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  • Chapitre 8. Le temps du bon gendarme
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    Plan détaillé Texte intégral Un petit fonctionnaire banalisé Les nouvelles formes de la contestation « Nos gendarmes » Le défides grèves Notes de bas de page

    Le métier de gendarme au XIXe siècle

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 8. Le temps du bon gendarme

    p. 237-265

    Texte intégral Un petit fonctionnaire banalisé Les nouvelles formes de la contestation « Nos gendarmes » Le défides grèves Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Né en 1820, en même temps que l’ordonnance fondatrice de la gendarmerie du XIXe siècle, Gustave Nadaud meurt en 1893 à Paris. Quatre ans plus tard, la ville de Roubaix décide d’ériger une statue à sa gloire. À cette occasion, plusieurs grands quotidiens consacrent quelques lignes à la gendarmerie qui fit – fort involontairement – la notoriété de Nadaud. « En France, le gendarme est populaire », constate sobrement le Petit Journal1. Plus loquace, Le Gaulois propose un portrait sensible des successeurs de Pandore :

    « Ils sont sympathiques, c’est une banalité de le constater. […] En province, ils ont la vie heureuse. Dans leurs maisons confortables, coquettes même, souvent, ils vivent en famille, tranquilles, choyés, respectés des voisins qui, souvent, les prennent pour arbitres dans les querelles, dans les litiges entre commères. À de certaines heures [sic], ils partent en tournée, s’en vont sur la grand route ou à travers les champs, en quête des vagabonds, des rôdeurs, incendiaires de meules, dévaliseurs de fermes. On les salue au passage d’un bonjour amical2. »

    2Aucun de ces clichés n’est tout à fait neuf. Mais la bonne réputation de la gendarmerie s’inscrit désormais dans le registre de la banalité, tandis que les reproches persistants sont proférés sur un mode mineur : on s’en prend toujours aux verbalisateurs, mais sans rejeter l’ensemble du corps ; on brocarde volontiers le bicorne, encore plus qu’au milieu du XIXe siècle, mais la sourde animosité qui animait les critiques des monarchies censitaires et du Second Empire s’efface sous la Troisième République. Peut-être moins inflexible et sûrement plus attentive à la demande sociale, la gendarmerie a adapté ses manières de faire au nouvel air du temps ; elle récolte les fruits de cette conversion. Mais cette familiarité inédite entre la gendarmerie et la société provient aussi et surtout de la banalisation du corps. La révolution de la proximité constitue la principale transformation de la fin du siècle, à peine mise en cause par le considérable développement des missions de maintien de l’ordre.

    Un petit fonctionnaire banalisé

    3On a déjà eu l’occasion de présenter les transformations du recrutement au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Si le profil sociologique des gendarmes reste incroyablement similaire du Second Empire à la Troisième République3, quelques tendances lourdes méritent d’être rappelées : l’abaissement des critères de sélection, la moindre expérience militaire des recrues, les liens plus facilement maintenus avec le pays natal. Autant de mouvements de fond qui transforment profondément, sinon la physionomie extérieure, du moins l’esprit du corps. Plus ronds4, moins grands, moins militaires, moins distincts du reste de la population, les gendarmes de la République se banalisent et en prennent conscience.

    4La recomposition des revenus figure parmi les principales mutations du second XIXe siècle. Le mythe libéral du gendarme vivant de ses deniers et de ses primes n’a pas survécu à la reprise en main institutionnelle. Petit salarié comme tant d’autres, le gendarme doit partager avec de nouveaux fonctionnaires la promesse d’une retraite garantie. Si l’arme comptait, en 1870, un peu moins du tiers des 45 000 pensionnés inscrits « au grand livre de la dette publique », elle ne représente plus, trente ans plus tard, qu’un quart des 90 000 retraités recensés par l’État5. Le gendarme doit surtout compter sur une solde qui stagne pendant les trente premières années de la Troisième République. La situation est d’autant plus vexante que les sous-officiers rengagés des garnisons profitent, de leur côté, de revalorisations significatives. Vers 1898, l’écart de rémunération est contenu à 1 F 50 mensuels ; mais il atteint et dépasse la vingtaine de francs après la réforme militaire de 19056. Les récriminations se nourrissent aussi des comparaisons menées au contact de la population civile. On sait que le mouvement général des salaires s’oriente à la hausse, malgré la Grande Dépression. Les écarts de revenus entre gendarmes et salariés s’amenuisent, comme le montre l’exemple du Loir-et-Cher. Au milieu du XIXe siècle, les gendarmes à cheval y gagnaient au moins deux fois mieux leur vie que les journaliers. Cinquante ans plus tard, leur solde ne dépasse plus que du tiers les gages agricoles7. La hiérarchie sociale se resserre à mesure que décline la puissance économique des gendarmes.

    5La presse professionnelle souffle sur les braises en attirant l’attention sur l’évolution du traitement des fonctionnaires. Entre 1875 et 1905, la progression atteint 17,5 % et s’élève même au-dessus de 40 % pour les catégories les moins qualifiées8. Les gendarmes se montrent particulièrement attentifs au statut des instituteurs. Encore au début des années 1890, la presse généraliste craignait que les bons salaires offerts par la gendarmerie n’assèchent le vivier de recrutement des instituteurs. Dix ans plus tard, la tendance se renverse complètement, et le Journal de la Gendarmerie dénonce les avantages consentis aux maîtres d’école9. Dans les deux institutions, la recrue démarre à 1 200 F annuels, mais les règles d’avancement favorables aux instituteurs creusent l’écart. Or, ces fonctionnaires qui devancent désormais les gendarmes figurent plutôt en bas de la hiérarchie des revenus. Dominés par les commis des postes, les agents voyers, les vérificateurs des poids et mesures, etc., ils attirent volontiers l’attention sur leurs réelles difficultés matérielles, comme le montre le scandale provoqué par la publication du Jean Coste d’Antonin Lavergne10. Faut-il en conclure que les gendarmes sont les plus pauvres des déshérités ? Ce n’est pas l’opinion de Léopold Pélatant, qui oppose la « solde élevée » de la gendarmerie à « la portion congrue » des polices municipales11. Vraie pour les années 1890, la contre-offensive du patron de la police grenobloise ne tient pourtant pas compte des revalorisations salariales engagées. En 1907, la plupart des agents de police ont un salaire égal ou supérieur à la solde des gendarmes12.

    6Dans un souci d’apaisement et de transparence, les inspecteurs généraux commandent donc, en 1900, une étude sur les revenus professionnels des douaniers et des gardes forestiers. En demandant aux gendarmes et à leurs chefs de brigade d’enquêter sur les revenus de ces fonctionnaires, les officiers entendent bien leur faire comprendre, chiffres à l’appui, que l’arme bénéficie d’une bonne situation et qu’elle se plaint sans raison. Et pour cause : moins bien payés, les douaniers ne revendiquent-ils pas un alignement salarial sur la gendarmerie13 ? L’opération réussit partiellement, dans la mesure où tous les rapports admettent que le gendarme dispose d’une « situation pécuniaire de beaucoup supérieure à celle du douanier14 ». Mais que pèsent ces constats comptables face à la puissance médiatique d’un Journal de la Gendarmerie qui plaint des gendarmes obligés « de faire par écrit [la] pénible constatation [de leur] infériorité15 » ? Pire, l’assimilation à des fonctionnaires de second rang alimente le sentiment de dévalorisation et ruine la validité des démonstrations, puisque les douaniers sont réputés moins instruits et plus libres de leurs mouvements. En définitive, toutes les tentatives de comparaisons objectives achoppent sur la spécificité revendiquée du métier de gendarme : « Qu’on ne compare pas la solde avec le traitement d’un employé : notre démocratie demande au gendarme plus qu’un employeur ne demande à un salarié16. »

    7La nouveauté ne se situe pas dans les résultats de ces décomptes comparatifs, aussi frustrants soient-ils, mais dans l’attitude des gendarmes, qui conduisent eux-mêmes ces études afin d’exiger un relèvement de la solde. Comme le constatera le capitaine Mahé, avec quinze ans de retard, « ce n’est pas calomnier le gendarme nouveau que de constater la progression réelle de ses aspirations et, avec sa plus grande liberté, son rapprochement du travailleur sous tous les aspects ». Pour cet officier désabusé, ce sont la docilité militaire et « l’esprit de sacrifice » qui auraient disparu17. On constatera plus simplement que la gendarmerie assimile une culture de la revendication commune à toute la fonction publique. Soucieux de défendre ses intérêts, le gendarme fin de siècle ne craint plus de faire connaître ses difficultés. Il sait bien que le crédit de l’arme est suffisamment solide et que « bouchers, boulangers et épiciers se disputent sa clientèle, parce que la solde arrive infailliblement à la fin du mois18 ».

    8Reste à savoir ce que les populations pouvaient deviner de ces transformations très progressives. La question est d’autant plus délicate qu’il faudrait la décliner région par région, canton par canton, afin de distinguer précisément les modes de perception du bicorne. Faute d’engager un tel effort, Clovis Hugues sera notre guide. Personnalité majeure du socialisme du XIXe siècle, figure essentielle du renouveau occitan, le poète marseillais est aussi l’auteur, aujourd’hui trop méconnu, de plusieurs romans villageois publiés au début des années 1890, parmi lesquels se détache Monsieur le Gendarme. La composition de l’ouvrage mélange une contrainte de genre – le « carré d’amour occitan » qui avait fait les beaux jours de la littérature d’Ancien Régime19 – et une certaine ambition naturaliste – l’éditeur de Clovis Hugues est aussi celui de Zola. L’intrigue est peu plausible, mais la toile de fond est aussi réaliste que possible.

    9Le récit expose les états d’âme du gendarme Marius, nouvellement nommé dans une brigade méridionale. Amoureux fou de la nièce d’un cultivateur et aimé en retour, Marius se heurte à l’hostilité d’un rival et aux réticences du chef de famille. Ce n’est pourtant pas le port du bicorne et du carnet de contraventions qui gênent le paysan – la question n’entre même pas en ligne de compte. Les revenus sont un sujet nettement plus sensible. Comme l’admet lui-même Marius, « on ne gagne pas lourd dans la gendarmerie », et la dot exigée par l’institution ne sera peut-être pas payée en retour… L’autre prétendant de la jeune fille n’est pourtant pas plus fortuné, mais il bénéficie de l’avantage considérable d’être un paysan. L’oncle reconnaît les vertus de Marius et salue son uniforme, mais il s’inquiète de voir sa nièce s’éloigner des champs, de l’ordre familial et, finalement, de l’oncle lui-même, abandonné « sans bâton de vieillesse » au poids des années. Le gendarme et son épouse vivent en caserne sous les ordres des chefs et des règlements ; ils s’éloignent au hasard des mutations ; ils ne correspondent pas aux codes traditionnels du monde rural. La nièce n’est pas dupe. Interrogée par Marius sur la solidité de sa résolution, elle lui confie qu’elle l’aime d’autant plus qu’il est gendarme : « parce qu’un gendarme n’est pas un paysan », parce que sa femme est « une dame ».

    10A-t-il lu Clovis Hugues, ce rédacteur de L’Écho de la Gendarmerie qui explique, en 1893, que « les filles de la campagne ont une préférence marquée pour les employés de l’État en général et pour les gendarmes en particulier » ? Grâce au mariage, « elles abandonnent poules et canards, elles ne sont plus astreintes au dur labeur des champs et elles sont appelées “Madame”20 ». De plus en plus banal à l’aube du XXe siècle, le thème s’inscrit dans le cadre plus général d’une déploration nostalgique de l’exode rural et de la « terre qui meurt ». Pierre Bourdieu a contribué à le mettre en évidence, dans ses célèbres analyses sur la société rurale béarnaise du XXe siècle. Sans nier que « le fonctionnaire suscite des attitudes ambivalentes », le sociologue rappelle le prestige de l’emploi public, y compris auprès des riches héritières qui veulent à tout prix échapper au carcan familial du « bon mariage21 ». Ainsi s’expliquent, aussi bien « les réponses sèches et peu encourageantes de la gent campagnarde » dénoncées par le capitaine Paoli22, que l’enthousiasme de parents peut-être plus lucides, sinon moins fortunés : « soyez d’abord gendarme, et ma fille est à vous23 ».

    11La seconde catégorie est assurément plus fournie, comme le confirment les statistiques des mariages de gendarmes. Le monde agricole reste le réservoir privilégié dont proviennent un peu plus de la moitié des épouses identifiées pour les deux dernières décennies du XIXe siècle. L’autre moitié est issue d’horizons diversifiés. On repère ainsi, au grand désarroi des officiers, des « filles de mœurs légères ou de faible intelligence » qui portent leurs visées sur ces « épouseurs établis et ayant situation24 ». Mais le gendarme est aussi un bon parti pour les filles d’artisans et de boutiquiers, moins nombreuses toutefois avec l’avancée du siècle. Après les agriculteurs, ce sont surtout les petits employés et les fonctionnaires qui tiennent le haut du tableau. On retiendra par exemple le cas emblématique du maréchal des logis Henry, qui se marie en 1903 en Bretagne. Fils d’un gendarme retraité, ce « sujet d’avenir » devient le troisième gendre d’un vieux facteur rural qui a marié ses deux aînées à un employé de la gare et au directeur de l’école publique25. La stratégie d’alliance est encore plus flagrante dans l’arrondissement de Soissons, où sept des quinze gendarmes fiancés choisissent des filles ou des frères d’agents publics. Ces indications laissent entrevoir un gendarme plongé, plus encore que ses prédécesseurs, dans le milieu des petits employés publics.

    12Peut-il avoir d’autres relations ? On sait que l’institution décourage les fréquentations trop populaires et voit d’un meilleur œil les liens de sympathie qui se nouent entre gendarmes et fonctionnaires : quand le brigadier Collomb est puni pour s’être attardé au cabaret, il plaide et obtient des circonstances atténuantes, « s’étant limité à la compagnie des agents publics de la circonscription26 ». Mais ce sont aussi les paysans, les artisans, les ouvriers, qui tiennent le bicorne à l’écart de leurs conversations. Reprenons la lecture de Clovis Hugues : le gendarme Marius discute volontiers avec les habitants de la résidence, mais il entre tout aussi souvent en conflit avec eux. « Vous parlez comme notre instituteur », lui dit un paysan peu convaincu par son discours patriotique. « Vous ne vous fatiguez pas beaucoup », lui lance un autre convive, qui reprend ainsi un motif traditionnel des critiques de la gendarmerie : absorbées par leurs travaux manuels et productifs, les populations comprennent encore mal la nature du service et la pénibilité du métier.

    13On aurait cependant tort d’exagérer ces résistances. La banalisation de l’uniforme fait sentir ses effets, et les noces en constituent sans doute le meilleur témoignage. Alors que les cérémonies nuptiales du Second Empire offraient encore à la brigade une occasion de montrer sa cohésion, les mariages de la fin du siècle laissent la meilleure place aux populations civiles. Les bicornes et les aiguillettes se fondent dans un océan de redingotes, de gilets, de robes et de coiffes. Le choix des témoins confirme ce revirement, qui s’illustre encore plus nettement dans les photographies de noces : il n’est pas particulièrement rare que le marié soit le seul gendarme immortalisé par l’objectif.

    14Cette nouvelle familiarité des gendarmes et des populations se mesure, enfin, à la lecture des punitions disciplinaires. Dans l’Hérault, on rappelle solennellement les gendarmes à leur devoir de réserve en leur signalant que « bien des gens font [de la contrebande] sans qu’on l’imagine » ; on soupçonne également le gendarme Vigroux « de donner des indications gênantes pour la répression efficace du braconnage » à ses nombreux amis de la résidence27. En Bretagne, on dénonce la partialité des brigades qui n’inquiètent jamais leurs commerçants habituels et qui oublient de relever les infractions commises par leurs familiers28. De plus en plus fréquentes, ces accusations ne constituent pourtant que la face émergée d’un continent de « fautes qui [resteront] toujours inconnues des responsables du corps29 ». Les officiers ne sont pas dupes. Eux qui ont sans cesse lutté contre les compromissions de leurs hommes accordent cependant de nouvelles marges de tolérance.

    Les nouvelles formes de la contestation

    15Comment prendre congé du gendarme Marius imaginé par Clovis Hugues sans noter que cet homme affable et apprécié essuie des coups de feu ? On serait tenté de lire dans cet attentat, comme dans toutes les agressions perpétrées à la fin du XIXe siècle, la trace d’une hostilité maintenue à l’égard du bicorne. Mais Marius est attaqué à titre privé, par son rival de cœur. Cet exemple romanesque rappelle utilement que l’uniforme en tant que tel n’est pas toujours la cible des meurtriers ou des insulteurs. Aussi l’histoire des violences et des injures adressées aux gendarmes ne constitue-t-elle qu’un indice, parmi d’autres, de l’insertion sociale du corps. Il s’agit toutefois d’une donnée particulièrement éclairante.

    16Le fait majeur reste la raréfaction séculaire des violences physiques. L’enquête menée par Aurélien Lignereux sur les rébellions collectives à la gendarmerie s’arrête hélas en 1859, faute de sources. À cette date, l’essentiel est pourtant acquis. Malgré de brefs et médiatiques rebonds de violence au milieu du siècle, la tendance est à l’apaisement30 ; elle ne se dément pas dans la seconde moitié du siècle, en dépit d’une courte crise, lors des années terribles de 1870 et 187131. La liste des victimes du devoir établie en 1913 permet de dresser un bilan indicatif des gendarmes tués dans l’exercice de leurs fonctions en France métropolitaine32. Aux neuf décès enregistrés en huit ans, entre 1874 et 1882, répondent quatre décès pour les vingt ans qui suivent (1883-1903), tous provoqués par des braconniers. Ralliés au légalisme, comme l’a rappelé Alain Corbin33, les délinquants du monde rural cèdent ensuite place aux émules de Bonnot, dont le brigadier Dormoy constitue l’une des plus célèbres victimes34, et la brutale remontée des chiffres dans la dernière décennie d’avant-guerre – douze gendarmes tués entre 1904 et 1912 – correspond à l’apparition de « forcenés », de cambrioleurs ou de criminels en fuite qui ne bénéficient plus du moindre soutien populaire.

    17La mesure des violences ordinaires est plus délicate. Mais il est inutile d’entreprendre une utopique collecte statistique pour comprendre le changement d’époque. Le simple fait que les journaux professionnels ne crient pas au scandale lorsque deux gendarmes d’une même brigade sont tués à moins de trois ans d’intervalle35 suffit à démontrer le remarquable apaisement du climat général. L’affaire Liaboeuf, du nom de cet assassin de policier qui défraie la chronique en 191036, ne rencontre d’ailleurs guère d’écho dans la gendarmerie. Il faut attendre le meurtre du brigadier Dormoy, entouré d’une grande publicité, pour que la presse s’inquiète de la « chasse aux gendarmes » et sollicite l’emploi de nouveaux équipements de protection et le droit au tir préventif. Encore cette prise de position reste-t-elle marginale, preuve supplémentaire que la presse corporative ne cherche plus à entretenir la paranoïa du corps, pas plus qu’elle ne veut attiser la braise bien affaiblie des violences et de leur cycle de vengeance.

    18Il est encore plus difficile de mesurer la part des injures. Dans la plupart des cas, les gendarmes règlent ces questions en amont. L’arme doit s’acquitter du premier pas vers le retour au calme, comme le recommande le commandant de l’Ille-et-Vilaine : « il faut attendre que l’ivrogne soit dégrisé pour demander son état-civil afin d’éviter des paroles inconvenantes et une aggravation des faits » ; il ne faut pas sanctionner trop vite ces « gens mal élevés qui profitent de la situation pour dire quelque chose de désagréable au représentant de la force publique37 ». Sur un peu plus d’un millier de procèsverbaux enregistrés à la Belle Époque, on ne dénombre, de fait, qu’une quinzaine d’outrages – presque tous corrélés à des arrestations de vagabonds.

    19Faut-il y voir le résultat d’un apaisement ou l’effet d’un renoncement, certains gendarmes se résignant à être insultés ? Les officiers formulent parfois d’énergiques rappels à l’ordre : « j’entends que, dans ma compagnie, la gendarmerie soit respectée et sache se faire respecter », explique le chef d’escadron de l’Hérault, au début de 190338. Son homologue du Cher rappelle même qu’il est préférable « d’encourir les risques d’un acquittement pour délit insuffisamment caractérisé que de tolérer des excuses faites en général sans franchise39 ». En 1910, enfin, le chef de la 15e légion décide de mettre en place un suivi régional des affaires d’outrages. Grâce à ce procédé, la courbe des infractions remonte, sans toutefois dépasser la dizaine d’outrages semestriels pour le département de l’Hérault40.

    20Le recul des violences et des outrages est peut-être compensé par la rapide montée des plaintes et des dénonciations calomnieuses. L’apaisement correspond aussi à un déplacement des hostilités, et les habitants n’hésitent plus, sinon à faire appel à la justice, du moins à solliciter les maires et députés, voire à informer en première intention les officiers de gendarmerie. L’uniforme ne garantit plus l’impunité, bien au contraire, comme l’ont prouvé les déplacements disciplinaires consécutifs au Seize-Mai. Et les campagnes de diffamation se multiplient, poussées par des « épidémies de lettres anonymes41 ». Sensibles à la défense de la réputation professionnelle, les officiers peuvent s’appuyer sur la jurisprudence de la Cour de Cassation, qui permet à la gendarmerie de déposer plainte pour dénonciation calomnieuse42. Les procédures engagées aboutissent toutefois avec beaucoup de retard. Pire, elles mettent sur la place publique les torts imputés à tel ou tel gendarme43. Aussi l’institution choisit-elle, en règle générale, de « traiter la calomnie par le mépris44 » – à moins, chose courante, qu’elle ne prenne la peine de vérifier les faits reprochés aux gendarmes. Auquel cas la sanction tombera, à peine adoucie par la volonté de « ne pas donner raison au dénonciateur anonyme ». Tout le confirme, les gendarmes, autrefois vus de loin, sont désormais vus de haut par d’importantes franges de la population.

    21Les satires perdent également en méchanceté ce qu’elles gagnent en diffusion sociale. Les thèmes élaborés dans la première moitié du siècle se sont généralisés. On retrouve ainsi le registre corporel, avec l’odeur des bottes – « On les voit d’abord, on les sent ensuite », explique Alfred Jarry45 – ou la virilité défaite des Gendarmes de Redon, chanson paillarde à succès : « Il était un gendarm’, gendarme de Redon/Qui n’avait pas l’audace de p’loter les nichons » – et qui finit par se faire « couper les roustons46 ». Mais c’est surtout le comique langagier qui se développe. Le gendarme des vaudevilles roule les « r », manie l’adverbe « subséquemment » avec prolixité et accentue les expressions juridiques qu’il cite toujours hors de propos. On ne s’étonnera pas de retrouver ces traits sous la plume des plus grands manieurs de clichés de la Belle Époque, Souvestre et Allain, qui mettent en scène l’extravagante imagination linguistique du brigadier Verdier, incapable d’expliquer simplement au commissaire Juve qu’il a posé une échelle contre un mur47. La presse s’empare également de cette réputation proverbiale à chaque fois qu’elle doit citer quelque propos de gendarme. C’est avec délectation que Le Matin rapporte cette phrase saisie dans les derniers jours du procès Dreyfus : « Ça sent la fin finale48 ! »

    22Rien n’illustre mieux cette continuité des représentations que le succès persistant de la chanson des Deux Gendarmes composée par Nadaud au début du Second Empire. L’œuvre est reprise par au moins cinq interprètes, parmi lesquels Charlus et Odette Dulac, pour la seule décennie 1900. Elle est citée dans tous les articles consacrés aux gendarmes, l’expression « Pandore » entrant définitivement dans le langage courant. Elle inspire, enfin, les nouvelles chansons populaires, qu’il s’agisse des Gendarmes qui passent de Paulus – « deux gendarmes qui, la mine sereine, s’en vont à cheval par les chemins verts49 » – ou des Gendarmes à pied d’Émile Carré50. La stabilité séculaire des images de la gendarmerie est presque aussi nette quand on observe le répertoire du théâtre de marionnettes. Guignol rosse encore et toujours le gendarme, mais on remarquera néanmoins que ce divertissement populaire s’embourgeoise en même temps qu’il cible spécifiquement le public enfantin51. Les coups de bâton ne revêtent plus tout à fait la même charge corrosive que dans la première moitié du siècle.

    23La principale nouveauté vient plutôt du développement d’un comique autoréférentiel, émancipé de toute signification polémique. Les satires développent évidemment la critique traditionnelle du réglementarisme borné des gendarmes. Comme l’explique le magistrat du Gendarme est sans pitié, « aux termes du manuel, depuis seize minutes, vous devriez être en chapeau, en tunique et en baudrier ». On peut y voir une attaque de fond contre le manque de flair et de finesse d’une gendarmerie trop militarisée. Mais le message, quand il existe, reste accessoire, et le comique s’alimente tout seul. Chargés de concevoir un spectacle d’ombres pour le Chat-Noir, Louis Morin et Henri Rivière hésitent entre le personnage du gendarme ou du policier. Ils choisissent finalement le premier, « parce que c’est plus rigolo52 » – la pauvreté de l’argument témoigne de la force comique autonome de l’uniforme.

    24La connotation comique du bicorne s’explique par le considérable développement des représentations du gendarme. L’uniforme s’impose dans les affiches publicitaires, où l’on reprend tous les clichés picturaux associés au gendarme, et surtout dans les cartes postales dont l’industrie triomphe à la Belle Époque. On n’oubliera pas non plus le cinématographe naissant, qui adopte tout de suite les thèmes et les codes du théâtre. Avant que quelques œuvres tardives ne mettent en scène des bicornes triomphants, après 1908, les films pionniers d’Alice Guy brossent des pantomimes inspirées de Guignol où le gendarme subit les pires affronts, qu’on le projette du haut d’un toit ou qu’on le juche sur un caniche savant53. La cruauté des images provoque parfois des réactions d’indignation54, mais la majorité du corps comprend facilement que l’uniforme des comédies n’a presque plus rien de commun avec la gendarmerie réelle. Les caricatures sont tellement outrées qu’elles ne gênent plus vraiment l’institution, et l’on remarquera avec intérêt que les retraités de la gendarmerie achèvent leur congrès de 1913 par une représentation privée du Gendarme est sans pitié…

    25Souvent vides de sens, les nouvelles images du gendarme n’en comportent pas moins des caractéristiques communes qui infléchissent progressivement la représentation du corps. La figure du gendarme départemental prend, en effet, un tout autre relief quand on la confronte à celle de son alter ego et rival, le policier parisien55. Quand ce dernier renvoie à la politesse urbaine ou, revers de la médaille, à la brutalité mesquine, le gendarme offre une image brute de simplicité et de vigueur populaires. Quand le policier n’est presque jamais identifié, Pandore dispose toujours d’un nom. De Labourbourax à Barjeot, en passant par Finolard ou Cruchmann, l’onomastique manque évidemment de grâce, mais elle enracine le corps dans un terroir, au même titre que l’accent régional sur lequel insistent des didascalies très précises. Quand la police agit sur la scène de la ville-lumière, enfin, la gendarmerie se promène par les champs et par les bois, à moins qu’elle ne participe aux fêtes locales : « Dans le département de l’Orne, dont que je suis t’un ornement, pas de concours de bêtes à cornes où je ne brille au premier rang », chante le gendarme à pied de Charlus56. C’est ainsi que l’institution épouse, pour le meilleur et pour le pire, l’imaginaire de la province et de ses comices agricoles57.

    « Nos gendarmes »

    26L’image publique de la gendarmerie à la fin du XIXe siècle ne peut pas être dissociée des mutations qui revalorisent l’uniforme du soldat. Depuis 1871, « l’armée de la Revanche » bénéficie d’un soutien inconditionnel qui accélère le processus de militarisation de la culture nationale. L’ancien soldat devient un personnage recherché, célébré pour sa virilité. Les fêtes locales s’appuient de plus en plus sur une scénographie d’inspiration militaire58. Les défilés sont agrémentés par la musique du régiment ; les revues de troupes accueillent un large public attiré par le faste des décorations et par le fracas des armes. La gendarmerie peut-elle profiter de cette nouvelle passion française ?

    27Le corps parvient en tout cas à s’imposer dans l’imaginaire de la conscription. C’est ainsi que des gendarmes souriants apparaissent à l’arrière-plan des cartes postales « Bon pour le service ! » qui foisonnent au début du XXe siècle. Et Le Petit Calaisien attire l’attention de ses lecteurs sur le cortège martial des gendarmes qui quittent le conseil « en rangs serrés, comme s’ils voulaient dire aux conscrits : “Hein ! Quand vous marcherez comme nous…59” ». Pour renforcer cette image, la gendarmerie cherche à s’inscrire dans le cérémonial militaire local. Le colonel Dupleix rappelait pourtant, à la fin de la monarchie de Juillet, « qu’il n’y a ni dimanche ni revues dans la gendarmerie » et que la grande tenue est rarement utilisée. Parfois requises en service d’ordre, les brigades accompagnent sans doute les processions et les grandes parades60, mais il est bien rare de voir les gendarmes défiler à l’image des troupes de ligne. Cette situation s’infléchit après 1870, dans les grandes villes et dans les préfectures. En 1872, « les mouvements exécutés avec un ordre et un ensemble parfaits » par la gendarmerie mobile « excitent l’admiration » d’une société versaillaise qui célèbre peut-être d’abord les vainqueurs de la Commune. Trois ans plus tard, l’ombre des massacres s’efface, et c’est Le Patriote de l’Ardèche qui évoque « la magnifique tenue, l’allure martiale et l’aspect solide » des brigades de Privas, réunies en grande pompe pour des remises de médailles61.

    28Mais c’est en participant au défilé du 14 Juillet que la gendarmerie conforte son image militaire et républicaine. Au nom des nécessités de service, les officiers s’opposent d’abord à ce que les brigades viennent nourrir le cortège. Certains observateurs s’indignent alors de la configuration du cortège : les gendarmes se tiennent en retrait, « comme s’ils s’apprêtaient à arrêter le conseil municipal62 ». Dès 1886, le général Boulanger adapte donc le dispositif aux revendications : « sans admettre qu’elle [soit] détournée de ses fonctions », la gendarmerie doit, « au moins à l’occasion du 14 Juillet, se montrer partout réunie aux autres fractions de l’armée63 ». Encore une année s’écoule, avant que l’on ne recommande aux gendarmes de participer ès qualités aux concours de tir organisés pour la fête nationale64. Les brigades s’intègrent désormais pleinement au déroulement des festivités. Dans la Sologne de Maurice Genevoix, ce sont les gendarmes qui « donnent le ton, l’éclat, la fougue et la magnificence » :

    « Pour moi, en temps ordinaire, les gendarmes de ma petite ville, c’était d’abord et avant tout les papas de mes camarades, débonnaires, fumeurs de pipes, le dolman dégrafé au col. Mais ce jour-là, magnifiquement, je les voyais se métamorphoser en centaures, en demi-dieux. Ils montaient des chevaux puissants, pas de hussards, de cuirassiers, et néanmoins fringants, fougueux, l’œil en feu, l’écume au mors et la croupe, mon Dieu, damassée : oui, ce jour-là, on leur tondait le poil d’une façon particulière qui faisait chatoyer ladite croupe en damier mordoré, soyeux. C’était très beau. Quant aux gendarmes eux-mêmes, Ah ! qu’en dire ? Du bicorne aux éperons, sublimes. Et d’abord ce bicorne : noir, passementé de blanc et d’argenté, cocardé de tricolore, coiffé de front, la façade offerte et les pointes latéralement, à la Napoléon. La tunique : noire aussi, aux parements rouges, aux pans relevés en triangle, sanglée d’un baudrier miroitant, ornée d’aiguillettes d’argent. Tout cela [donnait] une atmosphère d’épopée65. »

    29Soigneusement préparées, ces cérémonies populaires contribuent donc à rehausser le prestige d’un corps qui se met également en scène lors des manœuvres et des revues d’inspection.

    30En effet, la presse locale annonce désormais les visites du colonel et du général ; elle en communique les lieux et les horaires et elle propose des comptes rendus détaillés. À Senlis, « un public nombreux se pressait sur le cours, en face de la caserne, pour assister à la revue des gendarmes de l’arrondissement ». Dès 8 h du matin, une série de manœuvres permet d’admirer « l’allure martiale du capitaine Salesses, fier soldat d’Afrique », et la “précision savante” du brigadier Chevenard ». Vers 10 h, les gendarmes rentrent dans la cour de la caserne, et la foule se disperse, contente d’avoir observé « l’élite de l’armée66 ». On recense également « une grande foule de curieux » à Brest, « un grand nombre de personnes malgré l’heure matinale » à Briey, au moins 400 spectateurs sur la place des Quinconces à Bordeaux, etc.67. Et l’on s’enorgueillit de constater « qu’il y a toujours de la galerie aux revues de gendarmerie, même dans les petites villes de garnison68 », tandis que l’inspecteur général Desloy félicite le lieutenant de Châtellerault, « qui a su faire valoir sa troupe en la présentant sur un bel emplacement ». Comme le déclare hautement cet officier, il serait, en effet, « fâcheux que des militaires d’élite parussent se soustraire aux regards du public quand on voit des employés civils s’efforcer de se parer comme s’ils avaient l’honneur d’appartenir à l’armée69 ».

    31Tous les collègues du général Desloy ne partagent pourtant pas cette opinion ; certains demandent « des emplacements discrets et éloignés du public70 ». La question fait l’objet de débats épisodiques dans la presse corporatiste. En 1909, le Journal de la Gendarmerie peut expliquer que « le public est aujourd’hui tenu à l’écart des revues », alors que L’Écho évoque encore « un nombreux public composé de propres-à-rien ». Deux ans plus tard, Le Progrès signale également que les brigades manœuvrent « au vu et au su de tous les gredins », sous le « sourire narquois du délinquant de la veille71 ». Ces observations ponctuent un revirement des mentalités, les officiers de gendarmerie et leurs hommes manifestant désormais clairement leurs réticences face au risque de l’exposition publique. Du côté des dirigeants, on redoute sans doute que l’insuffisance professionnelle et équestre de quelques chefs de brigade ne déconsidère l’ensemble du corps72. Du côté des gendarmes, on supporte de plus en plus mal, sinon « les rires et les quolibets » qui saluent l’envol du bicorne par jour de grand vent, du moins la publicité des « remarques blessantes et humiliantes » clamées par certains officiers73. L’âge d’or de Pandore en majesté s’achève au début de la Belle Époque, au nom de la dignité menacée du corps. Nul mieux que Seignobosc ne mesure la profondeur des mutations : « Cette pauvre gendarmerie qui jadis attirait la curiosité des foules dans les revues, assure aujourd’hui le service d’ordre et forme la haie74 ! » Mais le cérémonial s’écroule aussi parce qu’il a rempli son rôle. L’arme est associée au monde militaire et profite sans conteste du prestige attribué à l’uniforme.

    32En participant aux fêtes locales, les gendarmes témoignent de leur ancrage territorial. Les habitants du bourg s’approprient les succès du corps. Quand un gendarme obtient la médaille militaire, le banquet accueille souvent les voisins et les amis, mais aussi le maire et les notables, tandis que la foule peut accompagner la marche triomphale du nouveau décoré depuis la gare jusqu’à la caserne75. Et rien n’illustre mieux cette fierté partagée que l’arrivée de polices concurrentes. En août 1899, lors du second conseil de guerre consacré à Dreyfus, une quantité impressionnante de forces de l’ordre se déploient à Rennes. Pendant toute la durée des débats, L’Ouest-Éclair relate en détail les perturbations provoquées par le zèle maladroit des policiers parisiens. Au contraire, les gendarmes rennais et bretons échappent à la vindicte médiatique : « ils savent ne pas contrarier les passants. Il n’en est pas de même de messieurs les Parisiens76 »… L’attachement des habitants à ceux qui sont devenus leurs représentants se mesure également lors des départs aux grèves. À l’automne 1904, le Courrier de l’Oise ouvre ainsi une rubrique hebdomadaire, « Nos gendarmes aux grèves », afin de rendre compte des pérégrinations du détachement de l’Oise qui parcourt le bassin minier du Pas-de-Calais77.

    33On se gardera bien de sous-estimer la portée d’un patriotisme régional appelé à fonder la popularité de l’arme pour plus d’un demi-siècle. À l’évocation de ces brigades qui incarnent l’identité locale et qui l’illustrent au cours de processions solennelles, comment ne pas songer à l’image aussi célèbre que désuète des gendarmes de Saint-Tropez78 ? Chaque film de cette série populaire des années 1960 se conclut au son d’un sifflotement martial, par un défilé enthousiaste qui prend de faux airs de triomphe destiné à célébrer Gerber, Cruchot et leurs hommes. On peut sans doute voir dans ces scènes de la France gaullienne la clôture d’un cycle ouvert au début de la Troisième République, quand le « bon gendarme » dérivé de Pandore s’est mué en incarnation d’une certaine idée de la province. C’est dans ce cadre que les gendarmes républicains deviennent vraiment gendarmes départementaux et qu’ils cessent d’être « les agents des autres79 ».

    34L’appropriation populaire de la gendarmerie s’incarne dans la lente transformation des casernes. L’institution reste corsetée dans des bâtiments vétustes qui avaient été conçus pour protéger la brigade des agressions extérieures et pour prémunir les gendarmes des tentations urbaines. Des principes aux réalités, le fossé est toutefois béant : la maigreur des budgets départementaux n’a jamais permis de concrétiser les fantasmes sécuritaires des officiers, et la question du meilleur site reste fatalement subordonnée aux enjeux financiers. Quand le choix se présente, le principe militaire de clôture s’oppose presque toujours au critère d’accessibilité. La caserne doit-elle être une place forte ou un service public ? La seconde option l’emporte nettement, tout au long du siècle. Les gendarmes doivent rester à proximité de la gare, des principales routes et, le cas échéant, du palais de justice, ce qui les oblige presque toujours à vivre au centre du bourg, parfois dans les rues étroites des quartiers ouvriers, où les insurgés de 1851 parviennent assez facilement à les encercler. Déjà assiégée au printemps 1845, quand deux mille ouvriers avaient réussi à délivrer leurs camarades emprisonnés, la caserne de Mazamet doit encore faire l’objet d’une protection spéciale, en 1909, lors de la grande grève du délainage80. Mais ces contraintes n’empêchent pas les officiers de refuser les bâtiments trop éloignés ou trop isolés81.

    35Aussi les brigades de gendarmerie se fondent-elles dans le paysage urbain. Déjà sous la monarchie de Juillet, les casernes des Flandres se mêlaient indistinctement aux grandes bâtisses voisines. À Cassel, « l’aspect ressemble beaucoup à celui des maisons qui se trouvent sur la même ligne ». à Hazebrouck, l’architecte départemental précise « qu’il faut être absolument du pays pour trouver [la caserne] au milieu d’un îlot de maisons particulières82 ». C’est ce ce confirme la rocambolesque mésaventure de ces deux colporteurs de Vierzon qui s’aventurent jusqu’à Romorantin, en 1888, pour essayer de vendre des allumettes de contrebande dans « les maisons de bonne apparence » : « quelle ne fut pas leur stupéfaction en voyant un gendarme leur ouvrir la porte », les deux infortunés avaient frappé à la caserne des gendarmes à pied83… L’épisode paraît invraisemblable, mais il ne faut pas oublier que de nombreuses brigades ne disposent d’aucun signe extérieur de reconnaissance. Les inscriptions officielles ne sont apposées qu’en 1841 sur la façade de la caserne de Bailleul, où une brigade réside depuis une vingtaine d’années84. Les changements de dénomination, à chaque chute de régime, contribuent d’ailleurs à retarder ces travaux de peinture. En mai 1882, « l’inscription gendarmerie nationale prescrite par la circulaire du 12 avril 1880 n’est pas encore faite » sur cinq casernes du département de la Somme85.

    36Au moins dispose-t-on, en principe, de drapeaux qui manifestent l’originalité du bâtiment. Là aussi, pourtant, les conseils généraux reculent devant cette modeste dépense. En 1858, la moitié des casernes du Nord ne disposent pas de drapeaux. Dans la Somme, « les drapeaux ont été détruits par le temps, il n’en reste plus que les hampes86 ». Malgré les rappels du ministre de l’Intérieur87, on retrouve le même constat sous la plume des officiers de la Belle Époque. Dans l’Hérault, à Castries, « le drapeau est en si mauvais état qu’il vaut mieux ne pas l’arborer ». Dans les Alpes, la brigade de Guillestre ne possède « qu’un morceau de tôle découpé » que le propriétaire refuse de remplacer88. L’agacement des chefs d’escadron témoigne de la banalité du problème, mais leurs plaintes répétées finissent par être écoutées. À la fin du XIXe siècle, il devient tout à fait inconcevable de laisser des casernes dépourvues de drapeaux, au moment même où l’on recommande de pavoiser pour la fête nationale. Les gendarmes apportent d’ailleurs un soin tout particulier à ce cérémonial, et le brigadier Bourgogne juge même nécessaire de louer des drapeaux à ses frais89 ; la presse célèbre les splendides illuminations que les brigades d’Olonzac et de Saint-Martin de Londres dressent à l’occasion de la conclusion de l’alliance franco-russe90. L’austérité toute militaire des gendarmeries du XIXe siècle ne résiste pas à l’avènement de la République : dans le voisinage de la mairie, de l’école ou de la poste, la caserne s’inscrit désormais dans un espace public que peuvent s’approprier les populations.

    37La mise en valeur des façades va de pair avec une refonte des architectures internes. La tâche est pourtant ardue, puisque, pendant la plus grande partie du XIXe siècle, rien n’était conçu pour ouvrir la caserne au public. Il existe bien un service de planton, mais le gendarme qui l’assure flâne souvent dans les rues voisines, en quête d’une contravention, comme le prouvent les liasses de procès-verbaux de simple police. Le citoyen désireux de formuler une plainte ou de demander un renseignement doit donc chercher quelque bicorne dans les environs. S’il entre dans la caserne pour s’entretenir avec un gendarme, il a de fortes chances d’être accueilli dans le domicile privé de son interlocuteur. Hormis dans les grandes villes et dans les sous-préfectures, les plans de casernes conservés pour la première moitié du siècle ne prévoient, en effet, aucun local proprement professionnel, en dehors de la cour et des écuries, où les récits romanesques situent d’ailleurs la plupart des scènes du métier. Les bureaux qui apparaissent progressivement dans l’architecture des locaux restent, dans les faits, des espaces privatifs réservés aux chefs de brigade. Dans les années 1860 et 1870, la « petite correspondance » du Journal de la Gendarmerie doit d’ailleurs multiplier les mises au point pour rappeler, par exemple, que ces espaces ne peuvent être transformés en cuisine ou en chambre à coucher et que les épouses des chefs de brigade ne doivent pas en conserver la clef.

    38Le tournant se situe certainement au début des années 1870, lors de l’entrée en vigueur des nouvelles lois militaires. Même si la plus grande partie des informations et des documents s’échangent au domicile des habitants, la gendarmerie est confrontée à un afflux de visiteurs. Pour y faire face, les nouveaux modèles de casernement adoptent le principe d’un bureau situé à l’entrée de la caserne, relié au logement du chef de brigade, mais ouvert sur le corridor central91. La disposition des lieux s’adapte donc aux missions du corps, et les officiers prennent soin de faire régner une certaine uniformité. À la Belle Époque, l’architecture interne des casernes prend un caractère d’évidence : « Le bureau doit être placé dans la première pièce immédiatement à droite de la caserne », explique-t-on dans les Hautes-Alpes, où l’on a déjà fait déplacer les appartements de la brigade d’Orpierre, « le bureau étant beaucoup trop retiré et son emplacement ne répondant pas aux prescriptions92 ». À Soulac, où l’on installe un poste provisoire de deux gendarmes dans une petite maison, le chef d’escadron de la Gironde exige « la construction d’un local spécial en façade93 ». Il faut sans doute imaginer que cette pièce publique excite encore la convoitise des gradés, à l’étroit dans leurs modestes trois pièces. Quelques enquêtes disciplinaires témoignent d’ailleurs de la confusion persistante entre le domaine privé et l’espace professionnel. Mais les chefs de brigade ont perdu la bataille, et les nouvelles constructions de la Belle Époque font condamner les portes de communication qui unissaient le bureau aux appartements94.

    39Dans le même temps, la physionomie de ces locaux se précise. Un coffre enferme tous les documents confidentiels, tandis que les archives sont conservées dans des armoires ou sur des rayonnages éloignés de la table. L’unique chaise réglementaire cède place à un jeu de tabourets offerts aux visiteurs95. Ce sont enfin d’innombrables affiches qui marquent le caractère public du lieu. Dans chaque bureau, on placarde la liste des autorités, les cartes d’état-major, les tableaux de répartition des classes, le calendrier des appels de l’année courante, les avantages accordés aux rengagés, les arrêtés préfectoraux, mais aussi le tableau des bienfaiteurs de l’armée, l’instruction pour les militaires qui trouvent des obus, etc. La place manque d’ailleurs rapidement, et les inspections signalent l’encombrement des murs : « qu’il y a donc de pancartes ! » s’exclame-t-on à Romorantin, tandis que le chef d’escadron de l’Hérault recommande désormais de placer « les documents sur les méfaits de l’alcoolisme et sur [les bienfaits de] la mutualité » dans le corridor96. Faut-il en déduire que ce lieu de passage s’est transformé en salle d’attente ? En tout cas, la caserne est devenue suffisamment centrale pour que les préfets et les municipalités y fassent poser « des cadres en bois grillagés » contenant diverses informations officielles97.

    40À la veille de la Grande Guerre, de dernières innovations confirment l’ouverture des casernes. On installe de premières sonnettes électriques pour compléter les cloches d’appel98. Les officiers y sont d’autant plus attentifs qu’ils rappellent que les bureaux doivent rester accessibles au public à toute heure du jour et de la nuit99. En 1912, la ville de Commentry est ainsi le théâtre d’un petit scandale : injoignable, la brigade locale n’aurait pas secouru les victimes d’une agression. Le lieutenant rejette toutefois la faute sur la municipalité, qui refuse d’équiper les abords de la caserne de bec-àgaz – « les plaignants n’ayant pu trouver la cloche par suite de la profonde obscurité qui régnait sous le porche100 ». La vaine tentation du confinement est révolue. Dans les faits comme dans les esprits, la gendarmerie est devenue un service public.

    41Mais cette ouverture manifeste continue d’être subordonnée à l’impératif de discrétion des opérations, et les officiers refusent toujours de partager leurs immeubles avec d’autres institutions ou de laisser les gens entrer sans contrôle dans la caserne ou dans ses dépendances. Si la gendarmerie ressemble désormais bien plus à un centre d’informations qu’à une enceinte militaire, si l’on ne retient pratiquement plus aucun détenu dans des cellules souvent désaffectées, l’arme n’abandonne pas tout à fait ses murs et ses grillages. À juste titre, se disent peut-être les gendarmes ardennais de Revin, qui échappent, dans la nuit du 11 au 12 juin 1891 à un attentat à la dynamite. L’affaire est peu connue, elle n’a guère de retentissement médiatique malgré la seconde attaque, menée, dix jours plus tard, contre la gendarmerie de Charleville. Seuls à s’émouvoir, les journaux locaux s’indignent « contre ces bandits – on peut leur appliquer ce terme, assurément » et relèvent les circonstances aggravantes de l’attentat101. Plus mesuré quoique très partisan, Le Père Peinard évoque, de son côté, « deux gros pétard [qui] n’ont pas bien pété fort ». Est-il vrai que « la gendarmerie, pour se donner des airs, a voulu avoir son petit coup de dynamite102 » ? L’interprétation ne rend pas justice à l’inquiétude bien réelle qui étreint la gendarmerie, en pleine vague d’attentats anarchistes et moins de deux mois après la fusillade de Fourmies qui a attisé les tensions.

    Le défides grèves

    42« La gendarmerie n’est plus une force instituée pour veiller à la sûreté des routes et des campagnes, elle n’a plus que la mission si délicate, si difficile, si ingrate du maintien de l’ordre. » Cette affirmation du pourtant modéré Journal de la Gendarmerie mérite d’être prise au sérieux, tant se sont développés les services aux grèves. La doctrine d’emploi de l’arme distingue deux configurations. En temps ordinaire, les brigades doivent d’abord assurer la surveillance générale de leur circonscription, ce qui inclut naturellement l’agitation ouvrière. Mais dès que la grève prend de l’ampleur, les officiers cèdent l’initiative aux préfets qui peuvent « requérir la réunion sur le point menacé du nombre de brigades nécessaires au rétablissement de l’ordre ». Les gendarmes jouent un rôle d’autant plus important qu’ils sont esseulés sur le front du maintien de l’ordre103. On sait que la troupe prend part aux grandes opérations, mais elle ne joue qu’un rôle d’appui, comme le rappelle la circulaire Waldeck-Rousseau de 1884 : pour toutes les questions intérieures, il faut éviter de mobiliser l’armée. En témoigne le dispositif adopté à Saint-Nazaire en 1889 : au début de la grève, les deux brigades urbaines interviennent seules ; elles sont ensuite épaulées par quatre autres brigades, ainsi que par une cinquantaine de dragons qui restent toutefois confinés dans leur casernement104.

    43Les grandes luttes inscrites dans la mémoire nationale constituent l’écume médiatique d’une activité banale. Il est vrai que ces opérations mobilisent des effectifs gigantesques. En 1892, les grèves de Carmaux mobilisent un millier de gendarmes empruntés à toutes les compagnies du Sud-Ouest105. En 1902, l’arme fait face « à un service que l’on peut qualifier d’extraordinaire106 » : fermeture d’écoles congréganistes en Bretagne, grèves dans la Somme, à Marseille, à Montceau-les-Mines, etc. Dans le bassin houiller du Pas de Calais, ce sont 451 gendarmes à cheval et 514 gendarmes à pied, qui gardent les fosses et qui patrouillent dans les corons107. Un an plus tard, l’industrie textile prend la relève de la contestation, et plus de 600 gendarmes viennent secourir leurs collègues septentrionaux108. Comme l’admet le ministre de l’Intérieur, « le fonctionnement de la police a été à peu près entièrement suspendu pendant trois mois », toutes les brigades de la 1re légion étant réduites à un ou deux hommes109. Les répercussions du conflit se font sentir jusqu’en Ille-et-Vilaine, où « les brigades ont été diminuées pendant de longs jours à trois et quelquefois même à deux hommes110 ».

    44« Cette fâcheuse situation » se reproduit et s’aggrave encore en 1906, quand les grandes grèves minières s’ajoutent au Premier Mai et aux opérations d’inventaires – 1 309 grèves, 438 500 grévistes, près de 5 millions de journées chômées, ce record ne sera pas battu avant la Grande Guerre111. Le plan de protection générale est appliqué autour de Courrières, mobilisant plus de 2 000 hommes, tandis que l’arme doit également assurer la protection des agents des domaines chargés de visiter les lieux de culte. La fin de la Belle Époque est encore marquée par quelques conflits emblématiques, les plus célèbres se nouant à Mazamet, où 400 gendarmes surveillent pendant près de quatre mois la grève des délaineurs112, et à Draveil-Vigneux. Mais les gendarmes doivent surtout faire face à la dispersion des menaces. En avril 1909, la moitié de l’effectif de l’Hérault est affectée à des fonctions de maintien de l’ordre113.

    45Quand le calme se rétablit enfin, il faut tenir compte des réquisitions abusives que les officiers dénoncent sans toujours pouvoir les refuser. La fête patronale de Bédée, les comices de La Chapelle-Chaussée, font ainsi l’objet d’une surveillance spéciale dont on peut soupçonner l’inutilité114. De même du Tour de France naissant et de toutes ces épreuves qui nécessitent d’importantes mesures de protection. C’est ainsi que le lieutenant de Blaye doit régler, la même semaine, la sécurité de la randonnée automobile de L’Auto et le service d’ordre d’une course de bicyclettes115. Toutes les compagnies ne sont pas aussi spécialisées dans le maintien de l’ordre que celle du Nord, qui mobilise 60 gendarmes par jour, en moyenne, pour toute l’année 1910116. Mais tout montre que cette mission « extraordinaire » bascule dans le domaine du service ordinaire.

    46Cette réorientation du service infléchit-elle les représentations du métier ? Du côté du public, où l’on peut dénoncer des « soudards assassins » ; du côté des gendarmes eux-mêmes, où l’on peut soupçonner le retour du modèle prétorien. La question est d’autant plus complexe que les historiens du maintien de l’ordre ont concentré leurs études sur l’entre-deuxguerres et sur la mise en place de la gendarmerie mobile. Comme le rappelle Jean-Marc Berlière, le début du XXe siècle marque toutefois une évolution notable, avec la délimitation plus stricte du périmètre de l’intervention policière, avec le développement de l’intimidation et la mise en œuvre de nouvelles techniques de dispersion. À la lutte frontale contre le désordre succède une plus souple gestion du désordre, qui permet tant bien que mal de modérer l’usage de la violence et qui passe par une spécialisation des forces de maintien de l’ordre117. À l’aune de ce modèle initié par la police parisienne, les forces de gendarmerie départementale servent de repoussoir. Comptables d’une dizaine de morts entre 1900 et 1908, elles incarnent l’échec du modèle ancien, fondé sur des unités polyvalentes et mal préparées à gérer les troubles.

    47L’exemple de Fourmies illustre les insuffisances tragiques de la gendarmerie118. Le 1er mai 1891, une grève préparée longtemps à l’avance secoue cette petite ville textile du Nord. À 6 h du matin, quatre gendarmes de la résidence expulsent les ouvriers qui bloquaient la grille d’une filature. Vers 9 h, une première arrestation échauffe les esprits. Les pierres volent, et l’intervention musclée du lieutenant Julien et de ses gendarmes à cheval aggrave les tensions. Citons le télégramme expédié par le correspondant du Petit Parisien :

    « Cette fois gendarmes interviennent. Foule pousse huées formidables. Rixe s’engage. Gendarme blessé par une brique qui l’atteint au cou, tandis que lieutenant Jullien était blessé à la joue par pierre. Charge produit son effet et terrain est déblayé. Dès ce moment consternation règne en ville. Gendarmes assaillis paraissent surexcités. »

    48Décidée à libérer les prisonniers, la foule campe aux abords de la grand-place. Les gendarmes procèdent encore à quelques arrestations, tandis que le 145e de ligne s’installe. Vers 19 h 30, après plusieurs heures d’un face-à-face tendu, le maréchal des logis Leriche se jette au devant des manifestants pour saisir un jeune ouvrier. La foule se met alors à presser les fantassins qui sont pris de panique et qui ouvrent le feu – on relèvera neuf morts. Malgré les rumeurs des jours suivants119, les gendarmes n’ont pas tiré, et leur rôle est vite occulté par le tumulte médiatique qui cible les guesdistes, les troupes de ligne et les autorités civiles. Le lieutenant Julien120 et le maréchal des logis Leriche restent d’ailleurs en poste à quelques kilomètres de Fourmies. Ils se sont en effet contentés d’obéir aux règles du métier : les arrestations contestées étaient parfaitement légales, de même que les charges de cavalerie, précédées des sommations requises121.

    49Comment rendre compte, pourtant, de la brutalité de ces assauts, où l’on bouscule femmes et enfants, où l’on frappe du plat du sabre, tandis que les chevaux emballés sèment la panique dans la foule ? Il est difficile de démêler ce qui relève de la brutalité de fonction et ce qui procède d’un goût de la provocation. La question est examinée à chaque bavure. Ce sont d’abord, au printemps 1900, les trois morts de Châlons-sur-Saône qui mettent la gendarmerie sur la sellette. Pour le député socialiste Symian, « l’état de surexcitation » des gendarmes est à l’origine de la tragédie : « ils ont perdu la tête ». à quoi Waldeck-Rousseau répond que « la patrouille a été l’objet d’une agression » et a agi en légitime défense – avant d’expliquer avec solennité que « toujours l’expérience a enseigné et enseigne que la gendarmerie, plus habituée au contact des foules, présente toutes les garanties de sang-froid122 ». Cette marque de confiance est remise en cause par la fusillade de Draveil, en 1908. Au terme d’un mois de tension, la brigade locale, commandée par le maréchal des logis Turc, décide d’investir le café Ranque, quartier général des grévistes, pour s’emparer d’un meneur. Deux ouvriers sont tués, une dizaine sont blessés. La légitime défense ne tient pas, comme le reconnaît le juge d’instruction. Le Petit Parisien titre, non sans humour, que « l’enquête judiciaire semble établir que les gendarmes perdirent la tête123 ». Clemenceau paraît même disposé à « leur adresser un blâme sévère124 ». La mise en cause du « gouvernement d’assassins » détourne finalement l’attention, et la gendarmerie peut plaider l’excès isolé.

    50Consciente du risque de dérapage, l’institution développe une pédagogie de la modération. Lisons ce sujet de rédaction proposé en 1901 au concours d’élève-officier de gendarmerie : « Une grève a éclaté aux mines de houille de X. […] Force est restée à la loi. Relatez les faits qui ont accompagné la grève et les mesures prises par la gendarmerie. » Le maréchal des logis Davin profite de l’occasion pour mettre en scène une charge héroïque, « sabre à la main, baïonnette au canon ». Mal lui en prend, puisque le correcteur élimine sa copie (5/20), annotée avec rage : « En vertu de quelle réquisition ? » ; « Imprudence ! Calme, sang-froid et fermeté suffisaient125. » Ces principes patiemment inculqués aux officiers ressurgissent à l’esprit de ce capitaine qui s’exclame, à portée de voix du journaliste de L’Humanité, « c’est abominable ! », lorsqu’il voit un officier de cuirassiers lancer une charge dans une impasse126. Une offensive aussi risquée constitue le contre-exemple de ce que recommande le chef d’escadron Bonnet, dans le mémorandum qu’il distribue à ses subordonnés, le 1er juin 1914. Il y expose les grands principes appliqués dans le Nord depuis la manifestation dunkerquoise du 6 juillet 1912 : intimidation pour écarter les femmes et les enfants ; charges latérales menées par des « réserves de choc » afin de tronçonner le cortège ; fantassins placés le long des canaux du port, « afin d’éviter qu’un manifestant ne se jette à l’eau » ; ouverture d’une voie de dégagement127.

    51Ces procédés modernes ne se généralisent pas avant les années 1930, mais l’emploi des troupes de gendarmerie obéit, dès la Belle Époque, au principe de modération. Les charges de cavalerie sont ainsi bien plus rares que les innombrables gardes statiques. Le plus souvent, les gendarmes mobilisés aux grèves restent enfermés dans leur cantonnement. « Ils s’entassent dans la cour de la caserne, les volets sont fermés », remarque le très critique Journal de Méru qui s’amuse de « leurs inutiles manœuvres128 ». Maintenus à l’écart de la foule par crainte d’une radicalisation du mouvement, les gendarmes doivent faire preuve d’une extrême prudence lors de leurs interventions. Si l’on n’hésitait pas à arrêter un conseiller général socialiste, aux grèves de Vierzon, en 1886, on préfère ne pas saisir le député Baudin qui aurait pourtant menacé les gendarmes de Carmaux, en 1892, et l’on se mord les doigts d’avoir interpellé le député Toussaint, deux ans plus tard, à Trignac129. Loin de ces excès, le brigadier d’Houplines préfère inviter le maire socialiste de sa commune à patrouiller en sa compagnie, afin d’éviter les heurts130. À l’inverse, les gendarmes trop exaltés s’exposent à de sévères punitions, comme le gendarme Penaud, surpris « sabre à la main, sans commandement ni motif plausible131 ».

    52On oublie trop souvent que les formes du maintien de l’ordre dépendent dans une large mesure de l’état d’esprit des agents mobilisés. À cet égard, l’enthousiasme répressif dénoncé par la presse socialiste semble bien plus rare que la résignation attristée. « Au nom d’un grand nombre de gendarmes détachés à Montceau-les-Mines », l’un de ces soldats explique que 300 hommes attendent, pour certains depuis plus de quatre mois, de revoir leur foyer. « Beaucoup veulent remettre leur démission » ou demander leur retraite proportionnelle, « d’aucuns parlent même de refus d’obéissance132 ». On se gardera bien de prendre au pied de la lettre les exagérations traditionnelles de la presse corporatiste, mais on ne peut pas nier la réelle difficulté d’une mission ingrate.

    53Tout commence par l’acheminement des hommes. Partis de leur résidence après un très bref délai de préparation – un à deux jours, parfois moins –, les gendarmes se retrouvent à la gare pour emprunter des convois parfois surchargés. De Montpellier à Decazeville, certains détachements passent près de 36 heures dans des wagons où « les employés de la compagnie des chemins de fer ont voulu faire tenir huit gendarmes et huit chevaux133 ». Rien ne s’arrange, bien au contraire, à l’arrivée à destination. Comment loger des dizaines, parfois des centaines d’hommes, dont un bon tiers de cavaliers accompagnés de leurs montures ? Les gendarmes des Hautes-Alpes envoyés aux grèves de Saint-Etienne « n’ont qu’un lit pliant, avec une couverture, un drap, pas de matelas ni de traversin ». Enfermés, afin de ne pas envenimer le climat des négociations, dans le hangar qui leur sert de caserne, ils « se font apporter leurs repas du dehors134 ». Les dispositifs d’accueil sont parfois plus rudimentaires encore. Lors des grèves de l’automne 1906, à Fougères, le lieutenant héberge les 40 gendarmes à pied dans les moindres recoins de la caserne : « poste de police, magasin des archives, salle d’honneur, une autre salle disponible, le logement d’un gendarme célibataire », sont réquisitionnés135.

    54Ces missions sont aussi inconfortables que mal rémunérées. L’effroyable complexité des primes rend très délicate toute généralisation. On peut toutefois admettre que le gendarme détaché aux grèves touche une indemnité journalière de 2 F 50 qui suffit à peine à payer les frais de bouche. Les militaires doivent d’ailleurs avancer cet argent136, en attendant d’obtenir remboursement. Le chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine considère même que les gendarmes payent plus qu’ils ne gagnent. En tenant compte des repas, du blanchissage, de l’éclairage, de l’usure des tenues, mais aussi des économies réalisées sur le budget domestique, le fantassin perd un peu plus d’1 F, et le cavalier 1 F 60137. Ces dettes sont compensées par l’octroi de divers secours, ainsi que par des « allocations à titre gracieux138 ». Les gendarmes rentrent donc dans leurs fonds, mais ces acrobaties budgétaires ne les réconcilient certainement pas avec ce qui reste une corvée.

    55On sait, en effet, que de nombreux gendarmes cherchent à échapper aux services de maintien de l’ordre. Pour éviter les conflits, les officiers privilégient d’abord le volontariat, en promettant de l’avancement ou des facilités de mutation139. Mais ce système ne suffit pas, et il faut définir un ordre de marche, les hommes se relayant pour rejoindre les détachements en fonction de leur situation familiale. Grâce à ses huit enfants, Chaillot est ainsi « dispensé de grève », tandis que Cantot, célibataire, multiplie les déplacements. Au début du mois de juin 1904, ce jeune gendarme compte déjà cent jours de maintien de l’ordre. « Après avoir discuté l’ordre qui lui était donné de se tenir prêt à partir », le voilà « qui se fait porter malade ». L’œil soupçonneux du chef d’escadron s’arrête sur cette « si opportune affection » avant de laisser filer140. Il faut dire que les certificats de complaisance constituent une pratique courante dans la gendarmerie de la Belle Époque. Comme le regrette le chef d’escadron de l’Hérault, « le personnel recherche toutes les occasions et toutes les raisons pour se soustraire à un éloignement ennuyeux et à un service délicat et pénible141 ». Quand le gendarme Poujol, à peine rentré dans sa brigade du Caylar, reçoit une nouvelle convocation aux grèves de Marseille, il s’exclame aussitôt : « Ce n’est pas mon tour de marcher ! Je réclamerai au commandant. » La faute est grave, mais le chef d’escadron décide « d’excuser une certaine acrimonie » et d’annuler la punition infligée à « cet homme trop longtemps éloigné de sa famille142 ».

    56Peut-être certains savourent-ils les charmes retrouvés de la vie de chambrée et le dépaysement ponctuel ? On ne peut pas l’exclure, mais l’âge, l’habitude du mode de vie familial, la durée du séjour et l’emprise disciplinaire qui pèse sur les détachements affaiblissent la thèse d’un maintien de l’ordre heureux. Lorsque l’attente s’éternise plus d’un mois, les officiers prennent d’ailleurs soin de ménager des permissions, « à la condition que les bénéficiaires ne manœuvreront pas pour rester sous un prétexte quelconque à leur résidence143 ». Observateur des grandes grèves minières de l’automne 1902, le lieutenant Z. souligne le spleen qui saisit la gendarmerie :

    « Là, on ne trouve que des braves gendarmes, expédiés comme nous, brusquement, en quelques heures, des différents points de France et qui paraissent fort dépaysés. Presque tous viennent de Bretagne dont la nostalgie semble les poursuivre. Ils sont perdus dans ce pays inconnu et hostile. Depuis leur arrivée, ils n’ont pu de défaire du malaise où les ont plongés les manifestations nocturnes. […] Ils semblent se demander dans quel étrange pays ils sont tombés144. »

    57Au déracinement, s’ajoute, en effet, l’angoisse d’un service difficile et dangereux. La presse s’intéresse aux sentiments des gendarmes et pratique – non sans inventivité – l’art naissant de l’interview. On prête des paroles indignées à un vieux gendarme – « j’ai fait Reischoffen, et des galopins s’amusent à dire que je ne suis pas soldat ! » – et une résignation fatiguée aux détachements du Midi – « nous ne savons pas où nous allons, […] on nous insulte, mais nous sommes déjà habitués145 ». Peu importe l’invraisemblance de ces propos reconstitués, l’essentiel est que tous les observateurs imaginent le gendarme malheureux.

    58Laissons le mot de la fin au jeune gendarme Duhamel : « On ne peut pas oublier qu’il s’agit, non pas d’ennemis déclarés, comme à la guerre, mais de compatriotes qui n’ont sans doute que cet ultime moyen pour faire aboutir des revendications peut-être justifiées146. » En rappelant que le maintien de l’ordre s’inscrit dans le droit fil du service de surveillance ordinaire147, en confiant cette mission à des brigades qui fréquentent journellement les futurs grévistes et qui comprennent parfois leurs revendications, les gouvernements prennent le risque d’ignorer la spécificité d’une mission sensible et de maintenir une polyvalence archaïque. Mais ils se prémunissent du danger, peut-être plus immédiat, de créer des troupes « spécialement vouées à la répression », qui, si l’on en croit Alphonse Aulard, « deviendraient bien vite féroces et prétoriennes148 ». On a peut-être trop rapidement disqualifié cette opinion républicaine à la lumière des succès ultérieurs de la garde républicaine mobile. À la Belle Époque, rien n’autorisait à croire qu’une force spécialisée dans le maintien de l’ordre pût faire preuve d’une compréhension intime des masses manifestantes149.

    59Il n’est pas question de sous-estimer la violence du maintien de l’ordre, ni de nier la réelle hostilité qui s’installe entre l’ouvrier et le gendarme. La montée des affrontements ternit l’image du bicorne dans les faubourgs ouvriers. Mais cette détérioration est moins importante que ne le craignait le général Sousselier, chargé d’inspecter la légion du Nord en 1899 :

    « Nulle part la mission des chefs de brigade et des gendarmes ne peut être plus difficile que dans certaines contrées de la région du Nord, et il est vraiment extraordinaire de voir de quel prestige jouissent auprès des populations ces fonctionnaires militaires qui, à certaines époques, ont dû avoir recours contre elles à la répression. »

    60Pour comprendre ce paradoxe, les officiers rappellent que « le zèle et le dévouement » sont unanimement respectés, ainsi que « l’esprit militaire » qui préside à l’estime publique. À cette explication officielle, on sera tenté de préférer une autre grille de lecture fondée sur la proximité qui se renforce entre le corps et la population à la fin du XIXe siècle. En endossant l’uniforme, la recrue n’éprouve plus le besoin de se couper de la société pour jouer son rôle de gendarme. Au contraire, la fierté du métier s’alimente désormais à la source de l’utilité publique.

    Notes de bas de page

    1 Cité par le Journal de la Gendarmerie, 29 janvier 1897.

    2 Le Gaulois, 17 février 1897.

    3 Parmi les gendarmes actifs en 1890, 46,1 % sont originaires du monde agricole (41,0 % pour les gendarmes de 1857), 32,0 % proviennent de l’artisanat (31,8 %). Leurs carrières professionnelles s’étendent en moyenne sur 19,4 ans (18,3 ans)… Ces exemples montrent bien la très forte ressemblance qui unit les gendarmes à un peu plus d’une génération d’écart.

    4 « De trente à quarante ans, l’embonpoint se développe forcément » ; Moniteur de la Gendarmerie, 22 juillet 1883. Les photographies de brigades de la Belle Époque confirment visuellement cette hypothèse dont on peut également proposer une validation statistique sommaire : sur une quarantaine de gendarmes dont on connaît le gabarit à la veille de la Première guerre mondiale, la moyenne s’établit à 1 m 68 pour 85 kg.

    5 Les gendarmes figurent, de plus, au bas de l’échelle, puisque 57 % des pensions dépassent alors la barre des 1 200 F, rarement atteinte dans l’arme ; E. Feller, Histoire de la vieillesse en France, 1900-1960. Du vieillard au retraité, Paris, Seli Arslan, 2002, p. 221-225.

    6 L’Écho de la Gendarmerie, 22 mai 1898 et 10 décembre 1906. Proposition Grillon, Girod, Bouffandeau, cité par L’Écho de la Gendarmerie, 5 juillet 1908.

    7 G. Dupeux, Aspects de l’histoire sociale et politique du Loir-et-Cher (1848-1914), Paris, Imprimerie Nationale, 1962, p. 262.

    8 F. Braudel, E. Labrousse (dir.), Histoire économique et sociale de la France, tome 4, L’ère industrielle et la société d’aujourd’hui, Paris, PUF, 1979, p. 491 ; M. Pinet (dir.), Histoire de la fonction publique en France, tome 3, Les XIXe et XXe siècles, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1993, p. 330-332.

    9 Journal de la Gendarmerie, 11 août 1893 et 26 juin 1903. Voir aussi L’Écho de la Gendarmerie, 16 avril 1893.

    10 J.-F. Chanet, « Vocation et traitement. Réflexions sur la “nature sociale” du métier d’instituteur dans la France de la Troisième République », RHMC, juillet 2000, p. 598. On remarquera que L’Écho de la Gendarmerie évoque des instituteurs touchant 4 000 F pour onze élèves ! ; L’Écho de la Gendarmerie, 25 février 1900.

    11 L. Pélatant, op. cit., p. 282.

    12 M. Vogel, Les polices des villes entre local et national : l’administration des polices urbaines sous la Troisième République, doctorat, sciences politiques, F. D’Arcy (dir.), Grenoble, 1993, p. 111-114.

    13 J. Clinquart, L’administration des douanes en France…, op. cit., t. 1, p. 509 ; t. 2, p. 641 ; t. 3, p. 519 et 715-716.

    14 SHD-GN, 977, rapport du lieutenant de Romorantin au colonel, 3 mai 1900. Ces conclusions se retrouvent sous la plume de plusieurs autres officiers.

    15 Journal de la Gendarmerie, 22 juin 1900.

    16 Journal de la Gendarmerie, 13 janvier 1907.

    17 F. Mahé, op. cit., p. 236.

    18 Paoli, L’orpheline du gendarme, 1885, p. 11. Dans l’arrondissement de Romorantin, une dizaine de commerçants accordent des réductions spéciales aux gendarmes ; SHD-GN, 977, rapport du lieutenant, 24 février 1905.

    19 E. Le Roy-Ladurie, L’argent, l’amour, la mort en pays d’oc, Paris, Le Seuil, 1980, 585 p.

    20 L’Écho de la Gendarmerie, 22 janvier 1893.

    21 P. Bourdieu, Le bal des célibataires. Crise de la société paysanne en Béarn, Paris, Le Seuil, 2002, p. 72, 102-104 et 154.

    22 Le Gendarme, 20 juillet 1904. SHD-GN, 35E 23, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 4 juillet 1911.

    23 Journal de la Gendarmerie, 2 avril 1897.

    24 SHD-GN, 5E 10, note du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 15 avril 1903 ; 34E 8, note du chef d’escadron de l’Hérault, 27 juillet 1907.

    25 SHD-GN, 35E 8, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 11 juin 1906.

    26 SHD-GN, 5E 4, punition infligée au brigadier Collomb, 20 décembre 1900.

    27 SHD-GN, 34E 15 et 8, punition infligée au gendarme Vigroux, 21 novembre 1913 et note de service du chef d’escadron de l’Hérault, 7 septembre 1907.

    28 SHD-GN, 35E 23, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 4 juillet 1911.

    29 SHD-GN, 34E 2, punition infligée au gendarme Coste, 1er mars 1903.

    30 Les mêmes observations s’appliquent pour Paris : Q. Deluermoz, « Quelques échelles de la violence. Les policiers en tenue et l’espace parisien dans la seconde moitié du XIXe siècle », Déviance et Société, 2008-1, p. 75-88.

    31 On ne peut pas encore établir de comptabilité précise pour ces deux années. On sait néanmoins qu’au moins 21 gendarmes départementaux sont tués en 1870, et un peu plus de 50 en 1871. La guerre franco-prussienne, puis la répression de la Commune, expliquent l’essentiel de ces décès.

    32 La Corse, les départements algériens et les colonies comptent encore un très grand nombre de tués.

    33 A. Corbin, « L’histoire de la violence dans les campagnes françaises au XIXe siècle. Esquisse d’un bilan », Ethnologie française, no 3, 1991, p. 233 ; C. Thibon, « L’ordre public villageois : le cas du Pays de Sault (1848-1914), in Maintien de l’ordre et polices en France et en Europe au XIXe siècle, Paris, Créaphis, 1987, pp. 309-325 ; C. Chatelard, Crime et criminalité dans l’arrondissement de Saint-Etienne au XIXe siècle, Saint-Étienne, Centre d’études foréziennes, 1981, p. 96-97.

    34 Le 31 janvier 1912, la brigade d’Angerville engage, à bicyclette, la poursuite des cambrioleurs de la gare d’Orléans qui ont pris la direction d’Étampes. À peine les a-t-il rejoints que le brigadier Dormoy est atteint d’une balle en pleine poitrine.

    35 Le gendarme Bermond, de Lunel, est tué en 1910 par un braconnier. En janvier 1914, une bande de pilleurs de vignes tue un autre gendarme de la même résidence et blesse trois de ses collègues ; L’Écho de la Gendarmerie, 4 décembre 1910 et 8 février 1914.

    36 A.-C. Ambroise-Rendu, Crimes et délits. Une histoire de la violence de la Belle Époque à nos jours, Paris, Nouveau Monde, 2006, p. 62. Cordonnier parisien, Liabeuf assassine, le 8 janvier 1910, le gardien de la paix qui l’avait fait condamner pour proxénétisme. Le retentissement de ce fait divers est considérable.

    37 SHD-GN, 35E 17, notes du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 1er septembre et 27 juillet 1909.

    38 SHD-GN, 34E 2, notes du chef d’escadron de l’Hérault, 25 et 26 janvier 1903.

    39 SHD-GN, 878, note de service du chef de légion, 23 mai 1908.

    40 SHD-GN, 34E 11, note de service du chef de légion, 12 janvier 1910.

    41 Moniteur de la Gendarmerie, 6 novembre 1881.

    42 Jugement du tribunal correctionnel de Rennes du 9 février 1876, confirmé par l’arrêt de la Cour de Cassation du 13 avril 1876, cité par une lettre du chef d’escadron des Hautes-Alpes au procureur de la République, 6 septembre 1902 (SHD-GN, 5E 8).

    43 Certains procureurs expliquent en effet aux officiers que le succès de leur plainte en diffamation est conditionné à l’ouverture simultanée d’une procédure contre les gendarmes incriminés ; SHD-GN, 34E 10, note du chef d’escadron de l’Hérault, 21 novembre 1908 ; 35E 21, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 24 septembre 1910.

    44 SHD-GN, 5E 2, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes au chef de légion, 17 février 1899.

    45 A. Jarry, Psychologie expérimentale du gendarme…, art. cit., p. 188.

    46 On cite ici la version enregistrée par les frères Jacques en 1955 ; Y. Galera, « Quand Orphée rencontre Pandore : le gendarme en ballades », Sociétés & Représentations, no 16, septembre 2003, p. 129. L’origine de cette chanson est controversée, mais sa popularisation date des dernières décennies du XIXe siècle.

    47 M. Allain et P. Souvestre, Juve contre Fantômas, Paris, Fayard, 1911. Voir aussi D. Kalifa, Crime et culture au XIXe siècle, Paris, Perrin, 2005, p. 116-129.

    48 C. Cosnier et A. Hélard, op. cit., p. 261.

    49 Y. Galera, « Quand Orphée rencontre Pandore. Le gendarme en ballades », Sociétés & Représentations, no 16, septembre 2003, p. 116-120.

    50 M. Pénet, Mémoire de la chanson. Mille chansons du Moyen Âge à 1919, Paris, Omnibus, 1998, p. 700-701. écrite en 1890, la chanson connaîtra un immense succès après 1918, avec l’interprétation de Bach et Laverne, récemment rééditée chez Frémeaux Disques.

    51 A. Lignereux, « Rosser le gendarme dans les spectacles de marionnettes au XIXe siècle : une école de rébellion ? », Sociétés & Représentations, no 16, septembre 2003, p. 101.

    52 Cité par A. Lignereux, Présence et représentations des gendarmes dans la France du XIXe siècle, DEA, J.-N. Luc (dir.), Paris IV, 2002, p. 91.

    53 Archives Gaumont, 9800GPRIM00116, Les cambrioleurs, 1898 ; 0200GPRIM00544, Les chiens savants, 1902.

    54 L’Écho de la Gendarmerie, 18 juillet 1909.

    55 Q. Deluermoz, « Images de policiers, images de gendarmes. Vers un modèle commun de représentants de l’ordre dans la France de la seconde moitié du XIXe siècle », Sociétés & Représentations, 2003, no 16, p. 199-212.

    56 E. Carré, Les gendarmes à pied, 1890, in M. Pénet, op. cit.

    57 A. Corbin, « Paris-Province », in P. Nora (dir.), Les lieux de mémoire…, op. cit.

    58 H. James, Voyages en France, Paris, R. Laffont, 1987, p. 101 et 132.

    59 APP, Iconog 006, cartes postales s. l., s. d. ; Le Petit Calaisien, 2 février 1887.

    60 AD Somme, 1Z 592, lettre du sous-préfet d’Abbeville au préfet, 24 septembre 1853.

    61 Journal de la Gendarmerie, 1er juin 1872 et 21 septembre 1875.

    62 AD Pyrénées-Orientales, 5R 14, lettre du maire de Boulou au préfet, 20 juin 1883 ; lettre du maire de Saint-Geniès au préfet, 16 juillet 1885. En 1898, Le Matin reprend l’argument en s’inquiétant de voir que les brigades ne participent pas toujours aux défilés ; Le Gendarme, 20 juillet 1898.

    63 Moniteur de la Gendarmerie, 5 juillet 1885 ; circulaire du 17 mai 1886, citée par le Journal de la Gendarmerie, 1er juin 1886.

    64 Instruction pour les inspecteurs généraux de la gendarmerie pour 1887, 7 avril 1887.

    65 M. Genevoix, Au cadran de mon clocher, Paris, Presses de la Cité, 1969, p. 71-72.

    66 Journal de Senlis, cité par Le Gendarme, 30 avril 1897.

    67 L’Écho de la Gendarmerie, 16 et 20 mai 1888, 3 septembre 1893.

    68 L’Avenir de la Gendarmerie, 10 novembre 1894.

    69 Ordre général de l’inspecteur Desloy pour la 9e légion, cité par L’Écho de la Gendarmerie, 24 août 1902.

    70 SHD-GN, 39E 45, note de service du 25 juillet 1908 ; 34E 7, note du chef d’escadron de l’Hérault, 30 avril 1906 ; 2E 46-47, notes du capitaine de Soissons, 20 mai 1901 et 7 octobre 1903.

    71 Journal de la Gendarmerie, 24 janvier 1909 ; L’Écho de la Gendarmerie, 10 janvier 1909 ; Le Progrès de la Gendarmerie, 5 juin 1911 et 5 septembre 1912.

    72 « La maladresse de ce sous-officier était telle que j’ai dû le faire rentrer pour ne pas l’exposer aux critiques du public » ; SHD-GN, 34E 3, punition infligée au maréchal des logis Taurine, 2 avril 1903.

    73 L’Écho de la Gendarmerie, 18 mai 1890, 21 septembre 1902, 5 février 1911.

    74 H. Seignobosc, Une arme inconnue. La Gendarmerie, Paris, Charles-Lavauzelle, 1912, p. 70.

    75 Moniteur de la Gendarmerie, 2 août 1885, 20 juillet 1890.

    76 L’Ouest-Éclair, 6, 9, 11 août 1899 ; C. Cosnier et A. Hélard, op. cit.

    77 Cité par Le Gendarme, 10 novembre 1904.

    78 S. Le Pajolec, « Cinégénie du gendarme : la série du Gendarme de Saint-Tropez », Sociétés & Représentations, no 16, septembre 2003, p. 131-146.

    79 C’est par cette formule que Richard Hoggart désigne les policiers anglais étrangers à la classe ouvrière et intrus dans les quartiers populaires ; R. Hoggart, 33 Newport Street, Paris, Gallimard-Le Seuil, Paris, 1991, p. 116.

    80 R. Cazals, Avec les ouvriers de Mazamet…, op. cit., p. 110.

    81 SHD-GN, 5E 3, lettre du chef d’escadron des Hautes-Alpes au préfet, 13 avril 1900 ; 35E 9, lettre du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine au préfet, 1er février 1907.

    82 AD Nord, 4N 444, notes de l’architecte départemental, [1837] ; 4N 463, notes du même, 1829.

    83 Courrier de la Sologne, 26 février 1888.

    84 AD Nord, 4N 428, devis de l’architecte départemental, 1841.

    85 AD Somme, KZ 894, lettre du chef d’escadron de la Somme au préfet, 2 mai 1882. Il faut même attendre 1899 pour que l’on se décide à réparer l’oubli dans certaines brigades des Hautes-Alpes ; SHD-GN, 5E 2, note du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 5 juillet 1899.

    86 AD Nord, 5R 51, lettres du chef d’escadron du Nord au préfet, 17 septembre 1853 et 1er octobre 1858 ; AD Somme, KZ 894, lettre du sous-préfet de Doullens au préfet, 13 août 1853.

    87 En mai 1878, une circulaire demande aux mairies, aux casernes et aux écoles d’arborer le drapeau tricolore, « seul signe distinctif qui puisse les faire reconnaître » ; cité par J.-F. Chanet, Vers l’armée nouvelle…, op. cit., p. 249.

    88 SHD-GN, 34E 10, lettre du chef d’escadron de l’Hérault au préfet, 12 mars 1909 ; 5E 2 et 5, lettres du chef d’escadron des Hautes-Alpes au préfet, 8 juin 1899 et 12 juillet 1901.

    89 SHD-GN, 5E 4, note du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 25 août 1900.

    90 Le Petit Méridional, 1er septembre et 3 septembre 1897.

    91 AD Gironde, 4N 157 et 177, plans des casernes de Belin et de Gensac, [vers 1885]. AD Nord, 4N 416, plans modèles [vers 1880]. AD Somme, KZ 894, projets de construction, s. d. [1877].

    92 SHD-GN, 5E 1 et 19, lettres du chef d’escadron des Hautes-Alpes au préfet, 21 octobre 1898 et 26 septembre 1906.

    93 SHD-GN, 3804, note du chef d’escadron de la Gironde, 13 juillet 1907.

    94 Voir notamment, SHD-GN, 5E 19, lettre du chef d’escadron des Hautes-Alpes au préfet, 1er juin 1906.

    95 SHD-GN, 5E 7, lettre du chef d’escadron des Hautes-Alpes au préfet, 10 juillet 1902.

    96 SHD-GN, 953 bis, note de service du chef d’escadron du Loir-et-Cher, 18 février 1897 ; rapport du lieutenant de Romorantin, 29 juillet 1896 ; 34E 7, note de service du chef d’escadron de l’Hérault, 13 mars 1907.

    97 SHD-GN, 35E 3, note de service du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 18 juin 1904.

    98 SHD-GN, 2E 45, note du capitaine de Soissons, 2 février 1907 ; 3804, note du lieutenant de Lesparre, 11 juin 1910.

    99 Ce principe est affirmé par L’Écho de la Gendarmerie, le 4 octobre 1896. Le chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine signale d’ailleurs que le dimanche est le principal jour d’affluence au bureau de la caserne ; SHD-GN, 35E 20, note du 23 juin 1910.

    100 SHD-GN, 3E 11-12, lettres du chef d’escadron de l’Allier au préfet, 29 juin 1911 et 12 septembre 1912.

    101 L’Écho des Ardennes, 24 juin 1891.

    102 Le Père Peinard, 5 juillet 1891.

    103 J.-C. Jauffret, « Armée et pouvoir politique. La question des troupes spéciales chargées du maintien de l’ordre en France de 1871 à 1914 », Revue Historique, no 547, juillet-septembre 1983, p. 97-144.

    104 Y. Guin, Le mouvement ouvrier nantais. Essai sur le syndicalisme d’action directe à Nantes et à Saint-Nazaire, Paris, Maspéro, 1976, p. 262-264.

    105 L’Écho de la Gendarmerie, 3 janvier 1892 ; R. Trempé, Les mineurs de Carmaux (1848-1914), Paris, Éditions ouvrières, 1971, 1011 p.

    106 Journal de la Gendarmerie, 6 février 1903.

    107 D. Cooper-Richet, « Le Plan général de Protection à l’épreuve de la grève des mineurs du Nord-Pas de Calais (septembre-novembre 1902) », in Maintien de l’ordre et police en France et en Europe au XIXe siècle, Paris, Créaphis, 1987, p. 397-413.

    108 A. Gérard, « La grande grève textile dans le Nord en 1903 : un cas d’école », in P. Guignet (dir.), Le peuple des villes dans l’Europe du Nord-Ouest (fin du Moyen Âge 1945), t. 2, p. 311-327.

    109 SHD-AT, 7N 44, lettre du ministre de l’Intérieur au ministre de la Guerre, 12 mai 1905.

    110 SHD-GN, 35E 5, rapport du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 24 septembre 1904.

    111 M. Perrot, Jeunesse de la grève. France, 1871-1890, Paris, Le Seuil, 1984, p. 23.

    112 R. Cazals, Avec les ouvriers de Mazamet, dans la grève et l’action quotidienne, 1909-1914, Paris, Maspéro, 1978, 350 p. La grève commence le 10 janvier 1909 et s’achève le 7 mai. Les renforts de gendarmerie sont sur place du 23 février jusqu’à la fin du mois de mai.

    113 SHD-GN, 34E 11, lettre du chef d’escadron de l’Hérault au préfet, 18 juillet 1909.

    114 SHD-GN, 35E 11, 17, 8, notes du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 25 octobre 1907, 15 septembre 1909, 17 mai 1906.

    115 SHD-GN, 3784, notes du lieutenant de Blaye, 10 et 14 mars 1912.

    116 AD Nord, M 619-56, rapport du chef d’escadron du Nord, 8 février 1911. Cet officier recense un total de 21 696 journées consacrées au maintien de l’ordre.

    117 J.-M. Berlière, « Vers la police contemporaine », in M. Aubouin, A. Teyssier, J. Tulard (dir.), Histoire et dictionnaire de la police du Moyen Âge à nos jours, Paris, Robert Laffont, 2005, p. 378-380.

    118 On dispose d’un dossier extrêmement détaillé (AN, F7 12527), qui a déjà été exploité dans un récit remarquablement informé ; J.-L. Chappat et A. Pierrard, La fusillade de Fourmies, Paris, Miroirs, 1991, 344 p.

    119 « On raconte dans le pays [...] qu’un gendarme traité de lâche voulut lui prouver combien cette épithète était imméritée. Il lança sur elle son cheval, la renversa et, comme elle était à terre, lui brûla la cervelle » ; AN, F7 12527, rapport du commissaire spécial de Valenciennes, 5 mai 1891.

    120 Né en 1847, fils d’un manouvrier illettré, le lieutenant Julien reste dans l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe jusqu’à sa retraite, en 1899. Son dossier de carrière n’évoque pas la fusillade de Fourmies ; SHD-AT, 5 Yf 8859, dossier Alexandre Julien.

    121 AN, F7 12527, télégramme du préfet du Nord au ministre de l’Intérieur, 3 mai 1891.

    122 L’Écho de la Gendarmerie, 25 juin et 21 octobre 1900. Le conseil de guerre acquitte les gendarmes après avoir reconnu la légitime défense. Il est vrai que 22 gendarmes avaient été blessés dans l’affrontement, dont 3 gravement.

    123 J. Julliard, Clemenceau briseur de grèves. L’affaire de Draveil, Villeneuve-Saint-Georges (1908), Paris, Julliard, 1965, p. 48-53.

    124 C’est ce qu’affirme un « représentant de L’Humanité » au comité directeur de la CGT ; AN, F7 12914, rapport de police du 5 juin 1908.

    125 SHD-AT, 8 Yf 4806, dossier Jules Davin, composition au concours des élèves-officiers, 1901.

    126 J. Julliard, op. cit., p. 91.

    127 Bonnet (chef d’escadron), Psychologie des attroupements, Lille, ms, 1er juillet 1914.

    128 Journal de Méru, 4 et 11 avril 1909.

    129 P. Miquel, op. cit., p. 302 ; L’Écho de la Gendarmerie, 23 octobre 1892 ; Le Petit Méridional, 10 mai 1894 ; Y. Guin, op. cit., p. 300. L’arrestation de Toussaint n’est pas maintenue, mais elle se solde par un important débat sur l’immunité parlementaire ; C. Geslin, Le syndicalisme ouvrier en Bretagne jusqu’à la Première guerre mondiale, Saint-Hippolyte-du-Fort, Espace-Ecrits, p. 172-175 et 678-684.

    130 A. Gérard, art. cit., p. 318.

    131 SHD-GN, 34E 7, punition infligée au gendarme Penaud, 15 octobre 1906.

    132 « La gendarmerie aux grèves », L’Écho de la Gendarmerie, 29 juin 1902.

    133 SHD-GN, 34E 1, rapport du chef d’escadron de l’Hérault, 2 décembre 1902.

    134 SHD-GN, 5E 9, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 15 décembre 1902.

    135 SHD-GN, 35E 9, rapport du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 18 novembre 1906.

    136 Le chef d’escadron des Hautes-Alpes souligne les difficultés du gendarme envoyé en maintien de l’ordre à la fin du mois, « quand il ne reste plus d’argent disponible dans le ménage » ; SHD-GN, 5E 9, note du 15 décembre 1902.

    137 SHD-GN, 35E 4, rapport du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 3 juillet 1904.

    138 L’Écho de la Gendarmerie, 25 mars 1906. SHD-GN, 35E 27, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 28 septembre 1912. Journal de la Gendarmerie, 15 février 1901.

    139 Journal de la Gendarmerie, 18 avril 1902.

    140 SHD-GN, 35E 4, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 9 et 11 juin 1904.

    141 SHD-GN, 34E 14, rapport du chef d’escadron de l’Hérault, 3 mai 1912.

    142 SHD-GN, 34E 12, levée de la punition infligée au gendarme Poujol, 22 novembre 1910.

    143 SHD-GN, 34E 8, note de service du chef d’escadron de l’Hérault, 18 juillet 1907.

    144 Lieutenant Z., L’armée aux grèves, Paris, 1904, p. 94-95.

    145 Cités par L’Écho de la Gendarmerie, 30 octobre 1892 et par Le Gendarme, 1er juillet 1907.

    146 J. Duhamel, op. cit., fo 4.

    147 L. Lopez, « Avant les gaz lacrymogènes : les liaisons dangereuses du maintien de l’ordre, de la police politique et de la police judiciaire en France durant la Troisième République », Déviance et Société, 2008-1, p. 89-100.

    148 La Dépêche, 2 août 1907 ; cité par L. Larrieu, op. cit., p. 603.

    149 Cette question est discutée par A. Johansen, Soldiers as Police. The French and Prussian Armies and the Policing of Popular Protest, 1889-1914, Aldershot, Ashgate, 2005, 329 p. Elle fait également l’objet de nouvelles mises au point dans le dossier spécial, La violence d’État : les fragiles naissances du maintien de l’ordre (1830-1930) de Déviance et Société, 2008-1.

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    1 Cité par le Journal de la Gendarmerie, 29 janvier 1897.

    2 Le Gaulois, 17 février 1897.

    3 Parmi les gendarmes actifs en 1890, 46,1 % sont originaires du monde agricole (41,0 % pour les gendarmes de 1857), 32,0 % proviennent de l’artisanat (31,8 %). Leurs carrières professionnelles s’étendent en moyenne sur 19,4 ans (18,3 ans)… Ces exemples montrent bien la très forte ressemblance qui unit les gendarmes à un peu plus d’une génération d’écart.

    4 « De trente à quarante ans, l’embonpoint se développe forcément » ; Moniteur de la Gendarmerie, 22 juillet 1883. Les photographies de brigades de la Belle Époque confirment visuellement cette hypothèse dont on peut également proposer une validation statistique sommaire : sur une quarantaine de gendarmes dont on connaît le gabarit à la veille de la Première guerre mondiale, la moyenne s’établit à 1 m 68 pour 85 kg.

    5 Les gendarmes figurent, de plus, au bas de l’échelle, puisque 57 % des pensions dépassent alors la barre des 1 200 F, rarement atteinte dans l’arme ; E. Feller, Histoire de la vieillesse en France, 1900-1960. Du vieillard au retraité, Paris, Seli Arslan, 2002, p. 221-225.

    6 L’Écho de la Gendarmerie, 22 mai 1898 et 10 décembre 1906. Proposition Grillon, Girod, Bouffandeau, cité par L’Écho de la Gendarmerie, 5 juillet 1908.

    7 G. Dupeux, Aspects de l’histoire sociale et politique du Loir-et-Cher (1848-1914), Paris, Imprimerie Nationale, 1962, p. 262.

    8 F. Braudel, E. Labrousse (dir.), Histoire économique et sociale de la France, tome 4, L’ère industrielle et la société d’aujourd’hui, Paris, PUF, 1979, p. 491 ; M. Pinet (dir.), Histoire de la fonction publique en France, tome 3, Les XIXe et XXe siècles, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1993, p. 330-332.

    9 Journal de la Gendarmerie, 11 août 1893 et 26 juin 1903. Voir aussi L’Écho de la Gendarmerie, 16 avril 1893.

    10 J.-F. Chanet, « Vocation et traitement. Réflexions sur la “nature sociale” du métier d’instituteur dans la France de la Troisième République », RHMC, juillet 2000, p. 598. On remarquera que L’Écho de la Gendarmerie évoque des instituteurs touchant 4 000 F pour onze élèves ! ; L’Écho de la Gendarmerie, 25 février 1900.

    11 L. Pélatant, op. cit., p. 282.

    12 M. Vogel, Les polices des villes entre local et national : l’administration des polices urbaines sous la Troisième République, doctorat, sciences politiques, F. D’Arcy (dir.), Grenoble, 1993, p. 111-114.

    13 J. Clinquart, L’administration des douanes en France…, op. cit., t. 1, p. 509 ; t. 2, p. 641 ; t. 3, p. 519 et 715-716.

    14 SHD-GN, 977, rapport du lieutenant de Romorantin au colonel, 3 mai 1900. Ces conclusions se retrouvent sous la plume de plusieurs autres officiers.

    15 Journal de la Gendarmerie, 22 juin 1900.

    16 Journal de la Gendarmerie, 13 janvier 1907.

    17 F. Mahé, op. cit., p. 236.

    18 Paoli, L’orpheline du gendarme, 1885, p. 11. Dans l’arrondissement de Romorantin, une dizaine de commerçants accordent des réductions spéciales aux gendarmes ; SHD-GN, 977, rapport du lieutenant, 24 février 1905.

    19 E. Le Roy-Ladurie, L’argent, l’amour, la mort en pays d’oc, Paris, Le Seuil, 1980, 585 p.

    20 L’Écho de la Gendarmerie, 22 janvier 1893.

    21 P. Bourdieu, Le bal des célibataires. Crise de la société paysanne en Béarn, Paris, Le Seuil, 2002, p. 72, 102-104 et 154.

    22 Le Gendarme, 20 juillet 1904. SHD-GN, 35E 23, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 4 juillet 1911.

    23 Journal de la Gendarmerie, 2 avril 1897.

    24 SHD-GN, 5E 10, note du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 15 avril 1903 ; 34E 8, note du chef d’escadron de l’Hérault, 27 juillet 1907.

    25 SHD-GN, 35E 8, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 11 juin 1906.

    26 SHD-GN, 5E 4, punition infligée au brigadier Collomb, 20 décembre 1900.

    27 SHD-GN, 34E 15 et 8, punition infligée au gendarme Vigroux, 21 novembre 1913 et note de service du chef d’escadron de l’Hérault, 7 septembre 1907.

    28 SHD-GN, 35E 23, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 4 juillet 1911.

    29 SHD-GN, 34E 2, punition infligée au gendarme Coste, 1er mars 1903.

    30 Les mêmes observations s’appliquent pour Paris : Q. Deluermoz, « Quelques échelles de la violence. Les policiers en tenue et l’espace parisien dans la seconde moitié du XIXe siècle », Déviance et Société, 2008-1, p. 75-88.

    31 On ne peut pas encore établir de comptabilité précise pour ces deux années. On sait néanmoins qu’au moins 21 gendarmes départementaux sont tués en 1870, et un peu plus de 50 en 1871. La guerre franco-prussienne, puis la répression de la Commune, expliquent l’essentiel de ces décès.

    32 La Corse, les départements algériens et les colonies comptent encore un très grand nombre de tués.

    33 A. Corbin, « L’histoire de la violence dans les campagnes françaises au XIXe siècle. Esquisse d’un bilan », Ethnologie française, no 3, 1991, p. 233 ; C. Thibon, « L’ordre public villageois : le cas du Pays de Sault (1848-1914), in Maintien de l’ordre et polices en France et en Europe au XIXe siècle, Paris, Créaphis, 1987, pp. 309-325 ; C. Chatelard, Crime et criminalité dans l’arrondissement de Saint-Etienne au XIXe siècle, Saint-Étienne, Centre d’études foréziennes, 1981, p. 96-97.

    34 Le 31 janvier 1912, la brigade d’Angerville engage, à bicyclette, la poursuite des cambrioleurs de la gare d’Orléans qui ont pris la direction d’Étampes. À peine les a-t-il rejoints que le brigadier Dormoy est atteint d’une balle en pleine poitrine.

    35 Le gendarme Bermond, de Lunel, est tué en 1910 par un braconnier. En janvier 1914, une bande de pilleurs de vignes tue un autre gendarme de la même résidence et blesse trois de ses collègues ; L’Écho de la Gendarmerie, 4 décembre 1910 et 8 février 1914.

    36 A.-C. Ambroise-Rendu, Crimes et délits. Une histoire de la violence de la Belle Époque à nos jours, Paris, Nouveau Monde, 2006, p. 62. Cordonnier parisien, Liabeuf assassine, le 8 janvier 1910, le gardien de la paix qui l’avait fait condamner pour proxénétisme. Le retentissement de ce fait divers est considérable.

    37 SHD-GN, 35E 17, notes du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 1er septembre et 27 juillet 1909.

    38 SHD-GN, 34E 2, notes du chef d’escadron de l’Hérault, 25 et 26 janvier 1903.

    39 SHD-GN, 878, note de service du chef de légion, 23 mai 1908.

    40 SHD-GN, 34E 11, note de service du chef de légion, 12 janvier 1910.

    41 Moniteur de la Gendarmerie, 6 novembre 1881.

    42 Jugement du tribunal correctionnel de Rennes du 9 février 1876, confirmé par l’arrêt de la Cour de Cassation du 13 avril 1876, cité par une lettre du chef d’escadron des Hautes-Alpes au procureur de la République, 6 septembre 1902 (SHD-GN, 5E 8).

    43 Certains procureurs expliquent en effet aux officiers que le succès de leur plainte en diffamation est conditionné à l’ouverture simultanée d’une procédure contre les gendarmes incriminés ; SHD-GN, 34E 10, note du chef d’escadron de l’Hérault, 21 novembre 1908 ; 35E 21, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 24 septembre 1910.

    44 SHD-GN, 5E 2, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes au chef de légion, 17 février 1899.

    45 A. Jarry, Psychologie expérimentale du gendarme…, art. cit., p. 188.

    46 On cite ici la version enregistrée par les frères Jacques en 1955 ; Y. Galera, « Quand Orphée rencontre Pandore : le gendarme en ballades », Sociétés & Représentations, no 16, septembre 2003, p. 129. L’origine de cette chanson est controversée, mais sa popularisation date des dernières décennies du XIXe siècle.

    47 M. Allain et P. Souvestre, Juve contre Fantômas, Paris, Fayard, 1911. Voir aussi D. Kalifa, Crime et culture au XIXe siècle, Paris, Perrin, 2005, p. 116-129.

    48 C. Cosnier et A. Hélard, op. cit., p. 261.

    49 Y. Galera, « Quand Orphée rencontre Pandore. Le gendarme en ballades », Sociétés & Représentations, no 16, septembre 2003, p. 116-120.

    50 M. Pénet, Mémoire de la chanson. Mille chansons du Moyen Âge à 1919, Paris, Omnibus, 1998, p. 700-701. écrite en 1890, la chanson connaîtra un immense succès après 1918, avec l’interprétation de Bach et Laverne, récemment rééditée chez Frémeaux Disques.

    51 A. Lignereux, « Rosser le gendarme dans les spectacles de marionnettes au XIXe siècle : une école de rébellion ? », Sociétés & Représentations, no 16, septembre 2003, p. 101.

    52 Cité par A. Lignereux, Présence et représentations des gendarmes dans la France du XIXe siècle, DEA, J.-N. Luc (dir.), Paris IV, 2002, p. 91.

    53 Archives Gaumont, 9800GPRIM00116, Les cambrioleurs, 1898 ; 0200GPRIM00544, Les chiens savants, 1902.

    54 L’Écho de la Gendarmerie, 18 juillet 1909.

    55 Q. Deluermoz, « Images de policiers, images de gendarmes. Vers un modèle commun de représentants de l’ordre dans la France de la seconde moitié du XIXe siècle », Sociétés & Représentations, 2003, no 16, p. 199-212.

    56 E. Carré, Les gendarmes à pied, 1890, in M. Pénet, op. cit.

    57 A. Corbin, « Paris-Province », in P. Nora (dir.), Les lieux de mémoire…, op. cit.

    58 H. James, Voyages en France, Paris, R. Laffont, 1987, p. 101 et 132.

    59 APP, Iconog 006, cartes postales s. l., s. d. ; Le Petit Calaisien, 2 février 1887.

    60 AD Somme, 1Z 592, lettre du sous-préfet d’Abbeville au préfet, 24 septembre 1853.

    61 Journal de la Gendarmerie, 1er juin 1872 et 21 septembre 1875.

    62 AD Pyrénées-Orientales, 5R 14, lettre du maire de Boulou au préfet, 20 juin 1883 ; lettre du maire de Saint-Geniès au préfet, 16 juillet 1885. En 1898, Le Matin reprend l’argument en s’inquiétant de voir que les brigades ne participent pas toujours aux défilés ; Le Gendarme, 20 juillet 1898.

    63 Moniteur de la Gendarmerie, 5 juillet 1885 ; circulaire du 17 mai 1886, citée par le Journal de la Gendarmerie, 1er juin 1886.

    64 Instruction pour les inspecteurs généraux de la gendarmerie pour 1887, 7 avril 1887.

    65 M. Genevoix, Au cadran de mon clocher, Paris, Presses de la Cité, 1969, p. 71-72.

    66 Journal de Senlis, cité par Le Gendarme, 30 avril 1897.

    67 L’Écho de la Gendarmerie, 16 et 20 mai 1888, 3 septembre 1893.

    68 L’Avenir de la Gendarmerie, 10 novembre 1894.

    69 Ordre général de l’inspecteur Desloy pour la 9e légion, cité par L’Écho de la Gendarmerie, 24 août 1902.

    70 SHD-GN, 39E 45, note de service du 25 juillet 1908 ; 34E 7, note du chef d’escadron de l’Hérault, 30 avril 1906 ; 2E 46-47, notes du capitaine de Soissons, 20 mai 1901 et 7 octobre 1903.

    71 Journal de la Gendarmerie, 24 janvier 1909 ; L’Écho de la Gendarmerie, 10 janvier 1909 ; Le Progrès de la Gendarmerie, 5 juin 1911 et 5 septembre 1912.

    72 « La maladresse de ce sous-officier était telle que j’ai dû le faire rentrer pour ne pas l’exposer aux critiques du public » ; SHD-GN, 34E 3, punition infligée au maréchal des logis Taurine, 2 avril 1903.

    73 L’Écho de la Gendarmerie, 18 mai 1890, 21 septembre 1902, 5 février 1911.

    74 H. Seignobosc, Une arme inconnue. La Gendarmerie, Paris, Charles-Lavauzelle, 1912, p. 70.

    75 Moniteur de la Gendarmerie, 2 août 1885, 20 juillet 1890.

    76 L’Ouest-Éclair, 6, 9, 11 août 1899 ; C. Cosnier et A. Hélard, op. cit.

    77 Cité par Le Gendarme, 10 novembre 1904.

    78 S. Le Pajolec, « Cinégénie du gendarme : la série du Gendarme de Saint-Tropez », Sociétés & Représentations, no 16, septembre 2003, p. 131-146.

    79 C’est par cette formule que Richard Hoggart désigne les policiers anglais étrangers à la classe ouvrière et intrus dans les quartiers populaires ; R. Hoggart, 33 Newport Street, Paris, Gallimard-Le Seuil, Paris, 1991, p. 116.

    80 R. Cazals, Avec les ouvriers de Mazamet…, op. cit., p. 110.

    81 SHD-GN, 5E 3, lettre du chef d’escadron des Hautes-Alpes au préfet, 13 avril 1900 ; 35E 9, lettre du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine au préfet, 1er février 1907.

    82 AD Nord, 4N 444, notes de l’architecte départemental, [1837] ; 4N 463, notes du même, 1829.

    83 Courrier de la Sologne, 26 février 1888.

    84 AD Nord, 4N 428, devis de l’architecte départemental, 1841.

    85 AD Somme, KZ 894, lettre du chef d’escadron de la Somme au préfet, 2 mai 1882. Il faut même attendre 1899 pour que l’on se décide à réparer l’oubli dans certaines brigades des Hautes-Alpes ; SHD-GN, 5E 2, note du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 5 juillet 1899.

    86 AD Nord, 5R 51, lettres du chef d’escadron du Nord au préfet, 17 septembre 1853 et 1er octobre 1858 ; AD Somme, KZ 894, lettre du sous-préfet de Doullens au préfet, 13 août 1853.

    87 En mai 1878, une circulaire demande aux mairies, aux casernes et aux écoles d’arborer le drapeau tricolore, « seul signe distinctif qui puisse les faire reconnaître » ; cité par J.-F. Chanet, Vers l’armée nouvelle…, op. cit., p. 249.

    88 SHD-GN, 34E 10, lettre du chef d’escadron de l’Hérault au préfet, 12 mars 1909 ; 5E 2 et 5, lettres du chef d’escadron des Hautes-Alpes au préfet, 8 juin 1899 et 12 juillet 1901.

    89 SHD-GN, 5E 4, note du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 25 août 1900.

    90 Le Petit Méridional, 1er septembre et 3 septembre 1897.

    91 AD Gironde, 4N 157 et 177, plans des casernes de Belin et de Gensac, [vers 1885]. AD Nord, 4N 416, plans modèles [vers 1880]. AD Somme, KZ 894, projets de construction, s. d. [1877].

    92 SHD-GN, 5E 1 et 19, lettres du chef d’escadron des Hautes-Alpes au préfet, 21 octobre 1898 et 26 septembre 1906.

    93 SHD-GN, 3804, note du chef d’escadron de la Gironde, 13 juillet 1907.

    94 Voir notamment, SHD-GN, 5E 19, lettre du chef d’escadron des Hautes-Alpes au préfet, 1er juin 1906.

    95 SHD-GN, 5E 7, lettre du chef d’escadron des Hautes-Alpes au préfet, 10 juillet 1902.

    96 SHD-GN, 953 bis, note de service du chef d’escadron du Loir-et-Cher, 18 février 1897 ; rapport du lieutenant de Romorantin, 29 juillet 1896 ; 34E 7, note de service du chef d’escadron de l’Hérault, 13 mars 1907.

    97 SHD-GN, 35E 3, note de service du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 18 juin 1904.

    98 SHD-GN, 2E 45, note du capitaine de Soissons, 2 février 1907 ; 3804, note du lieutenant de Lesparre, 11 juin 1910.

    99 Ce principe est affirmé par L’Écho de la Gendarmerie, le 4 octobre 1896. Le chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine signale d’ailleurs que le dimanche est le principal jour d’affluence au bureau de la caserne ; SHD-GN, 35E 20, note du 23 juin 1910.

    100 SHD-GN, 3E 11-12, lettres du chef d’escadron de l’Allier au préfet, 29 juin 1911 et 12 septembre 1912.

    101 L’Écho des Ardennes, 24 juin 1891.

    102 Le Père Peinard, 5 juillet 1891.

    103 J.-C. Jauffret, « Armée et pouvoir politique. La question des troupes spéciales chargées du maintien de l’ordre en France de 1871 à 1914 », Revue Historique, no 547, juillet-septembre 1983, p. 97-144.

    104 Y. Guin, Le mouvement ouvrier nantais. Essai sur le syndicalisme d’action directe à Nantes et à Saint-Nazaire, Paris, Maspéro, 1976, p. 262-264.

    105 L’Écho de la Gendarmerie, 3 janvier 1892 ; R. Trempé, Les mineurs de Carmaux (1848-1914), Paris, Éditions ouvrières, 1971, 1011 p.

    106 Journal de la Gendarmerie, 6 février 1903.

    107 D. Cooper-Richet, « Le Plan général de Protection à l’épreuve de la grève des mineurs du Nord-Pas de Calais (septembre-novembre 1902) », in Maintien de l’ordre et police en France et en Europe au XIXe siècle, Paris, Créaphis, 1987, p. 397-413.

    108 A. Gérard, « La grande grève textile dans le Nord en 1903 : un cas d’école », in P. Guignet (dir.), Le peuple des villes dans l’Europe du Nord-Ouest (fin du Moyen Âge 1945), t. 2, p. 311-327.

    109 SHD-AT, 7N 44, lettre du ministre de l’Intérieur au ministre de la Guerre, 12 mai 1905.

    110 SHD-GN, 35E 5, rapport du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 24 septembre 1904.

    111 M. Perrot, Jeunesse de la grève. France, 1871-1890, Paris, Le Seuil, 1984, p. 23.

    112 R. Cazals, Avec les ouvriers de Mazamet, dans la grève et l’action quotidienne, 1909-1914, Paris, Maspéro, 1978, 350 p. La grève commence le 10 janvier 1909 et s’achève le 7 mai. Les renforts de gendarmerie sont sur place du 23 février jusqu’à la fin du mois de mai.

    113 SHD-GN, 34E 11, lettre du chef d’escadron de l’Hérault au préfet, 18 juillet 1909.

    114 SHD-GN, 35E 11, 17, 8, notes du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 25 octobre 1907, 15 septembre 1909, 17 mai 1906.

    115 SHD-GN, 3784, notes du lieutenant de Blaye, 10 et 14 mars 1912.

    116 AD Nord, M 619-56, rapport du chef d’escadron du Nord, 8 février 1911. Cet officier recense un total de 21 696 journées consacrées au maintien de l’ordre.

    117 J.-M. Berlière, « Vers la police contemporaine », in M. Aubouin, A. Teyssier, J. Tulard (dir.), Histoire et dictionnaire de la police du Moyen Âge à nos jours, Paris, Robert Laffont, 2005, p. 378-380.

    118 On dispose d’un dossier extrêmement détaillé (AN, F7 12527), qui a déjà été exploité dans un récit remarquablement informé ; J.-L. Chappat et A. Pierrard, La fusillade de Fourmies, Paris, Miroirs, 1991, 344 p.

    119 « On raconte dans le pays [...] qu’un gendarme traité de lâche voulut lui prouver combien cette épithète était imméritée. Il lança sur elle son cheval, la renversa et, comme elle était à terre, lui brûla la cervelle » ; AN, F7 12527, rapport du commissaire spécial de Valenciennes, 5 mai 1891.

    120 Né en 1847, fils d’un manouvrier illettré, le lieutenant Julien reste dans l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe jusqu’à sa retraite, en 1899. Son dossier de carrière n’évoque pas la fusillade de Fourmies ; SHD-AT, 5 Yf 8859, dossier Alexandre Julien.

    121 AN, F7 12527, télégramme du préfet du Nord au ministre de l’Intérieur, 3 mai 1891.

    122 L’Écho de la Gendarmerie, 25 juin et 21 octobre 1900. Le conseil de guerre acquitte les gendarmes après avoir reconnu la légitime défense. Il est vrai que 22 gendarmes avaient été blessés dans l’affrontement, dont 3 gravement.

    123 J. Julliard, Clemenceau briseur de grèves. L’affaire de Draveil, Villeneuve-Saint-Georges (1908), Paris, Julliard, 1965, p. 48-53.

    124 C’est ce qu’affirme un « représentant de L’Humanité » au comité directeur de la CGT ; AN, F7 12914, rapport de police du 5 juin 1908.

    125 SHD-AT, 8 Yf 4806, dossier Jules Davin, composition au concours des élèves-officiers, 1901.

    126 J. Julliard, op. cit., p. 91.

    127 Bonnet (chef d’escadron), Psychologie des attroupements, Lille, ms, 1er juillet 1914.

    128 Journal de Méru, 4 et 11 avril 1909.

    129 P. Miquel, op. cit., p. 302 ; L’Écho de la Gendarmerie, 23 octobre 1892 ; Le Petit Méridional, 10 mai 1894 ; Y. Guin, op. cit., p. 300. L’arrestation de Toussaint n’est pas maintenue, mais elle se solde par un important débat sur l’immunité parlementaire ; C. Geslin, Le syndicalisme ouvrier en Bretagne jusqu’à la Première guerre mondiale, Saint-Hippolyte-du-Fort, Espace-Ecrits, p. 172-175 et 678-684.

    130 A. Gérard, art. cit., p. 318.

    131 SHD-GN, 34E 7, punition infligée au gendarme Penaud, 15 octobre 1906.

    132 « La gendarmerie aux grèves », L’Écho de la Gendarmerie, 29 juin 1902.

    133 SHD-GN, 34E 1, rapport du chef d’escadron de l’Hérault, 2 décembre 1902.

    134 SHD-GN, 5E 9, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 15 décembre 1902.

    135 SHD-GN, 35E 9, rapport du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 18 novembre 1906.

    136 Le chef d’escadron des Hautes-Alpes souligne les difficultés du gendarme envoyé en maintien de l’ordre à la fin du mois, « quand il ne reste plus d’argent disponible dans le ménage » ; SHD-GN, 5E 9, note du 15 décembre 1902.

    137 SHD-GN, 35E 4, rapport du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 3 juillet 1904.

    138 L’Écho de la Gendarmerie, 25 mars 1906. SHD-GN, 35E 27, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 28 septembre 1912. Journal de la Gendarmerie, 15 février 1901.

    139 Journal de la Gendarmerie, 18 avril 1902.

    140 SHD-GN, 35E 4, note du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 9 et 11 juin 1904.

    141 SHD-GN, 34E 14, rapport du chef d’escadron de l’Hérault, 3 mai 1912.

    142 SHD-GN, 34E 12, levée de la punition infligée au gendarme Poujol, 22 novembre 1910.

    143 SHD-GN, 34E 8, note de service du chef d’escadron de l’Hérault, 18 juillet 1907.

    144 Lieutenant Z., L’armée aux grèves, Paris, 1904, p. 94-95.

    145 Cités par L’Écho de la Gendarmerie, 30 octobre 1892 et par Le Gendarme, 1er juillet 1907.

    146 J. Duhamel, op. cit., fo 4.

    147 L. Lopez, « Avant les gaz lacrymogènes : les liaisons dangereuses du maintien de l’ordre, de la police politique et de la police judiciaire en France durant la Troisième République », Déviance et Société, 2008-1, p. 89-100.

    148 La Dépêche, 2 août 1907 ; cité par L. Larrieu, op. cit., p. 603.

    149 Cette question est discutée par A. Johansen, Soldiers as Police. The French and Prussian Armies and the Policing of Popular Protest, 1889-1914, Aldershot, Ashgate, 2005, 329 p. Elle fait également l’objet de nouvelles mises au point dans le dossier spécial, La violence d’État : les fragiles naissances du maintien de l’ordre (1830-1930) de Déviance et Société, 2008-1.

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    Houte, A.-D. (2010). Chapitre 8. Le temps du bon gendarme. In Le métier de gendarme au XIXe siècle. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.107906
    Houte, Arnaud-Dominique. « Chapitre 8. Le temps du bon gendarme ». In Le métier de gendarme au XIXe siècle. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2010. doi:10.4000/books.pur.107906.
    Houte, Arnaud-Dominique. « Chapitre 8. Le temps du bon gendarme ». Le métier de gendarme au XIXe siècle, Presses universitaires de Rennes, 2010, https://doi.org/10.4000/books.pur.107906.

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    Houte, A.-D. (2010). Le métier de gendarme au XIXe siècle. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.107852
    Houte, Arnaud-Dominique. Le métier de gendarme au XIXe siècle. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2010. doi:10.4000/books.pur.107852.
    Houte, Arnaud-Dominique. Le métier de gendarme au XIXe siècle. Presses universitaires de Rennes, 2010, https://doi.org/10.4000/books.pur.107852.
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    Presses universitaires de Rennes

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