Chapitre XV. H.-G. Pflaum, l’armée romaine et l’Empire*
p. 253-272
Texte intégral
1Malgré une impression contraire, l’œuvre de H.-G. Pflaum n’offre, au total, que peu de travaux consacrés directement à l’armée romaine1. En revanche, suivant sa prédilection pour l’histoire politique, les institutions, l’administration et l’État, son attention fut sollicitée en permanence par la place et le rôle de l’armée, symbole de la puissance de Rome et de sa domination. L’histoire militaire l’intéressait au plus haut point et, par expérience personnelle, il savait mieux que quiconque ce que représentaient le recours à la force et les guerres dans le devenir des sociétés humaines. L’Empire, autoritaire, estimait-il, afficha sa supériorité dans ce domaine comme dans d’autres, car il concentra les pouvoirs et les décisions entre les mains d’un seul2. La sensibilité de l’historien aux régimes et aux institutions n’avait d’égale que son exigence de rigueur scientifique et son souci permanent de la chronologie, du temps qui révèle en les mettant à l’épreuve les structures. Le recours méthodique à la comparaison, raisonnée et prudente, servait à mieux saisir l’esprit et la finalité des instruments de gouvernement. On sait enfin que le prosopographe n’oubliait jamais l’élément humain dont il mesurait avec objectivité l’influence et les limites3.
2La clarté et la vigueur de la synthèse produisirent des mises au point de portée générale sur l’histoire impériale4. Les lignes de force d’une réflexion qui ne s’éloignait jamais des sources passées au crible de la critique savante y sont remarquablement dessinées5. On ne saurait donc aborder un pan quelconque des écrits de H.-G. Pflaum sans mettre d’abord en lumière les fondements d’une pensée d’historien de l’Empire romain façonnée par la fréquentation intime des textes anciens, des inscriptions, mais aussi des monnaies ou des papyrus, et de la tradition érudite la plus fine, enrichie par les échanges avec des collègues de tous horizons, amis et élèves qu’il ne manquait pas de consulter par souci d’information exhaustive et par modestie.
3L’armée romaine impériale, produit d’une monarchie militaire guidée par la recherche de l’efficacité et de l’équité6, fut le reflet de la « sagesse » politique des Romains et du fonctionnement même de l’État. L’histoire militaire, réglée depuis le centre, appelait inévitablement une réflexion sur la périphérie et les provinces. H.-G. Pflaum n’oubliait cependant jamais le poids de la réalité, car aucune mécanique, fût-elle la plus sophistiquée, ne déterminait entièrement les forces et les faiblesses d’un pouvoir et d’une communauté.
L’institution militaire reflet de l’empire
4Au cours des quarante années de recherches consacrées à l’Empire romain, émerge très tôt une conception de la monarchie augustéenne et de son évolution. L’empire est défini comme un pouvoir centralisé et autoritaire et l’empereur comme « à mi-chemin entre les dieux et les hommes et plus près du ciel que de la terre7 ». La prééminence du prince, malgré T. Mommsen, que H.-G. Pflaum admirait profondément8, ne faisait aucun doute9 et Auguste avait organisé un « domaine » propre tant sur le plan du pouvoir central que de l’administration et du contrôle des provinces. Affranchis et chevaliers eurent la confiance du prince dès le départ. L’ordre équestre s’affirma progressivement comme la pépinière des fonctionnaires de l’empereur, dans le cadre d’une collégialité inégale avec un affranchi, contrebalançant l’influence des sénateurs responsables devant le Sénat10. Auguste avait confisqué à son profit des prérogatives destinées à affirmer sa « suprématie » face à l’aristocratie. Suétone11 lui fournissait, avec Dion Cassius, la base d’une réflexion essentielle à une approche raisonnée du système impérial : le contrôle permanent et vigilant de l’armée d’autant plus nécessaire qu’elle avait été éloignée de Rome et affectée dans les provinces, pour la plus grande part. C’est ainsi que naquit chez Auguste l’idée du cursus publicus, véritable service de renseignement, remède contre la distance12. Certains signes semblaient indiquer à la fois la volonté de surveiller et l’esprit militaire de la réforme : les iuuenes et les uiae militares. Les « jeunes gens » des communautés locales, employés au départ comme courriers, se relayaient au bout d’une distance donnée et trouvaient dans cet exercice une bonne « préparation militaire » que devaient en principe dispenser les collèges municipaux de iuuenes13. Le service des véhicules ne vint qu’un peu plus tard comme le dit Suétone14. Quant à la uia militaris, elle est désignée comme une voie importante, à l’image de la uia Egnatia, « surveillée, gardée par des troupes », définition illustrée par IGR, I, 1142, relatif à la route de Bérénikè à Antinoopolis15 et CIL, III, 6123, de la province de Thrace mentionnant sous Néron les tabernae et les praetoria placés le long des uiae militares16. La première poste impériale exprimait les préoccupations militaires de l’empire et l’usage policier de l’armée. Ce n’était pas pour autant une structure militarisée. Cependant, la poste impériale fut à l’origine un « moyen de domination, non pas un instrument d’administration17 ».
5Cette formule annonce l’évolution sous Hadrien que H.-G. Pflaum qualifie de « grand réformateur de l’administration romaine18 ». Ensuite, Septime Sévère inaugura une nouvelle étape dont le détail ne concerne pas notre étude : il apparaît surtout que les impératifs militaires furent alors déterminants sous la forme du ravitaillement annonaire ou « nouvelle solde en nature » dont D. van Berchem venait de proposer la création par l’empereur de Lepcis Magna19. Ce fut l’occasion de mobiliser la poste. Le IIIe siècle vit la promotion définitive des frumentarii comme courriers officiels : « ainsi l’armée a mis la main sur un service qu’Auguste, lors de sa création, a voulu indépendant de toute influence militaire20 ». La conclusion s’imposa : comme le laisse entendre Dion Cassius, LXXVI, 15, « l’équilibre entre administration civile et pouvoir militaire [fut] rompu » par Septime Sévère et ses successeurs immédiats21. La mobilisation des ressources au profit de l’armée rendait compte de ce qui s’était passé ; il n’est pas directement question de militarisation de l’empire. En revanche, une décennie plus tard le verdict est sans appel : « La monarchie se transforme de plus en plus en dictature militaire d’allure totalitaire. L’entrée massive des soldats sortis du rang dans les cadres en est la manifestation la plus significative22. » La conférence de 1965, consacrée aux forces et faiblesses de l’armée romaine23, ne modifiait pas cette conception de l’évolution impériale mais précisait que Septime Sévère favorisa la promotion sociale pour les militaires. En revanche, suivant l’argumentation de M. Rostovtzeff qu’il considérait comme un grand historien, H.-G. Pflaum y mettait au compte de l’affaiblissement de l’empire la désaffection des gens des villes et le recrutement à large dominante rurale du IIIe siècle. Les linéaments d’une pensée sur l’armée et l’empire étaient définitivement tracés. L’institution militaire, conçue pour fixer sa place à l’armée, reposait au départ sur un principe d’équilibre entre société civile et exigences de la défense de l’Empire, ce que montrait la lecture de Dion Cassius. Instrument de pouvoir et de domination, force politique, elle formait une des assises essentielles de l’État et tirait sa cohésion de la participation de toutes les catégories sociales ou presque à sa bonne marche. Enfin, l’effort militaire consenti par Rome n’allait pas, de son point de vue, dans le sens d’une volonté impérialiste. L’armée garantissait et protégeait l’Empire et le pouvoir impérial et n’était en rien une machine à conquérir à tout prix24. Le désastre de Teutobourg, la clades Variana, avait sonné le glas de l’expansion et incité Auguste à choisir une prudente stratégie défensive, perpétuée ensuite.
6La répartition des provinces entre l’empereur et le peuple traduisait aussi l’étroite imbrication de l’État et de l’institution militaire. Attaché à débarrasser la création des provinces procuratoriennes des fausses théories qui avaient cours, H.-G. Pflaum écrivait25 :
Les véritables raisons qui ont amené Auguste et Tibère à créer les provinces procuratoriennes revêtent un caractère essentiellement pratique et correspondent bien à la politique générale de ces empereurs. Le facteur militaire doit être cité en premier lieu. Le manque d’effectifs légionnaires, les difficultés constantes du recrutement de volontaires recommandaient le statut de province équestre, pourvue d’une garnison composée exclusivement d’auxiliaires.
7La romanisation, vue comme le résultat d’une politique réfléchie, et l’économie des moyens que supposait le choix d’un procurateur-gouverneur sont également avancées. Le point principal de la démonstration concernait le statut des procurateurs-gouverneurs qui n’étaient pas des auxiliaires administratifs à part mais des gouverneurs chargés de provinces du peuple romain au même titre que les autres envoyés de l’Auguste. Plus largement, H.-G. Pflaum entendait tirer au clair la question des relations entre les gouverneurs sénatoriaux des provinces impériales et les chevaliers placés à la tête des provinces procuratoriennes26. Il lui apparaissait qu’aucune règle stricte ne pouvait être établie. Si la Judée représentait un cas de dépendance militaire à l’égard du légat de Syrie27, la Dacie en étant une confirmation tardive28, le système n’avait pas été généralisé, à preuve les Maurétanies29.
8H.-G. Pflaum avait rodé sa méthode depuis quelque temps déjà, semble-t-il, lorsqu’il rédigea le Cursus publicus. Son discours historiographique ne devait rien au hasard, car il entrait pleinement dans sa recherche et la formation de son propre jugement sur les faits et les événements. L’historien s’était forgé patiemment une opinion sur chaque empereur et chaque règne en fonction des épisodes et des contextes particuliers et à l’aune d’une évolution générale que dessinait l’histoire même de l’Empire, le passage du principat au dominat marqué par le développement de l’administration et le souci de la plus grande efficacité selon les circonstances. Les textes, tous les textes, constituaient la base d’une écriture de l’histoire dont il convenait d’établir la vraisemblance avant de la tester par d’autres témoignages. Malgré la défiance générale, H.-G. Pflaum n’hésitait pas à extraire de l’Histoire Auguste des informations qu’il jugeait utiles et conformes à l’esprit du gouvernement impérial. Le Digeste était aussi appelé en renfort quand c’était nécessaire. Mais la démonstration tirait sa force du recours à l’épigraphie dont le croisement avec les textes produisait la riche substance d’une vision renouvelée de l’empire et de ses pratiques administratives. Ou bien les inscriptions confirmaient les textes ou elles ouvraient la voie à des raisonnements contradictoires. Le chercheur devait en décider et résoudre, si possible, la difficulté30. Ou bien les inscriptions qu’il avait l’art de débusquer offraient des données absentes de la tradition littéraire et il convenait, par des mises en série appropriées31 et des vérifications aussi minutieuses qu’exhaustives, d’en tirer toutes les conséquences pour mieux établir les principes fondamentaux qui régissaient l’administration romaine et les diverses institutions impériales32.
9La prudence et la conviction que des conclusions apparemment intangibles pouvaient être ruinées du jour au lendemain occupaient à chaque étape de sa réflexion une place importante33. Il ne changeait toutefois d’avis que si un nouveau document contraignait à remettre en chantier le dossier et appelait un verdict nouveau ou si une argumentation méthodiquement fondée incitait à accepter la révision du jugement34. Un trait caractéristique est illustré par l’attitude nuancée à l’égard du travail de D. van Berchem sur l’annona militaris. L’institution de l’annone militaire, nouvel impôt, lui semble en accord avec l’esprit du règne sévérien, les difficultés militaires, monétaires et financières et éclairée par l’Histoire Auguste déjà citée35. H.-G. Pflaum admet d’autant plus volontiers ce point de vue que la réforme du cursus publicus, pris directement en charge par l’empereur, en renforçait la crédibilité, même si l’innovation concernant la poste est donnée comme géographiquement limitée à l’Italie et aux secteurs militaires occidentaux. L’édit impérial fut en tout cas le point de départ d’une superposition des deux services jamais confondus cependant36. L’adhésion fondée sur la documentation n’empêche pas une critique vive de l’interprétation de D. van Berchem à propos de l’inscription de Pizos37, ce qui aurait pu inciter H.-G. Pflaum à examiner plus en détail la thèse de l’annone militaire sévérienne. Celle-ci a été remise en cause depuis une trentaine d’années, au même titre que la militarisation de la poste38. Les recherches sur la fiscalité et le développement des travaux fondés sur la papyrologie expliquent une révision qui débouche, comme on le verra39, sur une relecture de l’époque sévérienne à laquelle les enquêtes de H.-G. Pflaum lui-même ont contribué. Enfin, la définition des uiae militares qu’il fondait sur quelques documents épigraphiques ignorait d’autres moins probants et a été modifée depuis40.
10Il semble, en revanche, que la question, qu’il analysait avec beaucoup de précautions, de la subordination des procurateurs-gouverneurs envers des légats propréteurs sénatoriaux, notamment en Syrie et en Dacie, n’a toujours pas reçu à ce jour, à ma connaissance, le traitement qu’elle mériterait. H.-G. Pflaum avait bien senti les limites de sa démarche lorsqu’il doutait de la généralisation du système. Ne respectant pas totalement, pour une fois, la règle qu’il s’était fixée de s’en tenir aux faits documentés, il raisonnait sur des prises de position de divers savants à propos de l’imperium et des pouvoirs du procurateur-gouverneur41 et indiquait que « le gouverneur, de par son appartenance à l’ordre équestre, ne saurait être investi d’un imperium, quoi qu’en dise, à tort, à notre avis, notre prédécesseur M. Horowitz42 ». L’absence d’autorité du gouverneur équestre en matière militaire était confortée par l’examen du contenu du ius gladii qui ne représentait qu’un pouvoir de justice et n’impliquait nul ius imperii43. Pourtant, l’analyse illustrée d’exemples rappelait en particulier que C. Cestius Gallus ou Gessius Florus avaient eu le loisir de mener en Judée une répression en qualité de procurateur. À vrai dire, l’interrogation est d’ordre général et met aussi en jeu la capacité d’action d’un préfet d’aile, d’un chef de vexillation ou d’un tribun de cohorte prétorienne ou de légion44. De toute évidence, les documents invitent à privilégier l’idée que H.-G. Pflaum lui-même retenait finalement, à savoir que la situation décidait des dispositions prises en dehors de toute procédure juridique et de toute subordination, terme absent, en outre, des documents45. Plus largement aussi, le problème que nous pose aujourd’hui encore H.-G. Pflaum est celui de la raison d’être de ces provinces procuratoriennes et des conditions de leur formation. L’absence de doctrine claire et incontestable sur ce point, par manque de données immédiates46, a des effets non négligeables puisque cette obscurité pèse par exemple sur le statut de la réforme de Caracalla dans le Nord-Ouest ibérique et sur ses motivations profondes47. Contrairement à ce que l’on affirme parfois, l’histoire administrative est loin d’avoir livré tous ses secrets et mérite qu’on rouvre les enquêtes en tenant compte de l’apport de travaux comme ceux de l’auteur des Procurateurs équestres.
11Le centre d’intérêt fondamental de ses recherches résidait, sur la base d’une méthode prosopographique exigeante, dans la mise en évidence des hiérarchies et de leurs ressorts au sein des institutions, de l’administration et de l’État, dans le but de définir un système et ses fondements. L’armée entrait dans ce schéma et H.-G. Pflaum ne négligeait jamais la Rangordnung ne serait-ce que pour susciter des travaux sur ce thème et aboutir à la mise au point d’instruments de travail fiables qui faisaient défaut.
« Rangordnung » et valeur de l’armée romaine impériale
12Le seul jugement d’ensemble directement formulé par H.-G. Pflaum sur l’armée romaine de l’époque impériale est l’article-conférence48 (il n’y a pas de notes infrapaginales) élaboré à l’invitation du « Centre de Recherches Comparées sur les Sociétés anciennes », au titre de la VIe section des Hautes études, en 1965, à l’occasion d’une enquête sur les Problèmes de la guerre à Rome, précédée par les Problèmes de la guerre en Grèce ancienne49. Les indices et les tables des matières de ses différents travaux disent assez cependant qu’il n’ignorait rien des détails et des dossiers épineux de l’histoire militaire impériale, institutionnelle ou non50. Une donnée moins perceptible pour les lecteurs d’aujourd’hui est sans doute qu’il adaptait volontiers son propos en fonction des centres d’intérêt de ceux qui participaient au séminaire et ne se contentait pas de rendre compte de ses propres préoccupations. Par oral, il fit passer dans son enseignement quantité d’informations bibliographiques analysées dans un souci pédagogique de rigueur, de réflexions à saisir au vol, de suggestions et incitations à ouvrir des pistes toujours fructueuses, n’hésitant pas à commenter chaque fois qu’il le pouvait des carrières militaires dont les résistances à l’explication appelaient des recherches nouvelles. Les notices qu’il rédigea pour L’Année Épigraphique de 1966 à 1978, non directement signées il est vrai, contribuèrent à attirer l’attention sur l’actualité de l’histoire militaire romaine et sur les recherches en cours, attestant en outre son adhésion ou non à telle ou telle proposition nouvelle51.
13Sensibilisé à la tradition prussienne, H.-G. Pflaum vouait une admiration sincère à l’armée romaine et au génie militaire du peuple romain, sans pour autant verser lui-même dans l’esprit militariste52. « Structure » et « articulation » formaient les maîtres mots d’une approche cohérente de l’armée impériale, indispensable à l’évaluation d’une histoire qui fut glorieuse avant d’être « douloureuse ». Il fallait en priorité chercher à rendre compte de ce contraste, des deux versants opposés de l’évolution. Conformément à une vision ordonnée et spatialisée de l’Empire, il convenait de distinguer classiquement les garnisons romaines et italiennes et les armées provinciales. Malgré des incertitudes, dues à la nature des sources et à l’absence de statistiques globales émanant de l’autorité centrale, H.-G. Pflaum se rangeait à l’idée d’un effectif relativement modeste (360 000 hommes sans les flottes), justifiant cette faiblesse par une politique résolument défensive depuis Auguste. Fondé sur le volontariat et le recrutement hiérarchisé en fonction des statuts, marqué par une régionalisation accrue des levées, le système garantissait stabilité et renouvellement des effectifs. Les garnisons romaines obéissaient aux mêmes impératifs, notamment les prétoriens, soldats d’élite, promis parfois à de très brillantes carrières en raison de leur proximité par rapport à l’empereur. Les officiers assurèrent la cohésion et l’efficacité de l’ensemble, ne serait-ce que par le biais des déplacements de garnison provinciale en garnison provinciale avec ou sans passage par Rome. La mobilité sociale, matérialisée par l’obtention d’un centurionat ou primipilat, prélude à une carrière équestre, entretenait les ambitions et l’émulation. Les services militaires jouaient le rôle de tremplin pour les élites municipales actives. Les sénateurs tinrent toute leur place, bon gré mal gré jusqu’au IIIe siècle et Gallien. Depuis toujours, les parcours les plus brillants étaient réservés à ceux qui avaient la fibre militaire. Les uiri militares finirent d’ailleurs par s’imposer et par sauver l’Empire53.
14Si les aptitudes militaires auguraient d’une ascension rapide, indifférente à certaines étapes obligées d’un cursus ordinaire, l’armée était un des témoins du rôle, primordial, de l’ancienneté qui apportait expérience et endurance et permettait de juger des mérites54. Avec le rang, elle était une des clés du système et la preuve que le service de l’empereur et de l’administration impériale quel qu’il fût était réglé par des principes rationnels adaptés sans cesse par les maîtres du pouvoir. Les sénateurs échappaient plus aisément que les chevaliers à la contrainte de l’âge pour l’obtention de hautes responsabilités. Plus on descendait dans la hiérarchie plus ce critère avait un poids. Blanchis sous la lorica segmentata, les vétérans légionnaires furent des instruments de la romanité et des catalyseurs d’une ascension familiale. C’est dans cette perspective que H.-G. Pflaum attachait une attention particulière au centurionat55 et au primipilat56 et bien sûr au centurionat ex equite romano. De ses divers exposés, toujours nuancés, il ressort que l’expérience compensait le manque de prestige : chacun pouvait acquérir celle-là alors que la gloire et l’honneur comportaient une part de chance, outre les qualités individuelles, à condition qu’elles fussent signalées à l’empereur. L’armée offrait une structure claire dans ses grandes lignes du fait que sa hiérarchie était calquée sur les clivages sociaux. Pourtant, A. von Domaszewski avait, selon H.-G. Pflaum, malgré ses mérites, insuffisamment évalué les difficultés de la tâche et sa mise au point n’avait pas porté ses fruits57. Il n’avait pas été compris, même s’il avait ouvert la voie à une connaissance raisonnée des hiérarchies et du fonctionnement administratif de l’armée58. Il avait par ailleurs limité la question à la hiérarchie des postes, négligeant le hommes et la réalité des carrières. Quand parut en 1967, la réédition introduite et complétée par B. Dobson, H.-G. Pflaum avait espéré un nouveau livre sur la question59. Quoi qu’il en soit, c’est à son séminaire qu’il énonça ses points de vue sur l’évolution des travaux et en particulier sur la question des grades militaires inférieurs au centurionat auxquels il ne consacra directement aucune étude60. Les soldats issus de la province de Narbonnaise font l’objet d’une approche géographique et chronologique exclusivement, qu’il s’agisse des lieux de garnison ou des cités de provenance. Les matériaux disponibles lui paraissaient insuffisants pour autoriser d’autres enquêtes de type prosopographique relatives au parcours et aux échelons successifs.
15« La structure de l’armée et sa hiérarchie n’ont été que des piliers certes importants, mais pas aussi décisifs que l’on a bien voulu le supposer. Ils ont bien pu conférer une flexibilité admirable à cet ensemble composite qu’était l’armée romaine, mais il fallait que s’y ajoutent un certain nombre de qualités et valeurs proprement militaires […] ». Les institutions, au nombre desquelles l’armée, n’étaient rien sans l’esprit et la volonté qui présidaient à leur fonctionnement. La machine militaire romaine devait ainsi sa puissance et sa force à la vertu de discipline, d’autant plus indispensable que l’adaptation du recrutement à la diversité ethnique de l’Empire avait porté atteinte au caractère national de l’armée civique et que les barbares conservaient, quant à eux « la proximité de sang », source naturelle de cohésion. La discipline, sans oublier des innovations tactiques, fut le fondement même d’un esprit de corps retrouvé. Par là s’éclaire la notation a priori surprenante, empruntée en partie à Tacite il est vrai : « à leur infériorité en tant qu’hommes civilisés par rapport aux barbares sauvages et rudes à leurs frontières, les Romains ont su remédier par un faisceau d’inventions militaires de toutes sortes61. » H.-G. Pflaum voulait surtout comprendre pourquoi l’empire n’avait pas pu maintenir la supériorité de Rome. La faiblesse des effectifs légionnaires, que les textes lui conseillaient de relier à des finances inaptes à supporter un effort accru, découlait également, on l’a vu, d’une attitude réaliste portant à la défensive et à la recherche de l’utilité62. Cette vertu défensive, frileuse et désastreuse, avait atteint son apogée sous Antonin le Pieux, jusqu’à sa caricature, l’immobilisme. L’Empire n’était pas préparé à faire face à ce qui se tramait à l’extérieur, une ample et longue turbulence provoquée par les mouvements et les poussées qui agitaient les barbares. Rome passa de la défensive choisie à la défensive imposée : c’est la clé du IIIe siècle et de l’affaiblissement irrémédiable. H.-G. Pflaum suivait ceux qui, nombreux, attribuaient les faiblesses impériales à la ruralisation excessive du recrutement suivie d’un « véritable divorce » entre la société civile et l’armée, prélude à la « barbarisation » de l’armée romaine de la fin du IVe siècle et à la victoire de la barbarie sur la civilisation. Tel fut le « long crépuscule d’une belle journée63 ».
16L’histoire de l’armée impériale et des institutions militaires romaines construite par H.-G. Pflaum devait beaucoup à ses réflexions et recherches personnelles sur l’administration et les procurateurs. Avec des nuances et des réserves souvent dirimantes64 au cas par cas, il faisait fond sur la tradition historiographique allemande passée et présente. L’œuvre de M. Rostovtzeffet celle de R. Syme65 l’influencèrent également tout au long de son parcours intellectuel. Ouvert à tout ce qui se faisait de profitable, il accueillit avec faveur les travaux d’E. Birley et de son école de Durham dont l’un des mérites était, à ses yeux, d’offrir des pistes nouvelles aux recherches sur les milices et les ressorts des carrières en se fondant sur les acquis méthodologiques récents. Le livre de M. Durry sur les cohortes prétoriennes avait joué de malchance, on l’a vu66, mais cet ouvrage offrait, dans une bibliographie en français peu représentée en histoire militaire depuis l’ouvrage de R. Cagnat67, une illustration de ce que pouvait apporter une adaptation intelligente des thèses de A. von Domaszewski. E. Birley et son élève B. Dobson appliquaient la méthode prosopographique aux catégories militaires équestres et comblaient donc une part de ses attentes. L’article de B. Dobson sur la préfecture des ouvriers, paru en 1966, démontrait l’excellence de l’usage méthodique de l’épigraphie68. Bien que publié en 197869, le livre sur les primipilares, issu de la thèse de PhD de 1955 que H.-G. Pflaum consultait régulièrement sous la forme d’un exemplaire dactylographié, entrait pleinement dans une démarche d’approfondissement des enquêtes prosopographiques qu’il avait illustrées et appelées de ses vœux pour une meilleure connaissance de l’ordre équestre. Sur un registre plus pointu, les décorations militaires, tout en reconnaissant la qualité du travail pionnier de P. Steiner70, il demandait un réexamen complet du dossier. Il n’eut pas le temps de voir le livre de V. A. Maxfield71, élève de B. Dobson, laquelle renouvela l’approche comme le montre, entre autres, la conclusion sur les récompenses des centurions. H.-G. Pflaum contribua assurément aux recherches d’histoire militaire et à leur actualisation. Par ses suggestions répétées ou ses incitations orales ou écrites, il inspira diverses enquêtes.
17En matière de Rangordnung, la question du rang social des primipiles manquait de clarté. Il l’aborda par la force des choses dans diverses notices des Carrières72, aiguillonné en particulier par une observation qu’il reprit dans l’article général de 1958, à savoir le choix du centurionat au lieu des milices habituelles (définies par Claude et entrées dans les mœurs, sous une forme un peu modifiée, sous les Flaviens) par des chevaliers, dont le futur empereur Pertinax lui fournissait un indice révéla73. L’article de 1968 sur les officiers équestres de la VIIe légion Gemina74 incluait sans autre explication les primipiles parmi les chevaliers. Les deux aspects du problème n’étaient toutefois liés qu’indirectement, car jamais, bien sûr, H.-G. Pflaum n’a prétendu que les centurions ex equite Romano fournissaient en majorité et en priorité les primipiles75. L’enjeu était davantage la place sociale du centurionat en général et son rôle de tremplin éventuel pour une ascension vers l’ordre équestre. Les travaux de B. Dobson et de S. Demougin, qui ont permis depuis de mieux comprendre le problème, lui devaient en partie leur origine. B. Dobson insista sur l’unité du centurionat en tant que fonction et parcours, le dissociant ainsi du rang social du titulaire. Il nuança aussi l’idée que le centurion sorti du rang avait dû attendre l’âge de la retraite pour y parvenir et poursuivre son activité76. Il n’affirmait nulle part que le primipile fut un chevalier77. S. Demougin, dans un Appendice de son livre sur l’ordre équestre, effectue un bilan complet de la question78. Si le primipile en tant que tel n’était pas un chevalier, ce que normalement les officiers de ce rang ne disent pas79, qu’en était-il de l’ancien primipile ? S. Demougin concluait à des promotions possibles mais limitées et de plus en plus limitées après la réforme de Claude. Il semble donc que les termes des problèmes aient évolué et que le passage de la République à l’Empire ainsi que les adaptations progressives des institutions et de la société au nouvel état politique aient imposé définitivement une séparation entre les milices équestres et les postes les plus chevronnés et prestigieux des légions à l’exception des centurions ex equite Romano dont la permanence n’a pas encore trouvé d’explication globale en dehors de la manière de récompenser des protégés de personnages prééminents. La question demeure du rôle dévolu en pratique au centurionat et à son rang le plus élevé, le primipilat. H.-G. Pflaum avait bien mesuré qu’on se trouvait, sur ce terrain, aux frontières de l’ordre équestre et que les contours de celui-ci n’étaient jamais aisés à définir quelle que fût l’époque. Les hommes pesaient finalement plus que les principes et la méthode prosopographique en était l’illustration, car elle montrait que les parcours individuels démentaient parfois les règles générales qu’on paraissait observer pourtant dans la pratique. La conviction sur le rang social de l’ancien primipile repose en fait sur une divergence d’appréciation de la définition même de l’ordre équestre : cens minimum nécessaire et suffisant ou liste spéciale parmi les possesseurs du cens assortie d’un brevet80 ? Elle soulève un problème de méthode sur le caractère automatique et spécifique de critères définis dans les promotions et l’avancement militaire81. Le statut acquis par la nomination dans un grade élevé était en soi une source de prestige et de dignité82.
18La hiérarchie militaire, à l’image de la hiérarchie des procurateurs et de l’administration en général, se devait de correspondre à des échelons de rémunération définissant la différence entre un changement d’affectation et une véritable promotion. C’est avec faveur que furent accueillis les efforts de B. Dobson pour fixer les soldes et les récompenses des centurions et primipiles, ce qui soulignait que le primipile était digne de l’ordre équestre83. Dans le prolongement de cette démarche, les conclusions de D. J. Breeze tendant à classer les postes des gradés et sous-officiers suivant l’immunité ou exemption des corvées et selon qu’ils percevaient une solde, une solde et demie ou une double solde parurent très dignes d’attention84 même si des recherches de ce type, adaptées à la documentation relative aux catégories supérieures de la société et de l’administration ne lui paraissaient pas offrir les mêmes garanties ni la même efficacité pour les strates plus humbles85. Des travaux postérieurs ont approfondi le sillon et on peut admettre aujourd’hui que les immunes et les principales constituaient bien deux groupes hiérarchiquement séparés, comme l’avait déjà établi A. von Domaszewski. Il est également vraisemblable que les soldes aient été hiérarchisées selon le prestige accordé aux différents types d’unité, comme il n’est pas discutable qu’un immunis ait gagné moins qu’un principalis qui lui-même recevait moins qu’un centurion. étant donné la masse des postes et fonctions attestés, il est difficile de cerner des filières à l’intérieur des échelons d’autant que les vacances jouaient certainement un rôle non négligeable. De même qu’on pense désormais que le vigintivirat n’avait pas le poids déterminant que E. Birley lui attribuait pour la suite de la carrière sénatoriale86, de même il est difficile de croire que les spécialisations étaient telles qu’elles aient pu faire autre chose que manifester les aptitudes variées et le sérieux d’un titulaire. Reste la grille des stipendia. Sauf ignorance de ma part, les mentions de sesquiplicarii, duplicarii ou – une seule fois à dire vrai – d’un triplicarius ne se rencontrent que pour des corps de troupe autres que les légions, en réalité pour des unités où l’équipement ne se limite pas à l’armement habituel et inclut du matériel autre ou des animaux87.
19En matière de Rangordnung et d’histoire militaire aussi la documentation ouvrait les chemins à suivre : toutefois, plus on descendait dans l’échelle hiérarchique plus les données étaient maigres et rendaient impossible ou presque la recherche d’un peu de clarté salutaire en présence de parcours labyrinthiques. Mais l’historien ne devait jamais perdre de vue la mise au point, la synthèse, nécessairement provisoire. La clé de tout bilan était la chronologie, la succession des faits dans le temps et leur mise en perspective. De l’évolution ressortait l’influence de princes réformateurs dont les initiatives ne rompaient pas avec les leçons augustéennes mais les adaptaient aux inévitables changements. Auguste, Domitien le mal jugé88, Hadrien et Septime Sévère incarnaient cette attitude et illustraient cette interprétation fondée sur l’insuffisance des moyens humains et matériels, difficilement compensée par la qualité de la structure, souple et performante.
Vingt-cinq ans après : une histoire renouvelée ?
20L’historiographie de l’armée romaine impériale montre qu’elle associe étroitement l’institution militaire et l’empire comme l’avait déjà effectué A. von Domaszewski suivi par H.-G. Pflaum sur ce point. Il ne fait plus de doute aujourd’hui que le régime augustéen ait créé une monarchie, certes adaptée aux circonstances et à la tradition romaine mais une monarchie indiscutable dès le départ. La question de la militarisation croissante de l’État et de l’administration par la promotion et l’ascension de uiri militares est aujourd’hui résolue de manière plus nuancée qu’autrefois. Le débat se poursuit sur le sens de la politique militaire impériale au Haut-Empire et sur les « faiblesses » de l’armée, la stratégie, les objectifs poursuivis à plus ou moins long terme.
21L’histoire du pouvoir impérial ne se limite plus aussi exclusivement aux aspects institutionnels et juridiques ni aux développements des bureaux ou officia. Les pratiques politiques et les méthodes de gouvernement, les « styles » propres aux différents Césars, leurs entourages, les modes de communication et de représentation traduits dans la rhétorique officielle et les programmes monumentaux ou iconographiques, l’évolution du métier d’empereur ont donné lieu à des analyses qui débouchent sur une vue assouplie et continuiste de l’histoire de l’imperium. Le IVe siècle lui-même ne paraît plus aussi éloigné de l’esprit augustéen qu’on ne l’avait affirmé. Le passage du principat au dominat scandé par l’étape de la militarisation sévérienne et les réformes bureaucratiques d’Hadrien et de Septime Sévère ne paraît pas convenir désormais. Dans la durée et au cas par cas, les Césars ont joué sur les différents ressorts du pouvoir sans jamais céder à l’absolutisme ni contrarier les règles établies par le fondateur, sous peine qu’on les évinçât violemment. Il a seulement fallu du temps pour trouver un nouvel équilibre que les transformations mêmes des provinces et de l’Italie demandaient de réajuster en permanence. Contrainte et souplesse alternaient au cours d’un même règne suivant les circonstances et les questions soulevées, le débat s’étant déplacé vers le rôle politique et l’influence directe de la personne impériale, réduits pour les uns, pleinement assumés pour les autres. Dans cette perspective, l’appareil administratif et l’institution militaire ont pris une coloration nouvelle qui intègre partiellement des observations faites par H.-G. Pflaum avec d’autres. Déjà E. Birley avait jeté un regard différent sur les innovations de l’empereur africain89, lui attribuant des réformes annonciatrices de celles de Dioclétien. Il réhabilitait le travail de M. Platnauer, injustement oublié sans doute parce qu’il allait à contre-courant de A. von Domaszewski et J. Hasebroek. Il n’était plus question d’expliquer les choix de Septime Sévère par son origine africaine et les influences orientales ni de le stigmatiser comme le promoteur d’une soldatesque véritable fossoyeur de la civilisation impériale90.
22Recherche de la cohérence et identité nationale romaine sous-tendirent pendant longtemps les interprétations relatives à l’administration, à l’empire et à l’armée. La combinaison des documents nourrissant les notices prosopographiques indique assurément qu’il existait des critères de sélection ou de réussite des individus au cours d’une carrière : entre autres, le rang, la famille, les qualités individuelles, l’intérêt plus ou moins marqué pour les tâches d’organisation ou les activités guerrières, la protection impériale ou sénatoriale, la longévité. La notion de « filière » est récente et n’apparaît guère dans les sources ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait pas des échelons marquant une progression à l’instar du cursus honorum romain91. La différence entre province impériale et province dite « sénatoriale », qu’on appelle désormais « publique » ou « proconsulaire », n’apparaît pas comme un critère aussi décisif qu’auparavant92. Surtout, l’importance de l’origine géographique n’offre plus les mêmes certitudes93. Il n’est pas vraiment démontrable que les empereurs ont adopté des politiques régionales en la matière et ont favorisé telle ou telle extraction. L’un des fondements de cette théorie en était la « réaction italienne » d’Antonin le Pieux qui aurait privilégié systématiquement les promotions des péninsulaires et aurait été suivi par ses successeurs immédiats, Commode inclus94. On sait mieux aujourd’hui que la cité et non la province définissait l’origine des personnes et que l’absence de cité d’origine, à laquelle on substituait une ethnie, une région ou une province, était un signe d’infériorité sociale comme le révèle l’épigraphie des soldats auxiliaires. Essayant de dépasser l’aporie modernisme-primitivisme (H.-G. Pflaum était résolument « moderniste »), les enquêtes insistent sur les traits propres à l’Empire romain et sur la mise en évidence d’une rationalité autre qui ne passait pas par les catégories étatiques inventées plus tard par les pouvoirs monarchiques. La notion de « spécialité » semble en partie contestable dans la mesure où elle ne reflète pas des « politiques impériales » claires et successives en matière de sélection et de recrutement (tout le monde admet qu’il n’y avait pas de formation professionnelle en dehors de l’apprentissage sur le tas du service de la res publica). Ce sont les circonstances et les événements qui ont orienté les décisions et les choix plutôt que des programmes et des principes stricts95.
23L’armée n’était pas extérieure à l’empire. Le pouvoir d’État veillait à sa bonne marche et au maintien de sa puissance. Il y eut assurément des uiri militares, c’est-à-dire des sénateurs et des chevaliers ayant individuellement une prédilection pour la chose militaire. Ces hommes furent reconnus et utilisés quand les difficultés surgissaient, mais rien ne permet de dire qu’ils suivaient des parcours originaux voire « réservés » ni que les fonctions dites militaires impliquaient une formation continue. La thèse relative aux « uiri militares » et à leur émergence était due à R. Syme96. à la réflexion, elle n’est guère très différente de ce qui relève de la communis opinio, l’ascension des imperatores à la fin de la République. La critique prudente et nuancée de B. Campbell97 portait sur l’existence reconnue d’un groupe constitué en tant que tel plus que sur les individus attirés par l’art de la guerre et du commandement et donc sur le fait que la prosopographie était impuissante à éclairer pleinement les raisons ou les motivations qui à chaque étape rendaient compte des parcours et de leur rapidité ou de leur lenteur. C’est l’idée implicite de « professionnels » qui a entraîné la mise en question, et B. Campbell a prolongé son analyse par un examen détaillé de l’usage individuel et en amateur de la littérature consacrée aux stratagèmes98. Les « homines militares » de H.-G. Pflaum étaient plus proches du concept tacitéen de « uiri militares » puisque celui-ci concernait ceux qui, par la force des choses, entraient dans l’armée pour ne plus en sortir. L’auteur des Procurateurs était très sensible à la différence supposée de spécialisation entre les chevaliers et les sénateurs et au caractère plus militaire d’une partie de l’ordre équestre au vu des carrières épigraphiques. S’il est, en outre, un aspect que les travaux ont mis en exergue depuis longtemps, c’est le rôle d’auxiliaire de l’administration et du pouvoir joué par l’institution militaire99. Les fonctions d’administration de l’armée elle-même, de police, de maintien de l’ordre, de surveillance des routes, de courrier officiel, d’accompagnement des convois, des prisonniers et des condamnés aux mines ont été repérées et classées. C’est certainement un des plans sur lesquels les travaux de H.-G. Pflaum ont été le plus féconds et ont illustré l’intégration des fonctions militaires à la bonne marche de l’administration et de la société sans que cela signifiât la dictature de l’appareil militaire. Bien qu’à reprendre, l’étude sur le cursus publicus apporte des données pertinentes et indispensables. Les recherches présentes approfondissent les dossiers et l’inventaire documentaire comme c’est également le cas en matière de Rangordnung.
24C’est sans doute l’un des domaines d’exploration où l’héritage accumulé a été cultivé avec le plus de continuité100. L’introduction de Y. Le Bohec au colloque en hommage à A. von Domaszewski101 rend compte succinctement de l’évolution des centres d’intérêt et des travaux. Il ne s’agit plus exactement de repenser à tout prix les hiérarchies et les parcours ni de déterminer les promotions et les avancements, même si les papyrus et la documentation égyptienne ou les calculs effectués incitent à la révision périodique de la question des soldes selon les unités et les grades102. Le critère financier n’est pas niable mais sa signification demeure discutée comme l’est la notion de salaire appliquée au stipendium103. Le clivage entre immunes et principales n’a pas donné lieu à réexamen décisif. La gestion centralisée des carrières militaires à Rome, par le bureau de l’ab epistulis, fait l’objet d’un intérêt nouveau et tire parti de la mise en évidence de la circulation des documents officiels entre Rome et les provinces suggérée aussi par les diplômes militaires et leur contenu administratif104. L’heure est à l’explicitation des fonctions mentionnées dans la documentation épigraphique et papyrologique, certaines étant encore difficiles à éclaircir. Un terme classique, frumentarius, a fait lui-même l’objet d’une redéfinition concernant son origine qui ne doit rien au ravitaillement en blé mais tire plus probablement son qualificatif du privilège d’une double ration de blé105. Le mensor fut sans doute affecté aux distributions de blé et non à une quelconque activité d’arpentage106. Certaines appellations étaient temporaires et associées à une activité épisodique ou de circonstance107. De nouvelles inscriptions ont enrichi les listes de primipilaires ou d’officiers équestres108. Mettant en jeu tous les aspects de l’activité militaire, les rôle et place de l’armée au service de l’empire et l’évolution, une étude comme celle des beneficiarii illustre les apports de ce type d’enquête à la compréhension renouvelée des armées romaines impériales109. Plus globalement, des études régionales que H.-G. Pflaum jugeait extrêmement utiles110 ont cherché à adapter l’esprit de la méthode prosopographique aux simples soldats et aux centurions111. Le supplément de pouvoir et de prestige qu’autorisait le service militaire a été soupesé avec prudence et les conclusions portent à nuancer au cas par cas l’impact social du statut militaire mis en regard des inscriptions funéraires et des comportements des catégories comparables112. Les questions de hiérarchie et de statut appellent de plus en plus l’examen minutieux de la société castrale et des sociétés militaires, des relations et des rituels propres à ces communautés113. Enfin, les recherches sur la Rangordnung prolongent les travaux sur le gouvernement et l’administration des provinces et mettent l’accent sur les officia des gouverneurs et sur le rôle des gradés affectés aux bureaux de la capitale114.
25La stratégie de l’Empire romain éclairait largement pour H.-G. Pflaum les particularités des carrières, les évolutions du recrutement et sa diversité a priori préjudiciable, l’intégration des activités à la marche de l’imposant appareil administratif et l’adaptation sans heurts véritables d’une armée de métier à la société impériale. Seule une conception défensive pouvait rendre compte de la faiblesse des effectifs disséminés pour l’essentiel à la périphérie. La guerre parthique de Trajan115 témoignait que la politique de l’empereur ne visa pas à annexer ni à se substituer à la monarchie arsacide mais seulement à mieux contrôler la route des Indes par une démonstration de force mal calculée. L’échec était une preuve supplémentaire que la campagne entreprise « excédait les forces de l’Empire116 » pourtant à son apogée. Cette approche a été prolongée par l’analyse de E. N. Luttwak dans son ouvrage de 1976117 qui étaya l’idée de « stratégie défensive » par des conceptions modernes qui la rendraient non seulement souhaitable mais intelligente. Pour le conseiller de R. Reagan, l’analyse des faiblesses romaines en vigueur reposait sur une incompréhension illustrée par la projection au IIIe siècle de principes abstraits censés avoir été la cause des désastres. Il est vrai qu’une « théorie » qui mettait en exergue l’illogisme romain pouvait avoir quelque chose de choquant. Au cas où elle aurait signifié que l’impérialisme romain était « primitif » et irréaliste, l’explication était en contradiction au moins apparente avec le plaidoyer pour une machine administrative remarquable et une organisation militaire admirable. E. N. Luttwak fut vivement critiqué surtout parce qu’il proposait une vue anachronique de la stratégie fondée sur la recherche de frontières scientifiques, assimilée à une « grande stratégie » pensée à l’échelle de l’Empire, et admettait, comme H.-G. Pflaum, l’invention précoce d’un limes fortifié. On peut ajouter que l’attitude défensive d’Auguste consécutivement au désastre de Teutobourg n’est pas prouvée, pas plus que la notion de « stratégie défensive » ne convient vraiment à la succession des conduites impériales. Enfin, il n’est pas possible de limiter l’armée romaine à l’élément « national » italien et civilisé. Personne ne présente les corps auxiliaires, cohortes, ailes voire numeri comme des forces qu’il fallait surveiller en permanence pour éviter qu’elles ne se retournent contre Rome.
26La critique du « limes » et de ce qu’il traduisait en matière de politique militaire suivant diverses approches a entraîné à redéfinir les frontières de l’Empire sur des critères nouveaux118. Comme dans d’autres domaines de l’histoire impériale, il est sûrement nécessaire de revenir aux réalités romaines telles que les acteurs eux-mêmes les concevaient et les décrivaient ne serait-ce que pour contourner le débat entre « primitivisme » et « modernisme ». Sous cet angle, il semble que les recherches sont encore en grande partie à l’état de chantier. Les tendances qui se dégagent orientent vers l’absence d’une stratégie définie et constante119. La puissance romaine confrontée à des voisins variés et nombreux n’eut pas d’autre but que de marquer sa supériorité face à chacun d’entre eux, empire ou confédération ethnique. Les externi, « ceux du dehors », ne cherchèrent pas, pour leur part, à conquérir les territoires impériaux ni à renverser l’État impérial. La compétition pour le pouvoir fut plus dommageable que les attitudes des adversaires de Rome dans la crise militaire du IIIe siècle. Faute de statistiques chiffrées et globales concernant les forces romaines, il semble permis à certains de remettre en question la faiblesse des effectifs et de porter à 420 000 hommes au minimum le contingent disponible120. Les frontières fortifiées ne formaient qu’une partie des secteurs périphériques de l’Empire. Elles ne reflétaient pas nécessairement une stratégie défensive mais s’adressaient autant aux populations limitrophes dans un but dissuasif. Au cœur des difficultés, ce n’est pas seulement de résistance de l’empire qu’il peut être question mais d’agressivité et de volonté de restauration d’une puissance qui ne voulait pas de concurrence121. Associés à l’« imperium sine fine », ces points de vue expriment une évolution des « sensibilités » et une réticence moindre qu’autrefois à décrire l’empire comme une puissance impérialiste de l’Antiquité, étant entendu que ce trait ne saurait rendre compte de l’histoire globale de la période ni rendre compte des aspects stratégiques de la politique militaire. Tout se passe, semble-t-il, comme si le système régionalisé mis en place et contrôlé depuis le centre avait suffi à conserver l’initiative aux Romains jusqu’à ce que l’immensité des territoires et l’importance des populations à contrôler aient contraint l’empire à remettre profondément en question sa politique mais avec des bases inchangées, dans la mesure où la société civile, par le biais de ses élites privilégiées, s’est en quelque sorte défaussée sur des spécialistes à un moment où la puissance romaine n’impressionnait plus autant ses adversaires de toute origine.
27Depuis un quart de siècle, des tendances annoncées se sont amplifiées et d’autres ont pris naissance. Face à une certaine insatisfaction, partagée par un grand nombre, devant les limites de la méthode prosopographique, elle-même substituée autrefois à une histoire politique et institutionnelle trop abstraite car éloignée des réalités humaines et sociales, les enquêtes sur les armées romaines de la période impériale et sur les ressorts des hiérarchies ont eu tendance, plus ou moins consciemmment et assurément au diapason de la discipline historique dans son ensemble, à prendre en compte les conditions concrètes de la vie militaire et évoluent de plus en plus vers un autre regard. Il s’agit désormais moins de construire un cadre, une armature, un système que de comprendre comment l’armée, ses composantes et ses activités ou ses fonctionnements étaient pensés et perçus par les soldats et les civils ou le pouvoir. L’individu réel a remplacé la logique organisatrice, les exceptions et les situations concrètes sont mises en avant par une histoire anthropologique qui dans le domaine de l’armée n’en est encore qu’à ses balbutiements et ne vise pas à nier les recherches à caractère politique, administratif, juridique qui ont encore beaucoup à nous apprendre par le biais d’une documentation, épigraphique en particulier, réévaluée et relue constamment.
28H.-G. Pflaum avait choisi de se consacrer « corps et âme122 » à faire progresser la connaissance des structures administratives au Haut-Empire en partant de l’idée que l’État romain n’avait pu vraiment fonctionner qu’en se dotant d’une organisation réglée et performante. La modernité des préoccupations de l’administration romaine n’était pas discutable et l’expérience accumulée avait conduit à la création d’un véritable système qu’il fallait établir sur des bases rationnelles123. Cette œuvre patiente et immense prolongeait les inventaires techniques et arides commencés au XIXe siècle sous l’égide de l’école allemande en les approfondissant. Pour ce faire, on devait tirer le meilleur parti possible, notamment de l’épigraphie et de ses découvertes régulières sans oublier la méthode prosopographique, tributaire elle aussi des inscriptions, dont l’intérêt illustré par d’autres pionniers auparavant résultait de la confrontation entre une construction complexe et la pratique. L’armée entrait par la force des choses dans les structures et dans le fonctionnement quotidien de ce vaste corps qu’était l’Empire. Intégrée à l’État stabilisé et gouverné par un pouvoir monarchique qui en garantissait l’équilibre, elle illustrait les principes de sélection individuelle et sociale institués par les empereurs en même temps que le haut degré de technicité atteint par l’une des plus belles machines militaires de l’histoire. La recherche systématique de la cohérence a été parfois montrée du doigt, mais une lecture attentive de ses publications rappelle que H.-G. Pflaum corrigeait ou nuançait chaque fois qu’il le pouvait ce qu’offrait de trop rigoureux ou rigide le cadre abstraitement reconstitué. Il se serait réjoui de l’évolution des idées et des questions soulevées, mais il n’aurait pas manqué, l’œil malicieux, de mettre en garde contre les interprétations aventureuses non établies sur des listes exhaustives et des références textuelles suffisantes124. Dans chacun des domaines qui le concernaient, il encourageait la confection d’instruments de travail durables. Je ne saurais dire, en revanche, comment il eût accueilli les orientations récentes d’une recherche bien différente dans son esprit de celle d’il y a vingt-cinq ans et moins dépendante de l’histoire politique et administrative ou de la prosopographie pour laquelle une génération représentait précisément vingt-cinq ans environ. Je citerai seulement la conclusion du bilan sur les progrès des recherches publiée en 1974125 :
nous proclamons bien clairement que les textes des historiens restent malgré tout nos sources essentielles et que la prosopographie comme ses sœurs épigraphie, papyrologie et numismatique n’est qu’une science auxiliaire, une discipline, dont on ne saurait guère se passer, mais qui ne fournit qu’une vue très partielle de cet ensemble du monde romain que nous tâchons de toujours mieux connaître pour mieux le comprendre.
29L’historien prosopographe ne séparait pas le travail de documentation et l’historiographie du renouvellement continu des connaissances auquel chaque historien participait pour une meilleure intelligence du passé toujours à conquérir.
Bibliographie
Post-scriptum
Bibliographie : H.-G. Pflaum, un historien du XXe siècle, actes édités par S. Demougin, X. Loriot, P. Cosme et S. Lefebvre, Genève, EPHE, III, Droz, coll. « Hautes Études du monde gréco-romain », 37, 2006, d’où est tiré l’article offre une caisse de résonance indispensable à l’éclairage des réflexions présentées sur le savant qui fut un maître pour une génération de « romanistes ». Sur le cursus publicus, supra chap. XIII, p. 223.
P. 264 et 268 : sur la question des soldes et la notion de salaire, les discussions se poursuivent sans résultat décisif en raison de la complexité des dossiers et peut-être aussi en partie à cause des logiques choisies : voir P. Le Roux, « Duplicarius, duplarius, sesquiplicarius : salaires ou privilèges ? », dans Le métier de soldat dans le monde romain, 5e congrès sur l’armée romaine, Lyon 23-25 septembre 2010, Lyon, Université Jean-Moulin (à paraître en 2012).
P. 266-267 : Conformément à l’esprit des recherches du temps, la perspective nationale et parlementaire l’emportait. Pour une lecture différente et renouvelée de cette question : P. Le Roux, « Géographie péninsulaire et épigraphie romaine », dans G. Andreotti, P. Le Roux et P. Moret (dir.), Actes de la Table ronde La invención de una geografía de la Península ibérica. II. La época imperial, Madrid, Casa de Velázquez, 3-4 de abril de 2006, Málaga, 2007, p. 197-219.
P. 268, note 105 : B. Rankov, « The Origins of the frumentarii », dans M. Mayer i Olivé, G. Baratta, A. Guzmán Almagro (dir.), Acta XII Congressus Internationalis Epigraphiae Graecae et Latinae, Barcelona, 3-8 Septembris 2002, Barcelone, 2007, p. 1169-1172, est désormais publié.
Notes de bas de page
1 H.-G. Pflaum, 1969 et H.-G. Pflaum, 1970. Voir en outre les chapitres intitulés « Militaires », dans H.-G. Pflaum, 1978b, p. 189-331.
2 H.-G. Pflaum, 1940, p. 48-49 [236-237] : « Une institution telle que nous venons de la décrire met un tel pouvoir à la disposition de celui au profit duquel elle est organisée, qu’on ne peut guère l’imaginer sous un régime républicain tel qu’il existait en Grèce ou à Rome avant l’avènement d’Auguste. »
3 H.-G. Pflaum, 1958, p. 14 [192]. Il s’agit d’une conférence, d’où l’absence de notes infrapaginales.
4 Voir H.-G. Pflaum, 1940, p. 147-148 [335-336] ; H.-G. Pflaum, 1958, p. 3 [181]. Je n’ai pas pu consulter la synthèse sur le Haut-Empire romain, de diffusion restreinte (il n’en parlait pas), dont on trouvera ici même [G. Alföldy, 2006a] une présentation et un commentaire approfondi par G. Alföldy : H.-G. Pflaum, « Das römische Kaiserreich », dans G. Mann et A. Heuss (dir.), Rom. Die Römische Welt, Propyläen-Weltgeschichte. Eine Universalgeschichte, vol. 4, Berlin-Francfort-Vienne, 1963 [rééd. 1979], p. 317-428. Il s’agit d’une histoire impériale qui ne se limitait pas à la personne des empereurs et tenait compte des évolutions globales sur le long terme dans la perspective de la rupture de l’équilibre entre Auguste et Dioclétien.
5 On retiendra parmi d’autres passages : H.-G. Pflaum, 1940, p. 24-26 [212-214].
6 À l’image du système administratif impérial dans son ensemble : H.-G. Pflaum, 1958, p. 1 [179].
7 H.-G. Pflaum, 1958, p. 1 [179].
8 H.-G. Pflaum, 1950, p. 4 : « La prétendue “dyarchie” de Mommsen n’a jamais été autre chose qu’un armistice dont chaque partie contractante espérait profiter aux dépens de l’autre. »
9 D’autant que A. von Premerstein en établissant, à l’aide du fragment d’Antioche de Pisidie, la lecture auctoritas au lieu de dignitas au paragraphe 34, 3 des RGDA avait assis définitivement le caractère monarchique du pouvoir augustéen : H.-G. Pflaum, 1950, p. 7.
10 H.-G. Pflaum, 1950, p. 4.
11 Suétone, Auguste, XLIX.
12 H.-G. Pflaum, 1940, p. 25.
13 H.-G. Pflaum, 1940, p. 25-28 [213-216] et p. 147 [355]. L’intérêt pour les iuuenes avait été renouvelé par l’actualité et le spectacle des jeunesses fascistes et hitlériennes et plus généralement par l’utilisation de la jeunesse par les régimes totalitaires.
14 Toutefois dans H.-G. Pflaum, 1982, no 178 bis, p. 18-21 et p. 31, la préfecture est donnée comme augustéenne à la suite de W. Eck.
15 H.-G. Pflaum, 1940, p. 29-30 [217-218].
16 Ibid., p. 32-36 [220-224].
17 Ibid., p. 57 [245].
18 Ibid., p. 62 [250].
19 Ibid., p. 92 [280]. La thèse de D. van Berchem sur la création de l’annone militaire sous Septime Sévère date de quelques années au moment où H.-G. Pflaum écrit : D. van Berchem, 1936. Ainsi se trouvait éclairé un passage de l’Histoire Auguste, vit. Sev., XIV dont le caractère paradoxal disparaissait.
20 H.-G. Pflaum, 1940, p. 148 [336].
21 Ibid.
22 H.-G. Pflaum, 1950, p. 107. La formule se retrouve dans l’article de la Pauly-Wissowa de 1955 et n’a pas été modifiée dans la traduction française de 1974 de Serge Ducroux revue par l’auteur : Abrégé des procurateurs équestres, adaptation française de Serge Ducroux et Noël Duval, Paris, 1974.
23 H.-G. Pflaum, 1969, p. 85-98.
24 H.-G. Pflaum, 1958, p. 2 [180] : « On ne saurait assez insister sur la faiblesse numérique congénitale de l’armée romaine régulière, faiblesse qui limitait étroitement l’impérialisme romain, lequel n’a jamais sévi avec plus de virulence que dans les écrits de certains savants modernes. »
25 H.-G. Pflaum, 1950, p. 27. Il écarte les points de vue de T. Mommsen, J. Marquardt et P. Horowitz. Voir aussi H.-G. Pflaum, 1974a, p. 5.
26 H.-G. Pflaum, 1950, p. 146-149.
27 Ibid., p. 148 : « Du point de vue militaire le procurateur de Judée est donc le subordonné du légat consulaire de Syrie », ce qui n’est pas clairement démontré comme nous le verrons. H.-G. Pflaum est ici sensible à l’autorité des tenants de la thèse de la subordination (O. Hirschfeld, A. v. Premerstein, A. Stein, son maître) devant lesquels P. Horowitz apparaissait bien téméraire.
28 Ibid., avec un risque de raisonnement circulaire, puisque c’est la Judée qui est invoquée pour prouver que la Dacie offrait la même situation.
29 Malgré sa circonspection et les nuances qu’il introduisait, l’idée de « subordination » est présentée le plus souvent ensuite comme un fait acquis : voir, entre autres exemples, M. Christol, 1997, p. 66.
30 Voir H.-G. Pflaum, 1940, p. 114-121 [302-309], entre autres.
31 Sans doute la méthode sérielle ou méthode quantitative de l’âge préstatistique concerne-t-elle avant tout l’histoire économique et l’établissement de données chiffrées. L’évolution de la recherche sérielle appliquée à des domaines autres que l’économie montre que H.-G. Pflaum avait su recourir à une forme de méthode sérielle avant la lettre. Il n’était pas insensible aux pourcentages mais tempérait les ordres de grandeur par le sentiment aigu des insuffisances documentaires en histoire ancienne qu’on ne pouvait contrarier que par des listes chronologiquement ordonnées et étendues sur plusieurs siècles.
32 Par exemple, l’article sur Proculus Cornelianus et sur Valerius Maximianus : H.-G. Pflaum, 1955 (= 1978a, p. 53-84). Cette méthode est en outre abondamment illustrée par de nombreuses notices des Carrières.
33 Voir par exemple l’étude sur M. Aemilius Papus : H.-G. Pflaum, 1966, p. 331-337 (= 1981, p. 366-372).
34 H.-G. Pflaum, 1940, p. 91-94 [279-282].
35 Supra note 19 : Histoire Auguste, vit. Sev., XIV.
36 H.-G. Pflaum, 1940, p. 74-76 [262-264] et surtout p. 160-161 [348-349] : Plotius Grypus était, selon H.-G. Pflaum, préfet des véhicules et chevalier. Voir désormais F. Bérard, 1984, p. 277-306 en particulier, où la fonction est définie comme celle d’un jeune sénateur revêtu d’une fonction exceptionnelle en Italie, au service de Domitien dans le cadre de sa campagne sarmatique.
37 H.-G. Pflaum, 1940, p. 164 [352].
38 Voir la mise au point commode de J.-M. Carrié, 1999, p. 77-80.
39 Infra notes 89 et 90.
40 Voir un bilan provisoire dans P. Sillières, 1990, p. 783-790. Celui-ci ne mentionne pas R. Rebuffat, 1987, qui propose une définition moins stricte et plus conforme à un usage administratif, ce que signale l’inscription de Bétique découverte depuis peu au moment de sa publication en 1981 par P. Sillières (voir P. Sillières, 1981) et comblant les lacunes d’autres textes déjà édités au CIL, II.
41 H.-G. Pflaum, 1950, p. 125-149.
42 Ibid., p. 127.
43 Ibid., p. 146-147.
44 Le problème n’en est peut-être pas un : un centurion ou un primipile n’avait pas besoin d’un imperium pour faire respecter son autorité auprès des soldats et les soumettre à jugement. Voir aussi V. Maxfield, 1981, p. 129-131.
45 H.-G. Pflaum, après T. Mommsen et O. Hirschfeld, s’appuyait sur Flavius Josèphe, Ant. Iud., XVIII, 1, 1 et Tacite, Annales, XII, 23, 1, pour admettre l’annexion ou subordination (le terme grec προσθὴκη et le terme latin additus sont équivalents et signifient « ajout ») : la situation de 44 est exceptionnelle et temporaire, puisque Claude dut réagir à la mort de Sohaemas et Agrippa. Le fait d’ajouter n’implique pas une subordination ensuite mais une extension plus moins durable.
46 Les sources narratives supposent que le lecteur sait ce dont il s’agit. Le Digeste, I, 18, 1 ne connaît que le praeses et mentionne sous ce titre seulement le proconsul et le légat, passant sous silence les procurateurs-gouverneurs, ce qui explique le débat à leur sujet concernant les conclusions de O. Hirschfeld : voir H.-G. Pflaum, 1950, p. 110-111.
47 Voir récemment G. Alföldy, 2000b, p. 35-38. Il faudrait peut-être renoncer à une explication par les données militaires et/ou financières et/ou administratives et privilégier l’évaluation des risques au moment de la décision impériale, toujours susceptible d’être modifiée. La contribution de H.-G. Pflaum fut d’établir définitivement le statut de province à part entière de ces circonscriptions administratives.
48 Il s’agit d’un exercice particulier dont on ne doit pas exagérer la portée. Ce fut pourtant l’occasion d’un bilan pour lui-même et le contenu reflète assez fidèlement sa « doctrine » en la matière dans le reste de ses travaux.
49 J.-P. Brisson (dir.), 1969 pour le premier et J.-P. Vernant (dir.), 1968 pour le second.
50 Voir l’« Appendice » sur « la signification de la Guerre parthique de Trajan » dans H.-G. Pflaum, 1950, p. 107-109.
51 Voir par exemple AE, 1969-1970, 583, à propos de la carrière du capteur de Décébale ou AE, 1971, 7, sur la hiérarchie des grades en liaison avec les soldes.
52 H.-G. Pflaum, 1969, p. 83.
53 Ils sont appelés « homines militares » dans H.-G. Pflaum, 1969, p. 90. On notera les remarques générales de la notice 118 des Carrières, I, p. 286-288, consacrée à T. Pontius Sabinus : « Cette faculté d’opter pour le métier d’officier de carrière fut certainement rendue possible par une innovation hardie d’Hadrien, ouvrant cette nouvelle voie aux jeunes gens qui se sentaient une vocation militaire, afin de doter l’armée de cadres instruits et fervents. […] l’innovation d’Hadrien résulte de ce que l’empereur s’était aperçu, grâce aux cas de Ser. Sulpicius Similis et de Q. Marcius Turbo, que l’armée était la meilleure pépinière des grands fonctionnaires. »
54 H.-G. Pflaum, 1958, p. 7-12 [185-190].
55 Je n’ai pas retrouvé la source précise de l’affirmation, trop péremptoire pour une fois, contenue dans H.-G. Pflaum, 1969, p. 88-89 : « Il est cependant exclu qu’un engagé puisse devenir officier subalterne, c’est-à-dire centurion, avant d’avoir terminé son engagement primitif [vingt ou vingt-cinq, on ne sait]. Ce n’est qu’à ce moment que ces sous-officiers peuvent être promus au centurionat à condition qu’une vacance se produise justement. »
56 Voir H.-G. Pflaum, 1981 [1970], p. 355 et 377.
57 Par exemple, H.-G. Pflaum, 1950, p. 2. La critique tenait en partie aussi à sa déception de n’avoir pas trouvé dans l’ouvrage un démontage clair et en règle des mécanismes de la carrière procuratorienne. Le travail était paru sous forme d’un gros article dans les Bonner Jahrbücher et non sous forme d’un livre.
58 H.-G. Pflaum crédite M. Durry, dont l’ouvrage récent et celui de A. Passerini paru à peu près au même moment l’ont dissuadé de reprendre la question des préfets du prétoire, d’une illustration positive de la méthode de A. von Domaszewski.
59 L’évolution de la documentation et des connaissances, ajoutée au fait que la publication de 1908 était un article de revue, même consistant, justifiait l’attente dans son esprit.
60 Dans les chapitres de H.-G. Pflaum, 1978 (de Narbonnaise), p. 269-290, l’origo est le fil conducteur de l’enquête. Les carrières militaires inférieures ne sont pas analysées pour elles-mêmes.
61 H.-G. Pflaum, 1969, p. 85.
62 « Les territoires qu’ils [les Romains] convoitaient devaient être fertiles et receler des métaux utiles, seules les régions “utiles” les intéressaient. » : H.-G. Pflaum, 1969, p. 94, où l’on peut déceler l’influence de l’histoire de la Bretagne vue par Strabon et par l’Agricola.
63 H.-G. Pflaum, 1969, p. 98.
64 J’utilise ici un mot qu’il employait volontiers.
65 L’œuvre fourmille de témoignages divers de l’influence du grand prosopographe qu’était R. Syme qu’il qualifiait en outre d’ami ; je citerai seulement H.-G. Pflaum, 1950, p. 17 : « R. Syme lui-même dont le lumineux article a éclairé les vicissitudes de la Galatie depuis son incorporation n’a pas cru devoir modifier cette opinion généralement admise », dans un contexte où H.-G. Pflaum manifestait un désaccord avec les conclusions de R. Syme.
66 Supra note 58. L’ouvrage fut immédiatement concurrencé par celui d’A. Passerini plus proche de l’école prosopographique en honneur à la fin des années trente.
67 R. Cagnat, 1913 [1892].
68 B. Dobson, 1966.
69 B. Dobson, 1978.
70 P. Steiner, 1905.
71 V. Maxfield, 1981, p. 185-200.
72 Voir les indices p. 1309-1310 et 1444.
73 H.-G. Pflaum, 1958, p. 10 [188].
74 Il avait été influencé par A. von Domaszewski et M. Durry et sans doute conforté par la lecture de R. Syme et l’étude de S. J. de Laet, 1940, p. 13-23. Voir aussi H.-G. Pflaum, 1970 [= 1981, p. 394-420].
75 Le sens de l’expression « centurion issu de l’ordre équestre » avait été éclaircie par H. Zwicky, 1944, p. 90 et suiv. en particulier.
76 On peut se reporter à l’exposé de B. Dobson, 1970, p. 99-103 en particulier.
77 Il s’agit seulement de l’ancien primipile retiré avec 600 000 HS de praemia, chiffre non établi avec certitude. En outre, dans la mesure où le préfet de camp n’est pas considéré comme un chevalier promu automatiquement d’après les sources, on note une contradiction qui n’est guère favorable au rang équestre du primipile vétéran.
78 S. Demougin, 1988, p. 385, sans oublier p. 387-392, l’Appendice sur les centurions ex equite Romano.
79 Ibid., p. 365 : « Toute personne qui appartient à l’ordre équestre en fait toujours mention. Si les primipiles ne se disent pas eques Romanus ou equo publico, c’est qu’ils ne le sont pas. »
80 Voir S. Demougin, 1988, notamment p. 135-188. On peut se demander, malgré tout, jusqu’à quel point l’accès effectif à l’ordre n’impliquait pas l’exercice d’une première charge réservée à des chevaliers ou qualificative en manière de confirmation ou de validation du brevet.
81 Voir E. Birley, 1963-1964.
82 B. Rossignol, 2003.
83 B. Dobson, 1970, p. 105-107.
84 D. J. Breeze, 1971 ; D. J. Breeze, 1974.
85 Voir G. Boulvert, 1974, préface p. 3-4.
86 Voir H.-G. Pflaum, 1958, p. 6-7 [184-185] et E. Birley, 1953c, p. 133-137.
87 C’est un point essentiel qui n’est jamais souligné : je me réserve d’y revenir prochainement.
88 Par exemple, 1974a, p. 7.
89 E. Birley, 1969. La formule « l’empereur africain » montre que les changements de vocabulaire ne suivent que de loin les évolutions des recherches puisque l’origine provinciale n’est plus perçue aujourd’hui comme un fait identitaire décisif.
90 Voir la synthèse de A. R. Birley, 1971, p. 2.
91 Sur les discussions et les objections respectives voir le bilan mesuré de F. Jacques dans F. Jacques et J. Scheid, 1990, p. 346.
92 H.-G. Pflaum, 1968, p. 369 tend à durcir l’opposition, dans un domaine il est vrai particulier, celui des responsabilités en matière financière.
93 Voir par exemple B. Dobson, 1979, p. 191-204. Il serait injuste de ne pas citer G. Forni, 1953 qui avait dès cette époque fortement nuancé la question du recrutement italien.
94 C’est l’idée émise dans H.-G. Pflaum, 1958, p. 5 [183]. H.-G. Pflaum, 1969, p. 96, parle plus justement de recrutement « italique et occidental, toujours urbain ». L’encadrement à tous les niveaux de la hiérarchie fut constitué d’éléments romanisés jusqu’au IIIe siècle. À la suite de A. von Domaszewski, H.-G. Pflaum était sensible à l’idée du maintien du caractère romain de l’armée comme facteur de cohésion et de solidité.
95 B. Dobson, 1979, montre la complexité des données selon les rangs et les carrières à la suite, entre autres, de suggestions de E. Birley.
96 Voir J. B. Campbell, 1975, p. 11. Voir également B. Dobson, 1979, p. 192-196, qui nuance la notion de uir militaris sans la rejeter totalement et assouplit l’idée que, dès le vigintivirat, les jeux étaient faits bien qu’il ne renonce pas à l’idée d’une hiérarchie, fondée socialement, entre les quatre collèges.
97 Malgré B. Dobson, 1979, p. 192.
98 J. B. Campbell, 1987.
99 Cette affirmation est déjà à la base de la Rangordnung d’A. von Domaszewski.
100 Voir le bilan de B. Dobson, 1979, p. 200-204 particulièrement.
101 Y. Le Bohec (dir.), 1995, p. 11-14.
102 M. P. Speidel, 1992 ; R. Alston, 1994.
103 Faute de données globales décisives, ce thème est sujet à débat permanent : il n’y a pas d’échelle comparable à celle des postes procuratoriens dont le modèle n’est sans doute pas totalement pertinent pour les soldes des gradés et sous-officiers.
104 P. Cosme, 2003. On notera cependant que B. Dobson, 1979, p. 201-202, jugeait fragiles les bases documentaires sur lesquelles repose l’attribution du rôle de l’ab epistulis dans la gestion des carrières des officiers.
105 Les documents relatifs à l’époque républicaine parlent de frumentum duplex : N. B. Rankov, 2007, a proposé cette interprétation convaincante pour la période républicaine : je le remercie vivement de m’avoir généreusement communiqué le texte sur épreuves avant publication.
106 P. Arnaud, 1995.
107 Y. Le Bohec (dir.), 1995, p. 13.
108 On citera ici seulement l’œuvre essentielle du regretté H. Devijver, 1976-1993, qui doit être complétée par les découvertes et réinterprétations régulières de documents depuis plus de dix ans.
109 J. Nelis-Clément, 2000.
110 Il considérait le livre de J. Lesquier, 1918, comme un modèle.
111 Par exemple, P. Le Roux, 1972 [= infra chap. XVII].
112 Voir par exemple l’intéressant travail de B. Rossignol, 2003.
113 Depuis une vingtaine d’années, la bibliographie (trop imposante pour être citée ici) montre que les représentations funéraires, les liens entre militaires et civils, les pratiques propres aux soldats, reflet des valeurs partagées par les armées orientent de plus en plus les enquêtes et constituent un des socles du renouvellement des études d’histoire militaire romaine. Pour un bilan succinct sur les armées du Haut-Empire : P. Le Roux, 2003 [1998b], p. 375-424.
114 C’était l’une des orientations les plus convaincantes de l’ouvrage de A. von Domaszewski. On peut citer récemment : R. Haensch, 1997, passim ; N. B. Rankov, 1999 ; J. Nelis-clément, 2000, en particulier p. 113-126, 211-217, 223-226 ; R. Haensch, 1995.
115 H.-G. Pflaum, 1950, p. 107-109.
116 Ibid., p. 109. C’est encore l’insuffisance des forces disponibles que retient M. Sartre, 1991, p. 48-49.
117 E. N. Luttwak, 1976 [traduction française 1987, sous le titre La grande stratégie de l’Empire romain]. L’auteur tourne le dos à la conception clausewitzienne de la guerre et met en exergue la nécessité d’une stratégie défensive fondée sur l’état de guerre permanent et le fait de savoir montrer sa force au lieu de s’en servir à la recherche d’une victoire décisive.
118 Pour une révision de la notion de limes et son utilisation dans les sources antiques : B. Isaac, 1988, p. 125-147. Pour une nouvelle conception des questions stratégiques : B. Isaac, 1990, qui n’a pas convaincu les tenants de la défensive. Pour une redéfinition des frontières et de leur signification : C. R. Whittaker, 1989 [version anglaise : Frontiers of the roman Empire. A social and economic study, Baltimore-Londres, 1994]. Sur l’émergence du limes comme large zone frontalière régionale au IIIe siècle, notamment en Afrique : Y. Le Bohec, 1991.
119 En simplifiant à l’extrême, on dira que le travail de révision en cours s’appuie en grande partie sur l’expression virgilienne d’imperium sine fine ou « contrôle impérial romain sans borne » dont la charge idéologique n’est pas niable, mais aussi sur l’analyse des secteurs régionaux et de la diversité des situations observées.
120 Voir en particulier S. P. Mattern, 1999, p. 82-84 : selon les auteurs on observe une variation non négligeable de 350 000 à 450 000 hommes. Dans ce débat, la question de l’augmentation des effectifs sous Dioclétien n’est pas absente des hypothèses.
121 S. P. Mattern, 1999, p. 162-210 en particulier, même si on peut émettre quelques réserves sur l’éclairage méthodologique privilégiant exclusivement les représentations et le discours.
122 La formule achève l’article H.-G. Pflaum, 1958, p. 17 [195]. Il nous répétait encore en 1979 que la recherche demandait qu’on y sacrifiât tout son temps.
123 Plutôt que sur la « modernité » de ses conceptions sur l’Empire et l’état romains, j’insisterais sur la « modernité » de sa méthode de recherche qui décloisonnait et déconstruisait les documents pour promouvoir une approche « sérielle » (voir supra note 31) d’où la dimension sociale ne devait pas être absente.
124 En historien rompu à la recherche la plus exigeante, H.-G. Pflaum ne souhaitait pas que ses élèves prolongent purement et simplement ce qu’il avait assis : « utere felix ! », écrivait-il volontiers en dédicace. Il pensait que les bonnes méthodes restent et que les conclusions, provisoires, étaient faites pour inciter à aller de l’avant.
125 H.-G. Pflaum, 1974b, p. 135.
Notes de fin
* Paru dans dans S. Demougin, X. Loriot, P. Cosme et S. Lefebvre (dir.), H.-G. Pflaum, un historien du XXe siècle, Genève, Droz, 2006, p. 157-187.
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