La « bibliothèque » de René d’Anjou : un instrument de gouvernement ?
p. 339-354
Texte intégral
1Au XVe siècle, le temps n’est plus où Jean de Salisbury († 1180), déplorant l’inculture des souverains d’alors, pouvait écrire : « Un roi illettré est comme un âne couronné. » À la fin du Moyen Âge, rois et princes ont désormais non seulement le souci de s’entourer de gens de savoir, mais ils saisissent également l’intérêt d’articuler culture personnelle et exercice du pouvoir. Il est bien établi que depuis le XIVe siècle, la collection de manuscrits enluminés plus ou moins somptueux est significative de l’identité royale et princière car la dimension culturelle devient comme consubstantielle du statut propre du souverain1.
2La dynastie des Valois, montée sur le trône de France en 1328, a compté d’ardents collectionneurs et de fervents mécènes parmi lesquels figurent notamment les trois grands-oncles paternels de René d’Anjou, tous frères de son grand-père Louis Ier († 1384) : le roi Charles V († 1380), le duc Jean de Berry († 1416) et le duc de Bourgogne Philippe le Hardi († 1404). Les premiers ducs d’Anjou issus des Valois ne semblent pas avoir cultivé cette passion des livres à un degré aussi élevé, mais il est vrai que leur mort prématurée les a probablement empêchés de donner leur pleine mesure en ce domaine. Ils ne se sont toutefois pas désintéressés des livres. Le montre la précipitation avec laquelle Louis Ier, dans les semaines qui suivent la mort de Charles V, s’empare d’une bonne trentaine de manuscrits qui avaient été rassemblés par son frère aîné, parmi lesquels de nombreuses traductions françaises des Pères de l’Église ou de théologiens, des livres d’histoire et de droit. Le montrent également les manuscrits aujourd’hui conservés qui ont appartenu à son fils Louis II († 1417), le père de René2. Du côté de sa mère Yolande d’Aragon († 1442), René compte également des bibliophiles – si le terme est toutefois pertinent pour l’époque – avérés, notamment les parents de cette dernière, le roi d’Aragon Jean Ier († 1396) et Yolande de Bar († 1431), ou Martin Ier dit le Sage († 1410). Produit d’un milieu, René d’Anjou a donc de qui tenir pour s’intéresser aux livres et en constituer une belle collection.
3La légende s’est tôt emparée de cette figure et sa passion des livres constitue d’ailleurs une facette fondamentale de la mémoire de ce prince collectionneur, également auteur et – ce qui, pour le coup, est nettement moins fondé – passe également pour avoir été peintre et enlumineur à ses heures perdues. Qu’en est-il de la réalité ? Des historiens ont depuis longtemps cherché à reconstituer sa bibliothèque, le chanoine Albanès en 18743, Albert Lecoy de La Marche l’année suivante4, ou Paul Durrieu au lendemain de la Première Guerre mondiale5. Par la suite, de très nombreux travaux ont envisagé les livres de René d’Anjou sous l’angle de l’histoire de la commande artistique et de l’art de l’enluminure6, le prince ayant en effet mobilisé à son service certains des meilleurs talents de son siècle ; l’aboutissement – en forme d’apothéose – de ces entreprises est l’exposition d’Angers et le catalogue scientifique qui l’a accompagné à l’occasion des célébrations du sixième centenaire de la naissance de René d’Anjou7. Par manque de compétence et parce qu’il n’y a rien à ajouter dans ce domaine, je délaisserai l’analyse stylistique de la peinture des manuscrits de René. Je propose de me concentrer sur une seule question, la seule à n’avoir pas été traitée jusqu’à ce jour, qui est formulée dans le titre de ma contribution : la bibliothèque de René d’Anjou fut-elle pour lui un instrument de son gouvernement ?
4La question paraît simple, la réponse à y apporter l’est nettement moins car elle soulève à son tour plusieurs interrogations qui seront abordées successivement au fil des trois parties de cette étude. La première : René a-t-il disposé d’une véritable bibliothèque, non pas au sens de meuble ou de salle destinée à la conservation et à la consultation, mais en tant que collection de livres constituée avec continuité au cours de son existence et sous la forme d’un fonds organisé et classé ? La seconde : à la condition – valable pour toutes les époques – qu’un livre possédé soit bien un livre lu, quels sont les livres et donc les lectures considérées comme utiles ou nécessaires à un bon gouvernement à la fin du Moyen Âge, et figurent-ils dans le fonds constitué par René ? Dans le prolongement de cette question, les traditions politiques et les cultures propres à chacun des territoires détenus ou revendiqués par René permettent-elles d’ailleurs d’envisager malgré tout un ensemble commun de lectures au service d’un même type de gouvernement ? La troisième : la relative originalité de certaines sections de la collection des livres de René d’Anjou – déjà soulignée par des recherches passées – peut-elle être interprétée comme un révélateur de ses ambitions et de ses prétentions territoriales et politiques ou comme une sorte de manifeste porteur d’une idéologie clairement définie ?
Une « bibliothèque » ?
5La première difficulté rencontrée est de reconstituer la bibliothèque du roi René, tâche véritablement aventureuse à laquelle se sont pourtant attelés de nombreux historiens depuis plus d’un siècle et qui continue à poser de redoutables problèmes – notamment d’identification ou d’attribution pour les manuscrits conservés. Il n’en existe en effet aucun inventaire ou catalogue complet, seulement des listes plus ou moins partielles dressées au cours d’un demi-siècle.
- 14578 : alors que René entame un de ses rares longs séjours en Provence, un inventaire des meubles du château de Tarascon indique seulement 9 manuscrits et ne donne évidemment qu’un reflet totalement tronqué de la collection des manuscrits alors détenus par le prince.
- Hiver 1471-14729 : définitivement retiré en Provence, René fait dresser un inventaire de ses biens laissés au château d’Angers afin de les acheminer à Aix où il est déjà parti avec une part de ses biens et de sa collection de livres ; la liste comporte une quarantaine de volumes, mais l’officier qui l’a établie mentionne également « ung grant coffre de boys fermant à clef, ouquel est partie de la librairie du roi » dans la chambre du haut retrait de la forteresse angevine.
- 150810 : un inventaire est dressé de la nouvelle bibliothèque du couvent dominicain de Saint-Maximin, quae appellatur seu intitulatur regis Renati et Karoli de Andegavia ; ce fonds est constitué des livres légués par René à son neveu Charles IV du Maine († 1481) et de livres que possédait ce dernier, le tout étant laissé aux religieux du couvent ; il se compose de 134 volumes (pour 128 articles).
6En l’absence d’un inventaire complet, il est en général possible de s’appuyer sur d’autres indices – au nombre de trois – pour reconstituer au moins partiellement le contenu d’une collection de livres. Malheureusement, aucun ne peut s’appliquer au cas de René d’Anjou, comme si ce dernier avait cherché à brouiller les pistes. Les ex-libris : problème, car à la différence de la plupart des princes de son temps ou de son propre frère Charles III du Maine († 1472), René n’en a jamais apposé aucun sur ses livres – du moins sur ceux qui sont aujourd’hui conservés. Les marques héraldiques : problème là aussi, car la lenteur mise à décrypter l’infinie complexité et le caractère très mouvant des armoiries des membres de la maison d’Anjou a permis à certains historiens d’enrichir indûment la collection de René en lui attribuant des manuscrits ayant en réalité appartenu à ses proches – tout comme on lui a d’ailleurs prêté des œuvres qu’il n’avait pas créées lui-même. Les indications testamentaires pour finir : problème, là encore, René ne faisant aucune mention de ses livres dans ses testaments successifs. Cela a permis à un historien provençal du début du XVIIe siècle – César de Nostredame11 – d’alléguer, sans la moindre preuve, qu’une grande partie des livres du prince – en gros le fonds vernaculaire et littéraire – passa à sa mort entre les mains de Fouquet d’Agoult, seigneur de Sault, proche de René, ce qui expliquerait en conséquence le caractère très scolaire et latin des livres légués au couvent de Saint-Maximin qu’il avait transformé en 1476 en un venerabile et devotum collegium destiné à la formation philosophique et théologique de vingt-cinq étudiants dominicains12.
7Au vu des références implicites ou explicites empruntées à d’autres auteurs dont René a parsemé ses propres œuvres (le Mortifiement de vaine Plaisance, le Cuer d’Amour Espris et le Traité de la forme et devis comme on fait un tournoi) et qui ne figurent dans aucune source attestant leur possession par le prince, force est de reconnaître que notre connaissance de sa collection de livres restera définitivement partielle et incomplète, au point qu’il faut chercher à reconstituer sa « bibliothèque mentale » – comme Florence Bouchet l’a récemment tenté13 – avec toutes les approximations que suppose l’exercice. Pour cette raison, les chiffres donnés dans la suite de ce texte seront volontairement arrondis.
8Au plan quantitatif, et dans l’état provisoire des connaissances actuelles, la collection de René – sans doute bien inférieure à la réalité – semble avoir été tout sauf négligeable. Albert Lecoy de La Marche a recoupé naguère les différentes listes, y a ajouté des mentions de manuscrits figurant dans les comptes de René et différents manuscrits aujourd’hui conservés qui ne figurent dans aucun inventaire. D’autres attributions ont été établies par des spécialistes, tout récemment encore par François Avril. On parvient ainsi à un total de plus de 200 livres manuscrits – et plusieurs imprimés, puisque René en a acquis rapidement, notamment un Psautier de Mayence offert en 1465 au couvent des Franciscains observants de la Baumette d’Angers, qu’il avait fondé14. Ce chiffre situe le duc d’Anjou bien loin de la bibliothèque royale du Louvre (917 volumes à la mort de Charles V en 1380 et plus de 1 200 au début du XVe siècle) ou de celle du duc de Bourgogne Philippe le Bon (880 volumes) à sa mort en 1467. En revanche, René surclasse largement son intrigant neveu Louis XI (1461-1483) qui ne dispose que de 130 volumes à Tours à la fin de son règne. La collection du duc d’Anjou dépassait probablement celle de son cousin Charles d’Orléans – le poète – et assurément celle du frère de ce dernier, Jean d’Angoulême, avec respectivement 240 et 160 volumes.
9La collection des livres de René d’Anjou a-t-elle jamais existé comme un fonds unique et dûment classé, c’est-à-dire comme une véritable bibliothèque ? Un faisceau d’indices incline plutôt en faveur d’une réponse négative dans la mesure où cette collection n’a pas eu de réalité proprement matérielle. Le premier indice est l’absence de toute mention d’un « garde de la librairie » dans l’entourage de René, en charge de la conservation et du classement des livres. Un second indice tient au fait que ce prince itinérant se déplaçait avec tout ou partie de sa collection – stockée dans des coffres ou des tonneaux – et la dispersait entre ses différentes résidences ou entre les différentes salles d’une même demeure ; quelques semaines avant le début de l’inventaire des livres du château d’Angers en 1471, la liste des biens laissés au manoir de La Ménitré mentionne ainsi la présence d’un manuscrit15 – sans compter les livres emportés en Provence. Le troisième indice concerne la gestion même du fonds. Comme en témoignent ses achats de livres ou toutes les commandes durant son règne, René s’est préoccupé de l’enrichissement de sa collection ; l’accroissement passa aussi par des envois à caractère diplomatique, des cadeaux ou la réception d’œuvres qui lui furent personnellement dédiées – en particulier un traité sur la noblesse et un autre de géographie sur lesquels nous reviendrons. Cependant, dans le même temps, René d’Anjou s’est régulièrement séparé de pièces de sa collection, cela en diverses circonstances. On considère habituellement qu’à l’occasion de sa fuite de Naples en 1442, il abandonna sur place – sans doute contre son gré – plusieurs manuscrits16 ; pour financer cette désastreuse campagne, il avait d’ailleurs vendu d’autres livres et il continua à en mettre d’autres en gage au cours de son règne car les trésors des princes servaient aussi de réserves mobilisables en cas de difficultés ou d’imprévus. Les échanges entre bibliophiles – en particulier avec ses cousins d’Orléans – sont une dernière manière d’amoindrir une collection, même si la perte est cette fois compensée en retour.
10Autant dire que les lacunes des sources et cette intense circulation des manuscrits ne facilitent pas la reconstitution de la collection dont René est susceptible d’avoir disposé à un moment ou à un autre de son existence au service de son gouvernement.
Les lectures du prince
11Pendant de longs siècles, le genre des Miroirs des princes a reposé sur un substrat invariable : Dieu a fait les rois pour que règnent la justice et la paix et c’est leur conduite morale et religieuse qui en garantit le maintien et la prospérité. Cependant, dans les derniers siècles du Moyen Âge, une nouvelle exigence s’impose progressivement comme gage d’un bon gouvernement. Dans sa traduction française de la Politique d’Aristote commandée par Charles V, Nicolas Oresme († 1382) écrit : « Il n’est pas de meilleure chose ni de plus profitable au prince après la foi catholique que la science. » Il reste toutefois à définir les contours de cette science, ce à quoi s’est attaché Philippe de Mézières († 1405) dans le Songe du Vieil Pèlerin vers 1389. Ancien conseiller de Charles V, retiré au couvent des Célestins de Paris après la mort du souverain, Mézières rédige cette composition allégorique à destination du jeune Charles VI et lui propose entre autres choses un programme de lecture – assorti d’une liste de « livres perilleux » dont il doit bien se garder17. Pour les livres les plus conseillés, il écrit : « En la Bible tu trouveras souveraine prœsse et vaillance veritable et appreuvée » car elle est « le vrai miroir de bon gouvernement », ce qui n’est pas neuf. Il y ajoute toutefois d’autres auteurs et d’autres thématiques chers au défunt roi : Aristote († 322 av.), la Consolation de philosophie de Boèce († 524), les historiens de la Rome antique comme Tite-Live († v. 10) ou Valère Maxime († Ier s.) ou l’Histoire ecclésiastique de Pierre Le Mangeur († 1179).
12On ne sait si René a fréquenté le traité de Philippe de Mézières, mais les grandes sections de la collection de ses livres recoupent nettement les conseils de lecture qui y sont prodigués. Si cela n’empêche pas chacun de donner une touche personnelle à sa collection, rois et princes disposent en réalité d’un fonds commun dans lequel se retrouvent la religion, le droit, l’histoire et certaines sciences regardées comme utiles dans le cadre du bon gouvernement.
13À l’image de toutes les collections royales et princières, les livres de nature religieuse occupent une place de choix. Chez René, ils dépassent les 80 volumes sur les plus de 200 qu’il a possédés à un moment ou à un autre de son existence.
- La section biblique (Bible complète ou textes partiels et gloses) en représente la moitié. En accord avec la tradition et l’esprit du temps, là est la clé de la sagesse, la fameuse « sapience », c’est-à-dire la contemplation de Dieu qui s’apprend par la méditation de la Bible et la prière – d’où l’importance de ses fameux livres d’heures. Cette réalité culturelle s’accorde avec une certaine posture transmise par la mémoire du prince. René se pose en sage et sa légende a justement retenu son égalité d’humeur qui est la disposition d’esprit indispensable au bon gouvernement. L’ordre et la méthode dans l’exercice du pouvoir se nourrissent à l’école de la sagesse divine avec calme, patience et maîtrise de soi.
- Comme on le sait, René goûte aussi la Patristique : elle représente une section inhabituellement développée (12 volumes) dans une bibliothèque princière ; il détient non seulement les Pères de l’Église latine – l’Hexameron de saint Ambroise († 397), Jérôme († 420), les Moralia sur Job de Grégoire le Grand († 604) et surtout Augustin († 430) dont il possède de nombreuses œuvres, notamment le texte rarissime des Epistolae18 –, mais aussi ceux de l’Église orientale avec Origène († 253), Athanase († 373) ou saint Jean Chrysostome († 407) en impression ; surtout, il lit le tout en latin – comme les princes humanistes d’Italie (Este, Sforza, Visconti)19 – et non dans les traductions françaises réalisées depuis le XIVe siècle que possèdent à l’occasion – mais en nombre limité – ses pairs de France.
- Avec une trentaine de volumes, la philosophie (Platon, la Métaphysique d’Aristote, Porphyre…) et surtout la théologie viennent compléter cette section religieuse. Les théologiens sont de toutes les époques : Haymon d’Auxerre († 865) et Rémi d’Auxerre († 908) représentent la science de Dieu carolingienne, les trois volumes du Livre des sentences de Pierre Lombard († 1160) ou Alain de Lille († v. 1202) sont les témoins de la « Renaissance du XIIe siècle » ; saint Thomas d’Aquin († 1274) et sa Cathena aurea, Durand de Saint-Pourçain († 1344, deux manuscrits dont un « volume médiocre »), les différents volumes des Postilles de Nicolas de Lyre († 1349) et Grégoire de Rimini († 1358, Lectura sur les Sentences du Lombard) sont les grands théologiens de la scolastique du Moyen Âge finissant. La théologie a retenu René jusqu’à la fin de sa vie. En témoigne la réalisation vers 1470-1475 d’un manuscrit de la Pantheologia sive Summa universae theologiae du dominicain Rainier de Pise († v. 1351), dictionnaire de théologie sous la forme d’une énorme compilation alphabétique – basée pour l’essentiel sur l’Aquinate – ayant connu une large diffusion au XVe siècle20.
- En revanche, et le paradoxe a déjà été relevé, une singularité de sa collection est la part dérisoire des livres ascétiques et moraux – alors que René se plaît à mener une vie austère et retirée et qu’il est l’auteur du Mortifi ement – pendant qu’ils forment près du quart de l’immense bibliothèque de son cousin de Bourgogne qui dispose d’une véritable anthologie de ces textes. Il possède toutefois deux best-sellers de la fin du Moyen Âge : la Vita Christi (en deux volumes) du chartreux Ludolphe de Saxe († 1378), et le Pèlerinage de vie humaine du cistercien Guillaume de Digulleville (1330-1331, remanié en 1353), que Louis Ier d’Anjou possédait déjà en latin et que la seconde épouse de René, Jeanne de Laval, avait fait mettre en prose française par un clerc angevin21.
14La connaissance du droit, en principe indispensable au gouvernement, repose sur la possession d’une petite dizaine de volumes seulement, effet sans doute de la délégation du pouvoir, le prince n’ayant pas besoin d’être un technicien – mais là aussi, ce chiffre est malgré tout supérieur aux bibliothèques des autres princes français du temps. Le droit canon l’emporte très largement. René possède des textes de base et certains auteurs qui font autorité de longue date : le Décret de Gratien (vers 1140-1150) et les Décrétales de Grégoire IX (1234), la Summa d’Hostiensis († 1270), l’Apparatus ad Decretum seu Rosarium du bolonais Gui de Baisio († 1313) et l’Apparat sur les Décrétales de Jean d’Andrea († 1348) ou celui de Paul de Lizariis († 1356) sur les Clémentines. Faut-il voir dans la prédominance de la science canonique la marque d’une volonté de s’immiscer dans la vie de l’Église de ses États et de la contrôler ? Quoi qu’il en soit, les nombreux traités rédigés au moment du Grand Schisme (1378-1417) et les controverses sur le conciliarisme et le gallicanisme ne paraissent pas avoir retenu René d’Anjou, pourtant actif sur le terrain22. Le droit civil est seulement représenté par un Digeste vieux et un Digeste neuf et par la Somme d’Azon († v. 1200), ce qui paraît pour le moins curieux de la part d’un comte de Provence et d’un prétendant au royaume de Naples, terres de droit romain. Il ne paraît pas non plus disposer des Coutumes d’Anjou alors qu’il les fait réformer par des juristes angevins et promulguer dans leur nouvel état lors des Grands Jours d’Angers de 146223 – il ne peut en revanche posséder les Coutumes de Lorraine qui n’ont pas été couchées par écrit avant la fin du XVIe siècle. Alimentée à la théologie et au droit, la science politique née à la fin du Moyen Âge n’a laissé aucune trace dans la collection de René d’Anjou.
15Dans la tradition chrétienne et médiévale, l’histoire a valeur d’exemple et nourrit l’art de bien gouverner. Elle reste assez modestement représentée avec une petite vingtaine de volumes parmi les livres de René. La moitié de la série se compose d’historiens antiques : Salluste († v. 35 av.), Tite-Live – avec le manuscrit de René identifié tout dernièrement à la Bibliothèque de Besançon par François Avril – et son De secundo Bello punico, Quinte Curce (Ier s.) avec l’Histoire d’Alexandre, Florus (IIe s.) et son Abrégé de toutes les guerres depuis sept cents ans (d’histoire romaine) ou le superbe Livre des stratagèmes de Frontin († 103) dans la traduction de Jean de Rouvroy († 1461) réalisée pour le beau-frère de René, le roi Charles VII (1422-1461)24. En impression, René acquiert tardivement les Histoires d’Hérodote († 425 av.) et l’Histoire universelle de Justin (IIe s.) qui résume les Histoires philippiques de Trogue Pompée. La production historique médiévale n’est représentée que par quelques rares auteurs (un anonyme pour une Historia Biblia et Pierre Le Mangeur recommandé par Philippe de Mézières) car la vaste encyclopédie d’histoire universelle intitulée Speculum historiale du dominicain Vincent de Beauvais († v. 1264) – en latin et pas dans sa traduction française du XIVe siècle – représente pas moins de six volumes dans l’inventaire des livres passés au couvent de Saint-Maximin. En revanche, on cherche en vain dans les inventaires la moindre chronique – genre habituellement tant prisé des princes et de la noblesse – sur le temps présent ; seule lui est attribuée la chronique abandonnée à Naples, évoquée plus haut, et l’inventaire de Saint-Maximin indique un grand volume de la Mer des histoires (Mare historiarum), adaptation française d’une chronique universelle allemande – qui sera publiée à Paris en 1488-1489 et passe pour être un des plus beaux incunables aujourd’hui conservés. Enfin, il faut souligner qu’à la différence des ducs de Bourgogne ou de Bretagne, René n’a suscité aucune commande historiographique à la gloire de la dynastie angevine et de ses entreprises. Il est vrai que cela aurait tourné au récit d’une longue série de revers et d’échecs politiques et militaires… Cela n’a toutefois pas empêché René de demander à ses serviteurs restés en Anjou, en 1478, d’entreprendre des recherches documentaires sur ses prédécesseurs dans le but, sans doute, d’en rédiger l’histoire25.
16Dans l’esprit du temps comme – normalement – de nos jours, gouverner c’est aussi prévoir, d’où la propension marquée des détenteurs du pouvoir à s’intéresser à certaines sciences, notamment l’astrologie à partir du XIVe siècle26. Elle fait en effet partie des sciences à mettre en œuvre dans la pratique du gouvernement car on pense pouvoir lire dans la disposition des planètes et des astres l’avenir aussi bien que la conjoncture politique présente. René d’Anjou utilise certes les services d’astrologues (parmi lesquels Arnoul de La Palu27), mais avec seulement quelques rares volumes (dont un en allemand), sa collection ne regorge pas de livres sur cette matière. L’astronomie atteint alors un niveau technique inégalé dont témoignent les horloges planétaires fabriquées à Carpentras par le Hollandais Willem Gilliszoon pour le compte du roi René28. La faveur de la prophétie dans les mêmes milieux dirigeants à la fin du Moyen Âge n’a pas laissé de trace dans sa bibliothèque29. Tout juste parvient-on à savoir qu’au nouvel an 1452, le prêtre italien Jacomo de Plaisance est gratifié pour l’envoi du texte d’une prophétie30 – sans doute en relation avec la campagne programmée en direction de la péninsule.
Livres, idéologie et ambitions
17Dans les cours royales et princières de la fin du Moyen Âge, les trésors et collections de livres sont l’expression symbolique de la distinction et de la capacité à briller. La fonction des bibliothèques ne s’arrête pourtant pas là. Les ducs de Bourgogne comme René d’Anjou passent pour l’avoir mieux compris que beaucoup d’autres, le faste sert également à faire valoir des prétentions temporelles avec de véritables visées politiques31. La plupart des princes ont une réelle passion pour les arts – et certains pour l’étude – qui se double en effet d’une perception aiguë de leur valeur politique et dynastique. Les livres sont d’ailleurs d’excellents révélateurs des goûts de chacun. Chaque collection a sa personnalité propre : Charles V avait manifesté un penchant évident pour la chose politique et son frère le duc de Berry avant tout pour l’esthétique. En la matière, la réputation de René est d’avoir hésité entre chevalerie et Humanisme, entre un passé toujours vivant et un présent en devenir. On va le voir, la politique ou son imaginaire ne sont jamais oubliés et dans cette perspective, certains livres prennent un relief et un sens bien particuliers
18René d’Anjou est fondamentalement un homme du Moyen Âge. Infatué de son rang, il cultive une conscience prononcée des hiérarchies sociales et un aristocratisme avéré. On le sait amateur et organisateur de tournois et de joutes ; il possède la Relation du Pas de Saumur qu’il a organisé en 144632. Il est surtout l’auteur du célèbre – pour ses enluminures – Traité de la forme et devis comme on fait un tournoi dont la date de composition a été tout dernièrement corrigée et repoussée au début des années 146033. Dans cette œuvre, René compile les usages de France, d’Allemagne, de Flandres et de Brabant et codifie les pratiques et valeurs aristocratiques. Précédé d’une revue qui fonctionne comme un tribunal de la noblesse, le tournoi est l’occasion de vérifier et proclamer l’ancienneté du sang noble des tournoyeurs et de contrôler leur fidélité aux règles de l’honneur – à l’oubli desquelles il devait en partie la perte de son royaume de Naples. Les mêmes valeurs sont exaltées par un traité dédié à René par un dominicain génois, Ludovico de’Vivaldi, le Tractatus aureus de nobilitate, dans lequel le religieux fait la louange du prince angevin à grands renforts de tirades rhétoriques et de références aux héros et souverains antiques34.
19La réalisation la plus aboutie de cet aristocratisme est la création en 1448 de l’ordre de chevalerie du Croissant dont la vocation politique est de rassembler autour du souverain la fine fleur de la noblesse de ses États éparpillés35. René a fait rédiger un manuscrit connu sous le titre d’Armorial de l’ordre du Croissant qui réunit en réalité, outre l’Armorial proprement dit, les statuts et les cérémonies de cette compagnie chevaleresque qui avait son siège dans la cathédrale d’Angers36 – par ailleurs nécropole des princes angevins. Du fait de la dédicace de cette église à saint Maurice, un saint guerrier, il est le patron de l’ordre. René se voit adresser en 1453 une Passio Mauricii et sociorum ejus écrite par le général et humaniste vénitien Jacopo Antonio Marcello († 1464) qui avait été admis dans l’ordre dès 1449, manuscrit qui a déjà fait couler beaucoup d’encre pour son très riche programme iconographique37. Le contexte de cette opération est éminemment politique et diplomatique. Dans l’échiquier particulièrement instable de la péninsule italienne, à la veille d’une nouvelle campagne militaire programmée par René pour tenter d’y faire valoir – en vain, comme déjà par le passé – ses droits, l’objectif de Marcello est de convaincre le prince angevin de rejoindre la coalition de la Sérénissime et d’abandonner ses alliés milanais et florentins. Hagiographie, art et diplomatie réunis au service des ambitions italiennes de René.
20Le penchant de René pour l’Humanisme italien doit être lu à la lumière des mêmes prétentions, même si cela n’exclut pas un goût réel de la latinité dans sa pureté originelle que partagent d’ailleurs ses cousins d’Orléans, là aussi avec quelque arrière-pensée politique – leur père Louis d’Orléans († 1407), frère de Charles VI (1380-1422) avait épousé une Visconti, de sorte que eux aussi avaient des positions à revendiquer dans la péninsule38. Jacopo Antonio Marcello, encore lui, est à l’origine du noyau des manuscrits d’origine italienne dans la bibliothèque de René39. Au cours des années 1450, il adresse au prince un texte du rhéteur latin Quintilien († v. 100) – absent des inventaires – nouvellement découvert par Gian Francesco Poggio Bracciolini dit Le Pogge († 1459) et le De arte grammaticae de Pomponius Laelius, ainsi que des manuscrits de géographie. Par d’autres canaux qui demeurent inconnus, René possède – comme certains de ses contemporains40 – des textes des premiers humanistes : « Un livre en parchemin nommé Dente de Fleurence », et un livre de Lorenzo Valla († 1457) dont l’inventaire ne précise pas le titre ; de Boccace († 1375), René a un volume in gothico italicorum sans titre, la Théséide41 – absente des inventaires – et le Filostrato du même auteur bientôt traduit à sa cour par un Beauvau42. C’est probablement René – ou peut-être son frère Charles, l’attribution demeure discutée – qui a possédé le Livre des cas des nobles hommes et femmes de Boccace dans la traduction française réalisée par Laurent de Premier fait en 1400 puis révisée en 1409 pour le duc Jean de Berry ; le texte rapporte la chute et la mort brutale de personnages illustres afin de montrer la force de la Fortuna chère aux humanistes et la faiblesse de l’homme puissant43. Ce thème, également présent dans la bibliothèque de René avec le De Fortuna bona de Pétrarque († 1374), ne pouvait laisser insensible le prince vaincu. La même idée se retrouve dans la représentation du Roi mort, symbole de la vanité du pouvoir terrestre, que René fit ajouter en enluminure dans le manuscrit de ses Heures d’Anjou et représenter au-dessus de son tombeau dans la cathédrale d’Angers44.
21Les relations étroites de René d’Anjou avec les milieux politiques et intellectuels de la péninsule paraissent avoir un dessein politique fondamental45. Vaincu par les armes, René cherchait à résister par les lettres en entrant en rivalité avec son adversaire, Alphonse V le Magnanime, roi d’Aragon (1416-1458), roi de Sicile et victorieux de René à Naples en 1442. À la fois fer de lance d’un réformisme aragonais et incarnation de l’idéal du prince de la Renaissance, Alphonse avait fait de Naples une capitale de l’Humanisme européen pendant que le prince angevin perdait la face en échouant à attirer à sa cour un Lorenzo Valla ou un Francesco Filelfo. La force de la Fortune… En revanche, nulle trace de l’humanisme français – pourtant bien vivant à son époque, même s’il connut une éclipse relative sous le règne de Charles VII46 – dans les livres de René.
22Il est encore une singularité des collections de René qui se prête à une lecture politique – à moins qu’il ne s’agisse d’une simple curiosité intellectuelle, ce qui n’enlève d’ailleurs rien à son caractère original. La fin du Moyen Âge – le XIVe siècle surtout – a fait nettement progresser la pensée et les connaissances scientifiques, tout particulièrement le savoir cosmographique et géographique. Le phénomène est essentiellement italien et ibérique, ce qui explique d’ailleurs le retard français dans les grandes découvertes maritimes. Or René – à l’instar des ducs de Bourgogne – manifeste un intérêt marqué pour la géographie et la cartographie47. En 1452, il confie à son peintre Barthélemy d’Eyck le soin d’achever une « quarte de Loire48 ». Les inventaires de ses collections attestent la présence de mappemondes – qui servent, à l’époque, de résumés de l’histoire universelle – à Tarascon en 1457, au manoir de Chanzé en Anjou en 1471 et – au nombre de quatre – au château d’Angers la même année49. Il possédait aussi une grande toile où étaient représentées les villes de Provence jusqu’à Gênes50, et une sorte de carte pédagogique sur panneau pour apprendre à situer les pays chrétiens et sarrasins51. Jacopo Antonio Marcello, toujours lui, adresse à René en 1457 la Cosmographia de Ptolémée († v. 168) – traduite du grec au latin par Jacopo d’Angelo – accompagnée d’une mappemonde, d’une sphère couverte de caractères étranges (chaldéens ?) et de descriptions et de cartes de la Terre sainte52. Deux ans plus tard, Marcello récidive en commandant pour René la Géographie (le De situ orbi geographia) de Strabon († v. 22-25) – traduite du grec au latin par Guarino de Vérone († 1460), pédagogue et humaniste, à la demande du pape Nicolas V53. René possède également – à moins que ce ne soit là aussi son frère – le Livre des secrets d’histoire naturelle, sorte de dictionnaire des pays du monde et de leurs habitants avec quelques pays imaginaires54, et l’inventaire du château d’Angers de 1471 permet de lui attribuer une Description des parties orientales et un De la general division de toute la terre. La réputation d’un René d’Anjou géographe devait être notoire à l’époque dans la mesure où il est le dédicataire, en 1456, du Tractatus de figura seu imagine mundi de Louis de Langle († 1463-1464), médecin lyonnais d’origine espagnole, qui fait la synthèse des connaissances cosmologiques et géographiques de son temps55 ; l’auteur dit l’adresser à René afin que sa majesté, « si souvent tracassée par les affaires du monde, puisse trouver quelque rafraîchissement et détente en lisant ou en écoutant la lecture de ce livre56 »…
23Pourquoi ce goût pour la géographie et la connaissance des terres lointaines, notamment orientales ? La quête de l’évasion récréative et du voyage mental ? Peut-être. Rappelons simplement que René était roi de Jérusalem, titre vide de toute réalité, certes, mais dans l’imaginaire occidental, d’un tel rayonnement et d’une telle puissance ! La présence dans ses collections de quelques manuscrits en grec ou en hébreu et surtout de vingt-quatre livres en langue « turquine ou moresque » semble un indice intéressant. La vie à la cour de René se déroule dans un décor de féerie exotique : un cortège de nains, de Maures et de singes habillés l’accompagne dans ses résidences où il installe sa ménagerie57, et toutes les pièces de ses collections ressemblent à un « bazar oriental58 ». Cet orientalisme peut relever d’un simple effet de mode ou d’un « ornement épisodique de la vie de cour59 » – interprétation un peu courte que je ne partage pas. Il est toutefois tentant d’y voir la volonté de reconstituer par les livres, les objets, les costumes et le caractère bigarré du personnel de cour l’ambiance d’un royaume lointain dont il n’a jamais porté que le titre et les armoiries. Sa dévotion à la Vraie Croix et aux instruments de la Passion – certes, tout à fait de son époque – trouve dans son royaume de Jérusalem une justification supplémentaire et l’ajout d’une enluminure du Saint-Sépulcre dans les Heures d’Anjou au cours des années 1440 milite dans le même sens60. La même lecture politique peut être faite de la volonté de René d’obtenir des reliques de saint Vincent Ferrier († 1419) – natif de Valence en Aragon – quant à ses prétentions sur cette couronne lui venant de sa mère.
*
24Traducteur au service de Charles V, souverain auquel on prête une authentique politique culturelle61, Nicolas Oresme avait pu écrire : « Le roi a voulu, pour le bien commun, les faire translater en français afin que lui-même, ses conseillers et autres puissent mieux les comprendre, surtout l’Éthique et la Politique dont le premier apprend à être bon homme et l’autre à être bon prince. » Rien de tel avec René d’Anjou. Sa bibliothèque se caractérise pas la très large prédominance du latin et par un usage semble-t-il strictement personnel. Elle est un bien propre du prince, non une institution d’État ou un dépôt public, et apparaît dans son contenu comme la bibliothèque d’une sorte de clerc laïque.
25A-t-elle été un instrument de son gouvernement ? Certes, selon une tradition bien établie, l’important fonds religieux montre un prince à l’école de la sagesse divine et de nombreux ouvrages attestent sa volonté de maîtriser un certain nombre de savoirs. Cependant, la rareté des textes didactiques et techniques ou strictement politiques et l’absence d’un véritable programme de rassemblement systématique de ce qui était utile au bon gouvernement invitent à répondre par la négative.
26En revanche, cette collection de livres porte la marque des ambitions et des prétentions de René d’Anjou, ce prince qui a excellé à mettre en scène un pouvoir qu’il a eu tant de difficultés à asseoir et à exercer. Mais il reste une question : le prince croyait-il réellement à ses prétentions ? À la suite de tous ses échecs politiques et militaires, miné par toutes les disparitions qui ont décimé son lignage, gagné par le découragement, on a le sentiment que les livres sont pour lui surtout un refuge compensatoire. Les particularités de sa bibliothèque semblent indiquer que dans la succession des princes angevins sur quelques générations, avec René, nous sommes passés de la politique vécue, ou éventuellement rêvée, à la nostalgie de la politique. Cette bibliothèque apparaît donc comme le reflet d’une retraite nourrie par l’imaginaire – que la beauté des images rendait certainement plus agréable. Elle est donc davantage le témoin de l’échec de l’épopée des Angevins qu’un instrument de gouvernement au sens strict.
Notes de bas de page
1 Pour les bibliothèques des princes français, je renvoie une fois pour toutes à Vernet A. (dir.), Histoire des bibliothèques françaises, t. 1 : Les bibliothèques médiévales du VIe siècle à 1530, Paris, 1989. Voir en dernier lieu, sur un contemporain de René dont le prince angevin arborait les armes pour faire valoir ses prétentions au trône de Hongrie, Maillard J.-Fr., Monok I. et Nebbiai Dalla Guarda D. (dir.), Matthias Corvin, les bibliothèques princières et la genèse de l’État moderne, Budapest, 2009 (Supplementum Corvinianum, 2).
2 Avril Fr., « L’héritage : quelques livres des premiers ducs d’Anjou », Gautier M.-É. (dir.), Splendeur de l’enluminure. Le roi René et les livres (catalogue de l’exposition d’Angers, 2009-2010), Arles, 2009, p. 37-45 (désormais abrégé Splendeur).
3 Albanès J.-H., « La bibliothèque du roi René », Revue des Sociétés savantes des départements, 5e série, t. 8, 1874, p. 301-310.
4 Lecoy de La Marche A., Le roi René. Sa vie, son administration, ses travaux artistiques et littéraires, Paris, 1875, t. 2, p. 260 sqq.
5 Durrieu P., « La bibliothèque du bon roi René », Congrès international des bibliothécaires et des bibliophiles (Paris, 1923), Paris, 1925, p. 442-447.
6 Mérindol Ch. de, Le roi René et la seconde maison d’Anjou. Emblématique, art, histoire, Paris, 1987 ; Robin Fr., La cour d’Anjou-Provence. La vie artistique sous le règne de René, Paris, 1985. En dernier lieu, Ferré R.-M., La commande artistique à la cour de René d’Anjou : un concert de mots et d’images, thèse de doctorat d’histoire de l’art, université Paris IV-Sorbonne, 2008, 2 vol.
7 Splendeur (voir note 2).
8 Arnaud d’Agnel G., Les comptes du roi René, publiés d’après les originaux inédits conservés aux Archives des Bouches-du-Rhône, Paris, 1908, no 2444.
9 Paris, Arch. nat., P 1335, cote 133, édité par Lecoy de La Marche A., Extraits des comptes et mémoriaux du roi René pour servir à l’histoire des arts au XVe siècle, Paris, 1873, p. 260-263, no 642.
10 Arch. dép. des Bouches-du-Rhône, B 1226, fo 24 vo-30, édité par Albanès J.-H., « La bibliothèque du roi René », op. cit., et plus récemment par Montagnes B., « La bibliothèque de Saint-Maximin en 1508 », Livres et bibliothèques (XIIIe-XVe siècle), Toulouse, 1996 (Cahiers de Fanjeaux, 31), p. 241-259.
11 Nostredame C. de, L’histoire et chronique de Provence, Lyon, 1614.
12 Montagnes B., « La bibliothèque de Saint-Maximin… », op. cit., p. 242.
13 Bouchet F., « La bibliothèque mentale de René d’Anjou d’après ses écrits », Splendeur, p. 105-113.
14 Angers, Bibl. mun., ms. 20 (16), incunable, bien qu’inventorié comme manuscrit.
15 Paris, Arch. nat., P 1337, cote 387 (inventaire du 10 octobre 1471).
16 Il laisse à Naples la fameuse Bible angevine (Paris, BnF, ms. fr. 9561) et une Chronique universelle dite Chronique Cockerell dont les fragments sont aujourd’hui éparpillés entre Amsterdam, Berlin, Melbourne, New York, Ottawa et Washington (voir Splendeur, catalogue no 18).
17 Philippe de Mézières, Le Songe du Vieil Pèlerin, éd. G. W. Coopland, Cambridge, 1969, t. 2, p. 220-224 ; voir Krynen J., L’empire du roi. Idées et croyances politiques en France, XIIIe-XVe siècle, Paris, 1993, en particulier p. 195-199.
18 Marseille, Bibl. mun., ms. 209 ; voir Splendeur, catalogue no 42.
19 Voir les contributions sur ce sujet dans Nebbiai Dalla Guarda D. (dir.), Libri, lettori e bibliothece dell’Italia medievale, secoli IX-XV : fonti, testi del libro, Paris, 2000.
20 Le manuscrit est conservé : Lisbonne, Biblioteca nacional, ms. il. 138 ; voir Splendeur, catalogue no 41. René fait confectionner un manuscrit alors que la Pantheologia donna lieu à sept éditions imprimées entre 1473 et 1486 ; est-ce un indice qui inviterait à situer la réalisation du manuscrit avant 1473 ?
21 Matz J.-M., « René, l’Église et la religion », Matz J.-M. et Verry É. (dir.), René d’Anjou dans tous ses États (1409-1480), Paris, 2009, p. 125-147 (ici p. 143).
22 Müller H., « Être conciliateur à l’époque conciliaire. Les Anjou et la cour royale face au concile de Bâle (1431-1449) », Autrand Fr., Gauvard C. et Moeglin J.-M. (éd.), Saint-Denis et la royauté. Études offertes à Bernard Guenée, Paris, 1999 (Histoire ancienne et médiévale, 59), p. 757-770.
23 Matz J.-M., « Le duc en son apanage », Matz J.-M. et Verry É., René d’Anjou, op. cit., p. 53-73 (ici p. 58-59).
24 Bossuat R., « Jean de Rouvroy, traducteur des Stratagèmes de Frontin », Bulletin d’Humanisme et de Renaissance, t. 2, 1960, p. 273-286 et p. 469-489.
25 Lecoy de La Marche A., Le roi René…, op. cit., t. 1, p. 457. Voir à ce sujet la contribution de François Comte dans le présent volume.
26 Voir en dernier lieu Mérindol Ch. de, « L’astrologie et les princes de la maison de France à la fin de l’époque médiévale », Pastré J.-M. et Ridoux Ch. (dir.), L’astrologie hier et aujourd’hui, Rouen, 2008, p. 115-161.
27 Boudet J.-P., « Les astrologues et le pouvoir sous le règne de Louis XI », Observer, lire, écrire le ciel au Moyen Âge (actes du colloque d’Orléans, 1990), Paris, 1991, ici p. 11.
28 Boudet J.-P., « Le bel automne de la culture médiévale (XIVe-XVe siècles) », Sot M. (dir.), Histoire culturelle de la France, t. 1 : Le Moyen Âge, Paris, 1997, p. 354 ; voir à ce sujet Poulle E., Les Instruments de la théorie des planètes selon Ptolémée : équatoires et horlogerie planétaire du XIIIe au XVIe siècle, Genève/Paris, 1980, 2 vol.
29 Sur la diffusion des textes, voir en particulier Vauchez A. (dir.), Les textes prophétiques et la prophétie en Occident (XIIe-XVe siècle), Rome, 1990 ; Vauchez A., Saints, prophètes et visionnaires. Le pouvoir surnaturel au Moyen Âge, Paris, 1999 ; Rusconi R., Profezia e profeti alla fine del Medioevo, Rome, 1999.
30 Splendeur, p. 30.
31 Wijsman H., « Bibliothèques princières entre Moyen Âge et Humanisme : à propos des livres de Philippe le Bon et de Matthias Corvin et de l’interprétation du XVe siècle », Maillard J.-Fr., Monok I. et Nebbiai Dalla Guarda D. (dir.), Matthias Corvin, les bibliothèques princières…, op. cit., p. 121-134, écrit au sujet de la bibliothèque du duc de Bourgogne : « Il voulait s’émanciper du royaume de France, se présenter comme un prince indépendant, unifier ses territoires morcelés, créer une histoire et une culture communes, tenter de fonder un État propre » (p. 134).
32 Saint-Pétersbourg, Bibl. nationale de Russie, ms. fr. F. p. xiv, 4 ; voir Splendeur, catalogue no 12.
33 Paris, BnF, ms. fr. 2695 ; voir Splendeur, catalogue no 23.
34 Bibl. Vaticane, Reg. Lat. 859, texte édité par Giordanengo G., « Un traité de la noblesse dédié au roi René : le Tractatus aureus de nobilitate de Giovanni Ludovico de’Vivaldi », Bibliothèque de l’École des chartes, t. 165, 2007, p. 415-452.
35 Mérindol Ch. de, « L’ordre du Croissant. Mise au point et perspectives », Coulet N. et Matz J.-M. (dir.), La noblesse dans les territoires angevins à la fin du Moyen Âge (actes du colloque d’Angers, 1998), Rome, 2000 (Collection de l’École française de Rome, 275), p. 499-509, et du même, L’ordre du Croissant. L’ordre de chevalerie fondé par le roi René, à paraître.
36 Paris, BnF, ms. fr. 25204 ; voir Splendeur, catalogue no 11.
37 Paris, Bibl. de l’Arsenal, ms. 940 ; voir Splendeur, catalogue no 4.
38 Sur Louis, voir Ouy G, « Humanisme et propagande politique en France au début du XVe siècle : Ambrogio Migli et les ambitions impériales de Louis d’Orléans », Culture et politique en France à l’époque de l’Humanisme et de la Renaissance (actes du colloque de Turin, 1971), Turin, 1974, p. 13-42 ; sur ses fils, en particulier le poète, Foffano T., « Charles d’Orléans e un gruppo di umanisti lombardi in Normandia », Ævum, t. 41, 1967, p. 452-473, et du même auteur, « Umanisti italiani in Normandia nel secolo XV », Rinascimento, t. 15, 1964, p. 3-34.
39 Thiébaut D., « Les manuscrits italiens du roi René », Splendeur, p. 47-53 ; sur les relations de René avec Marcello, Lecoy de La Marche A., Le roi René…, op. cit., t. 2, p. 180-182.
40 Mombello G., « I manoscritti delle opere di Dante, Petrarca e Boccaccio nelle principali librerie francesi del secolo xv », Pellegrini C. (dir.), Il Boccaccio nella cultura francese, Florence, 1971, p. 81-209.
41 Vienne, Östereichische National Bibliothek, codex Vindobonensis 2617 ; voir Splendeur, catalogue no 21.
42 Biancotto G., « La cour de René d’Anjou et les premières traductions d’œuvres italiennes en France », Brucker Ch. (éd.), Traduction et adaptation en France à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance (actes du colloque de Nancy, 1995), Paris, 1997, p. 187-203.
43 Genève, Bibliothèque de Genève, ms. fr. 191 ; voir Splendeur, catalogue no 38.
44 Londres, British Library, Egerton ms. 1070 ; voir Splendeur, catalogue no 2.
45 Le cadre général est brossé par Ouy G., « La dialectique des rapports intellectuels franco-italiens et l’Humanisme en France aux XIVe et XVe siècles », Rapporti culturali ed economici fra Italia e Francia nei secoli dal XIV al XVI (Atti del colloquio italo-francese, Roma, 1978), Rome, 1979, p. 137-155.
46 Beltran E., « L’humanisme français au temps de Charles VII et Louis XI », Bozzolo C. et Ornato E. (éd.), Préludes à la Renaissance. Aspects de la vie intellectuelle en France au XVe siècle, Paris, 1992, p. 123-162.
47 Fournier J., « Le roi René géographe », Bulletin de géographie historique et descriptive, t. 21, 1906, p. 322-330, et Paviot J., « Les cartes et leur utilisation à la fin du Moyen Âge. L’exemple des principautés bourguignonnes et angevines », Itineraria, t. 2, 2003, p. 201-228 ; pour le cadre général, voir Marcotte D. (éd.), Humanisme et culture géographique à l’époque du concile de Constance. Autour de Guillaume Fillastre (actes du colloque de Reims, 1999), Turnhout, 2002.
48 Arnaud d’Agnel G., Les comptes du roi René…, op. cit., no 689.
49 Mérindol Ch. de, Le roi René…, op. cit, p. 185-187, en donne la liste.
50 Lecoy de La Marche A., Extraits des comptes et mémoriaux…, op. cit., p. 257 : « Ung grant drap où sont paintes les villes de Prouvence et les villes qui sont depuis Prouvence jusques à Jennes. »
51 Ibid., p. 243 : « Ung grant tableau ouquel sont escriptz les ABC par lesquelx on peut escripre par tous les pays de Chrestienté et Sarrasinaisme. »
52 Paris, BnF, ms. lat. 17542 ; voir Splendeur, catalogue no 5.
53 Albi, Bibl. mun., ms. 77 ; voir Splendeur, catalogue no 6.
54 New York, Pierpont Morgan Library, M. 461 ; voir Splendeur, catalogue no 35. Ce texte à été édité par Beaugendre A.-C., Les merveilles du monde ou les secrets de l’histoire naturelle, Paris, 1996.
55 Paris, BnF, ms. lat. 6561 ; sur ce texte, voir Hustache E., « Une œuvre de vulgarisation géographique au XVe siècle : le De figura seu imagine mundi de Louis de Langle », École nationale des chartes. Positions des thèses, Paris, 1980, p. 352-357, et du même auteur « Le monde vu de Lyon en 1456 : la cosmographie de Louis de Langle », Lyon, cité de savants, Paris, 1988, t. 1, p. 9-16.
56 Cité dans Splendeur, catalogue no 8 (p. 234).
57 La ménagerie du roi René (livret de l’exposition d’Angers, 2000), Angers, 2000.
58 Expression de Boudet J.-P., « Le bel automne de la culture… », op. cit., p. 270.
59 Expression de Favier J., Le roi René, Paris, 2009, p. 270.
60 Londres, British Library, Egerton ms. 1070 ; voir Splendeur, catalogue no 2.
61 Autrand Fr., Charles V le Sage, Paris, 1994, p. 722.
Auteur
-
Jean-Michel Matz
Professeur d’histoire du Moyen Âge, université d’Angers
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