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    Plan détaillé Texte intégral En quête d’archivesGenèse et organisation formelle des offices arméniensLe rôle intégrateur des offices Notes de bas de page Auteur

    Réfugiés et apatrides

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    Table des matières

    Le refuge arménien et sa double représentation : dans les méandres des anciens offices (1919-1945)

    Anouche Kunth

    p. 65-80

    Texte intégral En quête d’archivesGenèse et organisation formelle des offices arméniensLe rôle intégrateur des offices Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Rares sont les travaux sur la communauté arménienne de France à considérer l’existence des offices de réfugiés1. L’intérêt se porte prioritairement sur le rôle structurant des institutions traditionnelles qui, transplantées dans le pays d’accueil, ont fourni aux exilés les repères indispensables au maintien d’un lien communautaire. Il est ainsi montré comment, autour des Églises et des partis politiques, tous les domaines de l’existence collective furent peu à peu couverts par un maillage associatif à la fois dense et clivé. Au sein des unions « compatriotiques » se rassemblaient encore les individus originaires d’une même localité ; à quoi s’ajoutaient, enfin, les associations professionnelles. Souvent minutieux, ce tableau de la nébuleuse associative offre de la diaspora une vision centrée sur ses rouages internes, tandis que la gestion quotidienne des relations avec l’extérieur – en l’espèce, avec l’administration française – n’est guère envisagée. Or c’est précisément à l’interface entre les réfugiés et les pouvoirs publics qu’œuvraient les offices arméniens.

    2La relative invisibilité de ces instances administratives tient en partie à la conservation aléatoire de leurs archives, dont le caractère lacunaire et dispersé rend l’étude malaisée. Il nous faudra revenir plus en détail sur le matériau disponible, objet d’une enquête en soi. Au vrai, des investigations restent à entreprendre pour localiser les papiers manquants et reconstituer un corpus aussi complet que possible, couvrant la période comprise entre la Conférence de la Paix (1919) et la création en 1952 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). S’il est à espérer que de nouveaux documents apportent précisions et corrections à ce qui va suivre, certains résultats peuvent d’ores et déjà être avancés.

    3Cet article porte sur les modalités d’intégration de la donne arménienne dans l’appareil administratif français, à une époque, l’entre-deux-guerres, où la gestion du refuge entraîne la création d’organismes spécifiques2. Réfugiés russes et arméniens sont les premiers concernés par l’instauration, en 1928-1930, de ces bureaux d’un genre nouveau, qui fonctionnent à la manière d’un consulat, mais s’en distinguent sur deux points majeurs : tout d’abord, ils tiennent leurs pouvoirs, non pas de l’État d’origine, avec lequel les liens sont rompus, mais du ministère français des Affaires étrangères et de la Société des nations (SDN). Ensuite, ils ne représentent pas à l’étranger les ressortissants légaux d’un État qui s’en porterait garant – puisque les liens sont rompus –, mais des réfugiés statutaires placés sous la protection d’un État tiers.

    4Si les Arméniens n’entrent pas seuls dans ce dispositif asilaire – étendu en 1933 aux réfugiés géorgiens3 –, ils y entrent de façon singulière. Pour les représenter en France, deux offices sont institués, quand Russes et Géorgiens ne relèvent chacun que d’une seule instance. L’intrigue à élucider porte précisément sur cette particularité administrative. Avec elle, se pose la question de savoir quelle représentation légale donner à une nation sans État, et partant, une nation automatiquement privée de la jouissance de ses droits nationaux : pas d’État arménien, pas de nationalité arménienne, explique en substance la circulaire n° 15 du 17 juillet 19254. Une nation, enfin, dont les membres dispersés ont connu une situation de partition politique au sein même des empires eurasiatiques où ils vivaient avant-guerre, rendant plus complexe encore le jeu des identifications administratives. Autrement dit, le traitement bureaucratique du refuge arménien fait surgir une réalité hybride, qu’il s’agit d’explorer au fil de ces pages. Une réalité heurtée à la logique stato-nationale, mais adossée, comme on va le voir, à un référent impérial toujours vivace.

    5L’analyse donnera toute leur place aux tâtonnements par lesquels elle est passée pour s’orienter à travers les méandres des premières instances en charge des réfugiés. Cette démarche empirique réclame, pour commencer, de dresser un bref inventaire des archives – non par réflexe méthodologique, mais parce que l’archive est le premier lieu où penser l’absence d’unité étatique qui fournit à la réflexion son fil conducteur.

    En quête d’archives

    6Dans l’entre-deux-guerres, l’immeuble du 71, avenue Kléber héberge à Paris deux instances arméniennes, intimement liées l’une à l’autre : d’une part, la Délégation de la République arménienne à la Conférence de la Paix, survivance informelle d’un éphémère État arménien indépendant (1918-1920) ; et d’autre part, l’Office des réfugiés arméniens, placé sous la double tutelle du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et du ministère des Affaires étrangères. Remettant à plus tard le pourquoi d’une telle configuration, appelée en outre à se compliquer davantage, il convient de souligner le tour inattendu qu’a pris, pour l’auteur de cet article, une investigation dédiée à ce pôle des affaires arméniennes en France, et plus largement, aux anciens offices de réfugiés. Il s’avère, en effet, que le traitement de ce point d’histoire administrative a procédé, non pas d’une interrogation classique sur les institutions, mais d’une étude historienne de parcours biographiques : ceux d’hommes et de femmes arrivés en France après la révolution bolchevique5.

    7Au départ, donc, une recherche doctorale sur un groupe spécifique de réfugiés arméniens a motivé des démarches auprès de l’Ofpra, dans l’intention d’y collecter des données biographiques introuvables ailleurs. Il était clair, à ce stade, que les trajectoires sociales des membres de cette émigration importaient davantage que la structure administrative qui s’était autrefois occupée d’eux. Il s’est avéré par la suite que les sous-sols de l’Ofpra renfermaient un lot d’archives inexplorées dont l’existence devait, sinon changer les perspectives initiales, du moins les enrichir.

    8Ce fonds livré à lui-même, composé d’environ dix mille certificats d’identité, a ouvert un accès inattendu à des existences laissées dans l’ombre – celles de la première génération de réfugiés arméniens, dits réfugiés « Nansen », que l’instauration du régime kémaliste en Turquie a privés de droits nationaux et civiques. Ces documents ont été émis à Marseille par un bureau dont la filiation institutionnelle demandait à être élucidée. Un effort d’intelligibilité devait donc être consenti pour relier ces faits d’archive aux rouages administratifs qui les avait produits, et ce, en un temps antérieur à la gestion centralisée de l’asile, telle qu’elle prévaut en France depuis la fondation de l’Ofpra. L’ensemble de la documentation6 a finalement permis d’établir que ledit bureau marseillais dépendait de l’Office « Kléber », direction parisienne dont les papiers demeurent, à ce jour, introuvables7.

    9La situation se complique de l’existence, square Alboni à Paris, d’un second office des réfugiés arméniens, voué celui-ci aux Arméniens de l’ancien Empire ottoman. Les archives de cet autre office sont partiellement conservées à la Bibliothèque d’arménologie Nubar Pacha, également située square Alboni, et non à l’Ofpra8. En attendant de revenir sur les différents aspects de la vie communautaire que dévoile cette singulière arborescence administrative, il importe d’insister sur ce trait : les archives relatives au premier refuge arménien, en plus d’être incomplètes, sont dispersées entre plusieurs sites. Le principe de centralisation administrative qui a prévalu lors de la création de l’Ofpra en 1952 a impulsé un processus très imparfait de rassemblement des papiers laissés par les diverses instances « nationales » (russe, arménienne, espagnole, géorgienne) qui officiaient auparavant.

    10Quant aux archives de la Délégation de la République arménienne, sise, comme l’office attenant, au 71, avenue Kléber, le brouillard se fait plus dense encore. Détruites par un incendie en 1939, il n’en serait resté qu’un reliquat9, transporté à Watertown (près de Boston) pour être conservé à la Hairenik Association avec les archives de la Fédération révolutionnaire arménienne (Dachnaktsoutioun)10. Ce reliquat se rapporterait aux affaires diplomatiques qu’eut à traiter la Délégation républicaine lors de la Conférence de la Paix. Les documents de la pratique, eux, n’ont pu être localisés11. Il aurait pourtant été passionnant de mettre en regard ces écritures ordinaires avec celles que conserve la Bibliothèque Nubar Pacha, où là, elles forment une série cohérente.

    11Si l’archive, à suivre Jacques Derrida, exprime toujours un rapport de force12, il nous faut prendre la mesure de ce constat : même les documents « officiels » du refuge arménien ont connu la dispersion, ventilés dans diverses directions, insérés dans des dépôts publics ou privés, classés dans le meilleur des cas, sinon endommagés ou perdus. Aussi ce détour par les institutions du refuge et leurs archives permet-il d’envisager, dans une perspective derridienne, l’émiettement de l’arkhè (ou source d’autorité) au sein du monde arménien en exil. Une autre illustration de ce phénomène est donnée par la coexistence de deux offices arméniens. Ce dédoublement, sans équivalent pour les autres groupes « nationaux » dotés d’un office de réfugiés, reçoit son explication par l’histoire.

    Genèse et organisation formelle des offices arméniens

    12Il nous faut revenir à la Conférence de la Paix, dont les travaux débutent à Paris en janvier 1919. Les Alliés de l’Entente n’ont pas jugé opportun vis-à-vis de la Russie « indivisible13 » d’inviter à la Conférence les quatre jeunes Républiques caucasiennes apparues au printemps 1918 dans le chaos de la révolution bolchevique, à savoir les Républiques du Nord-Caucase, de Géorgie, d’Azerbaïdjan et d’Arménie. Pourtant, ne voulant point manquer l’occasion d’être admis dans le nouveau concert des nations, les gouvernements caucasiens se hâtent chacun d’envoyer à Paris des représentants. Arrivés sur place, ceux-ci participent de facto aux pourparlers intergouvernementaux. Trait singulier de la diplomatie arménienne, elle se scinde en deux formations concurrentes, la Délégation nationale arménienne, représentant les Arméniens de l’Empire ottoman, d’une part14 ; et la Délégation de la République arménienne, de l’autre. Cette forme de diarchie n’a rien de surprenant si l’on songe qu’en 1918 l’Arménie n’est guère un État unifié. Toute récente, l’émancipation politique ne concerne que la seule Arménie orientale, ou russe, tandis que dans l’Empire ottoman, le génocide de 1915-1917 vient d’anéantir une Arménie occidentale ravagée par des violences endémiques depuis la deuxième moitié du xixe siècle.

    13Dès 1912, à l’initiative de l’autorité suprême de l’Église arménienne, le catholicos Kévork V, les Arméniens ottomans ont formé et envoyé à Paris une « Délégation nationale », investie d’une mission précise. Présidée par Boghos Nubar Pacha (1851-1930), fils d’un ancien Premier ministre d’Égypte15, elle doit user de son influence pour étendre l’audience de la cause arménienne et convaincre les démocraties occidentales de se ressaisir du problème des réformes à mener en Arménie turque16. Interlocuteur régulier des Alliés durant la guerre de 1914-1918, Boghos Nubar peut se targuer d’avoir acquis une stature de « grand chef17 », bien qu’œuvrant sans État derrière lui. Sous sa conduite, la Délégation jouit d’une liberté d’action et d’une représentativité sans concurrence. L’arrivée en février 1919 d’une seconde délégation, envoyée du Caucase par le jeune gouvernement de l’Arménie indépendante, dirigée par le poète et homme de lettres Avétis Aharonian (1866-1948), ne manque pas de contrarier le cercle déjà en place. La nouvelle délégation s’établit au 27, avenue Marceau. Instance diplomatique, elle assume aussi des fonctions de type consulaire, à la différence de la Délégation nationale qui, rappelons-le, n’est investie d’aucun pouvoir étatique. La Délégation de la République, elle, délivre passeports et visas aux individus de nationalité arménienne, y compris à ceux qui proviennent de l’Empire ottoman18.

    14Malgré leur discorde, la bataille pour l’avènement d’un État arménien libre et indépendant, réunissant les provinces que le cours de l’histoire a séparées, est menée de concert par les deux délégations19. Bataille perdue, on le sait, après que les Puissances ont pris fait et cause pour le mouvement nationaliste turc et consenti à remplacer le traité de Sèvres (10 août 1920) par le traité de Lausanne (24 juillet 1923). Au terme de ces tractations diplomatiques, non seulement les kémalistes légalisent leur conquête de l’Asie mineure, mais ils obtiennent encore un droit à l’homogénéisation ethno-confessionnelle du pays, par exclusion physique et juridique des populations minoritaires. Le renoncement à Sèvres sert également les intérêts des bolcheviks au Caucase, puisqu’est enterré le seul texte de droit international pouvant encore s’opposer à la soviétisation de la République d’Arménie, réalisée par la force en novembre 1920. Face au désastre qui les frappe, que reste-t-il aux Arméniens bannis de leurs terres, dispersés sans perspective de retour, privés de droits civiques et nationaux, sinon à se placer sous la protection de la Société des Nations (SDN) en prenant le statut de « réfugié apatride » ?

    15Pour revenir aux deux délégations, force est de souligner qu’après l’intégration de l’Arménie russe à l’espace soviétique en 1920-1921, après l’effacement de l’Arménie turque à la conférence de Lausanne en 1923, puis enfin, après la reconnaissance de jure de l’Union soviétique par la France en 1924, leur vocation à représenter une formation étatique tombe d’elle-même. Au-delà du strict cas arménien, d’ailleurs, l’ensemble des représentations diplomatiques issues de l’ex-Empire tsariste – à savoir, l’ambassade de Russie impériale, les délégations géorgienne, azerbaïdjanaise, etc. – connaissent une crise de légitimité analogue une fois l’URSS officiellement reconnue. L’exemple arménien permet de considérer ce qu’il est advenu de ces instances devenues caduques.

    16La défense des intérêts des réfugiés s’impose comme une nécessité d’autant plus cardinale aux yeux des délégués arméniens, que le droit des nations doit encore s’adapter pour résorber l’anomie de leur situation. Se faire leur porte-parole est en outre le seul moyen, après la bataille, de continuer une action politique20. Cette dernière remarque vaut surtout pour la Délégation nationale qui ne tire pas sa légitimité, comme l’autre délégation, d’une République déchue, annexée par Moscou, et dont il s’agit de faire valoir les droits à l’indépendance. Ceci posé, comment les lignes ont-elles bougé, permettant aux offices de réfugiés de voir le jour ?

    17Par courrier daté du 31 janvier 1925, la Délégation nationale arménienne informe le ministère des Affaires étrangères qu’elle met un terme à sa mission, tout en « laissant le soin de continuer ses travaux à un Comité central des réfugiés arméniens, constitué à cet effet à Paris, 56, rue du Faubourg Saint-Honoré21 ». Manifestement, ce changement intervient après que l’instruction générale du 29 décembre 1924 a retiré la nationalité arménienne de la nomenclature officielle des nationalités, l’administration française prenant ainsi acte de la disparition de l’État arménien. Un mouvement analogue a conduit les Russes à fonder un Comité d’Émigration en réaction à la reconnaissance de l’Union soviétique par la France en 192422. Sous la présidence d’Archag Tchobanian (1872-1954)23, secondé par le secrétaire-général Léon Pachalian (1868-1943), le nouveau Comité arménien se chargerait de défendre les intérêts des réfugiés, interpellant aussi bien la SDN sur des questions de droit international, qu’un maire d’arrondissement au sujet d’une famille plongée dans la misère, comme on le verra par la suite. À ce stade, antérieur à la législation portant création des offices, le Comité conserve donc sa vocation première de représentation politique, bien que celle-ci s’exerce en dehors de tout agrément officiel. La remarque vaut encore pour la Délégation de la République arménienne, dont l’évolution sera précisée ci-après.

    18Pour sa part, le gouvernement français se range aux recommandations de la SDN, préconisant que la représentation civile des réfugiés revienne à des agents pris en leur sein, plutôt qu’à un service administratif ad hoc. La justification d’un tel dispositif repose sur le fait que les responsables communautaires détiennent les compétences linguistiques et les connaissances requises (notamment des coutumes du pays d’origine) pour effectuer, mieux qu’un agent public, le travail d’expertise auprès des réfugiés. Ils deviennent ainsi de précieux auxiliaires de l’État. Il n’est pas anodin de souligner que ces prescriptions émanent d’un cercle d’experts russes et arméniens régulièrement consultés par la SDN pour formuler des propositions précises sur le droit des réfugiés apatrides24.

    Figure 1. – Papier à en-tête où la mention « Consulat général de Russie » est rayée pour être remplacée par celle d’« Office des réfugiés russes ». La mutation a lieu dès 1924, mais est officialisée en mai 192525.

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    Source : Ofpra, OR027_0317.

    19Ce principe, énoncé d’abord pour les réfugiés russes dont la gestion irait à l’ancien consulat de Russie (figure 1), est ensuite appliqué aux Arméniens, qui possèdent à Paris deux organismes bien connus des pouvoirs publics, la Délégation de la République d’Arménie et le Comité central des réfugiés arméniens (ex-Délégation nationale). Ces deux instances ont donc acquis des pouvoirs de type consulaires26 dans le cadre du dispositif sur les offices de réfugiés – dispositif prévu par l’arrangement intergouvernemental de Genève du 30 juin 1928, puis transposé dans la législation française par le décret présidentiel du 11 janvier 1930. Il est ainsi décidé que les offices, placés sous la double tutelle du HCR près de la Société des nations et du ministère des Affaires étrangères, délivreraient aux réfugiés les certificats de toute nature27 que l’administration leur réclame et qui ne peuvent être obtenus au consulat du pays d’origine. Enfin, il entre dans les attributions des offices d’organiser un service de consultation juridique et de prêter secours aux nécessiteux.

    20La dotation financière des offices mérite ici quelques précisions, car elle constitue un révélateur pertinent des prérogatives quasi consulaires qui leur sont transmises. En effet, l’arrangement signé à Genève le 12 mai 1926 (relatif à la délivrance des certificats d’identité aux réfugiés russes et arméniens) alloue aux offices des réfugiés russes et arméniens le produit du timbre Nansen – timbre fiscal apposé sur les certificats de voyage et les cartes de séjour des réfugiés –, afin de couvrir leurs frais de fonctionnement et de financer l’assistance aux pauvres28. Cette disposition est approuvée par la loi française du 7 mai 1934. On en retrouve l’esprit dans les réaménagements institutionnels survenus après 1945, qui, jusqu’à la fondation même de l’Ofpra en 1952, conservent ce principe d’attribution de compétences « consulaires » aux offices de réfugiés29. L’arrangement de 1926 prévoit également que les offices bénéficient de revenus complémentaires d’origine privée30.

    Figure 2. – En-tête permettant de bien faire la distinction entre le Comité central (CCRA) et l’Office créé dans un second temps, les deux instances étant domiciliées au 11, Square Alboni.

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    Extrait d’une attestation signée du directeur de l’Office, Léon Pachalian31, 1931.

    Source : Ofpra, OA014_0259.

    21Suite à la nouvelle législation de 1928-1930, le Comité central présidé par Archag Tchobanian confie ses activités de chancellerie à un office dont l’autonomie est attestée, dans les archives, par l’existence d’une comptabilité financière distincte32. Un tel dédoublement de la structure initiale s’observe déjà au sein de la Délégation de la République arménienne. En effet, tandis que la délégation de l’avenue Kléber continue de façon informelle à incarner un idéal indépendantiste face à l’Arménie soviétique, elle a sécrété, à une date incertaine33, un Office des réfugiés arméniens au sens où l’entend la législation. Que le directeur de cet office s’appelât Artavazd Hanémian permettrait de s’expliquer l’existence du « groupe Hanémian34 » que les sources situent au 71, avenue Kléber, c’est-à-dire à la même adresse que la Délégation, semant le trouble dans l’esprit du chercheur en défaut d’archives. Car à nouveau, le raisonnement se heurte à l’écueil des archives disparues, ledit office ayant « perdu » les siennes comme la délégation à laquelle il est lié. Dans ces conditions, reconstituer la genèse et l’organigramme des instances arméniennes n’a pas été sans difficulté (figure 3). De rares documents vus à l’Ofpra, portant la signature d’Hanémian et l’en-tête d’un office situé 71, avenue Kléber, sont cependant venus confirmer l’hypothèse d’une double structure (délégation et office) au lieu d’une seule, comme il est souvent dit par erreur35.

    Figure 3. – Des délégations aux offices de réfugiés arméniens, 1912-1942.

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    Source : A. Kunth.

    Le rôle intégrateur des offices

    22Les autorités françaises ont donc admis que la scission historique des Arméniens entre les Empires tsariste et ottoman ait rendu nécessaire un double système de représentation des réfugiés. Afin de mener la meilleure expertise possible, notamment face aux documents présentés en langues arménienne, arabe, russe, grecque, mais encore en osmanli ou en turc moderne, les offices se répartissent la tâche selon un principe de zonage territorial. Au comité d’Archag Tchobanian et à l’office connexe revient la gestion des Arméniens ex-ottomans36 ; à l’office de l’avenue Kléber37, celle des Arméniens de Russie, quoique ces derniers, en tant qu’anciens sujets du tsar, peuvent également porter le statut de « réfugié russe » et relever alors de l’Office russe. Il n’est pas exclu, cependant, que les lignes aient bougé au fil du temps. S’intéresser au travail des offices incite à se demander si ces organismes, en ne s’occupant que de « leurs » réfugiés, ont reconduit les divisions internes au monde arménien ; ou s’ils ont, au contraire, assumé au fil du temps un rôle intégrateur en recevant l’ensemble des réfugiés.

    23Il ne reste pour éclairer l’activité de l’office de l’avenue Kléber que des traces indirectes. Deux fonds, toutefois, ont permis de surmonter partiellement cette difficulté, l’un conservé à l’Ofpra, l’autre à la bibliothèque Nubar Pacha de Paris.

    24L’Ofpra détient une manne archivistique sur laquelle personne ne s’était penché jusqu’ici. Il s’agit, comme il a été dit plus haut, d’un ensemble d’environ dix mille certificats dressés dans les années trente par un office arménien qui, par chance, se trouve être l’antenne marseillaise du fantomatique Office « Kléber ». À elle seule, cette masse de documents suffirait à convaincre que le bureau marseillais, dépendant de l’Office « Kléber », ne s’est pas uniquement occupé des Arméniens de Russie, puisque ceux-ci se comptaient en nombre insignifiant dans la cité phocéenne. De fait, l’écrasante majorité des certificats émis par le bureau local se rapporte à d’anciens citoyens arméniens ottomans, qui auraient dû en principe s’adresser à la succursale marseillaise de l’office affilié au Comité central. L’un des apports de cette source inédite consiste alors en la possibilité de nuancer une vision trop normative de la gestion des réfugiés. En principe dévolu aux Arméniens de Russie, l’Office « Kléber » aurait, par le biais de son bureau marseillais, représenté le groupe national en son ensemble.

    25Les archives du bureau parisien manquent pour confirmer ou infirmer cette interprétation. Correspondance et rapports d’activité, en particulier, auraient permis de connaître les modalités de l’ouverture aux Arméniens de Turquie : a-t-elle découlé d’une initiative venue de la présidence de l’Office « Kléber », ou a-t-elle davantage tenu à l’aura du directeur local, Toross Guédiguian, recruté dans la colonie de Marseille et originaire de l’Empire ottoman38 ? Le plus vraisemblable, en réalité, est que ce bureau ait succédé à la représentation consulaire de la République arménienne, instaurée à Marseille en 1920 sur décision d’Aharonian. Celui-ci en avait confié la direction à Tigran Mirzayantz, un notable de la colonie marseillaise dont le père, Siméon Mirzayantz, avait lui-même exercé dans cette ville les fonctions de consul de Perse39. À charge, pour Tigran Mirzayantz, d’accompagner les démarches administratives des Arméniens débarqués à Marseille, notamment en octroyant des passeports de la République arménienne à ceux qui désirent gagner les États-Unis. Mais à partir de 1922, l’exode de masse dépasse les capacités d’action de Mirzayantz40, tandis que bientôt, l’apatridie impose de revoir la nature même des documents délivrés aux Arméniens.

    26D’Aharonian à Mirzayantz, en passant par Guédiguian et Hanémian, la collaboration au sein de la structure « Kléber » de personnalités issues des deux Empires41 s’explique par le partage de convictions anti-soviétiques42. Celles-ci impriment aux regroupements entre Arméniens une autre logique que celle d’une simple démarcation territoriale.

    27La réflexion a pu se nourrir d’une source sans égal. Il s’agit des archives du Comité central des réfugiés arméniens (CCRA) conservées à la bibliothèque Nubar Pacha. Alors que l’Office « Kléber » n’a laissé au chercheur, via son bureau marseillais, que des liasses de certificats administratifs, les fonds du CCRA sont composés quant à eux des papiers du Comité, et non de l’office qui lui est rattaché (figure 2). Pour rappel, le Comité était communément identifié aux intérêts des Arméniens originaires de Turquie. Or, les documents étudiés attestent de ses multiples démarches et interventions en faveur des Arméniens du Caucase – leur région d’origine étant d’ailleurs mentionnée sans que cela ne change rien à la légitimité de l’action entreprise pour eux. Pas un trimestre de 1933, année la mieux documentée, ne s’est écoulé sans que le CCRA n’ait été sollicité par des Caucasiens en quête d’un secours matériel ou d’un intercesseur auprès des autorités. L’incapacité à payer la taxe sur la carte d’identité constitue le motif le plus fréquent de recours, le Comité adressant alors à l’administration française une demande d’indulgence, étayée par des éléments d’une histoire personnelle vécue dans l’Empire russe, et non dans l’Empire ottoman :

    « M. Arecheff [nom arménien russifié] a servi dans les armées russes et arméniennes comme lieutenant de cavalerie de 1916 à 1918 et a été blessé43. »
    « M. Youzbachiantz a été au Caucase un avocat bien connu et est venu se réfugier en France fuyant les persécutions bolcheviques. Ses maigres ressources suffisent à peine à son existence44. »

    28Enfin, et sans multiplier les exemples, les listes des personnes assistées font apparaître, dans des proportions importantes, les noms russifiés d’Arméniens du Caucase. Ceux-ci reçoivent ainsi 41,9 % des sommes distribuées par le Comité de septembre à novembre 193245.

    29Comme on l’a vu, la trésorerie des offices est alimentée par les recettes du timbre Nansen, ainsi que par des dons privés. Ainsi, le Comité central est soutenu financièrement par la puissante Union générale arménienne de bienfaisance (UGAB), par le fonds Gulbenkian46 et les dons des particuliers47. De quelles ressources dispose pour sa part l’office de l’avenue Kléber, hormis le fonds Nansen ? Faute d’archives, il est bien difficile de le savoir. Mais il n’est pas anodin que les personnes relevant en principe dudit l’office se soient adressées au Comité central – des deux, certainement le plus offrant.

    30Par les moyens à sa disposition, par le volume des réfugiés touchés et des affaires traitées, le Comité a manifestement une position hégémonique, que confirme encore une brève correspondance avec la Ligue française des droits de l’homme (LDH). En 1936, celle-ci demande au Comité, avec lequel elle précise avoir des relations « constantes », quelques éclaircissements sur la répartition des tâches entre instances arméniennes, surprise d’avoir été sollicitée par un office de réfugiés dont elle ignorait l’existence – celui de l’avenue Kléber. En soi, cette interrogation de la LDH étonne, si l’on songe qu’une personnalité du groupe « Kléber », Alexandre Khatissian, préside alors la Ligue arménienne des droits de l’homme48, affiliée comme sa consœur française à la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, et dont le siège se trouve lui aussi au 71, avenue Kléber. Les archives de la LDH contiennent ainsi un courrier, daté de 1929, que Khatissian a signé en sa double qualité de « président de l’Office des réfugiés arméniens » et de « président de la Ligue arménienne des droits de l’homme49 ». Voilà qu’en 1936, la LDH peine à s’y retrouver. En réponse, le Comité lui fait connaître un principe de centralisation, à son profit, de « toutes les opérations nécessaires concernant les travailleurs arméniens ». La dévolution de cette tâche au Comité aurait relevé d’une convenance entre organismes communautaires. En somme, est-il précisé, « l’Office de l’Avenue Kléber ne s’est occupé du cas que vous citez qu’exceptionnellement50 ».

    31La configuration qui se laisse déduire des archives de la pratique n’est pas aussi clivée et formelle que ne le laissent entendre les sources de l’administration française. Dès les années trente, le travail des instances arméniennes a tendu vers la relativisation du critère de la provenance, au profit d’une valorisation de l’appartenance nationale. Par la suite, les bouleversements politiques de la Seconde Guerre mondiale ont, à leur manière, accéléré cette tendance à l’unification de la réalité arménienne, après que le gouvernement de Vichy a décidé en janvier 1942 de supprimer l’ensemble des offices affiliés à la SDN, pour leur subsister un « Bureau chargé des intérêts des apatrides » relevant exclusivement du secrétariat vichyste des Affaires Étrangères. Ledit Bureau, qui a son siège à Vichy, compte deux délégations, l’une à Paris en zone occupée, l’autre à Marseille en zone libre, afin de couvrir le maillage des circonscriptions départementales.

    32Désormais, au sein du Bureau des Apatrides, une seule et unique « section arménienne » s’occupe indifféremment des réfugiés éponymes. Elle n’en garde pas moins la marque des précédents offices à travers le parcours biographique de son personnel. À Paris, en effet, la section peut compter sur la double implication de Jiraïr Artinian, né en Arménie turque en 1896, auparavant attaché à l’office du Comité central, et d’Astrik Arakélian, originaire quant à elle d’Arménie russe : elle a travaillé avant-guerre comme secrétaire de l’Office « Kléber ». Réunis tous deux par la volonté de l’administration vichyste – soucieuse, dans son rejet global du dispositif fondé par la SDN, de tirer profit des compétences acquises par les agents des anciens offices –, ils le seraient encore après-guerre, allant même jusqu’à intégrer l’Ofpra en 1952 où ils recevraient la responsabilité de la nouvelle section arménienne51.

    33L’histoire croisée de l’administration du refuge durant le second conflit mondial reste à écrire. Croisée, car en plus du Bureau des Apatrides, l’analyse devra se pencher sur les offices de réfugiés que les autorités allemandes d’occupation, guidées par leurs propres intérêts politiques, ont institués à partir de 1942. Le présent article n’entend pas combler le vide historiographique de ces années noires, mais souligner combien la guerre fournit une nouvelle occasion d’éprouver la complexité du refuge arménien52.

    34À la Libération, les pouvoirs publics liquident le Bureau des Apatrides et décident de la création d’un organisme panarménien, l’Office central des réfugiés arméniens, autorisé à fonctionner à partir du 1er avril 194553 : né de la fusion des offices d’avant-guerre, il lui incombe de « représenter la colonie arménienne de France auprès du Gouvernement français54 ». Dans ces conditions, il est crucial de savoir qui fut désigné pour présider la nouvelle instance unifiée, et par qui.

    35Le nom du futur directeur de l’Office central parvint aux Affaires étrangères sur la recommandation des représentants laïcs de la communauté. Il s’agit, en l’espèce, des membres du Comité central des réfugiés arméniens (encore présidé à cette date par Archag Tchobanian) et de ceux du Conseil des réfugiés arméniens. Entre ces derniers, un consensus s’est dégagé autour de Mentor Bouniatian, un Arménien de l’ancien Empire russe, né à Erevan en 1877. Docteur en économie politique, il a enseigné à l’université de Moscou et à l’Institut Polytechnique de Tiflis, avant de s’exiler en France où il est parvenu à retrouver une charge d’enseignement à la section russe de la Faculté de Droit de Paris. Durant l’indépendance de l’Arménie (1918-1920), Erevan l’avait chargé de représenter le pays aux diverses conférences internationales de l’après-guerre, pour les questions économiques et financières55. Plus de vingt ans plus tard, en 1945, rares sont les personnalités de cette génération à pouvoir occuper encore de hautes fonctions administratives, soit que l’âge et la maladie s’y opposent56, soit que plusieurs d’entre elles aient fait l’objet d’un internement administratif à la Libération.

    36Une fois nommé, Bouniatian se charge de désigner ses collaborateurs. Il fait appel à Jiraïr Artinian57 et Astrik Arakélian pour le bureau de Paris, ainsi qu’à Toross Guédiguian pour celui de Marseille, donnant ainsi la prime à l’expérience puisque tous étaient en poste avant-guerre déjà. Originaires des provinces d’Arménie orientale (ou russe) et occidentale (ou turque), ces agents offrent par la variété de leurs compétences la possibilité de couvrir largement la population réfugiée. Bien connus des Affaires étrangères, tous reçoivent leur agrément. Bouniatian, enfin, constitue un « comité de répartition du produit du timbre Nansen », dont les membres auraient à partager entre les œuvres arméniennes une première somme de 46000000 francs. Vu l’importance que revêt un tel arbitrage, effectué d’ailleurs sous l’autorité du HCR58, il faut veiller à représenter toutes les tendances. Aussi Bouniatian compose-t-il un collège de cinq personnalités reflétant la pluralité des sensibilités politiques59, des provenances impériales et des modalités d’action au sein de la communauté arménienne ; les uns, intellectuels, ont mis leur plume au service de la « cause » arménienne, les autres se sont fait connaître par leur activité de mécénat60, ou par leur engagement associatif61. Parmi eux, se détache la figure de Hrant Samuelian, qui cumule des activités de libraire, de publiciste – collaborant à plusieurs titres de la presse arménienne, dont le journal Haratch d’obédience dachnak – et de militant de la cause arménienne62 ; cadre dirigeant de la section française de la Fédération révolutionnaire arménienne, membre en 1945 du comité de défense des Droits de l’Arménie turque, il succède la même année à Alexandre Khatissian à la présidence de la délégation de la République arménienne. Autrement dit, un non caucasien (Samuelian a vu le jour en Cilicie) défendrait désormais l’héritage moral de la République, selon cette tendance précédemment constatée à se situer en fonction d’intérêts et/ou d’affinités politiques, par-delà les vécus au sein des empires.

    37Ayant mis fin au traitement séparé des réfugiés arméniens, l’Office central peut se prévaloir de « desservir tous les réfugiés arméniens résidant de France et unifier ainsi leur administration et économiser les frais », comme le souligne Bouniatian dans son rapport d’activité de 194763. Le directeur se félicite encore que cette structure panarménienne « [atteigne] la presque totalité des réfugiés arméniens en France64… » Fort de cette position, qu’aucune autre institution communautaire n’est en mesure de lui disputer, l’Office entreprend le premier dénombrement approfondi des arméniens de France. Avec l’aide des associations locales, mises à l’enquête, il peut établir que 76000 arméniens résident en France en 1946 sous les divers statuts de réfugiés, de protégés français (issus des mandats de Syrie ou du Liban) ou de naturalisés (français ou autre). À la fin de l’année 1950, ils auraient été 85000, dont 40000 naturalisés ou enfants déclarés français65. Si dénombrer sa population revient à affirmer un pouvoir, force est de constater que l’Office n’a pas manqué l’occasion de faire acte d’autorité. Il agit probablement sur l’incitation de l’administration française, désireuse de quantifier un groupe allogène que ses propres outils statistiques ne permettaient pas d’appréhender avec précision.

    *

    38Bien des interrogations demeurent au terme de cette étude sur le fonctionnement des anciens offices. Mais alors que la plupart des travaux, voire des sources elles-mêmes, entretiennent une certaine confusion sur le devenir des délégations après la disparition de l’État arménien, un patient démêlage de la documentation disponible a permis d’apporter d’importantes précisions.

    39Plutôt qu’une « transformation » pure et simple des délégations en offices – selon un mouvement scellant la mort politique des Arméniens – il est apparu que les délégations ont reconnu la perte de leur statut officiel, sans pour autant mettre fin à leurs activités politiques. L’une d’elles a changé de dénomination (devenant le Comité central des réfugiés arméniens), l’autre a conservé la sienne jusqu’en 1965 (Délégation de la République indépendante), et toutes deux ont continué à incarner une ligne politique. Les offices de réfugiés n’ont été formés que dans un second temps, en conformité avec l’arrangement intergouvernemental de 1928. Seuls à détenir des compétences de type consulaires avalisées par les autorités françaises, ils possèdent leur propre autonomie administrative, tout en demeurant de facto affiliés aux organismes politiques informels issus des anciennes délégations.

    40Ces résultats n’ont pas seulement une portée institutionnelle : ils restituent aux acteurs politiques arméniens une certaine densité face à l’État d’accueil, qui s’est tourné vers eux pour organiser les offices sans imposer une gestion centralisée. Il faut attendre Vichy, en 1942, pour que soit impulsé un premier mouvement d’unification du service dédié aux réfugiés arméniens. Dix ans plus tard, la création de l’Ofpra parachève ce processus, tout en maintenant – à travers les qualités biographiques du personnel engagé, ses compétences et complémentarités utiles – une certaine mémoire de la partition impériale entre Arméniens occidentaux et Arméniens orientaux.

    41Pour finir, que penser de l’intégration, par l’administration française, de la réalité plurielle du monde arménien dans ses propres rouages ? Quel intérêt y a-t-elle trouvé, au-delà des considérations pratiques précédemment évoquées ? Ne tient-on pas, avec le refuge arménien, un champ d’application exemplaire de cette « politique de la différence » qui, selon Jane Burbank et Frederick Cooper, caractérise le fonctionnement d’un État impérial66 ? Il convient ici de renchérir avec Dzovinar Kévonian, pour qui la France, en conférant des prérogatives administratives aux représentants arméniens, a effectivement puisé dans un « répertoire impérial » fait d’ajustements, de négociations, de recours à des corps intermédiaires. La reconnaissance des particularités de chacun aurait ainsi permis à la France de faire l’économie d’une intégration horizontale des réfugiés à la nationalité française67. Réalité hydride, écrivions-nous en introduction. Celle d’une population plusieurs fois exclue du projet stato-national.

    Notes de bas de page

    1  Trois historiennes ont néanmoins rencontré l’histoire des offices en consultant les archives du « Comité central des réfugiés arméniens », conservées à la Bibliothèque d’arménologie Nubar Pacha (Paris) : Mandel M. S., In the Aftermath of Genocide. Armenians and Jews in Twentieth-Century France, Durham (North Carolina), Duke University Press, 2003, p. 158-159 ; Kévonian D., Réfugiés et diplomatie humanitaire. Les acteurs européens et la scène proche-orientale pendant l’entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004 ; Boulgourdjian N., Le réseau associatif arménien à Buenos Aires et à Paris : entre tradition et intégration (1900-1950), Paris, thèse de doctorat, EHESS, 2007.

    2  Sur l’Office des réfugiés russes, se reporter aux travaux de Gousseff C., Immigrés russes en France (1900-1950). Contribution à l’histoire politique et sociale des réfugiés, Paris, thèse de doctorat, EHESS, 1996 ; et du même auteur, L’exil russe. La fabrique du réfugié apatride, Paris, Éditions du CNRS, 2008.

    3  Sur l’Office des réfugiés géorgiens, voir dans cet ouvrage la contribution de Meloua M. Également, Floriot C., « La difficulté d’être Géorgien ». Histoire d’une émigration en son temps (1921-1950), Paris, mémoire de Master II, EHESS, sous la direction de C. Mouradian, 2006-2007.

    4  Circulaire du ministère de l’Intérieur, en accord avec les Affaires étrangères. Voir archives départementales des Bouches-du-Rhône (désormais ADBR) 4 M 964.

    5  Kunth A., Du Caucase à Paris : un autre exil arménien. Expériences migratoires et ancrages en diaspora (de 1920 à l’implosion de l’Union soviétique), Paris, thèse de doctorat, EHESS, 2013 ; Paris, Belin, 2016. La conclusion d’une convention de recherche avec la direction de l’Ofpra en 2008 n’aurait pu aboutir sans l’implication dévouée d’Aline Angoustures, responsable de la mission Histoire et Archives au sein de l’établissement. Qu’elle en soit ici chaleureusement remerciée.

    6  Documentation examinée à l’Ofpra, ainsi qu’aux ADBR, série 4 M, aux Archives de la Préfecture de Police de Paris (désormais APP) et à celles du Quai d’Orsay (AMAE), pour l’essentiel.

    7  Dans le meilleur des cas, ces papiers sont restés auprès d’anciens responsables, ou plutôt de leurs descendants : interrogés à ce sujet, ceux-ci n’avaient qu’une vague idée du sort de cette documentation.

    8  L’auteur remercie vivement Boris Adjemian, conservateur de la Bibliothèque Nubar Pacha, de son précieux concours.

    9  Information donnée par Kayaloff J., The Battle of Sardarabad, La Haye-Paris, Mouton, 1973, p. 64.

    10  Il s’agit de l’un des deux principaux partis historiques arméniens, fondé en 1897 à Tiflis (Caucase russe, actuelle Tbilissi). La FRA Dachnaktsoutioun adhère à la IIe Internationale socialiste en 1907.

    11  Cette documentation n’a pas fait l’objet d’un soin comparable à celui apporté aux archives du Gouvernement géorgien en exil, mises en dépôt à la Harvard College Library en 1974 et microfilmées. Une copie du microfilm a été confiée à la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine (BDIC, Nanterre).

    12  Derrida J., Mal d’Archive. Une impression freudienne, Paris, Galilée, 1995, en particulier p. 11-14.

    13  Sur l’absence de la Russie à la Conférence de la paix, Macmillan M., Paris 1919. Six Months that changed the World, New York, Random House, 2002, p. 63 sq., détaillant les positions de l’Entente face à son allié russe.

    14  Les archives de la Délégation nationale arménienne sont consultables aux Archives nationales d’Arménie, alors que celles de la Délégation de la République d’Arménie, comme il a été dit, ont connu un sort bien différent, entre destruction par incendie et déplacement partiel à Watertown (Boston).

    15  Nubar Pacha (1825-1899), père de Boghos Nubar, a exercé trois fois le mandat de Premier ministre d’Égypte entre 1878 et 1895. Voir Encyclopédie de l’Islam2, t. 8, 1995, p. 95.

    16  Pour une présentation de la mission de la Délégation nationale et de ses travaux, voir Hovannisian R. G., The Republic of Armenia. The First Year, 1918-1919, t. 1, Berkeley, University of California Press, 1971, p. 257-258.

    17  Expression empruntée à Turabian A., L’Éternelle victime de la diplomatie européenne, Marseille, Imprimerie Nouvelle, 1929, p. 172, 178-180 : critique acerbe du personnel politique arménien et des rivalités entre les délégations, Turabian estime que Boghos Nubar Pacha était l’unique « chef », qualifié tantôt de « grand », tantôt d’« incontesté » ou de « vénérable ». Il ne détient pourtant pas de pouvoir étatique contrairement à Aharonian.

    18  APP, BA, 1681, rapport de 1948 sur la colonie arménienne, p. 7.

    19  En février 1919, est créée à Paris une instance panarménienne appelée « Délégation de l’Arménie Intégrale » : si elle ne se substitue pas aux deux autres, elle permet à Boghos Nubar Pacha et à Avétis Aharonian de rédiger un mémorandum commun, intitulé La Question arménienne devant la Conférence de la paix. Les deux hommes sont autorisés à en exposer le contenu devant le Conseil des Dix.

    20  Ce dont rend compte un rapport de police : « À la suite de l’inclusion de l’Arménie dans l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, le 29 novembre 1921, la “Délégation” a perdu tout caractère officiel. Ses membres, hostiles à cette soviétisation, se sont alors efforcés de la faire survivre en exil aux fins de défense des intérêts des réfugiés arméniens ». Voir APP, GA, E3, Eghiazarian.

    21  Voir Bibliothèque Nubar Pacha, Comité central des réfugiés Arméniens (désormais CCRA), boîte 10, dossier « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », année 1925, lettre du ministère des Affaires étrangères accusant réception.

    22  Voir Gousseff C., L’exil russe… ., op. cit., p. 257-260.

    23  Poète, écrivain, né à Constantinople et installé à Paris durant les massacres anti-arméniens de 1894-1896, promoteur du mouvement arménophile, officier de la Légion d’honneur, Tchobanian use de son influence lors des heures graves, mobilisant les réseaux arménophiles, sollicitant les autorités françaises. Les archives du Comité conservent ainsi une lettre adressée le 23 août 1941 à Tchobanian par le cabinet civil du maréchal Pétain, en réponse à son exposé sur la situation critique des Arméniens durant la guerre : CCRA, boîte 10, « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », année 1941. Sur Pachalian, voir la notice biographique dans Walker C. J., Armenia. The Survival of a Nation, Londres, New York, Croom Helm, St Martin’s Press, 1980, p. 410-411.

    24  Sur la commission d’experts russes et arméniens mise en place en 1926 au sein du Comité consultatif des organisations privées (CCOP) près de la SDN, voir Kévonian D., Réfugiés et diplomatie…, op. cit., p. 343-354, et Gousseff C., L’exil russe…, op. cit., p. 236-240.

    25  Voir Gousseff C., L’exil russe…, op. cit., p. 253-257, pour les détails de cette évolution.

    26  Pour rappel, la délégation de la République arménienne a détenu des fonctions consulaires avant 1924, sa chancellerie (fondée en 1919) ayant délivré des passeports nationaux. Mais après la disparition de l’État arménien, ces pouvoirs passent à l’office des réfugiés arméniens, chargé quant à lui de fournir les documents spécifiques au refuge.

    27  Les offices délivrent deux types de documents : les certificats « pour usage administratif », dispensés d’authentification, et les documents devant être visés par le représentant du HCR pour avoir valeur officielle, à savoir : des certificats de naissance, de situation familiale, de décès, de coutume, d’origine, de nationalité, d’état de services et de profession, de titres universitaires.

    28  Disposition reprise dans l’article 15 de la convention de 1933. Le produit du timbre Nansen dévolu à l’assistance peut être distribué aux nécessiteux soit directement par les offices, soit par les œuvres arméniennes de bienfaisance auxquelles un comité de répartition attribue chaque année une part de la recette.

    29  Voir la contribution de Dzovinar Kévonian dans ce même volume.

    30  Voir AMAE, Série Z, Vichy-Europe, 1939-1945, 858, p. 199.

    31  Savoir qui a dirigé cet office conduit à deux hypothèses, entre lesquelles il est difficile de se prononcer : soit Pachalian a présidé l’Office en confiant la direction du bureau de Paris à un dénommé Aram Indjidjian (de même que le bureau de Marseille est géré par un certain Hovikian) ; soit la répartition des fonctions, plus simple, ne comprend pas de direction générale au-dessus des directeurs de bureaux, auquel cas Indjidjian a pris la direction de l’Office dans la première moitié des années trente, suite à Pachalian.

    32  Voir CCRA, boîte « Comptes et comptes rendus, 1920-1930 ». Les bilans financiers distinguent clairement entre les dépenses du « Comité » et de celles de l’« Office ».

    33  Certaines sources indiquent que cette évolution s’est produite dès 1924, date de la reconnaissance de l’URSS par la France. Un document de la Sûreté générale donne pour sa part la date de 1926 (donc après l’arrangement de Genève du 12 mai sur la délivrance de certificats d’identité aux réfugiés) : APP, BA, 1681, rapport de 1948, p. 7.

    34  Voir par exemple ADBR, 4 M 965, dossier « Réfugiés russes et Arméniens (1930-1936) », lettre du ministère de l’Intérieur (2 juin 1936) parlant du « groupe Hanémian » de l’avenue Kléber, distinct à Paris du « groupe Pachalian » du square Alboni. Hanémian a eu des responsabilités au sein de la Délégation de la République, ayant exercé à partir de 1920 la fonction de secrétaire général : voir Hovannissian R. G., The Republic of Armenia. From London to Sèvres. February-August 1920, t. 3, Berkeley, University of California Press, p. 415.

    35  Il est souvent expliqué que la Délégation de la République s’est transformée en « Office des réfugiés arméniens ». Or l’idée de transformation, c’est-à-dire de remplacement d’une instance par une autre, n’est que partiellement vraie, puisque la Délégation perdure jusqu’en 1965, même si elle a perdu tout caractère officiel.

    36  Cet office est doté d’un bureau central à Paris et de deux antennes en province, l’une à Lyon, l’autre à Marseille.

    37  L’office de l’avenue Kléber dispose d’un bureau à Paris et d’une agence à Marseille.

    38  Toross Guédiguian, né à Sivas en 1892. Ingénieur diplômé de l’École des Mines d’Alès, il reçut la nationalité française en 1926. Ayant consacré plus de vingt ans aux réfugiés, il passait pour « l’homme le plus dévoué à la colonie arménienne », d’après un rapport d’inspection fait en novembre 1947 par le directeur de l’Office central des réfugiés arméniens, Mentor Bouniatian (dont il sera question ci-après). Pour la citation, voir CCRA, boîte 10, « Mémoire sur les réfugiés arméniens en France, 1947-1948 ».

    39  Voir Hovannisian R. G., The Republic of Armenia…, op. cit., t. 3, Berkeley, University of California Press, 1996, p. 415.

    40  Voir la correspondance échangée entre Mirzayantz et les autorités françaises, dans ADBR, 4 M 957.

    41  Ainsi, la Délégation de la République indépendante est dirigée jusqu’en 1945 par des Arméniens du Caucase russe, Avétis Aharonian, puis Alexandre Khatissian, tandis qu’à Paris, le directeur de l’office connexe, Artavazd Hanémian, vit le jour à Constantinople en 1878, et qu’à Marseille, le directeur de l’antenne locale, Toross Guédiguian, naquit à Sivas.

    42  Archives Nationales (AN), F7 13436, sur l’orientation anti-soviétique d’Hanémian, conforme aux positions politiques d’Aharonian et de Khatissian.

    43  CCRA, boîte 10, « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », 30 août 1933.

    44  Ibidem, 25 février 1933.

    45  Soit 1220 francs sur un montant total de 2912. Sauf erreur, cette somme correspond à l’aide octroyée via le fonds Nansen (voir ci-après dans le corps du texte l’explication sur le financement des offices). CCRA, boîte 10, « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », mars 1933.

    46  Du nom de Calouste Gulbenkian, richissime homme d’affaires et mécène arménien, surnommé « Monsieur 5 % » en raison de sa part dans le capital de la Turkish Petroleum Company. Négocié en 1914, ce pourcentage est confirmé en 1928 par l’Accord de la Ligne Rouge. Voir Nouschi A., La France et le pétrole, de 1924 à nos jours, Paris, A. et J. Picard, 2001, p. 20, 63-65.

    47  Voir la lettre adressée le 20 avril 1933 à Dikran Tchamkerten, riche industriel arménien de Nice (domicilié promenade des Anglais) dont la famille a fait fortune dans les tabacs d’Égypte : le Comité lui explique ne pas disposer de revenus fixes et devoir beaucoup à la générosité de « personnalités arméniennes qui ont à cœur le bien-être de leurs compatriotes », incitant Tchamkerten à rejoindre le cercle des précieux donateurs. Il est précisé que les dons privés assurent au Comité un revenu annuel d’environ trente mille francs, auquel ajouter les revenus tirés du timbre Nansen et du fonds Gulbenkian. CCRA, boîte 10, « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », avril 1933.

    48  Voir Kévonian D., « Question des réfugiés, droits de l’homme : éléments d’une convergence pendant l’entre-deux-guerres », Matériaux pour l’histoire de notre temps, BDIC, n° 72, octobre-décembre 2003, p. 43.

    49  Voir BDIC, LDH, Requêtes individuelles, Droit des Étrangers, F delta rés. 798/396, W. Gazarian.

    50  Voir BDIC, LDH, Requêtes individuelles, Droit des Étrangers, F delta rés. 798/395, A. Degirmendjian.

    51  Voir Angoustures A., « Le travail de l’Opfra », dans Kunth A., « Vu au débarquement. Marseille ». Le refuge des Arméniens en France dans les archives de l’Ofpra, Fontenay-sous-Bois, mission Histoire et Exploitation des archives de l’Ofpra, 2010, p. 40.

    52  Au sujet de la section arménienne sous autorité allemande, voir Kunth A., « Dans les rets de la xénophobie et de l’antisémitisme : les réfugiés arméniens en France, des années 1920 à 1945 », Archives juives, 48/1, 2015, p. 85-86.

    53  Ce nouvel office ne doit pas être confondu avec son homonyme de la période 1926-1942, sis avenue Kléber. Sur les offices et leur évolution, on trouvera une excellente note de synthèse fournie en mars 1950 par M. Bouniatian, dans CCRA, boîte 10, « Le sort des Offices autonomes des réfugiés Nansen, 1945-1952 ».

    54  CCRA, boîte 10, « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », document ministère des Affaires étrangères, Direction des Conventions administratives.

    55  Source : Ofpra, dossier personnel de Bouniatian, boîte TUR 419.

    56  Aharonian, par exemple, est toujours en vie, mais invalide depuis l’attaque cérébrale qui l’a frappé en 1934. Khatissian décède le 10 mars 1945, une vingtaine de jours avant l’entrée en fonction du nouvel office.

    57  Confère cc_05.

    58  À cette date, 1945, il s’agit encore du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, dont les heures sont comptées. Le 12 février 1946, en effet, l’Assemblée générale des Nations unies vote une résolution portant création d’une nouvelle instance en charge des réfugiés, l’Organisation internationale pour les réfugiés (OIR), entrée en fonction en 1947, pour quatre ans.

    59  Le parti libéral ramgavar est ici représenté par Archag Tchobanian, le parti dachnak par le libraire et journaliste Hrand Samuelian, la mouvance communiste par le général Korganoff (1880, Tiflis-1954), ancien général de l’armée tsariste puis de la République arménienne, passé après-1945 de l’anti-bolchevisme à des sympathies pro-soviétiques.

    60  C’est le cas du riche industriel Nourhan Fringhian. Né à Constantinople en 1904, ce fils de diamantaires arrive en France avec ses parents en 1920. Il se spécialise ensuite dans le domaine de l’ignifugation ; jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, sa société « Incombustibilité » travaille pour la défense nationale française (guerre, air, marine), avant d’être réquisitionnée par les Allemands. « Appartenant à l’une des plus riches familles de la colonie arménienne, il passe pour être à la tête d’une importante fortune quoique les Allemands lui aient confisqué une partie de ses biens en 1942 », note un rapport de police daté de 1949 : APP, GA, S17, 3271, dossier Hrand Samuelian, document 13 sur l’Union Franco-Arménienne.

    61  Cette remarque concerne Gabriel Korganoff, ancien général de l’armée tsariste puis de la République arménienne, qui préside en France l’amicale des Officiers arméniens anciens combattants, et l’Union des Arméniens originaires de Russie.

    62  APP, GA, S17, 3271, dossier Hrant Samuelian.

    63  CCRA, boîte 10, « Rapports annuels de l’Office des réfugiés arméniens, 1945-1952 », année 1947.

    64  Ibidem, « Le sort des Offices autonomes des réfugiés Nansen, 1945-1952 », mémoire de Bouniatian, 3 mars 1950.

    65  Ibidem, « Rapports annuels de l’Office des réfugiés arméniens, 1945-1952 ».

    66  Burbank J., Cooper F., Empires in World History, Princenton, Princeton University Press, 2010, en particulier p. 8 sq.

    67  Kévonian D., « “Hôtel des peuples et maisons-wagons” : l’action internationale face aux réfugiés et apatrides arméniens dans les années vingt », in Conseil scientifique international pour l’étude du génocide des Arméniens, Le Génocide des Arméniens, Paris, Armand Colin, 2015, p. 186.

    Auteur

    • Anouche Kunth
      Historienne, docteur de l’EHESS en Histoire et Civilisations, chargée de recherche au CNRS (Migrinter). Elle a consacré sa thèse à l’exil en France d’Arméniens issus du monde russe, abordant ainsi l’histoire de la Grande Diaspora par l’étude d’un groupe méconnu de réfugiés arméniens, minoritaires tant par le nombre que par ses caractéristiques sociales, son vécu migratoire, ses liens avec l’émigration anti-bolchevique. Ses travaux actuels portent sur la dispersion des Arméniens ottomans abordent l’évènement génocidaire depuis ses retombées humaines les plus irréductibles au retour de la paix. Elle est l’auteur de Exils arméniens. Du Caucase à Paris (1920-1945) (Paris, Belin, coll. Contemporaines, 2016) ; Arméniens en France, du chaos à la reconnaissance (Toulouse, L’attribut, 2010, co-écrit avec Claire Mouradian). Elle coordonne, avec l’anthropologue Chowra Makaremi, un séminaire à l’EHESS intitulé : Violences de masse : enquêter par l’intime. Sources, méthodes, épistémologie ».
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    1  Trois historiennes ont néanmoins rencontré l’histoire des offices en consultant les archives du « Comité central des réfugiés arméniens », conservées à la Bibliothèque d’arménologie Nubar Pacha (Paris) : Mandel M. S., In the Aftermath of Genocide. Armenians and Jews in Twentieth-Century France, Durham (North Carolina), Duke University Press, 2003, p. 158-159 ; Kévonian D., Réfugiés et diplomatie humanitaire. Les acteurs européens et la scène proche-orientale pendant l’entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004 ; Boulgourdjian N., Le réseau associatif arménien à Buenos Aires et à Paris : entre tradition et intégration (1900-1950), Paris, thèse de doctorat, EHESS, 2007.

    2  Sur l’Office des réfugiés russes, se reporter aux travaux de Gousseff C., Immigrés russes en France (1900-1950). Contribution à l’histoire politique et sociale des réfugiés, Paris, thèse de doctorat, EHESS, 1996 ; et du même auteur, L’exil russe. La fabrique du réfugié apatride, Paris, Éditions du CNRS, 2008.

    3  Sur l’Office des réfugiés géorgiens, voir dans cet ouvrage la contribution de Meloua M. Également, Floriot C., « La difficulté d’être Géorgien ». Histoire d’une émigration en son temps (1921-1950), Paris, mémoire de Master II, EHESS, sous la direction de C. Mouradian, 2006-2007.

    4  Circulaire du ministère de l’Intérieur, en accord avec les Affaires étrangères. Voir archives départementales des Bouches-du-Rhône (désormais ADBR) 4 M 964.

    5  Kunth A., Du Caucase à Paris : un autre exil arménien. Expériences migratoires et ancrages en diaspora (de 1920 à l’implosion de l’Union soviétique), Paris, thèse de doctorat, EHESS, 2013 ; Paris, Belin, 2016. La conclusion d’une convention de recherche avec la direction de l’Ofpra en 2008 n’aurait pu aboutir sans l’implication dévouée d’Aline Angoustures, responsable de la mission Histoire et Archives au sein de l’établissement. Qu’elle en soit ici chaleureusement remerciée.

    6  Documentation examinée à l’Ofpra, ainsi qu’aux ADBR, série 4 M, aux Archives de la Préfecture de Police de Paris (désormais APP) et à celles du Quai d’Orsay (AMAE), pour l’essentiel.

    7  Dans le meilleur des cas, ces papiers sont restés auprès d’anciens responsables, ou plutôt de leurs descendants : interrogés à ce sujet, ceux-ci n’avaient qu’une vague idée du sort de cette documentation.

    8  L’auteur remercie vivement Boris Adjemian, conservateur de la Bibliothèque Nubar Pacha, de son précieux concours.

    9  Information donnée par Kayaloff J., The Battle of Sardarabad, La Haye-Paris, Mouton, 1973, p. 64.

    10  Il s’agit de l’un des deux principaux partis historiques arméniens, fondé en 1897 à Tiflis (Caucase russe, actuelle Tbilissi). La FRA Dachnaktsoutioun adhère à la IIe Internationale socialiste en 1907.

    11  Cette documentation n’a pas fait l’objet d’un soin comparable à celui apporté aux archives du Gouvernement géorgien en exil, mises en dépôt à la Harvard College Library en 1974 et microfilmées. Une copie du microfilm a été confiée à la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine (BDIC, Nanterre).

    12  Derrida J., Mal d’Archive. Une impression freudienne, Paris, Galilée, 1995, en particulier p. 11-14.

    13  Sur l’absence de la Russie à la Conférence de la paix, Macmillan M., Paris 1919. Six Months that changed the World, New York, Random House, 2002, p. 63 sq., détaillant les positions de l’Entente face à son allié russe.

    14  Les archives de la Délégation nationale arménienne sont consultables aux Archives nationales d’Arménie, alors que celles de la Délégation de la République d’Arménie, comme il a été dit, ont connu un sort bien différent, entre destruction par incendie et déplacement partiel à Watertown (Boston).

    15  Nubar Pacha (1825-1899), père de Boghos Nubar, a exercé trois fois le mandat de Premier ministre d’Égypte entre 1878 et 1895. Voir Encyclopédie de l’Islam2, t. 8, 1995, p. 95.

    16  Pour une présentation de la mission de la Délégation nationale et de ses travaux, voir Hovannisian R. G., The Republic of Armenia. The First Year, 1918-1919, t. 1, Berkeley, University of California Press, 1971, p. 257-258.

    17  Expression empruntée à Turabian A., L’Éternelle victime de la diplomatie européenne, Marseille, Imprimerie Nouvelle, 1929, p. 172, 178-180 : critique acerbe du personnel politique arménien et des rivalités entre les délégations, Turabian estime que Boghos Nubar Pacha était l’unique « chef », qualifié tantôt de « grand », tantôt d’« incontesté » ou de « vénérable ». Il ne détient pourtant pas de pouvoir étatique contrairement à Aharonian.

    18  APP, BA, 1681, rapport de 1948 sur la colonie arménienne, p. 7.

    19  En février 1919, est créée à Paris une instance panarménienne appelée « Délégation de l’Arménie Intégrale » : si elle ne se substitue pas aux deux autres, elle permet à Boghos Nubar Pacha et à Avétis Aharonian de rédiger un mémorandum commun, intitulé La Question arménienne devant la Conférence de la paix. Les deux hommes sont autorisés à en exposer le contenu devant le Conseil des Dix.

    20  Ce dont rend compte un rapport de police : « À la suite de l’inclusion de l’Arménie dans l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, le 29 novembre 1921, la “Délégation” a perdu tout caractère officiel. Ses membres, hostiles à cette soviétisation, se sont alors efforcés de la faire survivre en exil aux fins de défense des intérêts des réfugiés arméniens ». Voir APP, GA, E3, Eghiazarian.

    21  Voir Bibliothèque Nubar Pacha, Comité central des réfugiés Arméniens (désormais CCRA), boîte 10, dossier « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », année 1925, lettre du ministère des Affaires étrangères accusant réception.

    22  Voir Gousseff C., L’exil russe… ., op. cit., p. 257-260.

    23  Poète, écrivain, né à Constantinople et installé à Paris durant les massacres anti-arméniens de 1894-1896, promoteur du mouvement arménophile, officier de la Légion d’honneur, Tchobanian use de son influence lors des heures graves, mobilisant les réseaux arménophiles, sollicitant les autorités françaises. Les archives du Comité conservent ainsi une lettre adressée le 23 août 1941 à Tchobanian par le cabinet civil du maréchal Pétain, en réponse à son exposé sur la situation critique des Arméniens durant la guerre : CCRA, boîte 10, « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », année 1941. Sur Pachalian, voir la notice biographique dans Walker C. J., Armenia. The Survival of a Nation, Londres, New York, Croom Helm, St Martin’s Press, 1980, p. 410-411.

    24  Sur la commission d’experts russes et arméniens mise en place en 1926 au sein du Comité consultatif des organisations privées (CCOP) près de la SDN, voir Kévonian D., Réfugiés et diplomatie…, op. cit., p. 343-354, et Gousseff C., L’exil russe…, op. cit., p. 236-240.

    25  Voir Gousseff C., L’exil russe…, op. cit., p. 253-257, pour les détails de cette évolution.

    26  Pour rappel, la délégation de la République arménienne a détenu des fonctions consulaires avant 1924, sa chancellerie (fondée en 1919) ayant délivré des passeports nationaux. Mais après la disparition de l’État arménien, ces pouvoirs passent à l’office des réfugiés arméniens, chargé quant à lui de fournir les documents spécifiques au refuge.

    27  Les offices délivrent deux types de documents : les certificats « pour usage administratif », dispensés d’authentification, et les documents devant être visés par le représentant du HCR pour avoir valeur officielle, à savoir : des certificats de naissance, de situation familiale, de décès, de coutume, d’origine, de nationalité, d’état de services et de profession, de titres universitaires.

    28  Disposition reprise dans l’article 15 de la convention de 1933. Le produit du timbre Nansen dévolu à l’assistance peut être distribué aux nécessiteux soit directement par les offices, soit par les œuvres arméniennes de bienfaisance auxquelles un comité de répartition attribue chaque année une part de la recette.

    29  Voir la contribution de Dzovinar Kévonian dans ce même volume.

    30  Voir AMAE, Série Z, Vichy-Europe, 1939-1945, 858, p. 199.

    31  Savoir qui a dirigé cet office conduit à deux hypothèses, entre lesquelles il est difficile de se prononcer : soit Pachalian a présidé l’Office en confiant la direction du bureau de Paris à un dénommé Aram Indjidjian (de même que le bureau de Marseille est géré par un certain Hovikian) ; soit la répartition des fonctions, plus simple, ne comprend pas de direction générale au-dessus des directeurs de bureaux, auquel cas Indjidjian a pris la direction de l’Office dans la première moitié des années trente, suite à Pachalian.

    32  Voir CCRA, boîte « Comptes et comptes rendus, 1920-1930 ». Les bilans financiers distinguent clairement entre les dépenses du « Comité » et de celles de l’« Office ».

    33  Certaines sources indiquent que cette évolution s’est produite dès 1924, date de la reconnaissance de l’URSS par la France. Un document de la Sûreté générale donne pour sa part la date de 1926 (donc après l’arrangement de Genève du 12 mai sur la délivrance de certificats d’identité aux réfugiés) : APP, BA, 1681, rapport de 1948, p. 7.

    34  Voir par exemple ADBR, 4 M 965, dossier « Réfugiés russes et Arméniens (1930-1936) », lettre du ministère de l’Intérieur (2 juin 1936) parlant du « groupe Hanémian » de l’avenue Kléber, distinct à Paris du « groupe Pachalian » du square Alboni. Hanémian a eu des responsabilités au sein de la Délégation de la République, ayant exercé à partir de 1920 la fonction de secrétaire général : voir Hovannissian R. G., The Republic of Armenia. From London to Sèvres. February-August 1920, t. 3, Berkeley, University of California Press, p. 415.

    35  Il est souvent expliqué que la Délégation de la République s’est transformée en « Office des réfugiés arméniens ». Or l’idée de transformation, c’est-à-dire de remplacement d’une instance par une autre, n’est que partiellement vraie, puisque la Délégation perdure jusqu’en 1965, même si elle a perdu tout caractère officiel.

    36  Cet office est doté d’un bureau central à Paris et de deux antennes en province, l’une à Lyon, l’autre à Marseille.

    37  L’office de l’avenue Kléber dispose d’un bureau à Paris et d’une agence à Marseille.

    38  Toross Guédiguian, né à Sivas en 1892. Ingénieur diplômé de l’École des Mines d’Alès, il reçut la nationalité française en 1926. Ayant consacré plus de vingt ans aux réfugiés, il passait pour « l’homme le plus dévoué à la colonie arménienne », d’après un rapport d’inspection fait en novembre 1947 par le directeur de l’Office central des réfugiés arméniens, Mentor Bouniatian (dont il sera question ci-après). Pour la citation, voir CCRA, boîte 10, « Mémoire sur les réfugiés arméniens en France, 1947-1948 ».

    39  Voir Hovannisian R. G., The Republic of Armenia…, op. cit., t. 3, Berkeley, University of California Press, 1996, p. 415.

    40  Voir la correspondance échangée entre Mirzayantz et les autorités françaises, dans ADBR, 4 M 957.

    41  Ainsi, la Délégation de la République indépendante est dirigée jusqu’en 1945 par des Arméniens du Caucase russe, Avétis Aharonian, puis Alexandre Khatissian, tandis qu’à Paris, le directeur de l’office connexe, Artavazd Hanémian, vit le jour à Constantinople en 1878, et qu’à Marseille, le directeur de l’antenne locale, Toross Guédiguian, naquit à Sivas.

    42  Archives Nationales (AN), F7 13436, sur l’orientation anti-soviétique d’Hanémian, conforme aux positions politiques d’Aharonian et de Khatissian.

    43  CCRA, boîte 10, « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », 30 août 1933.

    44  Ibidem, 25 février 1933.

    45  Soit 1220 francs sur un montant total de 2912. Sauf erreur, cette somme correspond à l’aide octroyée via le fonds Nansen (voir ci-après dans le corps du texte l’explication sur le financement des offices). CCRA, boîte 10, « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », mars 1933.

    46  Du nom de Calouste Gulbenkian, richissime homme d’affaires et mécène arménien, surnommé « Monsieur 5 % » en raison de sa part dans le capital de la Turkish Petroleum Company. Négocié en 1914, ce pourcentage est confirmé en 1928 par l’Accord de la Ligne Rouge. Voir Nouschi A., La France et le pétrole, de 1924 à nos jours, Paris, A. et J. Picard, 2001, p. 20, 63-65.

    47  Voir la lettre adressée le 20 avril 1933 à Dikran Tchamkerten, riche industriel arménien de Nice (domicilié promenade des Anglais) dont la famille a fait fortune dans les tabacs d’Égypte : le Comité lui explique ne pas disposer de revenus fixes et devoir beaucoup à la générosité de « personnalités arméniennes qui ont à cœur le bien-être de leurs compatriotes », incitant Tchamkerten à rejoindre le cercle des précieux donateurs. Il est précisé que les dons privés assurent au Comité un revenu annuel d’environ trente mille francs, auquel ajouter les revenus tirés du timbre Nansen et du fonds Gulbenkian. CCRA, boîte 10, « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », avril 1933.

    48  Voir Kévonian D., « Question des réfugiés, droits de l’homme : éléments d’une convergence pendant l’entre-deux-guerres », Matériaux pour l’histoire de notre temps, BDIC, n° 72, octobre-décembre 2003, p. 43.

    49  Voir BDIC, LDH, Requêtes individuelles, Droit des Étrangers, F delta rés. 798/396, W. Gazarian.

    50  Voir BDIC, LDH, Requêtes individuelles, Droit des Étrangers, F delta rés. 798/395, A. Degirmendjian.

    51  Voir Angoustures A., « Le travail de l’Opfra », dans Kunth A., « Vu au débarquement. Marseille ». Le refuge des Arméniens en France dans les archives de l’Ofpra, Fontenay-sous-Bois, mission Histoire et Exploitation des archives de l’Ofpra, 2010, p. 40.

    52  Au sujet de la section arménienne sous autorité allemande, voir Kunth A., « Dans les rets de la xénophobie et de l’antisémitisme : les réfugiés arméniens en France, des années 1920 à 1945 », Archives juives, 48/1, 2015, p. 85-86.

    53  Ce nouvel office ne doit pas être confondu avec son homonyme de la période 1926-1942, sis avenue Kléber. Sur les offices et leur évolution, on trouvera une excellente note de synthèse fournie en mars 1950 par M. Bouniatian, dans CCRA, boîte 10, « Le sort des Offices autonomes des réfugiés Nansen, 1945-1952 ».

    54  CCRA, boîte 10, « Réfugiés arméniens. 1922-1942 », document ministère des Affaires étrangères, Direction des Conventions administratives.

    55  Source : Ofpra, dossier personnel de Bouniatian, boîte TUR 419.

    56  Aharonian, par exemple, est toujours en vie, mais invalide depuis l’attaque cérébrale qui l’a frappé en 1934. Khatissian décède le 10 mars 1945, une vingtaine de jours avant l’entrée en fonction du nouvel office.

    57  Confère cc_05.

    58  À cette date, 1945, il s’agit encore du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, dont les heures sont comptées. Le 12 février 1946, en effet, l’Assemblée générale des Nations unies vote une résolution portant création d’une nouvelle instance en charge des réfugiés, l’Organisation internationale pour les réfugiés (OIR), entrée en fonction en 1947, pour quatre ans.

    59  Le parti libéral ramgavar est ici représenté par Archag Tchobanian, le parti dachnak par le libraire et journaliste Hrand Samuelian, la mouvance communiste par le général Korganoff (1880, Tiflis-1954), ancien général de l’armée tsariste puis de la République arménienne, passé après-1945 de l’anti-bolchevisme à des sympathies pro-soviétiques.

    60  C’est le cas du riche industriel Nourhan Fringhian. Né à Constantinople en 1904, ce fils de diamantaires arrive en France avec ses parents en 1920. Il se spécialise ensuite dans le domaine de l’ignifugation ; jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, sa société « Incombustibilité » travaille pour la défense nationale française (guerre, air, marine), avant d’être réquisitionnée par les Allemands. « Appartenant à l’une des plus riches familles de la colonie arménienne, il passe pour être à la tête d’une importante fortune quoique les Allemands lui aient confisqué une partie de ses biens en 1942 », note un rapport de police daté de 1949 : APP, GA, S17, 3271, dossier Hrand Samuelian, document 13 sur l’Union Franco-Arménienne.

    61  Cette remarque concerne Gabriel Korganoff, ancien général de l’armée tsariste puis de la République arménienne, qui préside en France l’amicale des Officiers arméniens anciens combattants, et l’Union des Arméniens originaires de Russie.

    62  APP, GA, S17, 3271, dossier Hrant Samuelian.

    63  CCRA, boîte 10, « Rapports annuels de l’Office des réfugiés arméniens, 1945-1952 », année 1947.

    64  Ibidem, « Le sort des Offices autonomes des réfugiés Nansen, 1945-1952 », mémoire de Bouniatian, 3 mars 1950.

    65  Ibidem, « Rapports annuels de l’Office des réfugiés arméniens, 1945-1952 ».

    66  Burbank J., Cooper F., Empires in World History, Princenton, Princeton University Press, 2010, en particulier p. 8 sq.

    67  Kévonian D., « “Hôtel des peuples et maisons-wagons” : l’action internationale face aux réfugiés et apatrides arméniens dans les années vingt », in Conseil scientifique international pour l’étude du génocide des Arméniens, Le Génocide des Arméniens, Paris, Armand Colin, 2015, p. 186.

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    Ce livre est cité par

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    Kunth, Anouche. « Le refuge arménien et sa double représentation : dans les méandres des anciens offices (1919-1945) ». Réfugiés et apatrides, édité par Aline Angoustures et al., Presses universitaires de Rennes, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pur.156097.

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    Angoustures, A., Kévonian, D., & Mouradian, C. (éds.). (2017). Réfugiés et apatrides. Rennes: Presses universitaires de Rennes, Comité d’histoire de l’Ofpra. https://doi.org/10.4000/books.pur.156042
    Angoustures, Aline, Dzovinar Kévonian, et Claire Mouradian, éd. Réfugiés et apatrides. Rennes: Presses universitaires de Rennes, Comité d’histoire de l’Ofpra, 2017. doi:10.4000/books.pur.156042.
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