Chapitre 6. La question du logement
p. 239-252
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Index géographique : France
Texte intégral
1La question du logement ne se pose pas de la même façon pour les étudiants que pour les lycéens (a fortiori les collégiens) en premier lieu parce que l’offre d’enseignement supérieur est très inégalement répartie sur le territoire. Certaines études, et notamment la plupart des formations les plus sélectives, tendent à imposer mécaniquement le départ du domicile des parents sauf si ceux-ci résident dans une grande agglomération ou à proximité immédiate. Cependant, si la distance entre lieu d’études et domicile parental est le principal facteur déterminant le prolongement ou l’abandon de la cohabitation quotidienne avec les parents, d’autres éléments interviennent. Avec l’avancement en âge, le maintien sous le toit familial, fût-il voisin du campus, constitue de moins en moins une formule d’habitat s’imposant comme « naturelle », « allant de soi ». Et, à l’inverse, la cohabitation peut se prolonger malgré l’éloignement du lieu d’études parce que le paiement d’un loyer supplémentaire exigerait un effort financier difficilement supportable, étant entendu alors que l’économie réalisée a pour contrepartie l’allongement du temps quotidien de transport.
2Cependant, les réponses apportées à la question du logement ne se réduisent pas au choix entre cohabitation et décohabitation : il y a plusieurs façons de cohabiter et surtout de décohabiter (ce n’est pas la même chose d’être en internat, en résidence universitaire, en colocation, en appartement indépendant) et il y a même des formules mixtes, intermédiaires, des cohabitations ou décohabitations partielles, discontinues. Et aux situations de logement correspondent des types ou des profils étudiants diversifiés ainsi que des genres et parfois des niveaux de vie différents.
GÉOGRAPHIE DES LIEUX D’ÉTUDE ET GÉOGRAPHIE DES FAMILLES D’ÉTUDIANTS
3La question du logement doit être abordée en lien avec la répartition des formations sur le territoire. En effet, les arbitrages que l’étudiant et sa famille auront à faire au moment de la première inscription dans le supérieur ou lors des orientations en cours d’études dépendent principalement de l’offre de formation. Celle-ci est inégalement répartie sur le territoire et s’engager dans des études longues n’aura pas les mêmes conséquences matérielles selon que les parents d’étudiant habitent une grande ou une petite agglomération.
4L’offre la plus complète et la plus riche d’enseignement supérieur est en effet concentrée en région parisienne et dans les grandes villes de province (200 000 habitants au moins) qui, selon les données de l’enquête Conditions de vie 2006, accueillent près de huit étudiants sur dix ; la capitale concentre, à elle seule, 11,3 % des inscrits. Plus l’on progresse dans les cycles et plus la part des étudiants inscrits à Paris intra muros augmente pour atteindre 18,6 % en troisième cycle. Les grandes villes et Paris accueillent plus de 90 % des inscrits dans les formations de troisième cycle, plus sélectives et qui occupent une position élevée dans la hiérarchie du prestige scolaire. Elles concentrent aussi une part non négligeable des inscrits dans les filières de premier cycle les plus prestigieuses : 71,7 % (15,4 % à Paris) des élèves de CPGE et 88,4 % (12,2 % à Paris) des étudiants en premier cycle de Santé. La part des étudiants inscrits dans les petites villes (unités urbaines de moins de 100 000 habitants) est faible (8,1 %) ; elle est même très faible en deuxième et troisième cycles (2,1 %). Les étudiants des petites villes doivent se contenter le plus souvent de formations courtes, notamment en STS (51,4 %). C’est une particularité de ce type d’études que d’être développé dans les petites villes1. On comprend donc que la décohabitation est rendue nécessaire pour une frange de la population, souvent d’origine sociale plus modeste2, qui ne bénéficie pas à proximité d’une offre de formation large. Sur ce point, les réponses apportées à une nouvelle question introduite dans l’édition 2006 à propos de la mobilité géographique envisagée apportent un éclairage intéressant. On apprend, en effet, que les étudiants inscrits dans une formation dispensée dans une petite ville ou dans une ville moyenne envisagent plus fréquemment un changement de région avant le terme de leur parcours dans le supérieur3. Mais la distance au lieu d’études n’explique pas à elle seule le départ du domicile parental. Il existe aussi un effet d’âge puisque parmi les étudiants de 23-24 ans dont au moins un des parents habite dans l’agglomération de leur lieu d’études, près de 40 % ont quitté le domicile parental, ce qui n’est le cas que de 12,5 % des 19-20 ans. La décohabitation correspond donc aussi à un besoin d’émancipation et d’autonomie lié au passage à l’âge adulte. Celui-ci n’est pas seulement associé à des facteurs objectifs tels que la mise en couple et la disposition de ressources propres plus importantes mais aussi à des normes, des modèles de comportement, des rôles répondant aux attentes sociales.
LES MODES DE LOGEMENT
Les cohabitants
5En 2006, les cohabitants représentent 36,5 % de la population étudiante enquêtée par l’OVE. Ils sont tendanciellement plus jeunes (20 ans et demi de moyenne d’âge contre 23 ans et demi pour les décohabitants) et sont donc plus fréquemment dans les premières années du cursus (31,3 % sont primo-inscrits). Il s’agit d’une frange de la population étudiante plus masculine puisque 38,2 % des garçons sont cohabitants contre 35,2 % des filles. Habiter chez ses parents est une situation plus fréquente en région parisienne et dans les petites villes de province (moins de 100 000 habitants). Pour ces dernières, le fort taux de cohabitation s’explique par le fait que les étudiants sont dans leur majorité inscrits en STS, formation de proximité (voir supra). En région parisienne, l’offre de formation est plus large que partout ailleurs et les étudiants n’ont donc pas la même nécessité de décohabiter pour suivre leurs études. à cela s’ajoutent le coût du logement et la faiblesse de l’offre en cité universitaire qui n’incitent pas les étudiants à décohabiter et favorisent ainsi la « clientèle locale ».
6Parmi les cohabitants, on peut isoler des profils atypiques. C’est tout d’abord le cas de ceux qui continuent à vivre chez leurs parents tout en étant éloignés de leur lieu d’études (plus d’une heure de trajet pour s’y rendre). Cette situation de « cohabitation forcée » concerne 4,5 % de l’ensemble des étudiants soit 12,3 % des étudiants qui vivent chez leurs parents. Il s’agit d’une sous-population qui présente un certain nombre de caractéristiques qui freinent la décohabitation. En effet, ce sont des étudiants jeunes, dont les parents appartiennent plus souvent aux classes populaires et sont moins familiarisés avec l’enseignement supérieur (25,3 % ont un parent diplômé du supérieur contre 35,5 % en moyenne). En outre, ces étudiants, dont plus d’un tiers sont inscrits dans les filières de Lettres, Langues et Sciences humaines, ont plus souvent obtenu leur baccalauréat sans mention (66,2 % contre 51 % en moyenne) et vivent principalement dans les grandes agglomérations, plus particulièrement en région parisienne (59,1 %). Le second groupe de cohabitants atypiques est celui des « cohabitants économiquement autonomes » présenté dans le chapitre 5 dont on rappellera qu’ils représentent 8,3 % de l’ensemble et qu’il s’agit d’une population relativement âgée par rapport à la moyenne des cohabitants (22 ans et demi en moyenne). Ces étudiants présentent notamment la particularité d’exercer fréquemment une activité rémunérée très concurrente de leurs études (40,3 %) et donc susceptible de compromettre leur réussite. Tout comme ceux qui sont en situation de « cohabitation forcée », ces étudiants ont des origines sociales plus modestes que la moyenne et résident principalement dans les grandes agglomérations et en région parisienne. Ils sont par contre moins satisfaits de leur logement : 62,4 % s’en déclarent satisfaits contre 79,6 % parmi les autres cohabitants et 66 % parmi ceux en situation de « cohabitation forcée ». On peut y voir un signe de leur volonté de prendre encore davantage d’autonomie en quittant le domicile parental.
Les décohabitants
7On l’a vu, les étudiants qui décohabitent le font le plus souvent pour s’inscrire dans une formation à laquelle ils n’avaient pas accès à proximité du domicile parental. De ce fait, les temps de trajets se trouvent réduits (voir infra). Néanmoins, quitter le domicile parental n’a pas la même signification pour un étudiant qui intègre un internat ou une résidence universitaire que pour celui qui s’installe en couple. Il y a donc plusieurs modes (et donc degrés) de décohabitation. On distinguera ici cinq principales « familles » de décohabitants plus ou moins autonomes dont nous avons étudié les caractéristiques toutes choses égales par ailleurs.
Tableau 1 : Modes de logement et degré de satisfaction des décohabitants en 2006 (en %)

Source : OVE, enquête Conditions de vie 2006.
Note de lecture : 18,8 % des décohabitants vivent en cité universitaire (Crous ou autre). Parmi eux, 32,6 % se déclarent satisfaits de leur logement.
Les étudiants hébergés dans le « réseau familial »
8Il s’agit d’étudiants qui vivent dans un logement dont les parents sont propriétaires sans y habiter ou encore qui résident chez des membres de la famille autres que les parents. Déjà avancés dans le cursus (indice le plus élevé en 2e cycle), ces étudiants ont une probabilité faible d’exercer une activité rémunérée pendant l’année universitaire, a fortiori de façon intensive. Les étudiants d’origine sociale favorisée, ceux qui étudient en région parisienne, et surtout à Paris intra-muros, ont plus de chance d’occuper ce type de logement. C’est pour cette catégorie peu affranchie de la tutelle familiale que la distance entre le domicile des parents et le lieu d’études influe le moins sur le mode de logement.
Les internes et apparentés
9C’est le type d’études qui exerce la plus forte influence sur la probabilité d’occuper ce type de logement et plus particulièrement le fait d’être inscrit en classe supérieure de lycée : les probabilités les plus élevées sont observées en CPGE et à un degré moindre en STS. Assez logiquement, ce sont donc les étudiants les plus jeunes qui ont le plus de chance d’être internes. C’est aussi plus souvent le cas des garçons. Enfin, la distance au domicile parental exerce une influence marquée et croissante à mesure qu’elle augmente.
Les étudiants en cité U ou apparentés
10Le profil des étudiants qui vivent en résidence universitaire gérées par les CROUS (7,8 % de l’ensemble des étudiants) ou d’autres organismes (4,1 %) témoigne de l’efficacité des critères sociaux d’admission. Ainsi, l’origine sociale des étudiants est moins favorisée que celle de l’ensemble des étudiants : probabilités les plus élevées chez les enfants d’ouvriers ou d’employés ainsi que parmi ceux dont les parents, quelle que soit leur profession, ont les plus bas revenus. D’ailleurs, bénéficier d’une bourse sur critères sociaux augmente de près de 30 % les chances d’occuper ce type de logement. On signalera aussi qu’il s’agit d’une population jeune et masculine et que c’est parmi les inscrits dans les filières scientifique d’Université ainsi qu’en IUT que la probabilité de loger en cité U est la plus haute. Enfin, c’est pour ces étudiants que la distance entre le domicile des parents et le lieu d’études influence le plus le mode de logement.
Les colocataires
11Ils représentent, en 2006, un peu plus de 6 % des étudiants. La probabilité de vivre en colocation est un peu plus élevée chez les garçons et augmente avec les revenus et les niveaux de diplôme des parents. Cette situation est le plus souvent transitoire puisque les chances de louer à plusieurs baissent nettement en troisième cycle et chez les étudiants de plus de 25 ans. Elle semble impliquer néanmoins une certaine autonomie financière puisque, contrairement aux trois catégories précédentes, le fait d’exercer un travail rémunéré (et plus particulièrement les jobs occasionnels) est fréquemment associé à la vie en colocation. Enfin, ce mode de logement est moins probable en région parisienne que sur le reste du territoire et particulièrement dans les unités urbaines de plus de 200 000 habitants.
Les étudiants en location seul ou en couple
12Il s’agit de la solution la plus fréquente pour les étudiants qui n’habitent pas chez leurs parents (31,2 % de l’ensemble, 49,2 % des décohabitants). Parmi les différents modes de décohabitation c’est celui qui est le plus lié à l’avancement en âge (il progresse aussi régulièrement avec les cycles d’études), notamment parce qu’il s’agit dans 35,5 % des cas d’une mise en couple. La location individuelle ou à deux est moins probable chez les enfants d’ouvriers et chez les boursiers et devient plus rare quand le revenu de la famille est faible. Elle est aussi liée au sexe (indice plus élevé chez les filles) et à l’exercice d’une activité rémunérée concurrentielle relativement intensive déconnectée ou pas des études suivies. Enfin, pour les même raisons que celles évoquées supra concernant le processus de décohabitation, c’est en région parisienne que les chances d’occuper ce type de logement sont les plus faibles.
13Les profils de ces étudiants décohabitants sont donc contrastés. Il en va de même pour leurs genres de vie, toujours observés en 2006. On observe, tout d’abord, qu’à ces différents types de logement correspondent des degrés d’émancipation variables. Ainsi, les étudiants qui vivent en cité U ou en internat sont proportionnellement plus nombreux que les autres à rentrer dormir chez leurs parents au moins une fois par semaine (respectivement 39,1 % et 35,9 %). Cette situation s’apparentant à une semi-décohabitation est aussi matérialisée par le fait que plus de la moitié d’entre eux (51,4 % en cité U et 59,8 % en Internat) rapportent leur linge chez leurs parents. À l’inverse, les étudiants en location seuls ou en couple sont les plus émancipés au regard de ces deux indicateurs : 22,7 % dorment chez leurs parents au moins une fois par semaine et 41,3 % y ramènent leur linge sale.
14Parmi les décohabitants, ce sont ceux hébergés dans le « réseau familial » qui se déclarent le plus souvent satisfaits de leur logement (73,4 %4). En effet, ils occupent des logements relativement grands (2,1 pièces en moyenne contre 1,8 pièces pour l’ensemble des décohabitants) et les trois quarts d’entre eux sont hébergés à titre gratuit. Bénéficiant de conditions matérielles satisfaisantes ces étudiants n’envisagent donc que très rarement de quitter leur logement à l’issue de l’année universitaire (11,9 % contre 29,8 % en moyenne). Ceux qui ont choisi la colocation se déclarent satisfaits à 64,4 % contre 55,5 % de ceux qui vivent en location seul ou en couple. Louer à plusieurs permet d’accéder à des logements plus grand (2,3 pièces en moyenne) et bien équipés (6 équipements en moyenne parmi une liste de 11 équipements référencés par l’enquête5) à moindre coût. Parmi les étudiants logés en résidence universitaire ou apparentés, le niveau de satisfaction est nettement inférieur puisque seulement 32,6 % sont satisfaits de leur logement. Si l’on ne prend en compte que les cités U gérées par les CROUS, le niveau de satisfaction baisse nettement pour atteindre 22 %. Interrogés sur différents aspects de leurs conditions de logement, ces étudiants se déclarent surtout peu satisfaits de la taille, du confort et de la propreté des logements. À l’inverse, le coût du logement est pour eux le principal motif de satisfaction. Quant aux étudiants qui vivent en internat, ils sont 41,1 % à considérer que leurs conditions de logement sont satisfaisantes.
ÉVOLUTION DES MODES DE LOGEMENT ET DE LEUR COÛT
Les modes de logement
15L’analyse de l’évolution des types de logement depuis 1997 montre une hausse assez nette, et surtout marquée à partir de 2000, de l’autonomie résidentielle des étudiants. Parmi les différents types de logement indépendants on distingue une évolution contrastée entre logements individuels et collectifs. Les premiers ont tout d’abord connu une baisse entre 1997 et 2000 avant de progresser nettement par la suite. Cette évolution concerne surtout ceux qui sont occupés par des étudiants qui louent seuls ou en couple ; la colocation ayant aussi crû mais de façon moins nette. Les seconds ont fortement augmenté à la fin des années 1990 (surtout le logement en cité U ou en résidence apparentée) avant de se tasser, voire de légèrement baisser par la suite.
Tableau 2 : Évolution des modes de logement (en %)

Source : OVE, enquêtes Conditions de vie.
16En 2006, les étudiants ne sont désormais « plus » que 36,5 % à vivre chez leurs parents (baisse de 4,9 point depuis 1997) et 4,7 % dans le « réseau familial » (baisse de 1,5 point). Comment peut-on expliquer de telles évolutions ? Cette hausse de la part des décohabitants s’explique tout d’abord par la croissance du poids des étudiants étrangers. Il faut en effet savoir que leur part est passée de 5,6 % en 1997 à 10,8 % en 2006 dans la population enquêtée par l’OVE6. Or, les étudiants étrangers sont fortement surreprésentés chez les étudiants en situation d’autonomie résidentielle puisqu’ils sont plus de 90 % à décohabiter le plus souvent pour vivre en location seul ou en couple (41,1 %), en cité U (22,5 %) ou en colocation (9,2 %). L’augmentation de leur poids parmi les inscrits dans l’enseignement supérieur explique en partie cette plus forte propension à la décohabitation observée dans l’ensemble. De fait, si l’on isole les étudiants de nationalité française, on constate que le mouvement de hausse de la proportion des étudiants qui quittent le domicile parental est toujours visible mais moins marqué : de 57 % en 1997 à 59,3 % en 2006.
17La deuxième explication à cette hausse de la décohabitation réside dans l’évolution de la répartition de la population étudiante par niveaux de cursus. On observe en effet une baisse du poids des inscrits à niveau bac + 1 et bac + 2 dans l’enquête Conditions de vie (de 59,4 % en 1996-1997 à 50,3 % en 2005-2006). Cette baisse est compensée par une hausse des inscrits à bac+ 5 et plus sur la même période. Ces derniers, selon les enquêtes de l’OVE, représentaient 11,8 % des inscrits en universités et classes supérieures de lycées en 1996-1997 et 17,6 % en 2005-2006. Cette évolution de la structure de la population étudiante est confirmée par les données ministérielles relatives aux inscriptions effectives dans les établissements7. Au fil des enquêtes, on a aussi pu observer que les étudiants se projetaient davantage dans des études plus longues : ils étaient 62,1 % en 1996-1997 à déclarer vouloir obtenir un diplôme supérieur ou égal à bac + 5 ; en 2005-2006 ils sont 74,6 % dans ce cas. Or, c’est parmi ces étudiants, plus avancés dans les cycles d’études et désormais plus nombreux, que l’on trouve le plus de décohabitants : plus de 8 étudiants sur 10 quelle que soit l’année d’enquête parmi les bac + 5 et plus.
18Enfin, durant la période concernée par les enquêtes de l’OVE, le mouvement de croissance des effectifs féminins dans l’enseignement supérieur s’est poursuivi. Les filles ont ainsi vu leur part augmenter dans les filières sélectives : 41,6 % de filles en CPGE en 2005-2006 contre 37,1 % en 1996-19978. Elles sont aussi de plus en plus présentes à tous les niveaux du cursus universitaire et particulièrement en 3e cycle où elles représentent 41,5 % des diplômés de doctorat en 2006 contre 38,9 % en 1997. Ce mouvement de féminisation et de rallongement des études de la part de la population féminine contribue aussi à expliquer cette hausse de la décohabitation puisque l’on sait que les filles ont une probabilité plus forte que les garçons de quitter le domicile parental9. En 2006, elles sont ainsi 64,5 % à avoir quitté le domicile parental contre 61,8 % des garçons.
Le coût du logement
19En 2006, le coût moyen du loyer (charges comprises) déclaré par les étudiants s’élève à 388 € pour les décohabitants qui ne sont pas hébergés à titre gratuit. Les différents types de logement ont des coûts très inégaux : de 254 € pour les étudiants des cités universitaires ou apparentés à 521 € pour ceux qui habitent en couple dans le secteur privé, la location individuelle étant logiquement un peu moins chère, en moyenne, que la location à plusieurs (389 € contre 417 €). Observés en euros constants (les euros du passé, ou leur équivalent en francs, ont été recalculés de telle sorte que leur pouvoir d’achat soit identique à celui des euros en 2006), les montants des loyers ont régulièrement augmenté depuis 1997 mais de façon plus prononcée pour les cités U et résidences apparentées (+24 % entre 2000 et 2006) que pour les logement locatifs privés (+10 % pour la colocation et +8 % pour les logements occupés par des étudiants seul ou en couple). Le coût du logement varie aussi considérablement selon la taille de la ville d’études : de 328 € dans les agglomérations de moins de 200 000 habitants à 523 € à Paris. L’augmentation des loyers déclarés par les étudiants n’a pas uniquement touché la région parisienne. Ainsi, entre 1997 et 2006, la hausse a été de 4 % (84 €) à Paris, de 7 % (88 €) dans le reste de l’Île-de-France et de 11 % en province (hausse de 82 € dans les unités urbaines de plus de 200 000 habitants et de 72 € dans celles de taille inférieure).
Tableau 3 : Évolution des loyers en euros constants

Source : OVE, enquêtes Conditions de vie.
20Les deux dernières enquêtes de l’OVE ont montré que les étudiants rencontraient plus souvent que par le passé des difficultés pour accéder au logement : la part des étudiants décohabitants déclarant avoir trouvé facilement ou très facilement un logement avoisinait les 75 % en 1997 et 2000 pour retomber autour de 65 % en 2003 et 2006. On observe une tendance similaire quel que soit le type de logement. Ajoutés à la hausse des loyers ces résultats illustrent la tension croissante sur le marché du logement qui touche les étudiants et les autres jeunes (actifs ou pas) qui sont aussi confrontés aux problèmes des coûts d’entrée dans le logement : difficultés de trouver des logements adaptés en prix, taille et localisation, problème liés aux coûts d’entrée (caution, dépôt de garantie). Néanmoins, par rapport aux autres jeunes ayant quitté le domicile familial, les étudiants bénéficient plus facilement d’une aide des parents10 : en 2006, un peu plus de 40 % des étudiants décohabitants déclarent une prise en charge totale (32,1 %) ou partielle (8,1 %) du loyer par leurs parents, soit une sensible hausse par rapport aux enquêtes précédentes où le seuil de 40 % n’avait jamais été dépassé. Cependant, les variations selon l’origine sociale des étudiants sont très significatives et témoignent de la plus grande facilité pour ceux qui sont issus des catégories supérieures à faire face aux coûts engendrés par l’installation dans un logement autonome : les étudiants issus des classes supérieures (enfants de cadres supérieurs, d’industriels et de membres des professions libérales) sont 42,7 % à bénéficier d’une prise en charge partielle au totale de leur loyer, contre 33,7 % de ceux issus des milieux les plus modestes (enfants d’employés, d’ouvriers ou d’agriculteurs).
LOGEMENT ET TRANSPORT
Temps de transport
21La question du transport se pose aussi différemment selon les modes de résidence. On rappellera tout d’abord que les étudiants passent en moyenne plus d’une heure par jour dans les transports pour les trajets domicile-lieu d’études : en 2006, la durée moyenne d’un aller simple est de 32 minutes et n’a augmenté que très légèrement depuis 1997 où elle s’élevait à 31 minutes11. Cette moyenne recouvre des différences assez importantes selon les catégories d’étudiants et dépend plus particulièrement du type de logement. Ainsi les cohabitants mettent en moyenne 39 minutes pour se rendre dans leur établissement d’enseignement contre 27 minutes pour ceux qui ont quitté le domicile parental. Cela souligne le caractère fonctionnel de la décohabitation qui consiste tout d’abord à se rapprocher du lieu d’études.
22Parmi les décohabitants, on observe à nouveau des situations contrastées : les temps de transport variant du simple au double selon que l’étudiant vive en cité universitaire (18 minutes) ou dans un logement du réseau familial (35 minutes). Quant à ceux qui vivent seuls ou en couple, ils mettent en moyenne 27 minutes pour rejoindre l’endroit où ils suivent leurs cours. L’enquête Conditions de vie ne permet pas de mesurer le temps que les décohabitants passent en trajets entre leur domicile et celui de leurs parents. Néanmoins, ce temps est loin d’être négligeable 27,3 % des décohabitants interrogés en 2006 déclarent rentrer dormir chez leurs parents au moins une fois par semaine (c’est-à-dire sans doute pour le week-end). En lien avec l’autonomie résidentiel croissante des étudiants, ces retours au domicile parental se font moins fréquents au fil des ans puisqu’en 1997 31,8 % des décohabitants rentraient dormir chez leurs parents au moins une fois par semaine. Selon les modes de décohabitation, ces allers-retours sont plus ou moins fréquents et, à égale distance du domicile parental, ce sont les étudiants en résidence collective (cité universitaire ou internat) qui en font le plus.
Modes de transport
23Un étudiant sur deux utilise habituellement les transports en commun pour les trajets quotidiens entre son domicile et l’endroit où il suit ses enseignements. Ils sont 45,5 % à faire ces trajets à pied et 37,3 % à utiliser la voiture (seul ou à plusieurs). L’utilisation de la bicyclette (9,4 %) et des deux-roues motorisés (1,7 %) est beaucoup plus rare12. Depuis 1997, la part des étudiants ayant une voiture à disposition, qu’il s’agisse de leur véhicule personnel ou de celui de leur parent, est stable (environ 60 %). Cependant, plus souvent autonomes, les étudiants sont de plus en plus nombreux à disposer de leur propre voiture (ou de celle de leur conjoint) : 39,8 % en 2006 contre 34,8 % en 1997. Dans le même temps, ceux qui utilisent le véhicule de leurs parents ont vu leur part décroitre : 18 % en 2006 contre 21,8 % en 1997. L’usage de la voiture, seul ou à plusieurs, pour les trajets quotidiens entre le domicile et l’établissement d’enseignement concerne 37,2 % des étudiants en 2006 et a baissé de façon régulière depuis 1997 (43,2 %). L’évolution du profil de la population étudiante, notamment selon le mode de logement, est une explication à cette tendance. Les analyses de l’OVE sur le sujet ont en effet montré que la probabilité d’utiliser une voiture pour se rendre sur le lieu d’études était plus faible chez les décohabitants, a fortiori pour ceux qui vivent en résidence collective, que pour les étudiants qui habitent le domicile parental13. Ainsi, parmi ces derniers, plus de la moitié (51,3 %) utilisent la voiture pour rallier leur établissement d’enseignement, alors que c’est le cas de moins d’un tiers des décohabitants (29,1 %). On notera tout de même que ceux qui vivent en couple, plus émancipés économiquement et davantage engagés dans le processus d’autonomisation, sont relativement nombreux à utiliser la voiture (38,1 %).
24L’utilisation des transports en commun pour les trajets quotidiens entre le domicile et le lieu d’études concerne 55,5 % des étudiants en 2006. Il s’agit du moyen de transport le plus fréquemment cité depuis 1997. Le profil de l’usager des transports publics est presque symétriquement l’inverse de celui de l’automobiliste notamment en termes d’âge, de lieu d’études et de mode de logement14. Ainsi, les décohabitants ont une probabilité plus forte d’utiliser les transports en commun mais, comme ils vivent plus souvent à proximité du lieu d’études, ils prennent plus fréquemment ces transports pour des trajets directs et donc moins longs. À l’inverse, les cohabitants ont une probabilité plus faible d’utiliser les transports en commun notamment parce que cela représente plus fréquemment une contrainte pour eux : lorsqu’ils utilisent les transports publics pour rallier leur lieu d’études, ils sont 55,6 % à déclarer devoir effectuer des changements durant leur trajet contre 38,2 % des décohabitants.
Coût des transports
25En 2006, les étudiants déclarent dépenser en moyenne 82 € par mois en frais de transport. Après une hausse de 4 € entre 1997 et 2000 ces dépenses, exprimée en euros constants, ce sont stabilisées. Elles ne recouvrent pas uniquement les dépenses liées aux trajets domicile-lieu d’études mais l’ensemble des dépenses évaluées par l’étudiant (abonnements, tickets, essence, entretien…). Elles varient de façon significative selon le mode de locomotion utilisé par les étudiants dans leurs déplacements quotidiens liés aux études. Ainsi, les dépenses moyennes sont plus faibles pour ceux qui vont habituellement sur leur lieu d’enseignement à pied (66 €) ou à bicyclette (65 €). Elles sont bien plus élevées pour les étudiants qui font ces trajets habituellement en voiture (120 €) avec des variations entre ceux qui l’utilisent de façon individuelle (128 €) et ceux qui pratiquent le covoiturage (108 €). Enfin, les usagers des transports en commun ont un budget transport mensuel moyen de 70 € avec des variations selon qu’il s’agit d’un trajet direct (67 €) ou avec au moins un changement (80 €).
26Utilisant plus fréquemment la voiture et plus souvent logés à distance de leur lieu d’études, les cohabitants dépensent plus d’argent en transport (84 € par mois) que les étudiants ayant quitté le domicile parental (81 €). Cependant, les premiers bénéficient plus souvent d’une prise en charge parentale des frais occasionnés par leurs déplacements que les seconds. Ainsi, la moitié des décohabitants déclarent que leurs parents payent au moins une partie de leur frais de transport en commun (contre un quart des décohabitants) et plus d’un tiers qu’ils leurs payent au moins une partie de leurs frais d’essence (contre 22 % des décohabitants). Parmi les décohabitants, ce sont les étudiants logés en logement indépendant (seul ou en couple) qui déclarent les dépenses les plus élevées (82 €). Ils sont, nous l’avons vu, plus fréquemment utilisateurs de voiture que tous les autres étudiants en situation d’autonomie résidentielle. À l’opposé, vivre en résidence collective, donc sur le lieu d’études ou à proximité, entraîne des dépenses de transports bien en dessous de la moyenne : 61 € pour les étudiants en internat et 68 € pour ceux logés en cité universitaire.
Tableau 4 : Temps de transport et budget mensuel moyen selon le mode de logement

Source : OVE, enquête Conditions de vie 2006.
27La décennie couverte par les quatre dernières enquêtes de l’OVE (1997-2006) aura donc été marquée par un processus d’indépendance croissante des étudiants. Ce phénomène trouve sa source dans les transformations progressives de la population étudiante, particulièrement en termes d’âge, de sexe et d’ouverture internationale. Cette émancipation est évidemment progressive et prend des formes différentes, notamment selon le lieu d’études, les ressources des étudiants et les liens entretenus avec la famille. Elle a aussi un prix puisque les étudiants sont, eux aussi, très touchés par les difficultés croissantes liées à l’accès au logement et à son coût. Le départ du domicile parental entraîne par ailleurs une réduction des temps de trajet entre le domicile et le lieu d’études qui s’accompagne d’une évolution des modes de transports utilisés et d’une baisse de ce poste budgétaire. La prochaine enquête Conditions de vie des étudiants, programmée en 2010, permettra de voir dans quelle mesure ce processus de prise d’indépendance croissante se poursuit ou se trouve ralenti par les effets de la crise sur les étudiants et leur famille. Cette évolution revêt une importance particulière dans la mesure où de manière générale la décohabitation semble associée positivement à la réussite universitaire (voir chapitre 12).
Notes de bas de page
1 Cf. « Constat en 30 indicateurs des disparités géographiques », Géographie de l’école n° 8, MJENR-DEP, avril 2003 : « La carte des formations courtes apparaît pratiquement inverse de celle présentant le poids de l’enseignement supérieur dans la population scolaire totale. Ceci témoigne de la plus grande diffusion de ces formations sur le territoire, par rapport aux pôles de formation générale universitaire. Cette caractéristique est notamment valable pour les formations courtes universitaires (IUT) et en lycées (STS). En effet elles sont davantage représentées dans les petites académies. »
2 Plus la taille de la ville d’études, et donc l’offre de formation, baissent, plus la part des étudiants dont le parent de référence (le père ou à défaut la mère) appartient aux catégories sociales populaires est élevée. Elle est de 49,7 % dans les villes de moins de 100 000 habitants et de 28,3 % en région parisienne (22,3 % à Paris intra muros).
3 À la question « pensez-vous pouvoir poursuivre vos études jusqu’à leur terme dans la même région ? », 28,7 % des étudiants des petites villes (unités urbaines de moins de 100 000 habitants) et 29,4 % de ceux des villes moyennes (unités urbaines de 100 000 à 200 000 habitants) répondent par la négative. À titre de comparaison, ils sont seulement 11,1 % dans ce cas en région parisienne.
4 Tous modes de logements confondus, un peu plus de la moitié des décohabitants (54,1 %) se déclarent satisfaits de leur logement, 36,3 % le trouvent acceptable et seulement 9,6 % le jugent insatisfaisant. S’il demeure assez élevé, le niveau de satisfaction baisse de façon régulière depuis 1997 où la part des étudiants satisfaits atteignait 57,2 %.
5 Les 11 équipements sont les suivants : téléviseur, chaîne hi-fi avec lecteur CD, magnétoscope, téléphone (hors mobile), lecteur DVD, lave-linge, lave-vaisselle, congélateur, four à micro-ondes, réfrigérateur et cuisinière. En moyenne, les étudiants décohabitants déclarent posséder cinq équipements.
6 Selon les statistiques du ministère de l’éducation nationale, la part des étudiants étrangers dans l’enseignement supérieur était de 7 % en 1998 et de 11,6 % en 2006. Soit des taux très proches de ceux de l’enquête Conditions de vie.
7 Pour les seules universités, les étudiants en bac + 1, bac + 2 représentaient 52,3 % des inscrits en 1996-1997 contre 48,1 % en 2005-2006. Sur la même période, la part des inscrits en bac + 5 et est passée de 14,2 % à 18,4 %. Source : Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche, ministère de l’éducation nationale (MENDEPP), septembre 2006.
8 Source : Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et la recherche – éditions 1997 et 2006. Notons aussi que les filles sont devenues majoritaires en STS et le féminisation a considérablement augmenté en écoles d’ingénieurs (partiellement couvertes par l’enquête de l’OVE) et en écoles de commerce (non comprises dans l’enquête de l’OVE).
9 Cf. Thiphaine B., « Études supérieures et départ du domicile parental », OVE Infos, n° 3, 2002.
10 Cf. Robert-Bobee I., « Parmi les jeunes ne vivant plus chez leurs parents, les étudiants sont les plus aidés par leur famille », Insee Première, n° 826, 2002.
11 En 2000, le temps de temps de transport moyen domicile-lieu d’études était de 30 minutes ; en 2003, il était de 31 minutes.
12 Les étudiants pouvaient citer plusieurs moyens de transport pour leurs trajets quotidiens entre leur domicile et leur établissement d’enseignement.
13 Sur ce point voir : Vourc’h R., « Le transport des étudiants : moyens, durées et coûts », OVE Infos, n° 10, 2005.
14 Toutes choses égales par ailleurs, l’utilisation des transports publics est en effet plus probable parmi les étudiants les plus jeunes et ceux qui vivent en région parisienne et particulièrement à Paris intra muros.
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