1 Ce que ne faisaient d’ailleurs pas Berger et Luckmann, les auteurs de ce concept (1989), mais d’autres ont pu faire ce raccourci.
2 Biographies que l’on reconstitue cependant avec une certaine approximation. Quand il s’agit d’évoquer la durée de leurs emplois par exemple, et cela concerne aussi bien les hommes que les femmes, les interviewés sont souvent très imprécis et hésitants, et ce même quand ces expériences ne remontent qu’à trois ou quatre ans. On a ainsi l’impression que pour les uns, le faible nombre et surtout le faible intérêt (au sens de l’expérience, car l’intérêt économique est au contraire capital) des expériences professionnelles les rend relativement floues dans la mémoire des intéressés, tandis que pour ceux qui ont au contraire un passé fait de « quatorze métiers », la pluriactivité s’accompagne assez naturellement de difficultés à se souvenir de toutes ces expériences.
3 « Mi koné un bon pé do moun i di : “Mi vé patravay, mi gingn mon RMI, mi rèst mon kaz, mi gingn 2000 fran lé bon”, pour zot i pas ek sa et pi z’affaire. »
4 « La un bon pésanzéeklo RMI !Zot la gingn la parès, té pli dur lontan. Na pi de jeunes qui travaymèm mon garson i travaypa… Lo moun i gingnvivastèr, zot i gingnunti RMI zot i viv. Sak i vé travayié i gingntravay, mé la koméla i vé paosi. I attend son RMI et lé bon mèm. […] Na un bon pé i di aou i pran RMI i assiz la mèm : “Mi gingn RMI akoz mi sa rode travay?” »
5 Face à ces pénuries de main-d’œuvre locale, les planteurs ont de plus en plus fait appel aux travailleurs mauriciens qui, moins bien protégés sur le plan des aides publiques que les Réunionnais, demeurent attirés par les salaires offerts.
6 « Si ou gingn pa koupé, fou feu dedans ! Ou gingn pa plant kan ou, ben moin mèm mi gingn RMI, fou feu dedans ou lès pou fér galabé ! »
7 « Y en a beaucoup qui se sont enrichis, esclavagisme moderne… » (Sully, 51 ans); « C’est les planteurs qui bénéficient de tout à la Réunion. Ils sont tous profiteurs. Le planteur il a un 4x4 pour l’habitation, il a sa Mercédès pour descendre en ville, il a des maisons, la maison est louée, alors hein… les planteurs sont plus forts que les fonctionnaires hein… » (Jocelyn, 55 ans).
8 « Lo boug i gingn sa p’tite monnaie RMI lu rèst pa touzour son kaz, lu lé parti, lu vi… ek son kèr klèr lu ! […] Moin mèm sak mi gingn moin lé oblizé de vivre avec, et lé touzour kontan… parce que mi koné vréman ou la pa besoin rode travay. »
9 Encore faut-il rappeler que ces nouvelles perspectives d’existence demeuraient encadrées par un même système économique construit sur la base de fortes dépendances entre celui qui exploite la terre et celui qui la possède voire, pour les « attributaires SAFER », entre la Société sucrière et le simple colon :« Le système d’exploitation du colon est indissociable du système d’exploitation de l’usine. L’Établissement constitue bien une seule entité, à la structure complexe, au sein de laquelle les prises de décisions sont fortement hiérarchisées : directeur agricole de la société, responsable des cultures de Stella [usine appartenant au groupe Sucreries de Bourbon], chef de chantier, ancien colon, nouveau colon, etc. » (Chastel, 1996, p. 161).
10 Comme le note J. Benoist, les grandes différences de position sociale au sein même du groupe des colons traduisent à l’époque l’affaiblissement de la structure binaire de la société composée jusqu’alors de travailleurs d’un côté, et de propriétaires de l’autre (1983, p. 41).
11 Comme le précise l’auteur, quand les « attributaires SAFER » n’abandonnent pas leur exploitation agricole, ce n’est pas tant parce que celle-ci est viable que parce qu’ils désirent transmettre une terre à leur descendance ou encore parce qu’ils espèrent, à terme, opérer une plus-value immobilière.
12 Il est intéressant à ce sujet de relever la pérennité de ces expressions depuis 1848 puis tout au long du XXe siècle, à travers notamment les archives de la presse locale.
13 Principalement au travail dans la plantation, mais également à d’autres activités laborieuses comme la pêche notamment, pour prendre un exemple emblématique de l’emploi traditionnel dans le quartier de Terre Sainte.
14 Le mécanisme de l’intéressement permet de cumuler les revenus du travail et le RMI pendant un an maximum. Mais il faut savoir que cette durée a longtemps été inférieure, d’où la persistance des perceptions négatives vis-à-vis de ce mécanisme.
15 On se souviendra également que dans le cadre de l’économie-famille telle que nous avons pu l’observer lors de l’analyse des transferts privés, le rapport à l’activité d’un individu à un moment t peut aussi être déterminé en partie par la qualité de son environnement familial (niveau des revenus des autres membres de la famille-ménage, niveau d’entraide, auto-production et économie de subsistance, présence ou non des ascendants communs, etc.).
16 Selon une majorité seulement car ce n’est bien entendu pas l’avis des chômeurs diplômés qui, mêmes s’ils demeurent minoritaires, voient cependant leurs effectifs augmenter.
17 Ainsi, en 2002, 76 % des allocataires du RMI n’ont pas atteint le niveau du BEPC (ils étaient 88 % dans ce cas en 1995) et plus de 50 % sont analphabètes et/ou illettrés.
18 On peut repenser à juste titre ici au récit cité plus haut de Jus Véfour quand celui-ci fait appel au paternalisme du gouvernement pour succéder à celui du propriétaire terrien (Pelletier, 1983, p. 222).
19 D’un autre côté, et comme nous l’explique Johnny (35 ans), un mauvais payeur ne doit pas trop se faire connaître comme tel dans le quartier car le commérage (ladilafé) jouera contre lui et il ne pourra pas continuer à employer du monde : « Hé ! Les gens parlent hein (Do moun i koz)… Tout de suite tu reconnais un bon payeur et un mauvais payeur. »
20 J. Pezeu-Massabuau gradue cette évolution des modes de construction de l’habitat en quatre stades. Le premier implique que la construction soit essentiellement assurée par son propriétaire aidé cependant par différents membres de son groupe d’appartenance (familial et villageois). Le second stade laisse au propriétaire la responsabilité de la conception de l’habitat et du contrôle de son édification tandis que la construction est assurée par un spécialiste. Le troisième stade marque la consécration de ce spécialiste qui œuvre désormais seul et de manière normalisée et mécanisée. Le quatrième, enfin, implique une production standardisée de l’habitat.
21 Il fut un temps en effet où le cochon avait systématiquement sa place dans la cour des Réunionnais et en particulier les plus défavorisés d’entre eux. Lorsque dans les années 1960 et 1970 les familles délogées des bidonvilles viennent occuper les nouvelles cités HLM au Port ou à Saint-Denis, on observe ainsi quelques cas de cochons ayant émigré, à leur frais, de la cour au balcon !
22 À noter que l’absence de technique de conservation de la viande (qui pouvait être fumée seulement) encourageait aussi les dons ainsi que les échanges immédiats, monétaires et non monétaires, avec l’entourage.