Res publica restituta chez Dion Cassius
p. 325-341
Texte intégral
1Res publica restituta, ce prétendu slogan de la propagande augustéenne, s’appuie, comme on l’a vu, sur quelques inscriptions et monnaies, dont certaines sont sujettes à caution, et est soutenu par un faisceau d’attestations littéraires qui méritent d’être étudiées sur le plan lexical autant qu’historique. Ce n’est en effet pas en historienne, mais en linguiste que je voudrais apporter ma modeste contribution au thème de ce colloque, et en helléniste, puisque, partant naturellement de ces témoignages latins, je souhaiterais surtout m’intéresser à la « traduction », la transposition en grec du slogan et particulièrement dans l’Histoire romaine de Dion Cassius.
2Je ne reviendrai donc pas sur les Fastes de Préneste qui présentent sans doute restituit mais peut-être pas Rem publicam, ni sur l’aureus de 281 qui a aussi restituit mais avec pour compléments leges et iura. Je serais assez tentée de partager le scepticisme d’E.A. Judge2 sur la réalité formelle de cette formule, mais la réalité de l’idée me paraît suffisamment établie pour permettre un examen des témoignages littéraires, surtout ceux de Dion Cassius, qui peuvent être plus explicites que les formules lapidaires et en offrir d’éventuelles paraphrases ou approximations.
3La periocha 134 de Tite-Live offre ainsi l’expression :
4C. Caesar rebus compositis et omnibus provinciis in certam formam redactis Augustus quoque cognominatus est (« Quand l’ordre eut été rétabli et toutes les provinces organisées de façon définitive, C. César fut aussi nommé Auguste »)3.
5Nous y trouvons res et prouinciae (au pluriel) ainsi que le verbe redigere qui peut passer pour un équivalent de restituere.
6Le texte des Fastes d’Ovide4 pour les Ides de janvier donne le texte : Reddita omnis populo prouincia nostro (« En ce jour, toute la gestion des provinces a été rendue à notre peuple »). Il présente la même idée que celui de Tite-Live, mais au singulier, prouincia, et le verbe est reddere, synonyme de restituere.
7Mentionnons encore le texte plus explicite de Velleius Paterculus : Finita vicesimo anno bella ciuilia, sepulta externa, reuocata pax, sopitus ubique armorum furor, restituta uis legibus, iudiciis auctoritas, senatui maiestas, imperium magistratuum ad pristinum redactum modum… Prisca illa et antiqua rei publicae forma reuocata, rediit cultus agris, sacris honos, securitas hominibus, certa cuique rerum suarum possessio5 (« Les guerres civiles furent terminées au bout de vingt ans, les guerres extérieures s’éteignirent, la paix fut rétablie, la fureur des armes partout s’apaisa ; on rendit aux lois leur force, aux tribunaux leur autorité, au Sénat sa majesté, les pouvoirs des magistrats retrouvèrent leurs limites originelles… On rétablit également l’antique structure de l’État ; les champs retrouvèrent leurs cultures, la religion sa dignité, les hommes la sécurité, chacun la possession assurée de ses biens »). Nous constatons que Res publica n’y est pas d’emblée exprimée mais ses composantes, leges, iudicia, senatus, magistratus, et que le verbe restituere y figure au participe restituta en compagnie de variantes, reuocata (utilisé deux fois), et redactum, comme chez Tite-Live. Res publica arrive ensuite, complément du nom forma dans un groupe de mots forts avec la répétition voulue de prisca et antiqua, « on rétablit l’antique structure de l’État ». Le texte peut apparaître comme une paraphrase explicative de la formule lapidaire Res publica restituta. On y notera les termes-clés de la propagande augustéenne, pax, auctoritas, maiestas, imperium, sacra, securitas, et l’insistance de la référence au passé, au retour à un état antérieur, avec le préfixe re- des trois verbes, re-uocata, re-stituta et red-actum et les trois adjectifs pristinum, prisca et antiqua.
8Il faut aussi signaler le texte de Suétone6 : De reddenda re p. bis cogitauit : primum post oppressum statim Antonium, memor obiectum sibi ab eo saepius, quasi per ipsum staret ne redderetur… Sed reputans et se priuatum non sine periculo fore et illam plurimum arbitrio temere committi, in retinenda perseuerauit, dubium euentu meliore ac uoluntate (« Il songea par deux fois à rétablir la république : d’abord, aussitôt après avoir écrasé Marc Antoine, en se rappelant que ce dernier lui avait bien souvent objecté qu’il était le seul obstacle à son rétablissement… Mais, réfléchissant que le retour à la vie privée ne serait pas sans danger pour lui, et que, d’autre part, il était imprudent de remettre l’État entre les mains de plusieurs, il conserva le pouvoir, sans qu’on puisse savoir lequel fut le meilleur, du résultat ou de l’intention »). Nous retrouvons ici Res publica avec le même verbe reddere que chez Ovide, comme synonyme de restituere.
9Naturellement, une mention spéciale doit être faite du texte à la fois littéraire et épigraphique, au cœur même de la propagande augustéenne et incontournable dans notre thématique, celui des Res Gestae7 : In consulatu sexto et septimo, postquam bella [ciu]ilia extinxeram, per consensum universorum po[titus rerum omn]ium, rem publicam ex mea potestate in senat[us populique Romani a]rbitrium transtuli (« Lors de mon 6e et de mon 7e consulat, après avoir éteint les guerres civiles, étant investi du pouvoir absolu par le consentement du peuple dans son ensemble, j’ai fait passer l’État de mon pouvoir à la libre décision du sénat et du peuple Romain »). Ce texte présente bien Rem publicam mais le verbe transtuli, « j’ai fait passer », « j’ai transféré », qui ne comporte pas le préfixe re-, n’est pas l’équivalent de restitui ou de reddidi et, pour le sens, serait à rapprocher du committi de Suétone, d’autant que dans l’un et dans l’autre texte, nous trouvons aussi arbitrium.
10Le premier texte grec que je voudrais étudier est évidemment la version grecque des Res Gestae, souvent délaissée par les historiens : Ἐν ὑπατείᾳ ἐκτῃ καὶ ἑβδόμη μετὰ τò τοὺς ἐμφυλίους ζβέσαι με πολέμους [κ]ατὰ τὰς εὐχὰς τῶν ἐμών πολει[τ]ῶν ἐγκρατής γενόμενος πάντων τῶν πραγμάτων, ἐκ τῆς ἐμῆς ἐξουσίας εἰς τὴν τοῦ συγκλήτου καὶ τοῦ δήμου τῶν Ῥωμαίων μετήνεγκα κυριήαν. On y remarquera que le traducteur ne suit pas exactement le texte latin. Je ne reviendrai pas sur per consensum universorum rendu par κατὰ τὰς εὐχὰς τῶν ἐμῶν πολειτῶν, « selon les vœux de mes concitoyens », mais je voudrais insister sur la fin de la phrase : transtuli est traduit par μετήνεγκα, ce qui est parfaitement correct, mais son complément rem publicam n’est pas exprimé. Il faut le tirer de (ἐγκρατὴς γενόμενος) πάντων τῶν πράγμάτων du membre de phrase précédent où il traduit le latin (potitus) rerum omnium, à moins que l’on ne voie κυριήαν comme complément d’objet de μετήνεγκα et non comme traduction de arbitrium et que l’on comprenne : « J’ai transféré la direction (des affaires) de mon pouvoir à celui du sénat et du peuple Romain. » En tout cas, dans le texte grec, ce qui est « transféré », ce sont « les affaires » ou « la direction (des affaires) », mais pas Rem publicam qui est habituellement rendu par τὰ κοινὰ πράγματα8 ou par τὰ δημοσία πράγματα9.
11Cette première approche nous a permis, en examinant les textes latins, de montrer que restituere était souvent paraphrasé ou rendu par des équivalents plus ou moins proches. C’est que ce verbe est polysémique. Composé de statuere et du préfixe re-, il a en latin classique trois sens différents10 :
- remettre debout ;
- rétablir, remettre dans son état normal ou antérieur ;
- rendre, restituer.
12On notera la difficulté d’un complément d’attribution pour les deux premiers sens alors qu’il est normal pour le troisième. Ce serait alors le sens du texte des Fastes de Préneste11 s’il on admet la reconstitution populo romano. Ce serait peut-être aussi le sens dans le texte de Velleius : restituta uis legibus, iudiciis auctoritas, senatui maiestas… Mais le deuxième sens, « rétablir », qui s’applique en latin classique à des institutions et à des magistratures, conviendrait sans doute mieux, non seulement à restituere mais aussi à ses équivalents reuocare et redigere et les datifs legibus, iudiciis, senatui seraient alors des datifs d’intérêt. C’est encore ce sens que l’on retrouve dans le verbe uindicare de l’expression des Res Gestae12. On remarquera aussi que restituere est souvent proche de constituere, qui signifie « mettre en place » mais aussi « (re)mettre en ordre », « (ré)organiser », sens que l’on trouve dans l’expression consacrée : triumuiri Rei publicae constituendae dans laquelle l’idée de « rétablissement », « réorganisation » est évidente. D’ailleurs Tacite ne s’y trompe pas, qui écrit à propos d’Auguste13 : principis nomine constitutam Rem publicam. Il faut ajouter à la polysémie de restituere celle de Res publica qui apparaît nettement dans ses traductions en grec. Nous avons vu que le sens d’« affaires publiques » est communément rendu en grec – notamment dans les Res Gestae – par τὰ κοινὰ πράγματα ou τὰ δημοσία πράγματα. Mais il y a le sens de « république » pour désigner le régime républicain des Romains, qui est rendu par δημοκρατία chez Dion Cassius par exemple, qui assimile volontairement le régime de Rome au modèle athénien idéalisé. Enfin il y a le sens plus général de « constitution », « régime » qui est le plus souvent rendu en grec par πολιτεία ου πολίτευμα. C’est en effet par le biais des traductions grecques que nous essaierons de mieux cerner le problème. Si les Res Gestae ne nous donnent pas grand-chose puisque le mot latin de départ est transtuli, nous possédons en revanche un récit complet, continu et détaillé, de la fin de la République et du début du Principat, je veux parler de celui de Dion Cassius.
13Cet auteur est abondamment cité par les historiens qui s’intéressent aux fondements du Principat, malgré les reproches dont il est l’objet. Le premier est l’éloignement dans le temps puisqu’il écrit l’Histoire Romaine au début du IIIe siècle, sous les Sévères, et fait une relecture du règne d’Auguste à la lumière des problèmes de son époque14. Je vous propose cependant une étude lexicale du concept de Res publica restituta dans les livres 50 à 56 de l’Histoire Romaine, c’est-à-dire de 31 avant J.-C. à 14 après J.-C., d’Actium à la mort d’Auguste, et notamment les années 29-2715.
14Il se trouve que ce slogan peut se rencontrer dans des textes de différente nature. Dion Cassius présente un récit chronologique des faits marquants en apparence linéaire et objectif. Mais il y introduit, à la manière de son modèle Thucydide, des discours et des commentaires de sorte que nous avons trois sortes de témoignages : des discours, le récit des réactions des auditeurs et un commentaire personnel de l’auteur.
15Dion Cassius est notre seule source du fameux discours « de restitution » du 13 janvier 27. La plupart des spécialistes doutent évidemment de l’authenticité d’un tel discours. Cependant, comme Dion le dit, Auguste l’a lu (ἀνέγνω16, ἀναλέγοντος17), donc il s’agit d’un texte écrit – et Suétone signale qu’Auguste rédigeait toujours ses discours18 – qui a pu être conservé et transmis par des sources dans lesquelles Dion en aurait puisé la teneur (l’expression τοίαδε19 indique bien une approximation). Nous possédons encore, grâce à l’Histoire Romaine, trois autres discours qui peuvent évoquer ce slogan, le fameux débat entre Mécène et Agrippa du livre 52 et l’oraison funèbre d’Auguste par Tibère au livre 56. Le débat entre Mécène et Agrippa est considéré comme encore plus fictif et beaucoup plus en rapport avec les problèmes politiques du début du IIIe siècle. Octavien, hésitant entre une « démocratie » et une « monarchie », demande conseil à ses proches collaborateurs et chacun expose les avantages de l’un des régimes, Agrippa ceux de la démocratie et Mécène ceux de la monarchie. Ce débat rhétorique et de philosophie politique peut contenir des allusions à ce qu’Agrippa, Mécène ou l’entourage du prince pouvaient penser du thème Res publica restituta. De la même façon, lorsque Tibère procède à l’éloge funèbre de son prédécesseur et père adoptif, il est vraisemblable qu’il évoqua ses intentions de 27 et Dion peut s’en faire l’écho. À côté des discours, lieux privilégiés de la propagande, nous avons, dans le récit de Dion, deux passages intéressants consacrés à la réaction des auditeurs, les sénateurs en 27 avant J-C. et les Romains en général en 14 après J.-C.
16Nous avons enfin les commentaires personnels de Dion, qui ne manquent pas d’intérêt, même si on a pu les juger décalés20. La plupart des spécialistes ont mis en avant la théorie de Dion du « meilleur régime possible » et souligné que pour lui il ne faisait aucun doute qu’il s’agit du Principat qu’il appelle « monarchie » et qu’il définit à plusieurs reprises. Notamment beaucoup voient dans le discours de Mécène et ses conseils à Auguste les vues personnelles de l’historien sévérien et ses conseils à Alexandre Sévère. On voit aussi souvent chez Dion Cassius une admiration totale pour Auguste, le fondateur du Principat. Or une étude plus minutieuse montre qu’il est souvent ironique, voire critique et qu’il insiste fréquemment sur la différence entre l’illusion (Res publica restituta ?) et la réalité (pouvoir absolu, μοναρχία, voire αὐταρχία). Aussi allons-nous essayer de lire entre les lignes et de démêler les fils enchevétrés de la trame tissée par Dion.
17Si nous prenons le premier paragraphe du livre 5021, les choses sont claires : Ὁ δὲ δῆμος ὁ τῶν Ῥωμαίων τῆς μὲν δημοκρατίας ἀφῄρητο, οὐ μέντοι καὶ ἐς μοναρχίαν ἀκριβῆ ἀπεκέκριτο, ἀλλ’ ὅ τε Ἀντώνιος καὶ ὁ Καῖσαρ ἐξ ἴσου ἔτι τὰ πράγματα εἶχον, τά τε πλείω σφῶν διειληχότες, καὶ τὰ λοιπὰ τῷ μὲν λόγῳ κοινὰ νομίζοντες, τῷ δὲ ἔργῳ, ὥς που πλεονεκτῆσαί τι ἑκάτερος αὐτών ἐδύνατο, ἰδιούμενοι (« Le peuple Romain avait été privé de son régime démocratique mais n’avait cependant pas adopté une monarchie au sens strict du terme. Marc Antoine et Octavien détenaient encore le pouvoir à égalité. Il s’étaient partagé par tirage au sort la plupart des fonctions, considéraient théoriquement les autres comme communes, mais essayaient de se les approprier, chacun d’eux cherchant à prévaloir sur son rival »). En 32 donc, c’en est fini de la « république », même si ce n’est pas encore une « monarchie » puisqu’il sont encore deux à se partager le pouvoir.
18Au premier paragraphe du livre 51, Octavien détient seul le pouvoir ; nous sommes en 31, juste après Actium22 : Τοῦτο δὲ οὐκ ἄλλως εἶπον, ἀλλ’ ὅτι τότε πρῶτον ὁ Καῖσαρ τò κράτος πᾶν μόνος έἶχε (« Si j’ai donné cette date précise (2 septembre), contrairement à mon habitude, c’est parce que pour la première fois alors César (Octavien) détint seul tout le pouvoir »).
19Le début du livre 5223 présente un examen des différents régimes qu’ont connus les Romains pendant les 725 années de leur histoire : Ταῦτα μὲν ἔν τε τῇ βασιλείᾳ καὶ ἐν τῇ δημοκρατίᾳ ταῖς τε δυναστείαις, πέντε τε καὶ εἴκοσι καὶ ἑπτακοσίοις ἔτεσι, καὶ ἔπραξαν οἱ Ῥωμαῖοι καὶ ἔπαθον· ἐκ δὲ τούτου μοναρχεῖσθαι αὖθις ἀκριβῶς ἤρξαντο, καίτοι τοῦ Καίσαρος βουλευσαμένου τά τε ὅπλα καταθέσθαι καὶ τὰ πράγματα τῇ τε γερουσίᾳ καὶ τῷ δήμῳ ἐπιτρέψαι. Ἐποιήσατο δὲ τὴν διάγνωσιν μετά τε τοῦ Ἀγρίππου καὶ μετὰ τοῦ Μαικήνου (« Voici ce que les Romains accomplirent et subirent en 725 années sous la royauté, la démocratie et les triumvirats. Après cela ils recommencèrent à avoir un régime monarchique, bien que César eût voulu déposer les armes et remettre l’État au sénat et au peuple. Il prit sa décision avec l’aide d’Agrippa et de Mécène »). On notera la restriction très importante introduite par καίτοι et indiquant les intentions d’Auguste (βουλευσαμένου) : « Remettre l’État au sénat et au peuple », formule beaucoup plus proche des Res Gestae (transtuli/μετήνεγκα) que du reddere de Suétone, en tout cas, au sein même de l’Histoire Romaine, assez voisine de l’expression utilisée par Marc Antoine lorsqu’avant Actium il écrit au sénat24 pour exprimer sa volonté (ἐθέλει) de renoncer à sa charge de triumvir (τῆς ἀρχῆς παύσασθαι) et de « remettre les affaires de l’État au sénat et au peuple25 » dès sa victoire, ἐπ’ ἐκείνῃ τῷ τε δήμῳ πάντα τὰ πράγματα ποιήσασθαι. Et Dion rappelle encore au livre suivant26 que Marc Antoine jure « de rendre tout son pouvoir au sénat et au peuple », τò πᾶν κράτος τῇ τε γερουσίᾳ καὶ τῷ δήμῳ ἀποδώσειν. Là, nous avons bien l’équivalent grec de restituere ou de reddere. Or, toujours selon Dion, l’entourage de Marc Antoine le supplie d’attendre un peu « afin d’avoir le temps de rétablir les affaires27 », ἵνα δὴ κατὰ σχολὴν τὰ πράγματα καταστησήται. Le verbe καθίστασθαι rend certainement ici constituere, plus que restituere et correspond à la tâche des triumuiri Reipublicae (τὰ πράγματα) constituendae. Les silences de Dion sur des promesses identiques de la part d’Octavien sont éloquents et correspondent bien à ce que dit Suétone dans le passage que nous avons mentionné28.
20S’il n’en a pas fait la promesse avant Actium, Octavien se voit en tout cas, la paix revenue, ses pouvoirs triumviraux arrivés à expiration ou même largement dépassés, dans l’obligation de se trouver une nouvelle légitimité qui passe soit par un retour à l’ancienne « constitution », la restauration de la République, soit par la fondation d’un nouveau régime. C’est la signification du débat du livre 52 et Dion écrit : « Il prit sa décision avec l’aide d’Agrippa et de Mécène29. » Agrippa prend la parole en premier30 et dissuade son ami de μοναρχῆσαι, « exercer le pouvoir tout seul » car ce régime (πολίτευμα) serait difficile à faire adopter par des gens habitués depuis si longtemps à vivre dans la liberté (ἐν ἐλευθερίᾳ βεβιωκότα)31. Et de donner l’exemple – c’est l’historien grec qui parle par la bouche d’Agrippa – de la démocratie athénienne32 avant d’en revenir au cas des Romains qui, après un régime différent (ἄλλως πολιτευόμενοι) ont choisi la liberté et ses avantages33 : ἥ τε γερουσία προεβούλευε καὶ ὁ δῆμος ἐπεκύρου τό τε στρατευόμενον προεθυμεῖτο καὶ τò στρατηγοῦν ἐφιλοτίμεῖτο (« le sénat délibérait, le peuple ratifiait, l’armée était pleine d’ardeur et les chefs pleins d’ambition »). Agrippa donne enfin comme modèle « républicain » à Octavien la constitution syllanienne34 : Οὐ μέντοι καὶ ἁπλῶς οὕτω συμβουλεύω σοι τὴν ἀρχήν ἀφεῖναι, ἀλλὰ πάντα τὰ συμφέροντα τῷ δημοσίῳ προπρᾶξαι καὶ δόγμασι καὶ νόμοις ἃ προσήκει κατακλεῖσαι, καθάπερ που καὶ ὁ Σύλλας ἐποίησε (« Assurément je ne te conseille pas de renoncer purement et simplement au pouvoir, mais de prendre auparavant toutes les mesures utiles à l’État et de les rendre contraignantes par des décrets et des lois, comme l’a fait Sylla35 »). En fait, il le dissuade et de « renoncer à sa charge » (le triumvirat ou son cinquième consulat ?) et d’établir une μοναρχία qui serait insupportable aux Romains et risquerait de devenir une tyrannie, encore plus odieuse.
21Le premier conseil est naturellement repris par Mécène (ἵνα μή δόξῃς τιςὶν ἐθελούσιος τῆς ἀρχῆς ἐφεῖσθαι, « afin de ne pas avoir l’air aux yeux de certains de renoncer au pouvoir délibérément36 »). En revanche, très subtilement, Mécène prône un gouvernement qui assurerait τὴν δημακρατίαν τὴν ἀληθῆ τήν τε ἐλευθερίαν τὴν ἀσφαλῆ, « une vraie démocratie et une liberté sûre37 » et non pas ce que Dion appelle ici ἡ τοῦ όχλου ἐλευθερία, « la liberté de la populace », et plus loin38, comme Polybe39, ὀχλοκρατία. Mécène conseille nettement à Octavien d’établir un régime monarchique, μοναρχεῖσθαι τòν δῆμον, et d’accepter volontiers ce que les Anglais appelleront « leadership » (προστασία), la « fonction de chef », ou plutôt le fait de ne pas y renoncer puisqu’il l’a déjà40. Et Mécène de conclure41 : Ώστε καὶ ἡμῶν αὐτῶν ἕνεκα καὶ τῆς πόλεως πεισθῶμεν τῇ τύχῃ τῇ τὴν μοναρχίαν σοι διδούςῃ. Καὶ χάριν γε μεγάλην αὐτῇ ἔχωμεν, ὅτι μή μόνον τῶν κακῶν τῶν ἐμφυλίων ἀπέλυσεν ἡμᾶς, ἀλλὰ καὶ τὴν κατάστασιν τῆς πολιτείας ἐπὶ σοὶ πεποίηται (« Ainsi pour nous-mêmes et pour la cité, obéissons à la Fortune qui t’a donné le pouvoir personnel et rendons lui grande grâce non seulement de nous avoir délivrés des maux des guerres civiles mais encore d’avoir placé entre tes mains la (ré)organisation de l’État »). Dans ce texte, l’expression τήν κατάστασιν τῆς πολιτείας évoque naturellement la fonction des triumvirs et κατάστασις pourrait traduire constitutio comme on a vu plus haut42 que καθίστασθαι traduisait constituere. Quant à πολιτεία, on peut se demander si c’est la traduction de Res publica ou un doublet de πολίτευμα pour désigner un « régime » ou encore ce que Velleius Paterculus appelle Reipublicae forma. Cette allusion à la Fortune, nous la retrouvons dans un contexte très semblable, sur lequel nous reviendrons, dans la bouche d’Auguste lui-même43 : Ἐπειδὴ δέ καλῶς ποιοῦσα ἡ τύχη καὶ τὴν εἰρήνην ἄδολον καὶ τὴν ὁμόνοιαν ἀστασίαστον δι’ ἐμοῦ ὑμῖν ἀποδέδωκεν, ἀπολάβετε καὶ τήν ἐλευθερίαν καὶ τὴν δημοκρατίαν, κομίσασθε καὶ τὰ ὅπλα καὶ τά ἔθνη τὰ ὑπήκοα, καὶ πολιτεύεσθε ὥσπερ εἰώθειτε (« Puisque, par mon intermédiaire, la Fortune a bien fait de vous rendre une paix sans ruse et une concorde sans faction, recouvrez aussi la liberté et la démocratie, récupérez les armées, les provinces et les pays soumis et soyez gouvernés conformément à votre habitude »). Et pourtant Mécène va en même temps conseiller à Octavien de faire procéder à l’élection des préteurs et des consuls τῦς τῶν πατρίων μνήμης ἕνεκα καὶ τοῦ μὴ παντελῶς τὴν πολιτείαν μεταλλάττείν δοκεῖν, « en souvenir des coutumes ancestrales et afin de ne pas sembler changer complètement la constitution44 ». On remarquera ce verbe δοκεῖν que l’on a déjà rencontré dans les propos de Mécène45 et qui montre bien ce souci de l’apparence mis en valeur par Dion.
22Après ces discours, Dion est formel, Auguste préféra les conseils de Mécène, mais, précise l’historien, il ne mit pas tout de suite à exécution toutes les suggestions qui lui avaient été faites de peur d’essuyer un échec ἀθρόως μεταρρυθμίσαι τοὺς ἀνθρώπους ἐθελήσας, « en voulant complètement réorganiser le mode de vie des gens46 ». De fait, Mécène lui avait donné ce conseil avisé47 : Ὥστε εἴ τι κήδῃ τῆς πατρίδος, ὑπὲρ ἧς τοσούτους πολέμους πεπολέμηκας, ὑπὲρ ἧς καὶ τήν ψυχὴν ἡδέως ἂν ἐπιδοίης, μεταρρύθμισον αὐτήν καὶ κατακόσμησον πρòς τò σωφρονέστερον (« De sorte que, si tu as quelque souci de ta patrie, pour laquelle tu as mené tant de guerres et aurais si volontiers donné ta vie, réforme-la et réorganise-la dans un sens plus modéré »). Et Dion ajoute : ἀλλὰ τὰ μὲν παραχρῆμα μετεκόσμησε, τὰ δ’ ὕστερον, « il fit certaines réformes tout de suite, d’autres plus tard ». L’utilisation du préfixe μετα- les deux verbes, μετα- ρρυθμίζειν et μετα- κοσμεῖν, comme plus haut avec μετ-αλλάττειν, indique bien et l’idée de changement et l’intention réelle du prince. Parmi les mesures immédiates, signalées par notre historien, figure l’augmentation des familles patriciennes, décimées par les guerres civiles « parce que les patriciens sont réputés nécessaires à la transmission des traditions ancestrales ». Dans ce passage l’ironie de Dion se mesure à la présence d’un petit δῆθεν, « soi-disant » qui accompagne l’énoncé du fait que cette réforme lui aurait été confiée par le sénat48.
23Au début du livre 5349, pour l’année 28, l’historien ne manque pas d’insister sur le retour à la tradition dans le partage des faisceaux d’Auguste avec son collègue Agrippa et sur le respect (apparent) des coutumes ancestrales. Τότε μὲν ταῦτ’ ἐγένετο, τῷ δὲ ἐξῆς ἔτει ἔκτον ὁ Καῖσαρ ἦρξε, καὶ τά τε ἄλλα κατὰ τò νομιζόμενον ἀπò τοῦ πάνυ ἀρχαίου ἐποίησε, καὶ τοὺς φακέλους τῶν ῥάβδων τῷ Ἀγρίππᾳ συνάρχοντί οἱ κατὰ τò ἐπιβάλλον παρέδωκεν, αὐτός τε ταῖς ἑτέραις ἐχρήσατο, καὶ διάρξας τòν ὅρκον κατὰ τὰ πάτρια ἐπήγαγε (« C’est ce qui se passa alors. L’année suivante, César exerça sa charge [de consul] pour la 6e fois et se conforma à tous les usages établis depuis des temps reculés et notamment il accorda à son collègue Agrippa les faisceaux de verges auxquels il avait droit, tandis que lui-même utilisait les autres, et, après avoir exercé sa charge jusqu’au bout, prêta serment selon la coutume ancestrale »). Le prince prend bien soin de ne pas se comporter en dictateur, en gardant les 24 licteurs, et de partager, comme faisaient les consuls de l’ancienne république, justifiant ainsi ce qu’il énonce gravement dans les Res Gestae : « Je n’ai jamais eu plus de pouvoir que mes collègues50. »
24Nous en venons maintenant à ce fameux discours du 13 janvier 27 : Πρός με ὥστε καὶ πάνυ ἂν προστατεῖσθαι ὑπ’ ἐμοῦ ἐθελῆσαι. Οὐ μέντοι καὶ ἐπὶ πλεῖον ὐμᾶς ἐξηγήσομαι, οὐδὲ ἐρεῖ τις ὡς ἐγὼ τῆς αὐταρχίας ἕνεκα πάντα τὰ προκατειργασμένα ἔπραξα· ἀλλὰ ἀφίημι τὴν ἀρχὴν ἅπασαν καὶ ἀποδίδωμι ὑμῖν πάντα ἀπλῶς, τὰ ὅπλα τοὺς νόμους τὰ ἔθνη, οὐχ ὅπως ἐκεῖνα ὅσα μοι ὑμεῖς ἐπετρέψατε, ἀλλά καὶ ὅσα αὐτòς μετα ταῦθ’ ὑμῖν προσεκτησάμην, ἵνα καὶ ἐξ αὐτῶν τῶν ἔργων καταμάθητε τοῦθ’, ὅτι οὐδ’ ἀπ’ ἀρχῆς δυναστείας τινòς ἐπεθύμησα, ἀλλ’ ὄντως τῷ τε πατρὶ δεινῶς σφαγέντι τιμωρῆσαι καὶ τὴν πόλιν ἐκ μεγάλων καὶ ἐπαλλήλων κακῶν ἐξελέσθαι (« Je ne vous dirigerai plus et personne ne pourra dire que c’est pour exercer le pouvoir absolu que j’ai accompli tout ce que j’ai fait : je renonce à tout mon pouvoir et vous restitue absolument tout, l’armée, les lois, les provinces, non seulement toutes celles que vous m’avez confiées mais encore celles que j’ai conquises pour vous plus tard, afin que de mes actions mêmes vous tiriez l’enseignement que dès le début je n’ai pas désiré de “pouvoir discrétionnaire” (triumviral), mais qu’en réalité j’ai voulu venger mon père cruellement assassiné et libéré la cité des maux qui s’étaient abattus sur elle sans interruption51 »).
25Le vocabulaire du « leadership » est exprimé de diverses manières : προστατεῖσθαι ὑπ’ ἐμου, ἐξηγήσομαι, αὐταρχίας avant la phrase-clé tant attendue : ἀλλὰ ἀφίημι τὴν ἀρχὴν ἅπασαν καὶ ἀποδίδωμι ὑμῖν πάντα, phrase dans laquelle ἀποδίδωμι traduit assurément restituo ou reddo, mais où πάντα est un peu insuffisant pour rendre Rem publicam. D’ailleurs Dion fait tout aussitôt expliciter par Auguste ce qu’il « rend » par τὰ ὅπλα, τοὺς νόμους, τὰ ἔθνη, comme le lui avait d’ailleurs conseillé Agrippa52 : ἀπόδος τῷ δήμῳ καὶ τὰ ὅπλα καὶ τὰ ἔθνη καὶ τὰς ἄρχας καὶ τὰ χρήματά (« après avoir rendu au peuple les armées, les provinces, les magistratures et les finances »). Seulement Agrippa avait dit τῷ δήμῳ, « au peuple » et, dans son discours de 27, Auguste dit ὑμῖν, « à vous », c’est-à-dire aux sénateurs !
26Auguste répète sa renonciation solennelle un peu plus loin53 : Ἀποδίδωμι ὑμῖν καὶ τὰ ὅπλα καὶ τὰ ἔθνη τάς τε προσόδους καὶ τοὺς νόμους. Προσόδους, « revenus », reprend naturellement le χρήματα d’Agrippa et νόμους semble faire écho au slogan de l’aureus, leges et iura, et indiquer qu’Auguste rend aussi au sénat son pouvoir législatif et judiciaire.
27Auguste précise en outre qu’il n’a pas l’intention de livrer le sénat aux caprices de la populace d’une « ochlocratie54 ». Bien au contraire, il affirme sa volonté de confier (ἀνατίθημι) l’État, πάντα τὰ κοινὰ, Rem publicam, aux meilleurs et aux plus sensés, c’est-à-dire aux sénateurs : Μὴ μέντοι μηδ’ ὑποπτεύςῃ ὅτι προέσθαι τε ὑμᾶς καὶ πονηροῖς τισιν ἀνδράσιν ἐπιτρέψαι, ἢ καὶ ὀχλοκρατίᾳ τινί, ἐξ ἧς οὐ μόνον οὐδὲν χρηστòν ἀλλὰ καὶ πάντα τὰ δεινότατα ἀεὶ πᾶσιν ἀνθρώποις γίγνεται, ἐκδοῦναι βούλομαι. ‘Υμῖν γάρ, ὑμῖν τοῖς ἀρίστοις καὶ φρονιμωτάτοις πάντα τὰ κοινὰ ἀνατίθημι (« Que personne n’aille soupçonner que je veuille vous remettre à des gens vils ou vous livrer à une ochlocratie, dont rien de bien mais tous les pires maux proviennent. Non, c’est à vous, les meilleurs et les plus sensés que je remets toute l’administration de l’État »). Il reprend là encore une fois les conseils de Mécène qui lui avait recommandé55 τὴν διοίκησιν τῶν κοινῶν ἑαυτῷ τε καὶ τοῖς ἀρίστοις προσθεῖναι, ἵνα βουλεύωσι οἱ φρονιμώτατοι, « de confier la gestion de l’État à lui-même et aux meilleurs afin que ce soient les plus sensés qui prennent les décisions ». Dion ne ménage pas les clins d’œil ironiques qui montrent qu’Auguste a bien appris sa leçon et qu’il supprime ou modifie les arguments ouvertement « monarchiques » pour plaire à ses interlocuteurs. La fin du passage est particulièrement révélatrice à cet égard : Ἐκεῖνο μὲν γὰρ οὐδέποτ’ ἂν ἐποίησα, οὐδ’ εἰ μυριάκις ἀποθανεῖν ἢ καὶ μοναρχῆσαί με ἔδει· τοῦτο δὲ καὶ ὑπὲρ ἐμαυτοῦ καὶ ὑπὲρ τῆς πόλεως ποιῶ (« La première solution [livrer le sénat à la populace], je ne l’aurais jamais prise, dussé-je endurer mille morts ou même gouverner tout seul. La deuxième, je l’adopte dans mon propre intérêt et dans celui de la cité »). Il choisit officiellement la deuxième solution, mais « gouverne tout seul » et ne meurt pas pour autant !
28Après ce discours, Dion présente56 les réactions des sénateurs et l’attitude réelle d’Auguste. Il analyse ainsi très subtilement l’état d’esprit des sénateurs médusés ou subjugués par l’habileté diabolique du prince, ne sachant s’il fallait le croire ou non mais, résignés ou enthousiastes, réclamant à grands cris (διεβόων) un régime monarchique (μοναρχεῖσθαι), obligés de le forcer (κατηνάγκησαν δῆθεν, avec la particule ironique) à αὕταρχῆσαι, variante de μοναρχεῖν, « gouverner seul ». Dion signale aussi que certains sénateurs, écoeurés par les guerres civiles, n’étaient pas défavorables à un changement de régime » (μεταστάσει τῆς πολιτείας ἠρέσκοντο), bien qu’Auguste leur eût tenu des propos conservateurs57 : Πρῶτον μὲν τοὺς κείμένους νόμους ἰσχυρῶς φυλάττετε, καὶ μηδένα αὐτῶν μεταβάλητε· τὰ γὰρ ἐν ταὐτῷ μένοντα, κἂν χείρω ᾖ, συμφορώτερα τῶν ἀεὶ καινοτομουμένων, κἂν βελτίω εἶναι δοκῇ, ἐστίν (« Tout d’abord, gardez soigneusement les lois établies, n’en changez aucune. Car ce qui reste en usage, même si c’est moins bon, est plus avantageux que de perpétuelles innovations, même si elles paraissent meilleures »). Cette idée pourrait appartenir à un Dion sénateur traditionaliste car elle apparaît déjà tout au début de l’Histoire Romaine dans un fragment que Boissevain, le grand éditeur de Dion Cassius, attribue au livre 358, comme étant soit un commentaire personnel de l’auteur, soit une partie d’un discours supposé avoir été prononcé au moment de l’expulsion des Tarquins et de l’instauration de la République : « Tous les changements (μεταβολαί) sont dangereux et surtout ceux qui concernent les régimes (αἱ ἐν ταῖς πολιτείαις) occasionnent aux particuliers et aux cités les maux les plus nombreux et les pires. C’est pourquoi les gens sensés (οἱ νοῦν ἔχοντες) préfèrent garder le même régime, même si ce n’est pas le meilleur, plutôt que de passer (μεταλαμβάνοντες) sans arrêt d’un régime à l’autre. » Alors sont-ce les bouleversements du IIIe siècle après J.-C., ceux de 509 ou ceux de 27 avant J.-C. qui inquiètent notre historien ?
29La fin du chapitre expose les faits : la première décision du nouveau maître a été de se constituer, comme tout tyran qui craint pour sa vie, une garde prétorienne particulièrement bien rémunérée : Καὶ παραυτίκα γε τοῖς δορυφορήσουσιν αὐτòν διπλάσιον τòν μισθòν τοῦ τοῖς ἄλλοις στρατιώταις διδομένου ψηφισθῆναι διεπράξατο, ὅπως ἀκριβῆ τὴν φρουρὰν ἔχῃ. Οὕτως ὡς ἀληθῶς καταθέσθαι τὴν μοναρχίαν ἐπεθύμησε (« Et aussitôt il s’arrangea pour faire voter à ses gardes du corps un salaire double de celui des autres soldats afin d’avoir une véritable garde personnelle. C’est la preuve qu’il voulut réellement établir la monarchie59 »).
30Pour Dion, les intentions réelles d’Auguste sont claires et nous assistons à un renversement complet par rapport au discours précédent : Τὴν μὲν οὖν ἡγεμονίαν τούτῳ τῷ τρόπῳ καὶ παρὰ τῆς γερουσίας τοῦ τε δήμου ἐβεβαιώσατο, βουληθεὶς δὲ δὴ καὶ ὣς δημοτικός τις εἶναι δόξαι, τὴν μὲν φροντίδα τήν τε προστασίαν τῶν κοινῶν πᾶσαν ὡς καὶ ἐπιμελείας τινòς δεομένων ὑπεδέξατο, οὔτε δὲ πάντων αὐτòς τῶν ἐθνῶν ἄρξειν, οὔθ’ ὅσων ἂν ἅρξη, διὰ παντòς τοῦτο ποιήσειν ἔφη, ἀλλὰ τὰ μὲν ἀσθενέστερα ὡς καὶ εἰρηναῖα καὶ ἀπόλεμα ἀπέδωκε <τῇ βουλῇ>, τὰ δ’ ἰσχυρότερα ὡς καὶ σφαλερὰ καὶ ἐπικίνδυνα καὶ ἤτοι πολεμίους τινὰς προσοίκους ἔχοντα ἢ καὶ αὐτὰ καθ’ ἑαυτὰ μέγα τι νεωτερίσαι δυνάμενα κατέσχε, λόγῳ μνὲ ὅπως ἡ μὲν γερουσία ἀδεῶς τὰ κάλλιστα τῆς ἀρχῆς καρπῷτο, αὐτòς δὲ τούς τε πόνους καὶ τούς κινδύνους ἔχῃ, ἔργῳ δὲ ἵνα ἐπὶ τῇ προφάσει ταύτῃ ἐκεῖνοι μὲν καὶ ἄοπλοι καὶ ἄμαχοι ὦσιν, αὐτòς δὲ δὴ μόνος καὶ ὅπλα ἔχῃ καὶ στρατιώτας τρέφῃ (« De cette manière il fit ratifier son pouvoir par le sénat et par le peuple et, tout en voulant passer pour démocrate, accepta la charge de s’occuper des affaires de l’État sous prétexte qu’elles en avaient grand besoin, mais il prétendit qu’il ne gérerait pas lui-même toutes les provinces et, pour celles qu’il gérerait, qu’il ne le ferait pas indéfiniment, mais il rendit au sénat les provinces plus faibles sous prétexte qu’elles étaient pacifiées et sans guerre, tandis qu’il garda pour lui les plus fortes, sous prétexte qu’elles étaient peu sûres, dangereuses et soit avaient des ennemis à leurs frontières soit étaient capables de fomenter par elles-mêmes des révoltes, en théorie pour que le sénat jouisse des plus belles provinces de l’empire et que lui n’ait que les peines et les dangers, en réalité pour que sous ce prétexte les sénateurs soient sans armées et incapables de se battre, tandis que lui aurait seul les armées et entretiendrait des soldats60 »).
31Nous noterons dans ce texte le jeu subtil des apparences démocratiques (βουληθεὶς δημοτικός τις εἶναι δόξαι) et de la réalité du pouvoir personnel (τὴν μὲν φροντίδα τήν τε προστασίαν τῶν κοινῶνπᾶσαν, expression qui rend bien curam et tutelam Rei publicae), l’ironie féroce de Dion concernant le gouvernement des provinces qui s’exprime par w¨j kaiì qu’on peut traduire par « sous prétexte que » et par l’opposition λόγῳ μὲν/ἔργῳ δὲ correspondant aux motifs avancés et motifs réels (garder l’armée avec lui et pour lui).
32Ce renversement est encore plus net un peu plus loin lorsque Dion, après avoir parlé des différentes réformes immédiates et du choix du nom d’Auguste, affirme61 : Οὔτω μὲν δὴ τό τε τοῦ δήμου καὶ τἁò τῆς γερουσίας κράτος πᾶν ἐς τòν Αὔγουστον μετέστη, καὶ ἀπ’ αὐτοῦ καὶ ἀκριβὴς μοναρχία κατέστη (« De cette façon tout le pouvoir du peuple et du sénat passa aux mains d’Auguste et à partir de là fut établie une véritable monarchie »).
33Nous pouvons mettre ce passage en rapport avec les considérations du début des livres 50 et 5262 et constater que le changement de régime est parfaitement étudié par notre historien qui ne manque pas non plus de donner à la fin du livre 5363 son avis personnel (μοι δοκεῖ) sur l’état d’esprit non plus des seuls sénateurs mais des Romains en général qui, selon lui, ont accordé à Auguste toute une série de marques d’honneur non « par flatterie » (ἐκ κολακείας) mais « avec sincérité » (ἐπ’ ἀληθείας) « parce qu’il se comportait à leur égard comme s’ils étaient libres » (ὡς ἐλευθέροις σφισι προσεφέρετο), faisant allusion à toutes les mesures qui préservaient en apparence la continuité républicaine, les élections notamment. Mais Dion juge plus loin64 très sévèrement ces Romains et est tout à fait d’accord avec la nécessité d’instaurer un régime beaucoup plus ferme, en rupture avec les usages « démocratiques » : Καὶ αὑτοῦ ἐνταῦθα ἔτ’ ὄντος ὁ δῆμος τῶν Ῥωμαίων τοὺς ὑπάτους χειροτονῶν ἐστασίασεν, ὥστε καὶ ἐκ τούτου διαδειχθῆναι ὅτι ἀδύνατον ἦν δημοκρατουμένους σφᾶς σωθῆναι. Μικροῦ γοῦν τινος ἔν τε ταῖς ἀρχαιρεσίαις καὶ ἐν ταῖς ἀρχαῖς αὐταῖς κυριεύοντες ἐθορύβησαν (« Et alors qu’il était encore là [en Sicile], le peuple Romain se révolta lors de l’élection des consuls. Cela a bien montré qu’il était impossible qu’ils soient sauvés sous un régime démocratique. Alors qu’ils n’avaient qu’un tout petit pouvoir pour ces élections et ces magistratures, ils fomentaient des troubles »). Cet épisode montre bien que, pour Dion, les Romains ne sont plus capables de gérer le peu de pouvoir qui leur reste, c’est-à-dire, de se gérer démocratiquement.
34Venons-en au dernier grand texte que je souhaitais soumettre, l’oraison funèbre d’Auguste. Naturellement, nous avons là un discours entièrement réélaboré par Dion Cassius, élève de la Seconde Sophistique et l’on sait que le logos epitaphios relève de règles strictes ; l’historien s’y soumet volontiers en donnant la parole à Tibère65. Ποιήσας δὲ ταῦτα, καὶ τò μὲν σχασιωτικòν πᾶν τò περιλειφθὲν φιλανθρωπίᾳ καταστήσας, τò δὲ στρατιωχικòν τò κρατῆσαν εὐεργεσίᾳ μετριάσας, καὶ δυνηθεὶς ἂν ἐκ τούτων καὶ ἐκ τῶν ὅπλων τῶν τε χρημάτων μόνος ἀναμφιλόγως κύριος ἁπάντων, ὧν γε καὶ ὑπ’ αὐτῶν τῶν πραγμάτων ἐγεγόνει, εἶναι, οὐκ ἠθέλησεν, ἀλλ’ ὥσπερ τις ἰατρòς ἀγαθòς σῶμα νενοσηκòς παραλαβὼν καὶ ἐξιασάμενος, ἀπέδωκε πάντα ὑμῖν ὑγιᾶ ποιήσας (« Ayant fait cela, calmé par sa bonté les trublions qui restaient encore et modéré par sa générosité la soldatesque victorieuse, alors qu’il aurait pu après cela avec ses armées et ses richesses être sans conteste maître de tout, ce qu’il était devenu par la force des choses, il ne le voulut pas mais, comme un bon médecin, qui prend en charge un corps malade et le soigne, vous rendit l’État tout entier après l’avoir guéri »). On notera dans ce passage l’irréel exprimé par δυνηθεὶς ἂν, contredit par le réel ἐγεγόνει (qui n’est pas sans rappeler le texte des Res Gestae, ἐγκρατὴς γενόμενος qui traduit potitus) et par l’intention affichée d’Auguste, οὐκ ἠθέλησεν. On remarquera aussi la métaphore médicale soigneusement filée qui aboutit à la formule ἀπέδΟΰΚε πάντα ὑμῖν qui permet dans ce contexte métaphorique de la santé de donner à ἀποδιδόναι le sens fort qu’il partage avec restituere, « rétablir », c’est-à-dire « guérir », puisque l’attribut du complément d’objet est ὑγιᾶ. Signalons que cette image a été utilisée par Livie dans ses conseils à Auguste au moment de la conjuration de Cinna, en 4 de notre ère66.
35Après ce rappel de la renonciation de 27, Tibère évoque la réaction des Romains et l’approuve sans aucune pudeur « démocratique ». À la mort d’Auguste les apparences républicaines n’ont plus lieu d’être sauvées. Le seul régime possible est une προστασία ἑνòς ἀνδρός67 : Ὅθενπερ καὶ ὑμεῖς, καλῶς ποιοῦντες καὶ ὀρθῶς φρονοῦντες, οἀκ ἠνέσχεσθε οὐδὲ ἐπετρέψατε αὐτῷ ἰδιωτεῦσαι, ἀλλ’ ἅτε εὖ εἰδότες ὅτι δημοκρατία μὲν οὔποτ’ ἂν τηλικούτοις πράγμασιν ἁρμόσειεν, προστασία δὲ ἐνòς ἀνδρòς μάλιστ’ ἂν αὐτὰ σώσειεν, ούτε λόγω μέν έπανελθεΐν ές την αύτονομίαν έργω δὲ ἐς τοὺς στασιασμοὺς ἠθελήσατε, καὶ ἐκεῖνον, ὃν αὐτοῖς τοῖς ἔργοις ἐδεδοκιμάκειτε, προκρίναντες ἠναγκάσατε χρόνον γέ τινα ὑμῶν προστῆναι.’ Εξ οὗ δὴ πολὺ μᾶλλον αὐτοῦ πειραθέντες, καὶ δεύτερον αὖθις καὶ τρίτον τεταρ-τόν τε καὶ πέμπτον ἐξεβιάσασθε αὐτòν ἐν τῇ τῶν κοινῶν διαχειρίσει ἐμμεῖναι. Καὶ μάλα εἰκότως (« C’est pourquoi, vous, vous avez bien fait et bien pensé de ne pas accepter ni de lui permettre de redevenir un simple particulier, mais, conscients qu’une démocratie n’est plus adaptée à des affaires d’une telle envergure, mais que la direction d’un seul homme pourrait les sauver, vous n’avez pas voulu retourner à une autonomie théorique mais à des factions de fait, et lui, dont vous aviez mesuré la valeur par ses exploits eux-mêmes, vous l’avez choisi et forcé à être votre chef pour un certain temps. Ensuite, après l’avoir apprécié encore plus, vous l’avez obligé à rester dans la conduite des affaires une deuxième, une troisième, une quatrième et une cinquième fois. Et vous avez eu raison »). Et Tibère de conclure68 : Τίς μὲν γὰρ οὐκ ἂν ἕλοιτο ἀπραγμόνως σώζεσθαι καὶ ἀκινδύνως εὐδαιμονεῖν, καὶ τῶν μὲν ἀγαθῶν τῶν τῆς πολιτείας ἀφθόνως ἀπολαύειν, ταῖς δὲ δή φροντίσι ταῖς ὑπέρ αὐτῆς μὴ συνεῖναι ; (« Qui ne choisirait pas en effet la sécurité sans trouble, la prospérité sans danger et la jouissance sans restriction des bienfaits d’un régime sans en avoir les soucis en permanence ? »)
36Dion commente ensuite, en développant les arguments qu’il avait mis dans la bouche de Tibère, le chagrin réel (δεινῶς ἐπόθουν) des Romains à la mort d’Auguste par le succès de cette constitution mixte (μίξας)69 : Διά τε οὖν ταῦτα, καὶ ὅτι τὴν μοναρχίαν τῇ δημοκρατίᾳ μίξας τό τε ἐλεύθερóν σφισιν ἐτήρησε καὶ τò κόσμιον τό τε ἀσφαλὲς προσπαρεσκεύασεν, ὥστ’ ἔξω μὲν τοῦ δημοκρατικοῦ θράσους ἔξω δὲ καὶ τῶν τυραννικῶν ὕβρεων ὄντας ἔν τε ἐλευθερίᾳ σώφρονι καὶ ἐν μοναρχίᾳ ἀδεεῖ ζῆν, βασιλευομένους τε ἄνευ δουλείας καὶ δημοκρατουμένους ἄνευ διχοστασίας, δεινῶς αὐτòν ἐπόθουν (« Pour ces raisons et parce que, ayant mêlé la monarchie à la démocratie, il veilla à leur liberté et établit l’ordre et la sécurité, de sorte qu’ils vivaient dans une liberté modérée loin des excès démocratiques et des insolences tyranniques et dans une monarchie sans crainte, gouvernés par un roi sans être esclaves et dans un régime démocratique sans dissensions, ils le regrettaient terriblement »).
37Il termine ensuite par un commentaire personnel (γράφω) qui semble objectif et dénué d’ironie70 : Κεφάλαιον δὲ ἐφ’ ἅπασιν αὐτοῖς γράφω ὅτι τό τε στασιάζον πᾶν ἔπαυσε καὶ τò πολίτευμα πρός τε τò κράτιστον μετεκόσμησε καὶ ἰσχυρῶς ἐκράτυνεν (« Je dirai simplement en résumé qu’il a fait cesser toutes les dissensions, a modifié le régime dans le sens de la plus grande efficacité et qu’il l’a fortement consolidé »). On notera l’emploi du verbe μετα- κοσμεῖν, qui exprime à la fois l’idée de changement (μετα-) et celle de mise en ordre et d’amélioration (κοσμóς).
38Nous avons ailleurs71 comparé ces passages au texte de Tacite étudié par O. Devillers, mais nous préférons rester ici à l’intérieur même de l’Histoire Romaine et mettre en perspective ces divers discours ainsi que les remarques de Dion concernant les réactions des Romains et ses propres commentaires.
39Pouvons-nous dire que, selon l’historien sévérien, il y a « rétablissement de la République », restitution des institutions anciennes, retour aux pratiques républicaines ou plutôt rupture, changement, instauration d’un nouveau régime qu’il appelle d’abord μοναρχία, puis προστασία, mot qui correspond sans doute le mieux à principatus, « première place » ? Il nous semble que son analyse, pour rhétorique et parfois décalée qu’elle soit, n’est dépourvue ni d’exactitude ni de finesse et qu’elle rend bien et l’ambiguïté de la conduite d’Auguste et celle de la réaction des Romains.
40Pour la période allant de 31 à 27, utilisant les sources les plus variées et connaissant aussi bien les documents officiels que la correspondance privée et les mémoires d’un certain nombre d’acteurs politiques de cette époque, Dion aboutit à un constat clair qui n’a rien de surprenant : dès 31, c’est pratiquement une « monarchie » qui s’installe. L’intention réelle d’Octavien c’est bien de μοναρχεῖν, « gouverner tout seul », mais, habileté plus qu’hypocrisie de sa part, le prince a su assurer une transition sans rupture en affectant un retour au mos maiorum. Pour notre historien, en 27, il y a bien changement de régime, mais la Res publica, au sens d’« affaires publiques », a bien été restituta, « rétablie », « remise en état », voire « soignée ». Il s’agit d’un changement « salutaire », pour reprendre la métaphore médicale et les emplois nombreux de σώζεσθαι (et de σωθηρία) dans les discours officiels, correspondant au latin (con)seruare. Livie dit ainsi à Auguste72 : Αἱ προστασίαι ἐπὶ τῇ τῶν ἀρχομένων σωθηρίᾳ καθίστανται (« Les principats ont été institués pour le salut des gouvernés »). Une autre lecture des livres 51 à 56 mériterait cependant d’être faite en rapport avec les problèmes politiques contemporains de notre historien. Sénateur, appartenant aux élites provinciales, vantées par Mécène, Dion est extrêmement sensible aux ménagements d’Auguste à l’égard de l’aristocratie sénatoriale. Dans tous les passages où il traite du meilleur régime possible, il est clair que pour lui la démocratie est toujours menacée par l’ochlocratie et que ce n’est donc pas au peuple qu’il faut restituere Rem publicam, mais aux meilleurs et aux plus avisés, c’est-à-dire aux sénateurs. Pour lui, le meilleur régime possible est une constitution mixte, une sorte de « monarchie parlementaire » dans laquelle le partage des pouvoirs se fait exclusivement entre le prince et le sénat. L’Histoire Romaine célèbre d’ailleurs comme optimi principes ceux qui ont appliqué ces principes et comme mauvais ceux qui, populaires ou tyranniques, ont brimé ou ignoré le sénat – et Dion lui-même a eu à en souffrir. La Res publica selon lui n’est pas celle des tribuns de la plèbe, mais celle des patres.
Notes de bas de page
1 Cf. Rich J.W., Williams J.H.C., « Leges et iura P.R. Restituit : a New Aureus of Octavian and the Settlement of 28-27 BC », NC, 1999, p. 169-213.
2 « Res Publica Restituta, a modern illusion », Evans J. (dir.), Polis and Imperium, Toronto, 1974, p. 278-311. Voir aussi Mackie N.K., « Res publica restitua, a Roman Myth », Deroux C. (dir.), Studies in Latin Literature and Roma History, IV, Bruxelles, 1986, p. 302-340 ; Bringmann Kl., « Von der res publica amissa zur res publica restituta. Zu swei Schlagworten aus der Zeit zwischen Republik und Monarchie », Spielvogel J. (dir.), Res publica reperta, 2002, p. 119-120 ; Welwei K.W., « Respublica und Imperium », Historia 177, 2004, p. 29-41 ; Roddaz J.-M., « La metamorphose : d’Octavien à Auguste », Fondements et crises du pouvoir, S. Franchet d’Esperey, V. Fromentin, Gotteland, J.-M. Roddaz (dir.), Bordeaux, 2003, p. 397-402.
3 Traduction P. Jal, CUF.
4 I, 589, traduction R. Schilling, CUF.
5 Histoire romaine, II, 89, traduction J. Hellegouarc’h.
6 Aug. 28, 1, traduction H. Ailloud, CUF.
7 34, 1, traduction M. Dubuisson.
8 Res Gestae, 1, 1. τὰ κοινὰ πράγματα [ἐκ τῆ]ς τ[ῶ]ν συνο[μοσα]μένων δουλήας [ἠλευ]θέ[ρωσα.
9 1, 4 ; 7, 1.
10 Cf. Strothmann M., Augustus – Vater der res publica. Zur Funktion der drei Begriffe restitutio – saeculum – pater patriae im augusteischen Principat, Wiesbaden, 2000, p. 17.
11 CIL I2 231 [Quod rem publicam] p(opulo) R(omano) rest[it]u[it].
12 1, 1. rem publicam [a do] minatione factionis oppressam in libertatem uindica[ui].
13 Annales, I, 9, 5.
14 Cf. Millar F., A Study of Cassius Dio, Oxford, 1964, p. 102-118 ; Reinhold M., From Republic to Principate : an Historical Commentary on Cassius Dio’s Roman History Books 49-52, Atlanta, 1987, p. 165-210 ; Reinhold M., Swan P.M., « Cassius Dio’s Assessment of Augustus », Between Republic and Empire, Raaflaub K.A. et Toher M. (dir.), Berkeley-London, 1990, p. 155-173.
15 Cf. Millar, A Study of Cassius Dio, p. 83.
16 LIII, 2, 7.
17 LIII, 11, 1.
18 Aug. 84.
19 LIII, 2, 7.
20 Cf. Millar, A Study of Cassius Dio, p. 92.
21 L, 1, 1. Traduction M.-L. Freyburger pour la CUF.
22 LI, 1, 1. Traduction M.-L. Freyburger pour la CUF.
23 LII, 1, 1-2. Traduction M.-L. Freyburger.
24 XLIX, 41, 6. Voir Palmer R.E.A., « Octavian’s first Attempt to restore the Constitution (36 BC) », Athenaeum 56, 1978, p. 315-328.
25 Ibid. Traduction M.-L. Freyburger pour la CUF.
26 L, 7, 1. Traduction M.-L. Freyburger pour la CUF.
27 L, 7, 2. Traduction M.-L. Freyburger pour la CUF.
28 Aug. 28, cf. supra p. 326.
29 LII, 1, 2. Cf. supra p. 330.
30 LII, 2-13 ; la fin du discours d’Agrippa et le début de celui de Mécène manquent dans toute la tradition manuscrite.
31 LII, 5, 3-4.
32 LII, 9, 2.
33 LII, 9, 5. Traduction M.-L. Freyburger.
34 LII, 13, 5. Traduction M.-L. Freyburger.
35 Sur la restauration syllanienne, voir Hantos Th., Res publica constituta, Stuttgart, 1988.
36 LII, 18, 1. Traduction M.-L. Freyburger.
37 LII, 14, 4.
38 LIII, 8, 4.
39 VI, 4, 6.
40 LII, 17, 1.
41 LII, 18, 4. Traduction M.-L. Freyburger.
42 Supra p. 331.
43 LIII, 5, 5. Traduction M.-L. Freyburger.
44 LII, 20, 2. Traduction M.-L. Freyburger.
45 LII, 18, 1, supra p. 332.
46 LII, 41, 1.
47 LII, 14, 1. Traduction M.-L. Freyburger.
48 LII, 42, 5. Pour l’ironie de Dion, cf. Rich J.W., Cassius Dio, The Augustan Settlement, Warminster, 1990, p. 15.
49 LIII, 1, 1. Voir Ferrary J.-L., « Res publica restituta et les pouvoirs d’Auguste », Franchet d’Esperey S., Fromentin V., Gotteland S., Roddaz J.-M. (dir.), Fondements et crises du pouvoir, Bordeaux, 2003, p. 419-420.
50 § 34 : nihilo amplius habui quam qui fuerunt mihi quoque in magistratu conlegae.
51 LIII, 4, 3-4. Traduction M.-L. Freyburger.
52 LII, 13, 1.
53 LIII, 9, 6.
54 LIII, 8, 4-5. Cf. supra p. 332. Traduction M.-L. Freyburger.
55 LII, 14, 3. Traduction M.-L. Freyburger.
56 LIII, 11-12.
57 LIII, 10, 1-2. Traduction M.-L. Freyburger.
58 III, 12, 3a = M 17.
59 LIII, 11, 5. Traduction M.-L. Freyburger.
60 LIII, 12, 1-3. Traduction M.-L. Freyburger.
61 LIII, 17, 1. Traduction M.-L. Freyburger.
62 Cf. supra p. 330.
63 LIII, 33, 1.
64 LIV, 6, 1-2. Traduction M.-L. Freyburger.
65 LVI, 39, 1. Traduction M.-L. Freyburger.
66 LV, 17, 1.
67 LVI, 39, 5. Traduction M.-L. Freyburger.
68 LVI, 40, 1. Traduction M.-L. Freyburger.
69 LVI, 43, 4. Traduction M.-L. Freyburger.
70 LVI, 44, 2. Traduction M.-L. Freyburger.
71 Cf. « Tacite et Dion Cassius », Actes du colloque « Présence de Tacite « , Tours, 1992, p. 127-139.
72 LV, 20, 2.
Auteur
-
Marie-Laure Freyburger-Galland
Professeur de grec, Université de Haute Alsace, UMR 7044.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Un constructeur de la France du xxe siècle
La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)
Pierre Jambard
2008
Ouvriers bretons
Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968
Vincent Porhel
2008
L'intrusion balnéaire
Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)
Johan Vincent
2008
L'individu dans la famille à Rome au ive siècle
D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan
Dominique Lhuillier-Martinetti
2008
L'éveil politique de la Savoie
Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)
Sylvain Milbach
2008
L'évangélisation des Indiens du Mexique
Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)
Éric Roulet
2008
Les miroirs du silence
L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934
Patrick Bourgalais
2008
