La chute de Guillaume de Longchamp (1191) ou la rumeur instrumentalisée
p. 195-212
Texte intégral
« Il n’y a rien de pire qu’un homme de basse extraction – humilis – qui monte dans l’échelle sociale, car pris de peur, il s’attaque à tout le monde, se déchaîne contre tous pour faire croire qu’il possède le pouvoir. Aucun fauve n’est plus féroce qu’un serf lâché contre des hommes libres – terga libera1. »
1Ces vers du poète Claudien, écrits en 399 pour stigmatiser l’influence néfaste d’Eutrope, ancien esclave élevé au rang de « praepositus sacri cubiculi » sous l’empereur d’Orient Arcadius (395-408)2, se retrouvent, au XIIe siècle, notamment sous la plume de deux membres de l’aristocratie anglaise, Giraud de Barri et Gautier Map. Alors que Giraud applique les vers au chancelier de Richard Ier, Guillaume de Longchamp3, Map cite Claudien en conclusion de réflexions d’ordre plus général sur un phénomène sociétal d’ampleur grandissante sous les Plantagenêt, la mobilité sociale, opposée à la conception d’une société plutôt statique où chacun gardait la place assignée dès la naissance. L’auteur, attaché à l’ordre ancien, se souvient d’un entretien avec Renouf de Glanville, grand justicier (1180-1189) d’Henri II, où il déplora, entre autres, le dédain qu’affichent les aristocrates pour les études, qui leur reviennent pourtant de droit, alors que les fils de serfs y voient un moyen de promotion sociale et risquent ainsi de devenir des instruments de pouvoir dangereux entre les mains des puissants4.
2Le passage de Claudien pourrait servir d’épigraphe aux observations qui suivent et qui cherchent à mettre en perspective les raisons de la chute du chancelier Guillaume de Longchamp, grand justicier d’Angleterre et légat pontifical. En effet, à en croire Guillaume de Newburgh, les premières réactions de colère (« succensebant ») à la décision de Richard Ier de confier, avant de partir en croisade, le sort du royaume à Guillaume de Longchamp émanaient des milieux de l’aristocratie, pour deux raisons. Le bénéficiaire du choix royal était un étranger (« homini peregrino »), mal né (« obscuri nominis »), qui n’avait pas fait ses preuves (« minus probatae vel fidei vel industriae ») et cet homme avait évincé ceux à qui aurait dû revenir le droit de gérer les affaires pendant l’absence du roi, les gens bien nés (« absque consilio et voluntate optimatum »). D’emblée, le ton était donc donné pour stigmatiser l’« humilis », par surcroît fils de traîtres, d’après Henri II5. Accorder les pleins pouvoirs à quelqu’un d’origine obscure ne pouvait qu’aboutir à un régime arbitraire, voire tyrannique, au détriment des « terga libera ». Si on résume par le terme rumeur l’expression de la colère des aristocrates, on devine par quel canal passera le jugement de l’action future de Longchamp et comment sera définie la position du chancelier parmi les dirigeants du royaume. Pendant près de deux ans (1189-1191), Longchamp, par une série d’erreurs politiques, contribuera à confirmer la rumeur négative à son égard, jusqu’à ce qu’elle devienne l’instrument d’une haine personnelle vouée à sa ruine. En analysant trois étapes du parcours fatal au représentant du roi, nous espérons pouvoir vérifier la pertinence de cette première approche de la rumeur.
3Fils d’Hugues de Longchamp († 1187), forestier de Conches, tenant d’un fief dans la forêt de Dean et apparenté à la branche anglaise des Lacy6, Guillaume de Longchamp a fait des études à Paris et probablement aussi à Bologne. Revêtu du titre de « magister », il nous a laissé un traité (incomplet) de droit, Practica legum et decretorum7. Sa formation terminée, il pouvait aspirer à une place auprès d’un prince ou d’un prélat, où on raffolait des diplômés de Bologne, comme le rappelle Nigel de Longchamp dans sa diatribe contre les clercs de cour8. Dans les années 80, nous trouvons Guillaume effectivement comme official de Geoffroi Plantagenêt, fils naturel d’Henri II, chancelier (officiel) de son père (1181-1189) et archidiacre de Rouen. Vers la fin du règne d’Henri II, Guillaume, « pauper inopsque », rejoint Richard, comte de Poitou, qui en fait son chancelier9.
4Dès le couronnement de Richard Ier, les événements se sont précipités. Pressé de partir pour la Palestine, le nouveau roi désirait régler au plus vite les questions en suspens pour s’assurer du bon fonctionnement de la régence pendant son absence. Ainsi, à peine couronné (13/09/1189), le roi nomma Guillaume de Longchamp chancelier d’Angleterre, contre le paiement de 3 000 £, et le fit élire évêque du riche diocèse d’Ely, le 15 (ou le 16) septembre 118910. Après la démission (forcée ?) du grand justicier Renouf de Glanville11, Richard le remplaça par deux membres de la haute noblesse, Guillaume de Mandeville, comte d’Essex (par héritage) et comte d’Aumale (par mariage), et Hugues du Puiset, l’un des plus puissants personnages du royaume, évêque de Durham depuis 35 ans, descendant de Guillaume le Conquérant par sa grand-mère maternelle Adèle et apparenté à la famille des comtes de Blois par sa mère Agnès, sœur du roi Étienne de Blois. Quatre justiciers associés devaient seconder Guillaume et Hugues dans leur tâche12.
5En mission en France (novembre 1189), Guillaume de Mandeville décéda cependant à Gisors, ce qui amena le roi, avant de traverser la Manche en décembre 1189, à confier l’administration de l’Angleterre à son chancelier13. À peine Richard avait-il quitté le royaume que les premières difficultés surgirent. Hugues du Puiset, en charge, entre autres, du château, de la forêt et du comté de Windsor et établi dans le sud de l’Angleterre pour mieux remplir ses fonctions de grand justicier, rejetait effectivement l’autorité de Longchamp, tout comme ce dernier refusait de se soumettre aux choix de son collègue, les deux prélats luttant pour la suprématie. Le pouvoir exclut tout partage, note sobrement Gautier de Coventry, en citant Lucain14.
6Les dissensions, de mauvais augure, entre le membre de la haute noblesse et l’homme imposé par le roi obligèrent Richard à revoir ses dispositions. En mars 1190, il convoqua donc en Normandie, à Nonancourt, sa mère, son frère Jean, comte de Mortain, son demi-frère Geoffroi, élu d’York, plusieurs évêques, dont Hugues du Puiset et Guillaume de Longchamp, et Alice, la sœur de Philippe Auguste. Si les fiançailles du roi avec Alice ont pu être à l’ordre du jour de ce conseil, comme la présence des nombreux prélats semble le suggérer, Richard profita de l’occasion pour réorganiser l’administration de l’Angleterre : le chancelier devint grand justicier (« summus justitiarius »), alors qu’Hugues du Puiset vit sa charge confinée au nord de l’Angleterre, comprenant le territoire entre le fleuve Humber et la frontière écossaise15. Quant à Jean et à Geoffroi, ils durent s’engager sous serment à ne pas mettre les pieds en Angleterre pendant trois ans, sans l’autorisation du roi, même si Richard, sur les instances de la reine, accepta peu après de relever son frère Jean du serment16. Non content d’avoir promu l’évêque d’Ely au rang de grand justicier, le roi intervint par la suite auprès de Clément III pour le faire également nommer légat pontifical (05-06-1190), contre la somme de 1 500 marcs d’argent. Guillaume de Newburgh voit dans cette ascension fulgurante l’œuvre d’un homme, Longchamp, singulièrement pourvu de ruse et d’audace. « Rex et sacerdos », de la race de ceux dont les princes ne peuvent se passer, estime encore Nigel de Longchamp à propos de la carrière de ce fils de forestier17.
7Longchamp, sans véritable contre-pouvoir en l’absence du roi, des archevêques de Cantorbéry (en croisade) et d’York (retenu en France dans l’attente de sa consécration) et seul dans la plénitude de ses attributions, ne semble guère avoir respecté l’accord passé en Normandie. Réconforté dans l’idée qu’il se faisait de son rang, il ne tarda pas à s’attaquer de nouveau à son rival Hugues du Puiset, avant même de consolider sans ménagement son propre pouvoir18. L’évêque de Durham, chassé de l’Échiquier à son retour19, rencontre le chancelier à Blyth, près de Lincoln, pour lui présenter sa lettre de nomination comme grand justicier du Nord. Le chancelier, faisant mine de vouloir se conformer à la décision du roi, tend un piège à Hugues : il l’arrête à Tickhill et l’emmène jusqu’à Londres, où il le force à renoncer au comté de Northumberland et aux châteaux sous son contrôle, dont Windsor, et l’oblige, en plus, à donner des otages en tant que gages de sa fidélité à Richard. Enfin libéré, Hugues se retira à Howden, son manoir, au sud-est d’York, où au bout de quelques jours, il vit arriver, à la tête d’une troupe en armes, le frère du chancelier, Osbert, nommé « sheriff » du comté d’York, avec l’ordre d’interdire à Hugues de regagner Durham. En fin de compte, contre la promesse de ne pas quitter les lieux sans l’autorisation du roi ou celle du chancelier, l’évêque fut assigné à résidence20. Encore à Marseille, Richard, ayant reçu les plaintes d’Hugues du Puiset, ordonna, « iratus », par écrit la réparation de tous les torts21. Nous ne savons pas si l’ordre fut suivi d’effet mais la conduite du chancelier avait de quoi renforcer les commentaires hostiles, comme le montrera la suite22.
8Son rival apparemment neutralisé, Guillaume était encore loin d’avoir les mains libres, car sur sa route se trouvait Jean, comte de Mortain, à qui Richard avait confié de nombreux comtés anglais au point de faire dire aux gens (« privatim et publice predicabatur » – rumeur !) que le roi n’envisageait plus de revenir23. Personnage puissant, versatile, successeur potentiel au cas où un malheur arriverait au roi pendant la croisade, Jean, qualifié de tétrarque par Guillaume de Newburgh24, pouvait constituer une réelle menace pour la position du chancelier. Ce dernier, afin de régler la question successorale conformément à ses propres intérêts, tentait alors d’actualiser par anticipation une clause du traité de Messine, conclu en octobre 1190 entre Richard et le roi Tancrède (1190-1194), qui stipulait notamment que succéderait au roi anglais son neveu Arthur, né en 1187, au cas où Richard mourrait sans enfants. Le chancelier entama, par l’intermédiaire de ses deux frères, des négociations avec le roi d’Écosse, Guillaume Ier (1165-1214), dans l’intention d’entraver les plans de Jean. Compte tenu du très jeune âge d’Arthur, Guillaume de Longchamp aurait eu de la marge pour garder le pouvoir un bon moment, « [...] ut [...] longi sibi temporis potestatem pararet25 ». Mais les tractations s’étant ébruitées (« mysterium [...] occultis tractatum susurriis non diu latuit Johannem »), Jean profita de la rumeur pour accroître le nombre de ses partisans, tout en dissimulant sa rancœur26.
9Par ailleurs, une grave crise entre le chancelier, le comte de Mortain et plusieurs grands semble être à l’origine d’une nouvelle missive de protestation à l’adresse du roi, contre le régime de plus en plus pesant imposé au royaume par Longchamp27. Richard, encore à Messine, se décida alors à envoyer en Angleterre, en février 1191, l’archevêque de Rouen, Gautier de Coutances, muni d’une lettre où le roi ordonnait à Longchamp de considérer désormais l’archevêque comme un collègue d’égale compétence pour la conduite des affaires, de tenir compte de son avis ainsi que de celui des justiciers associés28. D’après les Gesta, Richard aurait exigé en plus la déposition du chancelier et son remplacement par Gautier au cas où les graves accusations portées contre lui se vérifieraient29. Mais Longchamp ne fit aucun cas du message royal, puisqu’à ses yeux, une lettre obtenue de manière frauduleuse, « simple suite de sons », ne pouvait exprimer les véritables intentions du roi, que lui seul prétendait connaître. Il empêcha Gautier, en le menaçant, de se rendre à Cantorbéry en vue de régler, conformément à la volonté du roi, la succession de l’archevêque Baudouin, décédé en Palestine (1190). En fin de compte, Gautier de Coutances se vit condamné à l’oisiveté. Victoire à la Pyrrhus, car la rumeur, travail de sape du prince Jean après l’ébruitement des tractations avec l’Écosse (« auctore maxime atque incentore [...] Johanne30 »), allait porter ses fruits.
10En effet, le comte de Mortain ne croyant plus guère au retour du roi, comme d’ailleurs Longchamp et la plupart des gens (« cum fere nullus reditum ejus speraret »31), les rapports entre Jean et le chancelier allaient se dégradant. En dépit des appels à la loyauté envoyés par Richard à son frère, des représentants influents du clergé et du monde laïc envoyaient de petits messages non officiels (« mittuntur privatim brevia per barones cleri et populi ») pour mobiliser tout un chacun contre le chancelier (« sollicitantur animi singulorum in cancellarium »32). Alors que les chevaliers penchaient, certes en cachette, pour le prince Jean, le clergé, plus circonspect, n’osait se déclarer pour l’un ou pour l’autre des deux protagonistes et le chancelier se refusait à croire que quelqu’un pouvait manigancer contre lui, jusqu’au moment où Gérard de Camville, en garde du château royal de Lincoln, prêta serment au comte de Mortain33.
11Camville, né dans une famille d’origine normande bien implantée en Angleterre, figure régulièrement, à partir de 1174, parmi les témoins des chartes d’Henri II. Châtelain de Lincoln par son mariage, Gérard fut confirmé par le nouveau roi dans ses possessions ainsi que dans sa fonction de « sheriff » du Lincolnshire, contre le paiement de 700 marcs34. D’après Richard de Devizes, Longchamp décida de punir Camville pour offense envers la couronne, simple prétexte pour Newburgh, qui estime que le chancelier voulait aussi s’assurer la garde du château de Lincoln qui lui avait échappé jusqu’alors. Il releva Camville de sa fonction de « sheriff », le remplaça par un de ses partisans et mit le siège devant Lincoln35.
12En représailles, Jean s’empara des châteaux royaux de Nottingham et de Tickhill et exigea la levée du siège de Lincoln, ajoutant, allusion à la lâcheté des défenseurs des deux châteaux conquis, qu’il était inconcevable de retirer la garde de châteaux à des hommes loyaux, libres et connus du royaume pour la confier ensuite à des étrangers inconnus et incompétents, au grand dam du royaume de son frère36. S’érigeant ainsi en véritable défenseur des intérêts du royaume contre le chancelier, le comte de Mortain exploita à ses propres fins la rancœur toujours vivace parmi les aristocrates contre ces étrangers d’origine obscure qui leur damaient le pion.
13Les propos du comte ne manquèrent pas de produire l’effet souhaité. Conscient que les grands du royaume, peu fiables, l’exécraient, que même la plupart des nobles de son propre camp étaient du fond du cœur avec le prince royal, affaibli en plus par la mort de Clément III (10-04-1191), qui signifiait la fin de sa légation, le chancelier, « turbatus incredibiliter », recula et conclut un armistice, tout en affirmant que l’Angleterre, trop petite, ne pouvait accueillir à la fois deux hommes comme lui et le comte de Mortain et que, par conséquent, l’un devait s’effacer devant l’autre37. C’est grâce à la médiation de l’archevêque Gautier et des évêques de Bath, Coventry, Durham, Londres, Rochester et Winchester – tous liés d’une manière ou d’une autre à la cour d’Henri II38 – que les deux adversaires, après des rebondissements, firent la paix (Winchester, 28-07-1191), en présence de quatorze témoins assermentés de chaque côté. Le chancelier dut renoncer à son projet successoral concernant Arthur et s’engager, en cas de disparition du roi, à rendre les châteaux royaux dont il avait la garde à Jean, héritier légitime. De son côté, le comte de Mortain dut remettre Nottingham et Tickhill au roi, représenté par la personne de l’archevêque de Rouen, et Gérard de Camville retrouva la charge de « sheriff » et la garde du château de Lincoln, dans l’attente toutefois d’un jugement définitif devant la cour du roi39.
14Ce nouvel échec ne semble toutefois pas avoir fait douter le chancelier de sa toute-puissance, sinon, il ne se serait pas attaqué, toujours en 1191, au troisième personnage susceptible de porter ombrage à son pouvoir, Geoffroi Plantagenêt. Désigné comme futur archevêque d’York par Henri II sur son lit de mort, élu en août 1189 et confirmé par Richard en septembre de la même année, Geoffroi, au bout de longues tractations, fut consacré par l’archevêque de Tours, le 18 août 1191. Assurant que Richard, avant de poursuivre sa route vers Marseille, l’avait délié à Vézelay de son serment de rester sur le continent, le nouvel archevêque s’apprêta à gagner son diocèse, d’ailleurs avec l’accord de son demi-frère (18-09-1191). Devant le refus du prélat de jurer, à son arrivée, fidélité au roi et au chancelier, ce dernier, qualifié par Geoffroi de traître envers Richard, le royaume et sa propre personne – Longchamp avait occupé la charge d’official de Geoffroi, archidiacre de Rouen, et essayé plus tard de bloquer sa consécration40 –, fit arrêter et enfermer l’archevêque au château de Douvres, tenu par son beau-frère. Mettant en doute l’exactitude des affirmations de Geoffroi quant à l’autorisation de revenir, Longchamp, « infestissimus », voulait avant tout empêcher la collusion des deux frères41.
15La nouvelle de ce méfait (« fama » pour Guillaume de Newburgh et Giraud de Barri, « rumor » pour Richard de Devizes42) se répandit à travers l’Angleterre comme une traînée de poudre. Si les sources ne s’expriment guère sur les vecteurs de la nouvelle – Richard de Devizes évoque juste la suite de Geoffroi qui le suivait à distance43 –, elles insistent en revanche sur ses effets. Les grands s’emportent contre le chancelier, les gens plus modestes disent du mal de lui, tous vouent le tyran aux gémonies44. « Que périsse celui qui se hâte de tout anéantir, qu’on l’écrase pour qu’il n’écrase pas tout [...] », proclame publiquement le monde laïc d’un bout à l’autre de l’Angleterre45. Plus concrètement, Jean, impatient d’enfoncer le chancelier, exige vengeance, rassemble des troupes et accuse Longchamp d’avoir rompu leur accord conclu après l’affaire Camville46. Ni la libération de l’archevêque, due à la pression du comte de Mortain, des grands et des évêques, ni les justifications du chancelier niant toute implication dans les brutalités contre Geoffroi ne réussirent à calmer le jeu. L’épiscopat, qui considérait l’arrestation de l’archevêque comme une insulte à l’Église d’Angleterre, rappel douloureux des vexations subies par Becket, prônait la concertation avant de prendre des sanctions, alors que dans l’esprit du comte de Mortain, il fallait en finir avec les escarmouches et passer à l’action47, « casser les cornes du rhinocéros », pour citer Guillaume de Newburgh48. En accord avec les médiateurs des deux parties, Jean somma le chancelier de comparaître en justice pour répondre aux accusations portées contre lui et lui fixa rendez-vous à Loddon Bridge entre Windsor et Reading. Après avoir traité de haut les émissaires du comte, Longchamp, établi avec sa troupe d’amis et de chevaliers étrangers près de Windsor, se ravisa, vu le nombre des forces ennemies et la désertion de plusieurs grands de son propre entourage49.
16Craignant pour sa sécurité, le chancelier refuse de donner suite à la sommation, alors que ses adversaires, après avoir attendu en vain plusieurs jours, se retrouvent dans un pré à Loddon Bridge, où Geoffroi, devant les grands réunis, fait lire la lettre du roi qui lui accorde le droit de retourner en Angleterre, voire l’associe aux affaires du royaume. De son côté, Gautier de Coutances présente des documents royaux, rapportés de Messine, qui le confirment dans le rôle de grand justicier et il exige, au nom du roi, le remplacement de Longchamp50. Le chancelier, s’étant retranché à Windsor sous prétexte de se soigner, l’assemblée se rend à Reading, et au cours d’une messe, les évêques présents sanctionnent le forfait contre Geoffroi en frappant d’anathème les exécutants et les complices du crime, pour faire rejaillir la haine de tous sur le chancelier, d’après Richard de Devizes51.
17Un nouveau rendez-vous fixé au chancelier à Windsor ayant également échoué à cause du retrait précipité de Longchamp à Londres, l’assemblée de Reading se décide à suivre, avec une force armée, le chancelier, retranché dans la Tour de la ville face à l’hostilité des Londoniens, qui le traitaient d’agitateur et de traître, fruit de l’intense propagande de Geoffroi lors de son de passage à Londres après sa libération52. Accueillis, en revanche, chaleureusement par les habitants, les évêques et les grands se réunirent du 8 au 10 octobre 1191 dans la capitale, à la cathédrale Saint-Paul d’abord, sur un grand pré à l’est de la ville, le dernier jour53. Les discussions tournaient avant tout autour des torts subis par Hugues du Puiset et l’archevêque d’York, auxquels s’ajoutaient les plaintes des hommes associés à la conduite des affaires par la volonté du roi.
18Au bout de discussions serrées, le chancelier, pris par deux fois d’un malaise et voyant qu’il était en train de perdre la partie, accepta de quitter la Tour de Londres et de se présenter, au troisième jour, devant les grands, les évêques et les Londoniens réunis54. Obligé de suivre les débats, l’évêque d’Ely, tout en niant de nouveau son implication dans l’arrestation de Geoffroi, en défendant sa gestion et en protestant contre un procès jugé inéquitable, fut unanimement déclaré ennemi du roi et du royaume, démis de ses fonctions de chancelier et de grand justicier pour abus de pouvoir excessif et remplacé par l’archevêque de Rouen. Malgré l’interdiction de quitter l’Angleterre sans avoir rendu auparavant les châteaux dont il avait la garde, symboles de son pouvoir, il tenta de prendre la mer à Douvres, déguisé en colporteuse et oublieux des otages qu’il avait dû donner, dont ses frères Henri et Osbert. Découvert sur la plage dans l’attente d’un bateau et pris pour une prostituée ou un hermaphrodite, il fut roué de coups et emprisonné. Libéré au bout de quelques jours sur ordre de Gautier de Coutances, il put gagner le continent. Sans tarder, Longchamp dénonça dans des lettres au pape et au roi son expulsion dont il rendait responsables le comte de Mortain et ses partisans. Ces derniers, pas en reste, envoyèrent à Richard leur version de ce qui venait de se passer en Angleterre55.
19Célestin III, après des débats contradictoires menés à Rome par les envoyés des parties ennemies56, réagit en ordonnant, dans une lettre aux évêques anglais, l’excommunication du comte de Mortain et de ses partisans. Fort de cet appui du pape, le chancelier chargea l’évêque Hugues de Lincoln (1186-1200) de frapper d’anathème toutes les personnes figurant nommément sur une liste détaillée, dont Gautier de Coutances et les justiciers associés, mais pas le comte de Mortain (!) – injonction restée d’ailleurs sans effet. Un nom ressort de cette longue liste, celui d’Hugues de Nonant, évêque de Coventry, à frapper « specialiter et distincte » pour son rôle d’instigateur du soulèvement contre le chancelier57. Ce dernier avait-il raison d’en vouloir autant à son confrère ? À en croire Giraud de Barri, Hugues, aussitôt connu l’emprisonnement de l’archevêque d’York, s’est rendu auprès du prince Jean à Lancaster et le persuada, grâce à son éloquence, que cet acte criminel lui portait également préjudice. Il éveilla ainsi le désir de vengeance chez le comte de Mortain, qui, en route vers Marlborough et toujours sur le conseil d’Hugues de Nonant, invita à le rejoindre toutes les personnes ulcérées par l’énormité de l’outrage infligé à son demi-frère58. Il semble donc que ce soit l’évêque de Coventry qui ait conforté le comte de Mortain dans sa volonté de frapper un grand coup contre le chancelier.
20Sur sa lancée, Hugues, à Loddon Bridge, traduisit pour les nobles les lettres adressées par Richard Ier à Geoffroi Plantagenêt et à Gautier de Coutances. C’est lui qui, à Reading, expliqua au peuple les modalités de l’excommunication prononcée contre les coupables des violences, lui toujours qui, grâce à ses talents d’orateur, motiva les grands et les évêques indécis à poursuivre Guillaume de Longchamp jusqu’à Londres59. Par ses paroles, il enflamma les Londoniens et les grands contre le chancelier retranché dans la Tour au point que tous déclarèrent l’évêque d’Ely ennemi du roi et du royaume60. En compagnie des évêques de Lincoln, de Londres et de Winchester, il négocia à l’intérieur de la Tour avec un chancelier désireux d’éviter à tout prix le déshonneur d’une destitution. Il coupa court aux justifications de Longchamp et à ses arguments, jugés spécieux, effleurant au passage la question de la trahison des parents du chancelier et, de pair avec l’archevêque d’York, il empêcha le comte de Mortain de céder aux nombreuses promesses de Longchamp et de laisser partir le chancelier sans l’avoir déposé61. Enfin, comme pour donner l’estocade à l’adversaire honni, Hugues rédigea l’Epistola de dejectione Willelmi Eliensis episcopi, regis cancellarii, sorte de lettre ouverte aux générations futures sur l’ascension et la chute de Guillaume de Longchamp62.
21Si, pour être démis de ses fonctions par l’assemblée des grands, des évêques, voire des Londoniens, réunis en octobre 1191, le chancelier dut d’abord s’en prendre à lui-même, la mise en œuvre de sa chute semble être, en partie sinon en tout, le fruit de l’action de l’évêque de Coventry, qui a su mettre au service de ses propres fins des rancœurs accumulées depuis 1189. Grâce à la correspondance d’Arnoul de Lisieux (v. 1109-1182), nous pouvons nous faire une idée plus précise d’Hugues de Nonant, personnalité cultivée et éloquente63. Hugues, fils de la sœur d’Arnoul, fut pris en charge, dès son très jeune âge, par son oncle. Dans une lettre à Henri II, l’évêque décrit, en 1181, ses relations avec son neveu. On y apprend que bien que s’étant chargé de l’éducation et de la formation d’Hugues, bien que l’ayant doté de nombreuses et riches prébendes, Arnoul, en retour, n’a récolté qu’ingratitude, froideur et insatiable cupidité. Observateur à l’œil expert, Arnoul rappelle aussi au roi que pour Hugues, la fidélité n’a rien à voir avec des sentiments mais qu’elle est uniquement fonction de la cupidité ou inspirée par la déférence pour les puissants. Henri II pourra se servir d’Hugues, sans risque, pour n’importe quelle tâche, poursuit Arnoul, puisque le neveu n’osera tromper le roi et qu’il exécutera sans faille ce dont il sera chargé, toujours guidé par la crainte64.
22De son côté, Herbert de Bosham, dans son Catalogus eruditorum Thomae, compte Hugues de Nonant parmi ces jeunes clercs de l’entourage de Becket, doués et promis à une brillante carrière. Il voit en lui un guide avisé, un esprit prévoyant et un homme de détermination. D’abord exilé avec Becket, Hugues rentra en Angleterre en accord avec l’archevêque et réconcilié avec le roi, qui apprécia sa fiabilité et son application65. « [...] Anglorum regi Henrico secundo carus fuerat et familiaris [...] », écrit Giraud de Barri. En 1185, Hugues de Nonant fut promu au siège de Lichfield-Coventry et, en 1186, envoyé à Rome pour obtenir le sacre du prince Jean comme futur roi d’Irlande. Regagnant l’Angleterre, il débarqua la veille de Noël de la même année à Douvres, investi des pouvoirs d’un légat, en compagnie du cardinal Octavien, sans qu’on sache si ce sacre a vraiment eu lieu66.
23Après l’avènement de Richard Ier, Hugues s’est rangé, en tant que conseiller, du côté de Guillaume de Longchamp67. Rompu au jeu politique, il a sans doute suivi avec attention les décisions d’un chancelier dont il a su utiliser le pouvoir pour une action très contestée, l’installation, à Coventry, d’un chapitre de clercs séculiers à la place de l’ancienne communauté monastique (concile de Westminster, 13-10-1190)68. Mais les erreurs de Longchamp, tout particulièrement l’arrestation de l’archevêque d’York et la vague d’indignation qu’elle a soulevée, devaient changer la donne. Hugues de Nonant s’est rendu compte que la position du chancelier devenait intenable et qu’il valait mieux être dans le camp des vainqueurs. Avec son inconstance coutumière, « solita levitate », écrit Guillaume de Newburgh, Hughes lâcha le chancelier pour rallier le comte de Mortain et, comme pour se racheter, il se fit plus virulent que les autres ennemis de Longchamp, en paroles et en détermination69. D’où la haine particulière du chancelier à son égard.
24Cela dit, il se peut qu’au-delà de l’aspect opportuniste dans la volte-face de l’évêque de Coventry, il y eût des motivations plus profondes. Nous possédons une lettre de Pierre de Blois, rédigée après la chute du chancelier et adressée à Hugues de Nonant, « soi-disant évêque de Coventry et de Chester, autrefois son seigneur et ami ». Pierre nous y apprend qu’au départ, Hugues faisait partie du cercle des familiers du chancelier, qui, lui, désirait sceller un pacte basé sur l’amitié, alors que l’évêque de Coventry simulait simplement ses sentiments amicaux et s’attaquait en secret à un homme Innocent au moyen de sa langue séditieuse et impudente. Flagorneur et traître, jouant les serviteurs zélés, Hugues avait attendu hypocritement le moment opportun avant de pousser le chancelier dans l’abîme et se glorifiait en plus d’avoir abusé de l’imprudence d’une foule qu’il avait incitée à prendre les armes contre un homme sans armes. Au fond, estime Pierre, la famille d’Hugues de Nonant, où la méchanceté s’était transmise de la racine aux branches de l’arbre, a toujours su fomenter la discorde et l’ancien ami de diagnostiquer que la source de toutes ces intrigues transformées en haine n’était autre que la jalousie, mal endémique des milieux de la cour. Hugues l’a conçue, estime Pierre, le jour où il a dû se rendre à l’évidence que l’évêque d’Ely, en raison de ses mérites, avait été chargé par le roi d’administrer le royaume et non pas lui-même. D’où le chagrin, la colère, la méchanceté d’Hugues de Nonant70.
25Dans une lettre au chancelier déchu, Pierre de Blois71 a tenté de remonter le moral de Guillaume de Longchamp, en rappelant à l’évêque d’Ely qu’avant son départ pour la Palestine, il l’avait bien mis en garde contre ses rivaux jaloux, dont Hugues de Nonant. Pierre qualifie l’évêque de Coventry de fils de perdition, de lugubre fils de damnation, de menteur à la langue de sirène, de flagorneur et de parjure. Pourtant, à en croire Pierre, Longchamp, au comble de sa gloire, ne s’était guère soucié de savoir qui figurait parmi ses vrais amis et s’était par conséquent trompé sur la personne d’Hugues de Nonant, détracteur par nature. Cela dit, Pierre exhorte le chancelier à garder patience, à se montrer dorénavant plus circonspect dans le choix de ses amis et il se dit convaincu que le roi, à son retour, rétablira Longchamp dans ses anciennes fonctions et que les ennemis connaîtront leur châtiment mérité. Malheureusement pour l’évêque d’Ely, cette prédiction ne s’est pas réalisée.
26Si Guillaume figurait parmi les négociateurs en vue de la libération du roi, dont il assistait au second couronnement (1194), s’il continuait à exercer les fonctions de chancelier – « fidelissimus cancellarius noster », écrit Richard en avril 119372 –, le roi n’est jamais revenu sur la décision des barons et des évêques rassemblés à Londres en octobre 1191. On serait même tenté de dire qu’il a conseillé à Longchamp de faire plutôt profil bas. Envoyé en Angleterre lors des tractations entre l’empereur Henri VI et Richard (1193), le chancelier, s’arrêtant à Saint Alban’s (au nord de Londres) parce que rejeté par les Londoniens73, tentait d’abord de rassurer ses interlocuteurs, la reine, Guillaume de Coutances et les justiciers. Il se présentait comme simple évêque, voire comme hôte, non pas comme habitant, encore moins comme grand justicier, légat ou chancelier74. Pourtant, ne pouvant s’empêcher d’ordonner la confiscation des maisons londoniennes que possédait Hugues de Nonant, il souleva une vague de protestation et le roi dut le rappeler aussitôt75. D’autre part, Richard semble avoir respecté le vœu du concile de Westminster qui avait demandé (février 1194) au pape de relever Guillaume de Longchamp de ses fonctions de légat, vœu suivi d’effet, puisque Célestin III transmit, le 18 mars 1195, les compétences de légat à Hubert Walter, nouvel archevêque de Cantorbéry76. Allant plus loin dans l’apaisement, Richard réussit, au moins formellement, à réconcilier le chancelier et l’archevêque d’York (24 avril 1194) et à mettre ainsi un terme à leur vieux litige, né de la capture de Geoffroi et de la destitution de Longchamp, ce dernier affirmant sous serment n’avoir ni ordonné ni voulu l’arrestation de l’archevêque77.
27Cela dit, l’évêque d’Ely gardait la confiance du roi et reçut en échange de ses services la charge de « sheriff » des comtés d’Essex et de Hertford78. Cette implication dans les affaires du siècle, contraire d’ailleurs au canon 12 du concile de Latran III (1179), faisait dire à Guillaume de Newburgh que le chancelier se souciait plus des avantages matériels liés à sa charge d’évêque que du côté pastoral de sa fonction79. Un écho de ce reproche se trouve chez Nigel de Longchamp80 ; le nombre réduit des actes de l’évêque d’Ely qui nous sont parvenus confirme ce constat81. Envoyé à Rome pour régler un différend entre le « Pilate de Rouen », Gautier de Coutances, et le roi82, le chancelier tomba malade à Poitiers, où il mourut en 1197. La population anglaise, qui avait déjà favorablement accueilli la destitution de Longchamp en 119183, s’est sentie soulagée après ce décès, au dire de Newburgh. « Laetata est Anglia in morte ejus », écrit l’historien, « quia incubuerat timor ejus super illam84. » La grande influence du chancelier auprès du roi était connue de tous – cette familiarité avait même incité Raoul de Diceto, dans une lettre à Longchamp, à évoquer la figure d’Alcuin, meilleur conseiller de Charlemagne85 – et personne ne doutait que l’évêque d’Ely avait gardé en mémoire sa destitution honteuse et qu’il en voulait toujours au pays qui l’avait « craché comme une sécrétion pestilentielle86 ». La chute de Longchamp a par ailleurs laissé des traces dans la poésie contemporaine, où on lui reprochait notamment l’incarcération de l’archevêque d’York87, et dans un passage des Distinctiones monasticae, repris par la Clavis Melitonis, où Guillaume de Longchamp figure, comme exemple à ne pas suivre, dans une série d’interprétations allégoriques du mot pied (« pes »)88.
28Quant à Hugues de Nonant, il connut de graves problèmes dès la libération du roi. Il fut cité par écrit devant la cour, en tant qu’évêque et en tant que « sheriff » des comtés de Leicester, Stafford et Warwick, pour répondre aux accusations portées contre lui. Le 31 mars 1194, au deuxième jour du concile convoqué à Nottingham, Richard exigea de l’assemblée de juger son frère Jean et Hugues de Nonant pour trahison et entente avec Philippe Auguste, ennemi du royaume d’Angleterre, et accorda aux accusés, réfugiés en France, un délai de 40 jours pour se présenter89. Un an plus tard, l’évêque de Coventry obtint le pardon du roi et récupéra les temporalia de son évêché contre le paiement de 5 000 marcs d’argent90. Ceci étant, un montant moindre, 2 000 marcs, continua de figurer dans les Pipe Rolls, même au-delà de la mort de l’évêque, « pro habenda gratia et benivolentia domini regis », moyen de faire pression sur Hugues de Nonant91.
29Dans son Speculum Ecclesiae, Giraud de Barri évoque le dernier hiver (1197-1198) de l’évêque de Coventry, tombé malade en Normandie. Il parle de ses veillées, ses jeûnes, des châtiments qu’il s’imposait, des aumônes distribuées aux indigents. Nous apprenons que l’évêque fustigeait tout spécialement sa bouche, coupable, de son propre aveu, de mensonges, de dénigrements, de palabres oiseuses, mais aussi source de plaisirs esthétiques grâce à son éloquence envoûtante92. Hugues, esprit tourné vers le siècle, au dire de Giraud de Barri93, mais repenti, mourut en mars 1198, à l’abbaye du Bec, après avoir obtenu de l’abbé l’autorisation de prendre l’habit bénédictin, pour réparer ainsi le tort qu’il avait fait aux moines de sa cathédrale94.
30C’est par sa bouche qu’Hugues de Nonant a finalement ruiné, en octobre 1191, la carrière de Guillaume de Longchamp, en martelant le slogan : « Nolumus hunc regnare super nos95 ». Lorsqu’on accepte l’idée que dire c’est faire, on conviendra, d’un point de vue linguistique, que par son slogan, Hugues a réalisé un acte de langage illocutoire, c’est-à-dire qu’il a tenté d’agir sur ses interlocuteurs (l’assemblée de Londres), en choisissant une déclarative, moins abrupte, à la place d’une (possible) impérative, plus brutale (« Chassons ce personnage ! »). Nous avons donc affaire à un acte de langage indirect. En même temps, Hugues a effectué un acte de langage perlocutoire, puisque son énonciation a servi à des fins plus lointaines, en l’occurrence la destitution de l’évêque d’Ely. L’acte perlocutoire déborde le discours et fait intervenir des ressorts psychologiques (ou cognitifs), relevant ici des mécanismes de persuasion. Dépendant de la réaction du (ou des) interlocuteur(s), la perlocution comporte toujours un degré d’incertitude pour le locuteur. Dans notre cas, force est de constater qu’action et réaction se rejoignant, l’évêque de Coventry a pleinement réussi son discours, puisqu’il a fait tomber le chancelier96.
31Pour résumer, on retiendra que Guillaume de Longchamp a succombé à la rumeur, un condensé de bruits hostiles, de commentaires négatifs que les sources évoquent sans toujours préciser leur origine ou leur mode de propagation. Son ascension fulgurante a sans doute joué un mauvais tour au chancelier qui, par une série de fautes, a transformé cette rumeur en arme contre lui-même, maniée habilement par ses adversaires aristocrates. Investi des pleins pouvoirs temporels et spirituels, il s’est surestimé dès le départ – Hugues de Nonant parle de vertige destructeur97 –, se croyant autorisé à tout régenter à sa guise. Ceci l’a amené à sous-estimer les jalousies, les flatteries, les intrigues de son entourage et à oublier les rapports de force dans le royaume. Sinon, comment lui, l’étranger d’origine modeste, aurait-il pu se mesurer, d’égal à égal, avec Jean, fils de roi et fédérateur, à la longue, d’une aristocratie vindicative et confortée dans ses idées passéistes ? Son régime, ressenti comme autoritaire, ne semble pas non plus lui avoir attiré les sympathies des grands noms parmi les « curiales » d’Henri II, promus à la tête de différents évêchés et bénéficiaires, eux aussi, de la nouvelle mobilité sociale. Aucun signe de solidarité donc avec la « belua »98, le « rhinoceros99 », le « trimembre monstrum100 », bref le « tyrannus101 », images sombres, fruits de la rumeur, qui ont abouti au rejet, par les groupes dirigeants du royaume, de ce personnage détesté, anglophobe en plus, à en croire un témoin oculaire, Giraud de Barri102. Qu’Hugues de Nonant ait exploité les déboires de Longchamp, qu’il ait mis son talent oratoire au service du camp adverse, sans états d’âme, pour éliminer celui dont il avait prétendu être l’ami mais auquel il n’avait jamais pardonné d’avoir obtenu la place qu’il convoitait lui-même, en dit long sur le cynisme du personnage et ne fait que confirmer le jugement d’Arnoul de Lisieux : « Chez lui [Hugues de Nonant], il n’y a pas de place pour les sentiments103. »
Notes de bas de page
1 Claudien, Carmina, J. B. Hall (éd.), Leipzig, 1985, p. 150 : « Asperius nihil est humili cum surgit in altum :/cuncta ferit dum cuncta timet, desaevit in omnes,/ut se posse putent, nec belua taetrior ulla/quam servi rabies in libera terga furentis. »
2 Eutrope, titulaire de ce poste entre 395 et 399, consul en 399, fut assassiné dans la même année, victime d’intrigues de cour. Der Neue Pauly. Enzyklopädie der Antike, 1998, IV, col. 323. Dans l’Empire d’Orient, le « praepositus sacri cubiculi » (maître chambrier) occupait la 9e place dans la hiérarchie des dignitaires, après les « praefecti praetorio », le préfet de Constantinople et les chefs militaires. Notitia Dignitatum, O. Seeck (éd.), Francfort, 1962 (rééd.), p. 143.
3 Giraud de Barri, De vita Galfridi archiepiscopi Eboracensis, J. S. Brewer (éd.), RS 21, Londres, 1873, IV, p. 398.
4 Gautier Map, De nugis curialium. Coutiers’Trifles, M. R. James (éd. et trad.), revu par C. N. L. Brooke, R. A. B. Mynors, Oxford, 1983, p. 12 : « [...] generosi parcium nostrarum aut dedignantur aut pigri sunt applicare litteris liberos suos [...]. Servi vero, quos vocamus rusticos, suos ignominiosos et degeneres in artibus eis indebitis enutrire contendunt [...]. Artes enim gladii sunt potentum [...]. » Pour la citation de Claudien, ibid., p. 14. À la page 422, Map exprime son total mépris pour les serfs : « Cum naturaliter oderit anima mea servos, hoc mihi placet in eis, quod circa finem et oportunitates edocent quantum amandi sunt. Proverbium Anglicum de servis est : [...] Canem suscipe compatrem, et altera manu baculum. » Sur les changements sociétaux sous les Plantegenêt, voir R. Turner, Men raised from the Dust. Administrative Service and Upward Mobility in Angevin England, Philadelphie, 1988.
5 Giraud de Barri, op. cit., p. 388. Pour les autres citations, Guillaume de Newburgh, Historia Rerum Anglicarum, R. Howlett (éd.), RS 82, Londres, 1884, I, p. 306-307.
6 Pour plus de détails, D. Balfour, « The Origins of the Longchamp Family », Medieval Prosopographie, 18 (1977), p. 73-92. Également Giraud de Barri, op. cit., p. 418. La forêt de Dean, au sud de Hereford, longe la rive droite du Severn, en amont de l’embouchure du fleuve. Pour mieux positionner le fief (1 chevalier) d’Hugues de Longchamp, rappelons, à titre de comparaison, qu’en 1166, Guillaume de Mandeville, comte d’Essex, possédait un fief de 110 chevaliers. Th. K. Keefe, Feudal Assessment and the Political Community under Henry II and His Sons, Berkeley/Los Angeles/Londres, 1983, p. 107. Sur la famille des Lacy dans le comté de Hereford, W. E. Wightman, The Lacy Family in England and Normandy 1066-1194, Oxford, 1966, p. 167, 194.
7 Pour les études de Guillaume, Nigel de Longchamp, Tractatus contra curiales et officiales clericos, A. Boutemy (éd.), Paris, 1959, p. 87-88. Boutemy estime par ailleurs que Nigel et Guillaume, malgré l’identité du nom « de Longo Campo », n’avaient pas de liens de parenté (ibid., p. 85-86). Le traité de Guillaume de Longchamp, conservé à Paris dans un seul manuscrit du XIIIe siècle et rédigé avant septembre 1189, fut édité par E. Caillemer, Le droit civil dans les provinces anglo-normandes au XIIe siècle, Paris, 1883, p. 50 sq. (« Incipit practica legum et decretorum edita a magistro Willelmo de Longo Campo »).
8 Nigel de Longchamp, op. cit., p. 158-159. Dans une lettre à Guillaume de Longchamp, Raoul de Diceto écrit : « Sicut a multis accepimus, cum a studiis liberalibus ad negocia pertransisses ecclesiastica, de familiaritate Ricardi ducis Aquitanorum ulteriore solus inter multos bravium reportasti, cancellariae nomen potestatisve nanciscens ». Opera Historica, W. Stubbs (éd.), RS 68, Londres, 1876, II, p. 177. Sur Raoul de Diceto, J. Gillingham, « Royal Newsletters and English Historians: Some Links between Court and History in the Reign of Richard I », La Cour Plantagenêt (1154-1204), M. Aurell (dir.), Poitiers, 2000, p. 178-179. Oxford Dictionary of National Biography [ODNB], 2004, XVI, p. 40-42. Henri II avait d’ailleurs à son service deux fois plus de « magistri », que les Capétiens. M. Aurell, L’Empire des Plantagenêt 1154-1224, Paris, 2003, p. 63.
9 Giraud de Barri, op. cit., p 387-388, 421 ; Richard de Devizes, Cronicon de Tempore Regis Richardi Primi, J. T. Appleby (éd.), Londres, 1963, p. 4.
10 Ibid., p. 4, 7. Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 300. Sur Newburgh et Devizes voir J. Gillingham, op. cit., p. 175, 179-185.
11 Richard de Devizes, op. cit., p. 5 ; Glanville, arrêté, puis libéré contre mille cinq cent livres, fut victime de « suspecta [...] de prioris domini [Henri II] familiaritate presumptio », alors qu’aux yeux de Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 302-303, le grand justicier a démissionné pour mésentente entre lui et Richard Ier. Également R. Mortimer, « The Family of Ranulf de Glanville », Bulletin of the Institute of Historical Research, 54 (1981), p. 12-13.
12 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 302-303. Gautier de Coventry, Memoriale Fratris Walteri de Coventria, W. Stubbs (éd.), RS 58, Londres 1872, I, p. 387-388. Richard de Devizes, op. cit., p. 10. Sur Mandeville, ODNB, VL, p. 407-408. Sur Hugues du Puiset, ibid., p. 526-529. Aurell, L’Empire, op. cit., p. 60-61.
13 Keefe, op. cit., p. 115. Richard de Devizes, op. cit., p. 10. Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 306, 331 : « [...] rex [...] Eliensi episcopo [...] vices suas in administratione regni commiserat [...]. »
14 Ibid., p. 303. Gautier de Coventry, op. cit., p. 388.
15 J. Gillingham, Richard I, New Haven/Londres, 1999, p. 126. Gesta regis Henrici secundi Benedicti abbatis [Gesta], W. Stubbs (éd.), RS 49, Londres, 1867, II, p. 106. L’ouvrage, longtemps attribué à Benoît de Peterborough, a pour auteur Roger de Howden. D. Corner, « The Gesta Regis Henrici Secundi and Chronica of Roger, Parson of Howden », Bulletin of the Institute of Historical Research, 56 (1983), p. 126-144. Gautier de Coventry, op. cit., p. 390.
16 Ibid., p. 390-391.
17 Ibid., p. 391. Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 331 : « Qui episcopus, cum esset audaciae astutiaeque paene singularis, gravi summa Romam transmissa vices quoque sedis Apostolicae petiit, et tali intercessione facile impetravit. » Gillingham, op. cit., p. 130. Nigellus de Longchamp, op. cit., p. 159, 199 : « Erat enim rex et sacerdos utroque accinctus gladio [...]. » La formule « rex et sacerdos » se trouve également chez Roger de Howden, Chronica, W. Stubbs (éd.), RS 51, Londres, 1869-1871, III, p. 142 et chez Roger de Wendover, Flores Historiarum, H. G. Hewlett (éd.), RS 84, Londres, 1886, I, p. 190. Turner, op. cit., p. 35-70, retrace l’ascension de Geoffroi Fils-Pierre, comte d’Essex († 1213), autre fils de forestier.
18 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 332-335.
19 Richard de Devizes, op. cit., p. 9-10.
20 L’auteur des Gesta, p. 109, mentionne Blyth et Londres, Richard de Devizes, op. cit., p. 12, parle de Tickhill (au nord-ouest de Lincoln) et Gautier de Coventry, op. cit., p. 393, de Southwell (au sud-ouest de Lincoln) comme lieu d’arrestation.
21 Le roi exigea que soient restitués à l’évêque de Durham le comté de Northumberland, le château de Newcastle upon Tyne et le manoir de Sadberge, appartenant à l’Église de Durham. Gesta, p. 109-110. Roger de Howden, op. cit., p. 38-39. Gautier de Coventry, op. cit., p. 393, 395.
22 Gesta, p. 212.
23 Richard de Devizes, op. cit., p. 6.
24 En plus de ses possessions normandes, le futur Jean sans Terre disposait en Angleterre, entre autres, des comtés de Cornwall, de Derby, de Devon, de Dorset, de Nottingham et de Somerset. ODNB, XXX, p. 159. Aux yeux de Guillaume de Newburgh, rédigeant son Historia en 1196-1197, « [...] haec [...] in fratrem [= Jean] immoderata atque improvida largitas, multa et gravia mala sequenti tempore peperit et profusum largitorem [Richard] profunda pœnitudine castigavit. Indulta enim Johanni tetrachia fecit eum ambire monarchiam : unde et factus est [...] fratri infidus, et ad ultimum [...] infestus », op. cit., p. 301-302. Sur le dilemme de Richard Ier – laisser Jean en Angleterre, richement doté, ou l’emmener en Palestine – Gillingham, op. cit., p. 119-120. Jean a effectivement trahi son frère après la capture de Richard par le duc d’Autriche (fin 1192), en faisant cause commune avec Philippe Auguste.
25 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 335.
26 Ibid., p. 336 : « Qui [= Jean] conceptum rancorem subtili pro tempore cautela dissimulans, suae parti quoscumque poterat prudenter allicere, artemque arte eludere studuit. » Gautier de Coventry, op. cit., p. 416. Raoul de Diceto, op. cit., p. 85-86. Sur Arthur de Bretagne, ODNB, II, p. 543-545.
27 Gautier de Coventry, op. cit., p. 432.
28 Roger de Wendover, op. cit., p. 203-204 ; Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 336.
29 Gesta, p. 158.
30 Gautier de Coventry, op. cit., p. 432. « [...] optime sibi [Longchamp] notam esse principis mentem, cui magis obtemperandum esset quam sine mente sonis [...] », écrit Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 336-337, à propos de la lettre royale. Giraud de Barri, op. cit., p. 399-401.
31 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 338. Richard de Devizes, op. cit., p. 29.
32 Ibid., p. 29-30.
33 Ibid.
34 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 337-338. Sur Gérard de Camville et son père Richard, ODNB, IX, p. 968-969. Alors que Richard de Devizes voit en Camville un « homo factiosus et fidei prodigus », op. cit., p. 30, Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 337, parle d’un « vir dives et nobilis ».
35 Ibid., p. 338 : « [...] nactusque occasionem, vel veram vel subornatam [...]. » Roger de Howden, op. cit., p. 134. Richard de Devizes, op. cit., p. 30.
36 Ibid., p. 31 : « [...] non decere legalibus hominibus regni notis et liberis custodias suas auferre, et advenis et ignotis committere [...]. »
37 Ibid., p. 31. Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 335, 338-339.
38 Gautier de Coutances, archevêque de Rouen (1184-1207), Réginald de Bohun, évêque de Bath (1174-1191), élu de Cantorbéry (†26/12/1191), Hugues de Nonant, évêque de Lichfield-Coventry (1185-1198), Richard Fils-Néel, évêque de Londres (1189-1198), Gilbert de Glanville, évêque de Rochester (1185-1214), Godefroi de Lucé, évêque de Winchester (1189-1204) : tous ces prélats, avant de diriger leurs diocèses, avaient effectivement rempli des tâches de « curiales » sous Henri II. En revanche, les rapports du roi avec Hugues du Puiset semblent avoir été beaucoup plus distants.
39 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 339. Roger de Howden, op. cit., p. 134-137. Gautier de Coventry, op. cit., p. 462-464, a repris le passage cité de Howden.
40 Richard de Devizes, op. cit., p. 39-40. Giraud de Barri, op. cit., p. 371, 374, 382, 384, 390. Giraud, ibid., p. 387-388, parle également de « perjurus ». Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 339-340.
41 Richard de Devizes, op. cit., p. 40. Giraud de Barri, op. cit., p. 387.
42 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 340. Giraud de Barri, op. cit., p. 393. Richard de Devizes, op. cit., p. 42.
43 Ibid., p. 42 : « [...] qui dominum suum secuti fuerant a longe, referentes et conquerentes [...]. »
44 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 341 : « Majores in cancellarium fremunt, minores eidem mala imprecantur, universi votis communibus tyrannum detestantur. »
45 Roger de Howden, op. cit., p. 144.
46 Ibid., p. 137. Richard de Devizes, op. cit., p. 45.
47 Ibid. Giraud de Barri, op. cit., p. 388-395 ; 397-398. Gervais de Cantorbéry, Opera Historica, W. Stubbs (éd.), RS 73, Londres, 1879, I, p. 504-507. Gautier de Coventry, op. cit., II (1873), p. 4. Richard de Devizes, op. cit., p. 45 : « Res in nugis hactenus actitata jam procedit ad certum [...]. »
48 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 341.
49 Richard de Devizes, op. cit., p. 45. Giraud de Barri, op. cit., p. 397. Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 341-342.
50 Giraud de Barri, op. cit., p. 398-400 : « ut [...] eum [Longchamp] tanquam inutilem regi et regno a potestate dejicerent [...]. »
51 Ibid., p. 401-402. Richard de Devizes, op. cit., p. 45: « [...] ut saltem in generali maledictione cancellarius omnibus invidiosus involveretur. »
52 Ibid., p. 46 : « Archiepiscopus [...] assiduis querelis et precibus commoverat omnes in illum [...]. » Giraud de Barri, op. cit., p. 404, pense que le chancelier aurait pu retourner la situation en sa faveur, s’il avait accepté de débattre à Windsor : « Sed fugit impius nemine persequente [...]. »
53 Gesta, p. 213-214. Giraud de Barri, op. cit., p. 404-405. Par ailleurs, Richard de Devizes, op. cit., p. 49, critique l’octroi, par les grands, d’une charte de commune aux Londoniens, décision que ni Henri II ni Richard n’auraient envisagée : « [...] communia est tumor plebis, timor regni, tepor sacerdotii. » Roger de Howden, op. cit., p. 141.
54 Giraud de Barri, op. cit., p. 405.
55 Richard de Devizes, op. cit., p. 51-54. Giraud de Barri, op. cit., p. 406-408, 410-413. « [...] sententia prodiit [...], ut ab utraque potestate, cancellarii scilicet et justitiarii, qua nimis enormiter abusus fuerat, exueretur [...] », écrit Giraud, p. 406. Gesta, p. 213-214. Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 343-344. Roger de Howden, op. cit., p. 145-147, 155.
56 Gesta, p. 241-245.
57 Roger de Howden, op. cit., p. 151-155. Gautier de Coventry, op. cit., p. 9. Giraud de Barri, op. cit., p. 414.
58 Giraud de Barri, op. cit., p. 394, 396.
59 Ibid., p. 399, 402-404.
60 Ibid., p. 405. Richard de Devizes, op. cit., p. 51.
61 Giraud de Barri, op. cit., p. 405-406.
62 Gesta, p. 215-220. Roger de Howden, op. cit., p. 141-147.
63 Giraud de Barri, op., cit., p. 394 ; Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 394.
64 Arnoul de Lisieux, The Letters of Arnulf de Lisieux, F. Barlow (éd.), Londres, 1939, p. 211-213 (ep. 138) ; également p. 201-203 (ep. 133, à Alexandre III, 1179) ; p. 215-216 (ep. 140, à Henri II, 1181). « Expertus sum quia fidem in eo [Hugues] non creat affectio, sed cupiditas aut superioris reverentia », écrit Arnoul, ep. 138, p. 212.
65 « [...] pro juventutis suae annis tunc in consiliis discretus [Hugues de Nonant], in agendis providus, et strenuus in exsequendis [...] a principe fidus repertus et strenuus, sive ab aula, sive ab ecclesia, nescio [...] », écrit Herbert de Bosham dans sa Vita de Becket, Materials for the History of Thomas Becket, J. C. Robertson et J. B. Sheppard (éd.), RS 67, Londres, 1877, III, p. 524-525.
66 Giraud de Barri, op. cit., p. 394. Aux yeux de Gervais de Cantorbéry, op. cit., p. 326, Hugues fut plutôt « intrusus ad regimen Cestrensis ecclesiae ». Également ODNB, XL, p. 991.
67 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 341, 396. Richard de Devizes, op. cit., p. 48.
68 Ibid., p. 394-396. L’auteur qualifie Hugues de « callidus, audax, inverecundus, ad ausus improbos literatura eloquentiaque instructus ». Richard de Devizes, op. cit., p. 13. ODNB, XXXIV, p. 382.
69 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 341, 396. Ni Hugues de Nonant, ni son confrère Réginald de Bohun, évêque de Bath, n’étaient seuls à se détourner du chancelier. Grâce à un hasard de la tradition manuscrite, nous savons ainsi que Giraud de Barri, « familiaris » du comte de Mortain (De rebus a se gestis, J. S. Brewer (éd.), RS 21, Londres, 1861, I, p. 86, a changé la dédicace de son Itinerarium Kambriae, J. F. Dimock (éd.), RS 21, Londres, 1868, VI, le destinataire de la première édition de l’ouvrage (1191), Guillaume de Longchamp, ayant cédé la place à Hubert Walter. Ibid., p. XXXV-XXXVII.
70 Il s’agit de la lettre 89 de Pierre de Blois, PL, 207, 278C-281B. Pour la traduction, E. Türk, Pierre de Blois. Ambitions et remords sous les Plantegenêts, Turnhout, 2006, p. 424-427.
71 Ibid., p. 418-423 (ep. 87).
72 Roger de Howden, op. cit., p. 209.
73 Giraud de Barri, De vita Galfridi, p. 415 : il ne fallait pas « souiller » la ville de Londres !
74 Roger de Howden, op. cit., p. 212: « Cancellarius [...] cum humilitate magna ad Sanctum Albanum accessit [...] asserens, quod nec ut justicia, nec ut legatus, nec ut cancellarius, sed ut simplex episcopus in Angliam venit; nec ut incola, sed ut hospes, immo tandem ut nuncius domini regis. »
75 Giraud de Barri, op. cit., p. 415-417.
76 Roger de Howden, op. cit., p. 237, 292.
77 Ibid., p. 250-251.
78 ODNB, XXXIV, p. 383.
79 L’auteur écrit, op. cit., II, p. 489-490: « [...] a paucis quidem episcopus ab omnibus vero cancellarius dicebatur, eo quod a tempore ordinationis suae longe magis palatio quam ecclesiae militaret [...] cancellarii officio strenue fungebatur: sacerdotio vero ita, ut expers sollicitudinis et oneris pastoralis tantummodo ad honorem et commoda episcopus esse videretur [...]. »
80 Nigel de Longchamp, op. cit., p. 188 sq.
81 EEA, XXXI, p. 162-217.
82 Ibid., p. 214. La lettre, datée du début de 1192, qui contient l’épithète méprisante fut reprise par Roger de Howden, op. cit., p. 155. Le différend concerne l’interdit jeté sur la Normandie. Gautier de Coventry, op. cit. p. 105.
83 Giraud de Barri, op. cit., p. 408.
84 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 490.
85 Raoul de Diceto, op. cit., p. 178.
86 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 490 : « [...] manifestum erat quod terrae quae illum evomuerat tanquam humorem pestiferum crebro machinaretur malum. »
87 Pierre de Blois, Carmina, C. Wollin (éd.), Turnhout, 1998, p. 517-525 (« carmen » 4.3 – « Discat cancellarius » –, faussement attribué à Pierre de Blois).
88 « Item pedes spirituales sunt timor et spes. Qui bene timet, et bene sperat, utrumque pedem sanum habet. Qui non habet hos pedes sanos, claudus est, qualis fuerit quondam quidam episcopus [Longchamp boitait. Roger de Howden, op. cit., p. 146.], qui in uno eodemque tempore legatus fuit Angliae et justiciarius ; sed utramque potestatem perdidit valde velociter, cum longa confusione. De illo episcopo quidam versus composuit tales : Anglia, terrarum quondam laetissima, luge,/Pressa caput pedibus presulis absque pede. » Spicilegium Solesmense, J. B. Pitra (éd.), Paris, 1855, II, Clavis Melitonis, p. 265-266. Il s’agit d’un texte pseudépigraphe, compilé à partir d’Augustin et de Grégoire le Grand notamment. Dictionnaire de Spiritualité, Paris, 1977, X, p. 990. Pour le passage, également Wollin, op. cit., p. 520.
89 Guillaume de Newburgh, op. cit., I, p. 396 : « [...] desperata eius [Richard] gratia [...] cauteriata comitante conscientia in Franciam concessit [Hugues]. » Roger de Howden, op. cit., p. 241-242.
90 Ibid., p. 287.
91 Par exemple, The Great Roll of the Pipe, Richard I, Michaelmas 1195, D. M. Stenton (éd.), Londres, 1929, p. 191: « Hugo episcopus Couentr’[blanc] MM m. pro habenda gratia et benevolentia domini R [egis]. » La même entrée se trouve encore dans The Great Roll of the Pipe, John, Michaelmas 1199, D. M. Stenton, Londres, 1933, p. 246. Également EEA, XVII, Coventry and Lichfield 1183-1208, M. J. Franklin (éd.), Oxford, 1998, p. xli.
92 Giraud de Barri, Speculum Ecclesiae, J. S. Brewer (éd.), RS 21, Londres, 1873, IV, p. 69: « [...] os proprium quotiens privatus extiterat ipse contundens et flagellans, quicquid ore deliquerat, vel mentiendo, vel detrahendo, vel otiosa verba loquendo, vel eloquentiae suae tam lepide suavissimo lepore delectando, totum hoc revera pœnitendo, deflendo, compungendo, propriaque manu percutiendo jugi flagello purgare curavit. »
93 Ibid., p. 71: « Vir enim iste [...] plurimum saecularitatis tam ante dignitatem cathedrae pontificalis adeptam quam postea quoque, sicut ferebatur et a multis credebatur, habuerat [...]. »
94 Roger de Wendover, op. cit., p. 274: « [...] cum magno ejulatu abbatem Becci, qui inter ceteros aderat, deprecans adjuravit, quotenus intuitu caritatis [...] habitum sibi concederet monachilem, ut illos haberet patronos in seculo futuro, quos persecutus fuerat in hoc mundo. »
95 Richard de Devizes, op. cit., p. 48.
96 Pour ce rapide développement linguistique, C. Kerbrat-Orecchioni, Les actes de langage dans le discours. Théorie et fonctionnement, Paris, 2001.
97 Roger de Howden, op. cit., p. 144.
98 Roger de Howden, op. cit., p. 72. Richard de Devizes, op. cit., p. 9. Giraud de Barri, De vita Galfridi, p. 403, 420, 422.
99 Guillaume de Newburgh, op. cit., p. 341.
100 Giraud de Barri, op. cit., p. 429.
101 Ibid., p. 409. Richard de Devizes, op. cit., p. 9. Roger de Howden, op. cit., p. 144.
102 Giraud de Barri, op. cit., p. 424, cite parmi les remarques méprisantes à l’égard des Anglais, « Anglicus fiam, si hoc fecero » ou « Pejor sim Anglico, si illud admisero. » L’auteur critique par ailleurs les nombreux « joculatores » et « cantores » appelés de France pour chanter la gloire du chancelier qui ignorait la langue anglaise. Également Roger de Howden, op. cit., p. 143, qui reproche par ailleurs, p. 146, au chancelier sa totale ignorance de l’anglais (« [...] linguam Anglicam prorsus ignorabat [...] »).
103 Arnoul de Lisieux, op. cit., p. 212 : « [...] fidem in eo non creat affectio [...] ».
Auteur
-
Egbert Türk
Université de Sarrebruck
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