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    Plan détaillé Texte intégral Se débarrasser des cadavres Faut-il consommer la viande des bêtes malades ? La peste bovine et le commerce des cuirs Des chevaux et des mulets pour remplacer la traction bovine L’indemnisation Réactions de la population Notes de bas de page

    Les bœufs malades de la peste

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    Table des matières

    Chapitre VI. Conséquences générales du fléau

    p. 193-221

    Texte intégral Se débarrasser des cadavres Faut-il consommer la viande des bêtes malades ? La peste bovine et le commerce des cuirs Des chevaux et des mulets pour remplacer la traction bovine L’indemnisation Réactions de la population Notes de bas de page

    Texte intégral

    « Un physicien de ce siècle remarque judicieusement que ces animaux sont les seuls biens réels, puisque tous les autres, sans excepter même l’or et l’argent, ne sont que des biens arbitraires qui n’ont de valeur intrinsèque qu’autant que le produit de la terre leur en donne. »
    Nicolas-Gabriel clerc, Essai sur les maladies contagieuses du bétail, Paris, M. Tillliard, 1766, p. iv.

    1Toutes les conséquences des Épizooties n’ont pas encore été envisagées. Il faut revenir sur certains points importants comme la destruction des cadavres, la consommation de la viande des animaux, le commerce des cuirs, l’utilisation d’équidés en remplacement des bovins de trait, les modalités d’indemnisation, et surtout la façon dont les mesures adoptées ont pu être ressenties par la population.

    Se débarrasser des cadavres

    2En 1711, pour Bernardino Ramazzini, éteindre la contagion, c’est d’abord faire disparaître les cadavres : « lorsqu’il s’agit d’une maladie contagieuse, on n’est jamais trop sur ses gardes » et il importe d’enfouir soigneusement les animaux morts, sans quoi, les beaux jours et la chaleur revenus, la putréfaction referait surface et ne tarderait pas à corrompre l’air. Même dénuée de rapport spécifique avec la peste bovine, l’épidémie qui en résulterait serait grave. Bernardino Ramazzini n’est ni le premier ni le dernier à craindre les émanations telluriques : en 1518 les médecins de Delft avaient conseillé de recouvrir d’une grande quantité de terre les fosses où l’on avait inhumé des pestiférés, puis d’y semer des plantes dont ils imaginaient que les racines obstrueraient les interstices du sol. (§ 16).

    3On dispose davantage de détails sur les mesures prises dans les États Pontificaux en 1712. Les cadavres sont divisés en quartiers ou fendus en deux avec la peau, sans rien prélever ; le plus rapidement possible, ils sont recouverts de chaux et portés dans une fosse éloignée de la route, de plus de dix empans1 de profondeur. Là où manque la chaux, on creuse les fosses jusqu’à douze empans2. On brûle aussi les corps, mais il faut le faire entièrement, à plus de dix milles de Rome et à trois milles au moins d’un bourg ceint de murailles, si toutefois une forêt ou une montagne ne font pas écran aux fumées nauséabondes3.

    4Sur les conseils de Giov.-Maria Lancisi, les autorités romaines s’étaient déjà prononcées sur l’enfouissement d’animaux morts en grande quantité. Au cours d’une épizootie qui avait frappé les chevaux l’année précédente, on avait choisi pour les inhumer un champ sans valeur à cinq milles de la Ville par la porte d’Ostie, non loin du Tibre afin d’y transporter les cadavres en bateau. Comme le conseillait Bernardino Ramazzini (§ 16), il fallait que les fosses une fois fermées forment un tumulus. Autrement, par suite de la décomposition (il disait la « liquéfaction4 ») du corps et du tassement de la terre, la surface du sol formerait une cuvette où s’accumulerait l’eau de pluie. Craignant toujours les émanations nocives, on couvrait les cadavres de chaux vive, et selon les recommandations des médecins hollandais déjà mentionnées, on semait d’herbe la terre meuble5.

    5Thomas Bates opta en juillet 1714 pour l’incinération des cadavres autour de Londres. Mais dans la seconde moitié de septembre, la maladie augmenta et le nombre de vaches qu’on amena pour être brûlées fut si grand que cela ne pouvait être mené à bien ; aussi fut-il jugé souhaitable de les enterrer à profondeur de seize ou vingt pieds [4.90 à 6.10 m], mais en faisant auparavant de grandes incisions dans les parties les plus charnues et en les couvrant de chaux vive6. La profondeur des fosses a dû sembler excessive, au moins à ceux qui devaient les creuser, et pour obtenir une exécution plus régulière il fallut la réduire entre 1.50 m et 3 m. Suivant ce qu’enseignaient les médecins à Londres comme partout en Europe, Thomas Bates se préoccupait des effluves infectieuses répandues dans l’air par les corps en décomposition. Sur le continent où, rappelait-il, on ne pratiquait pas l’abattage, manquer à l’enfouissement des bêtes mortes de maladie était puni de sanctions sévères. En Prusse, les menaces allaient jusqu’à la peine capitale7.

    6Actuellement la crémation reste un procédé de destruction des cadavres supérieur à l’enfouissement et à l’équarrissage. Il exigeait autrefois du bois en quantité et dégageait, à l’air libre, trop de fumées désagréables. On devait en outre entretenir plusieurs jours d’énormes bûchers, faute de quoi les corps ne se consumeraient pas, comme le montre une tentative infructueuse en 1871, dans le Finistère.

    « On ne put réussir, après six heures d’effort, à brûler un bœuf, bien que l’administration eût offert à discrétion le pétrole et le coaltar. La crémation d’un aussi grand nombre de victimes ne peut se concevoir que dans une fournaise8. »

    7À la fin du XIXe siècle, on inventera des fours complexes qui rendront le procédé économique et moins polluant9.

    8L’enfouissement exigé par une mortalité importante n’était pas sans inconvénients, en particulier si les fosses étaient insuffisamment profondes. En plus de l’odeur légitimement qualifiée de pestilentielle, existait le risque que les chiens ne viennent les rouvrir. Félix Vicq d’Azyr insiste sur les dangers des émanations par les « crevasses » du sol (Document 11).

    Document 11
    L’enfouissement selon Félix vicq d’Azyr.
    « Instruction sur la manière de désinfecter une paroisse, 28 janvier 1775 », in : Vicq d’Azyr, Exposé des moyens curatifs..., P., Mérigot, 1776, p. 561.
    Les fosses auront dix pieds de profondeur ; elles doivent être aussi suffisamment larges pour que l’animal puisse y être couché à plat sur le côté. Pour donner plus de consistance aux différentes couches de terre, il sera bon de les humecter en les foulant. [...] On empêchera, par ce moyen, qu’il ne se fasse par la suite des crevasses qui pourraient être dangereuses. Les fosses seront recouvertes d’épines ou, ce qui est mieux, de pierres amoncelées dont on pourrait faire une espèce de mur. Il est important de mettre des signaux sur les lieux où l’on a pratiqué les fosses. On ne saurait trop prendre de précautions puisque des expériences très exactes m’ont démontré que les plus anciennes sont encore contagieuses. Lorsque les terres qui remplissent la fosse s’affaissent, on en substituera de nouvelles, et on foulera avec force. [...] Dans les lieux où des lits de pierre, trop voisins de la surface du terrain, ne permettent pas de faire des fosses assez profondes, il faut ou brûler la bête que l’on vient de tuer, ou l’enterrer dans des endroits tout à fait isolés, avec la précaution d’élever un monceau de terre au-dessus du niveau de la fosse, et d’y bâtir une espèce de mur.

    9L’« expérience » à laquelle il fait allusion lui aurait prouvé la contagiosité des fosses.

    « Des morceaux de peau et de chair pris à Mont-Réal dans des fosses où, depuis plus de trois mois, on avait enseveli des animaux morts de contagion, et introduits dans plusieurs plaies faites à des animaux sains, les ont infectés. Nous avons perdu deux vaches après une pareille inoculation10. »

    10Il n’est pas difficile de deviner que ces vaches ont dû leur infection au voisinage d’animaux malades et bien vivants, et qu’il ne pouvait rester de virus dans un matériel aussi décomposé. L’importance de ce résultat tient plutôt à ce que les meilleurs auteurs l’ont ensuite accepté sans discussion. Un épisode probable de diarrhée virale aiguë, appelé « Maladie de la Meuse » et survenu dans ce département en 1873, fut ainsi attribué à l’exhumation d’ossements d’animaux pestiférés enfouis durant la peste bovine de 1870-1871. Il ne faisait encore aucun doute que le principe contagieux avait résisté deux années sous terre11.

    11La notion générale de contagion a connu cependant une éclipse. En 1833, Alexis Parent-Duchâtelet tend à prouver que l’enfouissement et le tailladage des cuirs prévus par l’Arrêt du Conseil du 16 juillet 178412 n’est d’aucune utilité. Une enquête autour de l’équarrissage de Montfaucon, où l’on ne s’est jamais soucié d’enterrer les cadavres de chevaux et où les peaux sont récupérées sans précautions, lui a montré que ni les animaux ni les hommes habitués du lieu n’en sont incommodés, bien que chaque année les chevaux charbonneux et morveux y viennent en nombre à peu près égal pour être abattus. Même alentour, les habitants ne souffrent nullement des émanations infectes si redoutées des partisans du néo-hippocratisme. D’ailleurs, ajoute-t-il, cet arrêt inutile n’a jamais été exécuté à Paris13. C’est l’époque où l’on ne croit plus à la contagion de la morve et du charbon. Le choléra, dont prend fin la terrible épidémie, a réactivé l’anticontagionnisme par son excessive subtilité et son mode déconcertant de propagation. Une épizootie de peste bovine viendrait-elle à sévir, les mesures efficaces se heurteraient alors à de fortes résistances dans le monde médical.

    12Les mentalités avaient changé lorsque, en 1871, il fallut enterrer les quatre cent cinquante bœufs du « troupeau de l’État » sacrifiés à Landerneau. Deux compagnies de mobiles, au total deux cent quatre hommes,14 s’y occupèrent pendant trois semaines. Ce travail peu gratifiant apitoyait la population qui le trouvait dangereux, et le typhus exanthématique qui emporta six de ces jeunes gens ne manqua pas de confirmer les appréhensions. Par un effet malheureux de la terminologie médicale, on établit une relation entre ces décès et le « typhus des bêtes à cornes ». En février, le préfet du Finistère dût demander au Conseil d’hygiène et de salubrité départemental de trouver une alternative à l’enfouissement massif aux abords de la ville. Les conclusions données le 7 février 1871 furent les suivantes :

    « 1° Suspendre l’enfouissement des animaux dans le cimetière qui avoisine le champ de foire de Landerneau ;
    2° Immerger aussi promptement que possible les cadavres embarqués à bord des navires mis à la disposition de Monsieur l’inspecteur du Fretay par M. le préfet maritime ;
    3° Essayer de la crémation ;
    4° Recouvrir d’un remblai les fosses dans lesquelles avaient été placés les cadavres ;
    5° Brûler les fourrages destinés à la nourriture du troupeau ; brûler également les baraquements du champ de foire et enfouir les fumiers.15 »

    13On ne disposait que de deux emplacements autour de Landerneau : l’un, à l’ouest, sous le vent dominant, exposait l’agglomération aux émanations putrides ; l’autre, à l’est, était un terrain marécageux incliné vers la rivière qui, une fois recueillies les eaux de ruissellement, pouvait « transmettre les germes du typhus aux animaux qui seraient venus s’y abreuver ». On sent à quel point l’hygiène, pour l’enseignement duquel une chaire avait été créée en 1794 à la Faculté de médecine de Paris, s’était imposée jusqu’aux extrémités du territoire. Mais rien ne se référait à une quelconque expérimentation scientifique, comme le montrent les solutions adoptées, en tous points analogues à ce qu’avaient préconisé les médecins de Delft, Bernardino Ramazzini et Giov.-Maria Lancisi.

    « On a remédié à ces inconvénients en recouvrant les cadavres d’une couche épaisse de chaux, d’abord ; puis, de toute la terre fournie par le creusement des fosses, tassée avec soin et disposée en tumuli, de 80 cm de haut et de côté, au-dessus du niveau du sol ; leur superficie a été ensemencée de ray-grass, d’avoine et de luzerne16. »

    14On creusa aussi des rigoles autour du champ d’abattage, pour qu’elles conduisent les eaux pluviales vers des fosses de désinfection.

    15La tentative d’incinération n’ayant pas convaincu, on tenta l’immersion. Malheureusement, tous les cadavres ne furent pas éventrés avant d’être jetés à la mer. Les corps ballonnés flottèrent. Vingt s’échouèrent sur les côtes de l’île d’Ouessant ; une trentaine d’autres sur la côte nord du département, disséminés jusqu’à Saint-Brieuc. Les chiens les mirent en pièces, lorsqu’on ne vint pas en prélever la peau, occasion supplémentaire de répandre la maladie, comme on le constata dans une étable de l’arrondissement de Morlaix17.

    16L’incertitude concernant la persistance du germe sur le champ de foire où l’on avait cantonné le bétail infecté donna lieu à quelques controverses entre Jean Reynal professeur d’Alfort et Léon Lafosse, de l’École vétérinaire de Toulouse, tous deux missionnés sur place. Le premier préférait le grattage et les lavages désinfectants du sol, tandis que le second conseillait d’y brûler des ajoncs, des fourrages et des pailles, restes des aliments destinés aux troupeaux. En mars 1871, au moment où écrivait le Dr Lhéritier, la question n’était pas réglée18.

    17Une fois de plus, la stabilité des idées au cours de la période envisagée ici se confirme lorsqu’il s’agit de la contagiosité des fosses. Interrogé en 1872 par le préfet, le vétérinaire départemental du Pas-de-Calais J. Viseur tient un discours conforme à celui du siècle précédent malgré des références à l’enseignement de Claude Bernard, dont il n’a retenu que la « pérennité des infusoires ».

    « Il est donc permis de croire que, dans les terrains argileux calcaires, des émanations, se dégageant des fosses où ont été enfouis des animaux atteints du typhus, peuvent assez longtemps après l’enfouissement faire renaître la maladie19. »

    18Pour mémoire, aucun texte ne prescrit de nos jours en France les modalités exactes de l’enfouissement lors d’épizootie. Faute de recourir à l’équarrissage qu’on doit préférer, elles sont à préciser par décret20. Selon l’ancien Code rural, dont les prescriptions rejoignent à ce sujet celles de Thomas Bates, on creuse à une profondeur suffisante pour que l’épaisseur de terre, au-dessus du cadavre, soit d’au moins 1,50 m. Les corps sont recouverts de toute la terre extraite pour ouvrir les fosses. Abdon Conte ajoute que le maire, qui décide seul du lieu de l’inhumation, doit éviter les pâtures, les prés de fauche, les endroits humides, le voisinage des cours d’eau, la proximité des habitations et des chemins. Les peaux sont tailladées, et, pour empêcher le détournement clandestin des viandes destinées à être enterrées, les cadavres sont arrosés de substances antiseptiques comme la chaux vive ou l’acide phénique21. En 1872, le même J. Viseur attire l’attention du préfet du Pas-de-Calais sur le prix élevé (18 francs les 100 kg) que propose l’industrie sucrière pour les os exhumés dont elle fait le noir animal servant à blanchir le sucre22. L’ensevelissement n’est donc acceptable que dans les cas où le transport des cadavres aux ateliers d’équarrissage serait jugé plus dangereux23.

    19On pourrait de nos jours s’interroger sur le devenir des fosses d’inhumation des nombreux bestiaux morts ou abattus lors d’épizooties historiques. L’os résistant presque indéfiniment dans le sol, il s’en trouve nécessairement une multitude enterrée et dont la localisation est perdue (Document 12).

    Document 12
    état des dépouilles de bovins enfouies depuis neuf ans selon Pieter Camper.
    Camper, « Examen d’un passage de l’instruction de Sa Majesté Prussienne de 1765, relativement à la décomposition des peaux des bêtes à cornes », œuvres de Pierre Camper qui ont pour objet l’Histoire naturelle, la Physiologie et l’Anatomie comparée, P., H.J. Jansen, A. Bertrand, an XI-1803, t. 3, p. 187-188.
    Ce jour là [le 25 août 1778] je me rendis chez M. N. Fontein, riche fermier du village de Ried, à une lieue de Franeker, pour être témoin de l’exhumation de plusieurs bêtes à cornes mortes de l’épizootie en 1769 et enterrées les unes à côté des autres avec leur peau, à sept pieds de profondeur sous terre. On avait d’abord couvert ces bêtes légèrement de paille et ensuite de terre, laquelle est ici argileuse. Après qu’on eût enlevé la terre avec précaution, nous trouvâmes une couche de paille, laquelle ne s’affaissa nullement, n’étant point du tout pourrie ; et dessous cette paille nous découvrîmes les squelettes entiers de ces bestiaux sans la moindre apparence de peau, de chair, de nerfs ou de cartilages, excepté beaucoup de graisse çà et là, sans peau cependant, mais dure et compacte ainsi que cela a lieu chez tous les animaux lorsque la chair tombe en dissolution.
    Je soulevai avec beaucoup de précaution les côtes, entre lesquelles il ne se présenta rien, si ce n’est du foin non décomposé dont l’animal avait rempli son estomac peu avant sa mort. Tout le reste, tant les parties tendres et cartilagineuses que le peau même ainsi que les poils, étaient décomposés de manière qu’on aurait dit que les bestiaux en avaient été dépouillés avant que d’être enterrés.

    20La profondeur des couches renfermant dans le sol les restes des animaux exclut toute découverte à l’occasion de labours ou de défrichements. Seuls des travaux de terrassement peuvent les ramener à la lumière, mais on doute que les ossements de bovins retiennent l’attention les entrepreneurs. Il ne viendrait à personne l’idée de déclarer un ancien charnier animal, à l’inverse du moindre reste humain qui exige de prévenir le maire et la police. Aussi, à moins d’une localisation fortuite sur un site de fouilles archéologiques, il reste peu probable qu’on étudie jamais les os de bovins enfouis lors des pestes bovines. À condition d’être datées, ces découvertes auraient pourtant un intérêt zootechnique évident car les mensurations osseuses suffiraient à indiquer l’âge et le type des animaux. On pourrait même – ceci n’est qu’une hypothèse – retrouver par amplification génomique la lignée du virus en cause conservé dans les dents. Les résultats aléatoires du procédé augurent mal cependant de ce genre de recherche.

    21Une fois les morts enterrés, que faire des malades et des contaminés ? Abattus, faut-il commercialiser leur viande ?

    Faut-il consommer la viande des bêtes malades ?

    22Il ne sera pas question ici des difficultés d’approvisionnement carné pendant les épizooties de peste bovine, dont le meilleur exemple, documenté par Reynald Abad, reste celui du Paris de l’Ancien Régime24. L’attention se concentrera sur l’aspect sanitaire.

    23La viande des malades fut, jusqu’à l’avènement de la microbiologie, acceptée par les uns et refusée par d’autres, indépendamment des idées contemporaines sur la contagion de l’animal à l’homme25 L’abstention ne faisait l’unanimité que pour les affections charbonneuses26 : à toute époque, abattre des animaux atteints de charbon (bactéridien ou symptomatique) et en débiter les carcasses fut criminel, tant les décès de bouchers et de consommateurs étaient fréquents. Le diagnostic incertain des charbons fut donc un argument majeur pour refuser en bloc les viandes malades.

    24Dès le XIIe siècle, un peu partout en Europe, la tradition voulait qu’on interdise en temps d’épizootie la consommation des produits carnés et laitiers27. Mais au XVIIe siècle les médecins de Padoue semblent avoir fait une exception pour une maladie qui ne touchait que les bovins. Consommer, selon eux, des animaux atteints d’une affection étrangère à l’homme ne pouvait avoir de conséquence néfaste, et si la disette l’exigeait, pourquoi les plus dégoûtés ne laisseraient-ils pas macérer la viande suspecte dans le sel et le vinaigre ? Car le véritable siège du mal se situait dans les viscères dont il suffisait de se débarrasser28. L’appréhension ne permit pas à ce procédé héroïque de se répandre. Pour finir, Bernardino Ramazzini laissait ses auditeurs prendre leur parti, s’attardant plus précisément sur le risque présentés par les viandes des porteurs asymptomatiques. L’année suivante, les États Pontificaux interdirent la consommation des malades autant que de celles des morts29 De fait, la chair des bovins infectés de peste bovine ne présente aucun danger pour l’homme, si ce n’est celui des infections surajoutées. Seule lui sera reprochée sa faible valeur nutritive et organoleptique30.

    25Les nombreuses infractions aux interdictions de consommer les cadavres de bovins pestiférés ne semblent pas avoir entraîné de catastrophes. En 1745,

    « les paysans profitèrent de l’avidité des citoyens nécessiteux pour en tirer un petit bénéfice, et l’on en consomma une assez grande quantité, non seulement dans ces provinces [les Provinces-Unies] mais également en Allemagne, où l’on témoignait néanmoins une grande aversion pour les animaux morts de l’épizootie, sans qu’il en soit résulté parmi le peuple aucune maladie qu’on puisse attribuer à l’usage de cette viande pestiférée31 ».

    26En 1775, le docteur Dufau comprenait que les arguments avancés par l’Avis au peuple32 contre l’usage des viandes malades ou mortes se rapportaient en réalité au charbon, et non à la peste des bœufs. Les accidents relevés l’année précédente en Guadeloupe où des esclaves avaient péri après avoir déterré et consommé des cadavres de bestiaux33, ceux de Salces34, en Bretagne35, n’avaient rien à voir avec la grande épizootie ceux de Josselin du Sud-Ouest (Document 13).

    Document 13
    La consommation des bestiaux pestiférés en 1775 : une réalité quotidienne.
    Censuré en 1775, le libelle du Dr Dufau ne parut que douze ans plus tard.
    M. D. D. M. [M. Dufau, Dr en Médecine], Lettres écrites à M. L ***., contenant des observations sur l’épizootie qui ravage les Provinces Méridionales de la France, [...], Genève, P., Delalain, Bordeaux, Bergeret, 1787, in-8°, XV-188 p., p. 21-23.
    Il était difficile de concilier ces faits avec ceux que nous avons constamment observés dans ce pays, où l’on n’a cessé de manger de la chair des bœufs malades, mourants, ou même morts de cette maladie, et depuis qu’il a été prohibé d’en débiter dans les boucheries publiques, on n’a pas cessé d’en tuer et d’en débiter secrètement en apparence, mais au su de la Police. Car comment six Juges de Police auraient-ils pu ignorer que les Hôpitaux dont ils sont les administrateurs, les communautés religieuses, les séminaires et les trois quarts des habitants de la ville, se nourrissaient de ces chairs ? Il est bien certain qu’on n’en débitait que de malades, ou de morts, ou mourants, qui se donnaient à très bon compte, tandis que les sains étaient sans prix ; aussi les chairs étaient-elles vendues moitié moins que de coutume, malgré les risques de la confiscation et de l’amende ; et ce qui en a fait continuer l’usage, même longtemps après que la mortalité avait cessé dans ce pays, c’est que les fraudeurs allaient acheter des bœufs dans ceux où elle régnait actuellement, où les peuples, désespérés de voir périr leurs bestiaux, les vendaient volontiers à très bas prix, et les acheteurs venaient les revendre parmi nous, où ils étaient assurés de faire de grands profits. [...]
    [On savait] qu’on en avait débité plusieurs, déjà malades, dans les boucheries publiques, avant la prohibition, et que personne n’en avait été incommodé ; [on savait] encore que dans la Basse Navarre et le pays de Labour, où la maladie avait pris naissance, et où, avant la publication de l’Arrêt du Conseil qui ordonne d’enterrer les bêtes entières avec leurs cuirs36, on les jetait à la voirie après les avoir écorchées, tous les bohémiens, les vagabonds et les mendiants, qui sont en grand nombre dans ce pays, se nourrissaient de ces chairs, et s’en étaient très bien trouvés.

    27En 1814-1816, à l’inverse de Louis-Furcy Grognier37, J.-B. Gohier38, comme Louis-Henri Hurtrel d’Arboval impressionné par le danger des viandes charbonneuses et par l’incertitude « de la ligne de démarcation » entre les deux maladies, se prononcent contre la consommation des animaux malades39. Mais les faits parlent d’eux-mêmes. Pendant le second blocus de Strasbourg40

    « [u]n millier de bœufs de la grande taille, malades la plupart au plus haut degré puisqu’un assez grand nombre ont été égorgés au moment où ils allaient expirer, ont été consommés avant ou après le blocus, et personne n’en a été incommodé41 ».

    28Les carcasses qui n’ont pu être distribuées sont passées au saloir, et la viande de conserve, pas plus que fraîche, n’occasionne d’accidents. Après les armées françaises, les troupes alliées stationnant dans le Bas-Rhin en 1816 doivent se nourrir de bêtes malades achetées et abattues par des commerçants juifs. Nul n’a vraiment à s’en plaindre, même si cette viande « a moins de saveur que celle d’un animal bien portant ; elle est fade, donne un bouillon douceâtre, faible et peu appétant42 ». Dans la capitale, malades et contaminés sont également livrés à la boucherie en 1815.

    « En général, dans la plupart des maladies graves, les possesseurs d’animaux malades, dont la chair est comestible, préfèrent de les vendre à les faire traiter, parce que le prix des drogues, à la dose où il faut les donner pour qu’elles produisent quelques effets, surpasse de beaucoup leurs facultés et quelquefois le prix des animaux43. »

    29La guerre de 1870-1871 a réuni les mêmes conditions. Après le siège de Paris, la population n’a consommé que de la viande malade, le troupeau de ravitaillement rassemblé à la hâte étant pleinement infecté. Il en a été de même, durant toute l’année 1871, dans plusieurs départements44.

    30Jean Reynal, s’opposant aux « esprits absolus qui ne tiennent pas compte des nécessités de premier ordre », encourage au colportage de la viande d’animaux suspects dans les secteurs infectés. Pour lui, le danger de propager le mal est réduit, à condition d’empêcher le contact de ces viandes avec les animaux vivants45. Lucide, il prévoit que le bétail qui jusqu’alors avait transporté la maladie en suivant les armées serait avantageusement remplacé par les conserves en boîtes, et que le corned-beef serait le meilleur atout pour prévenir le mal46.

    31La peste bovine n’était plus menaçante lorsque Victor Galtier, commenta la Loi du 21 juillet 1881, dont l’article 14 prohibait la consommation des animaux abattus pour cause de peste bovine – y compris des suspects –, interdiction motivée par le risque de disséminer la maladie. Mais il admettait après Jean Reynal que, si une épizootie venait à se reproduire, il serait utile d’y contrevenir comme par le passé. Vu l’innocuité de la chair des animaux atteints, la dérogation était, selon lui, souhaitable si l’épizootie englobait une étendue considérable de territoire. L’autorisation ne devait s’appliquer qu’aux animaux contaminés et aux bêtes dont les symptômes débuteraient. Ensuite, la maladie modifiait trop la viande qui deviendrait saigneuse, fiévreuse et inconsommable, sans compter le danger d’infections opportunistes. Des précautions strictes d’emballage empêcheraient de disperser la contagion par les viandes47.

    La peste bovine et le commerce des cuirs

    32Quand il n’était pas permis de vendre la viande des animaux morts de peste bovine, il était tentant de se dédommager un peu sur les cuirs, les cornes, les onglons et même le suif employé à des fins non alimentaires. La récupération de ces sous-produits « diminuait la perte au moins d’un quart48. »

    33Mais Giov.-Maria Lancisi demandait qu’on enterre les bêtes entières « sans en retirer un poil49 », et si Thomas Bates ne mentionnait pas le cuir, cela signifiait que le corps entier devait être brûlé ou enterré50. En France, durant la même épizootie, il fallut enfouir les cadavres avec leur peau51. Et le risque qu’on les déterre pour les dépouiller fit découper les corps par quartiers en 1745 avant de les jeter dans les fosses52.

    34Ces interdictions n’ayant aucune justification effective, il fallut quelques essais pour en établir le bien-fondé. En octobre 1747, le marquis de Courtivron expérimenta le premier la contamination par la peau fraîche.

    « [...] Je fis apporter [...] un cuir frais d’animal mort de la maladie le jour même, et ce cuir arriva au lieu où j’ai fait l’expérience le deuxième jour ; [...] le plus jeune des veaux but de l’eau qui avait séjourné longtemps sur un morceau de peau fraîche d’environ un pied carré ; cette dernière expérience sur la communication de la maladie par les cuirs avait déjà été tentée en 1745, mais je jugeai à propos de la répéter53. »

    35Le veau ne tomba pas malade.

    36Un essai de Pieter Camper fut plus démonstratif. L’inoculation de veaux à l’aide de languettes de peau le fixa sur la contagiosité des cuirs frais. « Nous fûmes fâchés, dit-il, de devoir conclure avec certitude que les peaux communiquent la contagion six jours, si ce n’est plus longtemps même, après la mort54. » Il fallait donc désinfecter les dépouilles des morts et des malades abattus avant de les livrer aux tanneurs.

    37Dans le Sud-Ouest, en septembre 1775, l’industrie des cuirs est réduite à néant par les interdictions qui frappent leur matière première.

    « L’importation des cuirs, autrefois si considérable, est réduite jusqu’à rien ; cette branche de commerce est passée entre les mains des Anglais qui enlèvent les peaux à Saint-Domingue, les travaillent et les distribuent dans toute l’Europe, les introduisant même furtivement en France ; les meilleurs ouvriers sont ruinés ou expatriés [...], les tanneries désertes ou démolies55 [...]. »

    38Félix Vicq d’Azyr, s’inspirant de Giov.-Maria Lancisi et sur l’avis d’un tanneur parisien, opte pour le passage des peaux à la chaux56. Selon l’instruction qu’il rédige, le tanneur doit traiter celles-ci au lieu même où il dépouille les cadavres, avant de les emporter avec lui57. Le Dr Dufau, toujours frondeur, jugera cette instruction inutilement difficile et onéreuse58.

    39En dehors des périodes d’épizootie demeure la question des importations à partir de pays infectés. Le ministère questionne Thomas-Eugène Renault à ce sujet en 1860. Bien que se fondant exclusivement sur des références bibliographiques, celui-ci répond avec raison qu’un tel commerce ne présente aucun danger59.

    40Outre la perte causée par la destruction des bovins, la maladie avait des conséquences indirectes.

    Des chevaux et des mulets pour remplacer la traction bovine

    « Et puisque les bœufs sont morts, [le campagnard] est contraint de leur substituer des chevaux, peu aptes aux semailles du blé60. »

    41Partout l’épizootie aurait dû reporter sur les chevaux, ânes et mulets le travail de traction lente accompli d’ordinaire par les vaches et les bœufs, que ce soient les labours, les transports terrestres de matériaux pondéreux ou le halage. On a pu croire que l’utilisation – bien documentée61 – des bovins pour les travaux agricoles dans le sud du royaume s’expliquait par la taille insuffisante des chevaux de ces régions62. Mais selon Jacques Mulliez, on employait ailleurs à la charrue des bidets toisant moins de 1,45 m, soit seuls en Lorraine, soit attelés en ligne avec des bœufs en Bretagne et dans le bocage normand. On n’avait en revanche jamais recours en agriculture aux petits chevaux de Navarre et des Landes63. Donc, en dessous de la Loire, les habitudes plus que le faible gabarit des chevaux justifiaient qu’ils ne participent pas à faire valoir les terres. Cas particulier enfin, dans le Sud-Est le mulet prédominait.

    42L’épizootie de 1714 ayant peu touché les pays où on labourait uniquement avec des bœufs, leur remplacement n’est évoqué que dans le Lyonnais.

    « [...] Pour prévenir l’abandon de toutes terres qui ne pourraient être cultivées depuis la mortalité des bœufs qui servent au labourage dans la généralité de Lyon, [on] a proposé d’y remédier au moins en partie en remplaçant les bœufs morts par de petits chevaux ou mulets, observant que de grands chevaux n’y pourraient pas subsister à cause de la rareté des fourrages64. »

    43En 1774-1775 la mortalité met les paysans du Sud-Ouest utilisateurs exclusifs de bœufs dans une situation critique. Turgot, prenant avis des responsables locaux, tente de trouver la solution la moins onéreuse.

    44Dès septembre 1774, l’intendant Étienne-Louis Journet propose de distribuer 40 000 à 50 000 livres aux particuliers privés d’animaux d’attelage pour leur permettre d’acheter des chevaux de labour. Turgot se contente d’accorder 30 000 livres à la généralité de Bayonne où, dans chaque communauté, un « homme intelligent » serait chargé des achats et de la répartition des animaux. Inapplicable, cette décision est rappelée en octobre à la demande d’Étienne-Louis Journet lui-même. Non seulement le partage des chevaux serait l’occasion de dissensions sans nombre, mais l’allocation s’avère insuffisante. Dans la subdélégation de Dax, dont les 166 communautés sont presque toutes éprouvées, rien que deux chevaux par communautés reviendraient à 83 000 livres, en admettant un prix de 250 livres par cheval65.

    45En novembre 1774, un Sieur Roux de la ville d’Agen propose de faire venir dans le pays les chevaux que la cavalerie réforme chaque année. Les agriculteurs auxquels on les aura livrés les paieront en deux ou trois termes, au moment des récoltes66. La suggestion n’aura pas de suite, car la cavalerie, en raison de l’étalement des règlements, ne pourrait les remplacer avant deux années, « ce qui ne pourrait se faire sans que le service des régiments en souffrît un grand préjudice67 ».

    46Une solution moyenne consiste à exempter de taxes les transactions sur les équidés. Les États de Béarn, après avoir sollicité en septembre 1774 l’autorisation d’emprunter 40 000 livres sur les fonds des ponts et chaussées pour acquérir des chevaux de labour, écrivent au Contrôle général le mois suivant afin d’obtenir une exemption de douane sur les chevaux entrant dans leur généralité. Turgot accède à ces deux demandes68. En Guyenne, un certain M. de Courrejoles, négociant à Bayonne, achète des mulets à Niort au mois d’octobre « pour subvenir aux besoins des laboureurs qui ont perdu leurs bestiaux ». Il est remboursé des droits perçus sur ces animaux, avec les félicitations du Contrôleur général69. L’intendant de Bordeaux suggère bientôt à ce dernier

    « [q]u’un soulagement sur les impositions serait très peu sensible et [il] donnerait à craindre que la culture des terres ne fût abandonnée. Le meilleur moyen de subvenir aux cultivateurs dans cette triste circonstance serait de leur donner des mulets pour labourer les terres, et il serait d’autant plus facile de s’en procurer que ces animaux abondent dans le Rouergue, la haute Auvergne et le Dauphiné. Mais pour se déterminer sur cet objet en connaissance de cause, il faudrait commencer par avoir les états et estimations des pertes faites par les différentes communautés70 ».

    47D’où l’idée, appliquée dans l’Arrêt du Conseil du 8 janvier 1775, de subventionner l’importation de mulets et de chevaux : jusqu’au 20 février, les ventes d’équidés propres à la charrue aux marchés de Libourne, Agen et Condom seront gratifiées de vingt-quatre livres par animal, et de trente livres aux marchés de Dax, Mont-de-Marsan, Auch, Bayonne, Orthez, Pau, Tarbes, Mirande, Saint-Sever71, Oléron72 à condition que l’importation ne se fasse pas à partir des régions infectées. Les animaux ayant fait l’objet d’une prime sont marqués d’un P afin d’éviter les fraudes. Du 20 mars au 20 avril, on ne paiera respectivement que dix et quinze livres73. L’année suivante, les dispositions seront renouvelées, avec comme dates limites les 1er février et 1er mars pour la première période, et pour la seconde les 1er mars et 1er avril74. En février 1776, lors de l’émigration du bétail sur la rive gauche de la Garonne, les moyens de traction manquent totalement dans les pays désertés de leurs bovins. L’indemnisation immédiate de la moitié de la valeur des bêtes enlevées est certes appréciable. Mais ici les gratifications accordées aux importateurs de chevaux et de mulets ne suffisent pas tant est grand le nombre de cultivateurs hors d’état de s’en procurer en raison de « la médiocrité de leur fortune ». Pour ces derniers, l’ordonnance ne prévoit rien. Elle se contente d’encourager les particuliers aisés à faire l’acquisition de chevaux et de mulets afin de les louer ou de labourer les terres à forfait. Plus étonnant encore, l’État compte sur la charité des propriétaires les plus opulents pour pallier une pénurie qu’il a lui-même instituée.

    « Ces secours [...] pourront leur être offerts [...] par des personnes bienfaisantes qui, d’après des exemples connus, achèteront des chevaux pour leur propre compte, et les emploieront à faire travailler [les terres] des pauvres habitants, à quoi nous exhortons les personnes considérables et aisées de la paroisse75. »

    48La maladresse excusable des paysans du Sud-Ouest à atteler et à mener les équidés s’oppose souvent à l’utilisation optimale de ces animaux. Sans doute les bourreliers, accoutumés à fournir les attelages bourgeois, proposent des harnais agricoles à prix excessifs, encourageant les solutions de fortune génératrices de blessures. Autant de conditions qui, ajoutées à la surexploitation, expliqueront l’usure prématurée des chevaux et des mulets, et le peu de services qu’ils rendront. L’hostilité des agriculteurs du Sud-Ouest vis-à-vis des équidés conduit même à dénigrer le fumier qu’ils fournissent, trop maigre par rapport à celui des bœufs76. Enfin, la taille et la force insuffisantes des chevaux de remplacement mettent en doute leur capacité à retourner la terre. Dans une réclamation, la communauté de Saint-Nicolas-de-la-Grave (Tarn-et-Garonne) prétend que

    « la nature [des terres], dure et pénible à la culture, ne permettra absolument point de travailler avec des mules, moins encore avec des chevaux : la quantité prodigieuse des ronces rampantes et de chiendent, et la qualité de nos terres prohibent tout autre labour que celui des bœufs77 ».

    49Le docteur Dufau, de Dax, qui amplifie à plaisir les griefs de la population, ne fait même pas état des facilités offertes pour se procurer chevaux et mulets. Il ne voit que les efforts inhumains de familles attelées à la charrue, tandis que crèvent à la tâche les chevaux malingres dans un pays aussi difficile.

    « L’habitant de ces contrées, actif et laborieux, [...] s’attela lui-même à la charrue, et les femmes s’y joignirent. Ceux qui avaient des chevaux les dressèrent au labourage ; mais que pouvaient tous ces efforts réunis ? L’homme, excédé par un travail qu’il savait conduire mais que la nature avait mis au-dessus de ses forces, se fatigua, s’épuisa inutilement et fut forcé par son impuissance à renoncer à des travaux qui étaient à peine commencés. Les chevaux, faibles et délicats, succombèrent sur une terre argileuse et grasse, coupée de collines et de vallons, et qui n’ouvrit jamais la fécondité de son sein qu’à la force et à la patience du bœuf78. »

    50À Mont-de-Marsan le mécontentement concerne la pénurie et le prix des fourrages de qualité qui s’opposent à l’utilisation des chevaux79. Toutes les raisons sont bonnes pour refuser une façon de travailler étrangère à la région, mais elles ne manquent pas de fondement comme le montre ce texte du siècle suivant, exempt de tout part pris.

    « [...] Dans un grand nombre de pays, dans le Midi spécialement, le bœuf fournit autant de journées de travail que le cheval, et l’on sait que précisément dans ces pays les races de chevaux sont légères, impropres à tirer de forts poids, et qu’on ne saurait, sans des dépenses extraordinaires, y entretenir les grosses races de chevaux de trait du nord de la France, tandis que les fortes races bovines y prospèrent merveilleusement80. »

    51Sous le Directoire, la dévastation du troupeau alsacien engage le ministre de la Guerre à vendre les chevaux de réforme de l’armée du Rhin et Moselle, au dépôt de Colmar. Beaucoup étant atteints de morve, cela ne fait qu’ajouter une maladie à l’autre, comme s’en explique le ministre lui-même.

    « Mais en vous annonçant avec joie cette mesure bienfaisante, je dois vous déclarer en même temps mes craintes sur les chevaux qui seront envoyés au dépôt de votre commune [Colmar] ; il peut s’en trouver de morveux, et la contagion de la morve peut être plus nuisible aux cultivateurs que l’envoi des chevaux de réforme ne leur serait avantageux [...]81. »

    52De fait, le remplacement des bœufs et des vaches de trait par des équidés n’a, pour des raisons chaque fois différentes, jamais donné satisfaction. Sans doute les éleveurs attendaient-ils davantage des indemnisations.

    L’indemnisation

    53Depuis le XVIIe siècle, les catastrophes naturelles faisaient l’objet d’un système d’allègements fiscaux ou de subventions qui commença à se structurer à la fin du règne de Louis XIV. Il se fondait sur une diminution de la taille82, l’abattement étant en principe proportionné aux dégâts constatés. À l’intérieur de la communauté, il revenait aux asséeurs, chargés d’ordinaire de répartir les prélèvements entre les contribuables, d’harmoniser cet allègement aux pertes de chacun. Les épizooties ne figuraient pas dans la liste des fléaux motivant une réduction des prélèvements : inondations, sécheresses, glissements de terrain et tremblements de terre. Mais autant par mansuétude que par intérêt – faute d’aider les paysans, le rapport de l’impôt risquait de s’effondrer des années suivantes – l’État consentait des diminutions lors des grandes mortalités de bestiaux, comme en Dauphiné où, au cours du second XVIIIe siècle, 8,1 % des dégrèvements accordés leur furent consacrés83.

    54Aussi était-il de bonne guerre pour une généralité atteinte d’adresser au roi une demande de réduction avant la fixation annuelle du brevet de la taille. En décembre 1774, le Parlement de Bordeaux demande pour la Province de Guyenne un secours concernant la mortalité bovine des trois derniers mois. Le 28 janvier 1775, deux arrêts du Conseil accordent pour l’année commencée les diminutions de taille suivantes : 50 000 livres sur celle des élections de Bordeaux, Périgueux, Sarlat, Agen et Condom ; 15 000 livres sur celle de l’élection de Lannes84. Mais si Sa Majesté est décidée à faire au mieux, en se faisant « rendre compte auparavant des dommages que chaque communauté aura éprouvés85 », les fonds manquent. Turgot avoue à regret « qu’il ne sera pas possible de dédommager tous les malheureux propriétaires de [la] généralité [de Gascogne] des pertes qu’ils auront pu faire86 ». Malgré ses réclamations, le Béarn a été écarté des largesses du trésor en raison de son abonnement fiscal.

    « Le Roi fit payer le tiers des bestiaux assommés depuis le 30 janvier 1775. Sa Majesté annonça qu’elle autoriserait un emprunt pour indemniser les propriétaires qui avaient perdu leurs bestiaux en 1774, et qu’elle accorderait des remises sur les impositions pour rembourser le capital et les arrérages. Les États acceptèrent ce bienfait avec reconnaissance, mais l’emprunt n’a pas eu lieu parce que les dépenses considérables occasionnées par les progrès de l’épizootie n’ont pas permis de charger les finances du Roi du remboursement qui avait été annoncé. Les États se réduisent à demander une indemnité du sixième seulement de la valeur des pertes faites en 177487. »

    55La perte de 1774 étant estimée environ à trois millions, le sixième représentait une allocation de 500 000 livres, à raison de 100 000 livres par an, à prélever sur les impositions de la province des cinq années à venir. Après un retard intentionnel, la requête des États de Béarn sera refusée.

    « Le Béarn et la Navarre sont des provinces abonnées, elles trouvent dans la modération de leurs impôts un soulagement réel qui leur fait supporter plus facilement les pertes qu’elles éprouvent88. »

    56Quant aux sommes allouées en janvier 1775 par le Premier Mémoire instructif – la valeur du tiers des bovins assommés – elles ne relèvent pas des indemnisations ordinaires : en fait il s’agit d’un achat. Personne, explique-t-on, ne pourrait prétendre, avec le meilleur des traitements, sauver plus d’un animal sur trois. Même si l’on présente le paiement comme un « pur acte de bienfaisance du roi89 », en droit, l’abattage des bœufs d’un particulier ne saurait être admis sans sa juste contrepartie : la valeur des bêtes susceptibles de guérir. Les sommes sont prises sur les fonds libres qui sont à la disposition des intendants et, en cas d’insuffisance, sur la recette générale90. Un raisonnement analogue justifie l’indemnisation totale du prix des contaminés abattus et des bovins déplacés suivant le Second Mémoire instructif. Leur bonne santé apparente exige de les payer entièrement. Pour autant, n’indemniser qu’à compter de 1775 désavantage les provinces touchées en 1774 comme le Labourd, la Navarre et le Béarn dont les protestations viennent d’être rappelées.

    57Malheureusement les indemnisations n’arrivent pas toujours à leurs destinataires. Les incidents qui déterminent le départ de l’intendant de Gascogne, Étienne-Louis Journet, sont de cet ordre. En octobre 1775, Turgot constate l’incapacité des préposés à payer les indemnités dans sa généralité. Ils ont absorbé à eux seuls la moitié de la dépense totale, malversation analogue à celle dont souffrirent en 1714 les fermiers d’Angleterre. L’intendant de Guyenne, plus habile, s’est contenté de donner des mandats sur les collecteurs des paroisses91. D’autres abus concernent les déclarations envoyées par les responsables locaux, tantôt complices, tantôt apitoyés, comme s’en indigne le Second Mémoire instructif92.

    58En 1777 dans le Béarn, une surestimation des animaux abattus amène à réviser les indemnisations accordées par Étienne-Louis Journet en 1775 autour de Pau, et à les considérer désormais comme une avance en partie remboursable. Les animaux assommés ont été payés au tiers de leur valeur, soit : vaches, 8 à 38 livres (très important écart qui suggère pour certaines un état physique déplorable) ; génisses, 6 à 11 livres ; veaux, 8 à 10 livres (mais souvent associés à leur mère, autour de 36 livres) ; bœufs, 26 à 36 livres ; fosses pour l’enfouissement de cadavres : simple, 2 livres 10 s. ; double, 5 livres. Un Arrêt du Conseil du 21 mars 1777 ordonne de récupérer auprès des bénéficiaires l’excédent consécutif aux appréciations exagérées. Les rôles de recouvrement annoncent une ré estimation expéditive. Rien n’est repris sur les paiements des bœufs et des veaux. Pour les vaches indemnisées la première fois à concurrence de 22 livres, la valeur retenue est de 18 livres ; pour les vaches dont le remboursement dépassait 22 livres, c’est ce prix seul qu’on retient. L’estimation de la fosse simple tombe à 2 livres, celle de la fosse double à 3 livres93.

    59Les gens de condition propriétaires de troupeaux bénéficient comme les autres de l’indemnisation d’abattage, mais ils sont en principe exclus des réductions sur la taille. Pour compenser leurs pertes de bétail, certains demandent une exemption de la capitation.

    « Le Sr Riquet, juge du Pays de Seignaux [Seignosse, Landes] vous demande par la requête ci-jointe, la décharge de sa capitation des années 1773, 1774 et 1775, montant ensemble à 151 livres suivant l’extrait des rôles joint à la requête. Le Sr Riquet fonde ses prétentions sur la perte qu’il a faite de 24 bœufs et de 60 vaches de l’épizootie [...]. [En marge :] État d’aisance. Avis à débouter94. »

    60Le comte de Marin, habitant la ville de Condom qui paie la taille réelle sur certains biens ruraux, essaie d’obtenir pour 1776

    « la décharge entière de ses tailles et vingtièmes en considération des pertes qu’il expose avoir souffertes tant sur ses bestiaux par l’épizootie que sur ses récoltes par la grêle, pendant l’année dernière95 ».

    61Dernier exemple, un Sieur Pomadère, ancien garde du Corps retiré près de Gabarret (Landes) demande que soient considérées les pertes que lui a causées l’épizootie : 23 bœufs, 45 vaches ou génisses, le tout estimé à 5206 livres.

    « [I]l habite la campagne et sur un bien qui exige beaucoup des bestiaux pour le travailler et le fertiliser ; ce bien en était abondamment pourvu avant les malheurs de l’épisootie [sic], et que la quantité de ces bestiaux suppléait même souvent par leur production naturelle aux mauvaises récoltes qui sont survenues depuis quelques années96. »

    62Il demande une indemnité du tiers de la valeur des animaux, et réussira à faire indemniser ses pertes de 1775, faveur exceptionnelle puisqu’on payait seulement pour les bêtes abattues.

    63Dans l’ensemble pourtant, les remboursements furent artificiellement diminués car les évaluations retenaient les prix antérieurs à la mortalité, tandis que la cote des bestiaux augmentait sans cesse.

    64Autre temps, autres possibilités financières, l’indemnité passa en 1866 aux trois quarts de la valeur des bovins97 – et des moutons désormais soumis aux abattages –, ce que confirma la Loi du 21 juillet 1881 en fixant une limite de 600 Francs par tête98.

    65Bien ou mal distribuées, les indemnisations ne représentent pas les seuls rapports de l’administration avec les agriculteurs.

    Réactions de la population

    66Sans doute était-il difficile d’imposer aux paysans l’exécution de mesures mal comprises, qui dérangeaient les habitudes et qui entravaient le commerce ou les travaux agricoles. Ainsi l’enfouissement décidé en 1714 n’était-il parfois suivi qu’en apparence, comme s’en indignait le procureur fiscal de Varzy (Nièvre) « où l’on se contente de traîner les bœufs dans un bois ou dans un champ voisin, et de jeter dessus quelques pelletées de terre [...]99 ». Faute d’en saisir l’importance, les campagnards se débarrassaient au plus vite et sans zèle des requêtes de l’administration.

    67À trois reprises, les attendus des arrêts du Conseil sont revenus sur la tendance des ruraux à résister aux règlements, surtout en vendant hâtivement leur bétail100. Car les responsables politiques et les experts reportaient volontiers sur l’ignorance paysanne les échecs de la lutte sanitaire, comme Turgot qui admettait mal que l’on critique ses décisions. Sans doute, les « propos indécents et dangereux101 » tenus en Gascogne en septembre 1775 – dont il faisait chercher les auteurs –, visaient-ils les mesures de lutte contre l’épizootie. Claude Bourgelat n’avait, de son côté, que de la méfiance vis-à-vis des propriétaires d’animaux, dont il déplorait, selon un commode lieu commun, le mauvais vouloir et l’obscurantisme (Document 14). Nos sensibilités se choquent de ces accusations réductrices, autant que de la détresse morale des propriétaires contraints d’assommer leurs bêtes et de les enterrer. On était loin du soutien psychologique proposé aux éleveurs dont il a fallu, il y a quelques années, abattre les troupeaux pour cause d’ESB.

    Document 14
    Claude Bourgelat justifie l’abattage par les obstacles qu’opposent les mentalités paysannes à appliquer les mesures moins expéditives. Sa condamnation des ruraux deviendra hélas un leitmotiv chez les vétérinaires du demi-siècle à venir.
    [Bourgelat], Mémoire sur les maladies contagieuses du bétail, Paris, Imprimerie royale, 1775, 32 p., p. 10-11.
    Parcourez les campagnes dans ces temps où la terreur y est généralement répandue et s’est emparée de tous les esprits au point d’en effacer jusqu’à la moindre trace de précautions que devrait suggérer un danger toujours pressant.
    Ici, des cultivateurs abattus ne doutent pas qu’ils ne soient frappés par la Main divine ; là, ceux-ci, non moins superstitieux qu’infortunés, attribuent le malheur dont ils sont menacés à des incarnations et à des charmes ; et les uns et les autres, convaincus que rien ne peut résister aux coups d’une Puissance surnaturelle, cherchent à diminuer la somme d’une perte qu’ils regardent comme inévitable en conduisant par des routes secrètes et inconnues non seulement les cuirs des cadavres, mais même les animaux pestiférés auxquels il reste encore assez de force pour être transplantés, et en les cédant à vil prix à de coupables mercenaires [...].
    Nous ne parlerons pas de mille autres préjugés à combattre, mais que n’a-t-on pas à redouter de la défiance ordinaire du paysan, de son peu d’attention à veiller sur ses bestiaux, dans l’incapacité qu’il est d’apercevoir, je ne dis pas l’instant de l’invasion, mais les progrès sensibles du mal avant l’évidence de la prompte destruction des malades, de l’opiniâtreté des refus qu’il fait de séparer les animaux sains, de nettoyer les étables, d’en écarter le fumier, d’y faciliter l’accès de l’air, de n’y pas amonceler une énorme quantité de bêtes, de tenir celles qui sont attaquées à la diète austère ordonnée, de les sevrer de toute pâture ordinaire, ainsi que de la boisson à prendre dans les abreuvoirs publics, etc., etc. Quelles suites funestes encore n’ont pas [sic] sa propension à les cacher et à les soustraire à l’examen des gens
    de l’art, dans la crainte que des services néanmoins purement gratuits ne lui deviennent onéreux ? L’imprudence qu’il a d’enterrer dans ses étables même des animaux morts, que des animaux sains foulent ensuite de leurs pieds ; sa maladresse, son ignorance et un défaut absolu d’action et de volonté dans l’administration des médicaments qu’on le charge de donner ; les suppressions, les additions meurtrières qu’il y fait de son propre mouvement, ou par les perfides conseils d’un tas de gens errants, avides et non moins aveugles que lui ; une foule d’écrits distribués et publiés par des hommes qui se mettent audacieusement en avant sans la moindre connaissance de la maladie et du danger ; des recettes différentes et sans nombre, accréditées pendant un temps par l’imbécillité, et heureusement tôt ou tard démenties et réduites à leur juste valeur par la fatale expérience de ceux qui ont eu la faiblesse d’y ajouter quelque foi [...].

    68Félix Vicq d’Azyr ne se préoccupait pas davantage de l’opinion publique lorsqu’il s’agissait de rapidité et d’efficacité.

    « La maladie une fois constatée, on commandera des paysans pour faire des fosses ; pendant que les uns seront occupés à tuer et à enterrer, les autres le seront à désinfecter les étables, afin de ne perdre aucun moment d’un temps aussi précieux.102 »

    69Même les hommes cultivés ne comprenaient pas tous la police sanitaire, ou ne s’y soumettaient-ils qu’avec réticence. Porte-parole ou non des éleveurs, le chevalier de La Fitte-Clavé rapporte d’un ton désapprobateur les faits et gestes de Félix Vicq d’Azyr dans sa paroisse du Condomois.

    « Un médecin arrive [Note manuscrite ancienne sur l’ex. de l’ENV d’Alfort : Vicq d’Azyr] ; il persuade qu’on ne doit point laisser sortir le bétail, même pour boire, et qu’il faut leur faire éviter surtout les grands chemins qui peuvent être infectés par le passage d’un chien. Il inocule103, mais sans succès. Il n’a pu empêcher l’épizootie de se propager, il n’est point parvenu à en connaître les causes ; aussi n’a-t-il point réussi à donner des remèdes capables d’arrêter ses fureurs, qui a dépeuplé d’animaux notre province104 [sic]. »

    70Comment savoir si les sentiments du même – à l’âme impressionnable et lecteur sans doute de Jean-Jacques Rousseau – étaient bien ceux des paysans ?

    « Les bêtes d’un autre voisin sont infectées ; il est absent ; toutes sont mises à mort ; à mesure que les fosses sont creusées on assommait la quantité de têtes qu’elles pouvaient contenir. Cette sanglante boucherie excita la plus grande consternation ; la désolation était extrême. Ce triste spectacle fit sur mon âme la plus vive impression105. »

    71L’attitude des responsables locaux s’avérait parfois délicate, et les édiles qui se rangèrent au côté des éleveurs contre l’administration n’eurent pas toujours à s’en féliciter. Un certain Dumartin, jurat de la paroisse de Lasque (Asques, près de St-André-de-Cubzac, Gironde) en donne l’exemple. Averti qu’un bœuf introduit en fraude est mourant chez un particulier, il suggère au contrevenant de fermer soigneusement la porte de sa grange et d’y enterrer le cadavre de l’animal sans en parler à personne. À l’évidence, la crainte d’une intervention des troupes, assortie d’abattages et d’une désinfection générale, lui a suggéré ce malencontreux conseil. Le subdélégué apprend la chose. Il envoie un sergent sur place pour faire paraître le jurat devant le commandant. Mais la population fait corps, s’interpose, et la situation s’envenime.

    « [...] Il s’assembla environ trente hommes, à la tête desquels était le maréchal expert, lequel, prenant fait et cause du jurat et du particulier frondeur, défia le sergent de faire marcher ledit jurat, lequel encouragé par la populace, défia aussi qu’on le fît marcher, et dit qu’on avait qu’à essayer106. »

    72Quelques jours après, les deux hommes sont incarcérés sur ordonnance de l’intendant. Le subdélégué peut revenir sur les lieux accompagné de soldats dont les méthodes musclées de désinfection doivent décourager toute récidive.

    « [...] Le 15 [février 1776], les soldats du Régiment de Foix étant arrivés chez ledit Duluc, firent assommer et enterrer le bœuf restant, que ledit sieur Subdélégué étant entré dans la grange, il fit enlever tout le fumier ; qu’ayant fait sonder l’endroit où ledit bœuf était enterré, il se trouva à cinq pieds de profondeur ; d’où il s’éleva des exhalaisons infectes, ce qui détermina à faire former sur toute l’étendue de la fosse une terrasse de dix pieds de hauteur ; il fit ensuite brûler environ vingt-cinq quintaux de fourrage qui étaient sur ladite grange et les auges qui avaient servi à abreuver lesdits bœufs ; il fit ensuite découvrir la grange, il fit brûler la paille dont elle était couverte et abattre toutes les paroirs [sic] qui fermaient ladite grange107. »

    73Ainsi, tant qu’on se garde d’approfondir la psychologie paysanne, la manière forte semble-t-elle préférable, sans songer à convaincre autrement la population du bien fondé des mesures réglementaires. Mais quelle que soit l’époque, l’attachement des agriculteurs pour leurs auxiliaires animaux est indiscutable, malgré d’évidentes objections : on sait que le laboureur qui envoie ses bœufs à l’échaudoir du bourg ou à l’abattoir de la grande ville ne les regarde pas s’éloigner avec grand regret, tout comme, à l’approche d’une contagion, ses sentiments entrent peu en ligne de compte. La crainte d’une perte sèche le pousse à vendre son troupeau à n’importe quel prix. De même les animaux ne sont pas tous l’objet d’investissement affectif, et l’on ne peut parler de déchirement lorsqu’il s’agit d’assommer des bovins demi-sauvages, lâchés la plupart du temps en liberté sur les terres incultes. En revanche, assister à l’abattage ou, pire, être contraint d’exécuter soi-même des bêtes dont la docilité et le travail ont fait des compagnons ne peut que choquer les susceptibilités. Les vaches que l’on trait, les bœufs que l’on attelle chaque jour portent des noms et sont des êtres familiers. Même si Bernardino Ramazzini verse dans l’hyperbole poétique en affirmant que les bovins sont, pour le peuple des campagnes, « plus chers encore peut-être que ses propres enfants » (§ 5), il n’est pas si loin de la réalité.

    74Pour en revenir aux méfiances vis-à-vis des médecins envoyés par le pouvoir, rien ne pouvait mieux les renforcer que l’échec des traitements, préservatifs, désinfections et autres abattages. Lorsqu’on en viendra aux remèdes populaires, on verra combien les éleveurs des environs de Paris furent excédés en 1715 par les inutiles essais thérapeutiques qu’ordonnait le gouvernement, et dont leur bétail faisait les frais. À toute nouvelle suggestion ils rétorquaient qu’ils n’en feraient qu’à leur tête108.

    75L’incapacité des professionnels à guérir n’avait d’ailleurs pas fini d’engendrer le scepticisme. En 1774, les paysans du Sud-Ouest, pleins d’espoir, s’empressèrent dans un premier temps d’apporter leur concours aux élèves vétérinaires.

    « [Mais] ayant vu l’inutilité de leurs pratiques, ils les ont totalement négligées, malgré les instructions et les exhortations qu’on n’a cessé de leur présenter ; ce qui les en a encore plus dégoûtés, lorsqu’ils ont été abandonnés par les Artistes [les vétérinaires] et livrés à leur seule industrie, c’est qu’ils les ont trouvées trop difficiles et trop compliquées. Il faut en effet bien peu connaître la misère, la grossièreté et l’ignorance du Paysan pour imaginer qu’il puisse pratiquer tous les moyens préservatifs recommandés par l’École vétérinaire, et par M. Vic d’Azyr109. »

    76Non seulement la médecine savante était vaine, étrangère aux mentalités rurales, mais ses procédés complexes accaparaient outre mesure le temps et l’énergie. Il faut lire les Observations sur les moyens que l’on peut employer pour préserver les animaux sains110 de Félix Vicq d’Azyr pour en apprécier la difficulté. Elles comptent trois recommandations concernant la boisson, quatre l’alimentation, trois le pansage, et deux le travail des bêtes. Que pourra encore faire dans sa journée le laboureur lorsqu’il aura préparé pour sa trentaine d’animaux l’eau de boisson nitrée, qu’il leur aura administré les lavements, donné les mélanges d’herbes fraîches et de foin, qu’il les aura frictionnés plusieurs fois après leur avoir lavé la bouche et le mufle au vinaigre ? S’il échappe au pensum de son étable pour atteler ses bœufs, ceux-ci ne sortiront pas « sans avoir les naseaux assujettis dans un petit panier d’osier frotté avec de l’huile de cade, qui n’est autre chose que de l’huile de genièvre111 ». Sans doute les conseillers des ministres n’ont-ils jamais côtoyé de paysans, comme Claude Bourgelat, ou n’ont-ils pas su les voir, comme Félix Vicq d’Azyr dans ses expéditions campagnardes. Plus près des éleveurs, de simples vétérinaires furent, eux, confrontés aux réalités et à la rude concurrence des maréchaux. Il leur fallut parfois tourner les règlements. François-Alexis Coquet, en février 1775, avait pour cela des excuses. Il se sentait bien seul dans l’élection d’Eu face à l’hostilité des propriétaires, même accompagné d’un cavalier de la maréchaussée.

    « Le consentement pour l’exécution de ces animaux malades devient de plus en plus difficile à arracher aux paysans. Vous n’en serez pas surpris, Monsieur, si je vous dis qu’il y a dans les environs des maréchaux et quelque autre charlatan qui ont en main la recette d’un préservatif envoyé, dit-on, de Paris, qu’ils vantent en assurant aux paysans que non seulement au moyen de ce remède ils préserveront toutes leurs vaches, et que celles qui, n’en ayant pas pris, seraient attaquées de l’épidémie, ils répondraient de leur guérison. D’après ces assurances réitérées et répandues généralement dans tout le canton, je vous laisse à penser quels sont les regrets des propriétaires des vaches tuées et quelles entraves cela va mettre à l’exécution des ordres du Roi. Cependant, Monsieur, quoique mes jours soient menacés par l’eau ou par le feu, vous pouvez compter sur mon exactitude et ma prudence à remplir les intentions de Sa Majesté [...]112. »

    77En contravention avec l’Arrêt du 18 décembre 1774, le vétérinaire normand accepta de traiter une bête qu’il gardait en observation, assurait-il, pour confirmer la nature de la maladie. L’intendant, qui ne s’y trompa pas, y coupa court113.

    78Dans leur ferme, les propriétaires se sentaient chez eux, et les moins patients pouvaient en venir aux mains avec l’autorité. Fin février 1775, le même vétérinaire accompagné du syndic se présenta chez le nommé Béquet à Pierrepont pour y examiner les vaches. La femme de Béquet lui refusa l’entrée de l’étable, et même d’en sortir les bêtes, de peur que le praticien ne leur communique « l’air contagieux qui occasionne la maladie ». Celui-ci s’en retourna et revint avec neuf soldats. Béquet, sans doute pour le motif allégué par sa femme, n’autorisa l’entrée qu’aux soldats et au syndic, assurant que ses bêtes n’étaient pas malades. François-Alexis Coquet finit par obtenir que le paysan sorte les animaux, mais pour ne pas aggraver la situation il les examina de loin tandis qu’il faisait maintenir. Béquet, furieux, par quatre soldats114. De fait, il s’agit moins d’une anecdote que d’un cas ordinaire. Dans son rapport annuel, le praticien confirmait les difficultés rencontrées dans ses visites sanitaires, et plus généralement l’hostilité de la population.

    « À peine pouvions nous entrer dans les fermes pour nous assurer non seulement de l’état des bêtes mais encore pour voir si elles y étaient en même nombre. Ce n’était le plus souvent que par la force militaire que nous pouvions y parvenir. Puisque de pareilles visites chez les cultivateurs les faisaient craindre au point de se révolter, comment se serait-on hasardé à approcher leurs bêtes pour les tâter, pour les examiner de près, comme il aurait été nécessaire et comme la plupart des auteurs le recommandent ? Il aurait donc fallu agir de force, ma vie n’étant pas déjà des plus assurées, mais elle l’aurait été encore moins si j’avais voulu en agir ainsi115. »

    79Ce qui surtout suscite la colère des éleveurs est de perdre une chance de sauver quelques animaux qui, immunisés, permettront au troupeau de renaître sans crainte des recontaminations, ou tout au moins de s’en défaire avec avantage, car, guéris, ils pourront valoir jusqu’à six fois plus116. En témoigne une lettre de l’élève Desbats à Claude Bourgelat, du 16 janvier 1776, qui rapporte près d’Amiens un durcissement des résistances à la police sanitaire après les premières guérisons spontanées.

    « La plupart des personnes chez qui je suis obligé de faire exécuter les arrêts du Conseil voudraient me voir périr, et je ne trouve ma sûreté qu’avec les dragons dont je suis constamment accompagné [...]. Le commencement de mes expéditions m’a été moins redoutable, car, l’épizootie faisant de grands ravages, les particuliers trouvaient leur profit en me venant chercher parce qu’ils étaient remboursés du tiers de leurs bestiaux [...]. Mais l’exemple de quelques laboureurs qui ont essuyé la maladie avant l’arrivée des élèves, et dans le pays d’Artois limitrophe où je fais ma tournée, me fait trouver plus de résistance qu’à mon arrivée parce que les laboureurs [...] ont réchappé l’un la moitié et l’autre le tiers de leur bétail, et ils regardent peut-être malheureusement et assez mal à propos les vaches guéries comme exemptes de la contagion, ce qui augmente beaucoup leur valeur [...]117. »

    80Il semble normal dans ces conditions que la déclaration de la maladie au subdélégué – obligatoire depuis l’Arrêt du Conseil du 24 mars 1745 – tarde à se faire lorsque un foyer de contagion s’allume sur la rive gauche de l’Yères en 1774118. En étudiant cette épizootie, Loïc Lebeslour a relevé avec précision les étables atteintes et le temps qu’elles le sont restées, données complètes et parfaitement utilisables malgré la modestie des chiffres. Dans les enquêtes épidémiologiques sur les animaux de rente, on considère de nos jours le nombre d’exploitations ou de troupeaux infectés de préférence à celui des animaux malades. Le relevé mensuel des étables atteintes, du 10 décembre 1774 au 29 avril 1775, couvre la totalité de cette petite épizootie. Il devrait se répartir, comme tout phénomène contagieux dans un effectif, selon une courbe de distribution normale (courbe de Gauss) (fig. 26). En fait, il manque à cette répartition sa portion ascendante, dont l’existence ne peut être mise en doute, période pendant laquelle les cas ont forcément été dissimulés. En décembre, la maladie, prenant une tournure inquiétante, finit par motiver une intervention de police sanitaire qui se solda en deux mois par la chute progressive du nombre d’exploitations infectées.

    Image

    Figure 26. Histogramme de la répartition des étables infectées de décembre 1774 à avril 1775 autour de Cuverville-sur-Yères, fournie par les archives de Seine-Maritime, suivant les données de Loïc Lebeslour, Épizooties en Haute-Normandie au XVIIIe siècle, 2002.
    En noir, répartition documentée à partir de décembre.
    En gris, répartition probable et occultée d’août à novembre 1774.

    81À l’inverse de la dissimulation, on pouvait déclarer des animaux atteints d’autres maladies afin de profiter de l’indemnisation, ou faire surestimer la valeur des bêtes. La complicité d’un expert ou d’un agent de l’autorité était pour cela nécessaire, de même que pour obtenir le paiement de bêtes mortes avant la déclaration. Ainsi Turgot se récrie-t-il en novembre 1775 contre les abus dont le paiement au tiers a été l’objet, et contre

    « un esprit de mollesse et d’indulgence parmi ceux qui étaient chargés de l’exécution du plan adopté [...] et qui, par une commisération mal entendue, ont fermé les yeux sur tous les moyens que l’on prenait pour éluder la loi119 ».

    82En définitive, au moins sous l’Ancien Régime, la population n’a guère eu à se féliciter de l’action de l’État, malgré les efforts financiers parfois consentis, comme ce fut le cas sous Louis XVI. De sorte que le traitement, interdit en principe, n’a jamais cessé de tenter les propriétaires. Quant aux médecins et aux vétérinaires, tous espéraient plus ou moins ouvertement trouver le remède miracle, suprême satisfaction personnelle ou espoir de revenus.

    Notes de bas de page

    1 Empan : distance entre les extrémités du pouce et du petit doigt écartées au maximum : 22,9 cm. Dix empans : 2.30 m.

    2 Douze empans : 2,75 m.

    3 Editto sopra le denunzie da darsi degl’animali morti, e sopra la maniera di seppelirli du 30 septembre 1713, inLancisi, 1739, p. 27.

    4 La décomposition soustrait environ 60 % au volume du cadavre sous forme de liquides.

    5 Lancisi, 1739, t. 1, p. 63.

    6 Bates, 1717, p. 881.

    7 La répression en Prusse semble avoir été rigoureuse. En 1716, une ordonnance de Frédéric-Guillaume Ier prévoyait la pendaison après flagellation pour ceux qui n’auraient pas déclaré la maladie. Blancou, 1994, p. 24, selon : W. Törner, « Eine veterinärpolizeiliche Verordnung, Friedrich Wilhelm I. von Preussen aus dem Jahre 1716 zur Bekämpfung des ‚ Sterbens unter dem Horn-Viehe’ » Tierärztl. Rdsch., 1927, t. 33, p. 345-346.

    8 Lhéritier, 1871, p. 38.

    9 Conte, 1895, p. 52-59.

    10 Vicq d’Azyr, 1776, p. 97.

    11 Cadéac, 1896, t. 2, p. 87, en note.

    12 Arrêt du Conseil du 16 juillet 1784, article VI.

    13 Parent-Duchâtelet, 1833.

    14 Mobile : soldat de la Garde nationale mobile.

    15 Lhéritier, 1871, p. 36.

    16 Ibid.

    17 Ibid., p. 37. À Clides [sic], probablement une faute typographique.

    18 Ibid., p. 38-39.

    19 Viseur, 1872, p. 390.

    20 Code rural, 2003, Art. L. 226-6. Sur l’équarrissage : Art. L. 226-1 à 226-10.

    21 Ancien Code rural, Art. 4, R, selon Conte, 1895, p. 42-44.

    22 Viseur, 1872, p. 391.

    23 Conte, 1895, p. 46.

    24 Abad, 2002, p. 349-369.

    25 Le contact des viandes bovines pesteuses peut contaminer les bovins vivants, si l’occasion – certainement rare – s’en présente. Pieter Camper l’a prouvé le premier. L’inoculation qu’il a pratiquée sur quatre veaux avec la viande d’une vache morte de la maladie les a tués tous les quatre. « La chair n’est donc pas moins contagieuse après la mort. » Camper, [1770], 1803, t. 3, p. 173,

    26 Sur les charbons, Vallat, 2001, p. 90-92.

    27 Ramazzini, 1712, § 17 ; Ferrières, 2002, p. 17-66.

    28 Ramazzini, ibid., § 18.

    29 “Bando da osservarsi da’Macellari nel vendere la carni de’bovi, vaccine, vitelle, e bufale” 26 octobre 1713, in : Lancisi, Opera varia..., 1739, t. 1, p. 30.

    30 Coze, 1817.

    31 Camper, [1770] 1803, p. 127.

    32 M.D.D.M. Dufau, 1787, p. 20-21 ; Montigny, Avis au peuple..., 1775.

    33 « Relation de quelques accidens extraordinaires, observés à la Guadeloupe, sur les Nègres du quartier de la Capesterre, à la suite de l’usage qu’ils ont fait de la chair des animaux morts d’une maladie épizootique, par M. Bertin, correspondant de l’Académie royale de Chirurgie », Montigny, 1775, p. 49-70.

    34 « Observations de quelques exemples de maladies putrides et gangréneuses, avec des anthrax, communiquées aux hommes par les animaux. Extrait d’une lettre du Curé de Salces en Gévaudan, diocèse de Mende, à M. L’Hermet, greffier du diocèse, écrite le 20 décembre 1774 », ibid., p. 38-39.

    35 « Relation de quelques accidens observés en Bretagne en 1774 par M. Lores, Maître en chirurgie à Josselin, près de Ploërmel, communiquée par M. de Fourcroy », ibid., p. 40-48.

    36 Arrêt du Conseil du 18 décembre 1774, article 3.

    37 Grognier, Rapport sur l’épizootie régnante, 1814.

    38 Gohier, Mémoire sur la maladie épizootique..., 1814.

    39 Heurtrel (sic) d’Arboval, 1816 ; Hurtrel d’Arboval, « Épizootie », Dict., t. 1, 1826, p. 557. Cet auteur associait charbons et peste bovine sous la dénomination de typhus. Voir aussi Coze, 1817.

    40 Suite à un premier siège (2 janvier-13 avril 1814), Strasbourg, en subit un second, pendant les Cent jours, du 26 juin au 4 septembre 1815, après que l’armée du Rhin s’y fut repliée.

    41 Coze, 1817 ; Coze, Doyen de la Faculté de Médecine de Strasbourg, membre du Conseil de défense pendant le blocus, Section hôpitaux, « Mémoire [...] adressé à la Société d’Agriculture de Boulogne le 2 juin 1816 », in : Reynal, 1873, p. 359-363, p. 362.

    42 Ibid. p. 361.

    43 Huzard, 1815, p. 8.

    44 Reynal, 1873, p. 363.

    45 Ibid., p. 366-367.

    46 Ibid., p. 365-366.

    47 Galtier, 1885, p. 193-194.

    48 M.D.D.M. Dufau, 1787, p. V.

    49 Lancisi, 1718, VIII.

    50 Bates, 1717, p. 784.

    51 Arrêt du Conseil du 10 avril 1714.

    52 Arrêt de la Cour du Parlement du 25 mars 1745, Document 8.

    53 Courtivron, 1752, p. 327-328. Il est fait ici allusion aux premiers essais de juillet 1745 qui consistèrent à revêtir deux vaches des dépouilles de bovins récemment morts de la maladie. Ces bêtes ne présentèrent aucun symptôme (Mém. Ac. royale des Sc., 1745, p. 3, reproduit inDelafond, 1838, p. 390-393). La méthode fut reprise, sans plus de succès, par Félix Vicq d’Azyr (Vicq d’Azyr, 1776, p. 102-103, no 1).

    54 Camper, [1770] 1803, t. 3, p. 172-173.

    55 Lettre des directeurs du commerce de la province de Guyenne, 19 août 1775, Arch. départ. de Gironde, C 74 ; Foncin, 1877, p. 318.

    56 « À plus forte raison les cuirs passés à la chaux ne communiquent pas [la maladie]. Les bestiaux qui ont servi à ces expériences, faites sous les yeux et par les ordres de M. le Baron de Cadignan près l’Eitoure [Lectoure], jouissent encore de la meilleure santé. » Vicq d’Azyr, 1776, p. 103, no 2.

    57 Vicq d’Azyr, Instruction sur la maniere de désinfecter les cuirs..., 1775 ; id. in : Vicq d’Azyr, 1776, p. 564-569.

    58 M.D.D.M. Dufau, 1787, p. XII, et 8e et 9e Lettres.

    59 Renault, 1860.

    60 Ramazzini, 1712, § 5.

    61 Carte des animaux de labour au XVIIIe siècle in : Moriceau, 2005, p. 112. La répartition diffère peu de celle qui résulte de l’enquête de 1862 (Spindler, 1997, p. 62). Selon l’enquête de l’an III, tous genres de chevaux confondus, la France du nord est largement majoritaire, avec, de la Bretagne aux Flandres, de la Champagne à l’Alsace septentrionale, la plupart des départements dont les effectifs sont supérieurs à 10 000 chevaux, et tous ceux qui dépassent 30 000 (Roche, 2007, p. 37).

    62 On considère actuellement comme poneys tous les chevaux mesurant moins de 1,47 m au garrot, hormis ceux de race pur-sang arabe.

    63 Mulliez, 2007, p. 60-61.

    64 14 août 1714, Arch. nat., G7 1667, f° 25.

    65 Dronne, 1965, p. 162-163, selon Arch. départ. des Pyrénées-Atlantiques, C 286.

    66 Lettre au comte de Muy, 2 novembre 1774, Arch. nat. F12 151.

    67 Id., 15 janvier 1775, ibid.

    68 Dronne, 1965, p. 163, selon : Gustav Schelle, Œuvres de Turgot, P., Alcan, 1913-1923, 5 vol. , t. IV, p. 244.

    69 Lettre du 6 décembre 1774, Arch. nat. F12 151.

    70 Lettre du 30 décembre 1774 à C. Esmangard, ibid.

    71 Département des Landes.

    72 Oloron-Sainte-Marie, Pyrénées-Atlantiques.

    73 Arrêt du Conseil du 8 janvier 1775.

    74 Arrêt du Conseil du 29 octobre 1775.

    75 Ordonnance du 14 février 1776, XII.

    76 Arch. départ. des Pyrénées-Atlantiques, C 288, lettre au roi du 30 juillet 1775, communiquée par Pascale Gramain ; Gramain, 2005.

    77 Lettre de Turgot à Esmangart, 10 janvier 1775, Arch. départ. de Gironde, C 68 ; Cavrot, 1999, p. 112.

    78 M.D.D.M., 1787, p. 33.

    79 Lettre de Cist à de Clugny, 29 mars 1776, Arch. départ. de Gironde, C 1553 ; Cavrot, ibid.

    80 Dampierre, E. de –, 1859, p. 13.

    81 Arch. nat. F10 1458; Bidault, 1905, p. 615.

    82 « Les tailles sont un impôt de répartition et non de quotité. Leur montant est arrêté au Conseil et réparti ensuite par unité géographique, selon une échelle décroissante. À chaque niveau existe une responsabilité collective de l’impôt : si le recouvrement est insuffisant sur une partie, le manque à gagner retombe sur l’autre partie. Au niveau de la paroisse ce système collectif de recouvrement se traduit par des coercitions exercées sur l’ensemble des habitants d’un village redevable, sans distinction de ceux qui ont ou non déjà payé leur part. Ce procédé d’exigence s’appelle la contrainte solidaire [...]. » (Bercé, 1991, p. 120.) Au XVIIIe siècle, diverses dispositions rapprochèrent la taille « personnelle » de la taille « réelle » laquelle était établie sur les biens indépendamment du statut des personnes. Dans ce cas, l’impôt correspondant au revenu d’une terre était payé dans la localité même. En revanche la taille « personnelle », qui pesait sur les particuliers taillables et résidant sur place, devenait injuste si un propriétaire domicilié ailleurs détournait les revenus de la terre vers un autre centre de fiscalisation. Les communautés avaient alors intérêt à demander que les mandements tiennent compte des enrôlements et des désenrôlements.

    83 Favier, 2005, p. 221. Ce chiffre concerne toutes les épizooties, et pas seulement la peste bovine.

    84 Lettre d’Esmangart à Ormesson, 11 février 1775, Arch. départ. de Gironde, C 68.

    85 Lettre de Turgot au Garde des Sceaux, 28 décembre 1774, Arch. nat., F12 151.

    86 Ibid., 1er janvier 1775.

    87 Arch. nat., H1 1156, f° 25, lettre des Syndics généraux des États de Béarn, du 29 avril 1777, à M. Ménard de Cornichard.

    88 Arch. nat., H1 1156.

    89 Vicq d’Azyr, 1776, p. 636.

    90 Ibid.

    91 Arch. nat., F12 151, 28 septembre, 6 et 27 octobre 1775.

    92 Ibid., 1er novembre 1775.

    93 « Affaire Daillot, remboursement d’avance pour l’épizootie », Arch. nat., H1 1156.

    94 Lettre de M. Lafargue à M. de Clugny, Dax, 30 décembre 1776, Arch. départ. de Gironde, C 85.

    95 Arch. départ. de Gironde, C 85.

    96 Arch. départ. de Gironde, C 71.

    97 Article unique de la Loi du 30 juin 1866.

    98 Article 17, in : Conte, 1895, p. 180.

    99 Arch. nat., G7 1667, f° 47. En 1796, en Moselle, c’est dans les rivières qu’on jetait les vaches mortes. « Extrait des registres des délibérations de l’administration centrale du département de Moselle, séance du 6 fructidor an IV », Arrêts et ordonnances, 1746-1816, no 56.

    100 Arrêts du Conseil du 19 juillet 1746, du 31 janvier 1771 et du 16 juillet 1784.

    101 Lettre de Turgot à Journet, 28 septembre 1775, Arch. nat. F12 151.

    102 « Instruction sur la manière de désinfecter une paroisse », in : Vicq d’Azyr, 1776, p. 559.

    103 Sur l’inoculation, cf. infra chapitre VIII.

    104 La Fitte Clavé, 1775, p. 5.

    105 Ibid., p. 2.

    106 Dronne, 1965, p. 196-197. Arch. départ. de Gironde, C 1552.

    107 Ordonnance de l’Intendant (Jean-Étienne-Bernard de Clugny) du 28 février 1775, Arch. départ. de Gironde, C 1552.

    108 Arch. nat., G7 1667.

    109 M.D.D.M. Dufau, 1787, p. 13.

    110 Du 10 décembre 1774, in : Vicqd’Azyr, 1776, p. 512-549.

    111 Ibid., p. 518.

    112 Lettre de Coquet à F. Vicq d’Azyr, du 17 février 1775, Ac. de Médecine, SRM 139 dr 4 (18).

    113 À Grandcamp, 23 février 1775, in : Lebeslour, 2002, p. 90.

    114 Ibid., p. 104.

    115 « Observations importantes sur la maladie épizootique des bêtes à cornes qui a régné l’année 1775 dans le Comté d’Eu » in : Lebeslour, 2002, p. 146-152, p. 149.

    116 « [...] En Bresse, dans le Mâconnais et dans le Bugey, l’on pensait que les bestiaux qui avaient échappé à la maladie après l’éruption extérieure [...] se trouvaient ensuite hors [d’atteinte]. Sur cette opinion, il y a tel animal qui a été vendu entre deux et trois cents livres, c’est-à-dire, vu les lieux, plus de six fois sa valeur dans les temps ordinaires. » Courtivron, 1752, p. 337-338.

    117 Arch. départ. de la Somme, C 70, cité par Dronne, 1965, p. 186.

    118 À Pierrepont, Bettencourt, Grandcourt, les Ifs, Maisoncelle, Mélincamp, Avesnes-en-Val, Cuverville, Auqueménil. Lebeslour, 2002.

    119 Second mémoire instructif, novembre 1775, p. 643-644.

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    1 Empan : distance entre les extrémités du pouce et du petit doigt écartées au maximum : 22,9 cm. Dix empans : 2.30 m.

    2 Douze empans : 2,75 m.

    3 Editto sopra le denunzie da darsi degl’animali morti, e sopra la maniera di seppelirli du 30 septembre 1713, inLancisi, 1739, p. 27.

    4 La décomposition soustrait environ 60 % au volume du cadavre sous forme de liquides.

    5 Lancisi, 1739, t. 1, p. 63.

    6 Bates, 1717, p. 881.

    7 La répression en Prusse semble avoir été rigoureuse. En 1716, une ordonnance de Frédéric-Guillaume Ier prévoyait la pendaison après flagellation pour ceux qui n’auraient pas déclaré la maladie. Blancou, 1994, p. 24, selon : W. Törner, « Eine veterinärpolizeiliche Verordnung, Friedrich Wilhelm I. von Preussen aus dem Jahre 1716 zur Bekämpfung des ‚ Sterbens unter dem Horn-Viehe’ » Tierärztl. Rdsch., 1927, t. 33, p. 345-346.

    8 Lhéritier, 1871, p. 38.

    9 Conte, 1895, p. 52-59.

    10 Vicq d’Azyr, 1776, p. 97.

    11 Cadéac, 1896, t. 2, p. 87, en note.

    12 Arrêt du Conseil du 16 juillet 1784, article VI.

    13 Parent-Duchâtelet, 1833.

    14 Mobile : soldat de la Garde nationale mobile.

    15 Lhéritier, 1871, p. 36.

    16 Ibid.

    17 Ibid., p. 37. À Clides [sic], probablement une faute typographique.

    18 Ibid., p. 38-39.

    19 Viseur, 1872, p. 390.

    20 Code rural, 2003, Art. L. 226-6. Sur l’équarrissage : Art. L. 226-1 à 226-10.

    21 Ancien Code rural, Art. 4, R, selon Conte, 1895, p. 42-44.

    22 Viseur, 1872, p. 391.

    23 Conte, 1895, p. 46.

    24 Abad, 2002, p. 349-369.

    25 Le contact des viandes bovines pesteuses peut contaminer les bovins vivants, si l’occasion – certainement rare – s’en présente. Pieter Camper l’a prouvé le premier. L’inoculation qu’il a pratiquée sur quatre veaux avec la viande d’une vache morte de la maladie les a tués tous les quatre. « La chair n’est donc pas moins contagieuse après la mort. » Camper, [1770], 1803, t. 3, p. 173,

    26 Sur les charbons, Vallat, 2001, p. 90-92.

    27 Ramazzini, 1712, § 17 ; Ferrières, 2002, p. 17-66.

    28 Ramazzini, ibid., § 18.

    29 “Bando da osservarsi da’Macellari nel vendere la carni de’bovi, vaccine, vitelle, e bufale” 26 octobre 1713, in : Lancisi, Opera varia..., 1739, t. 1, p. 30.

    30 Coze, 1817.

    31 Camper, [1770] 1803, p. 127.

    32 M.D.D.M. Dufau, 1787, p. 20-21 ; Montigny, Avis au peuple..., 1775.

    33 « Relation de quelques accidens extraordinaires, observés à la Guadeloupe, sur les Nègres du quartier de la Capesterre, à la suite de l’usage qu’ils ont fait de la chair des animaux morts d’une maladie épizootique, par M. Bertin, correspondant de l’Académie royale de Chirurgie », Montigny, 1775, p. 49-70.

    34 « Observations de quelques exemples de maladies putrides et gangréneuses, avec des anthrax, communiquées aux hommes par les animaux. Extrait d’une lettre du Curé de Salces en Gévaudan, diocèse de Mende, à M. L’Hermet, greffier du diocèse, écrite le 20 décembre 1774 », ibid., p. 38-39.

    35 « Relation de quelques accidens observés en Bretagne en 1774 par M. Lores, Maître en chirurgie à Josselin, près de Ploërmel, communiquée par M. de Fourcroy », ibid., p. 40-48.

    36 Arrêt du Conseil du 18 décembre 1774, article 3.

    37 Grognier, Rapport sur l’épizootie régnante, 1814.

    38 Gohier, Mémoire sur la maladie épizootique..., 1814.

    39 Heurtrel (sic) d’Arboval, 1816 ; Hurtrel d’Arboval, « Épizootie », Dict., t. 1, 1826, p. 557. Cet auteur associait charbons et peste bovine sous la dénomination de typhus. Voir aussi Coze, 1817.

    40 Suite à un premier siège (2 janvier-13 avril 1814), Strasbourg, en subit un second, pendant les Cent jours, du 26 juin au 4 septembre 1815, après que l’armée du Rhin s’y fut repliée.

    41 Coze, 1817 ; Coze, Doyen de la Faculté de Médecine de Strasbourg, membre du Conseil de défense pendant le blocus, Section hôpitaux, « Mémoire [...] adressé à la Société d’Agriculture de Boulogne le 2 juin 1816 », in : Reynal, 1873, p. 359-363, p. 362.

    42 Ibid. p. 361.

    43 Huzard, 1815, p. 8.

    44 Reynal, 1873, p. 363.

    45 Ibid., p. 366-367.

    46 Ibid., p. 365-366.

    47 Galtier, 1885, p. 193-194.

    48 M.D.D.M. Dufau, 1787, p. V.

    49 Lancisi, 1718, VIII.

    50 Bates, 1717, p. 784.

    51 Arrêt du Conseil du 10 avril 1714.

    52 Arrêt de la Cour du Parlement du 25 mars 1745, Document 8.

    53 Courtivron, 1752, p. 327-328. Il est fait ici allusion aux premiers essais de juillet 1745 qui consistèrent à revêtir deux vaches des dépouilles de bovins récemment morts de la maladie. Ces bêtes ne présentèrent aucun symptôme (Mém. Ac. royale des Sc., 1745, p. 3, reproduit inDelafond, 1838, p. 390-393). La méthode fut reprise, sans plus de succès, par Félix Vicq d’Azyr (Vicq d’Azyr, 1776, p. 102-103, no 1).

    54 Camper, [1770] 1803, t. 3, p. 172-173.

    55 Lettre des directeurs du commerce de la province de Guyenne, 19 août 1775, Arch. départ. de Gironde, C 74 ; Foncin, 1877, p. 318.

    56 « À plus forte raison les cuirs passés à la chaux ne communiquent pas [la maladie]. Les bestiaux qui ont servi à ces expériences, faites sous les yeux et par les ordres de M. le Baron de Cadignan près l’Eitoure [Lectoure], jouissent encore de la meilleure santé. » Vicq d’Azyr, 1776, p. 103, no 2.

    57 Vicq d’Azyr, Instruction sur la maniere de désinfecter les cuirs..., 1775 ; id. in : Vicq d’Azyr, 1776, p. 564-569.

    58 M.D.D.M. Dufau, 1787, p. XII, et 8e et 9e Lettres.

    59 Renault, 1860.

    60 Ramazzini, 1712, § 5.

    61 Carte des animaux de labour au XVIIIe siècle in : Moriceau, 2005, p. 112. La répartition diffère peu de celle qui résulte de l’enquête de 1862 (Spindler, 1997, p. 62). Selon l’enquête de l’an III, tous genres de chevaux confondus, la France du nord est largement majoritaire, avec, de la Bretagne aux Flandres, de la Champagne à l’Alsace septentrionale, la plupart des départements dont les effectifs sont supérieurs à 10 000 chevaux, et tous ceux qui dépassent 30 000 (Roche, 2007, p. 37).

    62 On considère actuellement comme poneys tous les chevaux mesurant moins de 1,47 m au garrot, hormis ceux de race pur-sang arabe.

    63 Mulliez, 2007, p. 60-61.

    64 14 août 1714, Arch. nat., G7 1667, f° 25.

    65 Dronne, 1965, p. 162-163, selon Arch. départ. des Pyrénées-Atlantiques, C 286.

    66 Lettre au comte de Muy, 2 novembre 1774, Arch. nat. F12 151.

    67 Id., 15 janvier 1775, ibid.

    68 Dronne, 1965, p. 163, selon : Gustav Schelle, Œuvres de Turgot, P., Alcan, 1913-1923, 5 vol. , t. IV, p. 244.

    69 Lettre du 6 décembre 1774, Arch. nat. F12 151.

    70 Lettre du 30 décembre 1774 à C. Esmangard, ibid.

    71 Département des Landes.

    72 Oloron-Sainte-Marie, Pyrénées-Atlantiques.

    73 Arrêt du Conseil du 8 janvier 1775.

    74 Arrêt du Conseil du 29 octobre 1775.

    75 Ordonnance du 14 février 1776, XII.

    76 Arch. départ. des Pyrénées-Atlantiques, C 288, lettre au roi du 30 juillet 1775, communiquée par Pascale Gramain ; Gramain, 2005.

    77 Lettre de Turgot à Esmangart, 10 janvier 1775, Arch. départ. de Gironde, C 68 ; Cavrot, 1999, p. 112.

    78 M.D.D.M., 1787, p. 33.

    79 Lettre de Cist à de Clugny, 29 mars 1776, Arch. départ. de Gironde, C 1553 ; Cavrot, ibid.

    80 Dampierre, E. de –, 1859, p. 13.

    81 Arch. nat. F10 1458; Bidault, 1905, p. 615.

    82 « Les tailles sont un impôt de répartition et non de quotité. Leur montant est arrêté au Conseil et réparti ensuite par unité géographique, selon une échelle décroissante. À chaque niveau existe une responsabilité collective de l’impôt : si le recouvrement est insuffisant sur une partie, le manque à gagner retombe sur l’autre partie. Au niveau de la paroisse ce système collectif de recouvrement se traduit par des coercitions exercées sur l’ensemble des habitants d’un village redevable, sans distinction de ceux qui ont ou non déjà payé leur part. Ce procédé d’exigence s’appelle la contrainte solidaire [...]. » (Bercé, 1991, p. 120.) Au XVIIIe siècle, diverses dispositions rapprochèrent la taille « personnelle » de la taille « réelle » laquelle était établie sur les biens indépendamment du statut des personnes. Dans ce cas, l’impôt correspondant au revenu d’une terre était payé dans la localité même. En revanche la taille « personnelle », qui pesait sur les particuliers taillables et résidant sur place, devenait injuste si un propriétaire domicilié ailleurs détournait les revenus de la terre vers un autre centre de fiscalisation. Les communautés avaient alors intérêt à demander que les mandements tiennent compte des enrôlements et des désenrôlements.

    83 Favier, 2005, p. 221. Ce chiffre concerne toutes les épizooties, et pas seulement la peste bovine.

    84 Lettre d’Esmangart à Ormesson, 11 février 1775, Arch. départ. de Gironde, C 68.

    85 Lettre de Turgot au Garde des Sceaux, 28 décembre 1774, Arch. nat., F12 151.

    86 Ibid., 1er janvier 1775.

    87 Arch. nat., H1 1156, f° 25, lettre des Syndics généraux des États de Béarn, du 29 avril 1777, à M. Ménard de Cornichard.

    88 Arch. nat., H1 1156.

    89 Vicq d’Azyr, 1776, p. 636.

    90 Ibid.

    91 Arch. nat., F12 151, 28 septembre, 6 et 27 octobre 1775.

    92 Ibid., 1er novembre 1775.

    93 « Affaire Daillot, remboursement d’avance pour l’épizootie », Arch. nat., H1 1156.

    94 Lettre de M. Lafargue à M. de Clugny, Dax, 30 décembre 1776, Arch. départ. de Gironde, C 85.

    95 Arch. départ. de Gironde, C 85.

    96 Arch. départ. de Gironde, C 71.

    97 Article unique de la Loi du 30 juin 1866.

    98 Article 17, in : Conte, 1895, p. 180.

    99 Arch. nat., G7 1667, f° 47. En 1796, en Moselle, c’est dans les rivières qu’on jetait les vaches mortes. « Extrait des registres des délibérations de l’administration centrale du département de Moselle, séance du 6 fructidor an IV », Arrêts et ordonnances, 1746-1816, no 56.

    100 Arrêts du Conseil du 19 juillet 1746, du 31 janvier 1771 et du 16 juillet 1784.

    101 Lettre de Turgot à Journet, 28 septembre 1775, Arch. nat. F12 151.

    102 « Instruction sur la manière de désinfecter une paroisse », in : Vicq d’Azyr, 1776, p. 559.

    103 Sur l’inoculation, cf. infra chapitre VIII.

    104 La Fitte Clavé, 1775, p. 5.

    105 Ibid., p. 2.

    106 Dronne, 1965, p. 196-197. Arch. départ. de Gironde, C 1552.

    107 Ordonnance de l’Intendant (Jean-Étienne-Bernard de Clugny) du 28 février 1775, Arch. départ. de Gironde, C 1552.

    108 Arch. nat., G7 1667.

    109 M.D.D.M. Dufau, 1787, p. 13.

    110 Du 10 décembre 1774, in : Vicqd’Azyr, 1776, p. 512-549.

    111 Ibid., p. 518.

    112 Lettre de Coquet à F. Vicq d’Azyr, du 17 février 1775, Ac. de Médecine, SRM 139 dr 4 (18).

    113 À Grandcamp, 23 février 1775, in : Lebeslour, 2002, p. 90.

    114 Ibid., p. 104.

    115 « Observations importantes sur la maladie épizootique des bêtes à cornes qui a régné l’année 1775 dans le Comté d’Eu » in : Lebeslour, 2002, p. 146-152, p. 149.

    116 « [...] En Bresse, dans le Mâconnais et dans le Bugey, l’on pensait que les bestiaux qui avaient échappé à la maladie après l’éruption extérieure [...] se trouvaient ensuite hors [d’atteinte]. Sur cette opinion, il y a tel animal qui a été vendu entre deux et trois cents livres, c’est-à-dire, vu les lieux, plus de six fois sa valeur dans les temps ordinaires. » Courtivron, 1752, p. 337-338.

    117 Arch. départ. de la Somme, C 70, cité par Dronne, 1965, p. 186.

    118 À Pierrepont, Bettencourt, Grandcourt, les Ifs, Maisoncelle, Mélincamp, Avesnes-en-Val, Cuverville, Auqueménil. Lebeslour, 2002.

    119 Second mémoire instructif, novembre 1775, p. 643-644.

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    Vallat, F. (2009). Chapitre VI. Conséquences générales du fléau. In Les bœufs malades de la peste. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.101933
    Vallat, François. « Chapitre VI. Conséquences générales du fléau ». In Les bœufs malades de la peste. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2009. doi:10.4000/books.pur.101933.
    Vallat, François. « Chapitre VI. Conséquences générales du fléau ». Les bœufs malades de la peste, Presses universitaires de Rennes, 2009, https://doi.org/10.4000/books.pur.101933.

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    Vallat, F. (2009). Les bœufs malades de la peste. Rennes: Presses universitaires de Rennes. https://doi.org/10.4000/books.pur.101867
    Vallat, François. Les bœufs malades de la peste. Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2009. doi:10.4000/books.pur.101867.
    Vallat, François. Les bœufs malades de la peste. Presses universitaires de Rennes, 2009, https://doi.org/10.4000/books.pur.101867.
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