Du consensus de Washington au consensus des Commodities
La parabole du mendiant assis sur un banc d’or et la malédiction des ressources naturelles dans le néo-extractivisme latino-américain
p. 73-90
Note de l’éditeur
Traduit de l’espagnol par Perrine Curioz (université Grenoble-Alpes).
Texte intégral
1Le présent travail offre une analyse du néo-extractivisme1, politique centrale du neodesarrollismo2, conçue, encouragée et contrôlée par les gouvernements progressistes latino-américains3. La construction de l’apogée politique et la constante présence au pouvoir du progressisme sont en effet liées de manière inéluctable au, comme on l’appelle, cycle ou « consensus4 » des commodities5. On note en effet qu’entre 2003 et 2014, l’Amérique latine a joui d’une importante prospérité sur le marché des matières premières. Ce qui nous intéresse donc d’étudier du néo-extractivisme ce sont les legs politique, économique et environnemental6, tout en sachant qu’aucun des gouvernements progressistes n’est parvenu à épargner pendant les périodes de « vaches grasses » afin de pouvoir faire face durant les « vaches maigres ».
2Par la réalisation d’une synthèse des expériences néo-extractivistes, nous cherchons à comprendre à quel point les gouvernements sont parvenus à respecter leurs programmes politiques et leurs promesses électorales, principalement en ce qui concerne la lutte contre les inégalités, et la rupture avec le modèle néolibéral du « Consensus de Washington7 ». Il s’agit en effet d’analyser si les gouvernements progressistes ont réussi à se défaire de la « malédiction des ressources naturelles8 » ou s’ils ne l’ont pas plutôt perpétuée, l’accentuant davantage. Ainsi, nous allons mettre en relief des contradictions et des ambiguïtés du néo-extractivisme ; le défi étant de comprendre si, pour défier la parabole du « mendiant assis sur un banc d’or9 », le néo-extractivisme, loin de s’en tenir à des critères de durabilité, ne finit pas par incarner un maldesarrollo10.
3Le travail que nous avons mené comprend la période entre 199911 et 201712 et il est divisé en trois parties. Dans un premier temps, nous allons nous centrer sur les aspects socio-économiques du néo-extractivisme. Pour cela, nous analyserons en quoi les gouvernements progressistes ont réduit les inégalités – objectif politique premier de la gauche, également utilisé pour justifier la « spoliation de la nature13 », base même du néo-extractivisme –, en quoi se sont-ils détachés du capital transnational et comment l’extraction massive de matières premières transforme le territoire.
4La deuxième partie vise à examiner quelques impacts socio-environnementaux significatifs du néo-extractivisme, en particulier l’aggravation des conflits environnementaux et la grave dette environnementale14 ; le but étant de mettre l’accent sur la contradiction entre les discours officiels au sujet de la protection des droits de la nature et des peuples indigènes, et une réalité qui les dément.
5La troisième et dernière partie, qui se centre davantage sur des caractéristiques politiques indispensables du néo-extractivisme, étudie de quelle manière les politiques néo-extractivistes innovent en ce qui concerne l’extractivisme néolibéral et influent sur la stabilité institutionnelle.
Apporter des éléments scientifiques nouveaux au débat sur le néo-extractivisme nous a obligé à réaliser des choix méthodologiques
6L’objectif principal étant d’expliquer quelles sont les ambiguïtés et les faiblesses de cette politique, nous avons décidé d’étudier les éléments communs du néo-extractivisme au niveau régional, tout en mettant l’accent sur des particularités nationales quand il était nécessaire, plutôt que d’articuler ce travail autour de sections divisées par pays. Nous ne nous sommes pas non plus plongés dans les raisons mêmes qui ont engendré la stagnation15 et, dans certains cas, la fin du cycle progressiste.
7Tout d’abord, il est important de préciser que par « néo-extractivisme » nous entendons une forme économique d’exploitation des ressources naturelles et des produits issus de la monoculture agricole16 pour l’exportation sur le marché global des matières premières, engendrée et mise en place par les gouvernements centraux. Cela s’avère être la politique sur laquelle le progressisme latino-américain pose les bases de son programme de développement ; programme qui intègre l’Amérique latine au marché international en tant que fournisseur de matières premières pour les pays les plus développés, entraînant une reprimarisation de l’économie nationale.
8De plus, nous nous abstiendrons d’analyser les différentes classifications de « gauche17 », et nous préférerons donc utiliser de façon interchangeable « progressisme », « gauche », « gouvernements progressistes ». En ce qui concerne la notion d’inégalité, concept complexe18, nous nous centrerons ici sur ses aspects économiques, politiques et géographiques.
Néo-extractivisme : une politique pour en finir avec les inégalités et créer une société plus inclusive ?
9La disponibilité d’études majeures sur la stagnation du « tournant à gauche19 » amène à des réflexions suffisamment informées sur la véritable contribution du néo-extractivisme à un objectif commun essentiel des programmes de développement progressistes : la lutte contre la pauvreté et les inégalités socio-économiques.
10Dans un premier temps, les données indiquent une amélioration générale. En effet, chaque pays ayant un gouvernement de gauche a connu une diminution importante de la pauvreté, grâce à des mesures prises quant aux dépenses publiques sociales, en particulier les politiques d’assistance20. En ce qui concerne la diminution des inégalités, le point que nous souhaitions examiner de près, chaque pays a globalement noté une amélioration (graphique 1). Cependant, une étude en profondeur signale, quant à elle, un bilan moins encourageant.
Graphique 1. – Variation de l’inégalité, selon le coefficient de GINI.
Source : Moreira Constanza, « El largo ciclo del progresismo latinoamericano y su freno. Los cambios políticos en América latina de la última década (2003-2015) », RBCS, vol. 32, no 93 février 2017, p. 1-27.
11Afin qu’une analyse reflète de façon plus appropriée les véritables résultats du néo-extractivisme en matière d’inégalité, il est nécessaire de croiser des données macro-économiques avec d’autres inhérentes à la politique fiscale et territoriale, ainsi qu’avec des éléments de caractère politique.
12Des études récentes identifient sur le marché interne du travail le facteur déterminant de la diminution des inégalités économiques21, en termes de hausse des salaires réels et de diminution des activités informelles22. Cependant, certains chercheurs23 soulignent le fait que le niveau réel de diminution des inégalités est en réalité moindre que celui indiqué par les statistiques officielles, puisque jusqu’à aujourd’hui « the evidence on top income from administrative sources is still very limited in Latin America, and of little help to identify recent patterns in inequality in the region24 ».
Le facteur fiscal
13Il est important de noter qu’aucun gouvernement progressiste n’a réalisé de réforme fiscale structurale25 qui intégrerait dans le système fiscal les impôts sur la fortune, les taxes foncières et les taxes de succession26, et qui toucherait aussi les niveaux de revenus les plus élevés. Les systèmes fiscaux étudiés sont basés sur les revenus du travail, presque sans évoquer les plus-values, contribuant ainsi à rassembler la richesse dans les mains de la minorité des plus riches.
14En outre, l’inefficacité générale des systèmes de recouvrement27, le fort taux d’évasion et de fraude fiscale28 réduisent la capacité de l’État pour redistribuer la richesse de manière juste. L’absence de réformes fiscales, donnée commune de l’agenda progressiste, rend ainsi difficile une diminution réelle des inégalités et un développement durable29.
Inégalités socio-économiques : répartition des revenus et clientélisme
15Un aspect essentiel du néo-extractivisme, encore peu étudié en littérature, a particulièrement retenu notre attention : il s’agit de la praxis présente dans tous les pays progressistes, bien qu’ayant des modalités différentes, qui consacre une partie des revenus à des fins clientélistes. Ce phénomène, que certains auteurs définissent « capitalisme prebendario30 », a d’importantes conséquences économiques et sociales négatives. On peut donc se demander quelle relation existe-t-il entre le clientélisme et les inégalités socio-économiques ?
16En privilégiant des individus et des groupes proches du pouvoir politique, les pratiques clientélistes minent l’égalité d’opportunités entre des acteurs économiques31, en agissant contre la diminution des inégalités socio-économiques. Ces pratiques introduisent des éléments de distorsion économique qui compromettent le libre processus de formation de la richesse en réalisant une redistribution injuste des ressources publiques et privées vers les « clients » du pouvoir : politiques, lobbyistes, entrepreneurs nationaux, internationaux, entre autres. Il est important de souligner que les problèmes structuraux, engendrés ou consolidés par le clientélisme, altèrent non seulement les institutions essentielles au bon fonctionnement de la démocratie (par exemple le marché) ; mais ils menacent aussi directement les normes clés de l’État de droit, comme par exemple la garantie que les lois et les normes s’appliquent de manière égale à chaque citoyen.
17Les dysfonctionnements générés par le clientélisme finissent ainsi par produire des résultats opposés à ceux déclamés par les gouvernements progressistes en matière de réduction des inégalités économiques, en engendrant en plus des inégalités socio-politiques. Le phénomène est d’autant plus significatif que les gouvernements de gauche, de façon plus ou moins importante, ont renforcé le dispositif administratif-bureaucratique (ou en ont créé un ex novo) : partie essentielle du système qui alimente et, par la même occasion, qui s’alimente du capitalisme prebendario32.
18Si nous analysons ce qu’a apporté le néo-extractivisme à la diminution de l’inégalité dans le domaine du clientélisme, nous devons conclure avec les propos de Passarelli et Svampa « les riches sont devenus de plus en plus riches et les pauvres un peu moins pauvres33 ».
Réaménagement du territoire et inégalités territoriales sur la base du néo-extractivisme
19Afin de mettre encore plus en lumière l’efficacité du neodesarrollismo quant à la réduction de l’inégalité, nous devons nous concentrer sur le territoire et voir comment influent les politiques néo-extractivistes.
20Dans un premier temps, la construction de méga-infrastructures pour faciliter le transport des matières premières des points d’extraction vers les ports d’expédition pour le marché global intervient de façon importante dans la définition du territoire. L’« Initiative d’intégration de l’infrastructure de la région sud-américaine », IIRSA34 est un excellent exemple du processus d’organisation et de réaménagement du territoire grâce au capital transnational35, principalement chinois, qui finance des projets extractifs (figure 1).
Figure 1. – Axe multimodal Manta-Manaus de l’IIRSA, réseau de voies navigables amazoniennes.
Source : Unasur-Cosiplan, 2016.
21La création d’enclaves économiques36 est un autre élément distinctif du néo-extractivisme, il s’agit de portions de territoire de facto isolées du tissu économique national. Les grands investissements de capital transnational dans des activités extractives, qui s’implantent sur le territoire d’un pays, sont directement liés au marché international, sur lequel vont être envoyées les matières premières, et répondent par conséquent à une logique rentière de capital global. C’est pourquoi, ces investissements ne collaborent pas, et ne se répandent pas à l’économie locale (ni aux activités upstream, ni downstream). C’est au contraire l’économie locale qui est contrainte de s’adapter, de se déstructurer selon les intérêts des multinationales37, nuisant ainsi à la vocation territoriale autochtone.
22Avec sa dynamique de spoliation des terres, le néo-extractivisme opère un aménagement du territoire extérieur qui établit des fractures territoriales importantes. En effet, il amplifie et créé des asymétries fiscales38 suivant une contradiction centrale du modèle de développement capitaliste international dominant39. Cette continuité avec l’époque néolibérale indique donc une ambiguïté importante du néo-extractivisme.
Néo-extractivisme et croissance socio-économique asymétrique
23Lié aux observations concernant les enclaves économiques, il faut souligner une autre conséquence défavorable du néo-extractivisme. En effet, l’adoption d’un modèle exportateur primaire, loin de promouvoir une diversification de la matrice productive – en particulier le développement d’une industrie manufacturière nationale compétitive – entraîne une croissance économique sectorielle inégale, dans laquelle le secteur primaire est le principal à contribuer activement au PIB et au panier d’exportations.
24Des estimations CEPAL40 signalent par ailleurs que 90 % des investissements directs de la Chine en Amérique Latine entre 2010 et 2013 sont dirigés aux ressources naturelles. Cependant, il convient de souligner que la majorité des prêts chinois, en tenant en compte les « prêts pour le pétrole », a été utilisée dans des infrastructures, des logements et des activités de soutien au secteur néo-extractif (tableaux 1 et 2).
Tableau 1. – Prêt de la Banque de développement de Chine (BDC), BM et BID pour l’Amérique latine, par secteur de dépense/investissement publique (2005-2011).
USD (Millions) |
Total |
Banque mondiale |
Banque interaméricaine de développement |
Banques chinoises |
Santé |
17,9260 |
8,4630 |
9,4630 |
– |
Éducation |
7,008 |
4,389 |
2,619 |
– |
Eau, environnement |
16,144 |
7,061 |
9,084 |
– |
Administration publique |
19,105 |
11,013 |
8,092 |
– |
Finances, commerce |
18,328 |
7,170 |
9,858 |
1,300 |
Infrastructures, logement |
38,098 |
– |
4,397 |
33,701 |
Transports |
27,693 |
7,192 |
8,821 |
11,68 |
Énergie, minérais |
30,061 |
2,565 |
7,576 |
19,92 |
Autres |
10,651 |
378 |
2,028 |
8,614 |
185,0140 |
425,8530 |
61,9380 |
75,215 |
Source : élaboration de l’auteure à partir de Gallagher, Irwin y Koleski (2013), sur des données BM, BID et Banques chinoises.
Tableau 2. – Prêts chinois pour le pétrole au Brésil, en Équateur et au Venezuela et ses emplois (2008-2012).
Année |
Pays |
Emprunteur |
Prêteur |
USD (millions) |
Description (finalité) |
2008 |
Venezuela |
BANDES et PDVSA |
BDC |
4,000 |
Financement d’infrastructures et autres projets |
2009 |
Brésil |
Petrobras |
BDC |
10,000 |
Technologie du secteur pétrolier |
2009 |
Équateur |
Petroecuador |
Petrochina |
1,000 |
Avance pour le pétrole de Petroecuador |
2009 |
Venezuela |
BANDES et PDVSA |
BDC |
4,000 |
Infrastructures (y compris, satéllitaire) |
2010 |
Équateur |
Petroecuador |
BDC |
1,000 |
80 % discretionnel, 20 % sur le pétrole |
2010 |
Venezuela |
BANDES et PDVSA |
BDC |
20,000 |
Financement d’infrastructures |
2011 |
Équateur |
Petroecuador |
Petrochina |
1,000 |
Avance pour le pétrole de Petroecuador |
2011 |
Équateur |
Gouvernement |
BDC |
2,000 |
70 % discretionnel, 30 % sur le pétrole |
2011 |
Venezuela |
PDVSA |
BDC |
4,000 |
Infrastructures |
2011 |
Venezuela |
PDVSA |
ICBC |
4,000 |
Logement, habitations |
2012 |
Venezuela |
BANDES et PDVSA |
BDC |
8,000 |
Infrastructures, industrie, agricuture, activités minéraires et énergie |
Source : élaboration de l’auteure à partir de Gallagher, Irwin y Koleski (2013), sur des données BM, BID et Banques chinoises.
25Tout ce qui précède défie de manière directe un des axes des programmes politiques progressistes et du néo-extractivisme : stopper les inégalités et établir une société plus équitable et montre combien « la distance entre l’illusion et la réalité est grande ».
¡Adiós Pachamama! L’onéreux héritage socio-environnemental du néo-extractivisme
26Dans cette partie nous tenterons d’expliquer comment l’allégorie du « mendiant assis sur un banc d’or » a orienté l’action politique. Elle a en effet encouragé des modèles de développement qui contredisent les promesses politiques d’une croissance économique durable et d’un changement paradigmatique41 dans le modèle de développement vers un système où l’homme et la nature vivent en harmonie, selon des concepts politico-philosophiques novateurs comme le Buen Vivir équatorien (Sumak Kawsay)42, et le Vivir Bien bolivien (Suma Qamaña)43.
27Les dix années de gouvernements de gauche montrent le caractère à court terme et insoutenable du néo-extractivisme, qui trahit des principes constitutionnels et des normes internationales concernant le respect de la nature44, et engendre une grave dette environnementale « talon d’Achille des gouvernements progressistes45 ». L’enchaînement d’effets environnementaux négatifs du néo-extractivisme est impressionnant : de la perte de biodiversité, à la désertification, à la contamination ou l’accaparement de l’eau douce.
28De ce point de vue, bien que la rente néo-extractiviste ait financé d’importants investissements dans les dépenses publiques consacrées à l’assistance, la santé et l’éducation, il faut se demander combien lui ont servi à financer un consensus politique46 pour que les gouvernements centraux légitiment devant l’opinion publique l’expulsion de populations, le « sacrifice » des droits des peuples indigènes47 – en particulier des peuples ancestraux48 – et diverses passivités écologiques. Les cas du Parc national Yasuní en Équateur49 et de la réserve Tipnis en Bolivie50 sont emblématiques du complexe héritage environnemental du néo-extractivisme.
29Cependant, ce n’est pas le moment d’analyser en détail les effets néfastes du néo-extractivisme sur l’environnement et la santé publique. Il convient néanmoins de souligner que les politiques néo-extractivistes ont ravivé de vieilles tensions sociales concernant l’exploitation des ressources naturelles et de la terre, et créé des conflits socio-environnementaux à différents niveaux51. La réaction de la société civile, selon le pays, s’est organisée en différentes formes de résistance52 et « contre-élites53 », parvenant ainsi a différents niveaux de tension. La valeur symbolique et politique de ces mouvements défie per se la crédibilité politique des gouvernements et remet « en question la légitimité du modèle néo-extractiviste54 ».
30La mise en service de projets de grande exploitation minière, de monoculture, ou de grandes infrastructures sans en informer au préalable les populations intéressées, sans respecter ainsi les normes constitutionnelles et internationales55, montre un gouvernement central qui impose ses décisions « d’en haut », réprime l’opposition avec des modalités autocratiques, et affaiblit progressivement les contre-pouvoirs. Le progressisme instaure ainsi un fort antagonisme entre (neo)desarrollismo et environnementalisme, en dénigrant fréquemment les défenseurs de la nature – Pachamama.
31Ces aspects mettent en lumière une autre ambiguïté du néo-extractivisme : la contradiction entre l’utopie d’une société plus transparente, participative et démocratique, et des gouvernements de facto centralisateurs et autoritaires. Comme dirait Passarelli et Svampa, « plus il y a d’extractivisme, moins il y a de démocratie56 ».
Néo-extractivisme, entre légitimation politique et fragilité institutionnelle
32Le néo-extractivisme est un prisme d’analyse très utile pour mettre en relief quelques éléments cruciaux de l’action politique du progressisme.
33Il ne fait aucun doute que le tournant à gauche a encouragé le retour à un rôle au premier plan de l’État57 (que le néolibéralisme avait d’ailleurs relégué en simple rôle de coordinateur de la vie politique) avec des styles de gouvernement centralisateurs et populistes qui se rapprochent bien souvent de l’autoritarisme. L’interventionnisme de l’État dans l’économie, commun à la gauche latino-américaine, se manifeste notamment par le contrôle strict de la rente néo-extractiviste, et s’exerce souvent par le biais d’entreprises publiques58. De plus, la suprématie politique de l’État avec son offensive néo-extractiviste59 explique également le façonnage d’institutions de gouvernance pro-extractivistes. Les réformes du secteur énergétique60, la modification ou l’élaboration de lois ad hoc61 pour favoriser des politiques néo-extractivistes offrent un bon exemple de ce processus. Les disfonctionnements de gouvernance62 ainsi générés se constatent davantage lorsqu’on analyse les relations du pouvoir central avec des élites et des entreprises transnationales, d’autres acteurs protagonistes du progressisme.
34Le capital transnational affecte indirectement, mais de manière essentielle, dans le cycle des politiques publiques, depuis la formulation jusqu’à l’exécution. La Chine, comme nous avons déjà pu le voir, finance en grande partie les dépenses publiques de nombreux pays progressistes (tableau 3). Nous pouvons observer que les prêts chinois sont comparativement chers, leurs taux d’intérêt étant pour la plupart plus élevés que ceux de nombreuses banques de développement internationales.
Tableau 3. – Exposition financière des pays progressistes latino-américains vers le BDC et la Banque d’exportation et d’importation de Chine (2005-2016).
USD (mill) |
Argentine |
Bolivie |
Brésil |
Équateur |
Venezuela |
2005 |
|||||
2006 |
|||||
2007 |
750,00 |
4 000,00 |
|||
2008 |
356,00 |
||||
2009 |
60,00 |
10 000,00 |
5 500,00 |
||
2010 |
10 300,00 |
251,00 |
3 300,00 |
21 400,00 |
|
2011 |
300,00 |
2 000,00 |
5 500,00 |
||
2012 |
200,00 |
100,00 |
2 000,00 |
4 500,00 |
|
2013 |
392,00 |
10 100,00 |
|||
2014 |
4 800,00 |
509,00 |
4 000,00 |
||
2015 |
1 300,00 |
10 700,00 |
7 000,00 |
5 000,00 |
|
2016 |
1 500,00 |
15 000,00 |
2 200,00 |
2 200,00 |
|
Total |
15 300,00 |
3 511,00 |
36 806,00 |
17 401,00 |
62 200,00 |
Source : élaboration de l’auteure à partir de Gallagher, Irwin y Koleski (2013), sur des données BM, BID et Banques chinoises.
35L’important endettement des pays progressistes (graphique 2) avec la Chine explique par exemple le choix politique des gouvernements nationaux d’enlever de larges parties du territoire à la conservation de la biodiversité, ou à des activités productives de communautés locales ou ancestrales, pour l’exploitation minière.
Graphique 2. – Tendance de l’endettement avec la Chine des pays progressistes latino-américains (2005-2016).
Source : élaboration de l’auteure sur données Inter-American Dialogue 2016.
36Cependant la dépendance du capital chinois63 entraîne un autre risque majeur : une exposition plus importante de l’économie nationale aux crises internationales. En effet, des contractions significatives dans l’économie chinoise auraient un impact défavorable dans la croissance des pays qui leur sont endettés. Il convient donc d’insister sur les fortes asymétries commerciales entre les pays progressistes latino-américains et la Chine, étant donné que les premiers exportent principalement les matières premières, tandis que la Chine exporte des produits transformés à plus forte valeur ajoutée64. On comprend ainsi comment ces inconvénients compétitifs auraient d’importants reflets également sur la stabilité politique des gouvernements progressistes.
37Les élites65 quant à elles, continuent à jouer un rôle prépondérant pour orienter, réaliser ou justifier les décisions du pouvoir central. En plus des anciennes élites, surgissent de nouveaux groupes (les planificateurs équatoriens par exemple), tandis que de nombreux académiciens et intellectuels de gauche vont gagner de l’importance politique dans tout l’horizon progressiste. Ces élites agissent, chacune à sa façon et avec ses propres outils, comme des « clients » du pouvoir. Dans certains cas, leurs actions se structurent comme des formes de « capture de l’État » ou de corruption. Ce sont à l’égard de ces dérives de la gauche latino-américaine que Chomsky66 stigmatise la enormous corruption.
38Ce que nous venons d’exposer permet de souligner l’influence du néo-extractivisme dans le cadre institutionnel et la gouvernabilité d’un État. Baser les politiques de développement d’un pays, et la construction de ses institutions67 sur le cycle d’exploitation des matières premières, signifie fragiliser sa stabilité institutionnelle et exposer le pays à des risques substantiels de crise, le prix des commodities étant de plus très instable. Le risque d’un effondrement économique (en général précurseur de crises politiques) devient encore plus significatif, pouvant mener jusqu’à des cas de « mal hollandais68 », alors que le pays adopte un modèle primaire-exportateur au détriment en particulier du développement du secteur agricole69.
39D’autre part, la dynamique d’accaparement des terres dans l’intérêt du néo-extractivisme retire des espaces vitaux à une agriculture diversifiée de petits entrepreneurs – celle qui peut au mieux valoriser les ressources et les vocations locales, et créer des emplois in loco – ; en appauvrissant les sols70, et en réduisant dangereusement la souveraineté alimentaire.
40Le cas du Venezuela est emblématique de cet effet indésirable du néo-extractivisme qui s’implante dans le domaine économique et qui affecte le politique. Si beaucoup de citoyens vénézuéliens fouillent aujourd’hui dans les poubelles pour trouver de la nourriture, c’est aussi à cause du fait que le gouvernement de Chávez qui, à partir des années 200071, augmenta l’importation d’aliments, a mis en péril la production agricole nationale. Cela engendra une hausse du chômage et établit les bases de l’exode rural et de l’appauvrissement des campagnes. Les prix du pétrole en chute libre eurent raison de l’argent du boom qui servait à l’importation d’aliments et de produits divers : les magasins commencèrent à se vider, et les rues à se remplir de manifestants contre le gouvernement.
41Aux vues de ces informations, la métaphore du « mendiant assit sur un banc d’or » semble être la triste parabole de la malédiction de l’abondance72 : un néo-extractivisme qui pille la nature pour augmenter les inégalités économiques, polariser la société et inciter aux conflits et aux violences.
Conclusion
42Par le biais de ce travail nous avons tenté de faire la lumière sur l’héritage et les grandes contradictions73 du néo-extractivisme, en mettant l’accent sur comment praxis et résultats politiques démentent aussi bien les promesses électorales, que le discours officiel et les ambitieux programmes de développement.
43Les gouvernements progressistes, chacun avec ses particularités, ont mis en marche un système économique rentier basé sur la spoliation de la nature qui entraîne une reprimarisation de l’économie, en augmentant ainsi la dépendance aux grands prêteurs étrangers, principalement la Chine, et la vulnérabilité macroéconomique. Ceci, en contradiction évidente avec le manifeste politique progressiste qui veut en finir avec la dépendance de la mondialisation, et récupérer une souveraineté politique et économique.
44En faisant appel au spectre du « mendiant assis sur un banc d’or », les gouvernements progressistes ont établit une reconfiguration politique de l’ancienne relation antagonique entre développement et conservation74 afin de justifier et, y compris, de donner une valeur symbolique positive à l’opposition entre question social-indigène et question environnementale75 tandis qu’ils laissent derrière eux une embarrassante dette environnementale. Le néo-extractivisme a également redéfini le rôle de l’État dans sa relation avec le territoire, en opérant un aménagement du territoire coactif et étranger aux vocations territoriales autochtones.
45En montrant que les politiques néo-extractivistes ne parviennent de facto à mener à bien certains objectifs primordiaux de la planification nationale (par exemple la diminution des inégalités), et à suivre des principes constitutionnels fondamentaux (par exemple la défense des droits collectifs des peuples indigènes et la protection de l’environnement), nous avons mis l’accent sur d’autres ambiguïtés, voire mensonges, du néo-extractivisme qui en plus affaiblissent la crédibilité des gouvernements centraux. Si le retour de l’État aux commandes de l’action politique permet l’investissement d’une bonne partie de la rente extractiviste dans les dépenses publiques du secteur social, une autre partie, tout aussi importante, va assurer le soutien des élites et « clients », reproduisant ainsi des éléments centraux de l’extractivisme classique et néolibéral, en favorisant y compris des pratiques de corruption.
46En précisant les aspects principaux du caractère non viable du néo-extractivisme, et sa continuité avec des politiques extractivistes antérieures, nous avons démontré que cette politique n’est pas parvenue à défier les principes du capitalisme global. A fortiori, elle a engendré des impacts négatifs qui ont déstabilisé la gouvernance des pays, créant et alimentant la polarisation, les tensions mais aussi les violences sociales. Avec ses ambiguïtés et ses faussetés, qui mettent en péril sérieusement la possibilité de développement durable, le néo-extractivisme apparaît davantage comme une forme alternative de développement plutôt que la vraie alternative au développement76, qui était pourtant une des promesses des campagnes électorales consacrées aux programmes politiques et aux principes constitutionnels.
Notes de bas de page
1 Voir Bebbington Anthony, The new extraction: rewriting the political ecology of the Andes?, NACLA Report on the Americas, 42(5), 2009, p. 12-20 ; Gudynas Eduardo, « Diez tesis urgentes sobre el nuevo extrativismo. Contextos y demandas bajo el progresismo sudamericano actual », CAAP/CLAES, 2009, p. 187-225 ; Gudynas Eduardo, « El nuevo extractivismo progresista en América del sur, tesis sobre un viejo problema bajo nuevas expresiones », Colonialismo del siglo XXI. Negocios extractivos y defensa del territorio en América Latina, Barcelone, Icaria Editorial, 2011a, p. 75-92 ; Acosta Alberto, Extractivismo y neo-extractivismo. Dos caras de la misma maldición, [https://www.ecoportal.net/temas-especiales/mineria/extractivismo_y_neoextractivismo_dos_caras_de_la_misma_maldicion/], EcoPortal.net, mis en ligne le 25 juillet 2012 ; Riascos Portillo Luis Hernando, « Extractivismo Clásico y Neoextractivismo, ¿Dos Tipos De Extractivismos Diferentes? », Tendencias, Revista de la Facultad de Ciencias Económicas y Administrativas, Universidad de Nariño, vol. XV, no 2, Colombia, juillet-décembre 2014, p. 11-29 ; Aleida Azamar Alonso et Ponce Sánchez José Ignacio, « El neoextractivismo como modelo de crecimiento en América Latina », Economía y Desarrollo, La Havane, vol. 154, no 1, janvier-juin 2015, p. 185-198.
2 Bresser-Pereira Luiz Carlos, « Novo desenvolvimentismo », Globalização e Competição, Rio de Janeiro, Campus-Elsevier, 2010, p. 75-94.
3 Rodríguez-Garavito C., Barrett P. et Chávez D., « Utopia Reborn? Introduction to the Study of the New Latin American Left », in P. Barrett, D. Chávez et C. Rodríguez-Garavito (éd.), The Latin American Left: Utopia Reborn, Londres, Pluto Press, 2008, p. 1-41 ; Gaudichaud Franck, « Une Amérique latine en mouvement », in Franck Gaudichaud (dir.), Le volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme au sud du rio Bravo, Paris, Textuel, 2008.
4 Svampa Maristella, « Consenso de los commodities y lenguajes de valoración en América Latina », Revista Nueva Sociedad, no 244, 2013, p. 30-46.
5 Voir en particulier Canuto Otaviano, « The Commodity Super Cycle: Is This Time Different? », Economic Premise, no 150, Washington D.C., World Bank, 2014. Les commodities comprennent les ressources naturelles (minéraux, hydrocarbures, bois, etc.) et les dérivés de monoculture (soja, café, etc.).
6 Faute d’espace nous n’approfondirons pas les autres dimensions du néo-extractivisme.
7 Williamson John, « What Washington means by Policy Reform », in John Williamson (éd.), Latin American Adjustment: How Much has Happened?, Washington D.C., Institute for International Economics, 1990.
8 Sachs Jeffrey et Warner Andrew, « The Curse of Natural Resources », European Economic Review, Elsevier, 45, 2001, p. 827-838 ; Collier P. et Hoeffler A., « Resource Rents, Governance, and Conflict », Journal of Conflict Resolution, 49(4), Sage Publ., 2005, p. 625-633.
9 Métaphore prononcée par le président équatorien Rafael Correa durant diverses occasions. Elle fut prononcée notamment dans son discours lors du somment présidentiel des autorités indigènes et des descendants d’Africains de l’ALBA (Otavalo, Équateur, 25 juin 2010) pour légitimer ses politiques extractivistes ; puis en 2013, pour justifier l’annulation du moratoire sur l’exploitation des blocs ITT dans le parc amazonien de Yasuní.
10 Svampa Maristella et Viale Enrique, Maldesarrollo. La Argentina del extractivismo y el despojo, Buenos Aires, Katz Editores, 2014.
11 L’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez au Venezuela en 1999 est considérée comme le point de départ du tournant à gauche en Amérique latine.
12 En février 2017 des élections très tendues eurent lieu en Équateur, durant lesquelles le candidat du progressisme gagna avec une très faible majorité, ce qui lui valu des accusations de fraude.
13 Harvey David, « El “nuevo” imperialismo: acumulación por desposesión », Socialist Register, Buenos Aires, CLACSO, 2004, p. 99-129.
14 Au sujet de la dette environnementale, voir Santamaría Herrera Juan Camilo et Díaz Montaño Evelyn Ivonne, « El comercio internacional como multiplicador de la Deuda ecológica », Revista Activos, nos 16-17, 2011, p. 117-134.
15 Laclau Ernesto, « La deriva populista y la centroizquierda latinoamericana », Nueva Sociedad, no 205, septembre-octobre 2006, p. 56-62 ; Calderón Fernando, « Una inflexión histórica. Cambio político y situación socio institucional en América Latina », Revista de la Cepal, no 96, 2008, p. 121-134.
16 Food and Agriculture Organization (FAO), The state of food and agriculture. Livestock in the balance, Rome, FAO, 2009.
17 Wong Joseph, « Democratization and The Left. Comparing East Asia and Latin America », Comparative Political Studies, 37(10), 2004, p. 1213-1237 ; Castañeda Jorge, « Latin America’s Left Turn », Foreign Affairs, vol. 3, no 85, 2006, p. 28-43.
18 En plus de l’inégalité économique, la plus étudiée et connue, il existe, entre autres, les inégalités géografico-territoriales, de genre, générationnelles, ou ethniques.
19 Beasley-Murray Jon, Cameron Maxwell et Hershberg Eric, « Latin America’s left turns: a tour d’horizon », in Maxwell Cameron et Eric Hershberg, Latin America’s Left Turns: Politics, Policies, and Trajectories of Change, Boulde, Lynne Rienner Publishers, 2010, p. 1-22.
20 Les transferts monétaires conditionnés aux groupes les plus vulnérables, comme « Bolsa familia » au Brésil ; « Renta Dignidad » en Bolivie, « Jefe/as de hogar desempleados » en Argentine, en sont des exemples.
21 Mesurées par les revenus économiques du travail. Les politiques d’assistance auraient moins de poids par rapport au PIB.
22 CEPAL, Panorama Social de América Latina (LC/G.2635-P), Santiago de Chile, Nations unies, 2014 ; CEPAL, América Latina y el Caribe y China, hacia una nueva era de cooperación económica, Santiago de Chile, Nations unies, 2015 ; Salama Pierre, « Amérique latine. Varieté de parcours et vulnerabilité », in Pierre Salama, Des pays toujours émergents ?, La Documentation française, 2014, p. 89-107.
23 Passarelli Ana Milena et Svampa Maristella, Reflexiones acerca de las desigualdades en América Latina, Divulgatio, 1(1), RIDAA Repositorio Institucional de Acceso Abiertode la Universidad Nacional de Quilmes, 2016.
24 Gasparini Leonardo, Cruces Guillermo et Tornarolli Leopoldo, Chronicle of a Decelaration Foretold: Income Inequality in Latin America in the 2010s, Documento de trabajo no 198, Buenos Aires, CEDLAS/Universidad Nacional de la Plata, 2016.
25 Iñiguez Alfredo, « Estado y tributos en América latina. Avances y agendas pendientes », Nueva Sociedad, no 257, juillet-août 2015, p. 46-64 ; Passarelli Ana Milena et Svampa Maristella, op. cit.
26 En 2014, le président Correa propose d’introduire des impôts sur la succession en Équateur.
27 CEPAL, La matriz de la desigualdad social en América Latina, Santiago de Chile, Nations unies, 2016.
28 Voir en particulier Gómez Sabaini Juan Carlos, Jiménez Juan Pablo et Podestá Andrea, « Tributación, evasión y equidad en América Latina y el Caribe », in Juan Carlos Gómez Sabaini, Juan Pablo Jiménez et Andrea Podestá (dir.), Evasión y equidad en América Latina y el Caribe, Santiago de Chile, CEPAL/gtz, 2010.
29 Bárcena Alicia et Byanyima Winnie, América Latina y el Caribe es la región más desigual del mundo. ¿Cómo solucionarlo?, Santiago de Chile, CEPAL, 2016.
30 Passarelli Ana Milena et Svampa Maristella, op. cit.
31 Cette disparité se réalise sur l’accès aux informations stratégiques au sujet des licitations, des concessions publiques ; ou quand des entreprises se voient octroyer des prêts publics préférentiels, sans en respecter les prérequis.
32 Un cas extrême de clientélisme a été observé dans l’Argentine de Christina de Kirchner, où la déprédation de la rente extractiviste a augmenté les inégalités et contribué à entraîner le pays au bord de la crise économique.
33 Passarelli Ana Milena et Svampa Maristella, op. cit.
34 Vargas Mónica, « ¿Corredores de desarrollo para quién?, Apuntes críticos sobre IIRSA en Sudamérica », [www.observatorideute.org], Barcelone, Universidad Politécnica de Catalunya, 2006 ; CEPAL, La República Popular China y América Latina y el Caribe, Hacia una nueva fase en el vínculo económico y comercial, Santiago de Chile, Nations unies, 2011 ; CAF, BID, Banco Interamericano de Desarrollo et FONPLATA, Fondo para el desarrollo de cuenca Rio de la Plata. Apuntes sobre Infraestructura e Integración en América Latina, Buenos Aires, CAF/BID/FONPLATA, 2010.
35 Olivo Julio, La iniciativa IIRSA y el ordenamiento del territorio continental, Perú, Forum Solidaridad, 2008 ; Dávalos Pablo, « No podemos ser mendigos sentados en un saco de oro : las falacias del discurso extractivista », in AA.VV., El correísmo al desnudo, Quito, Montecristi Vive, 2013, p. 190-215 ; Bonilla Omar, Maldonado Paola, Silveira Manuela et Bayon Manuel, Nudos territoriales críticos en Ecuador: dinámicas, cambios y limites en la reconfiguración del Estado, Quito, 2015, [https://geografiacriticaecuador.wordpress.com/2015/01/10/articulo-nudos-territoriales-criticos-en-ecuador/] (erreur en 2021).
36 Acosta Alberto, op. cit. ; Gudynas Eduardo, « Más allá del nuevo extractivismo: transiciones sostenibles y alternativas al desarrollo », in Fernanda Wanderley (dir.), El desarrollo en cuestión, reflexiones desde América Latina, Bolivia, Oxfam y CIDES UMSA, 2011, p. 379-410.
37 Carrasco Inés et Del Hoyo Arce Jokin, Neoextractivismo, Observatorio de las Multinacionales en América Latina, 2012.
38 Les inégalités territoriales engendrent aussi une marginalisation économique et une pauvreté favorisant les tensions et les violences. Les enclaves tendent également à modifier les cultures du territoire, en introduisant de nouvelles coutumes avec des conséquences même sur la santé publique (par exemple la consommation d’alcool).
39 Veltmeyer Henry et Petras James, « Introduction », in Henry Veltmeyer et James Petras (éd.), The New Extractivism. A Post-Neoliberal Development Model or Imperialism of the Twenty-Rirst Century, New York, Zed Books, 2014, p. 1-20.
40 CEPAL, América Latina y el Caribe y China, hacia una nueva era de cooperación económica, Santiago de Chile, Nations unies, 2015, p. 62.
41 SENPLADES, Plan Nacional para el Buen Vivir 2009-2013. Construyendo un Estado Plurinacional e Intercultural, Quito, Gobierno Nacional de la República del Ecuador, 2009.
42 Ramírez René, « Socialismo del Sumak Kawsay o biosocialismo republicano », in SENPLADES, Los nuevos retos de América latina. Socialismo y Sumak Kawsay, Quito, 2010, p. 55-74 ; Caria Sara et Domínguez Martín Rafael, « El porvenir de una ilusión: la ideología del buen vivir », América Latina Hoy, vol. 67, 2014, p. 139-163.
43 Medina Javier, SumaQamaña. La comprensión indígena de la Vida Buena, La Paz, Federación de Asociaciones Municipales de Bolivia, GTZ, Proyecto de Apoyo a la Gestión Participativa Municipal, 2001.
44 Galeano Eduardo, « La naturaleza no es muda », in Alberto Acosta et Esperanza Martínez (dir.), Los Derechos de la Naturaleza, Quito, Abya Yala, 2009, p. 25-29.
45 Ainsi Esperanza Martínez, dirigeante de Acción Ecológica, dans une interview de 2016 à RadioChile.
46 Dávalos Pablo, « No podemos ser mendigos sentados en un saco de oro : las falacias del discurso extractivista », in El correísmo al desnudo, Quito, Montecristi Vive, 2013, p. 190-215.
47 Kimerling Judith, « Oil, Contact, and Conservation in the Amazon: Indigenous Huaorani, Chevron, and Yasuní », Colorado Journal of International Environmental Law and Policy, vol. 24, no 1, 2013, p. 43-115 ; Lalander Rickard et Kröger Antti Markus, « Extractivismo y derechos étnico-territoriales de jure y de facto en latinoamérica; ¿cuán importantes son las constituciones? », Observatorio del Desarrollo, vol. 23, 2016, p. 1-22.
48 Cabodevilla Miguel Ángel, El exterminio de los pueblos ocultos, Quito, Cicame, 3e éd., 2009 ; Pappalardo Salvatore E., De Marchi Massimo et Ferrarese Francesco, Uncontacted Waorani in the Yasuní Biosphere Reserve: geographical validation of the Zona Intangible Tagaeri Taromenane (ZITT), PLoS ONE 8(6): e66293, 2013.
49 Villaverde Xavier, Ormaza Fernando, Marcial Verónica et Jorgenson Jeffrey P., Parque Nacional y Reserva de la Biosfera Yasuni: Historia, problemas y perspectivas, Quito, FEPP/WCS/USAID/Embajada Real de los Países Bajos/Abya-Yala, 2005 ; Fontaine Guillaume et Narváez Iván, « Prólogo », in Guillaume Fontaine et Iván Narváez (dir.), Yasuní en el siglo XXI, Quito, FLACSO/IFEA/Abya Yala/Petrobras/CEDA/WCS, 2007, p. 13-32 ; Narváez Iván, Petróleo y poder: el colapso de un lugar singular, Quito, FLACSO/GTZ, 2009 ; Luft Jack, Reconsidering the Yasuní-ITT Initiative: How Conservation Could Have Aligned with Development, Salamanca, Instituto de Iberoamerica/Universidad de Salamanca, Documentos de Trabajo, 2015.
50 Barroso Mendizábal Verónica, « TIPNIS ¿Un conflicto ambiental o de territorio? », Letras Verdes. Revista Latinoamericana de Estudios Socioambientales, Quito, Flacso, no 11, 2012.
51 Fontaine Guillaume, El precio del petróleo: Conflictos socioambientales y gobernabilidad en la región amazónica, Quito, FLACSO/Instituto Francés de Estudios Andinos (IFEA)/Abya Yala, 2003 ; Merchand Rojas Marco Antonio, « Neoextractivismo y conflictos ambientales en América latina », Espiral, Estudios sobre Estado y Sociedad, vol. XXIII, no 66, mai-août 2016, p. 155-192 ; Composto Claudia et Navarro Mina Lorena, « Estados, transnacionales extractivas y comunidades movilizadas: dominación y resistencias en torno de la minería a gran escala en América Latina », Revista Theomai, no 25, Buenos Aires, 2012.
52 Chávez Patricia L., Mokrani Dunia et Uriona Pilar, « Una década de movimientos sociales en Bolivia », in Una década en movimiento, CLACSO/Prometeo libros, 2011, p. 71-94.
53 Espinoza Fran et Franz Junior, « Movilizaciones sociales y partidos políticos: las vías de la contra-élite en Bolivia y Ecuador », Observatório de elites políticas e sociais do brasil, vol. 3, no 13, 2016, p. 1-17.
54 Composto Claudia, « Acumulación por despojo y neoextractivismo en América Latina. Una reflexión crítica acerca del estado y los movimientos socio-ambientales en el nuevo siglo », Astrolabio, Universidad Nacional de Quilmes, no 12, 2012, p. 323-352.
55 Voir en particulier Convention no 169 de l’Organisation internationale du travail relative aux peuples indigènes et tribaux, 1989.
56 Passarelli Ana Milena et Svampa Maristella, op. cit.
57 Couffignal Georges, « Amérique latine : le surprenant retour de l’État », Une Amérique latine toujours étonnante, Paris, La Documentation française, 2012, p. 79-91.
58 Anciennes entreprises extractives nationalisées (Bolivie), la majorité appartenant à l’État (Petrobras au Brésil) ou crées ex novo (Ecuador Estratégico Empresa Pública en Équateur). Voir Bernal Federico, Petróleo, estado y soberanía. Hacia la empresa multiestatal latinoamericana de hidrocarburos, Ed. Biblos, 2005.
59 Seoane José, « Neoliberalismo y ofensiva extractivista. Actualidad de la acumulación por despojo, desafíos de nuestra América », Revista Theomai, no 26, 2012.
60 Fontaine Guillaume, Petropolítica, Una teoría de la Gobernanza energética, Quito, FLACSO-Ecuador, 2010.
61 Gudynas Eduardo, « Les droits de la nature après la fin du projet Yasuni-ITT », Avanti, 21 août 2013.
62 De Echave José, Gobernabilidad e industrias extractivas en Ecuador, Perú y Guatemala: el caso de la minería, FOCAL, 2006.
63 CEPAL, La República Popular China y América Latina y el Caribe, Hacia una nueva fase en el vínculo económico y comercial, Santiago de Chile, Nations unies, 2011 ; OCDE, CEPAL et CAF, Perspectivas económicas de América Latina. Hacia una nueva asociación con China, OECD, Paris, 2015.
64 Canavire Bacarreza Gustavo Javier et Kay Stephen, Trade Strengthens Ties between China and Latin America, Estados Unidos Federal Reserve Bank Of Atlanta Econsouth, 2011, p. 14-19.
65 Lipset Seymour M. et Solari Aldo, Elites in Latin America, New York, Oxford University Press, 1967.
66 Ainsi Noam Chomsky dans une interview de Amy Goodman au linguiste nord-américain de 2017.
67 Dabène Olivier et Lacuisse Marie-Esther, Équateur. Refonte du régime politique et remaniements institutionnels. Étude au profit de la DAS. Rapport final, Paris, Sciences-Po, OPALC, 2011.
68 Fontaine Guillaume, « Sobre bonanzas y dependencia, petróleo y enfermedad holandesa en Ecuador », Iconos, Revista de ciencias sociales, mars 2002, p. 102-110.
69 Des études récentes (Svampa Maristella, « Consenso de los Commodities, giro ecoterritorial y pensamiento crítico », Revista OSAL, CLACSO, no 32, Buenos Aires, 2012, p. 15-38) montrent que le secteur agricole est celui qui a le moins bénéficié du cycle favorable des commodities, dû aussi au caractère économique anti-cyclique du secteur.
70 Au Brésil et en Argentine, des milliers d’hectares de champs sont organisés en grands domaines agricoles destinés à la monoculture des graines pour les biocombustible, ou du soja pour l’exportation (surtout pour la Chine), en déterminant aussi une perte de la souveraineté alimentaire.
71 À partir du milieu des années 2000, le Venezuela recevait d’importantes quantités de pétrodollars.
72 Acosta Allberto, La maldición de la abundancia, Quito, Swiss Aid/Comité Ecuménico de Proyectos/Abya Ayala, 2009.
73 Gudynas Eduardo, « Si eres tan progresista ¿Por qué destruyes la naturaleza?, Neoextractivismo, izquierda y alternativas », Revista Ecuador Debate, no 79, Quito, 2010, p. 61-81 ; Lander Edgardo, Arce Carlos, Gómez Javier, Ospina Pablo et Álvarez Victor, Promesas en su laberinto Cambios y Continuidades en los gobiernos progresistas de América Latina, La Paz, IEE/CEDLA/CIM, 2013 ; Moncada Martha, Mundo: Las falacias del neoextractivismo, Movimiento 4, 2012 ; Viola Andreu, « Discursos “pachamamistas” versus políticas desarrollistas: el debate sobre el Sumak Kawsay en los Andes », Ícononos, vol. 48, 2014, p. 55-72.
74 Dietz Simon et Adger Neil W., « Economic growth, biodiversity loss and conservation effort », Journal of Environmental Management, Elsevier, no 68, 2003, p. 23-35.
75 Hollender Rebecca, « Política ambiental de los países progresistas en Latinoamérica. Buen Vivir vs. Neo-Extractivismo », Observatorio de multinacionales en América Latina, 2012.
76 Acosta Alberto, op. cit.
Auteurs
-
Elena Ciccozzi
Elena Ciccozzi est chercheuse associée au CREDA (université Sorbonne Nouvelle-Paris 3). Spécialiste en gouvernance, politiques publiques, ressources naturelles et conflits socio-environnementaux en Amérique latine, elle est l’auteure de plusieurs publications en espagnol, anglais et français. Ancienne fonctionnaire de l’ONU, elle a dirigé plusieurs projets de développement durable en différentes régions du monde.
-
Perrine Curioz
(trad.)
Université Grenoble-Alpes
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