Chapitre III. Thermalisme et climatisme en Guadeloupe
p. 81-107
Texte intégral
1Un pharmacien de la marine française étudiant les sources thermales de la Guadeloupe observait en 1864 :
« Par suite de l’incidence des rayons solaires qui, de l’extérieur de la maison, viennent frapper obliquement le pavé des piscines, le corps immergé des baigneurs prend une couleur blanche cadavérique. Cet effet est tellement prononcé qu’un nègre paraît blanc dans l’eau de ces bassins1. »
2Cette remarque illustre certains des motifs du thermalisme colonial. Aux colonies françaises on attribuait certes aux eaux les mêmes qualités curatives presque miraculeuses qu’en Europe. Mais, dans un cadre colonial, on leur prêtait également d’autres vertus. Elles avaient pour don de recréer la France outre-mer, offrant aux colons rongés par le mal du pays des répliques en miniature de stations bourgeoises telles Vichy, Royat, Aix-les-Bains, Dax ou Bagnères-de-Bigorre. Autrement dit, en tant qu’agents de francité, ces eaux reflétaient la mère patrie outre-mer. Un pharmacien pouvait ainsi imaginer qu’en immergeant un Guadeloupéen de couleur dans les eaux thermales locales, on pouvait effacer les différences raciales. Force est de constater que l’eau minérale pouvait servir d’agent ou de remède puissant.
3Le thermalisme ne constituait qu’une expression de pouvoir et de savoir parmi tant d’autres en Guadeloupe, expression longtemps occultée, du reste. Comme à la Réunion, l’économie locale reposa sur l’esclavage jusqu’en 1848. Les archives enregistrent déjà la présence d’esclaves d’origine africaine en Guadeloupe dans les années 1640 ; deux décennies plus tard, ces derniers étaient désormais plus nombreux que les colons Européens. Les blancs eux-mêmes étaient loin d’être homogènes aux Antilles, les uns issus d’origines étrangères (néerlandais et irlandais, notamment) d’autres encore occupant le statut de petits blancs. La Révolution française en Guadeloupe, étudiée si finement par Frédéric Régent, Laurent Dubois et Jacques Adélaïde-Merlande, marqua la première fin de l’esclavage. Son dénouement s’avéra cependant tragique : Napoléon dépêcha une force métropolitaine pour rétablir l’esclavage et pour mater la révolte menée par Louis Delgrès contre sa réintroduction. Les rebelles choisirent Matouba comme dernier radoub. C’est là qu’en mai 1802, ils déchirèrent la tranche blanche du drapeau tricolore, menèrent un combat acharné, avant de se faire exploser, plutôt que de subir un retour à l’esclavage. Que ce site ait été par la suite réinventé, passant d’un haut lieu de la résistance en un centre de loisir et de pouvoir colonial autour des sources de Matouba constitue sans doute une tragique ironie. Les mêmes pentes que les historiens ont dépeintes comme des champs de liberté allaient se métamorphoser en effet en bastions d’une élite coloniale, permettant aux autorités coloniales de retrouver la santé et surtout de se ressourcer dans cette région promue en modèle réduit de la métropole2.
Eaux anciennes et nouveau monde
4En un sens donc, les thermes guadeloupéens montrent comment les Européens, entourés par l’« Autre », cherchèrent la moindre trace du familier dans leur environnement. Loin d’être tous séduits par l’exotique, de nombreux blancs rejetèrent l’aliénation quotidienne. Dans cette logique, les stations thermales, si typiquement françaises3, servirent de puissant rappel de la patrie. De toute évidence, les pratiques thermales remplirent bien plus qu’une seule fonction affective : depuis le tout début de leur présence dans les Antilles les Français avaient recherché tant les eaux thermales que les hauteurs, combinaison censée procurer un refuge prophylactique contre les effets néfastes des tropiques. Durant toute la longue durée de leur présence aux Antilles, depuis le XVIIe siècle jusqu’au XXe siècle, les scientifiques français allaient continuer à puiser dans les eaux thermales, et chercher dans les sommets, l’élixir pour combattre l’environnement local. Et ceci dans l’espoir qu’on pouvait mettre la géographie de la Guadeloupe au service de la lutte contre son climat réputé délétère.
5Les sources thermales guadeloupéennes retinrent la curiosité de plusieurs voyageurs français, vers l’époque de l’annexion française de l’île en 1674. Elles apparaissaient comme des eaux familières dans un monde étranger. Des récits français de l’époque reconnaissent que les peuples indigènes avaient longtemps fait usage des eaux chaudes de l’île, et qu’ils y avaient en fait guidé les Européens au XVIIe siècle. En revanche, un certain mystère subsiste en ce qui concerne les croyances des Caraïbes et Arawaks avant eux, relatives à ces sources. Ils leur avaient sans doute attribué d’autres significations que ne l’avaient fait les colonisateurs français qui, dès le XVIIe siècle, avaient commencé à les exploiter pour le traitement d’une « multitude de maladies ». Le grand chroniqueur des Antilles, Jean-Baptiste Labat, rappelle qu’à cette époque un bassin sulfurique marécageux (sans doute la Ravine-Chaude) avait déjà acquis une certaine renommée parmi les Français, comme guérissant « les sueurs froides » et les contractions nerveuses4. Un voyageur français de retour de Guyane avait spécifiquement recherché les eaux de la Guadeloupe pour traiter ce que Labat nomme un cas d’œdème aigu5. Une autre relation de l’époque, l’Histoire générale des Antilles du père du Tertre, datant de 1667, caractérisait les eaux chaudes de la Guadeloupe comme « très salutaires ». Du Tertre soutenait qu’en dépit de leur puanteur et de leur caractère brouillé6, les sources de l’île avaient prouvé leur efficacité à soigner des maladies. Le cas qu’il présentait jette cependant des doutes sur les résultats obtenus. Il citait l’exemple d’un certain Monsieur de Poincy qui mourut peu après avoir pris les eaux pour soigner sa rate7. Sur un site qui correspond à la description de la Ravine-Chaude, du Tertre décrivait un traitement plus réussi de plusieurs personnes affligées de différents maux8. Dans leur cas, une immersion de huit jours dans un bassin d’eau chaude produisit des rétablissements quasi miraculeux. Du Tertre attribuait indirectement cette guérison au contenu fortement sulfuré des eaux guadeloupéennes, propriété qu’il découvrit en faisant bouillir de l’eau de source et en étudiant le résidu après évaporation9. On est cependant tenté de suggérer que la quête de l’auteur d’un remède par les eaux provient largement d’une perception des tropiques comme toxiques. En effet, du Tertre était persuadé que le sol guadeloupéen émettait des miasmes et des vapeurs venimeuses10.
6Dans le contexte de cette épistémologie, les eaux guadeloupéennes en vinrent à constituer un antidote naturel européanisé, contre un environnement décrit comme putride et fétide. Pour combattre des pathologies mystérieuses, les Français en Guadeloupe eurent recours aux anciens éléments de l’eau, de l’air et du feu11, du Tertre ayant déjà établi un rapport entre le contenu sulfureux des sources guadeloupéennes et le volcan de l’île. Puis, après le tremblement de terre de février 1843, des analyses furent effectuées sur les eaux thermales, dans le but de comprendre si « cette grande révolution terrestre a eu quelque influence sur [la] composition des eaux12 ». C’est paradoxalement en partie cet apprentissage géologique qui allait amener les métropolitains, les classes administratives, ou fortunées, à se concentrer sur les pentes du volcan actif de la Soufrière, tout comme leurs infortunés homologues de la Martinique qui périrent sur les flancs de la Montagne Pelée après l’éruption de 190213.
7Des guide médicaux français portant sur les Antilles révèlent les multiples problèmes auxquels devaient faire face les futurs colonisateurs, incapables de percevoir une autre cause que le climat pour expliquer leur taux de morbidité. L’oppression environnementale constituait en effet un souci prépondérant et permanent auquel on ne semblait pouvoir échapper en zone dite « torride ». Avant la révolution kochienne on blâmait le climat pour la quasi totalité des maux aux colonies, depuis la jaunisse jusqu’à la fatigue chronique. Le guide sanitaire de 1816, d’un docteur en médecine, ancien médecin du gouvernement à Saint-Domingue, M. E. Descourtilz, citait les aphorismes hygiéniques suivants, censés régir les actions quotidiennes des colonisateurs. D’abord : « Une des causes prédisposantes de la fièvre jaune étant la grande chaleur, les nouveaux débarqués éviteront, pendant quelque temps, l’action du soleil, et ne sortiront dans les rues, s’il est possible, que le matin et le soir ». Ensuite :
« On recherchera un air pur et tempéré sous la zone torride, où, dans l’espace de vingt-quatre heures, deux vents opposés se succèdent régulièrement l’un à l’autre, pour rafraîchir l’air qui y est naturellement saturé d’humidité, ainsi que le prouvent l’abondance des pluies, la multiplicité des insectes, l’oxydation prompte des métaux, et la putréfaction subite des corps organisés. »
8Et, plus loin :
« On prescrira les bains tièdes aux personnes chez lesquelles la transpiration est difficile ; aux ouvriers amidonniers, aux pileurs de farines de maïs, aux ouvriers employés dans les manufactures de tabac. Ces bains auront d’autant plus d’effet qu’on s’y sera disposé par des frictions sur toute [la surface] du corps14. »
9Le guide sanitaire de Levacher de 1840 inventoriait lui aussi un certain nombre de pratiques préventives, employées pour combattre le climat. Premièrement, les autorités françaises devaient insister pour que les nouveaux arrivants européens soient dispersés autour de l’île, et que leur linge soit changé régulièrement. Deuxièmement, la plus grande propreté devait être maintenue, et on devait prendre soin d’éviter la surpopulation des hôpitaux. Troisièmement, des lazarets devaient être établis sur des îlots avoisinants, comme une sorte de zone de décompression pour les arrivants européens. Ces îlots, situés sur la côte orientale de « plusieurs des Antilles » présentaient l’avantage supplémentaire d’être « parfaitement ventilés et [de] ne contenir aucun marécage ». Quatrièmement, « les bains tièdes [étaient considérés] d’une utilité indispensable pour l’Européen qui débarque ; il doit même en adopter l’usage et le continuer avec modération ». Cinquièmement, « les vêtements seront légers, renouvelés fréquemment et en même temps appropriés ». Enfin, grand soin devait être pris de suivre un régime rationnel sous les tropiques. Ce régime, véritable normalisation ou cure en soi, comprenait deux repas réguliers : « Deux repas suffisent à l’homme, comme en Europe ; ils doivent être variés, modérés et généreux. L’on évitera l’abus des mets épicés, salés, et pimentés du pays... Les boissons les plus salutaires aux repas et entre les repas sont les vins de Bordeaux15. » Cette litanie d’avertissements montre comment le thermalisme en vint à être considéré comme un des fondements du style de vie colonial, cette routine constituant l’un des nombreux commandements que les guides dispensaient aux coloniaux en partance pour les Antilles. Les principes cardinaux dénombrés ci-dessus tournaient autour de trois considérations essentielles : l’hygiène, le rejet de l’Autre (qui se manifeste par la peur de se confondre à l’élément « indigène » en ingérant la cuisine locale), et la reproduction des conforts de la mère-patrie (incarnés par le vin de Bordeaux). Les stations thermales et les sanatoria d’altitude répondaient à ces diverses préoccupations coloniales. Bientôt, le thermalisme occuperait une place centrale, tant dans le paysage que dans l’ordonnancement colonial.
Dolé et le Camp-Jacob : sanatoria et sites de pouvoir
10Dès le début du XIXe siècle, l’administration navale et civile de la Guadeloupe commença à déceler le potentiel de la région située dans le triangle sud-ouest de la Basse-Terre, site bien balayé par les vents, montagneux et doté d’une végétation luxuriante. Le gouverneur de l’île, l’Amiral Louis Jacob, entreprit de déterminer un endroit adéquat pour construire un hôpital militaire et une station de repos près de la capitale de Basse-Terre. Le 13 décembre 1823 Jacob convoqua son Conseil de Santé pour qu’il lui recommande l’altitude nécessaire à l’acquisition de l’immunité contre la fièvre jaune16. Six jours plus tard le Conseil de Santé rapporta qu’une altitude de plus de 400 pieds pouvait suffire tant que les soldats y demeuraient de façon permanente et que le site choisi était bien éloigné des marécages17. Trois ans après ces délibérations préliminaires, le Dr Henri-Joseph Vatable produisit une étude détaillant les conditions et les localités optimales pour l’implantation éventuelle d’un sanatorium. Vatable s’accordait pour dire que les troupes nouvellement arrivées devaient être protégées des effets dévastateurs de la fièvre jaune, mais faisait remarquer que plusieurs régions des hauteurs guadeloupéennes, qui semblaient épargnées par la fièvre jaune, étaient malheureusement sujettes à la dysenterie. À son avis, l’emplacement idéal se trouvait près de Matouba, site qui allait effectivement être retenu pour le Camp-Jacob. En ce qui concerne les conditions de vie et le régime, comme Levacher, Vatable exhortait l’administration à substituer le vin au rhum18.
11Vatable, Jacob, et leurs collègues s’étaient fixés comme priorité absolue la prophylaxie contre « les fièvres ». Ils avaient toutes les raisons pour cela. En effet, dans les années d’épidémie de fièvre jaune, un neuvième de tous les patients hospitalisés de la Guadeloupe périssait en moyenne19. Quel que fût le coupable, la chaleur, les marécages, le rhum, ou la toxicité des régions en contrebas, il devait être endigué au plus vite afin d’assurer la continuité de la présence coloniale française dans de telles conditions. En avril 1829 des plans furent dressés pour établir un campement militaire sur les hauteurs de Saint-Claude. La même année, le directeur du dépôt des fortifications de la Marine royale ajouta une variation importante à la fonction originelle du Camp Jacob. Au lieu de servir de campement permanent, il serait utilisé comme une sorte de sas de décompression tropicale à l’intention des troupes. Cette période d’adaptation devait durer quelque vingt mois après leur arrivée de France20. Selon cet officiel, le premier hivernage s’avérait en effet la phase la plus critique, après quoi la plupart des Européens pouvaient être considérés comme acclimatés. Ainsi, le Camp Jacob était conçu comme une sorte d’antichambre aux tropiques pour les troupes blanches nouvellement arrivées. Le camp agirait donc comme facilitateur d’acclimatement. Mais qu’en était-il d’Européens installés de longue date en Guadeloupe, et dont les maladies chroniques, et le taux de mortalité élevé semblaient remettre en cause le bien-fondé des thèses d’acclimatement ?
12Au cours des délibérations à propos du Camp Jacob, les partisans du projet originel de « camp permanent » se tournèrent vers un second site pour l’implantation d’un établissement militaire de convalescence qui serait à même d’accueillir les troupes déjà postées dans l’île. Le Gouverneur Jacob fut aisément convaincu, étant donné que ce projet, planifié à Dolé-les-Bains, promettait d’entraîner d’importantes économies, en diminuant le nombre de jours de maladies et, mieux encore, en réduisant le transport des convalescents vers la distante métropole21. Mais Dolé-les-Bains, comme son nom l’indique, devait son choix avant tout à ses sources thermales. Le document de 1832 ordonnant l’établissement de ce campement sanitaire présentait les eaux de Dolé comme « favorables surtout aux hommes atteints de la dysenterie ou de fièvres intermittentes22 ». Les « fièvres intermittentes » comprenaient habituellement, à la fois la fièvre jaune et la malaria, preuve des qualités curatives qu’on attribuait alors aux sources de Dolé. Les partisans de ce projet insistaient pour séparer les traitements des nouvelles recrues d’un côté, et des hommes aguerris de l’autre : « Il nous semble que le cantonnement sanitaire de Dolé doit être spécialement affecté aux convalescents et aux hommes atteints de maladies pour le traitement desquelles l’emploi des eaux thermales est nécessaire23. » En 1831 le Conseil privé de la Guadeloupe embrassa cette vision, agréant que :
« Le Cantonnement de Dolé servirait également de convalescence pour les militaires qui auraient besoin de changement d’air et qui pourraient quelquefois se rétablir dans la colonie, sans occasionner des frais de voyage pour retourner en Europe. Il serait d’une utilité évidente pour les militaires malades auxquels l’usage des eaux thermales de Dolé sera indiqué comme moyen curatif par le Conseil de santé. Cet établissement, en leur procurant des moyens de salubrité que l’on ne trouve point ailleurs, aurait encore l’avantage de diminuer le nombre des journées d’hôpitaux, dont la dépense est considérable24. »
13Ce passage insiste de nouveau sur les économies possibles qu’impliquerait le traitement des troupes européennes sur place. Un concept clé venait de voir le jour : l’administration pouvait épargner gros en créant en Guadeloupe le même genre de station qui commençait à jouir d’un grand succès en France métropolitaine. Dolé maintiendrait un quasi monopole parmi les rangs de l’administration coloniale, puisqu’un officiel pouvait y être envoyé en cure gratuite, per diem à la clef, sur simple décision du conseil de santé de la colonie (cet état de choses devait changer à la fin du siècle, avec le subventionnement croissant de l’état pour les cures en France métropolitaine)25.
14Sans nous attarder sur la question des motivations, on peut conclure qu’en l’espace d’une décennie, d’à peu près 1821 à 1831, les mesures pro-phylactiques jumelles qu’étaient les cures d’eau minérale et d’altitude s’étaient enracinées dans l’administration navale et civile comme autant de modes de saluts rationnels contre la fièvre jaune, le paludisme, et la dysenterie. À cette époque, ces cures étaient dispensées principalement par deux établissements militaires et gouvernementaux, l’un au Camp-Jacob et l’autre à Dolé-les-Bains, sites qui avaient été au moins en partie fondés dans le but d’épargner à l’administration française de renvoyer ses bureaucrates et ses soldats en France en congés de convalescence. C’est ainsi que des considérations financières pratiques rejoignaient le besoin reconnu des troupes blanches de trouver un « ressourcement », projet qu’on ne saurait entièrement déconnecter du mal de pays, et du clonage de la métropole aux Antilles.
15Au cours des décennies suivantes, des hommes d’affaires et des médecins entreprenants allaient commencer à établir des centres hydrothérapiques pour le grand public, développant les sources du Lamentin, connues également du nom de Ravine-Chaude, et érigeant un établissement « civil », certes assez rudimentaire, contigu au camp militaire de Dolé-les-Bains (le Grand Hôtel de Dolé et la « modernisation » des bassins de Dolé allaient devoir attendre jusqu’en 1917). Ce courant reflétait sur une échelle naturellement plus modeste, l’accroissement de la privatisation et de la profitabilité de l’industrie thermale en France métropolitaine vers le milieu du XIXe siècle26. En 1837, en tout cas, le thermalisme semblait en plein essor en Guadeloupe. En témoigne le passage suivant tiré d’une note statistique du Secrétariat d’état de la Marine et des Colonies :
« Les sources d’eaux chaudes sont nombreuses à la Guadeloupe. Il y en a dix ou douze bien connues [...]. Les plus fréquentées par les malades sont celles de Bouillante, de Dolé, et surtout celle du Lamentin, où l’on a construit un établissement spécial pour les baigneurs. Ces différentes sources thermales sont employées avec succès pour la guérison des douleurs rhumatisantes, des maladies cutanées, des fièvres intermittentes et des affections dysentériques chroniques27. »
Un espace colonial d’élite
16D’après le médecin français colonial Alexandre Kermorgant, le Camp-Jacob pouvait se targuer d’être le tout premier sanatorium d’altitude (c’est-à-dire station d’altitude) colonial au monde, précurseur de tant d’autres : Petropolis au Brésil, Baguio aux Philippines, Simla en Inde, Dalat en Indochine... Commentant l’évolution de la région du Matouba depuis l’implantation du Camp Jacob, Kermorgant écrivait en 1899 : « [aujourd’hui] les hauteurs de l’île deviennent un refuge pour la population aisée et pour les malades28 ». Il ajoutait que le grand avantage du Camp Jacob provenait précisément de cette étroite communauté de responsables, fonctionnaires, convalescents, et curistes. Il observait :
« De véritables petits sanatoria se sont créés dans les hauteurs du Petit-Bourg, de Sainte-Rose, aux Trois-Rivières à Gourbeyre, enfin à Matouba, situé à 100 mètres d’altitude au-dessus du camp Jacob, qui dépend de la commune de Saint-Claude. Chaque jour, on voit s’élever de nouvelles habitations. La beauté du site [...] a fait dénommer le village de Saint-Claude la Suisse des Tropiques [...] Le grand avantage du camp Jacob, c’est que les troupes, les fonctionnaires, le gouverneur y résident. On y a édifié un hôpital de 120 lits ; c’est par ce fait non un camp, mais une vraie ville de santé29. »
17En filigrane, l’on relèvera qu’au tournant du siècle la région du Camp Jacob/Matouba, de même que les hauteurs de la Soufrière, étaient devenus une zone de « peuplement blanc », mettant en contact des officiels coloniaux au sommet de la pyramide de commandement colonial, des résidences luxueuses de planteurs, des hôpitaux coloniaux, et des établissement thermaux dans une seule région, nichée dans le sud-ouest montagneux de la mal nommée Basse-Terre. De fait, jusqu’à ce jour, la résidence du préfet se trouve au Camp Jacob30. Le fourmillement de propriétés d’élite autour de ces lieux d’autorité au XIXe siècle trahit les liens de pouvoir qui se tissaient autour des stations thermales et des sanatoria dans les hauteurs de Saint-Claude. La région n’était pas seulement devenue chic (bien que, paradoxalement, certains de ces établissements thermaux se trouvaient plutôt dilapidés), elle s’était également établie comme un lieu propre à nouer des réseaux. Le fait que cette rencontre entre planteurs, bourgeois, et dirigeants ait eu lieu autour de stations de repos n’était évidemment pas une coïncidence. Douglas Mackaman a montré comment dans la France du XIXe siècle les thermes étaient devenus un terrain de jeu pour une clientèle bourgeoise, à la double recherche d’un régime médical et d’activités de loisir ultra structurées31. Bien qu’il nous manque des statistiques susceptibles de contribuer à un profil social du curiste guadeloupéen au XIXe siècle, on peut certainement estimer que la Guadeloupe du XIXe siècle vit un accroissement similaire dans le cachet social associé au thermalisme. Il reflétait sans doute également un autre phénomène français du XIXe siècle : l’émergence des thermes comme enclave bourgeoise dont les indigents se voyaient de plus en plus exclus32. Mais, dans un contexte colonial, les considérations de race doivent être ajoutées aux relations de classe.
18À travers le XIXe siècle, les personnes de couleur en Guadeloupe, comme dans toutes les Antilles, ne jouissaient pas pour la plupart des « conditions optimales » de la région de Saint-Claude/Matouba. L’historienne Dominique Taffin a montré comment une épidémie de choléra en Guadeloupe en 1865 fut largement occultée par l’administration française, dans un effort de dissimulation « des données extrêmement défavorables [...] quant aux conditions de vie de la majorité noire de la population33 ». Cependant, comme nous l’avons observé, la population française métropolitaine nouvellement arrivée était concentrée dans la moitié occidentale montagneuse et bien balayée par les vents de la Basse-Terre. Autrement dit, l’accès aux soins n’était que le reflet d’une réalité socio-économique bien plus vaste : les Européens s’étaient approprié ce qu’ils percevaient comme le seul coin véritablement salubre de la Guadeloupe. Et ils commençaient à esquisser d’ambitieux projets pour la région. En 1917 le chef des services de santé guadeloupéens, le Dr Pichon, exprima l’espoir que « toute cette région, du Matouba à Dolé, en passant par Saint-Claude et Gourbeyre, devrait être un vaste sanatorium et un lieu de villégiature et de convalescence pour toutes les Antilles, et l’Amérique34 ». Ces versants montagneux réputés salubres, se voyaient sans cesse opposer à la moitié est de la Guadeloupe, plate, et productrice de canne à sucre. Sous presque tous les aspects, Grande Terre représentait l’antithèse de Basse-Terre, son repoussoir du point de vue sanitaire.
19Ici, la géologie rivalisait avec la topographie comme élément conditionnant la certification de salubrité ou d’insalubrité. Dans son traité de 1827 sur la fièvre jaune, Memoirs of West Indian Fever, le médecin anglais John Wilson était déjà arrivé au diagnostic suivant pour la Guadeloupe :
« À en juger par son apparence, la Guadeloupe est une formation calcaire. à plusieurs endroits, on y trouve de la chaux en surface. Si toute l’île est réputée insalubre, ces régions le sont encore plus. La Pointe-à-Pitre mérite de retenir l’attention. Le coin est généralement marécageux et insalubre, mais les endroits secs et élevés constituent des foyers de Fièvre des Indes orientales, mortelles au plus haut degré. À un mile à l’est de la ville se trouve le Fort Louis, et un mile plus à l’est la Fleur de Pays. Elles occupent une crête calcaire [...] dont l’altitude, la sècheresse, et la proximité de la mer, auraient pu laisser penser, au premier abord, qu’elles procurent une situation favorable à la santé. Or ces forts se sont distingués par leurs taux de mortalité qui ont ravagé les troupes, une mortalité guère rivalisée dans tous les ports des Indes orientales35. »
20Grande-Terre était ainsi apparue dès 1827 comme un lieu mortel, et ce en grande partie à cause de son sous-sol. Pour ce médecin, la géologie pesait même davantage que l’altitude, en ce qui concerne les hauteurs surplombant Pointe-à-Pitre. La principale agglomération de l’île paraissait bien insalubre par rapport à la petite capitale de Basse-Terre. Et, sur les collines surplombant Basse-Terre, à Saint-Claude, Matouba, et Camp-Jacob, l’administration allait continuer à s’accrocher à la quadruple formule de l’altitude, combinée au sol volcanique, aux eaux salubres qui en émanaient, et aux vents, pour prévenir les maladies. Cette formule allait résister même à l’avènement de la science microbienne.
21Ainsi, à partir du XIXe siècle, les stations guadeloupéennes apparurent comme les sites multifonctionnels d’un pouvoir blanc. En ce sens, on peut effectivement concevoir le triangle Saint-Claude/Matouba/Camp-Jacob comme un précurseur des capitales estivales d’Inde britannique, en tant que siège de pouvoir colonial36. Le parallèle n’échappa pas à l’attention du médecin belge colonial Dryepondt, qui notait en 1900 :
« Il ressort de l’examen de nos connaissances sur les sanatoria des Indes et des Antilles qu’Anglais et Français se sont servis avec avantage des hauteurs comme lieu d’habitation permanente et comme lieu de refuge pendant la mauvaise saison ; ils ont également, les uns et les autres, établi sur les altitudes des postes médicaux, des sanatoria-hôpitaux, des Hill Convalescence Depots, dont les effets se sont montrés favorables sur les malades37. »
22Ce passage nous rappelle également les raisons premières des stations d’altitude. En effet, aux colonies, le besoin de campement d’altitude, la quête d’eaux thermales, les prescriptions liées aux vêtements et au régime, tout comme le développement de typologies d’acclimatation, tous ces soucis dérivaient de l’obsession de la chaleur tropicale. Comme les Anglais en Inde, les Français étaient persuadés qu’ils « se conservaient mieux dans les hauteurs38 ».
23Alors que l’idéal de l’acclimatement devint contesté, la quête se renforça pour dénicher des bastions microclimatiques permettant la survie de ce qu’on appelait désormais la « race française » sous les tropiques. Entre 1870 et 1900, des savants effectuèrent de nombreuses analyses pour déterminer la salubrité de diverses localités guadeloupéennes. Ces études découlaient d’une crainte renouvelée que les blancs pourraient dégénérer même sous des ciels réputés relativement cléments pour la zone tropicale – les Alizées ayant longtemps conféré aux Antilles une sorte d’extra-tropicalité dans certains cercles (l’on assistait en effet à l’élaboration d’une véritable échelle de dangerosité tropicale). En 1899, Georges Treille étayait ces craintes :
« Nous savons que, même dans les vieilles colonies européennes, l’importance de la population blanche diminue régulièrement, soit que des causes économiques interviennent, qui provoquent des retours en Europe, soit que, faute de nouveaux apports qui le renforce, l’élément d’origine blanche ou perd progressivement sa résistance au climat, ou tend à se fondre dans les éléments ethniques qui l’entourent39. »
24L’influent professeur de « pathologie exotique » révélait ici une peur de submersion, de dégénérescence, et de perte d’identité suite à l’influence du métissage et du climat – ceci venant d’un scientifique, qui contrairement à nombre de ses collègues de l’époque, continuait au moins à croire à la possibilité même de l’acclimatation humaine. Pour Treille et son école, le thermalisme et le climatisme semblaient contrecarrer l’influence pernicieuse du climat tropical sur plusieurs registres : d’abord en créant une communauté Européenne ségréguée, ensuite en renforçant la « résistance au climat » par le biais de microclimats semblables à l’Europe, et enfin en atténuant le taux de mortalité qui ravageait les Européens fraîchement débarqués. En ce sens, le paludisme et la fièvre jaune attiraient certes l’attention, mais se faisaient surtout le substitut d’une angoisse bien plus généralisée liée à la dégénérescence et à l’expatriation. L’on perçoit ainsi combien les hygiènes physique et morale allaient de pair dans la prophylaxie médicale en Guadeloupe.
La Cure d’altitude
25Nous avons vu dans le chapitre i comment les Européens ont pu se livrer à un véritable culte de l’altitude aux colonies. Cela ne relève pas d’une simple construction mentale ; il y avait bel et bien une logique scientifique derrière ces sanatoria d’altitude, bien que nous sachions aujourd’hui combien et pourquoi leur logique était erronée : alors que les Européens pensaient fuir les miasmes, ils parvenaient dans une certaine mesure en réalité à échapper aux moustiques. Dès 1820, les Anglais aux Indes concluaient que ni le choléra ni le paludisme ne régnaient au-dessus du seuil de 1 500 à 2 000 mètres d’altitude. Quelques rares cassandres prévenaient que même une altitude de 2 500 mètres ne saurait prévenir ces fléaux40. Un siècle plus tard, en 1924, des scientifiques britanniques en Inde prévenaient que même une altitude de 5 000 pieds, soit 2 743 mètres, s’avérait insuffisante pour s’assurer d’une immunité totale contre la malaria41. Cela représentait un changement de données fondamental, lorsqu’on sait qu’en 1823 le conseil de santé de la Guadeloupe avait préconisé une altitude de 400 pieds, soit 122 mètres pour un campement sanitaire. Entre-temps, l’étude entreprise par le Dr Jousset en 1883 soutenait que s’il fallait effectivement atteindre les 1 000 à 1 200 mètres d’altitude pour trouver un emplacement idéal pour une station d’altitude, le Camp Jacob avait cependant fait ses preuves tout en n’atteignant que 545 mètres au-dessus de la mer des Antilles. Au passage, Jousset relevait que l’utilité dudit Camp Jacob n’était pas seulement physiologique, mais également psychologique, puisque ce camp « rappelait l’Europe et la mère patrie42 ».
26Tout au long du XIXe siècle, l’altitude continua de servir d’index de salubrité. Kermorgant observe que le Camp Jacob jouissait d’une température moyenne de cinq degrés en deçà de la capitale Basse-Terre, bien que cette dernière ne fût qu’à cinq kilomètres. Ce sont bien ces 545 mètres qui avaient déterminé cette réputation – alors même que les scientifiques élevaient la barre antipaludéenne bien au delà des 1 000 mètres de hauteur43. Néanmoins, Kermorgant insistait que cette altitude s’avérait salvatrice pendant la période allant de juillet à octobre, alors que la malaria faisait des ravages sur les zones côtières. En réalité, l’on ne cessa de s’émerveiller devant l’immunité supposée du Camp Jacob. Un rapport de 1897 remarquait que de toutes les brigades de gendarmerie des Antilles, celle du Camp Jacob signalait le moins de malades. Il fut par conséquent recommandé que la brigade en question soit élargie afin qu’elle puisse accueillir une résidence de vacances pour gendarmes en poste aux Antilles44.
27Parmi les nombreuses études consacrées aux hauteurs guadeloupéennes, celles qui traitent de l’immunité contre la fièvre jaune semblaient présenter les résultats les plus convaincants. Dryepondt observait que, à la fois à la Jamaïque et à la Guadeloupe, les hauteurs avaient offert un havre face aux épidémies de fièvre jaune. À la Jamaïque, il notait que le taux de mortalité avait baissé de 130 sur mille à 35 sur mille depuis que les troupes avaient déplacé leur garnison des plaines vers les montagnes45. De même, à la Guadeloupe en 1869, le Camp-Jacob avait protégé les soldats de la pire épidémie de fièvre jaune, celle de 1869, comme le démontre ces statistiques46 :
Lieu | Contraction moyenne de fièvre jaune sur 1 000 personnes |
Les Saintes | 660 |
28Peu surprenant alors que l’administration, la bourgeoisie, et les planteurs se soient rués vers les hauteurs. Selon Liliane Chauleau :
« La méthode la plus couramment employée pour prévenir [la fièvre jaune] consiste à se réfugier dans les stations d’altitude : celle du Camp-Jacob à la Guadeloupe, du Camp des Pitons à la Martinique47. »
29Alors que la protection relative qu’offrait le Camp-Jacob contre la fièvre jaune semble indiscutable, les résultats étaient bien moins convaincants concernant la malaria. Celle-ci était pourtant en train de devenir le premier agent de mortalité de l’île, responsable d’un quart de toutes les hospitalisations au tournant du siècle48.
30En 1907, le Dr René Pichevin, expert des sanatoria coloniaux, s’intéressa aux taux de malaria dans la région de Saint-Claude/Matouba/Camp-Jacob. Pichevin observa que les troupes postées dans cette région s’étaient montrées quelque peu moins vulnérables au paludisme que leurs compatriotes stationnés dans les plaines de la Martinique49. Mais les chiffres demeuraient étonnamment élevés. En bordure des côtes martiniquaises 292 soldats sur 1 000 avaient contracté la malaria en 1904, contre 286 sur 1 000 dans les hauteurs de Guadeloupe. Cependant, une étude plus tardive de 1932, entreprise par un certain Marcel Léger, concluait que la Guadeloupe en général apparaissait comme plus sujette à la malaria que la Martinique, ce qui jetait un nouvel éclairage sur les statistiques. De plus, Léger notait que l’île de la Guadeloupe tout entière semblait contaminée, quoique, bien curieusement, il reconnaissait ne pas avoir testé les hauteurs de Saint-Claude/Matouba50. Ce refus de démystifier la prétention antipaludéenne de la région de Saint-Claude/Matouba/Camp-Jacob est sans aucun doute révélatrice. Si les chiffres de Pichevin sont exacts, les stations d’altitude guadeloupéennes n’offraient, à vrai dire, que bien peu de répit contre la malaria. Le désir de récréer des petites oasis métropolitaines aux colonies, les illusions de salubrité, les perceptions d’un climat tempéré, surtout, s’avérèrent plus importants que les statistiques médicales.
31Néanmoins, les premiers résultats de Pichevin, ajoutés aux conclusions plus convaincantes de Dryepondt concernant la fièvre jaune, contribuèrent sans nul doute à l’essor des stations guadeloupéennes, à la fois thermales et climatiques. Leur conseil relevait du bon sens : afin de se prémunir contre les maladies, l’on devait simplement éviter les zones infectées. Bien entendu, le non-dit de ces conclusions, c’était l’idée que les blancs, tout en s’appropriant les parties les plus confortables de l’île, devaient se garder à la fois des « zones infectées » et de leurs habitants. Au début du XXe siècle, tous les éléments semblaient en place pour assurer la prospérité des stations d’altitude guadeloupéennes : les thérapies thermales et d’altitude avaient toutes les deux été reconnues comme des antidotes et comme des cures efficaces contre les pathologies tropicales.
32Indéniablement, certains sceptiques firent entendre leurs voix en ce début de XXe siècle. En 1904, le médecin militaire Cassagnou finit par s’attaquer à l’immunité réputée du Camp Jacob, de Saint-Claude et de Matouba contre la fièvre jaune. Il s’intéressa de près à plusieurs épidémies de la maladie au Camp Jacob en 1852, 1853, 1854, et 1869. Puis il s’interrogea sur la probabilité que la maladie ait été importée depuis les basses régions. Cassagnou fonda son révisionnisme sur les toutes dernières théories, validées depuis lors, sur la transmission par moustique de la fièvre jaune. Il puisa dans les mêmes chiffres que ses prédécesseurs pour montrer précisément le contraire : « La tradition attribue au Matouba une immunité absolue pour la fièvre jaune » affirmait-il, alors que « l’expérience a démontré sur quelle base peu solide elle reposait ». Même Cassagnou reconnaissait cependant que le Matouba en particulier (96 mètres plus haut que le Camp Jacob) semblait offrir une certaine protection contre la maladie, lorsqu’on la comparait aux régions côtières. Il refusait pourtant d’imputer cette protection partielle au seul climat, invoquant un mélange de facteurs, comprenant la température et des considérations hygiéniques et morales51. Les révélations de ce médecin auraient très bien pu saper la légitimité des cures d’altitude en Guadeloupe ; dans les faits, elles ne parvinrent pas à ébranler des pratiques et des croyances solidement ancrées. Longtemps légitimées par plusieurs branches de la médecine comme autant d’antidotes aux maladies tropicales, les cures d’air et les cures d’eau continuèrent à attirer de très nombreux patients au XXe siècle.
Cures hybrides ?
33Souvenons-nous que dans l’optique du conseil de santé de la Guadeloupe des années 1820, le Camp Jacob et Dolé-les-Bains étaient censés se compléter. La décision en 1832 de créer deux « sanatoria » distincts, l’un pour les acclimatés (thermalisme à Dolé), l’autre pour les blancs fraîchement arrivés (climatologie au Camp-Jacob) laisse cependant penser que la crénothérapie était conçue comme un traitement de longue haleine, impliquant des cures régulières et saisonnières dans des eaux bienfaitrices. Le thermalisme fut ainsi imaginé comme une pratique permanente, fort réglementée, rationalisée et ritualisée, réservée aux Européens sous les tropiques.
34Mais dans les faits, le thermalisme était bien entendu une pratique ancienne et diverse – nonobstant le monopole que semblaient vouloir établir les médecins de Vichy, Marienbad, ou Spa. Il est intéressant de noter que plusieurs influences antillaises locales ont pu façonner, du moins indirectement, la version coloniale moderne de l’hydrothérapie en Guadeloupe. Dans son histoire de la fièvre jaune de 1929, le Dr Cazanove décrit un traitement ancien et « non scientifique » de la fièvre jaune, connu sous le nom de « traitement des mulâtresses ». Associé aux éléments métisses des Antilles, la méthode préconisait des « bains fréquents » et des « boissons purgatives52 ».
35Un texte bien plus ancien, de 1816, dressait une définition précise de ce fameux traitement :
« Méthode curative des créoles et des mulâtresses : cette méthode recueillie sans principes ni calcul de la part des individus du peuple qui l’administrent, mais souvent autorisée par l’expérience et la comparaison des maladies, consiste :
- à frictionner tout le corps avec des citrons frais, coupés par moitié ;
- à faire avaler de ce suc par cuillerées ;
- à faire boire une limonade acidulée jusqu’à l’astriction ;
- à donner des lavemens acidulés ;
- à faire prendre, suivant les cas, des bains froids ou chauds, acidulés et aromatisés avec grande quantité de citrons et d’oranges amères ;
- à pratiquer, dès l’invasion, une saignée du pied, puis des frictions long-temps continuées, et à placer, aussitôt après, le malade dans un lit chaud53. »
36Il est ironique de constater que ce remède traditionnel attribué en tout cas aux populations locales, semble avoir influencé, ou tout au moins avoir précédé la thérapie moderne que les métropolitains cherchaient à établir au XIXe siècle comme un procédé de pointe. De fait, ce traitement, rejeté par le Dr Cazenove comme « curiosité médicale », ressemblait étrangement à certains éléments de l’hydrothérapie « légitime » pratiquée par les colonisateurs. Même le Dr Cazanove devait reconnaître que « ces médications indigènes ont notre sympathie ; le foie est toujours et rapidement atteint par la fièvre jaune54 ».
37Ceci souligne les ambiguïtés et le métissage d’une société par définition créole et métissée en Guadeloupe, tout autant que cela éclaire les zones d’ombre entourant les pratiques médicales « européennes » dans la sphère coloniale. En réalité, des Guadeloupéens noirs, comme l’homme décrit dans le premier paragraphe de ce chapitre, fréquentaient souvent certaines stations thermales de l’île. Et des cures locales, populaires en Guadeloupe, avaient certainement influencé sur place diverses formes d’hydrothérapies européennes. Malheureusement, la rareté de sources « subalternes » rend la reconstitution des pratiques thermales des Arawaks, des esclaves (d’avant 1848) ou des gens libres de couleur, pour ainsi dire impossible sans avoir recours à des témoignages oraux dont la fiabilité sur des thèmes comme les modes d’immersion thermale il y a 150 ans serait plus que suspecte. Tandis qu’il est parfaitement clair que la prétention européenne de monopole des pratiques hydrothérapiques en Guadeloupe était erronée, cette insistance à définir l’hydrothérapie comme un agent et un reflet de la « civilisation » est, évidemment, éloquent en lui-même. Faisant fi du métissage clinique et colonial, les médecins coloniaux français prescrivaient le thermalisme comme une cure française dans un environnement tropical taxé d’hostile.
38Un autre but, plus sinistre se cachait derrière le vernis médical des stations thermales coloniales. En 1932, un client régulier du plus chic des thermes guadeloupéens, Dolé-les-Bains, affirmait dans un journal guadeloupéen : « Je suis abrité de la malfaisance de la race par une haie55. » Il semblerait que certaines stations étaient, de fait, plus ou moins ségréguées. Ainsi, la source sulfureuse de Sources du Galion semble avoir attiré une clientèle de couleur56, tandis que Dolé et Saint-Claude semblent avoir retenu la faveur des fonctionnaires européens – et pour cause, puisqu’ils y étaient envoyés et logés gratuitement, bénéficiant d’un pécule de surcroît. Bien que certaines photos laissent apparaître la présence d’une clientèle mixte, pour certains « blancs pays », la fonction première de sanatorium militaire, de lieu de villégiature, etc., sous-entendait un lieu de pouvoir colonial, et donc blanc. Rechercher les eaux de sources dans les hauteurs semble avoir été, pour nombre de blancs, une manière d’éviter, non seulement les tropiques, mais aussi leurs habitants57.
Choix et concurrence thermaux
39La dimension la plus surprenante de l’hydrothérapie guadeloupéenne, réside peut-être dans le nombre même de stations thermales impliquées. Au début du XXe siècle, pas moins de dix stations avaient été développées pour une population totale de 229 839 habitants58. Chaque station thermale se tailla peu à peu un marché, se reposant sur la légende et le bouche-à-oreille pour vanter ses qualités curatives. Selon la rumeur, la source de Ravine-Chaude avait été découverte par un chien galeux, guéri miraculeusement par les eaux de la source. Les eaux étaient réputées avoir guéri à la fois les rhumatismes, la gale, et les ulcères de l’animal, ainsi que sa tristesse due à la perte de son maître. Bref, les eaux de Ravine-Chaude accomplissaient de « véritables miracles », disait-on. Dans un autre cas, cette fois s’agissant d’un être humain, ces eaux de source avaient soi-disant guéri un patient qui auparavant avait été totalement paralysé par des rhumatismes59. En conséquence, jusqu’à ce jour Ravine-Chaude est connu comme centre de traitement des rhumatismes et pour la tonification et la remise en forme, ses eaux étant surtout utilisées pour l’immersion, par des bains prodigués à raison d’un minimum de deux heures quotidiennes60. Jusqu’au développement commercial complet de Dolé-les-Bains, Ravine-Chaude/Lamentin faisait figure d’unique station thermale guadeloupéenne équipée à la mesure des standards métropolitains. En 1901 le Dr Kermorgant affirmait : « C’est le seul endroit où l’on ait pris quelques dispositions pour attirer les baigneurs qui payent un franc par bain61 » (voir figure 2). Les eaux de Ravine-Chaude, riches en bicarbonate de soude et en calcaire et qui atteignaient une température de 32 degrés centigrades étaient également réputées guérir les affections rénales, les maladies de foie, et la goutte62. De plus, leur boue alcaline était utilisée pour le traitement externe des rhumatismes et des affections dermatologiques63. Enfin, cette source-miracle avait la réputation de soulager les symptômes de la malaria64, ce qui l’érigeait en quintessence même des stations spécialistes des « maladies coloniales », tout comme Vichy et Encausse-les-Thermes en France métropolitaine. Plus tard, en 1984 un nouvel usage fut découvert pour les eaux de Ravine-Chaude : on y traitait désormais les « affections psychiatriques65 ».
40Dès le XIXe siècle, des équipes de savants français analysèrent, classifièrent, et développèrent chacune des sources minérales principales de la Guadeloupe. Chaque station vantait son équivalence avec un site métropolitain. On comparait les eaux de Ravine-Chaude à celles de Saint-Gaudens dans les Pyrénées66. Quant à Saint-Claude, son site lui avait valu le qualificatif de « Suisse des tropiques67 ». En 1926, un savant originaire de la Guadeloupe déclarait à son propos : « la douceur de son climat, la beauté de ses sites, sa verdoyante végétation, l’éclat des fleurs qui émaillent les bosquets, et le doux parfum qui s’en exhalent, enchantent l’Européen déraciné du vieux contient et soumis depuis un certain temps aux rigueurs naturelles de la zone chaude68 ». Le fait que la luxuriante Saint-Claude ne ressemblait aucunement à quelque région suisse que ce soit n’importait pas aux colons en mal du pays, qui recherchaient le « ressourcement » d’une station de type européenne. À Saint-Claude, en effet, les colons étaient attirés à la fois par la fraîcheur de l’atmosphère et par les eaux chaudes. Cette quête de fraîcheur et de ressourcement illustre jusqu’à quel point les colons cherchaient à contrebalancer, et en fait à neutraliser leur nouvel environnement. Là où l’air était chaud et les eaux tempérées, ils cherchaient la « purification » des eaux bouillantes et les vents frais des hauteurs. Saint-Claude/Matouba incarnait l’entremêlement des cures d’altitude et d’eaux minérales en Guadeloupe coloniale. Selon les propres mots du Dr Édouard Chartol, à Saint-Claude/Matouba « thermalisme et climatisme se complètent69 ».
41La plupart des scientifiques rangeaient les dix sources minérales exploitées de la Guadeloupe dans les quatre catégories suivantes70 :
« A) Eaux sulfureuses : 1. Bains chauds du Matouba, 2. Sources du Galion, 3. Source Saint-Charles, 4. Sofaïa. B) Eaux salines faibles : 5. Eau du Pigeon ou bain du curé, 6. Dolé-les-Bains (Bain Cappé, Bain d’Amour), 7. Ravine-Chaude du Lamentin. C) Eaux salines fortes : 8. Eau de la Fontaine Bouillante à la lame, D) Eaux salines fortes avec dépôts ferrugineux : 9. Bains jaunes, 10. Bains Beauvallon71. »
42Le contenu en souffre semble avoir été relié directement à la localisation de la station par rapport à la Soufrière72. Plus la source était située près du dôme du volcan, plus ses eaux étaient décrites comme « sulfatées, chlorurées, calciques et magnésiennes [...] fortement minéralisées et contenant des quantités importantes de fer [...]73 ». Ainsi Matouba, sis sur les pentes du volcan, présentait un contenu sulfureux élevé, tandis que les trois sources de Dolé-les-Bains, de même que Ravine-Chaude tombaient sous la catégorie saline.
43Chacune avait la prétention de traiter des affections différentes, et de fait, l’a conservé. Au XXe siècle, les promoteurs de Dolé-les-Bains attribuaient à « leur eau » une panoplie impressionnante de fonctions, soignant l’arthrite, les reins, le foie, la malaria chronique et la constipation74. Les eaux surgissent de la source principale de Dolé-les-Bains, la Digue, à une température de 33 degrés, seulement de quelques degrés inférieurs à celles de Ravine-Chaude75. Dolé bénéficiait aussi de sa réputation d’unique villégiature de luxe de l’île, grâce aux efforts du médecin colonial à la retraite Pichon, qui installa un grand hôtel et des villas près des sources chaudes et froides vers 1920. Pichon, un ancien médecin major des troupes coloniales, s’était retrouvé à la tête du service de santé guadeloupéen en 1913, et avait fondé une influente revue, La Guadeloupéenne, deux années plus tard76.
44Bien que n’étant pas situé sur un terrain particulièrement élevé, Dolé-les-Bains représente, grâce à ses brises douces, l’exemple parfait d’une villégiature considérée à la fois comme station thermale et station climatique77. Le Dr Pichon décrivait le climat de Dolé comme « un perpétuel printemps78 », formule qui devait très certainement combler des coloniaux jamais las de se plaindre de l’étuve tropicale. L’attraction principale de Dolé cependant, résidait dans son « hôtel élégant et confortable79 ». Les spécialistes des stations coloniales, Matignon et Abbatucci, admiraient que la station de Dolé soit dirigée par une société fermière – marque de standing à leurs yeux80. La publicité d’un journal guadeloupéen local promettait aux hôtes un « confort réellement moderne [...], un service irréprochable, une cuisine parfaite », et, presque en aparté « un climat particulièrement salubre et des sources thermales très agréables pour tous et spécialement efficaces dans de nombreuses maladies81 ». Ainsi Dolé-les-Bains s’avéra salutaire pour les administrateurs coloniaux non seulement désireux de soigner des affections attribuées aux tropiques, mais aussi soucieux d’échapper aux tropiques eux-mêmes. Mal du pays et maux tout court se rejoignaient dans la clientèle de Dolé.
45Les eaux du Matouba étaient considérées comme miraculeuses à d’autres égards. Perchées à 1.000 mètres au-dessus du niveau de la mer, ces sources occupaient une région boisée et fraîche, offrant un « cadre enchanteur » à l’excursionniste, terme combinant les notions de touriste et de patient82. Les eaux de Matouba sourdent à une température de 54 degrés. D’un point de vue strictement clinique, il existe un certain chevauchement avec Dolé, car l’eau de Matouba était utilisée dans le traitement du foie, de l’estomac et des rhumatismes. Cependant, par opposition avec Ravine-Chaude ou Dolé, l’accès aux sources du Matouba était ardu, surtout après le tremblement de terre de 1897 qui détruisit la voie principale menant à la station. Profitant au maximum du cadre superbe et isolé, les exploitants du Matouba ciblèrent explicitement les jeunes mariés en voyage de lune de miel, stratégie qui les séparait radicalement de leurs compétiteurs. Le marketing semblait être devenu crucial pour assurer des profits dans le monde compétitif des stations guadeloupéennes. En 1979, alors qu’on inaugurait un tout nouvel établissement au Matouba/Papaye (rebaptisé Centre Harry Hamousin), on visait désormais un groupe entièrement nouveau de malades : ceux souffrant de troubles oto-rhino-laryngologiques, articulaires et dermatologiques83.
Permissions et Concurrence
46L’identité du colonial étant considérée comme assiégée sous les tropiques, les villégiatures, comme les stations climatiques et thermales en vinrent à servir d’agents de réaffirmation de francité outre-mer. Bien entendu, pour les fonctionnaires patriciens, le ressourcement pouvait se faire en métropole. Or, comme nous l’avons vu grâce à de nouveaux textes de la fin du xixe et début du XXe siècles, on accorda même aux officiels coloniaux de bas rang des congés pour effectuer des cures en métropole. Pourtant, une échelle de permissions remarquablement complexe datant d’après la Première Guerre mondiale classait les Antilles françaises comme étant bien plus salubres que l’Afrique Occidentale Française, l’Amérique du Sud, ou l’Indochine, par exemple. En conséquence, un fonctionnaire colonial en Guadeloupe n’avait le droit de retourner en métropole en congé administratif que tous les cinq ans, alors que ceux qui étaient en poste en Guyane ou à Djibouti pouvaient rentrer tous les deux ans (ceci ne tient pas compte des congés de convalescence)84. Ce qui signifiait que l’administrateur colonial moyen posté en Guadeloupe devait chercher le ressourcement sur place.
47Ce système de permissions représentait, tout comme les cures, le casque colonial, etc., un moyen de rationaliser et de codifier le mode de vie colonial. Bien que certains éléments de ce canon prescriptif aient pu paraître uniquement français, dans son ensemble, il présentait certaines similarités avec celui de la rivale coloniale de la France, l’Angleterre. Harish Naraindas a ainsi identifié les quatre fondements du colonialisme anglais de la fin du XIXe siècle, lui-même issu d’une rencontre entre la pratique sociale aux colonies et les préceptes de la médecine tropicale : « le sanatorium, la station d’altitude, le voyage, et la permission (retour à la bonne vieille Angleterre85 ! » Comme nous l’avons vu, ces mêmes préoccupations, auxquelles on devrait ajouter ce thermalisme, et peut-être les innombrables pilules miracles réputées guérir les maladies de foie, vantées dans les journaux guadeloupéens, constituaient le mantra des colons aux Antilles.
48De nombreux éléments laissent croire qu’une certaine tension découlait des « règles du retour » et des « tables de permissions », tension opposant l’idéal des stations bourgeoises chics de la métropole, à leurs homologues guadeloupéennes. Autrement dit, les stations guadeloupéennes durent lutter pour se défaire de l’étiquette de « villégiature du petit colon ». Tout en reconnaissant que les stations des colonies pouvaient se montrer « très précieuses », le docteur Paul Carnot, professeur de médecine à l’Université de Paris, n’en concluait pas moins :
« Ce sont avant tout les stations de la France [métropolitaine] qui conviennent le mieux à nos coloniaux, car elles leur offrent, non seulement les vertus de leurs eaux, mais aussi les charmes du climat de France, la gaieté et le luxe, qui pour les coloniaux fatigués, représentent un des éléments primordiaux de la cure86. »
49Pour les coloniaux qui fréquentaient les petits bassins délabrés de Ravine-Chaude, Vichy et Royat devaient en effet faire figure d’Eldorado. Les partisans des stations guadeloupéennes attrapèrent de ces comparaisons incessantes avec les villégiatures métropolitaines, un sérieux complexe d’infériorité. Dans son étude de 1926 des sources guadeloupéennes Édouard Leroux notait :
« Que de bienfaits peuvent en tirer les habitants et les fonctionnaires de l’île ! En effet, il ne faut pas oublier que nous avons affaire la plupart du temps à des maladies coloniales telles que hépatites, anémies, etc., et que souvent il faut agir vite. Or, dans de tels cas, on ne peut conseiller les stations européennes de Pyrénées, de l’Auvergne ou des Vosges, qui nécessitent pour s’y rendre un voyage très long et très coûteux et qui, chose importante, ne sont ouvertes pour la plupart que de mai à octobre. Aussi doit-on se féliciter de posséder ces quelques stations thermales qui, grâce à leur situation privilégiée, restent ouvertes toutes l’année87. »
50Tout en en soulignant la compétition entre stations locales et métropolitaines, Leroux trahissait un rapport envieux à la qualité clinique des eaux métropolitaines. À l’en croire, l’avantage des eaux guadeloupéennes provenait de leur disponibilité et de leur proximité, plutôt que de leur mérite intrinsèque.
51Ailleurs, la lutte pour garder sur place les fonctionnaires coloniaux se faisait plus explicite. En 1927, au cours d’un débat animé au Conseil Général de la Guadeloupe, le Conseiller Tacita soutint qu’il serait profitable à l’île que « les fonctionnaires rhumatisants, au lieu d’aller en France se faire soigner, gagneraient à l’être à la Guadeloupe même88 ». Certains suspectaient même le gouverneur de la Guadeloupe d’avoir systématiquement refusé d’accréditer les stations thermales de l’île, de peur qu’on empêche les fonctionnaires en poste en Guadeloupe « d’être envoyés aux eaux de Vichy ou d’ailleurs » sous le prétexte qu’il existait une alternative locale89. L’économie coloniale de dépendance s’étendait donc aussi au domaine socio-médical, au grand regret des promoteurs guadeloupéens.
52De toutes les stations thermales, c’était surtout Vichy qui représentait une menace pour le secteur thermal guadeloupéen. Un article de 1937 du Nouvelliste de la Guadeloupe déclarait clairement :
« Les indications de la cure de Vichy sont connues de tous, du moins dans les grandes lignes : tout le monde sait que Vichy est la station du foie et de la nutrition, qu’un colonial ou habitant des pays chauds soucieux de sa santé ne saurait se passer d’y faire une cure régulièrement. Il est incontestable que l’eau de Vichy combat l’influence néfaste du climat qui diminue la vitalité et provoque à la longue tout le cortège des affections hépatiques et intestinales amenant à un ralentissement fatal de la nutrition90. »
53En invoquant la toxicité des tropiques, et en avançant l’argument selon lequel les blancs qui y étaient postés pourraient se désintoxiquer à Vichy, les promoteurs de cette « reine des villes d’eau » avaient découvert un véritable filon. Dans cette logique, Vichy dépassait les stations guadeloupéennes sur bien des registres : par sa prétendue supériorité clinique, par sa fonction sociale comme centre de vie coloniale mondaine, et par sa construction culturelle en tant qu’oasis pour des colons en mal du pays.
54Dans ce contexte, la crise économique des années 1930 marqua paradoxalement le début d’une période faste pour les stations guadeloupéennes, car elle rendit trop onéreux le rapatriement saisonnier de la plupart des colons. Tandis que les magnats des stations thermales métropolitaines se trouvaient confrontés à la baisse de clientèle étrangère, les responsables des stations guadeloupéennes, ainsi que les gouverneurs de l’île, commencèrent à tramer des plans de développement ambitieux pour faire de la Guadeloupe la villégiature thermale de toute la région caraïbe.
55Avant 1929 les sources de la Guadeloupe avaient attiré une clientèle fidèle mais limitée d’étrangers. Le poète, journaliste et politicien québécois, Rémi Tremblay, par exemple, séjourna à Dolé-les-Bains. De façon plus régulière, l’île avait aussi attiré des fonctionnaires coloniaux français en provenance de la Guyane, que favorisait déjà la table des permissions en leur permettant des congés tous les deux ans. Le climat de la Guyane française étant jugé particulièrement rude, cette colonie représentait une source importante de clientèle pour les stations guadeloupéennes. Les autorités coloniales en Guyane avaient officiellement reconnu la station guadeloupéenne de Dolé-les-Bains comme un établissement thermal qualifié, non différent de Vichy. Un article de 1924 sur la question des fonctionnaires guyanais à Dolé observait :
« Les difficultés de l’existence, le prix excessif des passages, le coût pour ainsi dire anormal de la vie en France pour les bourses moyennes, ont poussé peu à peu ceux qui désirent se reposer et jouir d’un climat moins chaud et moins débilitant que celui de la Guyane, à chercher dans nos Antilles un site tranquille, d’un accès facile et doté d’un hôtel moderne. Le choix est fait, et Dolé-les-Bains recevra de plus en plus nos compatriotes de Cayenne, de St. Laurent du Maroni et de Mana91. »
56Cette base solide de clients allogènes contribua sans doute à nourrir certaines des illusions et des ambitions des promoteurs guadeloupéens autour de cette période.
57Un Conseiller Général guadeloupéen s’était exclamé déjà en 1927 : « Qui sait si l’aménagement de cette station ne déterminera pas une ère de prospérité à la Guadeloupe ? » À quoi un collègue plus sceptique avait rétorqué : « Je préviens mon collègue M. Tacita qui rêve de la construction d’un Palace Hôtel pour recevoir des nababs américains de refréner ses désirs qui ne sont, en somme, que de l’idéologie92. » En 1935, alors que les stations guadeloupéennes connaissaient un certain essor, un autre projet fut élaboré pour attirer une « clientèle étrangère », surtout américaine, vers de nouveaux thermes aux Bains Jaunes93. À ce jour, ce rêve d’attirer des baigneurs et buveurs d’eau états-uniens reste largement illusoire.
58Derrière tous ces débats se cachaient des sympathies pour certaines stations plutôt que d’autres. C’est ainsi que les rivalités locales contribuèrent au développement de nombreuses stations guadeloupéennes. Si bien qu’en Guadeloupe entre les deux guerres quelque dix stations différentes se vouaient une concurrence acharnée pour un marché relativement limité et, de plus, certainement épuisable. Des partisans d’une station particulière attaquaient régulièrement des stations rivales dans la presse locale, par le truchement de métaphores torturées, mais révélatrices :
« Goubreyre, est une des belles filles de la colonie ; elle peut, elle doit donc avoir ses prétentions. Mais si les jolis atours relèvent la valeur physique, quel plus gracieux ornement que la modestie, quelle vertu plus appréciable que la soumission pour la jeune fille ? Saint-Claude, ma chère, il faut savoir limiter tes désirs et aussi accepter que maman pare ses filles des atours qu’elle juge les plus appropriés, que blonde elle t’habille de bleu, qu’à ta sœur brunette, elle réserve l’écarlate ! N’est ce pas94 ? »
59Il en ressort que si les stations guadeloupéennes étaient racialisées, comme « îlots de blancs95 » elles étaient aussi sexuées aux yeux de leurs partisans.
60En plus d’être elles-mêmes féminisées, comme dans le passage cité ci-dessus, les stations guadeloupéennes étaient strictement séparées entre hommes et femmes, comme cela se faisait à l’époque (voir figure 3). Cette séparation caractérisait les thermes français de la métropole depuis les années 1830, et n’était donc pas spécifique à la Guadeloupe ni au domaine colonial96. Ainsi, au contraire, on accusa même les propriétaires de stations d’être en retard sur leur temps dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres. De sorte qu’en 1924 un représentant masculin du lobby guyanais se plaignit dans un journal guadeloupéen de ne pas être à l’abri des regards indiscrets à Dolé-les-Bains, citant des considérations à la fois hygiéniques et prudes. Non content de la barrière relativement basse qui séparait les baigneurs hommes et femmes, il réclamait l’installation de bains privés, car « l’on ne doit pas oublier que tous les hommes ne sont pas des Adonis ou des Apollon ou toutes les femmes des Phryné, que nombre de personnes, pour des raisons qu’il est inutile de citer, ne tiennent pas à se montrer sous un maillot collant97 ! »
Réinventer le thermalisme guadeloupéen
61En Guadeloupe aujourd’hui les stations thermales ont cessé d’être utilisées majoritairement par les anciens colons et, à partir de la départementalisation de 1946, et la venue d’un système de sécurité sociale couvrant les frais de traitement thermal, elles ont vu leur clientèle changer du tout au tout. Mes observations personnelles à Ravine-Chaude et au Matouba98, bien qu’anecdotiques, suggèrent que, loin d’attirer les touristes américains, comme on l’avait d’abord rêvé, ou même les classes administratives métropolitaines, ces stations desservent maintenant la bourgeoisie féminine locale de couleur. Ce qui était autrefois un domaine doublement séparé, par race et sexe, est devenu aujourd’hui un espace public racialement plus égalitaire. Les touristes français métropolitains, quant à eux, se concentrent maintenant sur les quelques plages de Grande-Terre, autrefois jugées les parties les moins salubres de tout l’archipel. De la même manière, l’ancienne institution coloniale, jadis vouée aux soins du corps blanc et principalement masculin, s’est réinventée aujourd’hui comme agent embellissant du corps noir féminin. L’ironie de la situation ne saurait nous échapper quand Ravine-Chaude, site autrefois réputé guérir des maladies dues à la toxicité réputée de l’île, soit se redéfinit aujourd’hui comme un site indigène salubre, soit se vante en tant que « destination exotique ».
62De fait, aujourd’hui, l’imagination de certains réinvente en sites « exotiques » et « tropicaux », ces stations mêmes, jadis emblématiques de la France pour les colons en mal du pays. Lorsque la principale association thermale scientifique française se réunit en Guadeloupe en 1990, un représentant de l’Office du Tourisme toulousain conseilla aux Guadeloupéens de promouvoir leurs stations auprès de vacanciers métropolitains en quête de « dépaysement ». En effet, cet expert en visite exhorta les Guadeloupéens à « développer en Guadeloupe des infrastructures de loisirs, renforcer face à la concurrence caribéenne l’attractivité de la destination Guadeloupe en soulignant son originalité, satisfaire à la recherche croissante de dépaysement des clientèles »99. Bref, ce spécialiste métropolitain de l’industrie du tourisme recommandait la création d’une chaîne thermale en Guadeloupe, « à même de proposer dans une mise en scène tropicale et caribéenne une palette originale et diversifiée de bains s’inscrivant dans l’offre touristique guadeloupéenne100 ». De tels arguments résument à la fois la continuité et le changement intervenus dans le secteur thermal guadeloupéen. On conseille maintenant à une industrie thermale devenue entièrement guadeloupéenne, de se tourner vers la France métropolitaine pour trouver des clients potentiels recherchant l’exotisme, dans les lieux mêmes où les Européens étaient jadis venus se ressourcer et retrouver un milieu français familier.
63Dans la même veine, une édition récente du Fodor’s Guide to the Caribbean, bible des voyageurs de croisières anglophones, décrit Ravine-Chaude en termes qui évoquent encore, tant les comparaisons colonies-métropole, que l’effort continu, mais largement vain, de la station pour attirer des étrangers, en particulier des Américains. « Ce n’est certes pas Vichy », avance le guide, « mais cette modeste station est un bon endroit pour se baigner après avoir arpenté les sentiers. Elle tire ses ressources des eaux géothermales salubres de la région et dessert surtout une clientèle locale, bien que des efforts soient faits pour l’améliorer en vue d’une clientèle internationale101 ». Ravine-Chaude continue à être comparée à Vichy de façon défavorable, mais est considérée, du moins par le guide Fodor, comme un site intrinsèquement « local », alors que pendant des siècles on l’avait vue comme une importation, un morceau de France transposé aux tropiques.
Notes de bas de page
1 Cuzent, G., Eau thermo-minérale de la Ravine-Chaude du Lamentin, Pointe-à-Pitre, 1864, p. 13.
2 Abenon, L., Petite histoire de la Guadeloupe, Paris, L’Harmattan, 1992, Dubois, L., A Colony of Citizens, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 2004, Régent, F., Esclavage, Métissage, Liberté : La Révolution française en Guadeloupe, Paris, Grasset, 2004, Adélaïde-Merlande, J., Delgrès ou la Guadeloupe en 1802, Paris, Karthala, 2000.
3 Il est vrai que le thermalisme se pratique dans le monde entier, depuis la Nouvelle-Zélande jusqu’à l’Allemagne, en passant par la Grèce, le Japon, ou la Corée. Mais nous faisons allusion ici à un modèle français, à l’image de Vichy, Vittel, Plombières, ou Dax.
4 Labat, J. B., Voyage aux Isles de l’Amérique (Antilles), 1693-1705, volume 1, Paris, 1931, p. 270-271.
5 Pour une comparaison avec l’utilisation des eaux minérales aux colonies espagnoles, cf. Pastrana, P.A., « Tradicion y modernidad en la Nueva España. Esdudios sobre aguas minerales (S. xvii-xviii) », Llull, 19 (1996), p. 325-345.
6 Du Tertre, R. P., Histoire générale des Antilles, Paris, 1667, volume 2, p. 22.
7 Ibid.
8 Ibid.
9 Ibid.
10 Ibid, volume 1, p. 81.
11 Philip Curtin avance cet argument dans Death by Migration, op. cit., p. 50.
12 Basse-Terre, 28 avril 1843, document conservé aux archives départementales de la Réunion sous la cote ADR 5M 16.
13 Sur le thermalisme martiniquais voir : Conseil Général de la Martinique, Le Site thermal d’Absalon, Fort-de-France, 1989 ; et Pope-Hennesy, J., The Baths of Absalom, Londres, 1954.
14 Descourtilz, M. E., Guide sanitaire des voyageurs aux colonies, ou conseils hygiéniques en faveur des Européens destinés à passer aux Îles ; suivis d’une liste des médicaments dont on doit munir la pharmacie domestique à établir sur chaque habitation, Paris, 1816, p. 89, 97, 105.
15 Levacher, M. G., Guide Médical des Antilles et des régions intertropicales à l’usage de tous les habitans de ces contrées, Paris, 1840, p. 93-95.
16 CAOM, DFC Guadeloupe, Mémoires, carton 31, document 663.
17 Ibid, numéro 664, 19 décembre 1823.
18 CAOM, DFC Guadeloupe, Mémoires, carton 31, document 718, 27 mai 1826.
19 Ibid.
20 CAOM, DFC Guadeloupe, Mémoires, carton 31, document 785, 29 avril 1829.
21 CAOM, DFC Guadeloupe, Mémoires, carton 32, document 823, rapport sur le projet d’établir un cantonnement sanitaire à l’habitation Dolé, 9 mars 1832.
22 Ibid.
23 Ibid.
24 CAOM, DFC Guadeloupe, Mémoires, carton 32, document 829, Conseil privé, octobre 1831.
25 Kermorgant, A., « Eaux thermales et minérales des colonies françaises », op. cit., p. 225.
26 Mackaman, D., op. cit., p. 64.
27 Notice statistique sur les Colonies françaises, imprimées par ordre de M le Vice-Amiral de Rosamel, Ministre secrétaire d’état de la marine et des colonies, Paris, Imprimerie royale, 1837, première partie, p. 151.
28 Kermorgant, A., « Sanatoria et camps de dissémination de nos colonies », Annales d’hygiène et de médecine coloniales, 2 (1899), p. 347. Pour une étude récente du Dr Kermorgant, cf. Weiner B. et Flahaut, J., « Alexandre Kermorgant (1843-1921), témoin de l’état sanitaire des anciennes colonies françaises », Histoire des Sciences médicales, 33 (1999), p. 267-274.
29 Kermorgant, A., « Sanatoria et camps », op. cit.
30 L’opulence des quartiers « administratifs » dans les hauteurs des capitales, que ce soit au Didier en Martinique, ou à Saint-Claude en Guadeloupe, reste frappante à ce jour.
31 Mackaman, D., op. cit., p. 36-66.
32 Ibid, p. 68-72.
33 Taffin, D., « À propos d’une épidémie de choléra : science médicale, société créole et pouvoir colonial à la Guadeloupe, 1865-66 », Asclepio 44 : 1 (1992), p. 220. Pour une approche comparative, voir Kiple, K., “Cholera and Race in the Caribbean”, Journal of Latin American Studies, 17 (1985), p. 157-177.
34 Pichon, « Ressources sanitaires de la Guadeloupe », La Guadeloupéenne, janvier-février 1917, p. 18.
35 Wilson, J., Memoirs of West Indian Fever: Brief Notices Regarding the Treatment, Origin and Nature of the Disease commonly called Yellow Fever, Londres, 1827, p. 134.
36 Sur Saint-Claude, cf. Lafleur, G., Saint-Claude, histoire d’une commune de la Guadeloupe, Paris, Karthala, 1993.
37 Dryepondt, G., La question des sanatoria, op. cit., p. 84-85.
38 Kennedy, D., The Magic Mountains, op. cit., 1996, p. 19.
39 Treille, G., Principes d’hygiène coloniale, op. cit., p. 251.
40 Dryepondt, G., La question des sanatoria, op. cit., p. 42. Sur le traitement du paludisme dans les colonies françaises, voir Cohen, W. B., “Malaria and French Imperialism”, op. cit., p. 23-36.
41 Shortt, “The occurrence of malaria in a hill station”, The Indian Journal of Medical Research 11 : 3, janvier 1924, p. 771.
42 Jousset, A., De l’acclimatement et de l’acclimatation, op. cit., p. 61.
43 Kermorgant, A., « Sanatoria et camps », op. cit., p. 346.
44 Drevon, Dr, « Morbidité et mortalité du personnel militaire de la Guadeloupe pendant l’année 1897 », Annales d’hygiène et de médecine coloniales, 1 (juillet 1898), p. 366.
45 Dryepondt, G. La question des sanatoria, op. cit., p. 73. Sur les taux de morbidité parmi les blancs en Jamaïque, cf. Burnard, T., “The Countrie Continues Sicklie : White Mortality in Jamaica, 1655-1780”, Social History of Medicine, 12 (1999), p. 45-72.
46 Ces chiffres proviennent de Dryepondt, G., La question des sanatoria, op. cit., p. 74.
47 Chauleau, L., La vie quotidienne aux Antilles françaises au temps de Victor Schoelcher, Paris, Hachette, 1979, p. 264.
48 Drevon, Dr, op. cit., p. 362.
49 Pichevin, R., « L’hygiène aux colonies d’Amérique », Quinzaine Coloniale, 24 (25 décembre 1907), p. 1097-1101.
50 Léger, M., « Quelques documents sur l’indice plasmodial du paludisme à la Guadeloupe », Bulletin de Pathologie exotique, 3 (9 mars 1932), p. 214.
51 Cassagnou, Dr, « Des différentes épidémies de fièvre jaune qui ont régné dans les hauteurs de la Guadeloupe », Annales d’hygiène et de médecine coloniales (juillet-septembre 1904), p. 375-385 (citation aux pages 379-380).
52 Cazanove, F., « Histoire étiologique, expérimentale et thérapeutique de la fièvre jaune », Outre-mer, revue générale de colonisation, 1 (décembre 1929), p. 502.
53 Descourtilz, M. E., op. cit., p. 92-93.
54 Cazanove, F., op. cit.
55 Le Dentu, C., « Dolé », Le Nouvelliste de la Guadeloupe 24 septembre 1932, p. 2.
56 La Guadeloupéenne, septembre-octobre 1921.
57 Sur la ségrégation des villes coloniales, cf. Goerg, O., “From Hill Station (Freetown) to Downtown Conakry (First Ward): Comparing French and British Approaches to Segregation in Colonial Cities at the Beginning of the Twentieth Century”, Canadian Journal of African Studies, 32 (1998), p. 1-31; Coquery-Vidrovitch, C. et Goerg, O., eds., La Ville européenne outre-mers: un modèle conquérant? Paris, L’Harmattan 1996.
58 Pollachi, P., Atlas colonial français, Paris, L’Illustration, 1929.
59 « Les stations thermales des Antilles » Le Nouvelliste quotidien, 23 février 1924.
60 Thionville, C., La Guadeloupe touristique, Paris, 1931, p. 204-213.
61 Kermorgant, A., « Eaux thermales et minérales des colonies françaises ; la Guadeloupe » La Dépêche coloniale, 16 février 1901, p. 2.
62 Sainte-Luce Banchelin, Guide du touriste aux Antilles françaises, Paris, 1913, p. 185-288. Cuzent, G., p. 3-14.
63 Pichon, « Le tourisme aux Antilles et à la Guyane » La Guadeloupéenne, janvier-février 1921, p. 7 ; Abbatucci, S. et Matignon, J. J., Le bréviaire thermal..., op. cit., p 129.
64 Kermorgant, A., « Eaux thermales et minérales des colonies françaises ; la Guadeloupe », op. cit., p. 2.
65 Pascaline, H., Jeremie, J. J., Les ressources hydrominérales et le thermalisme en Guadeloupe et en Martinique, Pointe-à-Pitre, 1992, p. 35.
66 Cuzent, G., op. cit., p. 35.
67 Leroux, E., « Ressources climatiques et thermales d’une colonie française, la Guadeloupe », thèse, Faculté de Médecine de Paris, 1926, p. 11.
68 Ibid.
69 « Le Skal-Club de la Guadeloupe : Eaux thermales à la Guadeloupe, extraits du rapport sur le thermalisme par le Dr Chartol, E. », ADG.
70 Leroux, E., op. cit., p. 15.
71 Kermorgant, A., « Eaux thermales et minérales des colonies françaises ; la Guadeloupe » La Dépêche coloniale, 16 février 1901.
72 Tamby, P., « À propos des ressources hydro-minérales et du thermalisme en Guadeloupe », thèse en pharmacie, Université de Bordeaux II, 1986, p. 30-31.
73 Pascaline, H., « Géochimie des roches et des eaux de sources chaudes du massif de la Souffrière, Guadeloupe », thèse, Université Paris-Sud, Orsay, 1980, p. 96.
74 Leroux, E., op. cit., p. 17.
75 Thionville, C., op. cit., p. 193.
76 Gastaud, P., « Les sports dans les mouvements de jeunesse guadeloupéens : des supports de lutte entre laïques et catholiques, 1913-1939 » Staps 69 (2005), p. 47.
77 Pitat, J. C., « Dolé-les-Bains : historique et perspectives actuelles », La Presse thermale et climatique, 129 (1992), p. 127-131.
78 Pichon, « Ressources sanitaires de la Guadeloupe » La Guadeloupéenne, janvier-février 1917, p. 16.
79 Pichon, « Le tourisme aux Antilles et à la Guyane » La Guadeloupéenne, janvier-février 1921, p. 7.
80 Abbatucci, S. et Matignon, J. J., op. cit., p. 128.
81 Pichon, « Le tourisme aux Antilles et à la Guyane » La Guadeloupéenne, janvier-février 1921, p. 12.
82 Voir à ce sujet l’étude de Dumont, J., « La Guadeloupe pittoresque de Léon le Boucher : naissance de l’excursion » Bulletin de la société d’histoire de la Guadeloupe 112-13 (1997), p. 9-17.
83 Pascaline et Jeremie, op. cit., p. 43.
84 L’Action (Guadeloupe), 25 décembre 1920, p. 1.
85 Naraindas, H., “Poisons, Putrescence and the Weather : A Genealogy of the Advent of Tropical Medicine” in Les Sciences hors d’occident au XXe siècle, volume 4, « Médecines et Santé », Moulin, A. M., éd. Paris, 1995, p. 33.
86 Carnot, préface d’Abbatucci, S. et Matignon, J. J., op. cit., p. x.
87 Leroux, É., op. cit., p. 15.
88 ADG 3N 118, Délibérations du Conseil Général, 22 novembre 1927, p. 91-99.
89 « Nos eaux thermales », La Démocratie sociale, 30 janvier 1944.
90 « La saison de Vichy, 1937 », Le Nouvelliste de la Guadeloupe, 26 mai 1937, p. 3.
91 « La Guyane et Dolé-les-Bains », Le Nouvelliste quotidien, 28 juillet 1924.
92 ADG 3N 118, Délibérations du Conseil Général, 22 novembre 1927, p. 91-99.
93 Thionville, C., « Un hôtel touristique aux Bains Jaunes » L’Action 26 octobre 1935, p. 2.
94 Laventure, M., « Dolé-les-Bains, l’offensive de Saint-Claude », Le Nouvelliste quotidien, 13 mai 1933.
95 Kennedy, D., Islands of White. Settler Society and Culture in Southern Rhodesia, Durham, Duke University Press, 1987.
96 Mackaman, D., op. cit., p. 76-78.
97 « La Guyane et Dolé-les-Bains », Le Nouvelliste quotidien, 28 juillet 1924.
98 Fermé en 2006 suite à un accident, l’établissement thermal de Ravine-Chaude pourrait bientôt rouvrir. Mes observations remontent aux années 1990.
99 Blanquier, M. N., « Approche d’une mise en valeur diversifiée du patrimoine hydrominéral guadeloupéen », La Presse thermale et climatique, 129 (1992), p. 132-134.
100 Ibid.
101 Fodor’s Guide to the Caribbean, 1999, p. 355.
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