Chapitre III. Une enclave aristocratique
p. 89-112
Texte intégral
1Jusqu’à présent, nous avons abordé la population enregistrée en prenant essentiellement en compte les origines, et les activités masculines. L’origine sociale des mères et l’origine géographique des femmes étrangères ne nous ont intéressées que pour expliquer la composition aristocratique et cosmopolite de l’échantillon des hommes. Pourtant, la femme apparaît, dans Le Figaro et dans Le Gaulois, comme un élément central de la vie mondaine. Lors des bals et des réceptions mixtes, elles sont présentes auprès de leurs époux. De plus, elles sont nommées à l’occasion de festivités exclusivement féminines : les matinées musicales, les réunions de poésies et les ventes de charité, par exemple, sont animées par d’élégantes dames du monde. Invitées dans la haute société, elles interviennent comme des agents dynamiques de la sociabilité parisienne. Maîtresses des maisons les plus distinguées, elles polarisent autour de leur personne des cercles mondains qui s’entrecroisent. Le rayonnement de certaines d’entre elles prend une dimension inégalée par les hommes. Les femmes conçoivent, reçoivent, sélectionnent, donnent le ton, font et défont les réputations. Dans ce chapitre, nous tenterons donc de redonner aux femmes la place centrale qu’elles occupent dans le champ mondain. Dans un premier temps, nous aborderons la place des femmes dans la société élégante. Il s’agit de saisir en quoi leur rayonnement mondain résulte de leur éducation et de la qualité des alliances qu’elles contractent. Puis, nous étudierons les comportements des jeunes aristocrates face à l’union légitime, afin de déterminer en quoi le mariage constitue un impératif social dans la haute société. Enfin, nous mettrons en rapport les profils sociaux des conjoints afin de déterminer l’intensité de l’endogamie du groupe, en fonction du sexe et de l’origine sociale des individus. En nous appuyant sur notre fichier biographique, sur la presse mondaine et sur des sources privées, nous tâcherons d’éviter de dresser une galerie de portraits. En utilisant les statistiques, nous essaierons de renouveler l’approche littéraire et anecdotique, qui est généralement faite de l’histoire des femmes du monde dans la société contemporaine.
La femme dans le monde
La femme du monde, animatrice de la sociabilité parisienne
2De nombreux ouvrages ont mis en valeur l’importance du rôle des femmes dans la vie sociale des élites1. Ce paragraphe n’a pas vocation à refaire l’histoire des grandes salonnières de l’époque contemporaine. Il s’agit ici d’analyser brièvement la place faite aux femmes dans la chronique mondaine. Comme Anne Martin-Fugier l’a montré, les femmes du monde s’adonnent à une vie oisive remplie d’obligations2. En effet, elles consacrent tout d’abord une partie de leur temps à tenir leur maison. L’aménagement de l’espace domestique, la surveillance du personnel, l’éducation des enfants sont ses principales fonctions au sein du foyer. Elles lui confèrent un véritable pouvoir dans l’espace privé. Ces activités ne les occupent pourtant que partiellement, puisque les dames du monde ne leur consacrent généralement que des matinées. L’après-midi, elles privilégient leurs relations extérieures : elles sortent faire des achats chez leurs fournisseurs, rendent des visites ou invitent des amies. Un après-midi par semaine ou par quinzaine, elles reçoivent chez elles à leur « Jour ». Le Figaro se fait quotidiennement l’écho de cette pratique encore vive en 1900 :
« La comtesse de Trobriand reprend à partir d’aujourd’hui ses élégantes réceptions du Jour de samedi, dans ses salons des Champs-Élysées3. »
« La comtesse Jean de Castellane a ouvert mercredi dernier son salon dans son hôtel particulier de l’avenue Bosquet. Il sera ouvert tous les mercredis de janvier à février4. »
3Alors que certaines hôtesses privilégient les discussions littéraires et artistiques, d’autres préfèrent la compagnie des hommes politiques et des diplomates. Ces annonces n’ont évidemment pas valeur d’invitation. Elles ne font que rappeler aux élégantes personnes qui fréquentent le monde, les adresses auxquelles elles seront reçues. Cependant, dans Le Figaro, la sociabilité féminine ne se réduit pas au Jour : les bals costumés, les soirées musicales, les dîners élégants mobilisent davantage les rédacteurs que les réunions habituelles, qui prolifèrent dans la capitale, et dont la fréquentation s’est nettement embourgeoisée au cours du siècle. Dans la rubrique « Salons » du Figaro, les réceptions du Jour, qui ont lieu régulièrement dans les hôtels privés en fin de journée, sont mélangées aux soirées dansantes, aux dîners, aux five o’clok et aux thés, qui se déroulent dans les grands hôtels ou chez les particuliers. Elles n’ouvrent pas seulement leurs appartements à des dates régulières, mais donnent l’impression de consacrer leur existence à l’animation mondaine. En fait, la chronique attribue aux femmes une place particulière dans ce domaine. Dans Le Figaro du dimanche 20 mai 1900, on pouvait lire ceci :
« La comtesse Edmond de Pourtalès* assistée de sa fille la marquise de Loys-Chandieu* et de ses belles-filles les comtesses Jacques et Paul de Pourtalès*, faisaient les honneurs de ses ravissants salons, aux femmes les plus élégantes du monde parisien5. »
4Veuve en 1900, la comtesse Edmond de Pourtalès, née Sophie Renouard de Bussière* est autorisée à recevoir seule. Toutefois, elle s’entoure de sa fille et de ses belles-filles pour organiser une soirée spécifiquement consacrée aux dames ; des occasions comme celle-ci ne sont pas rares dans le journal. Veuves ou non, les femmes sont souvent citées sans leurs époux et sont présentées comme les principales animatrices de la sociabilité parisienne. La rubrique « Charité » par exemple, est exclusivement animée par des femmes, qui consacrent une partie de leur temps à organiser des ventes et des fêtes de bienfaisance. Les soirées dansantes, les salons musicaux, sont présentés généralement comme des initiatives féminines. La reconnaissance mondaine dont bénéficient les plus en vue, provient de l’élégance particulière de ces femmes, de la bonne tenue qu’elles savent imposer et de la qualité de leurs invités. Parmi celles de notre échantillon qui s’avèrent être les plus dynamiques sur le plan mondain, on peut citer la duchesse Alain de Rohan*, la marquise François de Jaucourt* et la comtesse Aimery de La Rochefoucauld*. La première, née Herminie de La Brousse de Verteillac* a épousé à Paris le 26 juin 1872 Alain, duc de Rohan, prince de Léon*. Fille du marquis de Verteillac, page de Napoléon Ier, et de Marie-Antoinette de Leuze, elle tient un salon célèbre pour la qualité de la conversation comme pour l’éclectisme qui présidait au choix des invités6. Laure Riese classait son salon littéraire parmi les plus brillants de la Belle Époque7. La duchesse donnait également de grands bals, dont certains sont entrés dans la légende8. Juliette Lamber écrivait à son propos :
« La princesse de Léon est la bonne grâce personnifiée ; sa gaîté communicative, sa parfaite simplicité, son naturel et le tour plaisant de sa conversation en font l’une des personnes les plus agréables de la société. Son salon est très hospitalier. Elle en fait les honneurs avec une grâce prévenante. Sa physionomie est plus piquante que jolie ; elle s’habille bien, se parant des joyaux superbes qui sont un héritage de famille, avec beaucoup de goût. Esprit, simplicité, tel est l’air qu’on respire dans cet agréable intérieur9. »
5Généreuse à la façon des dames du monde, elle s’illustre également dans de nombreuses actions de charité. En juin 1900, elle organise ainsi une vente dans le cadre de l’Œuvre des Dames vendeuses, avec la duchesse de Mortemart née Géraldine d’Hunolstein*, la princesse Joachim Murat née Cécile Ney d’Elchingen*, la comtesse Edmond de Pourtalès née Sophie Renouard de Bussière*, la princesse de La Tour d’Auvergne née Elisabeth Berthier de Wagram*, la marquise de Jaucourt née Lina Steiner*, qui figurent toutes parmi les plus actives mondaines de notre échantillon. Cette dernière est fréquemment citée dans Le Figaro. Son nom est également donné aux côtés de la comtesse Edmond de Pourtalès* et de la baronne Alphonse de Rothschild* par Juliette Lamber, lorsque celle-ci présente les mondaines incontestées à la fin des années 1880. Lina Steiner* est d’origine britannique et de religion anglicane. Fille d’un millionnaire d’origine alsacienne, propriétaire d’une manufacture en Lancashire, elle profite d’une importante fortune, qui lui permet de mener un grand train. Juliette Lamber écrit à son propos :
« La marquise de Jaucourt cause bien, et de tous les sujets ; la politique, l’art, la littérature lui sont familiers. Elle est le type de ces femmes qui semblent créées pour le charme et le délassement des hommes occupés. Apte à tout comprendre, à aborder toutes les questions qui intéressent les gens distingués, à suivre les différentes manifestations de leur goût et de leur pensée avec sympathie et intelligence, cette vocation suffit à ses aspirations. […] En dehors de son cénacle très fermé, c’est une femme aimable et gaie, fort experte dans son métier de mondaine, bienveillante et polie10. »
6L’activité mondaine pratiquée avec tant d’adresse est ici assimilée à une véritable profession. La comtesse de La Rochefoucauld enfin, figure parmi les plus brillantes femmes du monde. Née Henriette de Mailly Nesle*, d’une illustre maison originaire de Picardie par son père et d’une famille normande anoblie par charge par sa mère, elle épouse en 1874 Aimery de La Rochefoucauld*. Pendant des années, elle tient un célèbre salon mondain. Marcel Proust qui connaissait le couple, avait écrit un élogieux article sur elle, paru dans les années 1890 dans Le Figaro :
« Il faut d’abord pour cela que je vous présente à la comtesse Aimery de La Rochefoucauld, née de Mailly Nesle*. Sa beauté, son esprit, sa bonté sont célèbres. Peu de femmes répandent autour d’elles plus de charme, exercent plus de prestige, font plus de bien. […] La comtesse malgré l’influence perpétuelle de ses amis, a un mot aimable pour chacun. Parfois une amie l’entraîne à part pour l’inviter à dîner. Mais le nombre des invitations est si grand qu’elle ne sait plus les jours où elle est libre et pour ne mécontenter personne elle envoie le maître d’hôtel consulter un petit livre où les acceptations sont inscrites11. »
7Très sollicitées, les grandes dames du monde sont avant tout reconnues pour leurs qualités de maîtresses de maisons. Cependant, la « beauté », l’« esprit » et la « bonté » qui font leur gloire, sont égalées par certaines femmes issues de la bourgeoisie. Parmi celles-ci, on peut citer Madame Adam, née Juliette Lamber*, fille d’un médecin, qui épouse un avocat parisien à quinze ans. Elle est initiée aux bienséances mondaines par Marie d’Agoult, qui tenait un célèbre salon républicain à la fin du Second Empire. Juliette Lamber* inaugure son salon du 238, rue de Rivoli, le lundi, en 1866. Deux ans plus tard, elle se marie à Edmond Adam*, et installe son salon sur le boulevard Poissonnière. Elle y reçoit dans les années 1870 et 1880 les plus fervents députés républicains12. Femme de Lettres, elle fonde la Nouvelle Revue tout en publiant sous le pseudonyme de Paul Vasili, une série d’Études sur les Sociétés étrangères, qui eurent un grand retentissement dans les cercles mondains étrangers. Madame Henri Germain* tient également un salon très reconnu à la Belle Époque13. Née Blanche Vuitry*, elle était la fille d’un sénateur de l’Empire, sous-secrétaire d’État aux Finances, devenu ministre-président du Conseil d’État et gouverneur de la Banque de France. Elle avait épousé Henri Germain*, fondateur du Crédit Lyonnais, riche banquier et député républicain. Jouissant d’une fortune considérable, Madame Germain recevait les personnalités les plus en vue des mondes politique, artistique et littéraire. Qu’elles soient issues de la haute bourgeoisie ou des noblesses, certaines femmes jouent donc un rôle moteur dans le dynamisme mondain de la fin du siècle.
L’éducation mondaine
8Confinée dans l’espace privé, l’enfance des femmes de la haute société a laissé peu de traces. Pourtant, ces trente dernières années, des chercheurs sont parvenus à lever le voile sur les valeurs éducatives et la formation que recevaient les jeunes filles de bonnes familles14. La consultation de la presse mondaine, des archives privées et l’exploitation de notre base de données nous permettront d’apporter quelques éclairages supplémentaires dans ce champ d’investigations, qui reste à défricher. Dès leur plus jeune âge, les petites filles du monde reçoivent une instruction sommaire dans le cadre familial. Un précepteur leur enseigne la lecture, l’écriture, le calcul, tout en introduisant des notions de morale, de tenue, de religion. Comme il fait partie de la domesticité, l’instituteur à demeure présente l’avantage de suivre la famille au cours de son itinérance. L’éducation préceptorale permet de plus d’apporter des rudiments de connaissances aux fillettes, tout en les tenant à l’écart des dangers de la vie sociale. Elle est poursuivie jusqu’à l’adolescence, lorsque les jeunes filles ne sont pas envoyées en pension religieuse. Par la suite, les futures femmes du monde sont cependant autorisées à compléter leur instruction dans des cours d’éducation pratique, de culture générale ou d’arts d’agrément. Escortées par leurs dames de compagnie, elles peuvent suivre des conférences dans des cours privés ou dans les facultés parisiennes. Les conférences de l’Abbé Mugnier, vicaire de Saint-Thomas d’Aquin dans le faubourg Saint-Germain, attiraient par exemple une foule de demoiselles élégantes dans les années 188015. Sous la Troisième République, de nouveaux établissements éducatifs réservés aux jeunes filles de bonnes familles apparaissent, comme L’école des mères, L’œuvre de l’enseignement ménager, Le Cours pratique ménager de Saint-Sulpice ou l’Université des Annales16. Ils permettent aux jeunes filles d’apprendre à organiser une maison. L’instruction, qui leur y est donnée, a vocation à les maintenir dans leur rôle de maîtresse du foyer, de mère et d’hôtesse mondaine. En effet, les gens du monde considèrent généralement que la femme n’a pas besoin d’une formation intellectuelle trop poussée pour assumer les tâches que la société lui assigne. Ce message apparaît très clairement dans l’ouvrage que le comte Paul Vasili a consacré au grand monde parisien, en 1887 :
« Qu’ont à faire les mondaines au fatras accumulé de la science humaine ? Des faits, des dates, des jugements stéréotypés ? Quand donc auront-elles l’occasion d’en discourir avec un intérêt quelconque ? Viendra-t-on leur demander en quelle année régna Sémiramis sur la Chaldée, le nombre des étoiles d’une constellation, les résultats des récentes fouilles en Égypte ? […]. La femme raisonne peu : elle regarde, elle comprend, et ne sait réellement que ce qu’elle a deviné17. »
9En réalité, dans la haute société, les adultes mettent davantage l’accent sur l’éducation que sur l’instruction des jeunes filles. Pour cette raison, les apprentissages pratiques et la formation intellectuelle s’effectuent avant tout dans le cadre privé. Les mères jouent à ce titre un rôle primordial, dans leur initiation aux devoirs féminins. Le même auteur écrivait :
« Je pense que les leçons les plus utiles et les plus nécessaires sont celles qu’elles reçoivent à toute heure, près d’un fauteuil bas, dans un coin familier, en tendres et douces causeries, dans lesquelles l’esprit de l’enfant s’imprègne de tout ce qu’une vie déjà longue et bien remplie a accumulé d’expérience : une mère seule peut initier sa fille à toutes les délicates recherches du sentiment et des bienséances. C’est ainsi, par un constant échange de pensées et d’appréciations, que se transmet le secret de cette merveilleuse distinction de cœur, d’esprit et de manières qui sont l’apanage de la grande dame française18. »
10Pour Juliette Lamber*, les mères doivent enseigner à leur fille la simplicité, la discrétion, les bonnes manières, qui distinguent les femmes de qualité. Selon elle, la femme du monde n’est pas ignorante : elle doit apprendre des langues étrangères, connaître la technique de la musique et des arts du dessin, « pour être à même de juger, de comparer, de former son goût, d’éprouver des sensations agréables19 ». Mais, l’érudition émousse sa finesse naturelle, le travail intellectuel entache son discernement natif. L’éducation mondaine, qui comporte une « culture intellectuelle et morale », une « part d’idéal par le sentiment religieux » et par le « développement des affections de famille », apprend aux femmes à rester à la place, qui, selon l’auteur, leur est traditionnellement et justement assignée. Les dames du monde les plus conservatrices sont d’ailleurs les premières à approuver les inégalités qui pèsent entre les sexes en matière d’instruction, et le maintien de la femme au foyer. Dans son journal, Constance de Castelbajac* écrit par exemple le 11 juin 1885 :
« C’est toujours l’argument que je sors lorsqu’on veut me prouver que les facultés des femmes égaleraient celles des hommes si elles recevaient le même développement. À cela, je réponds que la moyenne du cerveau des femmes pesant trois cents grammes de moins que celui des hommes, il est impossible qu’elles disposent des mêmes moyens. “Électrices, mes sœurs, bercez vos enfants et filez vos rouets, vous ne serez jamais de grands hommes20 !” »
11La femme du monde n’a pas besoin d’être intelligente, mais elle doit avoir de l’Esprit. Sa culture doit rester générale et superficielle. Son élégance la distingue des autres : ses manières, ses vêtements, son langage l’amèneront à briller en société. Sa discrétion et sa générosité font d’elle une épouse et une maîtresse de maison modèle. C’est en inculquant aux jeunes filles ces règles élémentaires – esprit, élégance, discrétion –, que les mères préparent leur entrée dans le monde vers l’âge de seize ans.
12Les jeunes filles qui sont nommées dans la chronique mondaine du Figaro, sont généralement âgées de quinze à vingt ans. Avant leur mariage, elles accompagnent leur mère dans des réceptions féminines, telles que les matinées musicales ou les ventes de charité, qui sont organisées dans les salons des plus actives femmes de la société. Elles y apprennent à exercer et à apprécier les arts d’agrément, à se tenir en public, et à converser. Elles apparaissent surtout à l’occasion des bals blancs, qui sont nombreux au printemps. Dans Le Figaro du 25 avril 1900, on pouvait lire ceci :
« Élégant bal blanc, hier, chez la marquise d’Espeuilles, dans la galerie des Champs-Élysées. Parmi les invitées : Mlles de Saint-Sauveur, de Lanjuinais, d’Andigné, de Mun, de Gramont, de Fénelon, Mlle de Rohan, Mlle de Montesquiou, Mlle d’Imécourt, Mlle de Chabot, Mlle des Cars, Mlle d’Harcourt, Mlle de Bassano, Mlle Marochetti, Mlle de Courcy, Mlle de Lastours, Mlle de Montsaulnin, Mlle de Waldner, Mlle de Montaignac, Mlle de Canclaux, Mlle de Rochefort, Mlle de Baye, Mlle de Nervo, Mlle de Palikao, Mlle de Bonvouloir, Mlle de Jaucourt, Mlle d’Evry, Mlle Humann… Parmi les invités : le duc de Guiche, les princes A. de Broglie, H. de La Tour d’Auvergne, H. de Béarn, le marquis d’Albuféra, le marquis de Juigné, les Comtes de Castéja, Stanislas de Castellane, P. de Segonzac, Edouard de La Rochefoucauld, Louis de Gontaut-Biron, A. de Fleurieu21… »
13La soirée, organisée par la mère dans une salle louée pour l’occasion, a pour but d’officialiser l’entrée de sa fille dans le monde. Un cotillon, suivi d’un souper par petites tables, sont organisés pour favoriser ses premiers contacts avec la société masculine. La fréquence de ce type de bals et le nombre restreint d’individus qui sont conviés à s’y présenter, font que d’une semaine à l’autre, les mêmes jeunes gens se retrouvent. En comparant leurs noms cités d’un bal blanc à un autre, on constate de nombreuses similitudes. En fait, les bals blancs sont conçus pour favoriser les rencontres entre jeunes gens en âge de se marier. L’usage veut même que les jeunes filles se marient dans le courant de l’année, où elles font leur entrée dans le monde. Souvent introduites très jeunes dans les premières réceptions mondaines, elles sortent cependant plusieurs saisons de suite avant de trouver un époux. Vêtue d’une robe blanche, de longs gants, portant un collier de perles et munies d’un carnet de bal, les jeunes filles du monde sont ainsi lancées sur le marché matrimonial. Le bal blanc, ancêtre des rallyes22, balise donc l’espace social au sein duquel les jeunes filles sont amenées à se marier. Il garantit la qualité du choix de l’époux (se), qui est d’ailleurs fortement orienté par la famille des conjoints.
Le mariage mondain
14Au XIXe siècle, la sélection des prétendants – ou la recherche de candidats – fait toujours partie des prérogatives des parents dans la haute société mondaine. Alfred Régnier de Massa, frère de Philippe Régnier de Massa*, écrivait ainsi de Rome le 16 avril 1835 à sa sœur Nancy, qui devait se marier le 29 avril suivant :
« Quand tu recevras cette lettre, ma chère Nancy, tu seras déjà Madame, tu auras quitté le nom de famille, mais non pas encore le toit paternel. Chère sœur, reçois toutes mes félicitations et mes souhaits pour un bonheur, dont je ne dois pas douter à entendre ce qu’on m’écrit, et me dit de tous côtés sur ton époux. […] Mais si je me réjouis pour toi, ma bonne sœur, combien ne dois-je pas me délecter en pensant au bonheur de notre excellente mère ? Combien elle désirait cette union ! Et comme tu l’as transportée en acceptant les offres de M. de Varenne ! Au grand jour, son émotion a dû surpasser sa joie23 ! »
15L’ironie du frère laisse penser que c’est sous une certaine pression de sa mère que Nancy Régnier de Massa, eut à accepter cette alliance. Le désir des parents, dans un groupe social où la lignée prévaut sur l’individu, se substitue en effet à la volonté des jeunes gens. Un mois plus tard, Alfred est lui-même contraint d’envisager une union arrangée par ses parents avec Andréïne Leroux, fille d’un agent de change fortuné. De Rome, où il est attaché à un poste subalterne à l’ambassade, il écrit :
« Vous arrangez là-bas mon mariage pendant que je suis ici sans me douter de rien, occupé paisiblement à copier des pièces diplomatiques […]. J’espère que vous ne m’accuserez ni d’opiniâtreté, ni d’imprévoyance, ni d’une résistance malavisée à vos conseils. Personne plus que moi, ma bonne mère, ne sent davantage le bonheur d’être votre fils et n’apprécie la valeur de vos avis ; j’ai et j’aurai toujours en eux la plus grande confiance et quand je me marierai ce ne sera jamais, je l’espère, sans que la future compagne de ma vie ait votre approbation, si elle n’est même de votre choix. Mais ici, ce n’est pas d’elle qu’il s’agit, c’est de moi qui ne me sens pas encore capable de supporter le poids du mariage et cela précisément à cause de cette conscience d’honnête homme qui me ferait prendre au sérieux un pareil bien. Certainement, je sais tout le prix de l’alliance que vous me montrez ; j’accorde à la jeune personne toutes les qualités qu’elle peut avoir et qu’elle a sans doute ; j’ajoute encore du même coté de la balance le poids de leur fortune si considérable ; mais en mettant de l’autre côté de la balance ma petite indépendance et ma jeunesse, l’équilibre des deux se maintient au moins et le plus léger en apparence lutte victorieusement contre la beauté et la richesse. Tout cela ne m’éblouit pas et je préfère seul et libre mon quatrième de Rome ou ma petite chambre de Paris à habiter avec les embarras d’un ménage un palais italien ou le premier de notre hôtel24. »
16Le jeune homme à peine âgé de 21 ans exprime ses réserves à l’égard de cette union. Il souhaite en effet profiter de l’indépendance que lui confère son célibat. Mais sa résistance est inutile : il se marie à ce parti avantageux le 20 juin 1836, un an à peine après l’envoi de cette missive. Son mariage est d’ailleurs rapidement un échec, si l’on en croit le contenu des lettres qui suivent. Les parents, qui organisent parfois contre leurs grés les mariages de leurs enfants, interviennent également pour définir les termes du contrat, lorsque les jeunes gens se sont rencontrés et souhaitent s’unir. Les tractations qui commencent peuvent s’avérer longues et pénibles lorsque la fortune ou la réputation des deux familles ne sont pas équivalentes. Ainsi, Albert de Mun* rencontre-t-il de sérieuses entraves avant de concrétiser le 4 novembre 1867, son alliance avec Simone d’Andlau*. Dans une lettre écrite par la mère de celle-ci en mars 1867, on découvre que le père de la jeune fille s’opposait à cette union, dont les termes financiers n’étaient pas clairement définis. Elle invite le jeune prétendant à renoncer. Albert de Mun, inconsolable, part alors pour Madrid. Son père entreprend pendant son absence des négociations avec la famille adverse, très réticente parce que sa fortune n’apparaît pas suffisante. Dans une lettre du père d’Albert adressée au père de Simone d’Andlau*, le 5 avril 1867, on comprend mieux les enjeux du problème :
« Lorsque j’ai eu l’honneur de demander la main de ta fille pour mon fils, je savais bien que j’allais me heurter contre cette loi généralement reçue dans le monde, qu’une grande fortune attire une grande fortune, au lieu de faciliter le choix d’un établissement. Mais le sentiment profond de mon fils, soutenu par l’espoir d’être vu par ta fille avec sympathie, me faisait un devoir de passer outre et de braver ce qui est toujours pénible, un refus. […] Sans doute on t’aura dit qu’au fond, la question de fortune, qui certes a sa valeur n’est cependant que secondaire ; que les autres biens que l’on cherche en ce monde se rencontraient là ; que l’opulence était relative et que si ta fille devait avoir un jour 30 000 fr de rentes comme Albert, on n’aurait songé à trouver 25 000 fr de rentes présentes comme une punition gênée ni même difficile. Qu’au-delà d’un certain large, tous les luxes étaient subordonnés à l’ordre ; qu’enfin la situation matérielle était celle que les intéressés avaient le plus le droit de juger, d’apprécier et d’accepter ; et qu’après mûre réflexion, la responsabilité et même la conscience des parents s’effaçaient devant une volonté à laquelle on n’avait à opposer que des questions matérielles, dont au fond les conséquences ne pouvaient être considérées comme si tragiques25… »
17Placé dans la position de celui qui a tout à gagner de cette union, le père d’Albert de Mun s’insurge contre l’importance que revêt l’argent dans les mariages mondains. Il relance les négociations en indiquant à la future belle-famille, que l’époux recevra un héritage important à la mort de sa tante. Méfiant, le 6 avril 1867, le comte d’Andlau demande de nouvelles garanties. Le comte de Mun se rétracte alors, mécontent de la tournure que prennent les discussions. Au bord de la rupture, les familles trouvent finalement une solution au printemps 1867. Jusqu’au bout, le sort des deux jeunes gens est donc entre les mains de leurs parents.
18Les choix effectués par ceux-ci se portent naturellement sur de jeunes gens issus du même milieu social. De plus, les liens qui unissent certaines familles entre elles favorisent l’arrangement des mariages entre leurs enfants. Par exemple, le mariage de Gabriel Cléron d’Haussonville* et de Pauline d’Harcourt* a incontestablement été favorisé par la grande affection qui unissait leurs pères26. Certaines sont contractées entre branches différentes au sein d’une même dynastie : c’est le cas du mariage d’Alphonse de Rothschild* de la branche française, et de Laure de Rothschild* de la branche de Londres. D’autres alliances réactivent d’anciens liens de parenté entre familles. Les arrangements matrimoniaux se font donc au sein d’un milieu socialement très réduit, dans lequel les affinités familiales valent toutes les inclinations individuelles. Pour cette raison, la négociation du mariage et la présentation des futurs époux sont parfois confiées à des membres éloignés de la famille nucléaire des conjoints. Dans ses Mémoires, Constance de Castelbajac* raconte par exemple le rôle d’intermédiaire que joue son mari Henri de Breteuil* dans l’arrangement du mariage de Charles de La Rochefoucauld**, le fils de son cousin Sosthènes, et de la princesse Valentine de La Trémoïlle**. Le jeune homme, épris follement d’une courtisane qui en voulait à sa fortune, fut tout d’abord éloigné de Paris par son oncle. Le marquis et la marquise de Breteuil* le firent voyager pour oublier sa peine. Quelques mois plus tard, à la surprise générale, le jeune homme jette son dévolu sur la princesse de La Trémoïlle** :
« Quelles sont les réflexions que lui a inspirées cette aventure, je n’en sais rien ? Toujours est-il qu’à notre grand ébahissement, il écrit un beau jour à son père de Vienne pour le supplier de demander pour lui la main de Mlle de La Trémoille**. Le père croit son fils fou. Le voilà qui court chez Henri : “Vous l’avez-vu depuis hier ? Qu’est-ce que cela veut dire ?”. Henri*, qui voit un beau mariage pour sa petite amie et la rentrée de l’enfant prodigue du même coup, arrive chez les La Trémoïlle et défait un mariage pour lequel on allait donner une réponse le lendemain. On l’accueille comme l’ange Gabriel, tout le monde se met à pleurer et s’embrasse. Pour expliquer cette émotion, M. de La Trémoïlle* prend Henri* dans un coin et lui conte qu’il y avait eu l’an dernier un petit commencement de roman entre sa fille et Charles de La Rochefoucauld**, mais que, sachant la vie qu’il menait, la jeune fille s’était tenue sur la plus grande réserve. Le cher père était convaincu qu’elle le regrettait un peu et le voilà maintenant au septième ciel : le mariage se fera en octobre27. »
19Les La Trémoïlle renoncent facilement au parti qu’ils avaient envisagé pour leur fille, et cèdent aux offres d’une famille qui apporte fortune et prestige. Probablement mieux introduit chez les La Trémoïlle que le propre père du jeune homme, Henri de Breteuil* conclut donc pour son neveu l’alliance convenue. Lorsque la famille peine à caser ses enfants dans son cercle de relations, elle peut également faire appel à l’aide d’une marieuse, amie ou cousine de maintes bonnes familles, femme du monde réputée pour sa bonne moralité. La comtesse Henri Greffulhe, née Elisabeth Riquet de Caraman-Chimay*, par exemple, très influente dans le monde, a manifestement joué les entremetteuses pour aider les parents à placer leurs descendants. À la demande de ses amis, elle organise des présentations entre jeunes gens de la bonne société. Une note anonyme retrouvée dans un dossier « Mariages » de la comtesse, stipulait ceci :
« Une amie, la marquise de Sayve, est venue me demander si je pourrais m’occuper de son fils, le marquis de Sayve. Lui-même m’en supplie. Il a une très belle fortune, et cette magnifique maison où sa mère habite, 14, avenue d’Orsay (7e). Très gentil mais n’a évidemment pas la valeur de son père. Son objectif est surtout d’épouser une jeune femme ayant une belle fortune, pouvant recevoir, car le but de sa vie c’est le Monde ! Il voudrait pouvoir recevoir tous les jours, ayant de forts beaux bibelots aimant les buffets remplis de bons gâteaux etc. etc. Tu m’avais dit que tu avais une personne qui ne me paraît pas loin de rechercher un pareil idéal : une jeune fille belge, très riche aussi, et désirant épouser un grand nom français. Peut-être pourrais-tu lui en parler et ils se rencontreraient ici28. »
20Pour organiser des rendez-vous, la comtesse dresse des listes de beaux partis, dont elle détaille les atouts : « Marquis de Jaucourt, très beau parti, homme riche », « Mlle de Kergariou très gentille », « Comte de Montigny, belle fortune, demande épouse demoiselle bien née ayant bonnes relations grand monde ». Les avantages que présentent les jeunes gens sont froidement comptabilisés. La fortune et le rang apparaissent comme les deux critères déterminants. Les futurs époux sont donc presque totalement dépossédés de leur destin. Les rencontres sont organisées, le mariage est arrangé, car la fonction sociale de celui-ci l’emporte sur sa dimension affective. Cela ne signifie pas que les jeunes gens se marient sans amour. Les lettres de Simone d’Andlau* à Albert de Mun*29, ou celles de Cécile Ney d’Elchingen* au prince Joachim Murat*30 attestent de l’affection profonde qui peut lier les jeunes fiancés.
21Lorsque les deux familles ont approuvé le projet de mariage et se sont entendues sur ses modalités, un contrat est rédigé. Sa signature donne l’occasion d’organiser une réception mondaine en l’honneur des fiancés. Le Figaro médiatise cet événement familial, précisément parce que, dans le monde, il revêt un caractère social. Dans la rubrique « Salons » du Figaro du lundi 10 décembre 1900, on pouvait lire ceci :
« Très nombreuse et des plus élégantes ; la réception donnée hier soir par la comtesse Ferdinand de Lesseps*, dans son hôtel de l’avenue Montaigne, à l’occasion de la signature du contrat de mariage de sa fille, Mlle Hélène de Lesseps, fiancée au comte François de La Bégassière. Dans les salons fleuris à ravir, on admirait l’exposition de la corbeille et des innombrables cadeaux. Dans la corbeille : une rivière de diamants, un bracelet de diamants, un collier avec un diamant solitaire, une montre enrichie de diamants et de saphirs, des dentelles de Chantilly noires, données par la comtesse de Lesseps ; un collier de perles, une bague avec perle et diamants, un sac de voyage, dons du fiancé ; des points d’Angleterre, une broche en diamants et grenats, et un bronze offerts par la marquise de La Bégassière31. »
22On appelle la « corbeille », les présents envoyés le jour de la signature du contrat par le fiancé à sa future femme. Vers 1900, on les envoie généralement dans des écrins et des cartons, mais il est à la mode d’offrir les bijoux dans un coffret de mariage Renaissance. La corbeille, comme le trousseau, représente cinq pour cent du montant de la dot. Elle contient des dentelles, des bijoux, des bibelots précieux, et des tissus32. Elle reste exposée jusqu’à la veille du mariage dans le petit salon du domicile de la jeune fille, en même temps que les cadeaux de noces des parents et des amis. L’article se poursuit d’ailleurs par la liste des donateurs et des cadeaux offerts par les proches : cet affichage de la générosité et de la richesse du fiancé, des parents et des relations flatte l’orgueil des deux familles. Il s’achève par l’annonce de la date du mariage religieux des jeunes gens. La célébration des unions, qui couronne l’éducation mondaine et clôt des négociations familiales délicates, est décrite dans une rubrique consacrée aux « Mariages ». Celle-ci fait partie intégrante de la chronique mondaine, ce qui confirme l’idée que ces alliances matrimoniales arrangées, constituent non seulement un facteur de perpétuation du groupe, mais aussi un élément moteur du dynamisme mondain.
Le couple mondain
Le mariage, un impératif social
23L’échantillon total du Figaro comprend, comme nous l’avons dit plus haut, 265 fiches de couples ou d’individus. Parmi elles, on compte 263 hommes et 254 femmes. Pour évaluer la fonction sociale du mariage dans cette société, nous avons dressé deux tableaux, qui prennent en compte, d’une part la situation en 1900 c’est-à-dire au moment de la nomination des individus dans la chronique, et d’autre part, leur parcours matrimonial au cours de la vie. Cependant, il n’a pas toujours été facile d’identifier les femmes qui se cachaient derrière le nom de leur mari. Certaines nous sont restées totalement inconnues. De plus, pour saisir les parcours matrimoniaux des individus, il faut reconstituer leur état civil et trouver la date de leur mariage, ce qui s’avère délicat sur un échantillon aussi nombreux. Pour cette raison, nous devons déplorer un taux de non-réponses relativement important, chez les hommes comme chez les femmes.
24La figure de planche IV.A indique clairement que le mariage reste la règle dans le grand monde parisien : près de 70 % des individus de l’échantillon sont mariés en 1900. Ce constat se trouve renforcé si on prend en compte le nombre de mariages à l’échelle de l’existence (pl. IV.B) : parmi les réponses obtenues, 83 % des hommes et des femmes, se sont mariés au moins une fois au cours de la vie. Ces chiffres correspondent globalement à ceux qui ont été proposés par Christophe Charle33. Supérieur à la moyenne de la population française, le pourcentage des mariés révèle la fonction sociale des alliances dans ce milieu. Parmi les non-mariés en 1900, les célibataires (9 % des hommes et 6 % des femmes) arrivent en tête.
25Le taux de célibat en 1900, qui est relativement conforme à ce qu’on peut attendre dans une telle population, nous renvoie à plusieurs types de scénarios. Il correspond tout d’abord à de jeunes gens ayant fait leur entrée dans le monde avant de se marier. Par exemple, on note la présence d’Henri de La Ferronnays*, âgé de 24 ans en 1900, figurant déjà parmi les élégants animateurs de la vie parisienne, avant son mariage avec Françoise Monjaret de Kerjégu* le 24 février 1906. Celle-ci ne figure pas dans la chronique de 1900. Elle fait cependant partie de notre échantillon car elle s’allie à lui quelques années plus tard. Ces jeunes célibataires du Figaro sont généralement des hommes car les jeunes filles non mariées n’étaient évidemment pas autorisées à fréquenter le monde régulièrement. Lorsque le célibat est définitif (5 % des hommes mais seulement une femme), il correspond à deux profils très différents. Le premier est celui des hommes, d’origine bourgeoise le plus souvent, qui ont manifestement sacrifié leur vie sentimentale au profit de leur carrière. On peut citer l’exemple d’Alfred Picard*, ingénieur, administrateur français, membre de l’Académie des sciences, vice-président du Conseil d’État, demeuré célibataire et sans enfant. Le second est celui de l’aristocrate oisif, hédoniste et mondain, qui n’a pas souhaité partager ses plaisirs dans le cadre d’une union légitime. Il est représenté par des hommes, comme Robert de Montesquiou* et André Becq de Fouquières*, qui font le choix du célibat pour mener leur carrière de Dandy ; et par une femme, Lydie Rostoptchine*, de noblesse russe, sœur d’Olga Tornielli*, restée célibataire pour se consacrer à son destin de femme de Lettres. L’homosexualité de certains individus des deux sexes pouvait motiver une telle décision. Cependant, l’exemple d’Elisabeth de Gramont* montre qu’elle ne constituait pas une entrave majeure pour se marier. En effet, celle-ci avait épousé à l’âge de 21 ans Philibert de Clermont-Tonnerre*, dont elle eut deux filles. À 34 ans, pourtant, elle rencontra la célèbre amazone américaine Nathalie Clifford Barney, avec laquelle elle entretint pendant plus de quarante-cinq ans, une liaison saphique parmi d’autres34. Edmond de Polignac*, homosexuel notoire, musicien et compositeur mondain, avait épousé Winaretta Singer*, qui n’aimait que les femmes. Finalement, d’après les chiffres, le célibat semble mieux toléré chez les hommes. Les femmes, au contraire, ne sont pas autorisées à prolonger une indépendance souvent mal jugée.
26Par ailleurs, on remarque la présence de 4 % en moyenne d’individus veufs non remariés en 1900. Le veuvage est assez répandu dans la société : 9 % des hommes et 8 % des femmes ont perdu leur conjoint au cours de la vie. Le relatif équilibre entre les sexes s’explique par le fait que, si les femmes meurent souvent jeunes, notamment en couche, les hommes plus âgés au mariage, ont de plus une espérance de vie plus courte. Le plus souvent, les veufs se remarient rapidement. Sosthènes de La Rochefoucauld* marié une première fois en 1848 à Yolande de Polignac, perd son épouse en 1855 alors que celle-ci avait vingt-cinq ans. En 1862, il se remarie à la princesse Marie de Ligne*. Agénor de Gramont* se marie une première fois en 1874 avec Isabelle de Beauvau-Craon qui meurt l’année suivante des suites de ses couches. En 1878, il se remarie à Marguerite de Rothschild* qui meurt en 1905. En troisième noce, il épouse Marie Ruspoli, qui lui survivra. Chez les femmes, le remariage suit également la perte de l’époux : Caroline d’Archambault*, veuve de son cousin Frédéric du Chastel, baron de Bruillac, épouse en 1879 Jean de Castelbajac*. Louise Duchanoy*, veuve de Roger de Chanaleilles, se marie en secondes noces à Roger de Barbentane*, qui se marie lui-même à trois reprises. Marie de Löwenthal*, veuve d’Antonin comte de Gouy d’Arsy, épouse en 1881 Ludovic Hébert de Beauvoir*. Sur les vingt veuves de notre échantillon, quatorze se remarient ; sur les 22 veufs de l’échantillon, 16 se remarient. Ceux qui restent veufs ont souvent perdu leur époux tardivement. La part importante des remariages après veuvage, montre que le couple légitime constitue la norme sociale. Il n’est jamais bon pour une femme, comme pour un homme du monde, de rester seul après la perte d’un époux. Concernant les divorces, on remarque tout d’abord que 4 % des individus ont divorcé au cours de leur vie, ce qui est un taux important comparativement à celui d’autres élites35. En effet, la procédure n’est pas rare, surtout dans la noblesse la plus ancienne. On peut citer les exemples de Boniface de Castellane* et d’Anna Gould* divorcés en 1906, et celui du prince Münster de Dernebourg* et de la princesse Galitzine en 1864. Pour se séparer, les couples mondains peuvent également demander l’annulation de leur mariage : celui de Georges de Montesquiou-Fezensac* et de Suzanne de Chavagnac* fut annulé par la cour de Rome en 1910. On compte dix divorces chez les hommes et 11 chez les femmes, auxquels s’ajoutent des séparations de corps, repérables notamment dans les archives de l’Enregistrement. Le scandale que provoquent dans la presse mondaine certains divorces nous montre cependant que, si la pratique était répandue dans la haute société, elle n’en demeurait pas moins très mal tolérée. Les femmes divorcées, considérées comme les premières responsables, essuyaient les critiques les plus vives. Plus que les hommes, elles étaient poussées à se remarier rapidement : dans notre échantillon, la plupart des femmes divorcées contractent ainsi une autre alliance, alors que les hommes restent souvent seuls à la suite d’une séparation définitive. On peut donc dire que si les hommes sont autorisés à prolonger leur célibat, à rester veufs ou à ne pas se remarier en cas de divorce, les femmes, au contraire, sont visiblement soumises à l’obligation sociale de contracter une alliance dans tous les cas. L’âge au mariage des conjoints constitue un indicateur plus précis pour tenter de comprendre l’attitude des élites mondaines par rapport à l’union légitime.
27La figure de la planche V. A révèle en fait trois phénomènes majeurs. On constate tout d’abord le retard au mariage des hommes du monde : si la proportion d’hommes mariés avant 25 ans n’est pas faible (14 %), elle est égale à celle des hommes qui ont contracté une alliance après 40 ans (14 %), et deux fois inférieure à celle des hommes mariés après 35 ans (27 %). La bourgeoisie montante attend la stabilisation de sa situation professionnelle et recherche un parti intéressant, tandis que les jeunes nobles prolongent leur célibat oisif avant de s’allier à une famille de même rang. De plus, on constate l’importance de l’écart d’âge au mariage selon le sexe. L’âge moyen au mariage des hommes est de 31,3 ans ; cela correspond au chiffre proposé par Christophe Charle pour les fractions supérieures des Élites de la République36. L’âge moyen au mariage des femmes est de 21,6 ans, ce qui est, par contre, légèrement inférieur aux résultats constatés sur d’autres élites37. L’écart est donc de dix ans en moyenne. 82 % des femmes se marient avant d’avoir atteint l’âge de 25 ans. Parmi elles, quatre ont 17 ans, 12 ont 18 ans, 30 ont 19 ans et 18 ont 20 ans. Au total, 47 % des femmes ont moins de vingt ans à leur mariage. Les jeunes filles de bonnes familles épousent donc, dès le plus jeune âge, des hommes qui, en règle générale, sont plus âgés qu’elles. Elles passent du foyer parental à la vie maritale sans connaître de véritable période de célibat. Lorsque les femmes sont plus âgées, il s’agit le plus souvent d’un remariage. On constate enfin une concentration de la période de mariage chez les femmes, puisque la quasi-totalité de l’échantillon féminin se marie entre 20 et 30 ans (92 %). Les hommes, au contraire, se marient sur une période plus longue puisque les unions s’étalent entre 20 et 45 ans.
Comportements matrimoniaux des hommes selon leur milieu socioprofessionnel
28Les héritiers se marient-ils plus jeunes que les parvenus ? L’âge au mariage des hommes dépend-il de leur niveau d’implication dans la vie professionnelle ? Varie-t-il en fonction de la nature des activités principales exercées ? Les tableaux 19 et 20 nous permettent d’aborder ces différentes questions.
29Dans le tableau 19, on relève tout d’abord la prépondérance systématique des noblesses authentiques (Noblesses anciennes et Noblesse du XVIIIe siècle), en ligne horizontale, quelle que soit la tranche d’âge, mais surtout dans les catégories les plus jeunes (80 % des moins de 25 ans ; 75 % des 25 à 29 ans). Leur part en lecture horizontale diminue progressivement lorsque l’âge au mariage de l’homme augmente : 69 % des hommes mariés entre 30 et 34 ans appartiennent à ce groupe, contre 47 % des plus de 40 ans. Les fils de grandes familles qui héritent de leurs pères et qui doivent avant tout prolonger les lignées, ont donc tendance à s’allier tôt. Cependant, on remarque en ligne verticale, une dispersion relative des âges au mariage des hommes, quelle que soit leur origine sociale. 53,5 % des hommes des noblesses authentiques, 58 % de la noblesse d’Empire, 28 % de la noblesse étrangère, mais aussi 45 % de la haute-bourgeoisie et 20 % de la bourgeoisie moyenne, se sont mariés avant 30 ans. Dans la haute-bourgeoisie, Amédée Lefèvre-Pontalis*, par exemple, se marie à 28 ans à Mademoiselle Caroline West*. Gaston Arman de Caillavet* épouse Mademoiselle Pouquet* à 24 ans. Gaston Menier* épouse également Caroline Rodier* à 24 ans. À l’inverse, 27,5 % des noblesses authentiques, 33 % de la noblesse d’Empire, 60 % des noblesses du XIXe siècle, 43 % de la noblesse étrangère, 36 % de la haute-bourgeoisie et 40 % de la bourgeoisie moyenne se sont mariés après 35 ans. L’âge au mariage des hommes varie donc fortement au sein d’une même catégorie sociale. Si les mariages précoces sont plus nombreux dans les noblesses que dans les bourgeoisies, celles-ci les pratiquent aussi fréquemment.

Tableau 19 – Âge au mariage des hommes selon leur origine sociale ( %).
N.B. : Comme dans les autres tableaux, nous trouverons les parts en lecture verticale en haut à gauche, les parts en lecture horizontale, en bas à droite et en italique.

Tableau 20 –Âge au mariage des hommes selon leur secteur d’activité principale ( %).
N.B. : Comme dans les autres tableaux, nous trouverons les parts en lecture verticale en haut à gauche, les parts en lecture horizontale, en bas à droite et en italique.
30Dans le tableau 20, la composition de notre échantillon fait qu’à nouveau en ligne horizontale, les fractions supérieures dominent quelle que soit la tranche d’âge considérée. Cependant, les fractions possédantes semblent se marier plus jeunes que les cadres de l’État : 40 % des hommes mariés avant 25 ans appartiennent à cette première catégorie, contre 28 % pour la seconde. Parmi les hommes mariés après 35 ans, les cadres de l’État représentent un pourcentage supérieur à celui des fractions possédantes. On peut supposer ici que l’engagement, même temporaire, dans une carrière militaire, diplomatique ou administrative, pouvait retarder de quelques années, les alliances conjugales. En ligne verticale, on remarque toutefois l’homogénéité relative des comportements masculins par rapport au mariage dans toutes les catégories professionnelles. Si les professions libérales (66 %) et les fractions possédantes (56 %) privilégient le mariage précoce, elles contractent également des alliances plus tardives. Les autres catégories, quant à elles, se répartissent à peu près équitablement avant et après 30 ans. Si les hommes appartenant aux élites anciennes, héritiers de leurs positions, se marient en général plus tôt que les autres, ceux qui exercent de véritables professions peuvent choisir de se marier en début de carrière afin d’accélérer leur promotion. L’étalement relativement homogène des âges au mariage chez les hommes montre en fait que la période choisie pour contracter une alliance, dépend autant des origines sociales, de l’évolution de la situation professionnelle, de l’état du marché matrimonial que des contingences de la vie.
L’alliance de deux familles
Des attaches géographiques communes
31D’où viennent les femmes du monde ? Pour le comprendre, nous procéderons à l’étude de l’origine géographique des familles paternelle et maternelle des épouses mondaines. Puis, nous classerons leurs principaux lieux de naissance, afin de déterminer l’ancienneté de leur attachement à Paris et le degré d’acculturation des femmes à la vie urbaine. Enfin, l’analyse des lieux de mariage permettra de voir dans quelle mesure l’alliance matrimoniale peut constituer un déracinement par rapport à l’implantation familiale d’origine.
Origines des pères des femmes | Origines des pères des hommes | Origines des mères des femmes | Origines des mères des hommes | |
Paris | 7 | 6 | 5 | 3 |
Province | 58 | 77 | 61 | 64 |
Étranger | 35 | 17 | 34 | 33 |
Tableau 21 – Origine géographique des familles paternelle et maternelle des conjoints ( % sans non-réponses).
32Nous sommes parvenus à retrouver la provenance de 166 familles paternelles et de 85 familles maternelles pour les 254 femmes de l’échantillon, ce qui fait une proportion de réponses de 65 % pour les pères, et de 33 % pour les mères ; ce premier tableau révèle que les femmes du monde sont issues de familles majoritairement provinciales (58 % des pères et 61 % des mères). Paris ne constitue que rarement un berceau familial. La nature aristocratique de l’échantillon induit en effet des attaches familiales terriennes. Nous les avions d’ailleurs déjà constatées pour les hommes puisque 77 % des pères et 64 % des mères des individus masculins sont originaires de province. La part des familles provinciales est légèrement inférieure chez les femmes. Cette infériorité numérique est contrebalancée par une proportion plus importante de familles originaires de l’étranger : 35 % pour les familles paternelles et 34 % pour les familles maternelles, contre respectivement 17 % et 33 % chez les hommes. Lorsque les aristocrates ne trouvent pas d’épouse idéale sur le marché matrimonial français, ils semblent élargir leur champ de recherches aux familles d’origines étrangères, plus facilement que les femmes. Cependant, il faut reconnaître que ce critère est assez pauvre : la proportion importante de provinciaux n’a pas de sens dans la mesure où une forte majorité de Français proviennent de la province ; de plus, les origines étrangères n’induisent aucunement le maintien d’attaches avec le pays d’origine en 1900. On ne peut donc que constater que, globalement, sur le plan des origines familiales, les échantillons masculin et féminin apparaissent plutôt homogènes.
33En ce qui concerne le lieu de naissance, nous avons enregistré pour les pères des épouses une proportion de 53 % de naissances parisiennes, contre 32 % pour l’étranger et 15 % pour la province. Pour les mères, la faiblesse des effectifs ne permet pas de diffuser de résultats. Ces chiffres, comparés à ceux que nous avons obtenus pour les parents des hommes38, pourraient venir confirmer l’idée d’une implantation progressive des familles mondaines dans la capitale au cours du XIXe siècle. Cela apparaît d’autant plus vraisemblable que comme les hommes (43 %), les femmes de l’échantillon sont majoritairement nées à Paris (25 % avec les non-réponses, mais 52 % sans les comptabiliser). En fait, les femmes naissent majoritairement dans les grandes villes (68 %), qu’il s’agisse de Paris, de villes provinciales ou étrangères. L’acculturation au mode de vie urbain apparaît donc comme un facteur d’intégration des femmes au monde. La proportion de femmes nées dans des villes moyennes ou à la campagne (entre 14 % et 32 % en fonction des non-réponses) correspond approximativement à celle que nous avons donnée pour les hommes (24 %) : sans être faible, elle est nettement minoritaire. Cela montre que si l’implantation dans la capitale n’est pas nécessaire à l’accès au monde, la familiarisation précoce avec les rythmes, les lieux, les modes de la sociabilité urbaine pourrait le favoriser.
Lieux de mariage des conjoints | % avecNR | % sans NR |
Paris | 43 | 81 |
Province | 4 | 7 |
Étranger | 6 | 12 |
NR | 46 | - |
Tableau 22 – Lieux de mariage des époux ( %).
34Plus qu’un centre d’initiation aux choses du monde, Paris apparaît comme le berceau des couples mondains. En effet, on constate que la part des mariages contractés à Paris (81 % sans les non-réponses) dépassent de beaucoup la part des individus nés à Paris (40 % en moyenne), ce qui tend à montrer que les hommes et les femmes du monde ayant grandi en province ou à l’étranger, quittent fréquemment leurs régions d’origine, se marient puis résident dans la capitale. Si les mariages parisiens sont majoritairement contractés par des individus nés à Paris (54 % pour les hommes et 49 % pour les femmes), nombreux sont les provinciaux (30 % des hommes et 19 % des femmes) et les étrangers (7 % des hommes et 11 % des femmes) venus y officialiser une union39. La concentration des élites dans cet espace limité fait de Paris le marché matrimonial privilégié des jeunes aristocrates. Quel que soit leur lieu de naissance, les gens du monde ont proportionnellement plus de chances de se marier avec un(e) Parisien(ne), qu’avec un(e) provincial(e) ou un(e) étranger(e). Lorsque l’un des conjoints au moins, quel que soit son sexe, est né à Paris, le mariage s’organise généralement dans la capitale française. Parmi les nombreux mariages à Paris de Parisien(ne)/non-Parisien(ne), on peut citer l’exemple de Pierre comte de Failly*, né à Paris le 22 janvier 1863, qui épouse le 8 mai 1888 Blanche Ferris*, née aux États-Unis le 21 juillet 1869. Les étrangers des deux sexes contractant une alliance avec un(e) Parisien(ne) font souvent le choix de Paris pour l’organisation du mariage. On constate même que des couples de provinciaux et des couples d’étrangers se marient à Paris. Philibert de Clermont-Tonnerre*, né à Glisolles dans l’Eure le 29 janvier 1871 épouse ainsi à Paris le 3 juin 1896, Elisabeth de Gramont*, née à Nancy le 23 avril 1875. Constantin de Radziwill* né en Pologne le 31 juillet 1850, épouse à Paris le 30 mars 1876 Louise Blanc*, née à Monte-Carlo le 8 octobre 1856. Même si le déracinement de ces mariés précède souvent le mariage, Paris semble fonctionner comme une véritable plaque tournante des jeunes aristocrates en âge de se marier.
35La rubrique du Figaro spécialement consacré aux mariages mondains, rend ainsi compte jour après jour du nombre de célébrations organisées dans la capitale. Les cérémonies religieuses y sont décrites brièvement, tandis que les noms des invités et le luxe déployé par les familles engagées, font l’objet de toutes les attentions des chroniqueurs. Le mariage parisien, qui permet de rassembler facilement des foules élégantes, autorise les familles des jeunes gens à faire une démonstration publique de l’étendue de leurs réseaux et de leur puissance financière. L’ostentation mondaine qu’entraînent les mariages parisiens dans cette société, incite d’ailleurs peut-être certains jeunes gens plus discrets à contracter leurs alliances en province. En effet, on remarque que la plupart des mariages effectués en province, unissent des couples constitués d’au moins un conjoint parisien. Dans ce cas, plus que le souci de discrétion, l’attache terrienne de la famille des femmes l’emporte sur la prétention mondaine. Ainsi, Arnaud de Gramont*, né à Paris le 21 avril 1861, se marie-t-il le 2 octobre 1886 à Angers, à Anne-Marie Brincard* née à Paris le 11 juillet 1868. Très intégrées dans les milieux parisiens, les deux familles marient pourtant leurs enfants en province par fidélité aux racines angevines que la mariée tenait de sa mère. De même, Henri de La Tour d’Auvergne*, né à Paris le 18 mars 1876, épouse le 6 juin 1904, Elisabeth Berthier de Wagram*, née à Paris le 2 mars 1885. Le mariage a lieu à Boissy-Saint-Léger, où se trouve le château de Grosbois, qui constitue le cœur du domaine familial de cette dernière. L’origine géographique des épouses, comme le voulait la tradition, déterminait souvent le lieu du mariage. Pour cette raison, la majorité des alliances contractées à l’étranger, unissent des étrangères à des Parisiens, autant qu’à des étrangers. Sosthènes de La Rochefoucauld*, né à Paris, se marie en secondes noces à Marie de Ligne* née à Bruxelles, au château de Beloeil (Belgique), fief de la famille de Ligne, dans lequel ont été inhumés ses ancêtres. Boniface de Castellane* épouse l’Américaine Anna Gould* en 1895 à New York. Armand Richelieu de Jumilhac* épouse l’Américaine Eleanor Douglas Wise* à Baltimore le 8 février 1913. Les enjeux financiers de ces alliances internationales avec de riches héritières, obligeaient souvent les futurs époux à accepter une délocalisation ponctuelle.
La qualité des beaux-parents
36De quel milieu socioprofessionnel les femmes du monde sont-elles originaires ? Nous avons retrouvé l’origine sociale de 183 pères et de 103 mères, parmi les 254 femmes de l’échantillon, soit une proportion de 72 % pour les premiers et de 41 % pour les secondes.
Pères F | Pères H | Mères F | Mères H | |
NOBLESSES ANCIENNES | 43 | 53,4 | 49 | 45,5 |
NOBLESSES DU XIXE SIÈCLE | 10 | 10,9 | 1 | 4,0 |
NOBLESSES ÉTRANGÈRES | 14 | 10,5 | 17 | 15,7 |
BOURGEOISIES | 33 | 25,2 | 33 | 34,8 |
Tableau 23 – Origines sociales des parents des conjoints ( % sans non-réponses).
37On constate tout d’abord une surreprésentation très nette des femmes issues des noblesses les plus prestigieuses d’Europe, par leur famille paternelle, comme par leur famille maternelle. En effet, 67 % des pères et des mères peuvent être rattachés à des familles de noblesses anciennes, de noblesse du Premier Empire et de noblesses étrangères. Les noblesses récentes du XIXe siècle, ou les familles bénéficiant de qualités moins régulières, ne représentent que des parts infimes, alors que la noblesse immémoriale constitue à elle seule 29 % de l’échantillon paternel. Globalement, les parents des épouses appartiennent aux mêmes catégories, dans des proportions équivalentes. Si les noblesses anciennes et étrangères apparaissent plus nombreuses chez les mères (49 % et 17 %) que chez les pères (43 % et 14 %), la noblesse d’Empire rattrape chez ces derniers (6 % chez les pères contre 1 % chez les mères) ce léger déficit nobiliaire. De plus, en comparant ces chiffres aux résultats obtenus sur l’échantillon masculin, on remarque une étroite correspondance entre les origines sociales des hommes, et celles de leurs épouses. Les conjoints sont majoritairement issus des noblesses anciennes, françaises et étrangères, parmi lesquelles la noblesse immémoriale domine dans tous les cas. Cependant, dans le détail, ces résultats permettent de formuler quelques nuances. Si on examine les colonnes consacrées aux pères des individus, qui donnent des renseignements plus fiables parce que le taux de réponses y est plus élevé que chez les mères, on remarque que la proportion d’individus issus des noblesses anciennes est plus faible chez les épouses (43 %) que chez leurs conjoints (53,4 %). Les dix points qui séparent les deux proportions se retrouvent dans la catégorie des bourgeoisies au profit cette fois, des pères des femmes. Lorsqu’elles sont d’origine roturière, il semble que les épouses appartiennent, plus que les hommes, à la haute-bourgeoisie qu’à la bourgeoisie intermédiaire. Les strates supérieures de la bourgeoisie semblent donc pénétrer la sphère nobiliaire.
Activités principales des pères | Part avec non-réponses | Part sans non-réponses |
Fractions possédantes :Rentiers, châtelains, propriétaires | 18 | 39 |
Cadres de l’État : | 12 | 26 |
Monde des affaires | 14 | 28 |
Professions juridiques et médicales : | 2 | 4 |
Fractions intel. et art. : | 2 | 3 |
Non-réponses : | 52 | - |
Tableau 24 – Activité principale des pères des épouses ( %).
38D’autre part, ce tableau réalisé à partir des 117 activités principales enregistrées pour les pères des épouses, révèle que celles-ci sont issues d’une élite rentière, dans la mesure où près de 40 % des pères peuvent être rattachés à la catégorie des fractions possédantes. 64 % d’entre eux appartiennent à l’une des deux catégories les plus élevées (Cadres de l’État et fractions possédantes), ce qui rapproche le milieu d’origine des femmes, de celui de leurs époux. Parmi les cadres de l’État, les diplomates arrivent en tête (9 %), suivis des hauts fonctionnaires (7 %) et des militaires (6 %). Les professions juridiques et médicales (4 %), ainsi que les fractions intellectuelles (3 %) sont par contre nettement minoritaires. Cependant, si la rente l’emporte encore largement sur le travail, les pères des femmes semblent plus intégrés au monde professionnel que ceux des hommes. En effet, alors que chez les hommes, les cadres de l’État (44 %) et les fractions possédantes (35 %) arrivent en tête, chez les femmes, le monde des affaires (28 %) devance le service de l’État (25 %). La proportion des hommes d’affaires chez les pères des épouses s’élève à plus du double de celle des pères des hommes (12 %). Ainsi, les fils de rentiers, de militaires et de diplomates semblent-ils trouver parmi les banquiers et les industriels, d’intéressants beaux-pères. Agénor de Gramont*, fils d’Alfred de Gramont qui fit une brillante carrière d’ambassadeur sous l’Empire, épouse ainsi en 1878, Marguerite de Rothschild*, issue de la célèbre dynastie de banquiers. Ferdinand de La Riboisière*, fils d’un polytechnicien devenu officier d’artillerie sous l’Empire, député puis sénateur à partir de 1852, épouse en 1885 Janny-Marguerite Rhoné*, petite-fille du financier Pereire. Louis de Pérusse des Cars*, fils d’un grand propriétaire dans la Vienne, épouse Marie-Thérèse Lafond*, fille d’un régent de la Banque de France. La fortune accumulée par les beaux-pères dans la finance ou l’industrie leur permet d’arranger pour leur fille des mariages dans la noblesse rentière. Celle-ci, atteinte par la baisse de la rente foncière au moment de la grande Dépression, trouve dans ce type de mariages, un moyen de redorer ses blasons. Le phénomène est connu. Nos données viennent le confirmer. Le monde des affaires constitue donc le secteur d’activité par lequel s’effectue la fusion, entre élites anciennes rentières et élites nouvelles fortunées.
Une endogamie préservée
39Cyril Grange, qui a étudié la nature des alliances contractées au sein de son échantillon de mondains, a montré que les comportements endogamiques nobiliaires s’affaiblissaient progressivement à partir de la Belle Époque. Il explique que les noblesses acceptent de plus en plus les alliances bourgeoises au cours du XXe siècle40. À quelle étape de ce phénomène de fusion se trouve le monde parisien en 1900 ? Les particularités de cette société restreinte entraînent-elles une plus grande prudence de ses membres dans leurs choix matrimoniaux ? Faut-il distinguer des comportements différenciés selon le sexe et l’ancienneté du nom ? Pour évaluer le poids des comportements endogamiques au sein de cette élite aristocratique, il est nécessaire de mettre en relation l’origine sociale des conjoints.
40Les choix des femmes apparaissent en ligne horizontale. La répartition des pourcentages fait apparaître trois phénomènes majeurs. Tout d’abord, les femmes issues des noblesses contractent presque exclusivement des alliances avec des nobles. Seules 4 % des femmes de noblesse immémoriale, et 4 % des femmes de noblesses étrangères choisissent un époux dans la haute-bourgeoisie. On peut donner l’exemple d’Antoinette Rafélis de Saint-Sauveur* de noblesse d’extraction par ses deux parents41, qui se marie en 1894 à Eugène Schneider*, héritier de l’empire du Creusot. Dans ce type de mariage, la femme perd l’ancienneté de son nom, mais rehausse le prestige de sa famille grâce à la fortune de son époux. Cependant, dans notre échantillon, ces pratiques exogamiques demeurent exceptionnelles chez les femmes d’origine noble. De ce point de vue, les noblesses récentes (4 et 5), ne semblent pas plus ouvertes à la roture que les noblesses anciennes (1, 2, 3 et 6). Même si l’effectif de ces catégories est limité, on constate qu’elles privilégient au contraire les alliances au sein des catégories les plus anciennes. D’autre part, on constate que les femmes de la haute-bourgeoisie cherchent aussi à se marier avec des hommes nobles, plus particulièrement avec les descendants des Maisons les plus prestigieuses : 44 % d’entre elles s’unissent à des hommes de noblesse authentique alors que 23 % seulement s’allient au sein de leur groupe social d’origine. Au total, 67 % des grandes bourgeoises se marient au sein des noblesses, françaises et étrangères, alors que 10 % seulement d’entre elles acceptent de se déclasser en épousant un homme de la bourgeoisie intermédiaire. Les strates supérieures de la bourgeoisie parviennent donc à rejoindre les catégories les plus élevées dans la hiérarchie nobiliaire grâce à l’« hyper exogamie » des femmes de cette catégorie. À l’inverse, les femmes issues d’une bourgeoisie intermédiaire sont exclues de ce mouvement d’ascension, sauf exception (8 % seulement y parviennent) : dans la grande majorité des cas, elles s’allient à des hommes de même milieu qu’elles (67 %). La haute-bourgeoisie constitue donc ici la passerelle la plus sûre pour mener de la roture aux noblesses. En dehors de cette catégorie, l’ancienneté du nom prévaut toujours pour se marier à un noble.

Tableau 25 – Origine sociale comparée des conjoints ( % sans non-réponses).
N.B. : lire 1 : noblesse immémoriale ; 2 : noblesses du XVIIIe siècle ; 3 : noblesse d’Empire ; 4 : autres noblesses du XIXe siècle ; 5 : autres noblesses françaises ; 6 : noblesses étrangères ; 7 : Haute bourgeoisie ; 8 : bourgeoisies moyenne et petite. En haut à gauche, lecture verticale ; en bas à droite, en italique, lecture horizontale.
41Du côté des hommes, la répartition des choix s’avère différente. En effet, si les aristocrates issus des noblesses les plus anciennes contractent en priorité des alliances avec les femmes de leur catégorie, (puisque 59 % des hommes de la catégorie 1 se marient dans les catégories 1 et 2, et que 43 % des hommes de la catégorie 2 se marient avec des femmes des catégories 1 et 2), ils privilégient en second ou en troisième choix, des héritières de la haute bourgeoisie (20 % pour les premiers et 10 % pour les seconds). L’ancienne noblesse masculine accepte donc beaucoup plus facilement que les femmes nobles, les alliances avec la roture. Cela peut s’expliquer par le fait que l’homme, au contraire de la femme, n’engage pas son nom lorsqu’il se marie. De plus, comme nous l’avons indiqué plus haut, l’ancienne noblesse désargentée trouve dans ce type d’alliances une solution à la perte relative de son pouvoir économique. D’autre part, la noblesse d’Empire (10 % d’entre elle), les noblesses du XIXe (37 %) et les autres noblesses françaises (50 %) sont également nombreuses à s’unir à des femmes de la haute-bourgeoisie. En dehors de la noblesse ancienne, qui entretient depuis le Second Empire des relations particulières avec la très haute-bourgeoisie d’affaires, plus la noblesse des hommes est récente, plus ses alliances dans la haute bourgeoisie sont nombreuses en proportion, ce qui tend à prouver que les catégories 2, 3, 4 et 5 chez les hommes constituent les vecteurs principaux de l’exogamie nobiliaire. À l’inverse, il est quasiment impossible aux hommes issus de la roture de se marier à une femme noble. L’exogamie nobiliaire, qui fonctionne dès la fin du siècle, dépend donc à la fois du sexe et de l’ancienneté du nom des conjoints. Alors que chez les femmes, la haute-bourgeoisie d’affaires fait le lien entre roture et noblesses, chez les hommes, les noblesses récentes et d’apparence constituent les acteurs de la fusion42. Contenus dans certains groupes, ces choix exogamiques font cependant encore figure d’exception à la fin du XIXe siècle. Si le dernier tableau confirme bien l’existence d’un processus de mélange social entre élites d’ancienneté variable, il permet cependant de relativiser le poids des mariages exogamiques, souvent disproportionné dans les représentations sociales de la fin du siècle. Dans la littérature mondaine et dans le théâtre de l’époque en effet, de nombreuses intrigues se nouent autour des couples noble désargenté/riche roturière. Tous les dysfonctionnements de leur existence sont présentés comme les symptômes de cette fusion, qui apparaît très avancée, alors qu’elle ne s’avère qu’esquissée à la lumière de cette étude43.
42Les femmes de la haute société, éduquées dans un milieu clos aux règles de la bienséance, et lancées dès l’adolescence sur un marché matrimonial contrôlé, subissent, plus que les hommes, les obligations induites par leur position sociale. Qu’elles soient nobles ou bourgeoises, elles sont assignées à devenir des maîtresses de maison, des épouses, et des mères. Leur espace est limité au cadre familial, leurs activités sont confinées sur le terrain privé. Pourtant, paradoxalement, elles constituent aussi les meilleurs agents de l’ouverture sociale du groupe. En effet, reines de la vie élégante dans la presse mondaine, elles apparaissent tout d’abord comme les moteurs de la sociabilité parisienne. À ce titre, elles reçoivent les personnalités les plus en vue des mondes diplomatique, politique, militaire, artistique et littéraire de l’époque. Dans leurs salons, les représentants des plus hautes lignées nobiliaires se trouvent mêlés à des hommes parvenus à se faire un nom. Les femmes du monde sont donc à l’origine de l’éclectisme mondain, qui contribue à réduire les distances entre noblesses et bourgeoisies. De plus, nous avons noté que si les comportements matrimoniaux endogamiques persistent dans le monde, certaines femmes, issues principalement de la haute bourgeoisie d’affaires, parviennent à contracter des alliances au sein des noblesses. Plus que les hommes de la même catégorie, ces héritières issues de la roture sont les instruments du rapprochement qui s’effectue avec les familles nobiliaires. Agent de la perpétuation du groupe, vecteur de transmission de la tradition et des valeurs aristocratiques, les femmes de la haute société incarnent donc aussi l’ouverture et la modernité.
Notes de bas de page
1 Riese L., Les salons littéraires parisiens, du Second Empire à nos jours, Toulouse, Privat, 1962 ; voir plus récemment les travaux de Martin-Fugier A., Les salons de la Troisième république, op. cit.
2 Martin-Fugier A., La bourgeoise, la femme au temps de Paul Bourget, Paris, Grasset, 1983.
3 Le Figaro, samedi 13 octobre 1900, « Le Monde et la Ville », rubrique « Renseignements mondains ». MICR-D-13 décembre 1900, BnF.
4 Le Figaro, samedi 13 janvier 1900, « Le Monde et la Ville », rubrique « Salons ». MICR-D-13 janvier 1900, BnF.
5 Le Figaro, dimanche 20 mai 1900, « Le Monde et la Ville », rubrique « Salons ». MICR-D-13 mai 1900, BnF.
6 Selon Martin G., Histoire et généalogie des Maisons de Rohan, de Chabot et de Rohan-Chabot, Imprimerie Mathias, La Ricamarie, 1977, p. 105.
7 Riese L., Les salons littéraires parisiens…, op. cit.
8 Dans l’œuvre de Proust, Swann à Combray parle du célèbre « Bal de la princesse de Léon » qu’elle organisa dans les années 1880.
9 Vasili P., « La société de Paris »…, op. cit., p. 196.
10 Vasili P., « La société de Paris »…, op. cit., p. 328.
11 Proust M., Essais et Articles, Paris, Gallimard, 1994, p. 133-134.
12 Voir à son sujet, Martin-Fugier A., Les salons de la Troisième République…, op. cit., p. 29 et suivantes ; et l’article consacré à Edmond Adam, dans Robert A., Cougny R., Bourloton ?, Dictionnaire des Parlementaires français, Paris, Bourloton, 1889-1891, 5 vol.
13 Voir sur ce salon, les pages que lui consacre Laure Riese dans Les salons littéraires parisiens…, op. cit., p. 51.
14 On citera principalement sur cette question l’ouvrage de Mension-Rigau E., L’enfance au château…, op. cit. ; mais aussi les premiers chapitres de l’étude de Martin-Fugier A., La bourgeoise, la femme au temps de Paul Bourget…, op. cit. Plus généralement, voir les travaux de Mayeur F., L’Enseignement secondaire des jeunes filles sous la Troisième République, Paris, PFNSP, 1977 ; et L’éducation des filles en France au XIXe siècle, Paris, Hachette, 1979.
15 Le Journal de l’Abbé Mugnier, 1879-1939, Mercure de France, Paris. Voir aussi de Diesbach G., L’Abbé Mugnier, le confesseur du Tout-Paris, Paris, Perrin, 2003.
16 Voir sur cette question le premier chapitre « Apprentissages », du livre de Martin-Fugier A., La bourgeoise, la femme au temps de Paul Bourget, Paris, Grasset, p. 36-50.
17 Vassili P., La société de Paris…, op. cit., p. 280.
18 Ibid., p. 279.
19 Ibid., p. 281.
20 Journal de Constance de Castelbajac, marquise de Breteuil 1885-1886, présenté par Eric Mension-Rigau, Paris, Perrin, 2003, p. 42.
21 Le Figaro, mercredi 25 avril 1900, « Le Monde et la Ville », rubrique « Carnet ». MICR-D-13 avril 1900, BnF.
22 Voir à ce sujet Grange C., Les gens du Bottin…, op. cit., chap. iv, p. 80-101 ; et de Saint-Martin M., « Les stratégies matrimoniales de l’aristocratie », Actes de la recherche en sciences sociales, no 59, septembre 1985, p. 74-77.
23 Fonds Régnier de Massa, Correspondance de Nancy Mac Donald avec ses enfants/1er dossier : sa correspondance avec Alfred de Massa (1822-45), 279 AP/21, archives privées, Archives nationales.
24 Fonds Régnier de Massa, Correspondance de Nancy Mac Donald avec ses enfants, même dossier, 279 AP/21, archives privées, Archives nationales.
25 Fonds Albert de Mun, Lettres de Simone née d’Andlau à son mari Albert de Mun. 1867-1913, 378 AP/7, archives privées, Archives nationales.
26 Martin G., Histoire et généalogie de la Maison d’Harcourt, Lyon, La Ricamarie, 1995.
27 Journal de Constance de Castelbajac…, op. cit., p. 62-63.
28 Fonds Greffulhe, Mondanités, liste d’invitations, programmes de soirées musicales, AP/101 (II)/118, archives privées, Archives nationales.
29 Fonds Albert de Mun, Lettres de Simone née d’Andlau à son mari Albert de Mun. 1867-1913, 378 AP/7, archives privées, Archives nationales.
30 Fonds Joachim Murat, papiers du prince Joachim V, Dossier concernant le mariage du prince Joachim Murat avec Mlle Cécile Ney en 1884, 31 AP/68, archives privées, Archives nationales.
31 Le Figaro, lundi 10 décembre 1900, « Le Monde et la Ville », rubrique « Salons ». MICR-D-13 décembre 1900, BnF.
32 Martin-Fugier A., La bourgeoise…, op. cit., p. 80 et suivantes.
33 Christophe Charle proposait en effet le chiffre de 82,3 % de mariés dans son échantillon d’hommes issus des fractions possédantes, dans Les élites de la République…, op. cit., p. 258.
34 Rapazzini F., Elisabeth de Gramont, avant-gardiste, Paris, Fayard, coll. « Vie de Femmes », 2004.
35 Christophe Charle donnait un taux de 1,2 % pour les fractions possédantes, de 2 % pour les hauts fonctionnaires, de 0,5 % pour les professions juridiques et de 1,6 % pour les fractions intellectuelles, dans Les élites…, op. cit.
36 Christophe Charle note une moyenne de 32 ans pour les fractions possédantes, et de 30,6 ans pour les hauts fonctionnaires, dans Les élites de la République…, op. cit., p. 260.
37 Il donne en effet une moyenne de 23,1 ans pour les femmes des hommes appartenant aux fractions possédantes, et de 23 ans pour les femmes de hauts fonctionnaires, Charle C., Les élites…, op. cit., p. 260. Selon Jean Estèbe, les femmes de ministres se marient entre 24 et 25 ans, dans Les ministres…, op. cit.
38 Nous indiquions dans le chapitre I que 50 % des pères des hommes étaient nés à Paris, contre 24 % à l’étranger et 26 % en province.
39 Nous avons indiqué ici les proportions d’individus dont nous connaissions les lieux de naissance. Les non-réponses ont été comptabilisées.
40 Grange C., Les gens du Bottin…, op. cit., chap. V « Alliances et mésalliances », p. 101-114.
41 La famille Rafélis de Saint-Sauveur* est noble, originaire de Milan et de Provence, d’ancienne extraction. La famille a obtenu ses Lettres de naturalité en 1553. Elle a obtenu les Honneurs de la cour en 1766, 1770, 1780 et 1781 et le titre de baron de l’Empire en mars 1810. Sa mère, née de Gontaut-Biron, est issue d’une famille de noblesse d’extraction chevaleresque.
42 Nous retrouvons ici un phénomène déjà constaté par Christophe Charle dans « Noblesses et élites en France au début du XXe siècle », dans Actes du colloque de l’École française de Rome…, op. cit., p. 407-433 ; de Saint-Martin M., « Les stratégies matrimoniales dans l’aristocratie », Actes de la recherche en sciences sociales, no 59, septembre 1985, p. 74-77.
43 On retrouve ce type de binôme chez Alexandre Dumas fils, chez Paul Bourget ou chez Maupassant par exemple ; à ce sujet, voir Carassus E., Le snobisme et les lettres françaises de Paul Bourget à Marcel Proust…, op. cit., chap. i « Convergences sociales ».
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