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    Plan détaillé Texte intégral Introduction 1. Place et signification des pierres dressées chez les Bara 2. Le tombeau traditionnel Bara : un aspect du mégalithisme malgache Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Roches ornées, roches dressées

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Contribution à l’étude du mégalithisme à Madagascar : l’exemple des populations Bara (Centre-Sud de Madagascar)

    Barthélemy Manjakahery

    p. 315-320

    Résumés

    Les monuments mégalithiques existent dans bon nombre de régions de Madagascar. Les plus connus sont représentés essentiellement par les pierres dressées dont les appellations connaissent des variantes en fonction des aires géographiques. Dans la présente contribution, nous allons retenir la place et la signification des mégalithes chez les populations Bara, et ce, dans une perspective ethnoarchéologique. L’on étudiera principalement le cas des pierres érigées dites orimbato et des sépultures mégalithiques traditionnelles ou valavato, à travers des données ethnographiques sinon tirées de la tradition orale.
    Nous avons mis à profit un récent séjour dans le pays Bara pour nous intéresser aux monuments de pierre trouvés sur place. Les pierres dressées orimbato apparaissent comme étant des monuments funéraires à part entière, érigés en tant que mémoriaux pour différentes raisons. Il est une première signification que l’on retrouve pour ce type de mégalithes érigé pour une personne morte sans descendance. Les mémoriaux peuvent également être dressés pour des personnes décédées au loin et dont les corps n’ont pu être ramenés au tombeau familial. Cependant, dans l’évolution de ces monuments funéraires, la notion de fortune entre en ligne de compte, au point que, à l’heure actuelle, il en est en béton.
    Les orimbato sont en général placés sur des endroits bien visibles des passants, hormis ceux qui se trouvent à proximité des tombeaux. Quant à la technique d’extraction, l’on se sert de dalles brutes qui sont débitées sans utilisation de feu. Outre les pierres commémoratives, les tombes traditionnelles des Bara antevondro, pour ne retenir que cet exemple, constituent des constructions funéraires que l’on pourrait assimiler à du dolménisme, eu égard à la taille des matériaux lithiques utilisés. Par ailleurs, notre séjour sur le terrain nous a permis de nous rendre compte que l’architecture funéraire traditionnelle est en train de disparaître progressivement dans la région

    Els monuments megalítics existeixen en bona part de les regions de Madagascar. Els més coneguts són representais essencialment per les pedres aixecades les denominations de les quais coneixen variants en funció de les àrees geogràfiques. En la present contribució, retindrem el lloc i el significat dels megàlits a les poblacions Bara, i això, en una perspectiva etnoarqueològica. S’estudiarà principalment el cas de les pedres erigides dites orimbato i de les sepultures megalítiques tradicionals o ouvalavato, a través de dades etnogràfiques ο bé tretes de la tradició oral. Hem aprofitat una recent estada al país Bara per interessar-nos pels monuments de pedra trobats in situ. Les pedres aixecades orimbato apareixen com sent monuments funeraris de ple dret, creats com a memorials per diferents raons. És un primer significat que es troba per aquest tipus de megàlits créat per a una persona morta sense descendència. Els memorials poden igualment éssers aixecats per a persones mortes a la llunyania i els cossos de les quais no s’han pogut portar a la tomba familiar. Tanmateix, en l’evolució d’aquests monuments funeraris, la noció de fortuna entra en compte, fins al punt que, en l’actualitat, és de formigó. Els orimbato en general son plaçais en llocs molt visibles pels vianants, tret dels que es troben prop de les tombes. Quant a la tècnica d’extracció, se serveixen de lloses brutes sense utilització de foc. A més de les pedres commemoratives, les tombes tradicionals dels Bara antevondro, per donar sols aquest exemple, constitueixen construccions funeràries que es podrien assimilar a dolmenisme, tenint esguard de la talla dels materials lítics utilitzats. D’altra banda, la nostra estada sobre el terreny ens ha permès d’adonar-nos que l’arquitectura funerària tradicional esta desapareixentprogressivament a la regió

    Contribution to the study of megaliths in Madagascar: case of the Bara populations (Central South of Madagascar).
    Megalithic monuments can be found in different areas of Madagascar. Erected stones mainly represent the mostly known of them, which are called in various names according to the geographical areas. This contribution is focused on the study the place and meaning of megaliths amidst the Bara populations in an ethno-archaeological point of view. It will study the case of erected stones called orimbato and traditional graves also made of stones or valavato, and based on ethno-geographical data or items collected from oral traditions. In this conference intribute to Jean Abélanet, we have good use of our stay in the Bara land, in the course of September 2000, to take an interest in the local stone monuments. Erected stones orimbato seem to be fully funeral monuments. These are put up as memorials for various reasons. The first reason known for erecting this type of megaliths is to honour the memory of a person without descendants. Memorials can be also erected for people who died away from their homeland and whose bodies could not be buried in their family tombs. Nonetheless, the notion of wealth conditions the evolutions of funeral monuments so that there are now concrete memorials. Orimbatos are generally posed in spots noticeable by passers-by, except stones erected near tombs. As for the quarriyng technique, rough stone slabs quarried without having used the fire are used. Apart from memorial stones, the Bara traditional tombs of Antevondro, for instance, show funeral construction that can be associated with dolmen construction as far as the sizes of the stones used are concerned. Moreover, our stay in the field permitted us to realize that the traditional funeral architecture is dying out in the area

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1Les monuments mégalithiques existent dans bon nombre de régions de Madagascar. Les plus connus sont représentés essentiellement par les pierres dressées dont les appellations connaissent des variantes en fonction des aires géographiques. Dans la présente contribution, nous allons retenir la place et la signification des mégalithes chez les populations Bara et ce, dans une perspective ethnoarchéologique. L’on étudiera principalement le cas des pierres érigées dites orimbato et les sépultures traditionnelles également de pierre ou valavato à travers des données ethnographiques sinon celles tirées de la tradition orale.

    1. Place et signification des pierres dressées chez les Bara

    2Les Bara sont des populations d’agro-éleveurs qui occupent les Hautes-Terres du Centre-sud de Madagascar (fig. 1), dans un territoire de plus de 60.000 km2, à cheval sur les deux provinces méridionales de l’île : Fianarantsoa et Toliara1. Comme dans nombre de régions du pays, les pierres dressées désignées localement sous l’appellation d’Orimbato, littéralement « pierres dressées » se trouvent en divers endroits de l’Ibara2. Dans ce colloque en hommage à Jean Abélanet, nous avons mis à profit notre séjour dans la région dans le courant du mois de septembre 2000, pour nous intéresser aux monuments de pierre trouvés sur place et que l’on peut qualifier de mégalithes. Ce que nous livrons dans ces lignes constitue, somme toute, une modeste contribution quant à la question du mégalithisme dans la Grande Ile.

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    Figure 1 : Localisation du pays Bara sur la Grande Île (D.A.O. Sabine Nadal)

    1.1. Signification des orimbato

    3D’une manière générale, et pour ne retenir que l’exemple Bara, les pierres dressées orimbato apparaissent comme étant des monuments funéraires à part entière. Si l’on en croit les données dont on dispose en la matière, ces derniers sont érigés, pour une large part, en tant que mémoriaux pour différentes raisons.

    1.1.1. Les « orimbato tardifs », pierres témoignant d’une lignée

    4Il est une première signification que l’on retrouve pour ce type de mégalithes qui est l’érection d’un mémorial pour une personne qui est morte sans descendance. L’on parle dans ce cas de « orimbato tadidy » ou « pierre-érigée-en-tant-que-mémorial ». L’on peut lire ce qui suit dans les informations qui ont été recueillies par Luigi Elli chez les Bara Marovola : « (...) Natokana indrindra ho an’ny olona tsy niteraka ny orim-bato. Ny olona manan-janaka dia tsy ananganana orim-bato. Ny antony dia mba hahatsiarovana azy, fa raha tsy anaovana orim-bato ny olona tsy niteraka dia very tadidy mandrakizay... »3. Ce passage peut être traduit de la manière suivante : « (...) Les orimbato sont destinées surtout pour les personnes qui n’ont pas d’enfants. L’on n’érige pas des orim-bato pour les personnes qui ont des enfants. La raison est pour qu’on se souvienne d’elles (des personnes sans enfants), car si l’on n’érige pas des orim-bato pour les personnes qui n’ont pas d’enfants, elles seront perdues à jamais de la mémoire des hommes... ».

    5Les mêmes faits peuvent être observés chez les Bara Zafindrendriko : « Ny tsangam-bato moa dia atao amin’ny olona maty tsy niteraka. Izay no tena nanamboarana azy taloha (...) »4 ou : « Les pierres levées quant à elles sont faites pour les personnes qui sont mortes sans enfants. C’est la principale raison de leur érection, autrefois ».

    1.1.2. « orimbato cénotaphes »

    6Outre l’absence de descendance, les mémoriaux peuvent également être dressés pour des personnes mortes au loin et dont les corps n’ont pu être ramenés au tombeau familial. Dans cette perspective, Jacques Faublée rapporte les faits suivants : « La raza (clan) est particulièrement lésée par un décès en deux cas : si on ne peut ramener le corps à la tombe ; si un membre de la famille meurt sans enfant, particulièrement sans fils. Quand ceci se produit, les Bara érigent ou des pierres levées - urimbatu - ou des poteaux - alualu... »5. Les indications fournies par Luigi Elli vont dans le même sens que les observations précédentes. L’on note en effet ceci : « Quand un Bara meurt loin de chez lui et ne peut être ramené dans son pays, ou s’il meurt sans descendance, on dresse en sa mémoire un monolithe (orim-bato) »6.

    1.1.3. « orimbato commémoratifs » de personnages célèbres, d’événements...

    7En dehors des deux raisons majeures de l’érection de ce type de monuments, l’on évoque par ailleurs le cas des mémoriaux qui sont destinés à un certain nombre de personnes qui ont eu des fonctions sociales plus ou moins importantes. Dans les périodes anciennes, l’on retrouve chez les Bara des orimbato en la mémoire de personnages célèbres. L’on rapporte, par exemple, le cas des guerriers fanarolahy qui ont réussi des exploits particuliers et dont le souvenir est matérialisé par l’érection d’un mégalithe à leur mort. Il en est de même pour certaines catégories de personnes tels les devins guérisseurs (ambiasa ou ombiasa) qui avaient une réputation exceptionnelle à qui l’on dédiait également des pierres commémoratives. Ces dernières peuvent s’adresser de la même manière aux musiciens voire aux danseurs traditionnels appelés « sery ».

    8Au vu de tout ceci, il est intéressant de constater qu’il est d’autres facteurs qui interviennent dans la mise sur pied des orimbato chez les Bara. L’on se rend compte en effet que, par la suite, la possession de fortune entre en lice. D’où il n’est pas rare de trouver, surtout à l’heure actuelle, des pierres dressées à l’intention des mpagnarivo autrement dit « les personnes qui sont riches » et même s’ils ont des descendants : « aujourd’hui des gens riches se font ériger un mémorial même s’ils ont une nombreuse descendance »7.

    9Toutefois, indépendamment des mémoriaux érigés généralement pour les défunts, il existe aussi chez les Bara, des monolithes élevés pour un événement donné. Ainsi, chez les Bara Zafimarozaha des vallées de l’Itomampy, dans l’est de l’Iba, nous avons pu constater la présence d’une pierre dressée - la plus élevée de toutes - sur la colline de Mariagny, lieu de sépulture de ces derniers8. Il est un dernier cas d’érection d’un monument lithique qui mérite d’être signalé, celui d’une pierre que l’on édifie dans un espace réservé à des pratiques cultuelles9.

    1.2. Localisation spatiale des mémoriaux

    10Pour ce qui est de l’emplacement des mémoriaux, il apparaît patent que le monument soit d’abord placé en un lieu qui est visible de tous. Et dans cette perspective, il n’est pas rare de trouver un mégalithe au bord d’une route car « les mémoriaux sont toujours près des croisées des chemins, bien visibles »10 (fig. 2). Selon les observations de Luigi Elli : « Ces pierres se trouvent soit aux carrefours des sentiers, soit sur la crête des mamelons, mais toujours très visibles du passant »11.

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    Figure 2 : Exemple de pierres dressées du pays Bara (d’après Faublée, 1946)

    11Hormis cette localisation qui apparaît largement répandue dans de nombreuses régions de Madagascar, nous avons remarqué, dans les vallées de l’Itomampy, une concentration de pierres levées qui se trouvent à l’est des tombeaux12. Ces dernières semblent similaires à ce que l’on retrouve dans le Betsileo et qui sont désignées sous l’appellation de vatolahim-pasana ou « pierres levées de tombeaux ». À en croire Daniel Raherisoanjato, on retrouve « les pierres dressées de sépulture (vatolahim-pasana). Ce sont des pierres dressées à proximité des tombeaux... seuls les membres de la famille savent que telle pierre est dédiée à tel ou tel parent »13.

    1.3. La recherche et le transport des mégalithes

    12Si l’on en croit les données dont nous disposons actuellement - versions de la tradition orale et de rares écrits - il semble que les populations Bara utilisaient uniquement des pierres brutes qu’elles prélevaient dans leur environnement. Selon toute vraisemblance, celles-ci sont extraites sans travail préalable et utilisées telles quelles. Le système d’enlèvement de dalles de pierre par choc thermique, en vigueur aujourd’hui encore sur les Hautes Terres Centrales, semble en effet méconnu dans les régions méridionales de l’Ile14. Selon les constatations de Jacques Faublée, « seuls les gens du centre travaillent la pierre. Tandis que les hommes des provinces cherchent des dalles brutes pour couvrir et fermer les tombes, de hautes pierres pour dresser des mémoriaux, ceux du centre découpent les dalles en allumant sur la pierre à tailler un feu de broussailles, puis ils arrosent la pierre incandescente, qui se fend selon le sillon du feu »15.

    13En ce qui concerne le transport de la pierre, il s’agit vraisemblablement d’une affaire collective qui touche non seulement la famille du défunt mais toutes les populations environnantes. L’on retrouve les versions ci-après dans des informations recueillies auprès des Bara Zafindrendriko : « ... tadiavina ny vato lava be, na lavitra manao ahoana ny toerana misy azy dia tsy maintsy alaina ihany ; ka izay tanana andalovan’io vato io dia tsy maintsy mitarika koa, na nanirahana izy na tsy nanirahana »16. Autrement dit : « ... on se met à chercher une très longue pierre, quel que soit l’endroit où elle se trouve, même si c’est très loin, on doit toujours la prendre ; et tous les villages où la pierre passe doivent participer au traînage qu’ils aient été avertis ou non ».

    14Selon des faits rapportés par Jacques Faublée, le transport d’un mégalithe peut être considéré comme de véritables funérailles, la pierre se substituant ainsi à la personne disparue : « comme aux funérailles, les jeunes hommes chantent... et les jeunes femmes encouragent les porteurs du lourd monument par les chœurs... Des vieilles femmes aspergent d’eau les porteurs »17.

    15Pour ce qui est du système de transport lui-même, l’on a affaire en la matière à deux procédés : le premier procédé est la pratique du portage collectif à dos d’homme pour les dalles de stature moyenne. La seconde méthode est le traînage proprement dit que l’on utilise pour les monolithes beaucoup plus lourds. L’on note la technique suivante si l’on en croit certaines données orales : « Fomba fitarihana ny tsangambato : anapahana hazo bebe, atao roa, dia loahana ireo hazo roa ireo, atao mifanandrify soa ny loaka. Vita izany, ampidirana hazo matanjaka amin’izay, vita koa izany, tadiavina teñy na vahy raha misy, mba hamatorana azy, sady apetraka eo antenantenany iny vato iny, vao taritina amin’zay »18. Nous pouvons traduire ce passage comme suit : « moyens de traînage d’une pierre levée : on coupe deux gros morceaux de bois, on perce ces deux morceaux de bois, il faut que les ouvertures ainsi obtenues soient alignées. Puis on met en traverse du bois dur ; après on cherche du teñy (herbe très haute et résistante) ou vahy (variété de liane) s’il en existe, pour l’attacher (la pierre), on pose enfin la pierre au milieu et on se met à tirer ».

    16Avant la pose elle-même, l’on nous a fait part que le mégalithe est ramené au village et déposé à l’est vraisemblablement de la tragnobe (maison du patriarche) avec un veilleur de nuit19. Quant à l’érection proprement dite, elle s’effectue au moment de la havoria (fête funèbre) : « Ny orim-bato dia matetika amin’ny andron’ny, havoria no ananganana azy »20 c’est-à-dire « la pierre dressée est érigée habituellement au moment de la fête funèbre ». L’on rapporte par ailleurs que plusieurs rites accompagnent l’édification du monument. L’on évoque généralement l’immolation d’un zébu pour la circonstance car la pierre doit être enduite de graisse ou du sang de l’animal : « Rahefa avy amin’ny toerana izy, dia hadina amin’izay ny lavaka, dia tandrà aloha, izay vao aorina ao iny vato lava be iny »21 c’est-à-dire « lorsqu’il arrive à destination (le monument), l’on se met à creuser une fosse et l’on immole un zébu, et enfin l’on érige la grande pierre ». Selon des informations recueillies chez les Bara Vinda : « De jeunes hommes creusent une fosse, graissent le pilier ou l’arrosent de sang et d’eau, le dressent, le calent, tuent les boeufs, distribuent la viande »22.

    17Une fois dressé, le monument est, dans bien des cas, peint, surtout à l’heure actuelle, soit avec de la chaux, soit avec de la terre blanche. Des inscriptions sont également visibles sur certains mémoriaux (nom, date de décès de la personne...)23. La partie supérieure de ces derniers est souvent surmontée de bucranes fixés sur un rectangle de bois percé et qui est perpendiculaire au monument, appelé sandoky24 (fig. 3).

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    Figure 3 : Exemple de pierre dressée en pays Bara en la mémoire de Retisitototra, militaire, date de naissance et décès illisibles (d’après un document de Jean Poirier)

    2. Le tombeau traditionnel Bara : un aspect du mégalithisme malgache

    18En dehors des pierres dressées, il existe en pays Bara des constructions funéraires que l’on pourrait assimiler à des mégalithes eu égard à la taille des matériaux Ethiques utilisés. Il s’agit des tombeaux traditionnels en appareil de pierre sèche. Nous allons retenir surtout ici le cas des tombes que nous avons retrouvées chez les Bara Antevondro des vallées de l’Itomampy. Pour ces derniers, les lieux d’inhumation se localisent généralement sur une colline et ils sont orientés selon un axe est-ouest, avec une entrée à l’ouest. À titre d’exemple, sur la colline de Mariagny, l’on a affaire à une sépulture collective vraisemblablement clanique à deux compartiments. Les morts sont couchés sur le dos, la tête à l’est ; les hommes au nord et les femmes au sud.

    19Pour ce qui est du système de construction et selon les informations que nous avons recueillies, l’appareillage s’effectue en trois étapes. La première est constituée par la mise en place d’une sorte de mur intérieur appelé temitry composé de dalles alignées verticalement et fixées dans le sol. La deuxième étape, quant à elle, consiste en la pose de dalles encore comme précédemment pour former le mur extérieur que l’on désigne sous le terme de ariafo. L’on procède ensuite par bouchage de blocs et moellons des espaces laissés vides entre les deux rangées de dalles. La dernière étape de l’édification du tombeau est la mise en place de la couverture supérieure disposée horizontalement au-dessus de ces dernières, que l’on appelle fandomboky. C’est un grand monolithe de forme aplatie, suffisamment long et large et constituant la toiture de la sépulture. Comme pour le cas d’une pierre dressée, la recherche de ce genre de mégalithe consiste en une extraction directe sur des roches déjà éclatées et toujours, semble-t-il, sans utilisation de feu. D’où la quête du fandomboky, littéralement « ce qui couvre », peut durer pendant un certain temps lorsque l’on n’arrive pas à mettre la main sur la pierre adéquate. Si le cas se présente, autrement dit, à défaut d’un monolithe, Luigi Elli signale l’utilisation de ce que l’on appelle vatomita. Selon des informations qu’il a recueillies auprès des Bara Zafindrendriko, ce sont des dalles de substitution qui remplacent un vrai fandomboky : « Ka ny fandomboky misy roa karazana : ny iray atao hoe vatomita, raha ohatra tsy misy vato lehibe mahatakatra ny halavan’iny fasana iny... vato lavalava atao maro arak’izay ilain’ny halavan’iny fasana iny »25 c’est à dire, « il y a deux sortes de fandomboky : il y a ce que l’on appelle vatomita, lorsqu’il n’existe pas de pierre suffisamment grande pouvant atteindre la longueur du tombeau... Ce sont des pierres assez longues dont le nombre dépend de la longueur du tombeau ».

    20Au terme de cette brève étude sur certains aspects du mégalithisme malgache à travers l’exemple des populations Bara, quelques remarques s’avèrent nécessaires. D’abord, il ne fait pas de doute que les pierres dressées orimbato représentent des mémoriaux. L’érection de ces derniers connaît en effet, plusieurs significations, la plus importante parmi celles-ci étant les pierres commémoratives érigées pour les personnes mortes sans descendance. Toutefois, dans l’évolution de ces monuments funéraires, l’on sait qu’ils ne sont plus dédiés uniquement à ces dernières, avec l’intervention de la notion de « fortune ». En effet, l’on note à l’heure actuelle l’utilisation sans cesse croissante du béton en matière de mégalithisme. Par conséquent, nous sommes conscients de la nécessité voire de l’urgence, de continuer davantage encore les études sur le dolménisme malgache. Notre court séjour dans l’Ibara nous a permis par exemple de nous rendre compte que l’architecture funéraire traditionnelle est en train de disparaître progressivement dans la région.

    Bibliographie

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    Format

    Joussaume, R., & Raharijaona, V. (1985). Sépultures mégalithiques à Madagascar. Bulletin De La Société préhistorique française, 82(10), 534-551. https://doi.org/10.3406/bspf.1985.8652
    Joussaume, Roger, and Victor Raharijaona. “Sépultures mégalithiques à Madagascar”. Bulletin De La Société préhistorique française 82, nos. 10 (1985): 534-51. doi:10.3406/bspf.1985.8652.
    Joussaume, Roger, and Victor Raharijaona. “Sépultures mégalithiques à Madagascar”. Bulletin De La Société préhistorique française, vols. 82, nos. 10, 1985, pp. 534-51. Crossref, https://doi.org/10.3406/bspf.1985.8652.

    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

    Elli 1993 : ELLI (L.) - Une Civilisation du boeuf - les Bara de Madagascar - Difficultés et perspectives d’une évangélisation. Ambozontany, Fianarantsoa, 1993, 223 p.

    Elli 1999 : ELLI (L.) - Fomba Bara. Imprimerie SaintPaul, Fianarantsoa, 1999, 363 p.

    Faublée 1946 : FAUBLÉE (J.) - L’Ethnographie de Madagascar. Les Éditions de France et d’Outre-Mer, 1946, 169 p.

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    10.3406/bspf.1985.8652 :

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    Raherisoanjato 1982 : RAHERISOANJATO (D.) - Les pierres dressées (vatolahy) dans la Société Betsileo, un document pour l’Historien. Bulletin de l’Académie Malgache, Tome LX/1-2, 1982 p. 23-27.

    Notes de bas de page

    1 Elli, 1993, p. 21.

    2 On désigne aussi le pays Bara par le terme Ibara. On utilise également l’appellation tsangam-bato, sinon plusieurs noms évoquent les pierres dressées à Madagascar. Chez les Betsileo, au nord du pays Bara, l’on utilise le terme vatolahy ou « pierre mâle » pour désigner ces dernières.

    3 Elli, 1999, p. 77-78.

    4 Elli, ibidem, p. 167.

    5 Faublée, 1954, p. 27.

    6 Elli, 1993, p. 121.

    7 Elli, ibidem, p. 122.

    8 Selon les informations que nous avons recueillies, pour marquer la possession de la colline qui a été octroyée par les Zafindraponarivo (un des lignages que l’on retrouve chez les Bara Zafimarozaha), l’on a érigé une pierre dressée (interview du 11.09.2000).

    9 Nous avons retrouvé ce dernier cas au sud du village d’Analeva, dans les vallées de l’Itomampy.

    10 Faublée, ibidem, p. 30.

    11 Elli, ibidem.

    12 Il s’agit du cas de deux tombeaux Zafimarozaha qui se trouvent sur les collines de Mariagny et de Tsakabe sur lesquelles on note une forte concentration de pierres dressées dans la partie est des sépultures. L’on a dénombré une quarantaine d’ orimbato à l’est du tombeau de Mariagny.

    13 Raherisoanjato, 1982, p. 24.

    14 Pailler, 1986.

    15 Faublée, 1946, p. 48.

    16 Elli, 1999, p. 168.

    17 Faublée, 1954, p. 28.

    18 Elli, ibidem, p. 168-169.

    19 Interview du 12.09.00.

    20 Elli, ibidem, p. 77.

    21 Elli, ibid., p. 168.

    22 Faublée, ibidem, p.29.

    23 Dans l’évolution des mémoriaux à l’heure actuelle, l’on retrouve certains qui sont en béton.

    24 Elli, ibidem, p. 271.

    25 Elli, ibidem, p. 169.

    Auteur

    • Barthélemy Manjakahery
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    1 Elli, 1993, p. 21.

    2 On désigne aussi le pays Bara par le terme Ibara. On utilise également l’appellation tsangam-bato, sinon plusieurs noms évoquent les pierres dressées à Madagascar. Chez les Betsileo, au nord du pays Bara, l’on utilise le terme vatolahy ou « pierre mâle » pour désigner ces dernières.

    3 Elli, 1999, p. 77-78.

    4 Elli, ibidem, p. 167.

    5 Faublée, 1954, p. 27.

    6 Elli, 1993, p. 121.

    7 Elli, ibidem, p. 122.

    8 Selon les informations que nous avons recueillies, pour marquer la possession de la colline qui a été octroyée par les Zafindraponarivo (un des lignages que l’on retrouve chez les Bara Zafimarozaha), l’on a érigé une pierre dressée (interview du 11.09.2000).

    9 Nous avons retrouvé ce dernier cas au sud du village d’Analeva, dans les vallées de l’Itomampy.

    10 Faublée, ibidem, p. 30.

    11 Elli, ibidem.

    12 Il s’agit du cas de deux tombeaux Zafimarozaha qui se trouvent sur les collines de Mariagny et de Tsakabe sur lesquelles on note une forte concentration de pierres dressées dans la partie est des sépultures. L’on a dénombré une quarantaine d’ orimbato à l’est du tombeau de Mariagny.

    13 Raherisoanjato, 1982, p. 24.

    14 Pailler, 1986.

    15 Faublée, 1946, p. 48.

    16 Elli, 1999, p. 168.

    17 Faublée, 1954, p. 28.

    18 Elli, ibidem, p. 168-169.

    19 Interview du 12.09.00.

    20 Elli, ibidem, p. 77.

    21 Elli, ibid., p. 168.

    22 Faublée, ibidem, p.29.

    23 Dans l’évolution des mémoriaux à l’heure actuelle, l’on retrouve certains qui sont en béton.

    24 Elli, ibidem, p. 271.

    25 Elli, ibidem, p. 169.

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    Ce livre est cité par

    • Sacchi, Dominique. (2019) Jean Abélanet. Paléo, 30-1. DOI: 10.4000/paleo.4283

    Ce chapitre est cité par

    • Andrianaivoarivony, Rafolo. Rakotondrazaka, Ann Harivola. Ranivoarisoa, Vololomboahangy. (2005) Roches ornées, roches dressées. DOI: 10.4000/books.pupvd.4187

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    Manjakahery, B. (2005). Contribution à l’étude du mégalithisme à Madagascar : l’exemple des populations Bara (Centre-Sud de Madagascar). In M. Martzluff (éd.), Roches ornées, roches dressées. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.4201
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    Manjakahery, Barthélemy. « Contribution à l’étude du mégalithisme à Madagascar : l’exemple des populations Bara (Centre-Sud de Madagascar) ». Roches ornées, roches dressées, édité par Michel Martzluff, Presses universitaires de Perpignan, 2005, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.4201.

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    Martzluff, M. (éd.). (2005). Roches ornées, roches dressées. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, Association archéologique des Pyrénées-Orientales. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.4022
    Martzluff, Michel, éd. Roches ornées, roches dressées. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, Association archéologique des Pyrénées-Orientales, 2005. doi:10.4000/books.pupvd.4022.
    Martzluff, Michel, éditeur. Roches ornées, roches dressées. Presses universitaires de Perpignan, Association archéologique des Pyrénées-Orientales, 2005, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.4022.
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