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    Plan détaillé Texte intégral Le déroulement de la scolaritéUn système pédagogique innovantL’entrée dans la carrière Notes de bas de page Auteur

    Mobilités d’ingénieurs en Europe, XVe-XVIIIe siècle

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Former les ingénieurs du territoire : le règlement des Ponts et Chaussées (1775)

    Stéphane Blond

    p. 159-183

    Résumé

    Cet article évoque un document régulièrement cité dans l’histoire des Ponts et Chaussées, mais rarement étudié dans le détail, à savoir le règlement de l’École royale des Ponts et Chaussées pris le 19 février 1775. Rédigé sous l’autorité du Contrôleur général des finances Turgot, il décrit les évolutions du corps d’ingénieurs des travaux publics depuis sa fondation en 1716. Jusqu’en 1747, date de la nomination de Jean-Rodolphe Perronet à la tête du Bureau des dessinateurs établi à Paris, ce corps est dépourvu d’une structure et d’un programme pédagogiques. En 78 articles et 32 pages, le règlement de 1775 démontre que les missions des ingénieurs des Ponts et Chaussées se définissent progressivement. Les différentes étapes de leur carrière sont finement examinées, depuis leur intégration au sein de l’école dirigée par Perronet, jusqu’à leur mise à la retraite. Chaque étape de la scolarité fait l’objet de procédures draconiennes, comme la répartition des élèves en trois classes, le système d’avancement par degrés ou le principe d’enseignement mutuel. Au total, ce règlement donne à voir le sens et la place que les autorités administratives attribuent aux ingénieurs civils qui agissent au quotidien pour aménager le territoire du royaume de France.

    Texte intégral Le déroulement de la scolaritéUn système pédagogique innovantL’entrée dans la carrière Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Le long règlement de l’École royale des Ponts et Chaussées sur lequel se porte notre intérêt est régulièrement évoqué, mais rarement décrit dans sa structure1. Ce texte pris en 1775 est présenté comme le premier règlement de l’établissement, car il entérine officiellement l’usage de l’expression « École des Ponts et Chaussées ». En effet, le corps des ingénieurs civils des Ponts et Chaussées créé en 17162 restait jusqu’alors dépourvu d’une école dont le fonctionnement soit formellement reconnu par les autorités3.

    2Toutefois, le préambule de l’instruction (fig. 1) indique que cet acte administratif n’est pas totalement inédit. Différentes mesures ont déjà été prises par les administrateurs, en particulier à travers l’instruction de 1747 consacrée au personnel qui sert au sein de ce corps d’ingénieurs civils4, suivie pendant trois décennies par d’autres textes réglementaires5. Mises bout à bout, ces mesures participent à l’émergence de la figure de l’ingénieur évoquée par Hélène Vérin, avec un personnage à la croisée des sciences et des techniques6, au même titre que le lien avec l’État qui récupère à son profit le contrôle d’une série de savoirs7. Le règlement de 1775 entend donc parachever cet édifice.

    3Cette instruction préparée au début du règne de Louis XVI est entérinée le 19 février 1775 par Turgot, qui, par sa fonction de contrôleur général des finances, possède aussi la direction des Ponts et Chaussées du royaume depuis le regroupement institutionnel opéré en 1736 sous le ministériat de Philibert Orry8.

    4Contrairement à l’instruction de 1747 voulue par Machault d’Arnouville, et dont les documents préparatoires permettent d’étudier les navettes technico-administratives9, la correspondance administrative propre à l’élaboration de ce texte n’est pas conservée. Toutefois, il ne fait guère de doute que sa rédaction est collective, à travers un large circuit composé à la fois d’administrateurs et de techniciens. Le préambule et les articles qui suivent font notamment référence aux grands acteurs qui forment l’état-major de l’École des Ponts et Chaussées en 1775 : Jean-Rodolphe Perronet, placé en 1747 à la tête du Bureau des dessinateurs qui préfigure l’École des Ponts et Chaussées, Antoine Chézy, sous-directeur de l’École depuis plus de dix ans10 et surtout l’incontournable Jean-Charles-Philibert Trudaine de Montigny. Proche de Turgot, ce dernier est intendant des finances en charge des Ponts et Chaussées à la suite de son père Daniel-Charles Trudaine qui tenait ce département depuis 1743, un an avant la création du Bureau des dessinateurs qui préfigure quelques années plus tard l’École des Ponts et Chaussées11. Ainsi, il ne fait guère de doute que Trudaine fils suit attentivement la préparation de ce texte, en lien étroit avec le ministre libéral qui fréquente régulièrement les terres familiales de Montigny-Lencoup, en particulier pour l’élaboration de sa célèbre série des six édits12.

    Figure 1. – Préambule de l’instruction – ENPC, ms 2629bis (7).

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    5Cette nouvelle instruction rassemble donc des intervenants chevronnés qui compilent des décisions déjà à l’œuvre, sans introduire de modification fondamentale dans la formation des ingénieurs. Au total, ce texte comprend 32 pages et 78 articles qui couvrent la plupart des facettes de la figure de l’ingénieur des Ponts et Chaussées, depuis son entrée à l’École jusqu’au suivi de carrière, en passant par sa nomination au sein du corps des ingénieurs. L’organisation interne de l’acte confirme cette perspective très large, avec une articulation autour de deux rubriques : « École des Ponts et Chaussées » (articles 1 à 57) et « Inspecteurs, sous-ingénieurs et élèves appointés » (articles 58 à 78).

    6Cette instruction invite à s’interroger sur les missions que le pouvoir assigne à des techniciens du territoire, afin d’appréhender plus globalement la philosophie politique qui préside à la structuration d’un corps d’ingénieurs civils. Cet article insiste aussi sur les temporalités spécifiques à la carrière d’un ingénieur des Ponts et Chaussées, avec une analyse des étapes de la scolarité, des démarches pédagogiques mises en œuvre et des perspectives de carrière d’un ingénieur.

    Le déroulement de la scolarité

    7Dès les premiers articles, l’instruction de 1775 se concentre sur le fonctionnement quotidien de l’École des Ponts et Chaussées. Elle décrit un accès étroit et réservé, ainsi qu’un long cursus assorti de points de passage qui conditionnent un vaste système d’appointements et de rémunérations, afin d’encourager l’émulation entre les élèves.

    8L’article premier évoque la capacité d’accueil de l’établissement, en fixant un quota à 60 élèves titulaires, toutes classes confondues, auquel il faut ajouter une liste complémentaire de 10 élèves surnuméraires13. Ces chiffres supposent une réduction immédiate des effectifs, car le nombre des élèves titulaires à la fin de l’année 1774 s’élevait à 75 individus14. En réalité, depuis une trentaine d’années, les effectifs du Bureau des dessinateurs fondé en 1744 fluctuent énormément, selon les guerres menées par la monarchie et de l’état général des finances. Les États des grades et des talents des Élèves dressés par quartiers (trimestres), permettent une analyse fine des effectifs. Ainsi, entre 1748 et 1777, ce qui constitue alors le Bureau-École, accueille annuellement entre 19 élèves en 1762 (guerre de Sept Ans) et 96 élèves en 1771 (multiplication des grands projets autour des ports de commerce)15. Le quota fixé par l’instruction n’est pas immédiatement atteint et tout au long de l’année 1775, les effectifs varient entre 60 et 63 élèves. En 1776, deux trimestres comprennent un nombre inférieur à la cible de 60 élèves. En revanche, à partir du quatrième trimestre de la même année, la distribution fixée à vingt élèves titulaires pour chacune des trois classes est strictement respectée, au moins jusqu’à la fin de l’année 1783. À partir de cette date, le nombre d’élèves titulaires change à nouveau pour atteindre un maximum à 75 élèves certains trimestres. Après être resté stable, le nombre d’élèves surnuméraires varie et dépasse largement l’effectif fixé à 10 élèves à l’article premier. Par exemple, au cours du quatrième trimestre 1785, on dénombre 41 élèves surnuméraires qui suivent les cours à l’École. Toutefois, ces variations sont d’un impact moindre, car les surnuméraires possèdent un statut précaire supposant peu de dépenses pour l’État16.

    9Avant d’intégrer l’École et de prétendre au titre d’élève, plusieurs critères doivent être respectés par les impétrants. Les principales conditions sont énumérées à l’article 7 :

    « Pour compléter le nombre des élèves et surnuméraires fixé par l’article 1er, on choisira des jeunes gens qui ne sont pas mariés, dont l’éducation et les mœurs seront bien connues et qui appartiendront à des familles honnêtes. Ils auront fait leurs classes jusques et compris la troisième et auront les premières connaissances de géométrie et de dessin. On n’en recevra point qui ne soient d’une taille et constitution assez forte pour résister au travail et à la fatigue qu’exige le service des Ponts et Chaussées17. »

    10Les critères physiques suggérant un esprit de dévouement et de sacrifice rappellent que le métier d’ingénieur est exigeant, constitué de nombreuses tournées à cheval à travers les provinces et au rythme des saisons. Contrairement aux corps des ingénieurs militaires, comme celui du Génie, le recrutement n’est pas exclusivement réservé aux membres de l’ordre nobiliaire18. Pour autant, les autorités sont attentives à la condition des candidats, afin de ne pas recruter des élèves dont les origines sociales seraient considérées « avilissantes » pour le prestige cultivé par ce corps d’ingénieurs civils. Tous ces critères sont donc liés à « l’esprit » que les administrateurs et les ingénieurs mettent en œuvre depuis plusieurs décennies. Ils rejoignent également les principes décrits dans une longue lettre que Jean-Rodolphe Perronet, directeur du Bureau-École, adresse au duc de Charost en 1769, afin de répondre aux interrogations de ce dernier :

    « On demande que les élèves qui se présentent pour y être admis soient au moins nés de familles honnêtes dans la bourgeoisie, qu’ils aient fait leurs humanités, aient une éducation sortable, soient de constitution assez forte pour résister à la fatigue et aient des mœurs et des dispositions pour l’étude des mathématiques, de l’architecture et du dessin et même quelques commencements d’étude dans ces différentes connaissances. C’est ordinairement à 16 ou 18 ans qu’il convient de se présenter à l’École ; on y trouve les professeurs nécessaires, excepté pour l’architecture19. »

    11Sans que l’instruction y fasse référence, l’admission à l’École implique l’obtention d’une recommandation dont le principe n’est jamais explicitement présenté dans les textes. En réalité, ce système est très ancien, puisque son existence est déjà attestée au sein de l’administration des Ponts et Chaussées avant l’institutionnalisation du corps en 171620. Le Journal des entrées et les états des talents des élèves que Perronet tient à partir de 1749 rappelle la place que le système de recommandation occupe tout au long du siècle dans les circuits professionnels caractéristiques de la société d’Ancien Régime21. Toutefois, ce mode de parrainage n’ayant pas démontré son efficacité, la recommandation n’offre pas un blanc-seing à son porteur. Dès sa nomination à la tête du bureau des dessinateurs en 1747, Jean-Rodolphe Perronet ajoute un entretien avec chaque impétrant, afin de vérifier l’état de ses connaissances et de cerner brièvement les traits de caractère de sa personnalité.

    12Les articles suivants décrivent l’architecture générale de la scolarité. Le groupe de 60 élèves fixé au premier article se répartit en trois classes de 20 individus, avec un avancement graduel de la troisième à la première classe22. La procédure d’avancement détaillée plus loin est surtout conditionnée par le niveau d’acquisition d’une série de connaissances (article 2). Si une place vient à manquer dans l’une des classes, les élèves des classes inférieures peuvent y prétendre, ou par subsidiarité les élèves surnuméraires pour l’accès à la troisième classe, car ceux-ci ne sont attachés à aucune des trois classes (articles 4 et 5). Le mérite fait foi et l’ancienneté n’entre pas immédiatement en ligne de compte, sauf en cas d’égalité entre deux candidats : « Lorsqu’il viendra à vaquer une place dans le nombre des élèves, elle sera donnée à celui qui le suivra immédiatement dans l’ordre de ses degrés de connaissance23… » À partir de l’article 8, l’instruction évoque le déroulement des études. Les cours de sciences débutent au mois de novembre, avec un enregistrement préalable le mois précédent. Le rythme des enseignements est intensif, comme mentionné à l’article 13 :

    « L’École se tiendra chez le Premier ingénieur, les élèves y viendront tous les jours, excepté les fêtes et dimanches. Savoir en été depuis 6 heures du matin jusqu’à deux heures après midi et depuis quatre heures jusqu’à la nuit. En hiver depuis huit heures du matin jusqu’à deux heures et depuis 4 heures jusqu’à neuf heures du soir24. »

    13La tradition qui fait du domicile de Jean-Rodolphe Perronet le siège de l’École provient de sa nomination à la fonction d’inspecteur des géographes et dessinateurs par arrêt du Conseil d’État du 14 février 1747, pour avoir

    « la conduite et inspection des géographes et dessinateurs des plans et cartes des routes et grands chemins du Royaume et de tous ceux qui sont commis et préposés aud[it] ouvrage, régir tout ce qui concerne la levée desd[its] plans et cartes, instruire lesd[its] dessinateurs des sciences et pratique nécessaires pour parvenir à remplir avec capacité les différents emplois desd[its] Ponts et Chaussées25 ».

    14Néanmoins, tous les cours ne sont pas dispensés chez Perronet, car le programme des études impose à plusieurs élèves de suivre des cours spécialisés donnés par des professeurs extérieurs.

    15La scolarité n’est pas rémunérée, mais en fonction de services effectués, les élèves peuvent prétendre à des gratifications qui ont pour objectif sous-jacent d’exciter leur engagement et de cultiver l’esprit de compétition au sein du groupe. Ainsi, l’article 2 précise que trois élèves par classe peuvent dispenser des cours à leurs camarades et obtenir des gratifications. L’article 11 contient la grille de rémunération de ces élèves, avec des montants qui varient entre 150 et 600 livres par an, selon leur classe et leur classement. Les 2e et 3e élèves de chaque classe reçoivent des gratifications au moins deux fois inférieures aux premiers de chaque classe, mais s’ils occupent ponctuellement la fonction de professeurs, ils peuvent obtenir un supplément mensuel de 40 livres (article 12). Certains élèves désignés pour des missions pédagogiques obtiennent 30 livres d’indemnités par mois le temps des leçons (article 13). Une autre gratification de 400 livres par an est accordée aux quatre élèves qui suivent des cours de dessin et d’architecture, pour le paiement des cours et l’achat du matériel (article 15).

    16En plus des gratifications attachées aux leçons, certaines rémunérations dépendent de tâches réalisées par les élèves. Ainsi, l’article 20 prévoit une gratification de 45 livres par mois pour ceux qui sont désignés à la vérification des calculs des détails qui accompagnent les devis du service des Ponts et Chaussées et sont adressés par les ingénieurs de province au Bureau parisien des dessinateurs. Ceux qui dessinent les plans de route, une mission qui est précisément à l’origine du Bureau, perçoivent 25 livres par carte. La production d’une version réduite de ces plans est payée 12 livres 6 sols, un montant identique au dessin de deux feuilles de ponts (article 21).

    17Une dernière source de revenus tient à des missions effectuées en province, en dédommagement de frais engagés. En fin de parcours scolaire, jusqu’à dix élèves peuvent être affectés pendant plusieurs années à des opérations sur le terrain avant de devenir inspecteurs ou sous-ingénieurs. Ils reçoivent alors 1000 livres d’appointements annuels. Dix autres élèves peuvent occuper la fonction de contrôleur pour 600 livres par an (article 22). Les élèves qui partent en campagne pour des missions de courte durée reçoivent 80 livres par mois (article 23). Enfin, les élèves-contrôleurs qui travaillent dans la généralité de Paris reçoivent 100 livres par mois, sur une période allant du mois d’avril à la fin du mois d’octobre (article 25). Ces multiples engagements financiers ne sont pas anodins, car ils sont directement prélevés sur le budget de fonctionnement de l’École. De ce fait, ils sont étroitement contrôlés et ne peuvent se faire qu’« en vertu d’une lettre de Monsieur Trudaine26 », l’intendant des finances en charge de ce département administratif. Un dernier mode de rémunération provient des prix obtenus lors des concours, ce qui suppose une analyse du système pédagogique.

    Un système pédagogique innovant

    18Ce second volet cherche à saisir la manière dont les études s’articulent, leur contenu et leur progressivité, ce qui constitue un indicateur supplémentaire des besoins fixés par les autorités publiques. Quelques traits de caractère dominent le cycle d’enseignement : le principe de l’enseignement mutuel, les concours et prix, et enfin l’évaluation des connaissances fondée sur un système de degrés. Les autres mesures se révèlent beaucoup plus classiques et se mettent en place rapidement après la naissance du corps. Comme le rappelle Hélène Vérin, c’est effectivement dans le contexte du « début du xviiie siècle que se mettent en place explicitement les caractéristiques de l’ingénieur moderne27 ».

    19La première originalité du schéma des études tient probablement à la mise en œuvre d’un enseignement mutuel. Comme vu précédemment à travers le système des rémunérations, les trois premiers élèves de chaque classe disposent d’un statut à part. Ceux-ci sont chargés de partager, à travers des leçons, leurs connaissances plus avancées avec des élèves moins formés. Cette mutualisation des compétences placée au service du collectif est décrite notamment aux articles 2 et 3, 10 à 14. En plus des gratifications particulières déjà citées à l’article 11, ces élèves sont également les seuls de l’École à pouvoir porter l’uniforme instauré par un arrêt du Conseil daté du 27 septembre 177228. Cet uniforme dont les couleurs sont à la livrée du roi procure à son titulaire une forme de prestige qui permet d’obtenir le respect de ses camarades, à travers la démonstration d’un exemple à suivre. En dehors de l’École, le port de l’uniforme permet à ces élèves d’être assimilé au corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées : sans en faire partie, ils sont sur le seuil de la porte, d’où un surcroît de motivation. Dans le prolongement de cette idée, l’article 3 indique que ces élèves sont prioritaires pour intégrer le corps dès qu’une place est déclarée vacante : « Ces neuf élèves gradués seront aussi préférés pour occuper les places d’élèves annuellement appointés mentionnés ci-dessus et celles de sous-ingénieurs qui viendront à vaquer29. »

    20Le programme des leçons de ces élèves-professeurs n’est pas détaillé dans l’instruction, au même titre que la plupart des leçons prises à l’École. Un État des leçons des élèves des Ponts et Chaussées réalisé vraisemblablement au début des années 1770 cite le nom des élèves-professeurs en poste, ainsi que les leçons qu’ils prennent en charge (tableau 1)30. Ce document indique que les cours répartis tout au long de la journée se focalisent sur les sciences mathématiques et l’architecture, avec leurs déclinaisons pratiques aux tâches d’un ingénieur qui intervient sur le territoire, que son statut soit civil ou militaire31. Les leçons sont élaborées à partir d’ouvrages de référence rédigés par des auteurs français. Seul le cours de dessin de la carte assuré par le dénommé Hervet échappe au principe du compte-rendu d’ouvrage.

    Tableau 1. – Leçons prises à l’École.

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    21Cette source ne mentionne pas les classes d’élèves qui suivent les cours, probablement parce que les élèves sont désignés en fonction de leur niveau de maîtrise des matières étudiées. L’article 16 insiste d’ailleurs sur l’évolution des apprentissages et leur caractère progressif :

    « Les élèves après avoir appris à dessiner la figure, l’ornement et le paysage, commenceront par rester au moins une année de suite à l’École. Ils y seront occupés à l’étude de la géométrie, du dessin des ponts et de la carte, à la coupe des pierres, aux calculs des terrasses et autres objets qui leur seront indiqués tant pour le service des Ponts et Chaussées, des ports maritimes, des canaux, etc.32. »

    22Cet article suggère des périodes incompressibles et des paliers, comme dans les premiers temps de la scolarité, lorsque l’initiation à la cartographie est préalable aux autres enseignements. En effet, malgré de bonnes dispositions dans les disciplines scientifiques, la maîtrise du dessin est une condition sine qua non pour qu’un élève accède aux classes supérieures et, in fine, au corps des ingénieurs. Quoi qu’il en soit, les leçons assurées par les élèves ne peuvent pas couvrir l’ensemble des savoirs et des techniques attendues d’un futur ingénieur des Ponts et Chaussées33. En outre, l’École s’assure seulement les services d’un professeur titulaire dont le profil est décrit à l’article 14. Il s’agit d’un ancien élève nouvellement nommé sous-ingénieur « qui sera chargé de diriger le travail de la levée et du dessin des plans de la carte géographique et topographique pour l’instruction des élèves. Il leur enseignera les différentes méthodes usitées pour lever ces plans34 ». Ce professeur reçoit des appointements débutant à 1200 livres et pouvant atteindre 1500 livres par an. Pour les autres cours, les élèves sont encouragés à suivre les enseignements dispensés à l’extérieur par des maîtres prestigieux.

    23Ainsi, l’instruction de 1775 précise que quatre élèves sont concernés par un enseignement externalisé. Ils bénéficient d’ailleurs d’une gratification de 400 livres pour « les frais de leurs maîtres de dessin et d’architecture ». Les disciplines sont listées sans plus de détail à l’article 30 : « cours de physique, d’histoire naturelle, de chimie et du toisé des bâtiments, que nombre d’entre eux sont dans l’usage de suivre, ou bien pour payer les maîtres qu’ils ont hors de l’école35 ». L’État des leçons précédemment évoqué permet d’en savoir plus sur les « leçons prises hors de l’École36 ». Celles-ci couvrent trois grands domaines de compétences, à commencer par le « dessin de la figure et de l’ornement » enseigné par Nicolas-Bernard Lépicié, peintre du roi et membre de l’Académie de peinture du Louvre où il exerce alors en tant que professeur-adjoint. Les cours concernent aussi l’Architecture, une discipline dispensée au début des années 1770 par Jacques-François Blondel, architecte du roi et professeur de l’Académie royale d’architecture, resté célèbre pour son Architecture française en quatre volumes et ses Cours d’architecture civile publiés en six volumes. D’autres cours d’architecture sont assurés par Gabriel-Pierre-Martin Dumont, un proche de Jacques-Germain Soufflot, Grand prix de Rome et membre de multiples académies. La rubrique dédiée à l’Architecture fait référence à un professeur dénommé D’Aubenton. Il s’agit probablement de Louis Jean-Marie d’Aubenton, membre de la Royal Society, collaborateur de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et ancien gardien du Cabinet de curiosités du roi. En réalité, celui-ci assure des cours d’histoire naturelle, une discipline qui apparaît bien dans les champs disciplinaires enseignés. Enfin, le dernier domaine correspond à la Physique, avec les cours de physique expérimentale tenus au collège de Navarre par Mathurin-Jacques Brisson, membre de l’Académie des sciences et disciple de l’abbé Nollet qui assure pour sa part des cours de physique au sein de l’École royale du génie de Mézières37. En retour, le principe de l’enseignement mutuel prévaut, car les élèves mandatés auprès de ces professeurs réputés doivent reproduire les cours suivis auprès de leurs camarades restés à l’École.

    24En complément des leçons qui relèvent de l’apprentissage théorique dispensé à l’École ou à l’extérieur, les élèves sont envoyés sur le terrain pour développer leurs connaissances pratiques. L’article 35 encadre l’exercice de plusieurs missions :

    « On aura l’attention d’envoyer ces élèves successivement sur différents travaux pour étendre leurs connaissances quatre ou cinq campagnes doivent suffire, compris le temps qu’ils auront été employés en qualité de contrôleurs dans la généralité de Paris. Ce serait leur faire perdre leur temps et les détourner de leurs études, que de les occuper plus longtemps aux objets de pratique, et de les laisser plusieurs années de suite sur une même nature d’ouvrage38. »

    25Une autre originalité de la scolarité des Ponts et Chaussées tient à la mise en place de concours annuels assortis de nombreux prix. Toutefois, cette pratique n’est pas née en 1775, car des concours sont déjà organisés à l’École au cours de la décennie qui précède. À travers l’épreuve sélective du concours, les élèves doivent démontrer l’étendue de leurs connaissances et s’exercer au volet artistique de leur futur métier39. L’article 26 et les suivants décrivent l’organisation des épreuves. Les élèves sont obligés de concourir, ce qui forme, sans en porter le nom, des examens qui viennent valider leur formation. Ils doivent respecter plusieurs démarches, comme une inscription préalable en avril, avec dépôt des sujets qu’ils proposent, ainsi qu’une réalisation publique de leurs projets au fil des semaines, afin d’éviter toute tricherie et de faire des démonstrations auprès de leurs camarades.

    26Le choix des thèmes répond au principe de progressivité déjà évoqué : « ils seront tenus de le faire et de commencer par ceux des éléments de géométrie, du dessin de la carte, de la levée des plans, du nivellement et calcul des terrasses, de la coupe des pierres et du toisé des bâtiments, à moins qu’ils ne soient dispensés par le directeur d’être assujettis à cet ordre, pour avoir donné des preuves suffisantes de leurs connaissances sur les premiers objets de concours40 ». L’article 43 prescrit qu’à l’intérieur des grands domaines disciplinaires, les élèves qui ont déjà remporté un prix dans un concours supérieur ne peuvent plus candidater pour un concours de rang inférieur. Ainsi, « ceux qui auront remporté les prix de mathématiques pour la mécanique, ne pourront concourir aux prix de l’algèbre et des sections coniques41 ». Cette exclusion vise à placer les candidats sur un même pied d’égalité et à préserver les chances de chacun. La même interdiction vaut pour les élèves qui assurent la fonction de professeur pendant au moins quatre mois, les excluant derechef du concours lié à la matière qu’ils enseignent.

    Figure 2. – ENPC, ms 2629bis (7), article 27.

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    27Le long article 27 (fig. 2) dresse la liste des cinq domaines et des différents sujets proposés, avec la ventilation d’une somme annuelle équivalant à 2500 livres de prix : Mathématiques (795 livres)42, Architecture (945 livres)43, Style (390 livres)44, Dessin (250 livres)45 et Écriture (120 livres)46. Dans chaque discipline, seuls les deux premiers classés reçoivent un prix, mais l’article 29 précise que chaque concours comprend deux accessits. Même s’ils sont exprimés en livres tournois, les prix qui s’échelonnent entre 20 livres (2e prix d’écriture) et 200 livres (1er prix de mathématiques et d’architecture) ne sont pas distribués en numéraire, car « la valeur de ces prix sera donnée en livres et instruments de mathématiques qui seront au choix des élèves47 ». Si tous les prix ne sont pas attribués, la somme restante est répartie entre les autres élèves, pour les dédommager de leurs frais et des cours pris à l’extérieur de l’École.

    28L’évaluation des productions et la distribution des prix sont détaillées dans plusieurs articles qui font de cet exercice un moment décisif. L’article 51 insiste sur les modalités d’évaluation qui dépendent d’un jury composé d’administrateurs, de membres du corps des Ponts et Chaussées et de personnes désignées pour leurs compétences reconnues :

    « Les prix seront jugés chaque année chez M. Trudaine au commencement de mars, après avoir consulté des géomètres de l’Académie royale des sciences pour les sujets de mathématiques, ceux de l’architecture civile seront jugés [par] plusieurs architectes du roi, conjointement avec les ingénieurs et les inspecteurs généraux et des ingénieurs, à la pluralité des voix comme cela est d’usage48. »

    29Le prononcé des résultats intervient au printemps, lorsque les cours théoriques s’achèvent pour céder la place à la saison pratique de la formation. Ce calendrier démontre une fois de plus que le concours constitue un point d’aboutissement qui clôt un cycle d’enseignement. Par ailleurs, les productions dotées de premiers prix pour « les dessins et les pièces de trait en seront déposés à l’École pour servir à l’instruction des élèves49 ». Une fois de plus, cette obligation indique que l’élève chevronné et le produit de son travail servent d’exemples pour les autres qui peuvent se référer à des documents et outils techniques. L’hôtel particulier qui accueille alors l’école rue de la Perle possède au premier étage, dans le prolongement des appartements privés de Perronet, une galerie où sont rassemblés des plans, des dessins et des maquettes, manifestant une culture du modèle qu’il faut rattacher au principe de la « réduction en art » forgé par Hélène Vérin50.

    30Le dernier dispositif du programme d’enseignement correspond à l’attribution de degrés qui conditionnent le classement des élèves à l’intérieur de chacune des classes. Une fois de plus l’instruction de 1775 entérine des pratiques déjà en vigueur, même si elles sont récentes. En effet, l’État des talents du troisième trimestre de l’année 1773 fait déjà apparaître sous le nom de chacun des élèves une liste qui récapitule les degrés obtenus dans les domaines d’enseignement, dont l’addition permet ensuite un classement par ordre de mérite. Avant la mise en œuvre de ce système et des concours, les modalités d’évaluation se révélaient plus empiriques. Le classement était conditionné par des appréciations littérales, la prise en compte du temps de présence aux leçons du Bureau, ou encore les missions effectuées à l’extérieur. Désormais, le cumul des degrés constitue la clé de voûte du système éducatif. Il permet d’évaluer le niveau de compétences des élèves, comme le stipule l’article 31 qui évoque « une échelle de comparaison pour apprécier le mérite des élèves51 ». Ce système par degrés, inédit dans l’Europe moderne, constitue probablement la principale originalité de l’instruction de 1775. L’obtention de ces degrés est liée à plusieurs facteurs énumérés au fil des articles : le niveau d’études au moment de l’intégration à l’École52 ; la valorisation d’une expérience antérieure à l’entrée à l’École53 ; la participation aux différents concours ; l’expérience acquise pour la conduite de travaux en fin de cycle54 ; les travaux conduits entre la fin de la scolarité et la date de nomination en tant que sous-ingénieur55, ou encore l’assiduité aux cours dispensés. En plus des prix, le rang de classement aux concours ouvre droit à des degrés dont le nombre varie de 1 (2e prix d’écriture courante en dessin) à 40 (1er prix de calcul intégral et différentiel). À titre d’exemple, le tableau 2 détaille le cas des leçons dispensées sur une période d’au moins quatre mois, avec à la clé un nombre de degrés variant de 10 à 30.

    Tableau 2. – Liste des degrés correspondant aux leçons dispensées par les élèves.

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    31Les degrés obtenus pour services rendus compensent en partie les degrés auxquels ces élèves ne peuvent prétendre, faute de pouvoir concourir aux prix des matières enseignées. Dans les faits, peu d’entre eux se trouvent dans ce cas de figure, car la mission professorale découle régulièrement de l’obtention d’un prix, donc les élèves-professeurs sont surtout des élèves primés. Comme évoqué précédemment, les concours préexistent à la nomenclature par degrés établie en 1775, donc les élèves déjà primés obtiennent des degrés qui valident l’expérience acquise56. En considérant tous les cas de figure, les élèves ne peuvent pas cumuler plus de 50 degrés dans le cadre des travaux menés plusieurs années de suite à l’extérieur de l’École. Quoi qu’il en soit, le classement par degrés conditionne la progression entre les classes et accorde une priorité aux plus méritants, selon un rythme évoqué à l’article 50 :

    « Les élèves gradués et ensuite ceux qui auront le plus de degrés de connaissance, seront préférés pour être employés chaque année pendant la saison des travaux, soit en qualité de contrôleurs sur les entretiens des chemins de la généralité de Paris, soit à quelques ouvrages dans les autres généralités. On leur laissera aussi la liberté du choix, toujours dans le même ordre de leurs grades et de leurs degrés de connaissance57… »

    32La dernière partie de l’instruction de Turgot se focalise sur un moment stratégique, celui de l’intégration au corps des Ponts et Chaussées, avec toutes les règles qui en dépendent.

    L’entrée dans la carrière

    33Les trente derniers articles de l’instruction de 1775 dépassent le seul régime de fonctionnement de l’École. Ils abordent les conditions d’accès aux postes subalternes du corps des Ponts et Chaussées, avec à nouveau une carrière placée sous le signe d’une évolution encadrée et surveillée par les autorités « technico-administratives ».

    34L’article 49 évoque le passage du statut d’élève des Ponts et Chaussées à celui de sous-ingénieur. Sur la base des principes en vigueur pour la scolarité, l’entrée dans le corps est offerte « aux élèves dans l’ordre de la primauté de leur grade, à moins que des raisons également convenables aux élèves et au bien du service n’exigent quelque exception58 ». Pour les élèves parvenus aux premiers rangs de la première classe, l’accès au corps reste une marche difficile à gravir, car les places disponibles sont rares et la liste d’attente est longue. Cette situation justifie qu’aucune durée de scolarité ne soit clairement indiquée dans l’instruction. Si l’article 42 évoque une durée moyenne « de cinq à six ans que les élèves sont dans l’usage de rester à l’école59 », il s’agit d’une règle générale et beaucoup d’élèves dépassent ce temps de scolarisation. Perronet ne cache pas les blocages qui existent dans la suite de son courrier au duc de Charost :

    « Je dois vous prévenir qu’il y a une centaine d’élèves admis à l’Ecole et qu’on n’en place que cinq à six par an, en sorte que les derniers venus doivent attendre bien longtemps, à moins qu’ils n’acquièrent plus promptement des connaissances distinguées, parce que les meilleurs sujets et qui ont remporté des prix dans les concours sont toujours préférés pour les emplois vacants, sans avoir égard à l’ordre du tableau60. »

    35Dans l’État des élèves du premier trimestre 1778, on note que l’élève de la première classe Michel Théophile Le Clerc Labouré, classé troisième, est entré à l’École le 7 novembre 1767 ! Alors âgé de 33 ans et en mission en Sicile, il n’a toujours pas intégré le corps des ingénieurs. Les deux camarades qui le précèdent dans le classement (Claude Didiet et Nicolas Bonnaventure de Sordy) ne sont pas mieux lotis, car ils accèdent à l’École en 1770. Pour autant, cet entonnoir à l’embauche n’est pas forcément un inconvénient pour leurs administrateurs, car les élèves continuent de perfectionner leurs connaissances et de réaliser des tâches, le tout à un coût moindre pour l’institution. Afin de faciliter le travail des administrateurs pour la désignation de leurs futurs serviteurs, l’article 53 prescrit la poursuite des états des élèves rédigés à la fin de chaque trimestre. Comme indiqué plus haut, cette démarche est mise en œuvre dès 1748. Elle fait suite à l’instruction du contrôleur général des finances Machault d’Arnouville du 11 décembre 174761. Les États des élèves, gardent leur forme initiale en tableaux, avec une démarche administrative devenue incontournable, celle de la mise en listes et en tableaux62. L’article 53 ne fait pas référence à un modèle d’enregistrement, mais il dresse la liste des informations attendues :

    « Il sera divisé comme on l’a déjà dit en trois classes. Chaque élève y sera placé suivant le nombre de ses degrés de connaissance qui seront détaillés sur cet état, et dans l’ordre indiqué aux articles 2 et 4. On distinguera par des colonnes différentes les noms et surnoms des élèves, leur âge, la date de leur entrée à l’École, le temps employé pour le service hors de l’École, les connaissances acquises dans la théorie, le dessin, l’architecture, la pratique, etc. Les ouvrages qui auront été faits dans cette École seront aussi marqués dans des colonnes séparées, ainsi que les gratifications accordées pour ce travail et pour les différents grades, le tout conformément à ce qui est fixé par la présente instruction. On portera dans une colonne séparée les prix et gratifications pour l’emploi des 2500 livres mentionnés aux articles 27 et 3063. »

    36Le tableau ainsi obtenu est présenté à partir d’un extrait datant du premier trimestre de l’année 1781. L’illustration 3 correspond aux bulletins trimestriels des 9e et 10e élèves de la deuxième classe, à savoir les dénommés Philibert Maret et Georges-Henri Jouin64. En dehors des données se rapportant à leur état civil et au processus de recommandation, la première colonne est assortie d’une rubrique intitulée « Observations ». Celle-ci décrit en quelques mots les travaux en cours, avec parfois des appréciations littérales se rapportant à la personnalité des élèves. Néanmoins, ces observations se raréfient à mesure que l’on avance dans les états, encore plus après l’instruction de 1775. Cette situation tient probablement au fait que les degrés, basés sur un système numérique, sont lentement érigés en preuve irréfragable des compétences scientifiques des élèves, venant balayer les anciennes remarques à caractère beaucoup plus subjectif. Ainsi, un système d’évaluation chiffré, jugé plus efficace, remplace un système uniquement littéral. Dans le cas de Georges-Henri Jouin, les observations indiquent seulement qu’il « travaille à l’École à différents dessins pour le concours prochain65 ». En revanche, les colonnes qui suivent récapitulent les connaissances acquises avant et pendant la scolarité à l’École, dans les domaines théoriques et pratiques, plus le nombre de degrés attribués. La dernière grande partie (page de droite) recense les gratifications obtenues dans cinq grands postes d’emploi66, avec le détail des travaux. Au cours de ce trimestre, Maret n’obtient pas de gratification, alors que Jouin reçoit 83 livres : 59 livres de « gratification pour frais de lever de plans et calcul de terrasses » et 24 livres pour le « Plan de la traverse du bourg de Sèvre ». Au total, avec cette série d’informations patiemment enregistrées tous les trois mois, Perronet et son adjoint Chézy possèdent un historique détaillé du cursus scolaire de chaque élève.

    Figure 3. – Bulletins trimestriels de Philibert Maret et Georges-Henri Jouin – ENPC, ms 1911 (34), 1er trimestre 1781.

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    37Lorsque les élèves ont fait la démonstration de leur maîtrise de l’ensemble des disciplines et des techniques relatives à leur futur emploi d’ingénieur, vient le moment crucial de leur affectation pérenne en province. De l’article 58 à l’article 78, la dernière partie de l’instruction se concentre sur ce moment important au cours duquel les élèves intègrent les emplois subalternes du corps des Ponts et Chaussées. À l’instar des effectifs de l’École, l’article 58 instaure des quotas d’emploi pour trois catégories d’anciens élèves : « Le nombre actuel des inspecteurs, des sous-ingénieurs et élèves appointés pour le service des Ponts et Chaussées, des travaux maritimes, des ports, du commerce, des canaux et du pavé de Paris, est de 150. » L’article évoque les deux missions emblématiques des Ponts et Chaussées depuis la naissance du corps, avec d’un côté des travaux d’inspection réservées aux employés les plus chevronnés qui accèdent ainsi à des postes prestigieux (sous-inspecteurs et inspecteurs), et de l’autre, des tâches d’exécution dévolues aux ingénieurs et aux élèves qui sont affectés sur un territoire donné, afin d’y concevoir et d’y conduire des projets.

    38L’article 60 poursuit en examinant tour à tour les trois statuts qui viennent d’être évoqués, dont les deux premiers requièrent l’obtention d’un arrêt de commission émanant du contrôleur général des finances. Au sein du groupe des inspecteurs, 50 sous-inspecteurs sont en exercice pour des appointements annuels fixés à 1800 livres. 80 sous-ingénieurs sont employés avec des appointements allant de 1200 à 1500 livres, en fonction des lieux dans lesquels ils travaillent, les rémunérations les plus élevées étant réservées à la région parisienne où le coût de la vie est important. Comme pour tous les membres du corps des ingénieurs, ces appointements fixes peuvent être assortis de « gratifications extraordinaires en considération de leur travail67 ». Enfin, le dernier groupe correspond à celui des élèves appointés. 20 des 60 élèves qui suivent leur scolarité à l’École peuvent « conduire des travaux pendant une partie de l’année, et pour procurer à plusieurs d’entre eux des secours pour leur dépense personnelle pendant le temps de leur instruction à l’École68 ». Il faut rappeler que l’École des Ponts et Chaussées, contrairement à d’autres institutions comme l’École du génie de Mézières, ne dispose pas d’internat. En outre, les élèves ne sont pas rémunérés en dehors des petits émoluments déjà cités qui relèvent de tâches ponctuelles et ne constituent en rien un salaire fixe. En conséquence, les contraintes financières sont nombreuses, comme l’indique Perronet dans sa lettre au duc de Charost : « Quant à la dépense personnelle de bouche et d’entretien, c’est à la famille d’y pourvoir pendant les cinq ou six ans que durent ordinairement les études69. » Les travaux distribués aux élèves appointés sont également décrits, à savoir « conduire des travaux, dessiner, lever des plans ou faire des nivellements, soit dans la généralité de Paris, ou dans les provinces70 ». Leurs appointements sont fixés mensuellement à 80 livres pour la durée du « stage pratique » sur le terrain. Au terme de leur mission, les élèves doivent « revenir à l’École pour achever leur instruction avant de pouvoir monter au grade de sous-ingénieur71 », ce qui démontre que cet établissement reste le centre névralgique de toutes les actions pédagogiques. En outre, ces personnels affectés à un niveau intermédiaire sont soumis aux mêmes règles de contrôle et d’évaluation de leurs compétences. Ils peuvent également candidater à des concours qui ouvrent droit à deux prix, plus deux accessits décrits à l’article 77 : « l’un de la valeur de 1000 livres, l’autre de celle de 500 livres en livres et instruments de mathématiques72 ».

    39Les articles 64-65 précisent que ces trois catégories de personnels se répartissent également à l’intérieur de trois classes distinctes, sauf le cas exceptionnel d’employés dont le service ne procure pas pleine et entière satisfaction, ce qui peut engendrer une rétrogradation au sommet de la classe immédiatement inférieure. Le schéma classique est le suivant : les sous-inspecteurs forment la première classe, les sous-ingénieurs la seconde et les élèves appointés la troisième. Comme pour les élèves, le passage d’une classe à l’autre dépend des places libérées par l’accès à un niveau supérieur ou l’abandon de carrière. En vertu de textes pris en mars 1770, ceux qui sont placés à la tête de la première classe sont choisis pour le recrutement « des trois ingénieurs de la généralité de Paris, qui ont été créés aux appointements de 2000 livres73 ». De fait, ce trio accède au prestigieux groupe des ingénieurs titulaires, avant de prétendre à un poste en province, sur la base d’appointements annuels désormais fixés à 2400 livres74. Une fois de plus, la concentration des premières missions au sein de la généralité de Paris n’est probablement pas étrangère à la volonté d’y contrôler les individus de façon plus étroite. Au même titre que les autres élèves, ces trois catégories d’acteurs « titulaires » font également l’objet d’un suivi de leur action, avec la confection de tableaux de synthèse « partagés en trois classes suivant l’ordre de leurs places, de leurs talents et de leur mérite personnel75 ». Ces registres sont élaborés à partir de comptes rendus et de témoignages de satisfaction adressés à l’intendant des finances Trudaine de Montigny par les ingénieurs en poste en province, les inspecteurs généraux qui effectuent des tournées ou les intendants de généralités. Une fois de plus, l’instruction indique que les administrateurs cherchent à vérifier toutes les procédures et à garantir que les postes seront occupés par des acteurs compétents. Cette surveillance administrative est clairement établie à l’article 69 qui précise que « ce registre sera tenu de manière à pouvoir être mis sous les yeux de Monsieur Trudaine76 ».

    40Ainsi, le système esquissé à travers l’instruction de 1775 promeut un modèle établi sur des bases méritocratiques plutôt qu’une quête effrénée et incontrôlée des récompenses. Par extension, il révèle l’esprit de corps caractéristique des administrations de l’Ancien Régime77. Cet esprit de corps est difficile à cerner, mais il forme un assemblage de pratiques et de comportements, une culture professionnelle basée sur des préceptes érigés au rang de leitmotiv dans le discours administratif. Dans sa conception, la scolarité de l’École des Ponts et Chaussées cherche à exciter l’émulation entre les élèves et la perpétuation de cet état d’esprit communautaire. Ainsi l’article 48 précise qu’« à mérite égal, on préférera pour les grades des classes, ceux des élèves qui auront reçu la meilleure éducation, auront une bonne conduite78 ». Par bien des aspects, le mode de régulation du corps des Ponts et Chaussées rejoint l’état de dépendance décrit par le sociologue Marcel Mauss dans son Essai sur le don (1923-1924)79. En effet, cette longue instruction fixe les règles d’un investissement individuel au service du collectif, dont peuvent indirectement découler des « contre-dons » : ports de l’uniforme, gratifications, statuts privilégiés comme celui de l’élève-professeur, etc. Ainsi, le port de l’uniforme souligne que son titulaire a atteint un niveau de compétence élevé, mais en misant sur cette identité visuelle, l’article 60 évoque aussi la stratégie professionnelle qui en dépend, comme pour les élèves-contrôleurs : « on aura l’attention de choisir ceux qui auront le droit de porter l’uniforme, et à leur défaut on en prendra d’autres pour que celui des élèves qui n’aurait pas le droit de porter cet habit ne se trouva pas humilié80 ». En retour, un comportement exemplaire est attendu, pour les élèves, et a fortiori pour les membres des emplois subalternes, comme l’article 75 le rappelle de manière solennelle :

    « Les inspecteurs, sous-ingénieurs et élèves appointés annuellement, seront tenus de porter habituellement dans le lieu de leur résidence et sur les travaux qu’ils auront à conduire, l’uniforme qui a été accordé par le roi au corps des Ponts et Chaussées. On ne peut trop leur recommander de se comporter avec toute la prudence et l’honnêteté qu’ils se doivent à eux-mêmes et à leur corps81. »

    41Tout manquement d’un membre des Ponts et Chaussées à ses devoirs ou au respect dû à l’institution le placerait dans l’état de prévarication, jetant le discrédit sur l’ensemble de la profession, ce dont les administrateurs cherchent à se prémunir. La filiation avec un membre du corps est un atout, car à travers la figure paternelle, le futur employé connaît mieux les préceptes qui forgent la déontologie du corps des Ponts et Chaussées, dont les faits et gestes des membres sont étroitement observés82. À mérite égal avec d’autres élèves, les fils d’ingénieur sont désignés prioritairement pour les missions appointées distribuées en province, comme indiqué à l’article 62 :

    « seront donnés par préférence aux fils des ingénieurs, des inspecteurs et anciens sous-ingénieurs qui auront le plus de besoin de secours, et cette faveur ne sera accordée en même temps qu’à un seul de leurs fils, lorsqu’il aura au moins 15 ans, en supposant d’ailleurs, que ce jeune homme, aura les dispositions et les premières connaissances que l’on exige des autres élèves83 ».

    42Le découpage des articles alterne régulièrement entre des messages de vigilance et des dispositions visant à gratifier les plus méritants. En témoigne l’article 55 dont la teneur est sans compromission à l’égard des élèves qui manquent à leurs obligations et encourent le risque d’un renvoi :

    « Ceux des élèves qui n’auront pas été assidus aux leçons et n’auront pas fait un progrès convenable dans leurs études pendant la première année de leur entrée à l’École, ceux qui auront manqué de conduite ou de subordination, seront renvoyés de l’École ; ceux qui s’en seront absentés pendant trois mois de suite, lorsque ce n’aura pas été pour le service, ou pour cause de maladie, ne seront plus admis à l’École au nombre des élèves84. »

    43En revanche, l’article 56 évoque des voyages d’études pour les élèves dont le travail est jugé satisfaisant, d’autant que l’institution entend tirer profit de leurs talents d’observateurs :

    « On enverra un élève chaque année, soit en Italie ou autres pays étrangers pour y acquérir de nouvelles connaissances relatives à l’état auquel il se destine. Il fera des dessins cotés des principaux ponts, des écluses, des machines et autres choses les plus intéressantes qu’il aura rencontrées dans son voyage, et ces dessins ou une copie, ainsi que les mémoires relatifs, seront déposés à l’École pour servir à l’instruction des autres élèves. On donnera la préférence pour ces voyages à ceux des élèves qui auront remporté le plus de prix, et principalement ceux des mathématiques, d’architecture et de dessin85… »

    44Dans le même ordre d’idée, l’article 59 réserve à un petit groupe d’élèves l’insigne honneur d’assister aux séances de l’assemblée des Ponts et Chaussées tenues chez Trudaine, la figure tutélaire du corps administratif :

    « Les élèves appointés annuellement, et ceux qui sont gradués dans les classes de l’École, pourront se trouver au nombre de 2 ou 3 successivement aux assemblées des Ponts et Chaussées qui se tiennent une fois par semaine chez Monsieur Trudaine, pour être présents à l’examen des projets des ingénieurs et au travail qui se fait, afin d’y acquérir des connaissances qui leur deviendront utiles par la suite86. »

    45En dernier recours, l’article 57 met en place un dispositif de dénonciation des mauvais comportements et des atteintes à l’image des Ponts et Chaussées : « Les élèves sont dans l’usage de veiller à ce qu’aucun d’eux ne se conduise mal, et d’avertir ceux qui peuvent être soupçonnés d’avoir commis quelques fautes contre la bienséance et l’honnêteté, afin qu’ils puissent s’en corriger, ce qui ne peut être que louable87… » Toutefois, cette action doit relever d’une démarche collégiale, accompagnée d’entretiens contradictoires et d’un compte-rendu à l’intendant Trudaine, pour éviter les dénonciations calomnieuses. L’esprit de corps est parfois à ce prix…

    *

    46Ce long texte réglementaire, dont l’analyse ne peut être que parcellaire compte tenu de la variété des sujets abordés, vient parachever l’organisation de la scolarité déjà en place au sein de l’École royale des Ponts et Chaussées au xviiie siècle. En effet, l’instruction prise par Turgot en 1775 affine les contours du portrait de l’ingénieur civil des Ponts et Chaussées. De façon très moderne, elle dresse la figure d’acteurs qui prennent le rang de proto-fonctionnaires. Recrutés très tôt pour ensuite être formés – et déformés – par le moule administratif, ils sont également rémunérés par l’État qui cherche à disposer de serviteurs à même de répondre rapidement, efficacement et scientifiquement à tous ses besoins. Au-delà du seul aménagement du territoire, le discours forgé autour de l’ingénieur des Ponts et Chaussées vise à faire de lui un agent de l’activité économique du royaume, dans le dessein d’accroître la puissance de l’État et de garantir le progrès de la société88. Par la suite, ce modèle interprétatif n’est pas ou peu contesté. Bien au contraire, il fait florès à travers l’Europe et résiste aux assauts révolutionnaires89.

    Notes de bas de page

    1  Ce règlement intitulé Instruction concernant la direction des élèves, des sous-ingénieurs et des inspecteurs des Ponts et Chaussées est conservé dans le fonds ancien des archives de l’École nationale des ponts et chaussées à Champs-sur-Marne (abrégé ENPC) : Ms 2629bis (7). Je tiens tout particulièrement à remercier Madame Anne Lacourt, chargée de mission archives et responsable de la conservation pour les facilités accordées et les démarches qui ont été de nature à favoriser le déroulement de ma recherche. Plusieurs copies de cet acte sont recensées : Archives nationales, F14 2418 et archives départementales de l’Hérault, C 12076. Sur l’organisation de l’École des Ponts et Chaussées : Dartein Fernand de, « Notice sur le régime de l’ancienne École des Ponts et Chaussées et sur sa transformation à partir de la Révolution », Annales des Ponts et Chaussées, 1906, 2e trimestre ; Picon Antoine, L’invention de l’ingénieur moderne : l’École des Ponts et Chaussées, 1747-1851, Paris, Presses de l’ENPC, 1992.

    2  Archives nationales, E 883, Arrêt du Conseil du roi du 1er février 1716, fol. 19-20. Blond Stéphane, « Révoquer pour réformer : La fondation du corps des Ponts et Chaussées par l’arrêt du Conseil du 1er février 1716 », Pour Mémoire, n° 18, hiver 2016, p. 10-16.

    3  Cette situation fait dire à Konstantinos Chatzis qu’il y a « au commencement une profession sans école », « Perronet et l’École des Ponts et Chaussées au Siècle des lumières », La Jaune et la Rouge, juin-juillet 1997, p. 3. Anne Querrien observe pour sa part que « L’administration des Ponts et Chaussées se situe à la croisée des lignes militaire et financière. Institués par Colbert, les premiers ingénieurs des ponts et chaussées, répartis dans les généralités, sont des architectes qui se sont formés par leurs propres soins et qui, en raison de leur compétence, sont commis à la réalisation de routes ou de ponts par l’administration royale » : Querrien Anne, « Écoles et corps : le cas des Ponts et Chaussées. 1747-1848 », Annales de la recherche urbaine, 1979, p. 82. Sur les rapports entre les architectes et les ingénieurs, se référer à : Picon Antoine, « Architectes et ingénieurs », in Ferrone Vincenzo, Roche Daniel (dir.), Le Monde des Lumières, Paris, Fayard, 1999, p. 195-201.

    4  Blond Stéphane, « Jean-Rodolphe Perronet pédagogue : la formation des futurs ingénieurs des Ponts et Chaussées au milieu du xviiie siècle », in Bart François (dir.), Acteurs célèbres et obscurs de l’aménagement du territoire, Paris, Éditions du CTHS, 2014, p. 5-16.

    5  Blond Stéphane, L’atlas de Trudaine. Pouvoirs, cartes et savoirs techniques au siècle des Lumières, Paris, Éditions du CTHS, 2014. Citons notamment l’Arrest du Conseil d’État du Roy, et Lettres patentes sur icelui, Registrées en la Chambre des Comptes le 15 Septembre 1750. Portant nouveau règlement pour l’établissement d’un Architecte premier Ingénieur, de quatre Inspecteurs généraux, d’un Directeur du Bureau des Géographes & Dessinateurs, & de vingt-cinq Ingénieurs des ponts & chaussées, en commission, pour les généralités & pays d’élection : Et qui fixe les appointements attribués à chacun de ces emplois. Des 7 Juillet & 17 Août 1750 : Archives nationales, F14 9791.

    6  Vérin Hélène, La gloire des ingénieurs : L’intelligence technique du xvie au xviiie siècle, Paris, Albin Michel, 1993.

    7  Vérin H., La gloire des ingénieurs, op. cit., chap. v : « Un lieu inédit : l’ingénieur, l’État, l’entreprise », p. 181-241 ; Vérin Hélène, Gouzévitch Irina, « The rise of the engineering profession in eighteenth century Europe : an introductory overview », in Irina Gouzevitch, Peter M. Jones (dir.), Becoming an Engineer in Eighteenth-Century Europe : the Construction of a Professional identity, numéro special, Engineering Studies, vol. 3, 2011, p. 153-169.

    8  Archives nationales, E 2151, Arrêt du Conseil du roi du 23 octobre 1736, fol. 305-306. Arbellot Guy, Lepetit Bernard, Atlas de la Révolution française, Paris, Éditions de l’EHESS, 1987, volume premier : Routes et communications ; Brunot André, Coquand Roger, Le corps des Ponts et Chaussées, Paris, CNRS, 1982 ; Goger Jean-Marcel, La politique routière en France de 1716 à 1815, thèse pour le doctorat d’État, Paris, EHESS, 1988 ; Petot Jean, Histoire de l’administration des Ponts et Chaussées, Paris, M. Rivière et Cie, 1958 ; Vignon Eugène, Études historiques sur l’administration des voies publiques en France aux dix-septième et dix-huitième siècles, Paris, Dunod, 1862, 3 tomes.

    9  Blond S., « Jean-Rodolphe Perronet pédagogue : la formation des futurs ingénieurs des Ponts et Chaussées au milieu du xviiie siècle », op. cit.

    10  Coronio Guy (dir.), 250 ans de l’École des ponts en cent portraits, Paris, Presses de l’ENPC, 1997 ; Vacant Claude, Jean-Rodolphe Perronet (1708-1794), premier ingénieur du roi et directeur de l’École des Ponts et Chaussées, Paris, Presses de l’ENPC, 2006.

    11  ENPC, ms 2629bis, Mémoire sur les moyens de former des sujets propres à occuper les differens Emplois des Ponts et Chaussees, fol. 4. Picon Antoine, « Die Ingenieure des Corps des Ponts et Chaussées Von der Eroberung des nationalen Raumes zur Raumordnung » [écrit en français], in Grelon André, Stück Heiner (dir.), Ingenieure in Frankreich, 1747-1990, Francfort/New-York, Campus, 1994.

    12  Antoine Michel, Le cœur de l’État : Surintendance, Contrôle général et intendances des finances, Paris, Fayard, 2003 ; Blond S., L’atlas de Trudaine, op. cit.

    13  ENPC, ms 2629bis (7), article 1er.

    14  ENPC, ms 1911 (27), trimestre 4.

    15  ENPC, ms 1911 (1-30).

    16  ENPC, ms 1911 (38), trimestre 4.

    17  ENPC, ms 2629bis (7), article 7.

    18  Voir l’article de Sébastien Pautet dans cet ouvrage : « L’ingénieur en train de se faire. Savoirs et dispositions sociales dans la formation des élèves de l’École du génie de Mézières », p. 199-210.

    19  ENPC, ms 1933, lettre du 19 novembre 1769. Sur le recrutement et l’origine des élèves, voir également Picon A., L’invention de l’ingénieur moderne, op. cit., p. 91-103.

    20  Vignon E., Études historiques sur l’administration des voies publiques en France, op. cit.

    21  ENPC, ms 3273 (1). Par exemple, pour le dénommé Hervet, Perronet note : « est entré au bureau le 7 septembre 1750 il demeure place Dauphine chez Monsieur Hervet orfèvre, recommandé par Monsieur le Chancelier. » Ce système se traduisant régulièrement par une course aux parrains prestigieux est également repérable dans les États des élèves évoqués plus loin au sein de cet article. Belhoste Bruno, La formation d’une technocratie : L’École polytechnique et ses élèves de la Révolution au Second Empire, Paris, Belin, 2003.

    22  « On continuera de partager en trois classes les élèves dont le nombre après la réduction mentionnée à l’article précédent sera de 20 pour chacune. » ENPC, ms 2629bis (7), article 2.

    23  ENPC, ms 2629bis (7), article 5.

    24  ENPC, ms 2629bis (7), article 8.

    25  Archives nationales, E2257, fol. 42-43. Entre 1747 et 1787, Jean-Rodolphe Perronet possède trois domiciles différents à Paris : 1747-1750, rue Sainte-Avoie (actuelle rue du Temple) ; 1751-1766, rue des Blancs-Manteaux ; 1767-1771, rue des Quatre-Fils (actuel numéro 21) et 1771-1787, rue de la Perle (actuel numéro 1). Les archives de l’École nationale des ponts et chaussées détiennent notamment un plan de l’hôtel de la rue de la Perle qui décrit les fonctions spécifiques à chaque pièce : ENPC, ms 2629.

    26  ENPC, ms 2629bis (7), article 24.

    27  Vérin H., La gloire des ingénieurs, op. cit.

    28  Archives départementales de l’Orne, C 139, Arrest du Conseil d’État du Roi, Concernant l’Uniforme que le Roi vient d’accorder aux Ingénieurs des Ponts & Chaussées. Du 27 Septembre 1772. Dans les généralités d’Alençon et de Châlons-en-Champagne, l’arrêt est suivi le 19 mars 1773 par une notice explicative qui décrit la composition de l’uniforme et qui accompagne une lettre de Jean-Charles-Philibert Trudaine de Montigny : Petit uniforme pour les ingénieurs des Ponts et Chaussées. Archives départementales de l’Aisne, C 422.

    29  ENPC, ms 2629bis (7), article 3.

    30  ENPC, ms 2432. L’un des élèves cités est Jacques-Élie Lamblardie (1747-1794), futur directeur de la nouvelle École polytechnique (1795) qui fait son entrée à l’École en 1768 : ENPC, ms 3273, fol. 76.

    31  Catherine Bousquet-Bressolier rappelle que les tâches de l’ingénieur « nécessitaient donc une intelligence multiforme, étayée par de solides bases mathématiques et de sérieuses connaissances en architecture et en dessin » : Bousquet-Bressolier Catherine, « Charles-Antoine Jombert (1712- 1784), Un libraire entre sciences et arts », Bulletin du bibliophile, 1997, n° 2, p. 303 ; id., « Études & formation des ingénieurs sous Vauban », Bulletin du Comité français de cartographie, n° 195, mars 2008, p. 15-26 ; Blanchard Anne, Les ingénieurs du « Roy » de Louis XIV à Louis XVI : Étude du corps des fortifications, Montpellier, université Paul Valéry, Collection du centre d’histoire militaire et d’études de défense nationale de Montpellier, n° 9, 1979 ; id., « L’école du génie de Mézières : rupture ou tradition ? », Corvisier André (dir.), Histoire militaire de la France, 2 : De 1715 à 1871, Paris, PUF, 1997 [1992] ; Chartier Roger, Compère Marie-Madeleine, Julia Dominique, L’Éducation en France du xvie au xviiie siècle, Paris, SEDES, 1976 ; Taton René (dir.), Enseignement et diffusion des sciences en France au xviiie siècle, Paris, Hermann, 1964 ; id. (dir.), Histoire générale des sciences, Paris, PUF, 1969.

    32  ENPC, ms 2629bis (7), article 16.

    33  Hilaire-Pérez Liliane, L’invention technique au siècle des Lumières, Paris, Albin Michel, coll. « L’Évolution de l’Humanité », 2000 ; Nègre Valérie, L’Art et la matière. Les artisans, les architectes et la technique entre xviiie et xixe siècles, Paris, Garnier, 2017.

    34  ENPC, ms 2629bis (7), article 14.

    35  ENPC, ms 2629bis (7), article 30.

    36  ENPC, ms 2432.

    37  Pautet Sébastien, « Produire une élite savante et technicienne à l’École du génie de Mézières : dispositions techniques et scientifiques des élèves ingénieurs », Artefact, Techniques, histoire et sciences humaines, 2016, n° 4 : L’Europe technicienne (xve-xviiie siècle), p. 119-133.

    38  ENPC, ms 2629bis (7), article 35.

    39  Picon Antoine, Yvon Michel, L’ingénieur artiste : dessins anciens de l’École des Ponts et Chaussées, Paris, Presses de l’École nationale des ponts et chaussées, 1989.

    40  ENPC, ms 2629bis (7), article 42.

    41  ENPC, ms 2629bis (7), article 43.

    42  Les trois exercices de Mathématiques concernent : Mécanique hydraulique avec calcul intégral et différentiel ; Algèbre et sections coniques ; Éléments de géométrie.

    43  Quatre exercices d’Architecture sont mis au concours : Projet d’un pont de pierre avec ses cintres ou celui d’un pont de charpente ; Ponts et jetées des écluses des digues ou des canaux ; Bâtiments civils ; Coupe des pierres.

    44  Quatre sujets de Style sont proposés : Mémoire sur un sujet qui sera donné ; Levée de plans géographiques et topographiques par les différentes méthodes ; Théorie et pratique du nivellement et calcul de solides appliqué au toisé des terrasses ; Toise des ouvrages des bâtiments.

    45  Trois sujets de Dessin sont listés : Dessin de la carte géographique et topographique ; Figure et ornement ; Paysage.

    46  Deux sujets d’Écriture apparaissent : Celle de la carte en moulée ; Écriture courante et correcte.

    47  ENPC, ms 2629bis (7), article 28.

    48  ENPC, ms 2629bis (7), article 51. Les extraits du journal de l’Assemblée des Ponts et Chaussées témoignent de l’examen des projets et des annonces de prix. ENPC, ms 266.

    49  ENPC, ms 2629bis (7), article 52.

    50  Dubourg-Glatigny Pascal, Vérin Hélène (dir.), Réduire en art : la technologie de la Renaissance aux Lumières, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme, 2008 ; Vérin H., La gloire des ingénieurs, op. cit. ; Picon A., Yvon M., L’ingénieur artiste, op. cit. ; Yvon Jean-Michel et Michel, L’ingénieur artiste : dessins anciens de l’École nationale des ponts et chaussées, Bourges, Tract, 1984.

    51  ENPC, ms 2629bis (7), article 31.

    52  À l’article 37, le nombre de degrés attribués dépend du niveau d’études atteint : « On accordera six degrés à ceux qui auront fait leurs humanités jusqu’en troisième inclusivement, et six de plus pour les classes supérieures, jusques et compris la philosophie. On donnera pareillement six degrés pour chacun des cours de physique, d’histoire naturelle et de chimie, que les élèves auront suivi hors du collège et pareil nombre pour le toisé des bâtiments », ENPC, ms 2629bis (7), article 37. Au même titre que l’entretien initial déjà évoqué visant à déterminer les capacités de chacun, cette distribution des degrés témoigne à nouveau de la volonté de donner au recrutement un caractère très sélectif, même s’il n’est pas assorti d’un examen d’entrée semblable à celui des ingénieurs militaires.

    53  Un maximum de 10 degrés peut être distribué : ENPC, ms 2629bis (7), article 33.

    54  Dix degrés sont accordés : ENPC, ms 2629bis (7), article 32.

    55  Dans ce dernier cas comme pour les précédents, dix degrés sont accordés. Leur attribution est soumise à l’obtention auprès d’un ingénieur en chef d’un « bon témoignage de leur travail et de leur conduite, sans quoi il ne leur sera rien compté pour ce travail extérieur », ENPC, ms 2629bis (7), article 34.

    56  ENPC, ms 2629bis (7), article 38.

    57  ENPC, ms 2629bis (7), article 50.

    58  ENPC, ms 2629bis (7), article 49.

    59  ENPC, ms 2629bis (7), article 42.

    60  ENPC, ms 1933.

    61  ENPC, ms 2629bis (5).

    62  Blond Stéphane, « Les états du roi des Ponts et Chaussées pendant l’administration des Trudaine : 1743-1777 », Comptabilités [en ligne], numéro 3, 2012 [https://comptabilites. revues.org/721#quotation].

    63  ENPC, ms 2629bis (7), article 53.

    64  ENPC, ms 1911 (34), 1er trimestre 1781.

    65  Ibid.

    66  Les rubriques concernées sont : Élèves gradués et professeurs ; Prix remportés et frais d’instruction ; Dessins de cartes et autres ; Vérification de calcul et toisé de terrasse ; Plans levés et nivellements faits. Ibid.

    67  ENPC, ms 2629bis (7), article 58.

    68  Ibid.

    69  ENPC, ms 1933, op. cit.

    70  ENPC, ms 2629bis (7), article 60.

    71  ENPC, ms 2629bis (7), article 65.

    72  ENPC, ms 2629bis (7), article 77.

    73  ENPC, ms 2629bis (7), article 66.

    74  Ibid.

    75  ENPC, ms 2629bis (7), article 63. La tenue de ces registres est également abordée aux articles 69 et 70. Les archives de l’École nationale des ponts et chaussées contiennent des ensembles beaucoup plus épars de ces tableaux, à l’inverse des États des élèves qui rendent possibles de multiples enquêtes sérielles.

    76  ENPC, ms 2629bis (7), article 70.

    77  Bourdieu Pierre, La noblesse d’État : Grandes écoles et esprit de corps, Paris, Éditions de Minuit, 1989. Voir également l’article de Sébastien Pautet dans ce même volume, op. cit.

    78  ENPC, ms 2629bis (7), article 48.

    79  Mauss Marcel, Essai sur le don : Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, Paris, PUF, 2007.

    80  ENPC, ms 2629bis (7), article 60.

    81  ENPC, ms 2629bis (7), article 75.

    82  L’article 74 prescrit notamment qu’« aucun inspecteur, sous-ingénieur ou élève ne pourra quitter son service, sortir de sa généralité, ni même se marier sans en avoir obtenu l’agrément de ses supérieurs ». ENPC, ms 2629bis (7), article 74.

    83  ENPC, ms 2629bis (7), article 62.

    84  ENPC, ms 2629bis (7), article 55.

    85  ENPC, ms 2629bis (7), article 56. Cette démarche mêlant le sens l’observation et le souci de laisser une trace n’est pas sans rappeler la collection des volumineux journaux de mission réalisés au cours du xixe siècle. Blond Stéphane, « Les transferts techniques du Corps des Ponts et Chaussées vers les États allemands au xixe siècle », in Krulic Brigitte (dir.), Savoirs et métiers de l’État au xixe siècle : France et États germaniques, Bern, Peter Lang, 2014, p. 67-80.

    86  ENPC, ms 2629bis (7), article 59. Précisons que l’assemblée des Ponts et Chaussées préfigure le Conseil général des Ponts et Chaussées et constitue le comité directeur du corps. De ce fait, l’assemblée analyse tous les sujets stratégiques, avec de nombreuses discussions très techniques sur les projets proposés par les ingénieurs. Comité d’histoire du ministère des Transports, de l’Équipement, du Tourisme et de la Mer, 200 ans du Conseil général des Ponts et Chaussées, Paris, ministère des Transports, de l’Équipement, du Tourisme et de la Mer, 2005.

    87  ENPC, ms 2629bis (7), article 57.

    88  Vérin H., La gloire des ingénieurs, op. cit., p. 204.

    89  Picon A., L’invention de l’ingénieur moderne, op. cit.

    Auteur

    • Stéphane Blond
      Maître de conférences en histoire moderne à l’université d’Évry-Val d’Essonne-Paris Saclay, membre du laboratoire IDHE. S-Évry (UMR 8533). Après une thèse consacrée à l’atlas de Trudaine, il poursuit ses travaux sur les problématiques rattachées à la circulation des hommes et des marchandises, ainsi que l’analyse du groupe social formé par les ingénieurs des Ponts et Chaussées au cours du xviiie siècle. Il a notamment publié L’atlas de Trudaine, Pouvoirs, cartes et savoirs techniques au siècle des Lumières, Paris, CTHS, 2014 ; « Jean-Rodolphe Perronet pédagogue : la formation des futurs ingénieurs des Ponts et Chaussées au milieu du xviiie siècle », in François Bart (dir.), Acteurs célèbres et obscurs de l’aménagement du territoire, Paris, Éditions du CTHS, 2014, p. 5-16 ; « Les transferts techniques du Corps des Ponts et Chaussés vers les États allemands au xixe siècle », in Brigitte Krulic (dir.), Savoirs et métiers de l’État au xixe siècle : la France et les États germaniques, Peter Lang., coll. « TRIP », 2014, p. 67-80 ; « Révoquer pour réformer : la fondation du corps des Ponts et Chaussées par l’arrêt du Conseil du 1er février 1716 », Pour Mémoire, n° 18, à paraître.
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    1  Ce règlement intitulé Instruction concernant la direction des élèves, des sous-ingénieurs et des inspecteurs des Ponts et Chaussées est conservé dans le fonds ancien des archives de l’École nationale des ponts et chaussées à Champs-sur-Marne (abrégé ENPC) : Ms 2629bis (7). Je tiens tout particulièrement à remercier Madame Anne Lacourt, chargée de mission archives et responsable de la conservation pour les facilités accordées et les démarches qui ont été de nature à favoriser le déroulement de ma recherche. Plusieurs copies de cet acte sont recensées : Archives nationales, F14 2418 et archives départementales de l’Hérault, C 12076. Sur l’organisation de l’École des Ponts et Chaussées : Dartein Fernand de, « Notice sur le régime de l’ancienne École des Ponts et Chaussées et sur sa transformation à partir de la Révolution », Annales des Ponts et Chaussées, 1906, 2e trimestre ; Picon Antoine, L’invention de l’ingénieur moderne : l’École des Ponts et Chaussées, 1747-1851, Paris, Presses de l’ENPC, 1992.

    2  Archives nationales, E 883, Arrêt du Conseil du roi du 1er février 1716, fol. 19-20. Blond Stéphane, « Révoquer pour réformer : La fondation du corps des Ponts et Chaussées par l’arrêt du Conseil du 1er février 1716 », Pour Mémoire, n° 18, hiver 2016, p. 10-16.

    3  Cette situation fait dire à Konstantinos Chatzis qu’il y a « au commencement une profession sans école », « Perronet et l’École des Ponts et Chaussées au Siècle des lumières », La Jaune et la Rouge, juin-juillet 1997, p. 3. Anne Querrien observe pour sa part que « L’administration des Ponts et Chaussées se situe à la croisée des lignes militaire et financière. Institués par Colbert, les premiers ingénieurs des ponts et chaussées, répartis dans les généralités, sont des architectes qui se sont formés par leurs propres soins et qui, en raison de leur compétence, sont commis à la réalisation de routes ou de ponts par l’administration royale » : Querrien Anne, « Écoles et corps : le cas des Ponts et Chaussées. 1747-1848 », Annales de la recherche urbaine, 1979, p. 82. Sur les rapports entre les architectes et les ingénieurs, se référer à : Picon Antoine, « Architectes et ingénieurs », in Ferrone Vincenzo, Roche Daniel (dir.), Le Monde des Lumières, Paris, Fayard, 1999, p. 195-201.

    4  Blond Stéphane, « Jean-Rodolphe Perronet pédagogue : la formation des futurs ingénieurs des Ponts et Chaussées au milieu du xviiie siècle », in Bart François (dir.), Acteurs célèbres et obscurs de l’aménagement du territoire, Paris, Éditions du CTHS, 2014, p. 5-16.

    5  Blond Stéphane, L’atlas de Trudaine. Pouvoirs, cartes et savoirs techniques au siècle des Lumières, Paris, Éditions du CTHS, 2014. Citons notamment l’Arrest du Conseil d’État du Roy, et Lettres patentes sur icelui, Registrées en la Chambre des Comptes le 15 Septembre 1750. Portant nouveau règlement pour l’établissement d’un Architecte premier Ingénieur, de quatre Inspecteurs généraux, d’un Directeur du Bureau des Géographes & Dessinateurs, & de vingt-cinq Ingénieurs des ponts & chaussées, en commission, pour les généralités & pays d’élection : Et qui fixe les appointements attribués à chacun de ces emplois. Des 7 Juillet & 17 Août 1750 : Archives nationales, F14 9791.

    6  Vérin Hélène, La gloire des ingénieurs : L’intelligence technique du xvie au xviiie siècle, Paris, Albin Michel, 1993.

    7  Vérin H., La gloire des ingénieurs, op. cit., chap. v : « Un lieu inédit : l’ingénieur, l’État, l’entreprise », p. 181-241 ; Vérin Hélène, Gouzévitch Irina, « The rise of the engineering profession in eighteenth century Europe : an introductory overview », in Irina Gouzevitch, Peter M. Jones (dir.), Becoming an Engineer in Eighteenth-Century Europe : the Construction of a Professional identity, numéro special, Engineering Studies, vol. 3, 2011, p. 153-169.

    8  Archives nationales, E 2151, Arrêt du Conseil du roi du 23 octobre 1736, fol. 305-306. Arbellot Guy, Lepetit Bernard, Atlas de la Révolution française, Paris, Éditions de l’EHESS, 1987, volume premier : Routes et communications ; Brunot André, Coquand Roger, Le corps des Ponts et Chaussées, Paris, CNRS, 1982 ; Goger Jean-Marcel, La politique routière en France de 1716 à 1815, thèse pour le doctorat d’État, Paris, EHESS, 1988 ; Petot Jean, Histoire de l’administration des Ponts et Chaussées, Paris, M. Rivière et Cie, 1958 ; Vignon Eugène, Études historiques sur l’administration des voies publiques en France aux dix-septième et dix-huitième siècles, Paris, Dunod, 1862, 3 tomes.

    9  Blond S., « Jean-Rodolphe Perronet pédagogue : la formation des futurs ingénieurs des Ponts et Chaussées au milieu du xviiie siècle », op. cit.

    10  Coronio Guy (dir.), 250 ans de l’École des ponts en cent portraits, Paris, Presses de l’ENPC, 1997 ; Vacant Claude, Jean-Rodolphe Perronet (1708-1794), premier ingénieur du roi et directeur de l’École des Ponts et Chaussées, Paris, Presses de l’ENPC, 2006.

    11  ENPC, ms 2629bis, Mémoire sur les moyens de former des sujets propres à occuper les differens Emplois des Ponts et Chaussees, fol. 4. Picon Antoine, « Die Ingenieure des Corps des Ponts et Chaussées Von der Eroberung des nationalen Raumes zur Raumordnung » [écrit en français], in Grelon André, Stück Heiner (dir.), Ingenieure in Frankreich, 1747-1990, Francfort/New-York, Campus, 1994.

    12  Antoine Michel, Le cœur de l’État : Surintendance, Contrôle général et intendances des finances, Paris, Fayard, 2003 ; Blond S., L’atlas de Trudaine, op. cit.

    13  ENPC, ms 2629bis (7), article 1er.

    14  ENPC, ms 1911 (27), trimestre 4.

    15  ENPC, ms 1911 (1-30).

    16  ENPC, ms 1911 (38), trimestre 4.

    17  ENPC, ms 2629bis (7), article 7.

    18  Voir l’article de Sébastien Pautet dans cet ouvrage : « L’ingénieur en train de se faire. Savoirs et dispositions sociales dans la formation des élèves de l’École du génie de Mézières », p. 199-210.

    19  ENPC, ms 1933, lettre du 19 novembre 1769. Sur le recrutement et l’origine des élèves, voir également Picon A., L’invention de l’ingénieur moderne, op. cit., p. 91-103.

    20  Vignon E., Études historiques sur l’administration des voies publiques en France, op. cit.

    21  ENPC, ms 3273 (1). Par exemple, pour le dénommé Hervet, Perronet note : « est entré au bureau le 7 septembre 1750 il demeure place Dauphine chez Monsieur Hervet orfèvre, recommandé par Monsieur le Chancelier. » Ce système se traduisant régulièrement par une course aux parrains prestigieux est également repérable dans les États des élèves évoqués plus loin au sein de cet article. Belhoste Bruno, La formation d’une technocratie : L’École polytechnique et ses élèves de la Révolution au Second Empire, Paris, Belin, 2003.

    22  « On continuera de partager en trois classes les élèves dont le nombre après la réduction mentionnée à l’article précédent sera de 20 pour chacune. » ENPC, ms 2629bis (7), article 2.

    23  ENPC, ms 2629bis (7), article 5.

    24  ENPC, ms 2629bis (7), article 8.

    25  Archives nationales, E2257, fol. 42-43. Entre 1747 et 1787, Jean-Rodolphe Perronet possède trois domiciles différents à Paris : 1747-1750, rue Sainte-Avoie (actuelle rue du Temple) ; 1751-1766, rue des Blancs-Manteaux ; 1767-1771, rue des Quatre-Fils (actuel numéro 21) et 1771-1787, rue de la Perle (actuel numéro 1). Les archives de l’École nationale des ponts et chaussées détiennent notamment un plan de l’hôtel de la rue de la Perle qui décrit les fonctions spécifiques à chaque pièce : ENPC, ms 2629.

    26  ENPC, ms 2629bis (7), article 24.

    27  Vérin H., La gloire des ingénieurs, op. cit.

    28  Archives départementales de l’Orne, C 139, Arrest du Conseil d’État du Roi, Concernant l’Uniforme que le Roi vient d’accorder aux Ingénieurs des Ponts & Chaussées. Du 27 Septembre 1772. Dans les généralités d’Alençon et de Châlons-en-Champagne, l’arrêt est suivi le 19 mars 1773 par une notice explicative qui décrit la composition de l’uniforme et qui accompagne une lettre de Jean-Charles-Philibert Trudaine de Montigny : Petit uniforme pour les ingénieurs des Ponts et Chaussées. Archives départementales de l’Aisne, C 422.

    29  ENPC, ms 2629bis (7), article 3.

    30  ENPC, ms 2432. L’un des élèves cités est Jacques-Élie Lamblardie (1747-1794), futur directeur de la nouvelle École polytechnique (1795) qui fait son entrée à l’École en 1768 : ENPC, ms 3273, fol. 76.

    31  Catherine Bousquet-Bressolier rappelle que les tâches de l’ingénieur « nécessitaient donc une intelligence multiforme, étayée par de solides bases mathématiques et de sérieuses connaissances en architecture et en dessin » : Bousquet-Bressolier Catherine, « Charles-Antoine Jombert (1712- 1784), Un libraire entre sciences et arts », Bulletin du bibliophile, 1997, n° 2, p. 303 ; id., « Études & formation des ingénieurs sous Vauban », Bulletin du Comité français de cartographie, n° 195, mars 2008, p. 15-26 ; Blanchard Anne, Les ingénieurs du « Roy » de Louis XIV à Louis XVI : Étude du corps des fortifications, Montpellier, université Paul Valéry, Collection du centre d’histoire militaire et d’études de défense nationale de Montpellier, n° 9, 1979 ; id., « L’école du génie de Mézières : rupture ou tradition ? », Corvisier André (dir.), Histoire militaire de la France, 2 : De 1715 à 1871, Paris, PUF, 1997 [1992] ; Chartier Roger, Compère Marie-Madeleine, Julia Dominique, L’Éducation en France du xvie au xviiie siècle, Paris, SEDES, 1976 ; Taton René (dir.), Enseignement et diffusion des sciences en France au xviiie siècle, Paris, Hermann, 1964 ; id. (dir.), Histoire générale des sciences, Paris, PUF, 1969.

    32  ENPC, ms 2629bis (7), article 16.

    33  Hilaire-Pérez Liliane, L’invention technique au siècle des Lumières, Paris, Albin Michel, coll. « L’Évolution de l’Humanité », 2000 ; Nègre Valérie, L’Art et la matière. Les artisans, les architectes et la technique entre xviiie et xixe siècles, Paris, Garnier, 2017.

    34  ENPC, ms 2629bis (7), article 14.

    35  ENPC, ms 2629bis (7), article 30.

    36  ENPC, ms 2432.

    37  Pautet Sébastien, « Produire une élite savante et technicienne à l’École du génie de Mézières : dispositions techniques et scientifiques des élèves ingénieurs », Artefact, Techniques, histoire et sciences humaines, 2016, n° 4 : L’Europe technicienne (xve-xviiie siècle), p. 119-133.

    38  ENPC, ms 2629bis (7), article 35.

    39  Picon Antoine, Yvon Michel, L’ingénieur artiste : dessins anciens de l’École des Ponts et Chaussées, Paris, Presses de l’École nationale des ponts et chaussées, 1989.

    40  ENPC, ms 2629bis (7), article 42.

    41  ENPC, ms 2629bis (7), article 43.

    42  Les trois exercices de Mathématiques concernent : Mécanique hydraulique avec calcul intégral et différentiel ; Algèbre et sections coniques ; Éléments de géométrie.

    43  Quatre exercices d’Architecture sont mis au concours : Projet d’un pont de pierre avec ses cintres ou celui d’un pont de charpente ; Ponts et jetées des écluses des digues ou des canaux ; Bâtiments civils ; Coupe des pierres.

    44  Quatre sujets de Style sont proposés : Mémoire sur un sujet qui sera donné ; Levée de plans géographiques et topographiques par les différentes méthodes ; Théorie et pratique du nivellement et calcul de solides appliqué au toisé des terrasses ; Toise des ouvrages des bâtiments.

    45  Trois sujets de Dessin sont listés : Dessin de la carte géographique et topographique ; Figure et ornement ; Paysage.

    46  Deux sujets d’Écriture apparaissent : Celle de la carte en moulée ; Écriture courante et correcte.

    47  ENPC, ms 2629bis (7), article 28.

    48  ENPC, ms 2629bis (7), article 51. Les extraits du journal de l’Assemblée des Ponts et Chaussées témoignent de l’examen des projets et des annonces de prix. ENPC, ms 266.

    49  ENPC, ms 2629bis (7), article 52.

    50  Dubourg-Glatigny Pascal, Vérin Hélène (dir.), Réduire en art : la technologie de la Renaissance aux Lumières, Paris, Éd. de la Maison des sciences de l’homme, 2008 ; Vérin H., La gloire des ingénieurs, op. cit. ; Picon A., Yvon M., L’ingénieur artiste, op. cit. ; Yvon Jean-Michel et Michel, L’ingénieur artiste : dessins anciens de l’École nationale des ponts et chaussées, Bourges, Tract, 1984.

    51  ENPC, ms 2629bis (7), article 31.

    52  À l’article 37, le nombre de degrés attribués dépend du niveau d’études atteint : « On accordera six degrés à ceux qui auront fait leurs humanités jusqu’en troisième inclusivement, et six de plus pour les classes supérieures, jusques et compris la philosophie. On donnera pareillement six degrés pour chacun des cours de physique, d’histoire naturelle et de chimie, que les élèves auront suivi hors du collège et pareil nombre pour le toisé des bâtiments », ENPC, ms 2629bis (7), article 37. Au même titre que l’entretien initial déjà évoqué visant à déterminer les capacités de chacun, cette distribution des degrés témoigne à nouveau de la volonté de donner au recrutement un caractère très sélectif, même s’il n’est pas assorti d’un examen d’entrée semblable à celui des ingénieurs militaires.

    53  Un maximum de 10 degrés peut être distribué : ENPC, ms 2629bis (7), article 33.

    54  Dix degrés sont accordés : ENPC, ms 2629bis (7), article 32.

    55  Dans ce dernier cas comme pour les précédents, dix degrés sont accordés. Leur attribution est soumise à l’obtention auprès d’un ingénieur en chef d’un « bon témoignage de leur travail et de leur conduite, sans quoi il ne leur sera rien compté pour ce travail extérieur », ENPC, ms 2629bis (7), article 34.

    56  ENPC, ms 2629bis (7), article 38.

    57  ENPC, ms 2629bis (7), article 50.

    58  ENPC, ms 2629bis (7), article 49.

    59  ENPC, ms 2629bis (7), article 42.

    60  ENPC, ms 1933.

    61  ENPC, ms 2629bis (5).

    62  Blond Stéphane, « Les états du roi des Ponts et Chaussées pendant l’administration des Trudaine : 1743-1777 », Comptabilités [en ligne], numéro 3, 2012 [https://comptabilites. revues.org/721#quotation].

    63  ENPC, ms 2629bis (7), article 53.

    64  ENPC, ms 1911 (34), 1er trimestre 1781.

    65  Ibid.

    66  Les rubriques concernées sont : Élèves gradués et professeurs ; Prix remportés et frais d’instruction ; Dessins de cartes et autres ; Vérification de calcul et toisé de terrasse ; Plans levés et nivellements faits. Ibid.

    67  ENPC, ms 2629bis (7), article 58.

    68  Ibid.

    69  ENPC, ms 1933, op. cit.

    70  ENPC, ms 2629bis (7), article 60.

    71  ENPC, ms 2629bis (7), article 65.

    72  ENPC, ms 2629bis (7), article 77.

    73  ENPC, ms 2629bis (7), article 66.

    74  Ibid.

    75  ENPC, ms 2629bis (7), article 63. La tenue de ces registres est également abordée aux articles 69 et 70. Les archives de l’École nationale des ponts et chaussées contiennent des ensembles beaucoup plus épars de ces tableaux, à l’inverse des États des élèves qui rendent possibles de multiples enquêtes sérielles.

    76  ENPC, ms 2629bis (7), article 70.

    77  Bourdieu Pierre, La noblesse d’État : Grandes écoles et esprit de corps, Paris, Éditions de Minuit, 1989. Voir également l’article de Sébastien Pautet dans ce même volume, op. cit.

    78  ENPC, ms 2629bis (7), article 48.

    79  Mauss Marcel, Essai sur le don : Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, Paris, PUF, 2007.

    80  ENPC, ms 2629bis (7), article 60.

    81  ENPC, ms 2629bis (7), article 75.

    82  L’article 74 prescrit notamment qu’« aucun inspecteur, sous-ingénieur ou élève ne pourra quitter son service, sortir de sa généralité, ni même se marier sans en avoir obtenu l’agrément de ses supérieurs ». ENPC, ms 2629bis (7), article 74.

    83  ENPC, ms 2629bis (7), article 62.

    84  ENPC, ms 2629bis (7), article 55.

    85  ENPC, ms 2629bis (7), article 56. Cette démarche mêlant le sens l’observation et le souci de laisser une trace n’est pas sans rappeler la collection des volumineux journaux de mission réalisés au cours du xixe siècle. Blond Stéphane, « Les transferts techniques du Corps des Ponts et Chaussées vers les États allemands au xixe siècle », in Krulic Brigitte (dir.), Savoirs et métiers de l’État au xixe siècle : France et États germaniques, Bern, Peter Lang, 2014, p. 67-80.

    86  ENPC, ms 2629bis (7), article 59. Précisons que l’assemblée des Ponts et Chaussées préfigure le Conseil général des Ponts et Chaussées et constitue le comité directeur du corps. De ce fait, l’assemblée analyse tous les sujets stratégiques, avec de nombreuses discussions très techniques sur les projets proposés par les ingénieurs. Comité d’histoire du ministère des Transports, de l’Équipement, du Tourisme et de la Mer, 200 ans du Conseil général des Ponts et Chaussées, Paris, ministère des Transports, de l’Équipement, du Tourisme et de la Mer, 2005.

    87  ENPC, ms 2629bis (7), article 57.

    88  Vérin H., La gloire des ingénieurs, op. cit., p. 204.

    89  Picon A., L’invention de l’ingénieur moderne, op. cit.

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    Blond, S. (2017). Former les ingénieurs du territoire : le règlement des Ponts et Chaussées (1775). In S. Blond, L. Hilaire-Pérez, & M. Virol (éds.), Mobilités d’ingénieurs en Europe, XVe-XVIIIe siècle. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.155312
    Blond, Stéphane. « Former les ingénieurs du territoire : le règlement des Ponts et Chaussées (1775) ». In Mobilités d’ingénieurs en Europe, XVe-XVIIIe siècle, édité par Stéphane Blond, Liliane Hilaire-Pérez, et Michèle Virol. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2017. doi:10.4000/books.pur.155312.
    Blond, Stéphane. « Former les ingénieurs du territoire : le règlement des Ponts et Chaussées (1775) ». Mobilités d’ingénieurs en Europe, XVe-XVIIIe siècle, édité par Stéphane Blond et al., Presses universitaires de Rennes, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pur.155312.

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    Blond, Stéphane, Liliane Hilaire-Pérez, et Michèle Virol, éd. Mobilités d’ingénieurs en Europe, XVe-XVIIIe siècle. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2017. doi:10.4000/books.pur.155217.
    Blond, Stéphane, et al., éditeurs. Mobilités d’ingénieurs en Europe, XVe-XVIIIe siècle. Presses universitaires de Rennes, 2017, https://doi.org/10.4000/books.pur.155217.
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