• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16478 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16478 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires de Rennes
  • ›
  • Histoire
  • ›
  • Servir le Roi Soleil
  • ›
  • Troisième partie. Héritages
  • ›
  • Chapitre IX. Un ministre sans clientèle ...
  • Presses universitaires de Rennes
  • Presses universitaires de Rennes
    Presses universitaires de Rennes
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Une clientèle de financiers pour un ministre des finances ? Dans l’ombre des Le Tellier Lignage contre clientèle La transformation des clientèles administratives à la fin du règne de Louis XIV Notes de bas de page

    Servir le Roi Soleil

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Chapitre IX. Un ministre sans clientèle ?

    p. 239-260

    Texte intégral Une clientèle de financiers pour un ministre des finances ? Dans l’ombre des Le Tellier Lignage contre clientèle La transformation des clientèles administratives à la fin du règne de Louis XIV Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Avec les réseaux de Richelieu, des Colbert et des Le Tellier, le XVIIe siècle a produit les plus célèbres clientèles ministérielles de l’Ancien Régime. Plaçant leurs clients aux postes-clés de l’administration royale, tant au Conseil que dans les provinces, ces grands commis de l’État ont fait des pyramides de fidélités un de leurs principaux moyens d’action et le relais indispensable de leurs ordres. Théorisé et érigé en modèle, ce système de gouvernement semble cependant en décalage avec l’environnement social des ministres de la seconde partie du règne de Louis XIV et avec leur usage plus restrictif du patronage.

    2À ce titre, la clientèle de Claude Le Peletier constitue un objet d’étude exceptionnel pour tenter de caractériser la transformation des clientèles ministérielles à la fin du XVIIe siècle, de par la longévité du contrôleur général, la diversité des fonctions qu’il a exercées et le bon état de conservation de sa correspondance personnelle. Claude Le Peletier ne put jamais se reposer sur les vastes réseaux de ses glorieux prédécesseurs : il s’efforça d’aider quelques clients et amis, mais se préoccupa surtout d’établir sa famille et sa lignée. Cette attitude invite à questionner, une nouvelle fois, le lien entre parenté, lignage et clientèles administratives, et à se demander si cette apparente faiblesse du ministre n’était pas en passe de devenir la norme à la fin du règne de Louis XIV.

    Une clientèle de financiers pour un ministre des finances ?

    3Depuis l’étude magistrale de D. Dessert sur les financiers du règne de Louis XIV, on connaît les liens étroits qui unissaient l’administration des finances – et, plus largement, le personnel gouvernemental –, aux manieurs d’argent chargés de lever l’impôt ou de voler au secours de la monarchie grâce aux affaires extraordinaires qui se multipliaient à chaque conflit1. L’attribution d’une place de fermier général, l’acquisition d’une charge de receveur général des finances ou la prise de participation dans un traité étaient soumises, in fine, au bon vouloir du contrôleur général, fût-ce par le truchement d’un de ses collègues ministres, d’un de ses commis ou d’une personnalité influente de la cour, voire du roi lui-même. À l’inverse, les ministres et leurs employés dépendaient en partie des hommes d’argent, chargés de faire fructifier leurs placements, de gérer leurs biens ou de leur avancer les sommes nécessaires à leurs investissements. La plupart des responsables politiques de l’époque, en particulier les surintendants et contrôleurs généraux des finances, étaient soit issus des milieux financiers, soit pourvus d’alliances matrimoniales avec le monde de la maltôte. Pontchartrain, par exemple, était issu d’une lignée de gros financiers du début du siècle2 et deux de ses principaux collaborateurs, les intendants des finances Lefèvre de Caumartin et Bignon de Blanzy, prirent femme dans des familles de fermiers généraux3.

    4Au gré de ces alliances et des nominations des ministres successifs se constituaient donc des regroupements de financiers qui accaparaient les places les plus lucratives de l’appareil fisco-financier, jusqu’à ce que les revers de fortune de leurs parents et protecteurs entraînent la prise de pouvoir d’un groupe concurrent. L’illustration la plus achevée de ce processus est fournie par l’arrivée au pouvoir de Jean-Baptiste Colbert en 1661 et l’éviction concomitante des traitants liés à Fouquet4. Entre 1661 et sa mort en 1683, le contrôleur général recouvrit le pays d’un gigantesque réseau de clients liés par la parenté et par les prises d’intérêt croisées. Au-delà de l’exemple du Rémois, peut-on en déduire que « la constitution de “lobbies” où se côtoient maltôtiers, affairistes et responsables politiques est rendue inévitable, compte tenu de la structure du système fisco-financier de la monarchie et du tissu sociologique dans lequel ce dernier s’épanouit5 » ? Si Pontchartrain semble avoir eu recours à des procédés identiques, quoique à un degré moindre, en favorisant la carrière de certains gros traitants, en est-il de même de Claude Le Peletier ?

    5Dans les poursuites que lança ou relança notre personnage entre 1683 et 1685, on a pu voir l’amorce d’un tel processus : Claude Le Peletier aurait écarté les financiers en place, proches de Colbert, pour les remplacer par ses propres clients. Cette hypothèse semble confirmée par les difficultés financières que rencontrèrent des proches de Colbert, comme Samuel Daliès de La Tour, dès la mort du contrôleur général6. On l’a vu, les poursuites lancées par Le Peletier concernèrent deux grands ensembles de malversations : l’affaire des pièces de quatre sols, d’une part, et les fraudes commises en Normandie et dans les généralités de Bordeaux et de Montauban, d’autre part7. Quelques-uns des membres les plus en vue du « lobby » Colbert furent écartés ou poursuivis par Le Peletier : Nicolas Desmarets était le neveu du contrôleur général, et François Bellinzani l’un de ses plus proches collaborateurs ; contrôleur de la maison du cardinal Mazarin, Louis Berryer était un ami de Colbert, qui lui procura une charge de secrétaire du Conseil ; Louis Béchameil avait épousé Marie Colbert, cousine du contrôleur général, et seconda son parent dans l’administration des finances8 ; les trois frères Bauyn étaient des clients de longue date du ministre et André Claustrier, un obligé de Desmarets ; quant aux Dujardin, ils étaient cousins de Béchameil et donc de Desmarets9. Le montant des amendes prononcées invite cependant à relativiser l’importance de ces poursuites : avec environ 2 500 000 livres d’amende, elles furent loin d’avoir l’ampleur des condamnations de la chambre de 166110, d’autant que la plupart de ces amendes découlaient de recherches lancées par Colbert et encore non abouties à sa mort.

    6Ces poursuites ne s’inscrivaient pas dans un schéma colbertien de prise de contrôle de l’administration financière. En poursuivant certains financiers du clan Colbert, Claude Le Peletier n’avait d’autre ambition que de rendre la justice, ainsi qu’il l’annonça au roi11. De fait, la domination du « lobby » Colbert sur le monde de la finance ne fut jamais remise en cause. À partir de 1684, le clan rival des lézards accapara le contrôle général des finances, les deux commissions d’intendant des finances et la commission de premier commis du contrôleur général, mais l’administration des finances ne fut pas victime d’une épuration en règle. Il en alla de même au Trésor royal, où Gédéon Berbier du Metz et Claude Hénin, son premier commis, étaient, selon Le Peletier lui-même, « tout dévoués à M. de Seignelay12 ». En 1689, lorsque Jehannot de Bartillat, garde du Trésor royal par commission depuis 1664, choisit de se retirer plutôt que d’acheter un des deux offices nouvellement créés, c’est Nicolas de Frémont, l’une des figures de proue du groupe de financiers proche de Colbert, qui se porta acquéreur de cette charge stratégique13. Parents et clients du Rémois continuèrent de peupler les recettes générales et les emplois de trésoriers généraux : hormis Philippe Brochet, nommé en 1685 trésorier général des ponts et chaussées, et Pierre Richer, commis à la charge de receveur général des revenus casuels fin 1686, nous n’avons pas trouvé trace d’autre proche de Le Peletier promu à de telles fonctions.

    7On l’a dit, le contrôleur général semble avoir été très marqué par l’affaire Fouquet. Peut-être par crainte de subir le même sort que lui, Le Peletier ne chercha ni à faire réhabiliter la mémoire du surintendant, ni à précipiter le clan du défunt contrôleur général dans un semblable chaos. L’eût-il désiré que la modestie de ses alliances dans le monde de la finance l’aurait empêché d’en tirer avantage. À l’inverse de Colbert, Le Peletier ne pouvait s’appuyer sur un vaste réseau de maltôtiers. Les liens apportés par son alliance avec les Fleuriau ne concernaient, on l’a vu, que des personnages en fin de carrière14. Les seules alliances vraiment utiles étaient celles de Pierre et de Philippe Langlois, respectivement receveurs généraux de Champagne et de Montauban, amis de Le Peletier de Souzy, Fleuriau d’Armenonville et Le Tonnelier de Breteuil, et beaux-frères de Pierre Lépinesu ; de François de Leles, receveur général des finances d’Artois, commis de Le Peletier de Souzy, de ses frères Ambroise et Jean-Baptiste, de ses cousins François et Joachim de Leles. Enfin, le 5 décembre 1685, en épousant Marie-Jeanne Gilbert, Joseph-Jean-Baptiste Fleuriau d’Armenonville s’unissait à une nièce du fermier général Jean Robert et devenait le beau-frère de Louis Blin, premier commis de Le Tonnelier de Breteuil et également fermier général15.

    8Le « lobby » Le Peletier apparaît bien modeste au regard du vaste réseau ganglionnaire mis en place par le Rémois, dont les ramifications s’étendaient à l’ensemble du royaume. L’année 1683 ne marqua pas la victoire d’un nouveau groupe de maltôtiers, qui auraient supplanté les traitants en place ; les avatars du « lobby » Colbert continuèrent de dominer la finance jusqu’à la fin du règne. D’après notre analyse, l’exemple de Claude Le Peletier vient infirmer l’axiome de D. Dessert selon lequel « chaque surintendant ou chaque contrôleur des finances se constitue, au gré des alliances ou des rencontres fortuites avec des auxiliaires zélés, toute une clientèle de financiers féaux, parfois assez habiles pour suivre à tout coup le ministre influent. Aucun des ministres n’échappe à la règle16 ». L’étude d’E. Pénicaut sur Michel Chamillart semble conforter notre hypothèse : la petite chambre de justice mise en place par Chamillart en juin 1700 témoigna davantage du besoin de remettre en ordre les finances du royaume après la guerre de la Ligue d’Augsbourg que de la prise de contrôle d’un groupe de financiers réunis autour du nouveau contrôleur général. Chamillart ne disposait pas, avec les quelques amitiés qu’il avait nouées entre 1690 et 1699, d’une clientèle suffisante pour remplacer celle qui était en place, et la volonté de ce ministre de confier l’essentiel des affaires à deux financiers, François Mauricet de La Cour et Jacques Poulletier, démontre qu’il ne fit jamais partie de leur monde17.

    9Faut-il y voir la conséquence de l’évolution du recrutement des successeurs de Colbert, les Le Peletier, Pontchartrain, Chamillart, tous issus de familles depuis longtemps passées dans la magistrature, et qui, malgré leur expérience des finances acquise dans différents emplois, avaient hérité de la culture et des réseaux sociaux propres aux juristes davantage que de ceux des financiers ? Ou, plus simplement, s’agit-il du triomphe posthume du Rémois ? En comparant les listes des fermiers généraux lors des renouvellements des baux des fermes de 1681, 1687 et 1691, on constate que la plupart des noms reviennent deux, sinon trois fois, et encore certains personnages disparurent-ils en raison de leur âge avancé. D. Dessert a signalé cette permanence pour la période 1663-1687. Nous proposons d’étendre la mainmise des financiers proches de Colbert sur la ferme générale au moins jusqu’à la fin du siècle, et sans doute au-delà. Le « lobby » Colbert, auxiliaire indispensable de ministres que les guerres successives privaient de tout répit et de toute marge de manœuvre, n’était-il pas devenu la finance ?

    Dans l’ombre des Le Tellier

    10La faible importance de la clientèle financière du contrôleur général découlait en grande partie des fonctions exercées par Claude Le Peletier dans le cadre de la clientèle des Le Tellier jusqu’en 1683. Façonnée par quarante années de présence au sommet de l’État et au Conseil, cette clientèle bien structurée pouvait représenter un apport non négligeable à un ministre désireux d’imposer sa marque au département des finances : elle permettait de disposer d’un vivier de conseillers d’État expérimentés et de jeunes maîtres des requêtes ambitieux pour peupler les intendances et les commissions du Conseil. Cette clientèle pouvait être utilisée pour surveiller l’activité des maltôtiers, en contrôlant les adjudications annuelles des étapes dans les généralités, en suscitant l’émergence de nouvelles compagnies de financiers parmi les commissaires et commis de l’extraordinaire des guerres, ou en intervenant dans la gestion courante du trésorier général de l’extraordinaire des guerres, principal destinataire des fonds distribués par le Trésor royal. En somme, une telle clientèle pouvait dispenser un contrôleur général de posséder son propre « lobby » pour administrer les finances. Claude Le Peletier eut-il recours au réseau de ses patrons ? Le fit-il sien, et développa-t-il ses ramifications dans le monde de la finance, comme le suggère S. Chapman18 ?

    11C’est sa fidélité à Michel Le Tellier qui liait Claude Le Peletier au destin du clan rassemblé autour de son patron. Quoique devenu ministre, sa position au sein de ce réseau d’obligés ne changea pas jusqu’à la mort du chancelier le 30 octobre 1685. Peu avant sa mort, les Le Tellier tinrent comme à leur habitude une conférence familiale afin d’arrêter une stratégie susceptible de leur permettre de conserver les trois départements ministériels dont ils avaient la maîtrise :

    « M. le chancelier, étant venu au point qu’il ne croyait pas qu’il eût longtemps à vivre, et désirant que M. Le Peletier pût être fait chancelier, en fit l’ouverture à M. de Louvois, qui, ayant toujours plus d’envie que moi de me faire contrôleur général des finances, proposa qu’en ce cas il me falloit faire avoir cette charge, s’ils pouvaient venir à bout du reste. J’appris cela par M. de Tilladet, qui avait été présent à la conférence qu’on avait tenue là-dessus19. »

    12Si la translation de Le Peletier à la chancellerie semblait aller de soi, pour l’intéressé comme pour les observateurs du jeu du Conseil, le clan Le Tellier ne disposait d’aucune solution de rechange crédible pour l’emploi de contrôleur général, ce qui détermina sans doute finalement le roi à faire de Louis Boucherat son chancelier. Dès lors, Le Peletier lui-même semble avoir eu quelques difficultés à définir sa place au sein du clan de son ancien patron par rapport à son nouveau chef, le marquis de Louvois. Contrairement à ce que pensèrent les contemporains et de nombreux historiens du XIXe siècle, le contrôleur général fut loin d’être aux ordres de l’impétueux secrétaire d’État de la Guerre20. Leurs relations furent tendues : Le Peletier se heurta à Louvois sur la question de la réduction des dépenses militaires et ne put le convaincre ni de joindre ses supplications aux siennes afin de fléchir la volonté royale, ni de modérer les dépenses des administrations qui dépendaient de lui, la Guerre et les Bâtiments. L’incompréhension entre ces deux personnages avait des racines plus profondes que ces tensions dues à leurs positions respectives de grand argentier et d’ordonnateur des plaisirs du roi. Le Peletier ne réussit pas à recréer avec Louvois le climat de confiance et d’estime réciproque dans lequel il avait vécu avec son père le chancelier. Il rendit toujours exactement ses devoirs au secrétaire d’État, mais la correspondance, quoiqu’assidue, qu’échangèrent les deux hommes entre 1683 et 1689 témoigne du changement brutal auquel Le Peletier fut confronté. Les lettres de Michel Le Tellier étaient longues et fouillées, elles débordaient d’anecdotes, d’allusions, qui étaient la marque d’autant d’expériences communes. Le chancelier y abordait les sujets les plus divers, échos de la Cour et de la Ville, devenir d’un membre de la famille ou d’un client, considérations sur l’enseignement, la religion ou les devoirs d’un ministre. Louvois, au contraire, s’exprimait avec ironie et parfois une certaine violence, dans un style dru et féroce. Il affectionnait les litotes, les tournures négatives et les menaces voilées, afin de susciter l’inquiétude ou la crainte chez ses correspondants. Claude Le Peletier n’était en rien préparé à ce style acerbe et rude fait de boutades parfois grossières et à ces lettres courtes et sèches dépourvues de toute préoccupation personnelle21.

    13Malgré tous les liens qui les unissaient, Louvois et Le Peletier n’appartenaient pas au même monde moral. Alors que l’un incarnait jusqu’à la caricature le ministre tyran, dur et même cruel avec ses subordonnés, l’autre aspirait au calme d’une vie modérée et bien réglée, certes consacrée au service du roi et à l’établissement de sa famille, mais sans la passion dévorante et brutale qui habitait aussi bien Louvois que Colbert. On connaît l’aversion de Le Peletier pour le second ; il est plus surprenant de retrouver, dans ses Mémoires, de vives critiques sur la politique que mena Louvois après la disparition de son père. Il est vrai que Louvois ne considéra jamais Claude Le Peletier avec les yeux de Michel Le Tellier : pour le ministre de la Guerre, la prudence et les scrupules du contrôleur général trahissaient sa timidité et sa faiblesse, voire son incompétence. Habitué à être le maître après le roi, seul chef du clan après la mort du chancelier, il pouvait difficilement accepter la présence à ses côtés d’un homme qui aurait pu le menacer dans ses prérogatives. Claude Le Peletier redevint alors un client parmi d’autres, même si sa charge de contrôleur général lui valut des égards particuliers, et fut remplacé auprès du nouveau chef du clan par son frère Michel, plus proche de Louvois par l’âge et le tempérament.

    14Quoique raillé et méprisé, le contrôleur général ne pût jamais totalement se libérer des réflexes de fidélité qu’il avait cultivés pendant plus de trente ans. Depuis 1685, Louvois était menacé par l’ascension de Seignelay, fait ministre d’État au début de 1690, et en butte à l’hostilité de plus en plus déclarée de Mme de Maintenon. Le Peletier en avait conscience22 et, malgré son peu de goût pour les intrigues et le peu d’estime personnelle qu’il avait pour son cousin, il vint à son secours :

    « J’ay fait une particulière atention sur les chagrins et les aliénations du roy contre M. de Louvois fomentées par la caballe [de Seignelay] et soutenues par les fautes que M. de Louvois faisoit tant par son humeur que parce qu’il se croioit trop nécessaire et trop supérieur auprès du roy. J’ay regardé cette conduite comme la plus importante pour la manutention de l’Estat, estant persuadé de la nécessité des services et du ministère de M. de Louvois, ce qui m’a obligé au milieu de l’acablement des affaires de finances et malgré mes maximes et ma réserve naturelle d’entrer en autres choses à la Cour que celles de mes fonctions nécessaires, de m’appliquer auprès du roy, de Mme de Maintenon et de M. de Louvois à redresser les dispositions dont je prévoyois et craignois les suites. Ce que j’y avois fait, qui seroit trop long à expliquer, m’avoit donné lieu de croire que Dieu bénissoit en cela mes bonnes intentions, mais les suites m’ont marqué que la malignité des affaires et de la Cour m’auroient mis hors de mesure de continuer à y emploier mon zèle23. »

    15Le début des hostilités avec l’Europe coalisée et la mort du secrétaire d’État de la Marine (3 novembre 1690) n’apportèrent qu’un répit temporaire à Louvois. Le Peletier s’efforça de conseiller son cousin en difficulté, en essayant de revenir au dispositif de prise de décision collégiale qui avait si bien réussi aux Le Tellier jusqu’en 1685 :

    « Je m’appliquois de mon costé pour inspirer à M. de Louvois une conduite différente de celle qu’il avoit tenue tant par rapport du (sic) roy à luy que pour les affaires générales de la guerre que des négociations dans la veue de parvenir à la paix. Il m’escoutoit et me croyoit en partie. J’avois établi de passer tous les matins des dimanches au sortir de la messe des Recollets deux heures avec luy avant que d’aller chez le roy24. »

    16Une nouvelle fois, les efforts du ministre furent vains. Pire, selon Le Peletier, les maladresses du secrétaire d’État et son manque d’égards pour l’amour-propre de l’épouse du roi l’amenèrent rapidement au bord du gouffre :

    « [Louvois] prit des mesures pour le siège de Mons. Il empescha Mme de Maintenon d’y suivre le roy, ce qui produisit de tels effets que, pour couper court, je dois dire que Sa Majesté se laissa porter à un tel excez de colère contre luy qu’il voulut le faire arrester pendant le siège de Mons, et qu’il y a trop d’apparence qu’il l’eût fait si le prince d’Orange ne fût venu se mettre en présence de l’armée du roy25. Cependant Mons fut pris. Le roy revint à Versailles, où l’on augmenta tellement les mécontentements du roy contre M. de Louvois que j’en vids moy-mesme des effects que je n’eusse pas dû croire si un autre me les eût dit. Sa Majesté me commanda de parler à Mme de Maintenon. Je passay trois heures teste à teste avec elle, entendant des propos si extraordinaires que j’en sortis convaincu que tout estoit perdu et sans remède. Ce fut le jour mesme de la mort subite de M. de Louvois, auquel Dieu m’avoit fait la grâce de ne pas dire un seul mot de tout ce qui s’estoit passé entre le roy et moy sur son sujet, non plus que des discours extravagans de Mme de Maintenon, autrement j’aurois cru estre la cause quoyqu’innocente de sa mort26. »

    17Louvois mourut le 16 juillet 1691, peut-être à la veille d’être démis de ses fonctions. Aussitôt, le roi envoya Le Peletier et le marquis de Barbezieux, secrétaire d’État en survivance, apposer les scellés sur le cabinet du défunt. Puis il tint conseil avec ses trois ministres d’État, Croissy, Pontchartrain et Le Peletier, avant de descendre dans son jardin pour prendre l’air et se montrer au public pendant une demi-heure, « par pure politique » selon Sourches. Au milieu du défilé des parents et clients du défunt, Le Peletier joua un rôle crucial pour l’avenir de la famille Le Tellier, en pesant de tout son poids pour que le département de la Guerre ne soit pas retiré à Barbezieux. La chose n’allait pas de soi : même si Louis XIV travailla avec Barbezieux dès le 17 juillet, il envoya en même temps à Chamlay, alors en Allemagne, l’ordre de revenir à Versailles toutes affaires cessantes et commença à distribuer les fonctions exercées par le défunt. Selon Le Peletier :

    « Aussitost [que la mort de Louvois] fut arrivée sinistrement, le roy entra avec moy dans toutes les choses les plus importantes. [Le Peletier demande son congé, le roi refuse]. Je convins de demeurer à la Cour, ayant soutenu la famille de M. de Louvois par la résolution que le roy prit de laisser la charge de secrétaire d’Estat et les fonctions de la Guerre à M. de Barbezieux, ce que je crus moins inconvénient que tout autre party pour ne pas déranger dans les conjonctures présentes l’ordre et le ministerre (sic) des expéditions nécessaires, et que je crus ne se pouvoir bien faire que par les mesmes bureaux, les mesmes commis et le mesme ordre que feu M. de Louvois y avoit mis27. »

    18Deux raisons semblent avoir guidé l’action de Le Peletier. La première était froidement administrative : la guerre était assez mal engagée pour éviter qu’on y ajoute la confusion d’une réorganisation de l’administration centrale. La seconde était plus personnelle, puisqu’en aidant Barbezieux à conserver son emploi, Le Peletier achevait en quelque sorte un cycle commencé au début du siècle. Son père, Louis Le Peletier, avait assisté Michel Le Tellier dans ses jeunes années ; pour le remercier, Le Tellier contribua à élever les enfants de son bienfaiteur jusqu’au sommet de l’État ; Claude Le Peletier venait à son tour en aide au petit-fils de son protecteur et ami en défendant son héritage. Symboliquement, Le Peletier soldait ainsi ses comptes avec la famille Le Tellier. Saint-Simon signale l’attachement indéfectible du contrôleur général pour la famille jusqu’à la mort de Barbezieux et au-delà28. Mais ce serait une erreur que de faire de lui le chef du clan familial, fonction qui revint naturellement à l’archevêque de Reims, frère du défunt. Malgré ses fonctions de ministre d’État, malgré l’accès au roi qui en découlait et malgré la faveur dont il jouissait auprès du souverain, Le Peletier ne voulut jamais disputer cette position à Charles-Maurice Le Tellier. Après la mort de Michel Le Tellier, le contrôleur général semble au contraire s’être lentement détaché des préoccupations et des intrigues de la famille. Son peu d’affinités avec Barbezieux contribua sans doute à distendre les liens si forts de la décennie 1680. Il nous semble donc difficile de suivre S. Chapman lorsqu’elle voit en Le Peletier le continuateur de Michel Le Tellier et de Louvois, même si les contemporains gardèrent longtemps du ministre l’image du « lieutenant général du clan » qu’il avait été pendant de si longues années et si les clients du secrétaire d’État de la Guerre continuèrent d’adresser leurs demandes de faveurs et de protection à Le Peletier, à charge pour lui d’intervenir auprès de Louvois ou de Barbezieux en jouant le rôle d’un « courtier ».

    Lignage contre clientèle

    19Avant 1683, on l’a vu, Claude Le Peletier avait commencé à se constituer un embryon de clientèle dont les membres se recrutaient principalement au Parlement de Paris et plus généralement dans le monde des cours souveraines. Devenu contrôleur général des finances, il ne chercha pas à développer ce réseau sur une échelle comparable à celle des Colbert ou des Le Tellier, préférant consacrer ses efforts à l’établissement de sa famille et à la consolidation sociale de son lignage naissant.

    20Ayant marié sa première fille à Jean-Pierre d’Argouges en 1677, Claude Le Peletier renforça la position de son clan en mariant sa fille Marie-Madeleine à Étienne d’Aligre en 1684. Ce faisant, il s’alliait avec l’une des plus importantes familles de la robe, qui avait compté deux chanceliers au XVIIe siècle. Conseiller au Parlement, Étienne IV d’Aligre, seigneur de Boislandry, était le fils de feu Michel d’Aligre, maître des requêtes et intendant d’Alençon29. Le roi et toute la famille royale signèrent le contrat30. Parmi les parents du marié figuraient son frère Gilles, conseiller au Parlement, le maréchal d’Estrades, époux de Marie d’Aligre, sa tante, François de Verthamon, Anne de Fieubet et Louis Lebouts, tous maîtres des requêtes et respectivement cousin, oncle et grand-oncle par alliance. Du côté de la future, c’est tout le clan Le Tellier qui assistait à la cérémonie, avec les familles Fleuriau, d’Argouges, Leschassier, Fourcy, Bruneau et Fornier. Cette prestigieuse alliance semblait bien augurer de l’avenir du clan, mais elle ne doit pas faire illusion, car elle concernait une famille dont la puissance ministérielle n’était plus que l’ombre de ce qu’elle avait été. Comme les Le Peletier après 1730, c’est au Parlement que les d’Aligre s’illustrèrent au XVIIIe siècle.

    21L’union de Louis Le Peletier avec Geneviève-Joseph Du Coskaer de Rosanbo, le 21 janvier 1688, laisse un même sentiment d’inachevé. Entamées durant l’été 1687, les négociations avec les Rosanbo furent davantage motivées par l’attrait que représentait l’unique héritière d’une riche famille de noblesse bretonne que par des soucis d’influence ou de clientèle. Gardées secrètes par les protagonistes, les négociations de ce mariage furent longues et difficiles. Les deux parties avaient commencé à finaliser les termes du contrat à la fin du mois de septembre 1687. Pour les Le Peletier, c’est Pontchartrain, intime de la famille Rosanbo depuis son séjour en Bretagne, qui conduisait les négociations avec l’aide du fils aîné de Claude Le Peletier, Michel, abbé de Jouy. Du côté de la future, Joseph Du Coskaer, marquis de Rosanbo, conseiller au parlement de Bretagne, s’était déplacé à Paris avec sa fille ; il informait par courrier son épouse, Marie Le Gouvello, restée à Rennes, des progrès réalisés et des difficultés rencontrées. Femme de caractère, cette dernière avait déjà fait manquer plusieurs projets d’alliances en soulevant des exigences inacceptables pour les prétendants, sans que son mari puisse lui faire entendre raison. Elle récidiva avec Claude Le Peletier malgré les remarques de Pontchartrain et les avertissements de son mari31. Elle avait d’ailleurs fort peu de confiance dans les capacités de son époux à éviter les pièges dressés par Pontchartrain, lui reprochait d’expédier ses lettres avec retard32 et, surtout, de ne rien comprendre à l’affaire en cours, au point de l’obliger à s’attacher les services d’un avocat à Rennes afin de comprendre le sens de ses courriers33. La marquise se fit plus humble quand il s’avéra que l’avocat auquel elle avait recours était incompétent et lui donnait des avis contraires aux ordonnances royales, et les parties finirent par faire toutes les deux des concessions.

    22Quelques jours après le mariage de Louis II Le Peletier, le 25 février 1688, la fille de Michel Le Peletier de Souzy, Marie-Claude, épousa Jacques-Étienne Turgot, fils d’un maître des requêtes34. Les Le Peletier se rapprochaient ainsi d’une famille de la robe en pleine ascension, qui espérait bien profiter de la protection de ces puissants cousins. Il est possible que les d’Aligre aient été à l’origine de cette alliance, puisque Gilles d’Aligre, frère d’Étienne et conseiller au Parlement, avait épousé Catherine Turgot de Saint-Clair, cousine de Jacques-Étienne Turgot, en août 1686.

    23Par rapport à d’autres ministres issus du même milieu social, les Le Peletier se distinguèrent par l’absence complète d’unions avantageuses avec les plus hautes familles de la noblesse. Pourtant, comme l’a montré J.-P. Labatut, près de 60 % des mariages de ducs et pairs avec des filles de robe concernaient des enfants de secrétaires d’État ou de ministres35. Jean-Baptiste Colbert maria ses trois filles dans des familles de ducs et pairs36. Michel Le Tellier conclut une alliance avec Louis-Marie-Victor, duc d’Aumont, pour sa fille Madeleine-Fare en 1660, et une autre en 1679 avec François VIII de La Rochefoucauld pour sa petite-fille Madeleine-Charlotte. En 1691, l’un de ses petits-fils, Barbezieux, épousa Louise-Charlotte de Crussol, fille du duc d’Uzès ; un autre, Courtanvaux, épousa Marie-Anne-Catherine d’Estrées, fille du maréchal d’Estrées. En 1697, Jérôme de Pontchartrain épousa Éléonore-Christine de La Rochefoucauld-Roye37. Chamillart maria deux de ses filles à des ducs38. Cette singularité des Le Peletier est révélatrice de leur réticence à assumer leur statut de famille ministérielle, et de leur ancrage dans le monde de la robe.

    24Loin des réseaux tentaculaires mis en place à tous les niveaux de la société par Colbert ou Louvois, la clientèle de Claude semble donc modeste. Il est vrai que le personnage de vertueux incorruptible que s’était composé le contrôleur général n’était guère compatible avec des relations de patron à client. Comme le rappelle son biographe anonyme :

    « Il n’accordoit pas vollontiers des emplois aux recommandations de ses parents et de ses amis, et se rendoit encore plus difficile pour les gratifications. Comme en ce temps-là il me logeoit à Versailles et me faisoit appeler quand il vouloit se délaisser de ses affaires, je lui demandai si je me chargerois de quelque recommandation, et il me le permit seulement pour les pauvres. On n’a point ouï parler de son temps de corruption dans ses bureaux, ni qu’on fît des affaires pour de l’argent. Aussi n’étoit-il pas en grand commerce avec les courtisans39… »

    25De telles pratiques limitèrent la clientèle de Le Peletier, en sus de sa famille, à quelques personnages, généralement issus de cercles bien définis. Le plus proche de ces cercles était celui de ses commensaux et domestiques, au premier rang desquels figuraient ses secrétaires ou agents des affaires. Trois d’entre eux, Pantaléon Godot, secrétaire du roi, Pierre Josse, greffier de la chambre civile du Châtelet, « secrétaire des maisons et affaires », et Philippe Gendron, avocat au Parlement et secrétaire de Le Peletier de Souzy, devinrent ses commis au contrôle général des finances. Godot suivit son maître à la surintendance des postes, et, dès 1693, Claude Le Peletier le « donna » à son fils Louis afin d’assurer la tutelle du jeune Louis III Le Peletier, dont la mère, Geneviève-Joseph Du Coskaer de Rosanbo, venait de mourir. À partir de 1694, Josse fut remplacé par Jean Le Clerc, contrôleur général des rentes assignées sur les aides et gabelles, puis par Martin Sol, bourgeois de Paris et lui aussi contrôleur des rentes de l’Hôtel de Ville. Tous ces agents étaient aidés de Me Rassicot, avocat au Parlement et de la famille, logé Vieille-rue-du-Temple. Claude Le Peletier reprit également à son service les agents des Rosanbo lorsque leurs terres échurent au jeune Louis III. Après les agents des affaires venaient les maîtres d’hôtel (Nicolas Le Selleur, maître d’hôtel à Versailles), les valets de chambre (François Briand, valet de Claude Le Peletier à Versailles, Pierre de Saint-Léger, François Bretez et Alexandre Daudurant, valets de Louis II Le Peletier), les cuisiniers (Jean Betoul, chef de cuisine à Versailles) et le reste des domestiques : à sa mort, Claude Le Peletier disposait encore d’au moins neuf domestiques : un concierge à Villeneuve-le-Roi, un palefrenier, un valet de chambre, un jardinier, un laquais, un cocher, un cuisinier, un portier et un simple « domestique »40. Aux domestiques, on peut ajouter les officiers seigneuriaux et la petite bourgeoisie de Villeneuve-le-Roi41.

    26Nous nous contenterons d’examiner deux autres exemples de ces cercles restreints que semble avoir privilégié le contrôleur général : les agents du roi en Italie et les notables de la ville d’Angers. Les premiers étaient des intermédiaires indispensables afin d’assurer l’avancement des carrières de ses deux fils ecclésiastiques, Michel, abbé de Jouy et évêque d’Angers, et Charles-Maurice, abbé de Saint-Aubin d’Angers. Dès 1686, Claude Le Peletier avait noué des liens étroits avec les envoyés royaux en Italie à l’occasion du voyage de Louis II, son fils aîné. Il le confia aux deux personnages qui se trouvaient à la tête de la délégation française à Rome : François-Annibal II, duc d’Estrées, ambassadeur ordinaire près le Saint-Siège depuis 1671, et son frère César, cardinal d’Estrées42. Sur le chemin de la Ville éternelle, il demanda au marquis d’Arcy, représentant du roi auprès du duc de Savoie, « dans la confiance que j’ay de votre amitié pour moy », d’accueillir son fils à Turin et de l’instruire sur les usages de cette cour43. Consul à Venise, Leblond se chargea de cornaquer le jeune conseiller au Parlement44. D’autres diplomates proposèrent d’eux-mêmes leurs services au contrôleur général, malgré la « concurrence » que représentait la présence en Italie, à la même époque, du jeune marquis de Torcy45. Après la mort du duc d’Estrées, Le Peletier se rapprocha du duc de Chaulnes, du cardinal de Forbin-Janson et de Pierre Chubéré, banquier expéditionnaire en cour de Rome, afin d’obtenir le gratis des bulles et de l’indult nécessaires à la nomination de son fils Charles-Maurice à l’abbaye de Saint-Aubin à la fin de 1689. Il eut également recours aux services du cardinal de Bonzi, qui l’informait régulièrement des dernières nouvelles de Rome. Début 1690, ce dernier lui confirma les bonnes intentions du duc de Chaulnes à son égard et il lui recommanda de ne pas s’inquiéter. En février, le duc saisit l’occasion de demander ces deux grâces au pape. Toutefois, en avril, rien n’était encore réglé ; les discussions achoppaient notamment sur la durée de l’indult, que le pape souhaitait dorénavant limiter à cinq années alors que Le Peletier l’espérait à vie46. L’affaire ne fut conclue qu’au début de l’année 1691 par l’entremise du cardinal de Forbin-Janson. Si Le Peletier put obtenir le gratis des bulles, l’indult ne fut finalement accordé que pour cinq ans, et les efforts ultérieurs du cardinal pour le transformer en indult à vie ne rencontrèrent pas plus de succès47. La même procédure fut relancée en 1692 lorsque Michel Le Peletier fut choisi pour occuper le siège épiscopal d’Angers et dut attendre que le pape acceptât de donner les bulles des élus aux autres sièges ; ces derniers avaient participé à une réunion tenue le 30 septembre 1688 chez l’archevêque de Paris, qui s’était terminée par un appel au concile48. Forbin-Janson fit une nouvelle fois le siège du pape, évoqua le cas de Michel Le Peletier le 16 septembre 1692 lors de son audience avec le pontife, et obtint la grâce tant convoitée. Elle fut confirmée lors du consistoire du 16 octobre suivant49.

    27En échange de leur aide, Le Peletier rendit de nombreux services aux diplomates en poste à Rome et dans le reste de l’Italie. À la demande de Forbin-Janson, il rétablit la franchise postale dont jouissait l’ambassadeur auprès du fermier de la poste de Rome et qui lui permettait de recevoir les lettres des particuliers. En 1692, le cardinal de Forbin-Janson lui demanda le gouvernement d’Antibes pour son neveu50. En 1693, il remercia Le Peletier de son intervention auprès du roi pour lui procurer l’abbaye de Corbie51. Enfin, en 1696, il lui recommanda l’affaire d’un de ses amis particuliers qui devait être jugée au Conseil52.

    28À partir de 1689, sur le même principe, Claude Le Peletier se constitua une clientèle assez étendue à Angers, au sein de laquelle ses deux fils jouèrent le rôle de relais. Ce réseau comprenait l’abbé Léger, archidiacre d’Angers, Trochon, juge prévôt de la ville, Gohin, ancien président du présidial, Grandet, conseiller dans la même cour, son frère l’abbé Grandet, et un certain Clavel. Le personnage central de ce réseau était l’abbé Joseph Grandet, directeur du séminaire d’Angers depuis 1674, protégé de Mme de Maintenon.

    29Hormis ces deux exemples, dans la masse des lettres qui furent adressées à Claude Le Peletier, il est bien difficile de retrouver la trace de véritables liens de clientèle. Seuls quelques personnages, éparpillés et assez isolés, peuvent vraiment être qualifiés de « clients ». Le plus célèbre est sans aucun doute Pierre-Cardin Le Bret53, nommé dans les intendances par Colbert, que Le Peletier déplaça à Lyon en 1686, puis en Provence en 1687. Le contrôleur général obtint pour lui plusieurs gratifications, en particulier 6 000 livres en 1686, contribua à lui procurer la première présidence du parlement d’Aix et facilita l’établissement de son fils Cardin Le Bret dans cette cour. En 1690, il envisagea même de lui faire obtenir l’une des quatre nouvelles charges d’intendant des finances. Quant au frère cadet de Le Bret, il devint chevalier de Malte et chef d’escadre des armées du roi. On peut également citer Jean-Denis d’Aulède de Lestonnac, premier président du parlement de Bordeaux, qui lui avait été « donné » par Louis II de Bassompierre, évêque de Saintes54. Conseiller au parlement de Bordeaux depuis 1673, d’Aulède avait épousé en 1681 la fille de François-Auguste de Pontac, premier président de cette cour, qui fit passer sa charge sur la tête de son gendre. Après l’agitation provoquée à Bordeaux en 1675 par la levée du papier timbré, le parlement, suspect de complicité avec la foule des émeutiers, fut transféré à Condom, Marmande et La Réole en 1678, où il siégea jusqu’en 1690. D’Aulède put compter sur l’appui précieux du contrôleur général pour juguler les plaintes des magistrats, mécontents de cet exil qui faisait baisser le prix de leurs charges. C’est avec Le Peletier qu’il négocia le retour du parlement à Bordeaux en échange d’une contribution extraordinaire consentie au roi.

    30Autre membre d’une cour souveraine de province, Bocaud était président à la cour des comptes, aides et finances de Montpellier. Très proche du cardinal de Bonzi, il profita de la familiarité qui existait entre ce prélat et Le Peletier pour entrer dans les bonnes grâces du ministre55. Enfin, dans cette courte liste, il convient de citer Denis de La Haye de Vantelet, envoyé de France à Munich, puis ambassadeur à Venise, dont la mère avait été la marraine de Claude Le Peletier. Sur les instances du ministre et de son frère Souzy, le roi lui accorda en 1701 une pension de 6 000 livres56.

    31Claude Le Peletier ne fut pas toujours heureux dans ses rares efforts pour nouer des liens de patron à client, voire de maître à fidèle, avec les quelques personnages pour lesquels il éprouvait une estime personnelle, voire de l’admiration. Deux de ces échecs lui furent d’autant plus cruels qu’ils concernent deux des principaux acteurs du jeu du Conseil entre 1690 et 1715 : Henri d’Aguesseau et Louis Phélypeaux de Pontchartrain. À son arrivée au contrôle général, Le Peletier prit la peine d’écrire une longue lettre à l’intendant de Languedoc, Henri d’Aguesseau, lettre dans laquelle il lui offrait sans ambages de devenir son client :

    « Monsieur, j’ay eu beaucoup d’impatience de vous pouvoir escrire depuis que le roy m’a honnoré d’un employ qui a beaucoup de relation avec le vôtre. J’attends de l’amitié que vous m’avez toujours marquée, et de vos lumières et de votre application, que vous contribuerez à me doner les moyens de respondre à ce que je doibs au roy et au public pour l’exécution des ordres et des grandes veues de S.M. pour l’advantage de ses peuples, et je vous asseure que je chercheray avec soin les occasions de vous tesmoigner que je suis avec l’estime et l’affection que vous pouvez désirer, Monsieur, vostre très humble et très affectionné serviteur57. »

    32Et le ministre ajoutait de sa main : « J’ose espérer que vous voudrez bien me plaindre et m’aider. J’attends cela de votre vertu et de votre amitié. Vous serez servy comme vous le méritez. »

    33D’Aguesseau fut nommé conseiller d’État ordinaire dès le 5 octobre suivant. Quelques mois plus tard, Le Peletier annonçait à l’intendant que le roi lui donnait 6 000 livres de gratification extraordinaire58 ; surtout, le ministre lui proposait de revenir à Paris et de travailler à ses côtés au Conseil59. Après le retour de d’Aguesseau à Paris à l’été 1685, la faveur du contrôleur général ne faiblit pas, et, on l’a vu, le conseiller d’État fut choisi par deux fois pour inspecter les fermes du roi dans les provinces. Pareille sollicitude aurait dû créer un solide lien de clientèle entre les deux hommes ; il n’en fut rien, au grand désespoir de Claude Le Peletier, qui aurait vu d’un bon œil l’ancien intendant du Languedoc lui succéder à la tête de l’administration des finances. Au contraire, d’Aguesseau ne tarda pas à se répandre en considérations peu amènes sur la lenteur et l’indécision du ministre. Pire, dans ses conversations avec son fils, il déclarait sans hésiter son allégeance à Colbert et à Seignelay60. Après la retraite de Le Peletier, d’Aguesseau semble avoir cessé tout commerce avec lui pour s’attacher à Pontchartrain, son cousin germain, qui lui procura entre autres emplois la direction du commerce et une place de conseiller au Conseil royal des finances.

    34Le même processus semble avoir été à l’œuvre dans le cas de Louis Phélypeaux de Pontchartrain. On l’a vu, le premier président du parlement de Bretagne s’était placé sous le patronage de Claude Le Peletier dès sa nomination en 1677 et les lettres de Pontchartrain faisaient état de démonstrations de sentiments typiques des liens de clientèle du XVIIe siècle. Nommé intendant des finances en 1687 à l’instigation de son patron, Pontchartrain fit preuve de sa gratitude en négociant pour lui le mariage de Louis II Le Peletier avec la fille du marquis de Rosanbo. Après la nomination de son client au contrôle général, les illusions de Le Peletier ne tardèrent pas à se dissiper. Le ministre apprit tout d’abord que Seignelay avait eu une part prépondérante dans le choix de Pontchartrain comme intendant des finances. Mais surtout, il eut la douleur de voir Pontchartrain prendre presque systématiquement des résolutions différentes des siennes quant aux moyens de pourvoir aux besoins financiers du roi. Avec d’Aguesseau comme avec Pontchartrain, Claude Le Peletier put avoir le sentiment qu’il avait été dupé, sinon sur leurs sentiments, du moins sur leurs convictions. Dès qu’ils furent assez forts pour trouver un protecteur plus complaisant, ou pour s’élever par eux-mêmes, ils abandonnèrent le contrôleur général à ses souvenirs nostalgiques d’un temps plus ancien, où l’ambition n’était pas un obstacle à un attachement sincère.

    35La clientèle de Claude Le Peletier fut donc extrêmement modeste. Plus que de clients, son entourage semble avoir été composé d’amis, souvent choisis parmi les membres du clergé, avec lesquels il abordait des sujets très éloignés de ses préoccupations de ministre. Son caractère, sa difficulté à promettre et à s’engager qui lui aliéna une grande partie de la Cour, son souci de ne mécontenter personne et pourtant de respecter des convictions personnelles exigeantes, tout en faisait le contraire d’un véritable patron, d’un homme capable de défendre ses obligés envers et contre tous. Son choix de se limiter à l’établissement de sa famille procéderait alors d’une décision mûrement réfléchie, bien dans la logique de ce personnage adepte d’une grande discrétion. Fidèle à sa ligne de conduite, le contrôleur général se concilia la plupart des membres du Conseil et des personnes qui comptaient à la Cour : ministres, ducs ou généraux étaient en étroit commerce avec lui et continuèrent à le fréquenter dans sa retraite. Après 1691, il semble s’être désintéressé du jeu subtil des luttes de clans et des querelles de clientèles – mais peut-être ces querelles n’avaient-elles tout simplement plus lieu d’être. Il est d’ailleurs difficile de le placer dans le tableau des cabales de la Cour que dresse Saint-Simon en 170961. La plupart des survivants du clan Le Tellier faisaient alors partie de la cabale dite « des seigneurs », avec les Villeroy, d’Harcourt, Boufflers, Béringhen, Voysin et les Pontchartrain père et fils ; dans son orbite gravitaient le duc du Maine et le comte de Toulouse. Regroupant « les chefs de file de la classe politique de l’État » ce groupe était piloté par Mme de Maintenon, pour laquelle Le Peletier n’avait pas grande estime, et il semble difficile d’y ranger notre ministre vieillissant. Figuraient dans la cabale « des ministres », autour des restes du clan Colbert et du duc de Bourgogne, certains des plus proches amis de l’ancien contrôleur général : le duc de Beauvillier, Fénelon, les Sulpiciens auxquels ses enfants étaient très attachés, et l’héritier de la politique de Pomponne, Colbert de Torcy. Comme eux, Le Peletier était peu favorable à l’entreprise espagnole et à l’inverse partisan d’une paix rapide. Cependant, le petit duc ne fait jamais allusion aux Le Peletier ou à leurs parents proches dans cette description de la Cour.

    La transformation des clientèles administratives à la fin du règne de Louis XIV

    36Dans sa contribution au colloque organisé à l’occasion du tricentenaire de la mort de Colbert, Ch. Engrand décrit les méthodes auxquelles le contrôleur général et secrétaire d’État de la marine eut recours pour exercer avec efficacité les vastes attributions que lui valut la faveur du roi après 1661 : « Les dimensions du royaume et la faiblesse relative de l’appareil administratif imposent, dans l’exercice du pouvoir, de recourir à de vastes clientèles de parents, d’alliés et de protégés. » Et d’énumérer les créatures du ministre placées dans l’administration centrale des finances, dans les provinces et dans la marine, en signalant la « préférence marquée [de Colbert] pour utiliser les services des membres de sa famille, comme s’il trouvait en eux une garantie supplémentaire de loyauté et de fidélité62 ». Véritable topos historiographique, cette description des clientèles administratives est frappante à un double titre : par sa pertinence pour le début du règne personnel de Louis XIV, après les troubles de la Fronde et les désordres de la Guerre de Trente ans, et par son décalage avec les conditions d’exercice du pouvoir ministériel à la fin du siècle. En nous appuyant sur la correspondance de Claude Le Peletier, nous démontrerons que, vers 1680-1700, au terme d’une longue évolution, les grandes clientèles administratives avaient perdu leur raison d’être et qu’elles avaient entamé le processus de dépersonnalisation qui en fit l’ancêtre de notre fonction publique.

    37À l’instar de ses collègues ministres ou secrétaires d’État, Claude Le Peletier reçut des milliers de placets, de demandes de pensions et de sollicitations diverses. À lui seul, le fonds Rosanbo contient plusieurs milliers de lettres de remerciements et autres protestations de loyauté63. Ces documents constituent un territoire plein de promesses pour l’historien des clientèles : n’y figurent en effet que les lettres volontairement conservées par Claude Le Peletier en raison du caractère personnel de leur contenu. Ainsi, les lettres écrites à Le Peletier entre 1683 et 1689 présentes dans le fonds Rosanbo ont été intégrées dans le corpus étudié, leur présence signifiant que leur contenu a déterminé le contrôleur général à ne pas les laisser comme des centaines d’autres, au moment de son départ, dans les archives du contrôle général des finances. Au total, près de 4 000 lettres reçues entre 1664 et 1711 constituent le support de cette étude64. Notre corpus ainsi défini, est-il pour autant possible de qualifier a priori tous ces quémandeurs de « clients » ? À de très rares exceptions près, les principes de réciprocité des services et de don de soi du client à son patron, qui formaient la base des liens de clientèle au XVIIe siècle, n’apparaissent jamais dans cette correspondance. Débordé par la masse des affaires à traiter, Le Peletier pouvait difficilement dépouiller ces innombrables courriers ; ses commis et secrétaires s’en chargeaient à sa place et, si la question nécessitait un ordre ou une décision du contrôleur général, lui communiquaient la lettre agrémentée d’un résumé de quelques lignes. Nous n’y avons retrouvé que deux fois le terme « créature » et deux fois « se donner à ». Les autres correspondants se contentent de remercier Le Peletier pour la protection accordée et de lui en demander la continuation. Preuve du déclin de la fidélité personnelle, le vocabulaire de la clientèle semble s’être progressivement banalisé et fondu dans les formules de politesse déjà très codifiées de l’époque.

    38Jusqu’en 1689, l’entourage du ministre apparaît très marqué par son parcours de magistrat, avec une forte proportion de membres des cours souveraines et, plus généralement, des principaux acteurs du pouvoir politique. Le Peletier se meut dans un entourage de robins qui reflète à la fois sa formation, son parcours et les impératifs de sa fonction de ministre. Mais dès sa première retraite, les magistrats s’effacent de son univers, les agents du Conseil chargés de l’administration du royaume se font plus rares, tandis que les ecclésiastiques, les diplomates et les membres de l’aristocratie de cour se font plus nombreux. C’est aussi un entourage amical qui émerge, reflet des goûts profonds d’un ministre enfin débarrassé de ses attributions administratives.

    39Ces brusques variations, si étroitement liées à des dates dépourvues d’ambiguïté, ne peuvent qu’instiller le doute sur l’existence de liens de clientèle « classiques », c’est-à-dire reposant sur une relation personnelle et construite sur la durée entre un fidèle et son patron65. Même lors des grands événements familiaux des Le Peletier, mariage de Louis II (1688), première retraite (1689), promotion de son fils Michel à l’évêché d’Angers (1692) et retraite définitive (1697), les correspondants du contrôleur général font preuve d’une évidente sélectivité. Cette sélectivité, que l’on peut interpréter comme la manifestation d’une simple démarche de civilité voire comme une espérance de gain à court terme peu en rapport avec le don réciproque à la base de la relation patron-client, est confirmée par l’examen du nombre d’occurrences de ces correspondants pendant ces quatre années : 75 % de ces personnages n’apparaissent qu’une seule fois. On est donc loin du vaste réseau de clientèle tentaculaire qui semblait presque consubstantiel à la position de contrôleur général des finances !

    40Dans le jeu du Conseil et dans les débats entre historiens sur les « grands » et les « petits » ministres du règne, la modestie de la clientèle de Claude Le Peletier semble venir conforter les jugements habituellement portés sur le contrôleur général. Elle peut constituer à la fois la preuve et la raison de son impéritie : administrateurs, commis et courtisans se seraient détournés d’un patron incapable de les servir, et c’est parce qu’il n’aurait pas disposé d’une large clientèle pour mettre en œuvre ses volontés que les réalisations du ministre des finances ont été si modestes comparées à celles de son célèbre prédécesseur. À l’inverse, on peut se demander si l’équation traditionnelle qui fait de l’étendue de la clientèle d’un ministre l’une des variables permettant de déterminer sa puissance et son crédit est toujours valable en ces termes au tournant des années 1680-1690 : au lieu d’être l’exception, la faiblesse de la clientèle de Le Peletier n’aurait-elle pas été la norme parmi les ministres du grand roi ? Ni le duc de Beauvillier, ni Pomponne, ni Chamillart, ni Pontchartrain ne semblent davantage avoir entretenu un vaste réseau de créatures66.

    41La ressemblance du cas de Pomponne avec celui de Le Peletier est frappante, mais sans doute pas fortuite, les deux hommes partageant une même culture et une même sensibilité67. Cependant, la modestie des réseaux de clientèle n’était pas l’apanage des ministres âgés et jansénisants. Quoique pourvu d’un ensemble d’attributions unique sous l’Ancien Régime (le contrôle général et le département de la Guerre), Michel Chamillart ne réunit pas non plus autour de lui une clientèle comparable aux vastes réseaux des Colbert et des Le Tellier, dont il fut pourtant le successeur. La faiblesse tant sociale que numérique de sa parentèle l’empêcha d’utiliser les alliances matrimoniales pour fédérer autour de lui les ressources financières et les capacités d’autres familles de la robe et du Conseil. Manquant de confiance en lui, d’une honnêteté scrupuleuse et peu favorable au principe même de la recommandation, Chamillart n’avait pas le caractère nécessaire pour être un nouveau Louvois68. Ses interventions auprès du roi relevaient davantage de services qu’il rendait à des amis que de la volonté de se constituer une vaste clientèle d’obligés : une nouvelle fois, la masse des placets et des suppliques adressés au ministre ne doit pas faire illusion. Chamillart continua d’employer la majeure partie des administrateurs qu’il trouva en place en 1699 et en 1701. Commis des finances et de la guerre, intendants des provinces, commissaires des guerres et intendants d’armée, souvent recrutés par Colbert et Louvois, obéirent à leur nouveau chef comme ils avaient suivi les directives de leurs anciens patrons. Tout au plus appela-t-il auprès de lui quelques parents ou hommes de confiance afin de le soulager d’une partie de la lourde tâche qui lui incombait69.

    42L’étude très fouillée de la clientèle de Louis Phélypeaux de Pontchartrain à laquelle s’est livrée S. Chapman fournit une excellente illustration du « système mixte » qui prévalait alors. Premier président du parlement de Bretagne entre 1677 et 1687, Pontchartrain noua de nombreux liens de clientèle au sein du parlement et de la noblesse locale. L’exercice du patronage lui était indispensable non seulement pour prévenir les débordements d’une province volontiers frondeuse, mais aussi pour lutter contre l’influence du duc de Chaulnes, gouverneur de la province, qui y tenait jusqu’alors la première place70. En revanche, une fois nommé contrôleur général, Pontchartrain fit un usage beaucoup moins intensif du patronage. Parmi les intendants des finances qui servirent sous ses ordres, seul Louis-Urbain Lefèvre de Caumartin, époux de la cousine de sa femme, apparaît comme l’un de ses clients. Le corps des intendants des provinces ne fut pas soudainement envahi de clients des Phélypeaux : parmi les quinze nouveaux intendants nommés par Pontchartrain, six étaient ses parents ; outre son frère Jean Phélypeaux nommé à Paris, on y trouve son neveu, Jérôme Bignon, et quatre cousins71. Le corps des intendants de la marine resta lui aussi très largement peuplé des clients et des fidèles nommés par Colbert et Seignelay, même s’ils furent contraints par nécessité de se rapprocher des Pontchartrain père et fils. Seuls furent écartés les intendants coupables d’incompétence ou de fraude72. Enfin, en tant que contrôleur général ou chancelier, Pontchartrain entretenait des relations suivies et parfois amicales avec d’autres figures importantes des provinces, évêques ou présidents de cours souveraines mais, en l’absence du caractère exclusif qui caractérise la relation patron-client, il est difficile d’y voir davantage que les relations normales et nécessaires entre un ministre et les représentants du roi dans les provinces73. Signalons toutefois l’importance des personnages originaires de Bretagne dans le réseau des Pontchartrain, preuve, comme nous le verrons plus loin, que les vieux réflexes clientélaires n’avaient pas encore complètement disparu.

    43Il n’en reste pas moins que l’on est frappé du chemin parcouru depuis la seconde partie du XVIe siècle et les exemples du connétable de Montmorency, de François d’Anjou, et de Sully. Connétable et grand maître de France, doté d’une fortune gigantesque, Anne de Montmorency possédait une nombreuse clientèle tant à la Cour qu’à l’armée et dans l’administration royale74. Aidé par un clan familial pléthorique (cinq fils, trois neveux, dont l’amiral de France Gaspard de Coligny, quatre gendres et son beau-frère Gaspard de Châtillon), le connétable pouvait marquer les esprits par des démonstrations de force impressionnantes, mais également contrôler l’appareil judiciaire et se poser en interlocuteur obligé des secrétaires d’État. Quelques années plus tard, le turbulent frère de Charles IX et d’Henri III, François, duc d’Anjou, se trouvait dans la position de réunir autour de lui des centaines de clients en leur donnant une place dans sa maison, dont les effectifs atteignaient 1 123 personnes en 1578 lors de son expédition aux Pays-Bas75. Sully, enfin, peut être considéré comme le créateur de la première grande clientèle administrative de l’époque moderne76.

    44Comment expliquer une évolution aussi rapide – en trois générations – et aussi profonde ?

    45L’évolution générale des liens de clientèle et de fidélité au XVIIe siècle est aujourd’hui bien connue grâce à d’abondants travaux77. Dès le XVIe siècle, les grandes clientèles nobiliaires ont dû faire face à la volonté royale de reprendre le contrôle de la réserve de charges et d’honneurs qui alimentait la constitution de réseaux d’obligés. Après l’intermède des guerres de religion, le pouvoir royal a progressivement éliminé les clientèles trop indépendantes dans les provinces, pour les remplacer par des clientèles plus centralisées, possédant un fort lien avec la Cour et, in fine, avec le roi lui-même. Ayant compris que leur intérêt était de vivre à la Cour, ne serait-ce que pour capter la source des faveurs royales, les Grands s’installèrent à Paris et dans les environs, avant d’être définitivement fixés à Versailles par le système louis-quatorzien de domestication de la noblesse au sein duquel ils trouvèrent des compensations à leur perte d’autonomie78. Quelques nuances doivent être apportées à ce rapide tableau : certains Grands continuèrent tout au long du règne à jouer un rôle prépondérant dans leurs provinces, comme les Villeroy en Lyonnais et les Condé en Bourgogne79.

    46Cependant, il semble que les évolutions institutionnelles et sociales qui transformaient peu à peu le système de patronage pluriséculaire encore à l’œuvre au XVIIe siècle n’ont pas été étudiées sous tous leurs aspects. En particulier, le rôle intermédiaire des grandes clientèles ministérielles de la première partie du règne de Louis XIV a été éclipsé par le mouvement plus général de rassemblement des clientèles autour de la personne royale. Ces clientèles administratives différaient tant de leurs homologues nobiliaires que des clientèles réunies par les cardinaux-ministres du début du siècle. En effet, elles étaient constituées par les chefs des départements ministériels eux-mêmes, qui avaient sous leurs ordres directs des commissaires et des officiers répartis sur l’ensemble du territoire, leur permettant de contrôler les provinces et de centraliser les processus de décision. Deux éléments ont contribué à leur faire jouer un rôle décisif. D’une part, le cumul d’attributions dont se sont progressivement vues dotées les deux principales clientèles : au département de la Guerre, fondement de l’ascension des Le Tellier, vinrent s’ajouter la surintendance des postes (1668), la chancellerie (1677) et la surintendance des Bâtiments (1683) ; au contrôle général des finances, Colbert joignit la surintendance des Bâtiments (1664), celle des mines et minières (1670), le département de la Marine et de la Maison du roi (1669) et, par l’intermédiaire de son frère Colbert de Croissy, les Affaires étrangères (1679). Ce cumul amena les Le Tellier et les Colbert à intervenir dans toutes les parties de l’État, sans limites géographiques ou statutaires. D’autre part, la force du patronage, sur lequel reposait encore leur structure interne, fut peu à peu affaiblie par l’hérédité que permettaient les charges de secrétaires d’État. Ce lien personnel existait à l’origine en la personne des fondateurs de ces clans, qui avaient peuplé leurs départements respectifs de leurs cousins et créatures80. Cependant, trois générations de Le Tellier et deux générations de Colbert se succédèrent à la tête de ces vastes ensembles : aussi, dès la deuxième génération, prit-on peu à peu l’habitude dans les provinces de s’adresser bien plus à un Colbert ou à un Le Tellier qu’à une personne avec laquelle existait un véritable lien personnel. L’apport de ces clientèles paraît donc décisif à plusieurs titres : elles permirent au roi de reprendre véritablement en main l’administration des provinces et constituèrent, au même titre que le recours à des « courtiers », l’une des voies par lesquelles les clientèles vinrent se greffer sur la personne royale ; elles lancèrent également un processus de dépersonnalisation dont les conséquences apparurent en pleine lumière entre 1683 et 1691 lorsque les ensembles administratifs sur lesquels elles reposaient volèrent en éclat. Les grandes clientèles disparurent après les morts successives de Colbert et de Louvois et, si l’attitude du souverain joua sans doute un rôle non négligeable, la disparition des cumuls de charges de ces ministres semble tout aussi importante81. Les fonctions concentrées en 1683 entre les mains de Colbert, Seignelay, Louvois et son père furent réparties entre sept grands commis en 1691. Ce fractionnement des charges entraîna la disparition des clientèles protéiformes de la période précédente : à l’exception de Pontchartrain, ces grands commis furent obligés de se recentrer sur leur département et, partant, de limiter la variété et la taille de leur clientèle. De même, l’organisation des services devint plus rationnelle. Cette nouvelle répartition entraîna l’apparition de véritables services spécialisés, comme les Fortifications et les Bâtiments, dotés d’un personnel formé à cet effet, et dont le choix ne se fit plus seulement sur des critères comme la parenté ou la loyauté, mais également sur des critères de compétences techniques.

    47Dans le même temps, alors que le sommet de l’administration connaissait ce bouleversement sans précédent, les agents en place dans les départements ministériels ou dans les provinces jouissaient à l’inverse d’une très grande stabilité. Si l’on prend l’exemple des intendants des provinces, on a pu voir dans les « pics » de mouvements qui affectèrent ces agents en 1683-1684 et en 1689 la traduction du passage d’une clientèle ministérielle à une autre82. C’est oublier que la plupart des intendants concernés restèrent en poste, que les nouveaux arrivants furent rares et que l’essentiel de ces mouvements fut constitué par des « mutations internes » guère différentes de celles de nos actuels préfets. Souvent, le remplacement d’un seul intendant suffisait à créer une véritable chaîne de départs. Fin 1683, Michel Le Peletier de Souzy devint conseiller d’État et fut autorisé à quitter l’intendance de Flandres. Il y fut remplacé par François Le Tonnelier de Breteuil, intendant en Picardie, où fut envoyé Louis Chauvelin, intendant en Franche-Comté, à son tour remplacé par Claude de Lafond. Ainsi, le départ de Souzy, antérieur à la mort de Colbert, provoqua-t-il à lui seul le quart des mouvements d’intendants recensés pour les années 1683-1684.

    48La même stabilité fut à l’œuvre dans les départements ministériels, confrontés à une augmentation du nombre des commis telle que les ministres n’étaient plus en mesure de les connaître et de les recruter personnellement. Elle s’y traduisit par une dépersonnalisation des relations entre les commis et les chefs de département : on commence à repérer des mouvements de premiers commis, voire de commis simples, d’un service à l’autre83. Si cette évolution semble particulièrement marquée dans les bureaux des administrations centrales, elle commença également à se faire sentir dans les provinces. Nous avons retrouvé quelques exemples de ce phénomène dans les lettres envoyées à Le Peletier en septembre-octobre 1689 après sa démission du contrôle général, qui évoquent ce changement dans la perspective des liens de clientèle. Le comte d’Argenson utilise une formule révélatrice : « J’espère que vous luy [Pontchartrain] donnerez tous vos serviteurs et tous vos amis84. » Pour les contemporains, le changement de ministre se résumait dorénavant à un simple changement de nom, en somme sans grande importance : l’essentiel, c’est-à-dire la fonction exercée, demeurait inchangé.

    *

    49Si Claude Le Peletier put compter sur l’amitié désintéressée de très nombreux contemporains, sa clientèle n’eut jamais l’ampleur de celles des grands ministres du début du règne personnel de Louis XIV. Au contraire, elle apparaît très modeste, surtout pour un contrôleur général, et son exemple vient démentir l’axiome de l’« identité du pouvoir et de la finance » posé par D. Dessert. D’une certaine façon, la modestie de sa clientèle témoigna de la réticence de Le Peletier à assumer pleinement ses fonctions de ministre d’État : parvenu à cette dignité sans l’avoir désirée, il se contenta d’essayer de remplir son devoir aussi bien que possible. Prisonnier de son passé de client des Le Tellier, il dut également compter avec les évolutions de la fin du siècle, qui virent les rapports de fidélité disparaître au profit de liens moins personnels, prélude au développement bureaucratique des siècles suivants

    50Si les grandes clientèles ministérielles disparurent peu à peu après les morts de Colbert et de Louvois, c’est parce que l’armature administrative et bureaucratique du royaume était suffisamment solide pour ne plus avoir besoin de recourir aux liens de fidélité comme mortier fédérateur entre provinces et pouvoir central. Elles disparurent aussi car elles ne constituaient plus une institution sociale pertinente pour traduire les relations personnelles entre les membres de l’élite administrative du royaume : la parenté, ciment nécessaire du cœur des grandes clientèles administratives, se révélait inopérante dans un milieu traversé de multiples alliances comme la robe du Conseil et du Parlement. D. Dessert a montré que, sur la période 1661-1715, 60 % des intendants de marine étaient apparentés à l’un de leur confrère, soit en ligne directe, soit par les oncles, neveux ou cousins85. De pareils chiffres ne sont malheureusement pas disponibles pour le Conseil et le Parlement, mais il suffit de consulter quelques ouvrages consacrés aux parcours de groupes familiaux, comme les Le Tellier et les Phélypeaux86, ou d’étudier la parenté des Le Peletier au Parlement de Paris au XVIIIe siècle, pour comprendre que ces milieux se trouvaient dans le même cas. Lier mécaniquement parenté et clientèles administratives comme on a pu lier parenté et clientèles nobiliaires aboutirait ainsi à des conclusions intenables : doit-on déduire du cousinage existant entre les Colbert, les Le Tellier (via les Colbert de Saint-Pouange), les Le Peletier (via les Chauvelin) et les Phélypeaux (via les Fleuriau) qu’une seule et même famille s’est partagé la gestion du royaume entre 1661 et 1715 ? Pour autant, on ne peut affirmer que ce déclin des clientèles ministérielles traduit un affaiblissement brusque et définitif des relations entre patrons et clients dans l’ensemble de la société française. Jusqu’à la Révolution, la recommandation d’un personnage puissant resta nécessaire pour obtenir charges, récompenses et pensions, mais ce mouvement parti d’en haut irrigua l’ensemble du corps social et, outre l’administration moderne, contribua à préparer les esprits aux Lumières du siècle suivant.

    Notes de bas de page

    1 D. Dessert, Argent, pouvoir et société au Grand Siècle, Paris, 1984, p. 312-315.

    2 T. Claeys, Les financiers au XVIIIe siècle. Les institutions et les hommes, thèse de doctorat de Paris IV, 2004, t. III, p. 291.

    3 D. Dessert, Argent, pouvoir et société…, p. 322-323.

    4 D. Dessert et J.-L. Journet, « Le lobby Colbert : un royaume ou une affaire de famille ? », Annales ESC, 1975, no 6, p. 1303-1336. Voir également J.-L. Bourgeon, Les Colbert avant Colbert. Destin d’une famille marchande, Paris, 1973.

    5 D. Dessert, Argent, pouvoir et société…, p. 338.

    6 D. Dessert a cependant montré que la déconfiture des Daliès avait commencé dès 1673, et que, avant même la mort de Colbert, Seignelay s’employa à mettre fin aux opérations douteuses du lobby familial (D. Dessert, Les Daliès de Montauban. Une dynastie protestante de financiers sous Louis XIV, Paris, 2005, p. 196).

    7 A. de Boislisle, « Desmarets et l’affaire des pièces de quatre sols », dans Saint-Simon, Mémoires, Paris, 1879-1931, t. VII, p. 529 ; M.-F. Limon, Traitants et fraudes dans le recouvrement de l’impôt. Affaires réglées par Claude Le Peletier, contrôleur général des finances (1683-1689), Paris, 1995.

    8 D. Dessert, Argent, pouvoir et société…, p. 529.

    9 Ibidem, p. 579.

    10 Ibidem, p. 274.

    11 BNF, Mss. fr. 7750, fo 72, mémoire présenté au roi par Le Peletier, juin 1691.

    12 AN, 259 AP 77, mémoire no 1, [1690].

    13 AN, O1 33, fo 39 vo, édit de février 1689, et D. Dessert, Argent, pouvoir et société…, p. 334.

    14 Comme l’a noté D. Dessert dans ibidem, p. 322.

    15 AN, 6 AP 10, contrat de mariage de Joseph-Jean-Baptiste Fleuriau d’Armenonville, 5 décembre 1685.

    16 D. Dessert, Argent, pouvoir et société…, p. 324.

    17 E. Pénicaut, Faveur et pouvoir au tournant du Grand siècle. Michel Chamillart, ministre et secrétaire d’État de la guerre de Louis XIV, Paris, 2004, p. 93.

    18 S. Chapman, Private ambition and political alliances. The Phélypeaux de Pontchartrain and Louis XIV’s government, 1650-1715, Rochester, 2004, p. 59.

    19 Gourville, Mémoires, Paris, 2004, p. 274-275.

    20 A. Corvisier a fait justice des opinions de H. Legendre, comte de Luçay, et de C. Rousset dans son Louvois, Paris, 1983, p. 321.

    21 T. Sarmant et M. Stoll, « Le style de Louvois. Formulaire administratif et expression personnelle dans la correspondance du secrétaire d’État de la Guerre de Louis XIV », Annuaire-bulletin de la société de l’Histoire de France, 1997 (1999), p. 57-77.

    22 Louis XIV semble avoir délibérément induit Louvois en erreur sur le sujet de la retraite de Le Peletier en septembre 1689 et de son remplacement par Pontchartrain : « J’ay eu subject de croire que […] le roy l’avoit caché à M. de Louvois, qui m’en vint parler auparavant que je pusse luy aller dire. Il m’a paru surpris et au milieu de tout ce qui m’occupoit l’esprit je ne pus m’empescher de tirer de mauvaises conséquences du secret que le roy avoit fait à M. de Louvois et d’en conclure qu’il avoit esté conduit ailleurs en tout sur cela. » (AN, 259 AP 77, mémoire no 3, [1689-1690].)

    23 Ibidem, mémoire no 3, [1689-1690].

    24 L. André, Deux mémoires historiques de Claude Le Peletier publiés avec une introduction et des notes de Louis André, Paris, 1906, p. 153.

    25 Ce récit confirme celui de Saint-Simon, op. cit., t. XVI, p. 492.

    26 L. André, Deux mémoires…, p. 154-155.

    27 Ibidem, p. 155.

    28 Saint-Simon, op. cit., t. IV, p. 259.

    29 Sur la famille d’Aligre, voir D. J. Sturdy, The d’Aligres de La Rivière, servants of the Bourbon state in the seventeenth century, Woodbridge-New York, 1986.

    30 AN, 259 AP 1, contrat de mariage du 3 avril 1684.

    31 La marquise de Rosanbo exigea en particulier que Claude Le Peletier se démette en faveur de son fils de sa charge de président à mortier trois ans après la date de ses lettres de survivance.

    32 AN, 259 AP 130, lettre de la marquise au marquis de Rosanbo, Rennes, 5 novembre 1687.

    33 Ibidem, lettre de la marquise au marquis de Rosanbo, Rennes, 22 octobre 1687.

    34 AN, MC, CXVII, 619, contrat de mariage du 25 février 1688.

    35 J.-P. Labatut, Les ducs et pairs de France au XVIIe siècle, Paris, 1972, p. 193. Voir aussi T. Sarmant et M. Stoll, Régner et gouverner. Louis XIV et ses ministres, Paris, 2010, p. 443.

    36 Ch. Engrand, « Clients du roi. Les Colbert et l’État (1661-1715) », J. Meyer (dir.), Un nouveau Colbert, Paris, 1985, p. 85-97.

    37 Ch. Frostin, Les Pontchartrain, ministres de Louis XIV. Alliances et réseau d’influence sous l’Ancien Régime, Rennes, 2006, p. 251-253.

    38 E. Pénicaut, op. cit., p. 124-125.

    39 AN, 259 AP 127, Vie de Claude Le Peletier.

    40 AN, T 1062, cahier de quittances des légataires de Claude Le Peletier, 5 mars 1712.

    41 Les assemblées tenues pour gérer l’école des filles confiée aux sœurs de Saint-Lazare et les projets d’assistance des pauvres malades de Villeneuve-le-Roi réunissaient autour de Geneviève du Coskaer et de ses belles-sœurs d’Aligre et d’Argouges une dizaine d’épouses des principaux notables de la ville (AN, CXVII, 635, procès-verbal, 29 septembre 1689).

    42 AN, G7 2, lettre de Le Peletier au duc d’Estrées, [s. l. n. d.] octobre 1686.

    43 Ibidem, lettre de Le Peletier au marquis d’Aucy, Versailles, 29 août 1686.

    44 Ibidem, lettre de Le Peletier à Leblond, Fontainebleau, 7 novembre 1686.

    45 Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy, fut envoyé par son père en voyage à travers toute l’Europe entre 1684 et 1686 (J. Rule, « A career in the making : the education of Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy », French historical studies, vol. XIX, no 4, p. 967-996). Sur les voyages de formation des enfants de ministres, voir T. Sarmant et M. Stoll, op. cit., p. 412-414.

    46 AN, 259 AP 29, lettre de Chubéré à Le Peletier, Paris, 3 avril 1690.

    47 AN, 259 AP 16, lettre du cardinal de Noailles à Le Peletier, Turin, 16 janvier 1701 et Rome, 25 janvier 1701.

    48 P. Blet, Les assemblées du clergé et Louis XIV de 1670 à 1693, Rome, 1972, p. 488.

    49 AN, 259 AP 16, lettres du cardinal de Forbin-Janson à Le Peletier, Rome, 16 septembre, 30 septembre, 7 octobre et 16 octobre 1692.

    50 Ibidem, lettre de Forbin-Janson à Le Peletier, Rome, 24 juillet 1692.

    51 Ibidem, lettre de Forbin-Janson à Le Peletier, Rome, 3 novembre 1693.

    52 Ibidem, lettre de Forbin-Janson à Le Peletier, Rome, 26 octobre 1696.

    53 Pierre-Cardin Le Bret était le fils de Cardin Le Bret, homme de confiance de Richelieu et célèbre auteur du traité De la souveraineté du roy. Le Bret se targuait d’être un parent du contrôleur général en raison du mariage de son père avec Marguerite Le Peletier de Châteaupoissy, mais aucun lien de parenté n’existait entre cette famille et les descendants de Louis Le Peletier. Sur les Le Bret, voir J. Marchand, Un intendant sous Louis XIV. Étude sur l’administration de Lebret en Provence (1687-1704), Paris, 1889.

    54 « Feu M. de Saintes m’avoit donné à vous, je m’y suis toujours dévoué moi-mesme et cela m’a valu aussi un peu de bonté de vostre part. » (AN, 259 AP 28, lettre de Jean-Denis d’Aulède à Le Peletier, Bordeaux, 22 mai 1690.) Et plus tard : « L’ombre de M. de Saintes agit pour moi auprès de vous, il vous a répondu de ma fidélité en ce monde. » (AN, 259 AP 28, lettre de Jean-Denis d’Aulède à Le Peletier, Bordeaux, 25 juillet 1690.) Louis II de Bassompierre mourut à Paris le 1er juillet 1676. Claude Le Peletier avait sans doute fait sa connaissance en 1652 (lettre de Ph. Fortin de La Hoguette à Jacques Dupuy, Chamouillac, 24 septembre 1653, éditée dans Ph. Fortin de La Hoguette, Lettres aux frères Dupuy et à leur entourage, éd. par G. Ferretti, Florence, 1997, t. II, p. 740).

    55 AN, 259 AP 28, lettres de Bocaud à Le Peletier, Montpellier, 27 décembre 1697 et Paris, 17 juin 1701.

    56 AN, 259 AP 36, lettre de Michel Le Peletier de Souzy à Le Peletier, Paris, 17 mai 1701.

    57 AN, H1 1708, fo 34, lettre de Le Peletier à Henri d’Aguesseau, Fontainebleau, 12 septembre 1683. Sur la carrière d’Henri d’Aguesseau, voir M. Antoine, Le gouvernement et l’administration sous le règne de Louis XV…, p. 1-2.

    58 AN, H1 1710, fo 177, lettre de Le Peletier à Henri d’Aguesseau, Fontainebleau, 19 octobre 1684. Cette lettre est de la main de Le Peletier.

    59 Ibidem, fo 184, lettre de Le Peletier à Henri d’Aguesseau, Fontainebleau, 22 octobre 1684.

    60 H.-F. d’Aguesseau, Discours sur la vie et la mort, le caractère et les mœurs de M. d’Aguesseau, conseiller d’État, par M. d’Aguesseau, chancelier de France, Paris, 1812, p. 96-97.

    61 Ce tableau est longuement analysé par E. Le Roy Ladurie et J.-F. Fitou, Saint-Simon ou le système de la Cour, Paris, 1997, p. 181-235.

    62 Ch. Engrand, op. cit., p. 85-97.

    63 D’autres lettres sont éparpillées dans les séries des Archives nationales, principalement sous les cotes G7 541-542, 551-552 et 635-636.

    64 Nous avons exclu de cette étude les lettres envoyées par Michel Le Tellier et Louvois, les courriers de Michel Le Peletier de Souzy et de ses enfants ecclésiastiques et les correspondances échangées dans le cadre de fonctions administratives bien identifiées (gestion de la communauté de Saint-Cyr, des biens du comte de Toulouse, surintendance des postes), soit 3 666 lettres.

    65 Sur la durée d’une vie, il était normal que l’entourage d’un ministre évolue considérablement. B. Barbiche signale que trois générations de clients se sont succédé auprès de Sully entre 1559 et 1641, l’une pendant sa jeunesse, l’autre entre 1598 et 1610, la dernière pendant les quarante années de sa retraite (B. Barbiche et S. de Dainville-Barbiche, Sully : l’homme et ses fidèles, Paris, 1997, p. 471). Mais cette succession quasi naturelle n’est en rien comparable à l’effacement très rapide de Claude Le Peletier entre 1689 et 1697, alors qu’il est toujours ministre d’État et présent à la Cour.

    66 G. Lizerand, Le duc de Beauvillier, 1648-1714, Paris, 1933, p. 375-388.

    67 R. Mathis, Simon Arnauld de Pomponne (1618-1699), secrétaire d’État des Affaires étrangères de Louis XIV, thèse pour le diplôme d’archiviste paléographe, 2007, t. II, p. 42.

    68 E. Pénicaut, op. cit., p. 110-115.

    69 Ibidem, p. 217-232.

    70 S. Chapman, op. cit., p. 54.

    71 Ibidem, p. 82.

    72 Ibidem, p. 128.

    73 Ibidem, p. 148. Plusieurs des personnages cités par S. Chapman, en particulier dans les pays d’États, échangeaient en même temps une correspondance très personnelle avec Claude Le Peletier.

    74 N. Le Roux, La faveur du roi. Mignons et courtisans au temps des derniers Valois (vers 1547-vers 1589), Seyssel, 2000, p. 42.

    75 M. P. Holt, « Patterns of clientele and economic opportunity at court during the wars of religion: the household of François, duke of Anjou », French historical Studies, vol. XIII, no 3, p. 305-322.

    76 B. Barbiche et S. de Dainville-Barbiche, op. cit., p. 431.

    77 O. Ranum, Les créatures de Richelieu, secrétaires d’État et surintendants des finances, 1635-1642, Paris, 1966 ; Hommage à Roland Mousnier : clientèles et fidélités en Europe à l’époque moderne, publié sous la direction d’Y. Durand, Paris, 1981 ; A. Jouanna, Le devoir de révolte : la noblesse française et la gestation de l’État moderne, 1559-1661, Paris, 1989 ; S. Kettering, Patrons, brokers and clients in XVIIth century France, New York, 1986.

    78 S. Kettering, « The decline of great noble clientage during the reign of Louis XIV », Canadian journal of history, 1989, vol. XXIV, no 2, p. 157-177.

    79 K. Béguin, Les princes de Condé. Rebelles, courtisans et mécènes dans la France du Grand Siècle, Paris, 2003.

    80 Voir notamment D. C. Baxter, Servants of the sword. French intendants of the army, 1630-1670, Chicago, 1976; Ch. Engrand, « Clients du roi. Les Colbert et l’État (1661-1715) », R. Mousnier (dir.), op. cit., p. 85-97 ; D. Dessert et J.-L. Journet, « Le lobby Colbert : un royaume ou une affaire de famille ? », Annales ESC, 1975, no 6, p. 1303-1336.

    81 J.-C. Petitfils, Louis XIV, Paris, 1995, p. 519.

    82 A. Smedley-Weil, Les intendants de Louis XIV, Paris, 1995, p. 80 et 323.

    83 T. Sarmant et M. Stoll, op. cit., p. 303.

    84 AN, 259 AP 24, lettre du comte d’Argenson à Le Peletier, Argenson, 5 octobre 1689.

    85 D. Dessert, « La marine royale, une filiale Colbert », Ch. Giry-Deloison et R. Mettam (dir.), Patronages et clientélismes 1550-1750 (France, Angleterre, Espagne, Italie), Villeneuve d’Ascq-Londres, 1995, p. 69-83.

    86 L.-N. Tellier, Face aux Colbert, les Le Tellier, Vauban, Turgot et l’avènement du libéralisme, Québec, 1987, passim, et Ch. Frostin, op. cit., passim.

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Paysans des Alpes

    Paysans des Alpes

    Les communautés montagnardes au Moyen Âge

    Nicolas Carrier et Fabrice Mouthon

    2010

    Pérégrin d’Opole

    Pérégrin d’Opole

    Un prédicateur dominicain à l'apogée de la chrétienté médiévale

    Hervé Martin

    2008

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Samuel Gicquel

    2008

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)

    Pierre Jambard

    2008

    Ouvriers bretons

    Ouvriers bretons

    Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968

    Vincent Porhel

    2008

    L'intrusion balnéaire

    L'intrusion balnéaire

    Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)

    Johan Vincent

    2008

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan

    Dominique Lhuillier-Martinetti

    2008

    L'éveil politique de la Savoie

    L'éveil politique de la Savoie

    Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)

    Sylvain Milbach

    2008

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)

    Éric Roulet

    2008

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    Présence, attitudes, perceptions

    Laurence Moal

    2008

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Le glaive à deux tranchants

    Bernard Merdrignac

    2008

    Les miroirs du silence

    Les miroirs du silence

    L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934

    Patrick Bourgalais

    2008

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Paysans des Alpes

    Paysans des Alpes

    Les communautés montagnardes au Moyen Âge

    Nicolas Carrier et Fabrice Mouthon

    2010

    Pérégrin d’Opole

    Pérégrin d’Opole

    Un prédicateur dominicain à l'apogée de la chrétienté médiévale

    Hervé Martin

    2008

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Prêtres de Bretagne au xixe siècle

    Samuel Gicquel

    2008

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    Un constructeur de la France du xxe siècle

    La Société Auxiliaire d'Entreprises (SAE) et la naissance de la grande entreprise française de bâtiment (1924-1974)

    Pierre Jambard

    2008

    Ouvriers bretons

    Ouvriers bretons

    Conflits d'usines, conflits identitaires en Bretagne dans les années 1968

    Vincent Porhel

    2008

    L'intrusion balnéaire

    L'intrusion balnéaire

    Les populations littorales bretonnes et vendéennes face au tourisme (1800-1945)

    Johan Vincent

    2008

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    L'individu dans la famille à Rome au ive siècle

    D'après l'œuvre d'Ambroise de Milan

    Dominique Lhuillier-Martinetti

    2008

    L'éveil politique de la Savoie

    L'éveil politique de la Savoie

    Conflits ordinaires et rivalités nouvelles (1848-1853)

    Sylvain Milbach

    2008

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    L'évangélisation des Indiens du Mexique

    Impact et réalité de la conquête spirituelle (xvie siècle)

    Éric Roulet

    2008

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    L'étranger en Bretagne au Moyen Âge

    Présence, attitudes, perceptions

    Laurence Moal

    2008

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Les saints bretons entre légendes et histoire

    Le glaive à deux tranchants

    Bernard Merdrignac

    2008

    Les miroirs du silence

    Les miroirs du silence

    L'éducation des jeunes sourds dans l'Ouest, 1800-1934

    Patrick Bourgalais

    2008

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires de Rennes
    • amazon.fr
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1 D. Dessert, Argent, pouvoir et société au Grand Siècle, Paris, 1984, p. 312-315.

    2 T. Claeys, Les financiers au XVIIIe siècle. Les institutions et les hommes, thèse de doctorat de Paris IV, 2004, t. III, p. 291.

    3 D. Dessert, Argent, pouvoir et société…, p. 322-323.

    4 D. Dessert et J.-L. Journet, « Le lobby Colbert : un royaume ou une affaire de famille ? », Annales ESC, 1975, no 6, p. 1303-1336. Voir également J.-L. Bourgeon, Les Colbert avant Colbert. Destin d’une famille marchande, Paris, 1973.

    5 D. Dessert, Argent, pouvoir et société…, p. 338.

    6 D. Dessert a cependant montré que la déconfiture des Daliès avait commencé dès 1673, et que, avant même la mort de Colbert, Seignelay s’employa à mettre fin aux opérations douteuses du lobby familial (D. Dessert, Les Daliès de Montauban. Une dynastie protestante de financiers sous Louis XIV, Paris, 2005, p. 196).

    7 A. de Boislisle, « Desmarets et l’affaire des pièces de quatre sols », dans Saint-Simon, Mémoires, Paris, 1879-1931, t. VII, p. 529 ; M.-F. Limon, Traitants et fraudes dans le recouvrement de l’impôt. Affaires réglées par Claude Le Peletier, contrôleur général des finances (1683-1689), Paris, 1995.

    8 D. Dessert, Argent, pouvoir et société…, p. 529.

    9 Ibidem, p. 579.

    10 Ibidem, p. 274.

    11 BNF, Mss. fr. 7750, fo 72, mémoire présenté au roi par Le Peletier, juin 1691.

    12 AN, 259 AP 77, mémoire no 1, [1690].

    13 AN, O1 33, fo 39 vo, édit de février 1689, et D. Dessert, Argent, pouvoir et société…, p. 334.

    14 Comme l’a noté D. Dessert dans ibidem, p. 322.

    15 AN, 6 AP 10, contrat de mariage de Joseph-Jean-Baptiste Fleuriau d’Armenonville, 5 décembre 1685.

    16 D. Dessert, Argent, pouvoir et société…, p. 324.

    17 E. Pénicaut, Faveur et pouvoir au tournant du Grand siècle. Michel Chamillart, ministre et secrétaire d’État de la guerre de Louis XIV, Paris, 2004, p. 93.

    18 S. Chapman, Private ambition and political alliances. The Phélypeaux de Pontchartrain and Louis XIV’s government, 1650-1715, Rochester, 2004, p. 59.

    19 Gourville, Mémoires, Paris, 2004, p. 274-275.

    20 A. Corvisier a fait justice des opinions de H. Legendre, comte de Luçay, et de C. Rousset dans son Louvois, Paris, 1983, p. 321.

    21 T. Sarmant et M. Stoll, « Le style de Louvois. Formulaire administratif et expression personnelle dans la correspondance du secrétaire d’État de la Guerre de Louis XIV », Annuaire-bulletin de la société de l’Histoire de France, 1997 (1999), p. 57-77.

    22 Louis XIV semble avoir délibérément induit Louvois en erreur sur le sujet de la retraite de Le Peletier en septembre 1689 et de son remplacement par Pontchartrain : « J’ay eu subject de croire que […] le roy l’avoit caché à M. de Louvois, qui m’en vint parler auparavant que je pusse luy aller dire. Il m’a paru surpris et au milieu de tout ce qui m’occupoit l’esprit je ne pus m’empescher de tirer de mauvaises conséquences du secret que le roy avoit fait à M. de Louvois et d’en conclure qu’il avoit esté conduit ailleurs en tout sur cela. » (AN, 259 AP 77, mémoire no 3, [1689-1690].)

    23 Ibidem, mémoire no 3, [1689-1690].

    24 L. André, Deux mémoires historiques de Claude Le Peletier publiés avec une introduction et des notes de Louis André, Paris, 1906, p. 153.

    25 Ce récit confirme celui de Saint-Simon, op. cit., t. XVI, p. 492.

    26 L. André, Deux mémoires…, p. 154-155.

    27 Ibidem, p. 155.

    28 Saint-Simon, op. cit., t. IV, p. 259.

    29 Sur la famille d’Aligre, voir D. J. Sturdy, The d’Aligres de La Rivière, servants of the Bourbon state in the seventeenth century, Woodbridge-New York, 1986.

    30 AN, 259 AP 1, contrat de mariage du 3 avril 1684.

    31 La marquise de Rosanbo exigea en particulier que Claude Le Peletier se démette en faveur de son fils de sa charge de président à mortier trois ans après la date de ses lettres de survivance.

    32 AN, 259 AP 130, lettre de la marquise au marquis de Rosanbo, Rennes, 5 novembre 1687.

    33 Ibidem, lettre de la marquise au marquis de Rosanbo, Rennes, 22 octobre 1687.

    34 AN, MC, CXVII, 619, contrat de mariage du 25 février 1688.

    35 J.-P. Labatut, Les ducs et pairs de France au XVIIe siècle, Paris, 1972, p. 193. Voir aussi T. Sarmant et M. Stoll, Régner et gouverner. Louis XIV et ses ministres, Paris, 2010, p. 443.

    36 Ch. Engrand, « Clients du roi. Les Colbert et l’État (1661-1715) », J. Meyer (dir.), Un nouveau Colbert, Paris, 1985, p. 85-97.

    37 Ch. Frostin, Les Pontchartrain, ministres de Louis XIV. Alliances et réseau d’influence sous l’Ancien Régime, Rennes, 2006, p. 251-253.

    38 E. Pénicaut, op. cit., p. 124-125.

    39 AN, 259 AP 127, Vie de Claude Le Peletier.

    40 AN, T 1062, cahier de quittances des légataires de Claude Le Peletier, 5 mars 1712.

    41 Les assemblées tenues pour gérer l’école des filles confiée aux sœurs de Saint-Lazare et les projets d’assistance des pauvres malades de Villeneuve-le-Roi réunissaient autour de Geneviève du Coskaer et de ses belles-sœurs d’Aligre et d’Argouges une dizaine d’épouses des principaux notables de la ville (AN, CXVII, 635, procès-verbal, 29 septembre 1689).

    42 AN, G7 2, lettre de Le Peletier au duc d’Estrées, [s. l. n. d.] octobre 1686.

    43 Ibidem, lettre de Le Peletier au marquis d’Aucy, Versailles, 29 août 1686.

    44 Ibidem, lettre de Le Peletier à Leblond, Fontainebleau, 7 novembre 1686.

    45 Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy, fut envoyé par son père en voyage à travers toute l’Europe entre 1684 et 1686 (J. Rule, « A career in the making : the education of Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy », French historical studies, vol. XIX, no 4, p. 967-996). Sur les voyages de formation des enfants de ministres, voir T. Sarmant et M. Stoll, op. cit., p. 412-414.

    46 AN, 259 AP 29, lettre de Chubéré à Le Peletier, Paris, 3 avril 1690.

    47 AN, 259 AP 16, lettre du cardinal de Noailles à Le Peletier, Turin, 16 janvier 1701 et Rome, 25 janvier 1701.

    48 P. Blet, Les assemblées du clergé et Louis XIV de 1670 à 1693, Rome, 1972, p. 488.

    49 AN, 259 AP 16, lettres du cardinal de Forbin-Janson à Le Peletier, Rome, 16 septembre, 30 septembre, 7 octobre et 16 octobre 1692.

    50 Ibidem, lettre de Forbin-Janson à Le Peletier, Rome, 24 juillet 1692.

    51 Ibidem, lettre de Forbin-Janson à Le Peletier, Rome, 3 novembre 1693.

    52 Ibidem, lettre de Forbin-Janson à Le Peletier, Rome, 26 octobre 1696.

    53 Pierre-Cardin Le Bret était le fils de Cardin Le Bret, homme de confiance de Richelieu et célèbre auteur du traité De la souveraineté du roy. Le Bret se targuait d’être un parent du contrôleur général en raison du mariage de son père avec Marguerite Le Peletier de Châteaupoissy, mais aucun lien de parenté n’existait entre cette famille et les descendants de Louis Le Peletier. Sur les Le Bret, voir J. Marchand, Un intendant sous Louis XIV. Étude sur l’administration de Lebret en Provence (1687-1704), Paris, 1889.

    54 « Feu M. de Saintes m’avoit donné à vous, je m’y suis toujours dévoué moi-mesme et cela m’a valu aussi un peu de bonté de vostre part. » (AN, 259 AP 28, lettre de Jean-Denis d’Aulède à Le Peletier, Bordeaux, 22 mai 1690.) Et plus tard : « L’ombre de M. de Saintes agit pour moi auprès de vous, il vous a répondu de ma fidélité en ce monde. » (AN, 259 AP 28, lettre de Jean-Denis d’Aulède à Le Peletier, Bordeaux, 25 juillet 1690.) Louis II de Bassompierre mourut à Paris le 1er juillet 1676. Claude Le Peletier avait sans doute fait sa connaissance en 1652 (lettre de Ph. Fortin de La Hoguette à Jacques Dupuy, Chamouillac, 24 septembre 1653, éditée dans Ph. Fortin de La Hoguette, Lettres aux frères Dupuy et à leur entourage, éd. par G. Ferretti, Florence, 1997, t. II, p. 740).

    55 AN, 259 AP 28, lettres de Bocaud à Le Peletier, Montpellier, 27 décembre 1697 et Paris, 17 juin 1701.

    56 AN, 259 AP 36, lettre de Michel Le Peletier de Souzy à Le Peletier, Paris, 17 mai 1701.

    57 AN, H1 1708, fo 34, lettre de Le Peletier à Henri d’Aguesseau, Fontainebleau, 12 septembre 1683. Sur la carrière d’Henri d’Aguesseau, voir M. Antoine, Le gouvernement et l’administration sous le règne de Louis XV…, p. 1-2.

    58 AN, H1 1710, fo 177, lettre de Le Peletier à Henri d’Aguesseau, Fontainebleau, 19 octobre 1684. Cette lettre est de la main de Le Peletier.

    59 Ibidem, fo 184, lettre de Le Peletier à Henri d’Aguesseau, Fontainebleau, 22 octobre 1684.

    60 H.-F. d’Aguesseau, Discours sur la vie et la mort, le caractère et les mœurs de M. d’Aguesseau, conseiller d’État, par M. d’Aguesseau, chancelier de France, Paris, 1812, p. 96-97.

    61 Ce tableau est longuement analysé par E. Le Roy Ladurie et J.-F. Fitou, Saint-Simon ou le système de la Cour, Paris, 1997, p. 181-235.

    62 Ch. Engrand, op. cit., p. 85-97.

    63 D’autres lettres sont éparpillées dans les séries des Archives nationales, principalement sous les cotes G7 541-542, 551-552 et 635-636.

    64 Nous avons exclu de cette étude les lettres envoyées par Michel Le Tellier et Louvois, les courriers de Michel Le Peletier de Souzy et de ses enfants ecclésiastiques et les correspondances échangées dans le cadre de fonctions administratives bien identifiées (gestion de la communauté de Saint-Cyr, des biens du comte de Toulouse, surintendance des postes), soit 3 666 lettres.

    65 Sur la durée d’une vie, il était normal que l’entourage d’un ministre évolue considérablement. B. Barbiche signale que trois générations de clients se sont succédé auprès de Sully entre 1559 et 1641, l’une pendant sa jeunesse, l’autre entre 1598 et 1610, la dernière pendant les quarante années de sa retraite (B. Barbiche et S. de Dainville-Barbiche, Sully : l’homme et ses fidèles, Paris, 1997, p. 471). Mais cette succession quasi naturelle n’est en rien comparable à l’effacement très rapide de Claude Le Peletier entre 1689 et 1697, alors qu’il est toujours ministre d’État et présent à la Cour.

    66 G. Lizerand, Le duc de Beauvillier, 1648-1714, Paris, 1933, p. 375-388.

    67 R. Mathis, Simon Arnauld de Pomponne (1618-1699), secrétaire d’État des Affaires étrangères de Louis XIV, thèse pour le diplôme d’archiviste paléographe, 2007, t. II, p. 42.

    68 E. Pénicaut, op. cit., p. 110-115.

    69 Ibidem, p. 217-232.

    70 S. Chapman, op. cit., p. 54.

    71 Ibidem, p. 82.

    72 Ibidem, p. 128.

    73 Ibidem, p. 148. Plusieurs des personnages cités par S. Chapman, en particulier dans les pays d’États, échangeaient en même temps une correspondance très personnelle avec Claude Le Peletier.

    74 N. Le Roux, La faveur du roi. Mignons et courtisans au temps des derniers Valois (vers 1547-vers 1589), Seyssel, 2000, p. 42.

    75 M. P. Holt, « Patterns of clientele and economic opportunity at court during the wars of religion: the household of François, duke of Anjou », French historical Studies, vol. XIII, no 3, p. 305-322.

    76 B. Barbiche et S. de Dainville-Barbiche, op. cit., p. 431.

    77 O. Ranum, Les créatures de Richelieu, secrétaires d’État et surintendants des finances, 1635-1642, Paris, 1966 ; Hommage à Roland Mousnier : clientèles et fidélités en Europe à l’époque moderne, publié sous la direction d’Y. Durand, Paris, 1981 ; A. Jouanna, Le devoir de révolte : la noblesse française et la gestation de l’État moderne, 1559-1661, Paris, 1989 ; S. Kettering, Patrons, brokers and clients in XVIIth century France, New York, 1986.

    78 S. Kettering, « The decline of great noble clientage during the reign of Louis XIV », Canadian journal of history, 1989, vol. XXIV, no 2, p. 157-177.

    79 K. Béguin, Les princes de Condé. Rebelles, courtisans et mécènes dans la France du Grand Siècle, Paris, 2003.

    80 Voir notamment D. C. Baxter, Servants of the sword. French intendants of the army, 1630-1670, Chicago, 1976; Ch. Engrand, « Clients du roi. Les Colbert et l’État (1661-1715) », R. Mousnier (dir.), op. cit., p. 85-97 ; D. Dessert et J.-L. Journet, « Le lobby Colbert : un royaume ou une affaire de famille ? », Annales ESC, 1975, no 6, p. 1303-1336.

    81 J.-C. Petitfils, Louis XIV, Paris, 1995, p. 519.

    82 A. Smedley-Weil, Les intendants de Louis XIV, Paris, 1995, p. 80 et 323.

    83 T. Sarmant et M. Stoll, op. cit., p. 303.

    84 AN, 259 AP 24, lettre du comte d’Argenson à Le Peletier, Argenson, 5 octobre 1689.

    85 D. Dessert, « La marine royale, une filiale Colbert », Ch. Giry-Deloison et R. Mettam (dir.), Patronages et clientélismes 1550-1750 (France, Angleterre, Espagne, Italie), Villeneuve d’Ascq-Londres, 1995, p. 69-83.

    86 L.-N. Tellier, Face aux Colbert, les Le Tellier, Vauban, Turgot et l’avènement du libéralisme, Québec, 1987, passim, et Ch. Frostin, op. cit., passim.

    Servir le Roi Soleil

    X Facebook Email

    Servir le Roi Soleil

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    Servir le Roi Soleil

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Stoll, M. (2011). Chapitre IX. Un ministre sans clientèle ?. In Servir le Roi Soleil. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.125406
    Stoll, Mathieu. « Chapitre IX. Un ministre sans clientèle ? ». In Servir le Roi Soleil. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2011. doi:10.4000/books.pur.125406.
    Stoll, Mathieu. « Chapitre IX. Un ministre sans clientèle ? ». Servir le Roi Soleil, Presses universitaires de Rennes, 2011, https://doi.org/10.4000/books.pur.125406.

    Référence numérique du livre

    Format

    Stoll, M. (2011). Servir le Roi Soleil. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.125349
    Stoll, Mathieu. Servir le Roi Soleil. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2011. doi:10.4000/books.pur.125349.
    Stoll, Mathieu. Servir le Roi Soleil. Presses universitaires de Rennes, 2011, https://doi.org/10.4000/books.pur.125349.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires de Rennes

    Presses universitaires de Rennes

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Flux RSS

    URL : http://www.pur-editions.fr

    Email : pur@univ-rennes2.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement