Les protestants français et les Provinces-Unies au XVIIe siècle

p. 221-222


Texte intégral

1Au XVIIe siècle, les Provinces-Unies se définissent d’abord, sur le plan religieux, par leur attachement à la religion réformée, même si, dans les faits, un véritable pluralisme religieux existe dans la République. C’est pourquoi les réformés français, petite minorité protégée – de moins en moins – par l’édit de Nantes, regardent souvent vers le Nord. Nous en avons de bons exemples avec ces nombreux étudiants de théologie qui partent faire une partie de leurs études à Leyde. Luc Daireaux dresse le portrait de l’un des plus importants d’entre eux, Samuel Bochart, pasteur à Caen de 1624 à sa mort en 1667. Il met en évidence les liens familiaux et intellectuels qui rapprochent ce pasteur, comme tant d’autres, des Pays-Bas. Bochart participe à tout un réseau préfigurant la République des Lettres, auquel appartiennent des catholiques comme des protestants, des clercs comme des laïcs. Ces liens religieux, entrevus à travers Bochart, ne doivent en effet pas nous faire oublier les nombreux autres liens, économiques, commerciaux, intellectuels, philosophiques, artistiques, qui se nouent depuis le XVIe siècle entre protestants français et néerlandais.

2Un lieu privilégié pour examiner les rapports entre eux est la principauté d’Orange. Cette petite enclave dans le royaume de France appartient en effet à la famille Orange-Nassau, ce qui amène des habitants des Provinces-Unies, assez nombreux, à s’y rendre. La protection des Nassau et l’édit de 1607 permet aux protestants français d’y vivre librement, d’avoir des pasteurs et des temples. C’est ainsi que des liens très forts, décrits par Françoise Moreil, peuvent se tisser entre les habitants d’Orange et un certain nombre de Néerlandais. Mais cette situation a sa contrepartie, l’implication de la principauté dans les guerres de Louis XIV, d’où de multiples occupations françaises, de 1660 à l’annexion de fait, en 1702. Ces occupations sont relatées par un pasteur d’Orange, Jacques Pineton de Chambrun, dans deux écrits, analysés par Amanda Eurich, qui montrent bien les tribulations de cette population orangeoise, prise entre deux pouvoirs et deux paradigmes différents de la coexistence religieuse.

3La protection assurée par les Provinces-Unies sur les protestants français s’exerce aussi en faveur des réfugiés, dont un des plus célèbres est Pierre Jurieu, l’adversaire préféré du réfugié non moins célèbre Pierre Bayle, dont la propension à politiser le moindre sujet théologique est étudiée par Pierre Bonnet. En offrant un asile à des huguenots persécutés pour leur foi, les Provinces-Unies jouent ainsi, comme elles l’ont fait pour les jansénistes, un rôle fondamental dans le développement de la pensée française et européenne.


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