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    Plan détaillé Texte intégral Ministeria militaria : des documents à interpréter Sous les travaux, l’Empire ? Bibliographie Notes de bas de page Notes de fin

    La toge et les armes

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre XVI. Armées et operae : un état des lieux*

    p. 273-283

    Texte intégral Ministeria militaria : des documents à interpréter Sous les travaux, l’Empire ? Bibliographie Post-scriptum Notes de bas de page Notes de fin

    Texte intégral

    1Patientia, uirtus, spes : la triade vertueuse placée en exergue de l’inscription bien connue de Nonius Datus à Lambèse, narrant les épisodes de la construction de l’aqueduc de Saldæ sous Antonin le Pieux1, convient on ne peut mieux à l’épigraphiste soumis à l’épreuve des interventions militaires dans divers travaux à caractère public. À l’aide des inscriptions et d’elles seules ou presque, sans négliger l’aide sans équivalent des ostraca du désert oriental égyptien2, on détecte les activités qui auraient impliqué une présence de soldats de Rome : l’adduction d’eau, les mines et carrières, les routes et ponts, certains monuments tels que les amphithéâtres ou les remparts. Comme dans l’exemple du librator puis euocatus, la signification « militaire » de l’événement n’est cependant pas immédiate.

    2La documentation disponible n’est presque jamais rassemblée ni comparée au cas par cas dans des enquêtes souvent limitées à un édifice ou à un secteur géographique particulier ou dans les études générales consacrées aux architectures et monuments. Les circonstances de la construction, de la prise de décision au financement et à l’accomplissement des tâches jusqu’à la livraison de l’ouvrage, ne sont que rarement abordées avec la précision souhaitée3, souvent faute de témoignages satisfaisants il est vrai. On se fonde volontiers sur le texte du Digeste d’après Ulpien concernant l’inspection par le proconsul des monuments publics religieux et civils des cités4. L’aide militaire paraît acquise quoi qu’il arrive, ce qui n’est pas exactement ce que dit le document qui fait de l’intervention de ces auxiliaires un ultime recours. La formule même de ministeria militaria est vague5. On distinguera également opus,-eris et opera,-ae, l’un et l’autre utilisés le plus souvent au pluriel : le premier concerne les ouvrages et bâtiments proprement dits ; le second indique les tâches et services effectués. L’un et l’autre se rapportent à un aspect contenu dans les « grands travaux », terme absent du vocabulaire romain.

    3Les témoignages épigraphiques exempts d’ambiguïté ne sont pas les plus fréquents et dans la dernière décennie peu de nouveautés ont été enregistrées en dehors peutêtre d’études portant sur les briques6. Les questions d’orientation des recherches et d’interprétation des données demeurent et sont essentielles. Comme le veut le thème de cette journée, les activités des soldats au service des soldats, concernant parmi d’autres leurs camps et infrastructures ne sont pas à prendre en considération, pas plus que la mise en place des colonies de vétérans qu’illustre Timgad7 : il va de soi, comme l’indique la documentation, que les unités prenaient soin de leurs garnisons et de leur environnement proche sans recourir à des personnels extérieurs en général8.

    Ministeria militaria : des documents à interpréter

    4La construction de routes ou uiae constitua, dès la République, une tâche proposée en certaines circonstances aux citoyens-soldats comme le signale Tite-Live9. C’est avec l’époque d’Auguste et l’établissement d’armées provinciales plus stables que des inscriptions commencèrent à mentionner la participation de milites à des travaux routiers : dans la péninsule Ibérique, les trois légions restées finalement sur place, la IIIIa Macedonica, la VIa Victrix et la Xa Gemina, ont laissé leur nom sur des bornes milliaires de 9-8 et 5-4 av. J.-C., le long de la voie de Caesaraugusta à Pompaelo10. En Afrique, la légion IIIa Augusta au début du règne de Tibère, dans la région de Tacape-Capsa11, et, sous Trajan, entre Carthage et Theueste12, aménagea, en les consolidant, des secteurs routiers associés à un déplacement des garnisons (hiberna). Sous Tibère, en Dalmatie, une inscription de Salonæ concernant la uia Gabiniana, entre Salonæ et Andetrium, rappelle l’implication de deux légions dans la (re) construction de la voie13. Ces opérations sont à distinguer des travaux routiers intégrés à des campagnes militaires ou à des déplacements impériaux : sous Caracalla, près de Berytus, la légion IIIa Gallica a ouvert une route en fendant (caesus) les montagnes bordant la vallée du Lycus14. Bien que rien ne le signale, ce document peut faire écho, par ses formules, au rôle des soldats durant des travaux de la zone des « Portes de fer » en 100-101 apr. J.-C. : il s’agissait alors de percer la route le long de la falaise et de détourner le cours du Danube afin de préparer la campagne dacique de 101-102 avec le concours hautement probable de la main-d’œuvre militaire15.

    5Toutes les routes et toutes les réparations de voies ne sont pas pour autant attribuables aux armées, même lorsque l’empereur intervient financièrement et par l’intermédiaire d’un légat gouverneur pour aider une communauté à affronter la dépense. Un milliaire de Portela do Homem au nord du Portugal, daté de 80 apr. J.-C., sous Titus, informe de l’avancement des travaux de la uia noua conduisant à Bracara Augusta sans faire état de la légion VIIa Gemina16. L’année précédente, l’inscription du pont de Chaves (Aquae Flauiae) cite l’empereur et le même légat propréteur tout en intégrant la légion au nombre des collectivités ayant contribué à la réalisation du pont17. Il faut sans doute admettre que les soldats légionnaires n’étaient pas requis à tout prix ni systématiquement et que la construction du pont était une opération technique jugée urgente ou délicate ayant été facilitée par le recours aux militaires, si c’est la lecture du texte qui convient. À Chemtou (Simitthus), Trajan a fait faire en l’honneur de la prouincia Africa un pont entièrement neuf (a fundamentis) opera militum suorum et pecunia sua, « avec le concours de ses soldats et à ses frais18 ». Il est donc hasardeux de faire comme si chaque intervention impériale supposait l’emploi obligatoire de soldats surtout légionnaires. Ceux-ci étaient apparemment sollicités en priorité par rapport aux auxiliaires pour ces operae.

    6La dédicace du pont d’Alcántara exprime parfaitement la difficulté19 : il n’est pas question d’armée ni d’intervention impériale ; ce sont des communautés locales parées artificiellement du titre de municipe qui ont financé et organisé la construction de l’ouvrage20, ce que renforce l’exemple de la mise en place du tablier de pierre du pont de Chaves (Aquae Flauiae), substitué à la structure en bois aux frais du municipe et sans intervention apparente de soldats21. En revanche, l’inscription dédiée à Mars Auguste trouvée sur un rocher à proximité du phare de Brigantium (La Corogne) suggère la présence de l’armée dans la phase de construction d’un monument qui fut sans doute commandité par un empereur22. La navigation et les déplacements par terre et rivière ou fleuve entraient directement dans les préoccupations et les compétences des autorités impériales. On a ajouté au dossier un indice récent, rencontré à Caesaraugusta : des marques légionnaires de carrier gravées sur des blocs employés dans la mise en place du vestibule d’un monument public de l’angle nord-est du forum proche du fleuve. Elles attireraient l’attention sur la réalisation par l’armée d’infrastructures dans la colonie augustéenne, mais leur interprétation n’est pas exempte d’ambiguïtés et le scepticisme suscité par leur étude n’est pas toujours levé par la publication23. Les blocs inscrits de manière non exactement similaire au pont de Martorell dans la région de Barcelone posent toujours, eux aussi, de nombreuses interrogations24. Là comme à Saragosse, les lettres et chiffres, gravés de manière ambiguë et peu explicite, ne parlent guère en faveur d’une tâche notable accomplie au service de la colonie. Le marquage de blocs de construction obéissait à des pratiques qui nous échappent plutôt qu’à des règles stables.

    7Il est remarquable que les soldats n’interviennent guère dans les ouvrages concernant l’adduction d’eau malgré l’exemple du librator Nonius Datus25. Les empereurs26, les autorités provinciales sont crédités d’initiatives heureuses à propos des canalisations, conduites, aqueducs et fontaines mais les ouvrages sont en grande partie attribués à des évergètes et à des financements municipaux, les unités militaires n’étant pour ainsi dire pas présentes même quand le gouverneur est nommé comme curator27. Un exemple éloquent est celui d’Annia L. f. Victorina qui, en souvenir de son époux et de son fils, s’est chargée de faire faire à ses frais exclusifs l’ensemble des infrastructures d’adduction d’eau, à savoir pontes, fistulae et lacus dans le municipe d’Ilugo, dans le conventus de Carthago noua28. L’aqueduc de Nicomédie de Bithynie est célèbre grâce à la lettre de Pline le Jeune29. Il est question seulement de dépêcher un aquilegus et un architectus pour tenter de régler les difficultés sans autre précision sur leur provenance ou statut. On observe ailleurs que la règle proposée pour les esclaves publics est la consuetudo prouinciae, ce qui semble correspondre non à un idéal mais à une norme propre à l’administration impériale30. Quant aux autres monuments publics, tels les forums, les amphithéâtres, les théâtres, les cirques ou les thermes, ils n’étaient pas normalement confiés à l’armée31. Il n’est pas écrit que les soldats étaient les agents ordinaires des travaux engendrés par les évergésies impériales, au demeurant moins fréquentes qu’on ne le dit parfois.

    8Les mines et les carrières (les metalla) fournissent une documentation relativement importante qui souligne la présence sur les lieux d’éléments militaires qu’il s’agisse de la Bretagne, des Germanies, des secteurs danubiens, de l’Égypte, de l’Afrique ou des Espagnes32. La documentation hispanique offre un dossier particulier grâce aux autels célébrant le dies natalis des unités impliquées dans tel ou tel chantier33 et par le biais de la lex de Vispasca34. La hiérarchie mentionnée se compose alors d’un procurateur affranchi et de gradés des unités associés à un bénéficiaire du procurateur équestre responsable de l’administration des mines. La legio VII Gemina est présente et à l’anniversaire de ses enseignes le 10 juin participent aussi des auxiliaires35. En revanche, les aprunculi ou « marcassins » de la cohors I Gallica font l’objet de dédicaces limitées aux seuls auxiliaires concernés36. Il arrive par ailleurs que des légionnaires soient présents officiellement à la célébration des signa d’une cohorte, ce qui est le cas pour la cohors Celtiberorum37. Ce n’est qu’entre Hadrien et Commode que ces manifestations religieuses liées aux districts miniers apparaissent dans les inscriptions. Au mont Bérénice, pendant deux siècles, et au mont Claudianus entre 100 et 150 environ, l’extraction et les formes d’organisation qui lui étaient liées sont illustrées par des ostraca38. H. Cuvigny a pu évaluer à soixante individus, soit 6,5 % de la totalité des personnels, la part des soldats, dirigés par un centurion assisté d’un décurion, présents vers 110 apr. J.-C. dans un praesidium ou « village » du mont Claudianus. Les cavaliers seraient peu nombreux. L’auteur conclut en outre qu’il est impossible de se fonder sur ces documents pour déterminer le rôle de ces militaires tirés d’unités auxiliaires.

    9Le site de Simitthus (Chemtou) en Numidie proconsulaire était un domaine impérial dans la province proconsulaire d’Afrique, comme il en existait en Bétique et ailleurs, d’où une présence militaire variée puisque, outre la légion IIIa Augusta et une cohorte IIa Flauia equitata, on dénombre, sous Trajan, des soldats de la légion VIIa Gemina cantonnée dans le nord-ouest de la péninsule Ibérique. Des soldats y sont impliqués dans l’organisation des carrières entre Caligula et l’époque sévérienne39. L’intérêt du site tient à la présence d’une colonie voisine, mais surtout à la découverte d’une structure imposante ayant pu abriter la main-d’œuvre (Arbeitslager)40, sans négliger les personnels d’affranchis et esclaves impériaux au service de l’administration du procurateur et nombreux dans l’épigraphie41. Des comparaisons avec les carrières d’Égypte ont été proposées. À Chemtou, cependant, on ne connaît pas l’emplacement de la garnison, ce qui interdit aussi d’évaluer les effectifs. La présence d’une dédicace émanant d’un préfet ne veut pas dire qu’une cohorte entière était cantonnée sur place.

    10Que faire enfin des estampilles sur briques et tuiles et même sur les lingots ou pièces métalliques ? Il n’est pas de cohorte, aile, légion ou numerus qui n’ait apporté au moins un petit lot d’objets marqués souvent de manière plus variée ou moins répétitive qu’il n’est dit ou suggéré habituellement42. L’absence des ailes ou leur rôle moindre en la matière ont été contredits récemment encore par la découverte à Herrera de Pisuerga de cartouches portant Ala Part(horum)43. La legio II de Bretagne est présente sur des lingots de plomb provenant des Mendip Hills dans le Somerset44. À Alston Moor (Northumberland), au IIIe siècle, ce sont deux sceaux de plomb marqués au nom de la cohorte IIa Neruiorum indiquant au revers metallum ou metalla qui attirent l’attention45. Ce sont des exemples rares et pour ainsi dire réservés jusqu’à aujourd’hui aux unités de Bretagne. Si le texte de Tacite ne parlait pas de l’activité de Curtius Rufus et de la recherche de filons métallifères dans l’ager Mattiacus nous ne saurions rien de la participation des troupes du Rhin à cette activité sans doute temporaire46. Lorsque l’historien fait dire dans ce passage aussi, non sans ironie, quia plures per prouincias similia tolerabantur, il est évident que ce type de tâches faisait problème au moins au sein des légions et dans certains contextes politiques et géographiques de l’époque julio-claudienne.

    11La documentation épigraphique, complétée ou non par des ostraca et des objets estampillés ou des textes ne peut pas éclairer pleinement l’activité des militaires en matière de grands travaux ni apporter des éléments très précis. Comment se pose donc la question et comment lui donner des éléments satisfaisants de réponse si c’est possible ?

    Sous les travaux, l’Empire ?

    12La réflexion est tributaire de deux ordres de faits : d’une part, ce que l’on peut appeler les données internes de la documentation, d’autre part, ce qu’il faut désigner comme les éclairages historiques et contextuels, externes en quelque sorte, indispensables à partir du moment où les interprétations factuelles ne vont souvent pas au-delà de réponses ambiguës voire contradictoires. Comme on le sait bien, l’analyse comporte, par la force des choses, des raisonnements à vérifier sur l’usage et la place des armées dans le monde romain italique et provincial.

    13Comme je l’ai suggéré, la documentation notamment épigraphique met d’abord en évidence les entreprises militaires liées aux ouvrages militaires et à leurs infrastructures. L’usage des briques et tuiles estampillées, qu’elles aient été trouvées sur les lieux de production ou sur les lieux d’utilisation va dans ce sens. Il n’y a aucun indice ni motif avéré de faire a priori de ces objets les témoins d’une aide des soldats à des communautés civiles ni de décider que ces matériaux étaient fabriqués pour être vendus au profit des unités en garnison47. Il est certain que des remplois tardifs ont eu lieu et leur transport aisé explique qu’ils aient pu circuler comme objets de collection à des époques assez récentes48, ou servir de matériau de (re) construction dès la fin de l’Antiquité. Les briques étaient grandement utilisées dans les adductions d’eau et dans les thermes associés aux camps, ce qui rend compte de leur nombre, des réparations étant effectuées en principe avec régularité. Un deuxième exemple permet de renforcer les conclusions : il est aisément démontrable que les amphithéâtres construits par des soldats étaient tous localisés à proximité des garnisons dont ils agrémentaient les loisirs et fêtes49. Une dernière précaution à observer est de ne pas confondre déplacement militaire pour cause de mission ponctuelle de quelque nature qu’elle fût et implication dans des travaux d’envergure au service de l’empire. On le voit, l’ambiguïté naît de l’impossibilité de préciser concrètement la nature des interventions des unités et de leur conférer simultanément une juste signification et une portée politique, économique ou symbolique.

    14Abordons plus franchement les divers points d’interrogation. Quels pouvaient être les mobiles qui poussaient l’autorité romaine à employer l’armée hors de son champ militaire habituel50 ? Était-ce une question de « compétence » à proprement parler ? Sous ces interrogations et les réponses qu’elles suscitent perce l’idée d’un État romain « moderne » ou à l’inverse « archaïque » : est-ce bien la question ? Les interventions militaires avaient-elles pour objet de compenser l’absence de structures économiques solides et stables et de pallier les défaillances des communautés incapables de faire face à leurs obligations ? Autrement dit, l’armée romaine était-elle dépositaire d’un rôle fixe et stéréotypé, immuable dans ses spécialisations ? N’était-elle pas plutôt une force multiple et polyvalente au service d’une autorité impériale qui décidait selon les époques et les circonstances des emplois et des priorités en matière de contrôle militaire et d’intervention des soldats dans la vie de l’Empire ?

    15L’épisode fameux de Nonius Datus51, les chantiers impressionnants des carrières de porphyre, le marmor numidicum52, les mines d’or des Asturies, la réalisation d’opérations de délimitation des terres ou le recours à un primipilaire pour le projet du canal de Corinthe53 ont conduit à privilégier l’intervention à caractère technique, l’armée et plus particulièrement les légions étant considérées comme les dépositaires de savoirs et de savoir-faire inégalés et immédiatement disponibles en cas de nécessité imprévue ou urgente. Une objection simple à cette façon de voir est que Nonius Datus avait, comme il le dit, une petite équipe (plutôt qu’escorte) avec lui mais il ne s’agissait pas de soldats (cum meis) comme le montre l’agression dont il fut victime54. Son rappel (euocatus) est aussi éloquent. Les ingénieurs et techniciens dont parle Pline pour Nicomédie se réduisent, on l’a vu plus haut55, à un aquilegus et à un architectus. L’architectus Aeminiensis du phare de La Corogne ne dit pas qu’il était soldat lui-même et avait pu être mis à la disposition des chefs du chantier auquel l’armée prêta son concours56. Il ressort des dossiers qu’en certaines circonstances les soldats furent utilisés comme main-d’œuvre pour la confection de routes, de ponts ou de travaux de terrassement spécifiques voire pour l’acheminement de pierres et blocs de construction ou pour l’élévation de remparts et murs d’enceinte57. Ce ne fut pas habituel ni systématique et les phases propices étaient celles de l’installation dans une province ou de remise en ordre après des troubles. Une contre-épreuve est fournie par les chantiers urbains des nombreuses cités provinciales qui, même avec l’aval officiel de l’empereur, étaient menés par d’autres moyens et avec des spécialistes civils. De toute évidence, l’armée n’était pas destinée à bâtir et à construire pour les peuples58 !

    16Concernant les mines elles-mêmes, celles qui étaient propriété impériale et en régie directe en tout cas, il n’est sans doute pas extravagant de penser que des soldats aient été parfois appelés à assister en renfort ingénieurs et employés pour la confection de travaux d’infrastructure, de mise en marche ou d’entretien. Mais une vexillation de plusieurs dizaines d’hommes n’était pas adaptée à un tel objectif technique59. Il semble raisonnable de s’en tenir à des tâches prioritaires de police qu’il se soit agi de surveillance contre le vol, de force de dissuasion et de garde armée des travailleurs60, esclaves et damnati ad metalla, de maintien de l’ordre, d’escortes pour le transport du métal ou du marbre. La présence de soldats montés, rattachés à des unités auxiliaires et apparemment plus nombreux que les légionnaires, autorise aussi une telle conclusion. Le procurateur responsable de la perception des revenus éventuels qu’étaient les vectigals et de la collecte du métal en bonne et due forme s’attachait pour cette mission les services particuliers d’un bénéficiaire dont le rôle policier était primordial61. Jamais les documents n’attestent l’implication dans des réalisations à caractère technique, à la différence de ce qui est indiqué pour les routes et les ouvrages d’art ou même les camps. Bien que l’on n’en ait pas la trace en dehors du désert oriental d’Égypte, le district d’exploitation minière abritant les soldats devait comporter un fort construit par l’armée et des autels comme ceux de Villalís ne peuvent guère avoir été installés ailleurs que dans les principia de ces édifices62.

    17La question, à aucun moment, ne se confond avec le système d’organisation de l’exploitation et ses implications économiques et financières. En revanche, malgré leur caractère moralisateur, le texte de Tacite sur les tâches imposées aux soldats par des chefs zélés ou craintifs et la référence de Trajan à la consuetudo prouinciae paraissent ouvrir sur d’autres registres explicatifs. Deux idées ressortent clairement : l’organisation provinciale influe sur le type d’intervention et d’utilisation de la force militaire, ce qui n’est pas une grande découverte en soi ; les tâches physiques visaient à occuper les soldats dont l’inaction en attente du danger pouvait être préjudiciable à l’empire en favorisant l’esprit de révolte. Il convient donc de placer l’interprétation prioritairement du côté de l’image de l’armée et du service militaire, du côté du prestige de Rome et de l’empereur. Ce n’est ainsi pas par hasard que les inscriptions ne précisent pas les activités dans les carrières ou les mines, la participation aux entreprises des empereurs et à la protection de leur domaine étant suffisante et décelable à travers les invocations religieuses. Les tâches effectuées n’atteignaient pas le lustre des exploits guerriers ou des missions politiques commandées par l’Auguste lui-même ou en son nom63.

    18La documentation se comprend assez bien si l’on prend en compte les différents moments de l’histoire provinciale, les contextes de guerre et de paix, les initiatives impériales en matière de constructions comme le montre le rythme d’exploitation du mont Porphyrite. L’exemple de la péninsule Ibérique est éclairant sur tous ces points. Dans la mise en place augustéenne d’une armée provinciale ayant pour tâche prioritaire la pacification et le contrôle des territoires, les soldats furent appelés, ici ou là, à participer à la confection d’un réseau « modernisé » de communications lorsque la province possédait des garnisons en nombre suffisant et disponibles. L’aide aux colonies est moins apparente et sans doute plus discrète, car ce sont les agrimensores qui détiennent les clés essentielles. Les vétérans étaient en outre jugés à même de s’organiser et d’assurer l’essor monumental de l’agglomération urbaine et de ses infrastructures en s’appuyant sur l’expérience acquise au cours de leur service. Cette situation a, semble-t-il, perduré pendant tout le Ier siècle. La réorganisation flavienne, postérieure à une guerre civile commencée en Hispania, lui a assuré une forme de continuité. Ce n’est pas avant Hadrien et seulement jusqu’à Commode que la présence militaire est attestée dans les mines d’or et carrières de marbre du Nord-Ouest64, les témoignages restant toutefois assez peu nombreux et partiels. L’existence de plages chronologiques contrastées reflète l’intensification de l’exploitation, laquelle explique sans doute plus particulièrement le recours à l’armée dans un contexte paisible à l’intérieur de la province.

    19Les témoignages disponibles suggèrent que les légions et les unités auxiliaires n’avaient pas vocation à servir de réservoir de main-d’œuvre pour des travaux herculéens auxquels eût été voué le pouvoir impérial. Quand la discipline militaire et la paix l’autorisaient, l’empereur n’hésitait pas, là où cela s’avérait nécessaire, à prendre toutes les précautions voulues pour favoriser la réussite de ses entreprises. L’élément militaire y contribuait à des titres divers mais en majorité dans des contextes de recherche de la sécurité et de maintien de l’ordre public sans oublier la protection des agents du pouvoir.

    20L’historiographie n’est que le reflet des évolutions des centres d’intérêt et du travail des générations soucieuses de ne pas reproduire seulement ce que disaient les prédécesseurs65. L’histoire du soldat au service de chantiers impériaux de toute sorte montre que les tendances dominantes en histoire imposent des grilles de lecture successives dont il est difficile de percevoir immédiatement la nature et les écueils. Avec du recul, il est aussi peu convaincant de lire le dossier comme la preuve que l’armée était une force au service d’une politique économique impériale que de conclure qu’elle était l’instrument et le truchement de savoirs techniques ignorés par la société civile. Le métier militaire tirait sa dignité de la guerre et des dangers auxquels étaient affrontés les soldats. Les légions et les armées provinciales incarnaient, à l’échelon des provinces et de leurs difficultés ou conjonctures propres, la puissance de l’empereur et de Rome dont elles devaient garantir, exprimer et préserver la supériorité. Les grands travaux sont un épiphénomène qui dénote le réalisme et l’habileté du système impérial au service de ses intérêts immédiats et de sa gloire. Ils ne furent pas les moyens étatiques d’une politique de développement économique et de prestige dans l’intérêt d’un pouvoir qui avait beaucoup d’autres voies et moyens pour se protéger sans mécontenter ceux qui le soutenaient. La crise militaire du IIIe siècle n’y changea rien mais elle mobilisa les armées pour la guerre avant tout. Il n’est pas démontrable que les grands travaux aient pu constituer un complément à l’entraînement et à la préparation à la guerre et ce n’est pas ce que suggère l’épisode de Curtius Rufus66. Il en alla de même pour les jeux de l’amphithéâtre qui intéressaient le soldat en tant que connaisseur et que public attiré par ce type de combat à risque et comportant toujours de l’imprévu.

    Bibliographie

    Post-scriptum

    Voir aussi supra chap. XIII, p. 217-238.

    P. 278 et note 52 : l’adjectif « numidicus » signifie non pas « numide » mais « qui a un lien avec la Numidie ». L’acception est géographique sans autre connotation et aucun indice ne permet de considérer qu’il s’agit d’une imitation ou d’une ressemblance.

    Notes de bas de page

    1 CIL, VIII, 2728 = 18122 ; J.-P. Laporte, 1996, p. 711-762.

    2 Voir en particulier J. Bingen et al., 1997-2009. Aussi, H. Cuvigny et al., 2003 ; H. Cuvigny, 2005b.

    3 Il est étonnant de devoir constater l’absence d’un chapitre sur les aqueducs dans les volumes de P. Gros, 1996 et 2001.

    4 Digeste, I, 16, 7 : […] curare debet [le proconsul] curatoresque operum diligentes sollemniter praeponere, ministeria quoque militaria, si opus fuerit. Les proconsuls ne disposent pas en principe de troupes nombreuses sur leur territoire, ce qui rend le texte imprécis et théorique.

    5 Ministerium a le sens ici de « personnel », ce qui n’est pas très éclairant. J.-M. Carrié, 1977, p. 373, énumère une liste conventionnelle à partir de J. Lesquier : elle ne répond pas à la réalité dans la mesure où elle est succincte et ne différencie pas présence militaire pour raisons de maintien de l’ordre et implications des soldats dans les activités économiques.

    6 El ladrillo y sus derivados en la época romana, 1999 ; P. Boucheron, H. Broise et Y. Thébert (dir.), 2000.

    7 X. Dupuis, 1994 ; Y. Le Bohec, 1993.

    8 Sur l’inventaire des activités du soldat, l’article fondateur de R. W. Davies, 1989b [1974], est toujours indispensable malgré certaines affirmations insuffisamment étayées et à ce titre inexactes.

    9 Tite-Live, XXXIX, 2, 5, à propos de la route de Bologne à Arezzo au début du IIe siècle av. J.-C.

    10 J. Lostal Pros, 1992, 18-20. À titre d’exemple : no 20. Castiliscar (Saragosse) : Imp. [C ] aesar diui [ f.] | Augu[s- ?] cos XII | trib[u ] nic. potes. XV[IIII] | imp. [XI] III pontifex | maxsu L. VI VI. | m. [L ] XX. (5-4 av. J.-C.).

    11 CIL, VIII, 10023 = ILS, 151 : CIL, VIII, 10023 = 21915 = ILS, 151. Entre Tacape et Capsa : Imp. Caes. Augus| ti f. Augustus tri. pot. XVI | Asprenas cos pr. | cos VIIuir epul[o]|num uiam ex cast. | hibernis Tacapes | muniendam curauit | leg. III Aug. | CI[---]. (14-15 apr. J.-C.).

    12 CIL, VIII, 10114 = 22175 = ILS, 5835.

    13 CIL, III, 3200 = ILS, 2478.

    14 CIL, III, 206 = ILS, 5865 et 5865a. Près de Berytus. Inscription rupestre : Imp. Caesar M. Aurelius | Antoninus Pius Felix Augustus | Part. max. Brit. max. Germ. maximus | pontifex maximus | montibus inminentibus | Lyco flumini caesis uiam delatauit | per [[leg. III Gallicam]] | Antoninianam suam (213-217 apr. J.-C.). Le nom de la légion a été martelé sous Élagabal à l’exception du surnom Antoniniana.

    15 CIL, III, 1699 = 8267 = ILS, 5863 = ILJug, 1, 63. Inscription rupestre dite « Tabula Traiana » située en amont de Ogradna, province romaine de Mésie supérieure : Imp. Caesar diui Neruae f (ilius) | Nerua Traianus Aug. Germ. | pontif. maximus, trib. pot. IIII | pater patriae cos. III | montibus excisi[s ] anco[ni] bus | sublatis uia[m ] f [ecit]. (100 apr. J.-C.). J. šAšel, 1973, p. 80-81 = AE, 1973, 475. Inscription des Portes de Fer. Table de marbre (97 × 209 × 20 cm) en quatre morceaux jointifs dont un petit fragment manque au centre de l’inscription : Imp. Caesar diui Neruae | Nerua Traianus Aug. Germ. | pont. max. trib. pot. V p. p. cos. IIII | ob periculum cataractarum | deriuato flumine tutam Da| nuuii nauigationem fecit (101 apr. J.-C.). Il convient d’ajouter au dossier AE, 1973, 473, trouvée à 100 m environ en amont de la « Tabula Traiana » : Herculi sacrum | lapidari qui f [---] ru[ ---] | at ancones f. C [---]| dos (centuri-) legionis III[I ?---] | et legionis VII C [l. p. f.] | uo[tum] so[luerunt]. Ce dernier texte témoigne directement de la participation de soldats aux opérations d’aménagement du secteur. Les ancones évoquant des « coudes », « pierres d’ancrage » ou des « crampons » ne correspondent à aucune définition claire dans ce contexte d’autant que le participe sublatis du premier texte de la note peut se rapporter à subfero ou à tollo selon les interprétations retenues.

    16 CIL, II, 4838 = ILS, 5833.

    17 CIL, II, 2477 = 5616 = ILS, 254 ; AE, 1983, 586 (redécouverte d’une partie de la colonne originale). Aquae Flauiae, I, no 587. Chaves (Aquae Flauiae), Portugal. Colonne du pont sur le Tamega : Imp. Caes. Ves. Aug. pont. | max. trib. pot. X imp. XX p. p. cos IX | Imp. Vesp. Caes. Aug. pont. trib. | pot. VIII imp. XIIII cos. VI | [[2 l.------]] | C. Calpetano Rantio Quirinali | Val. Festo leg. Aug. pr. pr. | D. Cornelio Maeciano leg. Aug. | L. Arruntio Maximo proc. Aug. | Leg. VII Gem. Fel. | Ciuitates X | Aquiflauienses (79 apr. J.-C.).

    18 CIL, VIII, 10117.

    19 CIL, II, 760.

    20 Sur cette question voir désormais HEp, 6, 189, à propos de l’inscription versifiée et surtout J. Carbonell, H. Gimeno, A. U. Stylow, 2007, p. 247-258, sur CIL, II, 760. Les auteurs montrent que la formule initiale municipia prouinciae Lusitaniae stipe conlata quae opus pontis perfecerunt est d’une facture différente du reste de l’inscription sur le manuscrit faisant foi de Nebrija et constitue un commentaire ajouté par l’érudit, intégré ensuite au texte originel au moment de la regravure de la dédicace. En outre, la liste des noms des peuples est incomplète parce qu’une partie d’entre eux n’était plus lisible. Autour de 1520, à l’occasion de réaménagements du pont destinés à lui rendre son aspect antique supposé, l’inscription a été regravée avec la formule initiale qui n’est donc pas d’origine et des noms ethniques manquants présents dans la tradition littéraire.

    21 Sur le pont de pierre : CIL, II, 2478, où l’indication de l’empereur à l’ablatif indique la datation.

    22 CIL, II, 2559 = 5639 ; CIRG, I, 2 (Inscription rupestre à 140 m du phare) : Marti | Aug. | sacr. | G. Seuius | Lupus | architectus | Aeminiensis | Lusitanus | ex uoto. La mention de l’état civil sous cette forme, le titre d’architectus associé à Mars désignent un militaire. Architectus est attesté dans les légions et ne signifie pas ici architectus naualis, très rare par ailleurs. L’inscription n’est pas la dédicace du phare mais résulte d’un uotum de l’architecte.

    23 F. Beltrán Lloris, 2007-2008. La signification des marques supposées, non abordée dans l’article, n’est ni simple ni immédiate outre les problèmes de lecture et de typologie. Il n’est pas prouvé qu’il s’agisse de marques légionnaires : outre le manque de séries parallèles, des marques liées au travail dans la carrière ou dans un atelier paraissent des solutions plus plausibles.

    24 Voir P. Le Roux, 1992b, p. 242 et 248. Dans un sens autre IRC, I, 1 a-c = AE, 1984, 607 ; également J. M. Gurt et I. Rodà, 2005, p. 150-151 et F. Beltrán Lloris, 2007-2008, p. 1070-1071, qui y voient, avec d’autres milliaires qui ne mentionnent pas les légions, un reflet d’un vaste programme de mise en place des infrastructures du Nord-Est de la péninsule à la faveur d’un réaménagement de la uia Augusta. Les faits disponibles n’autorisent pas des conclusions aussi larges ni définitives.

    25 Au pont du Gard et pour l’aqueduc dont il fait partie ou à Ségovie, il n’y a pas d’indice de l’intervention éventuelle de l’armée sous quelque forme que ce soit. Nîmes, en Narbonnaise, appartenait à une province inermis en principe au moment de sa construction.

    26 On peut noter ici que les empereurs tiraient un bénéfice personnel des interventions dans les constructions publiques des cités provinciales en Orient et en Occident : on a remarqué qu’ils privilégiaient « les édifices religieux, les murailles, les aqueducs et les aménagements tels que les ports ou les canaux » : voir B. Goffaux, 2001, p. 333.

    27 Par exemple sous Antonin le Pieux à Odessus (Varna) par les soins de T. Vitrasius Pollio : CIL, III, 762 = ILS, 5751.

    28 CIL, II, 3240 = ILS, 5764.

    29 Pline le Jeune, Lettres, X, 37.

    30 Pline le Jeune, Lettres, X, 20, 1 : Perseueremus in ea consuetudine, quae isti prouinciae est, ut per publicos seruos custodiantur.

    31 Y. Le Bohec, 1989b, p. 582-583 ; Y. Le Bohec, 1996, p. 1393-1394, ajoute à l’article cité supra note 7 les tableaux oubliés et dans lesquels n’apparaissent pas l’unité ni la composition de la présence militaire dans une région où gouverneur et légat de la légion se confondaient. Voir aussi P. Le Roux, 1990a.

    32 P. Le Roux, 1989, p. 171-174. Surtout supra note 2.

    33 P. Le Roux, 1982a, p. 270-274 ; C. Domergue, 1990, p. 279-316 ; P. Le Roux, 2000c.

    34 Entre autres C. Domergue, 1983, p. 50-53.

    35 CIL, II, 2552 = ILS, 9125. Le 10 correspondait au IIII des ides de juin. La série de Villalís suggère que les bf. du procurateur étaient des auxiliaires, malgré J. J. Palao Vicente, 2006, p. 152-153, se fondant à tort sur J. Nelis-Clément, 2000, p. 82, qui ne nie pas l’existence de bf. proc. tirés des troupes auxiliaires.

    36 AE, 1910, 1 = ILS, 9130.

    37 CIL, II, 2553 = ILS, 9127.

    38 Voir supra note 2 et, en dernier lieu, H. Cuvigny, 2005a ; également, A. Bülow-jacobsen et H. Cuvigny, 2007.

    39 M. Khanoussi, 1991.

    40 H. G. Horn, 1979, p. 173-180 ; M. Khanoussi, 1993, p. 65-68. L’identification des structures et l’organisation du site sont toujours l’objet de discussions et débats, ce qui n’est pas sans répercussions sur l’évaluation du rôle des soldats. F. Rakob, 1995.

    41 M. Khanoussi, 1996.

    42 Voir les deux colloques sur la brique cités supra note 6.

    43 AE, 2002, 784 ; 2003, 966. P. Le Roux, 2007a, p. 485-486. Ci-après, à titre d’échantillon modeste, quelques exemples intéressants aussi sur le plan épigraphique d’estampilles sur brique ou tuile par lieu de provenance et en ordre chronologique : (Herrera de Pisuerga) ALA PAR[T.] (sous Claude ou Néron) ; (Rosinos deVidriales, tuile) Rufus | mil. | leg. X G. f. (sous Claude-Néron) ; (Mirebeau, tuile) LEG. VIII AVG. LAPPIO LEG. (sous Vespasien) ; (Cidadela, Sobrado dos Monxes) COH. I C. (IIe siècle apr. J.-C.) ; (Legio VII Gemina, tuile) LEG. VII GAPF (sous Caracalla).

    44 CIL, VII, 1202 = EE, IX, p. 262 ; P. Le Roux, 1989, p. 171-172.

    45 CIL, VII, 1269, 5-8.

    46 Tacite, Annales, XI, 20, 3 : Quis subactus miles, quia plures per prouincias similia tolerabantur, componit occultas litteras nomine exercituum, precantium imperatorem ut, quibus permissurus esset exercitus, triumphalia ante tribueret.

    47 P. Le Roux, 1999, particulièrement p. 119-122.

    48 Voir A. García y Bellido, 1970, p. 588-599.

    49 P. Le Roux, 1990a, p. 204-207 [supra p. 174-177]. Je n’ai aucune raison de modifier l’idée que l’amphithéâtre n’avait pas eu pour fonction l’entraînement, même si par exception cela a pu arriver. Le casque attribué à l’amphithéâtre de Vesontio a été depuis dissocié du monument et exclut un lien entre soldats et amphithéâtre.

    50 Cette réflexion laisse de côté les tâches policières qui font partie intégrante de la vie militaire et du métier de soldat au Haut-Empire. Sur ce plan, il est nécessaire d’aborder ici les problèmes soulevés par l’inscription de l’île de Farasân Kabîr, au sud de la mer Rouge sur le rivage de l’Arabie Saoudite : AE, 2004, 1643 (CRAI, 2004, p. 419-429). En dernier lieu, M. A. Speidel, 2007, p. 297-300 (= AE, 2007, 1659). Tabula de calcaire corallien : Imp. Caes. Tito Ael. Hadr. | Antonino Aug. Pio pont. | max. trib. pot. VII cos. III | p. p. uexill. leg. II Tr. Fortis | et auxil. eius castrenses| q. sub praef. Ferresani portus | et pont. Hercul. fec. et d [ed. ] (vers 144 apr. J.-C.). Aux lignes 5-6, la lecture est en partie aléatoire. Il vaut mieux, avec AE, 2004 et M. A. Speidel, lire castra sub que castrenses/q (ue). La titulature est à l’ablatif de date. Le document commémore la construction d’un camp ce qui ne donne pas de solution à la présence des soldats si loin de leurs bases. Le texte fait écho à celui d’Hegra (AE, 2004, 1620), une ciuitas extérieure à la province d’Arabie comme l’île de Farasân était extérieure à celle d’Égypte dont elle dépendait malgré tout, à en juger par les unités mentionnées. M. A. Speidel a sans doute raison de suggérer que ces avant-postes faisaient partie d’un mode de contrôle romain des territoires en dehors de toute autre considération économique ou politique.

    51 Voir supra note 1.

    52 Expression présente par exemple chez Pline l’ancien, Histoire Naturelle, XXXVI, 8, 49, qui semble à certains ambiguë et ne recouvrirait pas toujours du marbre de Numidie même, mais désignerait un marbre de la couleur de celui de Numidie.

    53 Sur l’emploi de soldats pour les délimitations de territoires (terminatio) : ILS, 5952-5953a en particulier ; sur le canal de l’isthme de Corinthe : Suétone, Caligula, XXI, 4.

    54 ILS, 5795 : profectus sum et inter uias latrones sum passus, nudus saucius euasi cum meis.

    55 Supra note 29.

    56 CIL, II, 2559 = 5639 = CIRG, I, 2 (supra note 22) : voir I. Rodà, 2005, p. 535-536, qui maintient l’idée d’un architectus naualis dont l’éventualité est étonnante s’agissant d’une dédicace à Mars par un personnage originaire d’Aeminium, aujourd’hui Coïmbre, qui se contente de se dire architectus et n’oublie pas de préciser Lusitanus. Il n’est pas possible de décider avec certitude si Lusitanus se rapporte au peuple ou à la province car le terme est certainement ambivalent. Il n’est pas sûr toutefois que la cité d’Aeminium ait appartenu à proprement parler au peuple des Lusitani au sens restreint.

    57 À dire vrai, il n’y a pas de preuve épigraphique de la participation directe de soldats à la construction d’une enceinte urbaine : l’exemple de Sala (AE, 1931, 38) est particulier et se réfère à une opération de défense militaire dans une zone frontière de l’Empire.

    58 Il s’agit ici d’une formule rappelant le titre de l’article de P. Zanker, 2001, p. 119-156. Il semble acquis que les armées n’intervenaient qu’en fonction des décisions impériales arrêtées selon des critères variables qu’il convient d’expliciter au cas par cas. L’autorité romaine évitait d’en faire un mode habituel d’aide aux communautés locales.

    59 Voir P. Le Roux, 1989, p. 179, qui affirme à tort que des soldats trop nombreux ne pouvaient pas être dépêchés pour des opérations de police. En réalité, ce sont les techniciens qui pouvaient être détachés en petit nombre seulement et une force plus importante ne signifie pas que des travaux physiques complexes étaient programmés pour les soldats, d’autant que des cavaliers sont aussi présents. Une uexillatio constituant un détachement et non une unité stable, l’effectif pouvait varier de dix à plus de cent soldats.

    60 Voir supra note 40 à propos de l’Arbeitslager de Chemtou.

    61 Voir les hésitations récentes sur les modes d’intervention des publicains dans C. Domergue, 2008, p. 193-199, au sujet de la ferme républicaine et de la régie directe impériale.

    62 Sur les principia des camps voir en dernier lieu M. Reddé, 2004.

    63 Sur la dignité du métier militaire et sa signification, voir récemment P. Le Roux, 2007a, p. 496-498.

    64 Ce qui n’est pas sans rappeler les phases chronologiques égyptiennes rythmées par les programmes architecturaux des empereurs.

    65 Ce qui ne veut pas dire que nos travaux sont voués à l’innovation à tout prix. L’apport d’éclairages nouveaux implique patience et circonspection.

    66 Voir supra p. 278 et note 46.

    Notes de fin

    * Paru dans CCG, 20, 2009, p. 143-155.

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    1 CIL, VIII, 2728 = 18122 ; J.-P. Laporte, 1996, p. 711-762.

    2 Voir en particulier J. Bingen et al., 1997-2009. Aussi, H. Cuvigny et al., 2003 ; H. Cuvigny, 2005b.

    3 Il est étonnant de devoir constater l’absence d’un chapitre sur les aqueducs dans les volumes de P. Gros, 1996 et 2001.

    4 Digeste, I, 16, 7 : […] curare debet [le proconsul] curatoresque operum diligentes sollemniter praeponere, ministeria quoque militaria, si opus fuerit. Les proconsuls ne disposent pas en principe de troupes nombreuses sur leur territoire, ce qui rend le texte imprécis et théorique.

    5 Ministerium a le sens ici de « personnel », ce qui n’est pas très éclairant. J.-M. Carrié, 1977, p. 373, énumère une liste conventionnelle à partir de J. Lesquier : elle ne répond pas à la réalité dans la mesure où elle est succincte et ne différencie pas présence militaire pour raisons de maintien de l’ordre et implications des soldats dans les activités économiques.

    6 El ladrillo y sus derivados en la época romana, 1999 ; P. Boucheron, H. Broise et Y. Thébert (dir.), 2000.

    7 X. Dupuis, 1994 ; Y. Le Bohec, 1993.

    8 Sur l’inventaire des activités du soldat, l’article fondateur de R. W. Davies, 1989b [1974], est toujours indispensable malgré certaines affirmations insuffisamment étayées et à ce titre inexactes.

    9 Tite-Live, XXXIX, 2, 5, à propos de la route de Bologne à Arezzo au début du IIe siècle av. J.-C.

    10 J. Lostal Pros, 1992, 18-20. À titre d’exemple : no 20. Castiliscar (Saragosse) : Imp. [C ] aesar diui [ f.] | Augu[s- ?] cos XII | trib[u ] nic. potes. XV[IIII] | imp. [XI] III pontifex | maxsu L. VI VI. | m. [L ] XX. (5-4 av. J.-C.).

    11 CIL, VIII, 10023 = ILS, 151 : CIL, VIII, 10023 = 21915 = ILS, 151. Entre Tacape et Capsa : Imp. Caes. Augus| ti f. Augustus tri. pot. XVI | Asprenas cos pr. | cos VIIuir epul[o]|num uiam ex cast. | hibernis Tacapes | muniendam curauit | leg. III Aug. | CI[---]. (14-15 apr. J.-C.).

    12 CIL, VIII, 10114 = 22175 = ILS, 5835.

    13 CIL, III, 3200 = ILS, 2478.

    14 CIL, III, 206 = ILS, 5865 et 5865a. Près de Berytus. Inscription rupestre : Imp. Caesar M. Aurelius | Antoninus Pius Felix Augustus | Part. max. Brit. max. Germ. maximus | pontifex maximus | montibus inminentibus | Lyco flumini caesis uiam delatauit | per [[leg. III Gallicam]] | Antoninianam suam (213-217 apr. J.-C.). Le nom de la légion a été martelé sous Élagabal à l’exception du surnom Antoniniana.

    15 CIL, III, 1699 = 8267 = ILS, 5863 = ILJug, 1, 63. Inscription rupestre dite « Tabula Traiana » située en amont de Ogradna, province romaine de Mésie supérieure : Imp. Caesar diui Neruae f (ilius) | Nerua Traianus Aug. Germ. | pontif. maximus, trib. pot. IIII | pater patriae cos. III | montibus excisi[s ] anco[ni] bus | sublatis uia[m ] f [ecit]. (100 apr. J.-C.). J. šAšel, 1973, p. 80-81 = AE, 1973, 475. Inscription des Portes de Fer. Table de marbre (97 × 209 × 20 cm) en quatre morceaux jointifs dont un petit fragment manque au centre de l’inscription : Imp. Caesar diui Neruae | Nerua Traianus Aug. Germ. | pont. max. trib. pot. V p. p. cos. IIII | ob periculum cataractarum | deriuato flumine tutam Da| nuuii nauigationem fecit (101 apr. J.-C.). Il convient d’ajouter au dossier AE, 1973, 473, trouvée à 100 m environ en amont de la « Tabula Traiana » : Herculi sacrum | lapidari qui f [---] ru[ ---] | at ancones f. C [---]| dos (centuri-) legionis III[I ?---] | et legionis VII C [l. p. f.] | uo[tum] so[luerunt]. Ce dernier texte témoigne directement de la participation de soldats aux opérations d’aménagement du secteur. Les ancones évoquant des « coudes », « pierres d’ancrage » ou des « crampons » ne correspondent à aucune définition claire dans ce contexte d’autant que le participe sublatis du premier texte de la note peut se rapporter à subfero ou à tollo selon les interprétations retenues.

    16 CIL, II, 4838 = ILS, 5833.

    17 CIL, II, 2477 = 5616 = ILS, 254 ; AE, 1983, 586 (redécouverte d’une partie de la colonne originale). Aquae Flauiae, I, no 587. Chaves (Aquae Flauiae), Portugal. Colonne du pont sur le Tamega : Imp. Caes. Ves. Aug. pont. | max. trib. pot. X imp. XX p. p. cos IX | Imp. Vesp. Caes. Aug. pont. trib. | pot. VIII imp. XIIII cos. VI | [[2 l.------]] | C. Calpetano Rantio Quirinali | Val. Festo leg. Aug. pr. pr. | D. Cornelio Maeciano leg. Aug. | L. Arruntio Maximo proc. Aug. | Leg. VII Gem. Fel. | Ciuitates X | Aquiflauienses (79 apr. J.-C.).

    18 CIL, VIII, 10117.

    19 CIL, II, 760.

    20 Sur cette question voir désormais HEp, 6, 189, à propos de l’inscription versifiée et surtout J. Carbonell, H. Gimeno, A. U. Stylow, 2007, p. 247-258, sur CIL, II, 760. Les auteurs montrent que la formule initiale municipia prouinciae Lusitaniae stipe conlata quae opus pontis perfecerunt est d’une facture différente du reste de l’inscription sur le manuscrit faisant foi de Nebrija et constitue un commentaire ajouté par l’érudit, intégré ensuite au texte originel au moment de la regravure de la dédicace. En outre, la liste des noms des peuples est incomplète parce qu’une partie d’entre eux n’était plus lisible. Autour de 1520, à l’occasion de réaménagements du pont destinés à lui rendre son aspect antique supposé, l’inscription a été regravée avec la formule initiale qui n’est donc pas d’origine et des noms ethniques manquants présents dans la tradition littéraire.

    21 Sur le pont de pierre : CIL, II, 2478, où l’indication de l’empereur à l’ablatif indique la datation.

    22 CIL, II, 2559 = 5639 ; CIRG, I, 2 (Inscription rupestre à 140 m du phare) : Marti | Aug. | sacr. | G. Seuius | Lupus | architectus | Aeminiensis | Lusitanus | ex uoto. La mention de l’état civil sous cette forme, le titre d’architectus associé à Mars désignent un militaire. Architectus est attesté dans les légions et ne signifie pas ici architectus naualis, très rare par ailleurs. L’inscription n’est pas la dédicace du phare mais résulte d’un uotum de l’architecte.

    23 F. Beltrán Lloris, 2007-2008. La signification des marques supposées, non abordée dans l’article, n’est ni simple ni immédiate outre les problèmes de lecture et de typologie. Il n’est pas prouvé qu’il s’agisse de marques légionnaires : outre le manque de séries parallèles, des marques liées au travail dans la carrière ou dans un atelier paraissent des solutions plus plausibles.

    24 Voir P. Le Roux, 1992b, p. 242 et 248. Dans un sens autre IRC, I, 1 a-c = AE, 1984, 607 ; également J. M. Gurt et I. Rodà, 2005, p. 150-151 et F. Beltrán Lloris, 2007-2008, p. 1070-1071, qui y voient, avec d’autres milliaires qui ne mentionnent pas les légions, un reflet d’un vaste programme de mise en place des infrastructures du Nord-Est de la péninsule à la faveur d’un réaménagement de la uia Augusta. Les faits disponibles n’autorisent pas des conclusions aussi larges ni définitives.

    25 Au pont du Gard et pour l’aqueduc dont il fait partie ou à Ségovie, il n’y a pas d’indice de l’intervention éventuelle de l’armée sous quelque forme que ce soit. Nîmes, en Narbonnaise, appartenait à une province inermis en principe au moment de sa construction.

    26 On peut noter ici que les empereurs tiraient un bénéfice personnel des interventions dans les constructions publiques des cités provinciales en Orient et en Occident : on a remarqué qu’ils privilégiaient « les édifices religieux, les murailles, les aqueducs et les aménagements tels que les ports ou les canaux » : voir B. Goffaux, 2001, p. 333.

    27 Par exemple sous Antonin le Pieux à Odessus (Varna) par les soins de T. Vitrasius Pollio : CIL, III, 762 = ILS, 5751.

    28 CIL, II, 3240 = ILS, 5764.

    29 Pline le Jeune, Lettres, X, 37.

    30 Pline le Jeune, Lettres, X, 20, 1 : Perseueremus in ea consuetudine, quae isti prouinciae est, ut per publicos seruos custodiantur.

    31 Y. Le Bohec, 1989b, p. 582-583 ; Y. Le Bohec, 1996, p. 1393-1394, ajoute à l’article cité supra note 7 les tableaux oubliés et dans lesquels n’apparaissent pas l’unité ni la composition de la présence militaire dans une région où gouverneur et légat de la légion se confondaient. Voir aussi P. Le Roux, 1990a.

    32 P. Le Roux, 1989, p. 171-174. Surtout supra note 2.

    33 P. Le Roux, 1982a, p. 270-274 ; C. Domergue, 1990, p. 279-316 ; P. Le Roux, 2000c.

    34 Entre autres C. Domergue, 1983, p. 50-53.

    35 CIL, II, 2552 = ILS, 9125. Le 10 correspondait au IIII des ides de juin. La série de Villalís suggère que les bf. du procurateur étaient des auxiliaires, malgré J. J. Palao Vicente, 2006, p. 152-153, se fondant à tort sur J. Nelis-Clément, 2000, p. 82, qui ne nie pas l’existence de bf. proc. tirés des troupes auxiliaires.

    36 AE, 1910, 1 = ILS, 9130.

    37 CIL, II, 2553 = ILS, 9127.

    38 Voir supra note 2 et, en dernier lieu, H. Cuvigny, 2005a ; également, A. Bülow-jacobsen et H. Cuvigny, 2007.

    39 M. Khanoussi, 1991.

    40 H. G. Horn, 1979, p. 173-180 ; M. Khanoussi, 1993, p. 65-68. L’identification des structures et l’organisation du site sont toujours l’objet de discussions et débats, ce qui n’est pas sans répercussions sur l’évaluation du rôle des soldats. F. Rakob, 1995.

    41 M. Khanoussi, 1996.

    42 Voir les deux colloques sur la brique cités supra note 6.

    43 AE, 2002, 784 ; 2003, 966. P. Le Roux, 2007a, p. 485-486. Ci-après, à titre d’échantillon modeste, quelques exemples intéressants aussi sur le plan épigraphique d’estampilles sur brique ou tuile par lieu de provenance et en ordre chronologique : (Herrera de Pisuerga) ALA PAR[T.] (sous Claude ou Néron) ; (Rosinos deVidriales, tuile) Rufus | mil. | leg. X G. f. (sous Claude-Néron) ; (Mirebeau, tuile) LEG. VIII AVG. LAPPIO LEG. (sous Vespasien) ; (Cidadela, Sobrado dos Monxes) COH. I C. (IIe siècle apr. J.-C.) ; (Legio VII Gemina, tuile) LEG. VII GAPF (sous Caracalla).

    44 CIL, VII, 1202 = EE, IX, p. 262 ; P. Le Roux, 1989, p. 171-172.

    45 CIL, VII, 1269, 5-8.

    46 Tacite, Annales, XI, 20, 3 : Quis subactus miles, quia plures per prouincias similia tolerabantur, componit occultas litteras nomine exercituum, precantium imperatorem ut, quibus permissurus esset exercitus, triumphalia ante tribueret.

    47 P. Le Roux, 1999, particulièrement p. 119-122.

    48 Voir A. García y Bellido, 1970, p. 588-599.

    49 P. Le Roux, 1990a, p. 204-207 [supra p. 174-177]. Je n’ai aucune raison de modifier l’idée que l’amphithéâtre n’avait pas eu pour fonction l’entraînement, même si par exception cela a pu arriver. Le casque attribué à l’amphithéâtre de Vesontio a été depuis dissocié du monument et exclut un lien entre soldats et amphithéâtre.

    50 Cette réflexion laisse de côté les tâches policières qui font partie intégrante de la vie militaire et du métier de soldat au Haut-Empire. Sur ce plan, il est nécessaire d’aborder ici les problèmes soulevés par l’inscription de l’île de Farasân Kabîr, au sud de la mer Rouge sur le rivage de l’Arabie Saoudite : AE, 2004, 1643 (CRAI, 2004, p. 419-429). En dernier lieu, M. A. Speidel, 2007, p. 297-300 (= AE, 2007, 1659). Tabula de calcaire corallien : Imp. Caes. Tito Ael. Hadr. | Antonino Aug. Pio pont. | max. trib. pot. VII cos. III | p. p. uexill. leg. II Tr. Fortis | et auxil. eius castrenses| q. sub praef. Ferresani portus | et pont. Hercul. fec. et d [ed. ] (vers 144 apr. J.-C.). Aux lignes 5-6, la lecture est en partie aléatoire. Il vaut mieux, avec AE, 2004 et M. A. Speidel, lire castra sub que castrenses/q (ue). La titulature est à l’ablatif de date. Le document commémore la construction d’un camp ce qui ne donne pas de solution à la présence des soldats si loin de leurs bases. Le texte fait écho à celui d’Hegra (AE, 2004, 1620), une ciuitas extérieure à la province d’Arabie comme l’île de Farasân était extérieure à celle d’Égypte dont elle dépendait malgré tout, à en juger par les unités mentionnées. M. A. Speidel a sans doute raison de suggérer que ces avant-postes faisaient partie d’un mode de contrôle romain des territoires en dehors de toute autre considération économique ou politique.

    51 Voir supra note 1.

    52 Expression présente par exemple chez Pline l’ancien, Histoire Naturelle, XXXVI, 8, 49, qui semble à certains ambiguë et ne recouvrirait pas toujours du marbre de Numidie même, mais désignerait un marbre de la couleur de celui de Numidie.

    53 Sur l’emploi de soldats pour les délimitations de territoires (terminatio) : ILS, 5952-5953a en particulier ; sur le canal de l’isthme de Corinthe : Suétone, Caligula, XXI, 4.

    54 ILS, 5795 : profectus sum et inter uias latrones sum passus, nudus saucius euasi cum meis.

    55 Supra note 29.

    56 CIL, II, 2559 = 5639 = CIRG, I, 2 (supra note 22) : voir I. Rodà, 2005, p. 535-536, qui maintient l’idée d’un architectus naualis dont l’éventualité est étonnante s’agissant d’une dédicace à Mars par un personnage originaire d’Aeminium, aujourd’hui Coïmbre, qui se contente de se dire architectus et n’oublie pas de préciser Lusitanus. Il n’est pas possible de décider avec certitude si Lusitanus se rapporte au peuple ou à la province car le terme est certainement ambivalent. Il n’est pas sûr toutefois que la cité d’Aeminium ait appartenu à proprement parler au peuple des Lusitani au sens restreint.

    57 À dire vrai, il n’y a pas de preuve épigraphique de la participation directe de soldats à la construction d’une enceinte urbaine : l’exemple de Sala (AE, 1931, 38) est particulier et se réfère à une opération de défense militaire dans une zone frontière de l’Empire.

    58 Il s’agit ici d’une formule rappelant le titre de l’article de P. Zanker, 2001, p. 119-156. Il semble acquis que les armées n’intervenaient qu’en fonction des décisions impériales arrêtées selon des critères variables qu’il convient d’expliciter au cas par cas. L’autorité romaine évitait d’en faire un mode habituel d’aide aux communautés locales.

    59 Voir P. Le Roux, 1989, p. 179, qui affirme à tort que des soldats trop nombreux ne pouvaient pas être dépêchés pour des opérations de police. En réalité, ce sont les techniciens qui pouvaient être détachés en petit nombre seulement et une force plus importante ne signifie pas que des travaux physiques complexes étaient programmés pour les soldats, d’autant que des cavaliers sont aussi présents. Une uexillatio constituant un détachement et non une unité stable, l’effectif pouvait varier de dix à plus de cent soldats.

    60 Voir supra note 40 à propos de l’Arbeitslager de Chemtou.

    61 Voir les hésitations récentes sur les modes d’intervention des publicains dans C. Domergue, 2008, p. 193-199, au sujet de la ferme républicaine et de la régie directe impériale.

    62 Sur les principia des camps voir en dernier lieu M. Reddé, 2004.

    63 Sur la dignité du métier militaire et sa signification, voir récemment P. Le Roux, 2007a, p. 496-498.

    64 Ce qui n’est pas sans rappeler les phases chronologiques égyptiennes rythmées par les programmes architecturaux des empereurs.

    65 Ce qui ne veut pas dire que nos travaux sont voués à l’innovation à tout prix. L’apport d’éclairages nouveaux implique patience et circonspection.

    66 Voir supra p. 278 et note 46.

    * Paru dans CCG, 20, 2009, p. 143-155.

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