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  • Chapitre II. Désigner (Xe-XIIe siècle)
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    Plan détaillé Texte intégral L’anthroponymie aristocratique, marqueur de pouvoir Titres et qualificatifs Conclusion Notes de bas de page

    Aristocraties méridionales

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre II. Désigner (Xe-XIIe siècle)

    p. 83-133

    Texte intégral L’anthroponymie aristocratique, marqueur de pouvoir Du nom unique au nom complexe : la « révolution anthroponymique » Au départ était le nom : rôle et évolution du nomen proprium Étapes et formes de la « révolution anthroponymique » Arsindis, Ricarda, Sasneus : spécificités et évolution de l’anthroponymie féminine Où sont les femmes ? Désignations Quand le nom accorde la potestas Transmettre le nom Transférer le nom : de la lignée à la topolignée Titres et qualificatifs Des titres, des fonctions Comes Vicecomes Viguiers et bailes Des qualificatifs honorifiques Nobilis Dominus, senior et En Boni homines Miles Conclusion Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Pierre Raymond Amiel, fils de Raymond Guillaume de Verfeil : ainsi est déclinée en 1173 par Hugues, l’abbé de Saint-Sernin, l’identité de celui qui, avec ses deux frères plus simplement dénommés Bernard Raymond et Raymond Guillaume, s’est emparé de neuf paires de bœufs et de deux juments appartenant à des hommes du monastère1. Dans cette notice, l’aristocrate brigand est désigné à quatorze reprises : l’abbé évoque tout d’abord le jugement rendu en faveur de Saint-Sernin par les bailes et le cite deux fois sous l’appellation Pierre Raymond de Verfeil. C’est à la fin de cet énoncé qu’est utilisée la longue énumération anthroponymique mentionnée plus haut. Dès que débute ensuite la liste des griefs et des engagements auxquels il va devoir se soumettre, c’est uniquement sous son nom double – Pierre Raymond – et de manière quasi incantatoire, que l’abbé le désigne par onze fois. Cette notice est pratiquement à elle seule une anthologie des possibles modes de dénomination : la version courte, pour les intimes ou, comme ici, pour interpeller, un peu à la manière de ce que nous livre le début des serments ; une version à peine plus complète qui permet de positionner un individu dans une société élargie et un espace ; enfin, une large palette de compléments anthroponymiques pour éviter toute confusion avec l’identité d’un peu probable homonyme. Adaptable et mouvante au gré des circonstances2, parfois mutante d’une génération à une autre, la désignation des aristocrates n’a toutefois pas toujours été aussi complexe en apparence3. C’est entre les deux limites chronologiques retenues que l’on passe du nom simple au nom complexe. D’autre part, l’identité aristocratique s’est fondée sur un nombre croissant d’éléments à mesure que les siècles se sont écoulés. Parmi eux, à côté de l’onomastique évoquée à l’instant, la titulature à laquelle s’ajoutent, durant la période qui nous concerne, la sigillographie ou encore l’héraldique. Pourtant, aucun sceau antérieur à 1320 n’ayant été conservé, pas plus que d’informations héraldiques, il a fallu par la force des choses se résoudre à tailler dans le vif et à ne convoquer que les seuls apports des deux premières, la seconde étant en outre d’un bien faible secours tant certaines données sont éparses.

    L’anthroponymie aristocratique, marqueur de pouvoir

    2Les matériaux documentaires à notre disposition sont disparates. Un recueil factice d’actes pour Saint-Pierre de Moissac contenant deux lambeaux de cartulaire, plusieurs cartulaires de la fin du XIIe ou du tout début du XIIIe siècle pour Grandselve, Saint-Sernin de Toulouse, la commanderie de Vaour, une copie tardive mais authentifiée d’un notaire royal du XVe siècle pour Saint-Théodard de Montauriol et plusieurs centaines d’originaux pour les commanderies militaires et les actes de fonds laïques. Ceci dit, pour analyser la « révolution anthroponymique », seuls les fonds offrant des actes de part et d’autre du XIe siècle sont ici pleinement sollicités. Les sources cisterciennes, hospitalières et templières n’en sont pas pour autant abandonnées ; elles permettent de suivre l’évolution mais on ne peut envisager d’observer celle-ci à leur seule lecture. Ainsi, les trois cents cinquante actes qu’offre à elle seule la grange cistercienne de Lassale sont répartis sur une petite quarantaine d’années et autoriseraient à dresser un beau tableau mais non, dans ce cadre précis de l’anthroponymie, à entrevoir une évolution.

    3Combien de noms de personnages présents lors des transactions ont-ils disparu entre l’original et la copie postérieure ? Un seul exemple, parmi tant d’autres, témoigne de l’ampleur des pertes : au début du Xe siècle, Remi et son épouse Garlindis font une donation en faveur de Saint-Pierre de Moissac. De cette transaction, ont été conservés l’acte original et la copie, au XVIIe siècle, d’une copie, réalisée à partir d’un fragment de cartulaire rédigé au XIIe siècle. Le nombre de personnes mentionnées dans les signa, en dehors du couple, passe de cinq à deux, sans compter la disparition du scribe.

    Original ADTG, G 570

    Copie DOAT 128, f ° 12 r °

    Signum Remidii. Signum Garlindis uxoris ejus, qui cartam istam ifirmaverit. Signum Ebono. Signum Donadeo. Signum Oriberto. Signum Ectario. Signum Grimaldo. Deodatus rogatus scripsit.

    Signum Remidii. Signum Garlindis uxoris ejus et Ebonis et Donadei.

    Tableau 3. – Donation par Remi et son épouse Garlindis en faveur de Moissac (928-929).

    4Combien de formes anthroponymiques ont-elles été tronquées, ou au contraire amplifiées par extrapolation4 ? Considérant que « les conjonctures sur les erreurs de copistes doivent être regardées avec une prudence de félin », L. Morelle met néanmoins en garde contre les fautes fréquentes des cartularistes sur les noms propres et singulièrement les toponymes, dont beaucoup ont disparu dès la date de rédaction du cartulaire5. Indéniablement, certains noms sont déformés et plus le lieu de production de l’acte ou du cartulaire est distant du lieu d’origine de l’acteur évoqué, plus l’altération risque d’être importante. Pour ne citer qu’un exemple : qu’est le gros castrum de Caussade pour le scribe qui recopie vers 1186-11886 dans le cartulaire des Trencavel l’acte enregistré à Toulouse trois quarts de siècle plus tôt lorsque Philippa occupait le comté ? Bien peu de choses à vrai dire. Le lieu est méconnu, tout comme ce vicomte dont le titre fut très éphémère. Deux raisons d’expliquer la déformation du nom : sous sa plume, notre vicecomes de Calciata se mue en vicecomes de Caltada7. Et puis, visiblement, il est des noms qui génèrent plus de déformations que d’autres. Elles ne se comptent plus pour les Escafred ou les Jatbert, parfois méconnaissables, que l’on croise, d’abord sceptique, au bas d’un acte.

    Du nom unique au nom complexe : la « révolution anthroponymique »

    5Quercy et Toulousain sont largement demeurés en dehors de ce courant historiographique initié par M. Bourin qui a mis en évidence le processus, à présent bien connu, de transformation des modes de désignation8. Le corpus documentaire étant tout sauf homogène, il a fallu prendre un certain nombre de précautions pour se conformer à l’objectif visé. Etudier l’anthroponymie laïque implique l’élimination des membres des communautés religieuses. Là est une première difficulté. De la même façon, certains personnages sont sur-représentés dans les recueils. Ainsi, Sasneus, une domina du Toulousain, est mentionnée dans une petite trentaine d’actes de Grandselve ; retenir toutes les occurrences de ce nom aurait faussé sa représentativité réelle. La procédure a donc consisté à écarter tout ecclésiastique9 et à ne prendre en compte qu’une seule fois un même personnage avéré dans une même tranche chronologique. Les cas douteux – peu nombreux au total – ont tous été conservés. Parce que l’optique retenue ici n’est pas uniquement centrée sur un espace mais aussi sur un groupe particulier de personnes, les résultats de cette première investigation globale ont été confrontés à ceux que propose l’analyse de la méta source formée des schémas de filiations. En cela, la démarche consiste en un aller-retour entre les éléments d’une approche globale, que pourraient fournir une monographie régionale, et des données plus spécifiques, sorte d’études de cas, issues des monographies familiales qui permet d’introduire de la distinction entre les niveaux sociaux10.

    Au départ était le nom : rôle et évolution du nomen proprium

    6Parce qu’il a quasiment valeur patrimoniale, le nom propre, désigné aujourd’hui par le terme de prénom, est un élément d’individuation/identification11. Parce qu’on en hérite et qu’il se transmet parfois à chaque génération, les phénomènes de mode se trouvent en quelque sorte lissés ; les évolutions perceptibles traduisent alors des modifications de fond.

    7Outre les actes de la pratique, on dispose d’une source exceptionnelle à plus d’un titre : l’obituaire rédigé vers 1070-107712 à Duravel, prieuré quercinois dépendant de Moissac13. Ce qui est en réalité un martyrologe-nécrologe présente-t-il les mêmes limites que les autres nécrologes clunisiens ? Le problème essentiel réside dans l’identification des personnages mentionnés dans les listes quotidiennes, le plus souvent sans aucune indication complémentaire que leur seul nomen proprium. La première étape nécessaire est l’extraction de la partie purement locale du nécrologe rendue possible par l’existence de la synopse établie par l’équipe de J. Wollasch. D’emblée, la spécificité de la source quercinoise est éclatante. Si presque tous les nécrologes proposent les mêmes listes de noms, signe de la circulation d’un ou plusieurs manuscrits que l’on recopiait en ajoutant ou retranchant un certain nombre de personnages, celui de Moissac – le second plus ancien après celui de Saint-Martial de Limoges (I) – offre une palette très différente. Ainsi, après décompte, 27 % des noms de Saint-Martial et 19,6 % de ceux de Marcigny ne sont pas copiés dans les autres nécrologes ; on trouve des chiffres très voisins pour les autres manuscrits. Moissac en revanche fait totalement exception : 64,9 % des noms se rencontrent uniquement dans ce nécrologe14. La différence est donc suffisamment importante pour être signalée. Les deux tiers des noms inscrits pourraient donc être spécifiquement locaux.

    8M.-T. Morlet présente enfin l’origine de chaque nom pour laquelle de très forts clivages sont perceptibles. Une simple lecture du tableau de synthèse suivant fait ressortir une indiscutable préférence pour les noms d’origine germanique qui s’oppose à une représentation insignifiante des anthroponymes romans. L’étude de B. Cursente, portant sur l’évolution du Xe à la fin du XIIIe siècle des modes de dénomination dans la région d’Auch15, donne des résultats très similaires à une différence près, évidente en raison de la localisation géographique, celle des résultats obtenus pour l’origine euskarienne des noms de baptême de son corpus.

    Origine

    Nombre d’individus

    %

    Germanique

    2 863

    71,85

    Gréco-latin
    (dont scriptuaire*)

    1 019 (970)
    (49)

    25,58 (24,36)
    (1,22)

    Hybride (germano-gréco-latin)

    28

    0,70

    Basque (euskarien)

    30

    0,75

    Roman

    5

    0,12

    Autre

    40

    1

    Total

    3 985

    100

    * Cette distinction n’est pas introduite par Morlet 1957 et 1958.
    Tableau 4. – Répartition des individus selon l’origine de leur nom.

    9Néanmoins, une fois constaté le très fort déséquilibre pour l’origine ethnique des noms, peut-on en déduire quelque information fiable ? L’identification culturelle de l’aristocratie des XIe-XIIe siècles à travers l’origine de ses noms a-t-elle encore un sens à cette date16 ? Au moment où je me penche sur ces personnages, outre le fait que le choix d’un prénom latin ou germanique n’implique pas une appartenance ethnique, les hommes qui les donnent ont-ils seulement conscience du sens même de ces noms ? Assurément non17. Pour la période qui nous occupe, ce n’est pas en ces termes qu’il convient d’interroger les grandes ruptures culturelles et politiques. Dès que les sources locales sont notables, la prééminence des noms d’origine germanique est écrasante. Un petit détour par le cartulaire de Beaulieu pour le nord du Quercy permet de constater que, dès le IXe siècle, une acculturation mutuelle est opérée. Cette extraordinaire suprématie des noms d’origine germanique tend toutefois à décroître au profit, en particulier, de nom d’origine scriptuaire. L’examen de l’usage des trois noms Pierre, Étienne et Jean dans les actes de la pratique illustre assez bien la tendance générale : du début du Xe siècle au début du XIIIe, la proportion d’individus ainsi nommés passe de 0 à 16,89 %. Le XIIe siècle serait celui de « l’Europe chrétienne des noms [où] la référence est à l’Église apostolique et universelle18 ». Dans des rapports moindres qu’ailleurs, les aristocrates du Quercy et Toulousain participent toutefois au même mouvement.

    10Une autre tendance commune à laquelle les aristocrates locaux ne dérogent pas s’observe dans le renforcement constant de la concentration du choix des noms. Ainsi, les noms dominants sont portés par moins d’un quart des hommes avant 980 tandis qu’après 1130, ce ne sont pas moins des trois quarts de l’échantillon d’individus à se trouver dans cette situation, une nette rupture s’opérant un siècle auparavant. Mais cette concentration s’effectue surtout au bénéfice d’un quartet constitué de Raymond, Guillaume, Bernard et Arnaud : avec moins d’un porteur sur six avant 980, leur nombre est toujours supérieur à 42 % après 1030 pour atteindre pratiquement la moitié des individus à la fin du XIIe siècle. Autour d’eux et à l’exception d’Hugues dont la présence est constante et même en très légère hausse, des noms satellites, dont la fortune varie selon les époques, témoignent d’influences diverses. Seguin, probablement venu du Bordelais est de ceux-là, mais il concerne au total bien peu de lignées. Dans une moindre mesure, le nom du comte d’Aurillac connaît son apogée entre 1130 et 1180 après avoir progressé constamment et avant un fort déclin.

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    Tableau 5. – Les nomina propria masculins dans Moissac et Saint-Théodard.

    11Cette concentration des noms constitue une véritable lame de fond biséculaire. Elle subit elle-même une très nette évolution au tournant des XIe et XIIe siècles : à partir de 1100 – ce que ne peut pas montrer le tableau suivant – le choix de certains prénoms traduit un souci renforcé de sacralité. Certes, ce n’est pas un phénomène nouveau : le fait de nommer son fils Géraud, Guillaume ou Pons permet, dès le Xe siècle, de faire cohabiter valeurs spirituelles, guerrières et princières. Mais à l’aube du XIIe siècle, l’irruption de Pierre et d’Étienne, totalement inconnus chez les aristocrates locaux moins d’un demi siècle auparavant, montre aussi combien l’Église sort finalement encore plus victorieuse de la crise grégorienne, aidée sans doute en cela par la croisade. Révélateur de cette évolution, quoique loin d’être un prénom dominant comme le sont devenus Pierre et Étienne, Jourdain apparaît très tôt sur les rives de la Garonne et du Tarn, et pas uniquement en la personne du comte. Plusieurs familles de la moyenne et petite aristocratie s’emparent de la nouveauté tels les Rocafort, les Corbarieu, les Bonnes-Vignes19. Doit-on y voir, à l’image d’Alphonse, des enfants baptisés dans le fleuve palestinien, ou le témoignage d’une participation active du père ou d’un parent à la croisade, ou enfin le simple désir de plaire au princeps homonyme ou de transférer sur l’enfant une partie de l’aura comtale ? De manière beaucoup plus discrète, c’est enfin l’arrivée, sur le marché du prénom aristocratique, de Jean en 1107 – intégrant le cercle restreint des prénoms dominants après 1180 –, ainsi que de Julien qui présente l’intérêt pour un miles d’être un saint guerrier20.

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    Tableau 6. – Les nomina propria masculins dominants dans Moissac et Saint-Théodard (% d’individus les portant).

    12À la différence de la Gascogne, du Limousin et du Bas-Languedoc où ces noms chrétiens, et en particulier Pierre et Étienne, voire Jean, sont très tôt et plus massivement adoptés par la population aristocratique et roturière, le corpus local témoigne d’un net retard sur lequel il convient de s’interroger. En réalité, si on compare les données quercinoises et toulousaines à celles fournies par la quarantaine de généalogies aristocratiques dressées par C. Amado, et non plus aux seules données globales valables pour les aristocrates et les roturiers, on obtient une évolution similaire où les Pierre sont relativement peu fréquents avant 1080, voire avant 110021. On sait la forte valeur symbolique des noms. En choisissant des noms à puissante évocation de sainteté à partir de 1080-1100 – noms totalement absents avant 1050 des registres locaux – les aristocrates ne cherchent-ils pas aussi par ce moyen à compenser la sécularisation progressive de leur pouvoir, si ce n’est de leur autorité, à l’heure où la crise grégorienne – particulièrement intense sous l’abbé-évêque Durand de Bredons (1052-1071) et son successeur – achève de leur dénier toute parcelle de sacralité ?

    13À l’opposé de ces noms surreprésentés, certaines lignées s’en sont appropriées qui demeurent rares. Dans ce menu très confidentiel, on croise Seguin, Aldegaire, Rainon, Escafred, Jatbert, Odalric, Mir et quelques autres. Tous sont quelque peu désuets. Leur évocation renvoie à d’autres lieux et d’autres temps : Agenais et Bordelais pour le premier22, Limousin pour Aldegaire23, Rouergue pour Rainon24 et enfin Carcassonnais et espace catalan pour les quatre derniers25. Leur usage garde en mémoire ce temps des vastes cousinages qui débordaient largement les frontières de plusieurs pagi ; il traduit aussi la part d’archaïsme des pratiques onomastiques des aristocrates alors même que ces derniers sont globalement novateurs en ce domaine. Il faudra revenir sur ces noms rares lorsque seront abordés les modes de transmission du nom.

    14Le resserrement onomastique autour de quelques noms dominants a souvent été interprété comme l’effet du succès des noms princiers. Les choix des aristocrates toulousains et quercinois, hormis en fin de période où il s’agit davantage d’un phénomène cumulatif que d’une voie tracée par les comtes, sont ailleurs26. Si on met en parallèle avec ceux-ci quatre noms qui ne sont pas issus du corpus onomastique princier – Bernard, Arnaud, Géraud et Gauzbert – ces derniers emportent presque toujours des scores plus importants que tous les noms comtaux réunis. Plusieurs explications sont possibles même si la surprise est importante car ailleurs, dans le Midi, une forte influence princière est souvent mise en avant pour expliquer les choix des aristocrates27.

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    Dans le calcul des pourcentages, il n’a évidemment pas été tenu compte des membres de la famille comtale, pas plus que dans le tableau précédent du reste.
    Tableau 7. – Les aristocrates et les nomina propria de la famille comtale (% d’individus les portant).

    15Longtemps, trop peut-être, et malgré quelques tournées comme celle qu’effectua Guillaume Taillefer accompagné de ses quatre fils vers 1020, les comtes ont déserté leurs domaines occidentaux. Mais cette explication n’emporte pas entièrement l’adhésion. Les aristocrates normands témoignent d’un attachement certain – quoique très inégal – envers les noms ducaux28 et les rois-ducs ne vivent pas pour autant exclusivement en Normandie. Faute d’y résider de façon continue, leur autorité y est néanmoins mieux représentée. Là est sans doute davantage le fondement du faible impact du modèle onomastique comtal sur ces terres de moyenne Garonne : le lien féodal est en effet particulièrement distendu avant la seconde moitié du XIIe siècle entre le prince et l’aristocratie locale29.

    Étapes et formes de la « révolution anthroponymique »

    16Ici comme ailleurs, la chronologie des étapes de la « révolution anthroponymique » fait apparaître une nette césure autour de la décennie 1030. Avant cette date, le nom unique30 domine jusqu’à l’exclusivité. Il rassemble 88 % des formes anthroponymiques avant 980, encore 69 % entre cette date et 1030 ; mais seulement 15 % au cours du demi-siècle suivant. Ici comme ailleurs, il existe des écarts importants d’un cartulaire à l’autre ou, pour être plus précis, des habitudes sensiblement différentes d’un scriptorium monastique à un autre, preuve de l’existence d’archaïsmes de certains scribes. Ainsi, entre 1031 et 1080, 31,3 % des personnes mentionnées dans les actes de Saint-Pierre de Moissac ont déjà adopté un surnom de lieu ; elles ne constituent que 3,1 % de l’échantillon dans le cartulaire de Saint-Théodard. L’écart de un à dix oblige à nuancer toute velléité de synthèse définitive sur cette période de transition.

    17Se présenter comme le « fils d’untel » n’est pas, à proprement parler, une nouveauté vers 1030 même si la pratique ne devient courante qu’après 980. Doit-on y lire le signe de l’amorce – encore timide – d’une représentation verticale de la société : les liens de filiation s’affirmant au détriment du cousinage qui était la règle dominante. À moins qu’il faille y voir un élément complémentaire à destination d’une memoria familiale ? Pourtant, à regarder la globalité des évolutions, la vraie nouveauté, la vraie révolution concernant l’indication de la filiation est ailleurs. Zai gara Peire fils de Guillelma qui uocaris Ato31 : ainsi débute le serment que reçoit le vicomte Pierre Aton (de Bruniquel) pour un des castra qu’il contrôle nettement à l’est du Quercy et du Toulousain. La référence à la mère dans les serments méridionaux a déjà été analysée et semble attester les liens étroits entre famille et féodalité : « Les protagonistes du serment sont fictivement extraits de leur parenté charnelle – le père charnel, qui donne le nomen paternum, qui lègue le patrimoine-alleu – et insérés dans des réseaux de parenté spirituelle – le seigneur-parrain, qui éduque, qui est tuteur si nécessaire, qui donne le fief. Le seigneur ne mentionne généralement lui aussi que son ascendance maternelle : par un phénomène d’analogie structurelle, il est lui aussi ôté de ses réseaux familiaux32. » Hormis cette singularité des serments, jamais, dans les actes antérieurs au XIIe siècle, on ne rencontre d’homme désigné comme « fils d’une telle » alors que la pratique est extrêmement courante en Catalogne et loin d’être rare en Languedoc ou en Comminges. Cet espace serait donc un îlot spécifique qui se rapprocherait des pratiques plus septentrionales du Limousin.

    18À partir du XIIe siècle, quelques cas exceptionnels dans une documentation devenue très abondante se laissent néanmoins cerner. Parmi ceux-ci, celui d’Arnaud Pons de Cabaldos, fils d’Esclarmonda, que nous fait connaître une liste de témoins d’une donation de 118833. La référence à la mère intervient bien comme complément anthroponymique et sert, dans cet exemple comme dans la plupart des autres, à distinguer les enfants d’un même père. Cet acte de 1188 émane en effet de Donat de Caraman, qui y est dit fils de Jourdain de Caraman et de Bermunda (de Verdun-Terride). La précision apportée par l’acte qui notifie le nom de la mère a un but : différencier Donat des enfants que son père a eus de Guillelma (de Castelnau). Il est clair que, dans les règles qui ont prévalu dans l’élaboration des formes anthroponymiques, imbrication des droits et modes de désignation sont allés de pair. Et les femmes y ont occupé – on y reviendra – une place bien périphérique.

    19La première modification notable consiste en l’introduction du nom double. Ce nom complémentaire peut avoir plusieurs vocations. Sans doute sert-il d’abord à éviter les homonymies à un moment où la concentration des noms autour de quelques noms dominants peut rendre complexe l’identification précise des individus. Mais il facilite aussi le signalement de l’ascendance paternelle et peut être nomen paternum s’il est invariable et au génitif : ainsi, Raimundus Gauzberti serait l’équivalent de Raymundus, filius Gauzberti. Le premier cas connu est celui du vicomte de Toulousain Aton Benoît. Pour ce dernier, la prise en compte du contexte d’élaboration est fondamentale : c’est celui de l’abbaye de Lézat où les influences pyrénéennes et gasconnes sont fortes ; là justement où, à l’échelle de l’Europe, semble avoir été enclenché, très précocement, le processus de transformation des modes de désignation. En dehors de cette exception notable, les actes antérieurs à 1030 ne signalent que très peu de précurseurs : moins de 3 % d’individus jusqu’à cette date, puis plus d’un personnage sur quatre avant 1080 avant que d’autres formes de dénomination, le surnom de lieu en particulier, ne grossissent au détriment du nom double qui finit par se stabiliser autour de 15 % des occurrences.

    20Jamais au cours de la période 930-1230, le sobriquet n’a connu de telles fluctuations. Il n’est pas un élément qui semble avoir la faveur des aristocrates locaux, à moins que cette distance ne soit le fait des scribes ? Cet usage très confidentiel peut partiellement s’expliquer. Le cartulaire de Vaour offre un bon exemple de la place accordée à ce complément du nom. Il ne renferme que six actes où cohabitent des porteurs de sobriquets. Indéniablement, la première fonction assignée par les scribes à ce surnom est la différenciation des homonymes : la commanderie templière accueille en effet très régulièrement dans son enceinte les seniores et milites de Penne qui comptent dans leurs rangs trois Guillaume de Penne qu’il faut bien distinguer. Les rares cas de sobriquets concernent ce seul trio. Il y a d’abord le fils de Pierre de Penne, W. lo jove auxquels s’adjoignent W. de Penna Pioles et W. de Penna Calvus34 : le Jeune, le Chevelu, le Chauve parent nos trois Guillaume. L’originalité n’est pas de mise ; ce qui doit primer, c’est l’efficacité. Et l’expression lo jove ne sert pas, comme c’est le cas traditionnellement, à dissocier deux générations – un père et son fils, ici Pierre et Guillaume – mais deux Guillaume.

    21Quoi qu’il en soit, on ignore finalement comment sont perçus, par les aristocrates eux-mêmes, ces surnoms que leurs pairs ou les ecclésiastiques leur infligent. On ignore surtout si leur usage était plus fréquent que ce qu’en laisse timidement percevoir les chartes. Face à cette indigence d’exemples, une typologie du surnom peut rapidement être établie. Il y a ceux qui évoquent la jeunesse de son porteur (le Jeune) ; ce peut être aussi un trait physique et en particulier le système pileux qui semble être un attribut particulièrement apprécié dans le registre du sobriquet (Le Chevelu, Le Chauve, Poilfort) : les poils ne véhiculent-ils pas des connotations de puissance et de pouvoir, ce dont témoignent clairement les manuscrits catalans35 ? C’est aussi dans ce registre du poil que l’on trouve un cas de sobriquet devenu nom propre avec Pelet36 ou encore ce Pelfortz de Penne37, lui-même beau-frère d’un Arnaud Pelfort38. La couleur des cheveux est enfin évoquée. L’exemple le mieux documenté est celui de la famille de Guillaume de Bretes et de Flandina (de Tolvieu) connue, de 1140 à l’extrême fin du XIIe siècle, grâce à des interventions répétées à St-Théodard ainsi qu’à la grange cistercienne de Lassale. Trois des garçons du couple ne porteront jamais le surnom de lieu éponyme mais un sobriquet – Restol – suggérant le chaume, la paille39 ; cheveux blonds donc, mais cheveux raides qui semblent permettre une plus efficace identification que la référence à la ancestrale. Enfin, rares sont les sobriquets qui ont trait à un comportement, a priori négatif de surcroît (Trublion, Percepoitrine).

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    Figure 6. – Dans la famille de Bretes, les blonds comme les blés !

    22Le choix du surnom de lieu est celui qui emporte le plus l’adhésion : les formes anthroponymique IIId et IV cumulées concernent 47,4 % des individus entre 1081 et 1130, et entre 55 et 68 % au-delà. On touche donc ici à un phénomène d’une toute autre ampleur au point qu’il arrive également que le surnom toponymique devienne nom comme chez ce Dieudonné Sarrasin de Castelsarrasin40.

    23À partir de l’an mil, l’aristocratie abandonne cette tradition de nomadisme pour s’ancrer sur une terre que domine régulièrement un château. Les plus puissants en possèdent plusieurs et le corpus, durant quelques décennies, présente ces personnages dénués de compléments anthroponymiques. Certes, leur auctoritas fait qu’il n’est pas nécessaire, à l’image des comtes et vicomtes, de préciser le nom du territoire qu’ils dominent41. C’est le cas des Castelnau (Montratier) qui demeurent longtemps connus sous la seule appellation de Gauzbert. Un des récits du Livre des miracles de sainte Foy42 est de ce point de vue éclairant : vers 1040, Raymond de Montpezat est libéré de la geôle dans laquelle le retenait le vir illustrissimus Gauzbert. Raymond est localisable alors que Gauzbert, qui contrôle plusieurs castra, ne l’est pas ! Car en effet, lequel choisir ? Ce silence traduit sans doute aussi une sorte de gêne de la part de ces aristocrates ou de celle des scribes ? Ceux qui à l’inverse n’étendent leur pouvoir que sur une seigneurie précise n’ont pas ce genre de souci. Raymond de Montpezat est de ceux-là. L’unicité simplifiant la donne : les premiers porteurs de cette nouveauté anthroponymique se rencontrent chez les membres de la moyenne aristocratie. Ainsi, Guy de Touffailles, Arnaud de Durfort43. Les sources offrent un exemple d’évolution anthroponymique peut-être concomitant du passage d’un pouvoir multipolaire à une autorité s’exerçant sur un seul castrum. En 1052, Bernard Raino est témoin de la donation de l’église de Pommevic par Bernard et Guillaume d’Esmes44. Bernard Raino n’est pas un inconnu ni même un membre de la petite aristocratie, loin s’en faut. Descendant probable de la famille comtale de Rouergue, les siens contrôlent depuis 961 trois gros castra d’origine publique : Gandalou, Tolvieu et Cos. Tant que les forteresses demeurent sous une autorité unique, donc indivises, aucun aristocrate de la maisonnée ne se réfère à celles-ci en complément anthroponymique. L’année 1063 marque l’individualisation des trois topolignées – Bernard Raino devient Bernard Raino de Gwandalorum Castro45 dans un acte par lequel le comte de Toulouse fait plier l’abbé séculier Gauzbert.

    24Cette suggestion s’applique évidemment aux seuls premiers temps de la « révolution anthroponymique ». Rapidement, au cours des décennies qui suivent, les détenteurs de plusieurs forteresses vont eux aussi s’emparer de ce mode de désignation. Dès 1075, un tiers des formes anthroponymiques relevées dans les actes de Moissac est de ce type. Un demi siècle plus tard, on dépasse partout 40 % des usages. La diffusion du phénomène est donc double : les couches supérieures de l’aristocratie se l’approprient tout comme, à l’inverse, celles qui se situent aux marges les plus basses de cette caste guerrière.

    25Certains vont jusqu’à doubler la référence toponymique : en 1098, lors de l’invasion du comté par Guillaume de Poitiers, l’évêque de Cahors en appelle à un defensor ; son choix se porte sur Gausbertus de Castro Novo qui dicitur del Talius46 : à Castelnau (Montratier), Le Talluc renvoie très précisément à la motte qui achève l’éperon barré sur lequel fut implanté le castrum47. En choisissant cette série de surnoms toponymiques, l’un désignant la fortification collective (Castelnau), l’autre individuelle, symbole de pouvoir (Le Talluc), Gauzbert entend clairement affirmer son statut de senior. En 1094, alors que Bernard Percepoitrine abandonne l’église de Boisse située à quatre kilomètres au nord de Castelnau, Gauzbert est le premier à apposer son seing sous la forme Gauzbertus de Illo Tallugo48. Senior de Bernard mais aussi maître des rustres qui vivent dans le castelnau, il entend s’en différencier nettement par la référence à la motte. Son choix est clair. Ce n’est pas n’importe quel lieu qu’il privilégie : à l’intérieur du castelnau, c’est bien par son donjon qu’il se désigne.

    26Puis vient le temps où le complément toponymique n’est plus, à coup sûr, un indice fiable de localisation. À partir de 1130 mais surtout après 1160, la dénomination devient quelque peu instable, tout au moins pour les rameaux secondaires des lignées, voire la petite aristocratie49. Cette nouvelle pratique traduit avant tout un émiettement particulièrement fort de la seigneurie où le moindre prélèvement autorise son bénéficiaire à se parer du nom du territoire sur lequel s’effectue la ponction. Mais cela traduit probablement aussi d’autres modifications. En effet, telle qu’elle existait auparavant, la référence toponymique renvoyait à une résidence, souvent une motte, et surtout à un centre de pouvoir ou, au minimum, de prélèvement. Après 1160, le surnom de lieu est usité dans un sens de plus en plus restrictif, celui de la seule résidence dont le nom ne renvoie plus nécessairement à une fortification individuelle mais de façon plus fréquente à un castrum villageois. Connu dès 1155 sous le nom d’Arnaud Guitard50, ce membre de la petite aristocratie toulousaine ajoute à son nomen la référence toponymique de Finhan à partir de 117451 et devient dès lors Arnaud Guitard de Finhan ; après sa mort – qui intervient peu avant 1190 – ses fils, Arnaud Guitard et Guillaume Guitard, l’appellent Arnaud de Finhan52. Cet Arnaud Guitard de Finhan n’est pas senior de Finhan ; ce lieu désigne le castrum qui accueille sa domus. Son domaine – Guitardenc – est implanté à mi-chemin entre le castrum de Montech et celui de Finhan53.

    27Trois éléments au moins sont à considérer pour saisir le sens de l’évolution du surnom toponymique que l’on constate après 1150. C’est, en effet, essentiellement à partir de la seconde moitié du XIIe siècle que l’on voit poindre, grâce à l’anthroponymie, une nouvelle sociabilité aristocratique, celle des milites castri dont les maisons sont regroupées dans un fort aristocratique inclus dans l’enceinte du castrum. Ceux de Flaugnac54 ou encore de Belfort sont assez bien connus à partir du XIIIe siècle. Mais à Verfeil, dès 1145, on perçoit de nombreux milites castri55 et ceux de Corbarieu se laissent saisir à partir de 1164-117056. Que le phénomène commence à être perceptible dans l’anthroponymie locale seulement après 1150 n’a rien de surprenant : s’ouvre dans cet espace convoité – à l’extérieur par les Angloaquitains ou encore les Biterrois et à l’intérieur par les appétits aiguisés des aristocrates et plus encore des établissements religieux – une période de quadrillage avec des opérations de plus ou moins grande envergure de construction de castra, de Grisolles au sud à Lauzerte au nord en passant évidemment par la ville neuve de Montauban. Cet espace est enfin balayé à plusieurs reprises au cours de la Grande Guerre méridionale par de violents affrontements qui reprennent ici en 1142-1143. Que d’aucuns abandonnent momentanément leur résidence champêtre, fortifiée ou non, pour s’installer à l’abri de murailles collectives, se conçoit aisément. Reprenons l’exemple d’Arnaud Guitard de Finhan, bien éclairé par la documentation de 1155 à 1190. Il n’ajoute à son nom le surnom de lieu qu’à partir de 1174, c’est-à-dire à un moment de très vives tensions militaires entre Raymond V et le vicomte Pons de Toulouse. Doit-on saisir cette nouveauté anthroponymique chez Arnaud Guitard comme la traduction d’un sentiment d’insécurité, voire d’un réel besoin de protection ? Il est évidemment impossible de trancher. Néanmoins et au-delà de cet exemple, c’est bien l’ensemble des trois éléments précédents qui permet de comprendre au moins partiellement les évolutions anthroponymiques qui s’opèrent au milieu du XIIe siècle.

    28Un très fort décalage s’observe enfin entre les pratiques des lignées aristocratiques de petite et moyenne aristocratie et celles des familles vicomtales et comtale. Chez les vicomtes, il faut attendre le milieu du XIIe siècle pour que la référence topographique qui était accolée au titre vicomtal devienne complément anthroponymique : la Grand Guerre méridionale semble accélérer le processus de castellisation et de patrimonialisation de la charge57. Et c’est seulement à l’aube du XIIIe siècle, en 1202, que le comte Raymond est désigné sous la forme Raymond de Toulouse dans un acte de l’abbaye de Belleperche58. L’emploi d’un surnom de lieu a donc mis près de deux siècles pour se diffuser à l’ensemble de l’aristocratie, mais dans un mouvement ascendant. Engagée vers 1031, l’évolution n’atteint les vicomtes, dans un contexte local, qu’en 1164 et la famille comtale quarante ans plus tard encore.

    29Si la rupture se situe bien vers 1030, il faut donc attendre essentiellement les années 1070-1080 pour constater une explosion de l’usage de nouveaux modes de dénomination. Les règles de dévolution anthroponymique sont encore loin d’être fixées et figées au moment où s’achève cette étude. Le cas de cet Arnaud Guitard est tout à fait révélateur des aléas des modes de désignation. Le seul élément à peu près assuré repose sur ce double constat : plus une lignée locale est de faible envergure, plus elle s’engage de façon précoce dans le processus de modification anthroponymique et plus la transmission des dénominations devient aléatoire après 1150-1160. Mais peu de femmes sont apparues dans les lignes qui précèdent. Il est temps d’observer les modes de désignation de ces dominae.

    Arsindis, Ricarda, Sasneus : spécificités et évolution de l’anthroponymie féminine

    Où sont les femmes ?

    30Il n’est pas un acte qui ne mentionne pas d’hommes. Il en est des myriades sans présence féminine. Premier constat qui n’est en rien spécifique aux pays de moyenne Garonne : les actes ne font pas la part belle aux femmes du clan aristocratique59. D’importantes fluctuations s’observent néanmoins. Jusqu’en 1052 pour Moissac et 1060 pour Montauriol, le nombre d’actes mentionnant des femmes reste assez important puisqu’il atteint voire dépasse les trois quarts de ceux-ci. Passées ces dates, cette proportion s’effondre. Dans le cartulaire de Saint-Sernin, un seul acte sur les vingt-trois conservés pour la période 1060-1090 évoque une femme alors qu’auparavant, la présence féminine est importante. À Saint-Théodard, de 1091 à 1120, les femmes sont présentes dans seulement 28 % des actes. Les chiffres remontent ensuite mais n’atteignent plus les scores importants de la première phase. Le cartulaire de Grandselve donne pour la phase finale de l’étude des chiffres similaires à ceux que fournissent les trois établissements bénédictins.

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    Figure 7. – Les actes mentionnant des femmes (en %).

    31L’étude des occurrences féminines renvoie la même image. Mais les sources imposent aussi des silences : ainsi, lorsqu’Arnaud de Perges abandonne divers biens en faveur de Moissac, il le fait, précise d’emblée la notice, devant une assistance nombreuse d’hommes et de femmes. Or, si douze hommes sont nommés dans le corps de l’acte, aucune femme n’y paraît60. Les sources fournissent donc 809 mentions de femmes pour 6972 d’hommes, soit 11,6 % des individus sur l’ensemble de la période ce qui correspond au chiffre obtenu en Lézadois61. Mais alors que dans cet espace du sud Toulousain, ce pourcentage est une constante, une nette évolution caractérise le Bas-Quercy et le Haut-Toulousain. Avant 1030, les mentions oscillent entre 13 et 18 % des individus, soit environ une femme pour six hommes, chiffre très sensiblement supérieur à la réalité du Lézadois, de la Gascogne et du Languedoc62. Les scores détenus par la gent féminine faiblissent ensuite entre 1091 et 1120 où l’on rencontre une femme pour vingt individus. Après 1120, la situation semble s’améliorer et se stabilise, globalement, à une femme pour dix hommes aussi bien dans les trois fonds bénédictins que dans le cartulaire cistercien63. L’importance quantitative des données de ce dernier recueil autorise à suivre l’évolution par tranches décennales. Le constat témoigne de la précarité de la situation : si les femmes représentent 15 % de l’effectif laïque entre 1171 et 1180 après une progression régulière et constante, les dix années suivantes se traduisent par une chute importante de la part qu’elles forment dans les effectifs globaux.

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    * Le cartulaire de Grandselve opère une nette distinction entre laïcs et ecclésiastiques, la fonction de ces derniers étant systématiquement indiqués. La proportion de moines et autres religieux dans les actes de l’abbaye cistercienne croît parallèlement à sa puissance. Les moines affirment ainsi leur capacité à témoigner en cas de litige.
    Tableau 8. – Les femmes dans les actes de Grandselve.

    Désignations64

    32Cette moindre place dévolue aux femmes s’observe également dans les modes de désignation – ou de non désignation – des individus. L’anthroponymie féminine a fait l’objet de plusieurs travaux extérieurs à la zone étudiée65. Si toute la palette des formes de dénomination est usitée, dès 1031, par les hommes du clan aristocratique, les femmes, à de rares exceptions près, n’ont droit à aucune désignation complémentaire autre que femme d’untel ou fille d’untel. D’autre part, rappelons-le, à la différence des Catalans ou des Gascons, les hommes du Quercy et du Haut-Toulousain ne se sont jamais référés au nom de leur mère, hormis dans le cadre de cette pratique spécifique du serment.

    33C’est donc essentiellement avec leur seul nom que les femmes sont dénommées. Un choix de noms très large dans une collection qui semble sans limites s’offre aux parents. Sans doute est-ce la raison pour laquelle on n’assiste pas au même phénomène de concentration des noms observé pour les hommes.

    34Il est des prénoms qui, tout au long de la période, conserve une indéniable faveur sans pour autant atteindre les scores masculins très élevés. Adalaiz, Audiarda et Ermengardis constituent assurément le tiercé gagnant de cette course de fond. Ce trio doit faire face à la concurrence d’un type de nom qui traduit sans doute l’évolution la plus caractéristique et la plus marquée du nom unique : la féminisation d’anthroponymes masculins. Peu nombreux avant 1030 – mais les données sont assez éparses il faut le rappeler – les exemples se multiplient essentiellement autour de deux noms – eux-mêmes largement dominants chez les hommes – Guillelma et Bernarda ; mais on rencontre également plusieurs Pontia, Arnalda, Raimunda auxquelles on peut ajouter Ademara ainsi qu’une multitude d’autres. Ainsi, la féminisation de certains noms contribue-t-elle, avec un décalage chronologique, à donner naissance à une certaine forme de concentration mais, et il faut le rappeler avec force pour cet espace d’entre Cahors et Toulouse, ces derniers se perdent dans un océan de diversité. Avec toutes les réserves nécessaires face à des données chiffrées qui ne deviennent fiables qu’après 1130, le taux de condensation des noms féminins demeure très élevé : on ne descend jamais en dessous de 55 noms pour 100 femmes, soit deux à trois fois plus que pour les hommes. Ces poussières de noms présents à un ou deux exemplaires dans tous les cartulaires de France se retrouvent également ici.

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    Figure 8. – Un antroponyme féminin rarissime : Sasneus.

    35Parmi celles-ci, Sasneus est sans doute le nomen proprium le plus singulier rencontré dans les actes locaux. Sur les milliers d’individus croisés, seules cinq femmes portent ce nom présent sur un espace inférieur à 50 km2. On a affaire ici à un exemple exceptionnel de nom à diffusion micro-locale. Trois d’entre elles – une mère, sa fille et sa petite-fille – portent ce nom dans des descendances où les mâles sont rares. On reviendra sur la transmission de ce nom.

    36La dénomination par des noms scripturaires est en revanche d’un usage très limité : Maria est pratiquement absente des actes, sauf à l’extrême fin de la période, uniquement dans les cartulaires de Grandselve et de Saint-Sernin et pour désigner une petite poignée d’individus. Quant à Petronilla et Stephana – cette dernière étant la plus présente –, elles ne connaissent pas non plus la vogue de leurs équivalents masculins Pierre et Étienne. En cela, l’aire quercino-toulousaine constituerait une exception66 qui semble du reste persister dans le temps67. Et pourtant, on croise aussi des Beatrix, Foy et Miracla – très peu de Benedicta à la différence des environs de Lézat – autant de détours, de la part des parents, pour témoigner de leur attachement à la foi chrétienne.

    37Si, au moins en apparence, le sobriquet, comme complément du nom, est demeuré rare chez les hommes, on en attribue à de nombreuses femmes, non à l’état de surnom mais comme nom propre. Ainsi, les Bona, assez nombreuses comme chez les Tolvieu68, voire Bona Filia69 mais aussi les Serena, les Fine, Dulcia, Patiencia dont la dénomination est un appel à vertu espérée, voire slogan à usage matrimonial. Et que dire de cette Aurigemma ? ! L’exotisme relevé par O. Guyotjeannin atteint également les rives du Tarn et de la Garonne, telle Lombarda, l’épouse de Bertrand de Saint-André70 ou encore cette Florentia71 ou cette Alamanda72. Point de Duchissa, une Marquesa vers 1224 seulement mais deux Castellana, la fille de Guillaume At de Villemur73 et celle d’Aimeric de Castelnau74 et, enfin, deux Comitissa/Comtet75 : cette modestie de la dénomination qui tranche avec l’abondance des espaces méditerranéens serait-elle à l’image de la petitesse de l’aristocratie locale ? Lorsque l’anthroponymie intègre dominus, elle conserve la forme latine pour les nomina propria féminins mais s’empare de senior, son équivalent en langue vernaculaire, pour les hommes. Ainsi, Domina76 et Seniorellus77. Dieu, le Dominus suprême, n’a pas – ne peut pas avoir – d’équivalent masculin.

    38L’anonymat, entendons ici l’absence de désignation, présente une autre différence notable entre les femmes et les hommes. Jusqu’en 1052, le nomen proprium des femmes est systématiquement indiqué. Puis, brutalement, de cette date à 1060, 17 % d’entre elles ne peuvent être identifiées faute de cette mention et, de 1060 à 1120, c’est un tiers des femmes qui se trouve dans ce cas78. Adieu donc, les Adalaiz, les Ermengardis et les Aluina, voici que les sources ne jugent plus nécessaire d’indiquer ce qui d’emblée individualise une personne : son nom. Il semble bien qu’on dénie à ces femmes toute identité propre ; elles n’ont d’existence qu’en tant que femme d’un tel, fille d’un tel. Un autre facteur doit être considéré ici, l’accès à l’héritage. 1050-1120, période d’effacement féminin au moment où le système castral se met en place. M. Aurell, s’appuyant sur un document exceptionnel – la généalogie des vicomtes de Grasse-Antibes – juge que l’absence de mention du nom des filles est l’un des signes de l’inégal traitement des enfants lors du partage du domaine de Vallauris79. Ce point de vue renforce l’hypothèse de L. To Figueras qui voit, dans le maintien du nom unique chez les femmes catalanes, un élément révélateur de la marginalisation des femmes dans les partages héréditaires80. Deux exemples locaux parmi d’autres : vers 1080, Seguin Raymond de Cassels cède l’église de Saint-Mamet incluse dans la dot de son épouse non nommée mais qui donne son consentement tout comme les frères de cette dernière, Guillaume Gauzbert et Bernard Gauzbert81 qui, eux, sont nommés. Certes, cette femme a hérité de l’église et de ses revenus ; la gestion de ceux-ci semble en revanche lui échapper. Le second exemple concerne l’aristocratie de niveau comtal et se situe lors de l’occupation des comtés de Quercy et de Toulouse par le duc d’Aquitaine Guillaume qui revendique ces terres au nom de son épouse Philippa. Trois aristocrates renoncent à leurs prétentions sur un archidiaconé entre les mains de Philippa mais elle n’est pas nommément désignée ; l’acte dit que l’abandon se fait « entre les mains de la comtesse, épouse de Guillaume, comte de Poitiers82 ». C’est bien ici Guillaume qui est mis en avant, au moins par les moines qui ont enregistré l’acte. On pourrait objecter qu’il s’agit d’une évolution due aux modifications des pratiques notariales. Ce phénomène a en effet été observé en Bas-Languedoc par M. Bourin83 où, dans des proportions similaires, hommes et femmes ne peuvent être identifiés. En Bas-Quercy et Haut-Toulousain, où l’anonymat masculin n’excède jamais 7,5 % des effectifs entre 1050 et 1150, cette pratique semble bien traduire une réelle volonté de négliger les femmes, au moins de la part des scribes. Mais l’explication réside sans doute aussi dans le développement des maisons de dames et leur corollaire, les la maison, que l’on analysera plus loin.

    Nb de femmes

    % de femmes

    % de femmes non nommées

    Avant 1161

    64

    9,17

    15

    1161-1170

    143

    11,43

    4,9

    1171-1180

    146

    14,98

    2,7

    Après 1181

    93

    10,34

    0

    total

    446

    11,66

    4,84

    Tableau 9. – Les femmes dans les actes de Grandselve.

    39Un constat a été fait au début de cette partie et la figure ci-dessus le rappelle : les actes de Grandselve témoignent de l’absence de linéarité de l’évolution de la présence féminine. En revanche, après 1160, elles semblent indéniablement gagnantes sur un point : on cesse de leur dénier une identité. Si l’on met en relation cette observation et l’hypothèse selon laquelle l’anonymat féminin révèle leur moindre accès à l’héritage, on aurait là un signe de ce que M. Aurell a appelé « la parenthèse dorée pour la femme méridionale84 » et qu’il situe, pour la Provence, entre 1180 et 1230.

    40Trop de femmes, pour ne pas dire quasiment toutes avant 1130-1150, ne voient pas leur nom enrichi de compléments anthroponymiques, empêchant souvent l’étude des stratégies matrimoniales dont on sait qu’elles furent essentielles. Il ne s’agit pas ici d’une spécificité quercinoise85. Il y a certes les références presque systématiques de relations familiales indiquant la filiation (filia X ou mater X) ou l’appartenance à une fratrie (soror X) ou l’alliance (uxor X). Pour les surnoms, le sobriquet est plutôt, on l’a vu, transformé en nom propre. Quant au nom double, il demeure exceptionnel et, parmi les rares exemples, celui de Raimunda Ameilenca86, que dévoile le cartulaire de Grandselve, nous permet de saisir l’originalité du fait : elle n’est autre que la nièce maternelle de Raymond Amiel de Tolvieu et ses parents, Flandina et Guillaume de Bretes, ont totalement transmis le nom double de l’oncle prestigieux.

    41Reste le surnom toponymique qui semble répondre à des règles strictes dès lors qu’il est porté par des femmes. Deux cas de figures se présentent. Voici vers 1150 Guillelma de Pis, veuve du miles Hugues de Pis87 ou encore Amelia Esquiva de la Jonquière qui devient moniale avec le consentement de ses fils Carbonel et Raymond88. À la mort de leur conjoint, des veuves captent le surnom de lieu de la lignée de leur époux. Poncia est une domina du Montalbanais. Sa mère, Ermengardis, est surtout connue par son remariage avec un Tolvieu89. Elle avait d’abord épousé Bernard Pons qui donne d’ailleurs son second nom à sa fille unique Poncia. Cette dernière est mariée depuis une date inconnue à Bernard de Laujag qui, lorsqu’il devient moine vers 1150, accepte le transfert de son surnom toponymique sur sa femme dont il a eu plusieurs fils et dont aucun ne semble encore en âge de le patrimoine familial90. C’est bien l’absence de mâle majeur qui autorise Poncia à être détentrice du nom de sa lignée d’accueil.

    Image

    Figure 9. – Poncia de Laujag.

    42Mais, à l’extrême fin du XIIe siècle, il semble bien que les verrous interdisant aux femmes de porter un surnom de lieu en dehors de ces deux conditions précises sautent, et partiellement seulement : les actes du chartrier des seigneurs d’Auriac n’accordent aucun surnom de lieu aux filles, épouses, veuves et sœurs dans les cinquante chartes qu’il renferme de 1140 à 1214. Revenons ainsi sur l’exemple de Raimunda Ameilenca. Veuve, elle effectue la donation d’un bois en compagnie de son fils Guillaume. Et lorsqu’elle se présente, elle est dénommée Raimunda Ameilenca de Bretas91. Ce n’est pas le nom de son mari qu’elle affiche mais celui de sa lignée d’origine, élément qui témoigne de l’hypogamie féminine. D’autres dames agissent de la même façon. Maria de Campsas est, en 1171, une veuve remariée. Son premier époux, Guillaume Pierre de Séguenville, est décédé depuis plus de dix ans. Elle a eu avec lui trois enfants et trois autres avec son second mari Arnaud des Blanquets, encore en vie au moment où on la voit intervenir à Grandselve92. Au castrum de Bioule, voici n’Audiartz de La Vergne, épouse de Guillaume de Boisse. Elle appartient à l’entourage de la vicomtesse Peironella. Elle distribue des fiefs, possède de nombreuses dîmes, agit sur le conseil de ses hommes du château, qualifiés plus loin de cavaers93. En 1180, ce sont Bermunda de Villemur et sa cousine Martina de Bessières, castrum à douze kilomètres au sud de Villemur, sur la rive gauche du Tarn, qui abandonnent à la commanderie de Fronton tous leurs droits sur les casaux de Fronton94. En 1183, c’est au tour de n’Ademara de Grésigne, en compagnie de son mari Pomaretz, et de leurs fils Guillaume, Raymond et Pierre, de faire une donation rémunérée contre des dîmes situées en Bas-Quercy95. Deux ans plus tard, voici Ermengardis de La Fage, son mari Hugues Sirventz et divers parents qui abandonnent leurs droits dans la paroisse de Saint-Julien pour 170 sous de Mauguio96. Sorte de monde à l’envers où les hommes sont ici dénués de surnom toponymique alors qu’à cette date, plus des trois quarts des individus de sexe masculin en possèdent un. Dernier exemple, en 1192, avec Sasneus de Dieupentale, mariée à Vital de la Garde97. Arrière-petite-fille du vicomte de Terride, petite-fille de la domina Sasneus, fille d’Aribert de Dieupentale, son ascendance est sans conteste plus prestigieuse que celle de son époux. Elle entend l’affirmer. Le souhait d’afficher clairement la supériorité de leur ascendance, sorte de revendication à l’autorité, semble se détecter dans ces exemples pris parmi d’autres, tous tardifs, de femmes se référant au castrum ou lignée d’origine98 et non à celle du conjoint.

    *

    43Jusque vers 1030, les femmes, comme les hommes, ne sont désignées que par un unique nom, le nomen proprium. En léger décalage avec les modifications qui affectent l’anthroponymie masculine, l’évolution des modes de dénomination des femmes se traduit aussi par un usage nettement moindre des nouvelles formes de désignation. À partir de 1050-1060, c’est-à-dire à un moment de bouleversements profonds et concomitants, des éléments de ce processus témoignent des évolutions de la société et de la place qui est réservée aux femmes. Donjon comme clocher semblent faire cause commune : instauration de la seigneurie castrale qui les écarte – en général – de l’héritage ; et réforme grégorienne qui, localement, s’attaque simultanément à plusieurs fronts : lutte contre la sexualité – Eve n’est-elle pas responsable de tous les maux ? – et volonté de récupérer les églises – détenues prioritairement, on va le voir, par les femmes à partir de ce moment – accentuent plus fortement le phénomène de marginalisation amorcé par les laïcs. À l’exception des veuves et des riches héritières, ce temps anthroponymique semble être celui de leur effacement, de leur transparence, puisque bon nombre d’entre elles ne sont même plus dénommées dans les actes. Enfin, après 1160, on voit des femmes, de plus en plus nombreuses, être parées de toute la palette des possibles anthroponymiques, signe probable d’une embellie.

    Quand le nom accorde la potestas

    Transmettre le nom

    44Si l’on se limite aux données globales, indéniablement, un père n’a pas vocation à transmettre son nomen proprium à ses fils ni du reste, et encore moins que le père, une mère à ses filles. En effet, dans un cas sur quatre au mieux, l’un des fils porte le même nom que son géniteur ; quant à la gent féminine, le pourcentage est quasi inexistant99. Là se pose un problème de méthode. Entre l’acte qui débute de cette façon : « Gauzbert Isarn de Verfeil et Adalmus son épouse et leurs fils Pons Isarn et Isarn et At et Pierre Pons100 » ou ainsi « Donat de Caraman dit fils de Jourdain de Caraman101 », on a bien dans les deux cas une indication de filiation mais le premier exemple mentionne plusieurs garçons – c’est le père qui parle – alors que le second est initié par un fils qui nomme son géniteur. Les chances de pouvoir constater une transmission paternelle du nom propre sont donc très différentes, au-delà du simple résultat. D’autre part, que doit-on prendre en compte pour analyser les transmissions de père en fils ? Faut-il se limiter au nomen proprium ou doit-on intégrer le nom complémentaire, du type Raimundus Bernardi qui n’est pas systématiquement d’ailleurs un nomen paternum même lorsqu’il est au génitif ? Réaliser de tels décomptes n’est pas sans risque puisque se pose immanquablement la question de l’enregistrement de l’acte : les noms complémentaires sont loin d’être systématiquement notés par les scribes, surtout lorsque les enfants interviennent en partie principale seconde des actes. On connaît d’autre part la réticence à l’innovation de certains établissements monastiques. Comment expliquer autrement les écarts importants d’un fonds à l’autre ? À Saint-Théodard, 28 % des transferts de noms proviennent de la prise en compte du nom double alors qu’à Grandselve, les transmissions de ce type représentent 59 % du total et atteignent même 72 % dans le cartulaire de Saint-Sernin. Et il ne s’agit en rien pour l’abbaye bénédictine quercinoise d’une sous-représentation liée à la présence d’actes antérieurs à la révolution anthroponymique. En effet, tous les exemples de transmission sont largement postérieurs à cette dernière et contemporains des chartes de Grandselve ou de Saint-Sernin puisque le plus vieux cas date de 1134102. Si les nomina paterna sont inclus dans le calcul, un fils sur quatre porte le même nom, au moins partiellement, que son père mais si seuls les nomina propria sont considérés, la proportion s’effondre alors à un fils sur sept. C’est pourtant le premier mode de calcul qui a été retenu malgré tous les risques. En effet, en confrontant données globales des cartulaires et schémas de filiations, on réalise combien la transmission est en réalité plus fréquente qu’il n’y paraît au premier abord. Néanmoins, au-delà de ce constat général, deux types de circonstances semblent favoriser la transmission du nomen proprium à chaque génération.

    45Plus la famille est puissante, plus il semble que ses membres soient attachés au nom plus qu’au surnom toponymique. L’ancêtre fondateur (ou celui supposé l’être) devient le référent. C’est indéniable au sein de la famille vicomtale des Adémar-Armand mais il s’agit ici d’une particularité – nous y reviendrons – liée au titre interdisant longtemps une référence de lieu dans le mode de désignation. C’est aussi le cas chez les Tolvieu où Raino est porté en complément du début du XIe siècle à la fin du suivant. Les Gandalou, apparentés aux précédents, font un autre choix. Le premier ancêtre à s’intituler de Gwandalorum Castro103 est Bernard Raino. C’est le nom Bernard qui devient, dès la génération suivante, le marqueur, en nom double, associé durant quatre générations à Raymond, au point que ce couple onomastique devient une sorte de nom de famille. C’est encore vrai chez les Rocafort où alternent, dès le Xe siècle, les Hugues et les Escafred lorsqu’ils ne sont pas tout bonnement accolés dans un nom double. Même longévité de trois siècles, jusqu’à l’extinction de la lignée, avec le nom Gauzbert porté par les Castelnau (-Montratier) ; cinq générations portent sans discontinuité le nom Dimbert chez les châtelains d’Esmes et Seguin chez les Lalande, cousins des précédents. C’est enfin ce même principe de transmission qui a prévalu avec les Odalric qui contrôlent le castrum de Corbarieu. Alors que les forteresses évoquées sont parmi les plus puissantes de la région, le nomen proprium semble encore largement perçu comme porteur de puissance et d’honneur, d’où son maintien au fil des générations, comme nom propre ou en complément. Il est vrai aussi que ces nomina sont rares : Rainon, Escafred, Dimbert et Odalric ne sont donnés qu’à des fils de ces lignées. C’est moins vrai pour Adémar, Seguin et surtout Gauzbert, un peu plus fréquents.

    46Au-delà de la simple indication de filiation offerte par le nomen paternum, il s’agit par l’instauration de ce nouveau modèle d’assurer aux mâles de la lignée la possibilité de revendiquer la succession104. Mais son absence de généralisation empêche de considérer cette pratique comme un signe de lien égalitaire de tous les fils avec leur père et donc de partage égalitaire du patrimoine.

    47Une étude portant sur la transmission anthroponymique à partir du volumineux cartulaire de Gimont a permis de montrer que, dans ce domaine, les filles de Gascogne toulousaine ne reçoivent ni ne donnent105. Les actes locaux confirment partiellement cette conclusion : des hommes transmettent leur nom à des filles. Ils montrent par ailleurs un autre type de circonstance qui paraît favoriser une volonté presque désespérée de transmettre ce qui relève du patrimoine anthroponymique : c’est celui où seules des filles sont issues de l’union matrimoniale. C’est d’autant plus remarquable que cette obsession, on l’a dit, n’est pas systématique en cas de descendance masculine assurée. Chez les Siquier, on voit le dernier de la lignée – Géraud Siquier – à qui on connaît deux filles – transmettre non pas le marqueur féminisé en Siquiera mais son nomen proprium qui devient Geralda106. C’est déjà le cas à l’aube du XIe siècle avec un aristocrate du Montalbanais qui a trois filles. Il se résout, faute de descendant mâle, à donner son nomen proprium à la troisième107. On dispose ainsi d’une petite poignée d’exemples de transmission de père à fille qui constituent donc des situations apparemment tout à fait exceptionnelles, ceux de lignées dont on pressent que la terre est susceptible, faute de naissance d’enfant mâle, de tomber en quenouille108.

    48N’est-ce pas un scénario quelque peu identique qui est enclenché dans le cas des trois Sasneus qui se succèdent ? L’attachement sur plusieurs générations des descendants de Jourdain de Caraman et de sa seconde épouse Bermunda, fille et sœur d’un vicomte de Verdun-Terride, à ce prénom féminin rarissime qu’est Sasneus constitue une véritable anomalie par rapport à la norme. Alors que je dispose de plusieurs dizaines d’exemples de non transmission par la mère de son nomen proprium à sa fille, voici que les Sasneus dérogent et sont les seules, à quelques exceptions près, à agir ainsi dans l’espace étudié.

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    Figure 10. – Transmettre le nom : autour d’Adélaïde et de Bernard.

    49L’exemple des ancêtres des familles châtelaines de Gandalou, Tolvieu et Cos témoigne de ce pouvoir des noms des aïeux et ce, d’autant plus, qu’il s’agit de personnages illustres de rang comtal ayant même goûté, pour l’un deux, à des titres plus prestigieux. À l’origine des trois lignées, un couple, Adalaid et Bernard, bénéficiaires de nombreux legs du comte Raymond dans son codicille de 961109. Leur fils Arnaud fait, trente ans plus tard, une donation à Montauriol dans laquelle il se réfère à la part de Bertana et son fils Raymond110. Deux éléments qui incitent fortement à penser qu’Adalaid serait la petite-fille du comte de Rouergue Ermengaud et de la comtesse Adélaïde. Revenons à Bernard ; il transmet son nom à son petit-fils mais l’essentiel provient du stock onomastique de la parenté de son épouse. Ermengardis, sa fille, et Hugues, son petit-fils, renvoient respectivement à leurs arrière grands-pères, Ermengaud et Hugues, tous deux comtes.

    50Y compris en cas d’ascendants moins glorieux, il semble bien que ce soit le nom du grand-père qui obtienne la faveur de bien des lignées pour nommer le fils aîné ou un cadet ; viennent ensuite les oncles, pas exclusivement paternels. Il est clair qu’ici, nommer revient aussi à remémorer dans le premier cas et à renforcer des liens entre lignées dans le second. Le tableau suivant – qui fait apparaître davantage de femmes que d’hommes – illustre assez bien les pratiques aristocratiques de transmission du nom propre au début du XIe siècle évoquées à l’instant :

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    CST, f° 56 & 90 v° [996-1031]
    Figure 11. – Transmettre le nom – 2.

    51Chez les Valségur/Castelmaurou, le nom est incontestablement un héritage et la transmission des noms un véritable programme. Pour les garçons, la transmission est simple et classique : du grand-père au petit-fils pour le nomen proprium et en complément du père au fils. Et les filles héritent lement de noms déjà donnés à la génération précédente : Flandina reprend le nom de sa tante paternelle et Galarda celui de son oncle paternel.

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    Figure 12. – La transmission du nom chez les Valségur/Castelmaurou.

    52Le désir de voir un de ses enfants porter un nom précis, témoin de la mémoire lignagère, pousse parfois les parents à des attitudes de doublement. Ainsi en est-il lors de la mort prématurée d’un enfant lorsque les conditions documentaires les dévoilent111. Mais il peut s’agir aussi d’une réitération du nom qui fait suite à un re-mariage. Dans une cession importante de droits effectuée, vers 1050, en faveur de Moissac, par l’abbé séculier Gauzbert et qui nous est parvenue sous forme d’original, on voit ce dernier apposer son seing au bas de la charte juste devant son frère homonyme112. Une erreur du scribe n’est ici pas envisageable. L’acte est trop important pour ne pas avoir fait l’objet d’une relecture attentive. Il faut donc se résoudre à accepter le fait que deux frères vivants puissent porter le même prénom et suggérer le remariage du père des deux Gauzbert qui souhaitait ardemment voir ce nom transmis. Un siècle plus tard, en Toulousain cette fois, c’est le remariage de Ricartz, une dame de la maison castrale de Tolvieu, qui est à l’origine de l’homonymie entre deux de ses fils. Une première alliance l’a conduite à Penne, aux marges de l’Albigeois et du Quercy, où elle épouse Raymond, frère de l’évêque Aldegaire. De cette union, connue notamment grâce aux serments prêtés par ses fils à Bernard Trencavel pour le castrum évoqué, vont naître Géraud, Bernard, Deusde, Pierre et Guillaume113. Un acte de Moissac, datable de 1135-1140114, mentionne cette même Ricartz, alors qu’elle est veuve à présent de Siquier, frère du vicarius de Moissac, mais détenteur lui-même d’une motte à deux kilomètres à l’est de Saint-Martin-Belcassé, dont elle a au moins deux fils nommés Bernard Amiel et Pierre. Ces appellations constituent une véritable anomalie anthroponymique dans cette lignée que l’on peut suivre depuis la première moitié du XIe siècle où l’on ne rencontre que des Siquier, des Guillaume, des Raimond ou leurs composés. Bernard Amiel renvoie à l’un des frères de Ricartz et Pierre est donc le cas d’homonymie avec le fils d’un premier lit.

    53Dernier type de réitération, celle qui fait suite à l’oblation d’un enfant. Ainsi, le dominus Arbert de Finhan a eu deux fils de sa première Arnaud Gauzbert et Arbert qui est confié à Grandselve où il demeure moine au moins jusqu’en 1181. De son second mariage avec Assalt, Arbert à de nouveau deux garçons dont l’aîné est un second homonyme.

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    Figure 13. – Arbert de Finhan et ses deux fils homonymes.

    Transférer le nom : de la lignée à la topolignée

    54Si donc le nom est un moyen de transmettre la potestas, nommer un enfant peut aussi être la marque d’une revendication : c’est ainsi que Miracla, petite-fille de Pierre, dernier vicomte de Caussade, donne à son fils le prénom de son arrière-grand-père. Le titre disparaît avec le retour d’Alphonse Jourdain sur le devant de la scène toulousaine, bien avant la naissance de Miracla. Sa stratégie ne s’arrête pas au seul emploi réitéré de Pierre : elle usurpe avant 1180115 un bien donné à Grandselve par son aïeul et doit le restituer en compagnie de son fils huit ans plus tard à l’issue d’une longue procédure116. Lieu icône, la grange de Bagnols117, et nom icône, celui de l’arrière-grand-père, voici deux éléments réactivés par Miracla dans l’espoir de reconstituer au profit de son fils un semblant de pouvoir, à un moment où tous les titres vicomtaux ont disparu.

    55Dans un autre registre, l’exemple de Willelma illustre bien la capacité qu’ont les femmes, dans certaines circonstances, à transmettre leur nom. Willelma et sa sœur cadette dont on ignore le nom118 sont les héritières de la seigneurie de Castelnau (d’Estrétefonds). L’aînée, Willelma, épouse Jourdain de Caraman dont elle a deux fils connus, l’aîné recevant le nom du père, Jourdain de Caraman, le cadet celui ou plus exactement ceux de la mère, Guillaume de Castelnau. Héritière, Willelma est détentrice de pouvoirs et de revenus. Pour affirmer son chapitre droit à la transmission et celui de son fils à hériter, elle commence par lui offrir la clé de l’héritage, le nom119.

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    Figure 14. – Transmettre le nom : les Castelnau/Caraman.

    56Un autre exemple de transfert du nom par les femmes nous est fourni par la descendance de Marie et de son époux Guillaume Unaud de Malsamont. Marie est la sœur de Pons de Bruguières, lignée éponyme d’une paroisse située au nord de Toulouse, que l’on peut suivre depuis le début du XIe siècle et qui a fourni quelques-uns de ses membres à l’entourage comtal d’Alphonse et de Raymond V120. Pons de Bruguière n’a visiblement pas postérité. Le fils du couple se voit conférer la totalité des éléments anthroponymiques de son oncle maternel.

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    Figure 15. – Transmettre le nom : les Bruguières/Malsamont.

    57Reste enfin le cas des noms qui sont transférés sur certaines personnes sans qu’aucun lien de sang n’existe. Ces cas obligent à nuancer la tendance qui fait associer très étroitement, voire exclusivement, le nom à une manifestation de la conscience lignagère, si ce n’est généalogique. Indéniablement, le nom rattache à un groupe familial et il serait totalement absurde de nier l’existence de cette conscience lignagère dont l’anthroponymie rend compte ; mais on ne peut réduire ce phénomène aux seules pratiques agnatiques. Il existe des transferts des nomina mettant en exergue la pratique désignée sous le nom de topolignée121. Cette dénomination traduit parfaitement la subordination des liens de parenté à la relation au sol, et le rôle fondamental de l’ancrage spatial et matériel dans la définition et la construction des lignées aristocratiques, une « déparentalisation par la spatialisation du social » selon J. Morsel122.

    58Les Siquier, dont on a déjà eu l’occasion de parler à propos de Geralda et de son père, sont repérables dans les actes à partir des premières décennies du XIe siècle jusqu’à la fin du XIIe siècle. L’un des intérêts de l’étude de cette petite lignée, dont la motte éponyme se situe au sud de Moissac et qui va fournir plusieurs vicarii à cette abbaye, tient au fait qu’il permet de saisir les étapes d’une double fossilisation d’un cognomen en nomen qui devient aussi surnom de lieu. De surcroît, un gendre de la famille se l’approprie après la disparition de tous les mâles de la lignée. En moins de soixante-dix ans, on passe ainsi d’un Wilelmus cognomentus Siccarii en 1073 à ce Jean qui devient Johanes Sycherii en 1156123, sans doute après le décès de son beau-père Geraldus Sicherii.

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    Figure 16. – Un exemple de topolignée : les Siquier.

    59L’appropriation d’identité par Jean, marié à Geralda depuis au moins vingt-huit ans, témoigne de la volonté de re-fonder une lignée qui pourra bénéficier des retombées du prestige lié au nom (être connu), mais aussi s’assurer la possibilité de percevoir les revenus qui tombaient jadis dans l’escarcelle de la famille Siquier (être reconnu) tout en participant à cet élément essentiel pour les lignées, tisser des liens renouvelés entre vivants et morts dans le cadre d’une memoria lignagère (ne pas être oublié). Mais cet exemple prouve suffisamment aussi que la seule anthroponymie ne fait pas naître l’individu : le nom demeure d’abord et avant tout un moyen parmi d’autres d’identification/individuation au point d’en changer pour mieux coller aux structures dans lesquelles on souhaite prendre place.

    *

    60Que le nom et sa reconnaissance soient facteurs de domination ne fait plus guère de doute124. La désignation par le lieu indique certainement une forte emprise du senior sur ses terres et ses hommes mais, surtout, elle traduit une très nette prise de conscience de l’importance du domaine patrimonial, à commencer par des droits seigneuriaux fortement affirmés. Dans le nom et avec le nom, on transmet une mémoire familiale mais aussi une prétention à la succession sur l’honor – la terre et les droits – et l’honneur – la notoriété. Il en est de même des éléments de la titulature, façon complémentaire de désigner un individu.

    Titres et qualificatifs

    61Autre élément d’identification, autre trait d’appartenance à un groupe, les titres et qualificatifs que s’attribuent les aristocrates (ou qu’on leur attribue) sont, à l’instar de l’anthroponymie, un signe de reconnaissance, et, partant, de domination sociale. Autant les scribes sont particulièrement attentifs à donner des qualificatifs à la plupart des ecclésiastiques, si ce n’est tous selon les cartulaires, autant ils manifestent peu de goût à accorder ce genre de précisions pour les laïcs. Toute la palette de ce qui se rencontre au sein d’un monastère se retrouve sous leur plume dès lors que leurs porteurs interviennent dans un acte. Ainsi, on croise de façon systématique des moines, très souvent des scribes, plus rarement des convers, mais aussi des abbés, des prieurs, des sous-prieurs, des camériers, des cellériers, des maîtres de grange, des écolâtres, etc. Le point commun de toutes ces titulatures est qu’elles définissent précisément une fonction nettement identifiée et identifiable au sein de l’abbaye. La charge vicomtale étant une fonction, son titulaire voit aussi, plus qu’à son tour, son nom suivi de l’indication vicecomes. Là où les choses changent, c’est lorsqu’on aborde des qualificatifs moraux tels que nobilis vir, mais aussi dominus, très peu présents dans les actes pour désigner un laïc.

    62L’éventail est large entre un comes et un armiger, entre un vir illustrissimus et des satellites. C’est volontairement qu’ont été distinguées les marques de fonction – comte, vicomte, baile, écuyer – de celles qui expriment plutôt une qualité. C’est volontairement aussi que le mot miles dont sont porteurs certains aristocrates n’a pas été envisagé comme fonction mais comme qualité. L’analyse de ces divers échantillons, parfois quantitativement fort médiocres125, permettra de faire une incursion dans la conscience nobiliaire et de s’interroger sur le qualificatif qui conviendrait le mieux à ce groupe extrêmement disparate : élite, aristocratie ou noblesse ?

    Des titres, des fonctions

    Comes

    63Être comte, c’est d’abord être porteur d’un titre. Ce dernier subit des modifications par ajouts au cours de la période étudiée. Les actes locaux nous permettent d’en saisir trois phases. Avant 1045, la titulature ne précise pas l’aire géographique sur laquelle s’exerce l’autorité de son détenteur. Le comte, à l’image de Guillaume, est simplement comte126. On se situe dans la droite ligne de ce que proposent les actes antérieurs. On a vu plus haut l’impossibilité devant laquelle on se trouve, face à des mentions du type Hugues, comte, de déterminer une affectation géographique précise à ces personnages. Mais ce fut aussi l’occasion de rappeler que ce manque de précision témoigne parfaitement d’un aspect de la non territorialisation du pouvoir ainsi que de la gestion collective des comtés et du nomadisme aristocratique. Guillaume, tout comme les scribes qui ont enregistré les actes, se place donc dans une continuité apparente du pouvoir et de ses mécanismes.

    64Après 1045 s’ouvre une nouvelle phase. À cette date, Pons apparaît comme comes Tolosanus127 et la formule est adoptée ensuite. Son fils Guillaume – dont on possède dix-sept actes – fait de même dès sa première intervention en 1061128 jusqu’à l’ultime conservée localement en 1088129. De façon, en fait, pas si paradoxale, c’est au moment où les comtes vont s’effacer de la scène locale qu’ils affirment dans leur titulature la référence au Toulousain. L’assise foncière de la famille comtale de Toulouse n’est, à l’époque, nullement à Toulouse, mais en Rouergue130. Aussi, le choix fait par Guillaume d’assumer cette titulature au moment où son frère, Raymond de Saint-Gilles, se lance peut-être en 1066 dans la reconquête du Rouergue131, tendrait à prouver qu’il y a volonté de se partager les espaces et d’asseoir chacun leur autorité à un moment où l’aristocratie affirme la territorialisation de son pouvoir dans l’anthroponymie.

    65Enfin, dans une troisième et dernière phase qui s’engage avant 1147, bien des évolutions poussent Alphonse à se proclamer comte de Toulouse, duc de Narbonne et marquis de Provence132 dans les actes locaux à l’heure où il éprouve de sérieuses difficultés : changement d’échelle de puissance, changement de climat politique surtout. Cette titulature qui enfle démesurément n’est pas abusive : ces titres sont légitimes mais pas nouveaux. En revanche, elle traduit nettement la volonté du prince de s’affirmer sur la scène internationale quand s’ouvre une des phases les plus délicates pour lui de la Grande Guerre méridionale. Initiée par le père, l’intitulatio traduisant l’aire géographique sur laquelle s’exerce l’autorité comtale est reprise par Raymond V sous la forme al senhor per la gracia de Deu comte de Toloza marques de Provessa vers 1180133. À cette date, le comte reçoit des Castanher et des Rouzet la plate-forme sommitale du puy de Lauzerte ; à quelques encablures au nord de cette nouvelle fondation, un autre castrum comtal, Beaucaire, évoque lui aussi le marquisat de Provence. Que dire enfin de cette titulature à rallonge fournie dans une donation par Guillaume le 16 juin 1080 à l’abbaye Saint-Pons de Thomières : « Moi, Guillaume, comte et duc de Toulousain, Albigeois et Quercy, Lodévois, Périgord, Carcassonnais, Agenais et Astarac134. » Elle nous concerne a priori à double titre : outre la classique référence au Toulousain, voici que le Quercy est convoqué, et Adémar, vicomte (de Toulousain) y est acteur. Mais l’affaire est trop belle pour être honnête : il s’agit là d’un faux.

    Vicecomes

    66Les actes proposent plus de quarante mentions du mot vicomte associé au nom d’un personnage local135. Presque jamais, la référence au Quercy ou au Toulousain n’apparaît. Ils sont simplement vicomtes ; une telle indication spatiale n’est nullement nécessaire lorsqu’ils interviennent à Moissac ou à Montauriol. En revanche, s’ils mettent un pied hors du Quercy ou du Toulousain, les scribes jugent alors utile de préciser le nom du territoire sur lequel s’exerce leur charge. Ainsi, dans un acte du cartulaire de Beaulieu, Frotard est dit vicomte de Quercy136 ; dans un acte de Grandselve concernant la grange toulousaine de Bagnols, le scribe note la référence toponymique de ce titre quercinois éphémère qu’est Caussade137 ; c’est enfin le cas des vicomtes de Bruniquel qui paraissent dans plusieurs actes du cartulaire des Trencavel138. Il en est de même dès lors qu’ils paraissent dans des assemblées comptant plusieurs vicomtes : voici Adémar, vicomte de Toulousain, dans le testament du comte Raymond en 961139, ou encore Pons, vicomte de Caussade, assistant au serment prêté par Philippa au vicomte de Béziers140.

    67Toutefois, il faut clairement distinguer les vicomtes s’intitulant vicomte de Quercy ou de Toulousain de ceux qui se disent vicomte de Bruniquel ou de Caussade. Les premiers renvoient à une charge s’exerçant sur un territoire précis, témoignant des liens qui les unissent, comme subordonnés, au comte. Les seconds indiquent nettement, en se référant à un lieu qui est un castrum, et non plus à un comté, qu’ils opèrent une castellisation de leur charge. La comtesse Philippa et le duc Guillaume, pour surveiller les Adémar trop prompts à s’émanciper, fabriquent leur créature, un vicomte de Caussade, à partir du castrum situé à 15 km à vol d’oiseau de Bruniquel. Toutefois, ils ne le choisissent pas dans une lignée inconnue. Raymond, le premier vicomte à profiter de cette création, est issu de la lignée vicomtale de Toulousain : où l’on joue les cousins l’un contre l’autre. Ce titre ne résiste pas à la reprise en main du comté par Alphonse : seuls Raymond et ses fils Pierre et Pons portent ce titre entre 1101 et 1114.

    68Puis vient le moment où, après 1148 et donc dans un moment crucial de la Grande Guerre méridionale, les vicomtes font glisser le nom de lieu de la titulature au profit d’un surnom anthroponyme : d’Adémar, vicomte de Bruniquel, on passe à Adémar de Bruniquel, vicomte141. Ainsi s’achève la castellisation et la patrimonialisation de leur charge. On sait ce qu’il advint de la charge vicomtale en Toulousain. Le retour en force de Raymond V lui fut fatal142.

    Viguiers et bailes

    69Dans le personnel comtal de haut niveau, aucun sénéchal n’est attesté avant 1210 pour le Toulousain, et 1234 pour le Quercy143. Il faut descendre à l’échelon des viguiers, surtout, puis des bailes, pour croiser des mentions, éparses, de membres du personnel comtal ou seigneurial. On pénètre à présent dans un autre univers où il est parfois bien difficile de saisir la frontière entre ceux qui appartiennent au monde des aristocrates et les autres.

    70Les mentions de viguiers et de bailes sont assez rares dans les différents fonds d’archives. Les premiers sont plutôt chargés des affaires judiciaires, les seconds d’assurer le prélèvement domanial144. De surcroît, les occurrences semblent tardives puisque, si l’on excepte celle de 1048, aucune n’est antérieure à 1097 mais, de ce point de vue, Quercy et Toulousain se distinguent du Languedoc par la précocité des mentions145. Se pose en outre, dans l’usage du mot, le délicat problème de la distinction entre un élément de titulature et ce qui est devenu un surnom ne correspondant pas nécessairement à une réelle activité. Si, pour certains, la question reste entière146, pour d’autres, le doute n’est pas permis. Premier constat, à une exception près, les mentions de viguiers et bailes au service d’un aristocrate renvoient toutes à des seigneurs de haut rang, pourtant pas seuls susceptibles de s’attacher les services de ce personnel spécialisé, ou à des établissements religieux.

    71On connaît plusieurs viguiers comtaux : Arnaud Garsie fait partie des donateurs de l’église de Blagnac, en 1071, au même titre que le comte Guillaume et les frères Pierre Bernard de Caraman, Donat et Gauzfred147. Peu après, le comte Guillaume confirme la donation de l’alleu de Saint-Pierre des Cuisines à l’abbaye de Moissac. Les témoins nommés sont l’évêque Géraud, Raymond At, viguier, et la comtesse Mathilde, épouse de Guillaume148 ; l’ordre d’apparition prouve l’importance du personnage. En 1125, Engelbert fait partie de l’assemblée qui assiste à l’engagement, devant le comte Alphonse, de l’abbatiat séculier par Gausbert de Fumel pour la somme de 1225 sous caorsins ; il le fait comme viguier de Toulouse149. Ainsi, après avoir réduit à néant les prétentions à l’héritage du vicomte Pons de Toulouse, le comte installe à Bruniquel un baile en 1180150 puis un viguier en 1186151. Pour les deux premiers exemples, antérieurs à 1125, il ne fait pas de doute que le viguier appartient bien à l’aristocratie ; ce qui n’est pas assuré pour les deux suivants, à moins qu’ils ne soient issus d’autres régions.

    72Que certains viguiers soient membres de l’aristocratie ne fait aucun doute. Les Siquier, qu’il n’est plus nécessaire de présenter, sont viguiers de l’abbaye de Moissac depuis au moins le milieu du XIe siècle152 et le demeurent jusqu’en 1142153. Ainsi, un peu à l’image des Miscansmalum-Fumel dont trois membres vont occuper la charge d’abbé séculier, une véritable dynastie de vicarii se dessine chez les Siquier. On voit la charge passer de père en fils et même de frère en frère, à moins qu’il ne s’agisse d’une « covicaria », c’est-à-dire d’une gestion conjointe, par les enfants de Siquier, de la charge de viguier comme le font les nombreux ayants droit gérant ces myriades de coseigneuries. On notera également que ces hommes semblent tous célibataires, à l’exception du premier détenteur de la charge et fondateur de la lignée, Guillaume Siquier. Un point enfin, leurs alliances matrimoniales, pour celles que l’on identifie, sont particulièrement enviables : Rocafort, Tolvieu, Montpezat, trois très importantes lignées châtelaines locales.

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    Figure 17. – Une dynastie de vicarii de Moissac : les Siquier.

    73Les sources dévoilent d’autres viguiers de rang aristocratique au service d’un châtelain. Lorsqu’entre 1060 et 1072, At Inard de Villemur donne l’église de Monbel et les casaux qui y sont associés pour que Moissac en fasse une sauveté, il agit cum consilio vicariorum qui ne sont autres que des membres des lignées des Odalric et des Jatbert154. C’est encore le cas de ce Pons Guillaume, viguier de Penne, qui est sans doute l’un des frères de Pierre et d’Amiel de Penne155. En revanche, la situation est beaucoup plus floue pour Hugues, vicarius, qui est le dernier à apposer son seing à la restitution des églises Notre-Dame et Saint-Ouen de Caussade par le vicomte (de Caussade) Raymond et ses fils Pons et Pierre en 1101156 ou pour ce Guillaume Arnaud, viguier, qui assiste à la restitution, par Gausbert et ses frères, des églises d’Escatalens et de Rogonac157.

    74Nous connaissons par ailleurs quatre bailes seigneuriaux, ce qui est bien peu. Sanche, baile de Guillaume de Bruguières, un aristocrate de l’entourage comtal, s’occupe en particulier du dîmaire de Baissances à Toulouse et y abandonne ses droits au moment où Guillaume, en 1146, les vend pour 330 sous à l’abbé de Saint-Sernin158. Ce sont des listes de témoins qui nous fournissent les deux exemples suivants. Dans une donation qu’Olivier de Campsas réalise en faveur de Grandselve en 1193, sont témoins Hélyas Bonne-Vigne et Sicard son baile159. Quatre ans plus tôt, la tante d’Olivier, la domina Sasneus, opère un transfert de biens pour son âme160. Parmi les témoins, Raymond Gasc s’y présente comme son bajulus. Que Sasneus aille chercher un Gascon pour gérer ses domaines n’est pas véritablement surprenant ; n’est-elle pas elle-même petite-fille et nièce d’un vicomte gascon ? À condition toutefois que ce Gasc renvoie bien à un référent ethnique161. Il est tout à fait probable en revanche que ce Raymond Gasc se rattache à cette famille homonyme possessionnée au nord de Castelginest162, castrum sis à quinze kilomètres au sud de Castelnau-d’Estrétefonds contrôlé par les frères de Sasneus.

    75Voici enfin, en 1164, les frères Bernard de l’Église et Guillaume, bailes de Gauzbert Isarn de Verfeil et de son épouse Adalmus pour les honores de l’Esquis, des Mazels et de l’Oumeda situés au nord-est de Toulouse163. Ce ne sont pas des inconnus. Ils appartiennent à une lignée installé à Colomiers, domaine de Gascogne toulousaine sis à moins de dix kilomètres à l’ouest du bourg de Saint-Sernin, où l’abbaye possède des biens. On suit ses membres durant une vingtaine d’années, à partir de 1144, systématiquement associés à des tensions à propos de la détention illégale des revenus ecclésiastiques de Colomiers. On en vient aux menaces de l’épreuve du duel, du fer chaud ou de l’eau bouillante164, au choix, pratiques gasconnes qui ne franchissent pas la Garonne.

    Image

    Figure 18. – Les ascendants (?) de Raymand Gasc et des frères de l’Église.

    76Au service des dominants, tous ces hommes n’appartiennent pas pour autant à l’aristocratie. Si les deux derniers exemples en font sans doute partie, rien dans les actes n’autorise à considérer comme assurée l’appartenance des autres intendants au groupe aristocratique.

    77Pour clore cette partie, évoquons Raymond, écuyer de Pierre de Bessens. Ce dernier est membre d’une lignée dont on perçoit mal les contours faute de sources nombreuses mais dont la puissance est indéniable au moment où on l’entrevoit dans les actes165. Notre homme se présente à Grandselve le 17 novembre 1166, accompagné de son écuyer166. Peut-on y voir ce Raymond Adémar, très souvent immédiatement associé à Pierre de Bessens dans les listes de témoins des actes de Grandselve167 ? Avec un certain Géraud, écuyer de l’abbé de Saint-Sernin mentionné à deux reprises168, c’est le seul écuyer officiellement déclaré dans les sources locales169. Assurément, et d’après ce qu’en disent les chartes, avec ce groupe des écuyers, on quitte le monde de l’aristocratie : en 1160, dans un acte autorisant les hospitaliers à être enseveli à Saint-Rémézy, on accorde aussi ce droit à leurs bouviers, leurs bergers et enfin leurs écuyers170 ; la préséance n’est pas favorable à ces derniers.

    Des qualificatifs honorifiques

    78Il est des qualificatifs qu’un aristocrate ne peut s’attribuer seul ; en être porteur signifie donc qu’il est reconnu comme tel par ses pairs ou d’autres personnes. Il s’agit ainsi de véritables marqueurs sociaux, éléments d’identification et de reconnaissance mais aussi attributs de domination. Parmi eux, nobilis, mais aussi dominus et ses dérivés, et enfin miles auxquels on peut ajouter toute une série de termes, souvent au superlatif, du type illustrissimus.

    79Revenons au comte. Ce personnage fait l’objet d’une attention toute particulière dans le choix des qualificatifs qui accompagnent sa titulature et bien antérieurement à la mention de références spatiales. Chronologiquement, les actes le disent gloriosus, voire gloriosissimus, nobillissimus ac potentissimus, et enfin excellentissimus171.

    80Le terme baron qui désigne globalement une élite sociale au sein des vassaux des princes est totalement absent des actes locaux comme élément de désignation de personnes. Indice supplémentaire de la faible envergure des lignées aristocratiques locales ou de la faible emprise des comtes et vicomtes. Comme pour compenser la non reconnaissance de cette qualité par les princes, voici que certaines familles parent leurs enfants de ce mot devenu anthroponyme : des Baro sont repérables, dès l’extrême fin du Xe siècle, autour de Montbartier.

    Nobilis

    81Nobilis est par excellence un qualificatif : il complète, dans la quasi-totalité des cas, les mots vir ou, beaucoup plus rarement, homo. Il est relativement rare – guère plus de vingt occurrences172 – et deux curiosités entourent le mot. Certains cartulaires l’ignorent totalement. Celui de Montauriol renferme des transcriptions d’actes du IXe au XIIIe siècle – et même au-delà – et devrait offrir de telles mentions. Ceux des abbayes cisterciennes de Grandselve ou de Belleperche sont assez bien, voire exceptionnellement pourvus en actes de la seconde moitié du XIIe siècle. Et si, localement, aucune occurrence n’apparaît après 1126, le cartulaire des Trencavel en offre plusieurs mentions jusqu’à une date avancée de la fin du XIIe siècle. Quant à la sous-représentation dans les actes de Saint-Sernin – deux actes seulement et pour des personnages hors de la zone étudiée – elle ne s’explique pas par l’inégale répartition chronologique de la documentation : les 65 actes antérieurs à 1100 en font une ressource non négligeable. Ainsi donc, seule l’abbaye de Moissac fournit des occurrences du qualificatif nobilis. Ce qui constitue déjà une première surprise n’est rien à côté de cet autre constat : dans ce fonds, de l’an mil à 1126, les actes originaux ne représentent que 17 % du total. Or, les occurrences de nobilis sont issues à 61 % d’actes originaux. Doit-on y voir le souci de mieux conserver les actes faisant intervenir de puissants personnages ? Cette interrogation est tout à fait légitime et renvoie d’une certaine façon aux propos de C. Amado173, à cette nuance près, c’est qu’une fois copiés dans l’un des cartulaires, on s’est évertué à Moissac à conserver ces documents – sous forme d’originaux – pour pouvoir légitimer, éventuellement, le bon droit du monastère en cas de contestation aristocratique.

    82Quoi qu’il en soit de ces curiosités, qui sont les nobiles paraissant dans les actes de l’abbaye bénédictine Moissac ? En tête, en 1045, le comte Pons est défini comme nobilissimus ac potentissimus174. En 1061, Bernard Gaucelm, le père de l’abbé de Montauriol, Arbert, dans une donation du comte Guillaume, est dit nobilis vir175 ; ce sont les deux seuls exemples d’attribution individuelle du qualificatif. Tous les autres cas présentent des dénominations collectives. En 1063, lorsqu’il renonce à la defensio de Moissac pourtant chèrement acquise, Gauzbert le fit entre les mains de ses seniores, les comtes, et face à de nobles témoins, tous châtelains, parmi lesquels Bernard Raino de Gandalou176. En 1071, lors de la donation de l’église de Blagnac par le comte Guillaume, sont proclamés nobilis quatre frères, Pierre Bernard de Caraman, Donat, Gauzfred et Arnaud Garsie177. Reçoivent également ce qualificatif, des hommes de l’entourage des vicomtes Adémar et Armand, en 1074/1085178, d’autres encore en 1083 où ils sont dits nobilissimi viri179 tout comme ceux qui gravitent autour du vicomte Raymond en 1101 et vers 1107180 ou encore, parmi des Gascons, des Quercinois dans l’entourage du vicomte de Lomagne en 1104181. Enfin, en 1126, plusieurs membres de la lignée châtelaine de Cos sont ainsi qualifiés182. À un autre niveau, les sources éclairent enfin trois réseaux qui ne sont ni comtaux ni vicomtaux et dont les membres sont qualifiés de nobiles viri. Le premier rassemble des aristocrates de l’entourage des Castelnau (-Montratier)183. Le second concerne l’entourage des Esmes184. Le dernier, plus ectoplasmique, regroupe des aristocrates de cette partie du Toulousain où tout reste à faire, l’entre Tarn et Garonne, parmi lesquels les Rocafort, les Agre, les La Jonquière, les Bessens185. Globalement, d’un bout à l’autre de l’échelle, on se situe plutôt dans ce qui peut être considéré comme la frange supérieure de cette société aristocratique. Indéniablement, la nobilitas irradie : la proximité des comtes ou des vicomtes, mais aussi des lignées châtelaines les plus en vue, favorise l’attribution de ce qualificatif. Indéniablement encore, castrum et nobilis vont de pair.

    83Dans les cinq récits du Livre des miracles de sainte Foy renvoyant au Bas-Quercy et au Haut-Toulousain, le terme nobilis n’est appliqué à aucun des hommes cités mais à deux femmes – nobilis matrona. C’est le cas de Doda, domina de Castelnau-Bretenoux, érigé à la frontière du Limousin186, et grand-mère d’Aldegaire, dont il a hérité le castrum de Penne ; c’est aussi celui d’une femme non nommée qui, alors que son seigneur de mari reste chez lui, arrondit son patrimoine de manière bien peu régulière187. Néanmoins, Bernard d’Angers et le continuateur anonyme usent, pour certains hommes, de périphrases qui évoquent la noblesse : Raymond, qui détient le castellum de Bochittum, est genere divitiisque clarissimo188. Gauzbert (de Castelnau) est vir illustrissimus ; son donjon sert de geôle à Raymond de Montpezat « dont la généalogie ne souffre aucun soupçon189 ». On est bien, pour chacun de ces personnages hauts en couleurs, dans des eaux qui rappellent nettement la noblesse : clarissimus, illustrissimus et ascendants irréprochables. Mais il est possible également que la simple mention du castrum suffise, dans l’esprit des auteurs, à en faire des nobiles viri ? Auquel cas, on rejoint la particularité des mentions du fonds de Moissac réservant aux seuls châtelains ce qualificatif.

    84Ces mentions sont-elles pour autant le signe de l’existence d’une conscience nobiliaire ? Indéniablement oui. Des valeurs communes traversent ces lignées mais la noblesse n’est pas encore un statut.

    Dominus, senior et En

    85Ces termes forment une série commune même si, à côté de cette familiarité linguistique, des divergences importantes les distinguant se signalent en Quercy et Toulousain. Le premier et, dans une moindre mesure, les deux suivants évoquent prioritairement Dieu et le Christ, puis, dans des proportions quatre fois moindres, des dignitaires ecclésiastiques de haut rang. Pour les laïcs restants, l’accès à chacun de ces mots semble assez réglementé.

    Ecclésiastiques

    Laïcs

    dominus

    91 %

    9 %

    domnus

    96 %

    4 %

    senior

    30 %

    70 %

    En

    21 %

    79 %

    Tableau 10. – Dominus, domnus, senior et En dans les actes.

    86Dominus est très faiblement usité pour désigner des laïcs. Ont été évidemment exclus rois et généreux aristocrates du Languedoc, du Rouergue ou de Gascogne. Avec eux, a disparu la totalité des références du XIe siècle : à une exception près de 1073, dominus ne désigne jamais un aristocrate local avant 1126, date dont on a vu qu’elle marquait la disparition du mot nobiles190. Avec eux également s’est évaporé l’essentiel des représentants de la gent masculine. Dominus subit un autre clivage que le tableau précédent ne permet pas de repérer et semble être le terme approprié pour désigner plutôt les femmes que les hommes de l’aristocratie ; ces derniers constituent moins d’un tiers de l’échantillon. Et c’est Seidonia, domina de Saint-Rustice, qui ouvre le bal en 1073191 dans la donation faite par At Inard (de Villemur) de l’église de Villebrumier cédée à Seidonia. Après elle, les femmes s’effacent longuement mais reviennent après 1110 et surtout 1130 avec des mentions régulières192 et surtout deux belles figures féminines, Sasneus et Miracla. Quant aux hommes, ils ne portent le titre que très rarement et certaines lignées, voire individus tel Arbert de Finhan, concentrent les mentions193. Ces trois derniers personnages incitent à suggérer que les scribes de Grandselve n’ont accordé ce titre exceptionnel dans la région qu’à des membres ou des descendants des familles vicomtales. Ainsi, Sasneus est nièce d’Arnaud-Gauzbert, vicomte de Verdun-Terride. Miracla est la petite-fille de Pierre, vicomte (de Caussade). Quant à Arbert de Finhan, de nombreux liens avec les Terride sont perceptibles à commencer par le nom donné à son fils, Arnaud-Gauzbert, qui partage le titre avec son père en 1153194 ; ce dernier accueille dans sa maison de Montauban Arnaud de Montaigut, fils du vicomte de Terride, qui y fait enregistrer un acte195.

    87À l’inverse de domina, les actes ne proposent pas d’équivalent féminin à domnus. Il est vrai que ce mot, croisé à plus de trois cents reprises dans les actes lorsqu’il est associé à un personnage, semble presque totalement dénié aux laïcs. Papes, évêques, abbés et exceptionnellement prieurs concentrent plus de 96 % des cas ; eux seuls ont droit à cette appellation dans tous les cartulaires locaux si ce n’est dans le fonds de Moissac. Les actes de cette abbaye offrent en effet la particularité d’accorder ce titre à des rois196, au comte Guillaume en 1073 à deux reprises et dans des contextes très particuliers197, ainsi qu’à Gauzbert de Castelnau198. Mais les rois ne sont-ils pas sacrés, le comte n’est-il pas détenteur d’une poussière de sacralité et Gauzbert de Castelnau n’a-t-il pas la charge d’abbé séculier de domnus se substituant ici au abbas nominatus habituel des chartes199 ?

    Hommes

    Femmes

    dominus-domina

    30 %

    70 %

    domnus-domna

    100 %

    -

    senior-seniora

    100 %

    -

    En-Na

    89 %

    11 %

    Tableau 11. – Dominus, domnus, senior et En et genre chez les laïcs.

    88Que retenir de cette première série de la taxinomie aristocratique ? Assurément, les moines répugnent à associer le mot dominus – habituellement dévolu à Dieu et au Christ – à des laïcs. Le constat est d’autant plus fort sans doute, qu’aucune mention n’est repérable avant le début de la réforme pour de simples laïcs. Un empereur, des rois avant 1050, autant dire des personnages placés très au-dessus des hommes en raison même du sacre qui les met, sur ce point, à égalité avec les évêques. Et quand s’ouvre la crise grégorienne qui initie la désacralisation des potentats locaux, la réticence des moines reste forte mais la pression aristocratique l’est tout autant. Alors on trouve un subterfuge qui va satisfaire tout le monde. Aux femmes, les ecclésiastiques daignent abandonner le terme dominus, puisque, féminisé, il n’autorise aucune confusion avec le Seigneur suprême. Aux hommes, qu’il faut distinguer, on attribue un autre mot, senior, également prestigieux puisqu’il renvoie aux sénateurs – mais en dehors des lettrés, qui en avait conscience ?

    89Si l’on exclut un acte de Moissac non daté avec précision, le terme senior n’apparaît qu’après 1059 pour désigner des laïcs contre 1053 pour des ecclésiastiques. Lorsque les textes le dévoilent, il ne s’applique là encore qu’à des membres de la haute aristocratie comtale, vicomtale et châtelaine. Ce qualificatif, directement associé à une ou plusieurs personnes, est toujours employé avec un possessif, signe d’une relation privilégiée entre le senior (ou les seniores) et l’acteur principal de l’acte200. Qui sont-ils ? Le comte, évidemment, revient à plusieurs reprises avec ce qualificatif que lui accordent l’abbé séculier Gauzbert ou encore l’évêque de Toulouse Isarn201. Les vicomtes sont également désignés par le terme senior : par un évêque202, des châtelains et d’autres aristocrates puissants203. L’abbé séculier – et le père de deux d’entre eux – font aussi partie de ce groupe illustre des seniores204. Des châtelains, enfin, sont porteurs de cette forme de désignation. On se situe bien dans le petit cercle fermé de la haute aristocratie locale jusque vers 1120. Les choses changent ensuite, certainement en étroite relation avec la féodalisation accrue de la société, et l’on voit des personnages de moindre envergure pouvant être qualifiés de senior205.

    90Appelée à un très bel avenir en Quercy et Toulousain, la particule honorifique « En » ou « An206 » et sa version féminine « Na » qui correspondent à la contraction de dominus-domina déjà enclenchée avec domnus, demeure assez peu fréquente avant 1170. Elle ne se rencontre – mais est-ce surprenant ? – que dans les actes en langue vernaculaire. Là encore, l’appellation est introduite en 1143 pour qualifier des ecclésiastiques et c’est le cartulaire de Vaour qui nous en présente les premiers exemples207. C’est en revanche une charte de Saint-Sernin qui offre la plus ancienne mention laïque avec une donation de 1148 effectuée par Porcel et Grimart de Castelmaurou dans laquelle intervient une Na Bona Filia208 : là encore, ce sont les femmes qui ouvrent la voie, suivies de près par Guillaume de Bruguières dans une charte du fonds de Malte de 1151209. Puis, de cette date à 1180, quelle que soit l’origine des actes, on dispose de plus de vingt exemples, dont seize postérieurs à 1170, pour désigner des femmes – parmi lesquelles deux vicomtesses et d’autres châtelaines – et des hommes de l’aristocratie210. L’usage en devient ensuite très courant.

    91Rapidement après l’apparition des premiers actes en langue vernaculaire, dès surtout que leur rédaction échappe aux seuls ecclésiastiques pour dépendre aussi de mains laïques – songeons à Ug Andreu –, et que leur conservation rend leur nombre moins indigent, les mentions explosent littéralement. Il y a donc une véritable distorsion entre ce que donnent à voir les actes en latin et ceux en occitan. Le latin semble incompatible avec certains usages sociaux et masque ainsi des pans entiers des relations sociales.

    Boni homines

    92Qualificatif exclusivement collectif, l’expression boni homines ou boni viri apparaît dans des expressions apparemment stéréotypées du type « in presentia multorum ». La plus ancienne mention remonte à 837211. Elles sont surtout présentes dans les actes entre l’an mil et 1100 avant, visiblement, de changer de sens. Plus particulièrement associés à des actes mettant fin à un conflit – mais pas uniquement – les boni homines apparaissent comme aidant à la prise de décision, assistant les conciliateurs212, voire Dieu213 à trouver une sage sentence214. Nous reviendrons plus tard sur leur fonction judiciaire.

    93Souvent, les chartes distinguent entre les boni homines laïques et ecclésiastiques215, manie qui relève davantage du scriptorium de Montauriol. Les actes moissagais, quant à eux, apportent régulièrement des précisions permettant de nous faire une idée du statut social de ces hommes : ainsi, tout en en étant distincts, ils sont mis sur un même plan que des milites vers 1070216, et même des nobiles en 1083 et 1101217. Ce sont manifestement les notables du pays et la puissance qui leur est reconnue tient aux propriétés qu’ils possèdent218. Parmi eux, des personnages connus comme Odalric219, Mir, de l’entourage de cette riche aristocrate du Montalbanais, Tassoendis220, ainsi qu’Hugues de Nazac ou encore Arnaud de Durfort221. Jusque vers 1050, ce sont bien des puissants qui s’intitulent de la sorte. Une inflexion semble s’opérer dans la seconde moitié du XIe siècle avec des individus moins prestigieux comme Ainard de la Jonquière ou encore Arnaud Guitard222 ; ce dernier toutefois appartient vraisemblablement à une famille de grands propriétaires terriens au Xe siècle qui a ensuite perdu de son prestige223. Une réelle rupture est enfin introduite vers 1120-1130 où les boni homines, plus régulièrement dénommés boni viri avant de devenir probi homines dans la seconde moitié du XIIe siècle, semblent d’un niveau social nettement inférieur à ce que proposaient les chartes jusque-là224.

    Miles

    94Les primates vel provinciales milites qui vendent, en 1073, à l’abbé Hunaud les dîmes de la paroisse Saint-Michel de Moissac pour une once d’or, cent soixante-six sous, quatre chevaux – accessoires de base du chevalier – et quelques pièces de terre, appartiennent bel et bien à l’aristocratie225. Mais à la différence des termes précédents, le mot miles semble à la fois polysémique et recouvrir des réalités fort diverses226. La double interrogation de Frédéric Boutoulle sur cette militia, « une ou plurielle ? Parure ou fonction227 ? », peut être reprise ici : le récit du Livre des miracles de sainte Foy rédigé avant 1020 qui présente les mésaventures de Raymond, ce châtelain du Toulousain en terre d’Islam, n’évoque-t-il pas, à propos de la chevalerie, une profession puis, à quelques lignes de là, un ordre228 ? Fonction, certes, mais qui semble être aussi parure dans les premiers temps de l’acception du terme en terres d’Oc : les récits hagiographiques cités ne reconnaissent, avant 1020, cette qualité de miles qu’à des membres de l’aristocratie châtelaine229 ; localement, outre Raymond qui vient d’être évoqué, Aldegaire, quidam miles, est châtelain de Penne, castrum hérité de sa grand-mère Doda, châtelaine de Castelnau (-Bretenoux)230.

    95Une fois de plus, les différents fonds laissent entrevoir des distorsions dans l’usage du mot en général et associé à un personnage en particulier. Autant Montauriol ne s’interdit pas de l’employer, surtout dans la seconde moitié du XIIe siècle il est vrai, autant Moissac semble réticente à le faire. Le recueil d’actes ne mentionne que vingt-deux fois le mot mais dans quinze cas, il apparaît dans des actes provenant de prieurés lointains, rouerguats, périgourdins, narbonnais, voire catalans. Et dans les exemples restants, la moitié concerne des règlements de litiges avec l’abbé séculier. Doit-on y déceler un aspect de la lutte âpre opposant, de 1073231 à 1130, l’abbaye à ceux que les actes nomment les « dits abbés séculiers chevaliers232 » ? C’est loin d’être certain même s’il n’y a aucun doute sur le fait que la militia laïque est perçue de façon particulièrement négative au sein de cette abbaye bénédictine, à l’extrême fin du XIe siècle233. Quant à Grandselve, une seule mention dans les 650 actes nous concernant mais chez les cisterciens, le fait de ne pas qualifier les aristocrates est une constante234.

    96Dès le début du XIe siècle, les actes font du cavalier une entité réelle du paysage social ; la seule évocation des chevaux, parfois de grand prix, que les aristocrates obtiennent régulièrement contre donations en est un signe probant235. Qui sont d’autre part ses satellites dont parle Gauzbert de Castelnau ? Quelle catégorie de personnes est désignée derrière l’expression militari potestate ? La pauvreté documentaire ne suffit pas à légitimer l’absence du mot miles des actes locaux de la pratique. Que penser, en effet, de la situation locale face aux 340 actes – sur 1878 – qui mentionnent 571 milites du comté de Rennes dès le début du XIe siècle236 ? On a bien affaire à un phénomène spécifiquement méridional237 : comme en Biterrois ou dans les pays de la Charente où les milites sont fort rares avant 1120238, la généralisation du vocable est tardive et suit un rythme assez proche de celui relevé par C. Amado où miles « commence à devenir usuel à partir de la fin du XIe siècle seulement, accompagnant la radicalisation de la féodalité239 ».

    97Le terme, en effet, se confond régulièrement, ici aussi, avec vassal. Au début du XIe siècle, le pape Jean adresse une lettre au comte (Sanche-) Guillaume dans laquelle il l’exhorte à faire plier son miles, le vicomte Arnaud Oddon, en l’obligeant à restituer deux églises situées en Lomagne à l’abbaye de Moissac240. Cet exemple, pris hors de la zone étudiée, témoigne clairement de la correspondance des deux mots dans les parages de l’abbaye quercinoise241. Mais on voit aussi que le vassal n’est pas n’importe qui. On retrouve cette même assimilation dans un acte de Montauriol postérieur de plus d’un siècle : le 14 mai 1140242, une assistance aristocratique nombreuse se presse dans l’enceinte monastique pour vendre des terrains convoités par l’abbaye243. Parmi les vingt-cinq vendeurs, plusieurs membres de la famille Tolvieu dont les trois principaux de l’acte, Bernard Raymond de Tolvieu, Raymond Amiel, son frère, et Pierre de Penne leur cousin, sont dits milites. Mais d’autres hommes portent aussi ce qualificatif et lorsque la notice rapproche les premiers des suivants, elles usent d’autres mots introduisant une réelle hiérarchie féodale, les plus humbles demeurent milites alors que les premiers gagnent le statut de domini244.

    98C’est également ce sens de vassal qui doit être retenu pour saisir les expressions associant le mot miles au nom d’un château245 tels ces milites castri de Caussade, de Penne ou de Cos246 ou encore n Borssacoll e’n Ramons Salvatge, els cavaers del castell de Bioule247. Et c’est aussi ce sens de vassal qui s’applique à tous ces petits chevaliers gravitant dans l’orbite de l’abbaye de Montauriol248. L’exemple le mieux documenté est celui de Bonet de Saint-Théodard. Le choix du complément anthroponymique est déjà en soi révélateur de l’attachement de Bonet à l’établissement monastique. Celui-ci est témoin de cinq actes passés entre 1108 et 1137 en faveur de l’abbaye avec la mention miles associée à son nom, ce qui est suffisamment rare pour être signalé249. Mais il est d’abord connu pour avoir subi les affres de l’excommunication avec d’autres aristocrates après s’être emparé de biens de Saint-Sernin de Toulouse250. Son fils, Bonet Sedaz, est également associé à l’abbaye de Montauriol tandis qu’Alazais, sa fille, fait plutôt un beau mariage en épousant Raino de Cos.

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    Figure 19. – Chevaliers et vassaux de l’abbaye Saint-Théodard.

    99On ne peut enfin ignorer cette charte de fiefs de chevaliers de Montauriol qui énumère personnellement une dizaine de chevaliers qui doivent rentes et services à l’abbé251 ; se reconnaître chevalier (de l’abbaye) dans les chartes et notices de Saint-Théodard implique évidemment de se reconnaître vassal de l’abbé. Ainsi, miles et vassal semblent associés très régulièrement.

    100Qu’on ne s’y trompe pas : l’expression quidam miles ne doit pas être assimilée à un marqueur sûr de la faible envergure du chevalier qu’elle désigne. De nombreux milites sont ainsi désignés dans le Livre des miracles de sainte Foy. C’est le cas d’Aldegaire, châtelain de Penne252 ; mais c’est aussi le cas de Ragenfred, quidam miles quercinois, qui occupe d’autre part des fonctions curiales à Toulouse et qui est à la tête d’une troupe de cinquante cavaliers253. Plus d’un siècle plus tard, presque tous les milites qui donnent un bien à Montauriol sont également désignés ainsi mais cette fois, la palette sociale s’est largement ouverte. Parmi eux se trouvent des personnages de rang châtelain. Voici Bernard Raymond de Tolvieu, au seuil de sa vie, qui se donne à l’abbaye de Saint-Théodard pour y devenir moine, ou encore son frère Raymond Amiel254. Amiel, leur frère, y est abbé depuis le début de l’année 1149. Tous trois appartiennent à une lignée de la haute aristocratie repérable depuis le milieu du Xe siècle. Voici à présent Jourdain Bonne-Vigne, autre aristocrate dont le centre de gravité se situe plutôt vers le gros castrum de Corbarieu situé le long du Tarn, en amont de Montauban. L’acte qui le désigne ainsi peut laisser supposer que ce personnage appartient plutôt aux franges inférieures de l’aristocratie. Lorsqu’il se présente à Montauriol vers 1170-1177, c’est pour doter sa mère acceptée comme moniale par l’abbé Amiel. Et la dot ne s’élève qu’à neuf deniers d’oublies perçus sur la terre de Moreiras255. Or, nous connaissons par ailleurs assez bien ce Jourdain, plutôt généreux au demeurant, que l’on croise dans presque tous les établissements religieux d’entre Garonne et Aveyron. Propriétaire foncier assez bien pourvu, il appartient à cette moyenne aristocratie locale. Voici enfin le miles Bernard Perer qui donne sa part des dîmes qu’il prélève à Bressols, soit le huitième de celles-ci256. Lui, sans doute, fait partie de cette chevalerie de niveau inférieur mais rien ne l’assure totalement. On le voit, l’expression quidam miles traverse toutes les strates de l’aristocratie locale.

    101S’il est un point sur lequel les sources n’apportent pas de franche certitude, c’est bien celui de la chevalerie. Comme en Bordelais, comme en Bas-Languedoc, les actes dévoilent des origines souvent très diverses, des situations encore plus variées des porteurs de ce titre. Et la documentation locale ne permet jamais d’entrevoir le moindre exemple de rituel d’entrée en chevalerie : point d’adoubement pas plus que de remise d’armes. Elle rend enfin vaine toute tentative de trancher sur la question de la fusion entre noblesse et chevalerie avant 1200.

    Conclusion

    102À partir de 1030 s’enclenche un processus qui introduit de nouveaux modes de dénominations dans les systèmes anthroponymiques. Au nom unique s’adjoignent essentiellement après 1070 de nouvelles formes de désignations dont la référence au père ou à l’ancêtre illustre ou encore au lieu de résidence du porteur. Néanmoins, tout ceci est loin d’être figé au moment où s’achève cette étude. Avec un léger décalage temporel, ces modifications atteignent l’anthroponymie féminine qui usent toutefois nettement moins de ces modes de désignation – à l’exception des veuves et des héritières – jusque vers 1160.

    103Du nom propre de l’illustre ancêtre à l’emploi de certains qualificatifs d’un usage ancien, tel nobilis, les lignées les plus prestigieuses disposaient d’une palette qui avait fait ses preuves depuis des générations. Assurément, ces simples modes de reconnaissance sociale ont suffit à ces familles qui ne vinrent aux nouveautés, non par défaut mais par imprégnation, que sur le long terme. La famille vicomtale de Toulousain-Bruniquel en est l’illustration la plus parlante. Dans les lignées locales, le goût pour une désignation intégrant l’ancrage territorial apparaît d’abord au sein de familles qui ont à se faire reconnaître. Et globalement, tout au long de la période, les qualificatifs divers autres que ceux relevant de l’anthroponymie n’ont pas eu beaucoup de prise sur les usages des aristocrates locaux. Sans doute que ce petit monde qui se connaît ne juge pas utile d’employer un arsenal de qualificatifs divers.

    104Assurément, « le nom est un destin257 ». Et la volonté d’intégrer des destinés familiales enviables a poussé certains hommes à s’emparer des noms de leurs alliés : la topolignée révèle sans doute encore plus fortement le poids du nom dans la société médiévale, mais aussi celui de l’emprise spatiale. Après 1130-1150 en effet, d’importantes perturbations viennent modifier les codes jusque-là respectés de dénomination. Ainsi, avant 1130, dans les familles châtelaines, un personnage nommé Arnaud Gauzbert a d’assez fortes chances d’avoir un père ou un grand-père nommé Gauzbert. Après cette date, il y a de plus en plus rarement adéquation parce que l’élément clé de la reconnaissance sociale n’est plus le nom de l’illustre ancêtre ; ce qui assume ce rôle à partir du second tiers du XIIe siècle, c’est la référence au castrum ou plus simplement la référence spatiale. Ce phénomène commence à être perceptible dès avant 1130 et se renforce après 1150-1170. C’est aussi le signe que cet espace est plus fortement polarisé par le castrum. Fondement du dominium aristocratique, le contrôle du territoire trouve sa transposition dans l’anthroponymie.

    Notes de bas de page

    1 CSS 58.

    2 Zimmermann [3] 304.

    3 L’unicité du nom ne veut pas nécessairement dire simplicité du système. Le Jan [119] 179-223.

    4 Bourin [5] 105-114.

    5 Morelle [5] 100.

    6 Débax [5] 296.

    7 CT 108.

    8 [22a] à [22e]. Zimmermann [3]. Amado [72] 14-29 et 264-293.

    9 Les cisterciens de Grandselve et de Belleperche mentionnent les fonctions de chacun des religieux, ce qui est loin d’être systématique dans les autres fonds.

    10 Ma démarche est également différente de celle de Mazel [146] 133.

    11 [29] 33-42 et Morsel, 95-99 qui préfère parler d’identification.

    12 BnF, Lat. no 5548. L’inventaire le date des XIIe et XIIIe siècle. La datation est celle proposée par Wollasch et alii 1982.

    13 NM. Morlet [153]. Wollasch et alii 1982.

    14 Il existe évidemment des écarts importants d’un nom à l’autre ; sur les neuf Escafred différents que présentent les nécrologes clunisiens, sept – soit 77,8 % – sont exclusivement mentionnés dans celui de Moissac ; pour Isarn, on atteint 62,5 %, 60 % pour Dimbert mais 53,8 % pour Matfred.

    15 Cursente [22a].

    16 Les perspectives sont différentes, peut-être, pour la phase antérieure comme cela a pu être étudié par Lauranson-Rosaz [109] 161-223, [41].

    17 Cursente [1] 43.

    18 Bourin [22a] 245.

    19 Jourdain de Rocafort ouvre la marche : RH 242. Jourdain est d’abord porté par des ecclésiastiques : dès 1107 par un abbé (RH 179) puis par un moine en 1109 (RH 191). Il se diffuse ensuite au sein de l’aristocratie. Jourdain Bonnes-Vignes obtient de Grandselve un prêt pour pouvoir partir en Terre Sainte.

    20 RH 183.

    21 Le décompte est réalisé à partir des généalogies dans Amado [71] 226-262.

    Image
    C’est la première mention qui sert à classer chronologiquement les individus (à l’exception de quelques cas aberrants de personnages ayant vécu au Xe siècle et dont la première mention est postérieure de plus d’un siècle). J’ai relevé toutes les occurrences de Pierre (Étienne n’est présent que dans deux lignages : les Servian et les Thézan. Jean est totalement absent). Le chiffre entre parenthèse indique les occurrences renvoyant à des oblats ou des ecclésiastiques qui n’ont pas été pris en compte dans le calcul de pourcentage par rapport au total des individus pas plus que les occurrences des nomina paterna. Comme pour le Quercy et le Toulousain, la césure de 1080 est perceptible mais elle ne devient très nette qu’après 1100.

    22 Plusieurs Seguin sont présents dans cet espace à commencer par le duc de Gascogne et comte de Bordeaux de 816 : Auzias [13] 93 ; Boutoulle [44].

    23 Des Aldegaire apparaissent dans plusieurs actes du cartulaire de Beaulieu dès la fin du IXe siècle ; par exemple CB 155.

    24 Sur Rainon, Belmon [19] 107-113. Gournay [81] 61-62.

    25 Pour Escafred et Odalric : Aurell [11] 38 et 44. Pour Escafred : Débax et Ponties 2006, 123 ; Debax [60]. Pour Mir : Aurell [11] 48 et Amado [71] 271.

    26 Amado [71] 263 montre que cette explication, qui a pu jouer, demeure insuffisante.

    27 [22a] et [22d]. Voir aussi Bourin [1] 188. Cursente [1] 51-54.

    28 Billore [31] 85-86.

    29 Débax [57] 56-57.

    30 Je reprends la typologie proposée par le groupe d’Azay-le-Ferron [22a]. On verra ce qu’il en est des modes de dénomination des femmes. Le choix a également été fait de consacrer le second volet de ce chapitre à la dénomination « professionnelle » et sociale qui est donc traitée à part.

    31 CT 479.

    32 Débax [57] 133-134.

    33 CG, f° 176 v°.

    34 CV 1, 2,5, 7 86.

    35 Wolff [3].

    36 CST, f° 108 v° (1113/37) et RH 244 : il s’agit du même personnage.

    37 CV 17.

    38 CST, f° 111 (1140). On note le poids de la pilosité dans ce castrum de Penne.

    39 CST, f° 111 pour les parents et certains enfants sans surnom ; pour les mentions, dans cette famille, du sobriquet Restol (ou Rastoil, ou Restoilhs) : DOAT 76, f° 353 (1165), CST f° 130 (1170), CG, f° 58 v° (1176), etc.

    40 CG, f° 118 (1164). Le processus est inverse à celui qui conduit à l’adoption du nom d’un personnage pour désigner un château et, partant, un village. Ainsi, ce Giron, dominus du Rennais qui donne son nom à Châteaugiron : Brand’Honneur [45] 57.

    41 Il s’agit néanmoins de deux phénomènes différents. L’attribution d’une référence topographique au titre vicomtal était signe d’une castellisation de la fonction [69].

    42 LMSF, IV-8.

    43 RH 42, 46, etc.

    44 RH 51.

    45 RH 68.

    46 HGL, V, col. 753.

    47 Hautefeuille [89] 1571-1577.

    48 RH 143.

    49 Et encore, cette affirmation nécessite d’être largement nuancée. Le seul exemple des Verdun-Terride témoigne de la complexité des modes de désignation au sein de cette puissante famille vicomtale. Mousnier 2008.

    50 CG, f° 6 v°.

    51 CG, f° 47 v°.

    52 CG, f° 100. On voit dès lors comment, pour éviter l’homonymie entre le père et l’un de ses fils, le nom double disparaît alors qu’est conservée la référence toponymique. Or, depuis 1101 au moins, des Arnaud Guitard se sont succédé sur trois générations.

    53 Mousnier [160] 190.

    54 Hautefeuille [89] 2006. Lartigaut [103]. Alauzier [4].

    55 CGP, 32.

    56 CST, f° 141.

    57 CT 42, 43 et 477, CG, f° 123 (1164).

    58 DOAT 90, f° 72.

    59 Un premier travail sur les femmes fut présenté dans un colloque sur le genre. Panfili [23]. Pour répondre à la problématique choisie, seuls les actes de Moissac et de Montauriol avaient été utilisés.

    60 RH 130.

    61 Nigoul [22c] 134.

    62 Amado [19] 141 et [71] 286 ; Bourin [22c] 152.

    63 Données numériques très proches pour le cartulaire de Gimont. Mousnier [18] 69.

    64 Il n’a pas semblé opportun de proposer de tableaux statistiques de noms dominants en raison du faible nombre de mentions de femmes avant 1130.

    65 [22c]. Guyotjeannin [1].

    66 Guyotjeannin [1] 389.

    67 RI3 : si l’on se place vers 1240, les choses ne changent guère.

    68 CST, f° 111 (1140).

    69 CSS 170, 314.

    70 CG, f° 51 (1174).

    71 CG, f° 123 v° (1164).

    72 CST, f° 13 v° (1160-1169).

    73 CG, f° 169 v° (1184).

    74 HGL, VIII, no 119-3.

    75 CST, f° 19 v° (1149-1155).

    76 CSS 11.

    77 Un acte parmi d’autres : CSS 243.

    78 Et ce, souvent, dès la partie principale seconde.

    79 Aurell [8] 10-11.

    80 To Figueras [1] 428.

    81 RH 128.

    82 RH 228.

    83 Bourin [22c] 155.

    84 Aurell [8] 22-23.

    85 Lemesle [121] 111-145 : pour quinze lignées avant 1150, on ignore le nom de la plupart des épouses et leur parenté n’est décelable que dans six cas.

    86 CG, f° 28 (1166). Plusieurs actes de ce folio la mentionnent.

    87 CST, f° 13.

    88 RH 233.

    89 CST, f° 111 (1140).

    90 CST, f° 15.

    91 CG, f° 25 v° (1165).

    92 CG, f° 107 v°, f° 132.

    93 RH 297. En 1107, un ancêtre d’Audiartz, Raymond de la Vergne, donne ce qu’il prélève sur l’église de Bioule sur le conseil de sa mère Aldiarda : RH 178.

    94 FM 182, no 5.

    95 CV 80.

    96 CV 96.

    97 DOAT 78, f° 97.

    98 Amado [71] 286 n’a relevé que six exemples de nobles femmes portant le surnom du castrum d’origine.

    99 [22d]. Pour le Languedoc, Bourin [22d] 197. Pour la Gascogne toulousaine, Mousnier [18] 155-170.

    100 CSS 43.

    101 CG, f° 176 v° (1188).

    102 CST, f° 102 v°.

    103 RH 68.

    104 To Figueras [1] 427-428.

    105 Mousnier [18] 166.

    106 CG, f° 7 v° (1156).

    107 CST, f° 56.

    108 Amado [71] 287.

    109 HGL, V, col. 240-250.

    110 CST, f° 40.

    111 Billore [31] 84.

    112 RH 59.

    113 CT 87.

    114 RH 281.

    115 CG, f° 175 v°.

    116 CG, f° 176 r °.

    117 Tous les vicomtes locaux y ont possédé des biens à la différence de celle de Lasalle. Est-ce un ancien fisc ? Panfili [69].

    118 Cette fille épouse Arnaud Elie de Cabaldos. Le petit castrum éponyme se situe à quelques kilomètres au sud-est de Castelnau.

    119 Son petit-fils Pons Guillaume de Castelnau est le dernier représentant de la lignée.

    120 CSS 549, 143 ; Léonard 2.

    121 Guerreau-Jalabert [87], [12] 313.

    122 Morsel [155] 137-142.

    123 CG, f° 7 v°.

    124 On pourrait ajouter celui de nommer : Cursente [24].

    125 Seules les mentions accolées à un nom de personne ou à un groupe de noms sont prises en compte dans cette analyse puisqu’il s’agit bien ici d’éléments d’identification personnelle, ce qui explique aussi la faiblesse du corpus.

    126 CST, f° 42 (1003/31) ; RH 41.

    127 RH 40b.

    128 RH 65.

    129 RH 138.

    130 Debax [57] 56-57.

    131 Ibid. Gournay [81] 421.

    132 RH 272.

    133 AN, J 322, no 93.

    134 AN, J 317, no 1.

    135 Pour une analyse plus précise des titulatures vicomtales, Panfili [69].

    136 CB 48 : Frotard, vicomte de Quercy, et son épouse Adalberga, donnent un bien à l’abbaye avec l’accord de leur seigneur le comte Raymond. La mention du territoire sur lequel le vicomte exerce sa charge s’explique sans doute par deux éléments : Beaulieu se situe en Limousin et non en Quercy ; on est au début de la « guerre de succession d’Auvergne » et cette indication spatiale a aussi une forte résonance revendicative.

    137 CG, f° 175 (1180).

    138 Un exemple parmi d’autres : CT 476.

    139 HGL, V, col. 240-250.

    140 CT 108.

    141 CT 42, 43, 477.

    142 Macé [131] 41-43.

    143 Ibid., 127-128, mentionne des aristocrates locaux qui occuperont la charge de sénéchal : Arnaud de Villemur pour le Toulousain en 1219 et Pons Grimoard de Castelsarrasin pour le Quercy en 1234.

    144 Le contrat de paréage dressé à l’occasion de la fondation du castelnau de Grisolles en 1155 prévoit l’existence de deux bailes et deux viguiers. Les compétences de ces personnages semblent dissociées assez nettement : CSS 106.

    145 Amado [71] 206. Debax [57] 318-319. Mace [131] 128-133. Dans cet espace, les mentions sont repérables après 1150.

    146 Ainsi, ce Raimundus Vicarius [CSS 299], ce Garsios Bajulus [CG, f° 59 v° (1176)], ce Stephanus Bajulus [CG, f° 69 v° (1179), f° 158 v° (1180), f° 171 r° (1188)] ou enfin ce Johans Veguers [CST, f° 138 (1181)]. J’opterais volontiers dans ces cas pour un élément de dénomination, mais rien ne permet d’exclure totalement leur rôle potentiel de baile/viguier.

    147 RH 76.

    148 RH 101.

    149 RH 221.

    150 Cv 42.

    151 CV 99.

    152 RH 59.

    153 RH 152, 172, 175, 176, 178, etc. Dernière mention : RH 264.

    154 RH 79.

    155 CV 1.

    156 RH 164.

    157 RH 162.

    158 CSS 142.

    159 CG, f° 179.

    160 CG, f° 93 v°.

    161 Hasard ou pas, Debax [57] 319 s’interroge sur les bailes des Trencavel qui ont aussi des surnoms d’origine ethnique.

    162 Tous les personnages de la figure suivante, à l’exception d’Étienne Gasc, interviennent dans des donations de biens situés au nord de Castelginest. Guillaume Gasc est présent dans sept actes du cartulaire de Saint-Sernin. Le rattachement de Raymond à la généalogie des Gasc tient à la proximité géographique des biens détenus.

    163 CSS 110.

    164 CSS 297.

    165 Il a le projet de fonder un castrum en Gascogne en paréage avec le vicomte Armand de Verdun : Mousnier [157] 173.

    166 CG, f° 128.

    167 CG, f° 111 (1162), f° 112 (1162), f° 112 v° (1162), etc.

    168 CSS 124, 271.

    169 À moins qu’il faille intégrer dans cette catégorie les Bernard Sirventz, Hugues Sirventz et autre Pierre Sirventz, écuyers, serviteurs, préleveurs du sirventage ou enfin poètes ?

    170 CSS 687.

    171 RH 41, 40b, 62, 93.

    172 Amado [71] 75-78 et 302-303 ne dispose pour la période 1010-1100 que de quinze occurrences de nobilis et de moins pour miles.

    173 Ibid.-, 53-54.

    174 RH 40b.

    175 RH 65.

    176 RH 68.

    177 RH 75.

    178 RH 99b.

    179 RH 122 : les signa des cinq premiers aristocrates qui suivent ceux des deux vicomtes renvoient du côté du castrum de Penne, distant de moins de 3 km de la donation.

    180 RH 164, 62.

    181 RH 173.

    182 RH 225.

    183 RH 109, 115, 123, 141, 143 : les Narcès, les Aigrefeuille, les Lolmie, les Saint-Geniès, les Rozet, les Percepoitrine, les Perges, les Sainte-Artémie, les Boisse.

    184 RH 170, 173 : les prolifiques Lalande, les Carcers et les Favols.

    185 RH 162, 228.

    186 LMSF, I-11. Doda est mentionnée en 975 : CB 75.

    187 LMSF, III-16, où le mari est qualifié de dominus.

    188 LMSF, II-2 : entre 994 à 1009.

    189 LMSF, IV-8 : vers 1040. Quant à l’expression vir illustrissimus accolée à Gauzbert, elle le placerait à un niveau identique, voire supérieure – mais l’emphase des auteurs de Conques est connue – à Arnaud, futur comte de Carcassonne, qualifié de vir illuster dans un acte de l’abbaye de Lézat. CL 223.

    190 RH 226 : Gandalou.

    191 RH 86.

    192 RH 283 ; CST, f° 20 (1149/77), f° 111 (1140), etc. ; CG, f° 93 v° (1189), f° 10 (1188), etc. ; CSS 20, 43, 111, etc.

    193 Parmi les mentions, les Gandalou : RH 226 ; les Tolvieu, CST, f° 111 (1140) ; les Valségur : CSS 355, 365bis, 319, 395 ; lié au précédent, Grimart de Castelmaurou : CSS 319, 408 ; enfin, Arbert de Finhan apparaît trois fois avec le titre de dominus dans le cartulaire de Grandselve : CG, f° 62 v° (1177), f° 92 (1185) et son fils Arnaud Gauzbert CG, f° 182 v° (1153).

    194 CG, f° 182 v° (1153).

    195 FM 182-1, no 6 (1189).

    196 Sept occurrences dont quatre antérieures à 910.

    197 RH 92, 93.

    198 RH 32. Il s’agit d’un acte original ; le terme employé est bien domnus.

    199 À partir de 1125, tout semble s’affoler dans les actes de Moissac, les autres établissements religieux ne semblant pas concernés par cette évolution. D’une part, un laïc, Raymond Arnaud de Piquecos, porte cette titulature [RH 220]. D’autre part, toute fonction au sein de l’abbaye offre la possibilité à son détenteur d’être qualifié de domnus alors que le titre était strictement réservé à l’abbé jusque-là : ainsi, par ordre chronologique, un simple moine [RH 225], deux responsables de l’œuvre de Moissac [RH 226, 269], un cellérier [RH 241], un obédiencier [RH 283].

    200 Cet aspect sera repris dans le chapitre consacré à l’alliance féodale.

    201 RH 68, 92.

    202 CSS133.

    203 RH 62a, 178, 62b.

    204 RH 57, 62a.

    205 CSS 40, 25.

    206 Exemples d’usage dans des actes inédits. Pour « En » : FM 182, no 4 (1178/79). Pour l’emploi de « An », un seul cas repéré : AN, J 322, no 93 [vers 1180].

    207 CV 1, 9, 13, 18, etc.

    208 CSS 314.

    209 FM 281, no 1. Guillaume de Bruguières est, vers 1150, l’un des aristocrates les plus en vue du Toulousain : présent dans les premiers actes de la commune de Toulouse, il appartient à l’entourage comtal et son fils a pour parrain le comte Raymond V.

    210 Dans le cartulaire de Vaour, ce sont les femmes, comme pour dominus, qui ouvrent la voie avec Mandina, épouse d’Audiguier de Penne, puis Audiardz, veuve d’Armand de Penne. Elles sont talonnées de peu toutefois par les hommes avec une première mention en octobre 1175 ; d’autres suivent pour devenir systématiques, ou presque, dès 1177 : CV 12, 16, 19, 21, 27 à 30, etc. Pour les autres fonds : FM 297, no 1, 2, etc., BRUNEL 95, 105, 119, etc., AN, J 322, no 93, etc.

    211 RH 4.

    212 CST, f° 40 [998-1031].

    213 CST, f° 67 [vers 1030].

    214 RH 119.

    215 CST, f° 37 [998-1031], f° 39 [1031/38], etc. RH 46.

    216 RH 74.

    217 RH 123, 162.

    218 Ourliac [168] 37.

    219 CST, f° 88 [vers 990-1000].

    220 CST, f° 67 [vers 1030].

    221 RH 46.

    222 RH 162.

    223 Voir Guitard dans les annexes disponibles sur le site internet de l’éditeur.

    224 RH 232. CSS 132, 362, 438, 690.

    225 RH 89.

    226 C’est cette polysémie (et son assimilation à vassus) qui m’a conduit à placer l’étude de ce mot à cet endroit. Les débats sur les origines de la chevalerie, sa diversité, sa place dans la noblesse ou encore son ouverture à des hommes de condition plus modeste opposent parfois radicalement les médiévistes. Parmi les ouvrages très récents, Barthelemy [17].

    227 Boutoulle [44] 154.

    228 LMSF, II-2 : alors qu’il tente de se faire passer pour agriculteur quand on l’interroge sur sa profession, ses ravisseurs s’aperçoivent rapidement qu’il maîtrise l’art du combat (militie artes) et l’intègrent à l’ordre militaire.

    229 Bonnassie [36] 470-471. Même constat chez Amado [71] 302, qui note que miles semble s’être substitué à nobilis et « distingue un grand personnage ».

    230 LMSF, I-11.

    231 Sur les conflits entre Moissac et les abbés séculiers, Panfili [172].

    232 RH 232, 242.

    233 RH 143.

    234 Même constat pour l’abbaye de Gimont.

    235 BNF Lat. 12829, p. 2-3 (1084) : en échange du don d’un bien contesté, Guillaume d’Esmes, qui n’est jamais qualifié de miles mais de senior, obtient un cheval, une cuirasse et dix sous ainsi qu’une place dans le monastère. Or, la cuirasse est l’arme qui semble prévaloir dans l’équipement du miles : Van Luyn [202] 25.

    236 Brand’Honneur [45] 140-141.

    237 Il faut sans doute aussi faire un parallèle entre abondance/rareté de l’emploi du mot miles et de l’usage des sobriquets dans la dénomination des individus. L’un comme l’autre de ces deux types de désignation sont assez fréquents dans l’ouest français à la différence de ce qui a été observé dans le sud. Bourin [22d] 221 propose d’y voir un « écrit qui “colle” plus à la réalité » dans le nord que dans les régions méridionales. J’y verrai aussi une certaine volonté, chez les scribes méridionaux, d’aller à l’essentiel, sans gloser.

    238 Bourin [41] 127-128. Debord [62] 234.

    239 Amado [71] 302.

    240 RH41. L’éditeur fait du comte Guillaume un comte de Toulouse. Il s’agit évidemment du comte de Gascogne Sanche-Guillaume (1010-1032) : Mussot-Goulard [164] 169-174.

    241 Ce premier acte remet d’emblée en cause les propos de Van Luyn [202] 14 qui rejette le sens vassalique du mot miles. Bonnassie [36] 469 et Debax [57] 190-192 confirment bien tout deux ce sens.

    242 CST, f° 111.

    243 Espace choisi par le comte Alphonse pour implanter la ville nouvelle de Montauban en 1149.

    244 CST, f° 111 : où les domini sont Bernard Raymond de Tolvieu, Raymond Amiel et Pierre de Penne et où le terme milites désigne des subordonnés comme Arnaud Pelfort ou Hugues del Pis.

    245 Débax [57] 190-192.

    246 À vrai dire, jamais les actes ne mentionnent de milites castri mais des milites de tel castrum. Pour Caussade : RH 164 dans une donation par Raymond, vicomte, des églises Notre-Dame et Saint-Ouen de Caussade. On est bien ici en présence d’un acte révélant indirectement l’auxilium et le consilium dus par le vassal à son seigneur. Pour Penne : CT 507 où seigneurs et chevaliers ont prêté serment à Isarn, vicomte (de Saint-Antonin). Mais on sort du cadre de cette étude puisque le mot miles n’est pas associé à des personnages précis. Pour Cos : CSS 341.

    247 RH 297.

    248 Exemples très nombreux pour le XIIe siècle : CST, f° 48 v° [1108/37], f° 103 v° (1140), f° 106 v° (1134), etc.

    249 CST, f° 48 v°, f° 106 v°, f° 109 v°, f° 132 v°, f° 144 v°. Lorsque Bonet de Saint-Théodard est témoin mais que la référence à miles n’apparaît pas, l’acte n’est pas pris en compte.

    250 CSS 282, 283.

    251 CST, f° 125 [XIIe siècle].

    252 LMSF, I-11.

    253 LMSF, III-14 ; chiffre exagéré.

    254 CST, f° 7 [1149/54], f° 14 [1170/77], f° 698 v° (1148).

    255 CST, f° 20.

    256 CST, f° 22 v° [1174].

    257 Amado [71] 263.

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    1 CSS 58.

    2 Zimmermann [3] 304.

    3 L’unicité du nom ne veut pas nécessairement dire simplicité du système. Le Jan [119] 179-223.

    4 Bourin [5] 105-114.

    5 Morelle [5] 100.

    6 Débax [5] 296.

    7 CT 108.

    8 [22a] à [22e]. Zimmermann [3]. Amado [72] 14-29 et 264-293.

    9 Les cisterciens de Grandselve et de Belleperche mentionnent les fonctions de chacun des religieux, ce qui est loin d’être systématique dans les autres fonds.

    10 Ma démarche est également différente de celle de Mazel [146] 133.

    11 [29] 33-42 et Morsel, 95-99 qui préfère parler d’identification.

    12 BnF, Lat. no 5548. L’inventaire le date des XIIe et XIIIe siècle. La datation est celle proposée par Wollasch et alii 1982.

    13 NM. Morlet [153]. Wollasch et alii 1982.

    14 Il existe évidemment des écarts importants d’un nom à l’autre ; sur les neuf Escafred différents que présentent les nécrologes clunisiens, sept – soit 77,8 % – sont exclusivement mentionnés dans celui de Moissac ; pour Isarn, on atteint 62,5 %, 60 % pour Dimbert mais 53,8 % pour Matfred.

    15 Cursente [22a].

    16 Les perspectives sont différentes, peut-être, pour la phase antérieure comme cela a pu être étudié par Lauranson-Rosaz [109] 161-223, [41].

    17 Cursente [1] 43.

    18 Bourin [22a] 245.

    19 Jourdain de Rocafort ouvre la marche : RH 242. Jourdain est d’abord porté par des ecclésiastiques : dès 1107 par un abbé (RH 179) puis par un moine en 1109 (RH 191). Il se diffuse ensuite au sein de l’aristocratie. Jourdain Bonnes-Vignes obtient de Grandselve un prêt pour pouvoir partir en Terre Sainte.

    20 RH 183.

    21 Le décompte est réalisé à partir des généalogies dans Amado [71] 226-262.

    Image
    C’est la première mention qui sert à classer chronologiquement les individus (à l’exception de quelques cas aberrants de personnages ayant vécu au Xe siècle et dont la première mention est postérieure de plus d’un siècle). J’ai relevé toutes les occurrences de Pierre (Étienne n’est présent que dans deux lignages : les Servian et les Thézan. Jean est totalement absent). Le chiffre entre parenthèse indique les occurrences renvoyant à des oblats ou des ecclésiastiques qui n’ont pas été pris en compte dans le calcul de pourcentage par rapport au total des individus pas plus que les occurrences des nomina paterna. Comme pour le Quercy et le Toulousain, la césure de 1080 est perceptible mais elle ne devient très nette qu’après 1100.

    22 Plusieurs Seguin sont présents dans cet espace à commencer par le duc de Gascogne et comte de Bordeaux de 816 : Auzias [13] 93 ; Boutoulle [44].

    23 Des Aldegaire apparaissent dans plusieurs actes du cartulaire de Beaulieu dès la fin du IXe siècle ; par exemple CB 155.

    24 Sur Rainon, Belmon [19] 107-113. Gournay [81] 61-62.

    25 Pour Escafred et Odalric : Aurell [11] 38 et 44. Pour Escafred : Débax et Ponties 2006, 123 ; Debax [60]. Pour Mir : Aurell [11] 48 et Amado [71] 271.

    26 Amado [71] 263 montre que cette explication, qui a pu jouer, demeure insuffisante.

    27 [22a] et [22d]. Voir aussi Bourin [1] 188. Cursente [1] 51-54.

    28 Billore [31] 85-86.

    29 Débax [57] 56-57.

    30 Je reprends la typologie proposée par le groupe d’Azay-le-Ferron [22a]. On verra ce qu’il en est des modes de dénomination des femmes. Le choix a également été fait de consacrer le second volet de ce chapitre à la dénomination « professionnelle » et sociale qui est donc traitée à part.

    31 CT 479.

    32 Débax [57] 133-134.

    33 CG, f° 176 v°.

    34 CV 1, 2,5, 7 86.

    35 Wolff [3].

    36 CST, f° 108 v° (1113/37) et RH 244 : il s’agit du même personnage.

    37 CV 17.

    38 CST, f° 111 (1140). On note le poids de la pilosité dans ce castrum de Penne.

    39 CST, f° 111 pour les parents et certains enfants sans surnom ; pour les mentions, dans cette famille, du sobriquet Restol (ou Rastoil, ou Restoilhs) : DOAT 76, f° 353 (1165), CST f° 130 (1170), CG, f° 58 v° (1176), etc.

    40 CG, f° 118 (1164). Le processus est inverse à celui qui conduit à l’adoption du nom d’un personnage pour désigner un château et, partant, un village. Ainsi, ce Giron, dominus du Rennais qui donne son nom à Châteaugiron : Brand’Honneur [45] 57.

    41 Il s’agit néanmoins de deux phénomènes différents. L’attribution d’une référence topographique au titre vicomtal était signe d’une castellisation de la fonction [69].

    42 LMSF, IV-8.

    43 RH 42, 46, etc.

    44 RH 51.

    45 RH 68.

    46 HGL, V, col. 753.

    47 Hautefeuille [89] 1571-1577.

    48 RH 143.

    49 Et encore, cette affirmation nécessite d’être largement nuancée. Le seul exemple des Verdun-Terride témoigne de la complexité des modes de désignation au sein de cette puissante famille vicomtale. Mousnier 2008.

    50 CG, f° 6 v°.

    51 CG, f° 47 v°.

    52 CG, f° 100. On voit dès lors comment, pour éviter l’homonymie entre le père et l’un de ses fils, le nom double disparaît alors qu’est conservée la référence toponymique. Or, depuis 1101 au moins, des Arnaud Guitard se sont succédé sur trois générations.

    53 Mousnier [160] 190.

    54 Hautefeuille [89] 2006. Lartigaut [103]. Alauzier [4].

    55 CGP, 32.

    56 CST, f° 141.

    57 CT 42, 43 et 477, CG, f° 123 (1164).

    58 DOAT 90, f° 72.

    59 Un premier travail sur les femmes fut présenté dans un colloque sur le genre. Panfili [23]. Pour répondre à la problématique choisie, seuls les actes de Moissac et de Montauriol avaient été utilisés.

    60 RH 130.

    61 Nigoul [22c] 134.

    62 Amado [19] 141 et [71] 286 ; Bourin [22c] 152.

    63 Données numériques très proches pour le cartulaire de Gimont. Mousnier [18] 69.

    64 Il n’a pas semblé opportun de proposer de tableaux statistiques de noms dominants en raison du faible nombre de mentions de femmes avant 1130.

    65 [22c]. Guyotjeannin [1].

    66 Guyotjeannin [1] 389.

    67 RI3 : si l’on se place vers 1240, les choses ne changent guère.

    68 CST, f° 111 (1140).

    69 CSS 170, 314.

    70 CG, f° 51 (1174).

    71 CG, f° 123 v° (1164).

    72 CST, f° 13 v° (1160-1169).

    73 CG, f° 169 v° (1184).

    74 HGL, VIII, no 119-3.

    75 CST, f° 19 v° (1149-1155).

    76 CSS 11.

    77 Un acte parmi d’autres : CSS 243.

    78 Et ce, souvent, dès la partie principale seconde.

    79 Aurell [8] 10-11.

    80 To Figueras [1] 428.

    81 RH 128.

    82 RH 228.

    83 Bourin [22c] 155.

    84 Aurell [8] 22-23.

    85 Lemesle [121] 111-145 : pour quinze lignées avant 1150, on ignore le nom de la plupart des épouses et leur parenté n’est décelable que dans six cas.

    86 CG, f° 28 (1166). Plusieurs actes de ce folio la mentionnent.

    87 CST, f° 13.

    88 RH 233.

    89 CST, f° 111 (1140).

    90 CST, f° 15.

    91 CG, f° 25 v° (1165).

    92 CG, f° 107 v°, f° 132.

    93 RH 297. En 1107, un ancêtre d’Audiartz, Raymond de la Vergne, donne ce qu’il prélève sur l’église de Bioule sur le conseil de sa mère Aldiarda : RH 178.

    94 FM 182, no 5.

    95 CV 80.

    96 CV 96.

    97 DOAT 78, f° 97.

    98 Amado [71] 286 n’a relevé que six exemples de nobles femmes portant le surnom du castrum d’origine.

    99 [22d]. Pour le Languedoc, Bourin [22d] 197. Pour la Gascogne toulousaine, Mousnier [18] 155-170.

    100 CSS 43.

    101 CG, f° 176 v° (1188).

    102 CST, f° 102 v°.

    103 RH 68.

    104 To Figueras [1] 427-428.

    105 Mousnier [18] 166.

    106 CG, f° 7 v° (1156).

    107 CST, f° 56.

    108 Amado [71] 287.

    109 HGL, V, col. 240-250.

    110 CST, f° 40.

    111 Billore [31] 84.

    112 RH 59.

    113 CT 87.

    114 RH 281.

    115 CG, f° 175 v°.

    116 CG, f° 176 r °.

    117 Tous les vicomtes locaux y ont possédé des biens à la différence de celle de Lasalle. Est-ce un ancien fisc ? Panfili [69].

    118 Cette fille épouse Arnaud Elie de Cabaldos. Le petit castrum éponyme se situe à quelques kilomètres au sud-est de Castelnau.

    119 Son petit-fils Pons Guillaume de Castelnau est le dernier représentant de la lignée.

    120 CSS 549, 143 ; Léonard 2.

    121 Guerreau-Jalabert [87], [12] 313.

    122 Morsel [155] 137-142.

    123 CG, f° 7 v°.

    124 On pourrait ajouter celui de nommer : Cursente [24].

    125 Seules les mentions accolées à un nom de personne ou à un groupe de noms sont prises en compte dans cette analyse puisqu’il s’agit bien ici d’éléments d’identification personnelle, ce qui explique aussi la faiblesse du corpus.

    126 CST, f° 42 (1003/31) ; RH 41.

    127 RH 40b.

    128 RH 65.

    129 RH 138.

    130 Debax [57] 56-57.

    131 Ibid. Gournay [81] 421.

    132 RH 272.

    133 AN, J 322, no 93.

    134 AN, J 317, no 1.

    135 Pour une analyse plus précise des titulatures vicomtales, Panfili [69].

    136 CB 48 : Frotard, vicomte de Quercy, et son épouse Adalberga, donnent un bien à l’abbaye avec l’accord de leur seigneur le comte Raymond. La mention du territoire sur lequel le vicomte exerce sa charge s’explique sans doute par deux éléments : Beaulieu se situe en Limousin et non en Quercy ; on est au début de la « guerre de succession d’Auvergne » et cette indication spatiale a aussi une forte résonance revendicative.

    137 CG, f° 175 (1180).

    138 Un exemple parmi d’autres : CT 476.

    139 HGL, V, col. 240-250.

    140 CT 108.

    141 CT 42, 43, 477.

    142 Macé [131] 41-43.

    143 Ibid., 127-128, mentionne des aristocrates locaux qui occuperont la charge de sénéchal : Arnaud de Villemur pour le Toulousain en 1219 et Pons Grimoard de Castelsarrasin pour le Quercy en 1234.

    144 Le contrat de paréage dressé à l’occasion de la fondation du castelnau de Grisolles en 1155 prévoit l’existence de deux bailes et deux viguiers. Les compétences de ces personnages semblent dissociées assez nettement : CSS 106.

    145 Amado [71] 206. Debax [57] 318-319. Mace [131] 128-133. Dans cet espace, les mentions sont repérables après 1150.

    146 Ainsi, ce Raimundus Vicarius [CSS 299], ce Garsios Bajulus [CG, f° 59 v° (1176)], ce Stephanus Bajulus [CG, f° 69 v° (1179), f° 158 v° (1180), f° 171 r° (1188)] ou enfin ce Johans Veguers [CST, f° 138 (1181)]. J’opterais volontiers dans ces cas pour un élément de dénomination, mais rien ne permet d’exclure totalement leur rôle potentiel de baile/viguier.

    147 RH 76.

    148 RH 101.

    149 RH 221.

    150 Cv 42.

    151 CV 99.

    152 RH 59.

    153 RH 152, 172, 175, 176, 178, etc. Dernière mention : RH 264.

    154 RH 79.

    155 CV 1.

    156 RH 164.

    157 RH 162.

    158 CSS 142.

    159 CG, f° 179.

    160 CG, f° 93 v°.

    161 Hasard ou pas, Debax [57] 319 s’interroge sur les bailes des Trencavel qui ont aussi des surnoms d’origine ethnique.

    162 Tous les personnages de la figure suivante, à l’exception d’Étienne Gasc, interviennent dans des donations de biens situés au nord de Castelginest. Guillaume Gasc est présent dans sept actes du cartulaire de Saint-Sernin. Le rattachement de Raymond à la généalogie des Gasc tient à la proximité géographique des biens détenus.

    163 CSS 110.

    164 CSS 297.

    165 Il a le projet de fonder un castrum en Gascogne en paréage avec le vicomte Armand de Verdun : Mousnier [157] 173.

    166 CG, f° 128.

    167 CG, f° 111 (1162), f° 112 (1162), f° 112 v° (1162), etc.

    168 CSS 124, 271.

    169 À moins qu’il faille intégrer dans cette catégorie les Bernard Sirventz, Hugues Sirventz et autre Pierre Sirventz, écuyers, serviteurs, préleveurs du sirventage ou enfin poètes ?

    170 CSS 687.

    171 RH 41, 40b, 62, 93.

    172 Amado [71] 75-78 et 302-303 ne dispose pour la période 1010-1100 que de quinze occurrences de nobilis et de moins pour miles.

    173 Ibid.-, 53-54.

    174 RH 40b.

    175 RH 65.

    176 RH 68.

    177 RH 75.

    178 RH 99b.

    179 RH 122 : les signa des cinq premiers aristocrates qui suivent ceux des deux vicomtes renvoient du côté du castrum de Penne, distant de moins de 3 km de la donation.

    180 RH 164, 62.

    181 RH 173.

    182 RH 225.

    183 RH 109, 115, 123, 141, 143 : les Narcès, les Aigrefeuille, les Lolmie, les Saint-Geniès, les Rozet, les Percepoitrine, les Perges, les Sainte-Artémie, les Boisse.

    184 RH 170, 173 : les prolifiques Lalande, les Carcers et les Favols.

    185 RH 162, 228.

    186 LMSF, I-11. Doda est mentionnée en 975 : CB 75.

    187 LMSF, III-16, où le mari est qualifié de dominus.

    188 LMSF, II-2 : entre 994 à 1009.

    189 LMSF, IV-8 : vers 1040. Quant à l’expression vir illustrissimus accolée à Gauzbert, elle le placerait à un niveau identique, voire supérieure – mais l’emphase des auteurs de Conques est connue – à Arnaud, futur comte de Carcassonne, qualifié de vir illuster dans un acte de l’abbaye de Lézat. CL 223.

    190 RH 226 : Gandalou.

    191 RH 86.

    192 RH 283 ; CST, f° 20 (1149/77), f° 111 (1140), etc. ; CG, f° 93 v° (1189), f° 10 (1188), etc. ; CSS 20, 43, 111, etc.

    193 Parmi les mentions, les Gandalou : RH 226 ; les Tolvieu, CST, f° 111 (1140) ; les Valségur : CSS 355, 365bis, 319, 395 ; lié au précédent, Grimart de Castelmaurou : CSS 319, 408 ; enfin, Arbert de Finhan apparaît trois fois avec le titre de dominus dans le cartulaire de Grandselve : CG, f° 62 v° (1177), f° 92 (1185) et son fils Arnaud Gauzbert CG, f° 182 v° (1153).

    194 CG, f° 182 v° (1153).

    195 FM 182-1, no 6 (1189).

    196 Sept occurrences dont quatre antérieures à 910.

    197 RH 92, 93.

    198 RH 32. Il s’agit d’un acte original ; le terme employé est bien domnus.

    199 À partir de 1125, tout semble s’affoler dans les actes de Moissac, les autres établissements religieux ne semblant pas concernés par cette évolution. D’une part, un laïc, Raymond Arnaud de Piquecos, porte cette titulature [RH 220]. D’autre part, toute fonction au sein de l’abbaye offre la possibilité à son détenteur d’être qualifié de domnus alors que le titre était strictement réservé à l’abbé jusque-là : ainsi, par ordre chronologique, un simple moine [RH 225], deux responsables de l’œuvre de Moissac [RH 226, 269], un cellérier [RH 241], un obédiencier [RH 283].

    200 Cet aspect sera repris dans le chapitre consacré à l’alliance féodale.

    201 RH 68, 92.

    202 CSS133.

    203 RH 62a, 178, 62b.

    204 RH 57, 62a.

    205 CSS 40, 25.

    206 Exemples d’usage dans des actes inédits. Pour « En » : FM 182, no 4 (1178/79). Pour l’emploi de « An », un seul cas repéré : AN, J 322, no 93 [vers 1180].

    207 CV 1, 9, 13, 18, etc.

    208 CSS 314.

    209 FM 281, no 1. Guillaume de Bruguières est, vers 1150, l’un des aristocrates les plus en vue du Toulousain : présent dans les premiers actes de la commune de Toulouse, il appartient à l’entourage comtal et son fils a pour parrain le comte Raymond V.

    210 Dans le cartulaire de Vaour, ce sont les femmes, comme pour dominus, qui ouvrent la voie avec Mandina, épouse d’Audiguier de Penne, puis Audiardz, veuve d’Armand de Penne. Elles sont talonnées de peu toutefois par les hommes avec une première mention en octobre 1175 ; d’autres suivent pour devenir systématiques, ou presque, dès 1177 : CV 12, 16, 19, 21, 27 à 30, etc. Pour les autres fonds : FM 297, no 1, 2, etc., BRUNEL 95, 105, 119, etc., AN, J 322, no 93, etc.

    211 RH 4.

    212 CST, f° 40 [998-1031].

    213 CST, f° 67 [vers 1030].

    214 RH 119.

    215 CST, f° 37 [998-1031], f° 39 [1031/38], etc. RH 46.

    216 RH 74.

    217 RH 123, 162.

    218 Ourliac [168] 37.

    219 CST, f° 88 [vers 990-1000].

    220 CST, f° 67 [vers 1030].

    221 RH 46.

    222 RH 162.

    223 Voir Guitard dans les annexes disponibles sur le site internet de l’éditeur.

    224 RH 232. CSS 132, 362, 438, 690.

    225 RH 89.

    226 C’est cette polysémie (et son assimilation à vassus) qui m’a conduit à placer l’étude de ce mot à cet endroit. Les débats sur les origines de la chevalerie, sa diversité, sa place dans la noblesse ou encore son ouverture à des hommes de condition plus modeste opposent parfois radicalement les médiévistes. Parmi les ouvrages très récents, Barthelemy [17].

    227 Boutoulle [44] 154.

    228 LMSF, II-2 : alors qu’il tente de se faire passer pour agriculteur quand on l’interroge sur sa profession, ses ravisseurs s’aperçoivent rapidement qu’il maîtrise l’art du combat (militie artes) et l’intègrent à l’ordre militaire.

    229 Bonnassie [36] 470-471. Même constat chez Amado [71] 302, qui note que miles semble s’être substitué à nobilis et « distingue un grand personnage ».

    230 LMSF, I-11.

    231 Sur les conflits entre Moissac et les abbés séculiers, Panfili [172].

    232 RH 232, 242.

    233 RH 143.

    234 Même constat pour l’abbaye de Gimont.

    235 BNF Lat. 12829, p. 2-3 (1084) : en échange du don d’un bien contesté, Guillaume d’Esmes, qui n’est jamais qualifié de miles mais de senior, obtient un cheval, une cuirasse et dix sous ainsi qu’une place dans le monastère. Or, la cuirasse est l’arme qui semble prévaloir dans l’équipement du miles : Van Luyn [202] 25.

    236 Brand’Honneur [45] 140-141.

    237 Il faut sans doute aussi faire un parallèle entre abondance/rareté de l’emploi du mot miles et de l’usage des sobriquets dans la dénomination des individus. L’un comme l’autre de ces deux types de désignation sont assez fréquents dans l’ouest français à la différence de ce qui a été observé dans le sud. Bourin [22d] 221 propose d’y voir un « écrit qui “colle” plus à la réalité » dans le nord que dans les régions méridionales. J’y verrai aussi une certaine volonté, chez les scribes méridionaux, d’aller à l’essentiel, sans gloser.

    238 Bourin [41] 127-128. Debord [62] 234.

    239 Amado [71] 302.

    240 RH41. L’éditeur fait du comte Guillaume un comte de Toulouse. Il s’agit évidemment du comte de Gascogne Sanche-Guillaume (1010-1032) : Mussot-Goulard [164] 169-174.

    241 Ce premier acte remet d’emblée en cause les propos de Van Luyn [202] 14 qui rejette le sens vassalique du mot miles. Bonnassie [36] 469 et Debax [57] 190-192 confirment bien tout deux ce sens.

    242 CST, f° 111.

    243 Espace choisi par le comte Alphonse pour implanter la ville nouvelle de Montauban en 1149.

    244 CST, f° 111 : où les domini sont Bernard Raymond de Tolvieu, Raymond Amiel et Pierre de Penne et où le terme milites désigne des subordonnés comme Arnaud Pelfort ou Hugues del Pis.

    245 Débax [57] 190-192.

    246 À vrai dire, jamais les actes ne mentionnent de milites castri mais des milites de tel castrum. Pour Caussade : RH 164 dans une donation par Raymond, vicomte, des églises Notre-Dame et Saint-Ouen de Caussade. On est bien ici en présence d’un acte révélant indirectement l’auxilium et le consilium dus par le vassal à son seigneur. Pour Penne : CT 507 où seigneurs et chevaliers ont prêté serment à Isarn, vicomte (de Saint-Antonin). Mais on sort du cadre de cette étude puisque le mot miles n’est pas associé à des personnages précis. Pour Cos : CSS 341.

    247 RH 297.

    248 Exemples très nombreux pour le XIIe siècle : CST, f° 48 v° [1108/37], f° 103 v° (1140), f° 106 v° (1134), etc.

    249 CST, f° 48 v°, f° 106 v°, f° 109 v°, f° 132 v°, f° 144 v°. Lorsque Bonet de Saint-Théodard est témoin mais que la référence à miles n’apparaît pas, l’acte n’est pas pris en compte.

    250 CSS 282, 283.

    251 CST, f° 125 [XIIe siècle].

    252 LMSF, I-11.

    253 LMSF, III-14 ; chiffre exagéré.

    254 CST, f° 7 [1149/54], f° 14 [1170/77], f° 698 v° (1148).

    255 CST, f° 20.

    256 CST, f° 22 v° [1174].

    257 Amado [71] 263.

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    Panfili, D. (2010). Chapitre II. Désigner (Xe-XIIe siècle). In Aristocraties méridionales. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.108747
    Panfili, Didier. « Chapitre II. Désigner (Xe-XIIe siècle) ». In Aristocraties méridionales. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2010. doi:10.4000/books.pur.108747.
    Panfili, Didier. « Chapitre II. Désigner (Xe-XIIe siècle) ». Aristocraties méridionales, Presses universitaires de Rennes, 2010, https://doi.org/10.4000/books.pur.108747.

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