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    Plan détaillé Texte intégral Épigraphie, famille, parenté Le choix du corpus Onomastique et nomenclature : remarques pour une enquête sociale Histoire, archéologie et images Le cadre géographique Notes de bas de page

    L'épitaphe et la mémoire

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Introduction. Une enquête sociale dans les Alpes, les Gaules et les Germanies

    p. 13-29

    Texte intégral Épigraphie, famille, parenté Le choix du corpus Onomastique et nomenclature : remarques pour une enquête sociale Histoire, archéologie et images Le cadre géographique Notes de bas de page

    Texte intégral

    Épigraphie, famille, parenté

    1En 1982 Ramsay Mac Mullen publia un article devenu classique désormais, « The Epigraphic Habit in the Roman Empire », AJPh, 103, 1982, p. 233-246, au point qu’il est fréquent de lire l’expression « epigraphic habit » employée comme une évidence1 signifiant la diffusion de la langue, latine s’entend, dont témoigne l’augmentation du nombre des inscriptions, notamment dans les provinces occidentales à partir de l’Italie, au Ier s. av./apr. J.-C. jusqu’à un sommet au IIIe s. et une rétractation ensuite et l’élargissement à un nombre plus varié de catégories sociales. Il suffirait de compter le nombre d’entrées annuelle de nouveaux textes dans L’Année épigraphique depuis vingt ans pour s’en convaincre. La pratique épigraphique est une réalité culturelle romaine qui fournit aux historiens de l’Antiquité le seul matériau de renouvellement permanent de leurs connaissances le plus constant et régulier.

    2Toutefois, deux obligations dans l’utilisation qu’on fait de ce matériau s’imposent aux historiens : ne jamais considérer qu’un document étudié ne peut pas être réexaminé, ne jamais omettre la diversité des genres ou des catégories de la documentation épigraphique.

    3Environ 60 % des textes épigraphiques sont des épitaphes c’est-à-dire des documents de nature privée qui s’insèrent cependant pour la plupart doublement dans un cadre public : celui des nécropoles, sur l’organisation juridique et administrative desquelles on est mal renseigné mais dont on comprend un peu mieux, grâce aux fouilles, à quoi elles ressemblaient2, et celui de l’affichage qui rend la commémoration du nom et donc de l’Homme, publique. Les épitaphes nous renseignent essentiellement sur la parenté, mais pas seulement et elles ne sont pas les seules à le faire. Elles nous renseignent sur la parenté selon une large gamme d’acceptions : juridiquement, par l’état civil sobrement décliné qui nous permet souvent de savoir si l’individu qu’on découvre sur l’inscription est un homme libre ou non, un pérégrin ou un citoyen, quel citoyen éventuellement ; socialement ensuite, par les éventuelles relations familiales qui sont indiquées : parenté cognatique, agnatique, par affinité, adoptive, nourricière ; économiquement aussi par l’indication d’activités professionnelles, des indices de richesse ; culturellement, par des dévotions, par l’onomastique, la formulation du texte dans des aspects orthographiques ou syntaxiques. Tout cela permet de dessiner une histoire sociale, culturelle, anthropologique au sens fondamental du terme d’autant que les épitaphes ne sont pas les seules à nous fournir ces renseignements : dédicaces de monuments et hommages publics contiennent de semblables informations et de nombreuses autres. Comme il arrivait en outre que les mêmes individus, par leurs activités ou actions, par leur vie tout simplement, aient bénéficié d’inscriptions ou en aient fait graver, on comprend que les occasions d’enquêtes sur la parenté, l’identité et la romanité soient nombreuses.

    4Les historiens ont multiplié, depuis un demi-siècle, les enquêtes prosopographiques et onomastiques, principalement à partir des sources épigraphiques après le livre pionnier de Ronald Syme, The Roman Revolution, Oxford, 1939, qui utilisait aussi les sources littéraires. M. Th. Raepsaet-Charlier faisait remarquer en 19933 que la bibliographie établie par J.-U. Krause en 1992 autour du thème de la famille dans une perspective d’histoire sociale comptait 4336 titres4 dont beaucoup étaient parus dans la décennie 1980 et que depuis la fin de cette décennie, jusqu’en 1992, par exemple pour l’histoire des femmes, il n’y avait guère eu de renouvellement, la profusion des productions ne correspondant qu’à des modifications mineures de recherches antérieures, voire à leur simple traduction avec quelques compléments bibliographiques5.

    5Je situe cette recherche sur la parenté dans les Gaules dans la perspective d’une enquête sociale en considérant les trois types de parenté : naturelle, adoptive et nourricière, en me fondant sur les textes épigraphiques essentiellement funéraires, analysés des points de vue onomastiques et prosopographiques, et en privilégiant comme point de départ de l’analyse et de la compréhension de l’identité6, le vocabulaire de la parenté7. Parmi les motifs de cette recherche, il y a le constat d’un vide : rien, ou si peu à propos des Gaules dans les enquêtes sociales sur la parenté ; et une curiosité stimulée par l’approche anthropologique et diachronique de ce thème dans le séminaire de M. Corbier et par les nombreux travaux relatifs à la péninsule Ibérique, à commencer par la thèse de Sabine Armani Relations familiales, relations sociales en Hispanie sous le Haut-Empire8. Certes, on ne dispose pas pour les Gaules d’un matériel qualitativement aussi riche et quantitativement aussi abondant que dans l’Italie, à l’histoire et à la pratique épigraphiques beaucoup plus anciennes et aux familles aristocratiques rompues aux alliances matrimoniales délibérées et soigneusement affichées. Certes aussi, pour énoncer ascendances et alliances, il faut que les générations se soient succédé. Lorsque c’est possible, encore faut-il le vouloir. Paradoxalement, dans ces provinces qui ont fourni des milliers d’inscriptions, toutes sortes d’enquêtes onomastiques ou prosopographiques ont été conduites, des enquêtes sont en cours sur telle cité9 ou sur la romanisation d’après les épitaphes10, mais peu sur la parenté dans une perspective sociale. Le cas des alumni est presque caricatural, puisque tout ou presque a été écrit sur ce mot et ce thème en partant du vocabulaire : définitions, comparaisons avec les threptoi, études thématiques du vocabulaire de l’affection qui lui est associé, cas romains, africains, italiens. Les mêmes remarques valent pour les nutrices, les nourrices, dans l’étude de K. Bradley en 1991 : celles des Gaules apparaissent bien dans les tableaux récapitulatifs, mais seules celles de Rome ou de l’Italie font l’objet de citations de textes et d’analyses11. Comme si ces territoires qui ont été intégrés à l’Empire romain, n’ont pas été marginaux dans cet empire et ont produit des milliers d’inscriptions, avaient été étrangers aux questions de parenté et à son expression. Se peut-il que les contraintes dans l’expression de la parenté aient été telles que ce choix leur ait été impossible12 ? Pour le savoir, encore faut-il interroger les textes et d’abord constituer un corpus documentaire. De quelle parenté, de qui et de quoi parle-t-on ?

    Le choix du corpus

    6L’enquête est fondée sur des textes épigraphiques essentiellement funéraires : cette source n’émane donc que d’une frange de la population13, celle qui tout à la fois participait de ce trait de culture romaine qu’est « l’habitude épigraphique » et qui avait les moyens de faire graver un texte sur un support solide et durable. Or, de même que toutes les tombes n’étaient pas en pierre ou en plomb, de même toutes les épitaphes n’étaient peut-être pas en pierre. Il est des matériaux périssables comme le bois – menacé aussi bien par le feu que l’eau – ou fragiles en raison de leur faible épaisseur ou de leur faible poids qui les rend cassants, mobiles, subtilisables, réutilisables etc. comme le plomb, en lamelles fixées sur un support en bois, la céramique. Dès l’antiquité, des réutilisations de matériaux et de monuments ont existé. Dans la pierre, elles peuvent parfois laisser la trace de l’utilisation première – rasures, discordance dans la narration14… – mais pas toujours. Aux époques médiévale et moderne, certains remplois ont été beaucoup plus destructeurs. Enfin, il ne faut pas oublier qu’une partie de la population, en raison de sa culture, ne commémorait pas nécessairement comme les Romains. On n’a nulle trace écrite de commémorations privées, individuelles ou collectives, dans le monde gaulois et les contrées du futur espace gallo-germanique avant la présence romaine. On a très peu de sculptures qui témoignent d’une identification à des ancêtres et à leur culte15. Nos sources ne nous livrent qu’une partie de la réalité. Mais la minorité16 qui faisait des épitaphes est diverse et son public devait être plus large qu’elle. Du moins est-ce ce que l’on peut déduire de la diversité des épitaphes en tant que support complexe de l’expression de la parenté et de l’identité. En effet, si la source et point de départ de notre enquête est bien épigraphique, elle n’a d’existence que par un support matériel. Or il arrive que l’écrit ne soit qu’un élément dans l’expression de la parenté qui ne fonctionne qu’en relation avec l’image selon un équilibre variable. Se contenter de relever le vocabulaire de la parenté dans le corpus ainsi constitué qui comporte aussi des images, risquerait de dénaturer l’interprétation qu’on proposerait du texte qui implique invariablement une relation triangulaire entre émetteurs et récepteurs du message, à savoir, selon les cas : émetteur 1 (souvent le défunt commanditaire) + émetteur 2 (parent[s], ami[s], ayant[s] droit survivant[s]), qui peut être égal à récepteurs 1, + récepteur 2 (parent[s], ami[s], proche[s], étranger[s]). Or la relation entre le texte et l’image peut être de répétition sous des formes différentes, elle peut être de complémentarité, elle peut être discordante. La lecture de centaines de textes, l’observation de centaines d’épitaphes constituées du texte seul ou d’un texte associé à une image conduit nécessairement à préciser en le justifiant le vocabulaire choisi et à laisser la place à des nuances ou des adaptations.

    7Le premier de ces choix a consisté à ne pas retenir les inscriptions qui mentionnent uniquement filius ou filia en tant que simple signalement de la filiation, c’est-à-dire en tant qu’élément de la nomenclature17, car ces deux termes nous renseignent sur l’état civil et très peu, voire pas du tout, sur la parenté au sens social. En effet, l’indication de la filiation, selon qu’elle est patronymique ou qu’elle est donnée par le prénom abrégé du père ne permet que la distinction entre pérégrins et citoyens18 ou dans quelques cas de penser qu’un individu est le premier de sa famille à être citoyen. Aucun lien social n’est directement affiché par l’expression de la nomenclature. Inutile de dessiner un arbre généalogique. Si des aspects sociaux apparaissent à la lecture d’une nomenclature, ce n’est pas de la filiation qu’on les tire, mais de l’onomastique. En revanche, quand filius et filia sont gravés dans une inscription où apparaissent aussi des mots comme pater, mater ou d’autres termes de parenté, ils ont été retenus car ils participent alors des systèmes terminologiques de parenté descriptifs ou classificatoires19 : ils donnent des informations et ont une dimension sociale et anthropologique. Mais ces deux mots, mater et pater, qui apparaissent très souvent sinon le plus fréquemment sur les épitaphes20 ne sont pas les plus importants pour une telle enquête, du moins en eux-mêmes : chaque individu étant né, il a bien eu l’un et l’autre. Toutes sortes de raisons, implicites ou explicites, peuvent faire que ces mots n’apparaissent pas dans les épitaphes. On n’en déduira donc pas nécessairement une particularité quand ils apparaissent. Si pater et mater ont été retenus, ce n’est donc que secondairement dans les inscriptions où ils figurent seuls [342 à 635]21. Il peut arriver que la prise en considération de l’onomastique et du ou des supports invite à retenir des textes qu’on aurait pu écarter a priori. C’est le cas d’une inscription mentionnée au CIL XIII, sous le numéro 8342 (Cologne) [160]. En huit lignes dont deux sont relatives à l’indication de l’origo d’un des personnages et à la formule finale, apparaissent cinq individus (cf. fig. 4a, p. 100). Les seuls éléments de situation familiale indiqués sont coniux, une fois, et filius, quatre fois. Mais l’onomastique et le support conduisent à rapprocher ce document de deux autres, également inscrits, qui constituent avec lui un groupe homogène (cf. fig. no 4b-c, p. 100) et illustrent quatre générations d’une famille de Viromanduens installée à Cologne au Ier s. (voir [160], stemma 18). Parmi les autres individus du dossier figure une nièce (neptia : CIL XIII, 8409 [160]). Il est assez vraisemblable que l’expatriation est l’un des motifs de l’originalité singulière de l’expression de leur identité. Bien plus, les liens de parenté entre le dédicant de l’inscription qui mentionne la neptia dédicataire ([160]) et celle-ci et les autres dédicataires ne sont compréhensibles que si l’on agrège à cette inscription toutes celles qui mentionnent les individus liés entre eux par le mariage ou la filiation22.

    8Ont donc été retenus tous les termes de la parenté naturelle, adoptive ou nourricière soit un corpus de 779 numéros. Parce qu’il est vite apparu au fur et à mesure de l’enquête, dans les caractéristiques des inscriptions et dans le classement quantitatif, qu’il y avait des différences entre les catégories de parenté et de termes, j’ai distingué les termes de « parenté spécifique », classés par ordre alphabétique, de toutes les autres inscriptions. Le premier groupe est composé de 258 numéros. Il donne le panorama le plus large de la question puisque les trois types de parenté : naturelle (biologique), adoptive et nourricière s’y trouvent, de même qu’on y voit les relations cognatiques, agnatiques ou collatérales et qu’on peut y suivre, dans le sens ascendant et descendant, le nombre de degrés le plus étendu. Ces inscriptions nous faisant rencontrer pères, mères, parents, frères ou sœurs il fallait aussi recenser ces termes. Plus nombreux comparativement aux autres, ils ont été classés à la suite. Ils sont les éléments constitutifs de la famille nucléaire. Ils illustrent l’engendrement, la parenté ascendante et descendante – ces termes n’ayant de sens que par rapport à une autre génération : la suivante – et sont le lien indispensable entre générations autant qu’entre frères et sœurs donc à une même génération. Le classement adopté est géographique en suivant l’ordre du CIL en commençant par les références issues du CIL.

    La parenté naturelle

    Parenté naturelle (biologique) : directe ascendante ou descendante et germains

    Nombres

    Mater : [342] à [501]

    160

    Pater : [503] à [633]

    131

    Termes affectifs qui se rapportent à pater mais qui sont du domaine de la parenté nourricière : tata : [242-243] ; tatula : [244]a

    Parentes : [259] à [330]

    72

    Mater et pater : [502]

    1

    Patres pour parentes : [331] à [341]

    11

    Patres : [634-635]

    2

    Le petit-fils (nepos) (deux ou trois cas concernent plutôt des neveux) : [136] à [152]

    17

    La petite-fille (neptis) : [162] à [171]
    + nepta pour neptis : [154]

    10
    1

    Le grand-père (auus) (+ 1 tardif : Sidoine Apollinaire) : [69] à [76]

    8 (+ 1)

    La grand-mère (auia) : [63] à [68] + [76]

    7

    L’arrière-petit-fils (pronepos) : [212]

    1

    Frater : [636] à [738]

    103

    Soror : [739] à [779]

    41

    Sous-total (a)

    565 (+ 1)

    Particularités

    Filius naturalis : [109] à [112]

    4

    Natus pour filius : [130] à [135]

    6

    Frater germanus et soror germana : [113]

    1

    Genitor : [128]

    1

    Maritus fratris : [114]

    1

    Cognata : [89-90]

    2

    Sous total (b)

    15

    Autre terme souvent recensé parmi des membres de la famille naturelle sans possibilité de déterminer le lien de parenté : tutores : [249] à [256]

    8

    Sous total (c)

    8

    Sous total 1 (a + b + c)

    588 (+ 1)

    a. Voir H. S. Nielsen, 1989 et K. Bradley, 1991 qui ont conclu de l’usage de ces termes affectifs qu’ils désignaient des parents nourriciers.

    Les collatéraux

    Oncle maternel (avunculus) : [77] à [88]

    12

    Neveu (nepos) : deux ou trois cas discutés dans la 2e partie, chapitre 2 (voir tableaux dans le texte)

    Nièce (neptia) (une neptia [154] est peut-être en réalité une neptis) : [155] à [161]

    7

    Oncle paternel (patruus) : [203] à [207]

    5

    Cousin germain (consobrinus) : [94] à [98]

    5

    Tante (amita) : [60] à [62]

    3

    Tante maternelle (matertera) : [129]

    1

    Nièce (nepta pour neptia) : [153]

    1

    Cousin germain (patruelis) : [202]

    1

    Sous total (a)

    35

    Particularités

    Sororis filius : [239]

    1

    Sous total (b)

    1

    Sous total 2 (a + b)

    36

    La parenté adoptive

    Les affins

    Belle-fille, bru (nura ; nurus) : respectivement [173] et [174] à [186]

    14

    Gendre (gener) : [115] à [127]

    13

    Belle-mère (socera, socra, socrus) : [224] à [234]

    11

    Beau-père (socer, socerus, socrus) : [213] à [223]

    11

    Beau-fils ou fils d’un premier lit (privignus) : [208] à [211]

    4

    Beau-fils (filiaster) : [104-105]

    2

    Beaux-parents (soceri, socri) : [235-236]

    2

    Beau-frère, belle-sœur (socerio) : [237-238]

    2

    Beau-frère (sororius) : [240-241]

    2

    Beau-père (vitricus) : [257-258]

    2

    Belle-fille (filiastra) : [103]

    1

    Belle-mère (noverca) : [172]

    1

    Beau-père (pateratus) : [201]

    1

    Sous total 3

    66

    TOTAL (1 + 2 + 3)

    690 (+ 1)

    La parenté nourricière

    Vocabulaire par ordre décroissant de fréquences

    Nombres

    Filius adoptivus : [106] à [108]

    3

    Pater adoptivos : [199-200]

    2

    TOTAL

    5

    Parenté nourricière

    Nombres

    Alumnus et threptus (au sens d’alumnus [34 ; 51]) (+ 1 tardif : IVe-Ve s.) : [1] à [59]

    59 (+ 1)

    Collactus et autres termes similaires : [91] à [93]

    3

    Educatrix : [99-101]

    2

    Educator : [100]
    Educatores (H + F) : [102]

    1
    1

    Nutrix : [189] à [198]

    10

    Nutricius (le nourricier) : [187]

    1

    Nutritus (celui qui est nourri) : [188]

    1

    Tata (terme affectif qui se rapporte au père nourricier) : [242-243]

    2

    Tatula (id. sans doute) : [244]

    1

    Trophimus et variantes : [246] à [248]

    3

    Threptus et variantes (surnom révélateur d’une ancienne condition) : [245]

    1

    TOTAL

    85 (+ 1)

    Tableau 1. – Vocabulaire de la parenté.

    9Le total général obtenu est de 779 numéros correspondant à 781 occurrences car dans l’inscription [6] (CIL XII, 434 + add.) sont mentionnés en même temps une alumna et deux educatores – un homme et une femme – qui n’ont été recensés que sous le terme au pluriel correspondant à une educatrix et un educator ; et dans l’inscription [76] (CIL XIII, 4270) il y a une mention d’auus et une double mention d’auia.

    Onomastique et nomenclature : remarques pour une enquête sociale

    10En commençant cette recherche, j’avais un questionnement qui, pour reprendre une phrase de S. Armani, visait l’éventuel décalage « entre la norme et le droit d’une part, la pratique et le vécu de l’autre23 ». En matière de droit, bien des travaux ont été conduits sur la Gaule, notamment par A. Chastagnol et par J. Gascou24. Il est inutile de revenir sur ces aspects juridiques. Le grand nombre des témoignages, les rythmes de la croissance de leur nombre et de leur diffusion jalonnent et illustrent la progression de la cité romaine dans les provinces et une de ses conséquences : la monumentalisation en tant que fait de culture romain25, et un effet juridique – le testament – aux conséquences pratiques et cultuelles – la commémoration26. Le monument funéraire, c’est-à-dire, pour reprendre la définition qu’en a donnée H. Savay-Guerraz « tout élément en pierre taillée susceptible de supporter une épitaphe : plaques, stèles, cippes (blocs en forme d’autel), coffres, sarcophages, constructions (mausolées)27 » est là pour attester la présence du mort ou qu’il devait être là s’il s’agit d’un cénotaphe28 et manifester les droits qui découlent de sa vie passée. Il exprime un statut. Mais il manifeste aussi l’aspiration au statut aussi bien du mort que du vivant29. Ici doit être évoquée la question de l’homme face à la mort et de la transmission de la mémoire30. En histoire ancienne peu d’études, jusqu’à il y a une dizaine d’années prenaient en compte les documents dans leur globalité malgré quelques tentatives pionnières comme celle de H. Devijver et F. Van Wonterghem31. Selon qu’elles étaient produites par des historiens ou des historiens de l’art, elles ignoraient un ou plusieurs pans de l’approche possible du document32. Quand on observe les écrits de chercheurs réputés qui analysent les images, on constate qu’il en est peu qui parlent de l’Antiquité et s’ils en parlent, c’est à propos des images de l’Égypte ou de celles de la Grèce plutôt que celles de Rome33. Même lorsque, comme Hans Belting, ils dépassent et surpassent les champs disciplinaires canoniques chez nous. Il en est ainsi dans un de ses ouvrages traduits en français : Pour une anthropologie des images34 qui est cependant très suggestif et subtil. Le détour par l’anthropologie est judicieux pour qui travaille à partir des textes, notamment funéraires, non seulement parce que, comme le rappelle H. Belting dans son avant-propos, « ce sont les hommes qui ont fabriqué et qui continuent de fabriquer des images » (p. 8), mais parce que, en conséquence, ces images, qui manifestent la présence d’une absence – celle du mort qui crée une absence pour le proche autant qu’un vide pour le groupe social – matérialisent une relation réciproque complexe triangulaire, celle de la « triade image-médium-corps » (Id., p. 10). Dans le cas des Gaules, la conquête romaine et l’imposition ou l’adoption progressive d’une culture autre que celle des Celtes – pour ne parler qu’en termes généraux – a eu pour effet de modifier cette relation triangulaire, en commençant par l’aristocratie comme le montrent nombre de fouilles et comme l’a synthétisé A. Ferdière35. Se substitue au moment, qu’une étude de F. Trément et L. Humbert sur le bûcher funéraire du col de Ceyssat, à la base du Puy de Dôme, décrit et analyse36, le monument. Ce changement de nature est aussi un changement de relation au temps et à la mémoire tant il est vrai que les images sont diverses dans leurs manifestations, dans leur apparence, dans leur médium. Il s’agit de cela quand on travaille sur les stèles funéraires. Comme l’écrivit Bachelard, la mort est d’abord une image et reste une image, ne fût-elle qu’une inscription, pourrait-on ajouter. Celle-ci n’a pleinement de sens que parce qu’elle a une réalité matérielle et non seulement à cause du texte qu’il suffirait de recopier pour l’interpréter. Le monument est en ce sens un médium37. Du moins est-ce l’impression que donnent les nombres et leur répartition par catégories de termes de parenté et de types de monuments et par aires. Dans une certaine mesure les morts reflètent la société des vivants.

    Histoire, archéologie et images

    11Il n’y a pas d’identité sans contexte. Les trois approches des historiens, des archéologues et des historiens de l’art sont complémentaires et indissociables car il y a de nombreuses surfaces de contact entre les informations des documents examinés : des stèles de même forme et même style peuvent être, les unes, épigraphiques, les autres, anépigraphes. Des inscriptions de formulaire, d’ordinatio, d’insertion du champ épigraphique comparables, peuvent être gravées sur des supports identiques ou différents, entretenir un même type de relation avec un relief ou non. La mise en relation de ces éléments conduit à s’interroger de manière fructueuse sur le dialogue entre texte et image propre : y a-t-il concordance ou discordance ? Quelle est la sorte de complémentarité ?

    12Les épitaphes sont révélatrices de leur temps : au sens photographique elles sont un révélateur, au sens physique, elles sont un buvard, elles absorbent les pratiques et les couleurs du temps environnant, en sorte qu’elles sont à la fois identiques et différentes entre elles. En travaillant sur la parenté, on met en valeur des identités propres. Ainsi, pour ce qui est des alumni, une catégorie particulière de parenté et un terme particulier du vocabulaire de cette parenté, toutes sortes de différences et de nuances apparaissent selon les lieux de provenance : si la plupart des monuments sont des cippes en Narbonnaise comme à Lyon, ici le seul motif figuré est l’ascia tandis que là, on trouve des rinceaux. Dans les deux cas, cela correspond à des modes datées et ce mimétisme est un élément de datation. Le champ épigraphique des cippes des alumni narbonnais imite celui des plaques funéraires ou des plaques honorifiques des notables. À Lyon, les autels des alumni s’insèrent dans la série des autels taillés aux IIe et IIIe s. dans un calcaire blanc très dur qui a fourni la quasi totalité des monuments mis au jour par exemple dans la nécropole de Trion et datés de cette époque38. Mais si l’on continue d’analyser la documentation, on tombe sur ce qui apparaît d’abord comme des exceptions : hors de Lyon et de la Lyonnaise, les deux témoignages de Langres [55] (cf. fig. 19, p. 280) et celui de Cologne [198] (cf. fig. 28a-c, p. 306) présentent un relief. On ne doit pas les étudier en faisant abstraction de cette donnée particulière. L’image est porteuse de sens. Il faut l’observer pour vérifier si elle a un rapport ou non avec le texte et ensuite l’analyser pour elle-même en l’insérant dans le discours textuel ; ensuite si ces stèles se différencient de la plupart de celles du corpus particulier des alumni rencontrés en Narbonnaise et en Lyonnaise, donc si elles se différencient en tant que monuments d’alumni, elles ne se différencient peut-être pas en tant que monuments funéraires à Langres ou à Cologne. Les mises en séries, les regards croisés permettent à la fois de dessiner traits généraux, particuliers et nuances. Il peut même être utile d’inverser complètement le point de vue : comme on interroge les textes, on doit interroger les images. Que nous apprennent-elles sur la parenté ? Quelle image de la parenté nous donnent-elles ? Cette image est-elle différente de celle que les textes nous apportent ? S’agit-il d’une autre identité ? Tout cela justifie qu’on doive s’attacher aussi aux reliefs car ils sont un langage codé et unificateur au même titre que les textes. S’il n’en fallait qu’un indice, nous retiendrions le groupe des fratri, très nombreux : 103 occurrences dont 30 à Lyon, 17 à Mayence, 8 à Cologne39. Rien de plus dissemblable entre ceux de Lyon où le terme ressortit au vocabulaire de la parenté en étant souvent mentionné sur des monuments à côté d’autres termes de parenté qui permettent de dessiner les contours d’une famille, et ceux de Mayence qui sont des faux frères dans la plupart des cas puisque le terme désigne souvent une camaraderie, un compagnonnage militaire : la plupart des défunts sont des légionnaires. Rien de plus dissemblable non plus en terme d’image puisque, à Lyon, dans la plupart des cas, le monument est dépourvu de relief alors qu’en Germanie supérieure, à Mayence, et en Germanie inférieure, à Cologne, ils ont un relief qui montre le défunt en pied en tant que légionnaire, centurion, cavalier etc. Rien de plus semblable cependant dans ces différences qui sont l’illustration d’une même volonté d’exprimer l’identité, le statut, par un mimétisme qui est un conformisme : celui où ego, c’est-à-dire « je », est un autre. De tels caractères ont été mis en valeur par Valerie Hope en 200140. Ce jeu de miroir est au cœur de toute enquête sur l’identité.

    13Il est des cas où, dans cette société ordonnée et hiérarchisée, c’est par l’expression particulière de la parenté que s’exprime la particularité d’une identité familiale et individuelle41. Il ne devait pas être anodin ou indifférent d’indiquer dans une épitaphe, réciproquement, les relations ascendantes et descendantes entre dédicants et dédicataires de façon redondante, ou bien de mentionner frères, sœurs, oncles, tantes, cousins, cousines, bref de faire une commémoration multiple. La connaissance de ces documents ne résulte pas seulement du hasard des découvertes. Peu fréquentes dans notre corpus, ces commémorations sont probablement aussi bien la conséquence d’une survivance d’une famille plus large que la famille nucléaire – qu’on a pu considérer comme typique à la fin du Principat –, que la conséquence d’un mode de vie et d’un choix d’affichage de la transmission de la mémoire42. L’épitaphe est l’occasion de faire le point. En situant la parenté, elle situe socialement le défunt et sa famille d’une façon peut-être moins anodine que de son vivant, d’une manière plus remarquable aux yeux de tous. Elle fige en l’éternisant la mémoire du défunt, par les mots seuls ou par l’image aussi. Seul le biais du vocabulaire de la parenté, significatif d’autres objets que l’affirmation de l’état civil, permet d’approcher la représentation sociale privée parce que ce vocabulaire évoque autre chose que la norme juridique de la filiation et de la situation au regard de la citoyenneté. Du coup, ce vocabulaire reflète la romanité et ses nuances. Les enquêtes conduites dans la péninsule Ibérique par S. Armani ont mis en évidence au moins trois particularités : un recours à des termes originaux comme socerinus ; la probable formulation par l’utilisation d’un terme romain – celui de cognatio – d’une organisation de relations supra-familiales pour des populations du nord-ouest de la péninsule ; une transmission possiblement matrilinéaire des noms gentilices. Les provinces septentrionales ne présentent pas la même originalité.

    Le cadre géographique

    14Géographiquement l’aire étudiée a pour cœur des territoires celtiques. Les limites administratives de la Narbonnaise ou des Trois Gaules seules ou séparément n’étaient pas pleinement satisfaisantes pour mener à bien une enquête sur la longue durée des trois siècles du Haut-Empire où la place des antécédents culturels et des évolutions des mentalités pouvait être importante et où les hommes se déplaçaient d’une province à une autre ou plusieurs autres en empruntant des voies qui ne devaient pas grand-chose aux cadres administratifs. L’histoire même des peuples et des conditions de leurs soumissions fut variable d’une province à une autre mais les voies de circulation des hommes n’en avaient pas toujours dépendu. Les frontières sont perméables. Le choix d’inclure les petites provinces des Alpes est la conséquence des enquêtes onomastiques sur des individus de Narbonnaise. La géographie physique joue ici encore un rôle important : côtes, fleuves et cols ont été des lieux de rupture, des points d’articulation. Il y a un en deçà et un au-delà. Il convenait d’aller jusqu’à ces lieux et points.

    15Pour mener cette enquête, il m’a semblé qu’il fallait d’abord partir de la conception de l’épitaphe – première partie – en tant que médium bâtisseur du souvenir et support d’informations qui fait le lien entre vivants et morts, entre les trois temps de la narration qui se meuvent progressivement : présent, passé, futur43 en se chassant l’un l’autre, par conséquent en tant qu’elle est vecteur de la mémoire44 ; puis examiner les ressemblances et les différences d’un corpus qui a un seul objet : la transmission de la mémoire et la volonté de la faire connaître – deuxième partie. C’est donc l’occasion de s’interroger sur l’épitaphe en tant que stéréotype. Enfin – troisième partie – est étudié et interprété le contenu informatif des épitaphes selon des points de vue, des regards croisés et des mises à distance.

    Notes de bas de page

    1 Pour un regard critique sur ce point, voir G. Woolf, « Monumental writing and the Expansion of Roman Society in the early Roman Empire », JRS, 86, 1996, p. 22-39 qui fait suite et réponse à un article d’E. A. Meyer, « Explaining the epigraphic habit in the Roman Empire », JRS, 80, 1990, p. 74-76.

    2 Voir Cicéron, Des Lois, livre ii ; voir F. de Visccher, 1963 ; Henner von Hesberg, P. Zanker (éd.), 1987 ; Nécropoles à incinération du Haut-Empire, Actes de la table ronde de Lyon, 30-31 mars 1986, Lyon, Direction des Antiquités historiques, 1987 ; Monde des morts, monde des vivants en Gaule rurale (Ier s. av. J.-C. -Ve s. apr. J.-C.), A. Ferdière (éd.), Actes du colloque Archea/Ager (Orléans, 7-9 février 1992), 6e suppl. à la R. A. Centre de la France, 1993 ; Ch. Landes, La mort des notables en Gaule romaine, Lattes, Musée archéologique Henri-Prades, 2002. Comme l’attestent des inscriptions qui mentionnent des dimensions pour la concession en façade et en profondeur, les loci avaient des tailles variées. Sont attestées également des servitudes de passage, mentionnées les interdictions ou les obligations pour les descendants. Un monument pouvait être utilisé par plusieurs familles. Si nous n’avons pas de cas d’achat par deux familles distinctes d’un même monument constitué de deux parties distinctes explicitement mentionné – contrairement à ce que l’on connaît à Rome et en Italie (par exemple CIL VI, 13074, 13049, 13120, 16755) –, nous avons des exemples de monuments double dans lesquels une seule moitié a été utilisée ou d’autres dans lesquels les noms des deux parties sont si différents, qu’il n’y a qu’une explication possible : ce sont des familles différentes. Voir infra, chapitre ii, p. 76 et suivantes.

    3 « La femme, la famille, la parenté à Rome : thèmes actuels de la recherche », L’Antiquité classique, 62, 1993, p. 247.

    4 Jen Uwe Krause, Die Familie und weitere anthropologische Grundlagen, Stuttgart, Fr. Steiner, 1992.

    5 Sur l’enfance, la bibliographie est aussi importante. Voir le bilan d’une décennie de recherches dans les Annales de démographie historique : V. Dasen, D. Lett, M.-F. Morel, C. Rollet, 2001.

    6 J’utilise ici, dans un premier temps ce mot dans les sens courants qu’il a depuis le XIXe s., à savoir « le fait, pour une personne, d’être un individu donné et de pouvoir être légalement reconnue pour tel sans nulle confusion grâce aux éléments (état civil, signalement) qui l’individualisent » et « le fait d’appartenir à un groupe humain et de le ressentir », Le Grand Robert de la langue française, 2e éd., Alain Rey (dir.), Paris, 2001, troisième sens, respectivement b, 1801 et c, 1894. Pour une introduction récente à cette notion dans les sciences sociales, voir R. Baudry, J.-Ph. Juchs, 2006, p. 157-167. Pour une réflexion générale sur la notion d’identité, voir Cl. Lévi-Strauss (dir.), 1974-1975, notamment J.-M. Benoist (1974-1975), « Facettes de l’identité », p. 13-23 et Fr. Zonabend (1974-1975), « Pourquoi nommer ? (Les noms de personnes dans un village français : Minot-en-Châtillonnais) », p. 255-279, suivi de la discussion, p. 280-286 ; J.-M. Benoist, Cl. Lévi-Strauss, « Conclusions », p. 317-332. Voir infra, la note 42.

    7 L’étude de la parenté excède genres et sexes et n’est possible qu’en multipliant les angles d’attaque. Ce livre ne se situe pas dans une perspective du type « gender studies », pas plus d’ailleurs qu’il ne serait en contradiction avec puisque hommes et femmes, genre masculin et genre féminin (et inversement) s’y rencontrent. Voir B. Rémy, N. Mathieu, avec la collaboration de M. Dondin-Payre et N. Géroudet, Les femmes en Gaule (Ier s. av.-Ve s. apr. J.-C.), Paris, Errance, 2009.

    8 Thèse inédite sous la direction de P. Le Roux, Rennes, 2002. Je remercie Sabine Armani de m’avoir prêté un exemplaire de sa thèse très tôt après sa soutenance. Sur la question de la parenté dans la péninsule Ibérique, voir en bibliographie (rubriques 1 et 2) les références à ses travaux ainsi qu’à ceux de L. A. Curchin et de J. Edmondson.

    9 Bertrand Debatty, « La cité des Sénons sous le Haut-Empire : une société provinciale », thèse en cours.

    10 Nicolas Laubry, « Recherches sur la romanisation de la Gaule lyonnaise d’après l’étude des inscriptions et monuments funéraires », thèse soutenue à Lyon en 2008.

    11 K. R. Bradley, « The social Role of the Nurse in the Roman World », chap. 2 dans K. R. Bradley, 1991, p. 13-35: tableau p. 16 et six lignes p. 21. Le même auteur avait consacré, en 1986, un article aux nourrices à Rome : « Wet-nursing at Rome : a Study in social Relations », dans B. Rawson (éd.), 1986, p. 201-229.

    12 Pour reprendre en les détournant pour adaptation le titre de deux articles importants : « Choix et contraintes dans l’expression de la parenté dans le monde romain », M. Dondin-Payre, CCG, 5, 1994, p. 127-163 ; Ph. Moreau, 1998, p. 285-298.

    13 Celle qui a les moyens ou la volonté de faire graver un texte : diverses conditions concourent à cet « accès » à l’écriture et il est vraisemblable qu’elles pouvaient être réunies en des faisceaux variés. Richesse, statut, position sociale acquise ou espérée, cadre familial, politique, situation économique sont, parmi d’autres, autant d’éléments qui pouvaient influencer des choix individuels ou collectifs.

    14 Ces discordances peuvent concerner l’onomastique ou le vocabulaire qui relève de cultures différentes par exemple entre une culture chrétienne et celle qu’on n’appelle pas encore païenne. Il y a plusieurs cas en Provence. Voir V. Gaggadis-Robin, 2005, p. 55-59 : CIL XII, 782. Au-dessus du cartouche, sur le listel de la cuve du sarcophage, est gravé pax aeterna ; et dans le cartouche à queues d’aronde, l’inscription suivante : Dulcissimae et innocen| tissim(ae) filiae Chrysogone iu| nior Siricio quae uix(it) ann(is) III, | m (ensibus) II, dieb(us) XXVII, Valerius et Chry| sogone parentes filiae raris| simae et omni tempore ui| tae suae desiderantissi| mae. L’inscription du cartouche pourrait dater du IIIe s. mais elle a été gravée sur une cuve qui n’est pas antérieure à la seconde moitié du IVe (V. Gaggadis-Robin, 2005, p. 57). Les deux mots gravés sur le listel ont une connotation chrétienne absente de l’épitaphe inscrite dans le cartouche ; leurs lettres sont plus grandes et moins profondément gravées mais leurs formes sont semblables, en particulier la queue de R, le montant du N et, partant l’écartement entre les deux fûts. Mais une fois ces observations faites, il reste impossible de dire si lien il y a entre les deux textes et sa nature. C’est en raison de sa datation tardive et de son caractère éventuellement chrétien que cette inscription qui mentionne des parentes ne figure pas dans le corpus de cette étude. Sur ces questions de christianisation ou de remploi, voir en particulier V. Gaggadis-Robin, « Le remploi des sarcophages païens en milieu chrétien », dans Jean Guyon, Marc Heijmans (dir.), D’un monde à l’autre. Naissance d’une chrétienté en Provence. IVe-VIe s., Arles, Éditions du musée de l’Arles antique, 2001, 2e tirage revu et corrigé 2002, p. 69-71.

    15 Sur ces aspects, voir, pour une réflexion générale, P. Stewart, Statues in Roman Society. Representations and Response, Oxford, University Press, 2003, notamment, p. 64-72, « The appearance of statues »; Chr. Goudineau, « Les Gaulois ont-ils représenté leurs dieux ? Le problème de la statuaire protohistorique », dans Regards sur la Gaule, Paris, Errance, 1998, 2e éd., Arles, Actes Sud, 2007, p. 187-198 ; F. Perrin, « Le mort et la mort en Gaule à l’âge du Fer (VIIIe-Ier s. av. J.-C.) », dans E. Crubézy, E. Lorans, Cl. Masset, F. Perrin, L. Tranoy (éd.), L’archéologie funéraire, Paris, Errance, 2e éd. 2008, p. 93-114. Plus particulièrement, voir Y. Menez, « Les sculptures gauloises de Paule (Côte-d’Armor) », Gallia, 56, 1999, p. 357-414.

    16 S’agit-il d’une minorité ? Voir G. Sanders, 1977, p. 163-164.

    17 Terme que j’utilise au sens des mots latins nomenclatio et nomenclator, en le réservant donc à ce qui évoque les catégories juridiques fondamentales déterminées par la liberté ou non, la citoyenneté ou non. La nomenclature est ce qui permet de savoir théoriquement à qui l’on a à faire. Tout candidat à une magistrature, en campagne électorale, comprend immédiatement l’intérêt de se rappeler le nom des électeurs ainsi que nous le dit le frère de Cicéron, Commentariolum petitionis, 41. Mais on sait aussi que, de la règle à l’usage, il y a des nuances.

    18 Du moins théoriquement et généralement. Ce n’est pas toujours vrai selon les lieux et les époques. Il y a des exemples de pérégrins qui utilisent un gentilice romain comme nom unique, d’autres où c’est un prénom latin qui sert de nom unique. Voir sur ces cas M. Christol et M. Janon, 1984, p. 254. Dans les provinces occidentales A. Chastagnol (1994, p. 22) et M. Christol et D. Darde (1986, p. 206-209) ont observé que les pérégrins faisaient parfois précéder leur nom unique d’un prénom, abrégé ou non, ou le faisaient suivre d’un second nom qu’on pourrait prendre pour un cognomen.

    19 Sont descriptifs les systèmes où les mots de la parenté définissent une seule position généalogique. Père, mère, fils, fille, frère, sœur, époux, épouse appartiennent à cette catégorie. Ils n’ont qu’une seule signification par rapport à ego. Sont classificatoires les systèmes où un même mot peut définir plusieurs positions généalogiques. Il en est ainsi par exemple, en français, du terme neveu qui peut désigner le fils d’un frère ou d’une sœur, le fils d’un frère ou d’une sœur du conjoint, ou bien encore le fils d’un cousin. Par rapport à ego, neveu peut donc correspondre à plusieurs positions généalogiques. Ces deux grands types de systèmes ne sont pas exclusifs et en outre, au cours du temps, les mots ont pu évoluer. Ainsi, neveu nous vient du latin nepos qui peut signifier le petit-fils ou le neveu. Les deux possibilités se rencontrent dans notre corpus : voir infra. Sur ces questions, voir dans l’Histoire de la famille, le t. 1, Mondes lointains, A. Burguière, Chr. Klapisch-Zuber, M. Segalen, F. Zonabend (dir.), Paris, 1994 [1986], Le Livre de Poche, p. 29 ; M. Godelier, 2004, notamment p. 20 (introduction) et le chap. 1 (notamment p. 60-64).

    20 C’est la relation entre parents et enfants et réciproquement qui a fourni la matière la plus abondante aux études quantitatives démographiques ou aux enquêtes sociales. Voir par exemple deux articles parus la même année, en 1987 : B. D. Shaw dans le JRS, « The Age of roman Girls at Marriage : some Reconsiderations », p. 30-46 dont les nombreux graphiques sont fondés sur le comptage des occurrences de termes ; R. P. Saller dans Classical Philology, « Men’s Age at Marriage and its Consequences in the roman Family », p. 24-31 avec les tableaux p. 26-27. Ces deux enquêtes avaient été précédées par celle que les deux auteurs avaient publiée ensemble en 1984, dans le JRS : « Tombstones and roman Family Relations in the Principate : Civilians, Soldiers and Slaves », p. 124-156 qui fondait en quelque sorte la méthode. Il reste que les chiffres ne disent pas tout, qu’on ne doit pas nécessairement leur faire dire tout, mais aussi que le type ou les objectifs d’une enquête peuvent faire varier les interprétations. Un peu plus d’une décennie après ce premier article, est venu le temps de la synthèse et de la réflexion critique sur les interprétations possibles dans la perspective qui était celle de R. P. Saller et B. Shaw. C’est D. B. Martin qui les a produites dans le JRS, 86, 1994, « The Construction of the ancient Family : Methodological Considerations », p. 40-60.

    21 Les chiffres et nombres indiqués entre crochets correspondent à ceux du corpus épigraphique retenu dont le contenu a été classé, pour des raisons de commodité dans son utilisation, par termes du vocabulaire de la parenté étudié.

    22 Voir infra.

    23 S. Armani, 2002, p. 7.

    24 La nomenclature des individus telle qu’elle apparaît dans les inscriptions résulte de leur statut. Plusieurs articles d’A. Chastagnol ont ouvert la voie, notamment pour les cités de Narbonnaise, à une histoire sociale et juridique fondée sur des analyses fines, inscription par inscription (articles repris ou inédits dans La Gaule romaine et le droit latin, Lyon, 1995). Voir J. Gascou, « Hadrien et le droit latin », ZPE, 127, 1999, p. 294-300. Voir, pour une mise en perspective des travaux d’A. Chastagnol, J. Gascou, 2001, p. 179-186 et P. Le Roux, 2001, p. 173-178.

    25 Voir par exemple A. Ferdière, 2004.

    26 Voir E. Meyer, 1990, notamment p. 81-90. Sur les aspects juridiques, F. de Visscher, 1963 ; M. Ducos, 1987, p. 145-157.

    27 « Les matériaux calcaires dans l’art funéraire à Lyon », Gallia, 47, 1990, p. 137, note 13.

    28 Voir C. Ricci, 2001, p. 149-161.

    29 Comme l’ont montré de nombreuses études thématiques ou régionales d’épitaphes et de monuments funéraires. Voir en bibliographie J. Fejfer, 2002, Y. Freigang, 1997, M. George, 2001, J. M. Højte, 2002, V. Hope, 2000, M. Langner, 2001. Voir aussi les remarques de H. Lavagne, 1987, p. 159-165.

    30 Outre Ph. Ariès, L’homme devant la mort, Paris, 1983 et P. Nora, Les lieux de la mémoire, Paris, t. III, Les France, vol. 3, De l’archive à l’emblème, A. Burguière, « La généalogie », p. 19-51, Paris, 1992, je renvoie pour des exemples ligériens, aux articles suivants : A. Leicher, G. Le Goff, « Monuments funéraires d’Anjou », 303. La revue des Pays de la Loire, 5, 1985 ; Cl. Cosneau, J.-J. Treuttel, J.-Cl. Garcia, J. Treuttel, « La commémoration, exercice de style (1789-1830) », 303. Arts, recherches et création, 42, 1994, p. 52-72.

    31 « The Funerary monuments of Equestrian Officers of the late Republic and early Empire in Italy (50 BC-AD 100) », AncSoc., 1990, 21, p. 59-98.

    32 Voir M. Caroll, 2006, notamment dans son chapitre 1 introductif, p. 15-29. En tant qu’archéologue, elle porte un jugement critique sur l’attitude des épigraphistes ou des historiens de l’art à l’égard du monument (p. 20 et 22 spécialement). Elle y constate que les historiens de l’art ne tiennent que marginalement compte des épitaphes: « I write this as an archaeologist who had observed that funerary epitaphs are often marginalized in archaeology » (p. 20) et en ce qui concerne les épigraphistes renvoie à Ian Morris qui caractérisait « those who could use the corpora as members of a “secret club”, criticizing the standard presentation of inscriptions “as serried ranks of repetitive entries in yellowing tomes know to initiates by obscure akronyms like ICUR or IG II/III2” », et elle conclut: « his point is a valid one » (p. 22).

    33 Voir les travaux de J.-P. Vernant et de Fr. Lissarague. Pour les Gaules, les études sont ponctuelles : une cité, un type de décor, tel groupe de monuments. J.-J. Hatt fut pionnier au milieu du XXe s. : La tombe gallo-romaine. Recherches sur les inscriptions et les monuments funéraires gallo-romains des trois premiers siècles de notre ère, Paris, 1951 et 2e éd. 1986. La seule enquête un peu ample, depuis, est celle de Nicolas Laubry, dans le cadre de sa thèse soutenue en 2008. Voir deux articles récents de ce chercheur : « Les inscriptions funéraires des monuments lyonnais » dans Chr. Goudineau (dir.), Rites funéraires à Lugdunum, Paris, Errance, 2009, p. 135-152 et « Aspects de la romanisation en Gaule et en Germanie : les monuments et les inscriptions funéraires sous le Haut-Empire », dans Rome et l’Occident, IIe avant J.-C.-IIe après J.-C., B. Cabouret-Laurioux, J.-P. Guilhembet, Y. Roman (dir.), Pallas, 80, 2009, p. 281-305.

    34 Paris, Gallimard, 2004, coll. Le temps des images.

    35 « Indigènes et “romanisés” à travers la tombe privilégiée en Gaule », Latomus, 61/1, 2004, p. 35-57.

    36 Dans Autocélébration des élites locales dans le monde romain. Contexte, textes, images, IIe s. av. J.-C.-IIIe s. apr. J.-C., M. Cébeillac-Gervasoni, L. Lamoine, F. Trément (éd.), Clermont-Ferrand, 2004, p. 462-500.

    37 Il faut toujours considérer globalement le monument avec les éventuels reliefs.

    38 Voir H. Savay-Guerraz, 1990. Calcaire de Choin.

    39 Auxquelles on pourrait ajouter des documents invérifiables parce que perdus.

    40 Constructing Identity: the Roman Funerary Monuments of Aquileia, Mainz and Nîmes, Oxford, 2001, BAR International Series 960.

    41 La notion d’identité est polysémique. Il faudrait parler d’identités, définies par des valeurs et des codes, où la parenté et la famille contribuent à forger une identité individuelle. Le concept n’existe pas avant le IVe s., dans un contexte chrétien chez Marius Victorinus, un rhéteur converti, dans Adversus Arium, 1, 48. Avant cette époque, le fait d’être identifiable et la capacité à se faire reconnaître, autrement dit la notoriété au sens qu’a encore ce mot en droit, se disent en latin notitia. Sur la notion d’identité, les analyses d’E. Goffman, fruit d’observations et d’études conduites dans les années 1960-1970, principalement aux États-Unis, offrent d’intéressantes réflexions. Voir E. Goffman, 1973 et 1975. Les individus sont reliés entre eux par des liens divers selon qu’il s’agit de relations individuelles interpersonnelles ou de relations d’appartenances collectives.

    42 La question de la définition typologique de la famille « romaine » a fait l’objet de nombreuses recherches et de débats critiques à partir de l’article de R. P. Saller et B. Shaw, 1984, p. 124-156. Voir une mise au point de B. Rawson, 1997, p. 294-296 et les deux articles parus dans le JRS, 86, 1996 : G. Woolf, p. 22-39 et D. B. Martin, p. 40-60. La surabondance des commémorations simples – considérées généralement comme une relation cognatique entre deux générations successives –, qui n’est d’ailleurs que relative au peu de nombre de témoignages de commémorations multiples – relations impliquant une plus grande palette de dédicants parfois sur deux ou trois générations –, ne doit pas nécessairement conduire à penser que le modèle familial était nucléaire et le cercle de la parenté exclusivement proche. L’épitaphe n’est peut-être pas le meilleur instrument pour appréhender et définir la famille. Mais, en tant qu’elle fige un instant de l’histoire familiale, qu’elle est la charnière entre le monde des morts et celui des vivants, bref, qu’elle tisse le lien de la mémoire, l’épitaphe est un instrument révélateur de l’identité sociale de la famille et de sa définition. Du moins pouvons-nous estimer qu’elle tisse un lien de mémoire et qu’elle est donc un instrument révélateur d’identité ou d’identité sociale. Elle s’insère dans un contexte : les codes et habitudes du groupe, de la catégorie sociale ou statutaire du défunt, de sa famille, de l’environnement des proches etc. Les circonstances de la mort peuvent avoir précipité la rédaction de l’épitaphe. Qui nous dit en outre que celle-ci était conforme aux espérances ? En ce qui concerne l’affichage, voir l’introduction de la deuxième partie.

    43 Ces trois temps existent aussi bien du point de vue du commanditaire que du lecteur de l’épitaphe. C’est pour lui aussi bien que pour les générations à venir que le commanditaire agit. Le lecteur comprend ce qu’a été le mort et ce qui lui arrivera.

    44 Sur la notion de mémoire qui est développée infra, voir E. Valette-Cagnac, 1997 et C. Baroin, 2003. Les travaux de ces deux auteurs souffrent cependant d’une faiblesse : l’absence de l’épigraphie, totalement ignorée ou presque, et l’absence d’utilisation des stèles funéraires à relief, qu’elles soient anépigraphes ou épigraphiques. C. Baroin, 2003, p. 160 indique ainsi : « Afin de s’interroger sur les rapports entre la mémoire et le corps dans une perspective anthropologique [c’est moi qui souligne], il faut prendre en compte des documents très divers » qui excluent de fait jusqu’à l’idée de l’épigraphie puisqu’elle prend la précaution de dire qu’il n’y a pas « d’un côté des documents qui montreraient un corps réel » – elle fait référence aux textes médicaux – et « de l’autre, ceux qui dessineraient un corps imaginaire », – elle fait référence aux textes dits littéraires. « La mémoire apparaît comme une caractéristique identitaire de l’homme romain (tel qu’il apparaît dans le corpus que nous avons défini) », c’est-à-dire, comme le précise la note 12, p. 160, « des hommes de l’élite politique et sociale de l’Urbs, appartenant à la minorité cultivée ». Le paradoxe de cette entreprise qui vise à montrer ou dessiner des corps réels ou imaginaires est qu’elle est privée de la totalité des images réelles et de la totalité des textes produits par des individus réels et pour des individus réels et singuliers.

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    1 Pour un regard critique sur ce point, voir G. Woolf, « Monumental writing and the Expansion of Roman Society in the early Roman Empire », JRS, 86, 1996, p. 22-39 qui fait suite et réponse à un article d’E. A. Meyer, « Explaining the epigraphic habit in the Roman Empire », JRS, 80, 1990, p. 74-76.

    2 Voir Cicéron, Des Lois, livre ii ; voir F. de Visccher, 1963 ; Henner von Hesberg, P. Zanker (éd.), 1987 ; Nécropoles à incinération du Haut-Empire, Actes de la table ronde de Lyon, 30-31 mars 1986, Lyon, Direction des Antiquités historiques, 1987 ; Monde des morts, monde des vivants en Gaule rurale (Ier s. av. J.-C. -Ve s. apr. J.-C.), A. Ferdière (éd.), Actes du colloque Archea/Ager (Orléans, 7-9 février 1992), 6e suppl. à la R. A. Centre de la France, 1993 ; Ch. Landes, La mort des notables en Gaule romaine, Lattes, Musée archéologique Henri-Prades, 2002. Comme l’attestent des inscriptions qui mentionnent des dimensions pour la concession en façade et en profondeur, les loci avaient des tailles variées. Sont attestées également des servitudes de passage, mentionnées les interdictions ou les obligations pour les descendants. Un monument pouvait être utilisé par plusieurs familles. Si nous n’avons pas de cas d’achat par deux familles distinctes d’un même monument constitué de deux parties distinctes explicitement mentionné – contrairement à ce que l’on connaît à Rome et en Italie (par exemple CIL VI, 13074, 13049, 13120, 16755) –, nous avons des exemples de monuments double dans lesquels une seule moitié a été utilisée ou d’autres dans lesquels les noms des deux parties sont si différents, qu’il n’y a qu’une explication possible : ce sont des familles différentes. Voir infra, chapitre ii, p. 76 et suivantes.

    3 « La femme, la famille, la parenté à Rome : thèmes actuels de la recherche », L’Antiquité classique, 62, 1993, p. 247.

    4 Jen Uwe Krause, Die Familie und weitere anthropologische Grundlagen, Stuttgart, Fr. Steiner, 1992.

    5 Sur l’enfance, la bibliographie est aussi importante. Voir le bilan d’une décennie de recherches dans les Annales de démographie historique : V. Dasen, D. Lett, M.-F. Morel, C. Rollet, 2001.

    6 J’utilise ici, dans un premier temps ce mot dans les sens courants qu’il a depuis le XIXe s., à savoir « le fait, pour une personne, d’être un individu donné et de pouvoir être légalement reconnue pour tel sans nulle confusion grâce aux éléments (état civil, signalement) qui l’individualisent » et « le fait d’appartenir à un groupe humain et de le ressentir », Le Grand Robert de la langue française, 2e éd., Alain Rey (dir.), Paris, 2001, troisième sens, respectivement b, 1801 et c, 1894. Pour une introduction récente à cette notion dans les sciences sociales, voir R. Baudry, J.-Ph. Juchs, 2006, p. 157-167. Pour une réflexion générale sur la notion d’identité, voir Cl. Lévi-Strauss (dir.), 1974-1975, notamment J.-M. Benoist (1974-1975), « Facettes de l’identité », p. 13-23 et Fr. Zonabend (1974-1975), « Pourquoi nommer ? (Les noms de personnes dans un village français : Minot-en-Châtillonnais) », p. 255-279, suivi de la discussion, p. 280-286 ; J.-M. Benoist, Cl. Lévi-Strauss, « Conclusions », p. 317-332. Voir infra, la note 42.

    7 L’étude de la parenté excède genres et sexes et n’est possible qu’en multipliant les angles d’attaque. Ce livre ne se situe pas dans une perspective du type « gender studies », pas plus d’ailleurs qu’il ne serait en contradiction avec puisque hommes et femmes, genre masculin et genre féminin (et inversement) s’y rencontrent. Voir B. Rémy, N. Mathieu, avec la collaboration de M. Dondin-Payre et N. Géroudet, Les femmes en Gaule (Ier s. av.-Ve s. apr. J.-C.), Paris, Errance, 2009.

    8 Thèse inédite sous la direction de P. Le Roux, Rennes, 2002. Je remercie Sabine Armani de m’avoir prêté un exemplaire de sa thèse très tôt après sa soutenance. Sur la question de la parenté dans la péninsule Ibérique, voir en bibliographie (rubriques 1 et 2) les références à ses travaux ainsi qu’à ceux de L. A. Curchin et de J. Edmondson.

    9 Bertrand Debatty, « La cité des Sénons sous le Haut-Empire : une société provinciale », thèse en cours.

    10 Nicolas Laubry, « Recherches sur la romanisation de la Gaule lyonnaise d’après l’étude des inscriptions et monuments funéraires », thèse soutenue à Lyon en 2008.

    11 K. R. Bradley, « The social Role of the Nurse in the Roman World », chap. 2 dans K. R. Bradley, 1991, p. 13-35: tableau p. 16 et six lignes p. 21. Le même auteur avait consacré, en 1986, un article aux nourrices à Rome : « Wet-nursing at Rome : a Study in social Relations », dans B. Rawson (éd.), 1986, p. 201-229.

    12 Pour reprendre en les détournant pour adaptation le titre de deux articles importants : « Choix et contraintes dans l’expression de la parenté dans le monde romain », M. Dondin-Payre, CCG, 5, 1994, p. 127-163 ; Ph. Moreau, 1998, p. 285-298.

    13 Celle qui a les moyens ou la volonté de faire graver un texte : diverses conditions concourent à cet « accès » à l’écriture et il est vraisemblable qu’elles pouvaient être réunies en des faisceaux variés. Richesse, statut, position sociale acquise ou espérée, cadre familial, politique, situation économique sont, parmi d’autres, autant d’éléments qui pouvaient influencer des choix individuels ou collectifs.

    14 Ces discordances peuvent concerner l’onomastique ou le vocabulaire qui relève de cultures différentes par exemple entre une culture chrétienne et celle qu’on n’appelle pas encore païenne. Il y a plusieurs cas en Provence. Voir V. Gaggadis-Robin, 2005, p. 55-59 : CIL XII, 782. Au-dessus du cartouche, sur le listel de la cuve du sarcophage, est gravé pax aeterna ; et dans le cartouche à queues d’aronde, l’inscription suivante : Dulcissimae et innocen| tissim(ae) filiae Chrysogone iu| nior Siricio quae uix(it) ann(is) III, | m (ensibus) II, dieb(us) XXVII, Valerius et Chry| sogone parentes filiae raris| simae et omni tempore ui| tae suae desiderantissi| mae. L’inscription du cartouche pourrait dater du IIIe s. mais elle a été gravée sur une cuve qui n’est pas antérieure à la seconde moitié du IVe (V. Gaggadis-Robin, 2005, p. 57). Les deux mots gravés sur le listel ont une connotation chrétienne absente de l’épitaphe inscrite dans le cartouche ; leurs lettres sont plus grandes et moins profondément gravées mais leurs formes sont semblables, en particulier la queue de R, le montant du N et, partant l’écartement entre les deux fûts. Mais une fois ces observations faites, il reste impossible de dire si lien il y a entre les deux textes et sa nature. C’est en raison de sa datation tardive et de son caractère éventuellement chrétien que cette inscription qui mentionne des parentes ne figure pas dans le corpus de cette étude. Sur ces questions de christianisation ou de remploi, voir en particulier V. Gaggadis-Robin, « Le remploi des sarcophages païens en milieu chrétien », dans Jean Guyon, Marc Heijmans (dir.), D’un monde à l’autre. Naissance d’une chrétienté en Provence. IVe-VIe s., Arles, Éditions du musée de l’Arles antique, 2001, 2e tirage revu et corrigé 2002, p. 69-71.

    15 Sur ces aspects, voir, pour une réflexion générale, P. Stewart, Statues in Roman Society. Representations and Response, Oxford, University Press, 2003, notamment, p. 64-72, « The appearance of statues »; Chr. Goudineau, « Les Gaulois ont-ils représenté leurs dieux ? Le problème de la statuaire protohistorique », dans Regards sur la Gaule, Paris, Errance, 1998, 2e éd., Arles, Actes Sud, 2007, p. 187-198 ; F. Perrin, « Le mort et la mort en Gaule à l’âge du Fer (VIIIe-Ier s. av. J.-C.) », dans E. Crubézy, E. Lorans, Cl. Masset, F. Perrin, L. Tranoy (éd.), L’archéologie funéraire, Paris, Errance, 2e éd. 2008, p. 93-114. Plus particulièrement, voir Y. Menez, « Les sculptures gauloises de Paule (Côte-d’Armor) », Gallia, 56, 1999, p. 357-414.

    16 S’agit-il d’une minorité ? Voir G. Sanders, 1977, p. 163-164.

    17 Terme que j’utilise au sens des mots latins nomenclatio et nomenclator, en le réservant donc à ce qui évoque les catégories juridiques fondamentales déterminées par la liberté ou non, la citoyenneté ou non. La nomenclature est ce qui permet de savoir théoriquement à qui l’on a à faire. Tout candidat à une magistrature, en campagne électorale, comprend immédiatement l’intérêt de se rappeler le nom des électeurs ainsi que nous le dit le frère de Cicéron, Commentariolum petitionis, 41. Mais on sait aussi que, de la règle à l’usage, il y a des nuances.

    18 Du moins théoriquement et généralement. Ce n’est pas toujours vrai selon les lieux et les époques. Il y a des exemples de pérégrins qui utilisent un gentilice romain comme nom unique, d’autres où c’est un prénom latin qui sert de nom unique. Voir sur ces cas M. Christol et M. Janon, 1984, p. 254. Dans les provinces occidentales A. Chastagnol (1994, p. 22) et M. Christol et D. Darde (1986, p. 206-209) ont observé que les pérégrins faisaient parfois précéder leur nom unique d’un prénom, abrégé ou non, ou le faisaient suivre d’un second nom qu’on pourrait prendre pour un cognomen.

    19 Sont descriptifs les systèmes où les mots de la parenté définissent une seule position généalogique. Père, mère, fils, fille, frère, sœur, époux, épouse appartiennent à cette catégorie. Ils n’ont qu’une seule signification par rapport à ego. Sont classificatoires les systèmes où un même mot peut définir plusieurs positions généalogiques. Il en est ainsi par exemple, en français, du terme neveu qui peut désigner le fils d’un frère ou d’une sœur, le fils d’un frère ou d’une sœur du conjoint, ou bien encore le fils d’un cousin. Par rapport à ego, neveu peut donc correspondre à plusieurs positions généalogiques. Ces deux grands types de systèmes ne sont pas exclusifs et en outre, au cours du temps, les mots ont pu évoluer. Ainsi, neveu nous vient du latin nepos qui peut signifier le petit-fils ou le neveu. Les deux possibilités se rencontrent dans notre corpus : voir infra. Sur ces questions, voir dans l’Histoire de la famille, le t. 1, Mondes lointains, A. Burguière, Chr. Klapisch-Zuber, M. Segalen, F. Zonabend (dir.), Paris, 1994 [1986], Le Livre de Poche, p. 29 ; M. Godelier, 2004, notamment p. 20 (introduction) et le chap. 1 (notamment p. 60-64).

    20 C’est la relation entre parents et enfants et réciproquement qui a fourni la matière la plus abondante aux études quantitatives démographiques ou aux enquêtes sociales. Voir par exemple deux articles parus la même année, en 1987 : B. D. Shaw dans le JRS, « The Age of roman Girls at Marriage : some Reconsiderations », p. 30-46 dont les nombreux graphiques sont fondés sur le comptage des occurrences de termes ; R. P. Saller dans Classical Philology, « Men’s Age at Marriage and its Consequences in the roman Family », p. 24-31 avec les tableaux p. 26-27. Ces deux enquêtes avaient été précédées par celle que les deux auteurs avaient publiée ensemble en 1984, dans le JRS : « Tombstones and roman Family Relations in the Principate : Civilians, Soldiers and Slaves », p. 124-156 qui fondait en quelque sorte la méthode. Il reste que les chiffres ne disent pas tout, qu’on ne doit pas nécessairement leur faire dire tout, mais aussi que le type ou les objectifs d’une enquête peuvent faire varier les interprétations. Un peu plus d’une décennie après ce premier article, est venu le temps de la synthèse et de la réflexion critique sur les interprétations possibles dans la perspective qui était celle de R. P. Saller et B. Shaw. C’est D. B. Martin qui les a produites dans le JRS, 86, 1994, « The Construction of the ancient Family : Methodological Considerations », p. 40-60.

    21 Les chiffres et nombres indiqués entre crochets correspondent à ceux du corpus épigraphique retenu dont le contenu a été classé, pour des raisons de commodité dans son utilisation, par termes du vocabulaire de la parenté étudié.

    22 Voir infra.

    23 S. Armani, 2002, p. 7.

    24 La nomenclature des individus telle qu’elle apparaît dans les inscriptions résulte de leur statut. Plusieurs articles d’A. Chastagnol ont ouvert la voie, notamment pour les cités de Narbonnaise, à une histoire sociale et juridique fondée sur des analyses fines, inscription par inscription (articles repris ou inédits dans La Gaule romaine et le droit latin, Lyon, 1995). Voir J. Gascou, « Hadrien et le droit latin », ZPE, 127, 1999, p. 294-300. Voir, pour une mise en perspective des travaux d’A. Chastagnol, J. Gascou, 2001, p. 179-186 et P. Le Roux, 2001, p. 173-178.

    25 Voir par exemple A. Ferdière, 2004.

    26 Voir E. Meyer, 1990, notamment p. 81-90. Sur les aspects juridiques, F. de Visscher, 1963 ; M. Ducos, 1987, p. 145-157.

    27 « Les matériaux calcaires dans l’art funéraire à Lyon », Gallia, 47, 1990, p. 137, note 13.

    28 Voir C. Ricci, 2001, p. 149-161.

    29 Comme l’ont montré de nombreuses études thématiques ou régionales d’épitaphes et de monuments funéraires. Voir en bibliographie J. Fejfer, 2002, Y. Freigang, 1997, M. George, 2001, J. M. Højte, 2002, V. Hope, 2000, M. Langner, 2001. Voir aussi les remarques de H. Lavagne, 1987, p. 159-165.

    30 Outre Ph. Ariès, L’homme devant la mort, Paris, 1983 et P. Nora, Les lieux de la mémoire, Paris, t. III, Les France, vol. 3, De l’archive à l’emblème, A. Burguière, « La généalogie », p. 19-51, Paris, 1992, je renvoie pour des exemples ligériens, aux articles suivants : A. Leicher, G. Le Goff, « Monuments funéraires d’Anjou », 303. La revue des Pays de la Loire, 5, 1985 ; Cl. Cosneau, J.-J. Treuttel, J.-Cl. Garcia, J. Treuttel, « La commémoration, exercice de style (1789-1830) », 303. Arts, recherches et création, 42, 1994, p. 52-72.

    31 « The Funerary monuments of Equestrian Officers of the late Republic and early Empire in Italy (50 BC-AD 100) », AncSoc., 1990, 21, p. 59-98.

    32 Voir M. Caroll, 2006, notamment dans son chapitre 1 introductif, p. 15-29. En tant qu’archéologue, elle porte un jugement critique sur l’attitude des épigraphistes ou des historiens de l’art à l’égard du monument (p. 20 et 22 spécialement). Elle y constate que les historiens de l’art ne tiennent que marginalement compte des épitaphes: « I write this as an archaeologist who had observed that funerary epitaphs are often marginalized in archaeology » (p. 20) et en ce qui concerne les épigraphistes renvoie à Ian Morris qui caractérisait « those who could use the corpora as members of a “secret club”, criticizing the standard presentation of inscriptions “as serried ranks of repetitive entries in yellowing tomes know to initiates by obscure akronyms like ICUR or IG II/III2” », et elle conclut: « his point is a valid one » (p. 22).

    33 Voir les travaux de J.-P. Vernant et de Fr. Lissarague. Pour les Gaules, les études sont ponctuelles : une cité, un type de décor, tel groupe de monuments. J.-J. Hatt fut pionnier au milieu du XXe s. : La tombe gallo-romaine. Recherches sur les inscriptions et les monuments funéraires gallo-romains des trois premiers siècles de notre ère, Paris, 1951 et 2e éd. 1986. La seule enquête un peu ample, depuis, est celle de Nicolas Laubry, dans le cadre de sa thèse soutenue en 2008. Voir deux articles récents de ce chercheur : « Les inscriptions funéraires des monuments lyonnais » dans Chr. Goudineau (dir.), Rites funéraires à Lugdunum, Paris, Errance, 2009, p. 135-152 et « Aspects de la romanisation en Gaule et en Germanie : les monuments et les inscriptions funéraires sous le Haut-Empire », dans Rome et l’Occident, IIe avant J.-C.-IIe après J.-C., B. Cabouret-Laurioux, J.-P. Guilhembet, Y. Roman (dir.), Pallas, 80, 2009, p. 281-305.

    34 Paris, Gallimard, 2004, coll. Le temps des images.

    35 « Indigènes et “romanisés” à travers la tombe privilégiée en Gaule », Latomus, 61/1, 2004, p. 35-57.

    36 Dans Autocélébration des élites locales dans le monde romain. Contexte, textes, images, IIe s. av. J.-C.-IIIe s. apr. J.-C., M. Cébeillac-Gervasoni, L. Lamoine, F. Trément (éd.), Clermont-Ferrand, 2004, p. 462-500.

    37 Il faut toujours considérer globalement le monument avec les éventuels reliefs.

    38 Voir H. Savay-Guerraz, 1990. Calcaire de Choin.

    39 Auxquelles on pourrait ajouter des documents invérifiables parce que perdus.

    40 Constructing Identity: the Roman Funerary Monuments of Aquileia, Mainz and Nîmes, Oxford, 2001, BAR International Series 960.

    41 La notion d’identité est polysémique. Il faudrait parler d’identités, définies par des valeurs et des codes, où la parenté et la famille contribuent à forger une identité individuelle. Le concept n’existe pas avant le IVe s., dans un contexte chrétien chez Marius Victorinus, un rhéteur converti, dans Adversus Arium, 1, 48. Avant cette époque, le fait d’être identifiable et la capacité à se faire reconnaître, autrement dit la notoriété au sens qu’a encore ce mot en droit, se disent en latin notitia. Sur la notion d’identité, les analyses d’E. Goffman, fruit d’observations et d’études conduites dans les années 1960-1970, principalement aux États-Unis, offrent d’intéressantes réflexions. Voir E. Goffman, 1973 et 1975. Les individus sont reliés entre eux par des liens divers selon qu’il s’agit de relations individuelles interpersonnelles ou de relations d’appartenances collectives.

    42 La question de la définition typologique de la famille « romaine » a fait l’objet de nombreuses recherches et de débats critiques à partir de l’article de R. P. Saller et B. Shaw, 1984, p. 124-156. Voir une mise au point de B. Rawson, 1997, p. 294-296 et les deux articles parus dans le JRS, 86, 1996 : G. Woolf, p. 22-39 et D. B. Martin, p. 40-60. La surabondance des commémorations simples – considérées généralement comme une relation cognatique entre deux générations successives –, qui n’est d’ailleurs que relative au peu de nombre de témoignages de commémorations multiples – relations impliquant une plus grande palette de dédicants parfois sur deux ou trois générations –, ne doit pas nécessairement conduire à penser que le modèle familial était nucléaire et le cercle de la parenté exclusivement proche. L’épitaphe n’est peut-être pas le meilleur instrument pour appréhender et définir la famille. Mais, en tant qu’elle fige un instant de l’histoire familiale, qu’elle est la charnière entre le monde des morts et celui des vivants, bref, qu’elle tisse le lien de la mémoire, l’épitaphe est un instrument révélateur de l’identité sociale de la famille et de sa définition. Du moins pouvons-nous estimer qu’elle tisse un lien de mémoire et qu’elle est donc un instrument révélateur d’identité ou d’identité sociale. Elle s’insère dans un contexte : les codes et habitudes du groupe, de la catégorie sociale ou statutaire du défunt, de sa famille, de l’environnement des proches etc. Les circonstances de la mort peuvent avoir précipité la rédaction de l’épitaphe. Qui nous dit en outre que celle-ci était conforme aux espérances ? En ce qui concerne l’affichage, voir l’introduction de la deuxième partie.

    43 Ces trois temps existent aussi bien du point de vue du commanditaire que du lecteur de l’épitaphe. C’est pour lui aussi bien que pour les générations à venir que le commanditaire agit. Le lecteur comprend ce qu’a été le mort et ce qui lui arrivera.

    44 Sur la notion de mémoire qui est développée infra, voir E. Valette-Cagnac, 1997 et C. Baroin, 2003. Les travaux de ces deux auteurs souffrent cependant d’une faiblesse : l’absence de l’épigraphie, totalement ignorée ou presque, et l’absence d’utilisation des stèles funéraires à relief, qu’elles soient anépigraphes ou épigraphiques. C. Baroin, 2003, p. 160 indique ainsi : « Afin de s’interroger sur les rapports entre la mémoire et le corps dans une perspective anthropologique [c’est moi qui souligne], il faut prendre en compte des documents très divers » qui excluent de fait jusqu’à l’idée de l’épigraphie puisqu’elle prend la précaution de dire qu’il n’y a pas « d’un côté des documents qui montreraient un corps réel » – elle fait référence aux textes médicaux – et « de l’autre, ceux qui dessineraient un corps imaginaire », – elle fait référence aux textes dits littéraires. « La mémoire apparaît comme une caractéristique identitaire de l’homme romain (tel qu’il apparaît dans le corpus que nous avons défini) », c’est-à-dire, comme le précise la note 12, p. 160, « des hommes de l’élite politique et sociale de l’Urbs, appartenant à la minorité cultivée ». Le paradoxe de cette entreprise qui vise à montrer ou dessiner des corps réels ou imaginaires est qu’elle est privée de la totalité des images réelles et de la totalité des textes produits par des individus réels et pour des individus réels et singuliers.

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    Mathieu, Nicolas. « Introduction. Une enquête sociale dans les Alpes, les Gaules et les Germanies ». In L’épitaphe et la mémoire. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2011. doi:10.4000/books.pur.108933.
    Mathieu, Nicolas. « Introduction. Une enquête sociale dans les Alpes, les Gaules et les Germanies ». L’épitaphe et la mémoire, Presses universitaires de Rennes, 2011, https://doi.org/10.4000/books.pur.108933.

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    Mathieu, Nicolas. L’épitaphe et la mémoire. Presses universitaires de Rennes, 2011, https://doi.org/10.4000/books.pur.108912.
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