La raison comme « force qui cherche Dieu »
p. 270-271
Texte intégral
1« Il faut que la raison monte vers Dieu. Voilà sa loi. C’est fort simple, mais cela dit tout.
2Il faut que l’impulsion première de l’opération intellectuelle, qui est de Dieu, qui est du Verbe, et qui descend de là dans les ténèbres de l’esprit humain, dans les faiblesses et les misères du raisonnement, les égarements du discours, les déceptions de l’imagination, les illusions et les infirmités des sens, la multiplicité des accidents et la dispersion des détails, remonte, remonte toujours vers l’origine sacrée et infaillible où Dieu l’inspire, et que, comme le Verbe divin descendu dans la chair, et ses faiblesses, et ses infirmités, elle dise aussi : “Je monte vers mon Père et mon Dieu, pour être glorifiée.” La raison, dit saint Thomas d’Aquin, est une force, un mouvement qui part des premiers principes et qui y retourne [Ia, q.79, art.8]. Je dis en d’autres termes : la raison est une force qui part de Dieu et qui retourne à Dieu.
3Tout le travail de la pensée, toute la recherche de la vérité est là. La raison, − qu’on entende bien ces métaphores, − la raison doit travailler incessamment à se dégager d’en bas et à se rattacher en haut ; à monter toujours du sens externe au sens intime, du sens intime au sens divin, du dehors au-dedans, et du dedans à ce qui est plus haut. Elle doit, ce qui est la même chose, remonter continuellement de la multiplicité à l’unité, du discours à l’intuition, du phénomène à la substance, de l’effet à la cause. Elle doit, par-dessus tout, en tout, et avant tout, chercher son unité, retrouver son principe, chercher son Dieu. Elle doit, par le continuel sacrifice de tout spectacle qui n’est pas Dieu, ou plutôt par le continuel sacrifice de tout ce qui, dans chaque spectacle, dans le spectacle de la nature ou dans celui de l’âme, n’exprime pas Dieu, ou ne va pas à Dieu, se simplifier incessamment, et, en se simplifiant, se purifier et s’élever. Elle doit chercher en tout l’idée unique, celle de Dieu, l’unique nécessaire, cette souveraine richesse de la simplicité, qui a fait dire qu’enrichir son intelligence, c’est diminuer le nombre de ses idées. Elle doit vivre dans le perpétuel sacrifice, qui est lui-même la philosophie, selon l’admirable parole de Socrate. C’est là ce que doit faire la raison, et elle le fait quand elle agit vraiment. On pourrait définir la raison une force qui cherche Dieu, par le perpétuel sacrifice de ce qui n’est pas Dieu. »
4(De la connaissance de l’âme, t. 1, Paris, Douniol/Lecoffre, 1857, p. 283-284.)
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