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    Plan détaillé Texte intégral La documentation : tribus et épigraphie provinciale Tribu, origine et Empire Bibliographie Annexe Notes de bas de page Notes de fin

    La toge et les armes

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre XXXIII. Tribus romaines et cités sous l’Empire. Épigraphie et Histoire*

    p. 591-602

    Texte intégral La documentation : tribus et épigraphie provinciale Tribu, origine et Empire Bibliographie Post-scriptum Annexe ANNEXE Notes de bas de page Notes de fin

    Texte intégral

    1L’étude des tribus romaines est un chapitre de l’histoire de la res publica romaine et concerne donc l’administration, les territoires, la politique et la société1. Pourtant, les sources juridiques et littéraires n’en parlent presque pas et si les sources épigraphiques apportent des listes entières de mentions (un document donne à lui seul le nom de 700 personnes inscrites dans la même tribu2) le plus souvent ce ne sont que des nomenclatures peu à même d’éclairer vraiment la question malgré ce que l’on attendrait. Il y aurait deux histoires différentes des tribus. La première, associée à la période républicaine, mettrait en évidence la tribu comme enjeu de la vie politique romaine épousant les contours de l’expansion de la cité en Italie jusqu’aux problèmes nouveaux consécutifs à la guerre sociale et à l’intégration politique des socii puis entre 49 et 42 des Cisalpins. La seconde, sous l’Empire, réduirait la tribu, déconnectée de la politique au moins dans les provinces, à un signe distinctif, de contenu peu explicite, de la possession du droit de cité romaine dont le prestige n’aurait cessé de diminuer avec son extension régulière jusqu’à la généralisation instituée par la Constitution Antonine en 212 probablement3. Il serait logique que la tribu soit devenue plus rare sur les inscriptions à partir du IIe siècle.

    2G. Forni s’en est fait le spécialiste et ses contributions sont essentielles surtout sur le plan de la lecture technique des inscriptions4. On ne saurait s’étonner de ce choix chez un historien qui a commencé ses recherches par une étude sur les légionnaires5, la documentation militaire offrant une manne épigraphique particulièrement riche car associée à des noms de communauté d’origine. Il a réagi avec raison contre une habitude ancrée chez les épigraphistes à la suite de Kubitschek6 qui consistait à associer une tribu à une cité non à des citoyens, à une entité abstraite non à des personnes. De même, il signalait l’impropriété de l’affirmation fréquente que telle ou telle tribu ne se trouvait qu’en Italie. Ces remarques et d’autres, telles que l’attention portée à la place respective de la tribu et de l’origo en fonction de la nomenclature et de la chronologie7 invitent à poursuivre les enquêtes et à réexaminer la question dans toute sa complexité historique, ne serait-ce qu’à la lumière des réflexions de notre regretté collègue Y. Thomas sur le caractère du lien constitutif de l’Empire romain accroché à la filiation et non au territoire8.

    3D’une manière plus générale, les tribus et leur mention épigraphique sous l’Empire engendrent des incertitudes techniques qui ne sont jamais aisées à lever de prime abord. La documentation paraît aller à l’encontre d’une observation commune sur l’inutilité de la tribu liée à l’effacement de la participation politique aux votes des comices tributes et centuriates à Rome et de l’irrégularité de sa notation dans les inscriptions dès l’époque flavienne assortie d’une quasi disparition au IIIe siècle, même si des documents tardifs en font encore état y compris à Hispellum à la fin du règne de Constantin9. L’analyse d’un échantillon représentatif de documents difficiles à interpréter en apparence constitue une base satisfaisante pour un inventaire de questions sur la signification de la présence ou de l’absence des tribus dans les inscriptions provinciales et invite à dessiner quelques linéaments de l’histoire globale des tribus à l’époque impériale.

    La documentation : tribus et épigraphie provinciale

    4Les indices du Dessau10 aident d’emblée à cerner les questions particulières n’entrant pas dans la norme supposée. On enregistre les doubles tribus, les différences entre les tribus des pères et celles des fils, les affranchis inscrits dans des tribus rustiques, la mention, en Afrique, de femmes associées à une tribu, la présence d’un citoyen d’une cité dont la tribu ne correspond pas à celle qui était largement dominante dans le municipe ou la colonie. Les nuances et « anomalies » sont en réalité beaucoup plus nombreuses et aucune d’entre elles n’est négligeable si l’on veut comprendre le sens, la place et le rôle de la tribu dans les cités provinciales de l’Empire.

    5L’échantillon documentaire de 23 textes au total s’appuie essentiellement sur des données issues de la péninsule Ibérique mais inclut des témoignages relatifs à des origines provinciales provenant de Rome, d’Italie ou d’autres provinces occidentales11. Le texte 1 établit la norme d’après les règlements municipaux en matière d’identification des personnes. Les documents 2 à 6 se rapportent à la dimension domiciliaire de la tribu, les numéros 7 à 9 à la tribu Palatina et aux affranchis, le numéro 10 aux notables sans mention de leur tribu, les textes 11 à 13 aux femmes inscrites dans une tribu et le texte 6b de Rome pose la question des tribus autres que les 35 tribus classiques, influencées par les noms impériaux et classées ordinairement dans la catégorie des « pseudo-tribus » au sens large12.

    6Le document 2a reflète la perplexité et les difficultés que l’on peut rencontrer si l’on ne fait pas le plus possible abstraction de préjugés qui peuvent passer pour des règles établies. L’inscription au génitif sans DM est précoce ce qui ne veut pas dire nécessairement augustéenne et ne signifie pas absence a priori de cognomen. Le commentaire des ILS est donc erroné, ce que souligne la comparaison avec le numéro 2b. Comme Tuscus, Hispanus est un cognomen bien à sa place et sans lien avec la tribu qui ne peut être associée qu’avec une cité et non avec un ethnique. Comme l’a sans doute pensé J. M. Roldán qui n’inclut pas le texte dans son corpus13, Hispanus n’indique pas même une origo péninsulaire avec certitude14. La tribu Galeria a été attribuée aux nouveaux citoyens de la péninsule par Auguste. Quoi qu’il en soit, l’ordre proposé est celui qu’a retenu aussi plus tard la loi d’Irni quand il s’agissait de faire afficher la nomenclature officielle de juges dont la rédaction implique qu’ils étaient tous citoyens romains alors que la communauté était de droit latin (1). Il est cependant logique que dans un municipe dans lequel le droit civil avait pleine efficacité l’application en ait été confiée à des citoyens romains, non à des pérégrins15.

    7Les inscriptions numéro 3 et 4 posent directement la question du domicile et de l’origo en liaison avec l’incolatus. M. Valerius Capellianus (3a), originaire de Damania, toponyme rapporté par Ptolémée16, et inscrit au départ dans la tribu Galeria17, a été adlecté, par la volonté d’Hadrien, à Saragosse, colonie augustéenne dont les habitants étaient rattachés à la tribu Aniensis18. Damania était un municipe et l’admission comme citoyen d’une colonie d’Auguste jouissant d’une certaine notoriété comportait un supplément de prestige. Il n’y a pas à douter ici du changement de domicile et de citoyenneté ce que précise la mention de l’adlectio, l’inscription dans les deux tribus et le beneficium impérial qui seul pouvait modifier l’origo d’un citoyen. Valerius Capellianus n’est pas ou plus un incola à Caesaraugusta mais l’origo demeure, dans l’absolu, « indisponible19 », d’où la mention de la tribu Galeria qui maintient le souvenir de l’attache paternelle au moins fictivement ou comme mémoire familiale20. Il est vraisemblable que la décision d’Hadrien a été motivée par le fait que le notable avait participé aux charges dans la cité d’adoption ou avait promis de le faire aux Caesaraugustani qui avaient obtenu gain de cause de l’empereur. Le cas de Sempronius Capito (3b), originaire d’une cité inconnue par ailleurs (peut-être Grallium ou Grallia21) est différent. Il a été adlecté dans l’ordo de Caesaraugusta, non dans la colonie, sans intervention extérieure et a gardé sa tribu Quirina qui signifie que Grallium était une cité latine d’époque flavienne. Ici le notable est un incola qui a été soumis aux munera dans la cité de résidence, Saragosse. Le sens en est très probable bien que le statut de résident ne soit pas revendiqué, ce que fait en revanche G. Blossius Saturninus (4) incola à Balsa de Lusitanie22. Originaire de Neapolis d’Afrique comme le précisent l’adjectif Afer et la tribu Areniensis pour Arnensis23, il est domicilié officiellement dans une cité municipale dans laquelle se rencontrent et la tribu Galeria et la tribu Quirina comme il est fréquent dans les cités flaviennes24. Le transfert d’une cité à l’autre, avalisé par l’empereur, ne fait pas de doute bien que Blossius ait souhaité indiquer que c’est d’abord en qualité d’incola qu’il a obtenu ce changement de statut25.

    8Les numéros 5 et 6 attirent l’attention sur les inscriptions militaires et leur contribution à l’analyse épigraphique des tribus. G. Forni y a inventorié depuis longtemps les différentes combinaisons possibles mettant en jeu la tribu et l’origo. Les trois documents reproduits sous le numéro 5 sont tous relativement précoces et appartiennent au Ier siècle de n. è. Ce n’est pas vrai du numéro 6a extrait de la liste des centurions de la cohorte V des vigiles mentionnés sur une base élévée à Caracalla fils de Septime Sévère en 210 dans la statio militaire romaine du Caelius par l’ensemble de l’unité. Les deux personnages mentionnés montrent que la disposition des données nominales n’est pas la même dans l’ensemble de la liste sans qu’aucune explication l’emporte. On peut ajouter que certains centurions ne mentionnent pas leur tribu mais seulement la cité d’origine, que d’autres séparent la tribu et l’origo. L’extrait relatif à P. Aelius qui inclut deux pseudo-tribus offre un cas particulier. Il est probable ici que les deux tribus Aelia et Septimia répondent en réalité aux surnoms honorifiques de la cité d’Aquincum gratifiée par Hadrien puis par Septime Sévère successivement d’une promotion politique26. Les quatre autres exemples attestent l’habitude chez les soldats de rapprocher la tribu et l’origo, comme si la tribu appartenait finalement à la cité locale ou faisait partie intégrante de son identification. Le texte 6b est aussi de Rome bien qu’il fasse connaître un soldat prétorien originaire de la colonie césarienne de Scallabis (Santarem) en Lusitanie honoré par les soins d’un municeps27. La tribu Iulia, créée à partir du surnom de la cité, Praesidium Iulium, est une pseudo-tribu qui rompt avec la tribu Sergia, celle des citoyens de la colonie en principe28. Peut-être faut-il attribuer ce choix à la volonté de rappeler par ce biais un attachement à César, le fondateur de la colonie, et à la dynastie julienne sous laquelle le prétorien aurait entamé son service ?

    9Le dossier de la tribu Palatina et des tribus des affranchis (nos 7-9) n’offre pas d’originalité particulière. Il convie à mettre en valeur quelques points essentiels. Sous l’Empire, il n’est pas contestable que les affranchis et descendants d’affranchis étaient de préférence inscrits dans la tribu urbaine Palatina lorsque la cité provinciale avait le rang de colonie29. Le chevalier du document 7a n’était pas originaire de Nicomédie mais ou un descendant d’affranchi ou issu d’une cité coloniale associée à cette tribu (Rome ou une autre cité d’Italie ou même de la péninsule, voire de Tarraco30). L’affichage de la tribu dans un contexte honorifique montre que l’éventualité d’une ascendance affranchie ne ternissait pas l’honorabilité du notable31. La tribu des citoyens de Tarragone était la Galeria. Il semble toutefois qu’aucun municipe ou oppidum latinum n’ait produit dans les provinces occidentales un citoyen attaché à la Palatina ce qui pourrait suggérer que les affranchis de ces communautés recevaient normalement leur tribu de leur patron et se fondaient donc parmi les détenteurs de la tribu locale32. Toutefois, comme le souligne l’échantillon ni les seuiri ni les liberti ne mentionnaient en général leur tribu sur les inscriptions y compris honorifiques. Le texte no 9 sort donc de la norme et provient encore une fois d’une colonie romaine de vétérans, Arausio. La tribu Palatina ne surprend pas, moins encore chez un sévir. On rencontre un autre exemple à Ratiaria, colonie Ulpienne au IIe siècle, concernant un sévir également33. Il n’y a pas d’interprétation immédiate de l’inclusion ou non de la tribu chez les affranchis y compris chez ceux qui avaient revêtu des fonctions honorifiques. Une explication possible, déjà émise par ailleurs, serait l’infériorité des liberti écartés des magistratures par la loi Visellia de 24, sous Tibère. Auparavant, la mention de la tribu n’aurait pas eu le même inconvénient, celui de révéler quelqu’un qui était privé de droits politiques. Après cette date, les sévirs n’y recoururent que rarement, on l’a vu. La conclusion possible en l’état actuel de la documentation est celle du souhait de masquer une infériorité sociale dans un contexte où le patron était tu également. Ce n’est pas entièrement satisfaisant puisque certaines inscriptions indiquent l’affranchi mais non la tribu à des époques éloignées l’une de l’autre34.

    10Les habitudes épigraphiques, qui ne sont pas que des habitudes, interfèrent parfois probablement. C’est ce qui vient à l’esprit concernant les magistrats d’Vlia Fidentia (10a-10b) dont les bases honorifiques, précoces, taisent la tribu, celle-ci très fréquemment mentionnée sur des inscriptions honorifiques de même type de l’époque flavienne et antonine. Les textes 11 à 13 contiennent la mention inhabituelle de tribus pour les femmes sur des inscriptions funéraires. Cretonia Maxima (11) est présentée à Mérida comme originaire de Pax Iulia (Beja) mais elle est inscrite dans la tribu Papiria qui est celle de Mérida (Emerita) comme l’illustre la nomenclature du fils dit Emeritensis. Faut-il admettre que la mère a été adlectée à Mérida sur intervention du mari, un Aplanius, absent de l’inscription ou du fils portant les noms de son père ? Ceci n’explique pas pourquoi elle porte une tribu. Est-ce par référence à celle du mari ? Dans quel but en ce cas ? Aquilia Severa (12) doit certainement la mention de la tribu à une habitude, présente aussi sur le texte précédent, concernant la dénomination d’Emerita. La formule Papiria Pacensis est un décalque de cette pratique bien que la tribu soit mal venue ici. Dans les deux cas, c’est bien la cité et non la personne qui induit la mention de la tribu comme le signale la place après les noms (11) et même la filiation (12) de Papiria Pacensis et Papiria Emeritensis.

    11Les questions ne sont pas nouvelles mais certaines constatations s’imposent. L’idée d’un déclin progressif et continu de la tribu n’est pas satisfaisante pour plusieurs raisons. La disparition, fréquente au IIe siècle, de la filiation ne saurait signifier que son importance avait diminué juridiquement, socialement et culturellement. L’existence de pseudo-tribus va plutôt dans le sens d’une adaptation et d’une continuité que d’une rupture. La présence prolongée de la tribu chez les notables municipaux et les soldats incite à chercher des explications du côté de la dimension symbolique et politique du problème. Il est plus fructueux de réfléchir aux références à une tribu et à leur signification que de s’arrêter a priori sur l’idée du déclin de la cité républicaine qui aurait entraîné inévitablement celui de la tribu considérée comme une institution civique romaine efficace à Rome même et rendue inopérante par l’extension de l’imperium qui modifia la configuration même de la cité romaine contrainte d’intégrer dans la ville elle-même les trente-cinq tribus35.

    Tribu, origine et Empire

    12En 265, un chevalier romain de Thignica porte une nomenclature complète y compris la tribu Papiria sur une dédicace officielle d’un temple en l’honneur du dieu Neptune, en liaison avec un opus fontis, et accomplie pour la sauvegarde de l’empereur Gallien36. De toute évidence, dans un cadre civique et évergétique, le chevalier a tenu à manifester la dignité de sa famille par le rappel de la tribu Papiria qui ne correspond ni à l’Arnensis ni à la Quirina attestées seules jusqu’à présent dans la cité municipale issue du territoire de Carthage37. La tribu Papiria évoque en Afrique une cité promue à l’époque de Trajan38. L’exemple rappelle une vérité fondamentale concernant les tribus dont toutes les conséquences n’ont pas été explorées : la tribu n’est pas une forme d’organisation territoriale de la cité à Rome malgré l’élargissement du nombre des tribus au fur et à mesure de l’expansion de la res publica jusqu’en 241. La fin de la création des tribus apporte une confirmation de l’idée que ce n’était pas la dimension territoriale mais les personnes et le domicile fondé sur l’origine qui définissaient l’esprit de l’organisation tribute et civique solidaire. Ce n’est ni à la fin de la République ni sous l’Empire qu’est née la dissociation entre lieu de résidence et appartenance à une tribu mais plus tôt au point que les tribus cessèrent assez vite d’être territorialement homogènes si elles le furent jamais. On peut ajouter que les noms des tribus ne sont pas tous tirés de lieux dont le toponyme aurait été étendu d’emblée à une circonscription entière39. Les censeurs jouirent toujours d’une part de liberté pour l’inscription des nouveaux citoyens et pour le transfert de domicile appelant un changement de tribu éventuel40. Il n’y a donc pas de difficulté à admettre que la tribu étendue aux nouveaux citoyens des cités provinciales ait tendu à s’intégrer au domicile et à lui être parfois associé dans les inscriptions comme le suggère l’échantillon analysé. Une fois encore, la documentation illustre l’exotisme de la construction impériale et provinciale romaine qui ne répondait pas aux critères modernes de l’annexion.

    13La tribu était une institution étroitement dépendante de l’origine d’un citoyen, un témoin de la filiation paternelle fondement de l’appartenance honorifique et privilégiée à la cité romaine. En principe, les listes fondées sur la répartition entre les tribus suivaient un ordre immuable que revendique Cicéron au moment du débat sur la fondation de Capoue par la loi agraire de Rullus en 63 av. n. è. Celle-ci modifiait, selon l’orateur, l’ordre normal tribus urbaines puis tribus rustiques par ordre d’ancienneté41. Sous l’Empire, les tribus assignées aux nouveaux citoyens correspondirent à un choix impérial au moment de la fondation ou de la promotion d’une cité. Il semble qu’en dehors de la période césaro-augustéenne antérieure à 27 av. n. è., une même tribu fut affectée à l’ensemble des nouveaux citoyens romains domiciliés dans une même communauté locale, avec la possibilité pour ceux qui le souhaitaient de préserver la tribu qui était déjà la leur42. On pourrait dire que face à une distorsion accrue du lien entre tribu et origine romaine les empereurs tirèrent dès Auguste les conséquences du fait que la citoyenneté s’exerçait réellement dans la cité de naissance et qu’il convenait que chaque citoyen fût inscrit dans une même tribu ce qui évitait en outre de superposer aux curies des divisions porteuses éventuellement de rupture du consensus local. L’exemple de César qui aurait avec le ius Latii assigné la Voltinia à l’ensemble des cités latines de Narbonnaise43 suggère une remarque supplémentaire sur le traitement différencié des colonies de citoyens Romains et des cités latines auxquelles il était plus facile d’imposer une certaine uniformité dans l’intérêt de l’administration à la faveur de ce qui apparaissait comme un privilège.

    14R. Cagnat remarquait déjà l’écart habituel entre les règles officielles et constantes de la nomenclature individuelle et les pratiques épigraphiques44, ce que précise la présence ou non de la tribu sans logique véritable. Il est en revanche possible de comprendre la référence à la tribu dans certaines catégories d’inscriptions, en particulier les latercula militaires qui ne sont cependant pas toujours homogènes en la matière45, par le recours à un document officiel ce qui se comprend dans le cas d’un magistrat qui a dû faire une déclaration de candidature et pour un soldat qui portait son matricule autour du cou46. Le texte d’Irni pour les juges privés donne une idée du contenu de ces documents qui incluaient donc nécessairement la tribu véritable brevet d’honorabilité (1). Les recensements étaient effectués régulièrement dans les cités municipales au moins pour les notables47, ce qui permettait de fixer l’identité complète des personnages et des membres de leur famille. C’est très probablement dans ce type de contexte que, faute de référence à un père ou un mari présent ou vivant, une femme a pu être nommée avec une tribu qui rappelait son rang familial. Les exemples que comporte la liste sont des textes funéraires qui sont l’occasion de fixer durablement l’image de la défunte sous un jour favorable. Toutefois les explications suggérées par le document ne sont jamais exactement les mêmes. Cretonia Maxima (11) signale un changement de cité par la mention d’une tribu qu’elle emprunte à sa famille par alliance. Aquilia Severa (12) doit au dédicant, son fils M. Septimius Severus, le rappel de la tribu qui est aussi la sienne et celle du père, un M. Septimius. On serait tenté de reconnaître là une influence du milieu militaire coutumier de la mention épigraphique conjointe de la tribu et de la cité d’origine destinée à souligner l’ancienneté du lien non interrompu. Calpurnia Andrana (13), probablement l’épouse de P. Paperius Niger qui ne porte pas de filiation, indique la tribu municipale qui est aussi celle de son mari en insistant sur leur origine locale puisqu’ils sont dits Baedronenses. Il est vraisemblable qu’il s’agisse de nouveaux citoyens du municipe promus grâce au droit latin, ici par l’intermédiaire du fils devenu magistrat alors que, de condition pérégrine, ils étaient encore vivants. L’éclairage est celui de familles de notables attachées à la tradition locale d’une cité qui définit aussi leur origine.

    15Les transferts de domicile impliquant la question de la tribu obligent également à réexaminer l’idée que la tribu devint sous l’Empire une notation de pure forme. L’importance de l’origo pour l’identification d’une personne48, le lien entre recrutement militaire, fiscalité et tribu suffisent à rendre compte de la non disparition de la tribu malgré un effacement épigraphique indéniable. Les cités ne percevaient pas l’impôt qui relevait de la seule prérogative de Rome s’agissant tout particulièrement du tributum et de la uicesima hereditatium. Les citoyens romains, malgré le volontariat et à cause du volontariat, n’ont jamais été légalement dispensés du service militaire. La tribu était originellement le cadre de recrutement d’où le nom de tribun pour les officiers. Les inscriptions qui attestent que les soldats étaient plus attachés que d’autres groupes sociaux à la tribu suggèrent ainsi que la tribu avait sa place dans le cadre du recrutement et figurait sur les rôles une fois la probatio obtenue. C’est vrai aussi des listes de démobilisation des vétérans. Ceux-ci font inscrire cependant sur leurs inscriptions funéraires, au moins à partir de la fin du Ier siècle, une nomenclature plus réduite que celle des soldats en activité. La raison en est, probablement, la dimension privée d’une épitaphe laissée au soin des familiers, lesquels ne retiennent que le statut de vétéran qui exprimait à lui seul un ensemble de références comprises du lecteur sans qu’il y eût une quelconque nécessité de préciser davantage.

    16Les données invitent à penser que d’une manière générale lorsque figure la tribu ce n’est jamais par hasard ni sans motif. L’absence de divers éléments de la nomenclature au IIIe siècle dans l’épigraphie semble refléter une évolution des documents d’enregistrement qui tendent à s’uniformiser à l’image des statuts des personnes49, ce qui nous éloigne des considérations proprement politiques du phénomène dont on voit qu’elles ont une prise moindre. On ne peut pas oublier que la Constitution Antonine n’a pas engendré un État romain unifié et n’a pas modifié la nature du lien entre Rome et les habitants des cités provinciales ou italiques, celui d’une parenté d’origine que soulignait aussi l’attache à une tribu. L’imperium est resté l’imperium et les provinces sont restées des provinces. La tribu est restée la tribu pour ceux qui entendaient signaler leur statut et leur supériorité sociale ou recherchaient une forme de visibilité distinctive. L’identité affichée n’était pas toujours conforme à la réalité administrative mais les inscriptions ne permettent guère de déceler des « tricheries », des usurpations ou des travestissements qui dans les contextes qui sont les leurs n’auraient pas eu grand sens ou seraient indécelables quand il s’agit d’un étranger au lieu. Les affranchis ont eu tendance à masquer leur origine servile malgré les contraintes imposées par la société et la res publica. Il y a toujours un signe qui ne trompe pas vraiment. C. Moatti ajoute que les autorités locales et impériales ne contrôlaient pas systématiquement les populations mobiles et n’en avaient ni les moyens ni le désir50. Pour les affranchis existait fréquemment le risque de ne pas pouvoir prouver leur liberté en arguant seulement de la régularité de la déclaration ou de l’acte de manumission.

    17La question de la mention épigraphique de la tribu prend donc une dimension autre quand on la rapporte aux actes administratifs et à la reconnaisance ou à l’identification des individus. La procédure et le caractère probatoire des documents pouvaient en pratique être toujours remis en cause parce qu’ils reposaient sur des déclarations susceptibles d’être inexactes ou falsifiées. L’épigraphie et la mention de la tribu reflétèrent parmi d’autres signes une volonté d’une partie des citoyens sous l’Empire d’être reconnus pour ce qu’ils étaient malgré le scepticisme ou l’impossibilité de faire la preuve absolue de leur statut. L’inscription participait de la publicité d’une condition et d’un rang avant toute chose.

    18La réflexion sur la mention formelle ou non de la tribu a conduit à poser des questions encore mal résolues et mal étudiées concernant la res publica, la citoyenneté, les pratiques administratives. Surtout, l’enquête convie, une fois de plus, à ne pas considérer l’épigraphie comme une documentation en soi. Les inscriptions n’ont acquis leur place et leur rôle que par rapport à d’autres formes de communication politique, administrative, sociale et culturelle. Le message n’y était pas le même dans la sphère publique et dans la sphère privée, en milieu local ou en milieu étranger, à l’extérieur de la communauté des notables ou en son sein. Le moment d’une histoire familiale, les pratiques épigraphiques locales ou individuelles51, la confiance dans les informations émises ou non influaient sur le contenu et la reconnaissance par autrui. Si ces remarques ont quelque chance d’être partagées, l’histoire épigraphique de la tribu, car c’est essentiellement de cela qu’il s’est agi, prolonge à l’échelle des cités locales les significations anciennes et renouvelées de l’inscription dans une tribu romaine, y compris l’éventualité de falsifications. Signe de citoyenneté pleine et entière, la tribu reflète un rang, un contrôle social et administratif de la part des pairs et de l’autorité, marque un attachement à la tradition et au prestige de participer avec le peuple romain à la gloire et à la domination, suggère un privilège de liberté personnelle qui symbolisait l’idéal civique.

    Bibliographie

    Post-scriptum

    Bibliographie : ce n’est qu’après la publication de l’article qu’a été diffusé A. Beschaouch, « Note d’information. Sur la mention d’une double tribu pour deux citoyens romains d’Ucubi et de Thignica en Afrique proconsulaire », CRAI, 2008, p. 1285-1303 qui ajoute des exemples éclairants à la démonstration outre un nouveau cas d’inscription dans la tribu Palatina.

    Annexe

    ANNEXE

    Documentation épigraphique

    1 – AE, 1986, 333 LXXXVI (col. IX C). Irni.

    (Sur la sélection des juges.) […] ii [eo] anno iudices rerum priuatarum in eo municipio h. l. sun[t] o eorumque omnium i [s] qui i. d. p. | praenomina nomina item patrum praenom[i] na et ipsorum tribus cognomina in tabulis scripta aput tribunal | suum per omnes reliquos eius anni dies maiorem partem | cuiusque die[i pr] oposi[ta h] a [b] eto, etc.

    2a et c – CIL, VI, 2498 = ILS, 2027. Roma.

    C. Manili C. f. | Gal. Hispani militis | coh. III pr.

    ILS : Galeria tribus uulgaris municipiorum Hispanorum primis imperiis temporibus […] unde certum uidetur Hispani uocabulo originem significari.

    2b – CIL, IX, 5527 = ILS, 2340. Prope Firmum Picenum, reg. V.

    C. Vetti L. f. | Vel. Tusci | legionis IIII Macedonicae | aquiliferei52.

    3a – CIL, II, 4249= RIT, 309. Tarraco.

    M. Valer. | M. f. Gal. | Aniensi | Capelliano | Damanitano adlec| to in coloniam | Caesaraugustanam | ex benefic. diui Hadriani | omnib. honor. in utraq. | re p. funct. flam. Rom. diuor. et Augustor. | p. H. c.

    3b – CIL, II, 4244= RIT, 304. Tarraco.

    M. Sempr. M. f. | Quir. Capitoni | Gralliensi adlecto | in ordine Caesaraug. | omnib. honorib. | in utraq. r. p. s. f. | | flam. p. H. c. | p. H. c.

    4 – CIL, II, 813 = ILS, 6902 = IRCP, 294. Pax Iulia.

    ------| ann. XXXIII | G. Blossius Satu| rninus Galeria | Napolitanus Afe | r Areniensis inco | la Balsensis fili| ae pientissimae | h. s. e. s. t. t. l.

    5a – AE, 1928, 163= ILER, 6355. Asturica Augusta.

    L. Octauius | L. f. Pup. Batr. | Magius | ann. XXXVII | aer. XIX tubc. | mil. leg. X Gem. | (centuria) T. Numisi | heres [e] xs tes. | fecit s. [t.] t. l.

    5b – CIL, V, 932. Beligna, prope Aquileiam, reg. X.

    L. Rutius | L. f. Serg. | Italica | Sabinus ex | Hispania | mil. leg. X Gem. | (centuria) Serani | ann. L | aer. XXVI | h. s. e. | h. ex t. | loc. m. in fr. p. X | in agr. p. X.

    5c – AE, 1941, 112= IAM, 2, 511= AE, 2000, 1808. Volubilis, Maur. ting.

    M. Vale| rius M. vol. Tol. | Rufinus | mil. leg. X Gem. (centuria) [-] | Atti ann. XXX | ae. XI h. s. e. s. t. t. l. sec. her. f. [c.].

    6a – CIL, VI, 1058= ILS, 2157. Roma.

    (Extrait) centuriones: […] M. Mummius M. f. Verinus Pap. Pœtou. | P. Aelius P. f. Ael. Sept. Romulus Aquinq., etc.

    6b – CIL, VI, 2614. Roma.

    M. Paccius M. f. | Iul. Auitus | Scallabi mil. | coh. VI pr. (centuria) | Iuli mil. ann. | V uix. ann. XXX | L. Valerius commanipular. | et municeps | amico de se b. m. | posuit.

    7a – RIT, 177. Tarraco.

    [D. M. | M. ? Aur. Pa] latina Iusto Ni|[grino ?] ex eq. R. (centurioni) leg. X Fret. VI | [Ferrat. ? X] XX Vlp. II Troian. IIII | [Scythic. ?] III Cyr. II h. pr. ann. XLII | [---] I Aureli Iusta uxor | [mari] to dulcissim. item | [Alexa] nder et Iulianus filii | [patri p] ientissimo fecer.

    7b – CIL, II, 4231 = RIT, 295. Tarraco.

    L. Numisio | L. fil. Pal. | Montano | Tarrac. | omnib. honorib. | in re p. sua functo | flamini p. H. c. | p. H. c.

    8a – CIL, II, 4291= RIT, 410. Tarraco.

    D. M. | Clodi Musaei | seuiri Tarrac. | Porcia Hiero| nis uxor | marito optom. (sic) | fecit.

    8b – CIL, II, 4293= RIT, 415. Tarraco.

    M. Fabio | Asiatico | seuiro mag. | Larum Aug. | L. Pompeius | Seuerinus | amico | optimo.

    8c – AE, 1961, 336= RIT, 428. Tarraco.

    D. M. | C. Sulp. Euclidi | VIuir. Aug. mag. | col. Tarr. | Sulpicius Syntropus patro| no optimo.

    8d – CIL, II, 6113= RIT, 666. Tarraco.

    D. M. | C. Sulpic. Syntropi | tutor. optim. b. m. | C. Sulp. Fauentinus | heres.

    9 – AE, 1999, 1024. Arausio (Orange), Narbonnaise.

    T. Pompeius T. l. Pal. Phrixus | Longus seuir Firmo Iulio | et Copia Mun. Luguduni | uiuos sibi fecit | Regini eius l. ex Sacrouiri gente | qui decessit Romae annorum XVII.

    10a – CIL, II, 1534= CIL, II2, 5, 495. Vlia Fidentia (Montemayor, Cordoue).

    P. Aelio P. f. Fabiano | patri aed. IIuir. | praef. C. Caesaris | praef. iterum pont. | sacrorum flamini | diui Augusti.

    10b – CIL, II, 1535= CIL, II2, 5, 496. Vlia Fidentia.

    L. Aemilio M. f. | M. n. Catoni | aed. IIuir. praef. | municipes et incolae.

    11 – AE, 1971, 147. Augusta Emerita (Mérida).

    D. M. s. | Cretonia Maxima Pap. Pacensis an. LXXX h. s. est | s. t. t. l. P. Aplanius Marci| anus Pap. Emerite. | an. XXXIII h. s. e. s. t. t. l. mater sibi et f. f. c.

    12 – AE, 1993, 898= HEp., 5, 110. Olivenza, Badajoz.

    [D.] M. [s.] Aquiliae Seue| re G. f. Papir[i] ae Emeriten| s. an. XLIX fec. | M. Septimiu|[s] Seuerus ma|[t] ri piissum[e] | h. s. e. s. t. t. l.

    13 – AE, 1965, 60= CIL, II2, 7, 844. Baedro (Belalcázar, Cordoue).

    P. Paperius | Niger Quiri| na an. LXXXV | Calpurnia | Andrana | Quirina an. | LXV Baedron| eses h. s. s. s. u. t. l.

    Notes de bas de page

    1 T. Mommsen, 1889, p. 180-223. Quelques remarques préliminaires sont nécessaires à une juste appréciation des questions : la prouincia n’est pas par définition un cadre adapté à l’étude des tribus. Celles-ci relèvent des citoyens, principalement ceux qui accèdent à la ciuitas Romana au cours de leur existence. La question de la tribu pose aussi le problème du lieu d’origine (origo) qui est distinct du lieu de naissance (natio). Sous l’Empire, les données ont évolué concernant les rapports entre tribu et cité, ce qui touche également aux aspects civiques du ius Latii.

    2 CIL, VI, 200 = ILS, 6049. Il s’agit de membres iuniores de la tribu Sucusana.

    3 Disons immédiatement que la décision d’Antonin Caracalla promulguée sous la forme d’un édit ne consista pas à « naturaliser » les habitants libres ni à annexer les territoires à un empire devenu « national ». Sur le plan administratif, politique et territorial rien ne changea. Les buts en étaient sans doute surtout fiscaux.

    4 Voir récemment encore G. Forni, 2006.

    5 G. Forni, 1953 et 1974.

    6 J. W. Kubitschek, 1889.

    7 Par exemple, G. Forni, 1985, p. 37-42.

    8 Y. Thomas, 1996.

    9 CIL, XI, 5283.

    10 ILS, III, 1, p. 590 et suiv.

    11 Voir l’Annexe à la fin de l’article. Les numéros en gras sont ceux du classement dans le dossier.

    12 Voir G. Forni, 1985, p. 1-46.

    13 J. M. Roldán Hervás, 1974, p. 328-329.

    14 Le surnom Hispanus n’est pas très répandu parmi les « Espagnols » mais le gentilice Manilius et la tribu Galeria orientent vers un lien effectif avec l’Hispania.

    15 D. Kremer, 2006, p. 177-178 particulièrement.

    16 Ptolémée, II, 6, 62.

    17 Sur les Damanitani dans le conventus de Caesaraugusta, voir Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, III, 24.

    18 R. Wiegels, 1985, p. 101-102.

    19 Vocabulaire emprunté à Y. Thomas, 1996, p. 76.

    20 Y. Thomas, 1996, p. 90, commet malheureusement une inadvertance en attribuant Pampelune comme origo et la Galeria comme tribu des citoyens de Caesaraugusta. Sa conclusion est claire : le changement de cité n’a pas modifié l’origine.

    21 R. Wiegels, 1985, p. 114-115.

    22 Voir IRCP, 294 pour un commentaire complet. L’inscription date vraisemblablement de la seconde moitié du IIe siècle.

    23 Areniensis résulte probablement d’une transcription phonétique. Les deux formes Arnensis et Arniensis existent. Il faut exclure sans doute avec Tite-Live un lien avec l’Arno : VI, 5, 8. Voir T. Mommsen, 1889, p. 184 et 192.

    24 Voir IRCP, 79. Il n’est pas nécessaire de penser à un nouveau transfert, cette fois à Pax Iulia, pour expliquer la tribu Galeria. On ne comprendrait pas que Saturninus ne revendique pas le domicile dans la colonie plutôt qu’à Balsa.

    25 Comme précédemment, la nouvelle tribu vient avant celle qui était associée à la cité d’origine. Il est hasardeux de tirer des conclusions quelconque sur la place de la tribu après les noms malgré IRCP : voir G. Forni, 1976, p. 40.

    26 La cité d’Aquincum, 3 km au nord de Budapest, porta le titre de colonia Septimia et a dû recevoir le rang de municipium d’Hadrien : B. Galsterer-kröll, 1972, p. 124, no 349 et G. Forni, 1985, p. 71, nos 93-94 ne se réfèrent qu’à la colonie. Pourtant, à lire la documentation, le cas semble comparable à celui de Carnuntum située dans une région peu éloignée. L’exemple confronte une fois encore à l’existence d’expressions épigraphiques localisées, influencées par l’origine historique et culturelle du peuplement.

    27 Ce n’est pas la première fois que municeps est employé pour associer deux citoyens d’une colonie, notamment de la péninsule Ibérique : voir AE, 1971, 210 de Carthago Noua.

    28 G. Forni, 1985, p. 3-12 et 23-28 et no 252, p. 88 : cette tribu Iulia n’est pas celle dont on débattit après la guerre sociale ou entre 44 et 29 av. n. è. Depuis le refus d’Auguste, les pseudo-tribus, malgré les apparences, sont étrangères à la personne impériale et reproduisent le surnom impérial de la cité. L’inscription de Rome est certainement du Ier siècle et est donc antérieure à la première mention datée d’une pseudo-tribu qui serait 135-136 selon G. Forni, 1985, p. 27. R. Wiegels, 1985, p. 85-86 ne prend pas en compte ce document.

    29 Voir à Ratiaria de Mésie, colonie rattachée à la tribu Papiria, Sex. Valerius Zoticus, affranchi de Sextus, de la tribu Palatina (AE, 1979, 537).

    30 RIT, 293 enregistre un C. Marius Verus, notable de Gerunda inscrit dans la tribu Palatina dont l’émigration à partir de Barcelone n’est pas exclue, Gerunda étant un oppidum latinum chez Pline L’Ancien, Histoire Naturelle, III, 23 ; RIT, 295 et 349 offrent l’exemple de Numisii, chevaliers de Tarraco de la même tribu.

    31 Le rappel de la tribu, comme on verra, avait pour but, dans ce contexte, de signifier que le personnage revendiquait une origine locale et insistait sur sa légitimité.

    32 Ce qui tend à confirmer l’hypothèse d’une émigration de Barcelone à Gérone de la famille de C. Marius Verus. Une restriction serait que tous les gens de la tribu Palatina ne sont pas nécessairement des descendants d’affranchis même en étant romains de Rome.

    33 Supra note 29.

    34 CIL, II2, 5, 685 et 989 d’époque augustéenne et 932 de la fin du Ier ou du début du IIe siècle.

    35 Voir en particulier, CIL, VI, 909, 910 et 925.

    36 AE, 2006, 1762.

    37 J. Gascou, 1972, p. 182-183. Thignica était une cité du territoire de Carthage (p. 158) qui dut sa promotion municipale à Septime Sévère.

    38 J. Gascou, 1972, p. 32.

    39 Voir pour l’origine des noms des 35 tribus, T. Mommsen, 1889, p. 191-195.

    40 La question est complexe et débattue. Suivant C. Moatti, 2007, p. 38 et note 52, très prudente, la concession du droit de cité relevait du peuple, d’une loi, sous la République et la tribu était indiquée au moment de la concession et non par les censeurs. Toutefois, à mon sens la validité de l’acte n’était de plein effet que lors du recensement, les censeurs pouvant toujours théoriquement modifier pour diverses raisons le choix de la tribu. La lex Acilia suit une règle conforme à la norme : la tribu assignée à l’étranger vainqueur du procès sera celle du condamné déchu. Quoi qu’il en soit, sous l’Empire le prince est juge mais il est censeur selon son gré puis à vie à partir de Domitien.

    41 Cicéron, Agr., II, 7, 8 et II, 29, 79.

    42 Ce qu’illustre par exemple la tribu Galeria d’époque augustéenne dans des municipes flaviens où domine la Quirina.

    43 Sur les incertitudes chronologiques et sur le raisonnement parfois incertain qui sous-tend l’affirmation : M. Christol, 1999, p. 14-16.

    44 R. Cagnat, 1914, p. 44 à propos du prénom. Aussi J.-M. Lassère, 2005, I, p. 85 sur le prénom des filles. Sur l’enregistrement des naissances et les actes qui l’accompagnaient, C. Moatti, 2007, p. 40-43.

    45 G. Forni, 1977, p. 97, à propos des pratiques épigraphiques des prétoriens et des urbains à Rome même. Les inscriptions funéraires sont plus probantes en général sur ce point.

    46 Voir en outre Digeste, XXII, 3, 8, d’apr. Marcellus (liber tertius digestorum) concernant les témoignages en justice et indiquant que les recensements et actes publics sont tenus par décision du Sénat pour plus fiables que les témoins.

    47 Il n’y a toutefois que peu d’informations disponibles sur l’existence ou non de duumvirs quinquennaux dans les municipes flaviens.

    48 Il s’agit d’être « reconnu comme » autant que d’identité propre.

    49 Voir C. Moatti, 2007, p. 29.

    50 C. Moatti, 2007, p. 34. Il convient de nuancer la remarque quand il s’agit de la fiscalité et du paiement de l’impôt.

    51 Certaines anomalies ou données considérées comme telles tiennent certainement parfois à un réflexe spontané de personnes qui ont recouru naturellement à des formules apprises ailleurs qui ont émergé au moment de la fabrication d’un texte. Tout ne relevait pas seulement de l’atelier.

    52 L’inscription est d’époque augustéenne en raison de la mention des surnoms et de l’aquilifer et de la légion. L. Keppie, 1983, p. 181-182, pense que la colonisation de Firmum par les quartani devait remonter à la période d’installation de vétérans consécutive à la bataille de Philippes.

    Notes de fin

    * Paru dans M. Silvestrini (dir.), Actes de la XVIe Rencontre franco-italienne d’épigraphie, Bari, Edipuglia, 2010, p. 113-121.

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    1 T. Mommsen, 1889, p. 180-223. Quelques remarques préliminaires sont nécessaires à une juste appréciation des questions : la prouincia n’est pas par définition un cadre adapté à l’étude des tribus. Celles-ci relèvent des citoyens, principalement ceux qui accèdent à la ciuitas Romana au cours de leur existence. La question de la tribu pose aussi le problème du lieu d’origine (origo) qui est distinct du lieu de naissance (natio). Sous l’Empire, les données ont évolué concernant les rapports entre tribu et cité, ce qui touche également aux aspects civiques du ius Latii.

    2 CIL, VI, 200 = ILS, 6049. Il s’agit de membres iuniores de la tribu Sucusana.

    3 Disons immédiatement que la décision d’Antonin Caracalla promulguée sous la forme d’un édit ne consista pas à « naturaliser » les habitants libres ni à annexer les territoires à un empire devenu « national ». Sur le plan administratif, politique et territorial rien ne changea. Les buts en étaient sans doute surtout fiscaux.

    4 Voir récemment encore G. Forni, 2006.

    5 G. Forni, 1953 et 1974.

    6 J. W. Kubitschek, 1889.

    7 Par exemple, G. Forni, 1985, p. 37-42.

    8 Y. Thomas, 1996.

    9 CIL, XI, 5283.

    10 ILS, III, 1, p. 590 et suiv.

    11 Voir l’Annexe à la fin de l’article. Les numéros en gras sont ceux du classement dans le dossier.

    12 Voir G. Forni, 1985, p. 1-46.

    13 J. M. Roldán Hervás, 1974, p. 328-329.

    14 Le surnom Hispanus n’est pas très répandu parmi les « Espagnols » mais le gentilice Manilius et la tribu Galeria orientent vers un lien effectif avec l’Hispania.

    15 D. Kremer, 2006, p. 177-178 particulièrement.

    16 Ptolémée, II, 6, 62.

    17 Sur les Damanitani dans le conventus de Caesaraugusta, voir Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, III, 24.

    18 R. Wiegels, 1985, p. 101-102.

    19 Vocabulaire emprunté à Y. Thomas, 1996, p. 76.

    20 Y. Thomas, 1996, p. 90, commet malheureusement une inadvertance en attribuant Pampelune comme origo et la Galeria comme tribu des citoyens de Caesaraugusta. Sa conclusion est claire : le changement de cité n’a pas modifié l’origine.

    21 R. Wiegels, 1985, p. 114-115.

    22 Voir IRCP, 294 pour un commentaire complet. L’inscription date vraisemblablement de la seconde moitié du IIe siècle.

    23 Areniensis résulte probablement d’une transcription phonétique. Les deux formes Arnensis et Arniensis existent. Il faut exclure sans doute avec Tite-Live un lien avec l’Arno : VI, 5, 8. Voir T. Mommsen, 1889, p. 184 et 192.

    24 Voir IRCP, 79. Il n’est pas nécessaire de penser à un nouveau transfert, cette fois à Pax Iulia, pour expliquer la tribu Galeria. On ne comprendrait pas que Saturninus ne revendique pas le domicile dans la colonie plutôt qu’à Balsa.

    25 Comme précédemment, la nouvelle tribu vient avant celle qui était associée à la cité d’origine. Il est hasardeux de tirer des conclusions quelconque sur la place de la tribu après les noms malgré IRCP : voir G. Forni, 1976, p. 40.

    26 La cité d’Aquincum, 3 km au nord de Budapest, porta le titre de colonia Septimia et a dû recevoir le rang de municipium d’Hadrien : B. Galsterer-kröll, 1972, p. 124, no 349 et G. Forni, 1985, p. 71, nos 93-94 ne se réfèrent qu’à la colonie. Pourtant, à lire la documentation, le cas semble comparable à celui de Carnuntum située dans une région peu éloignée. L’exemple confronte une fois encore à l’existence d’expressions épigraphiques localisées, influencées par l’origine historique et culturelle du peuplement.

    27 Ce n’est pas la première fois que municeps est employé pour associer deux citoyens d’une colonie, notamment de la péninsule Ibérique : voir AE, 1971, 210 de Carthago Noua.

    28 G. Forni, 1985, p. 3-12 et 23-28 et no 252, p. 88 : cette tribu Iulia n’est pas celle dont on débattit après la guerre sociale ou entre 44 et 29 av. n. è. Depuis le refus d’Auguste, les pseudo-tribus, malgré les apparences, sont étrangères à la personne impériale et reproduisent le surnom impérial de la cité. L’inscription de Rome est certainement du Ier siècle et est donc antérieure à la première mention datée d’une pseudo-tribu qui serait 135-136 selon G. Forni, 1985, p. 27. R. Wiegels, 1985, p. 85-86 ne prend pas en compte ce document.

    29 Voir à Ratiaria de Mésie, colonie rattachée à la tribu Papiria, Sex. Valerius Zoticus, affranchi de Sextus, de la tribu Palatina (AE, 1979, 537).

    30 RIT, 293 enregistre un C. Marius Verus, notable de Gerunda inscrit dans la tribu Palatina dont l’émigration à partir de Barcelone n’est pas exclue, Gerunda étant un oppidum latinum chez Pline L’Ancien, Histoire Naturelle, III, 23 ; RIT, 295 et 349 offrent l’exemple de Numisii, chevaliers de Tarraco de la même tribu.

    31 Le rappel de la tribu, comme on verra, avait pour but, dans ce contexte, de signifier que le personnage revendiquait une origine locale et insistait sur sa légitimité.

    32 Ce qui tend à confirmer l’hypothèse d’une émigration de Barcelone à Gérone de la famille de C. Marius Verus. Une restriction serait que tous les gens de la tribu Palatina ne sont pas nécessairement des descendants d’affranchis même en étant romains de Rome.

    33 Supra note 29.

    34 CIL, II2, 5, 685 et 989 d’époque augustéenne et 932 de la fin du Ier ou du début du IIe siècle.

    35 Voir en particulier, CIL, VI, 909, 910 et 925.

    36 AE, 2006, 1762.

    37 J. Gascou, 1972, p. 182-183. Thignica était une cité du territoire de Carthage (p. 158) qui dut sa promotion municipale à Septime Sévère.

    38 J. Gascou, 1972, p. 32.

    39 Voir pour l’origine des noms des 35 tribus, T. Mommsen, 1889, p. 191-195.

    40 La question est complexe et débattue. Suivant C. Moatti, 2007, p. 38 et note 52, très prudente, la concession du droit de cité relevait du peuple, d’une loi, sous la République et la tribu était indiquée au moment de la concession et non par les censeurs. Toutefois, à mon sens la validité de l’acte n’était de plein effet que lors du recensement, les censeurs pouvant toujours théoriquement modifier pour diverses raisons le choix de la tribu. La lex Acilia suit une règle conforme à la norme : la tribu assignée à l’étranger vainqueur du procès sera celle du condamné déchu. Quoi qu’il en soit, sous l’Empire le prince est juge mais il est censeur selon son gré puis à vie à partir de Domitien.

    41 Cicéron, Agr., II, 7, 8 et II, 29, 79.

    42 Ce qu’illustre par exemple la tribu Galeria d’époque augustéenne dans des municipes flaviens où domine la Quirina.

    43 Sur les incertitudes chronologiques et sur le raisonnement parfois incertain qui sous-tend l’affirmation : M. Christol, 1999, p. 14-16.

    44 R. Cagnat, 1914, p. 44 à propos du prénom. Aussi J.-M. Lassère, 2005, I, p. 85 sur le prénom des filles. Sur l’enregistrement des naissances et les actes qui l’accompagnaient, C. Moatti, 2007, p. 40-43.

    45 G. Forni, 1977, p. 97, à propos des pratiques épigraphiques des prétoriens et des urbains à Rome même. Les inscriptions funéraires sont plus probantes en général sur ce point.

    46 Voir en outre Digeste, XXII, 3, 8, d’apr. Marcellus (liber tertius digestorum) concernant les témoignages en justice et indiquant que les recensements et actes publics sont tenus par décision du Sénat pour plus fiables que les témoins.

    47 Il n’y a toutefois que peu d’informations disponibles sur l’existence ou non de duumvirs quinquennaux dans les municipes flaviens.

    48 Il s’agit d’être « reconnu comme » autant que d’identité propre.

    49 Voir C. Moatti, 2007, p. 29.

    50 C. Moatti, 2007, p. 34. Il convient de nuancer la remarque quand il s’agit de la fiscalité et du paiement de l’impôt.

    51 Certaines anomalies ou données considérées comme telles tiennent certainement parfois à un réflexe spontané de personnes qui ont recouru naturellement à des formules apprises ailleurs qui ont émergé au moment de la fabrication d’un texte. Tout ne relevait pas seulement de l’atelier.

    52 L’inscription est d’époque augustéenne en raison de la mention des surnoms et de l’aquilifer et de la légion. L. Keppie, 1983, p. 181-182, pense que la colonisation de Firmum par les quartani devait remonter à la période d’installation de vétérans consécutive à la bataille de Philippes.

    * Paru dans M. Silvestrini (dir.), Actes de la XVIe Rencontre franco-italienne d’épigraphie, Bari, Edipuglia, 2010, p. 113-121.

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    Ce livre est cité par

    • Landon, Aurélien. (2017) La hiérarchie dans le recrutement militaire : l'exemple épigraphique du recrutement des tribuns militaires durant le Principat d'Auguste. Archimède. Archéologie et histoire ancienne, 4. DOI: 10.47245/archimede.0004.act.05
    • Le Roux, Patrick. (2015) Auguste et les Segobrigenses stipendiarii celeberrimi. Mélanges de la Casa de Velázquez. DOI: 10.4000/mcv.6181
    • Armani, Sabine. (2022) Quis sum ? Provincialis ?. DOI: 10.4000/books.artehis.25160
    • Le Roux, Patrick. (2014) Les provinces ibériques dans les politiques romaines (70 av. J.-C.-73 apr. J.‑C.). Pallas, 96. DOI: 10.4000/pallas.1221
    • Perrot, Gaëlle. (2022) Pratiques religieuses, mémoire et identités dans le monde gréco-romain. DOI: 10.4000/books.pur.185106
    • Palao Vicente, Juan José. Sánchez Lafuente, Jorge. (2025) Novedades sobre el dispositivo militar en Hispania durante la dinastía Julio-Claudia. En torno a una nueva inscripción del ala Augusta hallada en Fuente Encalada (Zamora, España). Gladius, 45. DOI: 10.3989/gladius.2025.417
    • La mort en Égypte romaine. DOI: 10.70675/6ced1908z5977z49a3z9ccdzfaa61c06c129

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    • Armani, Sabine. (2022) Quis sum ? Provincialis ?. DOI: 10.4000/books.artehis.25160
    • Le Roux, Patrick. (2015) Auguste et les Segobrigenses stipendiarii celeberrimi. Mélanges de la Casa de Velázquez. DOI: 10.4000/mcv.6181

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