La résistance franco-bretonne à l’expansion normande dans le nord-ouest de la Neustrie (924-954) : une marche de Normandie ?
p. 601-617
Texte intégral
1L’expansion occidentale de la principauté normande de Rouen au xe siècle est souvent présentée comme un processus linéaire : puisqu’ils ne pouvaient s’étendre vers l’est aux dépens de la Flandre, Rollon puis son fils Guillaume Longue Épée tournèrent dans le deuxième quart du xe siècle leur dynamisme expansionniste vers une principauté à genoux, la Bretagne1. Après la mort du roi des Bretons Alain le Grand vers 9072, la situation s’y était rapidement dégradée. À partir de 913, date du sac de l’abbaye de Landévennec, la Bretagne avait été prise en tenaille entre les Normands de la Loire et ceux de la Seine3. Des Scandinaves contrôlaient la Cornouaille bretonne et tout le littoral neustrien. Divers indices prouvent que cette fois-ci le Rennais et l’Avranchin, qui avaient longtemps bénéficié d’une paix relative4, ne furent pas épargnés, sinon par les violences, du moins par la panique5. Cette période dramatique y fut toutefois assez brève puisque dès 923/924, le roi Robert puis son fils Hugues le Grand y restauraient une certaine autorité.
2 Dans cet article, je voudrais concentrer mon attention non sur l’action du chef des Normands de la Seine, Guillaume Longue Épée, souvent commentée, mais sur la résistance des Bretons et des Francs qui permit à Hugues le Grand et à ses alliés britto-manceaux non seulement de rétablir le pouvoir des princes bretons, mais de contenir voire de repousser les Normands de la Seine à l’est du Bessin. Trois temps doivent être distingués : un repli ordonné des Francs (vers 923-927), suivi d’une poussée offensive de Guillaume Longue Épée (931-939) puis, après 939, un recul des Normands jusqu’en 960 environ.
Le marquis Hugues le Grand et le nord-ouest de la Neustrie (Dolois, Cotentin, Avranchin, Bessin) vers 923-927
3Comme l’avait montré Hubert Guillotel, le récit de la Translatio sancti Maglorii est un précieux instrument d’analyse des rapports politiques régionaux6. En 923/926, les moines de Saint-Magloire-de-Léhon, fuyant les Normands, rencontrèrent la caravane des clergés de Dol et de Bayeux emportant avec eux les reliques de saint Samson de Dol et des saints évêques d’Avranches, Pair, Senier et Scubilion7. La rencontre eut lieu in metas patriae, c’est-à-dire aux limites de la Bretagne8. Un jugement de Guillaume le Bâtard en faveur du monastère de Saint-Magloire de Léhon (1055/1060) permet de mieux localiser cette rencontre. Il rappelle en effet qu’un certain Garin de Bailleul9 avait concédé aux moines le monasterium de Saint-Cyr situé dans cette paroisse10. Cette aumône est l’un des très rares exemples de possession d’un monastère breton en Normandie. Elle pourrait rappeler le séjour des reliques du saint dans ce sanctuaire situé aux abords de l’Egrenne et de la Varenne. Ces deux rivières matérialisaient, selon Gérard Louise, la frontière orientale du regnum breton11. Cette frontière politique établie en 86712 coupa en deux le pagus Muffa qui englobait aussi bien le Passais sur la rive droite de la Varenne que Céaucé13 sur la rive gauche, à mi-chemin de la Mayenne14. Le pagus disparut alors, partagé entre le Maine et l’Avranchin.
4Une autre ambiguïté de la translation de saint Magloire peut être éclaircie. Si l’identification des saints dolois et avranchais ne pose pas de problème15, aucun saint du Bessin n’y est cité. Les clercs bayeusains n’auraient-ils emporté aucun corps saint dans leur fuite ? Il semble en effet que les translations au départ de Bayeux aient été plus anciennes16. Pourtant, un récit hagiographique concernant un saint du diocèse de Coutances pourrait apporter des indices nouveaux. Le texte du martyrologe de la collégiale de Beaune, consacré à la translation de saint Floxel, révèle que, parti de la villa Duurunensi située dans le pagus de Coutances, le corps fut emmené par des milites du castrum de Beaune avec le corps d’un bienheureux abbé du Maine, Herné, et qu’ils furent ensemble déposés dans la villa de Ruffey en Bourgogne17.
5L’identification du point de départ de la translation est incertaine. Le rédacteur bourguignon du Martyrologe le trouva dans la passion de saint Floxel. Celui-ci y revendique son origine cotentinaise et le récit situe le lieu de son inhumation, après son martyre, dans la villa de Duurix Duuronno18. Mais le diocèse de Coutances est un démembrement de celui de Bayeux19 et au xive siècle encore, la paroisse de Saint-Floxel, située dans la partie orientale de la péninsule du Cotentin entre le Merderet et la côte, était environnée d’enclaves bayeusaines20. Saint Floxel était le patron d’une église à Bayeux21, où le saint aurait été martyrisé22, et bénéficiait d’un office dans la liturgie diocésaine23. Floxel apparaît comme un saint du Bessin autant que du Cotentin. Il est donc tout à fait plausible que ses reliques aient trouvé refuge à Bayeux et qu’elles soient parties avec le clergé de cette cité.
6Leur première étape n’est pas précisée. Mais leur association avec le corps d’Herné ou Ernier, qui fut abbé de Céaucé24, prouverait son passage dans cette localité. Cet ex-vicus chef-lieu d’une condita25 était en outre un domaine des évêques du Mans26. Ce point de ralliement situé à une vingtaine de kilomètres de Saint-Cyr-de-Bailleul, où auraient séjourné les clercs de Saint-Magloire-de-Léhon, expliquerait la présence d’un culte rendu à saint Floxel au Mans27.
7Il reste à déterminer la date de cette translation et à savoir qui étaient les seigneurs de Beaune et de Ruffey en Bourgogne, ultimes possesseurs de ces reliques28. L’érudition de la fin du xixe siècle avait proposé d’y reconnaître Gales et Gilbert, les fils de Manassès de Chalon [-sur-Saône]29. Cette proposition séduisante peut être étayée. Manassès est un personnage bien connu de l’histoire de la Bourgogne. Il appartenait à la branche bourguignonne de la famille des Régnier-Gilbert qui, alliée aux Carolingiens, donna des ducs de Lorraine30. Il fut le plus fidèle second du comte d’Autun puis duc de Bourgogne, Richard le Justicier, dont il épousa la nièce, Ermengarde. En 911, Manassès défendit Paris contre Rollon avec le marquis Robert, puis ils rejoignirent Richard le Justicier à Chartres pour la victoire qui déboucha sur le traité de Saint-Clair-sur-Epte31. Manassès mourut en 918 et ses fils Gales et Gilbert poursuivirent son action en tant que comtes de Chalon, d’Autun et de Beaune. L’aîné, Gales, vécut jusqu’en 92432. Son frère lui succéda à Chalon. Gilbert demeura fidèle à Raoul, fils de Richard le Justicier, devenu roi en 923, puis au frère de celui-ci, le duc de Bourgogne Hugues le Noir dont il devint le gendre. Les milites castri de Beaune, dont l’auteur du Martyrologe ne connaissait manifestement pas les noms, étaient-ils les hommes de Manassès ou de ses fils ? Dans l’exode du clergé de Bretagne orientale, Hubert Guillotel a distingué deux vagues successives de départs33 : la première concerne les moines de Redon qui s’étaient réfugiés auprès du duc de Bourgogne Richard le Justicier (mort le 31 août 921), allié du carolingien Charles le Simple34 ; lors de la seconde, les clercs de Domnonée rejoignirent Paris et les Robertiens. Cette réorientation des routes de l’exode traduit un revirement politique.
8Depuis 923 au plus tard, les Robertiens avaient renoué des liens avec le Rennais : Bérenger comte de Rennes était venu à Paris rendre hommage au roi Robert Ier entre le 29 juin 922 et le 15 juin 923 (dates du règne de ce dernier)35. Peu après, Raoul fils de Richard le Justicier fut élevé à la royauté avec l’assentiment d’Hugues le Grand fils du feu roi Robert Ier. L’année suivante (924) Hugues le Grand reçut le Maine du nouveau roi Raoul36. Dans ce contexte, le rassemblement des clercs aux confins de la Bretagne et du Maine pourrait avoir été avalisé, sinon organisé, par Hugues le Grand qui accueillit ensuite le convoi à Paris37. La captation des reliques du Dolois-Avranchin, de l’Aletin et du Cotentin-Bessin montre que son influence s’étendait jusqu’aux rivages de la Manche. Ainsi, Hugues le Grand était reconnu comme un véritable marquis de Neustrie réunissant divers commandements sur les marches neustriennes38. D’ailleurs en 925, les Bajocenses se tournèrent vers lui. Ils dévastèrent les terres des Normands au-delà de la Seine. Ils entraînèrent les Parisiens, qui, avec certains fidèles d’Hugues le Grand ravagèrent le pagus de Rouen39. Cette date ainsi que les étapes de la translation coïncident bien avec celles de l’exode des clercs aletins, antérieur à 926.
9La colère des Bayeusains avait été causée par la cession du Bessin et du Maine au comte de Rouen Rollon40, gendre du marquis de Neustrie Bérenger41. Elle provoqua aussi l’exode du clergé de Bayeux42 qui évita Rouen, sa métropole naturelle. Vers 924-926, Hugues le Grand chercha surtout à préserver ses territoires neustriens des attaques normandes. Il conclut des accords de paix et des pactes de sûreté avec les chefs normands de la Seine43 et de la Loire44 afin d’affaiblir Charles le Simple45. Cette paix relative en Neustrie favorisa le voyage des reliques jusqu’à Paris. Mais en 927, Hugues reprit l’offensive contre les Normands de la Loire, avec l’appui d’Herbert de Vermandois46. Afin de renforcer sa situation politique face aux Normands et dans le royaume franc, il disposa des reliques neustriennes en faveur d’alliés anglais et bourguignons.
10Le roi anglo-saxon Athelstan joua un rôle important dans les affaires de Francie et de Bretagne vers 924-93947. Il demanda aux moines de Saint-Magloire réfugiés à Paris de lui adresser des reliques. Le prévôt des moines lui envoya des ossements des saints Senier, Scubilion et Pair, en souvenir de son père Edouard qui s’était recommandé à la fraternité de saint Samson48. Hubert Guillotel a rapproché ce cadeau du mariage entre une demi-sœur d’Athelstan, Eadhild, et Hugues le Grand49. Ainsi, à la veille de la poussée occidentale de Rollon et de son fils Guillaume Longue Épée, les relations entretenues par Hugues le Grand dans le nord-ouest neustrien s’intégraient à une géopolitique ouverte sur l’Angleterre anglo-saxonne. Avec ce mariage, Hugues le Grand se rapprochait du roi carolingien dont il devenait le beau-frère et aurait poursuivi sa politique d’apaisement avec le comte de Rouen allié de Charles. Dudon de Saint-Quentin se plaît en effet à souligner l’amicitia unissant Athelstan à Rollon puis à son fils Guillaume Longue Épée50. Mais, le témoignage du chanoine est suspect sur ce point51, car la multiplication de ces alliances croisées spirituelles et matrimoniales des familles royales franques avec la dynastie de Wessex était aussi potentiellement menaçante pour les Normands de la Seine.
11Le transfert des reliques des saints Floxel et Herné du Maine à la Bourgogne via Paris, en faveur des fils de Manassès ou de l’un d’entre eux, est moins bien documenté. Il fut plus tardif car le contexte des années 924-926 ne fut pas propice au rapprochement d’Hugues avec les princes bourguignons. En 924, Hugues le Grand assura la sécurité de sa terre par un pacte avec le Normand Rögnvald, mais le laissa envahir la Bourgogne qui fut ravagée l’année suivante52. L’alliance du roi Raoul et d’Hugues le Grand contre Herbert de Vermandois pourrait avoir été favorable à un tel transfert vers 930-93553. Mais à la mort du roi Raoul, Hugues le Grand, désormais dux Francorum, et le duc de Bourgogne Hugues le Noir, allié du roi Louis IV, entrèrent en conflit54, jusqu’à ce qu’en 940 les deux princes se réconcilient et échangent des otages sous l’égide d’Otton de Germanie55. Hugues le Noir mourut en 952. Gilbert de Chalon, fils de Manassès, devint duc de Bourgogne. Deux ans plus tard, le roi Lothaire reconnaissait à Hugues le Grand la tutelle sur la Bourgogne56, scellée par une alliance matrimoniale : le fils cadet du duc des Francs, Otton, qui installa les reliques de Floxel à Beaune, épousa Liutgarde, la fille de Gilbert auquel il succéda à la tête de la Bourgogne en 95657. Ainsi, les reliques des saints Floxel et Herné auraient été conduites en Bourgogne par des milites du duc Gilbert entre 954 et 956. Contrairement au vent de panique décrit par Lucien Musset58, la translation des reliques de saint Floxel fut encadrée. Elle suivit des itinéraires orientés par les rapports de force politiques.
Les ambitions contrariées de Guillaume Longue Épée vers l’ouest (931- 939)
12Les relations de Guillaume Longue Épée avec la Bretagne ont fait l’objet de nombreuses études, tant normandes que bretonnes. Le pivot en est la concession faite par le roi Raoul au comte de Rouen en 93359. L’expression de Flodoard, « la terre des Bretons située sur la rive de la mer », a gêné par son imprécision et fut généralement corrigée60. Pourtant, ces corrections, fondées sur le principe de fixité des circonscriptions territoriales franques constitutives de la future Normandie, sont arbitraires61. Quel aurait été l’intérêt de Flodoard d’exagérer les concessions faites à Rollon et à son fils ? Flodoard utilise aussi l’expression in ora maritima sitam, lorsqu’il évoque en 919 les ravages scandinaves en Cornouaille62. Pour son auteur la formule peut donc parfaitement s’appliquer à l’ensemble du « littoral breton » de la baie des Veys à l’estuaire de la Loire. Mais elle reflète surtout le flou de la représentation spatiale de Flodoard et n’implique nullement que Guillaume Longue Épée ait jamais exercé une quelconque forme de tutelle directe sur un territoire aussi vaste.
13L’avancée normande de 933 est étroitement liée à l’échec d’une tentative de restauration politique des princes bretons63. En 931, les Bretons secouèrent le joug scandinave64. Cet événement nous est connu par deux traditions, l’une franque l’autre normande65, qui, comme l’a montré Hubert Guillotel, divergent sans s’exclure66 : Alain Barbetorte, fils de l’ex-comte de Poher Mathuédoï, revint d’Angleterre et souleva la Cornouaille avec l’appui du comte de Rennes Bérenger, proche d’Hugues le Grand. Ce soulèvement provoqua une double campagne de représailles de la part des Normands de la Loire et de la Seine. Alain dut reprendre le chemin de l’exil, tandis que Bérenger se « réconciliait » avec son cousin germain Guillaume Longue Épée67. Il n’est pas impossible que Bérenger ait vu avec une certaine satisfaction Alain Barbetorte, petit-fils du dernier roi des Bretons Alain le Grand68, s’éloigner à nouveau69. Toutefois, les termes de cette « réconciliation » font débat depuis le xe siècle : les Bretons la considéraient comme une amicitia, établie entre « égaux70 », alors que Dudon de Saint-Quentin voulait y voir une fides, impliquant une soumission71. Le point de vue breton est aujourd’hui largement admis72, car il correspond parfaitement au mode de relation établi par Rollon et Guillaume Longue Épée avec leurs pairs73. L’amicitia s’ajoutait à la parenté existant entre les deux hommes qui étaient les petits-fils d’un marquis de Neustrie74.
14En 933, Guillaume tenta d’imposer sa domination aux princes bretons avec l’aval du roi Raoul auquel il se recommanda. Par ce ralliement, les Normands de la Seine mettaient entre parenthèses leur légitimisme carolingien75 : Charles le Simple était mort en 929 et son fils Louis ne fut restauré que sept ans plus tard. Le roi escomptait sans doute aussi une action du comte de Rouen contre les Scandinaves de Cornouaille et espérait ainsi provoquer la rupture entre les Normands de la Seine et de la Loire76. En 933, Guillaume reçut un droit de conquête ouvert sur des territoires qui au-delà de la Vire étaient devenus un enjeu non seulement entre Bretons et Scandinaves, mais entre les Scandinaves eux-mêmes.
15Que Guillaume Longue Épée aspira à dominer tout ou partie de la Bretagne se déduit de la découverte d’un denier frappé au titre de wilelm dux bri[tonum]77. Cette « course au titre » plaçait le comte de Rouen au-dessus des comtes de Cornouaille et de Rennes78, mais le mettait en concurrence avec Hugues le Grand, qui devint dux Francorum au retour de Louis IV en 93679. Guillaume fut le seul auquel Dudon de Saint-Quentin donna explicitement le titre de Northmannorum Britonumque ducem80. La monnaie et la chronique manifestaient la même ambition pour un titre qui ne fut jamais reconnu par les Francs. Bien que sa domination demeura lointaine et extensive, elle fut toutefois suffisante pour que Guillaume Longue Épée disposât ensuite de l’aide militaire des hommes du Cotentin81 qui avaient été rattachés à la Bretagne de 867 à 907 au plus tard. Il eut la capacité de mobiliser et d’activer les structures militaires correspondantes, héritées des marches franques. Mais le comte de Rouen exerça surtout un ascendant sur les princes bretons82. En 936, il négocia avec Athelstan le retour d’Alain Barbetorte en Bretagne continentale83. Cette décision qui conduisit à l’élimination des Scandinaves de Bretagne lui fut peut-être inspirée par son ambition ducale et par l’origine bretonne de Sprota, sa « concubine légitime84 », la mère de son héritier Richard Ier85, que Katharine Keats-Rohan a proposé de rattacher à la famille d’Alain Barbetorte donc à celle du dernier roi de Bretagne86. Puis en 942 encore, Guillaume organisa à Rouen une entrevue entre les princes bretons et Louis IV, lors de laquelle les trois comtes se recommandèrent au roi87.
16Malgré ces succès évidents, la poussée occidentale de Guillaume fut contenue par la restauration bretonne soutenue par Hugues le Grand. Le rétablissement breton dans le Nantais et le Poher en 936 n’avait pas concerné les abords de la Normandie. Mais trois ans plus tard, la reconquête bretonne, vigoureusement entreprise depuis 93788, atteignit les rives du Couesnon. Les princes Alain Barbetorte et Juhel-Bérenger de Rennes remportèrent à Trans89, à l’est de Dol, une victoire sur un parti de Normands. Cet événement n’est plus connu aujourd’hui que par un fragment d’annales édité à la fin du xixe siècle et confirmé par une note de Flodoard90 :
Toute la Bretagne endura tant de souffrances qu’elle fut dévastée et désertée, jusqu’à ce que sa population, dispersée de toutes parts, fut, après un certain nombre d’années, réunie de partout par le très noble comte de Rennes [Juhel-Bérenger]. Avec l’aide des comtes voisins, c’est-à-dire Alain de Nantes et Hugues du Maine, ils éliminèrent complètement cette barbarie [les Normands] vaincue par une guerre publique dans la plebs que l’on appelle Trans en roman et Tridencium en latin, le jour des calendes d’août, qu’ensuite les Bretons fêtèrent solennellement de génération en génération. Par la suite, la Létavie ou Bretagne commença à être habitée derechef par ses natifs et [ceux-ci] d’user des lois de leurs ancêtres91.
17Les forces coalisées contre les Normands du Dolois associaient, comme aux plus belles heures de la marche franque, les contingents des comtés de Nantes, de Rennes et du Mans. Le comte du Maine Hugues Ier, qui épaula Alain et Juhel-Bérenger, était le fils de Rothilde, une fille de Charles le Chauve, et d’un comte du Maine, Roger (v. 886-897) qui à la fin du ixe siècle avait supplanté les Rorgonides. En outre, il avait épousé une Rorgonide, légitimant ainsi sa domination du Maine. Il fut aussi, de 914 à 925 environ, le beau-frère d’Hugues le Grand qui avait reçu le Maine du roi Raoul en 923. Enfin Hugues du Maine apparaît dès 914 dans la fidélité des marquis robertiens de Neustrie et non directement comme vassal royal92. Sa présence à Trans est révélatrice de la reconstitution, au sud de la principauté de Guillaume Longue Épée, d’un réseau d’alliances sous l’égide d’Hugues le Grand.
18On ne sait rien des Normands vaincus à Trans. Formaient-ils un groupe de Vikings autonomes ? Étaient-ils des mercenaires, des alliés ou des fidèles de Guillaume Longue Épée qui s’étaient avancés jusque dans ce secteur depuis 931 ? Contrairement à ce que prétend le fragment annalistique ci-dessus, les Normands demeurèrent dans la région de Dol, grâce à des accords passés avec les princes bretons, jusqu’en 944 au moins93. Puis le Dolois resta sous la menace des raids ou de l’agitation de colons scandinaves jusqu’à la première décennie du xie siècle94. Le mutisme des auteurs normands sur les événements de 939 en Dolois est éloquent. Ils préférèrent rester silencieux chaque fois que leurs héros avaient été mis en difficulté. Guillaume ne put rester indifférent à ce rétablissement breton dans le Dolois, même s’il ne fut pas directement vaincu, car il était en difficulté sur sa frontière orientale : Arnoul de Flandres se faisait de plus en plus menaçant et entraînait le roi Louis IV dans son hostilité aux Normands. Flodoard signale justement pour 939 l’excommunication de Guillaume par les évêques proches du Carolingien à cause des dévastations commises par les Normands en Flandres95. Peu après, le roi Athelstan avait armé une flotte pour secourir Louis IV96. Isolé, le comte de Rouen se rapprocha du roi, auquel il se recommanda en 94097. Louis lui remit alors la terre que son père avait jadis donné aux Normands. Si l’on s’en tient à la lettre du texte, le roi ne reconnaissait au comte de Rouen, ni le Bessin et le Maine donnés en 924 par les princes francs au nom du roi Raoul, ni la terre des Bretons accordée par Raoul en 933. Ainsi, ces cessions territoriales auraient été dénoncées comme celles faites aux Scandinaves de la Loire ou de Bretagne durant le premier tiers du xe siècle au gré des rapports de force, des stratégies immédiates et des logiques clientélistes et familiales.
19À partir de 936, la reconstitution sous l’égide anglo-franque d’une principauté bretonne, même fragilisée98, contint l’influence occidentale de Guillaume Longue Épée. La limite du droit de conquête ouvert en 933 fut fixée par la restauration progressive des princes bretons qui sonna le glas des ambitions de Guillaume sur la Bretagne. En suivant Dudon de Saint-Quentin, nous pouvons au mieux admettre qu’il pouvait compter sur la fidélité des hommes du Bessin et du Cotentin. Rapportant la première tentative de restauration d’Alain Barbetorte et de Bérenger, en 931, Guillaume de Jumièges les accuse d’avoir mis leurs forces à la disposition du roi des Francs99. Bien que tardif, ce point de vue de l’historiographie normande du milieu du xie siècle est symptomatique du sentiment d’encerclement et de menace ressenti désormais par les Normands de la Seine. Pour Guillaume de Jumièges, la restauration bretonne fut un tournant. La phase de conquête s’achevait et les Normands étaient désormais sur la défensive. Guillaume n’intervint plus ensuite aux confins occidentaux de sa principauté. Jusqu’en 1030, les princes Normands n’attaquèrent pas la Bretagne100. Le recul amorcé sous Guillaume Longue Épée prit une tournure dramatique après son assassinat et lors de la difficile minorité de son fils entre 942 et 954.
Le rétablissement d’Hugues le Grand dans le nord-ouest de la Neustrie
20Selon Flodoard, à la mort de Guillaume, le roi Louis IV s’empara de son fils Richard Ier auquel il donna la terre des Normands, certains principes normands se recommandant au roi et d’autres à Hugues le Grand101. L’année suivante, le dux Francorum s’empara d’Évreux102, puis reconnut tenir la cité du roi103 auquel il donna des otages104. En 944, Louis IV avança vers le Pays de Caux et Rouen tandis qu’Hugues le Grand attaquait Bayeux que le roi lui avait donné en échange de son aide contre les Normands105. Mais ceux-ci se rallièrent au roi qui exigea la fin du siège et entra dans la cité106 contrôlée par un certain Hagroldus / Harald107. Cette action brouillonne pour rétablir l’autorité royale directe sur le Bessin profita à ce chef viking installé aussi dans le Cotentin108. Il commandait probablement l’une des colonies scandinaves résiduelles après la grande offensive des années 935-940. Bien que restées païennes, celles-ci n’étaient pas des chefferies indépendantes109, mais leur existence dépendait des pactes de sûreté et d’aide militaire conclus avec les autorités bretonnes110, normandes111 ou franques112, qui n’hésitaient pas à les utiliser comme forces d’appoint.
21Harald est un personnage bien connu de l’historiographie car son intervention fut à l’origine de la captivité de Louis IV d’Outre-mer en 945113. Sans entrer dans les détails, la trame du récit de Dudon de Saint-Quentin114 est corroborée par les notes annalistiques de Flodoard115 : Harald allié du roi l’attira à Dives-sur-Mer116, mais la rencontre dégénéra et, après une échauffourée, Louis se retrouva captif à Rouen. Pour les auteurs normands, l’affaire se conclut par le rétablissement de Richard Ier sur le comté de Rouen117, tandis que pour Flodoard, elle se prolongea en raison de l’opportunisme d’Hugues le Grand qui confia le roi à la garde de Thibaud le Tricheur pour l’échanger contre la cité de Laon118. En 944, le Dolois était dans une situation similaire à celle du Bessin. Les princes bretons Alain et Bérenger y rompirent la trêve avec les Normands, mais leur dissension conduisit à une nouvelle catastrophe, qui coûta notamment la vie à l’évêque de Dol119.
22Harald ne fut chassé du continent qu’en 954 par le dux Francorum120. Pourquoi le duc accorda-t-il un délai d’une décennie à Harald ? En 945, le revirement d’Harald et la capture de Louis IV avaient servi les intérêts d’Hugues le Grand. Le duc des Francs voulut conserver à proximité un allié si utile contre le roi et qui limitait de facto la puissance du comte de Rouen. En 948 et 949, le duc fut confronté à la coalition des trois rois, Otton de Germanie, Louis IV et Conrad de Bourgogne. Hugues attaqua les villes de Soissons et de Laon grâce à « ses mercenaires normands121 ». S’il s’était agi de l’armée de Richard exécutant un service pour son seigneur, Flodoard l’aurait sans doute précisé, compte tenu de la valeur de cette information géopolitique122. Qui gouvernait la Normandie entre 945 et 954 ? Si l’on en croît Dudon de Saint-Quentin, Harald exerça une véritable régence sur la principauté123. Il commandait sans doute aussi les Normands d’Hugues vers 950, dont une partie au moins devait provenir de Normandie occidentale. Finalement, Hugues ne se décida à expulser Harald de son repaire cotentinais qu’après la mort du roi Louis IV, alors qu’il n’avait plus rien à redouter de l’héritier de la couronne, encore adolescent.
23Cette intervention a été interprétée comme l’aide d’Hugues à son vassal Richard, auquel il aurait assuré la domination sur tous les Normands du continent124. Or aucun document ne dit cela. Cette conjecture est fondée sur la promesse faite par Richard d’épouser Emma, fille d’Hugues le Grand (v. 954)125. Mais divers éléments conduisent à douter de ce raisonnement. Dudon de Saint-Quentin précise que, lors de cette desponsatio, il n’y eut pas la fesceniae coemptio d’usage, c’est-à-dire de transaction au moment du serment, mais qu’un délai fut fixé126. Cet engagement matrimonial ne s’accompagna donc pas d’une « restitution » immédiate des terres situées à l’ouest de la Vire. D’ailleurs depuis la fin du règne de Guillaume Longue Épée, les « droits » du comte de Rouen sur le nord-ouest de la Neustrie, concédés de manière plutôt vague par un roi sans postérité (Raoul), étaient fragilisés. Qui s’en souvenait, sinon les lecteurs de Flodoard ?
24Pourtant l’ascension de Thibaud le Tricheur pourrait avoir décidé Hugues à favoriser l’implantation de Richard dans le Bessin et le Cotentin. La principauté territoriale du vicomte de Tours et comte de Blois (avant 940) était redoutable pour le Robertien comme pour Richard Ier127. Dès 942, Thibaud, avait épousé la veuve de Guillaume Longue Épée, fille d’Herbert de Vermandois128. Il s’ouvrait ainsi la porte de l’Évrecin et du pagus de Madrie, entre l’Eure et la Seine, où Liégeard avait reçu de son premier mari des possessions au titre de son douaire129. N’aurait-elle pas été à l’origine de la discorde entre les Normands païens et chrétiens qui livrèrent la cité d’Évreux au duc des Francs en 943130 ? Il donna sa soeur en mariage à Alain Barbetorte, qui, à sa mort en 952, lui confia la garde de Drogon son héritier. Il contrôla ensuite le comté de Rennes en s’appuyant sur le comte Juhel-Bérenger et Wicohen l’évêque de Dol131. Puis Thibaud s’empara du comté de Chartres (956-960) qui avait été une base arrière de la marche de Bretagne carolingienne132, utilisée au début du xe siècle contre les Normands de la Seine133. Enfin, il détourna Hugues II du Maine de son alliance traditionnelle avec le dux Francorum robertien. Hugues II était le fils d’Hugues Ier qui avait participé à la victoire de Trans134. L’alliance britomancelle qui s’opposait depuis 939 à l’expansion occidentale et méridionale de la principauté normande était donc toujours active vers 960135. L’assaut du comte de Blois-Chartres contre la Normandie en 962 s’appuya sur ce large réseau136.
25À s’en tenir aux documents, il me semble que l’enseignement à retirer de la campagne de 954 est la restauration de l’autorité directe du dux Francorum jusqu’au nord de la péninsule du Cotentin et dans le Bessin. En revanche, le seul gain immédiat pour Richard Ier fut d’être débarrassé de la tutelle encombrante d’Harald. Ce qui n’était certainement pas négligeable pour le prince rouennais.
26Ainsi de 924 à 954, Hugues le Grand contint l’expansion méridionale et occidentale des Normands. À défaut d’établir une véritable marche, le long d’un front s’étendant de l’Évrecin au Cotentin, par le Maine et le Bessin, il pratiqua une véritable politique obstinée « d’endiguement ». Après l’éphémère poussée de Guillaume Longue Épée, cette politique eut pour objectif de maintenir la Normandie dans ses premières limites qui, sur la rive gauche de la Seine, nous sont inconnues137. Elle associait les Francs, les Bretons mais aussi les Normands de l’Évrecin et du Cotentin. Après la mort d’Hugues le Grand le 16 juin 956, son vassal Thibaud le Tricheur poursuivit cette politique pour son propre compte. La dilatatio de la principauté de Rouen ne fut pas linéaire. Elle subit des reculs vers 939-942 en raison des circonstances et d’une résistance britto-franque devenue efficace. Toutefois, dans les dernières décennies du xe siècle, les Normands de Rouen revendiquèrent les conquêtes occidentales du comte Guillaume, alors que les clercs rouennais y affirmaient parallèlement leur autorité. Mais les conditions dans lesquelles le comte de Rouen établit sa domination définitive sur la Normandie occidentale après 960 est un autre sujet.
Notes de bas de page
1 Cette expansion reposerait sur deux cessions successives en 924 et 933 (Neveux F., La Normandie, des ducs aux rois, Rennes, 1998, p. 26) selon un processus s’inscrivant dans les dynamiques politiques du royaume franc, Bates D., Normandy before 1066, Londres-New York, 1982, p. 9-10 ; Bauduin P., La première Normandie (xe-xie siècles), Caen, 2004, p. 145-161.
2 Chédeville A. et Guillotel H., La Bretagne des saints et des rois ve-xe siècle, Rennes, 1984, p. 372-373.
3 Guillotel H., « Le premier siècle du pouvoir ducal breton (936-1040) », Principautés et territoires et Études d’histoire Lorraine (Actes du 103e Congrès des Sociétés savantes, Nancy-Metz, 1978), Paris, 1979, p. 63-69.
4 Les comtes de Rennes semblent s’être maintenus (Guillotel H., « Le premier siècle du pouvoir ducal breton », op. cit., p. 65). Protégé par une baie profonde au fort marnage et des solitudes boisées, l’Avranchin constitua un havre de paix et un refuge jusqu’au début du xe siècle. Le Mont-Saint-Michel fut d’ailleurs le seul monastère de la province ecclésiastique de Rouen à n’avoir connu aucun exode. L’archéologie témoigne aussi de cette situation (Levalet D., « Les fouilles de la cathédrale d’Avranches », Archéologie Médiévale, t. XII, 1982, p. 120).
5 Cartulaire de l’Abbayette (997-1427), Bertrand de Broussillon A. (éd.), Paris, 1894, n° 1, 12 octobre 997, p. 10.
6 Guillotel H., « L’exode du clergé breton devant les invasions scandinaves », Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, t. lix, 1982, (désormais noté Translatio sancti Maglorii), p. 310.
7 Chédeville A. et Guillotel H., La Bretagne des saints et des rois, op. cit., p. 381-384 et p. 388-389. Le siège d’Avranches n’avait plus de titulaire depuis 863. Il est fort probable que ce diocèse était alors rattaché à celui de Dol dont le roi Salomon voulut faire le siège métropolitain de Bretagne.
8 Le texte de la Translatio sancti Maglorii est connu par des fragments d’un récit fiable des pérégrinations des moines au xe siècle interpolés vers 1160-1181 par les moines de Saint-Magloire de Paris, dans une compilation historique formée de divers emprunts à l’historiographie de Fleury-sur-Loire (Translatio sancti Maglorii, p. 306-308 ; Poulin J.-C., « Les dossiers de S. Magloire de Dol et de S. Malo d’Alet (Province de Bretagne) », SHG II, Francia, 17/1, 1990, p. 204-206).
9 Saint-Cyr-du-Bailleul, Manche, cant. Barenton.
10 Fauroux M., Recueil des actes des ducs de Normandie (911-1066), Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XXXVI, 1961 (désormais noté RADN), n° 209, p. 398-399.
11 Louise G., La seigneurie de Bellême xe-xiie siècles, dévolution des pouvoirs territoriaux et construction d’une seigneurie de frontière aux confins de la Normandie et du Maine à la charnière de l’an mil, Flers, Le Pays bas-Normand (Le Pays bas-normand, n° 199-200, 1990-3/4) t. I, p. 100-105 et carte p. 104 ; Jean-Pierre Brunterc’h a proposé un tracé légèrement différent, empruntant des cours d’eau situés plus à l’ouest, l’Ernée un affluent de la Mayenne, puis la Glaine et l’Airon qui se jette dans la Sélune à la hauteur de Saint-Hilaire-du-Harcouët (Brunterc’h J.-P., « Géographie historique et hagiographie : la vie de saint Mervé », Mélanges de l’École française de Rome, t. 95-1, 1983, p. 41 et carte p. 43).
12 Traité de Compiègne par lequel Charles le Chauve cède à Salomon le comté de Cotentin (Annales Bertiniani, G. Waitz (éd.), MGH, SRG, t. II-5, Hanovre, 1883, a. 867, p. 87-88).
13 Céaucé, Orne, cant. Domfront.
14 Brunterc’h J.-P., « Géographie historique… », op. cit., p. 46 ; Louise G., La seigneurie de Bellême…, op. cit., p. 161-170.
15 Ces saints sont connus par la Vita sancti Paterni de Fortunat (Pigeon E.-A., Textes français et latins des vies des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches, Avranches, 1892, t. i, p. 48-54).
16 Lair J., « Études sur les origines de l’évêché de Bayeux », Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXIII, 1862, p. 89-124 et t. 24, 1863, p. 281-323.
17 Acta sanctorum, t. 45, 17 septembre, v, p. 478C, d’après le martyrologe de la collégiale de Beaune, ms f° 63, cité par Emile-Aubert Pigeon, (Vies des saints, op. cit., t. I, p. 4, n. 1) : Undecimo Kalenda maii, Belno castro, exceptio sanctorum Floscelli et Hernei, ex quibus gloriosus Christi athleta Floscellus, sicut passio ipsius scripta testatur, a fidelibus christianae religionis scriptoribus, in villa Duurunnensi, quae est in pago Constantino, digna veneratione sepultus est et a Deo magnis est virtutibus clarificatus. Sed cum invalescente gentilium furore, eo in loco debiti honoris religione sanctissima membra carerent, a quibusdam praedicti castri militibus, pariter cum Beato Herneo, Cenomannensi abbate reverendissimo, in villam Ruffianam transportati, signis et virtutibus claruerunt. Inde divina disponente misericordia, Othonis comitis tempore, in Belnensium translati sunt. […]
18 Acta sanctorum, t. 45, 17 septembre, v, p. 478E-481 [BHL 3068-3069] ; Pigeon E.-A., Vies des saints…, op. cit., t. I, p. 28. Généralement identifié à Saint-Floxel, Manche, cant. Montebourg.
19 Jarry T., « Les débuts du christianisme dans le Cotentin », Revue de la Manche, t. 41, fasc. 161, janvier 1999, p. 8-9 ; Deniaux E., Lorren C., Bauduin P., Jarry T., La Normandie avant les Normands, de la conquête romaine à l’arrivée des Vikings, Rennes 2002, p. 321-322.
20 Longnon A., Pouillés de la province de Rouen, Paris, Recueil des Historiens de la France (Pouillés, ii), Imprimerie nationale, 1903, p. LXVI.
21 Longnon A., Pouillés…, op. cit., p. 98.
22 Lair J., « Saint-Floxel, martyr à Bayeux ? », Bibliothèque de l’École des chartes, t. XXIX, 1868, p. 558-575.
23 Chevalier U., Ordinaire et coutumier de l’église cathédrale de Bayeux (xiiie s.), Paris, 1902, p. 249 : des messes et des chants en l’honneur des saints Lambert et Floxel sont inscrits à l’ordinaire de la cathédrale.
24 Vita Ernaei, Acta Sanctorum, août, t. II, 1735, p. 426-427.
25 Brunterc’h J.-P., « Géographie historique… », op. cit., p. 45-47 ; id., « Le duché du Maine et la marche de Bretagne », Atsma H. (éd.), La Neustrie, les pays au nord de la Loire de 650 à 850, Sigmaringen, (Beihefete des Francia, 16/1), 1989, p. 99 ; Louise G., La seigneurie de Bellême…, op. cit., t. i, p. 165-166.
26 L’évêque Francon Ier (793-816) fit construire une église à Céaucé, domaine épiscopal (Actus pontificum Cenomannis in urbe degentium, Archives historiques du Maine, t. 2, Busson G. et A. Ledru A. (éd.), Le Mans, 1902, p. 292-293) ; Louise G., La seigneurie de Bellême…, op. cit., t. I, p. 304.
27 Pigeon E.-A., Vies des saints…, op. cit., t. I, p. 4. Contrairement à l’opinion du chanoine Pigeon, je ne pense pas qu’il soit nécessaire, pour expliquer l’apparition de ce culte, d’envisager un détour des reliques de saint Floxel par Le Mans. Car il est possible que les clercs du Bessin aient abandonné à Céaucé une part de leurs reliques aux clercs manceaux, qui les auraient installées plus tard dans le siège diocésain. Les conquêtes de Guillaume le Bâtard dans ce secteur du Passais vers 1060 pourraient avoir constitué un contexte favorable à ce transfert.
28 Les reliques d’un autre saint du Bessin, Regnobert, qui avaient quitté le Bessin depuis 846 s’étaient retrouvées elles aussi en Bourgogne à la fin du ixe siècle (Lair J., « Études sur les origines de l’évêché de Bayeux, i. », op. cit., p. 98 et 105) ; elles auraient été transportées à Varzy puis à Beaune en 886 et le saint était honoré à Auxerre.
29 Pigeon E.-A., Vies des saints…, op. cit., p. 3.
30 Chaume M., Les origines du duché de Bourgogne, Dijon, 1925, t. I, p. 86-87, p. 266 et tableaux généalogiques n° IX et XI ; Le Jan R., Famille et pouvoir dans le monde franc (viie-xe siècles). Essai d’anthropologie sociale, Paris, 1995, tableaux généalogiques, n° 69 et 70, p. 453.
31 Chaume M., Le duché de Bourgogne, op. cit., p. 355-369.
32 Flodoard, Annales, Lauer P. (éd.), Paris (Collection de textes pour servir à l’étude et l’enseignement de l’histoire), 1905 (désormais noté Flodoard), a. 924, p. 21 ; Chaume M., Le duché de Bourgogne…, op. cit., p. 406-407 et p. 421 n. 2.
33 Chédeville A. et Guillotel H., La Bretagne des saints et des rois, op. cit., p. 385.
34 Richard le Justicier installa en Bourgogne le corps de saint Maixent et les moines de Redon (Cartulaire de l’abbaye de Redon, A. de Courson (éd.), Paris, 1863, n° CCLXXXIII, p. 228-230 ; Guillotel H., « L’exode du clergé breton… », op. cit., p. 285-286).
35 Translatio sancti Maglorii, p. 315 ; CHédeville A. et Guillotel H., La Bretagne des saints et des rois, op. cit., p. 388-389. Ce Bérenger était le descendant homonyme d’un marquis de Neustrie qui s’était maintenu dans le Bessin jusqu’en 895 environ (ibidem, p. 394-395 ; Guillotel H., « Une autre marche de Neustrie », Keats-Rohan K.S.B. et Settipani C. (éd.), Onomastique et parenté dans l’Occident médiéval, Oxford (Prosopographica et Genealogica, 3), 2000, p. 7-13.
36 Flodoard, a. 924, p. 20 ; Hugues de Fleury, Modernum regum Francorum actus, Lauer P. (éd.), Paris, (Collection de textes pour servir à l’étude et l’enseignement de l’histoire), 1905, p. 213. Cette concession est difficile à délimiter. Au ixe siècle, il existait une identité entre la Ducatus Cenomanicus et le Neustriae Regnum (Brunterc’h J.-P., « Le duché du Maine… », op. cit., p. 45, n. 89). Durant les décennies 880-890, les commandements en Neustrie étaient multiples (Bauduin P., La première Normandie…, op. cit., p. 103-107). Vers 895/898, une nouvelle dynastie comtale, les Hugonides, s’implanta au Mans. Elle s’allia aux Robertiens vers 915/920 (Louise G., La seigneurie de Bellême…, op. cit., p. 168-169).
37 Translatio sancti Maglorii, p. 311.
38 Pour Flodoard, la terram Hugonis s’étendait entre la Loire et la Seine (Flodoard, a. 924, p. 24-25).
39 Flodoard, a. 925, p. 30.
40 Ibidem, a. 924, p. 24.
41 Bauduin P., « Chefs normands et élites franques, fin ixe-début xe siècle », Bauduin P. (dir.), Les fondations scandinaves en Occident et les débuts du duché de Normandie, Caen, 2005, p. 192. Sur l’origine de Popa épouse de Rollon, voir Chédeville A. et Guillotel H., La Bretagne des saints et des rois, op. cit., p. 393-395 ; Bauduin P., La première Normandie, op. cit., p. 129-132 ; Keats-Rohan K.S.B., « Poppa de Bayeux et sa famille », Keats-Rohan K.S.B. et Settipani C. (éd.), Onomastique et parenté dans l’Occident médiéval, Oxford (Prosopographica et Genealogica, 3), 2000, p. 146-151.
42 Dudon de Saint-Quentin signale l’existence vers 930 d’un évêque de Bayeux nommé Henri à Fécamp (Dudon de Saint-Quentin, De gestis Normanniae ducum seu de moribus et actis primorum Normanniae ducum, LairJ. (éd.), Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. xxiii, 1865 (désormais noté DSQ), iv-66, p. 219 ; Bauduin P., La Normandie avant les Normands, op. cit., p. 403-404). Cet évêque pourrait être un Hunrochide, apparenté au marquis Bérenger donc à Popa femme de Rollon. Une scission au sein du clergé entre ceux qui acceptèrent la domination normande et ceux qui la refusèrent est possible.
43 Flodoard, a. 925, p. 32 ; ce pacte est conclu peu après la défaite de Rollon à Eu face au roi Raoul, à Herbert de Vermandois et à Arnoul de Flandre (ibidem, p. 31).
44 Ibidem, a. 924, p. 25 ; Bauduin P., La première Normandie…, op. cit., p. 155-156.
45 Bates D., Normandy before 1066, op. cit., p. 10 ; Bauduin P., La première Normandie…, op. cit., p. 146.
46 Flodoard, a. 927, p. 37-38.
47 Stafford P., Unification and conquest. A political and social history of England in the tenth and eleventh centuries, Londres, 1989, p. 36. Il accueillit le comte de Poher Mathuedoï et son fils Alain, dont il était le parrain (Chronicon Namnetense, Chronique de Nantes (570 environ-1049), Merlet E. (éd.), Paris, (Collection de textes pour servir à l’étude et l’enseignement de l’histoire), 1896, c. XXVII, p. 80-83).
48 Guillaume de Malmesbury, De gestis regum Anglorum, Mynors R.A.B., Thomson R.M. et Winterbottom M. (éd.), Oxford, 1998, t. I, ii-138, p. 154-155, n. 2 ; Stafford P., Unification and conquest…, op. cit., p. 186-197.
49 Flodoard, a. 926, p. 36 ; Guillaume de Malmesbury, De gestis regum Anglorum, op. cit., t. I, p. 149-151 ; Guillotel H., « L’exode du clergé breton… », op. cit., p. 297.
50 DSQ, ii-9, p. 149 ; DSQ, ii-17, p. 158 ; DSQ, iii-49, p. 194 ; DSQ, iv-66, p. 218.
51 Bauduin P., La première Normandie…, op. cit., p. 155.
52 Flodoard, a. 924, p. 25 ; ibidem, a. 925, p. 26. L’intervention d’Hugues le Grand semble même avoir retardé les représailles contre les Normands et permis la fuite de l’armée normande assiégée par le roi Raoul (ibid., a. 925, p. 28-29). Toutefois, certains fidèles d’Hugues participèrent à une attaque du Rouennais (ibid., a. 925, p. 30).
53 Werner K.-F., Les origines, Favier J. (dir.), Histoire de France, Paris, 1984, p. 518-519.
54 Ibidem, p. 524-525 ; Flodoard, a. 936, p. 64-65 ; ibid., a. 939, p. 71.
55 Ibid., a. 940, p. 78. En 944, le duc des Francs assiégea Bayeux grâce à des Bourguignons (ibid., a. 944, p. 95).
56 Ibid., a. 954, p. 139.
57 Werner K.-F., Les origines, op. cit., p. 545.
58 Musset L., « Les translations de reliques en Normandie (ixe-xie siècles) », Bouet P. et Neveux F. (éd.), Les saints dans la Normandie médiévale, Caen, 2000, p. 102-103.
59 Flodoard, a. 933, p. 55 : Willelmus princeps Nordmannorum, eidem regi se committit ; cui etiam rex dat terram Brittonum in ora maritima sitam.
60 À la suite d’autres auteurs, Hubert Guillotel a limité la concession de 933 au Cotentin et à l’Avranchin car, dit-il, « elle ne pouvait viser le littoral du comté de Rennes et son arrière-pays, qui ne furent progressivement intégrés à la Normandie qu’à partir de 1009 » (Chédeville A. et Guillotel H., La Bretagne des saints et des rois, op. cit., p. 397). Or je crois que l’on ne peut pas déduire de la situation de l’an mil les contours des influences territoriales du premier tiers du xe siècle.
61 Louise G., La seigneurie de Bellême…, op. cit., t. I, p. 137-139.
62 Flodoard, a. 919, p. 1 : Nordmanni omnem Britanniam in Cornu Galliae, in ora scilicet maritima sitam depopulantur […].
63 François Neveux a inversé le raisonnement. Il pense que Guillaume se recommanda à Raoul afin d’obtenir l’aide du roi contre les Bretons (Neveux F., La Normandie des ducs aux rois…, op. cit., p. 34). La référence à une victoire bretonne près de l’estuaire de l’Orne est incertaine car elle n’est attestée que par un texte de tradition plus que douteuse (Flodoard, p. 50, n. 5).
64 Quaghebeur J., « Norvège et Bretagne aux ixe et xe siècles : un destin partagé », Bauduin P. (dir.), Les fondations scandinaves en Occident et les débuts du duché de Normandie, Caen, 2005, p. 123. Cette tentative fut peut être motivée par la victoire du roi Raoul sur les Normands de la Loire en 930 (Flodoard, a. 930, p. 45).
65 DSQ, iii-41, p. 185 ; Flodoard, a. 931, p. 50.
66 Les deux récits fournissent deux épisodes complémentaires des luttes entre Bretons et Normands : l’un en Cornouaille et l’autre en Nova Britannia (Guillotel H., « Le premier siècle du pouvoir ducal breton », op. cit., p. 63-69 ; Chédeville A. et Guillotel H., La Bretagne des saints et des rois, op. cit., p. 392-395).
67 Dudon de Saint-Quentin, à la fin du xe siècle, mettant en scène une rencontre en marche sur le Couesnon entre le comte Bérenger et Guillaume, évoque « un serment de fidélité perpétuelle et de service » – sacramento perseverendae fidelitatis et servitii (DSQ, iii-41, p. 185) – que ses continuateurs résument par la formule « il ramena à lui – sibi reconciliavit – Bérenger le plus puissant des Bretons » (GUILLAUME DE Jumièges, The Gesta Normannorum Ducum of William of Jumièges, Orderic Vitalis et Robert of Torigny, Van Houts E.M.C. (éd.), Oxford, (Oxford Medieval Texts), 1992-1995 (désormais noté GND), iii-1, t. I, p. 77 ; Hugues de Fleury, Modernum regum Francorum actus, op. cit., p. 214).
68 Guillotel H., « Le premier siècle du pouvoir ducal breton », op. cit., p. 69.
69 Hugues de Fleury distingue explicitement Bérenger par rapport à Alain (Modernum regum Francorum actus, op. cit., p. 214) : Berengarium eorum [Britones] ducem potentissimum et Alanus alterum ducem eorum. Après la mort d’Alain en 952, ce furent les descendants de Bérenger qui prirent l’ascendant en Bretagne.
70 Dudon de Saint-Quentin expose le point de vue breton pour le dénoncer (DSQ, iii-39, p. 183) : […] Britones tenorem fidei quam promiserant penitus abdicantes, coeperunt contra Willelmum ducem esse rebelles […] dicentes : […) Nihil nobis et tibi nisi amicitia et concordia, paribus voluntatibus aequalique concilio deliberato.
71 DSQ, iii-38, p. 182-183.
72 Felicia Lifshitz pense que le servitium et la fidelitas sont dus dans le cadre d’une alliance réciproque et égalitaire ou amicitia, en échange d’une assistance (adiutorium) et d’une protection (tutela) (Lifshitz F., « Translating “feudal” vocabulary : Dudo of Saint-Quentin », Haskins Society Journal, t. IX, 1997, p. 44 et 46-49).
73 Bauduin P., « Chefs normands et élites franques… », op. cit., p. 182-187.
74 Chédeville A. et Guillotel H., La Bretagne des saints et des rois, op. cit., p. 393-395 ; Keats-Rohan K.S.B., « Poppa de Bayeux… », op. cit., p. 140-153 ; Bauduin P., La première Normandie, op. cit., p. 129-132.
75 En 927 au château d’Eu, Guillaume se recommanda à Charles le Simple et conclut une amicitia avec Herbert de Vermandois, dont il épousa la sœur (Flodoard, a. 927, p. 39-40). Pour l’année suivante, Flodoard note que le fils de Rollon tenait encore des otages pour le compte du roi Charles (ibidem, a. 928, p. 41).
76 Privés du soutien des Normands de la Seine, ceux de la Basse-Loire subirent une lourde défaite dans le Berry (Flodoard, a. 935, p. 62).
77 Dolley M. et Yvon J., « A group of tenth-century coins found at Mont-Saint-Michel », The British Numismatic Journal, t. XL, 1972, p. 12 ; Eleanor Searle a voulu y reconnaître une monnaie celte frappée à Chester, mais son argument est peu convaincant (Searle E., Predatory kinship and the creation of Norman power, 840-1066, Berkeley, 1988, p. 53 et p. 281, n. 71).
78 Chédeville A. et Guillotel H., La Bretagne des saints et des rois, op. cit., p. 227 : le titre ducal normand n’existait pas, alors que le ducatus des Bretons avait été confié à Nominoé par Louis le Pieux en 831 et il était alors vacant (Brunterc’h J.-P., « Le duché du Maine… », op. cit., p. 54-55). L’usage du titre ducal fut un levier pour l’affirmation du pouvoir normand en Neustrie.
79 Werner K.F., « Quelques observations au sujet des débuts du duché de Normandie », Droit privé et institutions régionales. Études historiques offertes à Jean Yver, Rouen-Paris, 1976, p. 698, n. 24 et p. 701.
80 DSQ, iii-59, p. 203 ; DSQ, iii-52, p. 196 ; DSQ, iii-54, p. 198.
81 DSQ, iii-60, p. 204 ; DSQ, iv-81, p. 237. Les hommes du Cotentin sont toujours associés à ceux du Bessin.
82 L’extrait d’une charte de confirmation de Richard II en faveur du Mont-Saint-Michel (RADN, n° 49, p. 161, 1025/1026) a été utilisé pour prouver la domination effective de Guillaume Longue Épée jusqu’au Couesnon. Cet extrait s’inscrit dans un processus de réécriture de l’histoire montoise selon les canons historiographiques Normands, qui débuta avec l’abbatiat de Thierry de Jumièges (1023-1027). D’ailleurs avant 1023, l’abbaye demeura essentiellement Neustrienne et bien peu « bretonne » ou « normande » (Keats-Rohan K.S.B., « L’histoire secrète d’un sanctuaire célèbre. La réforme du Mont-Saint-Michel d’après l’analyse de son cartulaire et de ses nécrologes », Bouet P., Otranto G. et Vauchez A. (dir.), Culte et pèlerinage à saint Michel en Occident. Les trois monts dédiés à l’archange, Rome, (Collection de l’École française de Rome, 316), 2003, p. 138-159).
83 Flodoard, a. 936, p. 63 ; DSQ, iii-49, p. 193-194 ; Chédeville A. et Guillotel H., La Bretagne des saints et des rois, op. cit., p. 398-400.
84 Bauduin P., « Du bon usage de la dos dans la Normandie ducale (xe-début du xiie siècle) », Bougard F., Feller L. et Le Jan R., Dots et douaires dans le haut Moyen Âge, Rome, (Collection de l’École française de Rome, 295), 2002, p. 432-435.
85 Flodoard, a. 943, p. 86. Les chroniqueurs normands n’en firent pas un argument décisif, préférant son épouse franque, Leyarda, fille d’Herbert de Vermandois (GND, iii-3, t. i, p. 81, n. 7). Pour Dudon de Saint-Quentin, elle reste anonyme (DSQ, iii-42, p. 185-186). Guillaume de Jumièges la nomme, mais ne précise pas son origine (GND, iii-2, t. i, p. 79).
86 Keats-Rohan K.S.B., « Poppa de Bayeux… », op. cit., p. 142-144.
87 Flodoard, a. 942, p. 84.
88 Ibidem, a. 937, p. 68.
89 Trans, Ille-et-Vilaine, cant. Pleine-Fougères.
90 Flodoard, a. 939, p. 74 ; Chronicon Namnetense, op. cit., c. XXIX et XXX, p. 91, n. 2.
91 La Borderie (Le Moyne de) A., Histoire de Bretagne, t. ii, Rennes-Paris, 1898-1899, p. 392, n. 2 (d’apr. Vet. coll. ms. de reb. Britanniae, p. 75) : Haec vastitas seu solitudo totius Britanniae eotenus fertur durasse, donec eadem gens [Britannorum], passim dispersa, post aliquos annos a quodam consule nobilissimo Redonensi [Judicaëlo Berengario] undecumque aggregata, cum adjutorio confinium comitum, Alani videlicet Nannetensis et Hugonis Cenomanensis, eamdem barbariam, publico bello superatam in plebe quae vocatur Trant gallica, latine vero Tridencium, die kal. Augusti – quem postea ob hoc per generationes generationum genti Letaviorum [i. e. Britannorum armoricanorum] decreverunt fore solemnem – funditus esterminaverunt. Exinde coepit Letavia seu Britannia a suis nativis denuo incoli et avitis legibus uti.
92 Le Jan R., Famille et pouvoir…, op. cit., tableau généalogique n° 67, p. 451 ; Keats-Rohan K.S.B., « Un vassal sans histoire ? Count Hugh II (c. 940/55-992) and the origins of Angevin overlordship in Maine », Keats-Rohan K.S.B. (éd.), Family trees and the roots of politics : Britain and France from the tenth to the tewelfth century, Woodbridge, 1997, p. 191-195.
93 Flodoard, a. 944, p. 94.
94 Voir le récit des exploits du Viking Olaf qui, après avoir incendié Dol (1009/1014), répondit à l’appel de Richard pour dévaster les terres de Thibaud, comte de Blois (GND, v-11, t. II, p. 25 n. 3)
95 Flodoard, a. 939, p. 71.
96 Ibidem, a. 939, p. 73.
97 Ibid., a. 940, p. 75.
98 Chédeville A. et Tonnerre N.-Y., La Bretagne féodale xie-xiiie siècle, Rennes, 1987, p. 25-30.
99 GND, iii-1, t. I, p. 77.
100 Vers 1030, Robert le Magnifique reprit les hostilités contre la Bretagne (GND, vi-8, t. II, p. 57-58). C’est encore Dol que Guillaume le Bâtard assiègea en 1064, comme le raconte la tapisserie de Bayeux.
101 Flodoard, a. 943, p. 86-87.
102 Ibidem, a. 943, p. 88.
103 Ibid., a. 943, p. 89.
104 Ibid., a. 944, p. 95.
105 Ibid., a. 944, p. 95 ; Pour Dudon de Saint-Quentin, le roi et le duc se partagèrent le comté de Richard Ier : alors que le roi Louis IV se réservait la partie du comté de Rouen située sur la rive droite de la Seine, le dux Francorum Hugues le Grand reçut les territoires situés au sud du fleuve, c’est-à-dire le comté d’Évreux et de Bayeux jusqu’à la mer (DSQ, iv-79, p. 234).
106 Flodoard, a. 944, p. 95.
107 Ibidem, a. 945, p. 98. Ces deux informations suggèrent que Harald et Louis avaient conclu un pacte.
108 Annales Nivernenses, MGH, Scriptores, t. XIII, a. 954, p. 88 et suiv. Pour Dudon de Saint-Quentin, Harald était accompagné des hommes du Cotentin et du Bessin (DSQ, iv-86, p. 240-241).
109 Searle E., Predatory kinship…, op. cit., p. 68-76.
110 Flodoard, a. 944, p. 94.
111 Guillaume de Jumièges rapporte que Guillaume Longue Épée confia la garde du comté de Cotentin à Harald (GND, iii-9, t. I, p. 88-91).
112 Flodoard, a. 944, p. 91.
113 Werner K.F., Les origines, op. cit., p. 527-528.
114 DSQ, iv-84/87, p. 239-244.
115 Flodoard, a. 945, p. 98.
116 Selon Flodoard, le roi était en confiance puisqu’il vint avec une faible escorte. Cette attitude confirme le rapprochement de l’année précédente à Bayeux (cf. supra, n. 107). Selon les auteurs normands, le brusque revirement des Normands aurait été provoqué par la présence des assassins de Guillaume Longue Épée avec le roi.
117 DSQ, iv-88/90, p. 244-247 : il raconte comment le roi Louis, lui-même, libéré en juin 946 par l’intervention d’Hugues le Grand, investit Richard de son regnum en présence des grands laïcs et ecclésiastiques de son royaume assemblés sur l’Epte.
118 Flodoard, a. 945, p. 99 ; ibidem, a. 946, p. 101.
119 Ibid., a. 944, p. 94.
120 Annales Nivernenses, op. cit., a. 954, p. 88 et suiv.
121 Flodoard, a. 948, p. 117 ; ibidem, a. 949, p. 124-125.
122 La rapide chevauchée d’Otton en Normandie (ibidem, a. 946, p. 103) qui, selon Dudon de Saint-Quentin, s’acheva par un bref siège de Rouen (DSQ, iv-96, p. 254), ne suffit pas à faire de Richard le principal allié d’Hugues le Grand contre les rois.
123 DSQ, iv-88, p. 245.
124 Werner K.F., « Quelques observations… », op. cit., p. 697-700 et p. 707 ; Bates D., Normandy before 1066, op. cit., p. 14-26 et p. 72 ; Louise G., La seigneurie de Bellême…, op. cit., t. I, p. 139.
125 DSQ, iv-93, p. 250. A ce moment-là, Hugues apporta son soutien à Richard en dénonçant le complot ourdi contre lui par Arnoul de Flandres et les proches du roi Louis. La promesse aurait donc été faite avant septembre 954.
126 DSQ, iv-93, p. 251 ; Bauduin P., « Du bon usage de la dos… », op. cit., p. 436-437.
127 Bauduin P., La première Normandie…, op. cit., p. 166-170. Le conflit dura jusqu’à la fixation de la frontière de l’Avre au début du xie siècle (ibidem, p. 181-186).
128 Raoul Glaber, Histoires, Arnoux M. (éd. et trad.), Turnhout, 1996, iii-39, p. 214-216.
129 RADN, n° 14bis, p. 91-92, 1012 ; à propos de ce douaire, voir en dernier lieu, Bauduin P., « Du bon usage de la dos… », op. cit., p. 438-448 ; id., La première Normandie, op. cit., p. 163.
130 Dudon de Saint-Quentin rend la haine de la marâtre de Richard Ier responsable de l’hostilité de Thibaud contre la Normandie (DSQ, iv-103, p. 265 ; Flodoard, a. 943, p. 88) ; Bauduin P., La première Normandie…, op. cit., p. 165-166. Les Normands de l’Évrecin commandés par un certain Riulf s’étaient déjà rebellés au début du règne de Guillaume Longue Épée (DSQ, iii-43/44, p. 187-188 ; The Ecclesiastical history of Orderic Vitalis, Chibnall M. (éd.), Oxford, (Oxford Medieval Texts), 1969, t. I, p. 154).
131 Chédeville A. et Tonnerre N.-Y., La Bretagne féodale…, op. cit., p. 29-33 ; Tonnerre N.-Y., Naissance de la Bretagne. Géographie historique et structures sociales de la Bretagne méridionale (Nantais et Vannetais) de la fin du viiie à la fin du xiie siècle, Angers, 1994, p. 289-291.
132 Brunterc’h J.-P., « Le duché du Maine… », op. cit., p. 78.
133 Bauduin P., La première Normandie…, op. cit., p. 106-107 et p. 132-134.
134 Keats-Rohan K.S.B., « Un vassal sans histoire ?... », op. cit., p. 195-196 ; Chédeville A. et Tonnerre N.-Y., La Bretagne féodale…, op. cit., p. 31-35.
135 Les travaux prosopographiques de Katharine Keats-Rohan ont montré la poussée mancelle vers le nord-ouest dans la seconde moitié du xe siècle (Keats-Rohan K.S.B., « Two studies in north french prosopography. 1- Ivo fitz Fulcoin the counts of Maine, the lords of Bellême and the foundation of l’Abbayette », Journal of Medieval History, t. XX, 1994, p. 13-25 ; ead., « Un vassal sans histoire ?.. », op. cit., p. 198).
136 Louise G., La seigneurie de Bellême…, op. cit., p. 114-115.
137 Bauduin P., La première Normandie…, op. cit., p. 140-141.
Auteur
-
Éric Van Torhoudt
Docteur en Histoire médiévale, université de Caen Basse-Normandie
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