• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16603 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16603 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires de Rennes
  • ›
  • Le sens social
  • ›
  • Des jeunes à la marge ?
  • ›
  • Deuxième partie. L’ordre du genre à l’ép...
  • ›
  • Les medias comme agents de socialisation...
  • Presses universitaires de Rennes
  • Presses universitaires de Rennes
    Presses universitaires de Rennes
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Les médias facilitent la mise en cohérence de soi comme homosexuelLes médias renforcent l’homophobie ordinaireLes stéréotypes comme barrière au processus de mise en cohérence de soiDes effets différenciés entre les filles et les garçons Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Des jeunes à la marge ?

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Les medias comme agents de socialisation paradoxale des jeunes gays et lesbiennes en France

    Mickaël Durand

    p. 77-93

    Texte intégral Bibliographie Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Les évolutions engagées depuis le moment de la libération des années 1970 ont amorcé un processus de normalisation institutionnelle et médiatique de l’homosexualité qui se repère aussi bien aux projets de lois comme le Pacs ou le Mariage pour tous, qu’aux coming out de personnalités publiques. La dépénalisation de l’homosexualité1 et la crise du sida ont accéléré la transformation des représentations de l’homosexualité dans le sens d’une plus grande acceptation sociale sur les quatre dernières décennies (Lerch, 2013 ; Ifop, 2013). Pour autant, les enquêtes menées dans la seconde moitié des années 2000 montrent peu de changement du point de vue des trajectoires des jeunes générations de gays qui restent « vulnérables » (Girard, 2010) : le coming-out reste une étape forte, le départ plus précoce du foyer familial s’observe toujours, le mal-être et les tensions psychologiques aussi (Velter, 2007 ; Bajos et Beltzer, 2008 ; Rault, 2011 ; Delebarre et Genon, 2013). Ces constats sont confirmés autant par une enquête de 2014 portant spécifiquement sur les adolescents et adolescentes LGBT (Beck, Firdion, Legleye et Schiltz, 2014) que par les rapports annuels de SOS-Homophobie qui récoltent toujours des témoignages de la part des jeunes gays et lesbiennes. Ainsi, certains ont parlé dès le début des années 2000 de « paradoxes de la “reconnaissance sociale” » (Broqua et de Busscher, 2003, p. 19) pour désigner cette tension entre la normalisation d’un côté et l’homophobie et la normativité parfois oppressante qu’elle génère de l’autre.

    2Cette contribution analyse les effets de ce paradoxe sur les jeunes gays et lesbiennes en se focalisant sur les médias. Le processus de normalisation se repère à la présence médiatique accrue de l’homosexualité à la télévision (Rollet, 2006), dans les émissions et documentaires, dans les films, dans les séries destinées aux jeunes, avec la revue Têtu en devanture des kiosques dans les grandes villes, ou encore avec internet qui a rendu plus accessible des contenus liés à l’homosexualité, par des blogs, des sites militants, des séries ou des forums d’informations sur la sexualité. Cette présence médiatique accrue de l’homosexualité a contribué à diffuser les éléments phares de la subculture gaie2 et lesbienne, et tout porte à croire qu’aujourd’hui une bonne partie des habitants urbains et des jeunes connaissent le rainbow flag ou savent ce qu’est une Gay Pride. Toutefois, cette banalisation de l’homosexualité s’est accompagnée d’une mise en norme de l’homosexualité au travers de figures stéréotypées qui diffusent la norme de ce qu’« est » un gay ou une lesbienne. C’est en effet une certaine homosexualité qui tend à être représentée dans les médias, soit sur un ton dramatique, en montrant la clandestinité, la drogue et le sexe, soit sous un jour stéréotypé voire caricatural du point de vue des performances de genre3, soit en accentuant les différences entre homosexualité et hétérosexualité (Gavillet, 2004). La banalisation médiatique crée donc une « situation plutôt paradoxale où l’augmentation du nombre des personnages homosexuels exprime en même temps une régression dans les constructions » et les représentations de l’homosexualité (Rollet, 2006, p. 340). Comment, dans ce contexte, les médias interviennent-ils dans la socialisation sexuelle des jeunes gays et lesbiennes ? Cette contribution avance que la banalisation médiatique de l’homosexualité a un effet ambivalent sur la socialisation sexuelle et la construction identitaire des jeunes gays et lesbiennes : si elle facilite l’auto-identification de soi comme homosexuel4, elle favorise paradoxalement certains mécanismes de la stigmatisation. L’effet des médias comme agent de socialisation est d’une part à concevoir comme reposant sur l’environnement social qui fait médiation entre l’agent socialisé et les médias, que ce soit les pairs ou la famille (Lahire, 2006 [2004], chap. 14 ; Martin, 2009a ; Darmon, 2016 [2006], p. 62-63), et d’autre part à replacer dans le contexte hétéronormatif en rappelant que les médias participent de l’intériorisation de normes genrées (Pasquier, 2002 ; Court, 2010 ; Mardon, 2011) et de la norme hétérosexuelle (Witt, 2000 ; Martin, 2009b ; Monot, 2009).

    3Le matériau se compose de 38 entretiens semi-directifs approfondis issus d’un corpus plus large de 92 entretiens réalisés entre 2014 et 2016 avec des individus s’auto-identifiant comme gay ou lesbienne. Le corpus a été diversifié selon le lieu de résidence : les enquêtés vivent à Paris ou en province, beaucoup ayant vécu en province avant d’arriver à Paris en tant que jeunes adultes. Les 38 entretiens sélectionnés sont les enquêtés nés à partir de 1979, c’est-à-dire celles et ceux qui ont entre 21 et 36 ans au moment de l’enquête. Cette sélection permet de cibler les enquêtés qui ont été adolescents et adolescentes dans les années 1990 ou 2000 qui correspondent à la période où se repère le « paradoxe » de la banalisation médiatique. L’indexation des enquêtés dans le corps du texte fera apparaître leur âge et le lieu de résidence lorsqu’ils et elles étaient adolescents.

    Les médias facilitent la mise en cohérence de soi comme homosexuel

    « Aujourd’hui avec le recul je me rends compte que je regardais que les filles, mais à l’époque même pas j’aurais pensé, d’une que c’était possible, et de deux que ça allait m’arriver à moi quoi. L’homosexualité c’est pas, pfffff je crois que j’ai mis un moment à découvrir ‘fin pas à découvrir mais je sais pas, pour moi ça existait pas, mais alors j’y pensais pas un brin quoi, je savais pas que ça pouvait exister »
    (Capucine, 26 ans, petite ville du Gard).

    4Les gays et lesbiennes étant socialisés sous « contrainte à l’hétérosexualité » (Rich, 1981), la construction de l’identité homosexuelle individuelle repose sur un « travail de mise en cohérence de soi » (Voegtli, 2004) long et continu qui s’amorce avec « la reconnaissance de désirs sexuels spécifiques » (Pollak, 1982, p. 39) et avec l’auto-identification c’est-à-dire la reconnaissance de soi comme homosexuel, puis se poursuit dans la socialisation homosexuelle secondaire comme moment d’ajustement identitaire (Delor, 1997 ; Verdrager, 2007 ; Chetcuti, 2010). Du fait de la norme hétérosexuelle dominante, « la “prise de conscience” de l’homosexualité débute le plus souvent par la prise de conscience d’une différence, d’un décalage » (Broqua, 2006, p. 188). Tous les enquêtés évoquent en effet les troubles ou questionnements, plus ou moins forts, que les attirances hors-normes font ressentir, comme chez Corentin (26 ans, village du Gard) : « À 14-15 ans je me cachais beaucoup, j’avais honte de ce que j’étais. Je comprenais pas pourquoi j’aimais les garçons. » Il s’agit en fait de « se découvrir », ou d’arrêter de « refouler » : « Parce que c’est quelque chose que tu refoules, ‘fin tu le vois très bien, puis tu le refoules, ça revient six mois après tu dis ah oui oui, je vais traiter de cette question, mais plus tard, et puis finalement le temps passe quoi » (Rémy, 32 ans, ville de Poitou-Charentes).

    5La banalisation médiatique de l’homosexualité facilite la prise de conscience du décalage et des attirances en confrontant les jeunes à des contenus qui leur font sentir que quelque chose ne va pas comme attendu. Les médias agissent en ce sens dans les trajectoires comme agents d’émergence des attirances en suscitant des troubles : « Et là bon tu finis par te poser des questions, quand tu vois deux filles s’embrasser à la télé ça te fait de l’effet, et ouais voilà tu te dis bon ben peut-être qu’il faut se poser des questions, là » (Laurie, 28 ans, petite ville du Gard). Sans trop comprendre ce qui est en jeu dans ce qu’ils et elles ressentent, certains en viennent à chercher des contenus homosexuels dans les médias :

    « À l’époque moi je me souviens mes parents étaient abonnés à Téléstar ou je ne sais plus quel magazine télé et je me souviens que ça arrivait le lundi matin, et que le lundi matin je me jetais dessus je regardais toutes les pages, et je cherchais le moindre petit truc qui allait parler d’homosexualité, y’en avait un tous les trente magazines qu’on recevait, et là c’était la fête quoi je me disais wahou faut pas que je loupe l’enregistrement sur le magnétoscope »
    (Baptiste, 36 ans, ville de la Meuse).

    6Les résultats de l’Enquête Presse Gaie de 2004 montrent un rajeunissement de l’âge médian de cette prise de conscience des attirances passant d’environ 16 ans pour les 45 ans et plus à 14 ans pour les moins de 20 ans (Velter, 2007, p. 68) : au vu de notre enquête, on peut tout à fait supposer un effet de la banalisation médiatique de l’homosexualité sur cette différence générationnelle de par la multiplication des chances d’être exposé à des contenus suscitant le désir homosexuel5.

    7Les médias n’opèrent pas seulement en tant qu’agents d’émergence des attirances, ils opèrent aussi en tant qu’agent d’auto-identification. Ils permettent à l’individu de nommer le décalage ressenti et de s’auto-identifier comme gay ou lesbienne. Plusieurs enquêtés font référence à la production cinématographique comme ayant favorisé la reconnaissance de soi comme homosexuel :

    « Au lycée dans ma classe y avait un mec qui était gai donc il le disait ouvertement et en parlait et là je me suis dit ah tiens ça ressemble étrangement à ce que je vis et du coup on est devenu ami il m’a montré pour le coup pas mal de films, pas mal de trucs, et à chaque fois ça me parlait mais en même temps je me disais nan c’est pas ça nianiania donc du coup j’ai eu une grosse phase où je m’en doutais mais j’assumais pas trop […]. Je connaissais pas du tout ce monde entre guillemets et le fait de voir des films et d’en parler déjà c’était quelque chose d’assez fou pour moi quoi […]. C’était la première fois que je voyais des films avec des personnages gais par exemple et du coup je me suis dit déjà ça existe, et en plus je me suis dit bon ça à l’air bien, ‘fin parce que j’en avais entendu parler mais toujours que du côté négatif […]. Il [mon pote] m’expliquait lui-même que dans les films de toute façon c’était les garçons qui étaient toujours plus représentés mais ‘fin moi ça me suffisait pour m’identifier à l’époque en tout cas »
    (Paula, 28 ans, ville du Rhône).

    8Il s’agit de trouver des figures d’identification ou des récits à partir desquels faire sens de son expérience sociale et de ses attirances en les nommant et en prenant conscience que « je » ne « suis » pas le seul ou la seule à ressentir ces attirances. Les représentations du coming-out peuvent ainsi aider à anticiper cette phase du parcours, la sortie du « placard », qui s’amorce :

    « J’me rappelle d’un truc c’était quand on regardait Desperate Housewives, y a une partie où y a l’homosexualité du fils de Bree Van de Kamp, y a un tabou qui va exploser dans un milieu de saison, et j’me rappelle m’être dit aaaanh j’espère que ça va pas se passer comme ça [pour moi]. J’espère que ça va pas se passer comme ça. (T’avais quel âge ?) J’avais autour de 17 ans, 17-18 ans ouais. Et j’pense que ça m’a beaucoup aidé de voir que y avait des gens qui évoluaient, même si c’était fictif, par rapport à l’homosexualité par rapport à comment ça pouvait être d’avoir un enfant gai »
    (Jason, 24 ans, banlieue parisienne).

    9Internet occupe une place particulière dans ce processus. Pour les jeunes femmes notamment, l’invisibilisation des lesbiennes les rendant moins présentes dans les médias que les hommes gais, internet est une ressource importante (Chetcuti, 2014).

    « J’ai compris que j’étais attirée par les filles à 17 ans, ouais, quand je regardais un film et j’ai vu deux meufs s’embrasser pour s’entraîner pour les garçons et ça m’a fait ben de l’effet quoi et je me suis dit ah tiens ! ben c’est ça ! ‘fin genre c’était génial de le découvrir parce que je comprenais enfin pourquoi j’étais différente des autres et pourquoi je me sentais jamais à ma place […], c’était une source très stimulante de découvertes et tout, et j’ai regardé beaucoup de films, j’ai lu énormément de textes, de récits, d’histoires d’amour lesbiennes etc. que je trouvais sur internet, sur les forums Doctissimo, en faisant des recherches »
    (Laurine, 25 ans, ville de Normandie).

    10En permettant de se renseigner clandestinement dans l’espace familial où les attirances restent indicibles, internet offre des réponses face au sentiment de décalage et aux troubles qu’il suscite :

    « Je passais des nuits blanches quasiment sur des forums sur Internet, des forums de santé des trucs à la con […] parce que je me suis rendu compte que y’avait plein d’ados qui avaient le même âge que moi qui se posaient la même question, c’est genre “voilà je sais pas pourquoi la dernière fois j’ai eu une érection quand j’ai vu un mec torse nu” tu vois »
    (Nathan, 21 ans, petite ville du Vaucluse).

    11Les médias peuvent servir aux adolescents et aux adolescentes à « tracer les frontières de l’univers privé au sein du domicile de leurs parents » (Larmet, 2003, p. 261) et ménagent ainsi un espace clandestin au sein de la famille pour gérer des attirances que l’on ne se sent pas autorisé à verbaliser ouvertement.

    12Parmi les médias, internet opère enfin comme un agent de mise en contact. Comme l’a été le Minitel pour la génération des hommes gais de plus de 40 ans, internet pour la génération née dans les années 1980-1990 est le moyen de sortir de l’isolement. Au début des années 2000, Philippe Adam (1999) relevait que les trajectoires gaies depuis les années 1980 sont bien moins articulées au « ghetto » gai qu’elles ne l’étaient pour les générations précédentes ; pour autant les jeunes générations témoignent toujours d’un besoin au moins temporaire d’entre-soi, chez les garçons comme chez les filles. La normalisation n’a pas résorbé l’impression d’être le seul gay ou la seule lesbienne du collège ou du lycée, et internet contribue à dissiper ce sentiment d’isolement :

    « Vu qu’au début je me posais des questions, toute seule, j’osais même pas en parler à mes amis quoi, c’était un peu tabou, et du coup internet c’était le seul moyen de pas se faire juger quoi. (Donc t’as cherché quoi par exemple ?) Des sites de rencontre pour homos, voilà »
    (Laurie, 28 ans, petite ville du Gard).

    « C’était juste pour rencontrer des filles parce que ‘fin je savais même pas qu’il y avait des bars exprès je savais pas, j’étais pas du tout au courant de tout ça, pour moi en fait on était une petite communauté et on se cachait tu vois, donc pour moi internet c’était le meilleur moyen de se rencontrer quoi »
    (Sandra, 24 ans, banlieue parisienne).

    13Internet permet de rencontrer d’autres gays et lesbiennes et d’entamer une socialisation homosexuelle secondaire qu’elle soit conjugale (rencontrer le premier partenaire amoureux), virtuelle (forums, blogs, tchats), ou dans le « milieu » gai et lesbien urbain. Il peut être le moyen de se familiariser avec la subculture LGBT : « J’allais sur les blogs et même encore aujourd’hui je vais sur un site qui recense un peu tous les films lesbiens, toutes les séries lesbiennes » (Judith, 21 ans, ville du Var puis Marseille). À 12-13 ans, Gaspard (28 ans, banlieue parisienne) « passai[t] des heures » à lire un site internet « où c’est des hommes lambdas qui écrivaient des nouvelles parfois érotiques parfois juste romantiques, à thématique homosexuelle, […] ces textes gais étaient libérateurs en ce que j’avais pas besoin d’imaginer être une femme pour pouvoir me mettre dans la peau des personnages » précise-t-il. Il a commencé à entretenir une relation par mail avec un des contributeurs du site, qui était comme « un conseiller, un mentor, pas un pygmalion non plus, mais vraiment quelqu’un avec qui je pouvais échanger librement sur le fait d’être gai et sur des choses dont je pouvais pas du tout parler avec ma famille ». Internet peut finalement ouvrir les portes du « milieu homo », de ses bars et de ses clubs :

    « Après j’ai commencé à me faire un cercle d’amies progressivement via le forum Doctissimo, j’ai rencontré des filles, j’ai eu ma première relation et tout, ‘fin voilà. (Et ces filles tu les voyais souvent ?) Ouais, ouais, tous les weekends on sortait, on se retrouvait c’était pour sortir dans des bars lesbiens »
    (Laurine, 25 ans, ville de Normandie).

    14Sandra aussi a pu « former un petit groupe comme dans The L World6 » pour sortir dans les bars et soirées avec des filles rencontrées sur internet.

    Les médias renforcent l’homophobie ordinaire

    15Comme le relève une enquête de l’INJEP sur les discriminations et les difficultés vécues par les jeunes gays et lesbiennes, « contrairement aux phénomènes de racisme ou de xénophobie, face auxquels les parents jouent en général un rôle protecteur pour les enfants, la famille représente souvent un lieu de reproduction des discriminations et du rejet pour les jeunes LGBT » (Chartrain, 2013, p. 10). Internet en particulier, en obligeant à gérer une clandestinité au sein de la famille, apporte du même coup le risque d’être découvert ; et lorsque c’est le cas, la porte du « placard » qui commençait à s’entrouvrir peut se refermer brutalement. Nathan raconte ainsi la réaction de son père lorsqu’il découvre la pornographie consultée par son fils sur internet :

    « Et un lundi je vais voir mon père [au travail] […] et genre il referme la porte derrière moi, il la referme à clef tu vois et il me dit “bon ben toi et moi faut qu’on ait une conversation”. […] Et du coup il m’a complètement pourri comme une merde pendant cinq dix minutes, je sais pas combien de temps ça a duré, et alors on n’en a jamais reparlé, […] il m’a dit “mais tu te rends pas compte c’est absolument dégueulasse c’est à gerber tout ce que t’as regardé […]”, et en plus je me souviens qu’avec sa main il simulait tu vois une fellation il dit “mais comment tu peux aimer ça c’est pas possible c’est dégueulasse tout ça”. […] Je suis ressorti de là mais complètement décomposé, ‘fin je me souviendrai toujours ça a été le pire moment, où tu te dis je suis dans un vrai cauchemar, t’as tellement le sentiment d’être pris la main dans le sac […] et puis pire que ça c’est-à-dire qu’après coup, c’est quand même ton père tu vois donc tu te construis adolescent et du coup les années après ça, encore plus convaincu que c’était pas bien, que j’étais peut-être malade »
    (Nathan, 21 ans, ville du Vaucluse).

    16Le rôle des médias comme agent d’émergence des attirances ou agent d’identification doit donc composer avec l’entourage du socialisé. Gaspard – l’enquêté qui échangeait des mails avec un homme plus âgé – a été pris la main dans le sac par l’épouse de cet homme qui découvre leurs échanges :

    « Elle a tout de suite appelé les gendarmes, qui du coup ont contacté mes parents, pour que je vienne témoigner, donc c’est comme ça que s’est produit mon premier coming-out […]. [Mes parents] avaient explosé de fureur […], ça s’est très mal passé, mes parents à la sortie de chez les gendarmes m’ont dit qu’à 15 ans ils feraient tout pour m’émanciper, mon père m’a dit qu’il était hors de question qu’un gay vive sous son toit, qu’une telle abomination existe dans sa famille, que c’était fini l’école privée, qu’il allait pas payer pour qu’un petit pédé aille à l’école »
    (Gaspard, 28 ans, banlieue parisienne).

    17Quelques jours après cet épisode de la gendarmerie, Gaspard a « lu des trucs de psycho, le magazine de la CAF, le magazine de la mutuelle aussi qui expliquait tous les travers de la vie des adolescents […] et après avoir lu ces choses-là pendant plusieurs mois, j’étais en mesure d’aller voir ma mère et lui dire que c’était juste une phase, que ça allait passer, voilà que c’était des mauvaises influences ce genre de choses ». La réprobation par les adultes fait intérioriser que quelque chose ne va pas avec « mes » attirances. La problématique de fond du processus de coming-out, la tension nouée autour de la visibilisation, est en fait renforcée par la banalisation médiatique et l’usage clandestin d’internet. De ce type de scènes, racontées par d’autres enquêtés encore, ressort une notion de faute et de culpabilité qui révèle la force de l’intériorisation de l’hétérosexisme et l’impossibilité à ce moment-là de mettre en cause l’environnement social oppressif.

    18Outre internet et le risque de la clandestinité en famille, la télévision multiplie aussi les occasions d’homophobie ordinaire. Plusieurs enquêtés rapportent des anecdotes sur un commentaire des parents lors de visionnages en famille : « un truc de Zone interdite qui était consacré à l’homosexualité et au bout d’un moment mon père n’en pouvant plus m’avait dit “quand même y a pas à dire on m’empêchera pas l’idée que c’est contre nature et quand même je serais très malheureux que tu me dises que t’es homosexuel” » (Baptiste, 36 ans, ville de la Meuse). La gestion d’une identité « discréditable » (Goffman, 2010 [1975]) peut générer une anxiété lors de ces moments de visionnage en famille :

    « Dès que y’avait un film où y’avait deux mecs qui s’embrassaient, dès qu’y’avait un reportage à la télé là-dessus, dès que quelqu’un en parlait dans une conversation avec mes parents, j’étais hyper mal-à-l’aise parce que j’avais peur que justement le fait d’être d’un coup mal-à-l’aise trahisse le fait d’être homo »
    (Nathan, 21 ans, ville du Vaucluse).

    19Les images de la Marche des Fiertés dans les journaux télévisés, ou la présence de magazines dans les kiosques, peuvent susciter de façon anecdotique des réflexions qui scellent le « placard » des individus. Le malaise de Nathan provient de l’effet d’être nommé par autrui dans une catégorie toujours déjà perçue comme potentiellement stigmatisante. La diffusion de la subculture homosexuelle dans les médias multiplie les occasions de discours sur l’homosexualité en famille, discours désapprobateurs d’autrui sur soi-même qui renvoient au mécanisme de l’injure tel que le conçoit Didier Eribon : « la “nomination” produit une prise de conscience de soi-même comme un “autre” que les autres transforment en “objets” » (Eribon, 1999, p. 30). La nomination ou la mise en discours par autrui est toujours connotée négativement : le père de Baptiste lui signifie bien que « quand même » il ne voudrait pas qu’il soit homosexuel. Plus explicite est l’énoncé de la mère de Victorin :

    « Je savais pertinemment qu’elle [ma mère] le prendrait mal. (Qu’est-ce qui te donnait cette conviction là en fait ?) […] Une fois je sais pas on écoutait, je crois que c’était un petit peu plus tard que le collège, on était en voiture on écoutait la radio, et puis y avait, classique, Une femme avec une femme qui passe à la radio, et ma mère qui fait “tu peux changer de radio s’il te plaît ?” je fais “pourquoi elle est bien c’te chanson”, elle m’fait “non c’est une chanson de pédé”, je fais “ah, oui d’accord, bon ok je change” tu vois, c’est pas non plus, c’était pas du tout cuit quoi. Donc j’étais assez méfiant par rapport à ça »
    (Victorin, 26 ans, village du Gard).

    20Même lorsque le processus de coming-out est activé et que le ou la jeune est visible auprès de la famille la mise en discours par autrui via les médias est toujours source d’oppression :

    « Des fois [ma mère et ma sœur] elles disaient des trucs sur les gays en général et elles disaient “oui nan mais toi c’est pas pareil” ou des choses comme ça et un jour je me suis vraiment énervée en disant à chaque fois que vous parlez des gays ben en fait vous parlez de moi et inversement et je vous dis moi ça me fait chier d’entendre des trucs comme ça […]. (Qu’est-ce qu’elles pouvaient dire par exemple ?) Ben tu vois les stéréotypes ou les trucs, ou à la télé elles disaient “oh mon dieu” quand elles voyaient quelqu’un qui s’embrassait [avec une personne du même sexe] alors que quand c’était une fille et un garçon elles s’en foutaient ‘fin des trucs comme ça »
    (Paula, 28 ans, village du Rhône).

    21N’en pouvant plus d’entendre de temps à autre les commentaires de la part de sa mère et sa sœur devant la télévision alors qu’elle avait fait son coming-out, Paula leur signifie donc son agacement. Comme le note Pasquier au sujet des normes de genre, on voit que « toutes ces interactions autour de la télévision sont aussi importantes que le fait même de la regarder : car c’est là que se discutent les normes » (Pasquier, 2006, p. 38).

    Les stéréotypes comme barrière au processus de mise en cohérence de soi

    22De même que les médias diffusent des normes de genre stéréotypées, la banalisation médiatique de l’homosexualité et la diffusion de la subculture homosexuelle ancrent des représentations et des stéréotypes qui norment ce que doit être un homosexuel ou une homosexuelle. L’intériorisation de stéréotypes et d’attentes normatives vis-à-vis de l’homosexualité par les entourages des jeunes façonne – dessert – le processus de mise en cohérence, au moment de l’auto-identification, du coming-out ou de l’entrée dans le « milieu ». Les stéréotypes attachent aux gays des caractères féminins (souci de l’apparence, gestuelles maniérées), et aux lesbiennes des caractéristiques masculines tendant toujours vers la butch7. Si les années 2000 ont vu apparaître de nouveaux clichés – le gay musclé sûr de lui (pensons aux couvertures du magazine Têtu) ou la lesbienne-mère (pensons aux personnages Melanie et Lindsay de la série Queer as folk ; voir aussi Moreau, 2007) –, dans le sens commun ce sont toutefois bien les stéréotypes transgressifs du point de vue du genre qui pèsent – le traitement par les médias grand public de la Marche des Fiertés qui tend encore à privilégier les images de performance de genre atypiques ou sensationnelles en atteste. L’histoire de la catégorie « homosexuel » d’abord conçue comme une « inversion » continue d’orienter les représentations au travers de figures comme la folle et la lesbienne masculine (Le Talec, 2008 ; Perrin et Chetcuti, 2002). Dans les cas de Johan et Sandra, ces stéréotypes entravent l’auto-identification :

    « Je m’étais un peu documentée sur internet mais après je me suis rendue compte, ben le stéréotype tu vois c’était des filles un peu masculines je me suis dit “mais moi je rentre pas du tout dans ce cadre-là”, donc forcément t’es un peu en recherche d’identité quoi. Donc je savais ce que j’aimais, je savais que j’aimais les filles quoi, mais je me disais pas “je suis lesbienne” »
    (Sandra, 24 ans, Paris).

    23Les descriptions de « la » lesbienne masculine ont semé le trouble chez Sandra au lieu de favoriser son auto-identification. Si, comme nous l’avons dit précédemment, internet favorise l’auto-identification, cela est conditionné à la concordance entre sa performance de genre et le contenu médiatique consommé. Chez Johan, c’est entre pairs que les stéréotypes interviennent à l’encontre du processus de mise en cohérence :

    « [Au lycée] y’avait des homos, quand je commençais à avoir envie de leur dire que moi aussi je me posais des questions machin, qui me disaient “ah nan mais toi, toi c’est sûr t’es pas homo” bon ben, aussi parce que j’étais sorti avec des filles et tout, mais je sais pas si c’est parce que j’étais un peu rond, je l’ai un peu analysé comme ça rétrospectivement mais y avait un truc de “nan toi t’es pas homo c’est sûr, te pose pas de questions”. (Qui c’est qui te disait ça ?) Et ben des copains (qui eux étaient gais ?) Ouais ! et qui me disaient “nan être gai c’est pas ça, c’est pas toi” tu vois, être gai c’est ben déjà être plus mince, plus fashion […]. À l’époque c’était pas évident du tout [de voir physiquement que j’étais gay8], et donc j’ai senti qu’on me disait “nan, toi nan”. Bon du coup je me suis dit ben moi non quoi […]. Y’avait pas une acceptation, y’avait pas une officialisation [de mon homosexualité], à cause de ça je pense. À la fois mes parents et tout, mais surtout parce que les gens [au lycée] me disaient “nan nan être homo, toi t’es pas homo”. Ça je l’ai assez mal vécu »
    (Johan, 25 ans, petite ville du Gard).

    24« Être » homo c’est être mince, fashion et se soucier de son apparence : les attributs physiques de Johan à l’adolescence ne correspondent pas aux attentes et représentations sociales de ses camarades. Le développement du « gay marketing », autre symptôme du processus de normalisation, a aussi contribué à la diffusion du stéréotype « du » gay, jeune, urbain et à la mode (Kunert, 2010) renvoyant « le » gay à un souci de soi socialement codé comme féminin. Les stéréotypes cadrent aussi le moment du coming-out :

    « [Quand j’ai fait mon coming-out à ma mère] elle m’a dit “mais Sandra je comprends pas mais comment c’est possible t’es féminine t’as les cheveux longs tu te maquilles tu prends soin de toi mais c’est quoi !” ‘fin le stéréotype propre tu vois, et elle me dit “quoi alors tu vas me ramener une camionneuse c’est ça !” […] et elle dit “mais quoi en plus tu sais que tu plais aux garçons”, etc. »
    (Sandra, 24 ans, banlieue parisienne).

    25C’est le stigmate de la butch qui inquiète sa mère qui voit un coût dans la perte de féminité. Le coming-out chez les garçons s’accompagne aussi de remarques ou de peur vis-à-vis d’un efféminement supposé. Le coming-out étant un processus tout au long des trajectoires, les stéréotypes obligent sans cesse à réaffirmer une sexualité perçue comme discordante d’avec le genre performé lorsque celui-ci est conforme aux attentes hétéronormées :

    « Quand tu dis aux gens je suis avec une fille, [t’as droit à] “ouais pas toi ?!”, si si [rire]. T’as les cheveux longs [comme moi], tu mets du maquillage, et t’as un peu de poitrine, t’es pas lesbienne pour les gens tu vois »
    (Capucine, 26 ans, ville du Gard).

    26Quelques jeunes hommes tout à fait conformes du point de vue de leur performance de genre rapportent aussi la surprise sur le mode du « ah bon ? pas toi ?! » lorsqu’ils se visibilisent auprès d’amis ou de collègues de travail. Enfin, c’est au moment de l’entrée dans le milieu homosexuel que les stéréotypes peuvent entraver la socialisation homosexuelle secondaire. Jeune adulte, Corentin sortait beaucoup en boîte gaie parce qu’il s’y sentait mieux qu’en boîte « hétéro », « mais en fait [il] perdai[t] [s]a propre identité » dit-il :

    « Je traînais avec un groupe d’amis qui pour m’intégrer à eux il fallait en fait que je sois un peu plus efféminé que ce que je suis actuellement, pour entrer en boîte par exemple, parce que j’ai eu le malheur d’être refusé en boîte parce que, ils pensaient que j’étais hétéro, voilà donc du coup ben pour rentrer en boîte et ben je partais dans l’extravagance. Exprès pour montrer que j’en étais un quoi tout simplement [amusé] […]. (Et alors du coup tu t’étais fait refouler ?) Parce que je paraissais trop hétéro ouais. (C’est-à-dire concrètement ?) Ben j’avance normalement, comme je marcherais dans la rue, et je suis pas efféminé, j’ai pas de manières, comme pourraient en avoir certains dans la communauté, et du coup ça fait que devant le videur en fait je paraissais un hétéro […], mais après quand j’ai vu que je me faisais refouler plusieurs fois, et ben j’ai commencé à adopter une tenue un peu plus extravagante, donc c’était slim bien moulant bien serré, avec t-shirt très en V, avec des manières, les yeux un peu maquillés »
    (Corentin, 25 ans, village du Gard).

    27La performance de genre est ici un enjeu pour accéder aux espaces dédiés. Il convient de nuancer toutefois en rappelant que les expériences de Corentin n’ayant pas lieu dans de grandes villes, on peut supposer un effet des stéréotypes et des attentes normatives plus fortes pour s’identifier et se rendre identifiable.

    Des effets différenciés entre les filles et les garçons

    28Une différence ressort de l’échantillon entre jeunes filles et jeunes hommes quant à l’usage d’internet. Les entretiens avec les garçons montrent un usage tourné vers la sexualité et la pornographie, qui n’est pas du tout évoquée par les jeunes femmes qui parlent, elles, des forums, des blogs, des sites de rencontres. À cause du contenu explicitement sexuel que tendent à consulter les garçons, le risque d’être découvert, via les outils de contrôle parental par exemple, semble être un peu plus accru que pour les jeunes lesbiennes chez qui les blogs ou forums consultés (Doctissimo) peuvent avoir des intitulés moins explicites que les sites à caractère pornographique :

    « J’étais en 5e-4e où j’allais voir des films de cul homos tu vois des pornos gays, sauf que je maîtrisais pas du tout les outils d’internet du coup l’historique je savais même pas que ça existait. […] Ça me faisait vachement du bien parce que je me rends compte que ça existe et que c’est possible, ‘fin bon et puis au fond de moi ça m’excite vachement […]. Et j’étais mais à des années lumières ‘fin je pensais pas du tout que tout était enregistré, l’historique et tout, donc j’imagine la gueule de mon père, qu’il a dû faire le lendemain quand il s’est connecté à internet qu’il a vu dans l’historique film x gay, porno gay »
    Nathan, 21 ans, ville du Vaucluse

    29Baptiste rapporte une anecdote similaire lorsque sa professeure d’audiovisuel au lycée découvre, parce qu’il avait mal fermé sa session informatique, qu’il avait consulté de la pornographie gaie :

    « Elle voulait me voir, et là ça a été un moment qui a été évidemment tout ce que tu peux imaginer, humiliant machin tout ce que tu veux, elle a eu cette phrase que j’ai trouvé incroyable elle m’a dit “je vais être obligée de te dénoncer aux autorités du lycée et tout ça, […] parce que tu comprends on ne sait pas peut-être que tu vas voir des sites pédophiles”. […] Et à aucun moment à l’époque je me suis dit mais cette nana est folle mais je devrais limite l’attaquer en justice de mélanger homosexualité et pédophilie, de moi de m’associer à ça, de me faire chier pour un putain de site porno à la con alors que la terre entière va voir des sites pornos, […] en plus je me suis retourné contre moi, et je m’en suis énormément voulu et d’ailleurs j’y pense en disant ça mais la dépression s’est déclenchée trois mois après »
    (Baptiste, 36 ans, ville de la Meuse).

    30Un rapport genré à la sexualité similaire au reste des adolescents et adolescentes se dessine derrière cet usage différencié d’internet. L’appropriation de la sexualité pour les jeunes filles fait encourir le risque du stigmate de la « pute » (Clair, 2012) et on sait qu’elles tendent beaucoup plus que les garçons à déclarer l’amour, la tendresse et l’envie de faire plaisir comme motif du premier rapport sexuel alors que les garçons invoquent le désir, la curiosité ou la volonté de franchir une étape (Bajos, Beltzer et Bozon, 2008). La différence entre jeunes gays et lesbiennes quant à la pornographie s’inscrit dans ce rapport genré à la sexualité qui oppose la tendresse des unes à la curiosité sexuelle des autres.

    31Une seconde différence réside dans l’effet des stéréotypes. Alors que les jeunes hommes de l’échantillon sont plutôt tous dans une performance de genre relativement conforme et jamais cadrée comme une question de séduction, quelques jeunes-femmes montrent un effet des stéréotypes concernant la rencontre de partenaires potentiels fondé sur le souci, tout « féminin », de plaire :

    « Je pense pas être une fille qui plaît aux filles quoi […]. Je sais pas, ou alors c’est [spécifique à cette ville] quoi tu vas en boîte gaie t’as que des petits garçons dans les filles, ‘fin y’en n’a pas beaucoup qui ont ou les cheveux longs ou qui font féminines. J’ai toujours été plus attirée par les filles masculines, du coup je me sentais pas perdue moi je me régalais parce que y’avait que des petits garçons là-dedans quoi, mais bon, les petits garçons elles sortaient avec des petits garçons quoi (pas avec des filles comme moi) » (Capucine, 26 ans, ville du Gard).

    32Pour Capucine, plaire aux filles c’était plaire au masculin. Parmi les lesbiennes, la dichotomie masculine/féminine, butch/fem, semble très structurante des sociabilités notamment via l’enjeu de la séduction : « j’ai commencé donc à fréquenter des filles, à sortir dans le milieu etc. et en fait moi quelque part j’avais peur aussi ben du stéréotype que je plaise seulement aux filles tu sais un peu masculines viriles etc. » (Sandra, 24 ans, banlieue parisienne). À l’inverse de Capucine et Sandra, les jeunes femmes qui se catégorisent comme peu féminines ou plus butch n’évoquent pas d’appréhension quant à la séduction ni ne justifient leur performance de genre. Cette inquiétude de la part des lesbiennes qui se perçoivent comme féminines montre que la figure de la lesbienne masculine reste structurante des représentations au point qu’une apparence féminine est perçue comme moins légitime et comme mettant possiblement en doute la séduction. La prégnance du stéréotype de la lesbienne masculine rend la féminité douteuse et contribue à un certain rejet de la féminité assumée (Perrin et Chetcuti, 2002) et oblige ainsi celles qui se maquillent, portent des cheveux longs et des vêtements féminins à se justifier.

    33L’analyse de la banalisation médiatique de l’homosexualité montre ainsi l’ambivalence du processus de normalisation de l’homosexualité. Si les médias facilitent le processus de mise en cohérence de soi en opérant comme agent d’émergence des attirances, agent d’auto-identification ou de mise en contact avec d’autres gays et lesbiennes, ils favorisent paradoxalement certains mécanismes de la stigmatisation en introduisant une clandestinité dans l’instance de socialisation primaire fondamentale qu’est la famille qui est sensée être un espace de confiance pour les jeunes, en renforçant l’homophobie ordinaire dans cette même instance, et en diffusant des stéréotypes qui peuvent entraver les étapes importantes du processus de mise en cohérence. Si l’homosexualité est normalisée du point de vue de la reconnaissance sociale, elle l’est bien moins à l’échelle individuelle des trajectoires, au sein desquelles l’identification reste complexe et la visibilisation une surprise voire un choc pour l’entourage.

    Bibliographie

    Des DOI sont automatiquement ajoutés aux références bibliographiques par Bilbo, l’outil d’annotation bibliographique d’OpenEdition. Ces références bibliographiques peuvent être téléchargées dans les formats APA, Chicago et MLA.

    Format

    Adam, P. (1999). Bonheur dans le ghetto ou bonheur domestique ?. CAIRN. https://doi.org/10.3917/arss.p1999.128n1.0056
    Bajos, N., Beltzer, N., & Prudhomme, A. (2008). Les sexualités homo-bisexuelles : d’une acceptation de principe aux vulnérabilités sociales et préventives. La Découverte. https://doi.org/10.3917/dec.bajos.2008.01.0243
    Bajos, N., Bozon, M., Beltzer, N., & . (2008). Sexualité, prévention et rapports sociaux de sexe au fil de la vie. EDP Sciences. https://doi.org/10.1051/medsci/2008242s24
    Chetcuti, N. (2014). Autonomination lesbienne avec les réseaux numériques. CAIRN. https://doi.org/10.3917/herm.069.0039
    Clair, I. (2012). Le pédé, la pute et l’ordre hétérosexuel. CAIRN. https://doi.org/10.3917/agora.060.0067
    Lahire, B. (2006). La culture des individus. La Découverte. https://doi.org/10.3917/dec.lahir.2006.02
    Larmet, G. (2003). Médias audiovisuels et relations familiales. Ministère de la Culture - DEPS. https://doi.org/10.3917/deps.donna.2003.01.0255
    Lerch, A. (2013). Visibilité croissante, dignité contestée : quelques étapes dans la reconnaissance sociale de l’homosexualité en France. CAIRN. https://doi.org/10.3917/cact.040.0013
    Dean, J. J., & Fischer, N. L. (Eds.). (2019). Routledge International Handbook of Heterosexualities Studies. Routledge. https://doi.org/10.4324/9780429440731
    Martin, K. A., & Kazyak, E. (2009). Hetero-Romantic Love and Heterosexiness in Children’s G-Rated Films. SAGE Publications. https://doi.org/10.1177/0891243209335635
    Monnot, C. (2009). Petites filles d’aujourd’hui. Autrement. https://doi.org/10.3917/autre.monno.2009.01
    Pasquier, D. (2002). Les “savoirs minuscules” Le rôle des médias dans l’exploration des identités de sexe. CAIRN. https://doi.org/10.3917/es.010.0035
    Perrin, C., & Chetcuti, N. (2002). Au-delà des apparences. Système de genre et mises en scène des corps lesbiens. CAIRN. https://doi.org/10.3917/nqf.211.0018
    Pollak, M. (1982). L’homosexualité masculine, ou le bonheur dans le ghetto ?. PERSEE Program. https://doi.org/10.3406/comm.1982.1521
    Voegtli, M. (2004). Du Jeu dans le Je : ruptures biographiques et travail de mise en cohérence. Consortium Erudit. https://doi.org/10.7202/008877ar
    Adam, Philippe. “Bonheur Dans Le Ghetto Ou Bonheur Domestique ?”. Actes De La Recherche En Sciences Sociales. CAIRN, June 1, 1999. doi:10.3917/arss.p1999.128n1.0056.
    Bajos, Nathalie, Nathalie Beltzer, and Agnès Prudhomme. “Les sexualités Homo-bisexuelles : D’une Acceptation De Principe Aux vulnérabilités Sociales Et préventives”. Enquête Sur La Sexualité En France. La Découverte, March 1, 2008. doi:10.3917/dec.bajos.2008.01.0243.
    Bajos, Nathalie, Michel Bozon, Nathalie Beltzer, and . “Sexualité, prévention Et Rapports Sociaux De Sexe Au Fil De La Vie”. médecine/Sciences. EDP Sciences, March 2008. doi:10.1051/medsci/2008242s24.
    Chetcuti, Natacha. “Autonomination lesbienne avec les réseaux numériques”. Hermès. CAIRN, 2014. doi:10.3917/herm.069.0039.
    Clair, Isabelle. “Le pédé, la pute et l’ordre hétérosexuel”. Agora débats/jeunesses. CAIRN, 2012. doi:10.3917/agora.060.0067.
    Lahire, Bernard. “La Culture Des Individus”. []. La Découverte, August 1, 2006. doi:10.3917/dec.lahir.2006.02.
    Larmet, Gwenaël. “Médias Audiovisuels Et Relations Familiales”. Regards croisés Sur Les Pratiques Culturelles. Ministère de la Culture - DEPS, February 1, 2003. doi:10.3917/deps.donna.2003.01.0255.
    Lerch, Arnaud. “Visibilité croissante, dignité contestée : quelques étapes dans la reconnaissance sociale de l’homosexualité en France”. Cahiers de l’action. CAIRN, 2013. doi:10.3917/cact.040.0013.
    Dean, James Joseph, and Nancy L. Fischer, eds. Routledge International Handbook of Heterosexualities Studies. []. Routledge, 2019. doi:10.4324/9780429440731.
    Martin, Karin A., and Emily Kazyak. “Hetero-Romantic Love and Heterosexiness in Children’s G-Rated Films”. Gender &Amp; Society. SAGE Publications, April 21, 2009. doi:10.1177/0891243209335635.
    Monnot, Catherine. “Petites Filles d’aujourd’hui”. []. Autrement, January 1, 2009. doi:10.3917/autre.monno.2009.01.
    Pasquier, Dominique. “Les ‘savoirs minuscules’ Le rôle des médias dans l’exploration des identités de sexe”. Education et sociétés. CAIRN, 2002. doi:10.3917/es.010.0035.
    Perrin, Céline, and Natacha Chetcuti. “Au-Delà Des Apparences. Système De Genre Et Mises En scène Des Corps Lesbiens”. Nouvelles Questions Féministes. CAIRN, April 1, 2002. doi:10.3917/nqf.211.0018.
    Pollak, Michael. “L’homosexualité masculine, ou le bonheur dans le ghetto ?”. Communications. PERSEE Program, 1982. doi:10.3406/comm.1982.1521.
    Voegtli, Michaël. “Du Jeu Dans Le Je : Ruptures Biographiques Et Travail De Mise En cohérence”. Lien Social Et Politiques. Consortium Erudit, August 23, 2004. doi:10.7202/008877ar.
    Adam, Philippe. “Bonheur Dans Le Ghetto Ou Bonheur Domestique ?”. Actes De La Recherche En Sciences Sociales, n° 128, nos. 3, CAIRN, 1 June 1999, pp. 56-67. Crossref, https://doi.org/10.3917/arss.p1999.128n1.0056.
    Bajos, Nathalie, et al. “Les sexualités Homo-bisexuelles : D’une Acceptation De Principe Aux vulnérabilités Sociales Et préventives”. Enquête Sur La Sexualité En France, La Découverte, 1 Mar. 2008, pp. 243-71. Crossref, https://doi.org/10.3917/dec.bajos.2008.01.0243.
    Bajos, Nathalie, et al. “Sexualité, prévention Et Rapports Sociaux De Sexe Au Fil De La Vie”. médecine/Sciences, vols. 24, EDP Sciences, Mar. 2008, pp. 24-32. Crossref, https://doi.org/10.1051/medsci/2008242s24.
    Chetcuti, Natacha. “Autonomination lesbienne avec les réseaux numériques”. Hermès, n° 69, nos. 2, CAIRN, 2014, p. 39. Crossref, https://doi.org/10.3917/herm.069.0039.
    Clair, Isabelle. “Le pédé, la pute et l’ordre hétérosexuel”. Agora débats/jeunesses, vols. 60, no. 1, CAIRN, 2012, p. 67. Crossref, https://doi.org/10.3917/agora.060.0067.
    Lahire, Bernard. La Culture Des Individus. [], La Découverte, 1 Aug. 2006. Crossref, https://doi.org/10.3917/dec.lahir.2006.02.
    Larmet, Gwenaël. “Médias Audiovisuels Et Relations Familiales”. Regards croisés Sur Les Pratiques Culturelles, Ministère de la Culture - DEPS, 1 Feb. 2003, pp. 255-82. Crossref, https://doi.org/10.3917/deps.donna.2003.01.0255.
    Lerch, Arnaud. “Visibilité croissante, dignité contestée : quelques étapes dans la reconnaissance sociale de l’homosexualité en France”. Cahiers de l’action, vols. 40, nos. 3, CAIRN, 2013, p. 13. Crossref, https://doi.org/10.3917/cact.040.0013.
    Dean, James Joseph, and Nancy L. Fischer, editors. Routledge International Handbook of Heterosexualities Studies. [], Routledge, 2019. Crossref, https://doi.org/10.4324/9780429440731.
    Martin, Karin A., and Emily Kazyak. “Hetero-Romantic Love and Heterosexiness in Children’s G-Rated Films”. Gender &Amp; Society, vols. 23, nos. 3, SAGE Publications, 21 Apr. 2009, pp. 315-36. Crossref, https://doi.org/10.1177/0891243209335635.
    Monnot, Catherine. Petites Filles d’aujourd’hui. [], Autrement, 1 Jan. 2009. Crossref, https://doi.org/10.3917/autre.monno.2009.01.
    Pasquier, Dominique. “Les ‘savoirs minuscules’ Le rôle des médias dans l’exploration des identités de sexe”. Education et sociétés, vols. 10, nos. 2, CAIRN, 2002, p. 35. Crossref, https://doi.org/10.3917/es.010.0035.
    Perrin, Céline, and Natacha Chetcuti. “Au-Delà Des Apparences. Système De Genre Et Mises En scène Des Corps Lesbiens”. Nouvelles Questions Féministes, Vol. 21, no. 1, CAIRN, 1 Apr. 2002, pp. 18-40. Crossref, https://doi.org/10.3917/nqf.211.0018.
    Pollak, Michael. “L’homosexualité masculine, ou le bonheur dans le ghetto ?”. Communications, vols. 35, no. 1, PERSEE Program, 1982, pp. 37-55. Crossref, https://doi.org/10.3406/comm.1982.1521.
    Voegtli, Michaël. “Du Jeu Dans Le Je : Ruptures Biographiques Et Travail De Mise En cohérence”. Lien Social Et Politiques, nos. 51, Consortium Erudit, 23 Aug. 2004, pp. 145-58. Crossref, https://doi.org/10.7202/008877ar.

    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

    Bibliographie

    10.3917/arss.p1999.128n1.0056 :

    Adam Philippe, 1999, « Bonheur dans le ghetto ou bonheur domestique ? Enquête sur l’évolution des expériences homosexuelles », Actes de la Recherche en sciences sociales, vol. 128, p. 56-67.

    Arc Stéphanie et Chetcuti Natacha, 2015, « À l’école de la diversité : le traitement de l’homosexualité féminine dans une série populaire, l’exemple de “Plus belle la vie” », Miroir/Miroirs, vol. 4, p. 35-57.

    10.3917/dec.bajos.2008.01.0243 :

    Bajos Nathalie et Beltzer Nathalie, 2008, « Les sexualités homo-bisexuelles : d’une acceptation de principe aux vulnérabilités sociales et préventives », in Bajos Nathalie et Bozon Michel (dir.), Enquête sur la sexualité en France : Pratiques, genre et santé, Paris, La Découverte, p. 243-271.

    10.1051/medsci/2008242s24 :

    Bajos Nathalie, Beltzer Nathalie et Bozon Michel, 2008, « Sexualité, prévention et rapports sociaux de sexe au fil de la vie », Médecine/Sciences, vol. 24 (suppl. 2), p. 24-32.

    Beck François, Firdion Jean-Marie, Legleye Stéphane et Schiltz Marie-Ange, 2014, Les minorités sexuelles face au risque suicidaire. Acquis des sciences sociales et perspectives, Saint-Denis, INPES « Santé En Action », [http://Inpes.Santepubliquefrance.Fr/Cfesbases/Catalogue/Pdf/1291.Pdf].

    Broqua Christophe, 2006, Agir pour ne pas mourir ! Act-Up, les homosexuels et le sida, Paris, Les Presses de Sciences Po.

    Broqua Christophe et De Busscher Pierre-Olivier, 2003, « La crise de la normalisation. Expérience et condition sociales de l’homosexualité en France », in Broqua Christophe, Lert France et Souteyrand Yves (dir.), Homosexualités au temps du sida. Tensions sociales et identitaires, Paris, ANRS « Sciences Sociales Et Sida », p. 19-33.

    Chartrain Cécile, 2013, « Introduction », Cahiers de l’action : jeunesses, pratiques et territoires, vol. 40, no 3, « Les Jeunes face aux discriminations liées à l’orientation sexuelle et au genre : Agir contre les LGBT-Phobies », p. 9-12.

    Chetcuti Natacha, 2010, Se dire lesbienne : Vie de couple, sexualité, représentation de soi, Paris, Payot.

    10.3917/herm.069.0039 :

    Chetcuti Natacha, 2014, « Autonomination Lesbienne Avec Les Réseaux Numériques », Hermès, vol. 69, no 2, p. 39-41.

    10.3917/agora.060.0067 :

    Clair Isabelle, 2012, « Le pédé, la pute et l’ordre hétérosexuel », Agora Débats/Jeunesses, vol. 60, no 1, p. 67-78.

    Court Martine, 2010, Corps de filles, corps de garçons : une construction sociale, Paris, La Dispute.

    Darmon Muriel, 2016, La socialisation, Paris, Armand Colin.

    Delebarre Coraline et Genon Clothilde, 2013, « L’impact de l’homophobie sur la santé des jeunes homosexuel·le·s », Cahiers de l’action : Jeunesses, pratiques et territoires, vol. 40, no 3 « Les jeunes face aux discriminations liées à l’orientation sexuelle et au genre : Agir contre les LGBT-Phobies », p. 27-36.

    Delor François, 1997, Séropositifs : Trajectoires identitaires et rencontres du risque, Paris, L’Harmattan.

    Eribon Didier, 1999, Réflexions sur la question gay, Paris, Fayard.

    Gavillet Isabelle, 2004, « Constructions sociales, scientifiques et médiatiques d’un lieu commun. L’acceptation croissante de l’homosexualité à la télévision », MEI Médiation et Information, no 20, p. 83-92.

    Girard Gabriel, 2010, « France. Les jeunes gais des Années 2000 : une “population Vulnérable” ? », in Blanchard Véronique, Revenin Régis et Yvorel Jean-Jacques (dir.), Les jeunes et la sexualité. Initiations, interdits, identités (xixe-xxie siècle), Paris, Autrement, p. 339-351.

    Goffman Erving, 2010, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Éditions de Minuit.

    Ifop, 2013, Ifop Collectors No 19 « 1986-2013 : La société française et l’homosexualité », [http://Www.Ifop.Fr/?Option=Com_Publication&Type=Publication&Id=595].

    Kunert Stéphanie, 2010, « Figures de l’homosexualité : la construction d’un “stéréotype gay” dans les discours et la pratique du marketing », in Bareille Christophe (dir.), Homosexualités, révélateur social ?, Mont-Saint-Aignan, Publications des universités de Rouen et du Havre, p. 259-268.

    10.3917/dec.lahir.2006.02 :

    Lahire Bernard, 2006, La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La Découverte.

    10.3917/deps.donna.2003.01.0255 :

    Larmet Gwenaël, 2003, « Médias audiovisuels et relations familiales », in Donnat Olivier, Regards croisés sur les pratiques culturelles, Paris, ministère de la Culture – DEPS, p. 255-282.

    Lascoumes Pierre, 1999, « L’homosexualité entre crime à la loi naturelle et expression de la liberté. La dépénalisation de l’attentat à la pudeur sur le mineur de 15 ans par une personne de même sexe », in Borrillo Daniel (dir.), Homosexualités et droit : de la tolérance sociale à la reconnaissance juridique, Paris, Presses universitaires de France, p. 109-121.

    10.3917/cact.040.0013 :

    Lerch Arnaud, 2013, « Visibilité croissante, dignité contestée : quelques étapes dans la reconnaissance sociale de l’homosexualité en France », Cahiers de l’action : Jeunesses, pratiques et territoires, vol. 40, no 3, « Les Jeunes face aux discriminations liées à l’orientation sexuelle et au genre : Agir contre les LGBT-Phobies », p. 13-19.

    Le Talec Jean-Yves, 2008, Folles de France : repenser l’homosexualité masculine, Paris, La Découverte, coll. « TAP/Genre et sexualité ».

    Mardon Aurélia, 2011, « La génération Lolita. Stratégies de contrôle et de contournement », Réseaux, vol. 4, no 168-169, p. 11-132.

    10.4324/9780429440731 :

    Martin Karin A., 2009a, « Normalizing Heterosexuality : Mother’s Assumptions, Talk, and Strategies with Young Children », American Sociological Review, vol. 74, no 2, p. 190- 207.

    10.1177/0891243209335635 :

    Martin Karin A., 2009b, « Hetero-romantic love and heterosexiness in children’s G-rated films », Gender and Society, vol. 23, no 3, p. 315-336.

    10.3917/autre.monno.2009.01 :

    Monnot Catherine, 2009, Petites filles d’aujourd’hui. L’apprentissage de la féminité, Paris, Autrement.

    Moreau Elise, 2007, « La représentation des lesbiennes dans les News magazines français : la lesbienne-mère, vers un nouveau stéréotype ? », in Boyer Henri (dir.), Stéréotypage, stéréotypes : Fonctionnements ordinaires et mises en scène : Actes du Colloque international de Montpellier, t. I, Paris, L’Harmattan, p. 225-232.

    10.3917/es.010.0035 :

    Pasquier Dominique, 2002, « Les “savoirs minuscules”. Le rôle des médias dans l’exploration des identités de sexe », Éducation et sociétés, vol. 10, no 2, p. 35-44.

    10.3917/nqf.211.0018 :

    Perrin Céline et Chetcuti Natacha, 2002, « Au-delà des apparences. Système de genre et mises en scène des corps lesbiens », Nouvelles Questions féministes, vol. 21, no 1, p. 18-40.

    10.3406/comm.1982.1521 :

    Pollak Michaël, 1982, « L’homosexualité masculine, ou le bonheur dans le ghetto ? », Communications, no 35, p. 37-55.

    Rault Wilfried, 2007, « Entre droit et symbole. Les usages sociaux du Pacte civil de solidarité », Revue française de sociologie, vol. 48, no 3, p. 555-586.

    Rault Wilfried, 2011, « Parcours de jeunes gays dans un contexte de reconnaissance. Banalisation des expériences ou maintien des singularités ? », Agora Débats/Jeunesses, vol. 1, no 57, p. 7-22.

    Rich Adrienne, 1981, « La contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne », Nouvelles Questions féministes, no 1, p. 15-43.

    Rollet Brigitte, 2006, « Le Pacs est-il soluble dans le PAF ? Les personnages homosexuels dans les fictions télévisées françaises (1995-2005) », Modern & Contemporary France, vol. 14, no 3, p. 331-346.

    Velter Annie (dir.), 2007, Rapport Enquête Presse Gay 2004, Paris, INVS/ANRS, [http://Opac.Invs.Sante.Fr/Doc_Num.Php?Explnum_Id=3648].

    Verdrager Pierre, 2007, L’homosexualité dans tous ses états, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond.

    10.7202/008877ar :

    Voegtli Michaël, 2004, « Du jeu dans le je : ruptures biographiques et travail de mise en cohérence », Lien social et Politiques, no 51, p. 145-158.

    Witt Susan, 2000, « Review Of Research : The Influence Of Television On Children’s Gender Role Socialization », Childhood Education, vol. 76, no 5, p. 322-324.

    Notes de bas de page

    1  Il s’agit plus exactement de la dépénalisation de l’homosexualité comme acte impudique contre-nature sur mineur (Lascoumes, 1999).

    2  Nous suivons l’orthographe francisée du terme « gay » : « gay » pour le substantif et « gai/e/s » pour l’adjectif.

    3  On peut penser ici au débat autour du film La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche sorti en 2013 sur la question de la représentation du lesbianisme, aux performances plutôt féminines des garçons gais dans les shows de téléréalité (Steevy Boulay de Loft Story, Vincent McDoom, Benoît et Thomas de Secret Story, l’émission Queer : experts dans le vent, etc.) et les films (Chouchou en 2002), ou à l’inverse au stéréotype du gay beau garçon sexuellement performant (personnage Brian de la série Queer as Folk par exemple). Voir aussi Arc et Chetcuti, 2015.

    4  Contraint par le comité éditorial, ce texte n’a pas pu conserver l’écriture inclusive avec laquelle il a été initialement rédigé.

    5  Soulignons toutefois que le rôle des médias comme agents d’émergence des attirances n’est pas radicalement nouveau : les entretiens réalisés avec des cinquantenaires et plus montrent – certes dans une bien moindre mesure – qu’il pouvait y avoir des émois devant le héros de Belle et Sébastien ou à la lecture de Peyrefitte ou de Colette.

    6  Série télévisée qui met en scène des personnages de femmes lesbiennes et bisexuelles.

    7  Le terme « butch » désigne les lesbiennes « masculines » et signifie littéralement « mec costaud », par opposition aux lesbiennes dites « fem » ou « lipstick » qui arborent les attributs de la féminité.

    8  Johan suppose qu’« aujourd’hui c’est plus évident » car depuis qu’il s’assume, ses tenues vestimentaires, postures, voix et intonations, le rendraient plus identifiable comme gay selon les codes attendus.

    Auteur

    • Mickaël Durand
      CEE, Sciences Po
    Précédent Suivant
    Table des matières

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Les règles de l'entraide

    Les règles de l'entraide

    Sociologie d'une pratique sociale

    Ségolène Petite

    2009

    La politique de la stupéfaction

    La politique de la stupéfaction

    Pérennité de la prohibition des drogues

    Nicolas Carrier

    2008

    L'école et ses stratèges

    L'école et ses stratèges

    Les pratiques éducatives des nouvelles classes supérieures

    Philippe Gombert

    2012

    Le passage à l'écriture

    Le passage à l'écriture

    Mutation culturelle et devenir des savoirs dans une société de l'oralité

    Geoffroy A. Dominique Botoyiyê

    2010

    Actualité de Basil Bernstein

    Actualité de Basil Bernstein

    Savoir, pédagogie et société

    Daniel Frandji et Philippe Vitale (dir.)

    2008

    Une vie à soi

    Une vie à soi

    Nouvelles formes de solitude au féminin

    Erika Flahaut

    2009

    Les étudiants en France

    Les étudiants en France

    Histoire et sociologie d'une nouvelle jeunesse

    Louis Gruel, Olivier Galland et Guillaume Houzel (dir.)

    2009

    Qu'est-ce que négocier ?

    Qu'est-ce que négocier ?

    Sociologie du compromis et de l'action réciproque

    Christian Thuderoz

    2010

    La parole ou la vie

    La parole ou la vie

    Valeur et dette en Mélanésie

    Charles Illouz

    2010

    Tally's Corner

    Tally's Corner

    Les Noirs du coin de la rue

    Elliot Liebow

    2011

    Les classes populaires à l'école

    Les classes populaires à l'école

    La rencontre ambivalente entre deux cultures à légitimité inégale

    Christophe Delay

    2011

    Cultures enfantines

    Cultures enfantines

    Universalité et diversité

    Andy Arleo et Julie Delalande (dir.)

    2011

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Les règles de l'entraide

    Les règles de l'entraide

    Sociologie d'une pratique sociale

    Ségolène Petite

    2009

    La politique de la stupéfaction

    La politique de la stupéfaction

    Pérennité de la prohibition des drogues

    Nicolas Carrier

    2008

    L'école et ses stratèges

    L'école et ses stratèges

    Les pratiques éducatives des nouvelles classes supérieures

    Philippe Gombert

    2012

    Le passage à l'écriture

    Le passage à l'écriture

    Mutation culturelle et devenir des savoirs dans une société de l'oralité

    Geoffroy A. Dominique Botoyiyê

    2010

    Actualité de Basil Bernstein

    Actualité de Basil Bernstein

    Savoir, pédagogie et société

    Daniel Frandji et Philippe Vitale (dir.)

    2008

    Une vie à soi

    Une vie à soi

    Nouvelles formes de solitude au féminin

    Erika Flahaut

    2009

    Les étudiants en France

    Les étudiants en France

    Histoire et sociologie d'une nouvelle jeunesse

    Louis Gruel, Olivier Galland et Guillaume Houzel (dir.)

    2009

    Qu'est-ce que négocier ?

    Qu'est-ce que négocier ?

    Sociologie du compromis et de l'action réciproque

    Christian Thuderoz

    2010

    La parole ou la vie

    La parole ou la vie

    Valeur et dette en Mélanésie

    Charles Illouz

    2010

    Tally's Corner

    Tally's Corner

    Les Noirs du coin de la rue

    Elliot Liebow

    2011

    Les classes populaires à l'école

    Les classes populaires à l'école

    La rencontre ambivalente entre deux cultures à légitimité inégale

    Christophe Delay

    2011

    Cultures enfantines

    Cultures enfantines

    Universalité et diversité

    Andy Arleo et Julie Delalande (dir.)

    2011

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires de Rennes
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    ePub / PDF

    1  Il s’agit plus exactement de la dépénalisation de l’homosexualité comme acte impudique contre-nature sur mineur (Lascoumes, 1999).

    2  Nous suivons l’orthographe francisée du terme « gay » : « gay » pour le substantif et « gai/e/s » pour l’adjectif.

    3  On peut penser ici au débat autour du film La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche sorti en 2013 sur la question de la représentation du lesbianisme, aux performances plutôt féminines des garçons gais dans les shows de téléréalité (Steevy Boulay de Loft Story, Vincent McDoom, Benoît et Thomas de Secret Story, l’émission Queer : experts dans le vent, etc.) et les films (Chouchou en 2002), ou à l’inverse au stéréotype du gay beau garçon sexuellement performant (personnage Brian de la série Queer as Folk par exemple). Voir aussi Arc et Chetcuti, 2015.

    4  Contraint par le comité éditorial, ce texte n’a pas pu conserver l’écriture inclusive avec laquelle il a été initialement rédigé.

    5  Soulignons toutefois que le rôle des médias comme agents d’émergence des attirances n’est pas radicalement nouveau : les entretiens réalisés avec des cinquantenaires et plus montrent – certes dans une bien moindre mesure – qu’il pouvait y avoir des émois devant le héros de Belle et Sébastien ou à la lecture de Peyrefitte ou de Colette.

    6  Série télévisée qui met en scène des personnages de femmes lesbiennes et bisexuelles.

    7  Le terme « butch » désigne les lesbiennes « masculines » et signifie littéralement « mec costaud », par opposition aux lesbiennes dites « fem » ou « lipstick » qui arborent les attributs de la féminité.

    8  Johan suppose qu’« aujourd’hui c’est plus évident » car depuis qu’il s’assume, ses tenues vestimentaires, postures, voix et intonations, le rendraient plus identifiable comme gay selon les codes attendus.

    Des jeunes à la marge ?

    X Facebook Email

    Des jeunes à la marge ?

    Ce livre est cité par

    • La jeunesse et la route : socio-anthropologie de la conduite automobile. DOI: 10.70675/aa379eb0zd722z49f0zaceez27bf59d5d41b
    • Dialectique entre rapports scolaires et rapports ethno-raciaux en lycée catégorisé « de relégation ». DOI: 10.70675/d58b26d0z792cz4f9cza224z9c86807a528c

    Ce chapitre est cité par

    • Pagiusco, Maialen. (2022) “Je serais peut-être pas gay si j’avais pas regardé des pornos gays”. Sexualité minorisée et socialisation de renforcement par les médias. Éducation et sociétés, n° 47. DOI: 10.3917/es.047.0115
    • Richard, Gabrielle. Reversé, Clément. (2022) La vulnérabilité scolaire des jeunes LGBTQI en France. Agora débats/jeunesses, N° 91. DOI: 10.3917/agora.091.0021
    • Foerster, Maxime. (2026) Survivre à son enfance: transidentité et affirmation de soi dans La Fille d’elle-même , de Gabrielle Boulianne-Tremblay. Contemporary French Civilization, 51. DOI: 10.3828/cfc.2026.28

    Des jeunes à la marge ?

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    Des jeunes à la marge ?

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Durand, M. (2019). Les medias comme agents de socialisation paradoxale des jeunes gays et lesbiennes en France. In H. Buisson-Fenet & A. Kerivel (éds.), Des jeunes à la marge ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.149420
    Durand, Mickaël. « Les medias comme agents de socialisation paradoxale des jeunes gays et lesbiennes en France ». In Des jeunes à la marge ?, édité par Hélène Buisson-Fenet et Aude Kerivel. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/books.pur.149420.
    Durand, Mickaël. « Les medias comme agents de socialisation paradoxale des jeunes gays et lesbiennes en France ». Des jeunes à la marge ?, édité par Hélène Buisson-Fenet et Aude Kerivel, Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/books.pur.149420.

    Référence numérique du livre

    Format

    Buisson-Fenet, H., & Kerivel, A. (éds.). (2019). Des jeunes à la marge ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.149335
    Buisson-Fenet, Hélène, et Aude Kerivel, éd. Des jeunes à la marge ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2019. doi:10.4000/books.pur.149335.
    Buisson-Fenet, Hélène, et Aude Kerivel, éditeurs. Des jeunes à la marge ?. Presses universitaires de Rennes, 2019, https://doi.org/10.4000/books.pur.149335.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires de Rennes

    Presses universitaires de Rennes

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Flux RSS

    URL : http://www.pur-editions.fr

    Email : pur@univ-rennes2.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement