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    Plan détaillé Texte intégral Les particularismes culturels, un outil opérationnel Les cultures locales, un support du moral dans les sociétés en guerre Les particularismes culturels, un outil disciplinaire Notes de bas de page Auteur

    Petites patries dans la grande guerre

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Les particularismes culturels, support du moral des troupes alliées pendant la Première Guerre mondiale

    Emmanuelle Cronier

    p. 227-238

    Texte intégral Les particularismes culturels, un outil opérationnel Les cultures locales, un support du moral dans les sociétés en guerre Permissions et pratiques communautaires Presse et sport : particularismes culturels et distractions La nostalgie des cultures alimentaires locales Les particularismes culturels, un outil disciplinaire Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’historiographie de la Première Guerre mondiale reste dominée, si l’on considère l’ensemble des pays belligérants, par deux types d’approches, dont les logiques se retrouvaient déjà dans les représentations du temps de guerre : l’une est centrée autour de la Nation, l’autre autour du foyer.

    2Jusque récemment, les logiques nationales ou celles des larges groupes, coalisés dans le contexte d’un conflit opposant des États-nations, ont mobilisé l’essentiel de l’historiographie internationale pour interroger à la fois le rôle de la Grande Guerre dans les constructions nationales et la place de l’identité nationale dans les processus de mobilisation, que l’on retrouve par exemple dans les concepts d’Union nationale ou de Geist von 1914, « Esprit de 19141 ». Plus récemment, l’historiographie – notamment française – a aussi envisagé le conflit sous l’angle du « foyer », micro espace symbolisant le déchirement des communautés familiales pendant la guerre, et que l’on retrouve par exemple dans l’étude des relations filiales ou de couple entre 1914 et 1918, ou encore de l’expérience des permissionnaires du front ou des réfugiés des régions envahies2.

    3Si ces deux problématiques ne résument pas l’historiographie du Premier Conflit mondial, force est de constater que les approches supra et infranationales, exception faite, donc, du foyer, sont restées rares. En France, l’étude de Jules Maurin sur les soldats languedociens continue à faire figure de référence, mais des travaux récents comme ceux de Pierre Purseigle soulignent aussi l’intérêt analytique de l’échelle locale, en particulier si elle est couplée à une perspective comparatiste3.

    4C’est cette perspective que je voudrais explorer ici, pour montrer comment les identités locales et les pratiques communautaires se sont maintenues, et ont été aussi valorisées pendant la Première Guerre mondiale, au point que les particularismes culturels, en entretenant un double attachement local et familial, ont été un élément essentiel de l’endurance des sociétés en guerre.

    Les particularismes culturels, un outil opérationnel

    5L’armée américaine qui entre en guerre aux côtés de l’Entente en avril 1917, et arrive progressivement en France pour atteindre 800 000 hommes à l’été 1918, puis 1,8 million en novembre 1918, se caractérise par un multiculturalisme qui traduit, cela est bien connu, les origines migratoires de la Nation américaine. Les populations indigènes y sont aussi représentées, à travers un contingent amérindien qui représente de 12 000 à 13 000 hommes, pour moitié volontaires. Les conditions de leur mobilisation étaient en effet différentes de celles de nombre d’Américains, puisque, dans leur grande majorité, les Amérindiens ne sont pas citoyens en 1914, et ne sont donc pas soumis aux obligations militaires. Avec un fort taux de volontariat, ils se retrouvent donc surreprésentés dans les troupes américaines, puisqu’on estime que 20 à 30 % des Amérindiens ont servi pendant la guerre, contre une moyenne de 15 % des Américains. Parmi eux, de 2 à 4 000, selon les chiffres, ont fait partie du corps expéditionnaire envoyé en Europe4.

    6La forte mobilisation volontaire des Amérindiens est d’autant plus remarquable qu’en 1914, la plupart d’entre eux ne sont jamais sortis des réserves et que la logique du gouvernement américain, depuis la conquête, est de les amener à abandonner leurs cultures pour se fondre dans la société américaine dans un processus d’assimilation5. Au sud-est du États-Unis (Alabama, Mississippi, Louisiane), les Indiens Choctaws font ainsi partie des cinq tribus dites « civilisées » qui ont adopté des pratiques culturelles européennes depuis le XIXe siècle, au point qu’en 1914, leur langue est considérée comme obsolète.

    7Cette marginalisation culturelle, résultat de la politique répressive menée par le gouvernement américain depuis des décennies, devient un atout pendant la guerre quand, au sein de la 36e division américaine, la langue utilisée entre eux par les Choctaws est repérée par le commandement pour l’utiliser dans le cadre de la guerre des codes : hermétique pour les anglophones, elle l’est aussi pour les Allemands. Les Choctaws regroupés et formés aux transmissions deviennent ainsi en 1917-1918 les premiers héros de la guerre des codes, particularité qui sera réutilisée pendant la Seconde Guerre mondiale, et popularisée dans le film Windtalkers, centré sur le cas navajo6.

    8Au sein de la 36e division américaine, une vingtaine de Choctaws, répartis dans les compagnies, reçoivent, transmettent et décodent les messages pour les officiers américains anglophones. Sur le plan linguistique, la pratique est intéressante car la langue choctaw n’a évidemment pas de vocabulaire adapté aux réalités de la guerre moderne, et la formation des téléphonistes et télégraphistes passe par une phase d’harmonisation, où un code commun est déterminé : « gros fusil » désigne ainsi l’artillerie, « petit fusil qui tire vite », la mitrailleuse, et d’autres références culturelles choctaws sont utilisées comme la traduction en « grains de maïs » du nombre de bataillons ennemis. Sur le terrain, les code talkers eurent une action de courte durée, principalement en Champagne en octobre 1918, mais les témoignages et les rapports militaires attestent cependant de l’efficacité du recours au code choctaw, qui permet de maintenir le secret sur les opérations dans la mesure où les Allemands se révèlent effectivement incapables de décrypter les messages codés.

    9Ce cas souligne le grand pragmatisme de l’armée américaine, qui tire parti à des fins opérationnelles de pratiques auparavant marginalisées et réprimées. Cette reconnaissance, et le renversement des logiques traditionnelles de la politique américaine à l’égard des nations indiennes, expliquent la place occupée par cet épisode dans la mémoire amérindienne de la Première Guerre mondiale. Outre une association dédiée, de nombreux sites internet valorisent cette forme de participation au conflit, qui trouve aussi sa place dans des études sur les dynamiques de la construction nationale aux États-Unis, puisque le Congrès accorda en 1919 la nationalité américaine aux Amérindiens ayant servi dans l’armée pendant la guerre7. Ce lien entre particularismes culturels et logiques nationales est d’ailleurs illustré par le cliché ci-dessous, qui représente quatorze des code talkers choctaws posant avec le drapeau américain en 1919.

    Image

    Source : Oklahoma Historical Society.

    10D’autres capacités attribuées aux Amérindiens sont d’ailleurs exploitées par l’Armée américaine, qui les utilise comme éclaireurs ou porteurs de message, dans un mélange de pragmatisme et de pensée raciale. Des rapports estiment ainsi qu’environ 10 % d’entre eux, sélectionnés pour leur réputation d’endurance, d’adaptation au milieu ambiant et de silence, ont été utilisés pour ces deux tâches8.

    11Le cas amérindien nous fournit donc un exemple de valorisation militaire de particularismes culturels dans un contexte qui reste en 1914 celui d’une relation de type colonial entre Blancs américains et Amérindiens, et que l’on retrouve dans d’autres types de situations, notamment dans le cadre de la mobilisation et de l’utilisation ciblée des troupes impériales par les armées alliées. Cette utilisation de particularismes culturels à des fins opérationnelles, et les représentations qui lui sont associées, incitent donc à multiplier les études de cas dans une perspective comparée et à les inscrire dans une réflexion plus globale sur les logiques de discrimination locale et régionale pendant la guerre, à l’exemple du mythe du XVe corps marseillais9.

    Les cultures locales, un support du moral dans les sociétés en guerre

    12Les cultures locales occupent aussi une place importante dans les pratiques et les représentations de la Première Guerre mondiale comme soutien du moral des populations civiles et combattantes.

    13Un des enjeux du prolongement du conflit au-delà de l’hiver 1914-1915 est en effet de limiter le mal du pays lié au déracinement et à l’isolement qui risquait de frapper les millions de soldats des corps expéditionnaires ou mobilisés loin de chez eux. En 1914, il existe en effet déjà une abondante littérature médicale consacrée au « mal du pays » des troupes combattantes, dont un certain nombre de pathologies liées à la « nostalgie » ont été identifiées pour la première fois au XVIIe siècle parmi les mercenaires suisses engagés dans des armées étrangères10. Cette nostalgie pouvait engendrer des pathologies allant de la tristesse au découragement, et évoluait parfois en troubles nerveux avec un amaigrissement progressif menant parfois à la mort. Pour y faire face, différents traitements étaient préconisés : exercice, distractions et, dans les cas ultimes, le retour au pays pour un congé.

    14Dès la fin de l’année 1914, les conditions sont réunies pour que les troupes alliées soient très touchées par le mal du pays : une séparation familiale de plusieurs mois se combine ainsi aux conditions très difficiles du combat et de la vie au front, au poids de l’ennui et à l’éloignement de la perspective d’une victoire à court terme pour miner le moral des troupes. Dans ce contexte, quels ressorts communautaires ont pu soutenir l’endurance combattante et limiter le mal du pays ?

    Permissions et pratiques communautaires

    15Les permissions du front, accordées par l’Armée française à partir de juillet 1915 pour éviter le découragement massif des combattants, s’inscrivent dans la logique de ce qui avait été expérimenté dans les armées napoléoniennes pour lutter contre les désertions, même si la pression politique a aussi joué un rôle essentiel dans la mise en place des congés, auxquels l’état-major français a longtemps résisté11. La logistique des permissions reste relativement simple dans le cas français, la plupart des hommes combattant sur leur sol. Elle est évidemment beaucoup plus complexe dans le cas des millions de soldats alliés ou coloniaux, pourtant d’autant plus susceptibles d’être touchés par le mal du pays que le déracinement est important et les perspectives d’un retour au foyer éloignées. Américains, Canadiens, Australiens ou Indiens ne retournent ainsi jamais chez eux pendant la guerre. Dans les troupes coloniales françaises, si la possibilité de rentrer au pays en permission existe depuis 1915, elle reste largement théorique jusque 1917, et très rare ensuite, à la fois en raison des contraintes logistiques liées à la guerre sous-marine, et des inquiétudes politiques des autorités locales. Dans les corps expéditionnaires moins éloignés de leur pays, comme les Britanniques combattant en France, le retour au foyer en permission n’est pas non plus toujours possible en raison des risques du transport maritime. Beaucoup d’hommes restent donc en France pendant leurs congés, par exemple dans des camps comme celui d’Étaples12.

    16Dans ce contexte, la dimension communautaire des permissions ne se réduit pas à un retour au foyer, compromis pour la plupart des combattants de la Première Guerre mondiale. Autrement dit, si la dimension familiale des permissions a beaucoup marqué les esprits, pour ce qu’elle comportait d’émotions notamment, le foyer n’est pas le cadre communautaire le plus fréquent à l’échelle des combattants alliés. C’est d’ailleurs aussi le cas pour les Parisiens qui rentrent chez eux, et dont l’espace de la permission dépasse celui du foyer. L’échelle des immeubles ou des quartiers montre ainsi toute sa pertinence pour examiner les modalités des relations sociales entre civils et permissionnaires du front. Ceux-ci se montrent particulièrement attachés à un cadre parisien dans lequel ils cherchent à retrouver les signes d’un avant-guerre pacifié, traquant les changements opérés par la guerre dans l’espace, dans la population ou dans l’atmosphère de la capitale. Le retour des combattants en congé contribue aussi à ranimer une sociabilité de quartier bouleversée par la mobilisation massive des hommes. Dans cet espace familier, les permissionnaires se retrouvent placés au centre de l’attention générale, et des traces des liens de voisinage se retrouvent par exemple dans les libertés que prennent certains débitants avec la législation sur l’alcool (horaires, type d’alcool) quand il s’agit de servir un permissionnaire au nom d’une « amitié » ancienne.

    17Les solidarités locales trouvent manière à s’exprimer de multiples façons pendant les permissions. En effet, dans l’armée française, la réglementation mise en place en 1915 impose aux hommes de passer leur permission là où ils résidaient avant guerre, sauf dans le cas de ceux qui sont originaires des régions envahies et, bien sûr, des troupes coloniales. Cette disposition n’arrange pas toujours les jeunes provinciaux, qui souhaiteraient venir s’amuser à Paris, ni les entrepreneurs ayant des affaires en province, ni tous ceux dont la famille est répartie en différents points du territoire. Cependant, si certains s’efforcent de contourner la réglementation, beaucoup y trouvent aussi l’occasion de nouer ou de renouer des liens fondés sur une appartenance locale. Une des activités les plus typiques des permissionnaires consiste en effet à rendre visite à la famille de certains de leurs camarades au front, à laquelle ils amènent des nouvelles fraîches, des lettres ou de menus présents. Le phénomène est tout d’abord révélateur d’une sous-estimation de la dimension locale des unités, dont on assimile souvent, et à tort, semble-t-il, l’évolution vers une plus grande mixité régionale au cours de guerre à une disparition des identités locales en leur sein13. En effet, une des conditions pour que les permissionnaires soient les messagers de leurs camarades à l’arrière est que leur sociabilité, au front, soit en partie déterminée par les appartenances locales. Largement attestée dans le cas parisien, cette pratique se retrouve aussi dans d’autres régions, même si elle est peut-être davantage marquée à Paris où la taille de la population – même si l’on tient compte de la sous-représentation des Parisiens dans les armes combattantes – donne plus de chance de se retrouver dans la même unité – unité dont la taille reste à définir.

    18Cette pratique, devenue coutumière parmi les permissionnaires du front, montre que le rôle des permissions dans l’entretien des liens sociaux n’est pas seulement interne au cercle familial mais permet aussi de mettre en relation cercles familiaux et cercles combattants. Le « bon camarade », c’est aussi celui qui prend sur son temps pour aller rendre visite à la famille des autres soldats, contribuant par là à enrichir les relations entre les deux cercles. Ce phénomène, qui atteste des nombreuses circulations socioculturelles entre le front et l’arrière pendant la guerre, dont certaines s’ancrent, comme ici, dans les cultures locales, souligne tout l’intérêt d’examiner ces dynamiques pour dépasser la vision traditionnelle d’un « fossé » entre le front et l’arrière.

    Presse et sport : particularismes culturels et distractions

    19L’importance des particularismes culturels dans le soutien du moral combattant se retrouve dans les distractions des soldats au front.

    20On peut en trouver un exemple dans la presse du front, même si cette source n’a pas encore, à notre connaissance, été étudiée sous cet angle, qui pourrait pourtant se prêter à une étude comparée tant la pratique se retrouve dans des troupes de différentes nationalités14. Le cas français montre déjà que la part du localisme reste très sous estimée dans ces publications, qui manifestent souvent un fort ancrage local dans leur titre, leur langue ou leur rattachement à une unité spécifique. Hurle obus, organe du 12e RIT d’Amiens, publie ainsi des articles « pour ché picards », qui forment son lectorat. Le Midi est représenté par plusieurs titres, comme Le Midi au front (296e RI), La Mitraille, L’Écho du 75 et d’ailleurs ou La Rascasse territoriale qui s’adresse aux « gensses du Midi et... d’ailleurs ». L’Aquitaine met de son côté en concurrence Le Clairon, Le Bleutinet libournais et Le Poilu St-émilionnais – à quelques kilomètres –, mais aussi Le Poilu déchaîné, qui publie pour les « Gascons » des romans-feuilletons comme La Marraine de Bigueyrès. Cette logique éditoriale semble indiquer non seulement l’ancrage local de beaucoup de titres, qui est évident quand les articles sont rédigés en langue régionale, mais aussi qu’il faudrait revaloriser la place des identités et des cultures locales au sein des unités, qui semblent bien résister au brassage opéré au sein des unités dans le cadre d’une mobilisation nationale.

    21Un des éléments d’explication de cette résistance peut tenir au sentiment de familiarité de référents connus, ancré dans un imaginaire local et familial susceptible d’offrir aux hommes déracinés les repères dont ils ont besoin pour tenir face à des conditions de vie et de combat très difficiles. Le poids du localisme dans la « presse du front » peut aussi tenir au rôle des territoriaux parmi les rédacteurs, dont les références semblent particulièrement ancrées dans une culture locale. Des recherches complémentaires seraient ici nécessaires afin de prendre en compte les spécificités de chaque titre et de les confronter au profil des rédacteurs.

    22Le poids des particularismes culturels dans le divertissement des combattants apparaît aussi dans le sport et la musique, avec une différence très marquée entre les troupes françaises, dont les pratiques sont plutôt élitistes et fortement encadrées, et les troupes anglo-saxonnes, où elles s’inscrivent dans des cultures populaires ancrées et intégrées pendant la guerre aux distractions proposées aux troupes.

    23Le sport a ainsi une importance capitale dans l’armée britannique (dominions inclus), comme l’a montré J. G. Fuller, soulignant l’importance du baseball, du football et du cricket pour les Canadiens ou du football et du hockey pour les Britanniques15. Aucune unité ne se déplace sans matériel pendant la guerre, emportant toujours au moins une balle avec elle. L’état-major britannique a parfaitement conscience de la place du sport dans l’adaptation aux conditions de vie au front, et de son intérêt pour le développement des qualités physiques, de l’esprit de corps ou pour le rapprochement des officiers et de la troupe. De nombreuses infrastructures sportives sont donc mises à la disposition des hommes, afin de permettre les entraînements et les rencontres sportives, qui peuvent rassembler jusqu’à 2 500 spectateurs lors des finales. À titre d’exemple, alors qu’il n’y avait aucun stade de football en France en 1914 – malgré 200 000 licenciés –, la 3e division canadienne dispose en 1917 de trois terrains de football, mais aussi de neuf terrains de baseball – plus un d’intérieur –, d’un pour le basket, de trois courts de tennis et de deux rings de boxe16.

    24Dans l’armée britannique, le sport fonctionne donc comme un ciment des unités combattantes, qui renforce des pratiques culturelles déjà populaires avant guerre et ancrées dans des traditions locales, même si elles restent somme toute assez récentes à l’époque.

    La nostalgie des cultures alimentaires locales

    25L’interaction des cultures locales et nationales, et leur importance pour l’endurance combattante, se manifeste aussi à travers les cultures alimentaires qui survivent aux logiques collectives et au manque de variété des rations de guerre, auxquelles elles se combinent ou qu’elles complètent en offrant une alternative dont la symbolique mobilise la nostalgie des recettes familiales et locales.

    26L’alimentation est en effet une des grandes préoccupations des soldats, qui va bien au-delà de la nécessité physique calorique17. Si les combattants se plaignent du manque de nourriture, nombre de leurs réclamations portent aussi sur le manque de variété et la mauvaise qualité des repas. La nostalgie des cultures alimentaires d’avant-guerre est très présente dans les correspondances notamment, par exemple lorsque les combattants commandent à leur mère ou à leur compagne, pour leur prochaine permission, les plats dont ils se languissent au front18. Dans les corps expéditionnaires, certains plats jouent un rôle essentiel et dans chaque contingent, l’intendance s’efforce de procurer aux hommes certains produits typiques de leurs habitudes alimentaires du temps de paix, ou, à défaut, leurs substituts locaux. Le porridge du matin, cette bouillie de céréales qui rappelle la cuisine maternelle, semble indispensable au moral des Canadiens anglophones, tout comme le thé pour les Britanniques. La recherche de dindes pour Thanksgiving mobilise ainsi le Major Hugues, officier dans l’armée canadienne, qui parcourt tout le Nord de la France pour s’en procurer19. Dans les troupes déracinées, les traditions alimentaires sont donc un moyen de maintenir le contact avec la famille et le pays, et d’entretenir une mémoire de la paix qui passe aussi par des goûts associés à un âge d’or qui est souvent, pour les jeunes soldats d’Amérique du Nord par exemple, celui de leur enfance et de leur adolescence. Un autre exemple de l’importance des recettes locales est celui des Anzac biscuits, devenus l’emblème du corps expéditionnaire australien pendant la Première Guerre mondiale au point d’être devenus aujourd’hui un produit du répertoire culinaire régional20. Gâteau sec à base de flocons d’avoine, de noix de coco, et de sirop de canne à sucre (golden syrup), il ne contient pas d’œuf afin de supporter le voyage en bateau jusqu’en Europe, qui durait plusieurs semaines. Son origine s’inscrit dans la tradition familiale du biscuit de voyage, reprise par les femmes australiennes et néo-zélandaises qui s’inquiétaient de la qualité des repas servis aux soldats du corps expéditionnaire et qui les ont fabriqués en masse tout au long de la guerre. Empaquetés et envoyés en Europe, ces biscuits étaient le signe d’une main féminine et de la permanence de liens sociaux situés à la croisée du foyer et du « petit pays », dont certains particularismes alimentaires se retrouvaient dans les ingrédients de la recette. L’importance du biscuit dans les troupes de l’ANZAC est d’ailleurs attestée par sa captation par les services de l’intendance, qui finirent par l’intégrer dans les rations de guerre.

    27Ces différents cas – presse du front, sport, cultures alimentaires – soulignent l’imbrication des logiques familiales et régionales dans les ressorts du moral des troupes, et la manière dont des pratiques populaires en viennent à être parfois encadrées par les hiérarchies militaires, notamment quand elles y trouvent un intérêt disciplinaire.

    Les particularismes culturels, un outil disciplinaire

    28Les logiques que l’on vient de décrire sont quasiment inversées dans le cas des troupes coloniales, soumises à une ségrégation qui s’accompagne d’un encadrement qui vise à identifier et satisfaire des besoins culturels spécifiques : l’entre-soi communautaire résulte ici à la fois de la pensée raciale, de la peur du métissage et d’une conception pragmatique de la gestion de troupes « à risque », dont les activités hors combat sont aussi organisées de manière collective.

    29Pendant les périodes de repos à l’arrière, par exemple lors de l’hivernage ou des permissions, ces troupes sont ainsi regroupées dans des camps, près de Brighton pour les Indiens de l’Armée britannique, dans le Midi de la France pour les tirailleurs sénégalais21. Cette logique communautaire se retrouve dans les structures d’hébergement parisiennes, qui servent pour les troupes mobilisées dans la capitale ou les permissionnaires du front. La Maison de l’Indochine accueille ainsi Malgaches et Indochinois à partir de septembre 1917, tandis que le Foyer musulman de la rue Taitbout reconstitue un décor local avec salle de prière, tapis et moucharabieh, où sont célébrées les fêtes religieuses22. Ces structures ont pour but de limiter les contacts avec les Européens, notamment les femmes, mais aussi de proposer aux hommes un cadre et des activités adaptées à leurs goûts, ou à l’idée que les Européens s’en font, pour éviter un mécontentement qui se nourrirait du sentiment d’isolement de ces hommes tenus éloignés de leurs cercles traditionnels de sociabilité pendant de longues années.

    30La complexité de la gestion des contingents qui regroupent des hommes de cultures différentes se retrouve aussi à travers les enjeux alimentaires, marqués par les préceptes religieux dans les troupes coloniales. L’armée indienne britannique regroupe ainsi 600 000 hommes, répartis en fonction de leur tribu, de leur caste ou de leur religion dans des unités différentes. Les correspondances échangées par les soldats envoyés en Europe et leur famille, étudiées par David Omissi, font état des préoccupations des hommes pris entre les interdits religieux, les coutumes alimentaires et les contraintes du ravitaillement sur le terrain. De nombreux interdits se combinent en effet en fonction des religions, qui imposent a priori de ne pas recevoir de nourriture de la main d’un Européen ou d’un membre d’une autre caste, de ne pas consommer de produit européen, de viande de porc pour les uns, de viande de bœuf pour les autres, voire pas de viande du tout pour certains, comme les Brahmanes.

    31Les Britanniques étaient d’autant plus attentifs à la question alimentaire dans les troupes indiennes qu’un des facteurs de la grande révolte des Cipayes – soldats hindous et musulmans de l’armée des Indes – en 1857 avait été l’introduction de cartouches de fusil dont le papier, lubrifié au suif de bœuf ou de porc, devait être déchiré avec les dents23. Le choix des produits destinés à ces troupes, ainsi que les conditions de préparation et de distribution des repas, furent donc particulièrement surveillés pendant la Première Guerre mondiale. C’est ainsi que le riz, mais aussi le blé complet (atta) nécessaire à la fabrication des chappatis (galettes de pain) étaient importés d’Inde dans la mesure du possible. Les correspondances semblent indiquer qu’en général, les troupes indiennes étaient plutôt satisfaites des conditions de leur alimentation, comme en témoigne en juillet 1915 un soldat indien soigné dans un hôpital britannique, qui se félicite des arrangements pris dans son unité, où chacun est servi par un homme de sa caste. Il rapporte aussi comment son régiment a refusé de manger les biscuits de guerre et le pain européen après s’être aperçu de la présence de moulins sur le sol britannique : « on nous a dit qu’il n’y avait pas de atta dans ce pays, et qu’on devait manger des biscuits. Mais là où il y a des hommes, on doit pouvoir trouver du atta. Il y a d’ailleurs de nombreux moulins ». Devant la montée du mécontentement, les autorités britanniques ont donc fourni à ce régiment une farine locale permettant de préparer les chappatis qui constituaient, avec le riz, un des piliers du régime alimentaire des troupes indiennes en Europe24.

    32Si les autorités militaires ont porté une grande attention à satisfaire les coutumes alimentaires des troupes impériales, y compris dans l’Armée française où il était possible de s’appuyer sur les pratiques en vigueur dans les colonies, cela n’a pas empêché des tensions à certaines périodes, comme lorsqu’en 1916 les troupes musulmanes françaises découvrirent du lard dans leurs rations. Dans différentes religions, des accommodements des règles religieuses étaient d’ailleurs prévus en cas de voyage ou de difficultés d’approvisionnement, qui permettaient aux hommes de ne pas mourir de faim même quand les conditions de fabrication et de distribution préconisées n’étaient pas toutes réunies.

    33Dans ces conditions, le choix d’un mode de gestion communautaire des contingents coloniaux semble bien avoir joué un rôle non négligeable dans le maintien de la cohésion, du moral et de la discipline de ces troupes, passées dans le cas français du statut de troupes à surveiller au début de la guerre, à celui d’auxiliaires de l’autorité militaire.

    *

    34Ces différentes études de cas soulignent donc le rôle important des particularismes culturels dans l’endurance combattante et la cohésion sociale pendant la guerre. La survivance et la mobilisation des cultures locales ont été essentielles à la lutte contre le déracinement et le mal du pays, en particulier dans les troupes des corps expéditionnaires pour lesquels elles permettaient de maintenir un lien avec des traditions familiales et locales profondément rassurantes dans un contexte où nombre de repères familiers étaient bouleversés. À l’échelle des combattants, ces pratiques permettaient aussi d’ancrer le temps de guerre dans les cultures d’avant 1914 et d’instaurer des circulations entre les communautés civiles et combattantes. Les pistes de recherche évoquées ici soulignent donc l’importance de continuer à s’interroger sur la place des cultures locales dans les constructions identitaires de la Grande Guerre, et sur l’articulation de ces cultures à différentes échelles : infranationale – à commencer par régionale –, nationale, supranationale.

    Notes de bas de page

    1 Voir notamment, Becker, Jean-Jacques, 1914. Comment les Français sont entrés dans la guerre, Paris, FNSP, 1977 ; Gregory, Adrian, The Last Great War. British Society and the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2008; Verhey, Jeffrey, The Spirit of 1914. Militarism, Myth, and Mobilization in Germany, Cambridge, Cambridge University Press, 2000. Pour un point historiographique, Prost, Antoine et Winter, Jay, Penser la Grande Guerre. Un essai d’historiographie, Paris, Seuil, 2004 et Horne, John (dir.), A Companion to the First World War, Oxford, Blackwell, 2010.

    2 Cronier, Emmanuelle, Demm, Eberhard et Rollet, Catherine, « The Home and Family life », in Winter, Jay et Robert, Jean-Louis (dir.), Capital Cities at War. Paris, London, Berlin, 1914-1919, vol. 2, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 315-353 ; Pignot, Manon, Allons enfants de la patrie : Génération grande guerre, Paris, Le Seuil, 2012 ; Cronier, Emmanuelle et Pignot, Manon, « Les liens familiaux, un ressort de l’endurance civile et combattante » in Beaupre, Nicolas et Rasmussen, Anne (dir.), Dans la guerre, 1914-1918. Accepter, endurer, refuser, Paris, Les Belles Lettres, à paraître, 2013 ; Cronier, Emmanuelle, Permissionnaires dans la Grande Guerre (1914-1918), Paris, Belin, à paraître, 2013 ; Nivet, Philippe, Les Réfugiés français de la Grande Guerre. Les Boches du Nord 1914-1920, Paris, Economica, 2004 ; ou encore la thèse en cours de Clémentine Vidal-Naquet sur le couple en France pendant la Première Guerre mondiale.

    3 Maurin, Jules, Armée, guerre, société, soldats languedociens (1889-1919), Paris, Publications de la Sorbonne, 1982. Purseigle, Pierre, Mobilisation, Sacrifice et Citoyenneté. Des communautés locales face à la guerre moderne. Angleterre-France, 1914-1924, Paris, Les Belles Lettres, à paraître, 2013.

    4 Sur les Amérindiens pendant la Première Guerre mondiale, voir Barsch, Russel, « American Indians in the Great War », Ethnohistory, 1991, 38-3, p. 276-303 ; Krouse, Susan, North American Indians in the Great War, Lincoln, University of Nebraska Press, 2007, p. 66-80 ; Tate, Michael, « From Scout to Doughboy : The National Debate over integrating American Indians into the Military, 1891-1918 », The Western Historical Quaterly, vol. 17, no 4, octobre 1986, p. 417-437.

    5 Zinn, Howard, Une histoire populaire des États-Unis d’Amérique : de 1492 à nos jours, Paris, Agone, 2002.

    6 Woo, John, Windtalkers, 2002.

    7 <http://www.choctawcodetalkersassociation.com/>

    8 Krouse, Susan, North American Indians in the Great War..., op. cit., p. 66-80.

    9 Le Naour, Jean-Yves, Désunion nationale. La légende noire des soldats du midi, Paris, Vendémiaire, 2011.

    10 Article « Nostalgie », Larousse du XXe siècle en six volumes, 1932 ; Rosen, George, « Nostalgia : a Forgotten Psychological Disorder », Psychological Medecine, 1975, 5, p. 340-454 ; Matt, Susan J., Homesickness. An American History, Oxford, Oxford University Press, 2012. Sur la nostalgie des conscrits au XIXe siècle, Roynette, Odile, “Bons pour le service”. L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXe siècle, Paris, Belin, 1999, p. 31-40.

    11 Sur les permissions, Cronier, Emmanuelle, Permissionnaires…, op. cit.

    12 Dallas, Gloden et Gill, Douglas, The unknowm Army. Mutinies in the British Army in World War One, Londres, Verso, 1985.

    13 Boulanger, Philippe, La Géographie militaire française, 1871-1939, Paris, Economica, 2002.

    14 Audoin-Rouzeau, Stéphane, 14-18. Les Combattants des tranchées d’après leurs journaux, Paris, Armand Colin, 1997 ; Bertrand, François, La Presse francophone de tranchée au front belge, Bruxelles, Musée royal de l’Armée et d’histoire militaire, 1971 ; Nelson, Robert, German Soldier Newspapers of the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2011.

    15 Fuller, J. G., Troop Morale and Popular Culture in the British and Dominion Armies 1914-1918, Oxford, Clarendon Press, 1991.

    16 Waquet, Arnaud et Terret, Thierry, « Ballons ronds, Tommies et tranchées : l’impact de la présence britannique dans la diffusion du football-association au sein des villes de garnison de la Somme et du Pas-de-Calais (1915 – 1918) », Modern & Contemporary France, 14, 2006, p. 449-464 ; Waquet, Arnaud et Vincent, Joris, « Wartime Rugby and Football : Sports Elites, French Military Teams and International Meets During the First World War », The International Journal of the History of Sport, no 28, 2011, p. 372 – 392.

    17 Voir notamment Poulain, Jean-Pierre, Sociologies de l’alimentation, Paris, Presses universitaires de France, 2002, p. 221-243.

    18 Cronier, Emmanuelle, Permissionnaires…, op. cit.

    19 McKendrick Hughes, John, The Unwanted. Great War Letters from the Field, Edmonton, University of Alberta Press, 2005.

    20 De nombreux sites internet évoquent cette tradition, comme par exemple celui de l’Australian War Memorial, ou de l’ANZAC Day néo-zélandais (<http://www.anzac.govt.nz>). Voir aussi Leach, Helen, The Pavlova Story. A Slice of New Zealand’s Culinary History, Dunedin, Otago University Press, 2008, p. 164.

    21 Michel, Marc, Les Africains et la Grande Guerre. L’appel à l’Afrique (1914-1918), Paris, Karthala, 1997 ; Omissi, David, Indian Voices of the Great War : Soldiers’Letters, 1914-1918, Londres, MacMillan, 1999.

    22 SHD-DAT, 16 N 444, Circulaire du ministre de la Guerre no 24402 K, 16 septembre 1917. Sur le Foyer musulman, voir notamment les collections photographiques de la BDIC : Alb 368, cote 25531/L27, L28, L30, L33 et aussi SPA R4692.

    23 Wagner, Kim, The Great Fear of 1857. Rumours, Conspiracies and the Making of the Indian Uprising, Berne, Peter Lang Ltd, 2010.

    24 Omissi, David, Indian Voices…, op. cit. ; Gressieux, Douglas, Les Troupes indiennes en France, 1914-1918, Saint-Avertin, Allan Sutton, 2007.

    Auteur

    • Emmanuelle Cronier
      Agrégée, docteure en histoire (CHS du XXe siècle, UMR 8058, université Sorbonne-Paris 1). Sa thèse portait sur les permissions pendant la Première Guerre mondiale, et paraîtra chez Belin en 2013. Rattachée au Centre for War Studies de l’université de Birmingham (Grande-Bretagne) dans le cadre d’une bourse Marie-Curie, elle travaille actuellement sur les identités et les interactions culturelles au sein de l’Entente pendant la Grande Guerre, et plus particulièrement sur les identités et les cultures alimentaires.
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    1 Voir notamment, Becker, Jean-Jacques, 1914. Comment les Français sont entrés dans la guerre, Paris, FNSP, 1977 ; Gregory, Adrian, The Last Great War. British Society and the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2008; Verhey, Jeffrey, The Spirit of 1914. Militarism, Myth, and Mobilization in Germany, Cambridge, Cambridge University Press, 2000. Pour un point historiographique, Prost, Antoine et Winter, Jay, Penser la Grande Guerre. Un essai d’historiographie, Paris, Seuil, 2004 et Horne, John (dir.), A Companion to the First World War, Oxford, Blackwell, 2010.

    2 Cronier, Emmanuelle, Demm, Eberhard et Rollet, Catherine, « The Home and Family life », in Winter, Jay et Robert, Jean-Louis (dir.), Capital Cities at War. Paris, London, Berlin, 1914-1919, vol. 2, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 315-353 ; Pignot, Manon, Allons enfants de la patrie : Génération grande guerre, Paris, Le Seuil, 2012 ; Cronier, Emmanuelle et Pignot, Manon, « Les liens familiaux, un ressort de l’endurance civile et combattante » in Beaupre, Nicolas et Rasmussen, Anne (dir.), Dans la guerre, 1914-1918. Accepter, endurer, refuser, Paris, Les Belles Lettres, à paraître, 2013 ; Cronier, Emmanuelle, Permissionnaires dans la Grande Guerre (1914-1918), Paris, Belin, à paraître, 2013 ; Nivet, Philippe, Les Réfugiés français de la Grande Guerre. Les Boches du Nord 1914-1920, Paris, Economica, 2004 ; ou encore la thèse en cours de Clémentine Vidal-Naquet sur le couple en France pendant la Première Guerre mondiale.

    3 Maurin, Jules, Armée, guerre, société, soldats languedociens (1889-1919), Paris, Publications de la Sorbonne, 1982. Purseigle, Pierre, Mobilisation, Sacrifice et Citoyenneté. Des communautés locales face à la guerre moderne. Angleterre-France, 1914-1924, Paris, Les Belles Lettres, à paraître, 2013.

    4 Sur les Amérindiens pendant la Première Guerre mondiale, voir Barsch, Russel, « American Indians in the Great War », Ethnohistory, 1991, 38-3, p. 276-303 ; Krouse, Susan, North American Indians in the Great War, Lincoln, University of Nebraska Press, 2007, p. 66-80 ; Tate, Michael, « From Scout to Doughboy : The National Debate over integrating American Indians into the Military, 1891-1918 », The Western Historical Quaterly, vol. 17, no 4, octobre 1986, p. 417-437.

    5 Zinn, Howard, Une histoire populaire des États-Unis d’Amérique : de 1492 à nos jours, Paris, Agone, 2002.

    6 Woo, John, Windtalkers, 2002.

    7 <http://www.choctawcodetalkersassociation.com/>

    8 Krouse, Susan, North American Indians in the Great War..., op. cit., p. 66-80.

    9 Le Naour, Jean-Yves, Désunion nationale. La légende noire des soldats du midi, Paris, Vendémiaire, 2011.

    10 Article « Nostalgie », Larousse du XXe siècle en six volumes, 1932 ; Rosen, George, « Nostalgia : a Forgotten Psychological Disorder », Psychological Medecine, 1975, 5, p. 340-454 ; Matt, Susan J., Homesickness. An American History, Oxford, Oxford University Press, 2012. Sur la nostalgie des conscrits au XIXe siècle, Roynette, Odile, “Bons pour le service”. L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXe siècle, Paris, Belin, 1999, p. 31-40.

    11 Sur les permissions, Cronier, Emmanuelle, Permissionnaires…, op. cit.

    12 Dallas, Gloden et Gill, Douglas, The unknowm Army. Mutinies in the British Army in World War One, Londres, Verso, 1985.

    13 Boulanger, Philippe, La Géographie militaire française, 1871-1939, Paris, Economica, 2002.

    14 Audoin-Rouzeau, Stéphane, 14-18. Les Combattants des tranchées d’après leurs journaux, Paris, Armand Colin, 1997 ; Bertrand, François, La Presse francophone de tranchée au front belge, Bruxelles, Musée royal de l’Armée et d’histoire militaire, 1971 ; Nelson, Robert, German Soldier Newspapers of the First World War, Cambridge, Cambridge University Press, 2011.

    15 Fuller, J. G., Troop Morale and Popular Culture in the British and Dominion Armies 1914-1918, Oxford, Clarendon Press, 1991.

    16 Waquet, Arnaud et Terret, Thierry, « Ballons ronds, Tommies et tranchées : l’impact de la présence britannique dans la diffusion du football-association au sein des villes de garnison de la Somme et du Pas-de-Calais (1915 – 1918) », Modern & Contemporary France, 14, 2006, p. 449-464 ; Waquet, Arnaud et Vincent, Joris, « Wartime Rugby and Football : Sports Elites, French Military Teams and International Meets During the First World War », The International Journal of the History of Sport, no 28, 2011, p. 372 – 392.

    17 Voir notamment Poulain, Jean-Pierre, Sociologies de l’alimentation, Paris, Presses universitaires de France, 2002, p. 221-243.

    18 Cronier, Emmanuelle, Permissionnaires…, op. cit.

    19 McKendrick Hughes, John, The Unwanted. Great War Letters from the Field, Edmonton, University of Alberta Press, 2005.

    20 De nombreux sites internet évoquent cette tradition, comme par exemple celui de l’Australian War Memorial, ou de l’ANZAC Day néo-zélandais (<http://www.anzac.govt.nz>). Voir aussi Leach, Helen, The Pavlova Story. A Slice of New Zealand’s Culinary History, Dunedin, Otago University Press, 2008, p. 164.

    21 Michel, Marc, Les Africains et la Grande Guerre. L’appel à l’Afrique (1914-1918), Paris, Karthala, 1997 ; Omissi, David, Indian Voices of the Great War : Soldiers’Letters, 1914-1918, Londres, MacMillan, 1999.

    22 SHD-DAT, 16 N 444, Circulaire du ministre de la Guerre no 24402 K, 16 septembre 1917. Sur le Foyer musulman, voir notamment les collections photographiques de la BDIC : Alb 368, cote 25531/L27, L28, L30, L33 et aussi SPA R4692.

    23 Wagner, Kim, The Great Fear of 1857. Rumours, Conspiracies and the Making of the Indian Uprising, Berne, Peter Lang Ltd, 2010.

    24 Omissi, David, Indian Voices…, op. cit. ; Gressieux, Douglas, Les Troupes indiennes en France, 1914-1918, Saint-Avertin, Allan Sutton, 2007.

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    Petites patries dans la grande guerre

    Ce livre est cité par

    • (2017) La langue sous le feu. DOI: 10.4000/books.pur.153327
    • (2022) Guerres mondiales. DOI: 10.3917/arco.patin.2022.01.0411

    Ce chapitre est cité par

    • Cronier, Emmanuelle. Demiaux, Victor. (2018) Encountering the other in wartime: the Great War as an intercultural moment?. First World War Studies, 9. DOI: 10.1080/19475020.2019.1651215

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    Cronier, E. (2013). Les particularismes culturels, support du moral des troupes alliées pendant la Première Guerre mondiale. In Y. Lagadec, E. Le Gall, & M. Bourlet (éds.), Petites patries dans la grande guerre. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.134499
    Cronier, Emmanuelle. « Les particularismes culturels, support du moral des troupes alliées pendant la Première Guerre mondiale ». In Petites patries dans la grande guerre, édité par Yann Lagadec, Erwan Le Gall, et Michaël Bourlet. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2013. doi:10.4000/books.pur.134499.
    Cronier, Emmanuelle. « Les particularismes culturels, support du moral des troupes alliées pendant la Première Guerre mondiale ». Petites patries dans la grande guerre, édité par Yann Lagadec et al., Presses universitaires de Rennes, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pur.134499.

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    Lagadec, Y., Le Gall, E., & Bourlet, M. (éds.). (2013). Petites patries dans la grande guerre. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.134385
    Lagadec, Yann, Erwan Le Gall, et Michaël Bourlet, éd. Petites patries dans la grande guerre. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2013. doi:10.4000/books.pur.134385.
    Lagadec, Yann, et al., éditeurs. Petites patries dans la grande guerre. Presses universitaires de Rennes, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pur.134385.
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