908. Celui-ci discerne « l’intérêt des élèves, grâce à des procédés ingénieux et variés, avec beaucoup de devoirs écrits38 ». Il signale son zèle qui doit lui permettre la récompense d’une promotion au choix qui peut valoriser son modeste traitement de 2800 francs. L’intérêt que suscite Miltiade Andreü est confirmé par la visite de l’inspecteur général Firmery qui se rend à deux reprises dans sa classe, les 15 et 16 février 1910. Dans le premier cours, l’enseignant a travaillé avec un assistant d’anglais dans une séquence de prononciation. Ce fut fort apprécié. « Je ne peux que féliciter vivement ce professeur de cette collaboration qui fait un heureux contraste avec l’insuffisance que témoignent d’ordinaire les professeurs à l’égard de ces précieux auxiliaires. » Le lendemain, le professeur prend lui-même en charge une classe de 5e et la satisfaction de Firmery est complète. Andreü « y fut excellent », car son enseignement est « sur tous les points conforme aux instructions ministérielles ». Il évoque son dévouement et termine son rapport sur la qualité des relations avec l’assistant « qu’il reçoit souvent à sa table » et le cadre de vie dans lequel ont lieu les cours avec « des murs complètement couverts d’images représentant des scènes de la vie anglaise39 ». L’arbre ne doit pas cacher la forêt et l’on sait combien, le vice-recteur Octave Gréard a eu à résoudre dans son académie de problèmes inhérents à la participation de professeurs de collège à l’enseignement des langues.

    Un cours contesté en philosophie : défendre les enseignants contre la rumeur

    30Professeur agrégé de philosophie, Charles Appuhn est en poste au lycée d’Orléans, après avoir enseigné à Tournon et Avignon40. À partir de 1903, il est l’objet dans son établissement de rumeurs insidieuses concernant sa vie privée et son enseignement de la part d’un parent d’élève. Cela concerne, bien sûr, le proviseur, l’inspecteur d’académie et le recteur, mais l’enseignant sera visité à trois reprises par des inspecteurs généraux entre 1904 et 1914, avec des rapports contrastés, mais loin d’être litigieux. Le 15 août 1903, l’inspecteur d’académie du Loiret adresse au recteur de l’Académie de Paris le double de la lettre qu’il lui a envoyée pour formuler les faits reprochés qui peuvent nuire au lycée. Qu’en est-il exactement ? Le père d’un élève de rhétorique ne souhaite pas que son fils ait Apphun, l’année suivante, comme professeur de philosophie dont « il connaît trop les théories et son union libre ». Vérification faite, le professeur est bien marié civilement, mais la rumeur se répand dans d’autres familles qui mettent en doute son enseignement moral. Dans une longue lettre officielle, du 18 octobre 1903 avec en-tête « Université de France, Académie de Paris » Apphun signale au père d’élève récalcitrant son étonnement concernant l’absence de son fils au cours de philosophie et trouve regrettable qu’il ne l’ait pas contacté pour un entretien. Le professeur qui se dit irréligieux, selon son droit, précise « qu’il sait faire au sentiment religieux la part qui lui appartient dans l’histoire de l’humanité41 ». Il ajoute que si son enseignement n’est pas d’inspiration chrétienne – il n’a pas à l’être – il n’a rien dont une conscience chrétienne et surtout protestante puisse s’alarmer.

    31Dans ce contexte, la visite de l’inspecteur général Hémon, le 13 novembre 1904, est la bienvenue. Il retrouve « l’homme de conscience et de méthode, esprit droit, clair […] qui n’essaye pas de jeter de la poudre aux yeux et les résultats sont solides42 ». L’inspecteur note qu’on « a jamais bien su s’il a mérité les critiques formulées pour certaines hardiesses de doctrine » dont l’auteur a reconnu que cela relevait du passé. Il propose une promotion en seconde classe. Cette question de l’idée religieuse dans l’enseignement intéresse. Dans sa séance du 23 février 1905, la société française de philosophie traite le sujet et envoie le compte rendu à Appuhn. C’est clair : « la neutralité ne consistera pas, en un mot, à se désintéresser des croyances, mais bien plutôt à s’intéresser à toutes ». En mai 1906, l’affaire n’est toujours pas oubliée à Orléans. Dans la notice individuelle rédigée par Appuhn, le proviseur distribue les éloges au professeur, tout en notant : « on commence à revenir à Orléans, de la légende si longtemps exploitée contre cet excellent maître ». Il souhaite qu’il puisse accéder à un lycée parisien. Toutefois, l’inspecteur d’académie signale qu’Appuhn réside maintenant à Paris et ne vient à Orléans que pour ses cours, ce qui fait dire au recteur : « encore un qui quitte la ville de son lycée […]. Il faudrait mettre un terme à cet abus par un règlement général analogue à celui de l’enseignement supérieur43 ».

    32Le 15 juillet 1908, l’Inspecteur général Ernest Dupuy en visite à Orléans s’excuse de n’avoir pas pu rencontrer le professeur dans sa classe, mais il a consulté les copies de la dernière dissertation et a apprécié le sujet : « nul n’est méchant volontairement, le mal vient de l’erreur ou de l’ignorance du bien. Que pensez-vous de cette thèse socratique » ? Les notes étaient honorables et il conclut : « il y a certainement dans la classe de M. Appuhn une sage direction, du travail et des résultats ». La carrière de Charles Appuhn se poursuit ensuite mais avec manifestement moins d’enthousiasme et son enseignement est jugé plus sévèrement dans les rapports de 1914 à Reims et de 1918 au lycée Saint-Louis à Paris. Qu’un professeur suscite, pendant plusieurs années une telle réserve, n’est peut-être pas fréquent, cependant il faut reconnaître ici que l’inspection générale s’est comportée avec un certain courage, défendant son personnel contre la rumeur et les critiques de certains parents.

    L’enseignement des sciences après la réforme de 1902

    33La réforme de 1902 marque la volonté d’adapter l’enseignement secondaire aux besoins de son temps avec la définition de nouveaux plans d’études et de programmes revus. Ainsi les sciences vont être promues au même rang que les disciplines littéraires dans une réflexion sur un nouvel humanisme. Les nouvelles instructions créent une certaine dynamique, soutenue par l’inspection générale. Si le cours magistral est toujours largement pratiqué, on note une inflexion dans la conduite des classes et les techniques d’enseignement. Les professeurs doivent pratiquer un enseignement plus vivant. Mais, cette réalité réaffirmée n’empêche pas l’existence de cours routiniers, vieillissants et dépassés. En sciences physiques, le matériel d’expérience est souvent absent44. Les inspecteurs généraux de sciences, Jules Faivre-Dupaigre, Michel Chassagny et Jean-Baptiste Lamirand mettent en avant, pour la période 1905-1914, l’émulation qui touche les relations entre les professeurs des dix-neuf lycées de Paris et des départements de l’académie de Paris.

    34Avec les mathématiques, la physique obtient une place importante45. On assiste à une rénovation dans les méthodes avec la dualité rendue nécessaire pour le professeur de recourir à un enseignement magistral doublé d’exercices pratiques. L’apprentissage des sciences expérimentales est fondé dans le secondaire sur une logique scientifique et une expérimentation des élèves par une démarche inductive. Ainsi, « des faits aux lois, on parvient à l’abstraction au lieu d’en partir ». L’élève, bien guidé, doit pouvoir conduire lui-même cette recherche. Les inspecteurs généraux Poincaré et Joubert ont participé largement à la mise en place de ces nouvelles pratiques, entre 1902 et 1914. La tâche est considérable. Elle nécessite l’adaptation des enseignants à cet esprit nouveau qui bouleverse la profession. Bien entendu, les inspecteurs généraux de sciences prennent en main le problème et ne sont pas limités dans leurs conseils lors de leurs visites. L’intérêt qu’ils portent aux jeunes professeurs est évident.

    35Tel est le cas pour l’enseignant Georges Vincent46. Ce professeur agrégé de physique et brillant docteur va enseigner sa discipline au lycée Saint-Louis pendant trente-trois ans, d’octobre 1903 à juillet 1936 date à laquelle il prend sa retraite à 64 ans. Né en 1872, il est à vingt ans élève à l’École normale supérieure (1892-1895), puis boursier de doctorat (1895- 1897). Les trois années suivantes (1897-1900), il est agrégé préparateur de physique rue d’Ulm et supplée un professeur (M. Dufet) pendant deux mois au lycée Saint-Louis. Cela lui vaut d’être chargé d’enseigner la physique dans la préparation à Navale du lycée Saint-Louis du 20 novembre 1900 au 18 janvier 1901. En cours d’année, il est délégué aux lycées Janson-de-Sailly et Saint-Louis (6e classe) jusqu’en octobre 1901.

    36C’est à Janson-de-Sailly que l’inspecteur général des sciences Jules Joubert le découvre enseignant en classe de 3e moderne le 10 mars 1901. La leçon porte sur le soufre et l’inspecteur ne cache pas son enthousiasme : « esprit fin et délié, professeur avenant, sympathique […]. Je ne doute pas qu’il devienne un très bon professeur47 ». Le 6 juin suivant, le proviseur du lycée Saint-Louis écrit au recteur pour exprimer tout le bien qu’il pense de son jeune maître. À la rentrée, Georges Vincent est agréé en qualité de professeur de physique au collège Stanislas avec passage de la 6e à la 5e classe. Le 12 juillet 1902, l’inspecteur d’académie (Paris) propose la nomination de Vincent à la chaire de physique vacante à la rentrée au collège Chaptal. En vain. Il obtient un poste de délégué au lycée Saint-Louis dans la chaire de physique libérée par le départ vers l’inspection générale de Jules Faivre-Dupaigre.

    37Le 1er octobre 1903, il est enfin professeur de physique au lycée Saint-Louis. S’il n’a fallu que six années (1897-1903) pour que ce professeur de physique obtienne une chaire à Paris à 31 ans, cela tient à ses qualités intellectuelles et pédagogiques, mais aussi au contexte général. On sait que les postes sont furieusement disputés dans la capitale avec des promotions venant de province. Cependant, un second point est à considérer : celui de la fréquence des inspections en sciences. En neuf années scolaires (1905-1014), Georges Vincent reçoit à neuf reprises pas moins de cinq inspecteurs. Si l’on ajoute sa visite de 1901, l’inspecteur Joubert l’aura visité trois fois, les inspecteurs Faivre-Dupaigre, Chassagny et Lamirand chacun à deux reprises. Comme l’année scolaire ne coïncide pas avec l’année civile, on note pour 1901 et 1914, deux inspections l’une en février et l’autre en décembre. Ceci est dû à la rotation des missions répartie à l’inspection générale.

    Tableau 2. – Les inspections de Georges Vincent avant 1914.

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    38Les rapports rédigés par les cinq inspecteurs généraux vont tous dans le même sens. Georges Vincent est présenté comme l’un « des meilleurs professeurs de physique de Saint-Louis » par Joubert. Poincaré voit en lui « l’un des maîtres qui font le plus honneur à l’enseignement secondaire ». Michel Chassagny pense qu’il est tout simplement « l’un des professeurs de physique les plus remarquables du cadre de Paris ». Il est perçu comme extrêmement distingué. « Sa parole chaude, persuasive, prenante est agréable à écouter » (Lamirand). Son éloquence et son érudition font qu’il est intéressant et qu’il plaît. « Son autorité et son entrain lui donnent un ascendant sur les élèves » (Joubert). Il faut ajouter un esprit clair et pénétrant. Les pratiques pédagogiques sont à la hauteur des qualités humaines. La leçon suivie est « remarquable de précisions et de clarté » (Chassagny), mais il est parfois, compte tenu de son érudition, « plus précieux que précis » (Poincaré), et quelques omissions sont retenues (Lamirand). Les interrogations sont bonnes en physique-chimie. Elles sont « vives, alertes et précises » (Faivre-Dupaigre). Les exercices pratiques s’effectuent dans un « bon climat » (Joubert), sont « bien choisis et bien réussis » (Lamirand). Bien entendu, au fil des années, les promotions se succèdent. Entré en 6e classe en 1903, il est proposé à la 4e en 1907 et à la seconde en 1914. On voit ici le rôle de soutien et d’accélérateur de carrière joué par les inspecteurs généraux, en même temps que leur mission de relais dans la diffusion de méthodes pédagogiques nouvelles.

    *

    39L’évocation de ces quelques cas d’inspection et d’intervention des inspecteurs généraux sur le terrain local montre au final la diversité de leurs missions qui ne se résument pas à un seul contrôle de conformité des enseignants et des enseignements mais qui apparaissent également comme des outils majeurs d’évaluation permettant la gestion des carrières et comme des moments de réflexion – mêmes s‘ils sont brefs et très déséquilibrés entre l’inspecteur et l’inspecté – sur les méthodes pédagogiques observées et souhaitées. Entre 1880 et 1914, les tournées annuelles des inspecteurs généraux révèlent l’état des lieux des enseignements dans les structures éducatives locales. Elles mettent en présence deux réalités : l’inspecteur venu de Paris, détenteur d’un pouvoir d’appréciation et de jugement lié à sa mission et à sa reconnaissance comme expert disciplinaire, et le professeur qui souhaite tirer profit, souvent dans la crainte, de cette visite pour sa carrière en faveur d’une éventuelle mutation ou promotion. Cette relation aussi courte qu’inopinée dans une classe, devant des élèves, produit au gré des circonstances des résultats contrastés. L’inspecteur général, parce qu’il vient dans les classes assez fréquemment, finit par connaître « ses » enseignants dans un système qui n’est pas encore massifié et demeure encore très élitaire. Dès lors, la progressive augmentation des effectifs d’élèves et de professeurs de l’enseignement secondaire, commencée dans les années trente puis accélérée après 1950, allait progressivement, malgré le recrutement d’inspecteurs généraux plus nombreux, menacer leurs missions d’encadrement pédagogique efficace et de surveillance des enseignants.

    Notes de bas de page

    1  Alain Dulot, Inspecteur général de l’administration de l’Éducation nationale et de la recherche, « De la fonction au métier : une professionnalisation croissante », dans La revue de l’inspection générale, n° 5, décembre 2008, p. 40.

    2  Jean Pierre Rioux (dir.), Deux cents ans d’inspection générale, Paris, Fayard, 2002, 412 p. ; voir aussi Philippe Savoie, Les enseignants du secondaire, xixe-XXe siècles : le corps, le métier, les carrières, 1802-1914, textes officiels réunis et présentés par Philippe Savoie, Paris, INRP, Éditions Économica, 2000, 751 p.

    3  Voir Guy Caplat, Les inspecteurs généraux de l’Instruction publique. Dictionnaire biographique (1802-1914), Paris, INRP-CNRS, 1986 (en particulier toute la présentation générale qui rappelle l’histoire de l’inspection générale, p. 3 et suivantes).

    4  Ampère est avant tout célèbre pour ses inventions. Il publie notamment son Précis de la théorie des phénomènes électrodynamiques (1824) ; Bréal est l’un des promoteurs de l’enseignement secondaire. Son œuvre contribue à populariser en France la grammaire comparée ; Gréard est à l’origine de la Nouvelle organisation pédagogique des écoles de la Seine. Membre du CSIP et de la section permanente, il contribue à réformer et à développer l’enseignement secondaire.

    5  Voir la liste chronologique des inspecteurs de l’enseignement secondaire entre 1870 et 1914 (tableau avec date de l’entrée en fonction, grade et spécialité) dans Guy Caplat, Les inspecteurs généraux de l’Instruction publique. Dictionnaire biographique (1802-1914), op. cit., p. 62-66.

    6  Voir Guy Caplat, Les inspecteurs généraux de l’Instruction publique. Dictionnaire biographique (1802-1914), op. cit., annexe, p. 662 et suivantes.

    7  Françoise Huguet, Les inspecteurs généraux de l’Instruction publique, 1802-1914, profil d’un groupe social, Paris, SHE-INRP, 1988, p. 23.

    8  Henri Chantavoine, Eugène Manuel, Versailles, Imprimerie de Cerf, Extrait de l’Annuaire de l’association amicale des anciens élèves de l’école normale supérieure, 1902, p. 18-19.

    9  Françoise Huguet, Les inspecteurs généraux de l’Instruction publique…, op. cit., p. 66.

    10  Vincent Duclert, « L’heure de vérité de l’affaire Dreyfus », dans Jean-Pierre Rioux (dir.), Deux cents ans d’inspection générale, 1802-2002, Paris, Fayard, 2002, p. 89.

    11  Archives nationales, F17 6816, itinéraires de tournées.

    12  Alexandre Ribot, La réforme de l’enseignement secondaire, Paris, Armand Colin, 1900, p. 209-210.

    13  C’est ce que faisait Victor Duruy au départ et au retour.

    14  Alexandre Ribot, La réforme de l’enseignement secondaire…, op. cit., p. 210.

    15  Ibid.

    16  Archives nationales, F17 6816, itinéraires de tournées.

    17  Archives nationales, F17 6816, lettre de Saint-Étienne du 12 mai 1880.

    18  Robert Dreyfus, Marcel Proust à dix-sept ans, Paris, Grasset, 1926, 67 p.

    19  André Bellessort, Le collège et le monde, Paris, Gallimard, 1941, p. 51-52.

    20  AD des Alpes-Maritimes, Françoise Cotton, « La vie d’un professeur à Nice entre 1893 et 1910, d’après sa correspondance », Revue des archives, n° 142, octobre-décembre 1997.

    21  Jules Pruvost est nommé inspecteur général le 15 janvier 1883. Il fait partie, plusieurs années durant, du jury d’agrégation et publie de nombreux ouvrages de mathématiques.

    22  AD des Alpes-Maritimes, Françoise Cotton, « La vie d’un professeur à Nice entre 1893 et 1910, d’après sa correspondance », dans Revue des archives, n° 142, octobre-décembre 1997, lettre de Camille Cotton à son frère Eugène, le 24 mai 1898.

    23  Lucien Poincaré est docteur ès sciences physiques. En 1895, il est chargé d’un cours de physique à la Sorbonne. Le ministre Leygues le nomme recteur de l’académie de Chambéry. Deux ans plus tard, en 1902, il est nommé inspecteur général. Le 4 juin 1910, il est appelé à la direction de l’Enseignement secondaire et le 14 juillet 1914, il passe à la direction de l’enseignement supérieur. En 1917, il est désigné comme vice-recteur de l’académie de Paris.

    24  Nicolas Piéron est reçu premier à l’agrégation de mathématiques en 1871. Nommé, le 7 janvier 1892, inspecteur de l’académie de Paris ; il reçoit en 1894 le titre d’inspecteur général hors cadre et la mission de réorganiser et de diriger le lycée Saint-Louis. Cette tâche achevée, il assure les fonctions d’inspecteur général pour l’Enseignement secondaire des sciences. Très fatigué de sa tournée d’inspection de 1906, il décède en 1906 à la suite d’une maladie.

    25  Archives nationales, AJ/16/934, Dossier Charles Ancelin, notes et rapports de l’inspection générale.

    26  Certains fichiers indiquent également l’avis du proviseur, de l’inspection d’Académie et même du recteur.

    27  Archives nationales, AJ/16/934, Dossier Charles Ancelin, notes et rapports de l’inspection générale.

    28  Archives nationales, AJ/16/934, Dossier Charles Ancelin, notes et rapports de l’inspection générale, inspection 1898.

    29  Archives nationales, AJ/16/930, dossier Louis André, notes et rapports de l’inspection générale.

    30  Archives nationales, AJ/16/930, dossier Louis André, inspection du 18 janvier 1911.

    31  Ibid., inspection du 6 février 1914.

    32  Voir Jean-François Condette, Les lettrés de la République. Les enseignants de la Faculté des lettres de Douai puis Lille sous la Troisième République (1870-194), Dictionnaire biographique, Villeneuve d’Ascq, CEGES-IRHiS, 2006, p. 141-142.

    33  Émile Chasles a été nommé Inspecteur général en 1873.

    34  Archives nationales F17 6985, Collèges municipaux, notes et rapports de l’inspection générale, du vice-recteur de l’Académie de Paris.

    35  Archives nationales F17 6985, Collèges municipaux, notes et rapports de l’inspection générale, du vice-recteur de l’Académie de Paris.

    36  Archives nationales, F/17/6985, Cours de langues vivantes, notes et rapports de l’inspection générale.

    37  Archives nationales, AJ/16/934, Dossier Miltiade Andreü, Notes et rapports de l’inspection générale.

    38  Ibid., rapport d’inspection du 14 mars 1908.

    39  Ibid., rapport d’inspection de février 1910.

    40  Archives nationales, AJ/16/935, Dossier Charles Appuhn, notes et rapports de l’inspection générale.

    41  Archives nationales, AJ/16/935, Dossier Charles Appuhn, notes et rapports de l’inspection générale, lettre de l’enseignant du 18 octobre 1903.

    42  Ibid., rapport d’inspection du 13 novembre 1904.

    43  Ibid., note de mai 1906.

    44  À Paris, les lycées Saint-Louis, Michelet et Carnot reçoivent l’électricité en 1905.

    45  Claudette Balpe, « Les exercices pratiques dans la réforme de 1902 », dans Bruno Belhoste, Hélène Gispert, Nicole Hulin (dir.), Les sciences au lycée. Un siècle de réformes des mathématiques et de la physique en France et à l’étranger, Paris, INRP, Vuibert, 1997, p. 153-165.

    46  Archives nationales, AJ/16/1583, dossier Georges Vincent, notes et rapports de l’inspection générale.

    47  Archives nationales, AJ/16/1583, dossier Georges Vincent, inspection du 10 mars 1901.

    Auteur

    • Stéphanie Dauphin
      Docteure de l’université Paris-Sorbonne-Paris IV et membre du Centre d’histoire du xixe siècle. Sa thèse, soutenue en 2012, portait sur Octave Gréard, réformateur de l’enseignement primaire du Second Empire à la Belle Epoque. PRCE d’histoire-géographie à la COMUE-Lille-Nord-de-France (ESPE-LNF), elle est spécialiste d’histoire de l’éducation, en particulier de l’étude de la haute-administration et de l’école du peuple. Elle a publié récemment : Stéphanie Dauphin, « Les écoles parisiennes dans la tourmente (1870-1871) », dans Jean-François Condette (dir.), Les Écoles dans la guerre. Structures et acteurs de l’éducation dans les tourmentes guerrières (xviie-xxe siècles), Presses universitaires du Septentrion, 2014, p. 115-133 ; Stéphanie Dauphin, Octave Gréard (1828-1904), Rennes, PUR, 2016, 353 p.
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    1  Alain Dulot, Inspecteur général de l’administration de l’Éducation nationale et de la recherche, « De la fonction au métier : une professionnalisation croissante », dans La revue de l’inspection générale, n° 5, décembre 2008, p. 40.

    2  Jean Pierre Rioux (dir.), Deux cents ans d’inspection générale, Paris, Fayard, 2002, 412 p. ; voir aussi Philippe Savoie, Les enseignants du secondaire, xixe-XXe siècles : le corps, le métier, les carrières, 1802-1914, textes officiels réunis et présentés par Philippe Savoie, Paris, INRP, Éditions Économica, 2000, 751 p.

    3  Voir Guy Caplat, Les inspecteurs généraux de l’Instruction publique. Dictionnaire biographique (1802-1914), Paris, INRP-CNRS, 1986 (en particulier toute la présentation générale qui rappelle l’histoire de l’inspection générale, p. 3 et suivantes).

    4  Ampère est avant tout célèbre pour ses inventions. Il publie notamment son Précis de la théorie des phénomènes électrodynamiques (1824) ; Bréal est l’un des promoteurs de l’enseignement secondaire. Son œuvre contribue à populariser en France la grammaire comparée ; Gréard est à l’origine de la Nouvelle organisation pédagogique des écoles de la Seine. Membre du CSIP et de la section permanente, il contribue à réformer et à développer l’enseignement secondaire.

    5  Voir la liste chronologique des inspecteurs de l’enseignement secondaire entre 1870 et 1914 (tableau avec date de l’entrée en fonction, grade et spécialité) dans Guy Caplat, Les inspecteurs généraux de l’Instruction publique. Dictionnaire biographique (1802-1914), op. cit., p. 62-66.

    6  Voir Guy Caplat, Les inspecteurs généraux de l’Instruction publique. Dictionnaire biographique (1802-1914), op. cit., annexe, p. 662 et suivantes.

    7  Françoise Huguet, Les inspecteurs généraux de l’Instruction publique, 1802-1914, profil d’un groupe social, Paris, SHE-INRP, 1988, p. 23.

    8  Henri Chantavoine, Eugène Manuel, Versailles, Imprimerie de Cerf, Extrait de l’Annuaire de l’association amicale des anciens élèves de l’école normale supérieure, 1902, p. 18-19.

    9  Françoise Huguet, Les inspecteurs généraux de l’Instruction publique…, op. cit., p. 66.

    10  Vincent Duclert, « L’heure de vérité de l’affaire Dreyfus », dans Jean-Pierre Rioux (dir.), Deux cents ans d’inspection générale, 1802-2002, Paris, Fayard, 2002, p. 89.

    11  Archives nationales, F17 6816, itinéraires de tournées.

    12  Alexandre Ribot, La réforme de l’enseignement secondaire, Paris, Armand Colin, 1900, p. 209-210.

    13  C’est ce que faisait Victor Duruy au départ et au retour.

    14  Alexandre Ribot, La réforme de l’enseignement secondaire…, op. cit., p. 210.

    15  Ibid.

    16  Archives nationales, F17 6816, itinéraires de tournées.

    17  Archives nationales, F17 6816, lettre de Saint-Étienne du 12 mai 1880.

    18  Robert Dreyfus, Marcel Proust à dix-sept ans, Paris, Grasset, 1926, 67 p.

    19  André Bellessort, Le collège et le monde, Paris, Gallimard, 1941, p. 51-52.

    20  AD des Alpes-Maritimes, Françoise Cotton, « La vie d’un professeur à Nice entre 1893 et 1910, d’après sa correspondance », Revue des archives, n° 142, octobre-décembre 1997.

    21  Jules Pruvost est nommé inspecteur général le 15 janvier 1883. Il fait partie, plusieurs années durant, du jury d’agrégation et publie de nombreux ouvrages de mathématiques.

    22  AD des Alpes-Maritimes, Françoise Cotton, « La vie d’un professeur à Nice entre 1893 et 1910, d’après sa correspondance », dans Revue des archives, n° 142, octobre-décembre 1997, lettre de Camille Cotton à son frère Eugène, le 24 mai 1898.

    23  Lucien Poincaré est docteur ès sciences physiques. En 1895, il est chargé d’un cours de physique à la Sorbonne. Le ministre Leygues le nomme recteur de l’académie de Chambéry. Deux ans plus tard, en 1902, il est nommé inspecteur général. Le 4 juin 1910, il est appelé à la direction de l’Enseignement secondaire et le 14 juillet 1914, il passe à la direction de l’enseignement supérieur. En 1917, il est désigné comme vice-recteur de l’académie de Paris.

    24  Nicolas Piéron est reçu premier à l’agrégation de mathématiques en 1871. Nommé, le 7 janvier 1892, inspecteur de l’académie de Paris ; il reçoit en 1894 le titre d’inspecteur général hors cadre et la mission de réorganiser et de diriger le lycée Saint-Louis. Cette tâche achevée, il assure les fonctions d’inspecteur général pour l’Enseignement secondaire des sciences. Très fatigué de sa tournée d’inspection de 1906, il décède en 1906 à la suite d’une maladie.

    25  Archives nationales, AJ/16/934, Dossier Charles Ancelin, notes et rapports de l’inspection générale.

    26  Certains fichiers indiquent également l’avis du proviseur, de l’inspection d’Académie et même du recteur.

    27  Archives nationales, AJ/16/934, Dossier Charles Ancelin, notes et rapports de l’inspection générale.

    28  Archives nationales, AJ/16/934, Dossier Charles Ancelin, notes et rapports de l’inspection générale, inspection 1898.

    29  Archives nationales, AJ/16/930, dossier Louis André, notes et rapports de l’inspection générale.

    30  Archives nationales, AJ/16/930, dossier Louis André, inspection du 18 janvier 1911.

    31  Ibid., inspection du 6 février 1914.

    32  Voir Jean-François Condette, Les lettrés de la République. Les enseignants de la Faculté des lettres de Douai puis Lille sous la Troisième République (1870-194), Dictionnaire biographique, Villeneuve d’Ascq, CEGES-IRHiS, 2006, p. 141-142.

    33  Émile Chasles a été nommé Inspecteur général en 1873.

    34  Archives nationales F17 6985, Collèges municipaux, notes et rapports de l’inspection générale, du vice-recteur de l’Académie de Paris.

    35  Archives nationales F17 6985, Collèges municipaux, notes et rapports de l’inspection générale, du vice-recteur de l’Académie de Paris.

    36  Archives nationales, F/17/6985, Cours de langues vivantes, notes et rapports de l’inspection générale.

    37  Archives nationales, AJ/16/934, Dossier Miltiade Andreü, Notes et rapports de l’inspection générale.

    38  Ibid., rapport d’inspection du 14 mars 1908.

    39  Ibid., rapport d’inspection de février 1910.

    40  Archives nationales, AJ/16/935, Dossier Charles Appuhn, notes et rapports de l’inspection générale.

    41  Archives nationales, AJ/16/935, Dossier Charles Appuhn, notes et rapports de l’inspection générale, lettre de l’enseignant du 18 octobre 1903.

    42  Ibid., rapport d’inspection du 13 novembre 1904.

    43  Ibid., note de mai 1906.

    44  À Paris, les lycées Saint-Louis, Michelet et Carnot reçoivent l’électricité en 1905.

    45  Claudette Balpe, « Les exercices pratiques dans la réforme de 1902 », dans Bruno Belhoste, Hélène Gispert, Nicole Hulin (dir.), Les sciences au lycée. Un siècle de réformes des mathématiques et de la physique en France et à l’étranger, Paris, INRP, Vuibert, 1997, p. 153-165.

    46  Archives nationales, AJ/16/1583, dossier Georges Vincent, notes et rapports de l’inspection générale.

    47  Archives nationales, AJ/16/1583, dossier Georges Vincent, inspection du 10 mars 1901.

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