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    Plan détaillé Texte intégral Des artes dictaminis à Pétrarque : un effacement du politique ? Humanistes et chanceliers : une nouvelle pédagogie de la lettre L’imprimerie et la saison des secrétaires Notes de bas de page Auteur

    La politique par correspondance

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    Table des matières

    L’école de l’épistolier

    Modèles et manuels de lettres de Pétrarque à Sansovino

    Maria Cristina Panzera

    p. 23-41

    Texte intégral Des artes dictaminis à Pétrarque : un effacement du politique ? Humanistes et chanceliers : une nouvelle pédagogie de la lettre L’imprimerie et la saison des secrétaires Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Malgré le renouveau considérable que les recherches sur l’écriture épistolaire ont connu dans les trente dernières années, une place encore plutôt marginale est occupée par l’étude de l’enseignement de l’art de la lettre aux xve et xvie siècles, au début de l’essor humaniste de la rhétorique épistolaire1. Si l’attention grandissante pour les livres de lettres et pour leur fortune éditoriale, liée en particulier à l’imprimerie vénitienne, a permis d’importantes avancées vers la définition de l’écriture épistolaire en tant que genre littéraire spécifique, avec ses différentes typologies (lettres morales, amoureuses, burlesques, etc.), ses stratégies communicatives et son public, une zone d’ombre entoure encore, en revanche, les voies d’élaboration et de diffusion des normes épistolaires à travers ses multiples instruments : formulaires de chancellerie à caractère pratique, compilations de grammaire, brefs traités de rhétorique pour apprendre à bien écrire et bien parler dont on souhaiterait l’inventaire complet dans des répertoires spécifiques et la lecture, du moins pour les ouvrages les plus importants, en édition moderne2. Que sait-on, par exemple, de la production humaniste en langue latine et de son influence sur les traités en langue vernaculaire ? Comment prouver, si ce n’est par le grand nombre d’éditions et leur continuité dans le temps, l’incidence réelle d’ouvrages comme le De compositione de Gasparino Barzizza, professeur de rhétorique à l’Université de Padoue au début du xve siècle, les traités de Niccolò Perotti et de Francesco Nigri ou les différents manuels à usage pratique, souvent anonymes, qui complétaient l’institution traditionnelle du trivium pour la formation des hommes de lettres et des professionnels de l’écriture encore au début de l’époque moderne ?3 Certes, la riche bibliographie consacrée à l’ouvrage le plus représentatif au sein de cette tradition, le De conscribendis epistolis d’Érasme (Bâle, 1522), ainsi que sa récente publication par J. C. Margolin4, ont apporté un éclairage fondamental sur l’éloquence humaniste et son culte de la latinité classique, mais les positions d’Érasme et celles des auteurs allemands et français, que Guy Gueudet a su récemment interroger dans sa riche monographie sur l’art de la lettre humaniste, réclament des suppléments d’analyse, notamment pour la production italienne du Quattrocento5. Ainsi, deux pages à peine suffisent à Luc Vaillancourt pour résumer les démarches des « premiers théoriciens » de l’art épistolaire néo-latine (Agostino Dati, N. Perotti, Jean-Marie Philelphe, Franciscus Niger, Joannes Sulpitius et Niccolò Ferretti), l’auteur rappelant dans son introduction l’état provisoire des recherches dans le domaine de la Renaissance française : « Il reste encore, ça et là, quelques terres en friche dont la plus négligée n’est pourtant pas la moindre (en importance comme en superficie), nommément, la Renaissance française6. » Une lacune à combler, continue Vaillancourt, concerne « l’impact de cette tradition théorique sur la pratique épistolaire en général et sur celle des humanistes français en particulier » : le constat ne serait pas bien différent pour le versant italien.

    2Si ensuite on se tourne vers la rhétorique épistolaire en langue vernaculaire, nombre de problèmes se posent encore pour l’attribution et la constitution même du texte critique de certains ouvrages qui eurent grand cours à la Renaissance : c’est le cas, nous le verrons, pour le Formulario di epistole vulgari attribué à Cristoforo Landino ou à Bartolomeo Miniatore7. Ces ouvrages à vocation pragmatique, qui font du protocole épistolaire un objet d’enseignement et de divulgation, intéressent en premier lieu l’histoire des disciplines rhétoriques et grammaticales, dans la mesure où les différentes formes d’expression épistolaire se rattachent à une théorie des styles et à leur hiérarchie, à un discours sur les modèles antiques du sermo, à une réflexion linguistique, que ce soit au sujet de la réforme humaniste du latin médiéval ou bien au sujet des langues vernaculaires, de leur promotion comme langues de culture et de leur dignité réciproque (la « querelle de la langue italienne »). Mais en soulignant les liens institutionnels que les livres de lettres affichent d’une part avec l’espace politique des cours, les chancelleries, et d’autre part avec le marché de l’imprimerie, A. Quondam a ouvert la voie à une interprétation plus largement « politique » de l’épistolographie renaissante en termes de représentations sociales et politiques, de propagande ou de politique culturelle8. Aussi, les manuels de l’art de la lettre intéressent l’histoire des mentalités pour leur contribution à l’élaboration de normes de comportement en société : rhétorique de l’amitié, caractère policé des échanges interpersonnels, codification assez rigide d’un éthos intellectuel adapté aux différents acteurs, courtisans, secrétaires, ambassadeurs, nobles dames, etc. Loin de représenter un inconvénient, le caractère stéréotypé et traditionnel de ces formulaires et livres de modèles est alors susceptible de nous renseigner sur les usages et les fonctions politiques des correspondances à un niveau qui ne serait sans doute pas celui de la « parole », pour employer une terminologie saussurienne, mais plutôt celui de la « langue », en considérant les formulaires comme le sédiment de ce qui a été écrit et le terrain en jauge d’un discours à venir. Peut-on déceler dans ce corpus la prise en compte des aspects performatifs de l’écriture épistolaire, éventuellement de ses enjeux ouvertement politiques ? De quelle manière, enfin, le renouveau de la rhétorique épistolaire à l’époque humaniste et renaissante laisse-t-il percer un changement au niveau des dynamiques sociales et/ou politiques et de leurs représentations ?

    Des artes dictaminis à Pétrarque : un effacement du politique ?

    3Depuis ses origines classiques et médiévales, l’art d’écrire les lettres est une branche de la rhétorique et de l’art du discours en général. Sans parvenir à une théorie complète de l’écriture épistolaire, plusieurs auteurs de l’antiquité en avaient proposé le rapprochement à la sphère du discours oral : forme réduite du dialogue pour Aristote, conversation intime s’opposant à Yoratio publique pour Cicéron, langage du cœur pour Sénèque qui multiplie à Lucilius ses appels à la vérité et à la simplicité : « Ma conversation, si nous nous trouvions en tête-à-tête paresseusement assis ou à la promenade, serait sans apprêt, d’allure facile. Telles je veux que soient mes lettres : elles n’ont rien de recherché, rien d’artificiel9. »

    4D’autre part, les recueils de lettres d’auteurs célèbres comme Cicéron, Sénèque et Pline le Jeune érigeant l’écriture épistolaire au statut de véritable genre littéraire et philosophique ont assuré des modèles destinés à une longue fortune, notamment lorsque les Pères de l’église s’empareront de l’éloquence païenne pour leur mission évangélique.

    5Mais ce n’est que plus tard, à partir du xie siècle, que la lettre fera l’objet d’une codification normative détaillée dans le cadre des artes dictaminis élaborée en Italie10. La lettre, envisagée comme une écriture publique, connaît alors un rayonnement exceptionnel à partir de deux centres politiques majeurs : en première ligne la curie romaine, qui pour l’élaboration de bulles pontificales mobilise toute une école de rhéteurs et grammairiens particulièrement florissante dans la région de Naples, comme Albéric de Mont-Cassin, Jean de Gaète, Albert de Morra, Thomas de Capoue, Bernard de Naples ; au pôle opposé la cour méridionale de Frédéric II, avec son élite de chanceliers, de notaires, entre autres le célèbre Pierre de la Vigne. Si, comme le remarque A. Bartoli Langeli, le conflit opposant la Papauté à l’Empire au début du xiiie siècle se laisse définir aussi comme « un conflitto cartaceo, oltre che militare e diplomatico11 », on peut comprendre les enjeux politiques de la maîtrise du protocole épistolaire. Prises entre les deux feux, les chancelleries communales se dotent en Italie d’un personnel spécialisé, les écoles municipales répondant aux besoins accrus de formation dans le domaine épistolaire et diplomatique et l’Université de Bologne se chargeant notamment de développer une nouvelle culture laïque fondée sur l’enseignement rhétorique (grâce à Hugues de Bologne, Boncompagno da Signa, etc.). S’appuyant sur les études d’Enrico Artifoni au sujet des fonctions de la rhétorique dans l’espace public communal, Bartoli Langeli observe que « lo spazio cancelleresco del Comune podestarile fu uno spazio più retorico che diplomatico, strumento più di propaganda e rappresentazione ideologica che di documentazione12 ». Mais vers la fin du xiiie siècle, à partir de la génération de Guido Faba (l’auteur des Parlamenti et epistolae en 1243), le développement de l’ars notarie et la professionnalisation du secteur juridique comportent une progressive restriction des usages politiques officiels des correspondances13. L’apport des artes dictaminis à la définition de la lettre comme une forme de communication écrite très codifiée reste cependant fondamental, son influence s’étendant sur plusieurs siècles avec une étonnante continuité jusqu’aux manuels de type « néo-scolastique » de la moitié du xvie siècle. Aussi, une large fortune est-elle assurée au rapprochement entre la lettre et l’art du discours, véritable topos des manuels épistolaires que l’on trouve ainsi formulé, par exemple, par Conrad de Mure dans son De arte prosandi vers 1275 : « sermo habetur ad presentes, epistola dirigitur ad absentes14 ».

    6À partir d’Albéric de Mont-Cassin (mort vers 1105), les maîtres de l’art épistolaire avaient transposé à la lettre les cinq parties de la rhétorique cicéronienne (salutatio, exordium, narratio, petitio, conclusio), en prescrivant le respect du critère de la convenientia, à savoir la prise en compte des contraintes pragmatiques de la communication écrite suivant la formule « quis, cui, quomodo, quando », à savoir, qui écrit, son destinataire, le sujet et les circonstances de l’écriture15. La partie initiale du dispositif de la lettre, la salutatio, revêt une importance particulière dans le respect et donc dans la représentation symbolique des hiérarchies politiques et sociales, d’où la multiplication de listes spécifiques de formules de salutations adaptées aux différents rangs des interlocuteurs potentiels. Ensuite, la sollicitation de l’attention du destinataire est confiée, dans l’exorde, aux attraits de la captatio benevolentiae qui précède la partie consacrée à l’exposition des faits, la narratio, suivie éventuellement de la petitio, requête d’un bien ou demande d’intervention. La clôture de la lettre, conclusio, exige un soin particulier, l’enseignement précisant les techniques de la salutation finale, des éléments de datation, de l’apposition de la signature, etc.

    7À la moitié du xive siècle, lorsque sous la plume de Pétrarque l’écriture épistolaire amorce une évolution profonde tant au niveau de son statut que de ses fonctions, le dispositif traditionnel de la lettre reste encore globalement inchangé. La rupture avec les formulaires médiévaux se manifeste pourtant jusque dans les moindres détails, comme dans les formules de salutations où Pétrarque, s’inspirant de la simplicité du modèle antique, efface toute hiérarchie mondaine : la formule latine « ad Lelium suum » destinée à l’ami et compagnon d’études ne diffère pas de l’apostrophe aux autorités suprêmes, « ad Clementem sextum Romanum Pontifican » pour le Pape ou « ad Carolum Quartum Romanorum regem » pour l’Empereur16. La redécouverte de l’ethos romain de l’amitié et l’imitation du modèle de Cicéron sont en effet les marques du renouveau de la prose épistolaire que Pétrarque entreprend en jetant les bases de l’épistolographie de la Renaissance qui ne pourra pas ignorer les deux éléments-clés de cette réforme, à savoir le classicisme et la (ré)invention de la « lettre familière ».

    8Lorsque Pétrarque, qui avait déjà été sacré poète au Capitole, retrouve en 1345 dans la Bibliothèque du Chapitre de la cathédrale de Vérone un manuscrit ancien avec des lettres de Cicéron à Atticus, à Brutus et à son frère Quintus, il découvre non seulement des aspects inédits de la personnalité et de l’engagement politique de son auteur (au sens médiéval du terme), mais aussi un style de discours bien éloigné des rigidités dialectiques et des boursouflures de la prose scolastique. Entre 1351 et 1353 il commence alors, à Vaucluse, à recueillir et ordonner les lettres de sa propre correspondance en vue de la divulgation. Le premier recueil, achevé en 1366, comprendra XXIV livres, soit 350 épîtres : c’est le livre qui porte le titre de Rerum familiarum liber (livre de choses personnelles) que Pétrarque dédie à son ami Ludovic de Kempen désigné par le pseudonyme ou surnom littéraire de Socrate. D’autres recueils vont bientôt suivre : les lettres Sine Nomine en 1360, des invectives contre la curie avignonnaise, et les lettres de la vieillesse, les Seniles, en XVII livres, comprenant 125 lettres dédiées à Francesco Nelli (sous le nom de Simonides)17.

    9De longueur assez variable, ces lettres s’adressent à de multiples destinataires, choisis parmi les amis, intellectuels, hommes d’église avec qui Pétrarque partage un idéal de vie, le mot familia désignant dans le monde romain à la fois l’entourage et la clientèle, bien au-delà du cadre familial proprement dit. Pour le choix du registre expressif, Pétrarque reprend à Cicéron la conception de la lettre comme un substitut de la conversation entre amis, ce qui implique une recherche de simplicité, de clarté et l’expression libre des sentiments, à ne pas confondre avec l’intimité au sens moderne, car il s’agit plutôt d’une nouvelle rhétorique fondée sur les sentiments et sur l’introspection :

    « Tu liras alors avec bienveillance et tu jugeras favorablement, comme mes autres œuvres, ces écrits d’un style simple, intime et familier, approprié et conforme aux tournures que nous employons dans la conversation de tous les jours18. »

    10Les lettres doivent en effet s’adapter à la nature et à l’état d’âme des destinataires : « Le premier souci de celui qui écrit est d’être attentif à celui auquel il écrit19. »

    11Dans ces recueils de lettres, dont la caractéristique principale est de se présenter comme des ouvrages structurés selon un dessein d’auteur bien précis, on chercherait en vain les échos immédiats des luttes politiques et diplomatiques que Pétrarque épistolier a engagées tout au long de sa vie, comme les lettres publiques qu’il a adressées à Cola di Rienzo et qui lui coûtèrent l’éloignement du clan des Colonna et de la curie avignonnaise, ou les lettres écrites quand il était au service des Visconti à Milan (Variae lettres 34-39)20. Car à la différence de Cicéron, la lettre familière se doit d’affirmer, pour Pétrarque, la suprématie de l’otium sur le negotium, la célébration des valeurs du sage stoïcien, du philosophe, sachant se détacher du monde et de ses passions, comme la gloire, le pouvoir, les richesses. Une mise à distance, alors, de la dimension politique ?

    12La forte composante philosophique ainsi que les procédés d’idéalisation littéraire de ces recueils montrent d’abord que la lettre n’est pas considérée par Pétrarque comme une page d’un journal intime à dévoiler. Chaque lettre subit en effet un processus de remodelage, de réécriture, d’épuration formelle avant d’être insérée dans le recueil. Elle y est assortie d’un titre ou inscriptio, qui informe de son contenu, par exemple « commendatio amici », ou « consolatio », « descriptio », « exhortatio » (des formules qui semblent annoncer le système de classification des lettres par genres ou « capi » dans les traités de la Renaissance). Mais les titres peuvent être bien plus importants et détaillés : « de flore etatis instabili », « de suspitione », etc., déclarant les enjeux philosophiques du discours. Autre indice : la date n’est pas toujours présente à la fin de la lettre. D’autre part le moralisme et la visée philosophique, que Pétrarque emprunte en particulier au modèle des Epîtres à Lucile de Sénèque, investissent le plan même de la narration : on pense au célèbre récit de l’ascension de Pétrarque au Mont Ventoux, dans la lettre Familiares IV, 1, où les détails empiriques et réalistes du voyage se doublent d’une signification allégorique renvoyant à l’itinéraire spirituel de l’homme vers l’absolu et vers Dieu. Ainsi, la chronique se fait histoire et acquiert un statut exemplaire.

    13Dans la lettre qui ouvre les Familiares, la I, 1 qui sert de prologue au livre entier, après avoir invité Francesco Nelli à garder secret le livre des Familiares, Pétrarque ajoute :

    « Mais si un jour je donne la dernière touche [...] à cette image de mon âme, quelle qu’elle soit, et à ce portrait de mon talent que je m’efforce de polir avec soin, alors, lorsque tu l’auras en tes mains, tu pourras le placer sans crainte aussi en vue que tu voudras21. »

    14La lettre est en effet pour Pétrarque le reflet de son âme et de celle de l’ami à qui elle est destinée. Le recueil dans son ensemble vise alors à brosser de l’auteur et de l’homme de lettres en général un autoportrait que Pétrarque réalise avec soin, dans le but de se mettre en vue, d’accéder à une dimension idéale et universelle22. En ce sens, l’effacement de la dimension politique participe d’une stratégie visant la refondation, sur des bases nouvelles, de l’image de l’intellectuel et de ses fonctions.

    Humanistes et chanceliers : une nouvelle pédagogie de la lettre

    15Lorsqu’au sujet de la rhétorique humaniste Marc Fumaroli a observé que « l’humanisme italien s’est longtemps leurré sur la possibilité de ressusciter [...] l’éloquence de Cicéron et Démosthène », il a mis à nu toute la fragilité de cette nouvelle éloquence et de ces nouveaux orateurs dont les talents sont confiés, à défaut d’une tribune, à l’écriture épistolaire23. On ne saurait, cependant, en déduire une dépréciation des réseaux de correspondances à l’époque humaniste et de leur importance politique. À partir du xve siècle le genre épistolaire trouve dans la situation politique italienne le milieu favorable à son développement grâce aux nouvelles dynamiques de pouvoir liées aux rapports entre les cours, à l’organisation des chancelleries, à la naissance d’une nouvelle diplomatie internationale. En particulier, la divulgation des normes épistolaires accompagne les besoins accrus des nouvelles administrations publiques dans les villes d’Italie et entre les différents centres de pouvoir :

    « À partir de la fin du xive siècle les nouveaux besoins de l’administration publique et de la vie civile dans les principaux centres politiques italiens, en particulier à Florence, mais également à Milan et à Venise, imposèrent des changements dans les formes et les styles épistolaires en concomitance avec l’essor des lettres familières, caractérisées par un style plus personnel, et avec la redécouverte de l’épistolaire en tant que genre24. »

    16Quelle est, dans ce contexte, la frontière entre lettres humanistes, lettres de chanceliers ou lettres familières ? Les premiers héritiers de Pétrarque, tels que Coluccio Salutati, Poggio Bracciolini, Leonardo Bruni, Ange Politien, etc., furent des chanceliers, hommes politiques et intellectuels qui associaient souvent une pratique professionnelle et publique d’épistoliers à une activité littéraire savante. On sait que c’est en cherchant les lettres familières de Pétrarque que Coluccio Salutati découvrit le recueil complet des lettres Ad familiares de Cicéron. Chez Salutati, l’imitation de Cicéron rejoint la célébration des idéaux de la République florentine, comme l’atteste sa correspondance justement célèbre, où D. De Rosa a souligné une grande continuité entre la sphère publique et le domaine privé : qu’il écrive au nom des magistrats de Florence ou à titre privé, qu’il se présente comme l’ami, le conseiller ou l’homme d’état, les lettres de l’humaniste accomplissent souvent les mêmes fonctions et produisent des effets comparables, ses épîtres privées pouvant faire, par exemple, l’objet d’une lecture publique25. En cela, encore, Pétrarque avait ouvert la voie en édifiant le monument de ses lettres familières (la lettre à la postérité en est exemplaire), même si d’autres modèles viendront s’y greffer, sous l’égide, par exemple, de Politien et de son anti-cicéronianisme26.

    17Le xve siècle voit paraître aussi les premiers traités humanistes de l’art épistolaire, comme ceux de Gasparino Barzizza (Epistolae et exordia, Padoue, 1483) qui participe d’un mouvement de réforme de la pédagogie humaniste (comme Vittorino de Feltre, Guarino Veronese, Pier Paolo Vergerio, etc.)27. Un caractère particulier, un peu en marge de la grande culture humaniste, est révélé par l’un des premiers traités en langue vernaculaire, le Formulario de epistole vulgare missive et responsive et altri fiori de ornati parlamenti, appartenant au genre des formulaires de chancellerie. L’édition princeps imprimée par Ugo de Rugerij à Bologne le 20 avril 1485 porte l’attribution à un mystérieux Bartolomeo Miniatore, mais le 23 juin sortait chez le même éditeur un autre exemplaire sous le nom de Cristoforo Landino (1424-1498), l’illustre précepteur de Laurent de Médicis et collaborateur de Marsile Ficin. Titulaire depuis 1458 de la chaire de belles-lettres au studium de Florence, Landino fut aussi Chancelier de la Seigneurie à partir de 146728. Des 51 éditions répertoriées, un peu moins de la moitié portent l’attribution à l’humaniste florentin, pour le reste, 27 éditions font référence à Bartolomeo Miniatore29. R. Cardini, pour qui le nom de Bartolomeo n’est qu’un pseudonyme de Landino, rappelle que ce formulaire « fu a lungo, sino alla metà del Cinquecento, uno dei best-seller della borghesia “non umanistica” e del ceto amministrativo e diplomatico delle Signorie e dei Principad dell’Italia di allora30 ». Si l’on considère que cet ouvrage est imprimé pendant plus d’un siècle, jusqu’en 1569, on peut se demander si sa fonction était celle d’un simple outil de travail à l’usage des fonctionnaires de chancellerie.

    18Après une dédicace où l’auteur s’adresse « Allo excelso et illustrissimo principe Signore Hercule da Este dignissimo Duca di Ferrara », le formulaire de Miniatore-Landino comporte cent soixante modèles aussi bien de lettres que de discours publics pour les usages les plus variés : « Molti exordij, epistole missive et responsive in ogni facultà et altri parlamenti oportuni et necessarij da exporre ambasciate al Sommo Pontefice, a cardinali, episcopi, a communità, a signori et qualunche altri regimento31. » Suit une table des salutations où les destinataires sont classés par ordre hiérarchique, allant du Pape aux autorités municipales jusqu’aux membres de la famille – la mère, le père, le frère – pour terminer avec l’ami.

    19À la différence des traités de rhétorique, le formulaire n’offre pas une description systématique des différentes parties de la lettre, répondant à des besoins certes moins culturels que pragmatiques : par quel topos commencer une lettre, comment capturer l’attention du lecteur ? Ainsi, les modèles ne proposent que des amorces de discours, parfois aussi le début d’une réponse ou d’une phrase de remerciement (on pense au traité de Guido Faba). Plus rarement la lettre-modèle comporte un discours plus développé, « exordio e parlamento fornito ». La prise de parole en public (« quando se havesse a parlare in qualche degno et excellente locho », n. 4), reçoit d’ailleurs autant d’attention que la composition du message écrit, les deux formes de discours étant parfois présentées comme interchangeables : « como se poria dire al fin de una littera o veramente a bocha32 » (n. 92).

    20Quel était le public potentiel d’un tel enseignement ? La visée pédagogique du formulaire affleure par moments derrière l’évocation d’un orateur et épistolier fictif, un dénommé Antoine « giovene rozo et inexercitato », à savoir inculte et sans expérience, à qui l’auteur attribue tel ou tel exemple de discours : tantôt le jeune apprenti s’essaye à l’art de la péroraison devant un auditoire (n. 13-14), tantôt il adresse une pétition à un podestat (n. 19 et 22) ou des remerciements, tantôt il défend des intérêts familiaux. À l’intention des aspirants épistoliers, les différents modèles proposés dans le formulaire recouvrent une gamme assez étendue de fonctions sociales et politiques. Une première typologie, la plus importante, est représentée par les rapports d’amitié, à savoir par les lettres de type familier : salutations, consolation, recommandation à des amis ou à des personnes que l’on souhaite attirer dans le cercle des amis, avec une attention particulière à leur rang social, selon qu’il s’agit d’un chevalier, d’un gentilhomme ou « gran maestro ». Plus réduit, l’échange avec des représentants de l’église concerne toujours la sphère des bénéfices et du patronage33.

    21Environ un tiers des exemples ont rapport à la gestion des relations publiques impliquant comme interlocuteurs les autorités politiques : prince, seigneur, podestat, juge ou gouverneur, etc. L’inventaire est riche : lettres de félicitations pour un podestat ou un nonce fraîchement nommés, demande de grâce pour un ami emprisonné ou pour une question financière, défense d’un contentieux ou participation à un conseil. Dans ce groupe d’exemples, la performance orale est prise particulièrement en compte, comme dans l’exemple 45 « Exordio et excusatione optima e bella quando se havesse a parlare in consilio » qui s’ouvre par un éloge de l’éloquence civile : « Considerando in me medesimo che tutte le altre virtute son mute senza l’adiutorio del savio et ordinato parlare34. »

    22Plusieurs modèles se réfèrent, également, à la pratique de l’ambassade et affichent un caractère topique prononcé. Ici, par exemple le motif des intérêts de la patrie comme justification à la prise de parole :

    «Ho ardito esprimermi davanti alla Magnificenza vostra soltanto per dimostrarve e dire quelle cose le quali sel non si provede venerano in grandissimo danno et vergogna de la patria nostra, et procedendoli si gli seranno in grandissimo honore, gloria e fama immortale di questo populo (n. 4)35.»

    23Plus loin, l’évocation du cadre politique vénitien dans l’exemple 161 « Exordio optimo et bello quando se havesse a parlar al duse de Venesia captando misericordia », dont il importe de souligner la salutatio « serenissimo et illustrissimo principe », et les deux arguments frôlant la flatterie, la culture des jeunes vénitiens et la splendeur de la ville : « li adolescenti gioveni docti che usano e stanno in questa mirabile et splendida cità36 ».

    24Quant aux affaires de justice, certains exemples reflètent de manière intéressante la logique et le langage des clientélismes de l’époque. Ainsi, dans une demande de grâce auprès d’un grand prince pour solliciter la libération d’un membre de la famille qui aurait commis un grave délit, l’épistolier peut recourir à des topoi traditionnels, par exemple que la justice se doit d’être miséricordieuse et que la sévérité du seigneur devrait céder face aux mérites des familles, spécialement lorsqu’il s’agit de gens qui « son stati fidelissimi servitori opponendosi per loro ad Ogni gran periculo37 » (n. 120). Ailleurs, l’enjeu du discours normatif semble dépasser le simple aspect de l’étiquette et de la rhétorique, et toucher à la dimension morale et la régulation des comportements. Les exemples 164 et 165 permettent, par exemple, de suivre l’échange entre un homme demandant la grâce pour son ami et un prince qui lui répond par la négative. Dans les mots du prince la valeur rhétorique du formulaire de demande de grâce se trouve démasquée : « Lo amore che portati a questo delinquente vi fa parlare et domandare quello che ogni sancta lege nega ». Le pouvoir de la parole n’a plus aucune prise, alors, sur la réalité des faits, car le crime commis « è cosi grande et cosí abhominevole che non solamente merita supplitio in la roba ma de ogni gran pena corporale seria degno38 ».

    25On ne saurait, en conclusion, interpréter ce formulaire comme un simple outil de travail, répondant à des besoins purement techniques. Du moins cette fonction primaire a dû connaître des altérations au fil des publications, comme le prouve une brève analyse de la table finale des formules de salutation : passe encore que dans l’édition milanaise de 1500 les personnages évoqués comme hauts dignitaires ou titulaires de charges publiques soient en grande partie des illustres défunts (Galeazzo Sforza duc de Milan, mort en 1476, Antoine Colonna prince de Salerne, mort en 1471, Guidantonio Manfredi seigneur de Faenza, mort en 1448, etc.), mais comment expliquer que l’on puisse saluer le roi de France « Serenissimo atque gloriosissimo principi Domini Dei Alphonso dei gratia invictissimo francorum regi » et le roi d’Aragon « Serenissimo atque gloriosissimo principi Domini Dei Alexandro dei gratia regi aragonum domino suo singularissimo39 » ? On imagine l’ampleur des accidents diplomatiques que de telles âneries auraient pu provoquer ! Mais laissant au futur éditeur la tâche de retracer la dynamique des éventuelles fautes de tradition, il faut conclure que le formulaire de Landino pouvait intéresser, au tournant du xvie siècle, non seulement les professionnels de l’écriture épistolaire, mais également une couche de public plus populaire et moins exigeant.

    L’imprimerie et la saison des secrétaires

    26La question du public est centrale dans l’essor que la typographie fera connaître aux livres de lettres à partir de la moitié du xvie siècle. Après l’exploit de l’Arétin qui fait publier en 1538 son propre recueil de lettres, le premier en langue vernaculaire, devançant le projet de Pietro Bembo dont la publication sera posthume, le marché de l’imprimerie s’empare de cette nouvelle formule éditoriale qui n’est que l’aboutissement d’un processus d’origine humaniste et savante. Un nouveau public de lecteurs bénéficie désormais de cette production à la physionomie très variée qui remplit des fonctions à plusieurs titres exemplaires et normatives, touchant la langue, les registres de communication mais aussi les comportements en société :

    «Questi libri si assegnano subito, consapevolmente, una funzione di esemplarità nei confronti di un destinatario ben individuato: la massa crescente di studiosi, soggetti non meglio identificabili di quel gran processo di alfabetizzazione, di accesso alle pratiche di comunicazione letteraria, alla scrittura, che attraversa la storia culturale e istituzionale del primo Cinquecento40.»

    27L’intérêt pour les manuels de l’art épistolaire en est accru. En 1564 le polygraphe florentin Francesco Sansovino publie à Venise sa première édition du Del Secretario, qui aura un énorme succès éditorial déterminant la parution, à partir de la dernière décennie du siècle, d’une pléthore de Secrétaires41.

    28Sansovino publia sept éditions de son manuel, la dernière, en 1580, en VII livres sous le titre Del Secretario di M. Francesco Sansovino. Libri VIL Nel quale si mostra et insegna il modo di scriver lettere acconciamente et con arte ; in qual si voglia soggetto. Con gli Epitheti che si danno nelle mansioni a tutte le persone cosi di grado come volgari. Et con molte lettere di Principi, et a principi scritte in vari tempi, et in diverse occasioni42. L’ouvrage conjugue un intérêt technique portant sur les parties de la lettre et ses genres, y compris un inventaire des formules de salutation, les épithètes, dans la tradition des formulaires anciens, et un intérêt plus général – littéraire, historique, culturel – qui ressort des lettres authentiques extraites, comme le titre le promet, des correspondances princières.

    29La partie la plus novatrice et la plus célèbre de ce manuel consiste en la définition, au premier livre, du rôle et de la dignité du secrétaire que la comparaison avec l’ange médiateur vient appuyer dans une démarche orgueilleuse de redéfinition du rapport entre l’homme de lettres et le pouvoir43. Les autres livres forment trois diptyques : aux livres II et III Sansovino offre des modèles de lettres fictives, confiant aux deux autres livres (IV et V) des lettres réellement écrites. En dernier, un livre de lettres dont Sansovino est le destinataire (au nombre de cinquante) et un autre, le septième, comportant sept longues lettres « historiques » de la main de Sansovino.

    30Allant de la fiction à l’histoire, l’enseignement de Sansovino est toujours fondé sur une pédagogie de l’imitation progressive. Ainsi, les parties canoniques de la lettre sont présentées au premier livre selon les différentes typologies de lettres, classées en dix-neuf « capi » : lettre de négoce, de louange, de consolation, d’amour, etc. Pour la définition des dix-neuf types de lettres on recourt au verbe à l’infinitif ou au substantif (raccomandare ou raccomandatione), parfois à un adjectif, par exemple lettre famigliare (avec une sous-distinction entre diproprio stato et di faccende) qui est distinguée de la lettre comune, celle où « noi visitiamo i nostri amici, ancora che non ci occorra il bisogno di scrivere44 ».

    31Un court passage suffit pour rappeler que le dispositif de la lettre peut comporter de deux à cinq parties, sans qu’elles soient dénommées de manière technique et précise. La première de ces parties, par exemple, fait penser à la captatio benevolentiae : « La prima parte della lettera contenga parole per le quali noi ci acquistiamo la benevolenza et l’amor di colui a chi si scrive45. » Du reste, ces notions devaient apparaître à Sansovino suffisamment divulguées, comme le prouve son renvoi à des ouvrages de référence sur l’art du discours, la Rhétorique d’Aristote traduite par Alessandro Piccolomini et la Rhetorica de Cavalcanti46. Suit alors l’explication sur la manière d’écrire l’exorde pour chacune des dix-neuf lettres, comment en composer la deuxième partie, la troisième et ainsi de suite, bien qu’une analyse complète ne soit réservée qu’aux deux premiers « capi », la lettre d’exhortation et celle de dissuasion, comme l’indique le schéma suivant47 :

    Parte I - esordio

    Parte II

    Parte III

    Parte IV

    Parte V

    1. Esortare

    Esortare

    X

    X

    X

    2. Dissuadere

    Dissuadere

    X

    X

    X

    3. Raccomandare

    X

    Raccomandatione

    4. Domandare

    X

    X

    X

    5. Lodare

    X

    X

    6. Ringratiare

    X

    X

    7. Amare

    Amatoria

    Amare

    X

    8. Lamentare

    X

    X

    9. Consolare

    X

    X

    10. Narrare

    X

    X

    11. Rallegrare

    X

    Rallegrarsi

    12. Riprendere

    X

    X

    13. Scusare

    X

    X

    14. Famigliare

    X

    X

    15. Comune

    X

    X

    16. Motteggiare

    Burlare

    X

    17. Commettere

    X

    X

    18. Reale

    Reale + Di famigliarità

    Reale

    19. Mista

    X

    X

    32Au livre III ces mêmes lettres morcelées sont recomposées et lisibles en entier, avec un effet certain de redondance mais une clarté assurée au service des lecteurs : « Et perché se ne ha dato gli essempi a suoi luoghi spezzatamente secondo che ricercava il bisogno, in questo presente libro saranno gli esempi tutti interi per più intelligenza del lettore, con le loro parti notate nel margine per via di numeri48. »

    33Un effort de synthèse et de clarté est visible, en particulier, dans le passage consacré au rapport entre l’épistolographie et la rhétorique ancienne, tentative de simplifier la phénoménologie trop variée de la communication épistolaire. La lettre, enseigne Sansovino, peut contenir la narration de faits du présent, du passé ou du futur. Le premier type se rattache au genre démonstratif, le deuxième au genre judiciaire, tandis que le dernier se rattache au genre délibératif. Cela n’empêche pas un certain embarras de classification qui finit par se révéler quelques paragraphes plus loin :

    « On dira donc que toutes les lettres se rangent sous l’un des genres susdits. Le genre délibératif qu’en latin on disait suasorium comprend la conciliation, l’exhortation, la dissuasion, la requête, la consolation, la recommandation, l’admonestation et la lettre d’amour. Le démonstratif comprend la description des personnes, des pays, des champs, des forteresses, des potagers, des montagnes, des tempêtes, des voyages, des banquets et d’autres choses de ce genre. Le genre judiciaire comprend l’accusation, la dénonciation, la défense, l’invective et autre chose similaire. Nous pouvons ajouter à ces trois genres un quatrième qui comprend la lettre de narration, de notification, de félicitation, de plainte, d’instruction, de remerciement, de louange, de compliment, la lettre burlesque et d’autres semblables que nous examinerons sous le chapitre correspondant49. »

    34Il s’agit ici, comme Gueudet l’a remarqué, de la traduction d’un passage du De ratione conscribendi epistolas d’Érasme50. Le quatrième genre que Sansovino évoque dans ce passage correspond à la lettre familière du traité érasmien.

    35Dans l’ensemble, les fonctions des correspondances qui se dégagent de ces premiers livres semblent privilégier le domaine du privé. Un regard cursif est jeté sur la lettre « royale » (Reale), celle « che procede da’Principi et da Signori di qualità, o pubblica o privata che ella si sia. Le spetie di questo genere saranno cinque, l’una di fede, l’altra di famigliarità, la terza che comanda, la quarta che prohibisce, la quinta che promove51 » (p. 44 r). Ce genre de lettre, bien sûr, ne rentre pas dans les compétences du public du Del Secretario pour qui il est précisé sur la fin, de manière quelque peu surprenante, que dans l’usage courant c’est toujours le genre mixte (lettera mista, p. 45) qui fait la loi, comme le prouvent « tutte le lettere che si truovano hoggidi stampate » (avec mention de Bembo, Caro, le Tasse, Manuce, etc.).

    36Toutefois, c’est à la mise en scène du pouvoir que nous convient les derniers livres du manuel, tous consacrés aux lettres « di Principi, et a principi scritte ». D’abord, au livre IV les exemples à fuir, représentés par un groupe de lettres d’épistoliers du passé comme Pontano, Cesare Borgia, Galeazzo Visconti, etc. Puis, un choix de lettres exemplaires de princes et de grands dignitaires contemporains, ou de leurs secrétaires, suivi des lettres adressées à Sansovino qui va jusqu’à inclure à la fin, nous l’avons vu, une partie de son épistolaire. Opération d’auto-propagande, mise en pratique éclairante des propos d’ouverture sur la dignité du secrétaire. Car les personnages qui défilent et qui tissent leur voix avec celle de Sansovino forment l’inventaire des différentes structures du pouvoir de l’époque : les Papes (Léon X, qui apparaît quinze fois, mais aussi Clément VII et Pie V), les cardinaux (Cesare Borgia, Bibbiena, Giulio de’ Medici, Salviati, etc.) et leurs satellites, notamment les membres des familles Colonna et Orsini, puis les rois et les empereurs (Henri II roi de France, Ferdinand d’Aragon, les empereurs Ludovic et Othon, etc.), les princes, ducs et marquis (Alexandre de Médicis, les ducs de Ferrare, d’Urbino, le prince de Salerne, le marquis de Mantoue, etc.) outre les autorités républicaines (pour Venise Domenico Contarini et Giovanni Soranzo, puis la seigneurie de Florence et le conseil bolonais des Quaranta). Plus rarement on rencontre des hommes de lettres, comme Francesco Guicciardini, Giovanni Pontano, sur lesquels la voix de Sansovino s’impose définitivement, du moins pour la statistique. On remarquera, enfin, la percée de quelques plumes féminines, celle d’Isabelle Sforza duchesse de Milan, de Chiara de Correggio, de la duchesse de Palliano et d’une Isotta Brombatta de Gromelli.

    37On est bien loin des modestes podestats, juristes et chanoines du formulaire de Landino. Faut-il d’ailleurs considérer ces lettres comme de simples modèles d’écriture ? L’horizon d’attente du public de l’imprimerie demande, à présent, des lectures savoureuses, éveillant la curiosité, façon de se rapprocher de l’antichambre du pouvoir52. Et Sansovino d’expliquer que la maîtrise de la lettre exige art et artifice (« nella parte dello esortare et dello sconfortare è più necessario l’artificio che non è in nessuno altro genere dei predetti53 ») de la part d’un « scrittore accorto », un épistolier avisé qui sache manier au besoin les codes de l’honneur, de la déférence, de la flatterie. Ce pouvoir, en qui le professionnel de la culture cherche une légitimation et un appui, est d’autre part un interlocuteur exigeant à une époque agitée par les déchirements de la Contre-réforme : la publication en 1564 de la première édition du Secrétaire est contemporaine de la parution de la liste des livres mis à l’index par le Concile de Trente. La composition d’un manuel de lettres n’est plus une affaire innocente, d’où le travail de réélaboration, d’esquive, de détournement de sens auquel Sansovino se voit contraint : effacer dès l’édition 1575 une mention d’Érasme, gommer toute référence à des auteurs contestés, Dante, Boccace, Machiavel, parler avec circonspection de personnages suspects d’hérésie54.

    38Le manuel de Sansovino est en définitive un ouvrage complexe dont on pourrait multiplier les lectures. L’espace clos des lettres de Pétrarque, lieu d’une quête de sens centrée sur la conscience de l’écrivain, s’est désormais ouvert à un large auditoire formé non seulement des secrétaires et des professionnels de la plume, mais par l’ensemble des lecteurs dont l’auteur se propose, dans l’introduction au livre IV, d’élargir les horizons culturels « per acuir l’intelletto de’ galanti huomini, acciocché con l’esempio degli altri, imparino anch’essi nell’occasione ad accomodarsi con la penna a spiegar con leggiadria i concetti degli animi loro55 » (p. 111 r). Reste, chez les deux auteurs, la conscience accrue du travail de l’écrivain, de la littérature et de ses enjeux, y compris pour ses fonctions politiques.

    Notes de bas de page

    1 L’ouvrage de référence reste le volume publié par A. Quondam, Le « carte messaggere ». Retorica e modelli di comunicazione epistolare : per un indice dei libri di lettere del Cinquecento, Rome, 1981, à compléter pour les développements plus récents par R. Rinaldi, « L’epistolario moltiplicato », in G. Barberi Squarotti (dir.), Storia della civiltà letteraria italiana, vol. II, Umanesimo e Rinascimento, Turin, 1993, p. 1738-1875 ; A. Chemello (dir.), Alla lettera. Teorie epratiche epistolari dai Greci al Novecento, Milan, 1998 ; N. Longo, Letteratura e lettere. Indagine nell’epistolografia cinquecentesca, Rome, 1999 ; M. L. Doglio, L’arte delle lettere. Idea e pratica delia scrittura epistolare tra Quattro e Seicento, Bologne, 2000 ; R. Morabito, Lettere e letteratura, Turin, 2001 ; A. Petrucci, Scrittura ed epistolografia, Rome, 2004.

    2 Certains de ces ouvrages sont répertoriés en raison de leur présence dans le marché de l’imprimerie après 1538 par J. Basso, Le genre épistolaire en langue italienne (1538-1622). Répertoire chronologique et analytique, Rome-Nancy, 2 vol., 1990.

    3 Une liste de ces ouvrages de rhétorique est publiée par C. Griggio, Dalla lettera all’epistolario. Aspetti retorico-formali dell’epistolografia umanistica, Milan, 1998, p. 97, voir aussi C. H. Clough, « The cult of Antiquity : Letters and Letter Collections », Cultural Aspects of the Italian Renaissance. Essays in Honour of P. O. Kristeller, New York, 1976, p. 33-67. Pour la tradition rhétorique entre Moyen-Âge et Renaissance, G. C. Alessio, « L’ars dictaminis nel Quattrocento italiano : eclissi o persistenza ? », Rhetorica, XIX, 2001, p. 155-173.

    4 Désiré Érasme, Opus de conscribendis epistolis, éd. par J. C. Margolin, in Opera omnia, Amsterdam, 1971.

    5 G. Gueudet, L’art de la lettre humaniste, textes réunis par F. Wild, Paris, 2004, en particulier p. 229-237.

    6 L. Vaillancourt, La lettre familière au xvie siècle. Rhétorique humaniste de l’épistolaire, Paris, 2003, p. 15.

    7 C. Landino, Formulario de epistole vulgare, Bologne, Ugo di Rugerij, 1485.

    8 Toujours dans cette perspective D. Randall, « Epistolary Rhetoric, the Newspaper and the Public Sphere », Past and Present, 198, 2008, p.3-32, étudie les rapports de continuité entre la rhétorique de la lettre humaniste et les premiers journaux imprimés, particulièrement dans le domaine anglais, pour remettre en question la théorie habermasienne de la naissance de l’opinion publique à l’époque moderne : la notion de sphère publique, selon Randall, est déjà inhérente à la communication épistolaire, particulièrement pour la lettre de nouvelles, « the news letter », qui progressivement se dissocie du modèle de la lettre familière.

    9 Sénèque, Lettres à Lucilius, éd. par P. Veyne, Paris, 1993, IX, 75, 1-2.

    10 Sur l’ars dictaminis voir J. J. Murphy, Rhetoric in the Middle Ages : A History of Rhetorical Theory from Saint Augustine to the Renaissance, Berkeley, 1974.

    11 A. Bartoli Langeli, « Cancellierato e produzione epistolare », in P. Cammarosano (dir.), Le forme della propaganda política nel Due e Trecento, Rome, 1994, p. 251-261 (p. 253). Les recherches d’Artifoni nourrissent également les réflexions de A. Boureau, « La norme épistolaire : une invention médiévale », in R. Chartier (dir.), La correspondance. Les usages de la lettre au xixe siècle, Paris, 1991, p. 127-157.

    12 « L’espace de la chancellerie communale sous les podestats fut un espace plus rhétorique que diplomatique, plus un instrument de propagande et de représentation idéologique qu’un espace de documentation » (A. Bartoli Langeli, « Cancellierato e produzione epistolare », op. cit., p. 256).

    13 Ibid., p. 254 : « La canonizzazione, operata da Ranieri da Perugia, dell’instrumentum come scrittura probatoria di un fatto avvenuto emancipava completamente la scrittura documentale dalla scrittura epistolare. »

    14 « Le discours s’adresse à un public présent, la lettre à des absents » (G. Gueudet, L’art de la lettre humaniste, op. cit., p. 229).

    15 Pour une analyse plus détaillée du protocole épistolaire voir G. Constable, Letters and Letter-collections, Turnhout, 1976 ; J. J. Murphy, op. cit. ; G. Gueudet, op. cit., p. 289-411.

    16 Lettres V19 et XI, dans Pétrarque, Lettres familières, tomes I-V, livres IV-XIX, Notices et notes de Ugo Dotti, traduction de A. Longpré, Paris, 2002-2005.

    17 Pétrarque, Lettres de la vieillesse, tomes I-IV, livres I-XV, édition critique d’Elvira Nota, traduction de F. Castelli, F. Fabre, A. de Rosny, L. Schebat, P. Laurens, J. Yves Boriaud, Paris, 2002-2006 ; Id., Sans titre, Liber sine nomine, 1342-1361, traduit par R. Lenoir, Grenoble, 2003 (une nouvelle traduction est en préparation aux Belles Lettres).

    18 Rerum Familiarum I, 1, 16.

    19 Ibid. I, 1, 28.

    20 Voir M. Feo, « L’epistola come mezzo di propaganda politica in Francesco Petrarca », in Le forme della propaganda politica. Atti del Convegno di Trieste 2-5 marzo 1993, Rome, 1994, p. 203-206.

    21 « Illam vero [...] qualemcunque animi mei effigiem atque ingenii simulacrum multo michi studio dedolatum, si unquam supremam illi manum imposuero, cum ad te venerit, secute qualibet in arce constituito. »

    22 Dotti p. XLVI de l’édition des Familiares : « Décidant qu’une autobiographie idéale ouverte sur soi-même et sur le monde présentait quelque intérêt, Pétrarque entendit avant tout brosser un portrait de son existence d’intellectuel. »

    23 M. Fumaroli, « Genèse de l’épistolographie classique : rhétorique humaniste de la lettre, de Pétrarque à Juste Lipse », Revue d’Histoire littéraire de la France, LXXVIII, 1978, p. 886-900.

    24 C. Griggio, Dalla lettera all’epistolario, op. cit., p. 86 : « A partire dalla fine del Trecento i nuovi bisogni dell’amministrazione pubblica e della vita civile nei maggiori centri politici italiani, specie a Firenze, ma anche a Milano e a Venezia, imposera cambiamenti nelle forme e nello stile epistolare, che si sommarono e fusera con l’espandersi delle lettere familiari, più personali nello stile, e con il rinascere della forma-epistolario. »

    25 D. De Rosa, Coluccio Salutati. Il cancelliere e ilpensatore político, Florence, 1980, p. 76 : « Gli esempi di missive scritte privatamente, in prima persona, da Coluccio, in funzione política, sono moltissimi e per impostazione, capacità retorica, serrate argomentazioni ed astuzia diplomatica tutte queste lettere non sono certo inferiori alla corrispondenza pubblica. »

    26 Il faudra sans doute revoir le jugement de A. Quondam, Le carte, op. cit., pour qui les Familiares de Pétrarque resteraient confinées dans les cercles des humanistes, sans influencer directement les livres de lettres en vulgaire (p. 63 : « è il solo Cicerone a porsi come modello classico, senza mediazioni umanistiche : è il solo Cicerone a partecipare del processo di formazione della tipologia cinquecentesca delle lettere in volgare »). L’importance politique du recueil de lettres de Politien, dédié à Piero de’ Medid, ne peut qu’être évoquée ici. Rappelons que la prose de Politien est citée comme un modèle exemplaire dans le De conscribendis d’Érasme.

    27 C. Vasoli, « L’humanisme rhétorique en Italie au xve siècle », in M. Fumaroli (dir.), Histoire de la rhétorique dans l’Europe moderne : 1450-1950, Paris, 1999, p. 45-129. Sur la figure de Barzizza voir en particulier les recherches de R. G. G. Mercer, The teaching of Gasparino Barzizza with special reference to his place in Paduan Humanism, Londres, 1979. Sur ces lettres, cf. D. Mazzuconi, « Per una sistemazione dell epistolario di Gasparino Barzizza », Italia Medioevale e Umanistica, 20 (1977), p. 183-241.

    28 F. La Brasca, Cristoforo Landino et la culture florentine de la Renaissance, 2 vol., Lille, 1990.

    29 Suivant le catalogue de J. Basso il est possible de croiser les données de l’attribution et du lieu d’édition : les sept éditions (ou huit, car une édition n’a pas de colophon) imprimées à Florence à partir de 1488 par les frères Bonaccorsi, donc du vivant de Landino, portent l’attribution à l’humaniste, de même que trois éditions publiées à Bologne, sept à Venise, trois à Rome, une à Milan (1494) et une à Gaète (1487). Pour Bartolomeo Miniatore on trouve vingt-quatre éditions à Venise, une respectivement à Bologne, à Milan (1500) et à Ancône (1522). Remarquons au passage que l’inventaire de J. Basso n’est pas complet : sur la base du catalogue des incunables de la British Library nous pouvons ajouter par exemple pour Miniatore une édition vénitienne du 22 avril 1488 chez Bernardino Benali, une de juillet 1489 à Milan chez Leonard Pachel, une encore à Milan en janvier 1495 chez Ulderic Scinzenzeler, etc.

    30 « Ce fut pendant longtemps, jusqu’à la moitié du xvie siècle, l’un des best-sellers de la bourgeoisie non humaniste et des fonctionnaires de l’administration comme de la diplomatie des Seigneuries et des Principautés de l’Italie de l’époque. » (Landino Cristoforo, Scritti critici e teorici, éd. par R. Cardini, Rome, 1974, p. 179.)

    31 « Nombre d’exordes, de lettres et de réponses pour toutes les situations et de discours bien faits et nécessaires à ceux qui sont envoyés pour parler devant le Pape, les cardinaux, les évêques, des communautés, des seigneurs où tout autre forme de gouvernement. »

    32 « Comment on pourrait s’exprimer dans la conclusion d’une lettre ou oralement à la fin d’un discours ». Pour l’expression « a bocca », voir également ici-même les contributions de Nicole Reinhardt et Ilaria Taddei.

    33 Lettres 56-60 et 140.

    34 « En considérant en mon for intérieur que sans le secours de l’art de parler de manière avisée et selon les règles, toutes les autres vertus sont muettes. »

    35 « J’ai eu l’hardiesse de prendre la parole devant votre Magnificence seulement pour dire et prouver ces choses dont la connaissance tardive pourrait procurer un très grand préjudice et la honte pour notre patrie, tandis qu’en les prévoyant elles produiront pour notre peuple l’honneur à son plus haut degré, la gloire et une renommée immortelle. »

    36 161 : « Exorde excellent et très beau lorsqu’il faut s’adresser au doge de Venise en attirant sa miséricorde » ; « les jeunes gens savants qui habitent et fréquentent cette ville admirable et resplendissante ».

    37 « Ils ont été des sujets fort fidèles qui ont lutté pour vous à toutes les grandes occasions de danger. »

    38 « L’amour que vous vouez à ce criminel vous pousse à parler et à demander ce qui est interdit à l’aune de toutes les lois sacrées » ; « (son crime) est si grand et si abominable qu’il mérite non seulement une sanction touchant ses biens mais également tout genre de punition corporelle ».

    39 « À l’illustre et très glorieux prince Alphonse invincible roi de France par grâce de Dieu », « À sa majesté l’illustre et très glorieux prince Alexandre roi d’Aragon par grâce de Dieu ». Nous rappelons que Louis XII fut roi de France entre 1498 et 1515 et que les rois de l’époque de Landino étaient Louis XI et Charles VIII. Alphonse est un nom qui convient plus aux rois d’Aragon, naturellement.

    40 A. Quondam, op. cit., p. 4 : « Ces livres revendiquent immédiatement, de manière ouverte, une fonction exemplaire vis-à-vis d’un type de destinataire bien précis : la masse de plus en plus grande des gens de lettres, les protagonistes anonymes de ce grand procès d’alphabétisation, d’accès aux pratiques de communication littéraire, à l’écriture, qui traverse l’histoire culturelle et institutionnelle du début du xvie siècle. »

    41 F. Sansovino, Del Secretario di M. Francesco Sansovino. Libri IV, In Venetia, Appresso Francesco Rampazetto, 1564. Voir en particulier L. Braida, Libri di lettere : le raccolte epistolari del Cinquecento tra inquietudini religiose e buon volgare, Rome, 2009, p. 201-218 ; S. Nigro, « Il Segretario », in R. Villari (dir.), L’uomo barocco, Bari, 1998 ; E. Bonora, Ricerche su Francesco Sansovino imprenditore, libraio e letterato, Venise, 1994 et E. Selmi, « Fra “negotio” e “parole” : per una institutio retorica dei libri del segretario. La svolta degli anni novanta », in A. Chemello (dir.), Alla lettera. Teorie e pratiche epistolari dai Greci al Novecento, Milan 1998, p. 173-227.

    42 Du Secrétaire de M. F. Sansovino, livres VII, où l’auteur explique et enseigne la manière d’écrire des lettres bien faites et raffinées sur n’importe quel sujet, avec les épithètes qu’il faut utiliser selon le rang avec toute sorte de personnes, aussi bien les notables que les gens du commun et avec nombre de lettres de princes ou adressées à des princes à différentes époques et dans différentes occasions. J’ai consulté l’édition vénitienne de Cornelio Arrivabene, 1584, de la Bibliothèque municipale de Grenoble.

    43 Dans l’avis aux lecteurs, Sansovino dit s’être inspiré pour son portrait du bon secrétaire de trois personnages de son temps : Monseigneur Vincenzo Passaro, secrétaire du cardinal Iacomo Savello, Giuliano Uguccione au service des Orsini et Gian Filippo Magnanino, secrétaire du marquis Cornelio Bentivoglio.

    44 « C’est la lettre que nous adressons à nos amis, même lorsque nous n’avons pas une raison particulière pour écrire. »

    45 Del secretario, p. 27 v : « La première partie de la lettre doit contenir des mots capables de nous attirer la bienveillance et l’amour de celui à qui nous écrivons. »

    46 B. Cavalcanti, La Retorica, Venise, Giolito de’ Ferrari, 1559, et Retorica d’Aristotele amplissimamente tradotta et illustrata par Alessandro Piccolomini, Venise, Giorgio Angelieri, 1597. Sansovino est d’ailleurs l’auteur du traité La Rhetorica, publiée à Bologne en 1543 et dédiée à l’Arétin, cf. M. Blanc-Sanchez, « Francesco Sansovino et son Del Segretario », Filigrana VI, 2000-2001, p. 11-87 (à p. 41).

    47 Seules les cases affichant un capo ou le signe x correspondent à des sections traitées par Sansovino, tandis que les cases vides signalent des lacunes dans son analyse.

    48 « Puisque nous en avons donné les exemples chacun sous sa partie, en fragments, comme le besoin le demandait, en ce livre ces mêmes exemples vont apparaître en entier pour mieux en faire profiter les lecteurs, avec le numéro des parties correspondantes en marge à chaque page. »

    49 Le Secrétaire, p. 26 v : « Adunque diremo che tutte le lettere cadono sotto uno di questi predetti generi. E che sotto il deliberativo, chiamato suasorio da’latini, si contiene la conciliatione, l’essortatione, il dissuadere, la domanda, la consolatione, la raccomandatione, 1 ammonitione e l’amatoria. Sotto il dimostrativo si mette la discrittione delle persone, de’ paesi, de’ campi, delle fortezze, degl’ horti, de’ monti, delle tempeste, de’ viaggi, de’ conviti e di cosí fatte altre cose. Sotto il giudiciale si tratta l’accusa, la querela, la difesa, l’invettiva e simili altri. A questi tre possiamo aggiungere il quarto genere, il quale comprende la lettera narratoria, quella d’aviso, la rallegratoria, la lamentatoria, la commessiva, la ringratiatoria, la laudatoria, l’officiosa, la burlesca et simiglianti altre che si tratteranno a luogo loro. »

    50 G. Gueudet, L’art de la lettre humaniste, op. cit., p. 277. Par exemple Érasme classe dans le genus suasorium « conciliationem, reconciliationem, exhortationem, dehortationem, suasionem, dissuasionem, consolationem, petitionem, commendationem, monitionem, amatoriam ». La liste de Sansovino est simplifiée mais suit presque le même ordre.

    51 « La lettre envoyée par des princes ou des grands seigneurs, publique ou privée. Ce genre compte cinq espèces : la lettre de fidélité, de familiarité, celle qui ordonne, celle qui interdit et celle qui promeut. »

    52 Cet intérêt pour la divulgation des secrets de la politique correspond à un autre volet de la production de notre polygraphe, comme me le fait remarquer très à propos S. Landi, si l’on pense à son Del governo e amministrazione di diversi regni e repubbliche publié en 1562 ou à son recueil Concetti politici (1578) où se trouve en grande partie condensée la pensée de Guichardin.

    53 « Pour l’exhortation ou la dissuasion l’élaboration rhétorique est plus nécessaire que pour tout autre genre de lettre. »

    54 Pour ces aspects, M. Blanc-Sanchez, « Francesco Sansovino », op. cit., p. 66-69.

    55 « Pour éclairer l’intellect des gentilshommes afin qu’ils apprennent par l’exemple d’autrui à savoir manier la plume pour exprimer avec élégance les idées conçues par leurs esprits. »

    Auteur

    • Maria Cristina Panzera
      Université Michel de Montaigne, Bordeaux
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    1 L’ouvrage de référence reste le volume publié par A. Quondam, Le « carte messaggere ». Retorica e modelli di comunicazione epistolare : per un indice dei libri di lettere del Cinquecento, Rome, 1981, à compléter pour les développements plus récents par R. Rinaldi, « L’epistolario moltiplicato », in G. Barberi Squarotti (dir.), Storia della civiltà letteraria italiana, vol. II, Umanesimo e Rinascimento, Turin, 1993, p. 1738-1875 ; A. Chemello (dir.), Alla lettera. Teorie epratiche epistolari dai Greci al Novecento, Milan, 1998 ; N. Longo, Letteratura e lettere. Indagine nell’epistolografia cinquecentesca, Rome, 1999 ; M. L. Doglio, L’arte delle lettere. Idea e pratica delia scrittura epistolare tra Quattro e Seicento, Bologne, 2000 ; R. Morabito, Lettere e letteratura, Turin, 2001 ; A. Petrucci, Scrittura ed epistolografia, Rome, 2004.

    2 Certains de ces ouvrages sont répertoriés en raison de leur présence dans le marché de l’imprimerie après 1538 par J. Basso, Le genre épistolaire en langue italienne (1538-1622). Répertoire chronologique et analytique, Rome-Nancy, 2 vol., 1990.

    3 Une liste de ces ouvrages de rhétorique est publiée par C. Griggio, Dalla lettera all’epistolario. Aspetti retorico-formali dell’epistolografia umanistica, Milan, 1998, p. 97, voir aussi C. H. Clough, « The cult of Antiquity : Letters and Letter Collections », Cultural Aspects of the Italian Renaissance. Essays in Honour of P. O. Kristeller, New York, 1976, p. 33-67. Pour la tradition rhétorique entre Moyen-Âge et Renaissance, G. C. Alessio, « L’ars dictaminis nel Quattrocento italiano : eclissi o persistenza ? », Rhetorica, XIX, 2001, p. 155-173.

    4 Désiré Érasme, Opus de conscribendis epistolis, éd. par J. C. Margolin, in Opera omnia, Amsterdam, 1971.

    5 G. Gueudet, L’art de la lettre humaniste, textes réunis par F. Wild, Paris, 2004, en particulier p. 229-237.

    6 L. Vaillancourt, La lettre familière au xvie siècle. Rhétorique humaniste de l’épistolaire, Paris, 2003, p. 15.

    7 C. Landino, Formulario de epistole vulgare, Bologne, Ugo di Rugerij, 1485.

    8 Toujours dans cette perspective D. Randall, « Epistolary Rhetoric, the Newspaper and the Public Sphere », Past and Present, 198, 2008, p.3-32, étudie les rapports de continuité entre la rhétorique de la lettre humaniste et les premiers journaux imprimés, particulièrement dans le domaine anglais, pour remettre en question la théorie habermasienne de la naissance de l’opinion publique à l’époque moderne : la notion de sphère publique, selon Randall, est déjà inhérente à la communication épistolaire, particulièrement pour la lettre de nouvelles, « the news letter », qui progressivement se dissocie du modèle de la lettre familière.

    9 Sénèque, Lettres à Lucilius, éd. par P. Veyne, Paris, 1993, IX, 75, 1-2.

    10 Sur l’ars dictaminis voir J. J. Murphy, Rhetoric in the Middle Ages : A History of Rhetorical Theory from Saint Augustine to the Renaissance, Berkeley, 1974.

    11 A. Bartoli Langeli, « Cancellierato e produzione epistolare », in P. Cammarosano (dir.), Le forme della propaganda política nel Due e Trecento, Rome, 1994, p. 251-261 (p. 253). Les recherches d’Artifoni nourrissent également les réflexions de A. Boureau, « La norme épistolaire : une invention médiévale », in R. Chartier (dir.), La correspondance. Les usages de la lettre au xixe siècle, Paris, 1991, p. 127-157.

    12 « L’espace de la chancellerie communale sous les podestats fut un espace plus rhétorique que diplomatique, plus un instrument de propagande et de représentation idéologique qu’un espace de documentation » (A. Bartoli Langeli, « Cancellierato e produzione epistolare », op. cit., p. 256).

    13 Ibid., p. 254 : « La canonizzazione, operata da Ranieri da Perugia, dell’instrumentum come scrittura probatoria di un fatto avvenuto emancipava completamente la scrittura documentale dalla scrittura epistolare. »

    14 « Le discours s’adresse à un public présent, la lettre à des absents » (G. Gueudet, L’art de la lettre humaniste, op. cit., p. 229).

    15 Pour une analyse plus détaillée du protocole épistolaire voir G. Constable, Letters and Letter-collections, Turnhout, 1976 ; J. J. Murphy, op. cit. ; G. Gueudet, op. cit., p. 289-411.

    16 Lettres V19 et XI, dans Pétrarque, Lettres familières, tomes I-V, livres IV-XIX, Notices et notes de Ugo Dotti, traduction de A. Longpré, Paris, 2002-2005.

    17 Pétrarque, Lettres de la vieillesse, tomes I-IV, livres I-XV, édition critique d’Elvira Nota, traduction de F. Castelli, F. Fabre, A. de Rosny, L. Schebat, P. Laurens, J. Yves Boriaud, Paris, 2002-2006 ; Id., Sans titre, Liber sine nomine, 1342-1361, traduit par R. Lenoir, Grenoble, 2003 (une nouvelle traduction est en préparation aux Belles Lettres).

    18 Rerum Familiarum I, 1, 16.

    19 Ibid. I, 1, 28.

    20 Voir M. Feo, « L’epistola come mezzo di propaganda politica in Francesco Petrarca », in Le forme della propaganda politica. Atti del Convegno di Trieste 2-5 marzo 1993, Rome, 1994, p. 203-206.

    21 « Illam vero [...] qualemcunque animi mei effigiem atque ingenii simulacrum multo michi studio dedolatum, si unquam supremam illi manum imposuero, cum ad te venerit, secute qualibet in arce constituito. »

    22 Dotti p. XLVI de l’édition des Familiares : « Décidant qu’une autobiographie idéale ouverte sur soi-même et sur le monde présentait quelque intérêt, Pétrarque entendit avant tout brosser un portrait de son existence d’intellectuel. »

    23 M. Fumaroli, « Genèse de l’épistolographie classique : rhétorique humaniste de la lettre, de Pétrarque à Juste Lipse », Revue d’Histoire littéraire de la France, LXXVIII, 1978, p. 886-900.

    24 C. Griggio, Dalla lettera all’epistolario, op. cit., p. 86 : « A partire dalla fine del Trecento i nuovi bisogni dell’amministrazione pubblica e della vita civile nei maggiori centri politici italiani, specie a Firenze, ma anche a Milano e a Venezia, imposera cambiamenti nelle forme e nello stile epistolare, che si sommarono e fusera con l’espandersi delle lettere familiari, più personali nello stile, e con il rinascere della forma-epistolario. »

    25 D. De Rosa, Coluccio Salutati. Il cancelliere e ilpensatore político, Florence, 1980, p. 76 : « Gli esempi di missive scritte privatamente, in prima persona, da Coluccio, in funzione política, sono moltissimi e per impostazione, capacità retorica, serrate argomentazioni ed astuzia diplomatica tutte queste lettere non sono certo inferiori alla corrispondenza pubblica. »

    26 Il faudra sans doute revoir le jugement de A. Quondam, Le carte, op. cit., pour qui les Familiares de Pétrarque resteraient confinées dans les cercles des humanistes, sans influencer directement les livres de lettres en vulgaire (p. 63 : « è il solo Cicerone a porsi come modello classico, senza mediazioni umanistiche : è il solo Cicerone a partecipare del processo di formazione della tipologia cinquecentesca delle lettere in volgare »). L’importance politique du recueil de lettres de Politien, dédié à Piero de’ Medid, ne peut qu’être évoquée ici. Rappelons que la prose de Politien est citée comme un modèle exemplaire dans le De conscribendis d’Érasme.

    27 C. Vasoli, « L’humanisme rhétorique en Italie au xve siècle », in M. Fumaroli (dir.), Histoire de la rhétorique dans l’Europe moderne : 1450-1950, Paris, 1999, p. 45-129. Sur la figure de Barzizza voir en particulier les recherches de R. G. G. Mercer, The teaching of Gasparino Barzizza with special reference to his place in Paduan Humanism, Londres, 1979. Sur ces lettres, cf. D. Mazzuconi, « Per una sistemazione dell epistolario di Gasparino Barzizza », Italia Medioevale e Umanistica, 20 (1977), p. 183-241.

    28 F. La Brasca, Cristoforo Landino et la culture florentine de la Renaissance, 2 vol., Lille, 1990.

    29 Suivant le catalogue de J. Basso il est possible de croiser les données de l’attribution et du lieu d’édition : les sept éditions (ou huit, car une édition n’a pas de colophon) imprimées à Florence à partir de 1488 par les frères Bonaccorsi, donc du vivant de Landino, portent l’attribution à l’humaniste, de même que trois éditions publiées à Bologne, sept à Venise, trois à Rome, une à Milan (1494) et une à Gaète (1487). Pour Bartolomeo Miniatore on trouve vingt-quatre éditions à Venise, une respectivement à Bologne, à Milan (1500) et à Ancône (1522). Remarquons au passage que l’inventaire de J. Basso n’est pas complet : sur la base du catalogue des incunables de la British Library nous pouvons ajouter par exemple pour Miniatore une édition vénitienne du 22 avril 1488 chez Bernardino Benali, une de juillet 1489 à Milan chez Leonard Pachel, une encore à Milan en janvier 1495 chez Ulderic Scinzenzeler, etc.

    30 « Ce fut pendant longtemps, jusqu’à la moitié du xvie siècle, l’un des best-sellers de la bourgeoisie non humaniste et des fonctionnaires de l’administration comme de la diplomatie des Seigneuries et des Principautés de l’Italie de l’époque. » (Landino Cristoforo, Scritti critici e teorici, éd. par R. Cardini, Rome, 1974, p. 179.)

    31 « Nombre d’exordes, de lettres et de réponses pour toutes les situations et de discours bien faits et nécessaires à ceux qui sont envoyés pour parler devant le Pape, les cardinaux, les évêques, des communautés, des seigneurs où tout autre forme de gouvernement. »

    32 « Comment on pourrait s’exprimer dans la conclusion d’une lettre ou oralement à la fin d’un discours ». Pour l’expression « a bocca », voir également ici-même les contributions de Nicole Reinhardt et Ilaria Taddei.

    33 Lettres 56-60 et 140.

    34 « En considérant en mon for intérieur que sans le secours de l’art de parler de manière avisée et selon les règles, toutes les autres vertus sont muettes. »

    35 « J’ai eu l’hardiesse de prendre la parole devant votre Magnificence seulement pour dire et prouver ces choses dont la connaissance tardive pourrait procurer un très grand préjudice et la honte pour notre patrie, tandis qu’en les prévoyant elles produiront pour notre peuple l’honneur à son plus haut degré, la gloire et une renommée immortelle. »

    36 161 : « Exorde excellent et très beau lorsqu’il faut s’adresser au doge de Venise en attirant sa miséricorde » ; « les jeunes gens savants qui habitent et fréquentent cette ville admirable et resplendissante ».

    37 « Ils ont été des sujets fort fidèles qui ont lutté pour vous à toutes les grandes occasions de danger. »

    38 « L’amour que vous vouez à ce criminel vous pousse à parler et à demander ce qui est interdit à l’aune de toutes les lois sacrées » ; « (son crime) est si grand et si abominable qu’il mérite non seulement une sanction touchant ses biens mais également tout genre de punition corporelle ».

    39 « À l’illustre et très glorieux prince Alphonse invincible roi de France par grâce de Dieu », « À sa majesté l’illustre et très glorieux prince Alexandre roi d’Aragon par grâce de Dieu ». Nous rappelons que Louis XII fut roi de France entre 1498 et 1515 et que les rois de l’époque de Landino étaient Louis XI et Charles VIII. Alphonse est un nom qui convient plus aux rois d’Aragon, naturellement.

    40 A. Quondam, op. cit., p. 4 : « Ces livres revendiquent immédiatement, de manière ouverte, une fonction exemplaire vis-à-vis d’un type de destinataire bien précis : la masse de plus en plus grande des gens de lettres, les protagonistes anonymes de ce grand procès d’alphabétisation, d’accès aux pratiques de communication littéraire, à l’écriture, qui traverse l’histoire culturelle et institutionnelle du début du xvie siècle. »

    41 F. Sansovino, Del Secretario di M. Francesco Sansovino. Libri IV, In Venetia, Appresso Francesco Rampazetto, 1564. Voir en particulier L. Braida, Libri di lettere : le raccolte epistolari del Cinquecento tra inquietudini religiose e buon volgare, Rome, 2009, p. 201-218 ; S. Nigro, « Il Segretario », in R. Villari (dir.), L’uomo barocco, Bari, 1998 ; E. Bonora, Ricerche su Francesco Sansovino imprenditore, libraio e letterato, Venise, 1994 et E. Selmi, « Fra “negotio” e “parole” : per una institutio retorica dei libri del segretario. La svolta degli anni novanta », in A. Chemello (dir.), Alla lettera. Teorie e pratiche epistolari dai Greci al Novecento, Milan 1998, p. 173-227.

    42 Du Secrétaire de M. F. Sansovino, livres VII, où l’auteur explique et enseigne la manière d’écrire des lettres bien faites et raffinées sur n’importe quel sujet, avec les épithètes qu’il faut utiliser selon le rang avec toute sorte de personnes, aussi bien les notables que les gens du commun et avec nombre de lettres de princes ou adressées à des princes à différentes époques et dans différentes occasions. J’ai consulté l’édition vénitienne de Cornelio Arrivabene, 1584, de la Bibliothèque municipale de Grenoble.

    43 Dans l’avis aux lecteurs, Sansovino dit s’être inspiré pour son portrait du bon secrétaire de trois personnages de son temps : Monseigneur Vincenzo Passaro, secrétaire du cardinal Iacomo Savello, Giuliano Uguccione au service des Orsini et Gian Filippo Magnanino, secrétaire du marquis Cornelio Bentivoglio.

    44 « C’est la lettre que nous adressons à nos amis, même lorsque nous n’avons pas une raison particulière pour écrire. »

    45 Del secretario, p. 27 v : « La première partie de la lettre doit contenir des mots capables de nous attirer la bienveillance et l’amour de celui à qui nous écrivons. »

    46 B. Cavalcanti, La Retorica, Venise, Giolito de’ Ferrari, 1559, et Retorica d’Aristotele amplissimamente tradotta et illustrata par Alessandro Piccolomini, Venise, Giorgio Angelieri, 1597. Sansovino est d’ailleurs l’auteur du traité La Rhetorica, publiée à Bologne en 1543 et dédiée à l’Arétin, cf. M. Blanc-Sanchez, « Francesco Sansovino et son Del Segretario », Filigrana VI, 2000-2001, p. 11-87 (à p. 41).

    47 Seules les cases affichant un capo ou le signe x correspondent à des sections traitées par Sansovino, tandis que les cases vides signalent des lacunes dans son analyse.

    48 « Puisque nous en avons donné les exemples chacun sous sa partie, en fragments, comme le besoin le demandait, en ce livre ces mêmes exemples vont apparaître en entier pour mieux en faire profiter les lecteurs, avec le numéro des parties correspondantes en marge à chaque page. »

    49 Le Secrétaire, p. 26 v : « Adunque diremo che tutte le lettere cadono sotto uno di questi predetti generi. E che sotto il deliberativo, chiamato suasorio da’latini, si contiene la conciliatione, l’essortatione, il dissuadere, la domanda, la consolatione, la raccomandatione, 1 ammonitione e l’amatoria. Sotto il dimostrativo si mette la discrittione delle persone, de’ paesi, de’ campi, delle fortezze, degl’ horti, de’ monti, delle tempeste, de’ viaggi, de’ conviti e di cosí fatte altre cose. Sotto il giudiciale si tratta l’accusa, la querela, la difesa, l’invettiva e simili altri. A questi tre possiamo aggiungere il quarto genere, il quale comprende la lettera narratoria, quella d’aviso, la rallegratoria, la lamentatoria, la commessiva, la ringratiatoria, la laudatoria, l’officiosa, la burlesca et simiglianti altre che si tratteranno a luogo loro. »

    50 G. Gueudet, L’art de la lettre humaniste, op. cit., p. 277. Par exemple Érasme classe dans le genus suasorium « conciliationem, reconciliationem, exhortationem, dehortationem, suasionem, dissuasionem, consolationem, petitionem, commendationem, monitionem, amatoriam ». La liste de Sansovino est simplifiée mais suit presque le même ordre.

    51 « La lettre envoyée par des princes ou des grands seigneurs, publique ou privée. Ce genre compte cinq espèces : la lettre de fidélité, de familiarité, celle qui ordonne, celle qui interdit et celle qui promeut. »

    52 Cet intérêt pour la divulgation des secrets de la politique correspond à un autre volet de la production de notre polygraphe, comme me le fait remarquer très à propos S. Landi, si l’on pense à son Del governo e amministrazione di diversi regni e repubbliche publié en 1562 ou à son recueil Concetti politici (1578) où se trouve en grande partie condensée la pensée de Guichardin.

    53 « Pour l’exhortation ou la dissuasion l’élaboration rhétorique est plus nécessaire que pour tout autre genre de lettre. »

    54 Pour ces aspects, M. Blanc-Sanchez, « Francesco Sansovino », op. cit., p. 66-69.

    55 « Pour éclairer l’intellect des gentilshommes afin qu’ils apprennent par l’exemple d’autrui à savoir manier la plume pour exprimer avec élégance les idées conçues par leurs esprits. »

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    Ce livre est cité par

    • Fontvieille, Damien. (2022) Le clan Bochetel. DOI: 10.4000/books.enc.14852
    • (2015) Histoire de l'Italie du XVe au XVIIIe siècle. DOI: 10.3917/arco.carra.2015.01.0247
    • (2022) Histoire de l'Italie du XVe au XVIIIe siècle. DOI: 10.3917/arco.carra.2022.01.0247
    • (2021) Écrire au président. DOI: 10.3917/dec.frete.2021.01.0299

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    • (2019) Relier, délier les langues. DOI: 10.3917/herm.panze.2019.01.0351

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    La politique par correspondance

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    Panzera, M. (2009). L’école de l’épistolier. In S. Landi, J. Boutier, & O. Rouchon (éds.), La politique par correspondance. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.137493
    Panzera, Maria Cristina. « L’école de l’épistolier ». In La politique par correspondance, édité par Sandro Landi, Jean Boutier, et Olivier Rouchon. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2009. doi:10.4000/books.pur.137493.
    Panzera, Maria Cristina. « L’école de l’épistolier ». La politique par correspondance, édité par Sandro Landi et al., Presses universitaires de Rennes, 2009, https://doi.org/10.4000/books.pur.137493.

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    Landi, S., Boutier, J., & Rouchon, O. (éds.). (2009). La politique par correspondance. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.137478
    Landi, Sandro, Jean Boutier, et Olivier Rouchon, éd. La politique par correspondance. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2009. doi:10.4000/books.pur.137478.
    Landi, Sandro, et al., éditeurs. La politique par correspondance. Presses universitaires de Rennes, 2009, https://doi.org/10.4000/books.pur.137478.
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