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    Plan détaillé Texte intégral L’ENTRÉE DANS LA SEXUALITÉ : LA MISE EN DISCOURS SEXUÉ D’UN PARCOURS UNISEXE (FLORENCE MAILLOCHON) LA SEXUALITÉ DES JEUNES ITALIENS (FRANCO GARELLI) LA SEXUALITÉ EN FRANCE ET EN ITALIE (CATHERINE PUGEAULT-CICCHELLI) Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Deux pays, deux jeunesses ?

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 8. De nouvelles formes de socialisation amoureuse ?

    Florence Maillochon, Franco Garelli et Catherine Pugeault-Cicchelli

    p. 187-208

    Texte intégral Bibliographie Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    L’ENTRÉE DANS LA SEXUALITÉ : LA MISE EN DISCOURS SEXUÉ D’UN PARCOURS UNISEXE (FLORENCE MAILLOCHON)

    1La norme de prohibition de la sexualité avant le mariage, en particulier pour les filles, s’est progressivement effacée des comportements depuis les années 1970. D’un point de vue théorique, cette évolution majeure, symbole de la révolution sexuelle, engage à repenser l’ensemble des cadres d’analyse du phénomène (Maillochon, 2004). Il ne s’agit plus de limiter l’étude de l’initiation sexuelle à ce qui en serait un acte fondateur (le coït hétérosexuel), mais de s’intéresser au contraire à tout un ensemble des pratiques qui en fonde l’expérience (Maillochon, 1999). De la même manière que certains travaux sur la jeunesse ont rompu avec une conception essentialiste de la catégorie pour explorer les différents jalons du « devenir adulte » (Galland, 1991), les travaux décrivant « l’entrée dans la sexualité » comme une série d’étapes (Lagrange et alii, 1997 ; Bozon, Kontula, 1997) ont progressivement remplacé les études de la sexualité « prémaritale ». S’inspirant à la fois de l’analyse des biographies et de la théorie des scripts sexuels de Gagnon et Simon (1973), ces approches mettent en évidence un certain rapprochement des comportements des garçons et des filles. Elles laissent ainsi penser que la révolution sexuelle, qui s’inscrit dans le cadre d’une évolution des rapports sociaux entre générations, pourrait aussi s’accompagner d’une transformation des rapports sociaux de sexe. Néanmoins, l’homogénéisation des comportements masculins et féminins s’avère plus limitée lorsque sont observées non plus seulement les pratiques, mais la manière dont elles sont décrites et mises en forme dans le discours des filles et celui des garçons.

    Les étapes de « l’entrée dans la sexualité » : un calendrier unisexe ?

    2Les scénarios « d’entrée dans la sexualité » se fondent généralement sur trois pratiques : le baiser profond, les caresses génitales et la pénétration génitale (et plus rarement anale) qui sont expérimentés successivement. Rares en effet sont les personnes qui s’initient suivant un autre ordre chronologique (Lagrange, 1997). Comme une sorte de schéma fractal reproductible quel que soit le niveau d’échelle d’observation, l’enchaînement des séquences baiser-caresses-rapports sexuels permet aussi bien de décrire l’ensemble de l’initiation sexuelle d’une personne que la logique d’engagement d’une relation avec un partenaire ou même les différentes étapes d’un rapport sexuel.

    3Si, dans le parcours initiatique contemporain, l’échange du premier baiser précède chronologiquement le premier rapport sexuel1, ces deux événements demeurent pourtant partiellement indépendants : la précocité au premier baiser n’a aucune valeur de prédictivité sur la précocité au premier rapport sexuel, mais elle en a en revanche sur le nombre de relations au cours de cette période. Le premier rapport sexuel se produit toujours sensiblement au même âge, quelles que soient les pratiques antérieures des jeunes, qu’ils aient eu beaucoup d’expériences de flirt ou non, qu’elles aient été précoces ou non.

    4En général, le premier rapport sexuel n’a pas lieu avec la même personne que l’échange du premier baiser, ces deux étapes étant séparées de trois ans en moyenne. Seuls 10 % d’adolescents, qui sont aussi généralement les plus tardifs à l’échange de baisers, sont initiés avec une seule et même personne. Avec la diminution du nombre de mariages et l’élévation de l’âge auquel il est conclu, le premier rapport sexuel ne conduit qu’exceptionnellement au mariage et même à la cohabitation (Bozon, Kontula, 1997 ; Bajos, Bozon, Beltzer et alii, 2007).

    5La convergence des modes d’initiation des hommes et des femmes constitue sans doute une des grandes avancées du combat pour l’égalité des sexes à la fin du XXe siècle. Les garçons et les filles sont en effet initiés au même âge, autour de 14 ans pour le premier baiser2, et de 17 ans3 pour le premier rapport sexuel de type pénétratif. La sexualité génitale s’expérimente donc à travers un parcours long de plusieurs années qui s’inscrit dans l’entre-soi adolescent des années collège et lycée4 et marque profondément les relations qui s’instaurent à ce moment, y compris amicales (Maillochon, 1998 ; 2003a), dans un contexte social marqué par l’effacement des frontières entre sphère privée et sphère publique et le culte de la performance (Ehrenberg, 2003). Loin des craintes émises par les pourfendeurs de la révolution sexuelle, l’effacement de l’interdit de la sexualité prémaritale n’a pas conduit à l’anomie ou à la déviance, mais à l’émergence de nouvelles normes tout aussi contraignantes. Les jeunes ne sont plus empêchés « de », ils sont sommés « de faire » et conditionnés sur la manière de « le » faire (Maillochon, 2003b). L’interdit se transforme en normes d’accomplissement sexuel. Au panthéon des questions que se posent les jeunes en quête de « normalité » figurent celles sur ce qu’on doit faire et à quel âge, comme en témoigne une partie des échanges dans les émissions de radio qui accordent une libre antenne aux jeunes, la presse spécialisée, les forums de discussion internet. Au cours de ses cinquante années d’écoute des jeunes et de formation à l’éducation sexuelle, Denise Stagnara note aussi l’évolution des préoccupations des jeunes : des questions du type « qu’est-ce que c’est ? » à des questions « à quel âge faut-il ? » ou « suis-je normal si… » témoignant moins d’une ignorance que d’un besoin de réassurance permanent (Stagnara, Meirieu, 2003). L’entrée dans la sexualité n’est en effet pas un long parcours tranquille : les écueils, les erreurs, les ruptures en font également partie et conduisent l’individu à s’interroger sur sa responsabilité et la teneur des images associées à la sexualité, au plaisir, au couple, etc. (Lavigne, 2004). La « première fois » se déroule suivant un « scénario exigeant » à la fois du point de vue du contenu des scènes et de leur contexte (Le Gall, Le Van, 2007). Cette quête de normalité et l’exigence de performance, se manifestent également statistiquement par la réduction au cours des décennies, des écarts à la moyenne d’âge au premier rapport sexuel. La période au cours de laquelle se fait l’initiation s’est considérablement réduite : la majorité des jeunes (80 %) est actuellement initiée avant 19 ans alors qu’il fallait attendre 25 ans pour la génération née au début du XXe siècle (Lagrange, 1997). Pour autant, la proportion de précoces n’a pas fortement augmenté. Face à ces normes d’accomplissement discursives, on comprend mieux pourquoi les témoignages des filles et des garçons demeurent aussi stéréotypés, en dépit d’une certaine homogénéisation de leurs pratiques effectives.

    Des mots différents pour le dire : amour, couple et initiation sexuelle

    6Malgré une homogénéisation des pratiques des femmes et des hommes, l’idée d’une différenciation biologique et psychologique des sexualités masculine et féminine est encore très présente dans la société française comme le constate la dernière enquête sur les comportements sexuels en population générale en France (Bozon 2001 ; Bajos, Bozon, Beltzer et alii 2007). Or les représentations sexuellement différenciées de l’amour et du couple – principaux thèmes de démarcation des discours féminins et masculins – semblent précisément s’acquérir au cours de l’initiation sexuelle plutôt que la commander.

    7L’expérience du couple précède largement celle de la sexualité génitale chez les jeunes. Ils sont 65 %, autant de garçons que de filles, à avoir l’impression de former « un couple » avec leur « petite copine » ou leur « petit copain », avant même d’avoir eu des rapports sexuels. Les divergences apparaissent avec le premier partenaire sexuel : 60 % des garçons et 75 % des filles évoquent alors le sentiment de former un couple. Cette impression est généralement associée au sentiment amoureux, mais pas nécessairement, et cette association varie en fonction du degré d’initiation sexuelle.

    8Dans les relations de flirt, l’amour est relativement moins convoqué par les jeunes que le sentiment de faire couple. La moitié d’entre eux seulement se déclarent amoureux de la personne avec qui ils ont échangée leur premier baiser (un peu plus les garçons que les filles, 55 % vs 51 %). L’amour est en revanche davantage présent lors des relations sexuelles (en particulier la première) et notamment chez les filles : 68 % des garçons se déclarent amoureux de leur première partenaire sexuelle et 88 % des filles (Maillochon, 2001).

    9C’est donc au cours des premières expériences sexuelles que l’expression des sentiments amoureux se différencie donc entre garçons et filles. Cette apparition soudaine de divergences rend peu vraisemblable l’hypothèse d’une psychologie sexuellement différenciée qui ferait des femmes des créatures naturellement romantiques quand les hommes seraient plus enclins à l’assouvissement de leurs besoins sexuels. Si les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars, comme la plupart des adolescents se plaisent d’ailleurs à le rappeler d’une manière ou d’une autre, il faudrait expliquer l’émergence de cette configuration astrale au moment précis des premières relations génitales et pas au cours de toute la longue phase d’approche réciproque et d’expérimentations diverses qui permet d’en arriver là.

    10Il apparaît donc clairement que l’association étroite que les filles tissent entre sexualité, amour et couple est le produit d’une disposition acquise au cours de leur socialisation sexuelle, qui s’exacerbe avec le passage à une sexualité génitale. Comme si elles demeuraient marquées par l’ancienne norme de prohibition de la sexualité prémaritale, les filles ont du mal à s’affranchir d’un idéal de couple amoureux lors de leur première expérience : seules 3 % des filles perdent leur virginité avec un garçon dont elles ne sont pas amoureuses et avec qui elles ne se projettent pas dans un couple, alors que c’est le cas de 16 % des garçons.

    11La pression relationnelle qui s’exerce sur les filles se desserre quelque peu après leur premier rapport sexuel : le sentiment de faire couple avec son partenaire se réduit (de 75 % avec le premier à 63 % pour le dernier) ; le décalage entre amour et sexualité se fait plus important (88 % des filles sont amoureuses de leur premier partenaire et 67 % de leur dernier). Au total, 22 % des filles ont eu leur dernier rapport sans être amoureuse et sans considérer qu’elles posaient ainsi les premières pierres d’une relation de couple. Malgré ce léger relâchement de l’encadrement de la sexualité au gré de l’expérience acquise, les filles ne parviennent jamais à égaler le niveau de dissociation de la sphère sexuelle de la sphère affective dont les garçons font preuve. Ils affichent toujours moins que les filles un sentiment amoureux à l’égard de leur dernier partenaire (68 % contre 58 %) ou leur impression de faire couple (50 % contre 63 %). Un tiers des garçons (contre 22 % des filles) ont eu leur dernier rapport sexuel en dehors d’un cadre qu’ils estimaient lié au sentiment de couple ou d’amour.

    12Ces différentes manières de présenter les relations et d’évoquer ses sentiments permettent de rendre compte de l’écart qui s’instaure rapidement entre hommes et femmes dans la comptabilité de leurs premières expériences sexuelles.

    Les femmes racontent leurs partenaires, les hommes les recomptent

    13Le décalage entre le nombre de partenaires hétérosexuels déclarés par les femmes et par les hommes est un phénomène bien connu (Leridon, 1998). Les jeunes qui viennent d’avoir des relations sexuelles ne dérogent pas à cette règle qui est désormais considérée comme une « surestimation » du nombre de partenaires des hommes contrastant avec la « sous-estimation » des femmes (Lagrange, 1991) : les garçons de 15 à 18 ans énoncent en moyenne 3,6 partenaires sexuels et les filles 2,2 (Lagrange et alii, 1997) ; les garçons de 18-19 ans énoncent en moyenne 4,5 partenaires au cours de leur vie contre 1,5 pour les filles (Spira et alii, 1993). Ces divergences ne sont pas imputables à des causes structurelles évidentes comme les relations homosexuelles, peu nombreuses parmi les jeunes dans cet échantillon (Lhomond, 1997), et les relations vénales quasiment inexistantes (moins de 1 % des garçons de moins de 19 ans s’y sont prêtés). Quant à la différence d’âge entre partenaires, elle obscurcit les écarts de déclaration plus qu’elle ne les éclaire : il faudrait en effet expliquer où, et comment, les jeunes garçons de 15 à 18 ans, désormais initiés en même temps que les filles, peuvent trouver des partenaires de leur âge ou légèrement plus jeunes qui, en moyenne, leur préfèrent leurs aînés.

    14Comme pour l’expression de sentiments d’amour ou de couple, c’est au moment précis de passage à la sexualité génitale que les divergences dans les déclarations des filles et des garçons se construisent. Quand ils sont encore vierges, les adolescents – de sexe masculin ou féminin – déclarent en moyenne le même nombre de personnes avec qui ils sortent (au cours de l’année par exemple5). À partir du moment où ils ont eu des relations sexuelles, les différences se creusent, un peu à propos du nombre de personnes avec qui ils sortent (3,7 personnes en moyenne en un an pour les garçons contre 2,9 pour les filles), mais surtout à propos de leurs partenaires sexuels.

    15L’exploration des discours des uns et des autres et surtout de la genèse de leurs incohérences permet de retrouver les normes implicites qui s’appliquent différemment pour les garçons et les filles dans la comptabilité de leurs expériences (Maillochon, 1998). Les garçons semblent procéder par accumulation. Les partenaires sont d’abord énoncées en vrac et comptabilisés grossièrement sans distinction importante. L’énumération semble guidée par un principe minimal, le fait qu’il se soit passé quelque chose, quelle que soit la nature des pratiques effectuées, le contenu de la relation. Pour les filles, l’énumération des partenaires est également difficile à établir, mais pour des raisons presque symétriques. À l’approximation et l’exagération des garçons, les filles opposent un raffinement excessif de la description entre les relations sexuelles et les autres, les histoires vraiment importantes et les autres, ce qu’elles auraient dû faire et ce qu’elles ont fait, etc. Aucune énumération ne va de soi, car il s’agit de rendre compte de la pluri-dimensionnalité de la relation. Dans ce cadre, l’oubli de certaines relations peut apparaître comme la simplification nécessaire à la réalisation de la classification parfaite, celle que les filles se sont fixée a priori suivant des codes stricts et qui donne l’impression de coller au mieux à une image convenue de ce qu’il est possible de dire. Là encore, la plus grande réflexivité des filles ne saurait expliquer la différenciation sexuelle des manières de faire : c’est bien plutôt d’autocensure qu’il s’agit. La manière de compter leurs relations sexuelles plus que leurs expériences, la nécessité de parler de sentiments plutôt que de sexualité, ou leur retenue sur certains sujets comme la masturbation (Béjin, 1993), le désir (Bajos, Bozon, 1999) ou les violences (Jaspard et alii, 2003) relèvent de l’incorporation de la même norme d’interdit de la sexualité pour la sexualité, comme transposition moderne de l’interdit de la sexualité prémaritale principalement imposée aux femmes auparavant (Maillochon, 2003b). Mais ces codes semblent pouvoir être en partie levés par la distance – protectrice et/ou déformante – que les nouveaux systèmes de communication permettent d’instaurer dans les relations et le trouble dans le genre qu’ils ouvrent ainsi.

    Entre discours et pratiques : la semi « nouvelle donne » d’Internet

    16La transformation récente du paysage amoureux lié au développement de nouveaux modes de communication (téléphones mobiles et surtout Internet) offre un terrain privilégie pour observer en même temps l’apparition massive de nouvelles pratiques adolescentes et le maintien de subtiles différences qui révèlent la persistance de normes sexuellement différenciées des comportements sexuels. Nul doute que la manière de s’exprimer sur les forums ou dans les chats reproduit6 certains stéréotypes de genre que les blogs contribuent d’ailleurs à mettre en scène de manière spectaculaire. Aux garçons les « purs délires », les blogs métissés qui abordent divers sujets sans réelle cohérence, ni suivi ; aux filles les blogs plus appliqués, faisant une plus large part à l’introspection, aux questions existentielles. Mais l’apparition d’Internet et l’exploration des usages sociaux et sexuels qui en sont faites sont intéressantes car elles dévoilent la possibilité d’existence, en marge des stéréotypes qui perdurent par ailleurs, d’un espace non genré où les comportements des filles rejoignent celui des garçons, y compris dans leur mode d’expression (Metton, 2004). Loin des tensions normatives classiques, la différenciation sexuelle des comportements perd en partie ses repères7 et ses raisons d’être. Comme les garçons, les filles ont investi les nombreuses possibilités d’Internet, d’une part pour collecter des informations sur la sexualité (précieuses à une époque où les normes prophylactiques sont plus que jamais puissantes), d’autre part pour entretenir des relations amicales, faire des rencontres, et plus si affinités8. Même si elles demeurent faibles consommatrices de pornographie9, contrairement aux garçons, certaines n’hésitent pas à engager des échanges à forte connotation sexuelle sur un ton qui peut surprendre au premier abord, parce que généralement attribué aux garçons.

    17Dans un espace où la sexualité peut se passer comme un jeu, sans conséquence immédiate d’atteinte physique ou morale, les filles trouvent un exutoire où leurs pratiques empruntent à celles des garçons. Elles peuvent s’exprimer à l’instar des garçons parce qu’elles évoluent dans une sorte de bulle, libérée momentanément des risques que ce type de propos pourrait engager dans une relation en face-à-face et du regard d’autrui. Quand certains échanges sortent du cadre virtuel et conduisent à des rencontres en face à face, ils reprennent des formes plus classiques. Les garçons et filles déclarent dans une proportion similaire le nombre de flirts qu’ils ont engagés sur Internet, mais les filles signalent relativement moins de relations sexuelles10. Le retour au réel rappelle à l’ordre des tensions normatives sexuellement différenciées même si le passage par le virtuel a permis d’asseoir un moment, et sur certains points seulement, certaines règles d’égalité.

    18L’initiation sexuelle des adolescents a subi d’importantes évolutions depuis cinquante ans, aussi bien dans les faits que dans la manière de les appréhender. Si l’analyse des pratiques sexuelles met en évidence une certaine révolution générationnelle, au sens où les modes d’initiation sexuelle des jeunes différeraient largement de ceux de leurs aînés, l’analyse de l’expression subjective des relations sexuelles conduit toutefois à nuancer la portée de cette évolution sur la structure des rapports de genre. Malgré l’indifférenciation sexuelle de certaines pratiques, des divergences importantes demeurent entre garçons et filles sur la manière de concevoir les relations, de les vivre et d’en rendre compte. La rupture entre les genres se cristalliserait au moment où celles-ci sont sexualisées comme si les jeunes filles, libérées de l’interdit de la sexualité prémaritale, subissaient encore son empreinte, à travers des normes qui maintiendraient, sous une forme recomposée mais néanmoins prégnante, l’association entre sexualité et conjugalité. La généralisation du flirt, ou l’apparition d’échanges sur Internet sont autant de parenthèses de l’initiation sexuelle qui permettent aux garçons et filles de jouer ensemble et sur des bases relativement similaires le jeu de l’amour et de la sexualité. Ces pratiques adolescentes, relativement indéterminées du point de vue du genre, ne résistent pas lorsque les relations sont plus sexuelles, mais leur apparition et leur existence dessinent un horizon des possibles pour que la révolution du sexe soit aussi celle du genre.

    LA SEXUALITÉ DES JEUNES ITALIENS (FRANCO GARELLI)

    Vers une sexualité apaisée

    19En analysant les résultats d’une recherche sur la sexualité des jeunes italiens d’il y a quelques années (Garelli, 2000, 2003), je soulignais l’avènement d’une génération exprimant un rapport pacifié avec la sexualité. Cette idée faisait contraste avec les représentations sociales les plus répandues et avec le vécu des générations précédentes. Mais plusieurs signes dans les dynamiques sociales semblent montrer son renforcement.

    20Avant tout, dans de nombreux pays européens (y compris l’Italie), l’âge moyen du premier rapport sexuel est en train de s’élever. Après la période des premières expériences, les jeunes semblent entretenir avec la sexualité un rapport plus serein et harmonieux. La majorité de ces jeunes considère la sexualité comme l’un des éléments les plus désirables et gratifiants de la vie. Sur une hypothétique échelle de valeurs, la sexualité se place entre la quatrième et la sixième place, précédée – selon les cas – de valeurs telles que la famille, l’amour, l’amitié, l’argent, etc. L’importance attribuée à la sexualité est indéniable, mais elle est associée à beaucoup d’autres dimensions de l’existence, selon des modèles de réalisation très différenciés.

    21Ces jeunes se révèlent, ensuite, plus attirés par la fidélité dans le couple que par l’amour libre, ce qui se constate dans de nombreux pays européens (Bozon, 2003). Selon plusieurs chercheurs, les adolescents seraient aujourd’hui moins directement conditionnés par leurs pulsions sexuelles et privilégieraient une vision de la sexualité « insérée dans une relation amoureuse ». En Italie, environ 80 % des jeunes considèrent la fidélité comme un facteur de base pour une bonne réussite du rapport de couple, bien qu’il n’existe pas toujours un lien strict entre les convictions et les pratiques de vie. (Buzzi, 1998).

    22Si la fidélité est considérée comme importante, l’abstinence sexuelle avant le mariage ne l’est pas. Actuellement en Italie, la grande majorité des jeunes n’a aucune intention d’attendre le mariage ou « l’âme sœur » pour avoir une première expérience sexuelle et parallèlement le nombre de ceux qui déclarent leur préférence pour un mariage avec une personne vierge se réduit de plus en plus. Après 20 ans, toutefois, un certain nombre de jeunes filles disent regretter leur virginité perdue, mais elles le font en raison de la manière dont elles l’ont perdue et non parce qu’elles auraient voulu retarder ce choix.

    23Ces tendances peuvent conduire à différentes réflexions. Selon la plus évidente, le rapport apaisé qu’entretiennent ces jeunes avec la sexualité se comprend comme une réaction à la révolution sexuelle de la génération de la fin des années 1960 et des années 1970. D’autres observateurs remarquent que pour les jeunes contemporains la sexualité n’est plus un motif de rébellion : « ce qui autrefois semblait être une obligation typique des « pionniers » sexuels, est maintenant une donnée de fait ou un droit » (Usher, 1999, p. 29).

    La sexualité en tant que donnée de fait et droit

    24Cet accès de la sexualité au rang de fait acquis ou de droit est un signe des changements concernant la sphère privée des jeunes dans les dernières décennies. Pour la plupart d’entre eux aujourd’hui, la sexualité n’est plus un tabou, ni un objectif difficile à atteindre, ni un choix à différer dans le temps ou auquel on n’accède qu’après une longue préparation. En revanche – comme Anthony Giddens (1992) l’a remarqué, la sexualité devient une donnée individuelle, une qualité à travers laquelle on exprime sa façon d’être, un trait malléable de son identité, à découvrir et cultiver dans l’intimité et dans les relations avec les autres.

    25Parmi les nombreux facteurs qui ont déterminé ce changement, une place importante doit être attribuée à la prolongation de la jeunesse (Cavalli, Galland, 1999 ; Buzzi, Cavalli, De Lillo, 2007). Sous divers aspects les jeunes contemporains, surtout en Italie, se caractérisent par une situation de dépendance, car ils tendent à rester en famille et à refuser les responsabilités. Par contre, ils vivent une situation de pleine autonomie, par exemple en ce qui concerne les relations affectives et amicales, la sexualité, les loisirs, leurs visions du monde, etc. Certains jeunes ont des sources de revenu, qu’elles soient précaires ou stables, et des comportements de consommation, bien qu’ils vivent encore dans leur famille d’origine. Donc, pour certains aspects de leur vie, ils diffèrent leurs choix, mais pour d’autres ils les anticipent.

    26En se prolongeant dans le temps, la jeunesse change de visage et de signification, en devenant une phase de la vie caractérisée par une raison d’être précise : l’expérimentation à outrance. Cette tendance se renforce à une époque qui manque de grandes perspectives. On ne peut pas vivre trop longtemps en attendant qui s’accomplisse une destinée ou avec seulement des incertitudes comme horizon d’existence.

    27L’extension de la jeunesse encourage les jeunes à construire leur autonomie dans la sphère affective et sexuelle, car ils sont au summum de leurs potentialités physiques et psychologiques et sont confrontés à leurs instincts et leurs passions.

    28La plus grande autonomie obtenue par les femmes, particulièrement par les jeunes filles, est un autre facteur important ayant favorisé le changement des attitudes sexuelles juvéniles. Toutes les enquêtes montrent que, dans les dernières décennies, ce changement d’attitudes a touché beaucoup plus les jeunes filles que les garçons. On observe une baisse plus importante de l’âge moyen du premier rapport sexuel chez les jeunes filles, en rupture avec les attitudes de leurs mères ou de leurs « sœurs aînées », qui avaient plus tendance à le reporter. De plus, les jeunes filles contemporaines prennent plus d’initiatives ; elles ne laissent pas aux garçons l’initiative du premier pas, et adoptent des attitudes tout à fait spécifiques dans les questions affectives et sexuelles.

    29Comme il a été souvent remarqué, le processus d’émancipation des femmes a changé en profondeur la sexualité des hommes. D’un côté, il peut avoir affaibli la volonté de séduire des garçons, en face de jeunes filles non seulement moins réticentes aux relations sexuelles, mais également plus capable de prendre l’initiative et de devenir elles-mêmes séductrices. D’un autre côté, toutefois, les attitudes sexuelles plus exigeantes et moins inhibées des jeunes filles posent un certain nombre de problèmes aux garçons, qui doivent entrer, avec une nouvelle sensibilité, dans des relations amoureuses s’exerçant sur un plan de parité. Sur ce fond de tensions, en tout cas, les relations sexuelles deviennent de plus en plus une forme communicationnelle au sein des dynamiques sociales.

    30L’importance contemporaine de la sexualité dans la vie quotidienne peut aussi être liée à des facteurs culturels. Parmi eux, l’idée selon laquelle la sexualité est un aspect essentiel du bien-être et de la réalisation personnelle. La publicité et les médias en général véhiculent puissamment cette idée, comme le font les experts de tout genre dans le domaine de la santé, en diffusant constamment le message selon lequel « avoir une bonne sexualité est essentiel ». Comme il y a une santé du corps, il y a une santé sexuelle et les deux aspects apparaissent forcément liés.

    31Les jeunes sont plongés, bien évidemment, dans cette ambiance culturelle, dans laquelle la vie sexuelle – comme le remarque Giddens (1992) – est considérée un élément de gratification, une condition fondamentale du bien-être, pour le couple et pour l’individu, une qualité qui fait partie des critères de réalisation de la personne. Kaufmann souligne de la même façon que « chacun désire une vie privée pleine de grandes satisfaisons affectives » (Kaufmann, 1996, p. 50).

    Une sérénité sociale plus que personnelle

    32Cette attitude apaisée des jeunes à l’égard de la sexualité n’implique absolument pas un appauvrissement de leurs expériences. Au contraire, leur large expérimentation résulte de l’ambiance plus permissive et compréhensive qui caractérise l’approche sociale de la sexualité.

    33La sérénité des jeunes, toutefois, a un caractère social plus que personnel. Cette sexualité, qui d’un certain point de vue n’est plus à conquérir ou à revendiquer, reste de l’autre une source d’inquiétudes et d’attentes, comme pour tous les aspects les plus importants de l’existence. La vie privée des jeunes est aujourd’hui étroitement articulée autour de fortes tensions, et reflète l’ambiance culturelle dominante et la façon dont une génération entre dans la société.

    34Dans ce tableau de fond – et d’après les résultats de certaines recherches qualitatives réalisées en Italie11 – quelles sont les tendances les plus importantes concernant l’expérience sexuelle des jeunes ?

    Une expertise sexuelle

    35Avant tout, il s’agit de jeunes experts en matière de sexualité, de jeunes générations ayant profité de la croissance et de la diversification des expériences sexuelles qui se sont produites dans la société en général.

    36Leur compétence ne se limite pas au fait que la grande majorité des jeunes de 20 ans et plus ont déjà connu une expérience sexuelle et qu’ils ont eu plusieurs partenaires. Il s’agit aussi de jeunes très experts dans les différentes phases et modalités du rapport sexuel. La façon très avertie et décontractée avec laquelle beaucoup de ces jeunes parlent des préliminaires, attouchements, zones érogènes, rapports sans et avec pénétration, orgasme, auto-érotisme, méthodes et stratégies de protection, etc., montre leur familiarité avec une gamme étendue d’expériences. Les pratiques de rapports sexuels oraux sont plutôt répandues ; par contre, on parle moins de pénétration anale et de masturbation réciproque.

    37Par ailleurs, le répertoire sexuel des jeunes s’enrichit selon le partenaire, le type de rapport, les états d’âme, le moment de la vie personnelle, de la phase de vie du couple, etc. Les jeunes utilisent souvent l’expression « ça dépend », quand ils sont appelés à définir l’importance et la signification de la sexualité dans leur vie personnelle. Pourtant, la sexualité évolue selon les circonstances et reflète les variations et les articulations dans les temps de la vie, intérieure et extérieure, personnelle et du couple.

    38Il n’y a pas seulement l’expérience directe, ni celle induite par les récits des amis et des proches – réservoir possible de réflexion et de confrontation associé à d’autres possibilités expressives – qui manifeste une certaine importance. À tout cela, il faut bien évidemment ajouter les stimulations offertes par les médias et la publicité.

    39Même dans ce secteur, donc, le jeune est un acteur inséré dans un réseau de stimulations et de relations, qui enrichissent son expérience et ses références. La diffusion des arts amoureux se fonde sur une tendance de fond : aujourd’hui, tous – indépendamment du genre, du niveau d’éducation, des conditions sociales, du degré de beauté et d’autres caractéristiques personnelles – peuvent devenir des experts d’un point de vue sexuel, dans une société qui encourage ce type d’expérience. Dans ce domaine, tous peuvent être des acteurs et rechercher un niveau de satisfaction adéquat. Cela est vrai pour les jeunes en particulier, dont l’expérimentation sexuelle est souvent comprise comme une occasion de maturation, comme un moyen de s’éprouver soi-même et de mesurer ses qualités.

    Experts des dynamiques du couple

    40La plupart des jeunes de 20 ans et plus sont aussi des experts de la vie de couple, lorsqu’ils ont déjà connu certain nombre d’expériences affectives et sexuelles, variables en intensité et durée. Certains restent attachés à leur premier amour, mais beaucoup d’autres, après une première expérience sexuelle, en ont vécu d’autres. Les jeunes expérimentent les diverses phases, de durée variable, qui caractérisent la vie de couple : le fait de tomber amoureux, la stabilité, la routine, la baisse de la tension amoureuse, et souvent également des moments de rupture. La biographie affective et sexuelle de l’individu se compose ainsi d’un certain nombre d’histoires, qui donnent de l’épaisseur à son vécu et s’articulent dans la mémoire. Les histoires du passé resurgissent dans le présent, en le renforçant ou en le relativisant.

    41Bien qu’ils reconnaissent avoir beaucoup d’occasions de relations, la plupart des jeunes sont à la recherche d’un partenaire stable, avec lequel partager leurs sentiments et leur idéal. Le rapport stable, qui se développe entre deux personnes qui se sont librement choisies, recueille toujours la majorité des suffrages par rapport aux relations occasionnelles, car il est ce qui répond le mieux au critère de la communication globale, où la sexualité est toujours reliée à l’affectivité. À l’inverse, les relations occasionnelles engagent peu, précisément à cause du déficit communicationnel qui les caractérise.

    Entre fidélité et flexibilité

    42Dans ce tableau de fond, les jeunes qui choisissent de vivre un rapport stable, valorisent la fidélité à l’intérieur du couple pour honorer une décision personnelle, le libre choix de se lier à une autre personne.

    43Toutefois, l’idée de fidélité contemporaine est différente de celle du passé. Hier, ce qui prévalait c’était la fidélité à la personne. Le lien amoureux était orienté par la permanence, le « pour toujours », par la persistance dans le temps d’un projet de vie partagé à l’intérieur du couple. Aujourd’hui, par contre, la fidélité est associée plus étroitement à l’histoire d’amour en train de se construire, elle est plus dépendante de la signification de la relation.

    44En d’autres termes, le point de vue se déplace de la personne à la relation, tandis que les perspectives de réalisation ne se déploient plus sur la longue durée. Les attentes des jeunes sont orientées par le choix d’une personne particulière avec laquelle partager un projet de vie. Toutefois, l’idée qu’il est difficile d’hypothéquer l’avenir est assez répandue ; ce qui est important aujourd’hui peut ne plus l’être demain, les perspectives de vie sont tellement ouvertes et complexes qu’elles rendent très difficile de s’engager dans des projets et des choix totalisants. En outre, si le rapport amoureux connaît une crise, il faut bien se rendre disponible pour vivre une nouvelle histoire d’amour.

    45Si la plupart des jeunes optent pour des rapports stables et pour la fidélité, une partie d’entre eux privilégie par contre les rapports sexuels libres, selon un modèle plus ouvert et flexible. Au moins au niveau idéel, les rapports dégagés d’un engagement fort exercent une certaine fascination, même sur les jeunes qui ont une conception de la sexualité fondée sur l’exclusivité et la fidélité.

    46La sexualité libre et occasionnelle est perçue comme un fait naturel, car – comme l’affirment certains jeunes – « je n’ai pas envie de m’engager, je veux m’amuser, je veux voir le monde ». Il s’agit, en l’absence de partenaires stables, d’une sexualité occasionnelle qui répond à des tentations spécifiques, ou qui se comprend comme un échange amical entre personnes en affinité ou en syntonie. Cela peut être aussi des rapports sexuels clandestins, « plus excitants que l’amour avec le partenaire qu’on connaît déjà ». Mais il s’agit également de la sexualité en tant qu’objet du désir et de la conquête, « car il y a un type qui te plaît et qui te bouleverse » ; ou « car il y a des filles de passage, qui t’inspirent, à sauter dans un coin, seulement pour les baiser et ça suffit, en tant que plaisir physique ». Bien évidemment, la sexualité libre peut conduire à un usage instrumental du partenaire, mais même dans ce cas, certains revendiquent un minimum de communication.

    La sexualité en tant qu’occasion de confirmation de soi

    47Il y a aussi parmi les jeunes une forte exigence d’être rassurés au travers de leur expérimentation affective et sexuelle. Ceux qui interprètent la sexualité de façon exclusive et ceux qui manifestent des attitudes plus libres partagent une volonté d’y trouver continuellement une confirmation de soi et de leurs propres choix.

    48Dans la dynamique du couple, est soulignée l’exigence d’être aimé par le partenaire, d’être les protagonistes d’une histoire particulière, de créer un rapport différent des autres par l’intensité, la spécificité de sentiments et la capacité de communication mobilisée. La recherche de cette « distinction » représente une façon de valoriser un rapport qui risque d’être semblable à beaucoup d’autres. Dans un contexte marqué par des multiples choix possibles, les individus doivent donner raison, à eux-mêmes et aux autres, du sens d’une option de couple préférentielle ou exclusive. Ces raisons sont souvent recherchées à l’intérieur du couple, selon des critères dont les deux partenaires seulement ont conscience. Toutefois, cette valorisation de la distinction montre également combien les choix affectifs et sexuels des jeunes sont exposés à la précarité et à l’incertitude. Celle-ci peut ainsi pousser certains jeunes à choisir la fidélité pour éviter la confrontation ou la gestion de tensions associées à des comportements plus flexibles. De ce point de vue, la fidélité peut devenir un refuge contre l’incertitude et le doute.

    49L’insécurité se présente aussi pour ceux qui ont des rapports affectifs et sexuels plus décontractés, plus orientés vers l’expérimentation que vers la fidélité. Elle peut se manifester par la peur de ne pas être à la hauteur du partenaire, de ne pas arriver à respecter le standard de réussite élaboré par le groupe des pairs, etc. Dans ces cas-là, la confirmation de soi dépend souvent de la capacité de séduction, et de réussite par rapport à des objectifs qui produisent un certain nombre de tensions.

    50Cette exigence lancinante de confirmation de soi sur le terrain affectif et sexuel révèle la situation d’incertitude que connaît un nombre très important de jeunes, confrontés aux difficultés à s’orienter dans une société où les opportunités de choix et les tensions se multiplient. Cette tension est partagée par les filles, qui demandent continuellement des signes d’amour, et par les garçons, parmi lesquels persiste le mythe de la performance sexuelle.

    51Il semble émerger ici un reflet de cette peur d’être inadéquat dont parle Bauman (1999) : comment peut-on apprécier si on est en train de vivre sa propre sexualité de la meilleure façon possible ? Est-on en train de vivre au mieux son propre « potentiel sexuel » ?

    52Au fond la sexualité semble donc être de plus en plus liée à la question de l’identité. Dans le passé, la sexualité était interprétée par rapport à la procréation et comme une réponse aux besoins primaires, même si une certaine latitude était laissée à l’idée qu’elle pouvait être aussi un espace expressif et ludique. Aujourd’hui, par contre, elle présente un lien avec les processus de confirmation de soi aux évidentes conséquences psychologiques. La sexualité peut représenter une façon de mesurer ses propres qualités, d’obtenir une confirmation identitaire, de comprendre qui on est et ce qu’on est capable de réaliser. Tout cela, est au cœur d’un processus de socialisation très ouvert qui fait que les jeunes demandent continuellement à être rassurés.

    Réflexivité et convergence

    53Beaucoup d’autres tendances caractérisent la façon dont les jeunes manifestent leur sexualité. Parmi ces tendances, plusieurs concernent leur vécu sexuel. Les états d’âme changent fréquemment, au gré des rapports et des circonstances, et des stimulations par ce qui se passe à l’intérieur comme à l’extérieur de soi. Ainsi, on peut être conduit à évaluer à quel point les expériences correspondent aux attentes, et si le déroulement de la vie et celui de la pensée sont cohérents. Pour de nombreux jeunes, la pratique sexuelle se révèle centrale non comme expérience en soi, mais comme un révélateur pour comprendre beaucoup de choses, à propos de soi et du partenaire. C’est l’idée de la sexualité comme mesure de l’authenticité, comme instrument d’évaluation du bien-être ou de l’état de santé de la relation en cours ; ou encore comme espace transparent dans lequel on ne peut pas simuler, où il faut se montrer pour ce qu’on est. Un certain nombre de jeunes admettent que dans la sexualité on est nu, non seulement du point de vue corporel, mais également du point de vue d’intérieur : sans protection, on peut comprendre ce que le partenaire veut vraiment. Ces observations comptent non seulement pour le partenaire mais aussi pour soi-même : la sexualité est le lieu où on peut expérimenter différentes versions de soi, comme certains jeunes l’admettent, quand ils déclarent avoir découvert quelque chose de nouveau à propos d’eux-mêmes dans l’exercice de leur sexualité.

    54La propension à réfléchir sur la sexualité se manifeste aussi dans la façon à travers laquelle beaucoup de jeunes cherchent à se satisfaire mutuellement pendant l’acte sexuel, en réalisant un échange communicationnel orienté par la volonté de donner et de recevoir du plaisir. L’un de moments les plus intenses de ce type d’échange est le plaisir réflexif, de celui ou celle qui est témoin d’un moment de forte excitation du partenaire. Il n’y a pas un centimètre du corps du partenaire qui ne soit objet de connaissance, de contemplation, de réflexion. Comme le déclare l’un de ces jeunes : « c’est la fascination de voir une fille, la désirer, la peloter, la toucher dans le moindre détail » ; ou encore, comme l’affirme une fille du même âge : « me rendre compte de sa réaction et de la mienne ».

    55Beaucoup de ces attitudes sont partagées par les garçons et les filles, même si les différences de genre ne disparaissent pas. Seule une minorité de jeunes nie l’existence de différences de genre dans le rapport sexuel ; dans la plupart des cas ces différences sont tout à fait évidentes.

    56Les filles sont aujourd’hui très émancipées et prennent souvent l’initiative, même si une partie d’entre elles tend encore à rester passives et à défendre leur réputation. Par contre, les garçons aspirent encore souvent à dominer et à se laisser conditionner par le mythe de la performance, d’une virilité à affirmer et à démontrer. Beaucoup de filles voudraient des garçons plus attentifs à leurs exigences communicationnelles, mais en même temps elles admettent que la différence garde sa fascination et que parfois il est rassurant de respecter les dynamiques de rôle. Parallèlement, une partie des garçons voudrait des filles plus actives et émancipées, même s’ils ne sont pas toujours capables d’en gérer les conséquences.

    57Les deux genres manifestent des zones de vulnérabilité, dont les limites apparaissent clairement aux protagonistes. Les modèles culturels du passé semblent résister et conditionner une génération qu’on croyait au cœur d’un processus de changement d’une portée exceptionnelle.

    58La plupart des jeunes considèrent cet héritage avec légèreté et ironie, bien conscients qu’il n’est pas facile de se libérer des conditionnements culturels et éducatifs. Au fond, ils tendent à s’accepter, avec leurs qualités et leurs défaillances, même s’ils ne renoncent pas à l’idée de chercher des formes de convergences et de démocratie à l’intérieur de leur vie privée.

    59Les contradictions personnelles et celles du couple ne gardent plus la charge subversive du passé ; elles ne produisent plus de rébellion et de rupture ou une forte demande de changement. Les militants et les féministes d’antan ne sont plus présents dans une génération à la recherche de modalités plus flexibles, interactives et consensuelles de vie sexuelle.

    60En ce qui concerne la sexualité et l’amour, les jeunes ont acquis un haut degré de décontraction et de compétence, mais ils sont aussi vulnérables : dans ce domaine ils restent à la recherche d’une confirmation identitaire, dans une époque de très grande incertitude.

    LA SEXUALITÉ EN FRANCE ET EN ITALIE (CATHERINE PUGEAULT-CICCHELLI)

    61Dans les sociétés occidentales contemporaines, la socialisation à la vie sentimentale et sexuelle commence à l’adolescence. Elle est favorisée par différents facteurs et peut être mise en relation avec l’abaissement de l’âge à la puberté. En France, l’âge aux premières menstruations a régressé de trois ans en deux siècles, passant d’environ 16 ans dans la seconde moitié du XVIIIe siècle à près de 13 ans dans la seconde moitié du XXe siècle (La Rochebrochard, 1999). Depuis les années 1960, cette valeur s’est stabilisée autour de 13 ans dans la plupart des pays européens (Mitterauer, 1991). La donnée biologique ne permet certes pas à elle seule de rendre de compte des modifications observées dans les dernières décennies. Comme le remarque Franco Garelli, la révolution sexuelle des années 1960 et 1970, l’autonomisation des femmes et la « dilatation » de la jeunesse ont radicalement transformé le contexte des relations entre les sexes. Elles alimentent une mutation culturelle fondamentale, qui transforme le sens des premiers émois à plusieurs niveaux. Les travaux sur les premières expériences sexuelles établissent avec force la dissociation contemporaine entre l’entrée dans la sexualité et la mise en couple, a fortiori le mariage, qui n’est plus pour les acteurs sociaux ce qu’il était pour leurs ascendants, acte fondateur du couple, décohabitation d’avec les parents, passage à la vie adulte et droit d’entrée dans la sexualité. Au début des années 1990, pour une femme de 55 à 69 ans sur deux, la mise en couple avait coïncidé avec le premier rapport sexuel. Ce n’est plus le cas que pour une femme sur dix parmi les 18-24 ans (Spira, Bajos et alii, 1993). En France plus qu’en Italie où ce mode de vie reste marginal, la cohabitation hors mariage ne modifie pas ce résultat, les premiers rapports se sont autonomisés de la mise en couple, même lorsque celle-ci est informelle (Bozon, 1991). Pour les deux sexes, mais pour les hommes plus que pour les femmes, ce décalage ouvre une opportunité : celle de profiter de sa jeunesse sans contraintes conjugales. Les changements de partenaires peuvent être nombreux, pour les filles comme pour les garçons (Maillochon, 1999). Désormais, la construction de l’autonomie juvénile passe ainsi de manière essentielle par le registre sexuel et amoureux dans un contexte inédit de dissociation du mariage et de la sexualité légitime. Si l’on distingue deux phases allant de 12 à 15 ans puis de 16 à 18 ans, on peut dire que, « durant la première partie de l’adolescence, on fait l’expérience des baisers et des caresses, tandis que le coït appartient à la seconde » (Lagrange, 1998). Quand on compare les générations respectivement nées au début des années 1950 et vers 1975-1978, on note que l’âge moyen au premier baiser baisse de manière significative, pour atteindre 13 ans et 11 mois pour les garçons, 14 ans et un mois chez les filles. Quand on remonte plus loin le cours du temps, on constate que l’âge médian au premier rapport sexuel a lui aussi baissé, pour se situer désormais au début de la phase post-adolescente (Spira, Bajos et alii 1993). De 18,4 ans pour les hommes nés entre 1920 et 1936, il tombe à 17,2 ans pour ceux nés en 1972-1973. Pour les femmes, la baisse est encore plus sensible. L’initiation passe en 50 ans de 21,3 ans à 18,1 ans. Le rythme de cette évolution fut particulièrement rapide pour les jeunes femmes des années 1960, touchées par les débats d’idées pré-1968 et la mobilisation féministe. Le recul séculaire de l’âge au premier rapport sexuel, notamment pour les femmes, a été observé dans différents pays européens. En une cinquantaine d’années, il s’est abaissé d’au moins deux ans en Europe centrale et occidentale, en Europe du Nord et en Europe du Sud (Bozon, Kontula, 1997).

    62En Italie comme en France, l’initiation amoureuse a été favorisée par la diffusion de l’école et des loisirs mixtes, mêlant dans leur vie quotidienne scolaire et parascolaire la plupart des jeunes filles et jeunes garçons. Elle étaye la construction d’une identité d’âge et de groupe, en s’inscrivant dans une logique d’expérimentation de la vie juvénile repérée des deux côtés des Alpes. La fonction identitaire associée à l’initiation amoureuse et sexuelle s’est renforcée. Franco Garelli souligne tout particulièrement le rôle confirmatif gratifiant joué par cette dimension de la vie sociale dans la construction juvénile. Les comportements amoureux et sexuels sont interprétés comme des pratiques juvéniles normales, fortement valorisées, et les contributions de Florence Maillochon et Franco Garelli montrent que les jeunes gens manifestent des compétences inédites en ce domaine. Toutefois, si les premières pratiques sexuelles se sont affranchies du contrôle parental au cours du XXe siècle, elles trouvent dans la pression exercée par les pairs un puissant régulateur. Selon Florence Maillochon, les jeunes sont soumis à des normes différentes de celles qui pesaient par le passé mais néanmoins fort contraignantes : quête de normalité et exigence de la performance informent les comportements et les attitudes. Le premier point s’exprime dans des témoignages recueillis qualitativement, quand une jeune fille expose par exemple qu’avouer que l’on n’a jamais eu de relation sexuelle à 20 ans, « c’est assez embarrassant » (Le Gall, Le Van, 2007). Sur le second point, des recherches ont révélé que les idylles sont socialisées par le groupe amical, qui s’en empare pour les commenter, voire les orienter – les groupes de garçons fonctionnant « comme une sorte de jury » (Bozon, 1993). Certains succès télévisuels traduisent la reconfiguration. Destinée à un public préadolescent et adolescent, la série française Hélène et les garçons illustre dans les années 1990 le fort intérêt des plus jeunes pour des intrigues narratives renvoyant à une véritable « culture des sentiments », grâce à laquelle penser et verbaliser le vécu amoureux, l’identité sexuée et les relations de couple (Pasquier, 1999).

    63Reste posée la question du sens des liens noués entre sexualité, sentimentalisation de la relation au partenaire et entrée dans un processus conjugal. Comme le souligne Florence Maillochon, ces liens sont d’ailleurs instables, ils s’insèrent dans un processus normé sensible au positionnement dans la trajectoire biographique et à un effet de sexe. La convergence globale des modes d’initiation féminins et masculins ne saurait en effet masquer la dimension sexuée des trajectoires féminines et masculines. Dès les années 1990, Michel Bozon (1993) a montré qu’avoir un premier rapport relativement précoce ne prédispose pas les hommes à se mettre rapidement en couple, car ils ont plus tendance à concevoir leur sexualité en activité autonome et non nécessairement sentimentale (Bozon, 1993). La sexualité n’ouvre alors pas sur un horizon conjugal à court terme, les jeunes hommes se montrant plus disposés à réduire l’expérience à un apprentissage personnel nécessaire. Leur jeune âge ne prédispose alors pas non plus les femmes à les percevoir en conjoints potentiels. Car les filles associent plus facilement sexualité, amour et conjugalité, « comme si elles demeuraient marquées par l’ancienne norme de prohibition de la sexualité prémaritale » remarque Florence Maillochon, comme si la sexualité pour la sexualité n’était pas pleinement admissible. Cet attachement à une conception sentimentale de la sexualité ne s’interprète pas aisément. D’un côté, la précocité sexuelle apparaît moderne, liée à la libéralisation des mœurs. Mais d’un autre côté, elle concerne notamment des jeunes femmes ne faisant pas ou peu d’études et dont les comportements restent traditionnels, orientés vers une vie conjugale perçue comme « destin » naturel (Schwartz, 1990).

    64Ce champ d’investigation a encore beaucoup à nous apprendre. Une piste de recherche énoncée par Florence Maillochon livrera un exemple : quels effets la généralisation de l’usage des nouvelles technologies par les jeunes aura-t-elle sur leurs pratiques et représentations à moyen terme ? D’ores et déjà, la révolution Internet a favorisé un début de convergence des comportements des filles et des garçons. En conclusion, on peut dire que les comportements et représentations des jeunes ont évolué dans le même sens en Italie et en France, notamment sous le double effet de la prolongation de la scolarisation et du desserrement des contraintes parentales. Ici et là des différences de genre demeurent. En Italie cependant, le report de la vie conjugale est encore plus accentué qu’en France du fait de la valorisation du modèle du mariage direct.

    Bibliographie

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    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

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    Lagrange H., 1998, « Le sexe apprivoisé ou l’invention du flirt », Revue française de sociologie, vol. 39, n° 1, p. 139-175.

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    Notes de bas de page

    1 Ce qui n’était vraisemblablement pas le cas avant les années 1950 (Lagrange, 1998).

    2 D’après l’enquête ACSJ réalisée en 1993 auprès des jeunes de 15 à 18 ans (Lagrange, Lhomond, 1997), l’âge médian au premier baiser est de 13 ans et 11 mois pour les garçons et 14 ans et 1 mois pour les filles.

    3 D’après l’enquête ACSJ (Lagrange, Lhomond, 1997), l’âge médian au premier rapport sexuel est de 17 ans et 3 mois pour les garçons et 17 ans et 6 mois pour les filles. D’après l’enquête CSF réalisée en 2005 (Bajos, Bozon, Beltzer et alii 2007), l’âge médian du premier rapport sexuel des jeunes de 18 à 19 ans est de 17,2 ans pour les hommes et de 17,6 ans pour les femmes.

    4 Même si elles n’en sont pas les causes, la mixité scolaire et l’allongement de la scolarité ont sans doute offert d’importantes conditions de réalisation de l’évolution des mœurs sexuelles.

    5 La référence temporelle bornée à un an vise à limiter les problèmes de mémoire et de reconstruction du passé.

    6 De même que les témoignages dans les émissions de libre antenne des radios libres.

    7 D’autant que l’outil Internet permet d’avoir plusieurs personnalités, éventuellement d’un autre sexe.

    8 D’après l’enquête CSF (Bajos, Bozon, Beltzer et alii, 2007), parmi les jeunes de 18-19 ans, les filles apparaissent plus nombreuses que les garçons à se connecter (36 % vs 24 %) à un site de rencontre.

    9 Parmi les jeunes de 11 à 18 ans, 51 % des garçons ont surfé sur des sites X contre 14 % des filles. Les garçons sont par ailleurs deux fois plus nombreux que les filles à avoir regardé plus de dix fois des films X à la télévision ou en vidéo, d’après l’exploration de données inédites de l’enquête ESPAD (European School Survey on Alcohol and other Drugs) - une enquête nationale et représentative sur la consommation et l’abus des substances psychoactives dans le second degré réalisée en 2003 par une équipe OFDT (Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies) – Inserm.

    10 D’après l’enquête ESPAD, 30 % des garçons et 23 % des filles ont déjà eu des conversations érotiques sur Internet ; 11 % des garçons et 10 % des filles sont sortis (respectivement 3 % et 1 % ont eu des rapports sexuels) avec des personnes qu’elles ont rencontrées sur internet. Entre 18 et 19 ans, ils seraient respectivement 7 % et 4 % d’après l’enquête CSF.

    11 Les enquêtes en question ont été conduites sur des échantillons de jeunes de 20-24 ans, à deux périodes différentes. La première enquête a été menée vers la fin des années 1990 ; pour les résultats (et la méthodologie) voir Garelli (2000). Réalisée en 2006, la seconde faisait partie d’une recherche nationale sur la sexualité des Italiens ; elle se fondait sur un échantillon représentatif d’une population de 18-70 ans. Cette dernière enquête est en cours d’exploitation.

    Auteurs

    • Florence Maillochon
    • Franco Garelli
    • Catherine Pugeault-Cicchelli
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    1 Ce qui n’était vraisemblablement pas le cas avant les années 1950 (Lagrange, 1998).

    2 D’après l’enquête ACSJ réalisée en 1993 auprès des jeunes de 15 à 18 ans (Lagrange, Lhomond, 1997), l’âge médian au premier baiser est de 13 ans et 11 mois pour les garçons et 14 ans et 1 mois pour les filles.

    3 D’après l’enquête ACSJ (Lagrange, Lhomond, 1997), l’âge médian au premier rapport sexuel est de 17 ans et 3 mois pour les garçons et 17 ans et 6 mois pour les filles. D’après l’enquête CSF réalisée en 2005 (Bajos, Bozon, Beltzer et alii 2007), l’âge médian du premier rapport sexuel des jeunes de 18 à 19 ans est de 17,2 ans pour les hommes et de 17,6 ans pour les femmes.

    4 Même si elles n’en sont pas les causes, la mixité scolaire et l’allongement de la scolarité ont sans doute offert d’importantes conditions de réalisation de l’évolution des mœurs sexuelles.

    5 La référence temporelle bornée à un an vise à limiter les problèmes de mémoire et de reconstruction du passé.

    6 De même que les témoignages dans les émissions de libre antenne des radios libres.

    7 D’autant que l’outil Internet permet d’avoir plusieurs personnalités, éventuellement d’un autre sexe.

    8 D’après l’enquête CSF (Bajos, Bozon, Beltzer et alii, 2007), parmi les jeunes de 18-19 ans, les filles apparaissent plus nombreuses que les garçons à se connecter (36 % vs 24 %) à un site de rencontre.

    9 Parmi les jeunes de 11 à 18 ans, 51 % des garçons ont surfé sur des sites X contre 14 % des filles. Les garçons sont par ailleurs deux fois plus nombreux que les filles à avoir regardé plus de dix fois des films X à la télévision ou en vidéo, d’après l’exploration de données inédites de l’enquête ESPAD (European School Survey on Alcohol and other Drugs) - une enquête nationale et représentative sur la consommation et l’abus des substances psychoactives dans le second degré réalisée en 2003 par une équipe OFDT (Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies) – Inserm.

    10 D’après l’enquête ESPAD, 30 % des garçons et 23 % des filles ont déjà eu des conversations érotiques sur Internet ; 11 % des garçons et 10 % des filles sont sortis (respectivement 3 % et 1 % ont eu des rapports sexuels) avec des personnes qu’elles ont rencontrées sur internet. Entre 18 et 19 ans, ils seraient respectivement 7 % et 4 % d’après l’enquête CSF.

    11 Les enquêtes en question ont été conduites sur des échantillons de jeunes de 20-24 ans, à deux périodes différentes. La première enquête a été menée vers la fin des années 1990 ; pour les résultats (et la méthodologie) voir Garelli (2000). Réalisée en 2006, la seconde faisait partie d’une recherche nationale sur la sexualité des Italiens ; elle se fondait sur un échantillon représentatif d’une population de 18-70 ans. Cette dernière enquête est en cours d’exploitation.

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    Maillochon, F., Garelli, F., & Pugeault-Cicchelli, C. (2012). Chapitre 8. De nouvelles formes de socialisation amoureuse ?. In A. Cavalli, V. Cicchelli, & O. Galland (éds.), Deux pays, deux jeunesses ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.13242
    Maillochon, Florence, Franco Garelli, et Catherine Pugeault-Cicchelli. « Chapitre 8. De nouvelles formes de socialisation amoureuse ? ». In Deux pays, deux jeunesses ?, édité par Alessandro Cavalli, Vincenzo Cicchelli, et Olivier Galland. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2012. doi:10.4000/books.pur.13242.
    Maillochon, Florence, et al. « Chapitre 8. De nouvelles formes de socialisation amoureuse ? ». Deux pays, deux jeunesses ?, édité par Alessandro Cavalli et al., Presses universitaires de Rennes, 2012, https://doi.org/10.4000/books.pur.13242.

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    Cavalli, A., Cicchelli, V., & Galland, O. (éds.). (2012). Deux pays, deux jeunesses ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.13209
    Cavalli, Alessandro, Vincenzo Cicchelli, et Olivier Galland, éd. Deux pays, deux jeunesses ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2012. doi:10.4000/books.pur.13209.
    Cavalli, Alessandro, et al., éditeurs. Deux pays, deux jeunesses ?. Presses universitaires de Rennes, 2012, https://doi.org/10.4000/books.pur.13209.
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