La Construction et l’Urbanisme : du commissariat pour la région parisienne au ministère de la Construction
p. 83-97
Texte intégral
1À la différence de celui de nombreux ministres de la Construction ou de l’Équipement, le rôle de Pierre Sudreau dans l’histoire urbaine des Trente Glorieuses est mal connu et sans doute très largement sous-estimé. Les sociologues et les juristes qui ont analysé dès les années 1960 les mutations des politiques urbaines ont situé les ruptures en amont (Reconstruction) ou en aval (DATAR, Schéma directeur de la région parisienne de 1965) du ministère Sudreau. La relecture des Trente Glorieuses au début des années 2000 a cependant conduit les historiens de l’architecture1 et de la ville2 à revaloriser le rôle décisif du commissariat à l’Urbanisme et à la Construction pour la région parisienne (juin 1955-juin 1958) puis du ministère de la Construction (juin 1958-avril 1962) dans l’élaboration de textes (lois, décrets, directives) qui constituent le socle doctrinal des politiques urbaines des années 1960 et sans doute, on le verra au-delà. Le fonds Sudreau déposé aux Archives nationales couvre en totalité cette période et nous servira de support pour reprendre ce dossier3.
2On sait, depuis les enquêtes sur Raoul Dautry, François Bloch-Lainé, Eugène Claudius-Petit ou Paul Delouvrier, que les questions d’urbanisme ont été confiées entre 1945 et 1975 à de fortes personnalités politiques4. Sudreau en fait partie et on en donnera ici plusieurs exemples. En étudiant l’anatomie de la décision les historiens visent cependant moins à rendre compte du rôle des hommes qu’à comprendre les problématiques de l’époque à laquelle l’homme politique s’ajuste. Le cas Sudreau est à cet égard intéressant à plus d’un titre. Préfet puis ministre, il exerce des responsabilités au moment précis où la croissance urbaine s’emballe, ce qui constitue une différence de taille avec un Claudius-Petit par exemple. Alors qu’on produisait en France 40000 logements en 1948, 320000 sortent de terre en 1959. La problématique du jeune ministre n’est pas tant d’identifier les leviers de la construction que d’accompagner un changement d’échelle. Le second intérêt de cette carrière est qu’elle recouvre la transition entre la IVe et la Ve République. Certes les attributions de Sudreau en 1959 ne sont pas celles de 1955 et la création d’un District de la région de Paris en août 1961 lui retire en théorie la compétence cruciale sur l’aménagement du Grand Paris. Mais les grandes problématiques d’aménagement, d’urbanisme et de gestion de la croissance parisienne demeurent les mêmes et hantent littéralement le préfet puis le ministre. Reste qu’en dépit de l’énergie dépensée et de l’évidence d’une forme de doctrine urbanistique, la postérité de Sudreau demeure incertaine. La mémoire collective a retenu Delouvrier et non Sudreau comme si se rejouait, dans les années 1960, l’effacement de Rambuteau derrière Haussmann. Les archives permettent de reprendre cette question, en suggérant que le scandale immobilier de l’affaire du Point du Jour a sans doute déterminé la mise à l’écart de Sudreau que confortera sa rupture avec le général de Gaulle en 1962.
Le changement d’échelle
3Pierre Sudreau a trente-six ans quand il est nommé commissaire à la Construction et à l’Urbanisme pour la région parisienne, poste rattaché à la préfecture de la Seine mais avec compétence sur la Seine-et-Oise, la Seine-et-Marne et cinq cantons de l’Oise. Il ne découvre pas la question du logement et celle de l’urbanisme à cette occasion. Ses archives démontrent qu’il a suivi étroitement plusieurs chantiers de reconstruction quand il exerçait les fonctions de préfet du Loir-et-Cher entre 1951 et 1955, notamment à Vendôme, Romorantin, Saint-Aignan et Blois5. Mais il s’agissait pour l’essentiel d’opérations modestes d’une vingtaine de bâtiments, maisons jumelées ou petits collectifs. La problématique urbaine de région parisienne en 1955 n’a rien à voir avec celle du Loir-et-Cher. Le changement d’échelle que traduit pour la carrière de Sudreau sa nomination à la préfecture de la Seine suivie en juin 1958 de sa nomination comme ministre de la Construction dans le gouvernement de Gaulle coïncide avec celui de l’urbanisation en France. Sudreau en est à la fois le témoin privilégié et un acteur décisif.
L’arrière-plan de la révolution urbaine
4Sudreau prend ses fonctions en région parisienne deux ans après l’adoption du plan Courant et la création des logements économiques familiaux et un an après la création du 1 % patronal et la réforme de l’économie mixte qui forment les principaux leviers permettant de libérer la construction en France6. Les chiffres qui plafonnaient à 100000 nouveaux logements par an avant 1953 s’envolent durablement : 210000 en 1955, 273000 en 1957, 320000 en 1959 et malgré un léger recul au début de la Ve République restent encore à 308000 en 1962.
5La création par la Caisse de dépôts et consignations d’une filiale spécialement dédiée à la construction – la SCIC – en juin 1954 contribue à changer non seulement le financement mais aussi la temporalité et au final la forme architecturale et urbaine des logements sociaux7. La SCIC produit 4000 logements dès 1956 et 29000 en 1958, principalement en région parisienne. L’opération emblématique de Sarcelles est lancée au moment où Sudreau arrive en région parisienne : 440 logements aux Sablons en 1955 puis 1180 logements aux Lochères en 1956. On est loin des petites unités édifiées sur des « fermes départementales » dans le Loir-et-Cher.
6Les recensements de la population révèlent à partir de 1954 la mutation urbaine de la société française, certes entérinée depuis les années 1930 mais que la guerre avait contribué à ralentir. La France des villes gagne 2 M d’habitants entre 1946 et 1954 et la croissance devient désormais à la fois très forte et durable. Au recensement de 1962, on compte 4 M d’urbains supplémentaires. En région parisienne, cette croissance urbaine bénéficie essentiellement à la Seine banlieue qui accueille 500000 nouveaux habitants entre 1954 et 1962 et à la grande banlieue de Seine-et-Oise et Seine-et-Marne qui en gagne 700000.
7C’est bien cette « révolution urbaine8 » qui justifie la création d’un poste de Commissaire dédié à la construction et à l’urbanisme pour la région parisienne en 1955, poste qui s’ajoute à des institutions (CSARP, SARP) remontant aux années 19209. Sudreau se saisit des chiffres très rapidement. Dans un texte qu’il donne en octobre 1957 à Provinces-Informations il indique par exemple que la région parisienne croît de 50000 personnes par an, ce qui engendre « une grave crise d’urbanisme, de construction et d’équipement10 ». Les mots clés de son action en région parisienne sont d’emblée posés.
Des lectures au service de la dramatisation de la question urbaine
8Bien avant l’arrivée de Sudreau au ministère de la Construction, l’articulation entre logement et urbanisme avait été établie dans des textes ambitieux signés par Eugène Claudius-Petit auquel Sudreau rendra hommage à de plusieurs reprises. C’est également à l’ancien ministre du MRU qu’on doit en 1949 la création d’une direction à l’Aménagement du territoire, sujet indissociable de l’avenir de la région parisienne. Si Sudreau n’invente donc pas la politique urbaine des Trente Glorieuses, il se révèle particulièrement habile à traduire la croissance en problème. Le verbe ministériel précède l’action plus qu’il ne l’accompagne, au point que toutes proportions gardées, Sudreau évoque dans certains de ses textes le lyrisme d’André Malraux, son homologue aux affaires culturelles dans le gouvernement Debré.
9Sudreau écrit beaucoup, ce qui permet de suivre le cheminement de sa pensée sur la ville. Ces textes, conservés pour la plupart sous la forme de brouillons le plus souvent dactylographiés dans ses archives, ont été maintes fois réutilisés par l’auteur, notamment au moment de la parution de ses mémoires11. Ils sont truffés de citations, elles-mêmes soigneusement relevées dans les lectures de Sudreau. En détournant à son profit des extraits de Valéry, Saint-Exupéry, Huxley, Fourastié ou Giraudoux, Sudreau inscrit la problématique urbaine dans l’univers culturel néo-conservateur. D’une citation à l’autre, on glisse du malthusianisme à la crise de la civilisation et à la mise en doute de la démocratie. Florilège :
« La concentration urbaine est un fait, pour ne pas dire un fléau contre lequel il nous faudra lutter de toutes nos forces12. »
« Le monde moderne dans toute sa puissance, en possession d’un capital technique prodigieux, entièrement pénétré de méthodes positives, n’a su toutefois se faire, ni une politique, ni une morale, ni un idéal, ni des lois civiles ou pénales, qui soient en harmonie avec les modes de pensée que la diffusion universelle et le développement d’un certain esprit scientifique imposent peu à peu à tous les hommes13. »
« Notre démocratie se considère moins comme un régime que comme une religion. Le principe d’un régime est l’actualité, l’épanouissement. Le principe d’une religion est le triomphe d’un dogme14. »
10À l’Assemblée nationale comme dans la Revue des deux mondes – où il livre en janvier 1960, une vraie-fausse réflexion sur « Giraudoux et l’esprit de l’urbanisme15 » mélangeant les citations du fondateur de la Ligue urbaine et rurale (1943) et le détail des mesures prises par son ministère – Sudreau se fait moraliste. Il convertit le diagnostic des problèmes urbains de la France des années 1950 en drame, justifiant le renforcement de l’autorité de l’État, en particulier sur les élus locaux dont Sudreau dénonce publiquement les atermoiements lors de l’audition qu’il donne devant le Conseil économique et social le 5 mars 195816. Face à la crise urbaine, le gouvernement par ordonnances ou à défaut par décret s’impose.
11À en croire ses mémoires, c’est Sudreau lui-même qui aurait suggéré au général de Gaulle de modifier l’intitulé du ministère, en substituant Construction à Reconstruction. Ce changement d’appellation traduit à la fois l’achèvement en cours de la Reconstruction17 et la volonté d’affirmer que le rapport entre réparation et prospective doit s’inverser. Ainsi, même si les réflexions sur le sens des « cités nouvelles » sont bien antérieures au moment Sudreau, c’est en 1958 qu’apparaît, dans l’organigramme18 du ministère de la Construction un « Service de l’urbanisme » au sein de la direction à l’Aménagement du territoire dirigée par Pierre Randet, service qui n’existait pas au sein de l’organigramme antérieur du MRU puis du MRL.
Les mots clés du dirigisme urbain
12Dès son arrivée en région parisienne, Sudreau plaide pour des « réunions inter-administratives19 » en amont de la délivrance des permis de construire. Dans ses notes personnelles prises lors de réunions relatives au Plan d’aménagement et d’organisation générale de la région parisienne (PADOG), il souligne en rouge : « organisation des responsabilités20 ». L’époque est, on le sait, au dirigisme, la guerre d’Algérie favorisant à la fois le gouvernement par ordonnances et le retour des préfets. En région parisienne, cet état d’esprit se traduit par la tentative du Premier ministre de créer de manière autoritaire, via l’ordonnance du 4 février 1959, un District de la région de Paris, sorte de super-préfecture sous l’autorité du préfet de la Seine. Si cet essai fait long feu, la création de l’Établissement public pour l’aménagement de la Défense en septembre 1959 bouleverse la tradition de la maîtrise d’ouvrage locale21. Sudreau joue un rôle important dans la création de l’EPAD. Les décrets de création ont été préparés par les services du ministère de la Construction qui considèrent en 1958 que pour mener à bien le projet d’aménagement de la zone de la Défense, il manque « l’instrument de coordination indispensable22 », ce qui sous-tend qu’il faut à la fois fédérer les services et passer au-dessus des pouvoirs communaux de Nanterre, Courbevoie et Puteaux.
13Sudreau reprend aussi la notion ancienne de « planification urbaine » de manière très volontariste. Ses archives relatives à la préparation du PADOG montrent que la planification articule trois échelles : un plan d’aménagement et d’organisation générale qui actualise à l’échelle de la région le fameux plan Prost (1939) ; des plans directeurs d’urbanisme intercommunaux qui reprennent des projets initiés sous le régime de Vichy ; des plans d’urbanisme de détails à l’échelle communale. Ces échelles s’imposent dans le décret du 31 décembre 1958 qu’il défend ardemment via une série d’« instructions générales » puis de « directives » adressées aux préfets et aux directeurs départementaux de la Construction en avril puis août 196023. Celle du 5 août 1960 concernant les plans d’urbanisme est un résumé de la philosophie de son ministère. Il s’agit d’imposer le principe d’une planification locale « s’inscrivant dans le cadre plus large de plans d’aménagements régionaux et d’une politique d’aménagement national » dans toutes les villes « relativement importantes24 ». Le leitmotiv est la lutte contre le « laisser-aller », « l’implantation désordonnée des constructions » en un mot « le désordre ». Le propos ne pouvait que séduire de Gaulle qui avait présidé la conférence de presse du nouveau ministre le 24 juillet 1958. Lieu commun des pouvoirs publics depuis la fin du xixe siècle, l’anarchie des villes et plus encore des banlieues est donc reprise et systématisée par Sudreau pour imposer les normes réglementaires de l’urbanisme opérationnel.
14Sudreau fut sans doute le premier ministre de la Construction à assumer la nécessité de produire massivement des grands ensembles d’habitation ou plus exactement d’assumer que la résolution de la crise structurelle du logement passerait par les grands ensembles25. Il le dit très nettement dans un texte intitulé « l’avenir de Paris », rédigé en février 1958 et publié dans Le Statut de Paris26. Il y propose la création d’une dizaine de grands ensembles de 4 à 5000 logements répartis en couronne autour de Paris et auxquels il donne deux objectifs : « Par leur effet de masse, obtenir des prix de série qui feront baisser sensiblement le coût de chaque logement » et « constituer des pôles d’attraction capables de provoquer la rénovation de la banlieue27 ». De fait, la politique des grands ensembles, initiée sous la IVe République est totalement validée à la fin des années 1950 à la fois par la loi-cadre du 7 août 1957 sur la construction de logements et équipements collectifs et par le décret du 31 décembre 1958 créant les zones à urbaniser par priorité. Le Commissariat pour l’aménagement de la région parisienne joue un rôle décisif dans cette validation. Les arrêtés de création des grandes ZUP de la région parisienne sont signés dès août 1959 : 315 ha à Meaux, 660 ha à Massy-Antony, 524 ha au Plateau de Villacoublay. Le passage de Sudreau à la Construction se traduit par la généralisation de la politique des grands ensembles au territoire national, selon une logique qui préfigure la politique nationale des villes nouvelles de la fin des années 196028. C’est sous le ministère Sudreau que sont actées les ZUP des Minguettes à Vénissieux, de la Paillade à Montpellier, de Rennes Sud, des Grandes Scynthes à Dunkerque ou encore du Mirail à Toulouse, véritables nouveaux ensembles urbains de plusieurs dizaines de milliers d’habitants.
15Reste que ce volontarisme ne repose pas sur un financement public, contrairement à une légende tenace. Le rôle de l’État consiste à la fois à favoriser la concentration capitalistique du BTP et à réguler le risque foncier. Se présentant comme le champion de la lutte contre la spéculation, Sudreau s’indigne de la privatisation du sol, notamment au Sénat le 22 novembre 1960 lors d’une discussion parlementaire sur l’aménagement de la Côte d’Azur. Il n’hésite pas à dénoncer « une véritable entreprise de dévastation » et « un véritable meurtre de notre capital touristique ». Il impose la création en septembre 1958 d’un comité de sauvegarde de la Côte d’Azur et défend le principe d’une taxe d’équipement de 500 nouveaux francs par construction nouvelle pour gérer les réserves boisées. Dans cet esprit, c’est le ministère Sudreau qui fonde le droit de préemption, pour une période de huit ans sur toutes les mutations de propriété dans l’optique de « casser le marché du sol ». Le projet de loi sur les zones d’aménagement différé, présenté à l’Assemblée nationale par Jacques Maziol en juillet 1962 a été en réalité préparé par le cabinet Sudreau. Pour autant, si Sudreau lutte contre la spéculation foncière, ce n’est pas un adversaire du capitalisme bien au contraire. Comme ses prédécesseurs, il favorise le rapprochement entre secteur public et privé par le biais de sociétés d’économie mixtes et le soutien réitéré à l’industrialisation du bâtiment. En juin 1959, devant le congrès des HLM à Bordeaux, il justifie un projet de réforme sur le conventionnement des sociétés de construction permettant l’apport de capitaux « purement privés29 ». Il s’agit d’attirer vers la construction française l’investissement privé qui pourrait être tenté par d’autres secteurs d’activité mais aussi de répondre « aux besoins de logements de toutes les catégories », c’est-à-dire ne pas limiter les grands ensembles au logement social. Ce que la sociologie marxiste des années 1970 nommera le capitalisme monopoliste d’État30 connaît bien un coup d’accélérateur sous le ministère Sudreau et résulte d’un choix parfaitement assumé par le ministre.
Le ministère de l’impossible
16En lançant le chantier de l’histoire des grands ensembles, Annie Fourcaut a très justement qualifié les années Sudreau de « schizophrènes31 ». Les archives confirment que cette schizophrénie traverse personnellement Pierre Sudreau sur au moins trois dossiers dont il a la charge.
Les grands ensembles sont-ils solubles dans le paysage français ?
17Dès septembre 1957, Sudreau initie une commission de la vie dans les grands ensembles, dans l’intention déclare-t-il qu’« une réussite technique ne soit pas un échec de l’humanisme ». Avant même que la presse ne s’empare de la thématique de la Sarcellite, la commission reconnaît que « les grands ensembles d’habitation posent de graves problèmes de vie collective32 ». Cette commission dont tous les historiens ont souligné le rôle essentiel est notamment animée par Maurice Doublet (futur préfet d’Île-de-France), Edgard Pisani (futur ministre de l’Équipement), Max Querrien (futur directeur de l’Architecture au ministère de la Culture) ou encore Jacques-Henri Labourdette (maître d’œuvre de Sarcelles). Elle comprend cinq groupes de travail (Équipement social, culturel et cultuel/Équipement commercial/Étude et milieu urbain/Problèmes administratifs et financiers/Loisirs de plein air et sport) et préfigure très nettement l’organisation du futur Secrétariat général des villes nouvelles fondé en 1970. Dès 1957-1958 d’ailleurs, le Commissariat Sudreau rejetait l’idée de simples « unités résidentielles » et affirmait que « les grands ensembles de la région parisienne ont pour vocation à devenir des villes nouvelles avec équipements, dessertes et même zones industrielles ». Cette commission des grands ensembles, que Sudreau réactive lors de son arrivée à la Construction en 1958 va inspirer les fameuse « grilles d’équipement » appliquées aux ZUP à partir de 196033.
18Les réflexions propres du ministre sur les grands ensembles méritent cependant d’être rappelées. Dans une « communication personnelle » qu’il adresse le 1er octobre 1960 aux préfets, aux directeurs départementaux de la Construction et aux architectes-conseils, il écrit notamment :
« Alors qu’il a fallu des siècles pour faire nos villes et nos villages, pour façonner leur visage, pour créer leur atmosphère personnelle, c’est aujourd’hui en quelques années, que nous les transformons. Nous n’avons pas le droit de nous tromper […]. Il ne s’agit pas de réaliser des ensembles intéressants en eux-mêmes, qui font de belles maquettes ou de remarquables projets de concours. Il faut que ces ensembles s’intègrent dans le paysage34. »
19Cette attention au paysage conduit aussi le ministre à relancer la politique des sites naturels protégés, initiée à la Belle Époque et entérinée par la loi du 2 mai 1930. La circulaire du 1er octobre 1960 martèle : « Ce n’est pas faire preuve de conservatisme que d’empêcher les constructeurs de pénétrer par effraction dans le paysage français35. » Si l’on peut être sceptique devant ce vœu pieu d’un ministère qui autorise massivement les ZUP à la même époque, force est de noter que ces réflexions préfigurent les thématiques du cadre de vie des années 1970. De manière plus générale, le doute sur les grands ensembles qui semble obséder Sudreau l’amène à proposer la création d’une série de garde-fous dont la réussite fut sur le moment très mitigée mais qui annoncent l’inflexion qualitative et écologiste des politiques urbaines des présidences Pompidou et Giscard d’Estaing.
20Le décret du 27 mars 1961 créée ainsi un conseil supérieur d’architecture et d’urbanisme, chargé de réfléchir à la qualité des constructions nouvelles et à leur harmonisation avec les paysages existants. Parallèlement, le ministère définit une « politique des espaces verts », applicable aux grandes opérations urbaines avec des conséquences importantes, notamment la production fréquente de césures nettes entre centres anciens et nouveaux ensembles urbains, au nom de la doctrine de l’urbanisation discontinue. La notion d’espaces verts entre donc de plein droit dans la planification des extensions urbaines, sept ans avant la loi d’orientation foncière qui la systématisera. En novembre 1960, le ministre créée l’Agence de l’arbre, mesure certes symbolique mais qui témoigne d’une sensibilité protectrice se voulant l’antidote du bétonnage urbain. C’est sous le ministère Sudreau qu’une politique de préservation de certains espaces naturels convoités par l’industrie touristique apparaît. Riverains et élus locaux critiqueront le caractère rigide de cette politique qui se traduit par la délimitation de « périmètres sensibles » sur la Côte d’Azur (décret du 26 juin 1959), la Corse et d’autres départements côtiers (loi de finances pour 1961). La loi du 22 juillet 1960 initie la politique des parcs nationaux qui sera entérinée sous le gouvernement Pompidou36.
21Sudreau perçoit aussi très tôt le risque de ségrégation sociale induit par la standardisation de l’architecture des grands ensembles. Sa circulaire du 5 août 1960 édicte clairement :
« Toute forme de zonage social devra être proscrite. S’il n’est guère possible, avec les standards de construction actuels, de destiner les logements d’un même immeuble à des familles de condition très inégale, comme cela était courant dans l’ancienne France, au moins devra-t-on faire cet amalgame au niveau du quartier et même du groupe d’habitation, en assortissant les types d’immeubles aux différents catégories de revenus37. »
22Cet idéal de ce que l’on appellera plus tard la mixité sociale rencontrera, on le sait, beaucoup de difficultés à s’imposer même si certains exemples contemporains du ministère Sudreau comme Mourenx38 ont tenté de le proposer.
Rénovation urbaine et secteurs sauvegardés
23La question des quartiers insalubres, fonds de commerce de l’hygiénisme depuis le milieu du xixe siècle ne constitue pas pour Sudreau une découverte lors de son arrivée en région parisienne en 1955. Il va cependant incontestablement s’en emparer, essentiellement pour des raisons politiques. La persistance du taudis à Paris, en banlieue parisienne et dans nombre de villes françaises incarne à ses yeux l’incapacité de l’État à agir et à appliquer se propre législation. La loi du 1er septembre 1948 sur le parc locatif, qui proposait de revaloriser les loyers pour permettre une mise aux normes de l’habitat ancien a échoué, en raison de la persistance de l’inflation. Plusieurs enquêtes démographiques publiées dans les années 1950 démontrent que les conditions d’hygiène de certains quartiers anciens à Paris comme en province sont encore proches de celles évoquées dans le Tableau de Villermé (1840) ou la loi Melun (1850). Si la dénonciation de l’insalubrité constitue le lieu commun du discours urbanistique des années 1950, le thème est néanmoins repris à la fois par Michel Debré et Sudreau en 1960 dans la double intention de justifier des procédures brutales de rénovation urbaine et de condamner l’incurie de la IVe République.
24La dénonciation des taudis vise également à cautionner la politique des grands ensembles et donc à désengorger Paris, non seulement des logements anciens mais aussi des usines et ateliers. La circulaire d’octobre 1960 sur la rénovation urbaine évalue le nombre de familles concernées à 500000, tout en convenant que l’objectif hygiéniste n’est pas le seul visé. Il s’agit aussi de requalifier le centre des villes c’est-à-dire implicitement de leur redonner une valeur foncière. La loi du 4 août 1962 créant les secteurs sauvegardés, qui porte improprement le nom de loi Malraux, a été initiée et préparée par les services du ministère de la Construction dès 1959 et imposée difficilement au ministère de la Culture qui n’en percevait pas l’intérêt. Sudreau s’est impliqué personnellement sur ce dossier et tentera en vain de s’opposer à la destruction de certains quartiers anciens comme le secteur de la Balance en Avignon ou Saint-Jean à Lyon39.
25Deux contradictions traversent cependant le discours ministériel. La première concerne l’étendue de la protection des îlots anciens. Sudreau ne prend en considération que le bâti antérieur au xixe siècle. Comme la plupart des « modernes » des Trente Glorieuses, il rejette la « lèpre des faubourgs40 », considérant qu’ils « ne présentent aucun caractère, souvent construits avec des matériaux de rebuts41 ». En d’autres termes, la préservation des quartiers anciens vise pour l’essentiel les immeubles en pierre de taille au détriment des constructions banales qui peuvent être livrées sans état d’âme aux bulldozers. La seconde contradiction concerne l’impact social de la rénovation dont Sudreau a parfaitement conscience dès 1959. Rénover c’est déplacer des populations « qui ne le désirent pas » écrit-il dans une directive de 1960. Mais entre le désir des populations et l’intérêt général, il faut choisir : « La rénovation urbaine est essentiellement un problème de relations humaines. Les familles qu’elle concerne doivent être très exactement informées des travaux projetés. » On sait que cette politique brutale de rénovation urbaine suscitera des très fortes critiques dès les années 1960. La rénovation controversée du « secteur Italie » (îlot insalubre n° 4 du 13e arrondissement de Paris) lancée en 1957 impactera 6200 habitants. L’enquête conduite par le sociologue Henri Coing sur cette opération conclura qu’en dépit des promesses de l’État, les couches les plus défavorisées de la population ont bien été éloignées du quartier42.
Aménagement du territoire et Grand Paris
26En obtenant en 1958 la compétence sur la politique d’Aménagement du territoire, Sudreau aurait pu tenter d’infléchir le postulat malthusien qui servait de doctrine officielle au MRU depuis 1949 à l’endroit du Grand Paris. Doctrine d’époque et doctrine d’État, la pensée graviériste bloquait durablement l’Équipement pourtant hautement nécessaire de la région parisienne. Comment en effet aménager la banlieue parisienne sans renforcer le déséquilibre entre la capitale et le « désert français43 » ?
27Commissaire à la région parisienne, Sudreau a pris rapidement la mesure de l’ampleur des investissements à réaliser pour équiper la banlieue. En février 1958 dans « l’avenir de Paris », il prône la réalisation d’un programme décennal de travaux visant à créer de nouvelles voies de chemin de fer, des voies routières de dégagement à grande circulation mais aussi le développement de services publics et la préparation de terrains dédiés à l’urbanisation. Recettes certes anciennes mais que reprendra après lui Delouvrier. Si ni l’opération de la Défense, ni le projet d’un réseau express régional, ni même le dessin de l’autoroute francilienne ne sont uniquement explicables par l’action du commissariat Sudreau, il est clair cependant que cette époque correspond bien à un réinvestissement de la capitale par l’État et les finances publiques.
28Pour autant, à la différence plus tard de Delouvrier, la position de Sudreau est d’emblée contradictoire. Le premier objectif qu’il se fixe comme Commissaire à la région parisienne est en effet « la stabilisation ». Il considère qu’il faut éviter que Paris ne s’étende davantage et que cet objectif constitue « une nécessité absolue ». Cette position aura deux conséquences : l’élaboration et l’adoption d’un plan d’aménagement profondément malthusien et reportant à la génération suivante les grandes décisions en matière d’infrastructures ; la confirmation de la politique de décentralisation industrielle lancée sous la IVe République par une série de décrets (décembre 1958) visant à renforcer le contrôle administratif sur toute création de bureaux ou d’usines en région parisienne. La loi du 2 août 1960 institue à cet effet un régime de redevances ou a contrario de primes pour toute construction/destruction de bureaux. Cette politique, en dépit de son insuffisance enregistrera quelques résultats. En 1959, le ministère se vante ainsi d’avoir soutenu cent opérations de décentralisation représentant 20000 emplois. C’est à cette époque que sont transférés le centre national d’études judiciaires (Bordeaux), l’école supérieure d’électricité (Nancy), l’école nationale de la santé publique (Rennes) ou l’école nationale de l’aviation civile (Toulouse). Il est donc clair que le ministère Sudreau a privilégié l’aménagement de la province sur celui de la région parisienne. Si la DATAR n’est créée qu’en 1963, toute une série de dispositifs comme le conseil interministériel d’aménagement du territoire sont élaborés sous Sudreau. Dans le sud de la France, de grands projets sont également lancés à cette époque comme l’acquisition foncière nécessaire à l’aménagement de la zone de Fos-sur-mer ou des stations balnéaires de la côte languedocienne.
La postérité problématique de l’œuvre de Sudreau
29L’histoire urbaine a récemment mis en évidence que les politiques urbaines françaises des Trente Glorieuses connaissaient des inflexions majeures entre 1955 et 1962. Paradoxalement, Sudreau n’est pas crédité de cette mutation et sa renommée est éclipsée par celle de ses successeurs à l’Équipement (Pisani, Guichard), à l’Aménagement du territoire (Guichard) ou à la préfecture de la région parisienne (Delouvrier).
Sudreau renouvelle Haussmann ?
30Cinq ans avant Delouvrier, Sudreau avait compris que le sous-équipement criant de la région parisienne nécessitait de livrer bataille sur le terrain de l’opinion. Le 21 mai 1960, le magazine Jour de France, fondé par Marcel Dassault en 1954 publie un long article sur l’action du ministre de la Construction. Le titre est sans appel : « Cent ans après, Sudreau renouvelle Haussmann ». Cette superbe opération de communication préfigure la manière dont Delouvrier assurera la promotion des villes nouvelles de la région parisienne dans Paris-Match en 1967. Les illustrations reposent sur le montage parallèle de photographies en couleur et de « dessins-vérités », qui permettent au lecteur d’imaginer le futur des chantiers qu’il a sous les yeux à Paris comme la gare Montparnasse, cœur d’une « cité futuriste » ou en banlieue comme Pantin « cité aux couleurs tendres ». Le ministre est photographié dans un hélicoptère qui survole la région parisienne, manière de signifier qu’il est à la hauteur des enjeux d’aménagement. Le vocabulaire qualifiant son action file la métaphore militaire. Il est question de « plan de guerre », de « reconquête » et de « croisade ».
31Entre 1958 et 1962, Sudreau multiplie les interviews dans la presse (Le Figaro, Le Monde), les magazines et on le voit même à la RTF où il donne la réplique à Pierre Sabbagh en novembre-décembre 1958 dans une série de cinq émissions de 30 à 50 minutes consacrées aux « problèmes de la construction44 ». Ses archives personnelles permettent de révéler qu’au-delà de l’opinion publique, Sudreau tente aussi de convaincre les professionnels, en participant par exemple aux journées mulhousiennes de l’urbanisme en 1959. La presse est séduite par le charisme et le dynamisme de ce préfet devenu ministre et les comptes rendus reproduits dans plusieurs journaux qui couvrent les journées de Mulhouse publient le même cliché le montrant escaladant une échelle de chantier. Sudreau cultive cette image de ministre de terrain tout en assumant la posture technocratique si caractéristique des grands commis de l’État qui savent et disent le sens de l’intérêt public. Dans une conférence de gala donnée au club Les Échos le 18 septembre 195845, il cite François Bloch-Lainé pour qui « nous avons en France encore trop d’amoureux du passé aux postes de commande, tant chez les capitalistes que chez les socialistes. Les générations qui montent ne comprendront pas grand-chose à la guerre de religion sur le thème « entreprise publique » et « entreprise privée » qui tient lieu de pensée économique à beaucoup de nos aînés et de nos contemporains ». Belle apologie de ce centre de l’échiquier politique que rejoindra Sudreau dans la seconde moitié des années 1960 mais aussi volonté de placer sa politique urbaine dans la filiation de la Résistance. La suite du discours du 18 septembre est à cet égard révélatrice :
« À l’appui de cette citation, je vais vous faire un aveu qui me coûte : deux fois dans ma vie, j’ai eu honte d’être français. La première fois, c’est en 1940, dans le climat de lâcheté générale que nous avons connu, où les Français fuyaient et refusaient de faire face. La seconde fois, c’est au moment où j’ai pris le poste de Commissaire à la construction et où j’ai visité des taudis innommables qui rappellent fâcheusement les camps de concentration. »
32On conçoit aisément la portée de tels propos et leur aptitude à s’inscrire dans la mythologie de la rupture gaulliste. Mais à force de prophétiser en prenant la presse à témoin de son indignation, Sudreau s’expose.
L’affaire du Point du Jour
33En 1961 éclate le scandale du Comptoir national du logement (CNL), société anonyme immobilière fondée en 195546. L’affaire concerne une opération située à Boulogne-sur-Seine où le CNL a acquis en 1957 une friche industrielle à l’emplacement des anciennes usines Salmson dans l’intention d’y édifier 2500 logements. Une souscription est lancée qui rencontre un grand succès, les souscripteurs versant un tiers du prix des appartements achetés en co-propriété, ce qui à l’époque constitue un modèle encore nouveau de financement du parc locatif privé. Le CNL est alors dirigé par un ancien préfet de la Seine, Paul Haag tandis que la maîtrise d’œuvre de l’opération est confiée à un architecte renommé, Fernand Pouillon, qui s’est notamment illustré à Marseille et Alger47. L’affaire s’avère cependant être pour partie une escroquerie. Après avoir livré 40 % des logements, Haag quitte le CNL en mai 1960, bloquant l’achèvement des travaux. Il manque 2 milliards de francs dans la trésorerie.
34En décembre 1960, le ministre de la Construction se saisit de l’affaire du Point du Jour, dessaisit le CNL et lance un appel aux banques pour financer l’achèvement des travaux. Parallèlement, une enquête est lancée sur les détournements de fonds suspectés au sein du CNL, notamment par Haag et Pouillon. L’affaire éclate dans la presse en février 1961. L’Humanité, Libération mais aussi Le Canard enchaîné s’en prennent directement à Sudreau, l’accusant de collusion avec Haag. Sommé de s’expliquer devant l’Assemblée nationale, le 13 juillet 1961, une fois les protagonistes sous les verrous, Sudreau parvient à disculper son administration de corruption mais l’impact médiatique est lourd. Celui qui était la coqueluche d’une presse lassée des jeux politiques de la IVe République est soudain rattrapé par son passé au Service du contre-espionnage du ministère de l’Intérieur comme le suggère la presse de gauche pour le discréditer.
35C’est donc assez logiquement qu’à la chute du gouvernement Debré, il quitte la construction pour l’Éducation nationale, portefeuille qu’il n’occupera que quelques mois, on le sait. Entre-temps, Michel Debré avait réussi à créer la Délégation au District de la région parisienne et à y nommer en août 1961 Paul Delouvrier. La correspondance de Sudreau conserve une courte lettre de Delouvrier dans laquelle il reconnaît que l’œuvre du Commissaire est bien à l’origine des grands travaux qui seront lancés par le District. Dans ses mémoires, recueillies deux décennies plus tard48, la référence à Sudreau disparaît, Delouvrier prétendant avoir découvert l’urbanisme le soir de sa nomination. La légende de la rupture urbanistique des années soixante est en route et dans la mémoire collective, l’« Haussmann des faubourgs », mettant de l’ordre dans le « bordel » de la région parisienne à l’issue d’un survol en hélicoptère en compagnie du général de Gaulle49, sera le père des villes nouvelles, et non celui des ZUP.
Notes de bas de page
1 Éric Lengereau, L’État et l’architecture. 1958-1981. Une politique publique ?, Paris, Comité d’histoire du ministère de la Culture, Picard, 2001 ; Xavier Laurent, Grandeur et misère du patrimoine. D’André Malraux à Jacques Duhamel, Paris, École des chartes, Comité d’histoire du ministère de la Culture, 2003.
2 Annie Fourcaut et Thierry Paquot (dir.), « Le grand ensemble, histoire et devenir », Urbanisme, janvier-février 2002, n° 322, p. 35-88 ; Paul Landauer, L’invention du grand ensemble. La Caisse des dépôts maître d’ouvrage, Paris, Picard, 2010.
3 Comme la plupart des fonds privés, les archives Sudreau ont pour principale vocation de contribuer à la postérité de leur dépositaire, en mettant en relief l’homme et l’œuvre. On trouve dans les cartons 91AJ/17 à 24, les matrices des interviews données à la presse, les brouillons des articles, discours, directives rédigés par Sudreau ou son cabinet mais aussi des revues de presse qui rappellent l’importance que le ministre accordait à la communication. Le fonds comporte aussi un dossier, constitué en 1986 à la demande de Michel Debré au moment de la rédaction de ses mémoires. Réalisé par des anciens du cabinet Sudreau et notamment Jean Lobry, ce dossier synthétise en une vingtaine de pages le bilan réglementaire du ministère de la Construction de 1958 à 1962.
4 Rémi Baudoui, Raoul Dautry (1880-1951) : le technocrate de la République, Paris, Balland, 1992 ; Benoît Pouvreau, Un politique en architecture. Eugène Claudius-Petit (1907-1989), Paris, Éditions Le Moniteur, collection Architextes, 2004 ; Michel Margairaz (dir.), François Bloch-Lainé, fonctionnaire, financier, citoyen. Actes de la journée d’études du 25 février 2003, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2007 ; Sébastien Laurent et Jean-Eudes Roullier (dir.), Paul Delouvrier. Un grand commis de l’État, Paris, actes de la journée d’études du 1er décembre 2003, Paris, Presses de Sciences Po, 2005.
5 AN, 91 AJ/17, correspondance avec les architectes Lucien Joubert et Jean Aubry et album-photo de la cité Leclerc à Romorantin (1952-1954).
6 Sabine Effosse, L’invention du logement aidé en France. L’immobilier au temps des Trente Glorieuses, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2003.
7 Danièle Voldman et Annie Fourcaut (dir.), « Financer l’habitat : le rôle de la CDC aux xixe-xxe siècles », Histoire urbaine, 23, décembre 2008.
8 Françoise Carrière et Philippe Pinchemel, Le fait urbain en France, Paris, A. Colin, 1963.
9 Danièle Voldman (dir.), « Région parisienne. Approches d’une notion 1860-1980 », Les Cahiers de l’IHTP, n° 12, octobre 1989.
10 AN, 91 AJ/19, Pierre Sudreau, « La concentration parisienne », Provinces-Informations, octobre 1957.
11 De l’inertie politique, Paris, Stock, 1985 et Au-delà de toutes les frontières, Paris, Odile Jacob, 1991.
12 AN, 91AJ/18, dossier de citations dactylographiées et rangées par thèmes : « politique », « architecture », « urbanisme », « surpopulation », « civilisation », « méthodes administratives », etc.
13 AN, 91AJ/18, dossier de citation « grands ensembles », extrait de Paul Valéry, Variété III, Paris, Gallimard, 1936, p. 198.
14 AN, 91AJ/18, dossier de citation « aménagement du territoire », extrait de Jean Giraudoux, Pleins pouvoirs, 1939, p. 69.
15 Pierre Sudreau, « Giraudoux et l’esprit de l’urbanisme », Revue des deux mondes, 1er janvier 1960, p. 1-15.
16 Cf. Pierre Sudreau, « Le général de Gaulle, un président bâtisseur », entretien donné par Pierre Sudreau à Jean-Yves Andrieux et Frédéric Seitz in Jean-Yves Andrieux et Frédéric Seitz, Pratiques architecturales et enjeux politiques. France 1945-1995, Paris, Picard, 1998, p. 47.
17 Il reste cependant dans l’organigramme du ministère Sudreau une direction des Dommages de guerre, dirigée par un polytechnicien, Gabriel Benet.
18 L’évolution des directions d’administration centrale du ministère du Développement durable est consultable sur le site du comité d’histoire du ministère : [http://www.developpement-durable.gouv.fr].
19 AN, 91AJ/24, compte rendu de la réunion tenue le 10 novembre 1955 au cabinet de la préfecture de la Seine.
20 AN, 91AJ/24, dossier « PADOG ».
21 Pierre Chabard et Virginie Picon-Lefebvre (dir.), La Défense. Dictionnaire/Atlas, Paris, Parenthèses, 2012.
22 AN, 91AJ/24, dossier « rond-point-de la Défense ».
23 AN, 91AJ/18.
24 AN, 91AJ/18, urbanisme et Construction, instructions générales, 8 avril 1960.
25 Gwenaëlle Le Goullon, Les grands ensembles en France. Genèse d’une politique publique (1945- 1962), Paris, Cths, 2014.
26 Jean Legaret (dir.), Le statut de Paris. Tome II. L’agglomération parisienne, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, 1959.
27 AN, 91AJ/19, « L’avenir de Paris » écrit quand Pierre Sudreau était commissaire à la région parisienne.
28 Loïc Vadelorge, Retour sur les villes nouvelles, Paris, Créaphis, 2014.
29 AN, 91AJ/20, colloque des HLM de Bordeaux, discours du 11 juin 1959.
30 Jean Lojkine, La politique urbaine dans la région parisienne 1945-1971, Paris, Mouton, 1972.
31 Annie Fourcaut, « Trois discours, une politique », Urbanisme, n° 322, op. cit., p. 41.
32 Éric Lengereau, L’État et l’architecture…, op. cit., p. 29-30.
33 Thibault Tellier, Le temps des HLM 1945-1975. La saga urbaine des Trente Glorieuses, Paris, Éditions Autrement, coll. « Mémoires/Culture », 2007.
34 AN, 91AJ/18.
35 Ibid.
36 Le parc de la Vanoise est créé par le décret du 6 juillet 1963.
37 AN, 91AJ/18.
38 Paulette Girard, « Mourenx : de la ville nouvelle à la « ville de banlieue », Histoire urbaine, n° 17, décembre 2006, p. 99-108 et Henri Lefebvre, « Les nouveaux ensembles urbains. Un cas concret : Lacq-Mourenx et les problèmes urbains de la nouvelle classe ouvrière », Revue française de sociologie, 1960, I, p. 186-201.
39 Xavier Laurent, Grandeur et misère du patrimoine…, op. cit., p. 169-197.
40 Entretien de Michel Debré avec Bernard Hirsch en 1984, publié dans L’aménagement de la région parisienne (1961-1969). Le témoignage de Paul Delouvrier accompagné par un entretien avec Michel Debré, Paris, Presses des Ponts et Chaussées, 2003, p. 202.
41 AN, 91AJ/18, Instruction générale sur la rénovation urbaine, s. d., 1960.
42 Henri Coing, Rénovation urbaine et changement social, Paris, Éditions Ouvrières, 1966.
43 Bernard Marchand, « La haine de la ville. Paris et le désert français de Jean-François Gravier », l’Information géographique, 2001, n° 65-3, p. 234-253.
44 Camille Canteux, Filmer les grands ensembles, Paris, Créaphis, 2014 ; Évelyne Cohen, « Expliquer Paris à la télévision : Pierre Sudreau et les problèmes de construction », Sociétés et représentations, n° 17, mars 2004, p. 117-130.
45 AN, 91AJ/20, « Construire mieux et plus », club Les Échos, 18 septembre 1958.
46 AN, 91AJ/23 pour tout le développement qui suit.
47 Danièle Voldman, Fernand Pouillon, architecte, Paris, Payot, 2006.
48 Roselyne Chenu, Paul Delouvrier ou la Passion d’agir, Paris, Le Seuil, coll. « L’Histoire immédiate », 1994.
49 Comme Sudreau, Delouvrier, le « père des villes nouvelles », sera comparé à Haussmann pour son volontarisme et sa hauteur de vue. Il existe plusieurs versions de la scène du survol de la région parisienne en hélicoptère du délégué général au District prenant ainsi la mesure de la tâche d’aménagement à accomplir. Cf. Loïc Vadelorge, « Mémoire et histoire. Les villes nouvelles françaises », Annales de la Recherche urbaine, n° 98, 2005, p. 7-14.
Auteur
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Loïc Vadelorge
Professeur à l’université de Paris Est Marne-la-Vallée, membre du laboratoire ACP
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