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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral IntroductionL’espace matériel structuréDes transportsDynamiques actoriellesRelations acteurs politiques/acteurs du périscolaireSpécificités du travail socialRelations entre acteurs politiques aux différents échelonsConclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Adolescentes et adolescents des villes et des champs

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    L’action publique comme facteur d’influence des inégalités éducatives selon les contextes spatiaux : apports et limites d’une analyse comparée

    Régis Keerle

    p. 37-55

    Texte intégral Bibliographie Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1Conformément à la logique de la présentation effectuée dans l’introduction de cet ouvrage, il s’agit ici d’analyser une partie du rôle de l’action publique au sein de la dimension spatiale des contextes qui induisent des inégalités éducatives parmi la population des jeunes âgés de 11 à 15 ans. Cette analyse est complémentaire, mais effectuée avec un angle d’approche différent, des contributions de l’ouvrage plutôt centrées sur les pratiques des adolescents et de leurs familles, comme de celui portant sur le déploiement du Programme national de réussite éducative1 (PNRE). Pour qualifier cet angle d’approche, nous pouvons réemployer la distinction entre investissement ordinaire de l’espace (auquel renverrait ici par exemple la dimension spatiale des loisirs des adolescents) et participation à des dispositifs d’action publique (dont le PRE constitue un exemple particulièrement bien normé2). Entre ces deux pôles, cette contribution s’intéresse plus particulièrement au caractère normatif ou normalisable du possible, voire de l’envisageable de la réduction des inégalités éducatives, aussi bien en termes d’équipements à destination des adolescents et de leur accessibilité, qu’en termes d’organisation de l’action publique extra-scolaire qui leur est destinée. En effet, si l’on se place du côté des jeunes, objet de l’enquête INEDUC, ceux-ci sont à la fois les bénéficiaires d’une politique publique « universelle » (Avenel, 2007), soit leur statut d’élèves en classe de 4e, de politiques « ciblées » (ibid.) pour le cas de plusieurs de nos sites d’enquête (établissements en zone d’éducation prioritaire, jeunes enquêtés résidant en zone urbaine sensible relevant de la politique de la ville…), mais aussi bénéficiaires ou non de politiques si peu normées (Lascoumes, 2019) que l’action publique considère, selon les contextes territoriaux, leur « condition » (Sheppard, 2019) comme relevant ou non (voir p. 46) d’un « problème public » (ibid.).

    2Sur le plan méthodologique, cette analyse s’appuie essentiellement sur une partie du volet qualitatif de la recherche INEDUC : en premier lieu les données issues des entretiens réalisés avec des élus (N = 9) et des professionnels de l’intervention sociale extra-scolaire (N = 20), parfois complétées par celles obtenues lors d’entretiens avec des adolescents ou des parents ; et en second lieu, celles, plus quantitatives, retenues lors de l’étape de caractérisation des sites enquêtés (situations démographique et administrative, équipements, transports publics).

    3Les données issues des entretiens présentent la particularité de ne pas avoir été « recueillies dans un cadre statistique intégré qui leur impose des contraintes globales d’origine théorique » (Walliser, 2009, p. 11), si ce n’est le fait, quant à ce dernier point, de s’inscrire dans un paradigme qui accorde une place à l’autonomie des acteurs sociaux au-delà de la structuration sociale existante. Ce point nous amènera parfois à discuter de la pertinence des données quantitatives disponibles à l’échelle nationale, d’ailleurs assez limitées dans un domaine qui, comme dans celui des politiques de jeunesse, donne lieu à des actions publiques « caractérisées par une constante faiblesse de l’intervention étatique et donc peu régulées centralement » (Loncle, 2011, p. 130), ce qui explique leur rareté. Dans son article, Patricia Loncle compare plusieurs sites de mise en œuvre d’actions publiques en direction de la jeunesse. Elle y constate la diversité des actions menées et signale trois types d’analyse possibles : domination de l’aléatoire ; formes d’action publique différenciées du fait de la diversité des territoires mais sans effets de récurrence clairement affirmés ; rencontres entre facteurs prégnants, soit à l’échelle nationale, soit à l’échelle locale, et permettant de « fournir des facteurs explicatifs à ces différences de mise en œuvre » (Loncle, 2011, p. 130). C’est cette dernière perspective que ce texte privilégie, plus modestement eu égard à la quantité de données mobilisées. Nos données sont donc interprétées, afin d’éviter l’aléatoire, de manière à dépasser le caractère seulement monographique des études approfondies des terrains concernés, lesquels sont, à l’échelle communale, ceux de neuf communes aux situations très disparates. Pour rendre compte de cette diversité souvent qualifiée soit de géographique (par les non-géographes), soit de spatiale (par les géographes ou leurs collègues engagés dans des démarches pluridisciplinaires), nous retenons le critère des distances métriques, sociales ou culturelles aux équipements-ressources. Dans ce domaine, nos données permettront de combler « les lacunes des études [quantitatives] par échantillon » (Roy, 2016, p. 203). Quant aux dimensions proprement politiques prises en compte, sans aller jusqu’à permettre de pouvoir prétendre traiter de systèmes d’action publique locaux, ces données fourniront quelques critères de qualification de la diversité des actions publiques menées en direction des adolescents scolarisés au collège en classe de 4e, classe d’âge à propos de laquelle les connaissances sont moins nombreuses que celle de l’enfance (6-12 ans) ou de celle des jeunes adultes. Enfin, signalons que nous ne prendrons pas en compte dans nos analyses l’action publique dans le domaine du numérique, déjà traitée dans cette perspective, pour INEDUC (Le Mentec, 2019).

    L’espace matériel structuré

    Des équipements et de leur centralité

    4La diversité des neuf sites enquêtés induit nécessairement un niveau très variable d’équipements accessibles par les adolescents concernés. Il n’a pas été possible de réaliser un inventaire exhaustif, et surtout comparable, de ces équipements pour ces sites3, mais cette lacune est heureusement pondérable par le constat de la fiabilité relative des informations obtenues à distance dans ce domaine. Ainsi, il existe une MJC à Monflanquin, mais ses « horaires et jours d’ouverture […] rendent difficile son accès au public jeune. Les activités proposées (archéologie, bridge, courses pédestres, poterie, gymnastique, scrabble…) ne semblent d’ailleurs nullement viser un tel public. En réalité, il s’agit d’un espace investi uniquement par des personnes âgées » (source : monographie Monflanquin).

    5Dans d’autres cas, l’intérêt de l’équipement est limité par l’absence de dispositif spécifique en direction des adolescents. Par exemple, la médiathèque de Villedieu-les-Poêles est dépourvue d’espace spécifique pour adolescents. Elle s’oppose ainsi à celle de Cancon (ex-chef-lieu d’un ex-canton voisin de celui de Monflanquin) d’ailleurs plus fréquentée, en partie de ce fait, que celle de Monflanquin.

    6Par ailleurs, l’équipement n’est guère utile sans le développement des initiatives de son usage. Dans ce cas aussi, les situations sont très variables, par exemple pour le cinéma4, de Cambo, où les enseignants volontaires calent leurs interventions dans les disponibilités de la salle privée locale dont la programmation est plutôt « grand public », à Villedieu-les-Poêles où le partenariat entre les enseignants du collège et l’association locale qui organise un festival du film documentaire est récurrent, ou Pontrieux où l’expérience est programmée mensuellement par l’association locale (Familles rurales). À Deauville, où la situation est plus complexe, comme l’illustre cet extrait d’entretien :

    — On travaille avec le centre international de Deauville dans le cadre du festival américain, et on essaye de voir comment on peut en faire profiter nos élèves. Donc on a développé ce partenariat-là, même si c’est plus compliqué pour les collégiens, mais pour les lycéens ça marche très bien.
    Enquêteur. — Et pour les collégiens ça marche moins bien ?
    — Un petit peu mais là dans le cas présent, du festival américain, on ne peut pas les emmener voir un film. Il faut qu’ils aient plus de seize ans donc ça règle le problème. Oui, parce qu’ils n’ont pas été vus par la censure, donc on va peut-être pas courir le risque de leur faire voir n’importe quoi. Mais par contre, je me suis dit, il faut quand même qu’ils en profitent un peu de cette affaire, donc on a monté des ateliers avec des conférenciers. […] De sorte que l’atelier cinéma qui est piloté par un enseignant, le partenariat que nous avons, c’est avec un cinéma de Caen
    (extrait d’entretien avec un professionnel de l’éducation à Deauville).

    7Ces exemples montrent bien que les informations relatives aux équipements contenues dans diverses bases de données ne sont pas suffisantes pour pouvoir apprécier la diversité des rôles qu’ils peuvent jouer dans l’action publique extra-scolaire selon les espaces concernés. Par ailleurs, elles rappellent aussi que la proximité métrique d’un équipement ou d’un événement (ici, le festival du film américain à Deauville) n’est pas non plus le gage d’un accès comparativement plus facile que celui d’un support d’action éducative plus éloigné.

    Des transports

    8Du côté des adolescents usagers potentiels de ces équipements, leur accessibilité5 différentiée selon les sites est rendue encore plus inégale du fait des contextes locaux de desserte en transport public. Cette problématique commence d’ailleurs plus généralement avec le trajet d’accès au collège : à Monflanquin, certains enfants ont plus d’une heure de transport par jour entre leur domicile et l’école. Dans ce registre, et au-delà des situations particulières d’adolescents résidant à l’écart des noyaux villageois des communes concernées, les informations relatives aux cartes scolaires des collèges peuvent aussi être trompeuses : à Deauville, « comme les parents viennent y travailler d’assez loin, ils obtiennent des dérogations, et cela signifie que dans la journée de l’adolescent, il y a quand même une heure de transport le matin et le soir » (entretien avec un élu à Deauville). À Monflanquin, le récit d’une adolescente enquêtée permet de douter de la généralisation de l’esprit du système d’entraide décrit par les élus ou les parents (comme à Villedieu-les-Poêles) pour pallier l’absence de transport public : « Des fois quand on est à la maison, on voit des jeunes qui n’ont pas de véhicule, ils sont en train de marcher à pied, ils viennent de très loin, puis personne ne les prend, ils font du stop mais personne ne les prend » (entretien avec un adolescent à Monflanquin).

    9Si ces constats de frein à la mobilité des adolescents sont relativement partagés selon les espaces ruraux concernés, il ne faudrait pas conclure trop rapidement à une situation très favorable dans l’ensemble des sites plus urbanisés, en dehors des centres ou des proches banlieues des grandes agglomérations urbaines. Ce n’est qu’à Rennes, Hérouville-Saint-Clair et Floirac que les entretiens réalisés n’ont pas révélé de besoins criants non satisfaits dans ce domaine… Même à Plœmeur, le transport est une préoccupation majeure pour ceux qui habitent loin du centre-ville et suppose une adaptation constante :

    « Je connais des enfants qui ne rentrent pas chez eux le mercredi midi justement parce qu’après ils ne pourraient plus aller à leur activité de loisir parce que les parents travaillent l’après-midi. Donc ils restent sur Plœmeur pour pouvoir aller à pied à leur activité »
    (entretien avec un parent à Plœmeur).

    10Ces inégalités d’accès aux équipements ne pèsent pas seulement sur les pratiques extra-scolaires actuelles des adolescents, mais aussi sur leur futur6 en termes d’orientation scolaire…

    « C’est pas des aventuriers nos élèves, c’est des choix de proximité qui se font, plus en fonction de la proximité de l’établissement. On regrette souvent qu’ils soient très peu ambitieux, ou très peu ouverts sur des choix autres que la proximité géographique. Ils choisissent l’établissement quasiment avant de choisir la filière et la formation. Pour un certain nombre d’entre eux […] la perspective après la troisième d’être interne est impossible à envisager »
    (entretien avec un professionnel de l’éducation à Plœmeur).

    11Avec ce type de phénomènes, nous dépassons le référentiel des distances métriques et même celui des distances-coûts pour prendre en compte celui des distances sociales ou culturelles aux équipements (ici, d’enseignement) telles qu’elles sont exprimées par les acteurs sociaux, comme en témoigne l’extrait d’entretien qui suit :

    — On a la ligne de train qui passe ici. On est en un quart d’heure à Guingamp, et en dix minutes à Paimpol. On est juste au milieu, passant par Lézardrieux. En plus la ligne est super belle. Dans des petites villes, on pourrait y aller. Guingamp, il y a des offres culturelles, il y a un théâtre… Mais ils ne le font pas, la plupart d’entre eux. […] Ils ont un espèce d’enracinement sur un petit territoire. Guingamp, c’est quand même douze mille habitants, donc avec des services… Ils vivent finalement très enfermés, en vase clos. […] Le problème des moyens financiers existe, mais ça va vraiment au-delà de ça, parce qu’ici le bord de mer c’est pas compliqué, pendant les vacances : le conseil général a aussi un service ici c’est « TiBus », les trajets sont à deux euros, c’est-à-dire qu’on monte dans le bus et où qu’on aille sur le réseau des bus le trajet coûte deux euros, on peut aller au bord de la mer… Ils font pas.
    Enquêteur. — Même pendant l’été ?
    — Très très peu. Un petit peu à Plouha, pour quelques-uns, pour les plus débrouillards mais c’est pas…
    (entretien avec un professionnel de l’éducation à Pontrieux).

    12À cet exemple de type de configuration des sociétés locales, qui pourrait probablement être attesté dans plusieurs autres sites en France, s’ajoute, à la lumière de la diversité de nos terrains, le type de situation très particulière liée à certains phénomènes touristiques. Il s’agit de situations de contrastes sociaux qui ne sont pas repérables par les données classiques recensées par l’Insee telles que le rapport interdéciles entre revenus. Ainsi, celui-ci est-il inférieur à la moyenne nationale à Deauville. Pourtant…

    « le week-end c’est invivable, on est quatre mille deux cent à l’année et l’été on arrive à quarante-cinq mille et les week-end quasiment autant. C’est des gens qui n’ont aucun respect pour la ville, pour les gens qui y habitent […] Ils sont là en vacances et les autres sont derrière pour ramasser. C’est des gens qui considèrent les locaux comme des ruraux. Il n’y a pas de respect. Moi je suis née ici et mon grand-père a fait les planches de Deauville, mon père était maçon et il faisait partie de la grosse entreprise Rousseau à Deauville donc il a fait la construction de tout ce qui était bord de mer, résidences… Moi je me sens d’ici, j’ai tous mes repères et je n’ai pas du tout retrouvé ça en revenant. C’est une ville qui est devenue parisienne, on l’appelle le vingt et unième arrondissement c’est pas pour rien. […] À Versailles je payais sept cents euros l’année avec deux heures et demie de cours [d’équitation] par semaine, ici pour une heure de cours c’est mille sept cents euros à l’année donc je ne peux pas. On sent que tout est axé sur la fréquentation parisienne. Si vous restiez longtemps vous le verriez tout de suite parce qu’au Leclerc ou au Super U, le prix de l’essence n’est pas le même en semaine et le week-end, le vendredi soir l’essence augmente. Tout est comme ça, il y a des magasins ouverts que le week-end »
    (entretien avec un parent à Deauville).

    13Cette appréciation de l’impact du phénomène touristique sur les conditions de vie est confirmée par les propos d’une adolescente :

    « Bah ici [à Deauville] y’a pas beaucoup de magasins, y’a que un magasin où moi j’peux m’habiller et c’est quand même vachement cher. Donc du coup à Caen y’a tous les magasins genre Pimkie »
    (entretien avec un adolescent de Deauville).

    Dynamiques actorielles

    Situations globales des politiques de jeunesse

    14Dans ce domaine aussi, il n’est pas aisé de positionner les apports des enquêtes réalisées au regard des connaissances déjà disponibles7. Une étude menée par la Caisse des allocations familiales signale ainsi que « 36 % des élus ont déclaré […] qu’ils avaient une mauvaise connaissance des besoins et attentes des populations âgées de 13 à 18 ans ». Ce pourcentage est un peu plus faible (28 %) s’agissant de leur connaissance des besoins et attentes des familles ayant des enfants de 13 à 18 ans ; quant aux 72 % restants, les auteurs de l’étude manifestent leur prudence : « S’agissant de déclaratifs, ces premiers résultats ne disent évidemment rien de la connaissance réelle que les élus peuvent avoir des besoins de la population. Ils sont à lire comme l’expression d’une impression et démontrent seulement que les élus ne se sentent pas totalement à distance d’une demande dont ils pensent avoir pour partie identifié les grandes composantes » (CNAF-Caf, TMO régions et Michel Quiot Consultants, 2009, p. 75). Cependant, il s’agit d’un des rares exemples de données à l’échelle nationale qui soient directement utilisables dans notre perspective, puisque le questionnaire destiné aux élus dans cette étude ne distingue pas toujours les thématiques enfance et jeunesse (l’ensemble couvrant la tranche d’âge 6-18 ans) dans les questions posées. Observons cependant d’ores et déjà que, sans prétendre pouvoir pondérer les résultats de cette étude, notre échantillon de situations enquêtées correspond globalement à l’ensemble des tendances générales qu’elle a mises en évidence. Il en est ainsi du contraste entre l’importance relative de l’action publique menée en direction de l’enfance par rapport à celle menée en direction de l’adolescence, qu’elle fasse ou non l’objet d’une contractualisation spécifique pour l’enfance. De plus, lors des entretiens avec les élus, le glissement de leurs propos vers la thématique de l’enfance a été récurrent, malgré la priorité systématiquement réaffirmée par les enquêteurs quant au public prioritairement concerné par l’enquête. Il apparaît également que la corrélation positive, signalée dans l’étude citée, entre la taille croissante des communes et les déclarations positives des élus relatives à l’existence d’une action publique spécifique à la jeunesse, se vérifie pour notre échantillon, qu’il s’agisse de la connaissance des attentes et des besoins de cette population, d’études permettant de mieux les identifier, de l’existence d’un service (communal ou intercommunal) dédié ou de la formalisation d’une politique spécifique dans un document-cadre.

    15Ainsi la situation des trois sites ruraux enquêtés est-elle assez comparable en termes de faiblesse relative de l’intervention publique. Selon le vice-président de la communauté de communes du site 1 « le nécessaire est disponible parce qu’ils ont sur place des possibilités que ça soit au niveau sportif ou associatif […] Vous avez des familles qui restent chez elles, des enfants qui restent chez eux, mais ça nous on n’y peut rien » (source Monflanquin élu). Selon l’adjointe au sport et aux affaires scolaires du site 2 « la politique jeune passe par le sport et les associations », donc son périmètre d’action « comprend la jeunesse, mais il n’y a pas vraiment de politique jeunesse, tout ça c’est un petit peu fondu dans la masse » (entretien avec un élu à Villedieu-les-Poêles). Il en est aussi ainsi de l’absence de locaux de réunion pour les jeunes8 sur l’ensemble du périmètre intercommunal du site 3 (chef-lieu de canton) :

    Enquêteur. — Où se retrouvent les jeunes ?
    R. — À Quemper-Guézennec c’est par exemple l’abri bus, à Pontrieux c’est sous le lavoir, enfin… il n’y a rien, rien, rien
    (entretien avec un professionnel de l’éducation à Pontrieux).

    16S’ajoutent les difficultés liées aux ressources financières, en particulier pour les transports liés aux activités de loisirs où la nature sert d’équipement. À Pontrieux, les activités de l’association Familles rurales sont ainsi limitées par son budget : « Pour aller à la mer […] ça nous fait 300 euros. On prend [le train] pour aller à Paimpol, mais sinon on est obligés de prendre des bus et c’est ça qui nous plombe un peu le budget, quoi » (entretien avec un professionnel de l’éducation à Pontrieux).

    17Le cas le plus atypique des terrains enquêtés quant à la corrélation entre la taille de la commune et l’intensité de l’action publique est celui de Deauville où la « seule structure pour la tranche des 11-15 ans, [est le club adolescent] qui ne fonctionne que l’été. Elle va davantage toucher les jeunes qui viennent en vacances (en touristes, en résidences secondaires, comme petits enfants des locaux), une partie de la population, moins aisée, ne s’y rend pas » (entretien avec un professionnel de l’éducation à Deauville).

    18Un autre paramètre important permettant d’expliquer la diversité du niveau de l’intervention publique est celui du niveau de ressources des communes, à taille égale de population : « On aimerait pouvoir faire toujours beaucoup mieux. Mais c’est pas toujours évident. On essaie de répondre à la demande, on essaie de ne laisser personne sur le bord du chemin, on essaie, voilà. Mais jusqu’à maintenant, nous faisions partie des 100 communes les plus pauvres » (entretien avec un élu à Floirac).

    Relations acteurs politiques/acteurs du périscolaire

    19La faiblesse ou l’insuffisance de l’intervention publique extra-scolaire en direction des adolescents est donc parfois revendiquée ou reconnue, et objectivement mesurable. Mais assez souvent, cela transparaissant parfois dans des situations précédemment évoquées, on rencontre aussi des divergences d’appréciations entre professionnels de l’intervention sociale auprès de la jeunesse et élus9 quant à la manière de concevoir cette action.

    « Ça fait quelques années qu’on demande à la communauté de communes d’avoir un grand bus parce qu’il y a quand même quatre structures, on pourrait en avoir la nécessité, on leur explique, etc., surtout qu’il y a des financements partenaires sociaux par la Caf, et tout ça, mais bon c’est toujours pareil, ce sont des volontés politiques, ça commence à en parler maintenant qu’on est quatre cantons, on va peut-être y arriver […] À Born justement, ils ont un financement par la Caf de deux mini-bus et ils sont beaucoup plus autonomes que nous, régie directe »
    (entretiens avec deux professionnels de l’éducation à Monflanquin).

    20L’alternative régie directe-délégation semble n’être qu’un des aspects des divergences entre professionnels et élus. Plus globalement, il semble que ce soit le potentiel de transformation en démocratie participative inhérent à l’action publique en direction des jeunes qui constitue un point de cristallisation de leurs divergences.

    « Il y a un grand travail rural à apprendre aux politiques, qui ne savent pas comment ça se…, ils vont parler de notre travail, je prends un exemple tout bête, la commission jeunesse, donc ils se sont réunis il y a peu de temps, j’avais demandé à ce qu’on puisse s’y présenter, on est quand même sur le territoire, c’est quand même nous qui y travaillons, on est quand même les partenaires et les directs. On m’a gentiment dit qu’on n’avait rien à y faire et que pour le moment ils avaient à en discuter entre eux. Je dis oui, mais on peut présenter notre structure et si on ne peut pas venir, vous faites une présentation de notre structure et on voudrait bien un compte rendu, “non vous n’aurez pas de compte rendu” ; très bien il n’y a pas de souci, voilà. Pour moi il manque une formation politique, tout simplement de qu’est-ce qu’un politique, qu’est-ce qu’on fait dans la politique »
    (entretiens avec deux professionnels de l’éducation à Monflanquin).

    21L’hypothèse formulée avant l’exposition de cet extrait d’entretien à Monflanquin peut être corroborée par l’extrait suivant résumant cette problématique à Floirac, ce qui montre qu’elle est en quelque sorte indifférente aux types de milieux de vie concernés, tout au moins lorsqu’ils sont seulement caractérisés par leur degré d’urbanisation.

    Enquêteur. — C’est aussi une non-conscience des responsables politiques de la nature même du métier d’animation ?
    — Non, je pense qu’ils sont conscients qu’on est réellement des acteurs forts, mais forcément, je pense qu’ils sont conscients que nous sommes des personnes qui pouvons poser certains problèmes. Si aujourd’hui, nous on veut que nos gamins soient des citoyens de demain, forcément, il faut qu’ils s’affrontent, qu’ils se confrontent à des politiques, des regards. Moi je suis dans une municipalité, donc je n’ai pas à juger la politique municipale. Pour autant, mon métier, c’est que finalement, le jeune qui est avec nous traverse ça avec un œil critique, puisse rencontrer un maire qui lui parle fortement, rencontrer un élu à la jeunesse en disant c’est ça la participation, la démocratie, quand il faut choisir un terrain type City-stade mais que finalement on nous dit qu’il faut le mettre là, mais ni là, ni là. Est-ce que c’est ça la participation des jeunes quand on leur demande de venir à tel endroit pour pouvoir parler de tel sujet ? Et qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui, quelle serait la parole autre sur laquelle on ne s’attendrait pas et qui pourrait être ? Elle est où cette parole et comment elle est saisie ?
    (entretien avec un professionnel de l’éducation à Floirac).

    22Par contre, la spécificité des situations en milieu rural semble être celle d’une moindre complexité des situations initiales lorsqu’une volonté d’intégration de la politique en direction de l’adolescence semble se manifester. C’est ce que suggère a contrario le cas de Plœmeur où en 2011 plusieurs acteurs de la vie locale ont participé à la mise en place de l’Observatoire de la jeunesse, impulsée par la ville. L’initiative est partie d’un constat :

    « On est tellement en cloisonnement d’acteurs, c’est-à-dire quand on regarde dans une ville comme Plœmeur, là, on est en train de bouger les cadres mais c’est dur. C’est quoi une politique jeunesse, c’est une politique d’accueil de jeunes dans le cadre de loisirs, c’est ça, vous n’avez pas à travailler sur le champ des missions locales, et nous la protection sociale on sait ce que c’est, et ainsi de suite. C’est pas faire le boulot de, c’est à un moment donné être en interaction, se créer des plate-bandes communes, réfléchir sur ce type de cas comment on peut agir ensemble, se dire maintenant tu arrêtes, l’anonymat on dit pas le nom ok mais comment on règle à partir de ce cas là quelque chose qui va nous permettre de mieux travailler »
    (entretien avec un professionnel de l’éducation à Plœmeur).

    23Mais quelques mois après notre enquête, l’Observatoire de la jeunesse a été supprimé et son instigateur, le directeur du service éducation-enfance-jeunesse-quartiers, a quitté la municipalité.

    24Cependant, ainsi que l’analysait Patricia Loncle précisément à propos de la configuration des politiques de jeunesse à Rennes, il ne suffit pas d’une volonté d’intégration de la part des responsables politiques pour qu’elle s’applique facilement au niveau des professionnels. Dans la métropole de Bretagne

    25« une mutualisation des moyens humains et matériels visant la complémentarité des activités proposées aux adolescents, et la complémentarité des temps d’ouverture pendant l’été, a été réalisée entre la maison de quartier Maurepas, la maison de quartier La Bellangerais, le cercle Paul Bert, les Cadets de Bretagne, à l’initiative de ces structures, pendant quelques années. […] D’abord informel entre les professionnels, ce partenariat avait ensuite été institué par la ville qui avait créé un poste de coordinateur. […] Puis cela a fonctionné plus difficilement, pour finalement s’arrêter. Selon la chargée de mission Politique de la ville [à l’époque animatrice à la maison de quartier de Maurepas], c’est suite à la mise en place de ce coordinateur […] basé aux Cadets de Bretagne, les collègues étant moins impliqués puisqu’un personnel dédié existait. Et comme par ailleurs, ce coordinateur n’avait aucune autorité sur les autres structures que la sienne, il avait des difficultés pour assurer la coordination. Selon une animatrice du cercle Paul Bert, ce sont plutôt les divergences de vues entre les directeurs des équipements qui ont fait s’arrêter le partenariat10 ».

    26Aujourd’hui, « de façon surprenante, il n’y a pas de partenariat entre ces structures socio-éducatives et le CCAS, le CDAS, le centre social. Bien que ces organismes accompagnent les familles, ils ne sont pas en contact avec le cercle Paul Bert (CPB), première structure de prise en charge des adolescents sur le quartier – l’espace social et le CPB Marbaudais ne sont pourtant distants que de 150 mètres ».

    Spécificités du travail social

    27Un autre problème qui se pose aux travailleurs sociaux intervenant auprès de la jeunesse est celui de la coordination des interventions de différents types de métiers, et dans le domaine spécifique de l’animation socioculturelle, celui de la qualification et de la stabilité des intervenants. Cette problématique a été particulièrement bien mise en évidence lors des entretiens réalisés à Floirac.

    Enquêteur. — Le travail du service, c’est d’animer ces lieux-là. Est-ce qu’il y a aussi une partie d’aller vers les adolescents qui ne viendraient pas forcément naturellement dans ces structures ?
    — Alors il existait y’a pas très longtemps ce que l’on appelait nous les animations de proximité. En fin de compte, c’était une émanation des équipes des salles de citoyenneté qui intervenaient quand ils le souhaitaient au pied des immeubles, quand il y avait des situations un peu compliquées, ou quand, je sais pas, des bailleurs, ou des locataires, téléphonaient ici en mairie, pour se plaindre des comportements d’enfant ou d’adulte. Quand il y avait des situations un peu compliquées, on avait une équipe qui pouvait faire des animations de rue au pied des immeubles, et on intervenait. Il s’avère que les animations de proximité n’existent plus parce que dans le cadre des subventions qui sont aujourd’hui délivrées principalement par la Caf, ils doivent nous mettre en réglementation plutôt de type ACMSH [accueil des mineurs sans hébergement], donc type un peu centre de loisirs, ou ALSH, et que les animations sportives de proximité qui elles, pouvaient intervenir n’importe où, ne correspondent pas du tout à cette forme d’activités-là. Et on aurait beau faire ce genre d’activités, elles ne seraient pas du tout valorisées, subventionnées et pas pérennes. À partir du moment où les élus n’ont pas les moyens de les faire vivre…
    Enquêteur. — Est-ce qu’il y a des choses que tu veux rajouter ?
    — Si l’objet de la recherche c’était est-ce que les territoires façonnent certains comportements, ben je pense qu’il y’a beaucoup de sociologues qui l’ont dit. Ils forment des identités, des pratiques, des cultures. Maintenant est-ce que nous, animateurs, on est conscients de tout ça, de ce qui se joue, c’est là où moi, je me dis, à travers les salles, la gestion des salles et les jeunes animateurs que nous avons, je ne parle pas des responsables, mais les jeunes animateurs, c’est un putain de métier, enfin c’est un vrai métier. Et je me dis c’est pas possible d’avoir un BAFA et de venir dans nos salles.
    Enquêteur. — Et pourtant c’est ce qui se passe ?
    — Tout à fait, et on est payé comme dans les centres de vacances et soyez heureux car nourris blanchis. C’est pas ça d’ailleurs, mais c’est ce qu’on nous renvoie. Et ça c’est pas possible. […] Quand on fait certains bilans d’activité et, parce qu’on a un turn-over important de jeunes animateurs, on est loin de la finesse
    (entretien avec un professionnel de l’éducation à Floirac).

    28Cet extrait d’entretien regroupe ces deux problématiques (qualification et stabilité des intervenants, coordination des interventions de différents types de métiers), mais nous les avons aussi relevées, séparées, dans deux autres terrains d’enquête.

    29À Cambo,

    « pour l’instant on n’est pas dans un développement de personnes mais de créer un lieu déjà, et je ne peux pas embaucher ici parce que je pense que dans le milieu semi-rural les jeunes ont besoin d’un référent connu. Et mon collègue est là depuis 8 ans ou 12 ans, je pense, et pour eux c’est une équipe qu’ils peuvent identifier comme l’été. Il y a toujours des saisonniers qui arrivent, ce n’est pas avec ces jeunes-là que je voudrais mettre en place ce projet »
    (entretien avec un professionnel de l’éducation à Cambo).

    30À Monflanquin « chaque année en fin d’été, on parle d’éducateur parce que, oui, ça ne relevait plus de la mission de…, et ça met le groupe en danger aussi et je pense qu’en ville on n’aurait pas ça » (entretien avec deux professionnels de l’éducation à Monflanquin).

    31Cette dernière appréciation, qui attire à nouveau l’attention sur une différence majeure entre les espaces les plus urbanisés et les plus ruraux, cette fois à propos de la densité d’implantation et de la charge de travail supportée par les divers types de professionnels du travail social en direction de la jeunesse, a reçu une forme de confirmation dans la situation décrite à Floirac :

    « Après, pour tout ce qui concerne le reste, on travaille avec une association de prévention spécialisée, qui elle, a des éducateurs spécialisés, des éducateurs de rue qui s’appelle l’Association des jeunes des Hauts de Garonne. C’est une association qui travaille sur les communes de Cénon, Lormont et Floirac. Et eux ils ont des éducateurs spécialisés, quoi. Comme ça nous travaillons très très bien en partenariat »
    (entretien avec un élu à Floirac).

    Relations entre acteurs politiques aux différents échelons

    32Le dernier facteur de différenciation locale des actions publiques menées en direction des adolescents que nos enquêtes ont permis de révéler est celui de la variété des configurations des systèmes institutionnels d’action publique au-delà de l’échelon communal. Ce paramètre comporte plusieurs volets, en premier lieu celui de l’intercommunalité.

    33« Deauville/Trouville, la gare s’appelle comme ça » (entretien avec un professionnel de l’éducation à Deauville), mais l’intercommunalité dans ce contexte ne semble exister que par certains de ses équipements (école de musique à Trouville). À Villedieu-les-Poêles, l’action intercommunale semble déconnectée de celle de la commune, à moins que ce ne soit l’inverse :

    Enquêteur. — Est-ce qu’au-delà de ces subventions, associations, vous êtes engagés dans des contrats comme contrat enfance jeunesse ?
    — Oui, par rapport à la Caf.
    Enquêteur. — Il n’y a pas de volet adolescents là-dessus ?
    — Non.
    Enquêteur. — Donc le contrat enfance jeunesse, il est plutôt quoi ?
    — Il est plutôt six-douze et il concerne pour le moment plus le centre de loisirs, mais là encore ça va évoluer parce qu’il y a un PEL qui est en train de se mettre en place, mais là c’est la communauté de communes qui gère.
    Enquêteur. — Qu’est-ce qui fait émerger cette volonté d’aller vers un PEL sur le territoire ?
    — Parce que de plus en plus pour pouvoir obtenir des subventions – faut pas se leurrer – ne serait-ce que de la Caf, ou de la DDCS, enfin des organismes publics, s’il n’y a pas de PEL communautaire maintenant, les subventions on les a plus. Donc le contrat enfant/jeunesse, il avait été contracté il y a déjà très longtemps, il était renouvelé tous les trois ans, mais on nous a bien fait comprendre au bout d’un moment que si il n’y avait pas de PEL en place, il arriverait un moment où il ne serait plus reconduit, donc il a été décidé que on mettait en place un PEL, il y a une personne qui a été recrutée pour pouvoir coordonner tout ça, mais là c’est la communauté de communes qui gère le problème.
    Enquêteur. — Donc ce PEL couvre toute la période de la jeunesse au sens général du terme – zéro-dix-huit, ou même au-delà – ou est-ce qu’il est sur des publics restreints ?
    — Non ça va vraiment de zéro à dix-huit vingt, parce que dans ce PEL il y a déjà le RAM [relais assistantes maternelles] qui a été mis en route. Ça couvre toute la jeunesse
    (entretien avec un élu à Villedieu-les-Poëles).

    34À Plœmeur, la municipalité se sent un peu isolée en termes de politique éducative, ce qui limite son action en faveur des jeunes, selon le maire de la ville :

    « Parce que ces jeunes ils vivent sur un territoire beaucoup plus vaste que celui de la commune et là on a un retard fou, y compris à la communauté d’agglomération du pays de Lorient. Ils vont tous dans des lycées au centre de Lorient, ils se retrouvent tous. On a été les premiers à dire autour de la musique “il faut ces studios de répétition”, on trouve le lieu central en disant les studios dits de Merville, point central au nom de la circulation des transports collectifs, là depuis on a laissé ces studios évoluer vers une forme d’élitisme qui a exclu ceux qui voulaient utiliser la musique comme instrument de dialogue, de construction, etc. […] On a vraiment un champ à développer entre la collaboration des collectivités, de faire de l’intercommunalité avant même de faire de la communauté. Mais là on est vraiment en retard »
    (entretien avec un élu à Plœmeur).

    35Le maire regrette que la communauté d’agglomération lorientaise n’ait pas pris des mesures prenant en compte les jeunesses sur le territoire :

    « L’agglo n’y est même pas, elle finance le studio de répétition mais le reste sur le transport, le sport elle n’est pas non plus présente. Ici on fait de l’infrastructure avec l’argent public de la communauté, mais on ne fait pas de social. C’est un problème donc on voit bien que nous en termes de moyens, on a nos limites. Elles sont communales… »
    (entretien avec un élu à Plœmeur).

    36Ces interrogations sur la pertinence du territoire communal pour engager une politique de jeunesse ont été reprises par le directeur du service éducation-enfance-jeunesse-quartiers :

    « Aujourd’hui, s’il y avait une réflexion des politiques qui vise à articuler les territoires… Qu’est-ce que ça signifie travailler sur une ville comme Plœmeur en étant enfermé sur le territoire ? À un moment donné, si il y avait une vraie réflexion avec Lorient […] je pense que ça produirait autre chose. Aujourd’hui à l’échelle de l’agglo il n’y a aucune réflexion jeunesse. C’est symptomatique, presque agaçant. Il n’y a pas besoin d’avoir une compétence d’un EPCI jeunesse pour qu’il y ait de la coopération intercommunale. Aujourd’hui il n’y a pas de compétence, donc on ne coopère pas. Qu’est-ce qui empêche les élus jeunesse de faire réseau, qu’est-ce qui leur pose problème ? »
    (entretien avec un professionnel de l’éducation à Plœmeur).

    37L’autre volet de cette variable des configurations des systèmes institutionnels d’action publique est celui de l’existence et de la forme des interventions réalisées par des échelons hiérarchiquement supérieurs, ceux du département et de la région en particulier. Mais bien entendu, les configurations d’acteurs sont parfois transversales, comme à Villedieu-les-Poêles, où le développement de l’action en faveur des adolescents était toutefois seulement en projet lors du déroulement de l’enquête INEDUC :

    « Depuis le 1er janvier 2014, l’intercom du bassin de Villedieu (IBV) est l’un des trois sites pilotes de la Manche pour mettre en place l’expérimentation PESL (projet éducatif social local, actions en faveur des 0-25 ans et de la parentalité). Ce projet est initié par cinq institutions du département (la Caf, le conseil général, la direction départementale de la Cohésion sociale, la MSA et la direction des services départementaux de l’Éducation nationale). Cette expérimentation conduit notamment à la mise en place d’un questionnaire adressé aux familles ayant des enfants de 0 à 25 ans et aux futurs parents. L’objectif est d’identifier les services rendus à la population et les besoins des familles. Le questionnaire est distribué dans tous les établissements scolaires (maternels, primaires, collèges, lycées, publics et privés). Il cible les questions d’autonomie dans les déplacements des adolescents ainsi que de modes d’accueil le matin, le soir et pendant les vacances. Il demande si de l’aide aux parents est souhaitée. La dimension d’enquête sur les activités des adolescents est limitée : quelles activités sportives et/ou culturelles ? Y en a-t-il assez et pourquoi ? Les goûts ne sont pas sondés, ni les coûts, ni l’éventuelle différence entre filles et garçons, entre âges (de la 6e à la 3e). Le domaine du numérique est absent du questionnaire11. »

    38Les expériences que les professionnels ont pu connaître compte tenu de leurs parcours leur ont montré qu’il existait des différences selon les départements. Mettons à part les cas de dispositifs normés comme celui de la réussite éducative (à Hérouville-Saint-Clair) ou le CLSPD (Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance ; à Rennes et à Villedieu-les-Poêles) qui concernent trop peu de nos sites d’enquête pour être analysés ici, et relevons les exemples les plus significatifs.

    39À Plœmeur, le maire déplore l’action minimaliste du département tandis qu’à Monflanquin, un de nos interlocuteurs affirme : « Le conseil général, il est existant, en Lot-et-Garonne. On a la chance d’avoir une volonté politique qui est prenante parce qu’il donne une indemnité, ce qui ne se fait pas partout, par rapport aux jours de présence. Il y a tant d’argent chaque mois pour plusieurs enfants, et c’est une volonté qui existe depuis des années » (entretien avec un professionnel de l’éducation à Monflanquin). Enfin, le cas de Pontrieux nous livre un exemple intéressant de l’action du conseil général concerné, ainsi que de l’absence de l’échelon régional :

    « On avait par exemple sollicité une fois la région […] parce qu’on voulait se rendre à Rennes avec les élèves et que les coûts de transports étaient importants et que là ça dépendait de la région au niveau du réseau ferré parce qu’on prenait pas le TGV, et qu’on demandait une réduction, ou la gratuité de transports, ça nous a été refusé. Alors qu’on aurait pu imaginer, on avait évidemment argumenté notre éloignement de Rennes, la nécessité pour nous, en termes d’ouverture… Là, c’était un projet à la fois entre des profs d’histoire-géo sur l’architecture, ils voulaient aller faire un petit tour à Rennes, et puis il y avait une expo particulière à ce moment-là, c’était une journée un peu thématique, le budget était un peu serré […] Du coup la sortie ne s’était pas faite. […] Le conseil général depuis quelques années […] a tenu compte de ça, parce que c’était une demande de beaucoup de collèges ruraux dans le département, qu’il y ait une espèce de péréquation, c’est-à-dire que les collégiens de Saint-Brieuc, quand ils veulent aller à la piscine, au bowling ou à une expo, ils vont à pied ou en bus de ville qui coûte quasiment rien et dont les élèves ont déjà l’abonnement puisqu’ils sont résidents […] Donc il y a une petite péréquation qui a été faite pour corriger cette inégalité-là »
    (entretien avec un professionnel de l’éducation à Pontrieux).

    40Ce dernier exemple nous rappelle qu’il serait nécessaire de prendre en compte dans notre problématique la question des rapports entre les acteurs de l’institution scolaire et l’extérieur. Les entretiens réalisés ont abouti dans plusieurs cas à l’évocation de cette question, mais il faut préciser que leur cadre n’était pas suffisamment orienté dans ce sens pour autoriser une analyse pertinente, qui nécessiterait une recherche spécifique.

    Conclusion

    41L’analyse de l’effet des contextes spatiaux comme facteur d’influence des inégalités éducatives est inégalement documentée. Lorsqu’on s’intéresse en particulier aux dimensions extra-scolaires de ces contextes, le défi est double : relative faiblesse de la pertinence des données quantitatives disponibles, rareté des travaux permettant une comparaison entre les actions menées lorsque celles-ci sont peu caractérisables par des normes de politiques publiques.

    42S’agissant du premier de ces défis, il est difficile d’imaginer un progrès rapide dans ce domaine : un rapport du Conseil national de l’information statistique relatif à l’action sociale des départements interrogeant la qualité et la comparabilité de l’information statistique ne signalait-il pas que « la qualité de l’information est directement liée à l’utilité perçue par celui qui la produit » (Mansuy et Guist’hau, 2010, p. 120) ? Lorsque l’information doit être produite à l’échelle de la commune, nombre de nos exemples laissent supposer que cette « utilité » n’a rien d’évident pour les acteurs locaux qui se trouvent en position légitime pour la « produire12 ». Tout au moins notre analyse peut-elle contribuer à éviter à l’avenir de tirer des conclusions hâtives de données peu fiables.

    43Pour le second défi, il est permis d’être plus optimiste, mais la relative labilité des actions menées, repérable dans les cas de Plœmeur et de Rennes, incline à penser qu’il faudrait disposer d’un échantillon de terrains d’étude assez largement dimensionné pour assurer la cumulativité des observations, tout au moins à l’échelle intercommunale. Un tel cadre de recherche permettrait d’apprécier le degré de généralité d’une appréciation récemment portée sur les politiques éducatives et culturelles :

    « Des communes, pourtant en avance dans la réflexion sur ces politiques, cherchent moins aujourd’hui à promouvoir une politique éducative globale ou intégrée, jugée inatteignable eu égard à la complexité du secteur et à la multiplicité des acteurs, qu’à s’appuyer sur des thématiques spécifiques (comme la continuité éducative ou les temps de l’enfant), certes limitées mais susceptibles d’offrir des leviers d’action capables de mobiliser les acteurs qui ont des intérêts liés du fait de leur transversalité »
    Enel, 2014, p. 130.

    44Étant donné la lourdeur du dispositif de recherche ainsi pressenti, il serait alors souhaitable de consacrer une part importante du temps de recherche à la préparation du choix des terrains d’enquête, et ce, d’autant plus si l’on souhaite mener en parallèle des analyses relatives à la réussite scolaire des adolescents enquêtés.

    45Ces limites de l’analyse, dont nous laissons au lecteur le soin de compléter la liste, ne remettent pas en question, à notre sens, son apport principal, qui montre la pertinence du choix originel des terrains de la recherche INEDUC. Dans le domaine de l’action publique relative aux dimensions extra-scolaires de l’éducation des adolescents, la question des transports constitue un facteur aggravant des inégalités d’équipement globalement corrélées au degré d’urbanisation des espaces. Mais leur accès et la qualité de leur usage ne sont garantis que par une cohérence de l’action publique qui semble assez indifférente à ce paramètre des différences de contextes spatiaux.

    Bibliographie

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    Notes de bas de page

    1  Il est aussi nécessaire de rappeler ici que les sites enquêtés afin d’analyser le déploiement du PNRE sont différents, à une exception près (cas de Rennes) de ceux qui ont fait l’objet d’une analyse qualitative dans l’ensemble de l’enquête.

    2  Distinction inspirée d’Yves Bonny et Sylvie Ollitrault qui s’en sont servis pour « interroger l’articulation entre les types de régulation informels et formels des aménagements et usages de l’espace, relevant de l’ordinaire et du sens commun ou au contraire du droit et de dispositifs publics formalisés » (Bonny et Ollitrault, 2011, p. 13).

    3  À l’image de l’enquête réalisée par Olivier David pour son habilitation à diriger des recherches ; celle-ci s’appuyait sur des « données statistiques variées, auprès de plusieurs directions des services déconcentrés de l’État, du conseil général, de la Caisse d’allocations familiales et de l’Insee. Malgré la diversité des sources, cette démarche n’a pas permis de couvrir l’exhaustivité du champ d’action » (David, 2010, p. 133).

    4  Sans compter l’absence de cinéma à Monflanquin, ou à Plœmeur. Dans les autres sites enquêtés, équipement et usage pédagogique (scolaire ou périscolaire) vont de pair.

    5  Les limites préconisées par les parents à cette accessibilité ne sont pas prises en compte ici.

    6  Ce qui s’accorde avec les analyses de Champollion (2008), ainsi que celles de Grelet et Vivent (2011).

    7  Même si l’état des collectes de données n’est pas comparable : aux données peu utilisables mais détaillées et régulièrement mises à jour de l’Insee, par exemple, s’oppose la rareté des données relatives à la politique jeunesse.

    8  Dans l’étude citée de la CNAF, 21 % des communes enquêtées signalent parmi les besoins identifiés comme non couverts un « manque de lieu pour les jeunes (espace jeunes – local jeunes), lieu de rencontre, salle de spectacle » (CNAF-Caf, TMO régions et Michel Quiot Consultants, 2009, p. 84).

    9  À tel point que plusieurs professionnels interrogés ont jugé utile de se faire confirmer le caractère anonyme de l’entretien au cours de son déroulement, bien que cet anonymat ait été indiqué avant le début de son enregistrement.

    10  Source : monographie Rennes p. 18 et p. 44.

    11  Source : monographie Villedieu-les-Poêles.

    12  Par ailleurs, dans l’enquête CNAF-Caf, TMO régions et Michel Quiot Consultants déjà citée, on peut lire « le taux de retour des grilles de renseignements envoyées aux communes afin de collecter des informations sur les centres de loisirs et le budget consacré à l’enfance jeunesse est relativement bas (inférieur à 30 %). Par ailleurs, les grilles retournées ne sont pas toujours bien renseignées (par exemple, indication d’un montant et non d’un pourcentage dans la partie budget). En conséquence, nous ne sommes pas en mesure de proposer des traitements statistiques fiables basés sur l’exploitation de ces grilles » (op. cit., p. 74).

    Auteur

    • Régis Keerle
      Maître de conférences en géographie au département carrières sociales de l’IUT de Rennes (université Rennes 1), et chercheur au laboratoire Espaces et sociétés, UMR CNRS 6590 ESO (université Rennes 2). Il a publié récemment : Hardouin M., Keerle R. et al., 2018, [https://www.espacestemps.net/articles/des-fonctions-dun-glossaire-dans-un-programme-de-recherche-pluridisciplinaire/], 4 mai et David O. et Keerle R., 2016, « L’émergence du quartier dans la définition et la mise en œuvre des politiques éducatives locales en France : mobilisation des acteurs et enjeux de gouvernance locale », in P. Bonnal, P. Chevalier, M. Dedeire et J.-M. Sourisseau (dir.), Production et circulation des normes pour l’action territoriale, Montpellier, Presses universitaires de La Méditerranée, p. 91-102.
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    1  Il est aussi nécessaire de rappeler ici que les sites enquêtés afin d’analyser le déploiement du PNRE sont différents, à une exception près (cas de Rennes) de ceux qui ont fait l’objet d’une analyse qualitative dans l’ensemble de l’enquête.

    2  Distinction inspirée d’Yves Bonny et Sylvie Ollitrault qui s’en sont servis pour « interroger l’articulation entre les types de régulation informels et formels des aménagements et usages de l’espace, relevant de l’ordinaire et du sens commun ou au contraire du droit et de dispositifs publics formalisés » (Bonny et Ollitrault, 2011, p. 13).

    3  À l’image de l’enquête réalisée par Olivier David pour son habilitation à diriger des recherches ; celle-ci s’appuyait sur des « données statistiques variées, auprès de plusieurs directions des services déconcentrés de l’État, du conseil général, de la Caisse d’allocations familiales et de l’Insee. Malgré la diversité des sources, cette démarche n’a pas permis de couvrir l’exhaustivité du champ d’action » (David, 2010, p. 133).

    4  Sans compter l’absence de cinéma à Monflanquin, ou à Plœmeur. Dans les autres sites enquêtés, équipement et usage pédagogique (scolaire ou périscolaire) vont de pair.

    5  Les limites préconisées par les parents à cette accessibilité ne sont pas prises en compte ici.

    6  Ce qui s’accorde avec les analyses de Champollion (2008), ainsi que celles de Grelet et Vivent (2011).

    7  Même si l’état des collectes de données n’est pas comparable : aux données peu utilisables mais détaillées et régulièrement mises à jour de l’Insee, par exemple, s’oppose la rareté des données relatives à la politique jeunesse.

    8  Dans l’étude citée de la CNAF, 21 % des communes enquêtées signalent parmi les besoins identifiés comme non couverts un « manque de lieu pour les jeunes (espace jeunes – local jeunes), lieu de rencontre, salle de spectacle » (CNAF-Caf, TMO régions et Michel Quiot Consultants, 2009, p. 84).

    9  À tel point que plusieurs professionnels interrogés ont jugé utile de se faire confirmer le caractère anonyme de l’entretien au cours de son déroulement, bien que cet anonymat ait été indiqué avant le début de son enregistrement.

    10  Source : monographie Rennes p. 18 et p. 44.

    11  Source : monographie Villedieu-les-Poêles.

    12  Par ailleurs, dans l’enquête CNAF-Caf, TMO régions et Michel Quiot Consultants déjà citée, on peut lire « le taux de retour des grilles de renseignements envoyées aux communes afin de collecter des informations sur les centres de loisirs et le budget consacré à l’enfance jeunesse est relativement bas (inférieur à 30 %). Par ailleurs, les grilles retournées ne sont pas toujours bien renseignées (par exemple, indication d’un montant et non d’un pourcentage dans la partie budget). En conséquence, nous ne sommes pas en mesure de proposer des traitements statistiques fiables basés sur l’exploitation de ces grilles » (op. cit., p. 74).

    Adolescentes et adolescents des villes et des champs

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    Ce livre est cité par

    • Filâtre, Elsa. (2023) Les dessins de représentation de l’espace d’élèves d’école primaire : une trace des apprentissages géographiques des élèves. Recherches en didactiques, N° 35. DOI: 10.3917/rdid1.035.0097
    • Schneider, Élisabeth. Guichon, Nicolas. (2024) Les adolescents et les devoirs à la maison : représentations, pratiques, et place du numérique . Canadian Journal of Learning and Technology, 49. DOI: 10.21432/cjlt28423
    • Danic, Isabelle. Fontar, Barbara. Grimault-Leprince, Agnès. (2021) Social and Local Inequalities in Leisure. Adolescents’ Experiences in Their Living Space. Youth and Globalization, 3. DOI: 10.1163/25895745-03010007
    • Plantard, Pascal. Serreau, Matthieu. Guérin, Sandrine. Perret, Didier. (2022) La pandémie de Covid-19 : un fait social total « numérique » en éducation ?. Diversité, 200. DOI: 10.35562/diversite.1851
    • La socialisation par la nature : usages des biens naturels et reproduction des rapports sociaux dans l'enfance. DOI: 10.70675/7cb1cb30z12a3z4c99zb204z7488c9fcf510
    • Vivre et Interagir - Les jeunes des petites villes chinoises entre cinéma, numérique et expériences territoriales. DOI: 10.70675/54ca0d3ez192bz4a39z9fa9zc1a6fa1ab124

    Ce chapitre est cité par

    • Vivre et Interagir - Les jeunes des petites villes chinoises entre cinéma, numérique et expériences territoriales. DOI: 10.70675/54ca0d3ez192bz4a39z9fa9zc1a6fa1ab124

    Adolescentes et adolescents des villes et des champs

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    Keerle, R. (2021). L’action publique comme facteur d’influence des inégalités éducatives selon les contextes spatiaux : apports et limites d’une analyse comparée. In I. Danic, M. Hardouin, R. Keerle, P. Plantard, & O. David (éds.), Adolescentes et adolescents des villes et des champs. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.147702
    Keerle, Régis. « L’action publique comme facteur d’influence des inégalités éducatives selon les contextes spatiaux : apports et limites d’une analyse comparée ». In Adolescentes et adolescents des villes et des champs, édité par Isabelle Danic, Magali Hardouin, Régis Keerle, Pascal Plantard, et Olivier David. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/books.pur.147702.
    Keerle, Régis. « L’action publique comme facteur d’influence des inégalités éducatives selon les contextes spatiaux : apports et limites d’une analyse comparée ». Adolescentes et adolescents des villes et des champs, édité par Isabelle Danic et al., Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/books.pur.147702.

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    Danic, I., Hardouin, M., Keerle, R., Plantard, P., & David, O. (éds.). (2021). Adolescentes et adolescents des villes et des champs. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.147652
    Danic, Isabelle, Magali Hardouin, Régis Keerle, Pascal Plantard, et Olivier David, éd. Adolescentes et adolescents des villes et des champs. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2021. doi:10.4000/books.pur.147652.
    Danic, Isabelle, et al., éditeurs. Adolescentes et adolescents des villes et des champs. Presses universitaires de Rennes, 2021, https://doi.org/10.4000/books.pur.147652.
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