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    Plan détaillé Texte intégral Jean-Paul Thomas Intervenant non identifié Jean-Paul Thomas Jacques Dauer Madame Brunau Monsieur Charbonnel Monsieur Dupont-Fauville Jean Parayre Michel Anfrol

    Mai 1958

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Débat III

    p. 169-174

    Texte intégral Jean-Paul Thomas Intervenant non identifié Jean-Paul Thomas Jacques Dauer Madame Brunau Monsieur Charbonnel Monsieur Dupont-Fauville Jean Parayre Michel Anfrol

    Texte intégral

    Jean-Paul Thomas

    1Je demande deux minutes supplémentaires au président pour transmettre le témoignage entendu d’une personne aujourd’hui décédée : Manuel Bridier qui fut le chef de l’action ouvrière du RPF et qui est un témoin très intéressant puisqu’il n’appartenait pas vraiment à la famille gaulliste, même s’il y a appartenu un moment, qu’il venait de l’extrême gauche et qu’il est retourné à l’extrême gauche ; c’est donc un témoin tout à fait distancié, et qui, de plus, prenait réellement de la distance par rapport aux faits historiques en général. Il m’a raconté, il y a une quinzaine d’années, quand je l’interviewais, avoir été témoin d’une sortie de De Gaulle à l’issue d’une longue conversation avec Capitant, Capitant présentant ses projets fédéralistes, et c’est à propos de l’Algérie. De Gaulle a été impitoyable, disant : « Mais non, Capitant. Tout cela, c’est dépassé ! » Manuel Bridier situe cela en 1955 (ou 1956 – je ne sais pas quand il a rompu avec la famille gaulliste) ; je pense que parmi les témoins, il y en a qui sauront davantage situer cela ; c’était déjà ancien, avant 1958.

    Intervenant non identifié

    2C’est peut-être à ce moment-là, mais il a rompu bien après. Quand le Général est revenu, il était encore gaulliste ; et je dirais même, quand il a rejoint l’extrême gauche, je l’ai rencontré trois ou quatre fois (j’étais très bien avec lui), il avait un sentiment gaulliste.

    Jean-Paul Thomas

    3Ce qu’il m’a dit, c’est qu’il avait quitté nettement avant, mais qu’il était resté très ami, notamment avec ses amis gaullistes de gauche – et vous en étiez peut-être, Monsieur Dauer – et qu’il avait gardé un sentiment pour eux, même s’il était en désaccord fondamentalement, et que sa seule participation à la fondation de l’UDT avait été de permettre un fait juridique, c’est-à-dire la transmission de ce nom, qui était déposé, à une nouvelle organisation politique dont, par ailleurs, il n’approuvait plus, en somme, l’engagement.

    Jacques Dauer

    4Je voudrais relever trois points, non pas pour les dénier, mais simplement pour confirmer certaines choses. Le premier, c’est la rencontre de Biaggi et de Sanguinetti, interprétée comme un ensemble « qui complotait ». Je voudrais simplement vous dire que Sanguinetti que je connais bien parce que c’était un de mes clients de l’imprimerie, mais surtout parce qu’il était du 1er Groupement des Commandos d’Afrique, que Biaggi était officier au 3e Commando de France, et que moi-même, j’étais au 1er Commando lourd du Bataillon de choc, que Vallon a été colonel des Commandos de France, que cet ensemble-là à appris un certain nombre de choses… Je ne dis pas que l’on a travaillé ensemble, mais j’étais peut-être plus au courant qu’ils ne l’étaient, eux. Je ne veux pas aller plus loin parce que cela demande le travail des historiens. La deuxième chose, c’est à Alger le 13 mai. Le 13 mai, je suis tout à fait d’accord que c’était le bordel le plus complet du côté des activistes qui attaquaient… Mais il y avait des militants gaullistes qui étaient chargés du téléphone, d’y être et de dire n’importe quoi, ce qui fait que les activistes n’ont pas pu joindre le Gouvernement général. Il y a eu une difficulté d’agir pour les activistes. Troisièmement, c’est « Résurrection ». Par le commandant Vitasse et Lamouliatte, j’étais vaguement prévenu, à la suite d’une visite de Vitasse à Paris où je l’ai rencontré. Je pense que cette affaire « Résurrection » était vraiment du cinéma et n’avait aucune chance d’exister. Je ne veux qu’une preuve, c’est que, non pas deux bataillons, mais un bataillon de parachutistes devait atterrir à Brécy à côté d’Orléans. J’ai envoyé pendant quatre jours mes hommes qui étaient à Orléans, en civil, pour voir ce qu’il se passait en leur disant : « Prévenez-moi tout de suite ». Et rien ne s’est passé, sinon que la veille au soir, ils ont vu le terrain de Brécy dans l’incapacité de faire atterrir les avions qui arrivaient. Je ne sais pas qui a fait ça.

    Madame Brunau

    5Pardonnez-moi d’intervenir encore. Je vais dire trois choses différentes. Monsieur le président, vous avez parlé du contexte international. Lors des derniers voyages que j’avais faits à Alger, j’avais été très frappée par le fait que les Américains étaient en train de monter un centre culturel extraordinaire et qui indisposait considérablement l’opinion. C’est une information tout à fait accessoire mais qui va vraiment dans ce sens.

    6Deuxièmement, je voudrais dire à Monsieur Girard que je trouve son exposé extraordinaire parce que c’est vraiment du roman-feuilleton, parce que, en fin de compte, le sujet l’est lui-même en partie… Il y a un suspense tout à fait remarquable. Moi, je n’ai jamais participé à un complot et l’impression que j’avais lors de ma dernière tournée des popotes en Algérie, c’est qu’en fin de compte, nos militaires, surtout quand ils étaient au grade de colonel ou de général (les autres m’ont semblé plus futés), avaient une espèce d’ignorance politique telle, qu’après tout, s’ils avaient concocté quelque chose dans le genre de « Résurrection »… Pourquoi pas ? Mais c’est simplement vraiment une impression. Je me rappelle leur avoir dit – ce qui les scandalisait – : « Comment avoir des commandants aussi malins et des colonels qui ne comprennent rien à rien ! »

    7Dernière chose, c’est à propos de Delbecque. Je l’ai vraiment bien connu : c’était un Ch’ti ; il avait encore l’accent du Nord et c’était un baroudeur. C’était un type qui en voulait. Je pense qu’il est tombé à Alger dans une situation qui lui a permis d’aller au-delà de ce qu’il aurait prévu. Vous parliez de sa solitude ; sa solitude a été quelque chose d’énorme puisque le téléphone était coupé entre la métropole et Alger, et Soustelle qui, jusqu’au 14 mai, avait toujours communiqué avec Delbecque, m’a demandé d’aller à Bruxelles pour téléphoner de Bruxelles au Gouvernement général. J’ai réussi à avoir Delbecque quinze secondes, et ça a été coupé, mais j’ai eu le temps de lui dire : « Tenez bon (c’était le message), Soustelle arrive. » Il est de fait que Soustelle n’avait aucune envie d’aller à Alger et qu’il a fallu le petit groupe, Foccart, le colonel Dumont et moi-même en particulier, pour le mettre pratiquement de force dans une voiture et le faire partir. On a fait une première tentative le soir de la passation des pouvoirs, mais le ministre de Chevigné avait interdit tout vol, donc on est arrivé au GLAM pour se faire dire qu’il y aurait pas d’avion. Nous sommes donc partis le lendemain, à travers la Suisse, avec un chèque de Dassault pour payer un avion. Voilà comment Soustelle est arrivé à Alger pour sauver Delbecque qui ne savait vraiment plus quoi faire.

    Monsieur Charbonnel

    8Je ne réponds pas directement à la question de Monsieur Girard, mais je souhaite insister moi aussi, comme Monsieur Vaïsse, sur l’aspect international de la crise en vous apportant un témoignage personnel. Nous sommes en 1966 : je suis un modeste secrétaire d’État à la Coopération dans le troisième gouvernement Pompidou ; je fais partie du Conseil des ministres devant lequel le général de Gaulle nous présente son projet de départ des structures intégrées de l’OTAN, donc tout à fait dans l’actualité. Bien entendu, la procédure se passe comme elle doit se passer dans un conseil des ministres, c’est-à-dire que le premier rapport est présenté par Monsieur Messmer, ministre des Armées, puis vient Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, puis Georges Pompidou qui fait la synthèse, et le Général conclut. Et c’est justement à ce propos qu’il conclut de manière souveraine. Après avoir eu une formule merveilleuse, « Si vous me suivez, vous aurez légué la paix à vos enfants », formule que l’on a très rarement reprise et qui montre bien le sens de ce qu’il nous proposait, il nous dit : « Bien entendu, Messieurs (et ça, je ne l’ai entendu qu’une fois dans les quinze mois où j’étais dans un conseil), si vous n’êtes pas d’accord, vous pouvez donner votre démission immédiatement. » C’est tout de même assez extraordinaire ! Alain Peyrefitte n’en a pas reparlé et je le lui ai un peu reproché. « Vous pouvez partir ! » Une main se lève alors – et c’est là que je rejoins ce que dit Monsieur Vaïsse – celle d’Edgar Faure. Il dit : « Monsieur le Président de la République, (puisqu’il était le seul de nous à qui le Général tolérait qu’il ne dise pas Mon Général), j’interviens ! » François Missoffe me dit : « Ça y est ! Il s’en va ! » Je lui réponds : « Ça m’étonnerait ! » – « Monsieur le Président de la République, je prends la parole non pas pour m’en aller, mais pour vous remercier et je vous remercie au nom de tous les présidents du Conseil de la IVe République qui ont été humiliés par les Américains et qui devaient aller faire leurs fins de mois budgétaires à Washington ». Après le Conseil, je m’approche de ce grand ancien, Edgar Faure, et je lui dis combien, en jeune gaulliste que j’étais, j’ai apprécié son intervention, et il me dit : « Mon cher ami, celui qui a enduré le pire de tous, c’est notre ami Félix Gaillard. »

    Monsieur Dupont-Fauville

    9Je me rappelle très bien l’année 1958. Il y a quelqu’un qui a fait énormément de tort, en répandant une formule qui me paraît désastreuse, c’est monsieur Jean Fourastié avec Les Trente Glorieuses. Avec Les Trente Glorieuses, on a l’impression que partout en Europe, tout allait bien, le Général est arrivé, mais qu’il soit venu ou pas, c’était pareil ! Non ! Le Général le dit bien : nous étions en faillite. Poniatowski a répété dans un colloque – et Dieu sait s’il n’était pas particulièrement gaulliste – il était en poste à Washington et il est allé chaque fin de mois, en 1958, demander des dollars aux Américains. Les complots, c’est très important, mais je crois qu’il faut garder une chose en vue, c’est que la situation était telle qu’aussi bien sur le plan des institutions que sur le plan économique et financier, la France était complètement au dernier degré. Les conditions objectives étaient complètement réunies pour qu’en 1958, ça se passe comme cela. C’est vrai que tout cela a facilité les complots, mais le Général pensait qu’il était en fait le seul à pouvoir sauver le pays à condition d’éviter d’arriver au pouvoir de façon illégale et illégitime.

    Jean Parayre

    10J’étais dans la Mitidja et je suis un des rares dans cette assemblée à avoir été officier au moment du 13 Mai. Je trouve tout à fait intéressant que les historiens se penchent dans le détail, sur ces événements ; je pense même que les témoins comme moi n’ont pas une vision générale des événements. Donc, le travail des historiens n’est pas terminé et je pourrais même suggérer un certain nombre de pistes à poursuivre. En ce qui concerne l’armée, il ne faut pas oublier que l’armée, c’était en gros quatre cent mille hommes avec beaucoup d’appelés du contingent qui étaient en relation avec leur famille, et qui étaient donc inquiets de cette situation. Cette armée était répandue sur un million de kilomètres carrés parce que le Sahara était peu couvert et nécessitait peu de troupes ; cette armée assez importante n’avait qu’un souhait, c’était de ne pas chercher à augmenter le désordre et je crois que la plupart des officiers supérieurs en étaient conscients. Donc, dès le 15 ou le 16 mai, l’idée que le général de Gaulle revienne était pour eux, un immense soulagement. Mais tout ce que vous avez décrit, qui est très important, me paraît un peu conjoncturel, un peu de l’agitation, je dirais, un bouillonnement qui ne traduit pas le mouvement général. Le mouvement général, c’est qu’on ne voyait pas l’issue militaire de la situation. Les deux communautés étaient totalement divergentes et l’armée était prise entre ces deux forces ; l’arrivée du Général ne pouvait être que le salut. En ce qui concerne le Général, il faut reconnaître son immense souplesse, sa stratégie remarquable ; il est un peu comme dans une mêlée de rugby, dans la confusion générale, il a ramassé le ballon et il a marqué un essai.

    Michel Anfrol

    11Le 28 au soir, en fin de journée plus exactement, nous nous retrouvons à quelques centaines au rond-point des Champs Élysées. Il y avait là Jacques Dauer, Michel Habib-Deloncle, et nous marchons, à quelques centaines, en direction du Palais Bourbon, en scandant : « De Gaulle, au pouvoir ! Rappelez de Gaulle ! etc. » et nous arrivons à la Concorde où étaient concentrés plusieurs centaines de gendarmes et de CRS. Nous passons devant les camions de gendarmes et de CRS qui nous applaudissent au lieu de nous barrer le pont de la Concorde. C’est dire, quand même, qu’à ce moment-là, la situation avait beaucoup évolué et que l’on savait très bien sur quoi cela allait déboucher. En revanche, le 13 mai, il y avait à Alger, sur le Forum, des dizaines et des dizaines de journalistes, parce que, dès le 12 mai (j’étais journaliste stagiaire à Europe n ° 1 à ce moment-là) nous savions : les étudiants, les lycéens d’Alger manœuvrés par Lagaillarde, Ortiz, Martel etc. n’étaient pas aussi silencieux que les étudiants autour de José Aboulker en novembre 1942 qui avaient gardé le secret : dès le 12 mai, tous les lycéens disaient : « Demain on prend le GG (le Gouvernement général). » C’était donc vraiment la rumeur et c’est pour cela qu’il y avait autant de journalistes présents sur le Forum pour assister à la prise du Gouvernement général ; tous les organes de presse avaient envoyé des journalistes pour assister à cet événement parce qu’il ne faisait aucun doute que ça allait se passer comme cela. En revanche, les militaires étaient totalement à l’écart puisque, si l’on en croit Lucien Neuwirth qui était lui-même sur le Forum, au milieu des jeunes, il voit arriver le général Massu qui arrive au moment où l’on balance par la fenêtre tous les dossiers du Gouvernement général, et qui commence à crier « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ! Arrêtez-moi tout ça ! » Et lorsqu’il aperçoit Neuwirth avec ses décorations de la France Libre, il prend conscience qu’il est en train de se passer quelque chose. Apparemment, c’est Lucien Neuwirth qui va l’introduire à l’intérieur du bâtiment du Gouvernement général. Enfin, un dernier point en ce qui concerne les liaisons téléphoniques : il y avait effectivement des ruptures téléphoniques entre Alger et Paris et Paris et Alger. Néanmoins il y avait des circuits qu’avaient obtenus les radios, et notamment Europe n ° 1. Mais il fallait à ce moment-là se souvenir d’abord d’une chose, c’est qu’une censure préalable avait été instaurée et que l’on n’avait pas le droit de parler des événements d’Algérie sans passer par l’aval d’un représentant du ministre de l’Information installé dans chacune des rédactions françaises ; d’autre part, il y avait, par exemple à Europe n ° 1, une rédaction totalement favorable au parti socialiste puisque tous les dirigeants venaient de la SFIO ; je me souviens très bien que notre envoyé spécial à Alger, qui s’appelait André Teillier, qui est mort quelque temps plus tard dans un accident de voiture, avait envoyé les 13, 14, 15, 16 mai, des comptes rendus très exacts de ce qui se passait et que, plusieurs fois, la décision a été prise par Maurice Siégel et Jean Gorini, de ne pas diffuser à l’antenne ce qu’avait envoyé André Teillier. Je me rappelle qu’un jour, je m’en étais étonné parce que l’on était quand même privé de renseignements et que, pour ceux d’entre vous qui ont connu cette période, les quotidiens paraissaient, non pas avec des pages blanches mais pas mal de centimètres carrés complètement blancs où aucune information n’avait été donnée parce que censurée, et que nous avions la possibilité, nous à Europe n ° 1, de donner des informations ; la décision était prise par Siégel et Gorini de dire : « Ça, on ne le diffuse pas ! » Et quand je dis : « Et pourquoi ? », la réponse est : « On dira que les circuits ont été coupés », mais nous avions quand même les informations.

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    Thomas, Jean-Paul, Bernard Lachaise, et Gilles Le Béguec. « Débat III ». In Mai 1958. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2010. doi:10.4000/books.pur.109086.
    Thomas, Jean-Paul, et al. « Débat III ». Mai 1958, Presses universitaires de Rennes, 2010, https://doi.org/10.4000/books.pur.109086.

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