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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral DÉPOLITISATION OU REPOLITISATION DES JEUNES FRANÇAIS ? (ANNE MUXEL) DÉCEPTION ET PARTICIPATION POLITIQUE DES JEUNES ITALIENS (LOREDANA SCIOLLA) LA DÉCEPTION QUI MOBILISE LES JEUNES (ILVO DIAMANTI) Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Deux pays, deux jeunesses ?

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 6. Dépolitisation ou repolitisation ?

    Anne Muxel, Loredana Sciolla et Ilvo Diamanti

    p. 133-157

    Texte intégral Bibliographie Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    DÉPOLITISATION OU REPOLITISATION DES JEUNES FRANÇAIS ? (ANNE MUXEL)

    1La jeunesse est un moment intense de négociation et de mise à l’épreuve des héritages et des apprentissages acquis au cours de l’enfance. C’est aussi une période intense d’expérimentations de toutes sortes. C’est dans cette tension entre héritage et expérimentation que se construit le rapport à la politique et que se définissent les identités politiques. Si certains traits du rapport des jeunes à la politique apparaissent plus accusés que dans d’autres classes d’âge, ils sont par exemple plus instables dans leurs choix, plus abstentionnistes, plus protestataires aussi, en revanche il en est d’autres qui ne marquent pas de différences très significatives – par exemple leurs choix électoraux s’alignent, à quelques inflexions près, sur ceux que l’on observe dans l’ensemble du corps électoral, ou encore la défiance très forte qui s’exprime à l’égard de la classe politique. L’étude des modalités de cette négociation particulière entre les éléments d’une culture politique héritée et les éléments d’une culture politique forgée dans l’expérience singulière qu’inaugure chaque génération nouvelle apporte un éclairage indispensable à la compréhension des phénomènes politiques contemporains.

    Les recherches menées en France

    2Les interrogations sur la politisation des jeunes ne sont pas nouvelles. Lors du VI e congrès mondial de l’Association Internationale de Science Politique à Genève en 1964 sur le thème « La jeunesse et la vie politique », le rapport introductif de Georges Lavau et Roy Macridis mettait déjà à l’ordre du jour la question du désengagement des jeunes et avançait des hypothèses qui pourraient être remobilisées aujourd’hui.

    3L’une des premières grandes enquêtes sur les jeunes a été réalisée par l’IFOP en 19611, elle invite à nuancer le diagnostic d’une dépolitisation des jeunes et montre qu’ils s’intéressent aux problèmes politiques concrets dans une proportion assez semblable à celle des adultes, même si de fait le problème de leur participation effective reste posé.

    4Au seuil des années 1970, les recherches ayant pour objet spécifique le rapport des jeunes à la politique, leurs pratiques et leurs représentations de la citoyenneté, sont encore rares. Aline Coutrot (1971) dans son inventaire des recherches consacrées à ce sujet soulignait la lacune de travaux en la matière ainsi que la disparité entre la recherche française et la recherche internationale.

    5Il faut attendre donc attendre le milieu des années 1970 pour que des enquêtes systématiques soient menées sur les choix politiques des jeunes, et plus largement les grands systèmes de valeurs et d’appartenances à partir desquels ceux-ci prennent forme. L’une des premières dans ce domaine a été réalisée par Janine Mossuz-Lavau et restituée dans son ouvrage Les jeunes et la gauche (1979). Provenant de questionnaires administrés à des jeunes de 16-34 ans résidant à Boulogne-Billancourt, ses résultats montrent une plus forte adhésion des jeunes à la gauche et à ses formations politiques, tout en insistant sur leur retrait électoral plus marqué.

    6C’est à Annick Percheron qu’il revient d’avoir introduit en France les recherches sur la socialisation politique. Son apport théorique tout autant que méthodologique, pour cerner les conditions de formation et d’expression de l’identité politique des individus, reste pertinent (Percheron, 1993). Montrant l’existence d’un univers politique précoce, dès l’enfance, elle en a exploré les contours et identifié les contenus. En France, contrairement aux États-Unis, le développement d’un attachement au système politique passe moins par une identification de nature affective aux hommes politiques que par la reconnaissance des rôles institutionnels qu’ils occupent. Par ailleurs, tandis que l’univers politique des enfants américains est structuré par l’identification à l’un des deux grands partis, Démocrate ou Républicain, en France, c’est le clivage gauche-droite qui remplit une même fonction structurante dans la permanence des systèmes d’attitudes et de comportements politiques. Enfin, elle montre l’importance des héritages familiaux dans la construction des attitudes et des comportements politiques des individus.

    7À partir des années 1980 et dans le courant des années 1990, les enquêtes ont proliféré et les études se sont diversifiées prenant en compte d’une part des sous-groupes de jeunes particuliers (les jeunes ruraux, les jeunes des milieux populaires, les jeunes issus de l’immigration, les jeunes étudiants…), d’autre part des aspects problématiques plus spécifiques du rapport des jeunes à la politique (crise du civisme et de la citoyenneté, recomposition des valeurs, mobilisations collectives…).

    8Dans leur enquête sur les jeunes ruraux (1993), Olivier Galland et Yves Lambert signalent un phénomène de « repolarisation politique et idéologique » depuis la fin des années 1980, marquant le remplacement significatif des deux pôles autrefois structurant des attitudes et des comportements politiques, à savoir la droite catholique et le Parti Communiste, par le pôle « individualiste » (partagé entre le retrait et le lepénisme) d’une part et le pôle « humaniste » (oscillant entre le centre gauche et le centre droit). Ils montrent l’importance du niveau de diplôme dans ce clivage, le premier pôle réunissant davantage de jeunes peu dotés scolairement tandis que le second recouvre les choix et les préoccupations d’une jeunesse plus diplômée.

    9Les jeunes des milieux populaires ont aussi fait l’objet de questionnements spécifiques. Analysant les transformations des modes de socialisation en milieu urbain comme dans le monde du travail, certains sociologues ont mis en évidence des formes de politisation (et de dépolitisation) relatives à l’expérience de l’exclusion sociale et de certaines formes de marginalisation. Celles-ci peuvent trouver à s’exprimer dans des expériences collectives telles que les bandes (Mauger, 1994) ou se développer dans le cadre d’itinéraires personnels, marqués par une forte déstructuration du monde ouvrier (Beaud et Pialoux, 1999). L’expérience de « la galère » au sens où l’a étudiée François Dubet (1987) se définit comme un cadre d’apprentissage politique inédit où se conjuguent à la fois l’exclusion et l’absence de mouvement social.

    10Une étude spécifique, réalisée par le CEVIPOF en 2000, sur le rapport des jeunes des quartiers dits « sensibles » à la politique (Perrineau, Rey, 2002), fait apparaître un intérêt distant pour les questions de politique générale et insiste sur le préalable de l’insertion sociale à toute implication dans la vie de la cité et à toute forme de participation politique. Les connaissances politiques sont faibles et le sentiment d’incompétence y est assez largement ressenti. Ils montrent par ailleurs que « les représentations du monde politique, très rarement transmises par les parents, peu investies de connaissances historiques, se forgent exclusivement en référence au présent et à l’actualité récente », et sont du coup très largement associées à une posture de désenchantement et de résignation.

    11Les jeunes issus de l’immigration, et notamment de l’immigration maghrébine, ont aussi fait l’objet d’études relativement ciblées. Dans le courant des années 1980, l’émergence des mouvements d’action collective de jeunes d’origine immigrée (par exemple la Marche des Beurs en 1983), a placé la question de la citoyenneté au cœur d’un certain nombre de travaux. La radicalisation à gauche ainsi qu’un activisme politique plus développé que parmi les jeunes français de souche dans les milieux populaires, et tout particulièrement parmi les filles, a pu être observée (Muxel, 1988 ; Leveau et Wihtol de Wenden, 1988 ; Tribalat, 1995). Mais leur participation électorale est en revanche relativement en retrait, car ils sont nettement moins inscrits sur les listes électorales que les jeunes français de souche. Mais lorsqu’ils sont inscrits, leur participation est équivalente, et les jeunes femmes se caractérisent par une participation plus forte que les jeunes hommes (Richard, 2004). Dans une enquête récente conduite par le CEVIPOF sur les citoyens d’origine maghrébine, africaine et turque, Sylvain Brouard et Vincent Tiberj (2006) constatent aussi le plus faible taux d’inscription sur les listes électorales (30 % des 18-24 ans ne sont pas inscrits, seulement 15 % dans l’ensemble de la population) ainsi qu’un enracinement à gauche plus marqué. Par ailleurs ils montrent une dynamique assez sensible de réislamisation des jeunes générations.

    12Autre catégorie spécifique, celle des étudiants. L’ouvrage Le monde des étudiants, publié sous la direction d’Olivier Galland en 1995, en présente un portrait relativement diversifié et nuancé. « Les étudiants de notre enquête rejettent les extrêmes, et se situent vers le centre gauche mais sans engagement fort, s’intéressent plutôt à la politique mais sans se passionner pour les partis politiques. Ni gauchistes ni apathiques, les étudiants apparaissent plutôt comme modérés, raisonnables sans attendre beaucoup des organisations politiques. » Dans une étude publiée en 1997, Christian Le Bart et Pierre Merle font un constat relativement similaire, même si des différences significatives apparaissent selon les filières d’études. Une enquête plus récente menée auprès d’une catégorie particulière et privilégiée, les étudiants de Sciences Po, met en évidence les mêmes caractéristiques : une prévalence de la gauche, représentée surtout par le Parti Socialiste et les Verts, une réticence par rapport aux extrêmes, des capacités de mobilisation et de protestation en fonction d’enjeux ciblés (Muxel, 2004).

    13S’ajoutent à ces travaux un certain nombre d’études ou de synthèses ayant un caractère plus général et portant sur les modalités de la participation politique, conventionnelle (le vote) et non conventionnelle (la manifestation) des jeunes dans la société française (Muxel, 2001 ; Muxel, Cacouault, 2001 ; Galland, Roudet, 2001, 2005).

    Les grandes tendances du rapport des jeunes français à la politique aujourd’hui

    14Si bien des signes peuvent paraître préoccupants, notamment la généralisation d’une défiance à l’égard des gouvernants et de l’ensemble de la classe politique, ainsi qu’un retrait de plus en plus marqué de la décision électorale, d’autres en revanche montrent une implication réelle des jeunes dans le jeu politique.

    Entre héritage et expérimentation : repères politiques brouillés et diversification des pratiques politiques

    15L’interrogation sur l’engagement social et politique des jeunes renvoie à la nature et à la qualité de leurs liens au système politique, mais aussi plus largement aux conditions de transmission et de transformation de la culture politique dans le renouvellement des générations.

    16En France, la famille reste un creuset de l’orientation idéologique des individus mesurée à partir du clivage gauche-droite. Parmi toutes les valeurs transmissibles entre parents et enfants, ce sont les affiliations à l’un ou à l’autre de ces deux camps politiques encore fortement structurant de la vie politique française, juste après les choix religieux, qui se transmettent le mieux. Un jeune sur deux (49 %) reconnaît s’inscrire dans une continuité de gauche ou de droite par rapport à ses parents. Si l’on ajoute à ce chiffre les 22 % d’individus qui se présentent dans une filiation apolitique, en reproduisant la même absence de choix que leurs parents, ce sont près des trois quarts des jeunes (71 %) qui peuvent être considérés comme des héritiers politiques. Mais si l’affiliation et l’identification idéologiques dominent le lien à la politique ne s’établit néanmoins pas de la même manière, ni avec la même intensité, selon la situation d’insertion sociale des jeunes, et avant tout selon le niveau de leur formation, particulièrement discriminant. Ainsi un peu plus de la moitié des jeunes (52 %) s’inscrivant dans une filiation apolitique, ni gauche ni droite, ont un niveau d’études inférieur au baccalauréat (Muxel, 2001)

    17Si le positionnement par rapport au clivage gauche-droite apparaît déterminant dans la dynamique de l’héritage, en revanche il ne signifie pas nécessairement des préférences partisanes identiques, un même système de valeurs, une même grille d’entendement du politique, ou encore des choix électoraux similaires entre parents et enfants. Contrairement à leurs aînés qui, tout en s’orientant de plus en plus vers des formes autonomes et spontanées de revendications, conservent la mémoire des modes d’action ou d’engagement traditionnels, les jeunes d’aujourd’hui font leurs premiers pas en politique et leurs premiers choix sans références facilement mobilisables. Leur socialisation politique est de fait plus expérimentale, échappant aux cadres partisans et syndicaux, et se tournant davantage vers des actions ponctuelles, concrètes et ciblées.

    18Toutefois, le Front National et son leader Jean-Marie Le Pen ont constitué depuis une vingtaine d’années un marqueur idéologique et politique par rapport auquel les jeunes pouvaient se situer. La mobilisation de la jeunesse entre les deux tours de l’élection présidentielle 2002 en a été le paroxysme, Le Pen et son parti font débat dans la société, requérant un positionnement simple et radical (soit pour, soit contre) (Muxel, 2002 ; Tournier, 2004).

    Éloignés de la politique, mais plus ou moins engagés dans la démocratie : des signes de fracture au sein de la jeunesse

    19Le regard des jeunes sur la classe politique est particulièrement critique et leur confiance envers les gouvernants n’est pas au rendez-vous. Ils ne sont certes pas les seuls à ressentir un malaise à l’égard de la représentation politique, mais ils en accusent plus fortement que d’autres tranches d’âge les symptômes. Cette crise de la représentation politique, et ses diverses manifestations, devraient s’accompagner d’une remise en cause des procédures associées à la représentation démocratique, notamment le vote ou le système des partis. La baisse de confiance envers le personnel politique et les gouvernants devrait entraîner une baisse de légitimité des institutions politiques elles-mêmes, tout particulièrement chez les jeunes. Or il n’en est rien. Il faut en effet constater une déconnexion relative entre leur plus grande distance à l’égard du personnel politique, d’une part, et leur attachement aux institutions démocratiques représentatives que sont la médiation de l’appareil partisan et le vote, d’autre part. Pour la moitié des Français la présence des partis politiques est jugée extrêmement et très importante pour le bon fonctionnement de la démocratie, et sur ce point l’âge n’introduit pas de différence significative. Bien qu’un peu moins élevée que chez leurs aînés, pour les jeunes l’importance accordée au vote ne fait nul doute. S’ils n’en font pas l’usage, ils n’en rejettent pas pour autant l’utilité démocratique : plus des trois quarts des 18-24 ans (77 %) le considèrent extrêmement et très important.

    20Mais le diplôme crée des clivages importants. Les nouvelles générations les plus instruites, bien que critiques à l’égard de la politique, restent fondamentalement attachées à la démocratie représentative. On peut voir dans cette relative dissociation entre leur déconsidération de la classe politique, d’une part, et leur attachement aux rouages de la représentation démocratique, d’autre part, une sorte de paradoxe au fondement des formes d’expression de la citoyenneté aujourd’hui. L’intériorisation des valeurs universalistes, au travers desquelles ils construisent des enjeux de nature politique, vient compenser leur défiance et garantit un attachement durable au système représentatif.

    21Du côté des jeunes peu diplômés, les valeurs universalistes sont un peu moins affirmées, et ne jouent pas le même rôle de compensation du déni de la politique. La confiance dans la démocratie représentative apparaît plus ébranlée, et l’on observe non seulement un déficit du lien au politique, mais aussi un relâchement du lien à la démocratie. Ils sont plus en retrait de toute forme de participation citoyenne, qu’il s’agisse du vote mais aussi de la manifestation, et sont plus favorables à des régimes politiques autoritaires, basés sur un leadership personnel et sur une réduction des pouvoirs de la décision électorale comme du Parlement. C’est de leur côté que se manifeste, et que peut se creuser, un déficit démocratique. Si plus des trois-quarts des plus diplômés (79 %) se déclarent hostiles à ce type de régime, ils ne sont plus qu’une petite moitié parmi ceux qui ne disposent pas du bac (49 %).

    22On peut donc observer la coexistence de deux mouvements entretenant une relative tension, voire des risques de fracture intragénérationnelle : un approfondissement du lien démocratique garanti par les valeurs de tolérance et d’ouverture dans les nouvelles générations les plus instruites, d’une part, certains risques de remise en cause des principes de la représentation démocratique par les nouvelles générations peu ou pas diplômées, d’autre part. Cette ligne de fracture se retrouve dans les comportements comme dans les choix politiques, et l’éducation est aujourd’hui un enjeu décisif pour garantir le maintien du modèle démocratique.

    Retrait de la décision électorale, mais affirmation d’une culture de la protestation : vers un élargissement de la participation politique

    23La participation des jeunes aux élections reste toujours plus faible que celle de leurs aînés. Ils se réfugient facilement dans le camp de l’abstention, par indisponibilité ou parce qu’ils ne trouvent pas dans l’offre politique proposée de quoi emporter leur adhésion. Lors des scrutins du printemps 2002, présidentiel et législatif, à l’exception du second tour de la présidentielle particulièrement atypique, les abstentionnistes ont représenté la première force politique du pays. Lors du premier tour de la présidentielle, 34 % des jeunes ne sont pas allés voter (30 % dans l’ensemble de la population), et lors du premier tour des législatives, 51 % (36 % de l’ensemble du corps électoral)2. Les raisons de l’abstention ne sont pas univoques et tout particulièrement chez les jeunes, elles conjuguent à la fois des circonstances pratiques, des facteurs sociologiques et des explications politiques.

    24Le délai pris par les jeunes pour engager leur participation électorale circonscrit un temps spécifique dans le processus de socialisation politique des individus, un moratoire électoral résultant du travail d’ajustement et de négociation identitaire entre les héritages politiques familiaux et l’expérimentation des premiers choix électoraux et des premiers engagements citoyens (Muxel, 2001).

    25Si près de six jeunes sur dix sont en dehors de la décision électorale, il reste en moyenne un gros tiers de la jeunesse qui se rend aux urnes. Mais là encore, la pratique du vote revêt un certain nombre d’atermoiements significatifs du moratoire électoral. Les jeunes électeurs se montrent souvent hésitants jusqu’au dernier moment et plus volatils dans leurs choix. Cette indécision s’inscrit dans une évolution d’ensemble qui affecte toutes les classes d’âge. La proportion des électeurs qui font leur choix au dernier moment, soit le dernier jour de l’élection, est de plus en plus grande au fil des années.

    26Contrairement aux années 1960 et 1970, le vote des jeunes ne se démarque guère de celui de leurs aînés. Il n’est traversé ni par le désir de changer radicalement la société ni par des visées anticonformistes. Il porte la marque des effets de l’alternance et suit en les amplifiant ou en les atténuant, à quelques nuances près, les choix de l’ensemble du corps électoral.

    27Si les partis politiques ainsi que les syndicats ne les attirent plus et suscitent de la méfiance, les associations ayant un caractère d’engagement social ou politique ont gagné la confiance des jeunes. Et même s’ils ne sont que très peu à franchir le pas pour y adhérer (ni plus ni moins qu’au sein de la population adulte, entre 4 et 5 %), l’engagement associatif correspond à leur demande d’action concrète et directe. Il peut plus facilement trouver un relais vers la protestation politique devenue relativement familière pour les jeunes. En France, une jeune sur deux a fait l’expérience directe d’une manifestation de rue. Entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002, c’est un quart des jeunes qui sont descendus dans la rue (contre 9 % de l’ensemble de la population)3. L’attachement à la manifestation de plus en plus répandu parmi les Français, s’affirme d’autant plus que l’on est jeune : 68 % des 18-24 ans contre 48 % des 65 ans et plus déclarent qu’il est extrêmement et très important pour la démocratie que les gens manifestent. Au travers de la protestation, l’activisme politique des jeunes est réel (Becquet, Linares, 2005). Antiracisme, soutien aux populations immigrées et aux sans-papiers, manifestations contre le Front National… les occasions n’ont pas manqué, et les jeunes ont souvent pris l’initiative des actions entreprises. Depuis une vingtaine d’années, les mouvements lycéens et étudiants se sont opposés à la plupart des tentatives de réforme du système de formation et des dispositifs liés à l’emploi, émanant des gouvernements de droite comme de gauche, et ont toujours obtenu le retrait des propositions engagées. L’importance de la mobilisation de l’hiver 2006 contre le CPE témoigne de la constance de cette réactivité envers ce qui est perçu, à tort ou à raison, comme un risque de précarisation supplémentaire par rapport à leur avenir social et professionnel.

    28Les jeunes français ne sont donc pas dépolitisés mais bien politisés autrement. Profondément attachés à la démocratie, ils ne veulent plus privilégier tel ou tel modèle, mais ils cherchent à les recomposer, à ne retenir en chacun que ce qui leur permet d’être tantôt plus efficaces d’un point de vue pragmatique, tantôt plus vertueux d’un point de vue moral. Voulant réconcilier plusieurs conceptions de l’intervention politique, ils ne croient plus en la possibilité d’une transformation radicale de la société. Ils ne se posent plus la question de la révolution en tant que tactique politique. En cela ils ont hérité du désenchantement de leurs parents mais aussi de la faillite des utopies mises à mal par l’expérience historique. Toutefois l’importance actuelle des fractures sociales et culturelles au sein de la jeunesse française entraîne des fractures politiques visibles et à même d’entraîner de fortes divergences dans ses choix politiques comme dans ses formes de participation.

    DÉCEPTION ET PARTICIPATION POLITIQUE DES JEUNES ITALIENS (LOREDANA SCIOLLA)

    La relation à la politique : les changements en cours

    29Aujourd’hui, la démocratie, en tant que système d’institutions, de règles et de valeurs, semble être confrontée à une sorte de paradoxe : d’un côté, elle est de plus en plus répandue et, depuis la fin de la Guerre froide, plus « forte » que jamais ; de l’autre, sa force met en évidence ses limites, ses manques, notamment des formes graves de désaffection de la part des citoyens qui vivent dans des démocraties réelles. Pendant ces trente dernières années, on a assisté à l’émergence d’un phénomène préoccupant qui caractériserait de nombreuses sociétés industrielles et qui, tout en étant bien connu des spécialistes, est absent du débat public italien. Il s’agit du manque de confiance croissant que les citoyens ont commencé à manifester à l’égard des institutions, des partis et des hommes politiques. Cela a été démontré par les enquêtes internationales les plus sérieuses, qui ont utilisé des données transnationales ou qui ont observé de manière précise la situation des différents pays4.

    30Cependant, pour ce qui est des conséquences que cette désaffection des citoyens à l’égard des institutions politiques entraînerait à long terme, les opinions sont différentes. Il y a ceux qui, tout en observant la solidité des principes et des valeurs démocratiques, ont mis en évidence la tension existante entre ceux-ci et le fonctionnement concret des institutions chez les peuples des principales démocraties occidentales. Ces auteurs reconnaissent aux « citoyens insatisfaits » un rôle actif de critique, qui vise l’amélioration de la qualité de la démocratie et qui cherche à engager les institutions politiques à venir à la rencontre des exigences de la société civile (Norris, 1999). En revanche, d’autres penseurs soulignent le déclin des formes traditionnelles de participation politique, notamment de l’engagement dans un parti, engagement qui a toujours été le lien principal entre la société civile et le système politique dans les démocraties représentatives. Ces auteurs ont fait remarquer la diffusion d’une certaine passivité parmi la population, et, de manière fort pessimiste, un inéluctable inachèvement de la démocratie.

    31La tendance à la désaffection dont nous avons parlé n’épargne certes pas l’Italie. Dans ce pays, les pourcentages qui indiquent le niveau de satisfaction envers la démocratie et le niveau de confiance envers les institutions, comme nous allons le voir, sont les plus bas d’Europe ; cette désaffection concerne plus particulièrement les jeunes. Parmi les indices de désaffection croissante, il faut considérer l’augmentation de l’abstention électorale, qui concerne toutes les générations, mais qui est nettement plus évidente chez les jeunes. Comme le démontre une enquête récente, jusqu’en 1996 l’abstention croît dans toutes les cohortes ; après les élections de 1996 on remarque sa forte croissance chez les deux générations les plus jeunes, c’est-à-dire celles qui sont nées entre 1966 et 1975 (26-35 ans en 2001) et entre 1976 et 1983 (18-25 ans en 2001). La première de ces deux générations passe d’une abstention de 9 % aux élections de 1996 à une abstention de 16 % aux élections de 2001 (+ 7). La seconde passe de 10 % à 17 % d’abstention (+ 7). En revanche, pour ce qui est de la génération de leurs parents (nés entre 1946 et 1955), l’abstention est de 11 % (Corbetta, Tuorto 2004, p. 299). Les jeunes ont continué d’afficher une forte tendance à l’abstention lors des élections politiques de 20065.

    32La tendance à la désaffection des jeunes envers la politique semble dater de quelques années. Selon certains observateurs, qui parlent de « reflux » ou de « retour à la vie privé », les années 1970 témoigneraient déjà d’une sorte d’éloignement de la scène politique et d’un retour désenchanté aux années précédant les grands mouvements politiques de contestation des étudiants. Il s’agit de l’interprétation cyclique, dont le théoricien le plus célèbre est Hirschman (1982). Se fondant sur cette interprétation, on oscillerait de l’activité collective à un retour à la vie privée (et vice-versa) quand se manifesterait la déception de ne pas avoir obtenu le bonheur qu’on attendait. D’autres observateurs, au cours de la même période ou quelques années après (Ricolfi, Sciolla 1980 ; Della Porta 1996), ont souligné la rigidité de la dichotomie vie privée/vie publique. Ils ont observé de façon empirique non un simple « reflux », mais une transformation de l’engagement des jeunes vers des formes moins idéologiques et plus « sécularisées » des activités publiques. Un indice de cette transformation a été, par exemple, en Italie, pays normalement décrit comme « asocial » (Almond, Verba 1963), l’intensification d’associations de jeunes caractérisées par un engagement social et civil, ainsi que la redécouverte de la capacité à rassembler typique du monde catholique.

    33Concernant le niveau de participation politique véritable, la première enquête IARD (1983), en comparaison avec les enquêtes nationales précédentes (Shell 1969, Isvet 1970), a démontré qu’à partir des années 1969-1970 jusqu’en 1983, il y a eu deux transformations saillantes : les « militants », c’est-à-dire les adhérents aux partis et aux groupes politiques, se sont réduits de moitié, baissant de 6 % à 3 %. Par contre, il y a eu une croissance évidente, de 22 % à 36 %, de ceux qui participent de temps en temps aux initiatives publiques de type politique, comme la paix et le désarmement, la sauvegarde de l’environnement, les problèmes scolaires, les problèmes de l’inégalité des femmes etc. De même, il y a eu une augmentation de 43 % à 50 % de ceux qui montrent de l’intérêt pour la politique. De tout cela on peut tirer deux considérations importantes. Primo, même pendant les années chaudes autour de la période de 1968, l’engagement politique n’a concerné qu’un nombre réduit de jeunes. Secundo, et de façon inattendue, « aujourd’hui – disait Ricolfi (1984, 85) – la politique est sans doute beaucoup plus répandue qu’on ne le pensait, et en tout cas elle l’est plus qu’il y a 10 ou 15 ans. En se laïcisant, elle a accru, et non diminué, le nombre de ses adhérents. Elle est désormais un aspect relativement familier et accessible de la vie des jeunes ». Par conséquent, la politique a perdu cette caractéristique totalisante qui en faisait la pierre de touche de toutes les autres activités. En ce qui concerne les préférences politiques, les jeunes des toutes premières années 1980 paraissent manifester une orientation à gauche et laïque. Par rapport à dix ans auparavant, la gauche croît de 12 points (de 38 % à plus de 50 %) aux dépens des partis de centre et de droite. Ce changement massif démarre vers la moitié des années 1970, lors du référendum sur le divorce en 1974, et atteint son point maximal avec les élections de 1976, s’arrêtant tout de suite après.

    34Pendant les années 1990, les jeunes italiens se tournent vers la droite. Si l’on considère le positionnement sur l’axe gauche – droite, la gauche perd des adhérents ( - 3 %) de 1996 à 2000. En revanche, augmentent les indécis (+ 7 %), c’est-à-dire ceux qui ne savent pas comment se situer ou qui préfèrent ne pas s’exprimer. Ce dernier groupe représente 40 % des jeunes italiens ; quatre ans auparavant, ils n’étaient que 30 %. Mais, à la suite des événements de «Tangentopoli », et du basculement des cadres politiques italiens qui a suivi avec la disparition de certains partis et l’arrivée de nouveaux acteurs politiques, l’intérêt pour la politique se revitalise. On observe, en effet, une inversion de tendance entre 1992 et 1995 : la population italienne en général, ainsi que les jeunes, redécouvrent un intérêt pour la politique (Sciolla 2004, p. 44). Selon les données de l’IARD, la proportion de ceux qui se considèrent engagés en politique, les « militants », reste stable ; augmente en revanche sensiblement de 1992 à 1996 (de 39 % à 51 %), pour ensuite baisser à nouveau en 2000 (37 %), le pourcentage de ceux qui se limitent à « rester au courant des faits politiques sans y participer personnellement ». Ce déclin, comme celui de l’engagement public, a été interprété comme une « éclipse de la politique » chez les jeunes à la fin du millénaire (Ricolfi, 2002). De même la vie associative des jeunes entre 16 et 29 ans, tout en restant plutôt intense, commence à baisser, en passant de 51 % en 1992 à 47 % en 2000 (Albano 2005, p. 321). La situation du début du nouveau millénaire, notamment en 20036, ne confirme qu’en partie cette tendance au déclin. La vie associative, par exemple, diminue, mais on enregistre malgré tout un pourcentage considérable de jeunes qui participent à une ou à plusieurs associations (41 %, dont 25 % participant à une seule association et 16 % à plusieurs) ; parmi ces dernières, 17 % s’orientent vers un engagement social et civil. L’adhésion militante augmente également, même si la tendance est faible (4 %), tout comme l’intérêt pour la vie politique tout court qui concerne 39 % des jeunes italiens. Ce pourcentage dépasse celui de l’an 2000, mais reste inférieur aux chiffres obtenus pendant les années 1990.

    35La situation actuelle semble donc montrer une sorte de stabilisation, voire un faible rapprochement des jeunes de la politique, même si de manière moins évidente que pendant les années 1990. Par rapport à cette réflexion, si nous considérons aussi la croissance de l’abstention des jeunes aux élections, dont nous avons déjà parlé, la situation d’aujourd’hui semble ambiguë. Pour comprendre le phénomène particulier auquel nous sommes confrontés, il nous faudra donc aller plus loin dans l’analyse. Tout d’abord, examinons la réponse des jeunes à la question traditionnelle concernant leur attitude générale vis-à-vis de la politique.

    Tableau 1 – Attitude des jeunes à l’égard de la politique

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    36Le tableau 1 fournit une représentation de l’échelle de valeurs concernant le rapprochement/éloignement des jeunes par rapport à la politique. On remarque que les deux cas limites, c’est-à-dire le maximum de participation et le refus total d’une implication politique, sont absolument marginaux. On remarque par contre que les cas intermédiaires sont presque équivalents, tandis que le fait de déléguer à des personnes compétentes concerne une minorité non négligeable de jeunes. Mis à part cette dernière attitude, on s’aperçoit qu’entre l’attitude positive et l’attitude négative à l’égard de la politique, c’est la deuxième qui prévaut, même si la différence est faible.

    37Que peut signifier cet éloignement partiel de la politique ? La simple démonstration d’un intérêt pour la vie politique représente-t-elle une « politique imaginaire »7, c’est-à-dire purement verbale, incapable de donner lieu à une action pratique ? Dissimule-t-elle une sorte d’apathie proche de l’attitude de ceux qui affichent ouvertement leur non-implication dans la politique ?

    38À la question de savoir s’il s’agit d’une « politique imaginaire », c’est-à-dire d’un intérêt déclaré mais non effectif pour la politique, on peut aisément répondre qu’il n’en est pas ainsi ou, peut-être, qu’il n’en est plus ainsi. En effet, les jeunes d’aujourd’hui relient l’intérêt pour l’engagement public à l’intérêt pour la participation. Pour vérifier l’existence de ce rapport, un indice synthétique d’engagement politique a été élaboré, qui considère comme étrangers à la politique les individus qui participent (ou qui ont participé) au plus à une seule association politique et syndicale, ou à une seule manifestation. En revanche, les individus qui participent à deux associations au moins de type politique ou syndical, ou bien à des manifestations publiques, sont considérés comme affichant des attitudes réelles de participation à la politique.

    39Le pourcentage de jeunes qui participent réellement à la politique est de 45 % ; le pourcentage de ceux qui y demeurent étrangers est supérieur de 10 %. Les jeunes qui ont une attitude positive vis-à-vis de la politique sont aussi ceux qui s’engagent le plus (60 % contre 34 % pour ceux qui ont une attitude négative) (phi = 0,26).

    Le rapport difficile avec les institutions politiques

    40Les jeunes d’aujourd’hui, manifestent donc un certain intérêt pour la politique, qui s’exprime non seulement dans des déclarations verbales, mais aussi sous une multiplicité de formes participatives. Cependant, ce rapprochement partiel des jeunes de la politique va de pair avec un manque sérieux de confiance à l’égard des institutions en général et des institutions politiques en particulier. C’est sur cet aspect que nous allons nous attarder maintenant.

    41La faible confiance à l’égard des institutions est une donnée typiquement italienne. Cette caractéristique est restée plus ou moins stable pendant plus de vingt ans (Sciolla 2004). Par rapport aux adultes, les jeunes manifestent une forte tendance au déclin de la confiance pendant les années 1990 (La Valle 2002). En 2003 le pourcentage de ceux qui font confiance, beaucoup ou assez, aux institutions, varie d’une institution à l’autre, mais elle ne dépasse pas 45 % de l’échantillon analysé. En premier lieu, nous trouvons le système scolaire (45 %), les Forces de l’ordre (44 %), l’Église (40 %), et les entreprises privées (41 %). Ensuite, loin derrière, nous trouvons la magistrature (26 %), les syndicats (21 %) et toutes les institutions politiques : les communes, (21 %), le Gouvernement (17 %), le Parlement (17 %) et en dernier lieu les partis politiques (10 %). La figure suivante montre l’évolution d’un indice de confiance envers les institutions (de 0 à 11), basé sur le nombre d’institutions auxquelles on fait confiance.

    Figure 1 – Indice de confiance envers les institutions

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    Légende : distribution des effectifs en fonction des valeurs de l’indice de confiance.
    Lecture : p. ex, 240 individus déclarent faire confiance à une institution.

    42La confiance envers les institutions a des caractéristiques plutôt différentes par rapport, par exemple, à l’intérêt pour la politique. Ce dernier est une tendance typique des jeunes qui ont un niveau d’instruction élevé. La confiance envers les institutions, par contre, tend à croître en vieillissant et elle est plus présente chez les filles et chez les jeunes des petites villes ou du Sud de l’Italie. Le manque de confiance n’est généralement pas une caractéristique des marginaux, comme l’est le cas pour le désintérêt à l’égard de la politique. Cela dit, il y a quelques différences significatives dues au type d’institution considéré. Par exemple, un bon niveau d’instruction et de capital familial est associé à des attitudes de manque de confiance envers l’armée, la police, les chaînes d’émission privées, et surtout envers les institutions qui gèrent l’ordre et l’intégration. C’est le contraire pour les institutions politiques.

    43Dans ce dernier cas, en effet, la confiance tend à être plus grande parmi ceux qui ont un niveau d’instruction moyen élevé et un capital culturel familial élevé (cf. figure 2). Cependant, elle atteint des niveaux minimaux au Nord-Ouest de l’Italie, c’est-à-dire dans la région des grandes industries.

    Figure 2 – Confiance envers trois institutions politiques et capital culturel familial

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    44Les processus de socialisation ont une incidence différente sur la confiance. Pour ce qui est de l’intérêt et de l’engagement politique, les jeunes sont très influencés par leur famille. Cela n’a pourtant aucun effet sur la confiance envers les institutions qui, par contre, est très influencée par le système scolaire et par la relation élèves/enseignants. L’invitation des enseignants à discuter autour de sujets d’intérêt public, ainsi que la présence de modèles influents, favorisent la confiance envers les institutions. Au contraire, des modèles autoritaires ou laxistes la défavorisent, comme le montrent les recherches déjà citées, effectuées sur des échantillons de jeunes et d’étudiants en 2003. La présence de relations influentes encourage normalement la confiance envers les institutions, notamment la confiance envers le système scolaire, la magistrature et les institutions politiques8.

    45Nous pouvons résumer ce que nous avons dit jusqu’ici en trois points. Le premier est que la déclaration verbale d’intérêt pour la politique est reliée à des formes d’engagement public et de participation associative. Cela peut s’entendre comme une tendance à la réévaluation d’activités et d’initiatives qu’autrefois, contrairement à aujourd’hui, on ne considérait pas comme « politiques ». Le deuxième point est que le niveau élevé de manque de confiance envers les institutions, notamment envers les institutions politiques, n’est pas un fait social marginal. Le lien que le manque de confiance entretient avec le fait d’habiter dans de grandes villes ou au Nord de l’Italie et, souvent, avec un niveau d’instruction élevé, pourrait être l’indice d’une déception plus forte parmi ceux qui, tout en étant plus « au milieu » du point de vue social et culturel, ont plus d’exigences. Le troisième point est que le manque de confiance envers les institutions n’a pas de répercussions immédiates qui se concrétisent dans une attitude d’éloignement des formes de participation politique. Au contraire, comme nous allons le voir, le manque de confiance envers les institutions peut, parfois, être un facteur de mobilisation politique.

    46Si l’abstention, comme on l’a dit, est plus grande chez les jeunes que chez les adultes, on peut dire de même pour la participation politique dite « non conventionnelle » puisqu’elle désigne une forme de participation qui est différente des formes traditionnelles de la participation aux élections ou aux partis politiques. Nous reprenons l’utilisation de cette expression pour désigner une série d’attitudes qui émergent sur la scène politique et sociale depuis environ quarante ans, à l’époque de la naissance des mouvements juvénile et estudiantin. Mais il faudrait peut-être la renommer « participation directe » parce qu’elle montre la volonté de participation au fonctionnement de la démocratie par des initiatives directes, c’est-à-dire des initiatives qui ne prévoient pas la médiation des partis (voir tab. 2).

    Tableau 2 – Participation non conventionnelle

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    47L’ensemble de ces attitudes est représenté de manière efficace par un espace structure factoriel à deux dimensions9, chacune d’entre elles représentant la tendance (réelle ou potentielle) à s’engager dans des formes de participation non conventionnelle : la participation non conventionnelle « modérée », et la participation non conventionnelle « radicale ». Soixante pour cent de l’échantillon considéré présente un niveau de participation modérée au-dessous de la moyenne, tandis qu’un tiers des jeunes environ (32 %) exprime des niveaux de participation radicale au-dessus de la moyenne.

    48Pour vérifier l’hypothèse selon laquelle le manque de confiance envers les institutions politiques encourage, dans certains cas, des formes de mobilisation politique et qu’il ne produit pas – comme on l’a souvent dit – l’aliénation et l’apathie, nous avons élaboré un indice de confiance envers les institutions politiques (de 0 à 4). Ensuite nous l’avons intégré dans une série de variables indépendantes10 à l’intérieur d’un modèle de régression multiple, où les variables dépendantes sont, selon le cas, la participation non conventionnelle modérée, la participation non conventionnelle radicale et la participation conventionnelle (obtenue par le biais des intentions de vote). De cette manière, il est possible d’évaluer l’impact net de la confiance envers les institutions politiques sans d’autres variables qui pourraient brouiller les résultats.

    49D’après les données obtenues, la confiance envers les institutions politiques n’est pas significative en cas de participation non conventionnelle modérée (manifestations autorisées, pétitions, formes de boycottage, financement éthique), tandis qu’elle est significative en cas de participation conventionnelle ainsi qu’en cas de participation non conventionnelle radicale (grèves sauvages, occupation d’édifices, interruption de service public), bien que de manière opposée. En effet, si la confiance encourage la participation conventionnelle, elle entrave la participation non conventionnelle radicale. En d’autres termes, le manque de confiance envers les institutions politiques encourage les actions collectives de protestation.

    50Il est intéressant d’observer le « profil » social et culturel du jeune qui effectue des actions collectives qui ont un fort contenu critique et protestataire. Il s’agit d’un individu très jeune, s’engageant fortement dans des associations, habitant le Sud de l’Italie ou dans les îles. Il s’est éloigné de la religion et il est de gauche ; il affiche des valeurs de type « libertaire » (défense des droits de libre choix sur des sujets qui font l’objet d’une controverse comme l’avortement, l’euthanasie etc.), il a des tendances contraires à l’idée de « responsabilité sociale » (détermination de la conséquence des actions qui peuvent nuire à soi-même ou aux autres) et il manque de confiance envers les institutions politiques.

    51Pour conclure, il existe un lien étroit entre l’insatisfaction due aux institutions politiques et la participation à des actions politiques directes de type radical. Pour revenir à ce que nous avons dit dans le premier paragraphe à propos des deux interprétations possibles de la désaffection des jeunes envers la politique, il semble que la première interprétation soit la bonne. Celle-ci établit un lien entre manque de confiance et insatisfaction d’une part et déception d’autre part, qui, loin de brider, pousse à la critique et à la participation au fonctionnement de la démocratie à travers l’initiative directe – même si cette dernière peut devenir une protestation souvent à la limite de la légalité.

    LA DÉCEPTION QUI MOBILISE LES JEUNES (ILVO DIAMANTI11)

    52Si l’on compare l’attitude des jeunes italiens et français envers la politique, l’on s’aperçoit qu’ils adoptent des postures voisines, malgré l’existence de profondes différences entre les deux contextes politiques et institutionnels.

    Deux contextes, une même génération politique

    53La démocratie italienne apparaît effectivement comme « rescapée » d’une blessure profonde qui n’a toujours pas cicatrisé. Entre 1991 et 1993, l’Italie a assisté, comme on le sait, à l’écroulement des principaux partis et de la classe politique. Celui-ci a principalement touché les forces au gouvernement. Il fut provoqué en même temps par les enquêtes judiciaires sur la corruption politique, les effets de la chute des systèmes communistes, facteurs de clivage des appartenances idéologiques et des équilibres du système politique italien. Ces forces contraignirent notamment le principal parti communiste occidental au changement : à un changement de nom et de références culturelles. Elles sapèrent, pour cette même raison, et ce jusqu’à le rendre inutile, le fondement du consensus autour de la Démocratie chrétienne, parti qui avait gouverné seul le pays durant plus de quarante ans. Ce contexte et ces facteurs expliquent que le système politique italien n’ait pas connu une seule alternance après la seconde guerre mondiale. La majorité, tout comme l’opposition, a eu deux partis comme références durant toute la période. La Démocratie chrétienne était condamnée à rester au gouvernement à cause de la présence du PCI de l’autre côté de l’échiquier politique ; ce dernier était contraint de rester à l’opposition par sa tradition idéologique et du fait de ses ancrages géopolitiques au niveau international. L’Italie républicaine se présentait ainsi comme une démocratie bloquée, sans possibilité de renouvellement. Cela en avait fait une « anomalie » selon l’analyse de plusieurs critiques et chercheurs. Un phénomène étranger et déviant au vu de la « normalité » démocratique. Le choc de 1992-1993 marque une vraie rupture par rapport au passé. Les partis, la loi électorale et les classes dirigeantes changent et, à partir de cette date, débute une période d’alternances presque permanente. En effet, la coalition qui se trouvait à l’opposition au moment du vote dominera à chaque élection. Le centre droit conduit par Berlusconi sort victorieux en 1994. Le centre gauche conduit par Prodi gagne en 1996. Et à nouveau, le centre droit guidé par Berlusconi s’impose en 2001. Enfin, en 2006, le centre gauche, toujours guidé par Prodi, sort à nouveau victorieux même si ce fut à l’arraché. Pourtant, l’Italie ne semble pas pour autant être devenue une « démocratie normale ». L’instabilité et les divisions y sont toujours élevées et conditionnent chaque coalition. Ensuite, le renouvellement de la classe politique y semble limité. Ce n’est pas un hasard si la confrontation électorale après 1994 se limite exclusivement à l’alternative entre deux personnes : Berlusconi et Prodi. Enfin, et au lieu de se réduire, le fossé entre la société et la politique, entre les citoyens et les institutions s’y est creusé (Lazar, 2006).

    54Au contraire, le système politique et institutionnel français n’a pas été soumis aux mêmes mouvements. Entre 1981 et 2006, pendant vingt-cinq ans, la France a été gouvernée par deux figures centrales de la Ve République : Mitterrand et Chirac. Tous les deux à la tête de deux rassemblements, l’un de gauche et l’autre de droite, et reposant sur les mêmes groupes politiques (bien qu’en constante évolution) : les post-gaullistes et les socialistes. Certes, lors des élections présidentielles de 2002, Jean-Marie Le Pen, le champion de l’extrême-droite populiste, s’est imposé aux côtés de Jacques Chirac, candidat sortant. Cette situation fut à l’origine d’un véritable « traumatisme » pour les Français, qui se présentèrent en masse au second tour et élirent Chirac avec 80 % des votes. Ce choc eut cependant également pour conséquence de provoquer, comme nous l’avons constaté lors des dernières élections présidentielles de 2007, un profond renouvellement de l’offre politique et des orientations électorales. D’une part, deux nouveaux candidats se sont imposés : Nicolas Sarkozy (le nouveau président) à droite et Ségolène Royal à gauche ; tous deux en désaccord avec les dirigeants de leurs partis. Ensuite, les comportements électoraux ont écarté les forces situées aux extrêmes de l’échiquier politique : le Front National à droite, ainsi que les groupes politiques de la gauche la plus virulente (les altermondialistes, les trotskystes, etc.).

    55Il en découle une différence de contexte qui détermine la présence de la société, et donc des jeunes, dans les deux pays. Un scénario instable et à nouveau bloqué en Italie, un scénario stable et en renouvellement sensible en France. Malgré tout, comme l’ont remarqué Anne Muxel et Loredana Sciolla, la cohérence et la similitude des attitudes et des comportements des jeunes des deux pays surprennent.

    Défiance, détachement et participation

    56Six éléments se tiennent tout particulièrement.

    571. Le premier consiste en un fort niveau de défiance envers les institutions, doublé d’un détachement très fort vis-à-vis de la politique. En d’autres termes, les jeunes français, comme les jeunes italiens, expriment un détachement critique marqué envers la politique. Ils se déclarent pour la plupart hostiles aux partis et étrangers aux évènements politiques. Cela se reflète dans un taux d’abstention plus important, qui est le fait dans les deux pays des cohortes les plus jeunes.

    582. Le second concerne l’attachement aux règles, aux valeurs et aux acteurs de la démocratie. Il semble demeurer solide et n’est en rien entaché de défiance.

    593. Le troisième renvoie à un niveau croissant de participation, qui pourrait apparaître en contradiction avec le détachement exprimé par les jeunes envers les institutions et les principaux représentants politiques. Mais, bien entendu, ce n’est pas le cas. En France, comme en Italie, la « défiance » est un mécanisme qui appelle la participation plutôt qu’elle ne la décourage. Elle nourrit l’intérêt et l’engagement plutôt que l’apathie. En ce sens, la critique adressée au système politique et aux institutions joue comme un aiguillon mobilisateur, non comme un moyen d’écarter les jeunes de la politique.

    604. Le quatrième se réfère aux modalités et aux canaux de participation. Les jeunes se tournent toujours davantage vers les moins conventionnels et s’éloignent des plus traditionnels. Leur envie de s’impliquer s’exprime ainsi dans l’engagement bénévole ou dans le monde associatif, plutôt que dans des partis ou des institutions représentatives. Par ailleurs, ils se montrent volontiers disponibles pour manifester ouvertement contre le système, quitte parfois à recourir à de méthodes en contradiction totale avec la loi. De là, un paradoxe apparent : la défiance et le détachement envers la politique produisent de nouvelles formes d’action politique (Rosanvallon, 2006).

    615. Le cinquième point de convergence entre les deux pays, si l’on s’intéresse au rapport des jeunes à la politique, concerne les facteurs favorisant ou décourageant leur participation. Le capital social individuel et le capital culturel familial sont à ce titre toujours aussi importants, en France comme en Italie. Les jeunes qui en sont davantage pourvus expriment une confiance plus élevée dans les institutions et la démocratie (à l’exception, cependant, en Italie, de ceux qui habitent dans des milieux urbains où le lien entre méfiance et mobilisation est plus marqué).

    62Par ailleurs, le contexte familial demeure encore le principal canal de formation des opinions et des choix politiques des jeunes. Plus précisément, un niveau élevé de formation (qui coïncide normalement avec une position familiale, sociale et culturelle, plus élevée) favorise la participation, institutionnelle autant que non conventionnelle, et s’accompagne en même temps d’une plus forte sensibilité aux idées de gauche.

    63Il existe à ce titre une différence entre les deux pays. En effet, en France les plus jeunes s’orientent pour la plupart vers les partis de la gauche modérée, qui se résument au Parti socialiste. Lors des dernières élections présidentielles, Ségolène Royal a ainsi remporté la majorité des votes des plus jeunes, qui avaient par ailleurs suivi et soutenu la campagne électorale avec beaucoup d’enthousiasme. En revanche, en Italie les jeunes se positionnent pour la plupart d’entre eux aux extrêmes. Principalement de gauche : le Parti de la Refondation Communiste (PRC) et les Verts. Mais également de droite : à droite d’Alliance nationale (AN). Cependant, lors des élections législatives de 2006, le vote des plus jeunes s’est en majorité tourné vers la fédération de l’Olivier (Ulivo), qui rassemblait les modérés de la Margherita et les Démocrates de gauche (DS), postcommunistes. Cela est sans doute lié au fait qu’elle leur semblait « nouvelle », signe de rupture avec le passé.

    646. Cependant, le lien entre l’expérience scolaire, le travail et le choix électoral est évident dans les deux pays. Une entrée précoce dans le monde du travail, un emploi dans le secteur privé renforcent la probabilité de voter à droite (Ceccarini, Diamanti, 2006). Réciproquement, un parcours scolaire plus long et un emploi dans le secteur public rapprochent généralement de la gauche. Ce constat met en exergue le problème de la gauche dans les deux pays : sa difficulté à comprendre les classes populaires et les catégories soutenant le système productif. Cela est vrai non seulement pour les jeunes, mais surtout pour les adultes.

    65En France, si les jeunes d’origine maghrébine s’impliquent dans une moindre mesure par rapport à leur classe d’âge, quand ils s’engagent, ils sont beaucoup plus critiques et radicaux que les autres. Les épisodes de révolte et les violences qui ont touché, durant l’automne 2005, les banlieues de Paris et de certaines autres grandes villes françaises, le mouvement étudiant de protestation contre le CPE au printemps 2006 ont sans doute renforcé la réactivité politique des jeunes en l’orientant vers des formes moins conventionnelles.

    Au-delà de la déception des aïeux

    66Pour conclure, il apparaît clairement, dans l’analyse d’Anne Muxel et de Loredana Sciolla, que les interprétations assimilant le détachement des jeunes vis-à-vis de la politique dans les deux pays à un signe de dépolitisation et de refus sont erronées. Au contraire, celui-ci est le reflet d’une demande et l’expression de pratiques qui appellent à une nouvelle politique, en défendant une forme renouvelée de participation. Tout d’abord, les jeunes sont toujours plus nombreux à s’impliquer dans des activités associatives et dans la vie publique. Il s’agit là d’activités toutes « politiques », auxquelles ils donnent néanmoins un sens « non » politique. Ensuite, la défiance et la déception des jeunes n’entachent pas le consensus démocratique mais, au contraire, le renforcent. Elles incitent tout au plus à critiquer l’évolution actuelle des systèmes démocratiques et à expérimenter de nouvelles formes d’engagement et de participation, étrangères et, parfois, en opposition complète avec les formes institutionnelles, voire, comme le souligne Loredana Sciolla, «aux limites de la légalité ». Pour autant, il s’agit sans doute là de l’une des rares innovations porteuse de changement initiée par les jeunes qui, par ailleurs, semblent au contraire tournés vers le passé. «En ce sens, les jeunes ont hérité du désenchantement de leurs parents et de l’échec des utopies défaites par le cours historique », comme le constate Anne Muxel. La déception des jeunes n’est donc aujourd’hui que le miroir de celle des adultes. À cette différence près qu’elle n’est pas source d’apathie, de reflux. Elle pousse au contraire les jeunes à s’engager en politique, sans l’admettre ni le déclarer, en empruntant des chemins différents du passé. Étrangers, voire en opposition avec les institutions et les partis, en tout cas, le plus souvent éloignés d’eux. Voilà sans doute la principale contribution au changement politique portée par une génération qui a grandi au moment où les fondations érigées par leurs aïeux s’écroulaient, à un moment où volaient en éclats les rêves des générations précédentes.

    Bibliographie

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    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

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    Notes de bas de page

    1 « Les aspirations des jeunes Français de 16 à 24 ans. »

    2 Panel électoral Français 2002 CEVIPOF/CIDSP/CECOP.

    3 Panel électoral français 2002, CEVIPOF/CIDSP/CECOP.

    4 Pour une analyse de nombreuses démocraties au niveau mondial, voir Norris (1999) et Pharr et Putnam (2000).

    5 Au sujet des élections de 2006, il n’existe pas encore de statistiques élaborées à partir d’un échantillon national des sections électorales. Ce type de statistiques, qui existe pour les élections précédentes, garantit une haute fiabilité car il présente moins d’erreurs dues à l’enquête par échantillon (survey) (Corbetta, Tuorto 2004, p. 294). Cependant, une évaluation des flux électoraux entre la Chambre des députés et le Sénat, évaluation effectuée par l’Institut Cattaneo pour quatre grandes villes (Turin, Bologne, Rome et Naples), démontre que l’électorat des jeunes entre 18 et 25 ans afficherait une plus grande tendance à l’abstention par rapport au reste de la population (à l’exception de Naples) (cf. Scappini, Tuorto 2006).

    6 Les données de 2003 concernent une enquête conduite sur un échantillon national de 2 000 jeunes de 16 à 29 ans. Cette enquête a fait l’objet d’un volume (Garelli, Palmonari, Sciolla, 2006).

    7 L’expression est utilisée par Ricolfi (1997) pour renvoyer à un écart progressif entre l’intérêt déclaré et l’engagement public réel.

    8 Nous renvoyons à notre recherche sur la socialisation (Garelli, Palmonari, Sciolla 2006) et à une étude que nous avons conduite sur des étudiants (Sciolla, D’Agati 2006).

    9 Les deux dimensions latentes ont été obtenues à travers l’analyse factorielle des réponses, recodées de manière à retracer la tendance réelle (« déjà fait ») ou potentielle (« je pourrais faire ») à accomplir chacune des actions présentes dans le tableau 2. Les résultats factoriels ont été ensuite dichotomisés en choisissant leur moyenne comme point de césure.

    10 Il s’agit d’une série de 33 variables indépendantes concernant des indicateurs du contexte de l’individu, de son appartenance familiale, de ses orientations politiques et de ses valeurs.

    11 Texte traduit de l’italien par Céline Tosi.

    Auteurs

    • Anne Muxel
    • Loredana Sciolla
    • Ilvo Diamanti
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    1 « Les aspirations des jeunes Français de 16 à 24 ans. »

    2 Panel électoral Français 2002 CEVIPOF/CIDSP/CECOP.

    3 Panel électoral français 2002, CEVIPOF/CIDSP/CECOP.

    4 Pour une analyse de nombreuses démocraties au niveau mondial, voir Norris (1999) et Pharr et Putnam (2000).

    5 Au sujet des élections de 2006, il n’existe pas encore de statistiques élaborées à partir d’un échantillon national des sections électorales. Ce type de statistiques, qui existe pour les élections précédentes, garantit une haute fiabilité car il présente moins d’erreurs dues à l’enquête par échantillon (survey) (Corbetta, Tuorto 2004, p. 294). Cependant, une évaluation des flux électoraux entre la Chambre des députés et le Sénat, évaluation effectuée par l’Institut Cattaneo pour quatre grandes villes (Turin, Bologne, Rome et Naples), démontre que l’électorat des jeunes entre 18 et 25 ans afficherait une plus grande tendance à l’abstention par rapport au reste de la population (à l’exception de Naples) (cf. Scappini, Tuorto 2006).

    6 Les données de 2003 concernent une enquête conduite sur un échantillon national de 2 000 jeunes de 16 à 29 ans. Cette enquête a fait l’objet d’un volume (Garelli, Palmonari, Sciolla, 2006).

    7 L’expression est utilisée par Ricolfi (1997) pour renvoyer à un écart progressif entre l’intérêt déclaré et l’engagement public réel.

    8 Nous renvoyons à notre recherche sur la socialisation (Garelli, Palmonari, Sciolla 2006) et à une étude que nous avons conduite sur des étudiants (Sciolla, D’Agati 2006).

    9 Les deux dimensions latentes ont été obtenues à travers l’analyse factorielle des réponses, recodées de manière à retracer la tendance réelle (« déjà fait ») ou potentielle (« je pourrais faire ») à accomplir chacune des actions présentes dans le tableau 2. Les résultats factoriels ont été ensuite dichotomisés en choisissant leur moyenne comme point de césure.

    10 Il s’agit d’une série de 33 variables indépendantes concernant des indicateurs du contexte de l’individu, de son appartenance familiale, de ses orientations politiques et de ses valeurs.

    11 Texte traduit de l’italien par Céline Tosi.

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    Muxel, A., Sciolla, L., & Diamanti, I. (2012). Chapitre 6. Dépolitisation ou repolitisation ?. In A. Cavalli, V. Cicchelli, & O. Galland (éds.), Deux pays, deux jeunesses ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.13233
    Muxel, Anne, Loredana Sciolla, et Ilvo Diamanti. « Chapitre 6. Dépolitisation ou repolitisation ? ». In Deux pays, deux jeunesses ?, édité par Alessandro Cavalli, Vincenzo Cicchelli, et Olivier Galland. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2012. doi:10.4000/books.pur.13233.
    Muxel, Anne, et al. « Chapitre 6. Dépolitisation ou repolitisation ? ». Deux pays, deux jeunesses ?, édité par Alessandro Cavalli et al., Presses universitaires de Rennes, 2012, https://doi.org/10.4000/books.pur.13233.

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    Cavalli, A., Cicchelli, V., & Galland, O. (éds.). (2012). Deux pays, deux jeunesses ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.13209
    Cavalli, Alessandro, Vincenzo Cicchelli, et Olivier Galland, éd. Deux pays, deux jeunesses ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2012. doi:10.4000/books.pur.13209.
    Cavalli, Alessandro, et al., éditeurs. Deux pays, deux jeunesses ?. Presses universitaires de Rennes, 2012, https://doi.org/10.4000/books.pur.13209.
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