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    Plan détaillé Texte intégral Départs et retours dans la région du TrentinLes « migrations à rebours » au prisme des législations réglant l’acquisition de la nationalité et l’aide au retourMigration à rebours et transmissions familialesRetour et biographies familialesConclusions Notes de bas de page Auteur

    Faire et défaire les liens familiaux

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Usages du droit au retour dans l’Italie du nord-est

    Entre nouvelles migrations et transmission familiale

    Melissa Blanchard

    p. 155-166

    Texte intégral Départs et retours dans la région du TrentinLes « migrations à rebours » au prisme des législations réglant l’acquisition de la nationalité et l’aide au retourMigration à rebours et transmissions familialesRetour et biographies familialesConclusions Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Confrontés à la montée des populismes xénophobes, les pays d’Europe subissent depuis une dizaine d’années une accélération des processus de racialisation1. Tandis que le débat civil, dominé par le thème de la crise (par exemple, migratoire, économique, sanitaire), s’enlise autour de la fermeture des frontières aux nouveaux migrants et de la protection des identités nationales, des législations peu connues permettent aux descendants des émigrés d’origine européenne de rentrer en Europe, soit par des mesures d’aide au retour, soit par des mesures préférentielles d’acquisition de la nationalité.

    2L’Italie, en particulier, se trouve en première ligne face à l’arrivée massive de nouveaux migrants et a adopté une législation migratoire restrictive. La réforme de la loi sur la nationalité de 1992 refuse aux enfants d’immigrés qui sont nés et ont grandi en Italie l’acquisition de la nationalité jusqu’à l’âge de 18 ans. Cependant, selon cette même réforme, les descendants d’émigrés italiens étant nés et ayant toujours vécu à l’étranger peuvent acquérir la nationalité italienne sans limites de génération, pourvu qu’ils aient un aïeul ayant quitté l’Italie depuis son unification, en 1861. Grâce à cette loi et aux mesures d’aide au retour en vigueur dans plusieurs régions, de nouveaux mouvements migratoires sont apparus, notamment en provenance d’Amérique latine, d’où reviennent chaque année plusieurs milliers de descendants d’émigrants italiens2. Ces migrations constituent un point aveugle de la recherche et du débat civil, car elles jouissent d’une légitimité a priori non interrogée.

    3Le vaste phénomène du « retour » évoque des problématiques qui ont été observées sur différents terrains et renvoient à des cadres conceptuels et politiques différents3. Cependant, force est de constater qu’il a été étudié davantage en relation aux pays du Sud qu’en Europe. Peut-on faire l’hypothèse que le retour en Europe reste invisible parce que les législations le rendent invisible ? Pour le droit, ceux qui reviennent sont héritiers d’un statut juridique privilégié, fondé sur le mythe légalde l’ethnicité4, entendant par là une forme de distinction culturelle5 qui se transmettrait à travers les générations en vertu du jus sanguinis – droit du sang*. Cette légitimité juridique fait-elle en sorte que le « retour » des descendants d’émigrants en Europe soit considéré comme un phénomène naturel, non problématique, au point d’en devenir socialement invisible ?

    4Cette contribution se fonde sur une enquête ethnographique transgénérationnelle réalisée en 2012 et 2016 dans le Trentin, une région de l’Italie du Nord-Est, auprès de vingt-cinq familles d’émigrants et de descendants d’émigrants, « de retour » d’Argentine et du Chili. La méthode utilisée s’est fondée principalement sur la récolte d’histoires de vie de plusieurs générations : les émigrants, leurs enfants, leurs petits-enfants et, moins souvent, les arrière-petits-enfants d’émigrants. Dans cette contribution, je porterai mon attention exclusivement sur l’expérience des enfants et des descendants d’émigrés. J’examinerai, d’une part, les manières dont les acteurs se saisissent du droit au retour et à la nationalité. D’autre part, j’analyserai les conséquences du recours à ces législations sur les familles de migrants « de retour ».

    Départs et retours dans la région du Trentin

    5Tout au long de son histoire, l’Italie a subi une forte émigration, avec une intensification remarquable au cours de la période 1860-1970. Contrairement à l’image commune que l’on a des émigrations historiques, les retours, loin d’être un phénomène marginal, ont intéressé la majorité des migrants italiens6. Plus de la moitié des 27 millions d’Italiens émigrés depuis l’unification de la Péninsule sont retournés en Italie7. La zone alpine, en particulier, a été intéressée par une forte mobilité tout au long des cent cinquante dernières années. Les départs et les retours des émigrants à destination des pays d’Europe et des Amériques se sont superposés à la pratique plus ancienne des migrations temporaires de métier. Depuis les années 1990, des recherches novatrices dans le domaine de l’histoire et de l’anthropologie des Alpes ont montré que ces montagnes ont été, pendant des siècles, des terres de mobilité8. La viabilité des vallées alpines, en effet, a toujours dépendu de la migration saisonnière de ses habitants, qui se déplaçaient au cours de l’hiver, la saison morte de l’agriculture, vers les plaines, dans le cadre de migrations de métier (commerçants, tailleurs de pierres, peintres, menuisiers). Ces études soulignent la continuité entre la migration de métier à courte distance et l’émigration internationale. Les flux migratoires du xxe siècle ne seraient ainsi qu’une dilatation, dans l’espace et dans le temps, des migrations saisonnières et, eux aussi, seraient conçus initialement comme temporaires9.

    6Les plus grandes vagues de départs qui ont touché le Trentin se sont produites entre 1870 et 1975, entraînant la population dans d’importants flux d’émigration trans-océanique et intercontinentale à base familiale. À côté des pays européens limitrophes, les destinations les plus recherchées étaient en Amérique du Sud : Argentine, Chili, Brésil, Uruguay. D’autres flux se dirigeaient également vers les États-Unis, l’Australie et, plus récemment, vers le Canada. On estime aujourd’hui qu’il y a environ un million de descendants des Trentins de par le monde – le double par rapport à la population de la province de Trente10.

    7À partir des années 1970, la région a enregistré un déclin de l’émigration et une augmentation des retours des émigrants et de leurs descendants. Tandis que le contexte socio-économique de la région s’améliore, la détérioration des conditions de travail des émigrés en Europe, suite à la crise pétrolière de 1973, ainsi que les bouleversements sociaux et économiques liés à l’installation des dictatures au Chili et en Argentine, poussent nombre d’émigrants et de descendants d’émigrants à quitter leurs pays d’implantation. Ce mouvement « à rebours » se poursuit à travers les années 1990 jusqu’à aujourd’hui.

    8Cependant, il ne serait pas correct de qualifier cette migration tout simplement de retour (rientro), comme le font les textes juridiques qui l’encadrent. Premièrement, car la place que cette mobilité occupe dans une plus ample dynamique migratoire n’est pas définie : il peut s’agir à la fois de retours conclusifs d’une expérience migratoire11 ou de retours temporaires vers les lieux de départ de la part d’émigrés et de descendants d’émigrés installés définitivement ailleurs12. Mais la difficulté majeure concerne le sens radicalement inégal que cette « migration à rebours » prend dans l’expérience des différentes générations. Si pour les émigrants il s’agit en effet de revenir sur leurs lieux d’origine, pour les enfants et encore plus pour les descendants d’émigrants il s’agit de se rendre dans un pays, un village, un territoire qu’ils ne connaissent pas, bien qu’il fût le lieu de départ de leurs ancêtres. Le rapport entre mobilité et terre d’origine (homeland) est donc inversé pour les différentes générations, dans le cadre de ce que la littérature scientifique appelle tantôt migration « de retour ethnique13 », tantôt « retour diasporique14 » ou « contre-diasporique15 ». Ceci nous amène à interroger aussi la complexité de la relation entre migration à rebours et sentiment d’appartenance.

    Les « migrations à rebours » au prisme des législations réglant l’acquisition de la nationalité et l’aide au retour

    9Dans la lignée de la législation italienne sur la nationalité, considérée comme l’une des plus généreuses de l’aire européenne envers les descendants d’émigrants résidant à l’étranger16, dans les régions italiennes les plus fortement touchées par l’émigration de masse, des mesures d’aide au retour ont été instaurées. Dans la province de Trente, une entité politique « à statut spécial17 » qui jouit d’une importante autonomie fiscale et législative, elles sont en vigueur depuis 1986. Ces mesures d’aide au retour octroient aux émigrants et à leurs descendants un soutien financier pour le voyage « de retour » de tous les membres du noyau familial ainsi que pour le rapatriement de leurs biens mobiles ; elles accordent aussi des allocations et un accès privilégié au parc locatif social. Ces mesures s’inscrivent dans le cadre d’une plus ample volonté de repeuplement de la région visant à contrecarrer l’exode rural. Soutenues par une politique de « recrutement actif » au niveau identitaire, ces mesures ne s’adressent qu’aux émigrés et descendants d’émigrés trentins.

    10Au vu de l’ample recours des descendants des émigrants à cette législation, depuis 2007, la Province a introduit un critère de sélection généalogique, qui était absent des réglementations précédentes. Tandis qu’auparavant il n’y avait aucune limite de génération pour considérer qu’un individu était un descendant d’un Trentin (il suffisait de démontrer qu’un aïeul était né dans le Trentin et avait émigré à l’étranger, en y séjournant au minimum deux ans), depuis 2007 une limite de génération et de date a été imposée : au maximum un grand-parent doit être parti du Trentin et obligatoirement avant le 31 décembre 1970.

    11Ces mesures d’aide au retour, couplées avec la législation favorisant l’acquisition de la nationalité pour les descendants d’Italiens, attirent des foules de candidats au retour issus de différentes générations, parfois ayant juste un lointain aïeul d’origine trentine. Les retours, cependant, ne se réalisent pas exclusivement dans le cadre de ces politiques, ce qui rend difficile de compter le nombre réel de migrants revenant de l’étranger. Plusieurs études ont souligné que le retour est toujours difficile à saisir à cause de son manque de visibilité au sein des systèmes d’enregistrement des mobilités18. Les données des registres des bénéficiaires des mesures d’aide au retour, couplées avec les témoignages directs que j’ai récoltés, indiquent que le retour est un phénomène d’envergure à l’échelle du Trentin : un habitant sur dix serait issu de ces migrations.

    12La législation italienne sur l’acquisition de la nationalité et les mesures régionales d’aide au retour forment un ensemble de législations qu’on peut considérer de « préférence ethnique19 ». Elles tracent une distinction, ou mieux, une frontière juridique, entre des migrants considérés relever d’une affinité ethnique et donc « désirables » parce que nationaux, et les autres migrants, renvoyés à une altérité ethnique et indésirables20. Suivant la doctrine du jus sanguinis, ces législations se fondent sur le présupposé essentialiste que les descendants d’émigrés sont ethniquement proches de la population locale par leur ascendance, peu importe qu’ils soient nés et aient grandi ailleurs ou qu’ils soient citoyens d’un autre pays.

    Migration à rebours et transmissions familiales

    13Les usages que les migrants font de ces cadres juridiques doivent être mis en relation avec les différentes configurations familiales dans lesquelles ils s’inscrivent. Ainsi, la parenté a un rôle central dans le phénomène pluriel du retour. Les dynamiques de transmission familiale, notamment, apparaissent comme un élément fondamental pour saisir la façon dont les acteurs se saisissent du droit à la nationalité et au retour et dont ils se représentent leur appartenance, individuelle et familiale.

    14Je présente ici trois cas d’étude de migration à rebours de descendants d’émigrés, qui montrent la pluralité du sens qui peut être attribué au retour dans le cadre d’un plus ample projet de vie familiale ou individuelle.

    15Le premier cas est celui de Graciela, une fille d’émigré arrivée au Trentin dans le cadre d’une migration de retour décidée par ses parents, à la fois pour des raisons nostalgiques et en vue d’améliorer la condition économique familiale.

    « Nous sommes venus du Chili. Mon père avait émigré au Chili dans les années 1950, il a vécu là-bas de nombreuses années, depuis ses 18 ans, jusqu’à l’âge de 37 ans. Là-bas, il a épousé ma mère, Chilienne. Elle, elle supposait que sa vie était là-bas et s’est soudainement retrouvée catapultée ici. Je suis née à Santiago, mais mon père est Trentin. Ma mère a eu beaucoup de problèmes à l’arrivée : la langue, l’insertion. Maintenant c’est l’inverse : il y en a trop [d’immigrés]. Je ne suis pas raciste, mais à l’époque, les immigrés étaient très peu nombreux. D’ailleurs, nous faisions partie des Italiens, mon père était italien et avait le droit de retourner dans sa patrie.
    À l’époque, la Province nous a aidés et mon papa, dès qu’il est arrivé, a eu un emploi comme éboueur. Il ne l’avait jamais fait. Il avait toujours travaillé la terre : au Chili, il avait son jardin et travaillait dans une usine de pâtes italienne, la Carozzi.
    Le choix de revenir fut soudain. Dans les années 1970, tout le monde lui disait qu’on était bien au Trentin, que les choses s’étaient améliorées. Mon père pensait, à son arrivée ici, avoir le soutien de sa famille, mais sa famille nous a abandonnés. Le plus traumatisant, ce n’était pas d’être dans un endroit qui n’est pas chez toi, mais d’arriver en septembre, presque en hiver, venant d’un endroit où l’été est très long. Venant du Chili, j’avais perdu deux ans d’école, je me sentais vieille par rapport à mes camarades de classe : ils me traitaient comme une crétine parce que j’étais plus âgée, il y avait beaucoup de discrimination.
    À l’époque je ne sais pas comment je me sentais : j’étais Chilienne parce que j’étais née là-bas… ça n’a pas de sens réel quand on est un enfant. Tu te sens de là où tu habites. Mais maintenant, je n’irais pas vivre au Chili, je ne pourrais que si toute ma famille vient avec moi. Mon mari est Trentin, j’ai un fils de 14 ans… J’ai toujours gardé ma langue [l’espagnol] : avec ma mère nous parlons l’espagnol ou l’italien. Avec mon fils toujours l’italien, mais je lui ai aussi appris l’espagnol. S’obstiner à parler sa propre langue ce n’est pas beau : parce que nous vivons ici, nous habitons ici, et l’italien est une nécessité. »

    16Le deuxième cas est celui de Pietro, un Argentin, fils de Trentins émigrés à la fin des années 1940. Le parcours de Pietro – qui profite de sa double nationalité pour entreprendre une nouvelle migration en direction du lieu d’origine de ses parents, tandis que ceux-ci restent en Argentine – illustre une dynamique diffuse. J’ai rencontré de nombreux autres migrants, citoyens chiliens ou argentins qui, grâce à des droits de nationalité « hérités » de leurs ascendants européens, parcourent en sens inverse la route migratoire prise plusieurs décennies plus tôt par leurs parents ou aïeux, à un moment où leurs pays d’origine traversent une crise économique. Utilisant leur double nationalité dans une perspective utilitariste, ils illustrent le concept de « citoyenneté flexible21 », qui souligne les motivations matérielles pouvant fonder la relation individuelle à la nationalité et à la mobilité.

    « Je suis venu ici il y a vingt ans d’Argentine, où je suis né. J’avais 23 ans et je suis revenu avec ma fiancée, une Argentine d’origine espagnole. Nous nous sommes mariés à notre arrivée, de façon à ce qu’elle ait des papiers italiens. Moi, j’avais un passeport italien, en plus de ma nationalité argentine, grâce à mes parents […]. En Argentine, c’était très difficile à cause de la situation économique, même si nous avions une maison et nos parents là-bas. Avant notre départ, nous avions un petit bar, nos beaux-parents nous l’avaient donné à gérer. Mais à un certain moment tout le monde nous payait avec des titres-restaurants, qu’on pouvait encaisser trente jours plus tard. Ces titres perdaient de valeur au jour le jour à cause de l’inflation. Donc, ils ne couvraient même pas les frais du bar, même pas les pâtisseries. Donc, nous avons demandé aux gens de payer en espèces, sinon nous serions obligés d’augmenter nos prix. C’était vraiment dommage, pour beaucoup de jeunes qui ont commencé leur vie à ce moment-là, c’était un obstacle. Mes parents ont commencé à nous exhorter à partir, pour chercher un avenir meilleur. Ils ont dit qu’il n’y avait pas d’avenir là-bas. Je ne sais pas si j’aurais été capable de le faire. Ils sont restés en Argentine. Vous voyez, l’esprit du migrant ? Ils ont été capables de le dire, alors nous, les enfants, nous sommes allés loin et eux, ils sont restés là-bas, seuls. Ensuite, mon père est décédé et ma mère est restée seule. Mais comme elle a une sœur là-bas, qui a 90 ans, elle ne veut pas revenir. Sinon, elle ferait six mois ici et six mois là-bas. Mais ils sont très liés à l’Argentine […]. Nous étions très déterminés. C’est pourquoi nous avons pu faire ce que nous avons fait : venir ici en laissant nos familles là-bas. Quand ma mère a quitté le Trentin pour l’Argentine, elle a pris un bateau et a dû dire au revoir à ses parents pour toujours. De nos jours, c’est différent. Nous nous voyons chaque jour, via Skype, et les billets d’avion sont moins chers. Chaque été quelqu’un vient nous voir […]. Nous ne sommes pas riches, quand même, et nous ne pouvons pas partir aussi souvent que nous le voudrions, nos parents nous manquent beaucoup. »

    17Le troisième cas est celui d’Alejandra, née en Argentine d’un père fils d’émigrés trentins et d’une mère émigrée du Piémont. Comme d’autres enfants ou petits-enfants d’émigrants, nés en Amérique latine, Alejandra a trouvé au Trentin un refuge contre la persécution politique, au temps de la dictature militaire en Argentine (1976-1983). Exposés au risque d’incarcération ou de mort à cause de leur participation aux luttes estudiantines, ces jeunes sont souvent arrivés en Italie de façon précipitée, utilisant leur double nationalité comme une sortie de secours leur permettant de s’échapper d’une situation à haut risque. Loin de considérer cette migration à rebours comme un retour vers un lieu d’origine, ces migrants continuent de considérer leur pays de naissance, où ils ont été socialisés et où ils ont vécu leur engagement politique, comme leur espace primaire d’appartenance.

    « Je suis profondément Argentine, peut-être parce que j’ai été diplômée à l’université là-bas et que j’ai toujours travaillé dans le social, par choix, dans les secteurs les plus nécessiteux, avec des enfants : j’ai été maîtresse dans une équipe psycho-pédagogique. J’étais à Rosario, une ville importante.
    En Argentine, j’ai pris part à la vie politique, j’ai un âge qui fait que j’ai vécu la dictature militaire, qui m’a marquée et m’a mise en danger, c’est pour cela que j’ai dû partir. Heureusement que j’ai pu avoir un passeport italien ! En arrivant, je suis allée chez le frère de mon grand-père. Je ne le connaissais pas, mais c’était de la famille, quand même, il m’a accueillie et aidée, les premiers temps. Je suis profondément attachée à mes racines. Pour dire la vérité, maintenant que je suis ici, je me sens un peu Italienne, mais quand j’ai décidé de venir, non, même si j’avais un passeport italien, j’étais fière d’être étrangère. Mais c’est peut-être pour la période historique que j’ai vécue : je me suis sentie et je me sens toujours Argentine. »

    18Les différents cas que j’ai présentés montrent que le recours au droit à la nationalité et au retour est à la fois une affaire familiale et individuelle. Ce peut être les parents qui poussent leurs enfants à se saisir du droit à la nationalité italienne pour entreprendre une nouvelle migration ou qui les entraînent dans une migration à rebours qui n’est conçue comme un retour que par eux, les émigrants. Ce peut être l’individu qui se saisit de manière stratégique du droit au retour et de sa double nationalité pour se mettre à l’abri d’une situation dangereuse dans son pays de naissance ou pour chercher un avenir meilleur par temps de crise, dans un ailleurs facilement accessible du fait des droits de citoyenneté dont il a hérité.

    19En effet, ces migrants se saisissent du droit en fonction de leur ascendance. Le droit (à la nationalité, au retour) étant transmis au sein des familles comme un patrimoine, il relève à la fois de l’héritage et de la filiation22, s’inscrivant totalement dans la dimension de la parenté. Le recours aux cadres juridiques favorisant le retour peut dès lors contribuer à consolider les liens de parenté entre générations disloquées sur différents pays et à remodeler les lignées familiales. Ainsi, demander la nationalité italienne ou demander à bénéficier du droit au retour en fonction d’une ascendance trentine, pour un citoyen sud-américain, peut revenir à choisir une lignée dans une famille caractérisée par des lignées mixtes et opérer des sélections de la transmission familiale. C’est le cas d’Alejandra qui renoue avec le frère de son grand-père qu’elle ne connaissait pas avant de revenir s’installer dans le Trentin grâce aux droits que son père lui a légués.

    20Cependant, les extraits d’entretiens montrent aussi que la proximité culturelle supposée par le droit à l’acquisition de la nationalité et au retour ne trouve pas d’équivalent dans la vie de tous les jours. Les enfants et petits-enfants d’émigrants, en effet, continuent de se sentir Argentins, Chiliens, tout en ayant une ascendance italienne. De plus, l’expérience de la mobilité dans le pays de leurs parents ou ancêtres, ce que le droit dont ils se saisissent définit le retour, est en réalité l’expérience d’un dépaysement, d’une nouvelle émigration. Loin de correspondre à revenir à un espace et à des liens sociaux familiers, le droit au retour par l’héritage familial peut amener les migrants à faire l’expérience de la discrimination et à se sentir étrangers dans la patrie des pères. En outre, la distance physique induite par l’émigration et le passage du temps ont souvent contribué à désagréger les liens avec la famille restée dans le Trentin. Ainsi, les relations familiales sont parfois trop distendues pour être source de solidarité, de réconfort ou même d’un sens d’appartenance à un collectif. Tandis que les enfants d’émigrants repartent pour l’Europe, rester en Amérique latine et ne pas revenir peut être, pour certains émigrants, un choix pour préserver de l’usure amenée par la migration les liens familiaux consolidés dans le pays d’immigration. C’est le choix que fait la mère de Pietro par exemple. Le genre et la place de l’individu dans la fratrie, en tant qu’éléments influençant l’expérience individuelle de la parenté23, constituent des facteurs déterminants des choix concernant la mobilité à rebours qu’il convient d’analyser plus en profondeur.

    21Le recours au droit à la nationalité et au retour s’inscrit donc dans un éventail de positions individuelles et familiales différentes vis-à-vis de l’appartenance et de la mobilité, qui se déploient le long d’un continuum dont les deux pôles sont l’adoption de la mobilité comme stratégie de réponse aux temps de crise (économique, professionnelle, politique) d’une part, et le refus de la mobilité dans le but de préserver des liens familiaux recomposés après une première rupture induite par l’émigration, d’autre part.

    Retour et biographies familiales

    22Les entretiens récoltés montrent que le recours aux mesures juridiques facilitant le retour affecte à la fois les trajectoires et la mémoire familiales. D’une part, il encourage les enfants et descendants d’émigrants à parcourir en sens inverse le voyage entrepris par leurs parents ou aïeux. Ainsi, en plus de la transmission du droit, un véritable « capital migratoire24 », comprenant la connaissance des législations et des aides publiques dont on peut bénéficier, est légué d’une génération à l’autre au sein des familles d’émigrants, qui utilisent leur droit à la mobilitécomme une ressource. Les migrants se saisissent du droit aussi en fonction de leur capital social et notamment grâce à la fréquentation d’une association financée par la province de Trente, la Trentini nel mondo. Cette association, qui a 240 sièges dans les localités principales d’implantation des émigrés trentins dans le monde et notamment en Amérique latine, est financée à 90 % par la province de Trente et s’occupe des émigrants et des descendants d’émigrants trentins. Elle prend notamment en charge les aspects culturels et économiques de la vie des descendants d’émigrants trentins résidant à l’étranger. Les objectifs principaux de l’association Trentini nel Mondo sont, d’une part, d’aider les Trentins (en entendant par là à la fois les émigrés et leurs descendants, sans limites de génération) à l’étranger ; d’autre part, de promouvoir la « trentinité », une notion aussi vague qu’essentialisée et qui est la raison d’être non seulement de l’association, mais aussi de l’entité politique qui la finance : la Province autonome de Trento. Dans un entretien réalisé en 2012, la présidente de l’association définit la « trentinité » comme l’appartenance à une communauté de valeurs partagées telle que la solidarité, l’honnêteté intellectuelle, l’éthique, la morale et la religion. Elle affirme aussi que le moteur principal des retours serait le sentiment d’appartenance au territoire trentin, qu’elle promeut aussi grâce à des actions visant à perpétuer la culture et les traditions trentines dans le monde.

    23Ainsi, la fréquentation individuelle ou familiale des circoli (sièges) de l’association au Chili et en Argentine est un facteur clé, permettant aux émigrants, aux descendants d’émigrants et aux aspirants migrants ayant une lointaine origine trentine, d’être au courant de leurs droits ainsi que de connaître en temps réel les modifications éventuelles des cadres législatifs auxquels ils peuvent faire recours. À côté du sens d’appartenance à une supposée « trentinité », la fréquentation assidue de ces circoli consolide le sens d’inclusion dans une communauté, mais une communauté juridique, une communauté de potentialités, au sens de pouvoir obtenir un passeport italien et circuler dans l’espace Schengen, pouvoir bénéficier du soutien financier de la Province, etc. D’autre part, devant reconstruire leur arbre généalogique pour pouvoir bénéficier des mesures d’aide au retour et de la loi sur la nationalité italienne, les migrants sont souvent amenés à reconsidérer leur place au sein de leur histoire familiale, se réappropriant une mémoire souvent oubliée. Ceci nous conduit à interroger la dimension symbolique de la transmission familiale. Le rapport de l’individu à la parenté et à la mémoire familiale pouvant s’inscrire, en fonction des circonstances, dans une dynamique d’appropriation, d’oubli ou de rejet25.

    24Cependant, ce n’est pas exclusivement une question de liens familiaux : des motivations liées à des stratégies de différenciation sociale ou de mise en sécurité administrative peuvent également orienter les démarches d’acquisition de la nationalité. Les récits révèlent qu’au sein des mêmes familles issues de l’émigration, certains restent en Amérique latine et certains repartent. D’autres demandent un passeport européen, tout en continuant de résider en Argentine ou au Chili. Souvent, en effet, les bénéfices liés à la détention d’un passeport européen et notamment la possibilité de se garantir une « sortie de secours » au cas où les choses tourneraient mal dans son pays sont des raisons suffisantes pour entreprendre les démarches d’acquisition de la nationalité26. Tout en se saisissant de mêmes cadres législatifs, les individus issus d’une même famille adoptent une variété de positions vis-à-vis de l’appartenance nationale, bi-nationale et familiale, comme autant de visages de la citoyenneté flexible.

    Conclusions

    25Se focalisant sur la relation entre transmission familiale et transmission juridique, cette contribution s’est proposée d’examiner le lien entre parenté, droit et appartenance qui sous-tend, d’une part, l’élaboration de législations sur l’acquisition de la nationalité italienne et sur le retour des émigrants et, d’autre part, la façon dont les individus s’en saisissent.

    26L’avancement du droit du sang contribue à représenter les liens de nationalité comme relevant d’une évidence naturelle, suivant un raisonnement similaire à celui qui se répand actuellement concernant le lien de filiation, qui est de plus en plus ramené à sa seule dimension biologique27. Ainsi, famille et nation procèdent d’une logique similaire et sont liées par une relation de causalité28 : la filiation est le mode privilégié par lequel se transmet l’appartenance nationale. Le jus sanguinis inscrit les générations successives dans une même communauté nationale. Dans la mesure où la nationalité dans sa dimension de citoyenneté, c’est-à-dire en tant qu’inscription juridique dans un État, est un legs, le sens d’appartenir à une communauté plus ou moins imaginée est également une question de transmission familiale. Seulement, l’héritage n’est pas le même pour tous les individus au sein d’une famille29. Il implique et à la fois construit un rapport spécifique de l’individu aux différentes dimensions de la transmission familiale, notamment en fonction de sa place dans la fratrie et de son genre30, qu’il sera fondamental d’interroger par des recherches ultérieures.

    27Cette contribution a montré que l’on peut déceler au sein des familles chiliennes et argentines issues de l’émigration la transmission intergénérationnelle d’un véritable capital migratoire, au sens de la connaissance des droits et des politiques facilitant la mobilité internationale. Elle a mis en lumière l’existence d’un éventail de stratégies familiales et individuelles visant à concilier la préservation des liens familiaux avec la mobilité à rebours que le droit rend possible. En effet, si le recours au droit au retour peut contribuer à ressouder des liens au sein de familles éclatées sur deux continents à cause de la migration, la mobilité qu’il rend possible peut confronter l’individu à l’expérience d’une émigration à l’envers et le mettre face à la désagrégation des liens familiaux préexistants. De manière paradoxale, le migrant de retour peut donc être confronté à la discrimination, à l’isolement et à la prise de conscience de la distension irrémédiable des liens avec la famille n’ayant pas émigré.

    28Encouragé par le droit en vertu de l’affinité nationale et vécu par certains comme une opportunité d’améliorer leurs conditions de vie, le retour au pays de ses ancêtres avec un passeport européen peut aussi être, pour les migrants sud-américains, l’expérience de la désillusion et de l’exclusion, renforçant leur sentiment d’appartenir à un autre contexte national.

    Notes de bas de page

    1  Fassin Éric, « Entre famille et nation : la filiation naturalisée », Droit et société, vol. 72, no 2, 2009, p. 373-382.

    2  Pastore Ferruccio, « A Community out of Balance : Nationality Law and Migration Politics in the History of Post-unification Italy », Journal of Modern Italian Studies, vol. 9, no 1, 2004, p. 27-48.

    3  Markowitz Fran et Stefansson Anders (dir.), Homecomings : Unsettling Paths of Return, Lanham (MD), Lexington Books, 2004 ; Picadou Nadine et Rivoal Isabelle (dir.), Retours en Palestine. Trajectoires, rôles et expérience des returnees dans la société palestinienne après Oslo, Paris, Karthala, 2006 ; Bonacci Giulia, Exodus ! L’histoire du retour des Rastafariens en Éthiopie, Paris, Scali, 2008 ; Dos Santos Irène, « L’Angola, un Eldorado pour la jeunesse portugaise ? », Cahiers d’études africaines, vol. 221, no 1, 2016, p. 29-52 ; Peraldi Michel et Terrazzoni Lisa, « Anthropologie des Européens en Afrique. Mémoires coloniales et nouvelles aventures migratoires », Cahiers d’études africaines, vol. 221, no 1, 2016, p. 9-28 ; Baussant Michèle, Pieds-noirs, mémoires d’exils, Paris, Stock, 2002.

    4  Brubaker Rogers, « Migrations of Ethnic Unmixing in the “New Europe” », International Migration Review, vol. 32, no 4, 1998, p. 1047-1065.

    5  Eriksen Thomas Hylland, Ethnicity and Nationalism, Londres/New York, Pluto Press, 2010 (1994).

    6  Cerase Francesco Paolo, « L’onda di ritorno : i rimpatri », in Bevilacqua Piero, De Clementi Andreina et Franzina Emilio (dir.), Storia dell’emigrazione italiana. Partenze, Rome, Donzelli, 2001, p. 113-126.

    7  Sanfilippo Matteo, « Tipologie dell’emigrazione di massa », ibid., p. 77-94.

    8  Albera Dionigi et Corti Paola, « Migrations montagnardes dans l’espace méditerranéen. Esquisse d’une analyse comparative », Mélanges de l’école française de Rome. Italie et Méditerranée, vol. 112, no 1, 2000, p. 359-384 ; Fontaine Laurence, « Montagnes et migrations de travail. Un essai de comparaison globale (xve-xxe siècles) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 52, no 2, 2005, p. 26-48.

    9  Audenino Patrizia, « Quale ritorno ? Tempi, significati e forme del ritorno nelle Alpi italiane dall’Otto al Novecento », Histoire des Alpes-Storia delle Alpi-Geschichte der Alpen, dossier spécial : « Les migrations de retour », vol. 14, 2009, p. 57-73.

    10  Pat, La popolazione residente in provincia di Trento attraverso l’anagrafe e i flussi demografici anche in un’ottica di Comunità di Valle, 2012, [http://www.statistica.provincia.tn.it/binary/pat_statistica/demografia/PopResidenteTN_AnagrafeFlussiDem.1329997811.pdf].

    11  Tsuda Takeyuki, « Ethnic Return Migration and the Nation-State : Encouraging the Diaspora to Return “Home” », Nations and Nationalisms, vol. 16, no 4, 2010, p. 616-636.

    12  Baldassar Loretta, Visits Home. Migration Experiences between Italy and Australia, Carlton South, Melbourne University Press, 2001.

    13  Brubaker Rogers, art. cité ; Michalon Bénédicte, « Les retours en migration : une notion polysémique, des formes migratoires multiples », in Petit Véronique (dir.), Migrations internationales de retour et pays d’origine, Paris, Collections du CEPED, 2007, p. 27-45.

    14  Tsuda Takeyuki (dir.), Diasporic Homecomings : Ethnic Return Migration in Comparative Perspective, Stanford (CA), Stanford University Press, 2009.

    15  Olsson Erik et King Russell, « Introduction. Diasporic Return », Diaspora. A Journal of Transnational Studies, vol. 17, no 3, 2008, p. 255-261.

    16  Tsuda Takeyuki, art. cité.

    17  La constitution italienne attribue des conditions particulières d’autonomie législative et financière à cinq régions « à statut spécial » (regioni a statuto speciale). Depuis 1972, le statut d’autonomie attribuée à la région Trentin-Haut-Adige a été largement transféré aux deux provinces qui la constituent : la province autonome de Trente et la province autonome de Bolzano.

    18  Douki Caroline, « Compter les “retours” d’émigrants dans l’Italie du début du xxe siècle : conventions statistiques, libéralisme économique et politique publique », Revue européenne de migrations internationales, vol. 29, no 3, 2013, p. 11-32.

    19  Joppke Christian, Selecting by Origin : Ethnic Migration in the Liberal State, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2005.

    20  Scioldo-Zürcher Yann, « Éditorial. Migrations de retour et de rapatriement », Revue européenne des migrations internationales, vol. 29, no 3, 2013, p. 7-10.

    21  Ong Aihwa, Flexible Citizenship. The Cultural Logics of Transnationality, Durham, Duke University Press, 1999.

    22  Roux Sébastien et Courduriès Jérôme, « Introduction. La reproduction nationale », Genèses, vol. 3, no 108, 2017, p. 3-8.

    23  Heady Patrick et Schweitzer Peter (dir.), Family, Kinship and State in Contemporary Europe, t. II : The View from Below : Nineteen Localities, Francfort-sur-le-Main/New York, Campus Verlag, 2010 ; Segalen Martine et Martial Agnès, Sociologie de la famille, Paris, Armand Colin, 2013.

    24  Martiniello Marco et Rea Andrea, « The Concept of Migratory Careers : Elements for a New Theoretical Perspective of Contemporary Human Mobility », Current Sociology, vol. 62, no 7, 2014, p. 1079-1096.

    25  Dos Santos Irène, « Identité collective et construction politique d’une diaspora : usages du passé dans la migration portugaise », in Amar Marianne, Bertheleu Hélène et Teulieres Laure (dir.), Mémoires des migrations et temps de l’histoire, Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2015, p. 139-157.

    26  Cook-Martin David, The Scramble for Citizens : Dual Nationality and State Competition over Immigrants, Stanford, Stanford University Press, 2013.

    27  Fassin Éric, art. cité.

    28  Roux Sébastien et Courduriès Jérôme, art. cité.

    29  Weber Florence, « Pour penser la parenté contemporaine », in Debordeaux Danielle et Strobel Pierre (dir.), Les solidarités familiales en question. Entraide et transmission, Paris, LGDJ, 2002, p. 73-106 ; Gollac Sibylle, « Faire ses partages. Patrimoine professionnel et groupe de descendance », Terrain, vol. 45, 2005, p. 113-124.

    30  Blanchard Melissa, « Observing the Multiple Intersections of Mobilities through Return Migration in the Alps », New Diversities, vol. 19, no 3, 2018, p. 75-87.

    Auteur

    • Melissa Blanchard
      Anthropologue, est chargée de recherche au CRNS, rattachée au Centre Norbert Elias (CNRS, EHESS, Aix-Marseille Université, université d’Avignon). Ses recherches portent sur les migrations dites de retour de l’Amérique latine à l’Europe et sur leurs enjeux sociaux et juridiques. Elle analyse en particulier comment l’appartenance est transmise et recréée au sein des familles des descendants d’émigrés européens et comment ce processus est influencé par le droit de la nationalité et du retour des pays d’émigration.
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    Le passage à l'écriture

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    1  Fassin Éric, « Entre famille et nation : la filiation naturalisée », Droit et société, vol. 72, no 2, 2009, p. 373-382.

    2  Pastore Ferruccio, « A Community out of Balance : Nationality Law and Migration Politics in the History of Post-unification Italy », Journal of Modern Italian Studies, vol. 9, no 1, 2004, p. 27-48.

    3  Markowitz Fran et Stefansson Anders (dir.), Homecomings : Unsettling Paths of Return, Lanham (MD), Lexington Books, 2004 ; Picadou Nadine et Rivoal Isabelle (dir.), Retours en Palestine. Trajectoires, rôles et expérience des returnees dans la société palestinienne après Oslo, Paris, Karthala, 2006 ; Bonacci Giulia, Exodus ! L’histoire du retour des Rastafariens en Éthiopie, Paris, Scali, 2008 ; Dos Santos Irène, « L’Angola, un Eldorado pour la jeunesse portugaise ? », Cahiers d’études africaines, vol. 221, no 1, 2016, p. 29-52 ; Peraldi Michel et Terrazzoni Lisa, « Anthropologie des Européens en Afrique. Mémoires coloniales et nouvelles aventures migratoires », Cahiers d’études africaines, vol. 221, no 1, 2016, p. 9-28 ; Baussant Michèle, Pieds-noirs, mémoires d’exils, Paris, Stock, 2002.

    4  Brubaker Rogers, « Migrations of Ethnic Unmixing in the “New Europe” », International Migration Review, vol. 32, no 4, 1998, p. 1047-1065.

    5  Eriksen Thomas Hylland, Ethnicity and Nationalism, Londres/New York, Pluto Press, 2010 (1994).

    6  Cerase Francesco Paolo, « L’onda di ritorno : i rimpatri », in Bevilacqua Piero, De Clementi Andreina et Franzina Emilio (dir.), Storia dell’emigrazione italiana. Partenze, Rome, Donzelli, 2001, p. 113-126.

    7  Sanfilippo Matteo, « Tipologie dell’emigrazione di massa », ibid., p. 77-94.

    8  Albera Dionigi et Corti Paola, « Migrations montagnardes dans l’espace méditerranéen. Esquisse d’une analyse comparative », Mélanges de l’école française de Rome. Italie et Méditerranée, vol. 112, no 1, 2000, p. 359-384 ; Fontaine Laurence, « Montagnes et migrations de travail. Un essai de comparaison globale (xve-xxe siècles) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, vol. 52, no 2, 2005, p. 26-48.

    9  Audenino Patrizia, « Quale ritorno ? Tempi, significati e forme del ritorno nelle Alpi italiane dall’Otto al Novecento », Histoire des Alpes-Storia delle Alpi-Geschichte der Alpen, dossier spécial : « Les migrations de retour », vol. 14, 2009, p. 57-73.

    10  Pat, La popolazione residente in provincia di Trento attraverso l’anagrafe e i flussi demografici anche in un’ottica di Comunità di Valle, 2012, [http://www.statistica.provincia.tn.it/binary/pat_statistica/demografia/PopResidenteTN_AnagrafeFlussiDem.1329997811.pdf].

    11  Tsuda Takeyuki, « Ethnic Return Migration and the Nation-State : Encouraging the Diaspora to Return “Home” », Nations and Nationalisms, vol. 16, no 4, 2010, p. 616-636.

    12  Baldassar Loretta, Visits Home. Migration Experiences between Italy and Australia, Carlton South, Melbourne University Press, 2001.

    13  Brubaker Rogers, art. cité ; Michalon Bénédicte, « Les retours en migration : une notion polysémique, des formes migratoires multiples », in Petit Véronique (dir.), Migrations internationales de retour et pays d’origine, Paris, Collections du CEPED, 2007, p. 27-45.

    14  Tsuda Takeyuki (dir.), Diasporic Homecomings : Ethnic Return Migration in Comparative Perspective, Stanford (CA), Stanford University Press, 2009.

    15  Olsson Erik et King Russell, « Introduction. Diasporic Return », Diaspora. A Journal of Transnational Studies, vol. 17, no 3, 2008, p. 255-261.

    16  Tsuda Takeyuki, art. cité.

    17  La constitution italienne attribue des conditions particulières d’autonomie législative et financière à cinq régions « à statut spécial » (regioni a statuto speciale). Depuis 1972, le statut d’autonomie attribuée à la région Trentin-Haut-Adige a été largement transféré aux deux provinces qui la constituent : la province autonome de Trente et la province autonome de Bolzano.

    18  Douki Caroline, « Compter les “retours” d’émigrants dans l’Italie du début du xxe siècle : conventions statistiques, libéralisme économique et politique publique », Revue européenne de migrations internationales, vol. 29, no 3, 2013, p. 11-32.

    19  Joppke Christian, Selecting by Origin : Ethnic Migration in the Liberal State, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2005.

    20  Scioldo-Zürcher Yann, « Éditorial. Migrations de retour et de rapatriement », Revue européenne des migrations internationales, vol. 29, no 3, 2013, p. 7-10.

    21  Ong Aihwa, Flexible Citizenship. The Cultural Logics of Transnationality, Durham, Duke University Press, 1999.

    22  Roux Sébastien et Courduriès Jérôme, « Introduction. La reproduction nationale », Genèses, vol. 3, no 108, 2017, p. 3-8.

    23  Heady Patrick et Schweitzer Peter (dir.), Family, Kinship and State in Contemporary Europe, t. II : The View from Below : Nineteen Localities, Francfort-sur-le-Main/New York, Campus Verlag, 2010 ; Segalen Martine et Martial Agnès, Sociologie de la famille, Paris, Armand Colin, 2013.

    24  Martiniello Marco et Rea Andrea, « The Concept of Migratory Careers : Elements for a New Theoretical Perspective of Contemporary Human Mobility », Current Sociology, vol. 62, no 7, 2014, p. 1079-1096.

    25  Dos Santos Irène, « Identité collective et construction politique d’une diaspora : usages du passé dans la migration portugaise », in Amar Marianne, Bertheleu Hélène et Teulieres Laure (dir.), Mémoires des migrations et temps de l’histoire, Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2015, p. 139-157.

    26  Cook-Martin David, The Scramble for Citizens : Dual Nationality and State Competition over Immigrants, Stanford, Stanford University Press, 2013.

    27  Fassin Éric, art. cité.

    28  Roux Sébastien et Courduriès Jérôme, art. cité.

    29  Weber Florence, « Pour penser la parenté contemporaine », in Debordeaux Danielle et Strobel Pierre (dir.), Les solidarités familiales en question. Entraide et transmission, Paris, LGDJ, 2002, p. 73-106 ; Gollac Sibylle, « Faire ses partages. Patrimoine professionnel et groupe de descendance », Terrain, vol. 45, 2005, p. 113-124.

    30  Blanchard Melissa, « Observing the Multiple Intersections of Mobilities through Return Migration in the Alps », New Diversities, vol. 19, no 3, 2018, p. 75-87.

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    Blanchard, M. (2020). Usages du droit au retour dans l’Italie du nord-est. In F.-C. Aurélie & L. Odasso (éds.), Faire et défaire les liens familiaux. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.149265
    Blanchard, Melissa. « Usages du droit au retour dans l’Italie du nord-est ». In Faire et défaire les liens familiaux, édité par Fillod-Chabaud Aurélie et Laura Odasso. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2020. doi:10.4000/books.pur.149265.
    Blanchard, Melissa. « Usages du droit au retour dans l’Italie du nord-est ». Faire et défaire les liens familiaux, édité par Fillod-Chabaud Aurélie et Laura Odasso, Presses universitaires de Rennes, 2020, https://doi.org/10.4000/books.pur.149265.

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    Aurélie, F.-C., & Odasso, L. (éds.). (2020). Faire et défaire les liens familiaux. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.149095
    Aurélie, Fillod-Chabaud, et Laura Odasso, éd. Faire et défaire les liens familiaux. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2020. doi:10.4000/books.pur.149095.
    Aurélie, Fillod-Chabaud, et Laura Odasso, éditeurs. Faire et défaire les liens familiaux. Presses universitaires de Rennes, 2020, https://doi.org/10.4000/books.pur.149095.
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