Une double inégalité sociale : la « cumulativité » des mobilités touristiques et des pratiques culturelles légitimes
p. 57-70
Texte intégral
Introduction
1Alors que la période d’adolescence voit ses espaces de socialisations se diversifier de la sphère familiale, potentiellement encore très prégnante, « les loisirs à l’adolescence sont une affaire sérieuse1 » (Détrez, 2014, p. 8), en particulier par leur contribution à l’éducation (Barrère, 2011). Les résultats des enquêtes qualitatives et de l’enquête quantitative, réalisées dans le cadre du programme INEDUC, attestent bien de l’intérêt d’interroger cet objet peu investigué. Considérant les mobilités touristiques comme facteur de maintien ou de développement du capital culturel, il est opportun de questionner la cumulativité – ou non – des activités culturelles avec ces mobilités. Cette contribution examine les pratiques de tourisme et de lecture des adolescents, deux activités culturelles légitimes qui participent à la découverte et à la compréhension du monde et de soi. Quels sont les adolescents qui ont ces activités de tourisme, d’une part, et de lecture, d’autre part ? Y a-t-il une corrélation entre ces deux types d’activité ? La lecture et la fréquentation des musées compenseraient-elles une moindre mobilité touristique par exemple ?
2Si les usages de la télévision et des jeux vidéo (davantage que le sport) sont à l’adolescence nettement autonomisés vis-à-vis des pratiques parentales, les pratiques touristiques et la possession de biens culturels (livres, abonnement à des revues, etc.) restent assez largement attachées aux conditions de vie et au capital culturel des parents. Concernant les mobilités touristiques notamment, les enfants (collégiens de 4e) restent encore à cet âge « des reproducteurs des comportements parentaux » (Octobre et al., 2010, p 13), de plus assez contraints compte tenu de leur âge. S’il n’est pas ici question d’analyser les effets de fratrie, ceux d’influences entre copains et copines ni même les effets de genre, un premier objectif de cette contribution réside dans le croisement de données portant sur diverses pratiques et consommations culturelles. Un second objectif consiste à s’interroger sur les éventuels effets de compensation ou au contraire de cumul susceptible de produire des inégalités éducatives. Les origines sociales et les espaces de vie, entendus ici comme « surcroîts de chance » (Alpe, 2006, p. 86) apportant ou non des « profits d’espaces » (Bourdieu, 1993, p. 164), seront en particulier mobilisés aux fins d’interprétation.
3Pour la méthodologie globale de recueil des données, nous renvoyons à la première contribution où elle est présentée. Pour cette contribution-ci, nous mobilisons les données quantitatives et qualitatives collectées. La partie quantitative s’appuie sur le questionnaire passé auprès d’adolescents en classe de 4e de 36 collèges (N = 3356). Les matériaux, bruts et non redressés, ont été traités à l’aide du logiciel Sphinx. La partie qualitative reprend une sélection d’entretiens menés auprès d’adolescents et de parents dans les sites enquêtés.
Partir en vacances (tourisme) : un tableau d’ensemble socialement déterminé
4Les données quantitatives propres à l’étude des mobilités touristiques permettent de dessiner les principales tendances de consommation touristique. Elles identifient des régularités statistiques selon les propriétés sociales des parents des adolescents enquêtés et attestent notamment, concomitamment à une « massification » du nombre de touristes, que « les écarts entre les classes sociales se maintiennent » (Cousin et Réau, 2009, p. 29). Cette critique sociale globale dans une société hiérarchisée, à l’aune des inégalités d’accès de certaines classes sociales ou fractions de classes sociales au tourisme, s’exprime d’ailleurs en faveur du départ en vacances à travers les aides sociales d’organismes publics ou parapublics tels la Caf (Fabianno, 2015) ou encore les collectivités locales. Selon une enquête du CREDOC en 2014, le taux de départ en vacances des Français atteint en effet 60 %. Plus précisément, 82 % des cadres supérieurs partent en vacances contre 47 % des ouvriers et 86 % des individus déclarant avoir un salaire supérieur à 3000 € contre 40 % de ceux gagnant moins du SMIC. Le milieu social d’origine des élèves enquêtés est donc une variable éminemment prégnante en termes d’inégalités d’accès aux mobilités touristiques.
5Le taux de départ en vacances à des fins de loisirs (tourisme) des adolescents interrogés est globalement élevé au regard des données récoltées dans le cadre de l’enquête quantitative INEDUC. Seuls 6 % (N = 201) de la population étudiée2 déclarent ne pas être partis « en vacances » hors du domicile au cours des deux dernières années. Toutefois, si 92,9 % des élèves interrogés déclarent partir (1 % de non-réponses), on peut relever une hétérogénéité des départs selon la période de l’année (tableau 1). Ainsi, si près de 9 élèves sur 10 sont partis l’été (88,20 %) au cours des deux dernières années (soit depuis l’entrée au collège approximativement pour la majorité des élèves), ils ne sont plus que 4 sur 10 à partir lors des vacances de Noël ou à la Toussaint (39,42 %), un peu moins de la moitié l’hiver (44,70 %) – les vacances de février et de printemps – mais moins de 3 sur 10 pendant les week-ends (26,22 %). Ces taux sont globalement similaires aux taux de réponses formulés dans les enquêtes nationales au sujet des mobilités touristiques.
Tableau 1. – Taux de départ en vacances, les deux dernières années, selon la période de l’année et des congés scolaires (données brutes, non-réponses exclues).

Des effets de lieux structurants pour les catégories les plus modestes
6De nettes disparités sont observables lorsque le taux de départ (selon la période de l’année) est croisé avec la localisation géographique de l’établissement scolaire3. Ainsi, les élèves scolarisés dans des collèges « urbains » partent davantage que les élèves en collèges « périurbains » et « ruraux » (ces deux dernières catégories étant homogènes). Plusieurs paramètres expliquent ces « effets de lieux » (Bourdieu, 1993, p. 159) : ils concernent premièrement l’offre potentiellement importante de transport en commun (trains, avion pour Bordeaux, Nantes et Rennes, les principales grandes agglomérations du terrain étudié) et l’accès aux réseaux autoroutiers à proximité. Le souhait de s’extraire du monde urbain momentanément, le temps des vacances, est aussi régulièrement et explicitement évoqué par les enquêtés. La distribution sociale des populations urbaines, périurbaines et rurales constitue enfin une autre, mais pas la moindre, variable explicative : c’est dans les villes que se concentrent les populations les plus fortement dotées en ressources culturelles et économiques, ces catégories sociales étant les plus à même de pouvoir partir en vacances. Un focus sur trois communes normandes, un site urbain Caen, un site périurbain Hérouville-Saint-Clair et un site rural Villedieu-les-Poêles, illustre bien ce processus. Les taux de population très favorisée sont très nettement plus élevés à Caen, (plus de 55 %) que dans les deux autres communes (respectivement 9 % et 5,3 %), tandis que les catégories sociales les plus modestes sont sous-représentées à Caen (6,6 %) contre respectivement 39,3 % et 57,9 % à Hérouville et Villedieu. Il en résulte des taux de départs très disparates (tableau 2).
Tableau 2. – Origine sociale des élèves et taux de départ en vacances ces deux dernières années selon trois communes normandes (hors non-réponses).

7En moyenne, les collégiens « urbains » partent plus souvent en vacances à la Toussaint, à Noël et pendant l’hiver selon un différentiel de douze points par rapport aux collégiens ruraux et périurbains (tableau 3). Le départ en vacances hors été est par ailleurs plus spatialement clivant : c’est en effet lors de la période estivale que les inégalités spatiales et sociales relatives au taux de départ sont en partie gommées (mais pas les inégalités relatives à la destination ou aux pratiques touristiques).
Tableau 3. – Taux de départ en vacances, les deux dernières années, selon la période de l’année et des congés scolaires et la localisation de l’établissement scolaire (données brutes, non-réponses exclues, en pourcentage).

8Les lieux d’habitation et les lieux de scolarisation, c’est-à-dire les dimensions spatiales d’existence, orientent et structurent davantage les pratiques et les représentations des adolescents enquêtés lorsque ces derniers sont issus de milieux sociaux les plus modestes (tableau 4). Alors que, en moyenne, les élèves de l’échantillon total de l’enquête partent en « voyage scolaire » en France à hauteur de 48,1 % et à l’étranger à hauteur de 40,1 %, de nettes variations peuvent être identifiées selon le lieu de scolarisation. À Caen, commune dont les classes sociales les plus fortement dotées en ressources économiques et culturelles sont les plus présentes, le taux de départ des voyages scolaires à l’étranger s’élève au ¾ de l’échantillon contre moins de la moitié à Hérouville-Saint-Clair et moins d’un tiers à Villedieu-les-Poêles. À l’inverse, les voyages scolaires en France sont surreprésentés dans les collèges situés dans ces deux dernières communes (près de ¾) contre 11 % à Caen. L’analyse est très quantitativement similaire pour la région Bretagne par exemple : les collégiens des établissements localisés à Rennes partant en voyage scolaire à l’étranger nettement plus souvent que les collégiens dont les établissements sont situés à Perros-Guirec, Plœmeur ou Carnac. Ainsi peut-on attester d’inégalités liées à la localisation de l’établissement scolaire, elles-mêmes couplées, on l’a vu (tableau 4) à des propriétés sociales hétérogènes. L’école renforce donc ici en quelque sorte les inégalités sociales.
Tableau 4. – Taux de départ en voyage scolaire selon le lieu de scolarisation.
Commune | En France métropolitaine | À l’étranger |
Caen | 11,2 % | 75,9 % |
Hérouville-Saint-Clair | 71,6 % | 49,5 % |
Villedieu-les-Poêles | 76,9 % | 32,7 % |
Moyenne de l’échantillon total | 48,1 % | 40,1 % |
9Les adolescents dont les parents sont fortement dotés en ressources culturelles et économiques arrivent toujours à sortir, « à s’en sortir », que ce soit pour des mobilités de loisirs d’ordre touristique hors du domicile ou de simples excursions. Le cas de la commune d’Hérouville-Saint-Clair illustre bien ce constat. Commune urbaine et populaire, en proche banlieue de Caen, elle se caractérise par une population dont les mobilités touristiques sont relativement modestes du fait de variables pour le moins en sa défaveur (revenu moyen, distribution des professions et catégories socioprofessionnelles, taux d’imposition4).
Le départ en vacances (hors domicile) et les destinations touristiques : des disparités en fonction de l’origine sociale
10Si les pratiques touristiques sont moins institutionnalisées, en termes d’apprentissage lors de l’enfance, que certaines pratiques culturelles (fréquentation des musées d’art, pratique d’un instrument de musique classique, etc.), il n’en demeure pas moins que le tourisme à forte dimension culturelle pratiqué lors de l’enfance et de l’adolescence répond fréquemment à « une incitation parentale forte » au sens où Philippe Coulangeon l’exprime pour les activités culturelles (Coulangeon, 2005, p. 77).
11Les départs en vacances s’expliquent donc largement en prenant en compte l’origine sociale des parents. Si les variations se font moins sensibles en été que lors des autres périodes de congés scolaires, à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie de l’espace social, le taux de départ en vacances augmente. Les cas des « petites vacances » hors période estivale sont significatifs des écarts observés (tableau 5). Lors des vacances de la Toussaint et de Noël (pour les deux dernières années), le taux de départ passe de moins d’un quart pour les élèves de 4e dont le père est agriculteur exploitant et ouvrier (respectivement 23 % et 24,74 %) à près des deux tiers pour les enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures (64,96 %).
Tableau 5. – Taux de départ en vacances de la Toussaint et de Noël, les deux dernières années, en fonction de la PCS du père (données brutes, non-réponses exclues, en pourcentage).

12Convoquer, dans l’analyse, les processus d’expériences touristiques et d’incorporation de schèmes mentaux implique en conséquence de prendre au sérieux le passé des adolescents. Les socialisations plurielles, cumulatives ou contradictoires dans la formation des goûts personnels, structurent les habitudes mentales dès l’enfance et ce tout au long de la vie sociale d’un individu (Guibert, 2016). Ces manières de penser incorporées définissent ainsi, plus ou moins durablement, les différentes modalités de pratiquer le tourisme selon les contextes (historiques, culturels, économiques, etc.) par des individus sociohistoriquement situés. Transmises par les parents, des modalités de pratiques touristiques et/ou la fréquentation répétée de destinations touristiques alimentent, dans certaines conditions et certains contextes, le processus de reproduction sociale.
13Les pratiques touristiques des individus – c’est-à-dire les « manières de faire » pour reprendre l’expression de Lahire (2007) – et les goûts en matière de tourisme se construisent selon des processus sociaux assez similaires à ceux étudiés dans les secteurs des pratiques culturelles ou sportives. Pour Coulangeon, les processus de socialisation touristiques sont éminemment pluriels et possèdent « un caractère séquentiel ». Si les apprentissages touristiques débutent généralement lors de l’enfance (au sein de la famille, de l’école) et se poursuivent tout au long de l’avancée en âge des individus, les expériences socialisatrices cumulatives ou, à l’inverse, les expériences socialisatrices contradictoires, renforcent l’idée selon laquelle rien n’est finalement linéaire à l’âge adulte, limitant de fait la portée mécanique et essentialiste des héritages culturels familiaux comme unique schéma explicatif. Toutefois à la période de l’adolescence, l’enquête INEDUC révèle que le poids de l’influence familiale est fondamental. Le départ en vacances « lors des deux dernières années » se réalise, pour 75,5 % des élèves, avec leurs parents. C’est de loin la modalité la plus citée, suivent ensuite la famille – autres que les parents – (23,9 %), les colonies de vacances (4,2 %) et les centres de loisirs (1 %) [autres : 6,6 %].
Influences familiales et destinations touristiques
14La sphère familiale, en particulier les parents, est donc le canal principal permettant de partir en vacances hors de chez soi. Lors de l’enfance et de l’adolescence, il s’agit donc de la sphère socialisatrice principale à l’égard des pratiques touristiques. Cette influence est par ailleurs également très prégnante dans les destinations touristiques indiquées par les adolescents enquêtés. Si, « lors des deux dernières années », la France est la destination principalement renseignée dans les réponses, on observe une grande variété de réponses : la plupart des destinations touristiques mondiales sont fréquentées, sur l’ensemble des continents (tableau 6). Cette palette ne doit bien évidemment pas masquer une très forte disparité selon l’origine sociale des adolescents. Ainsi, la Corse, les pays d’Amérique du Nord ou d’Asie sont majoritairement visités par des adolescents issus de milieux sociaux « très favorisés » tandis que la France est une destination proportionnellement peu citée chez ces élèves (15,9 %) à l’inverse de ceux issus de milieux sociaux « défavorisés » (34,3 %).
Tableau 6. – Destination touristique (par ordre des réponses) selon l’origine sociale des adolescents (données brutes, non-réponses exclues. Aux fins de commodité de lecture, des regroupements géographiques ont été effectués).

En gras, les % pour lesquels l’effectif réel est nettement supérieur à l’effectif théorique.
En italique, les % pour lesquels l’effectif réel est nettement inférieur à l’effectif théorique.
15Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et, plus encore, la Turquie sont à la fois fortement fréquentés par des adolescents issus de milieux sociaux « très favorisés » et « défavorisés ». Les premiers fréquentent ces destinations principalement dans une optique de découverte touristique (hébergés dans des hôtels et « resorts ») tandis que les seconds, plus souvent issus de l’immigration, effectuent ces mobilités en contexte diasporique, afin de visiter la famille. Dans leurs discours, les adolescents descendants d’immigrés « peuvent valoriser leur appartenance nationale ou mettre en avant leur arabité, ils soulignent aussi leur position d’entre-deux, entre ici et là-bas » (Bidet et Wagner, 2012, p. 128). Si une partie significative des adolescents d’Hérouville-Saint-Clair interrogés (principalement originaires du quartier « Les Belles portes » au recrutement social « populaire ») déclarent, lors d’entretiens, avoir visité des pays étrangers dans le cadre de pratiques touristiques, le nombre de ces derniers est généralement modeste et se définit selon une double logique : visiter des membres de la famille (dans les pays d’Afrique du Nord par exemple) et/ou profiter des possibilités offertes par le collège (voyages scolaires). Les pratiques à l’étranger, enfin, sont assez homogènes : visites des villes et visite de la famille. Le cas d’Hicham, résidant à Hérouville-Saint-Clair, est typique. De parents illettrés et immigrés tunisiens, Hicham, troisième d’une fratrie, va en vacances près de Djerba, chaque été en famille, visiter les autres membres de sa famille « restés au pays ». Pour lui, la Tunisie est une destination qu’il apprécie – il parle arabe – et il s’y fait des amis « de France ». La Tunisie est le seul pays étranger qu’il a fréquenté :
« Oui j’y vais tous les ans, un mois et demi. J’aime beaucoup : ça m’évacue de l’école, du foot… Les premières semaines on reste entre famille et après on fait que de visiter : Djerba, je suis allé à Tunis, Sfax, le désert… Je connais bien, en bateau surtout c’est bien. Je me fais aussi souvent des copains. Des copains de France, de Paris… des fois on reste en contact. Ils sont à Marseille, à Cannes. C’est bien. Y a que la Tunisie où je suis parti. Mais je vais peut-être aller en Italie, chez un oncle à Bologne. C’est pas encore sûr. J’irais en novembre pendant les vacances. L’année prochaine avec le collège, à Londres et en Espagne à Madrid : les deux je vais les faire. C’est pour apprendre d’autres langues, être au contact des gens. J’aimerais aussi bien aller aux États-Unis… parce que c’est beau ! Parce que les chaînes dans la télé… c’est le meilleur pays du Monde. Mais la meilleure ville c’est Paris. Mais les États-Unis j’aime bien la langue. La langue c’est l’anglais c’est la même, mais l’accent c’est différent »
extrait d’entretien effectué en juin 2013 à Hérouville-Saint-Clair.
16Enfin, les mobilités (avion, bateau) sont souvent exprimées sur le mode de l’exceptionnel et constituent des éléments de discours relatés avec intérêt pour Ahmed :
« Les vacances c’est la Tunisie. Je vais voir mon père, après je sais pas. Je sais que l’an dernier on a été en Tunisie, car mon beau-père est Tunisien et maintenant il est ici car il est arrivé il y a pas beaucoup de temps. On fait des visites, près de la capitale. On a été au Café des délices, je ne sais plus la ville… après je ne me souviens plus des noms. On a pris le train pour Paris et après en avion : c’était bizarre quoi [rires] c’est pas familier ! Mais quand on est dans les airs après… c’est juste le décollage et l’atterrissage. On est resté quinze jours. J’ai jamais vraiment été en vacances à part en Tunisie »
extrait d’entretien effectué en juin 2013 à Hérouville-Saint-Clair.
17Carla, qui possède la double nationalité française et péruvienne, espère quant à elle aller au plus vite au Pérou visiter sa famille dont ses cousins et cousines qu’elle n’a « jamais vu, juste des photos » :
« Le Pérou, ce sera l’exception, sinon ce sera la campagne de mon père, là où il travaille. Il travaille là-bas toute la journée, il est charpentier menuisier. Il a mis une caravane sur le terrain d’un ami, c’est là qu’on dort. À Noël, je vais aller au Pérou voir ma famille. Je suis née au Pérou, c’est la deuxième fois que j’y retourne. On n’y va pas du tout souvent parce que c’est cher. La dernière fois, on est resté à Lima, mais cette fois, deux autres villes. Le Pérou, j’ai hâte d’y aller, je vais retrouver des cousins, cousines que je n’ai jamais vues. Juste par des photos et téléphone »
extrait d’entretien effectué en juin 2013 à Hérouville-Saint-Clair.
18Aux fins de perspective comparative, les extraits de l’entretien suivant, mené auprès d’une mère d’un élève du collège public de Deauville, illustre une configuration sociale très différente et les effets de socialisations inhérents. Mère « au foyer » depuis la fin des années 1990 « pour élever mes trois enfants », elle considère que Deauville est « une ville très agréable à vivre, à proximité de Paris ». Trois enfants composent la famille : deux grandes sœurs (33 ans, directrice dans le domaine des relations publiques à Dubaï ; 28 ans, réceptionniste dans un hôtel de Saint-Malo) puis un fils, élève au collège André Maurois. Ils résident dans une maison cossue face au port de Deauville. Habitués à partir en famille en voyage, ils ont visité des destinations touristiques pour le moins socialement classantes et symboliquement distinctives : pays du Nord du bassin méditerranéen, Dubaï, Bali, La Réunion, l’île Maurice, l’Égypte, Israël, la Jordanie, le sultanat d’Oman entre autres. Affirmant « être très gâtés de partir autant, l’objectif de ces mobilités est de permettre [à ses enfants] de voir ce qui se passe ailleurs, de voir les différentes cultures des pays visitées. C’est une ouverture d’esprit et une façon de s’enrichir culturellement » (extrait d’entretien mené à Deauville en avril 2013).
19Si les dispositions familiales à pratiquer les mobilités touristiques sont éminemment variables et composites, celles-ci se cumulent aux manières d’envisager et de consommer les pratiques culturelles.
Des effets cumulatifs : pratiques touristiques et pratiques culturelles légitimes
20Dans le questionnaire INEDUC, la question relative à la pratique de la lecture permet d’identifier la fréquence de cette dernière. Concernant la population totale de l’échantillon (N = 3356 élèves), la distribution est la suivante : 31,3 % ne lisent aucun livre, 26,7 % lisent un à deux livres par mois, 15 % lisent un livre une à deux fois par semaine et 23,2 % déclarent lire tous les jours ou presque (non-réponse : 3,5 %). Les vacances d’été sont, quant à elles, une nouvelle fois la période la moins socialement classante, les variations sont plus importantes pour les autres périodes de congés. Ainsi, les élèves partant en vacances pendant les vacances d’hiver sont 36 % à déclarer ne lire aucun livre contre plus de 55 % à déclarer lire « presque tous les jours » (la variation est à peu près similaire pour les élèves partant à la Toussaint et à Noël : le taux passe de moins de 32 % à 50 % environ). Dans une même perspective, les élèves ayant déclaré le plus souvent être abonné personnellement à une revue ou un magazine (quel qu’en soit le type : sportif, culturel, éducatif, etc.) déclarent partir plus souvent en vacances. Si le pourcentage est stable l’été, les élèves abonnés à une revue ou un magazine partent plus souvent à la Toussaint et à Noël que ceux n’ayant aucun abonnement (plus de 54 % contre 35 %), de même que l’hiver (56 % contre 41 %). Concernant la population totale de l’enquête, seuls 22,5 % des élèves déclarent être abonnés à une revue ou à un magazine. La fréquentation des bibliothèques constitue une autre pratique classante. Au sujet de la population totale de l’enquête, 45,8 % des répondants ne vont jamais à la bibliothèque, 25,1 % une à deux fois par an, 21,1 % une à deux fois par semaine et 7,5 % une à deux fois par semaine (non-réponse : 0,3 %). Globalement, les élèves n’allant jamais dans une bibliothèque partent moins en vacances (surtout les « petites vacances ») que les élèves déclarant fréquenter régulièrement une bibliothèque (« 1 à 2 fois par mois » principalement).
21Le capital culturel objectivé (Bourdieu, 1977) dans la possession d’objets culturels comme les livres renseigne également sur les inégalités éducatives des collégiens de 4e à l’égard des pratiques culturelles. Plus les élèves déclarent personnellement posséder un grand nombre de livres (dont on peut supposer qu’une bonne partie d’entre eux a été acquise par les parents), plus le taux de départ en vacances est élevé. Les élèves possédant plus de 50 livres partent en été à 93 %, à la Toussaint et à Noël à 50 % et l’hiver à 57 %, contre respectivement 82 %, 28 % et 37 % pour les élèves ne possédant personnellement aucun livre. Également, plus le nombre de livres possédés par la famille est important (livres disponibles « à la maison »), plus les élèves interrogés déclarent partir souvent en vacances. Ces données objectivent le lien entre les dispositions familiales à l’égard des pratiques culturelles telles que la lecture (même s’il n’est pas possible dans l’enquête de savoir quels sont les types de livres possédés par les parents ou plus généralement « à la maison ») et les pratiques touristiques, plus précisément le taux de départ en vacances. Ainsi, près de 50 % des élèves partant en vacances en hiver ou à la Toussaint et à Noël déclarent disposer de « plus de 50 livres »« à la maison » tandis que ¾ des non partants déclarent n’en avoir aucun.
22La fréquentation des musées (et des monuments, selon la question posée dans le questionnaire) en famille (avec un ou deux parents), plus que l’écoute de la musique ou la lecture de BD par exemple, constitue à l’adolescence une pratique socialement classante et distinctive. Davantage que de fréquenter une bibliothèque, que de posséder un grand nombre de livres (« plus de 50 ») ou que de lire « tous les jours ou presque », la fréquentation des musées avec l’un de ou ses deux parents est la variable la plus significative quant au fait d’être parti ou non en vacances. Autrement dit, les collégiens partant le plus en vacances sont ceux qui déclarent le plus souvent aller au musée.
23Fondamentalement, plus les élèves déclarent voyager, plus leurs pratiques culturelles les plus légitimes sont « denses ». Statistiquement, on observe une homogénéité des pratiques culturelles légitimes chez ceux qui partent le plus, renforçant ainsi le processus d’omnivorité (Coulangeon, 2011). Les résultats de l’enquête montrent en effet que le taux de départ en vacances (toutes périodes) augmente significativement avec la fréquence de la lecture de livres et de BD mais aussi de l’abonnement à une revue ou à un magazine et la possession de livres. À l’inverse, moins les élèves partent en vacances, plus le taux de lecture ou d’abonnement diminue. On peut faire l’hypothèse que, étant donné qu’à l’âge où un adolescent est en 4e de collège ses pratiques touristiques dépendent fortement des pratiques familiales (et donc des parents principalement), la sphère familiale – la socialisation primaire – tend à homogénéiser les pratiques culturelles (au sens large). Les milieux sociaux au sein desquels les enfants et les adolescents lisent le plus et possèdent personnellement le plus de livres sont ceux où les pratiques touristiques sont les plus fréquentes.
24L’influence socialisatrice de la famille est centrale pour comprendre les écarts de pratiques culturelles et touristiques chez les élèves de 4e. La corrélation entre les pratiques de lecture, la fréquentation des musées et la possession de biens culturels d’une part, qui à cet âge sont assez étroitement liées au contexte familial (origine sociale, profession et diplôme des parents), et les pratiques touristiques lors des vacances scolaires d’autre part, renforce l’analyse selon laquelle il existe une frange de l’espace social où les élèves cumulent une diversité de pratiques culturelles légitimes et, à l’opposé, une autre frange de cet espace où des élèves en sont éloignés. La notion de « climat familial » (Détrez, 2014, p. 16) illustre bien cette analyse. Les adolescents qui cumulent les pratiques culturelles légitimes variées et les mobilités touristiques régulières se définissent selon le climat de « la filiation » (i. e. « familles de classes urbaines favorisées, caractérisées par l’individualisation des équipements et par des consommations culturelles, en particulier en matière de lecture de livres, d’activités artistiques et de sorties culturelles, où la transmission, en tant que projet explicite, est pensée sur le modèle du partage des activités » [Detrez, 2014, p. 16]). À l’opposé de l’espace social, les adolescents se caractérisant par une pauvreté systématique de pratiques et de consommations culturelles socialement dévalorisées s’inscrivent dans « l’espace marginal » (i. e. « familles plutôt populaires et peu diplômées, présentant un répertoire culturel restreint, principalement centré autour de la télévision » [Detrez, 2014, p. 16]). Le système des goûts culturels qui en résulte alimente les mécanismes d’homologie structurale entre l’espace des différents groupes sociaux et celui des biens et des pratiques culturels.
Conclusion : la production d’inégalités éducatives
25Les écarts entre les collégiens identifiés dans cette contribution, que ce soit en matière de pratiques touristiques ou de pratiques et de consommations culturelles s’expliquent par des variables somme toute classiques : origine sociale (profession et revenus des parents) et localisation géographique. L’originalité de nos constats tient davantage ici aux aspects cumulatifs (ou non) des diverses pratiques, distinguables à l’aune d’une même enquête. Les multiples processus d’expériences socialisatrices touristiques (les vacances familiales pendant l’enfance, les colonies à l’adolescence, etc.) et culturelles (possession de biens culturels, fréquentation de lieux dédiés à la culture) contribuent à façonner des dispositions qui, elles-mêmes, structurent les goûts en matière de tourisme et de culture. Ces dispositions sont socialement constituées et s’acquièrent tout au long de l’enfance et de l’adolescence. Un individu socialisé dès son plus jeune âge, au sein de la sphère familiale, à la visite à la fois régulière et variée de pays étrangers – et nécessitant par exemple des moyens de transport peu ordinaires comme l’avion – aura plus de chances (au sens de probabilité) d’avoir acquis une solide « compétence de mobilité » (Lévy, 2000, p. 155) ou un « habitus mobilitaire » (Stock, 2005, s. p.) qu’un autre n’ayant pu cumuler de telles expériences. Une habitude familiale liée à la fréquentation des musées, à l’achat et la lecture de romans, etc., aura pour effet potentiel de développer un attrait à l’égard de ce type de consommation culturelle.
26Les univers sociaux les plus prédisposés à offrir un accès varié aux biens culturels légitimes sont ceux dont les membres partent le plus souvent en vacances. Les capacités économiques et le capital culturel des parents expliquent en partie ce constat. Toutefois, il est intéressant de voir à quel point se cumulent, pour une partie des élèves, les pratiques culturelles, tant en variété qu’en fréquence. Il n’est au final pas étonnant de constater la corrélation statistique selon laquelle les élèves déclarant « aimer l’école » sont ceux qui partent le plus souvent en vacances ou lisent le plus de livres, à l’inverse de ceux n’aimant « pas du tout » l’école.
27La projection de la poursuite des études est également significative. Si l’on peut identifier une dépendance entre la réussite scolaire au collège et la poursuite des études (lycée général ou lycée professionnel ou apprentissage), l’enquête montre une corrélation statistique, davantage qu’un lien direct de causalité toutefois, entre le souhait de la poursuite d’études (plus ou moins légitime ou prestigieuse dans l’échelle des formations) et le fait d’être ou non parti en vacances les deux dernières années. Au final, si le goût pour l’école en général et, en conséquence, le souhait de poursuivre ou non dans une filière générale au détriment de filières professionnalisantes et plus courtes en années d’études est lié, comme cela est classiquement observé dans les enquêtes de sociologie de l’école, aux propriétés socioculturelles du milieu d’origine, on peut observer une corrélation étroite entre ces dispositions scolaires et le taux de départ en vacances. Des études et des enquêtes approfondies permettraient de confirmer ce constat.
Bibliographie
Des DOI sont automatiquement ajoutés aux références bibliographiques par Bilbo, l’outil d’annotation bibliographique d’OpenEdition. Ces références bibliographiques peuvent être téléchargées dans les formats APA, Chicago et MLA.
Format
Bibliographie
Alpe Y., 2006, « Existe-t-il un “déficit culturel” chez les élèves ruraux ? », Revue française de pédagogie, no 156, p. 75-88.
Barrère A., 2011, L’éducation buissonnière. Quand les adolescents se forment par eux-mêmes, Paris, Armand Colin.
10.4000/traces.5554 :Bidet J. et Wagner L., 2012, « Vacances au bled et appartenances diasporiques des descendants d’immigrés algériens et marocains en France », Tracés. Revue de sciences humaines, no 23, mis en ligne le 19 novembre 2014, [http://traces.revues.org/5554], consulté le 5 juillet 2016.
10.3406/arss.1979.2654 :Bourdieu P., 1979, « Les trois états du capital culturel », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 30, no 1, p. 3-6.
Bourdieu P., 2003, La misère du monde, Paris, Le Seuil, coll. « Points ».
10.3917/dec.coula.2010.01 :Coulangeon P., 2005, Sociologie des pratiques culturelles, Paris, La Découverte.
Coulangeon P., 2011, Les métamorphoses de la distinction. Inégalités culturelles dans la France d’aujourd’hui, Paris, Grasset.
10.3917/dec.cousi.2016.01 :Cousin S. et Reau B., 2009, Sociologie du tourisme, Paris, La Découverte.
10.3917/inso.181.0008 :Détrez C., 2014, « Les loisirs à l’adolescence : une affaire sérieuse », Informations sociales, no 181, p. 8-18.
10.4000/sociologies.5172 :Fabbiano G., 2015, « Rhétoriques d’altérité et représentations de l’ (im) mobilité : les dynamiques d’ethnicisation à l’œuvre dans le tourisme social », SociologieS, dossier « La mobilité dans tous ses états. Représentations, imaginaires et pratiques », mis en ligne le 2 novembre 2015, [http://sociologies.revues.org/5172], consulté le 5 juillet 2016.
10.4000/sociologies.5688 :Guibert C., 2016, « Les déterminants dispositionnels du “touriste pluriel”. Expériences, socialisations et contextes », SociologieS, dossier « Théories et recherches », mis en ligne le 19 octobre 2016, [http://sociologies.revues.org/5688], consulté le 12 mai 2017.
10.3917/dec.lahir.2007.01 :Lahire B., 2007, L’esprit sociologique, Paris, La Découverte/Poche.
Octobre S., Détrez C., Mercklé P. et Berthomier N., 2010, « Introduction. Les loisirs des enfants : un petit objet sociologique ? », in S. Octobre, C. Détrez, P. Mercklé et N. Berthomier (dir.), L’enfance des loisirs : Trajectoires communes et parcours individuels de la fin de l’enfance à la grande adolescence, Paris, ministère de la Culture/DEPS, p. 13-22.
Stock M., 2005, « Les sociétés à individus mobiles : vers un nouveau mode d’habiter ? », EspacesTemps.net, dossier « Travaux », mis en ligne le 25 mai 2005, [https://www.espacestemps.net/articles/societes-individus-mobiles/], consulté le 25 mai 2005.
Notes de bas de page
1 Pour Christine Détrez, « la sociologie de l’enfance ne s’est développée que récemment et, en ce qui concerne les loisirs, les grandes enquêtes sur les pratiques culturelles des Français continuent de ne prendre en compte que les Français de plus de 15 ans, comme si le modèle implicite de pratiques culturelles chez les enfants, uniquement considérés comme des héritiers, était une reproduction de celles des adultes, supposant donc leur absence dans le cas de familles “non pratiquantes” » (Détrez, 2014, p. 8).
2 Les données sont « brutes ».
3 Concernant l’échantillon total de 3356 élèves, la répartition selon la localisation de l’établissement scolaire est, la suivante : 1864 élèves en milieu « urbain » (55,6 %), 712 élèves en milieu « périurbain » (21,2 %) et 780 élèves en milieu « rural » (23,2 %).
4 Hérouville-Saint-Clair est une commune située dans le Calvados, en région Basse-Normandie, qui, jusqu’aux années 1950 était un village (Hérouville jusqu’en 1957) peuplé d’un millier d’habitants. Aujourd’hui, elle compte 21893 habitants. La ville nouvelle fût érigée en 1963 et sa construction se poursuivra jusqu’en 1978. Les habitats collectifs, tours d’habitation (pour partie en HLM) de cinq à une quinzaine d’étages pour les plus hautes, structurent le paysage immobilier de la commune, et définissent en quelque sorte le code social et visuel de l’habitat. Dorénavant, avec le périphérique et la ligne de tramway, la ville est accessible mais tarde à inverser son image de cité-dortoir. La répartition de la population par professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) indique une coloration sociale de type classes moyennes et ouvriers au recensement de la population de 2009. Les ouvriers sont de loin la catégorie la plus présente (un quart de la population active) tandis que les cadres et professions intellectuelles ne représentent que 9 %. Si le centre-ville est positionné au cœur de nombreux immeubles d’habitation collectifs et d’établissements scolaires, on observe toutefois une forte concentration de lieux « culturels » : des cafés « culturels », une bibliothèque municipale et le théâtre. Le « salon de thé Pouchkine » par exemple propose une sélection de livres « érudits » (romans mais aussi philosophie, sociologie, politique, etc.) et assez distante des attentes ordinaires du « grand public » en matière de lecture. Ces lieux fonctionnent tels des isolats au centre des grands ensembles : les catégories populaires, majoritaires, qui résident à proximité ne les fréquentent pas ou peu.
Auteur
-
Christophe Guibert
Maître de conférences HDR en sociologie à l’université d’Angers et chercheur au laboratoire Espaces et sociétés, UMR CNRS 6590 ESO. Il questionne, ces dernières années, les usages sociaux des loisirs (culturels, sportifs, touristiques) en lien avec les trajectoires sociales des individus et les contextes dans lesquels les pratiques se déroulent. Il a publié plusieurs articles scientifiques et chapitres d’ouvrages sur ces thématiques.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
L'école et ses stratèges
Les pratiques éducatives des nouvelles classes supérieures
Philippe Gombert
2012
Le passage à l'écriture
Mutation culturelle et devenir des savoirs dans une société de l'oralité
Geoffroy A. Dominique Botoyiyê
2010
Actualité de Basil Bernstein
Savoir, pédagogie et société
Daniel Frandji et Philippe Vitale (dir.)
2008
Les étudiants en France
Histoire et sociologie d'une nouvelle jeunesse
Louis Gruel, Olivier Galland et Guillaume Houzel (dir.)
2009
Les classes populaires à l'école
La rencontre ambivalente entre deux cultures à légitimité inégale
Christophe Delay
2011
