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    Plan détaillé Texte intégral À la recherche des « extrêmes » La défense de l’ordre parlementaire dans les urnes Notes de bas de page Auteur

    « Extrême » ?

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    Des candidats contre les « extrêmes » : l’action électorale des préfets dans la préparation des élections législatives de 1834

    Christophe Voilliot

    p. 187-200

    Texte intégral À la recherche des « extrêmes » La défense de l’ordre parlementaire dans les urnes Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Les pratiques de la « candidature officielle » s’enracinent dans ce que Michel Foucault analyse dans son cours au Collège de France de l’année 1976 comme un impératif de défense de la société1 et dont la Monarchie de Juillet propose un exemple caractéristique. À cette époque, la figure de l’ennemi politique vient justifier à chaque nouvelle échéance électorale la mise en œuvre de l’intervention des agents de l’État dans la compétition entre les différents candidats. L’existence et la force électorale supposée de cet « ennemi » conduisent les détenteurs des positions de pouvoir à l’identifier – en l’intégrant dans une taxinomie –, à le qualifier, même si ce n’est pas toujours de manière littérale, comme « extrémiste », et à le dénombrer en cherchant les moyens de le réduire. Cet « ennemi » prend le plus souvent la forme du « parti », non du parti politique au sens contemporain mais bien plus au sens des sociétés secrètes, groupes redoutés où des exaltés étaient censés séduire par des discours démagogiques d’honnêtes citoyens que leurs positions sociales auraient dû porter à l’ordre « constitutionnel »... Le contenu des discours des adversaires de cet ordre « constitutionnel » importait à dire vrai assez peu, le discours gouvernemental étant susceptible de faire figurer comme adversaire tous les groupements auxquels l’autorité ministérielle avait préalablement attribué au fil des ans et au gré des conjonctures gouvernementales l’étiquette infamante d’« extrême » : jacobins, ultra-royalistes, libéraux, républicains, légitimistes, bonapartistes, etc.

    2Initiées par le ministère de l’intérieur, les taxinomies à usage électoral sont révélatrices à la fois de la gestation d’un savoir-faire spécialisé et de l’intérêt porté au résultat des élections à venir. Les anciens opposants « libéraux » de la Restauration n’avaient pas cru bon en effet de reconduire en 1831 les pratiques interventionnistes qu’ils avaient abondamment dénoncées en 1827 et en 1830. Il en va tout autrement deux ans plus tard alors que se dessine la fin anticipée de la législature et la dissolution de la Chambre des députés. Les éléments taxinomiques contenus dans la circulaire confidentielle du 16 décembre 1833 inscrivent à n’en pas douter les élections législatives de 1834 dans la continuité de la mise en œuvre du répertoire d’action de la candidature officielle dont j’ai proposé par ailleurs une chronologie2 :

    • Constitutionnels adhérents au système du Gouvernement
    • Constitutionnels tendant à l’opposition
    • Opposition de gauche démocratique modérée
    • Opposition de gauche démocratique prononcée
    • Opposition de droite légitimiste modérée
    • Opposition de droite légitimiste prononcée.

    3Cette taxinomie articule deux critères :

    • un critère principal de position : les candidats « constitutionnels » doivent être distingués de l’« opposition de gauche démocratique » et de l’« opposition de droite légitimiste » ;
    • un critère complémentaire introduisant une distinction entre « modérés » et opposants « prononcés ».

    4Elle fonctionne à un double niveau. D’une part, elle intègre les rapports de force et les clivages observables au sein de l’arène parlementaire et d’autre part, elle projette sur le terrain électoral les craintes et les espoirs d’un personnel politique gouvernemental qui se reconnaît, à tort ou à raison, dans la figure du « juste milieu3 ». Parmi les craintes exposées à mots couverts par la circulaire confidentielle du 16 décembre 1833, figure en effet celle d’une alliance électorale entre « républicains » et « légitimistes » contre les candidats ministériels ou favorables à la « nouvelle dynastie4 ». Certes, le cens de l’éligibilité consistait en lui-même une barrière efficace contre des candidatures d’origine populaire, mais l’action concertée de petits groupes d’électeurs pouvait influencer les résultats dans les collèges où le nombre de votants était faible. D’où la cinquième question formulée par le Ministre de l’intérieur dans la circulaire précitée sur « la conduite du petit nombre d’électeurs qui sont restés attachés à la dynastie déchue » et sur leur capacité supposée à voter pour des candidats « républicains ».

    5Les sources utilisées dans le cadre de ce travail proviennent pour l’essentiel de la série F1cIII des Archives Nationales (voir l’extrait ci-après de la feuille signalétique concernant le département du Jura5). Elles sont susceptibles d’introduire un prisme déformant dont il est nécessaire de tenir compte. Les préfets tendent à devancer les attentes de leur ministre lorsqu’ils rédigent, parfois à la hâte, leurs rapports. C’est pourquoi ils ne manquent pas de fournir tous les indices à leur disposition pour attester de la réalité d’une menace dont ils ont été dûment et préalablement avertis. Les « grands notables » dont la nomination à la Chambre des députés n’est guère contestée n’ont pas toujours le droit à la même attention et doivent parfois se contenter d’un lapidaire « rien à signaler ». Il en va de même des groupes qui se trouvent exclus du jeu parlementaire du fait des règles censitaires et qui relèvent de la seule surveillance policière. Les stigmates et les catégories issus de l’espace parlementaire épargnent ainsi paradoxalement la gauche la plus radicale qui, tout en étant associée à une menace insurrectionnelle, se trouve en quelque sorte déplacée hors des limites de l’entendement préfectoral6. C’est précisément à la manière dont les catégories d’entendement préfectoral se sont ajustées aux demandes ministérielles d’une part et aux configurations électorales locales de l’autre que sera consacré cette communication. Il s’agira, en premier lieu, de repérer quels sont les « extrêmes » que les préfets stigmatisent puis, dans un second temps, de recenser les actions jugées utiles, voire indispensables, par ces mêmes préfets pour lutter contre ces candidats « extrêmes » et leurs soutiens.

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    À la recherche des « extrêmes »

    6La crainte d’une coalition entre « légitimistes » et « républicains » exprimée par la circulaire confidentielle du 16 décembre 1833 fut relayée par les préfets de départements qui tentèrent de mobiliser les électeurs en faveur des candidats ministériels. Le préfet de l’Yonne, François Taillepied de Bondy7, la dénonce en ces termes :

    « En présence de cette coalition, lorsque tant de pièges sont tendus à cette immense majorité d’électeurs consciencieux pour les entraîner de tel ou tel côté, quand chaque adversaire de la Monarchie constitutionnelle trouve une tribune dans la presse périodique, et travaille par mille autres moyens encore à égarer l’opinion publique, l’Administration manquerait à ses devoirs si elle demeurait froidement indifférente au milieu du débat solennel d’où dépendent les destinées de la France et la salut de la liberté. »

    7Plus loin, il dénonce « des hommes doués de ce fatal esprit qui malgré eux les pousserait à des discours malheureux où l’insurrection va puiser des encouragements et croit rencontrer des éloges8 ». Cette circulaire suscita d’ailleurs une longue réponse du député sortant de la circonscription d’Auxerre, Denis Larabit, qui, ne se reconnaissant pas dans le portrait qui était dressé de lui, entendait « réfuter l’accusation d’encourager l’émeute9 ». Mais, alors que la circulaire précitée était relativement précise dans son identification des adversaires du gouvernement, certains préfets de département usèrent plus volontiers de formules très générales applicables aussi bien aux deux camps. Ainsi, François d’Imbert de Montruffet10, préfet de la Haute-Loire stigmatise dans sa circulaire électorale du 27 mai 1834 « un parti qui ne veut que le désordre et l’anarchie » et recommande « aux hommes qui ne désirent que la tranquillité et le bien de leur pays, la nécessité de se réunir au Gouvernement11 ». Ce n’est d’ailleurs que parce que cette circulaire a été dénoncée après sa diffusion par Le National que nous sommes autorisés à en déduire que la pique visait en premier lieu l’opposition de gauche. Le préfet des Basses-Alpes, Laurent Cheminade12, met quant à lui en évidence une « alliance monstrueuse13 » dont il crédite à la fois Berryer et Garnier-Pagès et dont l’éventualité l’inquiète d’autant plus que, dans ce cas, « tous les calculs seraient en défaut, toutes les prévisions trompées14 ». Dans les Bouches-du-Rhône, le préfet Joseph Thomas15, dans sa correspondance privée avec Adolphe Thiers dont il est l’agent électoral, précise le 27 mai 1834 que

    « l’alliance étroite qui s’est formée entre les carlistes et les républicains porte ici la plus étrange perturbation. Nous en éprouvons le funeste effet dans les élections de la garde nationale. Jadis le juste milieu était obligé de s’interposer entre carlistes et républicains pour les empêcher de se déchirer. Aujourd’hui ces deux extrêmes concentrent leur rage contre le juste milieu16 ».

    8Certains préfets écartèrent par avance l’hypothèse d’une coalition des « extrêmes ». Bien que confronté à Arago, un des chefs du « parti républicain », le préfet de l’Aude, Guillaume Teissier17, « ne pense pas qu’il y ait réunion entre les républicains et les légitimistes » car il relève que « leur pacte fédéral a été rompu aux élections municipales18 ». Au sujet de cette alliance éventuelle, Honoré Jourdan19, préfet de la Corse tient des propos plus définitifs :

    « Les Corses sont généralement trop pauvres, trop ennemis du travail, trop chargés de famille, trop ambitieux à la fois pour faire de l’opposition et surtout y persévérer. Les candidats qui auront l’assentiment et l’appui du gouvernement seront ici toujours élus20. »

    9Plus lucide et vraisemblablement plus averti des rapports de force locaux, Achille Chaper, préfet de la Côte d’Or21, ne croit guère aussi à une coalition des « extrêmes ». Dans sa réponse à la circulaire ministérielle, il précise que si « les électeurs légitimistes voteront vraisemblablement en assez grand nombre. Ils refuseront toute alliance avec le parti républicain ». L’explication qu’il propose met en avant les intérêts opposés des deux groupes :

    « Ce parti [i.e. le parti légitimiste] est riche et cependant sans influence sur les masses de ce département. Il a donc intérêt à appuyer un régime conservateur, quel qu’il soit, et à repousser un système de réaction populaire qui ne lui offrirait que des chances de spoliation, sans la moindre espérance de protection22. »

    10Les faits semblent lui avoir donné raison et le 1er juillet 1834, dans son rapport sur les opérations électorales de son département, il peut conclure sur ce point :

    « Dans aucun des cinq collèges, les légitimistes ne se sont unis aux Républicains. On m’avait dit que cette alliance s’était effectuée à Beaune23, il n’en est rien24. »

    11La variété des configurations électorales de la Monarchie de Juillet25 interdit à n’en pas douter de généraliser ces conclusions à l’ensemble des départements. À en croire la correspondance préfectorale, l’alliance redouté des « carlistes » et des « républicains » s’est bien concrétisée dans certains départements, au grand dam de leurs administrateurs. Dans la Sarthe, le préfet Edmond Rousseau de Saint-Aignan26, après avoir balayé d’un trait de plume cette perspective en estimant de prime abord que « les légitimistes ne se rendront pas aux élections27 » est ensuite amené à affiner sa prévision électorale. Le 6 juin 1834, il constate que « l’alliance définitive des carlistes et des républicains est cimentée » en faisant état des articles parus dans Le Courrier de la Sarthe et dans La Gazette du Maine. Cette « coupable trame » fait, à partir de cette date, l’objet de toute son attention28. Rendant compte du résultat final, il s’accuse lui-même d’avoir sous-estimé la force de cette coalition :

    « J’avouerai d’abord que les communes avances des légitimistes et des républicains ne m’avaient point empêché de repousser une alliance que les événements de juin 1832 devaient rendre impossible ; et que d’un autre côté mon respect pour la religion du serment me portait à croire que, dans les rangs ennemis, des hommes d’honneur ne se souilleraient pas au point de mentir à leur conscience. Les faits n’ont pas justifié mon opinion. Les légitimistes et les républicains ont fait cause commune. L’union a été entière, et il faut le dire, les hommes honorables des deux partis n’ont pas craint de la fortifier par leur présence. C’est à cette condition que les chances ont tourné contre les constitutionnels ; et c’est faute de l’avoir admis que j’ai conservé jusqu’au dernier moment mes illusions29. »

    12Le scénario est un peu identique dans la Haute-Vienne. Alors que, à la date du 3 juin, le préfet Scipion Mourgue30 considérait encore « le rapprochement des légitimistes et des républicains » comme une « illusion », expliquant que « les partis extrêmes sont trop peu nombreux ici pour que leur influence, même réunie, soit redoutable pour l’élection d’un député de leur choix31 », il doit reconnaître après le scrutin la réalité de « cette alliance et du dégoût qu’elle a inspiré aux gens honnêtes ». Rendant compte de l’élection de Gay-Lussac dans le collège de Limoges extra-muros, il ajoute qu’« il n’est pas de ruses et de supercheries que les légitimistes n’aient employées, dans cette circonstance, soit pour rallier leurs partisans, soit pour éloigner leurs adversaires32 ». Le préfet se sent même obligé de rédiger de sa propre initiative une notice sur « l’alliance carlo-républicaine » qui apporte quelques précisions sur la manière dont se sont effectués selon lui les reports de voix33.

    13Les pratiques de qualification et de dénomination, dont nous venons brièvement de proposer un aperçu ne sont pas une fin en soi pour les différents acteurs de cette séquence électorale. Si candidats « extrêmes » il y a, il convient aussi de les (d) énoncer comme tels et de lutter contre leur influence supposée.

    La défense de l’ordre parlementaire dans les urnes

    14L’alliance électorale des « extrêmes » va justifier le (re) déploiement du répertoire d’action de la candidature officielle au printemps 1834. Après que le ministère de Broglie ait été mis en minorité sur la question de la dette américaine34, la Chambre des députés est dissoute le 24 mai et les collèges électoraux convoqués pour le 21 juin. Cette annonce n’a vraisemblablement surpris personne, ni les membres du corps préfectoral dûment avertis depuis l’année précédente d’une telle éventualité, ni les différents acteurs de la scène parlementaire. La défense de l’ordre social va s’imposer à cette occasion comme la formule politique du régime de Juillet. Et la tentative de la duchesse de Berry deux ans auparavant35, et le soulèvement des canuts lyonnais du mois d’avril36 vont fournir aux partisans du gouvernement la représentation du danger qu’incarnaient à leurs yeux les « extrêmes ». C’est bien une majorité parlementaire qui est le résultat attendu des votes des électeurs censitaires par les soutiens du régime, une majorité jugée essentielle pour légitimer l’action des futurs gouvernements. Cet objectif va mobiliser une grande partie des agents de l’État au cours de la campagne électorale.

    15Les préfets et sous-préfets consacrèrent en effet beaucoup de temps et d’énergie à la préparation des élections législatives. Compte-tenu des configurations électorales et en fonction de leur expérience administrative, ils avaient le sentiment de pouvoir peser de manière plus ou moins efficace sur les votes des électeurs censitaires. Stendhal a d’ailleurs fait de ces manœuvres un des ressorts de l’intrigue de Lucien Leuwen. C’est en lisant entre les lignes des rapports préfectoraux que l’on peut ressentir ce désir de plaire au ministre et de réussir à faire nommer les candidats ministériels, mais aussi la crainte d’un échec éventuel. Alexandre Amé de Saint-Didier37, préfet de la Seine-et-Marne, termine ainsi sa missive du 4 avril 1834 par l’aveu de son embarras :

    « Je fais mes efforts pour être instruit de toutes les démarches qui se font pour préparer les élections, mais les moyens mis à ma disposition sont d’autant plus faibles que les efforts que l’on peut faire doivent se concerter à Paris. Malgré toute l’attention que je puis y donner, il est possible que des sociétés populaires parviennent à former quelques réunions, mais ce serait si secrètement qu’elles ne pourraient offrir aucun danger réel38. »

    16Quels étaient les moyens utilisés pour soutenir les candidats ministériels et, conséquemment, lutter contre la coalition des « extrêmes » ? La première tâche des préfets est d’informer le cabinet du ministre de l’Intérieur sur les différents candidats en lice. Mais surtout, ils doivent « faire venir » et « faire voter » les électeurs « amis du Gouvernement ». Ce travail de mobilisation et de sollicitation est parfois plus conséquent que celui des candidats eux-mêmes dont certains résident à Paris et répugnent à séjourner sur leur lieu d’élection. Le préfet de la Haute-Saône, Amédée Thierry39, déplore ainsi, dix jours avant la réunion des collèges électoraux, l’absence à Jussey du candidat ministériel le marquis de Marmier, député sortant :

    « Je lui écris encore aujourd’hui ; mais je prie Votre Excellence, Monsieur le Ministre, de vouloir bien de son côté l’inviter à partir sans le moindre délai40. »

    17Quelques jours plus tard, il estime « que M. de Marmier a gâté sensiblement sa candidature » car son épouse avait fait répandre le bruit « que son mari opterait pour l’arrondissement de Gray » sa ville natale. Le préfet travaille alors, dans l’urgence et avec succès semble-t-il à rétablir la situation :

    « J’ai écrit, je me suis même transporté dans une localité importante de l’arrondissement pour raffermir les électeurs constitutionnels et leur faire démentir les bruits répandus [...] Je me suis rendu à Gray le jour même de l’arrivée de M. de Marmier. Je ne l’ai pas engagé à se désister de la candidature de Gray, son élection à Jussey étant aujourd’hui trop gravement compromise ; mais j’ai obtenu de lui qu’il écrirait dans ce dernier arrondissement pour avertir ses amis qu’il ne se portait que là, que ce qu’il désirait avant tout, c’était la continuation du mandat qui lui avait été donné en 1831, etc.41. »

    18Faisant fi des réticences qui affleuraient dans la feuille signalétique qu’il avait rédigée sur la candidature du marquis de Marmier42, le préfet s’emploie alors à défendre celui qui lui apparaît désormais comme le seul rempart contre « l’alliance carlo-républicaine ».

    19Les tournées électorales43 étaient un des moyens usuels à la disposition des préfets soucieux de vérifier « l’opinion » et le degré de mobilisation des électeurs censitaires. Bien que relativement inexpérimenté, Raymond de Ségur d’Aguesseau44, préfet des Hautes-Pyrénées, n’oublie pas de rappeler ainsi à son supérieur

    « qu’il serait très utile que les opérations de recrutement fussent ordonnées de manière que la tournée des conseils de révision se fit peu de temps avant les élections, pour fournir aux préfets une occasion nouvelle et naturelle de conférer avec les électeurs les plus influents45 ».

    20Le préfet du Cantal, Édouard Delamarre46, très prolixe dans ses rapports, donne quelques informations sur la méthode suivie pour convaincre les électeurs à l’occasion de ces tournées :

    « En partant d’Aurillac, je me suis dirigé directement sur Chaudes-Aigues où j’avais donné rendez-vous à M. [Blanc] de Guizard, préfet de l’Aveyron47. [Il] a assisté à un banquet que les autorités et les notabilités de la ville ont bien voulu me donner. À ce dîner ont également assisté plusieurs membres du Conseil général et du Conseil d’arrondissement ainsi que plusieurs personnes recommandables du canton, notamment des électeurs. J’ai eu l’occasion de les entretenir, pour la première fois, de la candidature de M. De Guizard et je me suis aperçu avec plaisir que cette candidature était bien accueillie. »

    21Dans cette tournée, le préfet est accompagné de l’ingénieur en chef du département et de son adjoint, ce qui lui permet de minimiser « les promesses de routes » que de Thuret le candidat d’opposition dans l’arrondissement de Murat, lui-même ingénieur en chef du département voisin du Puy-de-Dôme, avait « semées sur son passage » et « avaient trouvé un plus grand nombre de personnes crédules » que le préfet ne l’aurait cru. Pour faire pièce à cette candidature, le préfet suggére en outre au ministre de l’intérieur

    « de retenir M. de Thuret à Clermont [...] et de l’empêcher de se rendre à Aurillac au Conseil général du Cantal dont il fait partie. Ce serait [...] le moyen le plus simple et le plus efficace de détruire toute cette fantasmagorie d’influence dont M. de Thuret fait parade48 ».

    22Dans les départements ruraux, la promesse de travaux publics était en effet fréquemment utilisée pour favoriser les candidats ministériels. Ainsi dans les Basses-Alpes, le préfet obtint-il, à la dernière minute, l’engagement du ministère de la guerre d’agrandir le mur d’enceinte de Sisteron pour soutenir la candidature de Pascalis, chef de division au ministère de la Justice, dans l’arrondissement de Forcalquier (voir la dépêche télégraphique reproduite ci-après49). Il s’agissait d’ailleurs moins, dans ce cas d’espèce, de faire directement pièce à un candidat d’opposition que de favoriser le ralliement d’électeurs « constitutionnels » tentés de se porter sur un autre candidat, Réguis, peu acceptable aux yeux du préfet qui tout en reconnaissant « la réputation de probité et de savoir » de ce capitaine d’artillerie affecté à Marseille s’inquiétait de son inclination « vers le mouvement » et de son refus de se comporter comme « l’agent d’affaires de ses commettants50 ».

    23Hormis lorsqu’ils étaient eux-mêmes fonctionnaires, les préfets de la Monarchie de Juillet étaient, en effet, assez dépourvus de moyens directs d’action contre les candidats d’opposition. La plupart d’entre eux étaient des propriétaires terriens ou des avocats qui, à la différence des fonctionnaires publics, n’étaient pas dépendants du gouvernement pour l’exercice d’une profession. Les campagnes électorales s’inscrivaient dans une sociabilité notabiliaire qui, si elle permettait aux préfets d’être parfaitement informés des propos des uns et des autres, ne donnait que rarement prise aux accusations de trouble à l’ordre public. Même les scrutins préparatoires parfois utilisés pour départager plusieurs candidats avaient lieu dans les salons les plus respectables des villes de province51... Seule la diffusion d’écrits à caractère politique faisait l’objet d’une surveillance et d’une répression sensible.

    24Quant aux fonctionnaires publics, civils ou militaires, suspectés de sympathies « légitimistes » ou « républicaines », ils encouraient effectivement le risque de sanctions administratives pouvant aller jusqu’au renvoi. Le préfet des Hautes-Pyrénées signale ainsi au ministre de l’Intérieur le comportement du général Larrieu, commandant le département, qui, cinq jours auparavant, s’était battu en duel contre le président du tribunal civil de Bayonne :

    « Je regrette d’être forcé de signaler à Votre Excellence le scandale causé par le choix que le général a fait de M. Deville pour l’un de ses témoins. Que doit-on penser, en effet, dans le département, lorsqu’on voit le premier fonctionnaire de l’ordre militaire, choisir pour son second, dans un combat singulier, un homme connu par ses opinions républicaines exaltées, affilié à la Société des droits de l’homme dont il est l’agent dévoué et qui, chaque fois qu’il en trouve l’occasion injurie et calomnie dans La Sentinelle des Pyrénées, dont il est le digne correspondant, le Roi, les Chambres, le gouvernement et les autorités locales52. »

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    25Et de conclure son rapport par la demande d’une « sévère réprimande » de la part du ministre de la Guerre. Au lendemain du scrutin, ce même préfet ajoute à sa liste de suspects de sympathies « extrêmes » le substitut du procureur du Roi à Lourdes, Dauzat, accusé « de pérorer et d’agir en faveur de Mr. Colomés [de Juillan53] au milieu des rues et sur les places publiques [...] cherchant ainsi à faire croire aux citoyens que l’autorité avait employé la menace pour comprimer la liberté du vote » ; et le commandant du dépôt de remonte54, Dembarrère, qui « prenait à part les électeurs dans la loge du concierge de l’hôtel où se réunissait le collège et les préparait à voter librement55 ». Pour chacun d’entre eux, ainsi que pour le candidat « républicain » précité qui était ingénieur des ponts-et-chaussées, il demande « justice et réparation », c’est-à-dire leur destitution pure et simple.

    26La configuration gouvernementale qui se dessine au cours de cette année 1834 n’est pas sans rappeler celle du Directoire56, la menace d’un « coup d’État » militaire en moins... Les détenteurs des positions de pouvoir qui souhaitent incarner l’ordre constitutionnel et le « juste milieu » doivent faire face à des entreprises politiques et à des mouvements sociaux qui, bien que reposant sur des logiques d’action très différentes, réduisent leur capacité à revendiquer collectivement le monopole de la représentation politique. Le recours au répertoire d’action de la candidature officielle, dont les prémisses remontent justement au Directoire57, est bien l’expression d’un désarroi face à une coalition des « extrêmes » susceptible de remettre en cause la légitimité de l’édifice institutionnel issu de la révolution de juillet 1830. L’efficacité du dispositif va d’ailleurs contribuer à la survie dans les urnes du régime58. Cependant, le discours officiel de rejet et d’amalgame qui s’exprime lors de la séquence électorale de 1833-1834, et dont la taxinomie préfectorale est un indice, n’est pas seulement tactique. La coalition « carlo-républicaine » a bien localement existé dans certains collèges électoraux et la presse, encore relativement libre à cette époque, en a souvent rendu compte. La stigmatisation des « extrêmes » n’est en effet jamais la conséquence mécanique de pratiques ou de discours que l’on pourrait attribuer aux seuls « extrémistes ». Il s’agit d’une variante du discours d’ordre auquel ont recours fréquemment les détenteurs des positions de pouvoir d’État. Le pouvoir d’État, c’est-à-dire la somme des moyens d’action collectivement détenus par ceux qui occupent les positions d’État les plus importantes, est aussi le pouvoir de nommer et de fixer les « extrêmes » dans un espace discursif, lui-même partie prenante d’une représentation de l’ordre social, où ils deviennent ainsi synonymes de menaces et de révolutions.

    Notes de bas de page

    1 Foucault M., « Il faut défendre la société ». Cours au Collège de France (1975-1976), Paris, Gallimard/Le Seuil, 1997.

    2 Voilliot C., La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la IIIe République, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005.

    3 Landrin X., « Ni droite ni gauche, juste milieu. La formalisation politique de l’entre-deux sous la Monarchie de Juillet », dans Le Bohec J. et Le Digol C., (dir.), Gauche et droite : usages et enjeux d’un clivage canonique, Paris, (à paraître aux Presses universitaires de France en 2012).

    4 Sur les modalités de cette alliance improbable, voir de Changy H., Le Mouvement légitimiste sous la Monarchie de Juillet (1833-1848), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, p. 48-57 ; Kent S., Electoral Procedure under Louis-Philippe, New Haven, Yale University Press, 1937, p. 138-139.

    5 Arch. Nat., F1cIII Jura 5. Lettre très confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 13 janvier 1834.

    6 Bourguinat N., « Les “partis” de gauche pendant la monarchie censitaire », dans Becker J.-J. et Candar G., (dir.), Histoire des gauches en France. Tome 1 : l’héritage du XIXe siècle, Paris, Éditions La Découverte, 2004, p. 61-68.

    7 Ancien préfet de la Corrèze, préfet de l’Yonne de 1833 à 1841. Arch. Nat., F1bI 156/31.

    8 Bibliothèque municipale d’Auxerre L 33. Circulaire du préfet aux électeurs du département de l’Yonne du 5 juin 1834.

    9 Ibid., L 13. Réponse à M. l’Auditeur au Conseil d’État, Chevalier de la légion d’honneur, Préfet de l’Yonne, Vicomte de Bondy du 12 juin 1834. Voir aussi Rocher J.-P., « Les élections dans l’Yonne sous la monarchie de Juillet », Bulletin de la Société des sciences de l’Yonne, 98, 1959-60, p. 57-140.

    10 Nommé à ce poste l’année précédente, il sera révoqué en 1835. Arch. Nat. F1bI 163.

    11 Weil G.-D., Les élections législatives depuis 1789, Paris, F. Alcan, 1895, p. 158.

    12 Ancien secrétaire général de la préfecture de l’Isère, nommé préfet des Basses-Alpes en 1832, il sera révoqué en 1835. Arch. Nat. F1bI 157/21.

    13 L’expression est assez fréquente dans les journaux favorables au gouvernement.

    14 Arch. Nat. F1cIII Basses-Alpes 4. Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 30 mai 1834.

    15 Nommé préfet en 1830 suite à son échec électoral dans ce département, il est remplacé en juillet 1836. Arch. Nat. F1bI 174/7.

    16 Vidalenc J., Lettres de J. A. M. Thomas, préfet des Bouches-du-Rhône, à Adolphe Thiers, 1831-1836, Aix-en-Provence, Publication des Annales de la Faculté des lettres, 1953, p. 66.

    17 En poste depuis le 30 octobre 1832, il meurt en fonction le 3 février 1834. Arch. Nat. F1bI 174/2.

    18 Arch. Nat., F1cIII Aude 4. Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 16 décembre 1833.

    19 En poste à Ajaccio de 1830 à 1845. Arch. Nat. F1bI 164/7.

    20 Arch. Nat., F1cIII Corse 5. Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 31 juillet 1833. Sur cette configuration électorale, voir Briquet J.-L., La tradition en mouvement. Clientélisme et politique en Corse, Paris, Belin, 1997, p. 102-109.

    21 Sur l’implication de ce préfet dans les luttes électorales, voir Quéro L., Voilliot C., « Travail électoral et pratiques administratives dans le cadre du suffrage censitaire. Enquête sur un refus », Revue d’Histoire du XIXe siècle, 26-27, 2003, p. 131-147.

    22 Archives Départementales de Côte d’Or, 2J3 no 110. Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 11 février 1834.

    23 Dans ce collège, le député sortant et opposant au gouvernement, François Mauguin, avait été réélu avec 326 suffrages contre 241 au candidat « ministériel » et 43 au candidat « légitimiste ». Voir Mauguin F., Lettre à Messieurs les électeurs de l’arrondissement de Beaune, Paris, 10 juin 1834. BN Le54 814.

    24 Arch. Dép. de Côte d’Or, 2J3 no 417. Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 1er juillet 1834.

    25 Quéro L., Voilliot C., « Du suffrage censitaire au suffrage universel. Évolution ou révolution des pratiques électorales ? », Actes de la recherche en sciences sociales, 140, 2001, p. 34-40.

    26 Ancien préfet des Hautes-Pyrénées, préfet de la Sarthe de 1833 à 1836. Arch. Nat. F1bI 173/1.

    27 Arch. Nat., F1cIII Sarthe 4. Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 2 janvier 1834.

    28 Ibid., Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 6 juin 1834.

    29 Ibid., Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 24 juin 1834.

    30 Ancien préfet de la Loire et de la Dordogne, préfet de la Haute-Vienne de 1833 à 1835. Arch. Nat., F1bI 167/32.

    31 Arch. Nat., F1cIII Haute-Vienne 4. Lettre du préfet au Ministre de l ‘ intérieur du 3 juin 1834.

    32 Ibid., Rapport sur les élections générales de juin 1834, s. d. [1834].

    33 Ibid., Alliance carlo-républicaine, s. d. [1834].

    34 Collingham H. A. C., The July Monarchy: A Political History of France, 1830-1848, Londres, Longman, 1988, p. 151. Voir aussi Reynolds D. S., Walking Giant. America in the Age of Jackson, New York, HarperCollins, 2008, p. 114-115.

    35 De Changy H., Le soulèvement de la duchesse de Berry, 1830-1832, Les royalistes dans la tourmente, Paris, Albatros, 1986.

    36 Bezucha R. J., The Lyon Uprising of 1834. Social and Political Conflict in the Early July Monarchy, Cambridge, Harvard University Press, 1974; Frobert L., Les Canuts ou la démocratie turbulente. Lyon, 1831-1834, Paris, Tallandier, 2009.

    37 Ancien préfet de l’Aube, préfet de la Seine-et-Marne de 1832 à 1838. Arch. Nat. F1bI 173/2.

    38 Arch. Nat., F1cIII Seine-et-Marne 5. Lettre du préfet au Ministre de l ‘ intérieur du 4 avril 1834.

    39 C’est un des rares préfets nommés après la révolution de Juillet encore en poste dans le même département. Arch. Nat., F1bI 174/6.

    40 Arch. Nat., F1cIII Haute-Saône 4. Lettre du préfet au Ministre de l‘intérieur du 11 juin 1834.

    41 Ibid., Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 19 juin 1834.

    42 « La popularité de M. de Marmier dans l’arrondissement qui l’a nommé en 1831 est fortement ébranlée malgré tous mes efforts pour le soutenir. Beaucoup de susceptibilités locales sont armées contre lui ; on lui reproche de ne point répondre aux lettres qu’on lui écrit, ce qui peut être vrai ; et de négliger les affaires de l’arrondissement, ce qui est faux. Je crains que M. de Marmier, pendant sa candidature en 1831, n’ait promis beaucoup plus qu’il ne pouvait tenir. Au reste, sa réélection n’est point désespérée, elle n’est que douteuse ». Arch. Nat., F1cIII Haute-Saône 4. Rapport du préfet au ministre de l’intérieur du 13 janvier 1834.

    43 Pourcher Y., « Tournée électorale », L’Homme, 119, 1991, p. 61-79.

    44 Nommé le 14 juillet 1833 à l’âge de 30 ans, il s’agissait de son premier poste. Arch. Nat., F1bI 173/12.

    45 Arch. Nat., F1cIII Hautes-Pyrénées 4. Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 20 mars 1834.

    46 Nommé le 21 janvier 1833, il demeure en poste dans ce département jusqu’en 1840. Arch. Nat. F1bI 158/9.

    47 Préfet de l’Aveyron depuis le 12 août 1830, il sera nommé directeur des bâtiments civils après son échec électoral dans le Cantal en 1834. Arch. Nat., F1bI 161/25.

    48 Arch. Nat., F1cIII Cantal 4. Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 12 mai 1834.

    49 Arch. Nat., F1cIII Basses-Alpes 4. Dépêche télégraphique du Ministre de l’intérieur au préfet du Vaucluse du 15 juin 1834.

    50 Ibid., Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 24 décembre 1833.

    51 Voilliot C., « La figuration de l’élection dans l’espace social d’un roman balzacien : Le député d’Arcis », A Contrario, I, 2, 2003, p. 32-51.

    52 Arch. Nat., F1cIII Hautes-Pyrénées 4. Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 15 juin 1834.

    53 Il s’agit du député sortant.

    54 « L’armée est donc venue fournir un débouché à l’élevage traditionnel du cheval de selle. Ces bénéfiques retombées économiques furent accrues dans la plaine de Tarbes et dans tout le département des Hautes-Pyrénées à partir du moment où, sous la Monarchie de Juillet, Tarbes reçut un dépôt de remonte ». Archives municipales de Tarbes, Guide de recherches, 2002, p. 42.

    55 Arch. Nat., F1cIII Hautes-Pyrénées 4. Lettre très confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 24 juin 1834.

    56 Gainot B., 1799, un nouveau Jacobinisme ?, Paris, Éd. du CTHS, 2001.

    57 Voilliot C., La candidature officielle... op. cit., chap. 1.

    58 Les députés favorables au gouvernement recensés par la presse sont en effet au nombre de 331 sur 459. Chambre des députés – élections de 1834. Supplément à La Gazette de France du 5 juillet 1834. BN, Gr. Fol. Le55 68.

    Auteur

    • Christophe Voilliot
      Université de Nanterre.
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    Une décennie décisive pour la genèse d’un champ politique en France ?

    Christophe Voilliot

    Introduction

    Michel Bussi, Christophe Voilliot et Christophe Le Digol

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    Introduction

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    1 Foucault M., « Il faut défendre la société ». Cours au Collège de France (1975-1976), Paris, Gallimard/Le Seuil, 1997.

    2 Voilliot C., La candidature officielle. Une pratique d’État de la Restauration à la IIIe République, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005.

    3 Landrin X., « Ni droite ni gauche, juste milieu. La formalisation politique de l’entre-deux sous la Monarchie de Juillet », dans Le Bohec J. et Le Digol C., (dir.), Gauche et droite : usages et enjeux d’un clivage canonique, Paris, (à paraître aux Presses universitaires de France en 2012).

    4 Sur les modalités de cette alliance improbable, voir de Changy H., Le Mouvement légitimiste sous la Monarchie de Juillet (1833-1848), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, p. 48-57 ; Kent S., Electoral Procedure under Louis-Philippe, New Haven, Yale University Press, 1937, p. 138-139.

    5 Arch. Nat., F1cIII Jura 5. Lettre très confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 13 janvier 1834.

    6 Bourguinat N., « Les “partis” de gauche pendant la monarchie censitaire », dans Becker J.-J. et Candar G., (dir.), Histoire des gauches en France. Tome 1 : l’héritage du XIXe siècle, Paris, Éditions La Découverte, 2004, p. 61-68.

    7 Ancien préfet de la Corrèze, préfet de l’Yonne de 1833 à 1841. Arch. Nat., F1bI 156/31.

    8 Bibliothèque municipale d’Auxerre L 33. Circulaire du préfet aux électeurs du département de l’Yonne du 5 juin 1834.

    9 Ibid., L 13. Réponse à M. l’Auditeur au Conseil d’État, Chevalier de la légion d’honneur, Préfet de l’Yonne, Vicomte de Bondy du 12 juin 1834. Voir aussi Rocher J.-P., « Les élections dans l’Yonne sous la monarchie de Juillet », Bulletin de la Société des sciences de l’Yonne, 98, 1959-60, p. 57-140.

    10 Nommé à ce poste l’année précédente, il sera révoqué en 1835. Arch. Nat. F1bI 163.

    11 Weil G.-D., Les élections législatives depuis 1789, Paris, F. Alcan, 1895, p. 158.

    12 Ancien secrétaire général de la préfecture de l’Isère, nommé préfet des Basses-Alpes en 1832, il sera révoqué en 1835. Arch. Nat. F1bI 157/21.

    13 L’expression est assez fréquente dans les journaux favorables au gouvernement.

    14 Arch. Nat. F1cIII Basses-Alpes 4. Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 30 mai 1834.

    15 Nommé préfet en 1830 suite à son échec électoral dans ce département, il est remplacé en juillet 1836. Arch. Nat. F1bI 174/7.

    16 Vidalenc J., Lettres de J. A. M. Thomas, préfet des Bouches-du-Rhône, à Adolphe Thiers, 1831-1836, Aix-en-Provence, Publication des Annales de la Faculté des lettres, 1953, p. 66.

    17 En poste depuis le 30 octobre 1832, il meurt en fonction le 3 février 1834. Arch. Nat. F1bI 174/2.

    18 Arch. Nat., F1cIII Aude 4. Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 16 décembre 1833.

    19 En poste à Ajaccio de 1830 à 1845. Arch. Nat. F1bI 164/7.

    20 Arch. Nat., F1cIII Corse 5. Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 31 juillet 1833. Sur cette configuration électorale, voir Briquet J.-L., La tradition en mouvement. Clientélisme et politique en Corse, Paris, Belin, 1997, p. 102-109.

    21 Sur l’implication de ce préfet dans les luttes électorales, voir Quéro L., Voilliot C., « Travail électoral et pratiques administratives dans le cadre du suffrage censitaire. Enquête sur un refus », Revue d’Histoire du XIXe siècle, 26-27, 2003, p. 131-147.

    22 Archives Départementales de Côte d’Or, 2J3 no 110. Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 11 février 1834.

    23 Dans ce collège, le député sortant et opposant au gouvernement, François Mauguin, avait été réélu avec 326 suffrages contre 241 au candidat « ministériel » et 43 au candidat « légitimiste ». Voir Mauguin F., Lettre à Messieurs les électeurs de l’arrondissement de Beaune, Paris, 10 juin 1834. BN Le54 814.

    24 Arch. Dép. de Côte d’Or, 2J3 no 417. Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 1er juillet 1834.

    25 Quéro L., Voilliot C., « Du suffrage censitaire au suffrage universel. Évolution ou révolution des pratiques électorales ? », Actes de la recherche en sciences sociales, 140, 2001, p. 34-40.

    26 Ancien préfet des Hautes-Pyrénées, préfet de la Sarthe de 1833 à 1836. Arch. Nat. F1bI 173/1.

    27 Arch. Nat., F1cIII Sarthe 4. Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 2 janvier 1834.

    28 Ibid., Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 6 juin 1834.

    29 Ibid., Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 24 juin 1834.

    30 Ancien préfet de la Loire et de la Dordogne, préfet de la Haute-Vienne de 1833 à 1835. Arch. Nat., F1bI 167/32.

    31 Arch. Nat., F1cIII Haute-Vienne 4. Lettre du préfet au Ministre de l ‘ intérieur du 3 juin 1834.

    32 Ibid., Rapport sur les élections générales de juin 1834, s. d. [1834].

    33 Ibid., Alliance carlo-républicaine, s. d. [1834].

    34 Collingham H. A. C., The July Monarchy: A Political History of France, 1830-1848, Londres, Longman, 1988, p. 151. Voir aussi Reynolds D. S., Walking Giant. America in the Age of Jackson, New York, HarperCollins, 2008, p. 114-115.

    35 De Changy H., Le soulèvement de la duchesse de Berry, 1830-1832, Les royalistes dans la tourmente, Paris, Albatros, 1986.

    36 Bezucha R. J., The Lyon Uprising of 1834. Social and Political Conflict in the Early July Monarchy, Cambridge, Harvard University Press, 1974; Frobert L., Les Canuts ou la démocratie turbulente. Lyon, 1831-1834, Paris, Tallandier, 2009.

    37 Ancien préfet de l’Aube, préfet de la Seine-et-Marne de 1832 à 1838. Arch. Nat. F1bI 173/2.

    38 Arch. Nat., F1cIII Seine-et-Marne 5. Lettre du préfet au Ministre de l ‘ intérieur du 4 avril 1834.

    39 C’est un des rares préfets nommés après la révolution de Juillet encore en poste dans le même département. Arch. Nat., F1bI 174/6.

    40 Arch. Nat., F1cIII Haute-Saône 4. Lettre du préfet au Ministre de l‘intérieur du 11 juin 1834.

    41 Ibid., Lettre du préfet au Ministre de l’intérieur du 19 juin 1834.

    42 « La popularité de M. de Marmier dans l’arrondissement qui l’a nommé en 1831 est fortement ébranlée malgré tous mes efforts pour le soutenir. Beaucoup de susceptibilités locales sont armées contre lui ; on lui reproche de ne point répondre aux lettres qu’on lui écrit, ce qui peut être vrai ; et de négliger les affaires de l’arrondissement, ce qui est faux. Je crains que M. de Marmier, pendant sa candidature en 1831, n’ait promis beaucoup plus qu’il ne pouvait tenir. Au reste, sa réélection n’est point désespérée, elle n’est que douteuse ». Arch. Nat., F1cIII Haute-Saône 4. Rapport du préfet au ministre de l’intérieur du 13 janvier 1834.

    43 Pourcher Y., « Tournée électorale », L’Homme, 119, 1991, p. 61-79.

    44 Nommé le 14 juillet 1833 à l’âge de 30 ans, il s’agissait de son premier poste. Arch. Nat., F1bI 173/12.

    45 Arch. Nat., F1cIII Hautes-Pyrénées 4. Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 20 mars 1834.

    46 Nommé le 21 janvier 1833, il demeure en poste dans ce département jusqu’en 1840. Arch. Nat. F1bI 158/9.

    47 Préfet de l’Aveyron depuis le 12 août 1830, il sera nommé directeur des bâtiments civils après son échec électoral dans le Cantal en 1834. Arch. Nat., F1bI 161/25.

    48 Arch. Nat., F1cIII Cantal 4. Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 12 mai 1834.

    49 Arch. Nat., F1cIII Basses-Alpes 4. Dépêche télégraphique du Ministre de l’intérieur au préfet du Vaucluse du 15 juin 1834.

    50 Ibid., Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 24 décembre 1833.

    51 Voilliot C., « La figuration de l’élection dans l’espace social d’un roman balzacien : Le député d’Arcis », A Contrario, I, 2, 2003, p. 32-51.

    52 Arch. Nat., F1cIII Hautes-Pyrénées 4. Lettre confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 15 juin 1834.

    53 Il s’agit du député sortant.

    54 « L’armée est donc venue fournir un débouché à l’élevage traditionnel du cheval de selle. Ces bénéfiques retombées économiques furent accrues dans la plaine de Tarbes et dans tout le département des Hautes-Pyrénées à partir du moment où, sous la Monarchie de Juillet, Tarbes reçut un dépôt de remonte ». Archives municipales de Tarbes, Guide de recherches, 2002, p. 42.

    55 Arch. Nat., F1cIII Hautes-Pyrénées 4. Lettre très confidentielle du préfet au Ministre de l’intérieur du 24 juin 1834.

    56 Gainot B., 1799, un nouveau Jacobinisme ?, Paris, Éd. du CTHS, 2001.

    57 Voilliot C., La candidature officielle... op. cit., chap. 1.

    58 Les députés favorables au gouvernement recensés par la presse sont en effet au nombre de 331 sur 459. Chambre des députés – élections de 1834. Supplément à La Gazette de France du 5 juillet 1834. BN, Gr. Fol. Le55 68.

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    Voilliot, C. (2012). Des candidats contre les « extrêmes » : l’action électorale des préfets dans la préparation des élections législatives de 1834. In M. Biard, P. Serna, B. Gainot, & P. Pasteur (éds.), « Extrême » ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.126978
    Voilliot, Christophe. « Des candidats contre les “extrêmes” : l’action électorale des préfets dans la préparation des élections législatives de 1834 ». In « Extrême » ?, édité par Michel Biard, Pierre Serna, Bernard Gainot, et Paul Pasteur. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2012. doi:10.4000/books.pur.126978.
    Voilliot, Christophe. « Des candidats contre les “extrêmes” : l’action électorale des préfets dans la préparation des élections législatives de 1834 ». « Extrême » ?, édité par Michel Biard et al., Presses universitaires de Rennes, 2012, https://doi.org/10.4000/books.pur.126978.

    Référence numérique du livre

    Format

    Biard, M., Serna, P., Gainot, B., & Pasteur, P. (éds.). (2012). « Extrême » ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.126840
    Biard, Michel, Pierre Serna, Bernard Gainot, et Paul Pasteur, éd. « Extrême » ?. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2012. doi:10.4000/books.pur.126840.
    Biard, Michel, et al., éditeurs. « Extrême » ?. Presses universitaires de Rennes, 2012, https://doi.org/10.4000/books.pur.126840.
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