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  • Chapitre 6. Vivre et penser en gendarme
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    Plan détaillé Texte intégral Les rigueurs de la discipline Une institution totale ? Un paternalisme exacerbé Notes de bas de page

    Le métier de gendarme au XIXe siècle

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 6. Vivre et penser en gendarme

    p. 173-205

    Texte intégral Les rigueurs de la discipline Un siècle de punitions Tenue correcte exigée Une institution totale ? L’introuvable vie privée La vie de caserne La vie de famille Un paternalisme exacerbé Du berceau à la tombe La tutelle consentie Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Le lundi 10 juillet 1911, l’hippodrome de Rennes accueille la foule des grands jours. Un détachement d’une dizaine de gendarmes assure le service d’ordre. Après avoir salué ses camarades, le gendarme Dinard profite d’une journée de permission pour rejoindre les festivités. Il ignore que le commandant de compagnie le suit du regard en songeant déjà au motif de la sévère punition qu’il s’apprête à lui infliger : « Képi en arrière du front, aiguillettes sans aucun ajustage, pantalon non retenu par des bretelles », composent « l’apparence de l’homme pris de boisson ». Pire encore :

    « Dinard se tenait près du pari mutuel. D’ailleurs, il pariait ! Il joue sur un hippodrome les quelques sous disponibles du ménage. Peut-être les 85 F du legs Raymond qu’il a reçus le 1er juillet [au nom de] ses quatre enfants et de sa situation pécuniaire très précaire à laquelle on s’efforce de pallier par des secours répétés1. »

    2Parfaitement banale, l’anecdote illustre les contraintes du métier. Fût-il en congé, le gendarme reste garant de l’image du corps. Jusque dans l’intimité de ses loisirs et de ses dépenses familiales, il subit la surveillance d’officiers qui prétendent agir pour son bien. Cette forte emprise disciplinaire évoque le célèbre modèle de « l’institution totale », tel qu’Erving Goffman l’a élaboré en observant le mode de fonctionnement des asiles2. Dans la gendarmerie, comme dans les hôpitaux, on retrouve la même sensation de clôture, sinon physique, du moins mentale, qui isole l’individu dans une bulle étouffante, mais protectrice. Il serait hasardeux de prolonger trop loin l’analogie, mais l’image de l’institution totale garde des vertus heuristiques qui ont déjà été signalées par les historiens de la santé et de l’éducation3. Elle permet surtout de comprendre que la politique de professionnalisation ne s’arrête pas aux portes du logis, mais qu’elle s’imprime sur l’ensemble de la vie sociale, publique et privée. De même qu’elle entend réglementer le service et les carrières, la gendarmerie s’intéresse à la vie quotidienne de ses agents qui doivent vivre et penser en gendarmes.

    3Il faut essayer de décrire cette entreprise de modelage des corps et des esprits sans se laisser prendre au piège d’une lecture carcérale du métier. N’oublions pas que les gendarmes sont libres de quitter leurs fonctions et de tromper leurs chefs… La prudence s’impose d’autant plus que les sources peuvent être trompeuses, puisqu’elles ont été recueillies dans les dossiers de carrière ou dans les rapports disciplinaires. Même les plus intimes d’entre elles, quittances d’épicerie ou lettres d’amour, reproduisent d’abord la trame réglementaire qui se tisse de plus en plus finement autour des hommes et de leur vie privée. En les parcourant, il faut donc prendre garde de ne pas se laisser gagner par le fantasme disciplinaire. En examinant, à l’échelle de l’expérience sociale des gendarmes, le développement des formes de la surveillance, puis l’emprise de l’institution sur la famille et sur la vie privée, il s’agit bien de comprendre comment les gendarmes investissent la contrainte.

    Les rigueurs de la discipline

    4Qui voudrait dresser la liste des normes comportementales devrait copier les centaines de pages, que les règlements consacrent à cet entrelacs de prescriptions. Chargé de « marquer du sceau de la réprobation les mauvais gendarmes », selon l’expression fondatrice du général Wirion, le pouvoir disciplinaire embrasse toutes les facettes de l’existence. Il est plus difficile d’en mesurer la portée concrète. Il ne s’agit donc pas de savoir si les gendarmes étaient obéissants ou non, mais de comprendre ce que l’emprise disciplinaire dit de leur mode de vie.

    Un siècle de punitions

    5La gamme des sanctions prévues par les règlements reste identique pendant toute la durée du XIXe siècle. Pour les fautes les plus graves, d’abord, le gendarme est passible des tribunaux civils ou militaires. Ces seconds s’imposent après la promulgation du code de justice militaire de 1857. Mais ils restent très peu utilisés : seuls 223 gendarmes passent devant un conseil de guerre entre 1848 et 1870, tandis que 59 de leurs collègues sont jugés devant les tribunaux civils4. La justice ne voit donc passer sur ses bancs qu’un gendarme sur deux mille. La spectaculaire rareté de ces procédures témoigne sans doute des vertus du corps, comme le répète la presse corporatiste. Mais elle s’explique surtout par la volonté de ne pas donner trop de publicité aux dossiers qui risqueraient de nuire à l’image de la gendarmerie. C’est pour cette raison qu’en 1845, le général Duverger repousse la proposition de traduire en justice un gendarme coupable de menaces envers un supérieur : « Il suffira de le révoquer5. »

    6Le dispositif disciplinaire culmine avec la réunion solennelle du conseil de discipline, convoqué par le chef de légion et composé de deux officiers et de deux sous-officiers choisis « parmi les plus anciens de la compagnie ». L’instance écoute le plaignant et l’inculpé avant de rendre un « avis motivé » qui est transmis au ministre de la Guerre pour validation. Mais cette procédure reste rare ; on n’en recense, en moyenne, qu’une par an et par compagnie à la fin du siècle. Les officiers privilégient, en effet, la gamme des sanctions disciplinaires directes. Pour les fautes vénielles, on prononce la consigne au quartier, qui interdit au gendarme de quitter la caserne. Habituelle au régiment, cette sanction prend un tour plus rigoureux dans des brigades formées de militaires chargés de famille. Elle reste cependant bénigne en regard des autres peines que sont la consigne en salle de police et la prison. Ces sanctions sont si sévères qu’elles restent un dernier recours. Il faut dire que les casernes ne comportent presque jamais de locaux disciplinaires adaptés et que rares sont les officiers qui s’en soucient6. Les pires gendarmes signalés par l’administration comptent rarement plus d’une dizaine de punitions en quinze ans de service, celles-ci étant généralement concentrées durant les deux premières années à la brigade7.

    7Cette parcimonie répressive ne signifie pourtant pas que les officiers fassent preuve de complaisance. Chef de la 13e légion à la fin de la Restauration, le colonel de Lavoyrie reconnaît ainsi que ses officiers privilégient des méthodes informelles, cherchant par exemple à pousser les mauvais gendarmes à la retraite8. Combien sont poussés à la démission ? Quelle est la part de l’intimidation ? Les exemples de despotisme ne manquent pas. Ils inspirent les complaintes d’un gendarme poète, Julien Lengellé, qui dénonce ces « tyrans de caserne », ces « chefs capricieux qui tiennent toujours en alarme et punissent sans raison9 ». Les brimades sont tout aussi durement ressenties au début du XXe siècle, comme le montre la « réputation de sévérité excessive » du colonel Michelin, nommé à Chambéry en 1910. Punitions sans la moindre raison, privation de permission infligée à un gendarme dont la femme est mourante : la presse régionale évoque « le Biribi des gendarmes10 » !

    8À la même époque, le commandant Kervella avoue pourtant qu’il n’avait pas puni un gendarme attablé devant une absinthe, ne voulant pas empêcher cet homme de profiter de la permission qu’il venait d’obtenir pour rejoindre sa Corse natale11. Le tableau général n’est pas si sombre, ne serait-ce qu’en vertu de la cohabitation quotidienne qui comble en partie le fossé hiérarchique. Malgré l’insistance rituelle sur « la distance respectueuse12 » que le gradé doit manifester à l’égard de ses hommes, les relations au sein de la brigade ne se limitent pas à des rapports de force. Le modèle paternaliste offre, à cet égard, un cadre de référence largement cité. À l’image du maréchal des logis de La Réole, qui se prétend « aussi bien le père que le chef de ses subordonnés13 », gradés et officiers adoptent un ton protecteur. « Trop paternel » aux yeux de l’inspecteur général, le lieutenant Pruvot ne répond sans doute pas aux exigences d’une institution qui recommande d’avoir « la main ferme sans avoir la main dure14 », mais il gagne l’estime de ses gendarmes15. Tout se passe dans la gendarmerie comme dans l’armée piémontaise étudiée par Sabina Loriga : « le discours disciplinaire est miné de l’intérieur par une profonde vocation protectrice16 ».

    9Mais le programme disciplinaire ne se réduit pas à l’action plus ou moins bienveillante des bons ou des mauvais chefs. Il faut bien comprendre qu’il déborde du champ des rapports humains et qu’il se dépersonnalise. Dans la grande majorité des cas, les punitions viennent conclure un simple échange de rapports, sans que l’on prenne la peine de rencontrer le fautif. L’essentiel se déroule dans les bureaux du chef-lieu, où l’officier prend connaissance des torts imputés. L’information vient le plus souvent du chef de brigade. Mais elle peut aussi provenir d’un collègue, démultipliant la chaîne disciplinaire.

    10Le principe d’une surveillance mutuelle est édicté dès 1816 par le commandant de la compagnie de Seine-et-Marne : « Sous-officiers et gendarmes, si parmi vous, vous remarquez de vos camarades qui s’écartent des principes que je viens de tracer, désignez-les moi, et je demanderai leur renvoi17. » Le procédé reste sulfureux, mais il inspire bon nombre de lettres anonymes et de signalements verbaux. À quoi s’ajoute l’opinion publique, dont le commandant de la Seine-et-Marne avait bien compris l’importance dès le début de la Restauration : les gendarmes « ne doivent point oublier qu’ils ont, dans chaque habitant, un observateur de leur vie privée comme de leur conduite publique ». Ce contrôle social se resserre au cours du XIXe siècle, soit que l’on scrute plus curieusement les casernes, soit que l’on hésite moins à dénoncer les excès et à venger quelque contravention. Dans l’Hérault de la Belle Époque, ce sont deux ou trois signalements qui parviennent, chaque mois, à la connaissance du chef d’escadron18. Comme le rappelle Michel Foucault, la discipline est d’abord « un jeu ininterrompu de regards calculés19 ».

    11Cette mécanisation de la discipline se renforce surtout après 1880, quand les pénalités perdent en dureté ce qu’elles gagnent en fréquence. « L’adoucissement des peines », pour reprendre la célèbre formule de Foucault, se manifeste par une suite de petites réformes. C’est d’abord la mutation punitive qui est mieux encadrée, après avoir été très largement employée lors de la transition républicaine20. La salle de police disparaît dans le même temps, remplacée par une moins contraignante « consigne à la chambre ». Cet assouplissement s’explique pour l’essentiel par la concurrence des corps de troupe. Denrée rare dans des régiments qui veulent conserver leurs meilleurs soldats, les sous-officiers rengagés y bénéficient d’un traitement de faveur21. La gendarmerie doit s’aligner : « Dans l’intérêt du recrutement de la gendarmerie, il importe que les sous-officiers de tout grade qui entrent dans cette arme y trouvent un traitement au moins égal, au point de vue disciplinaire, à ce qu’ils avaient dans leur corps d’origine22. »

    12De manière plus générale, dans l’armée comme dans toute la société23, l’air du temps est au libéralisme. Comme le note le Moniteur de la Gendarmerie en 1883, « les inspecteurs recommandent la bienveillance, le vent du progrès souffle24 ». Ce nouvel état d’esprit culmine au tournant du siècle, après la publication, en 1891, de l’article que Lyautey consacre au « rôle social de l’officier dans le service universel ». L’enjeu est bien d’adoucir la discipline et de substituer au militarisme prussien un paternalisme national25. L’idée s’impose au ministère de la Guerre, avec l’arrivée en 1900 du général André. Publiée le 31 août 1905, la circulaire sur « le droit de punir » résume le sens des innovations : « il faut s’efforcer d’obtenir la discipline volontaire », « tous les subordonnés doivent être entourés de bienveillance ».

    13Il ne faut pas se tromper sur la portée, ni sur le sens du mouvement. Bien sûr, les peines les plus dures disparaissent progressivement. Ainsi de la prison, qui tombe progressivement en désuétude : en 1905, en 1908 et en 1910, les cellules de la compagnie d’Ille-et-Vilaine restent vides26. Mais 2 à 3 % des punitions aboutissent encore à cette sanction dans d’autres compagnies, et le principe même de cette sanction n’est pas remis en cause : le Journal de la Gendarmerie se fait l’interprète des officiers quand il rappelle qu’« il est des choses auxquelles on ne doit toucher qu’avec réserve ». Hostile aux « belles théories humanitaires27 », ce discours garde une forte influence. L’adoucissement n’est donc que relatif ; il est surtout trompeur. Alors que les officiers du Second Empire privilégiaient la banale consigne à la caserne – ou le silence complaisant –, leurs successeurs choisissent de manier l’arme bien plus rigoureuse de la consigne à la chambre. Retenons ce chiffre : en 1905, seuls 257 des 440 gendarmes de la compagnie de Seine-et-Oise n’ont subi aucune punition durant leur carrière dans l’arme28. L’emprise disciplinaire ne se desserre certainement pas à la Belle Époque. Elle contribue plus que jamais à définir un « devoir être » gendarme29.

    Tenue correcte exigée

    14Refus d’obéissance, négligences, incompétence : voilà les reproches les plus fréquents sous les monarchies censitaires. Mais le reproche d’ivrognerie tient une place à part dans ce palmarès. Les punitions visent d’abord les « extravagances » des gendarmes pris de boisson, à l’image de ce gendarme « qui voulait entrer dans les maisons avec son cheval »… L’alcoolisme privé est alors tacitement toléré, comme dans l’armée et dans la société30, mais la gendarmerie durcit rapidement ses règles. Dès le décret de 1854, on stipule que l’ivresse doit être punie, « lors même qu’elle ne trouble point l’ordre public ou militaire » (art. 570). Et la lutte contre ce « vice dégradant et absolument incompatible avec l’uniforme du gendarme31 » s’intensifie sous la République. Élargie à la sphère privée, la surveillance prend une tournure inquisitrice. La visite des logements qui ponctue les inspections permet de vérifier que nul n’enfreint l’interdiction formelle d’amener des bouteilles d’absinthe dans les casernes32. Et les chefs sont très attentifs à la rumeur publique : ayant appris qu’un gendarme « avait absorbé à lui seul, en un mois, une barrique de 132 litres de vin », le commandant des Hautes-Alpes resserre l’étau sur « cet ivrogne de la pire espèce » qu’il parvient à pousser à la démission33. Conscients des risques encourus, les gendarmes semblent se plier aux règles de sobriété. L’alcoolisme n’est signalé que dans 3 % des extraits de registre de discipline examinés par Terry Strieter34. En 1897, le général Amade constate avec satisfaction que seuls 8 des 850 gendarmes de la 1re légion sont sujets à l’abus de boisson, « ce qui est une proportion tout à fait honorable35 ».

    Tableau no 14 – Motifs des punitions infligées à la Belle Époque

    Hautes-Alpes

    Hérault

    Ille-et-Vilaine

    Loir-et-Cher

    Direction du service

    7.4 %

    15.0 %

    14.0 %

    9.4 %

    Travail, zèle

    12.8 %

    22.1 %

    27.2 %

    26.0 %

    Rapport au public

    7.0 %

    7.7 %

    7.0 %

    6.3 %

    Écritures

    27.5 %

    15.0 %

    7.0 %

    14.6 %

    Domaine professionnel

    54.7 %

    59.8 %

    55.2 %

    56.3 %

    Rapport aux chefs

    10.4 %

    15.0 %

    17.5 %

    8.3 %

    Tenue, équipement

    14.7 %

    18.0 %

    9.1 %

    27.1 %

    Domaine militaire

    25.1 %

    33.0 %

    26.6 %

    35.4 %

    Ivresse et cabarets

    11.2 %

    3.0 %

    10.5 %

    3.1 %

    Vie privée

    11.0 %

    4.2 %

    7.7 %

    5.2 %

    Domaine privé

    22.2 %

    7.2 %

    18.2 %

    8.3 %

    Source : SHD-GN, registres de correspondance courante.

    15Grande productrice de normes, depuis la prohibition de l’alcool jusqu’à l’interdiction de fréquenter les cabarets, en passant par le strict encadrement des fêtes de casernes, la lutte hygiéniste ne phagocyte pourtant pas complètement la surveillance disciplinaire, comme le confirment les motifs de 712 punitions infligées au début du XXe siècle. Au prix de quelques approximations, on peut proposer une esquisse de typologie (tableau no 14). Les fautes professionnelles, au sens strict du terme, dominent nettement. Tournées allégées ou oubliées, intimidations et menaces, procès-verbaux incomplets, composent la majorité des infractions. Les fautes de conduite viennent assez loin derrière, même si elles occasionnent les punitions les plus sévères. On peut enfin identifier, à la lisière du métier et de la vie privée, un troisième champ disciplinaire, où figurent toutes les formes de contestation des chefs, depuis les rares refus d’obéissance jusqu’aux plus fréquentes microrésistances qui s’expriment dans le port des cheveux longs ou dans l’usage d’équipements réformés. Le poids significatif de ces fautes apparemment vénielles mérite qu’on leur prête attention.

    16Les exigences de tenue correspondent d’abord à une question d’éthique militaire. Le port de l’uniforme est une obligation ancienne, mais longtemps mal respectée36. Le lieutenant de May d’Aulnay n’est pas le seul à penser, vers 1840, « qu’il faut quelquefois que les gendarmes se déguisent37 ». La tentation de la tenue bourgeoise est d’autant plus forte que l’uniforme est fragile et inadapté aux besoins du service. Les bottes, par exemple, empêchent de « courir, franchir les obstacles ou gravir les montagnes38 ». Le pantalon, de son côté, « a des inconvénients réels dans les tournées de communes ; le moindre besoin à satisfaire exige beaucoup de temps par la difficulté de défaire le ceinturon39 ». Il faut attendre le milieu du siècle pour que la contrainte se durcisse. En témoignent deux affaires exemplaires, toutes deux datées de 1863. Au mois d’août, le gendarme Chaussard est convaincu « d’avoir couvert son uniforme d’une blouse qu’il a quittée au moment de saisir un déserteur ». Le simple fait d’avoir masqué sa tenue lui coûte le bénéfice de l’exploit. Six mois plus tard, dans la Somme, les gendarmes de Ganaches sont molestés par des voyageurs qui croyaient avoir affaire à des brigands. Comme de longs manteaux civils cachaient leurs uniformes, leur plainte est déclarée irrecevable et les promeneurs obtiennent même réparation financière40. C’est dire si le port de l’uniforme est devenu une priorité absolue, au risque de l’absurde : quand un gendarme enlève « chaussures et tunique » pour traverser une rivière et arrêter un braconnier, les officiers débattent longuement du bien-fondé de l’initiative41…

    17Il ne suffit pas de porter l’uniforme, il faut encore bien le porter. Les inspecteurs sont ainsi chargés de vérifier « qu’aucune marque de fantaisie » ne soit identifiable42. Les chefs de légion doivent centraliser l’achat des fournitures pour garantir la parfaite homogénéité des équipements43. Mieux encore, on règlemente l’usage qui est fait des différents accessoires. C’est ainsi que les couvre-nuques réservés aux gendarmes alpins ne peuvent être utilisés qu’à condition « que deux hommes sortant ensemble soient toujours exactement dans la même tenue44 ». Le contrôle s’étend à tous les domaines de l’apparence. On exige des cheveux qu’ils soient coupés courts et du visage qu’il soit fraîchement rasé. En 1886, l’autorisation de la barbe engendre un débat qui aboutit à l’envoi de notes illustrées déterminant une mince marge de liberté pileuse45.

    18Ces détails relèvent du registre militaire moqué par Courteline, mais ils prennent tout leur sens à la lumière des analyses d’Erving Goffman : il suffit en effet « d’une seule fausse note pour provoquer une rupture de ton qui affecte la représentation46 ». Car la « mise en scène de soi » est un paramètre essentiel du métier de gendarme. Les services de planton livrent un gendarme désoeuvré au regard du public. Pour maintenir l’illusion, il faut alors être « dans une bonne tenue », c’est-à-dire dans un uniforme impeccable, mais aussi dans une posture parfaitement neutre : le planton « ne doit pas fumer, ne doit lier conversation que pour les besoins du service47 », etc. Ainsi s’explique également l’inconfort des habits, qui doit faciliter l’apprentissage de la raideur solennelle propre au soldat de la loi.

    19La taille de la barbe ou l’orientation du bicorne constituent ainsi les champs de bataille sur lesquels s’affrontent l’imaginaire professionnel, le pouvoir des officiers et la résistance opiniâtre des gendarmes. Nul n’a expliqué mieux que Léon Werth l’enjeu de ces minuscules conflits : « Qui a été soldat comprendra, la saleté est pour le soldat, un moyen de défense, une couche protectrice, une sorte d’isolant48. » À leur manière, les gendarmes adoptent des tactiques défensives sophistiquées. Pour déjouer l’inspection réglementaire de leurs effets, classés en trois catégories selon leur degré d’usure, ils cachent souvent une « quatrième tenue » qu’ils utilisent lors des services salissants49. Ce procédé excite vainement le courroux du commandant de l’Ille-et-Vilaine, qui veut « en finir avec ce système qui consiste à dissimuler des effets vieux et sales que l’on porte au mépris du prestige de l’arme50 ». D’autres réfractaires choisissent de personnaliser leur équipement. Un ancien soldat d’Afrique s’est ainsi pris d’affection pour « une vieille vareuse coloniale en loques » qu’il endosse malgré les règlements51. Les jeunes gendarmes de la 5e légion s’amusent, quant à eux, « à abaisser le képi par devant » pour transformer leur allure52. Toutes ces résistances identifiées et sanctionnées montrent que l’emprise de l’institution reste contestée sur un mode mineur.

    Une institution totale ?

    20La lecture des registres de punitions prouve que le regard exercé des officiers ne se borne pas à la surveillance du service. Il faut dire que la confusion de la vie professionnelle et de la vie privée constitue une caractéristique du métier. Aux yeux du public, le gendarme en activité ne se différencie pas de l’individu sous l’uniforme. Aussi l’institution accorde-t-elle la même attention à toutes les facettes de la vie sociale des gendarmes.

    L’introuvable vie privée

    21En observant la considérable envergure du contrôle disciplinaire, on peut se demander si les gendarmes bénéficient d’une vie privée. En bonne logique, il faudrait pouvoir mesurer le temps de travail pour identifier cette hypothétique marge de liberté, mais une telle entreprise semble fatalement vouée à l’échec. Entre les mémoires de revendications qui évoquent d’improbables journées de 18 heures et les romans villageois qui décrivent des gendarmes absorbés dans la contemplation du paysage, on doit renoncer à la tentation du décompte. Un tel calcul serait de toute façon anachronique : la frontière entre travail et détente semble particulièrement poreuse dans la gendarmerie du XIXe siècle.

    22Il faut apprécier à sa valeur l’euphémisme du Moniteur de la Gendarmerie, qui estime que « les entretiens que tiennent les gendarmes ne roulent pas seulement sur la tranquillité publique53 ». Même les tournées se prêtent à une confusion des genres pleinement assumée par le maréchal des logis Pruvot, dans un rapport daté de 1849. Ce chef de brigade quitte sa résidence à 11 h pour surveiller un marché. Il revient vers 17 h, après avoir discuté avec le maire, le juge de paix, plusieurs amis, et après avoir partagé au moins « cinq à six verres de bière », un repas, deux cafés et trois liqueurs54. On comprend donc mieux, à la lumière de ces exemples, que les rondes de surveillance ou les plantons de foire ne soient pas forcément considérés comme des corvées. Cette perception d’un temps de travail perméable se renforce si on rappelle que les gendarmes gardent toujours l’uniforme et qu’ils vivent en caserne. Autant dire qu’ils restent toujours disponibles et qu’ils ne rompent jamais avec l’univers professionnel.

    23Même les loisirs les plus éloignés de la caserne font l’objet d’une surveillance plus ou moins stricte. La vigilance de l’institution s’explique par le souvenir des vieux démons de la maréchaussée, quand de nombreux cavaliers cumulaient leur traitement avec une seconde activité rémunérée. Informé en 1868 « que des militaires de la gendarmerie vont travailler en ville en dehors des heures de service, que d’autres occupent divers emplois dans des maisons particulières », le ministre décide de renforcer la surveillance55. Les moindres soupçons suffisent à alimenter de longues enquêtes, parfois étalées sur plusieurs mois. C’est ainsi qu’à la Belle Époque, le commandant des Hautes-Alpes demande si le brigadier Clarioud, « qui occupe ses loisirs à confectionner de menus objets […], n’a jamais travaillé pour le public ». Peu auparavant, le même officier menaçait de radiation un gendarme « qui s’[était] fait auprès des débitants de ses amis le courtier d’une maison de spiritueux56 ». Quand on sait que le « travail à-côté » constitue traditionnellement le principal loisir des classes populaires57, on mesure la portée liberticide d’un tel contrôle. Comment occuper le temps libre ? Tout le monde ne partage pas la passion aéronautique du gendarme Percevaut, dont les inventions aussi étranges que désintéressées intriguent chefs et collègues58, ni « la marotte de la chasse aux documents » qui saisit Raphaël Wauthier et qui l’incite à rédiger des sommes érudites sur l’occupation russe des Ardennes59.

    24Le désœuvrement est d’autant plus sensible que d’autres distractions populaires sont formellement déconseillées. Au nom de la lutte contre l’alcoolisme, du refus de la politique et de la dignité de leurs fonctions, les gendarmes ne doivent jamais s’attabler dans un café. Tout au plus peuventils se désaltérer à la porte du cabaret. Ces règles sont toutefois interprétées de manière très variable. On ferme les yeux sur les arrêts ponctuels et on donne l’autorisation de répondre aux invitations des parents et des amis de passage60. Mais le lieutenant Anrioud n’en punit pas moins les gendarmes Juvigny et Monceau, surpris à la terrasse d’un café. « Sans doute ils avaient chaud, mais, étant à deux pas de chez eux, ils n’avaient qu’à rentrer pour se mettre à leur aise et se désaltérer61. » Le contrôle s’étend aussi à l’ensemble des spectacles publics. On comprendra sans doute que le militaire qui se rend dans une maison de tolérance « déshonore l’uniforme » et se condamne à une peine de prison. De manière plus étonnante, il est aussi mal vu « de se rendre au théâtre [ou] d’aller danser dans un bal62 ». La chasse est également déconseillée, au moins depuis 182163. Et les lectures sont encore plus surveillées, si l’on en croit le témoignage du brigadier Lemarchand, qui attribue sa disgrâce professionnelle à la vindicte du chef d’escadron, depuis que cet officier l’a surpris en train de lire « quelque journal anarchiste des Côtes-du-Nord64 ».

    25Il faut bien distinguer, cependant, la surveillance disciplinaire réelle de la surveillance ressentie. Peu importe ce que font vraiment les chefs, l’essentiel est que les gendarmes se sentent pleinement conscients de vivre au cœur d’un dédale de règlements, comme le montre la lecture des « solutions » et de la « petite correspondance » de la presse professionnelle. Ancêtres du courrier des lecteurs65, ces rubriques permettent aux gendarmes de solliciter l’expertise des rédacteurs sur tous les sujets publiables66. Quels que soient les biais de cette source, on peut penser que la hiérarchie des sujets abordés donne une idée des interrogations qui traversent le corps. Trois thèmes sortent du lot. Sans surprise, la palme revient à l’explication du service (30 % des solutions développées dans le Journal de la Gendarmerie entre 1856 et 188267). Rien d’étonnant non plus, au vu de la complexité technique du problème, à ce que le calcul des primes et pensions tienne une place dominante (35 %). Il est plus étrange et plus significatif de relever le poids croissant des questions concernant la discipline et la vie de caserne (18 %). Un gendarme demande ainsi si un officier peut l’obliger à changer de boucher ; un autre ignore s’il peut se rendre librement dans un salon de coiffure, etc.68. Questions naïves de recrues fascinées par la masse de prescriptions ou réclamations contre des tyrans de caserne ? On peut au moins admettre que les gendarmes n’engagent guère de divertissement sans s’interroger sur la réaction de leurs chefs.

    26Pour devancer les difficultés, ceux-ci s’efforcent d’ailleurs de maintenir les gendarmes dans leur intérieur en encourageant la construction de terrains de pétanque et de « jeux de toute sorte » dans toutes les casernes69. Ils s’évertuent surtout à obtenir la location de petits jardins qui permettront à leurs hommes de se changer les idées sans enfreindre la discipline du corps. En 1837, près de 40 % des brigades disposent de terrains dont la taille s’établit généralement autour de quelques ares70. Cette proportion s’élève dans la seconde moitié du siècle. Les rares casernes qui n’en bénéficient pas sont proposées pour l’indemnité de cherté de vie71, tandis que les revendications se concentrent désormais sur la taille des lopins, voire sur la qualité des sols : on n’hésite plus à récuser un projet de casernement sous prétexte que la terre du jardin est trop médiocre pour être cultivée72 ou qu’il ne dépasse pas un are73.

    27Ces précisions permettent de comprendre le sens assigné aux jardins des gendarmes. Il s’agit d’assurer autant que possible l’autosuffisance légumière de la famille tout en évitant les tentations marchandes. Le travail de la terre doit rester un passe-temps ; les gendarmes ne peuvent pas devenir des paysans-gendarmes, ni même des gendarmes-paysans. Ainsi s’expliquent les sévères restrictions apportées à l’élevage des volailles ou des lapins. Clapiers et poulaillers sont expressément interdits, mais parfois tolérés, « sauf s’ils ont le lucre pour but74 ». Informé que des lapins sont vendus aux aubergistes, le commandant des Hautes-Alpes recommande même une enquête rigoureuse pour vérifier que « le nombre des [animaux] élevés soit en rapport avec les prévisions de la consommation familiale75 ».

    28L’emprise de l’institution s’étend ainsi sur l’ensemble du temps libre, à la seule et notable exception des permissions. Dans la première moitié du XIXe siècle, les gendarmes peuvent déjà demander des congés et bénéficier d’une demi-solde. De telles requêtes restent toutefois très rares76. La situation s’améliore lentement, de décret en décret, jusqu’à l’extrême fin du siècle, au rythme des progrès enregistrés dans les corps de troupe. Vers 1900, un seuil est franchi : chaque gendarme peut solliciter dix à quinze jours de congé par an. En fixant ce chiffre, les règlements invitent surtout à restreindre les faveurs informelles qui assouplissaient les contraintes passées. Aucun gendarme n’obtient de dérogation à cette limite maximale, et l’on abandonne « la tolérance pour des absences de la journée accordées à des gendarmes allant aux commissions à la ville77 ». Cette redéfinition du congé réduit évidemment la portée libérale des réformes. Mais elle contribue surtout à poser le problème de la disponibilité des hommes et de la porosité du temps de travail.

    29C’est au début du XXe siècle, en effet, que l’on commence à revendiquer un vrai repos hebdomadaire, en écho aux nouvelles dispositions légales. Comme le précise une note de service, « la journée de repos dispense des services inscrits sur la feuille, mais les gendarmes n’en doivent pas moins soigner ce jour-là leurs chevaux et leurs effets, assister aux corvées, manouvres, théories, prises d’armes inopinées, etc.78 ». Les journaux corporatistes inscrivent donc « le vrai repos », en tenue bourgeoise, parmi leurs principaux sujets de débats79, tandis que les officiers s’efforcent au moins de libérer le dimanche après-midi80. En attendant, certains gendarmes demandent à bénéficier de journées de permissions dans leur résidence, qui « pour presser du cidre », qui pour se détendre en famille. En règle générale, ces requêtes sont toutefois refusées81, « ce serait créer un précédent susceptible d’amener des abus82 » : les gendarmes doivent encore s’éloigner de la caserne s’ils désirent échapper au contrôle de l’institution.

    La vie de caserne

    30La gendarmerie réside généralement dans des immeubles réaffectés. Improvisé selon les variations d’effectifs et selon les budgets départementaux, le parc immobilier se compose, au grand regret de la presse professionnelle, « ici, d’une maison exiguë ; là, d’un bâtiment ayant extérieurement bonne mine, mais manquant d’accessoires ; plus loin, d’un monument gigantesque83 ». Chargés des dépenses de logement, les conseils généraux ne manifestent pourtant pas une pingrerie exagérée : l’Oise consacre près de 2 % de son budget aux frais de casernement – chiffre parfaitement stable des années 1840 jusqu’à la Grande Guerre84. Prudents, les départements répugnent, en revanche, à faire construire des bâtiments dont ils ne contrôlent pas l’usage. Malgré de vifs débats85, ils privilégient le plus souvent les baux locatifs. Ce sont donc les propriétaires privés et, de plus en plus, les communes, qui vont livrer la plupart des casernes. Cet éparpillement des initiatives et des responsabilités explique l’hétérogénéité du parc immobilier.

    31Les officiers ont déjà fort à faire avec la vétusté des casernes. Dans les Hautes-Alpes, la « vieille masure en ruines » qui abrite la brigade de Veynes « défie l’entendement86 ». À l’autre bout du pays, l’Ille-et-Vilaine de la Belle Époque n’est pas mieux lotie, avec 60 % de casernes occupées depuis plus de cinquante ans87. Au moins les chefs d’escadron parviennent-ils à faire évacuer « les appartements incommodes et malsains » de Dunkerque, où « l’eau ruisselle » et où « des ouvertures pratiquées dans le plafond » tiennent lieu de fenêtres88. Dans la lignée du mouvement hygiéniste qui envahit l’armée, la gendarmerie engage d’importants efforts d’assainissement. L’ambition sanitaire achoppe toutefois sur la question de l’exiguïté des logis. Selon les règlements en vigueur au milieu du XIXe siècle, les logements doivent se composer d’au moins deux pièces, dont une chambre à feu. Inégalement respectée, cette norme devient inaccessible après les augmentations d’effectifs des années 1850 et surtout des années 1870. Des gazettes bien intentionnées s’en font l’écho :

    « Sait-on de quoi se compose l’habitation d’un de ces modestes serviteurs de l’État ? Quatre ou cinq personnes dans une pièce large comme un mouchoir de poche ! Un gendarme de Cambrai avait, il y a deux ou trois ans, essayé de suppléer par son ingéniosité au manque d’emplacement : des planches superposées tenaient lieu de différents bois de lit. On s’imagine le supplice des bébés qui ne pouvaient sous aucun prétexte dégringoler nuitamment de leurs planches. De guerre lasse, le brave homme dut quitter le service89. »

    32À la fin du siècle, les officiers doivent encore faire preuve d’ingéniosité pour affecter les gendarmes chargés de famille en fonction des maigres possibilités de logement. Le mécontentement couve d’autant plus que les normes du casernement ne correspondent plus du tout au rang de l’institution dans des bourgades où les familles les plus pauvres disposent communément de deux chambres90. Le ministère de la Guerre présente donc de nouveaux modèles, où chaque gendarme bénéficie de trois pièces pour une surface totale de 50 m2. L’heure est propice, puisque les réductions d’effectif décidées en 1894 libèrent de l’espace dans près de 800 brigades rurales. On atteint souvent, et on dépasse parfois, la moyenne recommandée des trois pièces par famille91. Est-ce suffisant ? Sûrement pas si l’on en croit les récriminations persistantes de la presse professionnelle92. Peut-être, si l’on admet que l’hébergement gratuit des gendarmes et de leurs proches constitue un avantage financier que l’on peut évaluer dans une fourchette de 7 à 12 % de la solde selon les lieux93. Mais le sujet reste sensible, comme le montre le formidable tollé provoqué par un général qui déclare « qu’ils ont mendié auprès des populations le logement de leur famille94 ».

    33La gratuité va de pair, en effet, avec l’obligation de résidence : disponible et discipliné, le gendarme doit vivre sous le regard de ses chefs. Le principe est clairement affirmé, et l’on n’hésite pas à garantir son application en faisant murer les issues secondaires des casernes ou en fixant « une serrure de sûreté à la porte cochère afin que les gendarmes ne puissent pas sortir la nuit sans autorisation95 ». Le raidissement disciplinaire s’engage sous la monarchie de Juillet et progresse tout au long du siècle, à tel point qu’un journal local dénonce, en 1888, le brigadier d’Audruicq, qui « séquestre ses quatre gendarmes à longueur de journée », tandis que L’Écho de la Gendarmerie doit rappeler à ses lecteurs « qu’on ne peut évidemment pas empêcher de sortir la nuit pour se rendre aux cabinets d’aisance qui se trouvent dans la cour de la caserne96 ». Il faut attendre 1905 pour qu’un nouveau règlement assouplisse timidement les formalités d’entrée et de sortie. Sans grande conséquence, puisque les officiers restent très attentifs au potentiel disciplinaire des bâtiments loués pour la gendarmerie. « Il faut envisager le cas du gendarme célibataire », explique ainsi le commandant de l’Hérault, qui exige « des grilles aux fenêtres du rez-de-chaussée97 ».

    34Il faut cependant se garder de prendre les textes réglementaires pour argent comptant. Aussi ambitieuse soit-elle, l’action des officiers ne suffit sûrement pas à convertir les vieilles bâtisses louées en casernes sécurisées. À Chorges, la complexité d’un bail emphytéotique mal rédigé oblige la gendarmerie à maintenir une porte de communication entre la caserne et la boulangerie voisine98. À Serres, « les logements sont tout à fait à part dans la caserne » ; « les fenêtres sont presque de plain-pied avec le sol et les terrasses des maisons voisines ». Aussi le gendarme Jubert peut-il « passer la nuit chez une demoiselle du voisinage à l’insu de tout le monde99 ». À Romorantin, il suffit d’escalader un petit muret invisible du bureau pour se retrouver dans une rue adjacente. À l’image du gendarme Croix, qui tombe – au sens propre du terme ! – sur son officier, beaucoup prennent même l’habitude d’emprunter ce raccourci peu orthodoxe pour « aller faire leurs commissions100 ». Les punitions et les notes de service pleuvent, mais les casernes de gendarmerie restent toujours aussi éloignées de l’idéal cellulaire de la « discipline-blocus » que du fantasme panoptique de la « discipline-mécanisme101 ».

    35La clôture des locaux est d’autant plus illusoire que les familles des gendarmes ont la possibilité de s’installer dans la caserne. Les officiers en tiennent d’ailleurs compte dans le choix des bâtiments, les immeubles proposés par le conseil général devant pouvoir héberger à peu près trois fois plus d’habitants qu’il n’y a de gendarmes102. Faut-il déduire de cet usage tacite que les brigades vivent librement dans leurs logements ? Peut-on substituer à l’image éculée du « petit couvent » la métaphore séduisante du phalanstère ? Ce serait ignorer les contraintes bien réelles de la vie de caserne. Écoutons, par exemple, la supplique adressée à Napoléon III par le beau-père d’un gendarme :

    « Ma fille chérie, je l’ai donnée en mariage à un jeune homme honorable, un gendarme. Fils d’un ancien militaire porteur de la médaille de Sainte-Hélène, j’ai cru devoir faire preuve, en agissant ainsi, de mon attachement à Votre Majesté. [Mais] il faut nous soumettre aux brutalités révoltantes d’un brigadier puant l’arbitraire qui nous interdit d’entrer dans la caserne103. »

    36Si la famille nucléaire est « tolérée » – la formule est éloquente –, « ce n’est qu’à titre exceptionnel que les parents, surtout un oncle, peuvent être admis dans des casernes [qui ne doivent] en aucun cas devenir des asiles permanents pour la vieillesse104 ». Là encore, la rigueur des déclarations officielles ne doit pas tromper sur la fréquence des dérogations temporaires prorogées à l’infini. Au prix de quelque insistance et sous réserve d’une conduite exemplaire, les gendarmes parviennent généralement à accueillir leurs proches. Ils n’en sont pas moins tenus de solliciter des permissions pour chaque visite. Comme l’explique, à la veille de la Première guerre mondiale, un rédacteur du Progrès de la Gendarmerie, « on dira peut-être que l’autorisation de recevoir un parent n’est jamais refusée. Possible, mais il n’en reste pas moins vrai qu’elle peut l’être, et cela est absurde et indigne105 ».

    37Nul ne combat plus ces règlements archaïques que le capitaine Paoli, rédacteur en chef du Gendarme. Cet ancien officier rappelle pourtant à ses lecteurs qu’ils sont désormais « habitué[s] au bien-être relatif de la caserne » et à « un logement plus avantageux [qu’ils n’auraient pu espérer dans la vie civile], étant donné [leur] classe sociale106 ». On aurait tort, en effet, d’imaginer la caserne sous les traits d’une prison exiguë et inconfortable – non pas que ces conceptions soient complètement erronées, mais les inconvénients s’effacent en partie sous la « gratuité du logement dans les bâtiments départementaux », ainsi que le promet une plaquette publicitaire de la Belle Époque107. La vivacité avec laquelle les gendarmes dénoncent les mauvais casernements ne prouve-t-elle pas qu’ils investissent pleinement ces logements de fonction ? Les « aménagements fantaisistes » ou les décorations fixes qui agrémentent leur logis108 témoignent, au choix, d’une appropriation sentimentale ou d’une tactique de résistance contre la froideur imposée d’un cadre militaire interchangeable : les hommes et leurs familles réussissent, en tout cas, à investir leur caserne – à l’habiter.

    La vie de famille

    38La gendarmerie est-elle composée de 20 000 gendarmes ou d’une centaine de milliers d’individus, comme le suggèrent certains journaux corporatistes ? La question se pose dans la mesure où l’institution se préoccupe beaucoup du sort des familles de gendarmes. On a déjà dit que le ministre de la Guerre devait donner sa permission pour chaque mariage de militaire. Rares sont les demandes refusées, malgré la sévérité de certaines enquêtes de moralité : parmi les seuls avis défavorables, on remarque une Allemande ou une ancienne pensionnaire de maison close, mais les permissions finissent toujours par être accordées109. Comme l’explique lucidement le commandant Kervella, « le ministre passera outre [l’avis défavorable] et accordera le mariage, comme toujours, mais personne ne pourra nous accuser de n’avoir pas fait notre devoir110 ». La rigueur des investigations préalables doit surtout offrir un délai de réflexion et dissuader les unions hâtives. Elle ne témoigne en aucun cas d’un rejet philosophique du mariage, au contraire.

    39Quand le capitaine de Soissons reçoit la demande de démission du jeune gendarme Manière, « un peu aigri et déprimé par une vie que, dit-il, il n’avait pas prévu aussi rude », il le raisonne en lui suggérant de se marier au plus vite111. L’anecdote montre que l’institution compte sur les liens matrimoniaux pour renforcer l’engagement professionnel. Passant outre les réticences de son colonel, Kervella rédige même un plaidoyer pour que les gendarmes affectés dans les postes de la frontière italienne puissent y emmener leurs épouses : « leur présence ne contribue pas peu à rendre supportable le séjour prolongé dans ces dures et tristes régions112 ». Non contentes de réconforter leurs maris isolés, ces femmes contribuent également à maintenir la discipline du corps. Le chef d’escadron de l’Hérault explique ainsi qu’il « s’est spécialement adressé à l’épouse du gendarme Dalbès pour l’engager à l’aider activement » et pour le dissuader de fréquenter les cabarets113. C’est en vertu de ce principe que le chef de la 4e légion rappelle solennellement à tous ses subordonnés que « les gendarmes doivent toujours rentrer à midi pour prendre le repas en famille, ce à quoi je tiens essentiellement114 ».

    40Le rôle dévolu aux épouses de gendarmes justifie que l’on se préoccupe des « situations anormales » qui obligent parfois les conjoints à vivre séparément. « Les gendarmes doivent donner l’exemple de l’ordre, de la bonne harmonie, de l’entente et de la dignité, toutes choses qui ne me paraissent pas exister dans le cas présent : la femme mariée doit suivre son mari (articles 213-214 du Code Civil) ! », explique ainsi le commandant de l’Ille-et-Vilaine115. Les menaces sont toutefois plus rares que les tentatives de conciliation, qu’il s’agisse de persuader un gendarme de reprendre la vie commune116 ou de solliciter des inspecteurs d’académie le rapprochement des institutrices qui ont épousé des gendarmes117.

    41La vie conjugale doit garantir que les gendarmes se conforment aux normes du comportement bourgeois. Comme le résume cette dictée soumise aux nouveaux admis, « les gendarmes doivent se conduire en bons époux, en bons pères, ils s’abstiennent de contracter des dettes et ils mettent dans leurs discours et dans leur démarche toute la circonspection nécessaire118 ». Ainsi s’explique l’intransigeance avec laquelle l’institution sanctionne les gendarmes qui battent leurs femmes. Quand bien même le mari violent serait « un excellent gendarme », tandis que l’épouse souffrirait d’une mauvaise réputation, « nous ne pouvons pas tolérer ces brutalités », résume le commandant des Hautes-Alpes, « nous ne pouvons pas cautionner ces scandales publics119 ». Les modèles à suivre se précisent et s’élèvent à la fin du siècle. Pour les candidats à l’avancement, il s’agit d’apprendre à manier les couverts ; pour les autres, il faut « éviter les jurons, les blasphèmes, les médisances et bannir toute expression grossière » au sein du ménage120.

    42À cela s’ajoute une conception exigeante du prestige de l’uniforme. « Ayant transporté en uniforme du raisin ramassé au cours du glanage des indigents », le gendarme Huguet subit ainsi une sévère punition121. Déjà pendant la crise du milieu du XIXe siècle, le commandant de l’Eureet-Loir remarquait que, si « la charité privée allège [la hausse des prix] pour l’ouvrier, le gendarme n’a pas cette ressource ; ses devoirs, sa dignité, le soin de l’indépendance de sa position, l’obligeraient à la repousser si elle lui était offerte122 ». On ne saurait tolérer qu’un gendarme soit traité en indigent, ni même qu’il vive trop chichement. Ainsi abaisse-t-on les notes du gendarme Lorant, considéré comme « un fruste, dans toute l’acception du mot », puisque, malgré ses bons revenus, il choisit de vivre « misérablement, par avarice ou parce qu’il n’est pas comme tout le monde123 ». Il est tout aussi rigoureusement interdit de contracter des dettes. Née de la lutte antialcoolique, cette prescription prend des proportions considérables, puisque le commandant du Jura recommande à ses chefs de brigade, en 1836, « de s’assurer si les gendarmes doivent de l’argent aux marchands, aux bouchers et aux boulangers » avant de délivrer la solde mensuelle124. Maintenue jusqu’en 1900125, cette mesure tombe en désuétude, mais les gradés maintiennent une surveillance fondée sur les dénonciations. Le mariage est censé prémunir contre ces périls, de même qu’il paraît garantir le choix d’un mode de vie bourgeois. Reste toutefois à éliminer les principaux effets pervers de la passion amoureuse.

    43« Les Hélène font les guerres de Troie126 » : l’aphorisme du brigadier Mordan traduit la méfiance que l’institution éprouve encore à l’égard de la gent féminine. Peu de questions sont aussi richement documentées, à croire que les officiers du XIXe siècle ont retrouvé la verve d’Homère lorsqu’ils ont dû régler les querelles de ménage. Il est vrai que les difficultés de cohabitation sont multiples, ne serait-ce qu’en raison de la promiscuité des casernes. Pour fuir l’exiguïté du logis, on n’hésite pas à s’attarder sur le pas de la porte. Malgré l’initiative du lieutenant Lossouarn, qui prétend, non seulement « défendre aux ménages de Lodève de prendre le frais une fois la nuit tombée », mais aussi interdire « aux enfants de se livrer à leurs ébats après le dîner127 », rien n’empêche de « tricoter dans la cour » ou de circuler dans les couloirs. Tous les officiers s’attachent pourtant à rappeler aux gendarmes qu’ils « doivent vivre dans leur intérieur128 ». Au sein même de la caserne, la configuration des lieux empêche pourtant de se replier sur un hypothétique espace privé. À Doyet, par exemple, « une chaise remuée » suffirait presque à réveiller tout l’immeuble, à tel point que les gendarmes affectés dans cette résidence demandent immédiatement leur mutation129. À Plélan, les femmes de gendarmes se réunissent sous la chambre à coucher de l’épouse Guillet pour « percevoir les craquements suspects du lit » qui témoigneraient de « la conduite répugnante » de cette jeune femme130. Cris d’enfants, éclats de voix et claquements de portes composent le paysage auditif des casernes de gendarmerie. Lourds de conséquence sur l’harmonie des brigades, ces défauts d’insonorisation sont presque aussi préoccupants que l’éveil des jalousies, professionnelles ou privées.

    44Les adultères constituent toutefois le principal socle des scandales. « Quelle réserve ne doivent pas avoir les gendarmes célibataires ! Quel malheur pour un homme de compromettre seulement une femme par une attitude trop galante », prévient ainsi le lieutenant Carrez131, tandis que ses collègues prennent soin de limiter les tentations : « la présence d’une jeune fille pouvant avoir de sérieux inconvénients pour le maintien de l’harmonie et du bon ordre parmi le personnel », les demandes d’hébergement des sœurs ou des nièces sont presque toujours refusées par le commandant de l’Hérault132. On comprend mieux leur prudence à la lumière de l’affaire Chagnot. Informé que sa fille fréquente secrètement un gendarme, ce brigadier la pousse à porter plainte pour viol. Pour alourdir l’accusation, il monte une mise en scène qui pêche par excès. Intrigué par l’attitude de la demoiselle Chagnot – « la véritable innocence aurait trouvé des accents plus émus, plus sincères » –, l’officier parvient à déjouer le complot et à faire démissionner le chef de brigade133. Pire encore, à Fougères, l’adjudant Thourault, amant de la femme du gendarme Giffard, la pousse sans doute et l’aide peut-être à empoisonner son mari. « Pour protéger le bon renom de la gendarmerie » dans une affaire très complexe qui passionne l’opinion locale, le commandant préfère ne pas prolonger l’enquête et laisser le bénéfice du doute au sous-officier134. Impossible, par contre, d’enterrer les scandales de La Fouillouse ou de Podensac, qui marquent les esprits au début des années 1890. Dans les deux cas, des jalousies et des soupçons d’adultère mènent un gendarme à tuer un collègue.

    45Aussi désigne-t-on avec force les coupables idéales : « étant seulement tolérées dans les casernes, les femmes devraient savoir que la plus grande réserve leur est commandée135 ». Assez rarement appliquée, puisqu’on n’en a dénombré qu’une dizaine d’exemples pour toutes les compagnies étudiées à la Belle Époque, la menace d’expulsion de la caserne constitue une arme de dernier recours. Les officiers préfèrent resserrer la trame du contrôle disciplinaire. Ils acceptent surtout de tolérer, voire d’encourager, le travail féminin. L’empoisonnement du gendarme Bonroy, qui fait les délices de la presse normande, contribue à imposer cette idée. Érigée en Bovary du XXe siècle, Emma (sic) Bonroy aurait assassiné son mari par « lassitude et goût du luxe ». Au cœur de l’argumentation des officiers qui essaient de rejeter la faute sur cette jeune femme, figure « la coquetterie ridicule d’une épouse passant son temps à lire des romans au lieu de faire le ménage136 ». Cette lecture tragique de l’oisiveté incite donc à considérer d’un œil favorable les requêtes formulées par les femmes de gendarmes. Certains métiers leur sont interdits : l’exploitation d’un fonds de commerce, le travail de sage-femme, de nourrice137, voire de blanchisseuse. Ces contraintes inégalement respectées138 n’empêchent pas celles qui le peuvent et le souhaitent d’exercer la profession de couturière – de loin la plus fréquente –, mais aussi de modiste, de garde-malade ou d’institutrice – cette carrière ayant un vif succès dans la compagnie des Hautes-Alpes. Ces activités restent cependant minoritaires dans la gendarmerie du XIXe siècle. Faute d’emploi, sans doute139, mais aussi par choix : en choisissant de rester à la caserne, la femme de gendarme revendique son appartenance à la petite bourgeoisie. Les ambitions privées des militaires rejoignent ainsi le projet institutionnel, désireux de présenter l’arme sous un jour de respectabilité.

    Un paternalisme exacerbé

    46Des fautes professionnelles à la conduite des épouses, en passant par les exigences de bonne tenue, la considérable extension du domaine disciplinaire restreint la marge de liberté octroyée aux gendarmes. Mais pourquoi ne pas porter cet uniforme dont on est fier ? Pourquoi faire travailler sa femme, quand l’inactivité des épouses atteste d’un rang convoité ? Il faut bien comprendre que le discours de l’institution rejoint souvent les aspirations personnelles des gendarmes. C’est le propre d’un modèle paternaliste qui se développe et s’affine dans la seconde moitié du siècle.

    Du berceau à la tombe

    47En 1886, les casernes de la gendarmerie abritent un peu plus de 27 000 enfants140. Ce chiffre est plus élevé que dans la première moitié du siècle141 : aux vieux soldats qui se mariaient sur le tard, succèdent en effet des trentenaires féconds. Nul doute, pourtant, que ces jeunes époux limitent drastiquement leur progéniture. Environ 1,4 enfant par couple en 1886, un petit peu moins en 1905142 : la politique de restriction des naissances s’impose de manière bien plus spectaculaire que dans l’ensemble de la société. Elle constitue une norme implicite dans le monde de la caserne. Enceinte d’un quatrième enfant, la femme du gendarme Pavard éclate ainsi en sanglots quand une voisine l’interroge sur son état : « Avec cela que je suis déjà si contente, vous ne voudriez peut-être pas que je le fasse tambouriner ? » à l’annonce de la nouvelle, le mari affronte, quant à lui, « les railleries et les quolibets de ses collègues143 ». Ce malthusianisme dominant et assumé144 s’explique par la relative faiblesse de la solde et par l’exiguïté des logis. Mais il participe aussi d’un désir d’ascension sociale bien partagé. Aussi les gendarmes accordent-ils beaucoup de soin à l’éducation de leurs enfants.

    48Affaire privée, se dira-t-on – sauf que les gendarmes sont militaires et qu’en tant que tels, ils peuvent bénéficier de postes d’enfants de troupe. Encore peu connue des historiens145, cette institution ancienne est officiellement reconnue en 1832. Sous certaines conditions, les sous-officiers engagés peuvent solliciter la prise en charge des frais d’entretien et d’éducation de leurs garçons, en échange de quoi le jeune homme s’engage à contracter un enrôlement de longue durée. Financièrement très avantageux, ce statut offre également de belles perspectives d’avenir. Aussi obtient-il un grand succès dans toute l’armée : l’offre est très insuffisante pour répondre à la demande. Laissés de côté dans un premier temps, les gendarmes obtiennent ces postes « au bon vouloir des généraux146 ». Il faut attendre 1852 pour qu’un arrêté ministériel réserve un quota – cinq places par compagnie – aux gendarmes « à la fois les plus méritants et les plus chargés de famille147 ». À raison d’un peu moins de 500 enfants de troupe pour plus de 10 000 candidats potentiels, cette avancée reste très partielle148. Votée le 19 juillet 1884, la réforme des enfants de troupe permet d’améliorer la situation. Au début du XXe siècle, toutes les familles de trois enfants ou plus peuvent bénéficier d’au moins une place. Et les deux tiers des enfants de troupe sont fils de gendarmes149. Mais cette généreuse proportion ne suffit pas à faire face aux besoins du corps.

    49La majorité des garçons et la totalité des filles de gendarmes suivent donc des parcours civils, mais l’institution ne renonce pas forcément à guider leur trajectoire. Depuis 1850, le ministère de la Guerre décerne ainsi des bourses spéciales aux « militaires de la gendarmerie dont l’insuffisance de fortune a été constatée150 ». Si ce dispositif reste anecdotique, il n’en bénéficie pas moins d’une large publicité, lorsque des fils de gendarmes parviennent à forcer les portes de Saint-Cyr ou de Polytechnique. Les récits élogieux de la presse corporatiste151 ne contribuent pas peu à renforcer l’aspiration scolaire dans la gendarmerie. Après avoir obtenu, dès 1867, la gratuité de l’enseignement primaire pour leurs enfants152, les gendarmes tentent d’accéder à une « nourriture intellectuelle plus substantielle153 ». Non contente de faciliter les réaffectations urbaines des pères de famille, l’institution accorde des secours particuliers tout en poussant les dossiers de bourses départementales154, afin de permettre l’accès au lycée. Les fils de gendarmes n’y sont pas rares, mais la plupart des garçons qui poursuivent des études secondaires s’orientent vers les écoles primaires supérieures, où « beaucoup des élèves étaient fils de fonctionnaires, de gendarmes, d’instituteurs155 ». Le recrutement social médian de ces institutions correspond sans doute mieux à la réalité objective du statut de gendarme et aux ambitions modérées des parents.

    50Officiers de cavalerie pour les garçons, épouses d’officiers pour les filles – tel serait le destin dont rêvent, et les chefs, et les parents eux-mêmes. Cette trajectoire n’est évidemment pas si rectiligne que le laissent entendre les sources. Qui sait que Georges Yvetot était né dans une caserne du Second Empire ? Le secrétaire de la CGT, rédacteur du sulfureux Manuel du Soldat, inscrit au carnet B, ne cache pourtant pas son origine156… De manière plus générale, les fils de gendarmes s’engagent souvent dans l’apprentissage. Conformément aux vœux de son défunt père, Jean Tramont embrasse ainsi la profession de charron, tandis que ses deux frères aînés deviennent respectivement instituteur et artilleur157. Les filles, de leur côté, sont souvent couturières158, comme leurs mères, et parfois institutrices159. La variété et la liberté de ces orientations ne doit pourtant pas faire oublier que les priorités éducatives et les destins projetés s’unissent sur la toile de fond d’un contrôle institutionnel bienveillant. Si les officiers ne se mêlent pas des choix privés, ils gardent ainsi la possibilité de sanctionner les mauvais pères, tel le brigadier Chevet, qui reçoit « un avertissement sérieux » pour « avoir manqué à ses devoirs en retenant son enfant chez lui dans le but de servir de femme de ménage160 ».

    51L’institution témoigne de la même prévenance à l’égard des anciens gendarmes. Les liens ne disparaissent pas une fois l’uniforme remisé. Ils s’incarnent d’abord par le versement des primes dont le montant est tardivement calculé. Ils se matérialisent plus durablement par la pension de retraite, qui joue également le rôle d’une assurance-vie, puisque la veuve et les orphelins mineurs du retraité peuvent bénéficier d’une pension de réversion. Les vieillards et les veuves déshérités n’hésitent pas, par ailleurs, à solliciter des secours, notamment au milieu du XIXe siècle161, tandis que le legs Ramondenc organise, à la fin du XIXe siècle, la prise en charge des veuves et des orphelins infortunés162. Instruites par les chefs de brigade du canton de résidence, ces requêtes restent rares, mais elles contribuent à maintenir le contact à la demande des anciens gendarmes.

    52L’institution joue également un rôle actif pour préserver ou restaurer les liens distendus. Sans même parler du cas particulier des réservistes, il suffit de rappeler que la brigade est chargée de tenir à jour le registre des médaillés militaires et qu’elle prend l’habitude de rendre compte des déménagements d’anciens gendarmes163. C’est ce qui explique la brièveté du délai accordé en 1913 par le commandant de l’Hérault à ses hommes avant qu’ils ne localisent tous les retraités « valides et offrant toutes garanties164 ». Il n’est pas si facile de disparaître quand on a été gendarme, comme le constate avec agacement Donnaz, qui refuse vainement de donner son adresse de retraite165.

    53Il est encore plus difficile de le faire oublier aux yeux de la société, et d’abord quand on recherche un emploi. Pour presque tous, en effet, la gendarmerie n’est que l’avant-dernière étape de la carrière professionnelle. Faut-il rappeler, qu’en 1896 encore, 70 % des hommes de plus de 55 ans exercent un métier, tandis que les jeunes sexagénaires peuvent espérer vivre 12 à 13 ans166 ? À cet âge respectable, il est toutefois difficile de trouver un travail convenable. Aussi les retraités s’appuient-ils souvent sur les offres d’emploi transmises par leurs anciens chefs : gardien d’usine, régisseur, agent d’assurance, agent de police, autant de petits métiers de confiance pour lesquels la recommandation d’un officier de gendarmerie sert de sésame : « on ne peut donner que d’excellents renseignements sur la conduite et sur la moralité d’un gendarme retraité à l’ancienneté », explique ainsi le lieutenant Chabannes167.

    54Souvent acquis par l’intermédiaire de l’institution, le nouvel emploi permet cependant de tisser d’autres liens et de diversifier l’univers relationnel de l’ancien gendarme. On est loin du cliché véhiculé par les romanciers, qui évoquent des retraités vivants « comme des anachorètes, dans des maisons isolées du hameau », en soupirant chaque jour devant « la cheminée ornée du bicorne et du parchemin de la médaille militaire168 ». L’image du vieillard nostalgique incapable de quitter le souvenir de sa gloire passée169 est mise à mal par toutes les études historiques170. À l’image du chef Meunier171, combien de gendarmes exercent des responsabilités municipales ? Combien d’autres investissent leur réputation dans des mutuelles ou dans des sociétés d’anciens combattants ? Loin d’être isolés, les retraités goûtent aux plaisirs de la vie familiale et résident, pour la majorité, dans un gros bourg172. Leurs décès sont annoncés par des proches, sans que l’on puisse soupçonner qu’ils soient victimes de la solitude des dernières années qui se développe dans l’ensemble de la société173.

    55On remarquera pourtant avec intérêt que, parmi la centaine d’actes de décès retrouvés, moins d’une vingtaine oublient de rappeler que le défunt a porté l’uniforme. Dans certains cas, la mort ne survient pourtant que trente ou quarante ans après le départ de la caserne. C’est dire la profondeur de l’empreinte laissée par le passage dans la gendarmerie. L’usage ne veut-il pas que l’on continue à dénommer « gendarme » tous ceux qui ont endossé l’uniforme174 ? Les cortèges funéraires ne sont-ils pas décorés d’uniformes et de bicornes ? Quand meurt, en 1892, le garde particulier Cossart, plus de quinze ans après avoir quitté la gendarmerie, la plus grande couronne de fleurs est barrée d’un bandeau : « les gendarmes et la gendarmerie de l’arrondissement de Cambrai à leur ancien camarade175 ». L’empreinte professionnelle reste indélébile, du berceau à la tombe.

    La tutelle consentie

    56Les progrès du paternalisme se heurtent cependant à l’individualisme persistant et à la fierté personnelle des gendarmes. La mise en place d’un suivi médical gratuit en constitue un bon exemple. Dès les années 1840, une réflexion s’était mise en place sur le financement des soins176. Le Second Empire relance les projets et soutient les initiatives prises dans chaque compagnie. Après 1858, la situation s’est considérablement améliorée dans le Nord, où seule une brigade sur dix doit encore payer l’intégralité des frais médicaux177. Les résultats sont toutefois moins bons en Gironde, où un tiers des gendarmes ne bénéficient d’aucun accord178. Ces inégalités sont évidemment liées à la disparité des équipements sanitaires : il est plus facile de faire jouer la concurrence entre médecins dans le Bassin Parisien que dans les Alpes179… Mais il semble surtout que l’institution n’ait pas voulu forcer les réticences des gendarmes. On peut sans doute comprendre « les résistances individuelles de ceux qui ne croyaient pas avoir à profiter personnellement d’une mesure d’intérêt général180 ». Mais comment expliquer que les gendarmes de Cassel « préfèrent continuer à payer une légère rétribution181 » ? Peut-être faut-il rappeler que la mise en place du service gratuit s’inscrit dans un mouvement national de médicalisation de la société marqué par la naissance de systèmes sanitaires spécifiquement destinés aux indigents182. « Clientèle habituée aux visites doubles et triples quotidiennes », comme le signale un médecin du Second Empire183, la famille du gendarme préfère sans doute maintenir son statut.

    57Mais le principal obstacle au paternalisme est d’ordre culturel. Héritiers des cavaliers de maréchaussée, les gendarmes se croient encore, par certains aspects, propriétaires de leur charge. En témoigne le système des primes, qui perpétue l’image archaïque du gendarme vivant de ses prises. Il est vrai que les gratifications constituent une part significative du revenu professionnel. Dans les années 1880, les gendarmes verbalisateurs peuvent ainsi espérer toucher 50 F pour un forçat évadé, 25 F pour un déserteur, 8 à 25 F pour un braconnier, 15 F pour un contrebandier – à quoi s’ajoute, dans ce cas particulier, la moitié de l’amende infligée. Ces profits exceptionnels restent cependant très inégalitaires : ils varient, par exemple, de un à onze dans le même arrondissement de Romorantin, en 1897.

    Tableau no 15 – Primes versées dans l’arrondissement de Romorantin (moyenne par gendarme par an en francs)

    Image

    Source : SHGN, 977, registres de correspondance courante.

    58De plus, ils perdent petit à petit beaucoup de leur importance : au moins 50 F annuels dans les années 1870184, mais guère plus de 20 à 30 F par an au début du XXe siècle185. Sans être négligeable dans des budgets plutôt serrés, le produit des primes passe au second plan. Quand ils sont cantonnés pour les besoins du maintien de l’ordre, les gendarmes n’évoquent pas, contrairement à leurs prédécesseurs de la monarchie de Juillet186, le manque à gagner qu’ils subissent. Ils semblent même se désintéresser de « ces revenus qui restent insignifiants187 ». Prenant acte de cette évolution, le provocateur Progrès de la Gendarmerie publie en 1911-1912 un long exposé critique qui prône l’abolition de toutes les primes en échange d’une revalorisation de la solde188. Beaucoup plus mesurées que ne le craignait le journal, les réactions restent cependant mitigées : « Tant mieux pour ceux à qui elles profitent, et il convient de ne jamais en parler », note ainsi L’Écho de la Gendarmerie, que l’on a connu plus incisif189. Au-delà des enjeux financiers, il faut bien comprendre que le maintien des primes flatte le vieil imaginaire libéral des gendarmes.

    59Leur goût d’indépendance se mesure toutefois encore plus nettement dans le domaine de l’équipement professionnel. Pour acquérir un cheval, il faut débourser près d’un an de solde. Si cette dépense a aussi une fonction censitaire, on l’a dit plus haut, elle est tellement élevée que certains réformateurs préconisent de faire financer par l’État l’acquisition de chevaux qui seraient seulement confiés aux gendarmes. Régulièrement évoquée, l’idée n’aboutit jamais, en partie pour des raisons budgétaires, en partie parce qu’elle ne sied guère aux gendarmes, qui voient dans leur monture « une fortune et une sûreté190 ». « Comme tout homme, le gendarme aime à posséder quelque chose191 », note le commandant Lebouvier. Il y voit en tout cas un élément d’indépendance, comme le confirme a contrario le gendarme Forestier : « Comme je détenais un cheval à titre gratuit, l’adjudant ne manqua pas de me désigner pour les plus longues tournées192. » C’est le même souci d’autonomie – plus que de prestige – qui décide les gendarmes de la Belle Époque à acheter leurs propres bicyclettes en délaissant les engins offerts par l’État.

    Tableau no 16 – Dépenses d’équipement du gendarme Figeac

    En % de la solde

    Total

    1900

    134,59 %

    1565 F

    1901

    12,73 %

    148 F

    1902

    9,37 %

    109 F

    1903

    4,56 %

    53 F

    1904

    7,40 %

    86 F

    1905

    2,41 %

    28 F

    1906

    5,16 %

    60 F

    Source : SHGN, 4 Mu 295, livret individuel du gendarme Figeac

    60Cette fiction libérale n’est pourtant plus qu’une coquille vide. Dès 1821, la mise en place d’une masse d’entretien et de remonte permet d’aider les gendarmes malchanceux dont la monture est précocement réformée. Seule contrepartie, l’achat du cheval et de tout le gros équipement doit être soumis au conseil d’administration qui peut interdire les investissements hasardeux. Mis sous tutelle, le gendarme doit donc être prêt à débourser des sommes élevées si le besoin s’en fait sentir. Aussi la même instruction de 1821 met-elle en place une masse individuelle qui est alimentée par des prélèvements obligatoires sur la solde. Ce compte reste la propriété du gendarme qui en obtient restitution à la fin de sa carrière. Cette épargne forcée reste improductive, au grand dam de la presse corporatiste qui dénonce un « cautionnement à rebours193 », mais elle permet de lisser les dépenses professionnelles sur la durée de la carrière et elle limite le recours aux usuriers. Ce système d’avance et de remboursements construit une mentalité plus spécifiquement administrative. Les gendarmes apprennent à réfléchir en notes de frais, comme le prouve la généralisation des indemnités de déplacement194 et comme l’explique le capitaine Paoli : « Il faut que vous sachiez décompter vos services comme les ouvriers savent décompter leurs journées de travail, car, quant au fond, c’est presque la même chose195. »

    61L’imaginaire libéral du métier est miné, comme l’illustrent les souvenirs de guerre du gendarme Beck, recueillis dans les années 1880 : « Nous avons usé tous nos effets, le cheval, et on n’a jamais touché un centime de gratification. Nous pouvons dire que nous avons fait la guerre à nos frais196. » Interrogé par un officier, Beck espère-t-il encore quelque dédommagement tardif ? Ses propos montrent en tout cas très clairement que les gendarmes du second XIXe siècle sont devenus conscients de leurs droits à indemnisation. Et c’est sans doute la troisième innovation de l’année 1821, la masse de secours, qui a joué le rôle décisif dans ce processus. Alimentée par l’État à raison de 10 F par an et par gendarme, cette caisse a vocation à soulager les accidents de la vie. Richement dotée dans les compagnies les mieux gérées, elle excite les convoitises. Les plaintes contre les officiers dénoncent souvent, surtout au milieu du siècle, la partialité dans les attributions de secours197. Ces abus ne disparaissent pas totalement – au début du XXe siècle, on signale un brigadier père de sept enfants qui n’a jamais reçu le moindre secours198 –, mais ils se raréfient avec l’accroissement des contrôles. Le remboursement des médicaments est désormais subordonné à la présentation de factures en bonne et due forme199, tandis que les secours familiaux sont conditionnés à une analyse des revenus personnels. Tel gendarme dont le beau-père, professeur de lycée, vient d’être nommé conservateur du musée de Gap, n’aura droit à aucun subside200.

    62Ainsi s’imposent des critères de plus en plus stricts qui permettent de transformer la faveur en droit. Tous les gendarmes revenus d’un détachement de maintien de l’ordre, tous les pères d’au moins trois enfants, tous ceux dont l’épouse tombe malade, etc., peuvent exiger un secours qui varie de quelques dizaines de francs jusqu’à 150 ou 200 F. Et ces mêmes critères s’appliquent désormais aux autres formes de donation, qu’il s’agisse des souscriptions ou des legs testamentaires. Le don n’est accepté que si la hiérarchie garde le contrôle des modalités d’attribution. Les officiers disposent ainsi d’un pouvoir de contrôle et d’un nouveau moyen de pression sur leurs subordonnés. Ceux-ci ne se plaignent guère, puisqu’ils ont la garantie d’une répartition, sinon tout à fait transparente, du moins équilibrée. Ils consentent ainsi à se laisser déposséder d’une indépendance mythique et à abandonner la fiction libérale qui restait attachée à leur profession, en échange de nouveaux avantages qui s’inscrivent moins dans une logique philanthropique que dans une politique des ressources humaines201. Ils montrent ainsi le chemin de la modernité administrative à cette société française qui, comme l’a montré Robert Castel, bascule lentement, à la fin du XIXe siècle, des incertitudes de la liberté contractuelle aux garanties contraignantes du salariat202.

    63En 1912, une délégation de gendarmes s’adresse au Progrès de la Gendarmerie : « Nous sommes plus malheureux que les pauvres ouvriers qui eux, au moins, vivent et s’habillent comme ils veulent203. » Provocation délibérée ou conviction sincère ? La virulence du propos témoigne au moins de l’ampleur du contrôle disciplinaire. Elle annonce également la montée des critiques à la veille de la Première guerre mondiale. Triomphant dans la seconde moitié du XIXe siècle, le programme paternaliste de la gendarmerie se heurte à un faisceau de mutations sociales qui accouchent d’une culture de l’intime et qui élaborent une première ligne de démarcation entre ce qui relève du travail et ce qui revient à la famille204. Mutualisme et syndicalisme offrent des voies alternatives qui discréditent – progressivement – le vieux paternalisme205. Pourquoi les gendarmes échapperaient-ils au mouvement ? Comme le montrent les revendications portées par leur presse corporatiste, ils réclament des aménagements et ne croient plus aveuglément au bien-fondé d’un modèle disciplinaire qu’ils ne rejettent pourtant pas complètement. Et pour cause : ils en partagent largement les principes et les objectifs.

    64Leurs réticences envers le modèle traditionnel de l’institution totale, envers cette ambition de contrôle global et de soumission complète, se mesurent cependant à l’aune des comparaisons qui opposent gendarmes français et alsaciens. Fustigés par les célèbres illustrations d’Hansi206, ces derniers incarnent la Prusse hiérarchisée et docile. Les gendarmes français peuvent-ils leur ressembler207 ? Oui, expliquent de très rares officiers envieux du respect dont bénéficient les policiers outre-Rhin208 ; non, s’indignent la plupart des gendarmes, soucieux de se démarquer d’une discipline étrangère à la culture nationale. Le gendarme prussien est érigé en repoussoir par toute la presse corporatiste qui dénonce l’infantilisation des gendarmes français209.

    65L’idée d’une culture disciplinaire proprement française n’est pas originale dans une armée de conscription qui entretient une certaine ambiance démocratique210. Imprégnée des valeurs républicaines, la société toute entière partage cet « habitus national211 ». Dans un célèbre discours, Jaurès s’emporte contre ceux qui « isolent le plus possible cette armée, par l’encasernement et par la discipline de l’obéissance passive, de la libre vie des démocraties212 ». Comment concilier République et discipline ? Les gouvernants ont fait le pari de la prudence conservatrice. Personne ne remet en cause le programme disciplinaire de la gendarmerie, mais la montée des critiques fragilise encore plus cette politique institutionnelle qui ne correspond plus aux discours sociaux. Le gendarme de la fin du XIXe siècle est devenu un militaire professionnel ; il reste à le convertir en fonctionnaire de la République.

    Notes de bas de page

    1 SHD-GN, 35E 23, punition infligée au gendarme Dinard, 10 juillet 1911.

    2 E. Goffman, Asiles. Étude sur la condition sociale des malades mentaux, Paris, Minuit, 1968, 452 p.

    3 C. Amouroux et A. Blanc (dir.), Erving Goffman et les institutions totales, Paris, L’Harmattan, 2001, 314 p.

    4 L. Saurel, La Gendarmerie…, op. cit., t. 6, p. 239-241.

    5 SHD-AT, Xf 257, lettre du général Duverger au chef de la 23e légion, 26 août 1845.

    6 AD Nord, 4N 463, lettre du chef d’escadron au préfet du Nord, 2 juin 1836.

    7 SHD-AT, Xf 237, propositions de gendarmes à affecter dans les compagnies de vétérans, 1851 à 1860.

    8 SHD-GN, 2 Mu 497, rapports préparatoires à l’inspection de la 13e légion, septembre 1827 ; 2 Mu 604, rapport sur le personnel de la lieutenance de Tarbes, [septembre] 1827.

    9 J. Lengellé, Les délassements de la caserne, Auch, impr. Foix, 1846, p. 10-11.

    10 Le Petit Savoyard, 15 mai 1911, cité par Le Progrès de la Gendarmerie, 5 juin 1911. Le bagne militaire de Biribi est alors passé dans le langage courant : « l’évocation seule du mot suffisait à faire frissonner les plus durs » ; D. Kalifa, Biribi. Les bagnes coloniaux de l’armée française, Paris, Perrin, 2009, p. 9.

    11 SHD-GN, 5E 12, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes au chef de légion, 20 mars 1904.

    12 Instruction sur les devoirs de la gendarmerie, Le Mans, Belon, 1835, p. 5 ; De May d’Aulnay, op. cit., p. 78.

    13 AD Gironde, 5R 11, lettre du maire de La Réole au préfet de la Gironde, 29 mars 1848.

    14 SHD-AT, Xf 210, inspection générale de 1863, compagnie de la Côte d’Or.

    15 SHD-AT, 5 Yf 40553, dossier Pierre Pruvot, feuille de notation, inspections générales de 1867, 1868 et 1869.

    16 S. Loriga, Soldats. Un laboratoire disciplinaire : l’armée piémontaise au XVIIIe siècle, Paris, Mentha, 1991, p. 215.

    17 « Instruction pour la gendarmerie royale du département de Seine-et-Marne », 1816, citée par N. Rollet, La compagnie de gendarmerie royale de Seine-et-Marne de 1816 à 1830, maîtrise, F. Moret (dir.), Marne-la-Vallée, 2000, p. 39. Cette instruction est lue, le premier jour de chaque mois, dans toutes les brigades de la compagnie.

    18 SHD-GN, 5E 3, punition infligée au brigadier Turin, 20 février 1899.

    19 M. Foucault, Surveiller…, op. cit., p. 208.

    20 Lettre collective du ministre de la Guerre aux chefs de légion, 19 mai 1885. La décision présidentielle du 27 mars 1890 précise qu’il est défendu d’ajouter une peine quelconque à une mutation disciplinaire, celle-ci ayant déjà le caractère d’une punition.

    21 S. W. Serman, « Denfert-Rochereau et la discipline dans l’armée française entre 1845 et 1874 », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, janvier-mars 1973, Études d’histoire militaire (XVIIe -XXe), p. 95-103. Voir surtout O. Roynette, op. cit., p. 343-347 et 354.

    22 Décision présidentielle du 1er mai 1884 faisant suite au décret du 28 décembre 1883 sur le service intérieur des corps de troupe.

    23 A. Stora-Lamarre, La République des faibles. Les origines intellectuelles du droit républicain, 1870-1914, Paris, A. Colin, 2004, 219 p.

    24 Moniteur de la Gendarmerie, 22 juillet 1883.

    25 H. Lyautey, Le rôle social de l’officier, rééd. Paris, Albatros, 1984, 142 p.

    26 À Bécherel, comme à Mordelles, on préfère désaffecter ces locaux pour agrandir les logements ou le bureau ; SHD-GN, 35E 12 et 16, lettres du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine au préfet, 24 novembre 1907 et 19 mars 1909.

    27 Journal de la Gendarmerie, 15 août 1909.

    28 SHD-AT, 10 Yd 1512, dossier Brissaud, rapport du général Branche au ministre de la Guerre, 1er octobre 1905. Cette faible majorité (58,4 %) est d’autant plus courte qu’elle englobe une cinquantaine de jeunes recrues qui n’ont pas encore eu le temps de commettre des fautes.

    29 On emprunte cette belle expression à Delphine Gardey, La dactylographe et l’expéditionnaire. Histoire des employés de bureau, 1890-1930, Paris, Belin, 2001, 335 p.

    30 Le mouvement des « buveurs d’eau » ne se démocratise vraiment que dans les années 1890 ; D. Nourrisson, Le buveur du XIXe siècle, Paris, A. Michel, 1990, p. 142-145 et 226-233. Voir aussi O. Roynette, Bons pour le service…, op. cit., p. 93-96.

    31 SHD-GN, 855 bis, ordre de légion, 27 janvier 1901.

    32 SHD-GN, 5E 5, visa de tournée du chef d’escadron à Pont-du-Fossé, 9 mai 1901.

    33 SHD-GN, 5E 7-8, rapports du chef d’escadron des Hautes-Alpes au chef de légion, 23 juillet, 30 août, 9 et 13 septembre 1902.

    34 T. W. Strieter, « Drinking on the Job. Ivresse among the French Gendarmerie in the Nineteenth Century », Proceedings of the Annual Meeting of the Western Society for French History, 13, 1986, p. 173-181.

    35 SHD-AT, 2I 231, ordre général de l’inspecteur de la 1re légion pour 1897.

    36 A. Lignereux, « Être ou ne pas être gendarme : l’usage du déguisement dans la gendarmerie française du premier XIXe siècle », in J.-M. Berlière, C. Denys, D. Kalifa et V. Milliot (dir.), Métiers de police. Être policier en Europe, XVIIIe-XXe siècles, Rennes, PUR, 2008, p. 403-414.

    37 De May d’Aulnay, op. cit., p. 57-58. Futur directeur du Journal de la Gendarmerie, le jeune brigadier Kerchner est puni, en 1842, « pour avoir fréquemment pris la tenue bourgeoise » ; SHD-AT, 5 Yf 72678, rapport du chef d’escadron de la Seine-et-Marne au ministre, 28 août 1842.

    38 Journal de la Gendarmerie, 16 octobre 1848.

    39 SHD-AT, Xf 257, rapport du général Duverger au ministre de la Guerre, 26 septembre 1845.

    40 SHD-AT, G8 93, rapport du chef d’escadron du Jura, 25 août 1863 ; G8 94, rapport du général commandant la subdivision de la Somme, 26 décembre 1863.

    41 SHD-GN, 878, rapport du lieutenant de Sanconis, 24 août 1908.

    42 Instruction pour l’inspection générale de 1870, 13 mai 1870. Cette disposition est inlassablement répétée dans toutes les instructions suivantes.

    43 SHD-GN, 35E 24, note de service du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 28 septembre 1911.

    44 SHD-GN, 5E 2, note de service du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 3 juillet 1899.

    45 Journal de la Gendarmerie, 20 janvier 1884 et 11 octobre 1885. Note ministérielle du 3 avril 1886.

    46 E. Goffman, La mise en scène de la vie quotidienne, Paris, Minuit, 1973, t. 1, p. 55.

    47 E. De la Cornillère, op. cit., 1881, p. 25.

    48 L. Werth, Caserne 1900, rééd. Paris, Viviane Hamy, 1993, p. 19.

    49 SHD-GN, 5E 21, ordre général d’inspection, 28 août 1907.

    50 SHD-GN, 35E 24, note du commandant de l’Ille-et-Vilaine aux commandants d’arrondissement, 10 octobre 1911.

    51 SHD-GN, 5E 4, punition infligée au maréchal des logis Préau, 27 juin 1900.

    52 SHD-GN, 855 bis, ordre général de la 5e légion de gendarmerie pour 1902, s. d.

    53 Moniteur de la Gendarmerie, 27 juillet 1885.

    54 SHD-AT, 5 Yf 40553, rapport de la brigade de La Bassée, 26 septembre 1849.

    55 Journal de la Gendarmerie, 22 octobre 1868.

    56 SHD-GN, 5E 28, rapport du chef d’escadron, 17 mars 1911.

    57 F. Weber, Le travail à-côté. Étude d’ethnographie ouvrière, Paris, EHESS, 1989, 212 p.

    58 SHD-GN, 35E 27, notamment 19 octobre 1912.

    59 Journal de la Gendarmerie, 11 juin 1911. On ne résistera pas à la tentation de conclure la citation, qui s’achève par cette phrase que l’on s’est bien gardé de vérifier : « cette chasse aux documents est plus pénible que la chasse aux voleurs »…

    60 Pour les évolutions de la réglementation nationale, voir L’Écho de la Gendarmerie, 11 décembre 1892, 23 septembre 1900, 21 janvier 1906. Chaque compagnie dispose de sa propre consigne, renouvelée tous les deux ou trois ans.

    61 SHD-GN, 977, punition infligée aux gendarmes Juvigny et Monceau, 8 septembre 1899.

    62 Journal de la Gendarmerie, 11 mai 1875.

    63 C. Estève, « Les tentatives de limitation et de régulation de la chasse en France dans la première moitié du XIXe siècle », Revue Historique, janvier-mars 1997, p. 150 ; Manuel des théories à l’usage de la gendarmerie par un officier supérieur de l’arme, Paris, Charles-Lavauzelle, 1897, p. 178.

    64 SHD-GN, 35E 3, punition infligée au brigadier Lemarchand, 24 décembre 1903.

    65 Cette source a été partiellement étudiée par P. Lebrun-Pezerat, « La lettre au journal. Les employés des postes comme épistoliers », in R. Chartier (dir.), La correspondance. Les usages de la lettre au XIXe siècle, Paris, Fayard, 1991, p. 427-449.

    66 Il va de soi que la presse professionnelle ignore les requêtes les plus irrespectueuses et invente des

    67 questions qui lui permettent, en revanche, de développer les thèmes qu’elle juge légitimes. On s’appuie sur un échantillonnage de 1 400 « solutions » collectées dans le Journal de la Gendarmerie.

    68 Journal de la Gendarmerie, 21 février 1882 et 11 mai 1893.

    69 L’Écho de la Gendarmerie, 23 septembre 1900.

    70 AN, F13 801. Notices départementales sur l’état du casernement, 1837.

    71 SHD-GN, 35E 16. Lettre du chef d’escadron au préfet, 29 mai 1909.

    72 SHD-GN, 35E 19. Lettre du chef d’escadron au préfet, 10 février 1910.

    73 Pour donner un ordre de comparaison, on sait que les instituteurs bretons demandent des jardins de 10 à 30 ares, à la fois pour servir de « champ d’expériences » et pour leur propre usage ; G. Nicolas, « Les instituteurs… », art. cit., p. 41.

    74 Journal de la Gendarmerie, 11 novembre 1872.

    75 SHD-GN, 5E 31, lettre du chef d’escadron aux commandants d’arrondissement, 27 décembre 1912.

    76 Moniteur de la Gendarmerie impériale, 1869, no 22-23 ; Réorganisation…, op. cit., p. 20.

    77 SHD-GN, 5E 20, ordre de légion, 1er juin 1907.

    78 SHD-GN, 34E 15, note de service du chef d’escadron de l’Hérault, 28 juin 1913.

    79 L’Écho de la Gendarmerie, 23 avril et 23 juillet 1911.

    80 SHD-GN, 34E 12, note de service du commandant de l’Hérault, 26 septembre 1910.

    81 L’Écho de la Gendarmerie, 16 septembre 1906.

    82 SHD-GN, 5E 29, lettre du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine au capitaine de Rennes, 19 décembre 1911.

    83 Moniteur de la Gendarmerie impériale, 1868, no 1.

    84 Procès-verbaux des sessions du Conseil général de l’Oise, Beauvais, 1843-1911.

    85 AD Nord, 1N 89, délibérations du Conseil général, session 1844 ; AD Nord, 4N 486, rapport de l’architecte départemental, 20 mars 1889 ; AD Hérault, 4N 86, rapport de l’architecte départemental au préfet, 5 octobre 1877.

    86 SHD-GN, 5E 1, rapports du capitaine au chef d’escadron, 23 juin et 11 novembre 1898.

    87 SHD-GN, 35E 1, statistiques et historiques des brigades de la compagnie.

    88 AD Nord, 4N 453, rapport de l’architecte départemental, 9 mai 1879 ; Le Petit Dunkerquois, 19 et 27 novembre 1881.

    89 AD Nord, 4N 440, Le Libéral de Cambrai, 13 décembre 1885.

    90 A.-M. Sohn, Chrysalides. Femmes dans la vie privée (19e-20e siècles), Paris, Publications de la Sorbonne, 1996, p. 108.

    91 AD Hérault, 5R 14, lettre du chef d’escadron au préfet, 15 septembre 1894. SHD-AT, 2I 231, ordre général d’inspection de la 1re légion, 20 novembre 1902.

    92 Journal de la Gendarmerie, 16 février 1908 ; Félix Allard, « Le gendarme ne doit pas avoir d’enfants », cité par Le Progrès de la Gendarmerie, 20 septembre 1911.

    93 SHD-GN, 977, rapport du lieutenant, 3 mai 1900.

    94 Le Phare de la Gendarmerie, 22 juin 1911.

    95 Adoptés entre 1829 et 1835, ces devis figurent dans les dossiers descriptifs tenus par l’architecte départemental ; AD Nord, 4N 427, Avesnes ; 4N 428, Bailleul ; 4N 444, Cassel.

    96 Journal de la Gendarmerie, 1er avril 1888. L’Écho de la Gendarmerie, janvier 1893.

    97 SHD-GN, 34E 12, lettre du chef d’escadron de l’Hérault au préfet, 12 mai 1910.

    98 SHD-GN, 5E 2, lettre du chef d’escadron au préfet des Hautes-Alpes, 7 janvier 1899.

    99 SHD-GN, 5E 3, punition infligée au gendarme Jubert, 27 septembre 1899.

    100 SHD-GN, 977, punition infligée au gendarme Croix, 18 janvier 1897.

    101 M. Foucault, Surveiller…, op. cit., p. 244.

    102 AD Nord, 5R 32, lettre du chef d’escadron du Nord au préfet, janvier 1855. SHD-GN, 5E 11, lettre du chef d’escadron au préfet des Hautes-Alpes, 24 octobre 1903.

    103 AD Somme, KZ 894, lettre de Legrand à Napoléon III, 13 septembre 1859.

    104 SHD-GN, 35E 5, rapport du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine au chef de légion, 7 décembre 1904.

    105 Le Progrès de la Gendarmerie, 15 février 1914.

    106 Le Gendarme, 10 août 1897.

    107 Emplois civils et militaires. Recueil des sujets de composition, Paris, Berger-Levrault, 1911, p. 48.

    108 AD Oise, Mp 1644, rapport de l’architecte départemental au préfet, [mars] 1884.

    109 SHD-AT, 5E 26, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes au chef de légion, 29 septembre 1909. 2E 49, rapport du capitaine de Soissons au chef d’escadron de l’Aisne, 16 avril et 27 août 1912.

    110 SHD-GN, 5E 3, note du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 22 septembre 1899.

    111 SHD-GN, 2E 49, rapport du capitaine de Soissons au chef d’escadron de l’Aisne, 29 janvier 1913.

    112 SHD-GN, 5E 8, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes au ministre, 9 octobre 1902.

    113 SHD-GN, 34E 13, visa de tournée à Saint-Martin de Londres, 19 novembre 1911.

    114 SHD-GN, 701, ordre général de la 4e légion, 29 juillet 1899.

    115 SHD-GN, 35E 12, notes du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 16 et 29 février 1908.

    116 SHD-GN, 34E 11, note du chef d’escadron de l’Hérault, 15 novembre 1909.

    117 SHD-GN, 5E 3, note du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 13 août 1899.

    118 SHD-GN, 4 Mu 597, cahier d’écriture du gendarme Macadur, 11 février 1899.

    119 SHD-GN, 5E 3, punition infligée au brigadier Girard-Reydet, 30 janvier 1900.

    120 SHD-GN, 1Mud. doc. 2, Savoir-vivre, s. l. s. n. [école des élèves-officiers], 1914. Les théories…, op. cit., 1921, p. 321.

    121 SHD-GN, 34E 15, punition infligée au gendarme Huguet, 7 novembre 1913.

    122 SHD-AT, G8 10, rapport politique du commandant de l’Eure-et-Loir au ministre, 6 janvier 1854.

    123 SHD-GN, 35E 25-26. Rapport du chef d’escadron, 17 mars 1912.

    124 Instruction sur les principaux devoirs de la gendarmerie, Lons-le-Saunier, 1836, p. 21.

    125 Le 2 janvier 1900, L’Écho de la Gendarmerie remercie le général Mourlan d’avoir défendu « toute inquisition dans les dépenses des ménages, alors qu’autrefois, on exigeait des gendarmes des quittances mensuelles de leurs fournisseurs ». Ce journal avait pris en charge cette revendication dès 1896.

    126 Mordan, op. cit., p. 32.

    127 SHD-GN, 34E 8 lettres du chef d’escadron de l’Hérault au lieutenant de Lodève, 28 juin et 1er juillet 1907.

    128 SHD-GN, 34E 529, visa de tournée du commandant d’arrondissement, 18 février 1902.

    129 SHD-GN, 3E 11, visa de tournée du chef d’escadron de l’Allier, 10 janvier 1912.

    130 SHD-GN, 35E 21, punition infligée au gendarme Jambon, 16 novembre 1910.

    131 Carrez, op. cit., p. 15-16.

    132 SHD-GN, 34E 2 et 10, notes du chef d’escadron de l’Hérault, 1er juin 1903 et 20 décembre 1908.

    133 SHD-GN, 89E 1, rapport du chef d’escadron de l’Yonne au chef de légion, 29 août 1902.

    134 SHD-GN, 35E 17, rapport du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine au chef de légion, 29 septembre 1909.

    135 L’Écho de la Gendarmerie, 20 novembre 1892.

    136 « L’empoisonnement du gendarme Bonroy », Le Gendarme, 20 juillet 1904.

    137 Cette fonction était assez courante chez les femmes de gendarmes dans le premier tiers du XIXe siècle. Parmi les enfants confiés à la garde de ces nourrices, figure ainsi le jeune Honoré de Balzac ; M. Blanchard, La campagne et ses habitants dans l’œuvre d’Honoré de Balzac, Genève, Slatkine, 1980, p. 49.

    138 Selon Le Petit Méridional du 15 mai 1894, un flot de plaintes contre la concurrence déloyale des femmes de gendarmes inonde les préfets qui se contentent de simples rappels à l’ordre.

    139 Énoncée dès 1876 et confirmée par la suite, l’interdiction dans les casernes de la machine à coudre, grande pourvoyeuse d’emplois à domicile, constitue à cet égard une contrainte majeure.

    140 Journal de la Gendarmerie, 21 janvier 1886.

    141 T. Strieter, « The Faceless Police…, art. cit.

    142 Environ 1,2 enfant par gendarme selon les chiffres proposés par A. Coupin (capitaine), Projet d’une mutuelle scolaire dans la gendarmerie, Paris, Le Normand, 1905, p. 12. Sur 134 gendarmes de la 1re légion dont on connaît précisément l’état-civil entre 1900 et 1910 (SHD-AT, 42 Yc 366), la moyenne est même très inférieure – 0,74 enfant par gendarme. Mais cette légion réunit une majorité de très jeunes gendarmes en instance de mutation ; ce chiffre doit donc être considéré comme un minimum.

    143 SHD-GN, 977, punition infligée au gendarme Marié, 26 et 29 octobre 1897.

    144 Citons ces propos publics – et sanctionnés – du gendarme Leparoux : « il n’y a qu’à faire attention, j’ai une petite fille de deux ans et, depuis, je n’ai rien mis dans le devoir » ; SHD-GN, 2E 47, punition infligée au gendarme Leparoux, 3 mai 1910.

    145 Pour une première approche, N. Tachon, Enfants de troupe dans les régiments, 1788-1888, Paris, L’Esprit du Livre, 294 p. ; « Enfants de troupe », Revue historique des armées, no 159, juin 1985.

    146 SHD-AT, 1M 2214, note anonyme pour le ministre de la Guerre, 1849.

    147 Arrêté du ministère de la Guerre, 16 juillet 1852.

    148 SHD-AT, 1M 2003, notes du commandant Lebouvier, 25 mai 1860. 1M 2214, décision impériale du 31 mars 1866 et note anonyme pour le ministre de la Guerre, 14 mai 1879.

    149 Boschet (commandant), Conférences sur la gendarmerie…, op. cit., 1911, p. 45.

    150 Loi du 5 juillet 1850, citée par le Journal de la Gendarmerie, 11 janvier 1865.

    151 « Le général Doutreleau », Le Gendarme, 1er août 1904 ; « Le colonel Gayou », L’Écho de la Gendarmerie, 6 février 1898 ; Le Progrès de la Gendarmerie, 5 février 1913.

    152 Circulaire du ministre de l’Instruction Publique, 30 octobre 1867, citée par le Journal de la Gendarmerie, 21 septembre 1876.

    153 A. Coupin, op. cit., p. 8.

    154 SHD-GN, 34E 10, secours accordé au brigadier Bros, 19 novembre 1908.

    155 G. Dumoulin, Carnets de route. Quarante ans de vie militante, Lille, éditions de l’Avenir, s. d., p. 25. ; J.-P. Briand, J.-M. Chapoulie, Les collèges du peuple. L’enseignement primaire supérieur et le développement de la scolarisation prolongée sous la Troisième République, Paris, INRP-CNRS-ENS, 1992, p. 237-246.

    156 J. Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, troisième série (1871-1914), Paris, éditions de l’Atelier [www. maitron. org].

    157 SHD-AT, 6 Yf 75792, dossier Jean Tramont, lettre d’Henri Tramont au ministre de la Guerre, 18 mai 1892.

    158 Moniteur de la Gendarmerie, 25 mai 1884. SHD-GN, 977, notes du lieutenant de Romorantin, 17 juillet 1898 et 7 juin 1901.

    159 SHD-GN, 34E 15, note du chef d’escadron de l’Hérault, 14 mars 1913.

    160 SHD-GN, 35E 6, punition infligée au brigadier Chevet, 14 juin 1905.

    161 SHD-AT, 1M 2003, rapport du commandant Lebouvier, 25 mai 1860.

    162 SHD-GN, 3783, propositions pour le legs Ramondenc, 9 juin 1908.

    163 SHD-GN, 978, rapport du chef de brigade de Selles-sur-Cher au lieutenant, 13 août 1899.

    164 SHD-GN, 34E 15, note du chef d’escadron de l’Hérault, 30 juillet 1913.

    165 SHD-GN, 5E 1, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes au chef de légion, 14 septembre 1898.

    166 Cette espérance de vie à 60 ans est très stable de 1825 à 1910 ; P. Bourdelais, L’âge de la vieillesse. Histoire du vieillissement de la population, Paris, Odile Jacob, 1994, p. 221-228.

    167 SHD-GN, 977, rapport du lieutenant de Romorantin au chef d’escadron du Loir-et-Cher, 11 janvier 1901.

    168 A. de Saint-Arnould, Le chapeau du gendarme. Histoire de tous les temps dédiée aux militaires de la gendarmerie, Paris, Léautey, 1865, p. 62-63.

    169 F. Dieu, « Léon Bloy et le bon gendarme », Sociétés & Représentations, no 16, septembre 2003, p. 312-315.

    170 J.-P. Bois, Les Anciens soldats dans la société française au XVIIIe siècle, Paris, Economica, 1990, p. 445 ; N. Petiteau, Lendemains d’Empire…, op. cit. On trouvera des pistes suggestives chez E. Feller, Histoire de la vieillesse en France, 1900-1960. Du vieillard au retraité, Paris, Seli Arslan, 2005, p. 168-170.

    171 SHD-AT, 6 Yf 66848, dossier Jean-Ambroise Meunier, note anonyme datée de 1900.

    172 Le monde rural n’abrite qu’un quart des 2 000 retraités identifiés dans les registres matricules, un tiers préférant rejoindre les sous-préfectures ou les préfectures.

    173 Je remercie Bruno Bertherat de m’avoir indiqué cette piste de réflexion, issue de sa thèse, La morgue de Paris au XIXe siècle, A. Corbin (dir.), Paris I, 2004, à paraître.

    174 J.-M. Déguignet, op. cit., p. 265. Voir aussi Le Petit Méridional, 18 mai 1913.

    175 L’Écho de la Gendarmerie, 24 janvier 1892.

    176 SHD-AT, 1M 1957, lettre du colonel Dupleix au général Préval, 4 décembre 1846.

    177 AD Nord, 5R 32, lettre du chef d’escadron au préfet, 16 janvier 1855 ; note préfectorale, 13 mars 1858 ; note préfectorale, [décembre] 1858.

    178 AD Gironde, 5R 34, lettre du chef d’escadron au préfet, 16 janvier 1855.

    179 SHD-GN, 5E 1, rapport du chef d’escadron, 4 juillet 1898.

    180 Journal de la Gendarmerie, 11 octobre 1858.

    181 AD Nord, 5R 32, lettre du sous-préfet d’Hazebrouck au préfet, 7 avril 1858.

    182 Journal de la Gendarmerie, 1er juillet 1852 ; A. Faure, Les Français et leur médecine au XIXe siècle, Paris, Belin, 1993, p. 154.

    183 AD Gironde, 5R 34. Lettre du médecin cantonal de Villandraut au préfet, 31 mai 1856.

    184 Selon l’estimation basse du Moniteur de la Gendarmerie du 17 septembre 1882. à l’inverse, un observateur hostile aux privilèges de la gendarmerie évalue à plus de 150 F annuels le bénéfice des primes : SHD-AT, 8N3 suppt. Étude de Ricard sur la solde de la gendarmerie, décembre 1886.

    185 C’est en tout cas ce que montrent les archives de l’arrondissement de Romorantin. Appelés à débattre de la question, les députés retiennent, de leur côté, une fourchette de 12 à 24 F annuels ; L’Écho de la Gendarmerie, 5 juillet 1908.

    186 Ainsi des gendarmes affectés à la prison de Doullens, qui « se trouvent dans une situation bien moins favorable que leurs camarades [puisqu’ils] ne peuvent améliorer leur solde par aucune capture, ni par aucun service salarié » ; SHD-AT, Xf 252, lettre du chef d’escadron de la Somme au ministre, 17 janvier 1836.

    187 SHGN, 977, rapport du lieutenant de Romorantin, 3 mai 1900.

    188 Le Progrès de la Gendarmerie, 20 novembre 1911. L’idée avait déjà été agitée dans les milieux parlementaires et chez quelques esprits réformateurs : G. Maire, Étude sur la Gendarmerie…, op. cit.

    189 L’Écho de la Gendarmerie, 21 avril 1901. L’argument est repris, le 10 janvier 1909.

    190 Godey de Mondésert, op. cit., p. 14.

    191 SHD-AT, 1M 2003, rapport du commandant Lebouvier, 1860.

    192 F.-I. Forestier, op. cit., p. 63.

    193 Le Gendarme, notamment 1897, no 2 ; 1er janvier 1900.

    194 L’affolante complexité de ces remboursements de déplacements ne permet pas d’évaluer la perte ou le bénéfice final du gendarme. Dès les débuts de la Troisième République, les officiers n’hésitent pourtant pas à organiser le service de telle sorte que leurs hommes obtiennent les dédommagements les plus avantageux ; Journal de la Gendarmerie, 21 juin 1872 et 26 avril 1895 ; SHD-AT, 2I 294, lettre du ministre de la Guerre au général du 1er corps d’armée, 11 décembre 1908 ; SHD-GN, 34E 10, lettre-circulaire du commandant de compagnie aux commandants d’arrondissement, 19 mars 1909.

    195 Le Gendarme, 1er novembre 1904.

    196 SHD-GN, 1343, témoignage de Louis Beck, 31 mars 1888.

    197 SHD-AT, 6 Yd 3806, dossier Martenot, lettre anonyme au ministre de la Guerre, 22 novembre 1867.

    198 SHD-GN, 35E 13 et 17, rapport du chef d’escadron, 20 janvier 1908 et 11 juin 1909.

    199 SHD-GN, 5E 19, punition du gendarme Dourdan, 20 septembre 1906.

    200 SHD-GN, 5E 18 et 14, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 21 juin 1906 et 6 septembre 1904.

    201 G. Ribeill, « Gestion et organisation du travail dans les compagnies de chemin de fer, des origines à 1860 », Annales ESC, septembre-octobre 1987, no 5, p. 999-1029.

    202 R. Castel, Les métamorphoses de la question sociale…, op. cit.

    203 Le Progrès de la Gendarmerie, 15 juillet 1912.

    204 P. Ariès et G. Duby (dir.), Histoire de la vie privée, tome 4, De la Révolution à la Grande Guerre, Michelle Perrot (dir.), Paris, Le Seuil, 1987, 637 p.

    205 M. Dreyfus, La mutualité, une histoire maintenant accessible, Paris, La Mutualité Française, 1988. Voir surtout A. Gueslin, L’invention de l’économie sociale : idées, pratiques et imaginaires coopératifs et mutualistes dans la France du XIXe siècle, Paris, Economica, 1998, 340 p.

    206 Jean-Jacques Waltz, dit Hansi, se rend célèbre après 1906 en multipliant les gravures satiriques consacrées à l’Alsace germanisée. Condamné à un an de prison « pour le crime de n’avoir pas donné une ligne assez esthétique aux gendarmes allemands » (Clemenceau), Hansi reçoit un immense soutien dans la société française.

    207 Précisons que les anciens gendarmes français ne sont presque jamais restés dans la gendarmerie alsacienne après l’annexion. Dès 1872, on y compte moins de 20 % de gendarmes du Second Empire ; G. Antoni, Polices et gendarmerie au pays de Sarrebourg (1789-1994), Société d’Histoire et Archéologie de Lorraine, p. 67.

    208 Journal de la Gendarmerie, 26 avril 1895 et 23 juin 1907.

    209 Journal de la Gendarmerie, 1er mars 1888 et 10 juin 1904 ; L’Écho de la Gendarmerie, 9 septembre 1888.

    210 L. Smith, Between Mutiny and Obedience, The case of the French fifth infantry division during World War I, Princeton, Princeton University Press, 1994, 274 p.

    211 C. Charle, La crise des sociétés impériales…, op. cit., p. 200-205. E. Saint-Fuscien, Obéissance et autorité dans l’armée française de 1890 à la fin de la Première guerre mondiale, doctorat, histoire, sous la dir. de S. Audoin-Rouzeau, EHESS, 2008.

    212 J. Jaurès, « Comme la nuée porte l’orage », in Rallumer tous les soleils, Paris, Omnibus, 2006, p. 247.

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    1 SHD-GN, 35E 23, punition infligée au gendarme Dinard, 10 juillet 1911.

    2 E. Goffman, Asiles. Étude sur la condition sociale des malades mentaux, Paris, Minuit, 1968, 452 p.

    3 C. Amouroux et A. Blanc (dir.), Erving Goffman et les institutions totales, Paris, L’Harmattan, 2001, 314 p.

    4 L. Saurel, La Gendarmerie…, op. cit., t. 6, p. 239-241.

    5 SHD-AT, Xf 257, lettre du général Duverger au chef de la 23e légion, 26 août 1845.

    6 AD Nord, 4N 463, lettre du chef d’escadron au préfet du Nord, 2 juin 1836.

    7 SHD-AT, Xf 237, propositions de gendarmes à affecter dans les compagnies de vétérans, 1851 à 1860.

    8 SHD-GN, 2 Mu 497, rapports préparatoires à l’inspection de la 13e légion, septembre 1827 ; 2 Mu 604, rapport sur le personnel de la lieutenance de Tarbes, [septembre] 1827.

    9 J. Lengellé, Les délassements de la caserne, Auch, impr. Foix, 1846, p. 10-11.

    10 Le Petit Savoyard, 15 mai 1911, cité par Le Progrès de la Gendarmerie, 5 juin 1911. Le bagne militaire de Biribi est alors passé dans le langage courant : « l’évocation seule du mot suffisait à faire frissonner les plus durs » ; D. Kalifa, Biribi. Les bagnes coloniaux de l’armée française, Paris, Perrin, 2009, p. 9.

    11 SHD-GN, 5E 12, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes au chef de légion, 20 mars 1904.

    12 Instruction sur les devoirs de la gendarmerie, Le Mans, Belon, 1835, p. 5 ; De May d’Aulnay, op. cit., p. 78.

    13 AD Gironde, 5R 11, lettre du maire de La Réole au préfet de la Gironde, 29 mars 1848.

    14 SHD-AT, Xf 210, inspection générale de 1863, compagnie de la Côte d’Or.

    15 SHD-AT, 5 Yf 40553, dossier Pierre Pruvot, feuille de notation, inspections générales de 1867, 1868 et 1869.

    16 S. Loriga, Soldats. Un laboratoire disciplinaire : l’armée piémontaise au XVIIIe siècle, Paris, Mentha, 1991, p. 215.

    17 « Instruction pour la gendarmerie royale du département de Seine-et-Marne », 1816, citée par N. Rollet, La compagnie de gendarmerie royale de Seine-et-Marne de 1816 à 1830, maîtrise, F. Moret (dir.), Marne-la-Vallée, 2000, p. 39. Cette instruction est lue, le premier jour de chaque mois, dans toutes les brigades de la compagnie.

    18 SHD-GN, 5E 3, punition infligée au brigadier Turin, 20 février 1899.

    19 M. Foucault, Surveiller…, op. cit., p. 208.

    20 Lettre collective du ministre de la Guerre aux chefs de légion, 19 mai 1885. La décision présidentielle du 27 mars 1890 précise qu’il est défendu d’ajouter une peine quelconque à une mutation disciplinaire, celle-ci ayant déjà le caractère d’une punition.

    21 S. W. Serman, « Denfert-Rochereau et la discipline dans l’armée française entre 1845 et 1874 », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, janvier-mars 1973, Études d’histoire militaire (XVIIe -XXe), p. 95-103. Voir surtout O. Roynette, op. cit., p. 343-347 et 354.

    22 Décision présidentielle du 1er mai 1884 faisant suite au décret du 28 décembre 1883 sur le service intérieur des corps de troupe.

    23 A. Stora-Lamarre, La République des faibles. Les origines intellectuelles du droit républicain, 1870-1914, Paris, A. Colin, 2004, 219 p.

    24 Moniteur de la Gendarmerie, 22 juillet 1883.

    25 H. Lyautey, Le rôle social de l’officier, rééd. Paris, Albatros, 1984, 142 p.

    26 À Bécherel, comme à Mordelles, on préfère désaffecter ces locaux pour agrandir les logements ou le bureau ; SHD-GN, 35E 12 et 16, lettres du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine au préfet, 24 novembre 1907 et 19 mars 1909.

    27 Journal de la Gendarmerie, 15 août 1909.

    28 SHD-AT, 10 Yd 1512, dossier Brissaud, rapport du général Branche au ministre de la Guerre, 1er octobre 1905. Cette faible majorité (58,4 %) est d’autant plus courte qu’elle englobe une cinquantaine de jeunes recrues qui n’ont pas encore eu le temps de commettre des fautes.

    29 On emprunte cette belle expression à Delphine Gardey, La dactylographe et l’expéditionnaire. Histoire des employés de bureau, 1890-1930, Paris, Belin, 2001, 335 p.

    30 Le mouvement des « buveurs d’eau » ne se démocratise vraiment que dans les années 1890 ; D. Nourrisson, Le buveur du XIXe siècle, Paris, A. Michel, 1990, p. 142-145 et 226-233. Voir aussi O. Roynette, Bons pour le service…, op. cit., p. 93-96.

    31 SHD-GN, 855 bis, ordre de légion, 27 janvier 1901.

    32 SHD-GN, 5E 5, visa de tournée du chef d’escadron à Pont-du-Fossé, 9 mai 1901.

    33 SHD-GN, 5E 7-8, rapports du chef d’escadron des Hautes-Alpes au chef de légion, 23 juillet, 30 août, 9 et 13 septembre 1902.

    34 T. W. Strieter, « Drinking on the Job. Ivresse among the French Gendarmerie in the Nineteenth Century », Proceedings of the Annual Meeting of the Western Society for French History, 13, 1986, p. 173-181.

    35 SHD-AT, 2I 231, ordre général de l’inspecteur de la 1re légion pour 1897.

    36 A. Lignereux, « Être ou ne pas être gendarme : l’usage du déguisement dans la gendarmerie française du premier XIXe siècle », in J.-M. Berlière, C. Denys, D. Kalifa et V. Milliot (dir.), Métiers de police. Être policier en Europe, XVIIIe-XXe siècles, Rennes, PUR, 2008, p. 403-414.

    37 De May d’Aulnay, op. cit., p. 57-58. Futur directeur du Journal de la Gendarmerie, le jeune brigadier Kerchner est puni, en 1842, « pour avoir fréquemment pris la tenue bourgeoise » ; SHD-AT, 5 Yf 72678, rapport du chef d’escadron de la Seine-et-Marne au ministre, 28 août 1842.

    38 Journal de la Gendarmerie, 16 octobre 1848.

    39 SHD-AT, Xf 257, rapport du général Duverger au ministre de la Guerre, 26 septembre 1845.

    40 SHD-AT, G8 93, rapport du chef d’escadron du Jura, 25 août 1863 ; G8 94, rapport du général commandant la subdivision de la Somme, 26 décembre 1863.

    41 SHD-GN, 878, rapport du lieutenant de Sanconis, 24 août 1908.

    42 Instruction pour l’inspection générale de 1870, 13 mai 1870. Cette disposition est inlassablement répétée dans toutes les instructions suivantes.

    43 SHD-GN, 35E 24, note de service du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 28 septembre 1911.

    44 SHD-GN, 5E 2, note de service du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 3 juillet 1899.

    45 Journal de la Gendarmerie, 20 janvier 1884 et 11 octobre 1885. Note ministérielle du 3 avril 1886.

    46 E. Goffman, La mise en scène de la vie quotidienne, Paris, Minuit, 1973, t. 1, p. 55.

    47 E. De la Cornillère, op. cit., 1881, p. 25.

    48 L. Werth, Caserne 1900, rééd. Paris, Viviane Hamy, 1993, p. 19.

    49 SHD-GN, 5E 21, ordre général d’inspection, 28 août 1907.

    50 SHD-GN, 35E 24, note du commandant de l’Ille-et-Vilaine aux commandants d’arrondissement, 10 octobre 1911.

    51 SHD-GN, 5E 4, punition infligée au maréchal des logis Préau, 27 juin 1900.

    52 SHD-GN, 855 bis, ordre général de la 5e légion de gendarmerie pour 1902, s. d.

    53 Moniteur de la Gendarmerie, 27 juillet 1885.

    54 SHD-AT, 5 Yf 40553, rapport de la brigade de La Bassée, 26 septembre 1849.

    55 Journal de la Gendarmerie, 22 octobre 1868.

    56 SHD-GN, 5E 28, rapport du chef d’escadron, 17 mars 1911.

    57 F. Weber, Le travail à-côté. Étude d’ethnographie ouvrière, Paris, EHESS, 1989, 212 p.

    58 SHD-GN, 35E 27, notamment 19 octobre 1912.

    59 Journal de la Gendarmerie, 11 juin 1911. On ne résistera pas à la tentation de conclure la citation, qui s’achève par cette phrase que l’on s’est bien gardé de vérifier : « cette chasse aux documents est plus pénible que la chasse aux voleurs »…

    60 Pour les évolutions de la réglementation nationale, voir L’Écho de la Gendarmerie, 11 décembre 1892, 23 septembre 1900, 21 janvier 1906. Chaque compagnie dispose de sa propre consigne, renouvelée tous les deux ou trois ans.

    61 SHD-GN, 977, punition infligée aux gendarmes Juvigny et Monceau, 8 septembre 1899.

    62 Journal de la Gendarmerie, 11 mai 1875.

    63 C. Estève, « Les tentatives de limitation et de régulation de la chasse en France dans la première moitié du XIXe siècle », Revue Historique, janvier-mars 1997, p. 150 ; Manuel des théories à l’usage de la gendarmerie par un officier supérieur de l’arme, Paris, Charles-Lavauzelle, 1897, p. 178.

    64 SHD-GN, 35E 3, punition infligée au brigadier Lemarchand, 24 décembre 1903.

    65 Cette source a été partiellement étudiée par P. Lebrun-Pezerat, « La lettre au journal. Les employés des postes comme épistoliers », in R. Chartier (dir.), La correspondance. Les usages de la lettre au XIXe siècle, Paris, Fayard, 1991, p. 427-449.

    66 Il va de soi que la presse professionnelle ignore les requêtes les plus irrespectueuses et invente des

    67 questions qui lui permettent, en revanche, de développer les thèmes qu’elle juge légitimes. On s’appuie sur un échantillonnage de 1 400 « solutions » collectées dans le Journal de la Gendarmerie.

    68 Journal de la Gendarmerie, 21 février 1882 et 11 mai 1893.

    69 L’Écho de la Gendarmerie, 23 septembre 1900.

    70 AN, F13 801. Notices départementales sur l’état du casernement, 1837.

    71 SHD-GN, 35E 16. Lettre du chef d’escadron au préfet, 29 mai 1909.

    72 SHD-GN, 35E 19. Lettre du chef d’escadron au préfet, 10 février 1910.

    73 Pour donner un ordre de comparaison, on sait que les instituteurs bretons demandent des jardins de 10 à 30 ares, à la fois pour servir de « champ d’expériences » et pour leur propre usage ; G. Nicolas, « Les instituteurs… », art. cit., p. 41.

    74 Journal de la Gendarmerie, 11 novembre 1872.

    75 SHD-GN, 5E 31, lettre du chef d’escadron aux commandants d’arrondissement, 27 décembre 1912.

    76 Moniteur de la Gendarmerie impériale, 1869, no 22-23 ; Réorganisation…, op. cit., p. 20.

    77 SHD-GN, 5E 20, ordre de légion, 1er juin 1907.

    78 SHD-GN, 34E 15, note de service du chef d’escadron de l’Hérault, 28 juin 1913.

    79 L’Écho de la Gendarmerie, 23 avril et 23 juillet 1911.

    80 SHD-GN, 34E 12, note de service du commandant de l’Hérault, 26 septembre 1910.

    81 L’Écho de la Gendarmerie, 16 septembre 1906.

    82 SHD-GN, 5E 29, lettre du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine au capitaine de Rennes, 19 décembre 1911.

    83 Moniteur de la Gendarmerie impériale, 1868, no 1.

    84 Procès-verbaux des sessions du Conseil général de l’Oise, Beauvais, 1843-1911.

    85 AD Nord, 1N 89, délibérations du Conseil général, session 1844 ; AD Nord, 4N 486, rapport de l’architecte départemental, 20 mars 1889 ; AD Hérault, 4N 86, rapport de l’architecte départemental au préfet, 5 octobre 1877.

    86 SHD-GN, 5E 1, rapports du capitaine au chef d’escadron, 23 juin et 11 novembre 1898.

    87 SHD-GN, 35E 1, statistiques et historiques des brigades de la compagnie.

    88 AD Nord, 4N 453, rapport de l’architecte départemental, 9 mai 1879 ; Le Petit Dunkerquois, 19 et 27 novembre 1881.

    89 AD Nord, 4N 440, Le Libéral de Cambrai, 13 décembre 1885.

    90 A.-M. Sohn, Chrysalides. Femmes dans la vie privée (19e-20e siècles), Paris, Publications de la Sorbonne, 1996, p. 108.

    91 AD Hérault, 5R 14, lettre du chef d’escadron au préfet, 15 septembre 1894. SHD-AT, 2I 231, ordre général d’inspection de la 1re légion, 20 novembre 1902.

    92 Journal de la Gendarmerie, 16 février 1908 ; Félix Allard, « Le gendarme ne doit pas avoir d’enfants », cité par Le Progrès de la Gendarmerie, 20 septembre 1911.

    93 SHD-GN, 977, rapport du lieutenant, 3 mai 1900.

    94 Le Phare de la Gendarmerie, 22 juin 1911.

    95 Adoptés entre 1829 et 1835, ces devis figurent dans les dossiers descriptifs tenus par l’architecte départemental ; AD Nord, 4N 427, Avesnes ; 4N 428, Bailleul ; 4N 444, Cassel.

    96 Journal de la Gendarmerie, 1er avril 1888. L’Écho de la Gendarmerie, janvier 1893.

    97 SHD-GN, 34E 12, lettre du chef d’escadron de l’Hérault au préfet, 12 mai 1910.

    98 SHD-GN, 5E 2, lettre du chef d’escadron au préfet des Hautes-Alpes, 7 janvier 1899.

    99 SHD-GN, 5E 3, punition infligée au gendarme Jubert, 27 septembre 1899.

    100 SHD-GN, 977, punition infligée au gendarme Croix, 18 janvier 1897.

    101 M. Foucault, Surveiller…, op. cit., p. 244.

    102 AD Nord, 5R 32, lettre du chef d’escadron du Nord au préfet, janvier 1855. SHD-GN, 5E 11, lettre du chef d’escadron au préfet des Hautes-Alpes, 24 octobre 1903.

    103 AD Somme, KZ 894, lettre de Legrand à Napoléon III, 13 septembre 1859.

    104 SHD-GN, 35E 5, rapport du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine au chef de légion, 7 décembre 1904.

    105 Le Progrès de la Gendarmerie, 15 février 1914.

    106 Le Gendarme, 10 août 1897.

    107 Emplois civils et militaires. Recueil des sujets de composition, Paris, Berger-Levrault, 1911, p. 48.

    108 AD Oise, Mp 1644, rapport de l’architecte départemental au préfet, [mars] 1884.

    109 SHD-AT, 5E 26, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes au chef de légion, 29 septembre 1909. 2E 49, rapport du capitaine de Soissons au chef d’escadron de l’Aisne, 16 avril et 27 août 1912.

    110 SHD-GN, 5E 3, note du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 22 septembre 1899.

    111 SHD-GN, 2E 49, rapport du capitaine de Soissons au chef d’escadron de l’Aisne, 29 janvier 1913.

    112 SHD-GN, 5E 8, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes au ministre, 9 octobre 1902.

    113 SHD-GN, 34E 13, visa de tournée à Saint-Martin de Londres, 19 novembre 1911.

    114 SHD-GN, 701, ordre général de la 4e légion, 29 juillet 1899.

    115 SHD-GN, 35E 12, notes du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine, 16 et 29 février 1908.

    116 SHD-GN, 34E 11, note du chef d’escadron de l’Hérault, 15 novembre 1909.

    117 SHD-GN, 5E 3, note du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 13 août 1899.

    118 SHD-GN, 4 Mu 597, cahier d’écriture du gendarme Macadur, 11 février 1899.

    119 SHD-GN, 5E 3, punition infligée au brigadier Girard-Reydet, 30 janvier 1900.

    120 SHD-GN, 1Mud. doc. 2, Savoir-vivre, s. l. s. n. [école des élèves-officiers], 1914. Les théories…, op. cit., 1921, p. 321.

    121 SHD-GN, 34E 15, punition infligée au gendarme Huguet, 7 novembre 1913.

    122 SHD-AT, G8 10, rapport politique du commandant de l’Eure-et-Loir au ministre, 6 janvier 1854.

    123 SHD-GN, 35E 25-26. Rapport du chef d’escadron, 17 mars 1912.

    124 Instruction sur les principaux devoirs de la gendarmerie, Lons-le-Saunier, 1836, p. 21.

    125 Le 2 janvier 1900, L’Écho de la Gendarmerie remercie le général Mourlan d’avoir défendu « toute inquisition dans les dépenses des ménages, alors qu’autrefois, on exigeait des gendarmes des quittances mensuelles de leurs fournisseurs ». Ce journal avait pris en charge cette revendication dès 1896.

    126 Mordan, op. cit., p. 32.

    127 SHD-GN, 34E 8 lettres du chef d’escadron de l’Hérault au lieutenant de Lodève, 28 juin et 1er juillet 1907.

    128 SHD-GN, 34E 529, visa de tournée du commandant d’arrondissement, 18 février 1902.

    129 SHD-GN, 3E 11, visa de tournée du chef d’escadron de l’Allier, 10 janvier 1912.

    130 SHD-GN, 35E 21, punition infligée au gendarme Jambon, 16 novembre 1910.

    131 Carrez, op. cit., p. 15-16.

    132 SHD-GN, 34E 2 et 10, notes du chef d’escadron de l’Hérault, 1er juin 1903 et 20 décembre 1908.

    133 SHD-GN, 89E 1, rapport du chef d’escadron de l’Yonne au chef de légion, 29 août 1902.

    134 SHD-GN, 35E 17, rapport du chef d’escadron de l’Ille-et-Vilaine au chef de légion, 29 septembre 1909.

    135 L’Écho de la Gendarmerie, 20 novembre 1892.

    136 « L’empoisonnement du gendarme Bonroy », Le Gendarme, 20 juillet 1904.

    137 Cette fonction était assez courante chez les femmes de gendarmes dans le premier tiers du XIXe siècle. Parmi les enfants confiés à la garde de ces nourrices, figure ainsi le jeune Honoré de Balzac ; M. Blanchard, La campagne et ses habitants dans l’œuvre d’Honoré de Balzac, Genève, Slatkine, 1980, p. 49.

    138 Selon Le Petit Méridional du 15 mai 1894, un flot de plaintes contre la concurrence déloyale des femmes de gendarmes inonde les préfets qui se contentent de simples rappels à l’ordre.

    139 Énoncée dès 1876 et confirmée par la suite, l’interdiction dans les casernes de la machine à coudre, grande pourvoyeuse d’emplois à domicile, constitue à cet égard une contrainte majeure.

    140 Journal de la Gendarmerie, 21 janvier 1886.

    141 T. Strieter, « The Faceless Police…, art. cit.

    142 Environ 1,2 enfant par gendarme selon les chiffres proposés par A. Coupin (capitaine), Projet d’une mutuelle scolaire dans la gendarmerie, Paris, Le Normand, 1905, p. 12. Sur 134 gendarmes de la 1re légion dont on connaît précisément l’état-civil entre 1900 et 1910 (SHD-AT, 42 Yc 366), la moyenne est même très inférieure – 0,74 enfant par gendarme. Mais cette légion réunit une majorité de très jeunes gendarmes en instance de mutation ; ce chiffre doit donc être considéré comme un minimum.

    143 SHD-GN, 977, punition infligée au gendarme Marié, 26 et 29 octobre 1897.

    144 Citons ces propos publics – et sanctionnés – du gendarme Leparoux : « il n’y a qu’à faire attention, j’ai une petite fille de deux ans et, depuis, je n’ai rien mis dans le devoir » ; SHD-GN, 2E 47, punition infligée au gendarme Leparoux, 3 mai 1910.

    145 Pour une première approche, N. Tachon, Enfants de troupe dans les régiments, 1788-1888, Paris, L’Esprit du Livre, 294 p. ; « Enfants de troupe », Revue historique des armées, no 159, juin 1985.

    146 SHD-AT, 1M 2214, note anonyme pour le ministre de la Guerre, 1849.

    147 Arrêté du ministère de la Guerre, 16 juillet 1852.

    148 SHD-AT, 1M 2003, notes du commandant Lebouvier, 25 mai 1860. 1M 2214, décision impériale du 31 mars 1866 et note anonyme pour le ministre de la Guerre, 14 mai 1879.

    149 Boschet (commandant), Conférences sur la gendarmerie…, op. cit., 1911, p. 45.

    150 Loi du 5 juillet 1850, citée par le Journal de la Gendarmerie, 11 janvier 1865.

    151 « Le général Doutreleau », Le Gendarme, 1er août 1904 ; « Le colonel Gayou », L’Écho de la Gendarmerie, 6 février 1898 ; Le Progrès de la Gendarmerie, 5 février 1913.

    152 Circulaire du ministre de l’Instruction Publique, 30 octobre 1867, citée par le Journal de la Gendarmerie, 21 septembre 1876.

    153 A. Coupin, op. cit., p. 8.

    154 SHD-GN, 34E 10, secours accordé au brigadier Bros, 19 novembre 1908.

    155 G. Dumoulin, Carnets de route. Quarante ans de vie militante, Lille, éditions de l’Avenir, s. d., p. 25. ; J.-P. Briand, J.-M. Chapoulie, Les collèges du peuple. L’enseignement primaire supérieur et le développement de la scolarisation prolongée sous la Troisième République, Paris, INRP-CNRS-ENS, 1992, p. 237-246.

    156 J. Maitron (dir.), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, troisième série (1871-1914), Paris, éditions de l’Atelier [www. maitron. org].

    157 SHD-AT, 6 Yf 75792, dossier Jean Tramont, lettre d’Henri Tramont au ministre de la Guerre, 18 mai 1892.

    158 Moniteur de la Gendarmerie, 25 mai 1884. SHD-GN, 977, notes du lieutenant de Romorantin, 17 juillet 1898 et 7 juin 1901.

    159 SHD-GN, 34E 15, note du chef d’escadron de l’Hérault, 14 mars 1913.

    160 SHD-GN, 35E 6, punition infligée au brigadier Chevet, 14 juin 1905.

    161 SHD-AT, 1M 2003, rapport du commandant Lebouvier, 25 mai 1860.

    162 SHD-GN, 3783, propositions pour le legs Ramondenc, 9 juin 1908.

    163 SHD-GN, 978, rapport du chef de brigade de Selles-sur-Cher au lieutenant, 13 août 1899.

    164 SHD-GN, 34E 15, note du chef d’escadron de l’Hérault, 30 juillet 1913.

    165 SHD-GN, 5E 1, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes au chef de légion, 14 septembre 1898.

    166 Cette espérance de vie à 60 ans est très stable de 1825 à 1910 ; P. Bourdelais, L’âge de la vieillesse. Histoire du vieillissement de la population, Paris, Odile Jacob, 1994, p. 221-228.

    167 SHD-GN, 977, rapport du lieutenant de Romorantin au chef d’escadron du Loir-et-Cher, 11 janvier 1901.

    168 A. de Saint-Arnould, Le chapeau du gendarme. Histoire de tous les temps dédiée aux militaires de la gendarmerie, Paris, Léautey, 1865, p. 62-63.

    169 F. Dieu, « Léon Bloy et le bon gendarme », Sociétés & Représentations, no 16, septembre 2003, p. 312-315.

    170 J.-P. Bois, Les Anciens soldats dans la société française au XVIIIe siècle, Paris, Economica, 1990, p. 445 ; N. Petiteau, Lendemains d’Empire…, op. cit. On trouvera des pistes suggestives chez E. Feller, Histoire de la vieillesse en France, 1900-1960. Du vieillard au retraité, Paris, Seli Arslan, 2005, p. 168-170.

    171 SHD-AT, 6 Yf 66848, dossier Jean-Ambroise Meunier, note anonyme datée de 1900.

    172 Le monde rural n’abrite qu’un quart des 2 000 retraités identifiés dans les registres matricules, un tiers préférant rejoindre les sous-préfectures ou les préfectures.

    173 Je remercie Bruno Bertherat de m’avoir indiqué cette piste de réflexion, issue de sa thèse, La morgue de Paris au XIXe siècle, A. Corbin (dir.), Paris I, 2004, à paraître.

    174 J.-M. Déguignet, op. cit., p. 265. Voir aussi Le Petit Méridional, 18 mai 1913.

    175 L’Écho de la Gendarmerie, 24 janvier 1892.

    176 SHD-AT, 1M 1957, lettre du colonel Dupleix au général Préval, 4 décembre 1846.

    177 AD Nord, 5R 32, lettre du chef d’escadron au préfet, 16 janvier 1855 ; note préfectorale, 13 mars 1858 ; note préfectorale, [décembre] 1858.

    178 AD Gironde, 5R 34, lettre du chef d’escadron au préfet, 16 janvier 1855.

    179 SHD-GN, 5E 1, rapport du chef d’escadron, 4 juillet 1898.

    180 Journal de la Gendarmerie, 11 octobre 1858.

    181 AD Nord, 5R 32, lettre du sous-préfet d’Hazebrouck au préfet, 7 avril 1858.

    182 Journal de la Gendarmerie, 1er juillet 1852 ; A. Faure, Les Français et leur médecine au XIXe siècle, Paris, Belin, 1993, p. 154.

    183 AD Gironde, 5R 34. Lettre du médecin cantonal de Villandraut au préfet, 31 mai 1856.

    184 Selon l’estimation basse du Moniteur de la Gendarmerie du 17 septembre 1882. à l’inverse, un observateur hostile aux privilèges de la gendarmerie évalue à plus de 150 F annuels le bénéfice des primes : SHD-AT, 8N3 suppt. Étude de Ricard sur la solde de la gendarmerie, décembre 1886.

    185 C’est en tout cas ce que montrent les archives de l’arrondissement de Romorantin. Appelés à débattre de la question, les députés retiennent, de leur côté, une fourchette de 12 à 24 F annuels ; L’Écho de la Gendarmerie, 5 juillet 1908.

    186 Ainsi des gendarmes affectés à la prison de Doullens, qui « se trouvent dans une situation bien moins favorable que leurs camarades [puisqu’ils] ne peuvent améliorer leur solde par aucune capture, ni par aucun service salarié » ; SHD-AT, Xf 252, lettre du chef d’escadron de la Somme au ministre, 17 janvier 1836.

    187 SHGN, 977, rapport du lieutenant de Romorantin, 3 mai 1900.

    188 Le Progrès de la Gendarmerie, 20 novembre 1911. L’idée avait déjà été agitée dans les milieux parlementaires et chez quelques esprits réformateurs : G. Maire, Étude sur la Gendarmerie…, op. cit.

    189 L’Écho de la Gendarmerie, 21 avril 1901. L’argument est repris, le 10 janvier 1909.

    190 Godey de Mondésert, op. cit., p. 14.

    191 SHD-AT, 1M 2003, rapport du commandant Lebouvier, 1860.

    192 F.-I. Forestier, op. cit., p. 63.

    193 Le Gendarme, notamment 1897, no 2 ; 1er janvier 1900.

    194 L’affolante complexité de ces remboursements de déplacements ne permet pas d’évaluer la perte ou le bénéfice final du gendarme. Dès les débuts de la Troisième République, les officiers n’hésitent pourtant pas à organiser le service de telle sorte que leurs hommes obtiennent les dédommagements les plus avantageux ; Journal de la Gendarmerie, 21 juin 1872 et 26 avril 1895 ; SHD-AT, 2I 294, lettre du ministre de la Guerre au général du 1er corps d’armée, 11 décembre 1908 ; SHD-GN, 34E 10, lettre-circulaire du commandant de compagnie aux commandants d’arrondissement, 19 mars 1909.

    195 Le Gendarme, 1er novembre 1904.

    196 SHD-GN, 1343, témoignage de Louis Beck, 31 mars 1888.

    197 SHD-AT, 6 Yd 3806, dossier Martenot, lettre anonyme au ministre de la Guerre, 22 novembre 1867.

    198 SHD-GN, 35E 13 et 17, rapport du chef d’escadron, 20 janvier 1908 et 11 juin 1909.

    199 SHD-GN, 5E 19, punition du gendarme Dourdan, 20 septembre 1906.

    200 SHD-GN, 5E 18 et 14, rapport du chef d’escadron des Hautes-Alpes, 21 juin 1906 et 6 septembre 1904.

    201 G. Ribeill, « Gestion et organisation du travail dans les compagnies de chemin de fer, des origines à 1860 », Annales ESC, septembre-octobre 1987, no 5, p. 999-1029.

    202 R. Castel, Les métamorphoses de la question sociale…, op. cit.

    203 Le Progrès de la Gendarmerie, 15 juillet 1912.

    204 P. Ariès et G. Duby (dir.), Histoire de la vie privée, tome 4, De la Révolution à la Grande Guerre, Michelle Perrot (dir.), Paris, Le Seuil, 1987, 637 p.

    205 M. Dreyfus, La mutualité, une histoire maintenant accessible, Paris, La Mutualité Française, 1988. Voir surtout A. Gueslin, L’invention de l’économie sociale : idées, pratiques et imaginaires coopératifs et mutualistes dans la France du XIXe siècle, Paris, Economica, 1998, 340 p.

    206 Jean-Jacques Waltz, dit Hansi, se rend célèbre après 1906 en multipliant les gravures satiriques consacrées à l’Alsace germanisée. Condamné à un an de prison « pour le crime de n’avoir pas donné une ligne assez esthétique aux gendarmes allemands » (Clemenceau), Hansi reçoit un immense soutien dans la société française.

    207 Précisons que les anciens gendarmes français ne sont presque jamais restés dans la gendarmerie alsacienne après l’annexion. Dès 1872, on y compte moins de 20 % de gendarmes du Second Empire ; G. Antoni, Polices et gendarmerie au pays de Sarrebourg (1789-1994), Société d’Histoire et Archéologie de Lorraine, p. 67.

    208 Journal de la Gendarmerie, 26 avril 1895 et 23 juin 1907.

    209 Journal de la Gendarmerie, 1er mars 1888 et 10 juin 1904 ; L’Écho de la Gendarmerie, 9 septembre 1888.

    210 L. Smith, Between Mutiny and Obedience, The case of the French fifth infantry division during World War I, Princeton, Princeton University Press, 1994, 274 p.

    211 C. Charle, La crise des sociétés impériales…, op. cit., p. 200-205. E. Saint-Fuscien, Obéissance et autorité dans l’armée française de 1890 à la fin de la Première guerre mondiale, doctorat, histoire, sous la dir. de S. Audoin-Rouzeau, EHESS, 2008.

    212 J. Jaurès, « Comme la nuée porte l’orage », in Rallumer tous les soleils, Paris, Omnibus, 2006, p. 247.

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