• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16603 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16603 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Presses universitaires de Perpignan
  • ›
  • Études
  • ›
  • S’informer pour s’enrichir
  • ›
  • Partie III. Soleil, un consul marchand (...
  • ›
  • Chapitre 2. Laurent Soleil, du cadet au ...
  • Presses universitaires de Perpignan
  • Presses universitaires de Perpignan
    Presses universitaires de Perpignan
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1. L’implication dans les compagnies barcelonaises (1679-1689)2. Laurent Soleil, un phénix de Catalogne ?3. La guerre et le commerce : une incompatibilité ? Notes de bas de page

    S’informer pour s’enrichir

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Chapitre 2. Laurent Soleil, du cadet au grand marchand

    p. 195-226

    Texte intégral 1. L’implication dans les compagnies barcelonaises (1679-1689)1.1 1679, le tournant1.2 Laurent Soleil, expéditeur (1679-1686)1.3 Produire pour exporter : le vin comme première expérience2. Laurent Soleil, un phénix de Catalogne ?2.1 Les théories économiques catalanes des années 16802.2 Une initiative précoce : Martí Piles et Laurent Soleil3. La guerre et le commerce : une incompatibilité ?3.1 Retour à la botiga : 1687-16893.2 Le consul et la guerre : une stratégie ?3.3 Le consul comme appui du commerce des Français Notes de bas de page

    Texte intégral

    1La première décennie du consulat de Laurent Soleil est intense en affaires. Sa charge lui permet de les accompagner, de les défendre et de les consolider. Il profite de périodes sereines : « En ce qui concerne le commerce, il va quiètement grâce à Dieu, et j’espère qu’il ira encore mieux »1 et s’informe sur celles qui le sont moins :

    Je vous prie aussi que de vouloir me faire donner quelques avis s’il y a apparences de rupture avec Espagne à celle fin que je puisse agir tant de pauvres Français qui perdraient beaucoup si cela arrivait sans qu’ils eussent peu mettre ordre à leurs affaires, car ici, publier la guerre et faire représailles, tout est fait en un moment2.

    2Laurent Soleil s’efforce de maîtriser les aléas du commerce pour aider les marchands français, et, en premier lieu, sa personne. Sa trajectoire jusqu’à la guerre de la Ligue d’Augsbourg est celle d’un marchand qui développe ses affaires avec ceux qui sont les plus actifs au sein de la capitale catalane. L’année 1679 marque, avec la mort de son frère aîné et l’obtention de la charge de consul, un tournant dans sa vie. Son père lui cède alors la plus grande partie des activités de la famille à Barcelone.

    3Dès lors, il côtoie davantage le groupe de marchands avec qui son frère faisait des affaires et crée ou participe à des compagnies. Son implication ne cesse de croître tout comme son crédit auprès des grands noms du commerce catalan. Moins actif que son frère dans les assurances3, il se concentre sur le développement de boutiques et sur la vente de marchandises. Ses activités se poursuivent malgré les aléas politiques jusqu’à la deuxième année de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, synonyme pour lui de coup d’arrêt conséquent4. Après cette guerre, sa stratégie commerciale se modifie grandement. Il ne recrée pas de compagnies comme à la fin des années 1680. Être consul l’oblige à rester et être français l’empêche de contracter avec certains marchands. Il utilise donc son réseau différemment.

    4C’est son activité jusqu’à ce tournant qu’il faut analyser pour voir quelle position le consul marchand des Français en Catalogne tient après avoir pris son héritage en mains. Classique dans un premier temps avec l’entrée dans une compagnie qui détient une boutique, elle se diversifie et se caractérise par une tentative économique audacieuse qui consiste à créer une manufacture s’appuyant sur des procédés développés dans le royaume de France. Cet esprit d’entreprise à la veille de la guerre n’est pas accepté5, mais montre un cheminement économique qui trouve un écho dans le XVIIIe siècle de Pierre Vilar6. Les activités de Soleil illustrent, en filigrane, l’importance d’un port comme Mataró pour les marchands français, ce qui transparaît déjà dans son activité de consul7. Parallèlement à cette charge, il développe une action considérable de marchand. Il est alors d’autant mieux placé pour défendre les intérêts commerciaux de la France en Espagne, ce qu’il ne manque pas de faire régulièrement.

    1. L’implication dans les compagnies barcelonaises (1679-1689)

    5La décennie comprise entre son accès au consulat et la guerre de la Ligue d’Augsbourg est pour Laurent Soleil celle de la récupération de son héritage, de son installation définitive comme marchand à Barcelone et de la consolidation de ses affaires par la création de compagnies. Si la guerre d’Augsbourg ralentit les affaires pour certains marchands, elle a la réputation de ne pas avoir fait subir de lourds dommages aux affaires des Français en Catalogne. Pourtant, le climat autour des affaires de Laurent Soleil ne cesse de se dégrader en 1688-1689. Malgré cela, il tente de mettre en place des projets audacieux, sources d’enrichissement.

    1.1 1679, le tournant

    6À la mort de son frère, Laurent est présent en Catalogne depuis au moins trois ans. Il est déjà marchand, les archives notariales nous permettent d’en savoir davantage sur ses affaires personnelles. En 1678, il récupère une partie de celles de son frère sur Barcelone, dans le quartier marchand du Born. Le 2 avril 1675, son frère Philippe crée une compagnie avec Joan Maymó8. Lors de sa refondation, le 25 décembre 1678, c’est Laurent qui est associé à Joan Maymó. La « Companya nova » reprend les capitaux de la précédente et doit durer cinq ans9.

    7La présence, exceptionnelle10, de la balance détaillée qui constitue une annexe à la dissolution effectuée en juin 1679, permet de connaître les produits présents dans la boutique au moment de l’inventaire annuel et le nom des clients alors débiteurs. Deux hypothèses apparaissent pour expliquer pourquoi Laurent Soleil entre en affaires avec Joan Maymó à la place de son frère. Peut-être Philippe est-il déjà mort, ou du moins assez faible pour se faire remplacer par Laurent. L’autre hypothèse peut être que Philippe, avec l’achat de la charge de consul, est promis à un autre avenir et qu’il est temps pour Laurent de s’impliquer davantage dans les affaires barcelonaises.

    8L’inventaire permet de comprendre le rôle des Soleil dans cette compagnie, et, plus largement, l’intérêt pour les marchands catalans de s’associer à eux. Des pièces de blavets sont indiquées dans l’inventaire. Importées dès le début du XVIIe siècle, ces toiles de coton proviennent du Levant et sont considérées comme de contrebande11. Se mêlent au fil de la liste, d’autres produits de contrebande ou d’origine levantine comme les pièces de Rosette12.

    9Outre les produits de contrebande du Levant, les mentions géographiques des tissus et autres produits indiquent les Flandres, la Hollande, Gênes, Genève, Lyon, Madère, Rome et Marseille. Soleil paraît également importer des toiles de qualité grâce à son réseau lyonnais. La majorité des produits sont des produits textiles ou affiliés : soie, coton, fil, filon, laine, flanelle, cordons, aiguille, fer, tampons, sceau, teinture... L’ensemble des « robas de la botiga » est évalué à plus de 19 000 livres catalanes. Il faut rappeler, et cette balance en donne un très bon exemple, que la botiga catalane de la fin du XVIIe siècle est essentiellement une boutique d’importation de tissus13.

    10La fin de l’inventaire nous apprend que Soleil et Maymó détiennent des parts dans des barques : 1/8e dans la barque Saint-Jean du patron Jérôme Puisart et 1/16e dans la barque Sainte-Croix du patron Sebastia Morell de Blanes14 et qu’ils ont une reconnaissance de paiement à bon compte pour un marchand de Mataró. Les dettes de la boutique, à hauteur de 7000 livres donnent les noms de leurs créanciers ou partenaires : des tenanciers de boutiques dans toute la Catalogne (Reus, Torradembarra, Tortosa, Tarragone, Arenys, Balaguer, Perpignan...), le consul hollandais Joan Kies et son associé Arnold de Jager15, les charpentiers – fusters – Joseph March et Joseph Serra16, le marchand Jaume Teixidor17, Rafael Colomer18, la famille Casanovas19, le patron français Nicolas Auger20... et dans les investisseurs, Jean Soleil, Joan Kies à nouveau, Pau Dalmases, marchand de toiles, Joan Domier de Genève et Scipion Roma de Marseille21.

    11Les noms d’une grande partie des futurs associés de Soleil, d’autres consuls marchands de Barcelone qui ont un parcours similaire à celui de Soleil jusqu’à la guerre de la Ligue d’Augsbourg sont présents ; les liens avec Mataró et d’autres ports importants dans la route du cabotage et de la contrebande et l’investissement dans des barques sont explicités. Dès lors, on comprend comment la fonction consulaire ne peut être détachée de la fonction marchande de Soleil et pourquoi son réseau lui permet d’être informé de l’activité des marchands français en Catalogne. La boutique, administrée certes par Joan Maymó, lui permet de côtoyer et d’être en affaires avec la plupart des marchands barcelonais et beaucoup de boutiquiers catalans dès avant sa prise de fonction.

    12Le 30 juin 167922, Laurent Soleil vend à son administrateur « totas las robas merces mercaderias debits y demes cosas y effectes » qu’il détient dans la compagnie avec totale procuration de son père (qui détient 1423 livres de capital), son frère étant alors mort. Le décès de ce dernier semble précipiter les choses et Laurent doit abandonner son activité avec Joan Maymó pour se mettre en affaires avec d’autres marchands qui sont sans doute les anciens associés directs de son frère et avec qui toute collaboration ne peut être interrompue.

    13Quelques mois plus tôt23, son père lui transmet de l’argent qu’il doit recevoir de différentes affaires, provenant d’héritages ainsi que de créances qui lui sont dues par des marchands catalans. Laurent semble passer de correspondant des affaires familiales à héritier et associé de son père. Par la vente de ses parts, il se constitue un capital. Joan Maymó doit lui payer, dans les trois ans et demi à venir, 11257 livres. Son père, dans un acte de mars 1679, lui cède ainsi plus de 40000 livres (voir Figure IV).

    14Laurent Soleil reçoit, dans l’acte qui suit cette donation, procuration pleine et entière de son père sans limites de somme et dans tous les domaines : cens, pensions, échanges commerciaux, lettres de change... cette donation marque clairement un tournant pour Laurent Soleil et le choix, pour Jean, de se retirer, si ce n’était déjà le cas, des affaires barcelonaises. Ainsi, pour reprendre les affaires laissées par Philippe, Laurent dispose de plus de 50000 livres, du titre de consul, le tout obtenu en trois mois.

    Figure IV Reconnaissances de dettes données à Laurent Soleil par son père Jean (1679)

    Montant

    Provenance

    3519 livres 16 sous 10 deniers

    Héritiers de Balthazar Sayol, boutiquier de toiles à Barcelone

    3062 livres 18 sous 6 deniers

    Petrus-Joan et Bernardus Mas1, père et fils, boutiquiers de toiles à Barcelone

    5819 livres et une promesse de1600 doubles (environ 8800 livres)2

    Héritiers de feu Jean Rey et promesse de 1665

    6172 livres

    Héritiers de Jacobi Paluany, feu marchand de Barcelone

    1048 livres

    Joannes Puig3, boutiquier de toiles (mars 1679)

    3032 livres 16 sous 9 deniers

    Laurentius Dardanya, marchand de Barcelone

    3388 livres 7 sous

    Raphael Calvaria, marchand de Barcelone

    5889 livres 8 sous 6 deniers

    Héritiers de Francisco Forns de Tarragone

    Total : 40732 livres 7 sous 7 deniers

    1. Peut-être à rapprocher de Mas qui entreprend la vente de bois à Tortosa pendant la guerre de Succession d’Espagne. Cependant, ce nom est très commun en Catalogne. Voir IV.1, p. 263 sqq.
    2. Un double vaut, entre 1659 et 1707, 110 sous.
    3. Sans doute familier de Josep Puig, qui appartient à la compagnie Aparici après 1702, avec qui Soleil est
    en affaires.

    15Pour l’accompagner dans ses affaires, apparaît un autre membre de la famille, Pierre, à qui il va donner procuration24 deux jours après avoir vendu ses parts de la boutique montée avec Joan Maymó. Le même jour, il donne procuration à Francisco Yon à Madrid, probablement François Yon, Lyonnais d’origine25. Il installe donc son réseau : un correspondant à Madrid et son frère, à Barcelone, pour acter quand il n’est pas présent ou non disponible. Le principe de fonctionnement en binôme familial se poursuit et Pierre accompagne Laurent au moins jusqu’en 1699, date à laquelle il passe toujours des actes avec cette procuration26.

    16À la même époque, Laurent se constitue une autre alliance en épousant Juana27, fille du marchand de Bilbao en Biscaye Francisco de Malet et de sa femme Maria de Meassa28. La dot, apportée par le père de la mariée, se porte à 1500 doubles d’or soit environ 8250 livres. Laurent y ajoute 800 doubles soit 4400 livres. Juana possède donc une dot conséquente, équivalente à 20 % de ce que Laurent récupère en mars de la part de son père. L’ultime clause du contrat de mariage indique qu’en cas d’arrivée à Bilbao, le père de la mariée met à disposition pour les époux un quart de sa maison.

    17Cette clause a dû être ajoutée à la demande des Soleil. Elle montre le souhait de participer aux deux routes commerciales liées à l’Atlantique, que ce soit depuis les ports de la façade atlantique ou depuis la Catalogne. Elle est sans doute une autre manière de trouver une position de repli en cas de perte d’influence sur Barcelone. À moins que Jean Soleil ait fait le pari de marier son fils à une fille de marchand de Biscaye pour qu’il poursuive les affaires familiales le plus rapidement possible à Bilbao. La mort de Philippe provoque quoi qu’il en soit un changement qui oblige Laurent à rester à Barcelone. Difficile, sans preuve plus claire dans les archives, d’en savoir davantage et de connaître les éventuelles activités des Soleil en Biscaye.

    18Les témoins de son mariage sont Joan Maymó, son associé et marchand en vue, ainsi que Joan Caralton Laboureur29, de l’arrière-pays catalan. L’importance d’un des témoins, de la dot, et la particule portée par les deux parents de la mariée portent à croire qu’il s’agit d’une union hypergamique. La réussite du père de Soleil permet à son fils, comme ce sera le cas pour la famille restée à Lyon, de consolider son réseau et de l’inscrire parmi des marchands aisés ou socialement plus reconnus.

    19En moins d’une année, son mariage, la mort de son frère, l’accès au consulat et la fortune cédée par son père donnent à Laurent Soleil une tout autre envergure au sein de la cité catalane. Déjà marchand aisé, il entretient des relations avec ses pairs les plus en vue de la ville et se lance dans de nouvelles compagnies afin de faire fructifier la dotation paternelle et de se donner une assise sociale plus forte. Il investit donc tout de suite son argent dans de nouvelles activités, au premier rang desquelles de nouvelles compagnies commerciales.

    1.2 Laurent Soleil, expéditeur (1679-1686)

    20Si la correspondance consulaire atteste la présence continue de Laurent Soleil à Barcelone de 1679 à 168930, le dépouillement des archives, en revanche, ne permet pas de découvrir toutes les activités qu’il a menées. Durant cette décennie, il consolide ses affaires, suivant trois caractéristiques : une assise foncière plus forte, un élargissement de son champ d’activité, et la capacité à produire une partie des biens qu’il vend. Laurent Soleil a un esprit d’entreprise certain qui se lit davantage sur la période précédant directement la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1686-1689) et durant les années 1700-1705. Il convient donc de développer la mise en place de cette consolidation avant de se concentrer sur ses activités plus novatrices.

    21Comme déjà indiqué, Laurent Soleil côtoie les marchands les plus actifs de la place barcelonaise qu’il connaît depuis le milieu des années 1670 comme en atteste le témoignage sur sa foi catholique et sa réputation effectué le 1er juillet 167931. Ce témoignage, sans doute utile pour obtenir son exequatur, est le fait de Joan Maymó, Jaume Teixidor, Josep Duran et Martí Piles. Les témoins en sont Magí, marchand barcelonais, et Francisco Sembasart, citoyen honrat de Barcelone. Ce dernier est un marchand proche de ses homologues lyonnais32 ; les autres, les associés habituels des Soleil. Ils indiquent connaître Laurent Soleil depuis cinq ou six ans, ce qui permet d’avoir une idée sur sa réputation désormais établie dans la ville du fait d’une présence continue depuis le milieu des années 167033.

    22Il passe de nombreux contrats avec ceux-ci34 tout au long de la période. Les archives permettent de s’assurer de la participation à des compagnies à partir de 1684 et d’une continuité dans ses échanges commerciaux : Soleil reçoit des lettres de change du consul hollandais Joan Kies35 et, surtout, effectue des envois de marchandises. C’est parmi les assureurs ou témoins de ces contrats de chargement que l’on retrouve ses associés. Deux envois datant du début des années 1680 ont été repérés dans les archives barcelonaises. Sans doute en a-t-il effectué d’autres, notamment depuis Mataró et Barcelone, dont les actes de nolisements et autres documents ont disparu.

    23Les deux expéditions datent respectivement du 23 novembre 1682 et du 27 février 1683. Conservées dans les livres de contrats du notaire habituel du groupe, Bonaventura Vila, il est probable de penser qu’il y ait eu d’autres expéditions, tous les livres de contrats de Bonaventura Vila n’ayant pas été conservés, ni ceux des notaires pour lesquels Soleil a donné procuration36. Dans les deux cas, le patron est le même, Nicolas Beaumont, de Martigues. Le contrat prévoit trois mois d’expédition. Dans le contrat de 1682, il est précisé que le chargement comprend des « robas » mais aussi des « diners » (de l’argent) et du vin.

    24La destination n’est pas indiquée, le patron peut naviguer dans « n’importe quelle partie du monde », cependant, des droits de douane sont comptés pour Nice et Monaco dans chacun des cas. Il est dit qu’il doit vendre les textiles, le vin et marchandises pour charger de l’argent ou d’autres marchandises :

    Lo qui per ell [el patro] sera durant lo dit temps de tres mesos qualsevols escalas tant voluntarias com forsosas y en aquellas y en quiscuna dellas tractar y contractar, vender las robas y mercaderías y partidas de vi baratarlas ab altras descarregarse y tomarse à carregar de altras o los diners procohirar de aquellas sobre la mateixa barca37.

    25Le tout est assuré à 46 % l’an par Joan Lapeyra, Joan Maymó, Francesch Lleonart38 et Laurent Soleil, ainsi que par d’autres marchands catalans.

    26Nous retrouvons un groupe solide, déjà habitué des expéditions et de leurs assurances du temps de Philippe Soleil. Laurent, lui est expéditeur et assureur. Il appuie son activité sur les trois piliers du commerce catalan dont deux réputés de contrebande : le textile pour nourrir les circuits jusqu’à Cadix, l’argent à redistribuer vers Marseille et au-delà, et le vin ou l’aiguardent (eau-de-vie), spécialité catalane, alors très prisée39. D’autres contrats montrent que Soleil s’est impliqué particulièrement dans la vente de vin et d’eau-de-vie40.

    27En effet, une tentative de règlement à l’amiable avec un tonnelier (dolearius) de Barcelone, Joan Baptista Arbolí, atteste d’un commerce de vin plus important de la part de Laurent Soleil et un envoi immédiatement après la trêve de la politique des Réunions. L’affaire pour laquelle les deux marchands sont en désaccord date de 1684. Les explications données dans la préparation du règlement à l’amiable permettent de comprendre mieux le fonctionnement de Laurent Soleil. Le 28 août 168641, les deux hommes, avec chacun un médiateur, se retrouvent pour trancher le différend. Arbolí dit avoir loué en mai 1683 à Laurent Soleil pour 25 livres par mois, « cinquante-quatre outres, c’est-à-dire outres de vin, du type suivant : vingt-huit outres contenant chacune six mesures, et vingt-six contenant chacune trois mesures »42. On apprend donc que 246 mesures de vins sont destinées à la vente.

    28Dans l’acte du 13 mars 168743, le compromis est signé et nous apprenons que Soleil prétend qu’il a fait cette location pour le patron Nicolas Beaumont et qu’il a assuré le chargement le 17 juillet 1684. Il prétend que le chargement n’était pas pour lui, mais qu’il a agi comme consul de la nation pour Nicolas Beaumont. Son argument consiste à dire qu’il n’aurait pas assuré le chargement s’il en était le détenteur. Il est pourtant parmi les assureurs de ses chargements en 1682 et le patron est déjà Nicolas Beaumont. Arbolí dit ne pas connaître Nicolas Beaumont, Laurent Soleil finit par accepter de payer. Tout porte à croire que ce chargement, comme ceux de 1682 et 1683, est, en partie tout du moins, celui de Soleil et qu’il l’expédie grâce au patron Beaumont, famille de patrons qui accompagnent ses chargements des années 1680 jusqu’en 1704.

    29Malgré ces actes qui confirment les activités de Laurent Soleil, manquent encore plusieurs éléments pour comprendre comment il gère son héritage. D’une part, il poursuit ses activités au sein de boutiques textiles, puisqu’il revend les parts qu’il a dans l’une d’entre elles en octobre 168644 et il participe à une autre en 1684 avec Mariano Casanovas, marchand de toiles, dont les archives sont perdues45. Dès avant 1684, il n’a sans doute jamais cessé d’avoir des activités dans des compagnies ou des boutiques de toiles. En effet, il effectue des envois de robas entre temps et côtoie tous les marchands de toiles. Certes, il a pu également servir de simple relais aux affaires de la famille à Lyon46 dans un premier temps, mais il a vraisemblablement constitué des compagnies entre 1679 et 1684 pour expédier du textile et du vin.

    1.3 Produire pour exporter : le vin comme première expérience

    30Comprendre où Laurent Soleil se fournit en vin est une question importante, puisqu’il conserve cette activité jusqu’à la fin de sa vie. Le vin est une production locale, non une réexpédition. Les producteurs catalans sont alors en concurrence avec le vin produit notamment en Languedoc. Durant ces années, Laurent Soleil développe lui-même sa production47. Avec cette production, permise par le développement d’un capital foncier et la possession de terres viticoles, une nouvelle stratégie économique commence à poindre. Outre la réexpédition de produits importés depuis Lyon et Marseille, Laurent Soleil développe la production et l’exploitation des denrées produites sur ses terres48. Son souhait de développer le commerce de son vin n’est donc pas un cas isolé, mais a tendance à se systématiser notamment au-delà de la guerre de la Ligue d’Augsbourg.

    31Ce qui a précédé son changement de stratégie économique est l’acquisition d’un domaine, lui offrant une assise foncière, comme un moyen de production. Plusieurs actes et procès nous permettent de déterminer la probable source principale de matières premières de Laurent Soleil en Catalogne : le mas Ferrer situé dans la paroisse Sant Feliu de la commune d’Alella. Son souhait de se constituer un capital foncier date, semble-t-il, au plus tard, de la mort de son frère et de la donation de son père.

    32Un premier acte49, toujours lié à la donation de son père, montre qu’il développe une logique foncière au plus tard à la fin des années 1670 en récupérant des cens en argent, comme dans cet exemple, ou en nature. On apprend qu’il vend en 1686 un cens de 124 livres 11 sous 3 deniers à Joseph Duran pour 2691 livres qu’il détenait depuis 167950. Cependant, ce sont les cens en nature et ses possessions foncières qui peuvent expliquer sa capacité à produire des marchandises.

    33C’est une série de procès51 débutée en 1689 entre Laurent Soleil et une famille, les Ferrer, qui nous permet de connaître l’existence de cette propriété foncière détenue par Soleil dans la paroisse de Sant Feliu d’Alella52, le « mas Ferrer » vendu par Pau Ferrer avant 1681 pour 4000 livres53. Le procès traite du désaccord sur le paiement d’un cens à Soleil. Il permet de connaître en détail la propriété, notamment grâce à un état des lieux. On apprend qu’il y a plusieurs pressoirs, des charges de vins, des centaines d’arpents de vignes, de céréales et des têtes de bétail. Cette propriété est vraisemblablement le lieu où Laurent Soleil fait produire son vin. Sa position, entre Barcelone et Mataró et à deux kilomètres de la côte, doit s’avérer fort pratique pour acheminer les cargaisons vers l’un ou l’autre des deux ports.

    34La donation paternelle lui a donc permis de constituer ou de consolider une assise foncière dans Barcelone : il s’installe définitivement dans le quartier où son frère louait une maison54. Outre une meilleure position au cœur du quartier marchand de la paroisse de Santa Maria del Mar, il achète des cens, dont nous ne connaissons malheureusement pas souvent la teneur et la localisation, qui peuvent contribuer à l’acquisition de produits locaux ou à la production de biens propres. Enfin, il consolide sa présence dans une propriété foncière idéalement placée entre le port de Mataró, où la pression de la fiscalité est plus aisément contournée, et la ville, où il exerce ses fonctions de marchand et de consul à la manière des grands marchands catalans55. Cette propriété dont il achète de nouvelles parts notamment en 168756 constitue une clé importante pour comprendre l’évolution de la stratégie économique de Laurent Soleil.

    35Pour ce dernier, la décennie précédant la guerre de la Ligue d’Augsbourg constitue à la fois une période de commerce continu et florissant et une période de capitalisation foncière d’une partie de la donation effectuée par son père. Laurent Soleil expédie des biens produits (le vin) et des textiles. Son activité s’inscrit clairement dans ce que Pontchartrain souhaite pour ses marchands, le cabotage le long des côtes espagnoles pour récupérer l’argent issu du commerce effectué avec les Amériques. L’originalité de Soleil est qu’il agit malgré son rôle de consul, qu’il s’appuie sur un réseau local fort et une assise foncière dans et hors de Barcelone. Fait nouveau ou continuité, les sources nous permettent d’affirmer qu’à partir de 1684 il reprend une activité croissante dans des compagnies et tente d’introduire de nouvelles pratiques proto-industrielles en Catalogne. Si la guerre marque un coup d’arrêt, son esprit d’entrepreneur prend, dans les années qui la précèdent, une nouvelle dimension.

    2. Laurent Soleil, un phénix de Catalogne ?

    36À partir de 1684, Laurent Soleil relance plusieurs affaires. Il est dur de dire si la création de compagnies est un réel renouveau, du fait de l’absence de sources exhaustives et de la possibilité d’exploiter l’ensemble de celles existantes57. En revanche, sa volonté d’aller au-delà de la simple boutique de distribution pour développer le brevet d’une machine à filer venue de France montre un esprit d’entreprise certain. Cet esprit va audelà de ce que Pierre Vilar définit comme entrepreneur58, car il implique une volonté d’innovation non explicitée dans la définition que ce dernier donne du mot. Après le développement du commerce de biens issus de sa propriété, il atteint un second échelon dans la prise d’initiative en développant de nouvelles méthodes et créant sur place ses produits textiles. Cette tentative s’arrête avec la guerre, de ce fait, sa stratégie commerciale en est définitivement changée. En effet, son esprit d’entreprise s’inscrit parfaitement dans une dynamique plus longue qui trouve son aboutissement, en Catalogne, après 1716 mais qui est déjà dans l’air du temps dans les années 1680.

    2.1 Les théories économiques catalanes des années 1680

    37La tentative de Soleil n’est pas une initiative isolée, elle naît dans le contexte très particulier de Barcelone où paraissent dans les années 1680 plusieurs ouvrages sur le chemin que doit suivre la province en termes d’initiatives économiques. Dans la continuité des théories économiques nées dans la première moitié du XVIIe siècle, deux ouvrages sont à citer : Político discurso59, de Narcís Feliu de la Penya, paru en 1681 et destiné aux corporations textiles de Barcelone ; puis Fénix de Catalunya60, ouvrage de référence, publié en 1683, par Feliu de la Penya et Martí Piles, un boutiquier de toile, proche de Laurent Soleil.

    38L’historiographie catalane a toujours pour sujet d’étude l’interprétation de ces ouvrages et la mise en pratique des théories qu’ils sous-tendent. Les travaux de Pierre Vilar61, entre autres, posent la question suivante : quelles ont été les conditions de la relance et de la proto-industrialisation de la Catalogne ? Les écrits de Feliu de la Penya avant et après la guerre de Succession d’Espagne sont une source essentielle pour réfléchir à cette question depuis leur mise en lumière par Pierre Vilar62.

    39En effet, les deux auteurs Narcís Feliu de la Penya63 et Martí Piles ne portent pas seuls leurs idées, ils représentent un groupe. Le premier est issu d’une famille de marchand et, même s’il y a débat, semble avoir eu une activité économique avant de se spécialiser en droit64. Il devient avocat, économiste et publiciste au service des intérêts de la bourgeoisie textile. Il est représentant dès 1684 à la junte de commerce de Madrid où il peut mieux défendre ses théories. Le second, originaire de Vic, évêché de l’arrière-pays du Maresme, est boutiquier de toile, marchand actif dans le Maresme et à Barcelone et membre de la congrégation de Sant Julià. Le groupe derrière les deux hommes est notamment composé de marchands originaires de Vic et de marchands bourgeois de Barcelone et du littoral catalan.

    40Le Fénix de Catalunya65, est une proposition pour moderniser et adapter aux problématiques de leur temps l’industrie et le commerce de la Catalogne. Au cœur de cette proposition se trouve le souhait de créer une industrie textile locale pour éviter de recourir aux compétences étrangères. Cette industrie permettrait d’accomplir un projet phare et plus novateur : la création d’une compagnie sur le modèle de la VOC hollandaise où les capitaux serviraient équitablement l’investissement dans l’industrie, le commerce et la navigation. La théorie développée dans le Fénix de Catalunya est directement liée à celle explicitée dans le Político discurso de 1681.

    41Ce premier texte est né d’une demande des marchands des quatre corporations textiles les plus puissantes de Barcelone à Narcís Feliu de la Penya. Ils lui demandent alors d’analyser leur situation de crise et de proposer des solutions. Déjà, les conséquences des importations étrangères en Catalogne sont pointées du doigt, comme c’est le cas plus généralement en Espagne à l’égard de cette dépendance envers les marchés extérieurs. La phrase, tirée de ce texte et reprise par Henry dans son introduction à l’édition du Fénix de Catalunya, explique le nom donné par Feliu de la Penya à sa théorie et exprime son souhait : « Renazca pues, el comercio en Cataluña, qual otro Fénix de sus cenizas »66.

    42Feliu de la Penya ne fait pas l’unanimité parmi ses contemporains. En effet, Martí Piles, considéré comme le véritable penseur du Fénix, appartient à un groupe relativement nouveau sur la place catalane et proche des milieux marchands du Maresme qui se détachent des réseaux anciens de Barcelone. Les marchands qui dépendent entièrement du commerce de textiles étrangers, notamment pour le luxe ou pour la fourniture aux armées, ont leurs représentants dans les instances catalanes pour défendre leur point de vue ; la noblesse, consommatrice des textiles de luxe importés toujours grâce aux marchés étrangers, ne peut voir également d’un bon œil cette initiative.

    43Le réseau de Martí Piles se caractérise par un renouveau initié autour de la production viticole et de l’exportation du vin et de l’aiguardent depuis Mataró67. Ce système permet donc un équilibre entre production, commerce et navigation et doit être adapté à l’industrie textile. Cependant, les corporations textiles catalanes ne souhaitent pas pour autant changer leurs habitudes, comptant sur leurs privilèges et sur la taxation des importations pour maintenir un système qu’elles dominent.

    44Au-delà d’un projet économique, Feliu de la Penya dresse ainsi un projet social et politique qu’il défend devant les Corts de 1706. Ainsi, il n’est pas possible d’analyser la mise en place de ces théories sans faire l’analyse des enjeux politiques et économiques. Cependant, l’enjeu politique prend une dimension beaucoup plus importante avec le changement dynastique. Dans un premier temps, les enjeux économiques et sociaux sont prépondérants et expliquent, à eux seuls, l’échec des premières tentatives de concrétisation de ces théories.

    45Pour que réussisse le projet de compagnie à la façon de la VOC, une première étape est nécessaire : s’affranchir de l’implication des étrangers dans les échanges commerciaux catalans en développant les produits et donc l’industrie localement. Pour cela, Feliu de la Penya et le groupe qui lui apporte ses théories économiques se doivent d’espionner les méthodes à importer. A priori, ce constat est très peu favorable aux marchands français tels que Laurent Soleil dont la famille, depuis les années 1650, vit sur le principe mis à mal par la théorie de Feliu de la Penya68.

    46Les historiens admettent qu’avant la guerre de Succession d’Espagne et la création de la Compagnie neuve de Gibraltar69, en 1709, aucune initiative globale en ce sens n’a fonctionné. Cependant, des initiatives d’introduction de fabriques textiles en Catalogne ont eu lieu. L’historiographie date70 la première vraie initiative avec la création de la Companya de Santa Creu en 1690, administrée par Martí Piles et à laquelle Feliu de la Penya et des membres de sa famille prennent part. Cette compagnie se caractérise par le nombre de pièces de toiles produites (jusqu’à 160000) et par la fabrique de toiles à la façon flamande. Une autre compagnie est créée en 1693 par Martí Piles avec Jaume Teixidor, Joan Maymó et Arnold de Jager sous le nom de Companyia de Sant Benet i de Sant Julià dont le but, grâce à un privilège du vice-roi, est de fabriquer et teindre des « telas cruas »71. Pourtant, Martí Piles a créé dès 1688 avec Laurent Soleil une compagnie qui tente d’appliquer les théories qu’il développe.

    2.2 Une initiative précoce : Martí Piles et Laurent Soleil

    47Avant de s’interroger sur le contrat passé entre Martí Piles et Laurent Soleil, il faut se demander comment Soleil, marchand français, a pu devenir l’associé du théoricien de la relance économique catalane. Martí Piles défend des théories qui condamnent l’introduction de marchandises étrangères, car elles ne permettent pas à l’économie catalane de progresser, et qui souhaitent rendre aux marchands locaux l’initiative de la production et du commerce. Laurent Soleil, dans la continuité des activités de son père, importe des produits en Catalogne pour les revendre sur place à des marchands catalans ou le long de la cote espagnole. De plus, consul de France en Catalogne, il a pour mission la protection des intérêts des marchands français. Ces deux profils paraissent en de nombreux points incompatibles.

    48Cependant, pour développer l’industrie locale, il faut connaître les méthodes employées dans les pays étrangers, importer les pratiques et avoir assez de capitaux pour se lancer. Laurent Soleil fait affaire en 1688 avec Martí Piles qui choisit, en 1693, Arnold de Jager pour développer une fabrique de toiles tissées à la façon des Flandres72. Laurent Soleil, comme Arnold de Jager, constituent pour Martí Piles des associés de longue date, leurs intérêts sont dans le développement du commerce à Barcelone, car, comme on l’a montré, Laurent Soleil est mieux implanté à Barcelone que la plupart des marchands français, qui n’ont pas une telle assise foncière et financière73.

    49La relation directe des deux hommes et les pratiques commerciales de Laurent Soleil expliquent encore davantage le choix de Martí Piles. Comme démontré précédemment74, Laurent Soleil suit déjà la logique prônée dans le Fénix en participant de la production et de la commercialisation du vin. De plus, Martí Piles est celui qui assure la vente des parts de Laurent Soleil en 1679 quand est dissoute la compagnie avec Joan Maymó75. Il déclare, la même année, connaître Laurent Soleil depuis cinq ans76. Il faut enfin ajouter que le témoin du mariage de Laurent Soleil est originaire de l’évêché de Vic, la ville même d’où est issu Martí Piles comme le groupe de marchands dont il porte les intérêts. De toute évidence, Martí Piles connaît bien le consul et estime pouvoir lui faire confiance : commence ainsi leur association.

    50Cette dernière est connue grâce à un procès intenté par le syndic de la confrérie des boutiquiers de toile de Barcelone à l’encontre de Martí Piles en 1688 et dont les archives sont en partie conservées77. Martí Piles attaque le syndic qui a confisqué les vêtements de sa compagnie en pénétrant la semaine précédente dans la boutique. L’argument avancé par le syndic est que Martí Piles a servi de prête-nom à Soleil, véritable administrateur de la compagnie, ce qui n’est pas permis selon le règlement de la corporation, ce dernier étant étranger, et la boutique de la compagnie devant se tenir chez Martí Piles et non chez Soleil.

    51Dans un premier temps, plus que la raison de la discorde entre le syndic et Martí Piles, c’est l’objet de la compagnie et ce qu’on peut en tirer de son organisation qui doit attirer l’attention. L’acte de création est signé le 8 juillet 1688 pour 12 ans, alors que la guerre est sur le point d’éclater. Cette période est beaucoup plus longue que celle habituellement prévue pour les compagnies. Elle est liée à l’obtention le 29 février 1688 d’un privilège de la part du vice-roi par Martí Piles qui indique : « Li fonch donada facultat de poder librament usar de la nova forma per ell inventada de filar fil de qualselvol materia que sea en un torn disposat en lo modo y forma que en lo [?] de dit Real Privilegi »78.

    52Selon ce qui est prévu, la compagnie se concentre donc sur une méthode de fabrication qui est « la découverte » de Martí Piles. Mise sous le patronage de Saint-Antoine de Padoue, les statuts indiquent qu’elle est prévue pour « fer una fabrica de tarades79 y altras convenent a dit Soleil ab los pactes seguents », ce qui est précisé et vérifié ainsi : « Esta pactat que per satisfacio de dit Soleil se compraran deu quintars de lanam pentinat o sense pentinar per fer la prova y resultant que las taradas sent tegnidas »80. Il s’agit donc de tisser de la laine pour produire sur place des pièces. Le procédé ne semble pas fermé et toute initiative est permise.

    53Laurent Soleil demande des garanties de fonctionnement, car il s’engage jusqu’en 1702 et apporte un capital conséquent de 9400 livres. Le procédé doit assurer 25 % de bénéfices à la compagnie et Laurent Soleil est désigné comme administrateur. À ce titre, il doit obtenir 8 % par an d’intérêts sur ses investissements. La boutique est installée chez Soleil avec un loyer payé par Martí Piles. Par la même occasion, son fils est apprenti et est inscrit par Martí Piles sur la liste des apprentis boutiquiers de toiles de la ville. Enfin, Martí Piles ne peut céder pendant les douze ans le privilège à d’autres sans l’accord de Soleil qui, au bout des douze ans dira s’il souhaite continuer.

    54Laurent Soleil est, pour la première fois, nommé comme administrateur d’une boutique, ce qui normalement n’est admis que pour des marchands naturalisés. C’est là une manière de reconnaître qu’il l’est pour Martí Piles qui le précise au cours du procès, car Laurent Soleil est présent depuis plus de dix ans à Barcelone. Inscrire son fils comme apprenti permet à la famille d’effectuer une avancée à la manière des Lapeyra quelques décennies plus tôt81. Celui-ci serait un maître de toiles de la ville et rien ne l’empêcherait ainsi d’être un marchand catalan à part entière.

    55Le syndic intervient donc pour arrêter la compagnie. Martí Piles défend Laurent Soleil et argumente en avançant que la compagnie loue une partie de la maison de Soleil et qu’il est présent à Barcelone de longue date, donnant un long descriptif de ses activités. Le jugement final du procès n’est pas présent, mais il semble que les deux hommes n’ont pu reprendre leur affaire après septembre 1688. La création en 1690 de la compagnie de Santa Creu, construite sur le même privilège, montre que Laurent Soleil n’est plus de la partie. Malgré la défense de Martí Piles, le syndic a remporté le procès et écarté Laurent Soleil des projets économiques innovants menés peu avant la guerre.

    56Dans ce contexte, Martí Piles défend fortement Soleil, ce qui peut paraître étonnant. Cependant, cette défense se comprend mieux quand on sait que le syndic est ennemi des théories développées par le Fénix et qu’il ne veut pas voir se développer une telle compagnie qui a les trois composantes : production, commerce et navigation. En effet, Soleil a montré qu’il a le savoir-faire pour le commerce et la navigation. Il tient boutique depuis longtemps et effectue des expéditions avec son réseau de patrons comme Beaumont. Son rôle de consul lui permet de trouver des débouchés commerciaux et des patrons.

    57Par son activité à Alella, Soleil a montré qu’il suit la même logique économique que celle prônée par Martí Piles. Cependant, il ne peut obtenir le privilège du vice-roi. Il accepte donc de prendre tous les risques en termes d’investissement, mais le contrat de la compagnie prévoit une redistribution beaucoup plus équitable des bénéfices pour Soleil que pour Martí Piles. Outre les intérêts et les revenus d’administrateur, Soleil encaisse le loyer et 2/3 des bénéfices. Sans doute Martí Piles accepte-t-il cela, car il est difficile de trouver un marchand qui possède à la fois les moyens financiers et le réseau pour se lancer dans un tel projet. En outre, en cas de succès, ce projet en appelle d’autres et permet de modifier durablement l’économie catalane. Martí Piles voit dans cette compagnie une manière de tester sa théorie, peu doit lui importer le retour à court terme sur investissement.

    58Cet échec est donc à mettre en perspective avec la relance économique catalane qui ne se concrétise qu’après 1705. Laurent Soleil, par son intégration, sa vision du commerce et son pouvoir politique, a été choisi comme un candidat sérieux par les théoriciens de l’économie catalane dont il est proche. Ce projet replace le consul non seulement dans un réseau économique, mais aussi dans un réseau politique et idéologique. Au-delà des consignes qu’il reçoit du secrétariat d’État, localement, s’exerce une forte influence qui a changé sa vision du commerce en une décennie. Cette expérience a une importance capitale avant et après la guerre. S’il ne peut poursuivre ce projet, ce sont les membres de son groupe qui le parachèvent.

    3. La guerre et le commerce : une incompatibilité ?

    59Dans les mois qui précèdent directement la guerre de la Ligue d’Augsbourg, Laurent Soleil développe et diversifie donc ses activités avec Martí Piles ou avec d’autres marchands catalans. Sa position de consul en fait un représentant des intérêts français. Dans un climat francophobe comme peut le montrer le procès fait à son associé, Laurent Soleil garde confiance en ses affaires et celles des Français. Pourtant, à l’issue de la guerre, il indique avoir en grande partie perdu sa fortune et avoir dû s’exiler sept mois à Madrid82. Un tel événement paraît marquer les limites de sa fonction de consul à son activité de marchand. Il convient d’étudier plus précisément leur lien afin d’en déterminer le poids dans les choix effectués dans un contexte conflictuel régulier.

    3.1 Retour à la botiga : 1687-1689

    60L’approche de la guerre n’entame en rien l’activité de Laurent Soleil. Si la francophobie l’a empêché de mener à bien son projet avec Martí Piles, son attitude montre qu’il ne craint pas l’arrivée de la guerre pourtant annoncée par les patrons83. Régulièrement, entre les trêves d’août 1684 et la guerre d’avril 1689, il se renseigne, dans sa correspondance consulaire sur le maintien de la paix. Il porte manifestement une confiance absolue à l’information provenant de Seignelay plutôt qu’aux rumeurs. Il considère également que la guerre ne constitue pas un risque assez conséquent pour arrêter ses affaires. Cependant, l’échec de l’expérience avec Martí Piles l’oblige à revenir à des pratiques plus classiques.

    61Il a déjà pris un premier tournant en 1686-1687, sans doute pour saisir l’opportunité proposée par Martí Piles. Le changement d’activité est sensible avec deux décisions prises le même jour : la vente, pour près de 3000 livres à Joseph Duran, du cens déjà évoqué qu’il possédait depuis 167984 et celle de ses parts dans la boutique détenue avec March et Llaurador pour 5500 livres85. Cette double décision indique un besoin de libérer rapidement des capitaux qui correspondent presque aux 9400 livres investies dans la compagnie avec Martí Piles, c’est-à-dire environ 25 % de ce que son père lui avait laissé en 1679.

    62Cette préparation des capitaux montre qu’un projet existe dès octobre 1686. Quand il échoue, en 1688, Laurent Soleil décide de réinvestir. Il fonde une nouvelle compagnie, à l’extrême fin de 1688, avec les frères Casanovas86. Tout semble donc se poursuivre selon sa logique habituelle. Il y investit 8000 livres, soit 85 % des parts investies dans la compagnie de Martí Piles. Laurent Soleil se tourne vers les partenaires habituels, puisqu’il a déjà fait affaire avec Mariano Casanovas, probablement un membre de la même famille, en 168487.

    63Les frères Casanovas sont dits pour l’un vitrier et pour l’autre boutiquier de toiles. Le premier, Antoní, investit 1100 livres, le second, Joan, est nommé administrateur. Cette compagnie est prévue pour trois ans (jusqu’à Noël 1691). Laurent Soleil agit dans cette affaire comme les grands négociants barcelonais qui investissent dans des compagnies à la tête desquelles ils placent un administrateur pour pouvoir développer d’autres compagnies ou d’autres activités88. Il prévoit une durée courte de trois ans, mais n’hésite pas à investir beaucoup d’argent. Nulle autre source n’a été trouvée sur les activités que Laurent Soleil mène en parallèle. Peut-être prévoyait-il de participer directement ou indirectement au projet que Martí Piles met en place en 1690.

    64Il faut retenir de cette nouvelle compagnie l’attitude de Soleil durant une période où la guerre est ouvertement annoncée et prévisible. Comme en 1684, il ne craint pas de se lancer durant des périodes de rupture. On peut supposer qu’il part d’un double constat. Premièrement, il connaît assez bien ses alliés catalans et jouit de leur confiance pour dissoudre en cas de besoin une affaire et récupérer son investissement. Deuxièmement, il considère qu’il peut plaider auprès du secrétaire d’État en cas de perte de biens. Cependant, les conditions semblent avoir changé en quatre ans : son activité marchande est sans doute moins acceptée par la France et la position des Français est fragilisée à Barcelone. L’attend alors une guerre, véritable tournant dans sa vie de marchand. Cependant, il montre toujours, à travers sa carrière de consul et de marchand, une attitude opportuniste aux approches des guerres et ne déroge pas à son habitude à la veille de la guerre de la Ligue d’Augsbourg.

    3.2 Le consul et la guerre : une stratégie ?

    65La famille Soleil a été régulièrement confrontée à la guerre, sa longue présence à Barcelone atteste d’une capacité à s’y adapter ou, du moins, à la surmonter. L’attitude de Jean Soleil dans les années 1650, le discours de Laurent Soleil dans ses échanges épistolaires avec le secrétariat d’État et ses actions comme marchand marquent clairement une volonté de poursuivre les affaires malgré la guerre ou immédiatement avant ou après elle89. L’avantage est de profiter d’un commerce de contrebande lucratif ou d’être le premier à envoyer ses marchandises dès qu’une trêve est annoncée. Être consul constitue alors un avantage : celui d’avoir des informations fiables et récentes, véritable atout pour son activité marchande.

    66En effet, sa position lui permet de profiter d’un autre canal, celui de la politique en plus des réseaux marchands. Comme vu précédemment90, le consul se renseigne auprès du secrétaire d’État de la Marine au sujet des risques de guerre, car « publier la guerre et faire représailles, tout est fait en un moment ». Il fait, à plusieurs reprises, le pari du risque : en 1684, il envoie sa marchandise quelques jours avant la signature des trêves91 ; en 1706, il obtient pour son fils et lui-même un nouveau passeport de la part du vice-roi comme son père un demi-siècle plus tôt, pour commercer entre Lyon et Barcelone92. Quand un chargement lui est confisqué, en 1684, il compte sur le secrétaire d’État pour être remboursé93. Actions comme échanges d’informations nous poussent à déduire que les Soleil considèrent la guerre sinon comme un atout du moins comme un moment privilégié de prise de risques avec comme assurance la fonction consulaire ou les licences accordées.

    67L’attitude de sa veuve après sa mort montre une nouvelle fois la continuité de la logique voulue par le consul. En 1706, mis au cachot puis chassé de Barcelone, l’ensemble de ses biens sont confisqués. Sa femme et ses enfants fuient à Madrid. Après sa mort, sa veuve n’a de cesse de demander réparation, son mari ayant été au service du roi. Daubenton de Villebois appuie sa demande et nous informe de ses suites :

    Le roy d’Espagne a acordé à la demoiselle Soleil, et à ses 7 enfants, 2000 ducats par an, et un logement, autant parce qu’elle est veuve d’un consul de la nation, et chargée d’une grosse famille, que parce que l’archiduc a confisqué et donné ses maisons, fermes, et meubles au comte de Foncalada et à sa femme et parce qu’elle a justifié qu’ils valoient environ 40 mil écus94.

    68Le roi d’Espagne, par l’intercession des tutelles françaises des consuls95 a donc reçu favorablement la demande de la veuve. Le contexte, tout à fait particulier n’empêche pas de préciser les deux aspects souvent mis sur le même plan par les consuls : le service du roi et les pertes dues à la guerre justifient qu’ils soient aidés. En outre, nous savons que Laurent Soleil a obtenu un passeport et a tenté de commercer pour l’archiduc. L’échec et la mort de Soleil à Perpignan permettent à sa veuve de revendiquer, comme en 1684 ou en 1698, que le service du roi a coûté cher au marchand Soleil. Cette affaire depuis l’obtention du passeport jusqu’à la pension accordée marque la prise de risque dans des moments clés des guerres. Dans cette ultime tentative, Laurent Soleil a pris trop de risques, mais ils s’avèrent, mutatis mutandis, payants pour sa famille.

    69La question qui se pose alors est celle du groupe avec lequel Soleil échange les informations. S’agit-il de maîtriser ces informations pour en faire profiter l’ensemble du groupe français qui est à Barcelone, l’ensemble des patrons, marchands, négociants susceptibles de faire du commerce à Barcelone ou seulement les personnes, peu importe leur nation, associées à Laurent Soleil ? Peut-être Laurent Soleil se contente-t-il de donner les informations pour assurer la sécurité du commerce, mais ne permet pas à n’importe qui de prendre des risques grâce au commerce en temps de guerre ?

    70Les sources ne permettent pas de donner une réponse sûre. Les patrons, toujours les mêmes, qui effectuent les chargements de Soleil sont informés et appartiennent aux associés. Les sources ne donnent pas, avant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, l’impression que Laurent Soleil entretient un réseau avec des Français installés en Catalogne, qui constitueraient l’équivalent d’une nation française. Il paraît être le marchand français principal, pour ne pas dire unique, à résider à Barcelone. Le groupe français n’est plus celui de 1616 lors de l’inauguration de la chapelle des Français96. Il n’en existe aucune description, aucune allusion dans les lettres du consul au secrétariat d’État. La fonction consulaire paraît, au fil des lectures de sa correspondance, constituer surtout une aide au marchand qu’est le consul.

    71Pourtant, il est légitime de se demander quel intérêt le marchand Soleil a d’être consul. Cette fonction l’expose davantage en cas de guerre, or sa famille a construit sa réussite sur la possibilité de participer à un commerce de contrebande en temps de guerre. Sa correspondance donne des indices pour comprendre ce que le marchand Soleil cherche à obtenir de sa fonction consulaire. Si l’on s’en tient à son discours, la charge de consul et sa présence à Barcelone en temps de guerre relèvent davantage de la fatalité que d’une stratégie commerciale, pour lui comme pour ses homologues. Il répond, au début de la guerre de Succession d’Espagne à Pontchartrain en ces termes :

    Je vous diray sur ce que vous me dites d’avoir félicité le compte de Palme97, vice roy de Cattalogne que vous croiez que je l’ay fait accompagné des marchands françois de la nacion (c’est ce que je souhaiteres fort qu’il y en eust) mais ce pais aiant esté continuellement en guerre l’on l’est en a sorti malgré qu’ils en aient eu, leurs confiscant entièrement leur bien bien que sy je y ay resté sa ha esté pour obéir à un paire lequel m’y maria pour m’y faire rester [...] il n’y a qu’un François, marchant qui s’y est abitué du depuis la paix, je crois que toutefois que dorénavant il ne manquera pas à quelque marchant françois de s’y venir établir faisant le mesme comme les Anglois ont fait en Alicant puisque l’on voit une paix de longue durée et plus tost l’on voit une guerre avec les Holandais et Anglois, et quant quelques uns y viendront abiter je ne manqueray de vous en advertir quoique la coutume et les privilèges des confraries de cette ville est très nuisible aux étangers98 avec en plus le droit de lleude qu’il faut qu’ils paient les marchandises qu’ils entrent jusqu’à ce qu’il y aie un an et un jour qu’il soit marié.

    Le consul d’Holande est marié du depuis ou environ quinze ans, ainsy que son associé99, il n’y a point d’autre maison holandoise et ne fon pas comte d’en sortir quoique il eut guerre croiant que l’on ne fera pas les injustices que l’ont fait à la nacion françoise l’année 88 à la publicacion de la guerre ou l’on confisca tous les biens.
    Le consul anglois100 est percousioné101 et a vendu tout ce qu’il avoit en biens terrins et marchandises et atten l’heure sy l’on publiera ou non la guerra, il n’y a poin d’autre maison que la siene n’estant poin marié102.

    72Se dégage un groupe de consuls étrangers qui paraissent être les uniques représentants de leur nation ou presque. Leur attitude à l’égard des dangers de la guerre n’est pas la même : Joan Kies, consul hollandais, est présenté comme confiant de sa position ; Shallet, consul anglais, beaucoup plus méfiant. Pourtant, Joan Kies et son associé Arnold de Jager subiront également les conséquences de la guerre. En 1705, à la suite du pacte de Gênes et de l’alliance anglo-catalane, ils se retirent des affaires, non sans avoir déjà subi pleinement la crise économique de 1703103.

    73Cette description, outre la réalité des sources, montre que les seuls étrangers en contact avec les grands marchands catalans sont consuls. À quel point, en 1679, ce constat était-il déjà fait par Jean Soleil ? En 1701, quelle est la sincérité de Laurent Soleil quand il signale que seul le vœu de son père le retient à Barcelone ? De toutes les manières, le choix de Soleil en 1679, comme celui de Jean Rey dix ans auparavant, est celui du marchand le plus actif dans la ville. Ainsi, le consul-marchand est presque la seule figure marchande que l’on peut distinguer dans les sources parmi les nations étrangères présentes à Barcelone entre la paix des Pyrénées et la fin de la guerre de la Ligue d’Augsbourg104.

    74Le parcours de ces consuls étrangers est très similaire, même s’il diffère lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg et permet aux consuls de la province hollandaise et d’Angleterre d’occuper le terrain des affaires. Tous trois sont marchands, installés dans les années 1670, en affaire avec les mêmes personnes et exercent des activités très semblables105, tout comme le consul génois, Queffi, absent de la lettre de Soleil. À travers sa correspondance, Soleil compare souvent sa situation à celle des autres consuls. Au-delà d’une comparaison rhétorique, pour tenter d’obtenir une meilleure considération, comme il se compare aux consuls du Levant dans sa correspondance avec la Chambre de commerce de Marseille, ne peut-on pas y lire la considération d’une position similaire non seulement comme consul, mais aussi comme marchand ?

    75Se dégage alors une figure que l’on a choisi de qualifier de « consul marchand », seule à tenter de s’implanter aussi fortement et aussi durablement. Il ne faut pas considérer cette implantation comme un simple devoir lié à son statut. S’il est possible de mieux réussir comme marchand sans être consul, il n’y a aucune raison, comme le font Kies ou Soleil, de garder leur charge plusieurs décennies. Le climat belliqueux catalan ne permet pas, comme Emili Giralt i Raventós l’a notamment montré106, aux marchands de trouver des conditions suffisamment sûres pour s’établir durablement. Être consul devient une stratégie marchande pour mieux faire face à la situation instable de la province. La charge est explicitement utilisée comme une assurance contre les effets de la guerre.

    76En effet, Laurent Soleil invoque à plusieurs reprises ce droit de recevoir réparation des effets de la guerre comme serviteur du roi. Son discours laisse entendre qu’exercer une charge royale lui assure une certaine impunité ou, du moins, une indemnité en cas de pertes. Ainsi, dès 1684, il commente, dans ses lettres, les confiscations qui ont lieu en Catalogne. Il aborde alors son cas personnel et considère que le service qu’il assure pour le roi doit lui permettre d’être remboursé des dommages qu’il peut subir sur ses biens propres, ses marchandises ou en défendant les biens des autres Français :

    J’ay prié Monsieur de Tourbat107, intendant de Roussellon, de vouloir avoir pour agréable que s’il y a quelque confiscacions en dit Rossellon de vouloir m’en advertir à cette fin que estant personne au service de Sa Majesté Très Chrétienne et par ce, se sujet m’estant confisqué ce que j’ay que j’aye par ce moyen la mesme satisfacion par voye de France, je reste confié Monseigneur de vostre protection sur ce sujet et que par vos moyens ce qui me sera confisqué icy me sera tourné en France108.

    77Il obtient satisfaction quand, en octobre 1684, il remercie Seignelay de lui avoir permis de retrouver son chargement, conservé à Agde, par l’intermédiaire d’un ami de son père109. S’il obtient en 1684 gain de cause, ce n’est pas toujours le cas. Cependant, il ne cesse de considérer que le roi doit compenser les pertes qu’il a subies, notamment à la suite de la guerre de la Ligue d’Augsbourg110.

    78La Catalogne connaît à cette époque une situation instable si bien que certains historiens, à la suite d’Emili Giralt i Raventós111, y voient la justification du peu de confiscations de biens français, au moment de la déclaration de la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Ils interprètent ce faible niveau comme une lassitude des marchands français ayant renoncé à installer leurs affaires en Catalogne112. Laurent Soleil subit, au contraire, d’importantes confiscations. Son discours récurrent sur une nécessaire compensation permet de mieux comprendre la vision qu’il a de la commission consulaire et, avant tout, quel rôle cette charge joue pour le marchand. Il la considère comme une assurance sur ses biens. En retour de son service au roi, il attend que ce dernier lui assure que ses pertes seront compensées.

    79Le consul marchand tire un avantage direct de cette vision de sa charge : il prend davantage de risques dans ses affaires. En effet, cette assurance, couplée à ses sources d’informations complètes, lui permet d’agir jusqu’à la rupture de la paix et dès la déclaration des trêves. Ainsi, en cas de prise de ses biens, il peut légitimement en demander le remboursement. En outre, face au danger, son capital foncier lui permet de se retirer en dehors de la ville, à la manière de Kies en 1705 qui se retire dans le domaine de sa femme dit « la torre »113. Il faut rappeler que les confiscations, en Catalogne, sont lancées le long de la côte dans une bande de deux kilomètres environ, ce qui en exclut la propriété de Soleil.

    80Une affaire illustre l’anticipation dont fait preuve Soleil à l’issue des conflits. Ainsi, le chargement de vin dont il est question dans le compromis passé avec Arbolí114 est préparé à l’automne 1683 et les assurances pour le chargement, conduit par le patron français Nicolas Beaumont, sont passées le 27 juillet 1684 alors que la trêve est publiée fin novembre115. On peut imaginer que si ce chargement ne parvient pas à destination, il en réclamerait le prix. Mais l’objectif est clairement d’anticiper et de mettre sa marchandise sur le marché avec celle des autres et donc de pouvoir proposer un prix plus élevé. Comme il s’informe régulièrement sur la possibilité ou non qu’éclate une nouvelle guerre116, de la même manière, il doit s’informer, par d’autres réseaux, sur la possibilité qu’intervienne une trêve.

    81Au-delà du réseau, il dispose de moyens pour envoyer ses propres marchandises dans ces moments de rupture ou de renouveau économique. Son association avec Maymó117 affiche dans la balance de la compagnie la possession de parts dans deux barques, une tenue par un patron français, l’autre par un patron catalan. Cette configuration doit permettre d’envoyer des marchandises dans tout contexte et vers diverses destinations. En effet, si la France est en guerre avec l’Espagne, Maymó peut effectuer les expéditions sur l’embarcation tenue par le patron espagnol. La guerre marque une alternance immédiate dans la nationalité des patrons au sein des contrats d’assurance passés. Ce constat révèle le pragmatisme de Soleil, qui consiste à saisir les occasions jusqu’à la veille de la guerre, de continuer avec une autre configuration, et de reprendre dès les trêves annoncées.

    82Ces quelques exemples et la similitude d’attitude avec les autres consuls marchands ne font pas de Laurent Soleil un personnage atypique, mais le rapprochent d’un profil type du consul marchand implanté dans une principauté, dont l’activité économique est aléatoire, donc pleine de possibilités. Sa charge lui donne quelques éléments supplémentaires pour maîtriser, autant que faire se peut, le facteur d’incertitude que constitue la guerre. S’il ne peut pas agir aisément en temps de guerre, il peut faire affaire juste avant ou directement après au point qu’on peut considérer cette période comme celle de réelle opportunité pour le consul marchand.

    83La période entre ces deux moments est davantage celle de l’attente ou de l’action, non visible mais lisible à travers les associations avec des marchands étrangers dont il ne tire pas le plus grand profit. Cependant, s’il utilise sa charge et ses informations dans ses propres intérêts, cela n’exclut pas que le consul marchand souhaite appuyer le commerce de sa Nation, car plus il est florissant, plus son rôle est pris en considération par le roi et plus les revenus tirés de sa charge peuvent croître. Il faut donc mesurer comment le consul appuie l’ensemble du commerce français et considérer ce rôle de protection comme étant, à terme, une source potentielle de revenus.

    3.3 Le consul comme appui du commerce des Français

    84Quand, dans sa lettre de 1701118, Laurent Soleil cite l’exemple de l’installation des Anglais à Alicante, il espère voir la même chose se produire pour les Français à Barcelone. Cela confirme qu’il n’y a pas une colonie de marchands français présents, d’autant qu’il insiste sur le fait qu’un seul marchand s’est installé depuis la paix119. Quelle est donc son action durant ces années de troubles politiques permanents ? Développe-t-il une politique pour attirer des marchands français auprès de lui ? À quoi sert-il s’il y a peu de marchands sur place ?

    85S’il défend une politique de libre échange pour favoriser le commerce120, en l’absence de sa correspondance privée, il est difficile de savoir si cette politique doit le servir ou servir d’autres marchands. De surcroît, il est impossible de savoir s’il a aidé d’autres marchands à s’établir à Barcelone en les faisant profiter de son réseau. Aucun acte ne montre de liens avec des marchands français sur place, mais la disparition de sources et l’ampleur de celles existantes ne permettent pas d’affirmer qu’il n’en existe pas. Cependant, dans l’ensemble des documents conservés, au sein de longues séries, jamais il ne passe de contrat avec un marchand français de Barcelone, quand il en passe des dizaines avec des marchands catalans. Ces actes, s’ils existent, ne sont donc pas nombreux.

    86En outre, le fait qu’il passe des actes concernant des patrons français incite à croire qu’il n’ait jamais existé le moindre registre de chancellerie ou de document en ayant joué le rôle. En effet, il n’y aurait eu aucune raison d’établir ce genre d’acte chez des notaires barcelonais si un tel document avait existé. L’absence de chancellerie, confirmée par la correspondance de Soleil121, oblige donc de rechercher dans les actes notariés les sources de l’action de Laurent Soleil avec les autres Français. Concernant l’économie, elles sont essentiellement de trois natures : être procurateur d’un marchand, servir d’intermédiaire à une lettre de change ou faire du change maritime122 à des patrons qui partent de Barcelone.

    87Dans tous les cas, apparaît la figure de ce consul garant d’activités commerciales qui nécessitent un relais permanent à Barcelone. En 1683, Augustin Blanchart, patron du navire Nicolas de la Paix, et Guillarmus Philibart lui donnent procuration comme consul pour régler les affaires à la suite du naufrage de leur barque. Soleil n’est pas présent, mais il est sollicité pour jouer son rôle de consul, cette procuration n’est en rien un élément qui montrerait la constitution d’un réseau. Au contraire, l’absence de Soleil peut montrer le peu d’intérêt qu’il porte à sa fonction123. Elle lui est donnée, car, comme le montrent ses affaires, sa présence permanente lui permet de donner suite aux règlements d’assurance ou de récupération des marchandises dans des cas similaires alors que les patrons concernés ont quitté la Catalogne.

    88En 1687, désigné relais pour la mise en paiement d’une lettre de change, il est en désaccord sur son lieu du paiement124. Nicolas Simonard, au nom d’un marchand résidant à Valence, Pedro Tornier, présente une lettre de change, adressée : « à Laurent Soleil, consul des Français à Barcelone. À Lyon le 20 juin 1687, 500 doubles d’or à 90 jours de la date à faire payer dans la ville de Madrid pour Albanet Y Ranvier [...] ». Soleil accepte de payer pour Tornier. Donc le 20 juin, la lettre de change a été émise à Lyon pour une valeur de 500 doubles à payer à Madrid le 20 septembre de la même année. Soleil a contesté en juillet pour la payer à Barcelone et non à Madrid. Il y a désaccord sur le lieu de paiement et Simonard ne veut pas assumer le changement de lieu de paiement à la place de Tornier.

    89Cet exemple illustre une nouvelle fois le rôle que Soleil est prêt à assumer pour les marchands français : leur garantir la présence à Barcelone d’une personne de confiance. Son souhait de changer le lieu de paiement nous conforte dans cette hypothèse. Le rôle qu’il joue dans les sources le fait davantage être le consul des Français qui passent à Barcelone ou doivent y faire des affaires, que celui des Français de Barcelone. À cela, il y a au moins deux raisons. La première est qu’il ne s’intéresse qu’aux marchands et non aux artisans. Dans sa lettre de 1701, il qualifie ces derniers de « bas métiers » ajoutant « je ne fais aucun cas de ces gens »125. La seconde est qu’il est le seul à pouvoir jouer ce rôle, du fait de sa charge, et les marchands ne peuvent avoir de correspondants français dans cette ville où il n’y a, avant 1700, nul marchand français identifiable et renommé autant que Soleil peut l’être.

    90Sa notoriété, ses réseaux et sa fortune lui permettent d’assurer le change maritime. Ce dernier consiste en une avance de fonds faite aux patrons qui promettent de rembourser le consul à leur retour. Laurent Soleil est explicitement sollicité comme consul dans ce cas. Il effectue un change entre 25 % et 40 %, ce qui paraît conséquent126, et a, pour les exemples rencontrés, une clientèle de patron à destination de Cadix127. Cette activité de change, comme les taux pratiqués le montrent, est pour lui une activité lucrative. Sa charge de consul vient, une nouvelle fois, servir ses intérêts de marchand. Elle assure aux patrons qu’il demeure sur place et qu’ils peuvent avoir recours à lui à leur passage. En retour, ils doivent en payer un prix conséquent.

    91C’est ce fort prix qui incite peut être certains patrons ou marchands à se tourner vers les consuls des autres nations pour s’en servir de relais dans leurs affaires ou investir avec eux128. L’arrivée de la guerre ne fait pas disparaître les contrats d’assurance ou de nolisement. Un dernier patron français129 apparaît sur un contrat au début de l’année 1688, dernière mention d’un Français pendant les neuf années de guerre. Dès lors, ce sont des patrons d’autres nationalités, essentiellement des Génois, qui transportent les chargements auprès desquels les consuls des autres nations contractent très souvent130.

    92Dans ce dernier cas, la guerre est une raison évidente. À d’autres moments, le consul apparaît plus comme un relais commercial, qui dispose d’un réseau sur place et dans de nombreuses autres places. Il est agent de change, bailleur de fonds... et est sollicité par ses compatriotes davantage comme un marchand que comme un consul. Ces derniers ne s’empêchent pas de faire des affaires avec les consuls des autres marchands, de la même manière que Laurent Soleil contracte avec les autres consuls et des marchands catalans et espagnols.

    93Le consul ne défavorise pas l’installation de Français en Catalogne, mais sa position dans un contexte politique fragile et donc un commerce français relativement faible appelle soit à une arrivée massive de compatriotes soit au maintien du statu quo. En effet, dans le premier cas, ses revenus consulaires grandiraient et l’activité bondirait suffisamment pour lui permettre des profits et une part de marché. Dans le cas intermédiaire, il risque de perdre cette position de relais unique et seul marchand français implanté durablement sur place. La guerre et l’arrivée, après 1700, de nouveaux marchands français mettent à mal cet équilibre et obligent Laurent Soleil à obtenir de nouveaux marchés pour faire fructifier ses affaires.

    Notes de bas de page

    1  AN, AE BI 178, fol. 75, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 28 mai 1685.

    2  AN, AE BI 178, fol. 30, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 23 novembre 1681.

    3  Constat fait dans les livres d’assurances de Bonaventura Vila qui sont parvenus jusqu’à nous et dans lesquels on trouve les noms des deux frères dans des proportions très différentes. Cela pourrait aussi être un effet lié à la disparition aléatoire de cahiers. AHPB, 866/59, Bonaventura Villa, passim .

    4  Tout comme sa correspondance consulaire en témoigne.

    5  Par les corporations de métiers catalanes comme présentés, p. 210 sqq.

    6  Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 3, p. 141 : « À vrai dire, la botiga suppose, presque toujours, dès qu’elle atteint une certaine importance, une "compagnie" qui la finance, où l’a financée à ses origines. Comme au temps de Narcís et de Salvador Feliu de la Penya, la "companie" tout le long du XVIIIe siècle, demeure la forme élémentaire de l’entreprise, sans cependant se confondre avec "l’entreprise" même, en ce sens que "l’entrepreneur" – c’est-à-dire le type social et le type humain – joue toujours sur un bon nombre de "compagnies", animant certaines d’entre elles, se contentant de participer à d’autres (ce qui rend souvent illusoire la distinction trop classique entre "capitaliste" et "entrepreneur") ». Ajoutons que Laurent Soleil développe une activité d’entrepreneur durant cette décennie au sens où l’entend Pierre Vilar, mais également un esprit d’entrepreneuriat innovant en participant à la mise en place de nouvelles méthodes industrielles en Catalogne, comme montré infra. Pierre Vilar renvoie lui-même à ses développements sur l’entreprise dans Pierre VILAR, Le « manual de la Compañya nova » de Gibraltar : 1709-1723, op. cit., p. 15-42 et p. 85.

    7  Au moment où Mataró est en pleine expansion, comme le démontre Joan Giménez i Blasco, ce qu’illustre notamment la croissance des importations entre 1660 et 1709. Ainsi, la somme totale de textiles et de toiles manufacturées échangés passe de 7256 livres catalanes en 1660 à 196697 livres en 1709. Voir Joan GIMÉNEZ i BLASCO, Mataró en la Catalunya del segle XVII..., op. cit., t. 1, p. 709 . On peut également penser à l’affaire du patron Baret en 1705, dont l’épicentre est Mataró, voir p. 137 sqq.

    8  Plusieurs articles reviennent sur Joan Maymó et son milieu : Pere MOLAS RIBALTA « La Companyia Feu-Feliu de la Penya (1676-1708) comerç de teixits i estructura social vers 1700 », Cuadernos de historia económica de Cataluña, XII, 1974, p. 77-126 ; Isabel LOBATO FRANCO, « Sociedades barcelonesas de manufacturas en la segunda mitad del siglo XVII »..., op. cit. ; Carmen RIU DE MARTÍN, « Onomástica y localización de algunos ceramistas y vidrieros barceloneses de los siglos XIV al XVII », Acta historica et archaeologica mediae-valia, 25, 2003, p. 1045-1069, http://www.raco.cat/index.php/ActaHistorica/article/view/188926 [consulté le 01/03/2018]. Dans ce dernier article, notons que Maymó, comme Magí, appartiennent vraisemblablement à des familles de marchands « escudilleros » (de vaisselle en traduction littérale) qui s’orientent, dans la seconde moitié du siècle, vers le commerce textile.

    9  AHPB, 766/36, Bonaventura Villa, « Balans de la botiga de Llorens Solell y Juan Maymó fet al 25 de deziembre 1678 ».

    10  Comme le signale Isabel Lobato Franco, les balances ne détaillent habituellement pas les marchandises. En revanche, comme le rappelle Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 3, p. 144, le fonds des faillites conservé à l’AHCB permet d’avoir accès aux livres de comptes de boutiques catalanes à l’état brut et de connaître les prix des produits.

    11  Eloy MARTÍN CORRALES, « La importación de telas de algodón... », art. cit., p. 48, http://www.raco.cat/index.php/HistoriaIndustrial/article/view/62519 [consulté le 01/05/2018].

    12  Naser UTHMAN, « La production textile à Rosette au XVIIIe siècle », Rives méditerranéennes, 29, 2008, p. 25-36, http://rives.revues.org/1283 [consulté le 01/05/2018].

    13  « Mais le botiguer de teles est également l’homme des horizons assez larges. Jusqu’à la fin du siècle en effet – et le changement sera de signification importante – le commerce des « draps », des « toiles », des « soieries », sera pour sa plus grande partie un commerce d’importations de tissus ». Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 3, p. 144. Ce changement est significatif chez Soleil entre les activités précédant la guerre de la Ligue d’Augsbourg et celles postérieures comme c’est expliqué en III.3, p. 365.

    14  Soit respectivement 247 livres 70 s et 77 livres pour des barques qui ont donc environ 2000 livres et 1230 livres de chargement. Voir le travail de Carlos Martinez Shaw sur le financement de la construction navale : Carlos MARTÍNEZ SHAW, « Construcción naval y capital mercantil : Mataró, 1690-1709 », Estudis Históries i Documents dels Arxius de Protocols, 8, 1980, p. 223-236. L’implication des marchands dans l’investissement sur les barques y est marquée. On voit notamment Maymó et Lapeyra assurer la barque de Felix Tarau que l’auteur présente comme une des familles les plus actives sur Mataró. AHPB, 766/9, Bonaventura Vila, contrat d’assurance du 5 décembre 1686.

    15  Sur les activités du consul Joan Kies et de son associé Arnold de Jager, voir notamment Albert GARCIA I ESPUCHE, Barcelona entre dues guerres..., op. cit., p. 262 et suivantes.

    16  Peut-être à rapprocher de Jacintho Serra, le corredor de orella, impliqué dans la compagnie Aparici. Voir p. 252 sqq.

    17  Il est aussi question d’un Isidro Rovira, peut-être de la même famille que Josep Rovira qui travaille à Tunis comme correspondant de la compagnie à laquelle Soleil prend, indirectement, part. Voir p. 239 sqq.

    18  Sans doute de la puissante famille du même nom.

    19  Futurs associés de Soleil.

    20  Même si le nom est fréquent, on peut penser qu’il est apparenté à Auger cité par Emili GIRALT i RAVENTÓS dans « La colonia mercantil... », art. cit., p. 236 et suivantes. La famille, détentrice d’une barque à Mataró en 1648, a fait fortune d’après Giralt en important du blé du Languedoc à la Catalogne. S’il s’agit de la même famille, c’est un argument supplémentaire pour montrer la continuité des groupes qui travaillent avec Barcelone et la Catalogne sans pour autant y demeurer au-delà des crises mais se servant des activités qu’ils y ont menées.

    21  Ce dernier est peut être, comme dans le cas d’Auger, parti de Barcelone mais resté actif par ses réseaux. Il peut être l’un des frères Roma présents à Barcelone dans les années 1660. Ibid., p. 218.

    22  AHPB, 766/36, Bonaventura Vila, 30 juin 1679, cession par Laurent Soleil de ses parts et de celles de son père dans la compagnie administrée par Joan Maymó.

    23  AHPB, 766/36, Bonaventura Vila, donation du 24 mars 1679 de Jean Soleil en faveur de Laurent Soleil.

    24  AHPB, 766/37, Bonaventura Vila, Procuration du 2 juillet 1679.

    25  Sans doute un Lyonnais, on le retrouve administrateur de l’Hôpital de la Charité en 1686, et nous trouvons au même poste, en 1685 François de Vaurion et Jean du Soleil, Laurent Arnaud, parrain du consul, en 1656, Philippe Borde en 1664, dans HÔPITAL GÉNÉRAL DE LA CHARITÉ, Catalogue des Noms de Messieurs les Recteurs et Administrateurs de l’Hôpital général de la Charité et Aumône générale de Lyon depuis sont institution, Lyon, A. Delaroche, 1742

    26  AHPB, 839/21, Tomàs Simon, acte du 10 décembre 1699 passé par Pierre Soleil.

    27  Qui est vraisemblablement française comme en atteste sa demande de protection auprès du roi de France après la mort de son mari.

    28  AHPB, 766/63, Bonaventura Vila, acte de mariage du 11 décembre 1678 entre Laurent Soleil et Juana-Maria Soleil y Malet.

    29  Difficile à identifier, il est probablement, comme Joan Maymó, un associé de Soleil.

    30  Julien SEMPÉRÉ, « La correspondance du consulat français... », art. cit.

    31  AHPB, 766/37, Bonaventura Vila, témoignage du 1er juillet 1679 en faveur de Laurent Soleil par Joan Maymó, Jaume Teixidor, Joseph Duran et Martí Piles.

    32  Il est en affaire avec Soleil, comme avec Nicolas Simonard, tous deux marchands lyonnais. AHPB, 766/44, Bonaventura Vila, non fol., Sembasart reconnaît que Nicolas Simonard l’a remboursé ; AHPB, 839/62, Tomàs Simon, fol. 300, 6 août 1689, Sembasart reconnaît que Laurent Soleil lui a remboursé 306 doubles le 8 mai 1683.

    33  D’après Martí Piles, il est arrivé en juin 1674 dans la maison de son frère à Barcelone, AHCB, Consellers, Processos, 1688, no 20, point 26.

    34  AHPB, 766/44, Bonaventura Vila, 8 mai 1683, Laurent Soleil reconnaît devoir à la suite d’une lettre de change remise à Perpignan 306 doubles à Francisco Sembasart. Le remboursement est effectué le 6 août 1689 comme indiqué en AHPB, 839/62, Tomàs Simon, fol. 300.

    35  AHPB, 766/47, Bonaventura Vila, fol. 50, Antonio Molada de Lleida reconnaît devoir 600 livres à Laurent Soleil, le 21 août 1685 ; fol. 51, Joan Kies et son associé Arnold Jager reconnaissent que Laurent Soleil leur a remboursé 400 doubles d’or, le 8 février 1686...

    36  Comme Bonaventura Vila ou Ramon Congost : AHPB, Bonaventura Vila, 766/39, procuration de Laurent Soleil envers Francisco Yon, 2 juillet 1679, AHPB, Ramon Congost, 801/7, fol. 70v-71, procuration du 22 juin 1686 procuration de Laurent Soleil en faveur de Josephum Tries, notaire de Barcelone.

    37  AHPB, 766/76, Bonaventura Vila, contrats d’assurance du 23 novembre 1682 et du 27 février 1683. Le contrat indique donc : « Le patron effectuera durant les trois mois autant d’escales volontaires que forcées et lors de celles-ci et pour chacune, il pourra traiter, contracter, vendre les vêtements, les marchandises, les parts de vin en les échangeant contre d’autres, les déchargeant pour en charger d’autres ou l’argent provenant de celles-ci sur la même barque ».

    38  Marchand en vue de Mataró, originaire d’Alella, où Soleil détient une propriété. Voir Benet OLIVA i RICÓS, La generació de Feliu de la Penya. Burgesia Mercantil i Guerra de Successió entre el Maresme i Barcelona, Universitat de Lleida., p. 191-197 « La "nova" burgesia : De nou, col.laboracionistes... I de nou, l’ennobliment. Els Lleonart i el grup d’Alella-Teià ». Joan GIMÉNEZ i BLASCO, Mataró en la Catalunya del segle XVII..., op. cit., t. 1, p. 497 et suivantes, l’indique comme un des marchands les plus actifs de Mataró. À partir de 1701, il participe à la compagnie Aparici et en constitue le relais à Mataró. Voir III.3, passim et, en Annexes, p. 419 sqq.

    39  Agustí SEGARRA BLASCO et Carlos MARTÍNEZ SHAW, Aiguardent i mercat a la Catalunya..., op. cit.

    40  Sur le commerce du vin, voir Benet OLIVA i RICÓS, « 1702-1714 : el negoci del vi fou austriacista ? », Sessió d’Estudis Mataronins, 26, 2011, p. 93-105.

    41  AHPB, 766/49, Bonaventura Vila, fol. 120-123, 28 août 1686, éléments du règlement à l’amiable entre Laurent Soleil et Joan-Baptista Arbolí.

    42  « Quinquaginta quatuor utriculorum sive botas de vi de mena scilicet viginti octo utriculorum tinentia cujuslibet illorum sex carricarum et viginti sex tinentia cujuslibet illorum trium carricarum vini ».

    43  AHPB, 766/72, Bonaventura Vila, fol. 380, 13 mars 1687, règlement à l’amiable entre Laurent Soleil et Joan-Baptista Arbolí.

    44  AHPB, 766/49, Bonaventura Vila, fol. 172v-175, 8 octobre 1686, acte de vente de ses parts dans la boutique March, Llaurador, Soleil.

    45  Son existence est attestée par le témoignage de Martí Piles lors du procès que lui intente le syndic des boutiquiers de toiles en 1688. AHCB, Consellers, Processos, 1688, no 20, point 23.

    46  La présence de « Jean Soleil et fils de Lyon » dans les débiteurs de la boutique dont les parts sont vendues en 1686 l’atteste. Parmi les débiteurs, nous retrouvons d’ailleurs les alliés habituels : Joan Kies, le consul de Hollande, Arnold de Jager, son associé, Pau Dalmases y Ros, Antich...

    47  Il en envoie d’ailleurs au secrétaire d’État pour les fêtes et commerce du vin, voir p. 97.

    48  Ce profil de marchands possesseur foncier n’est pas nouveau, citons, par exemple : Pere GIFRE i RIBAS, « Mercaders a la terra. La trajectoria d’Esteve Andreu, botiguer de teles, mercader i senyor (Girona, 1680-1706) », Estudis d’Historia agraria, 17, 2004, 513-532, http://www.raco.cat/index.php/EHA/article/view/102994/145705 [consulté le 01/03/2018] et Emili GIRALT i RAVENTÓS, « Família, afers i patrimoni de Jaume Cortada, mercader de Barcelona, baró de Maldi », Estudis d’Historia agraria, 6, 1983, 271-318, http://www.raco.cat/index.phpEHA/article/view/99606/145546 [consulté le 01/05/2018].

    49  AHPB, 766/49, Bonaventura Vila, fol. 171v-172, 7 octobre 1686, vente d’un cens à Joseph Duran par Laurent Soleil. L’acte de vente fait allusion à un document signé chez Francisco Cortes (classé sous la cote 807 à l’AHPB), le 11 juin 1679.

    50  Vente qui correspond au moment où Laurent Soleil a besoin de moyens pour lancer avec Martí Piles une nouvelle compagnie.

    51  ACA, Audiencia, Processos, 27158 ; 20404.

    52  La tradition viticole perdure encore à Alella, puisqu’une appellation d’origine contrôlée du nom du village existe et un musée du vin y a été fondé. D’après les recherches effectuées dans le cadre d’une biographie de Josep Aparici et très gentiment communiquées par Mercè Gras Casanovas, la propriété, cédée à Laurent par Philippe, devient « mas Soley » au début du XVIIIe siècle puis « Cal Canonge », propriété de l’abbé Codolà, chanoine (canonge) de la Seu de Gérone. Aujourd’hui, le mas s’appelle « Cal Baró ».

    53  D’après Martí Piles, AHCB, Consellers, Processos, 1688, no 20, point 30.

    54  Ibid., point 29 et 31 : il a acheté en 1681, 1682 pour 4000 livres une maison rue des Banys Nous où il a effectué 2000 livres de travaux. Il a acheté d’autres maisons dans Barcelone et a acheté des cens à d’autres personnes, toujours d’après Martí Piles. En 1679, il est déjà établi dans le Born où il effectue des travaux rue d’en Malla, rue qui débouchait sur la rue de l’Argenterie. Voir Antònia Maria PERELLÓ FERRE et Joan Ramon TRIADÓ, L’arquitectura civil del segle XVII a Barcelona, Barcelona, Publicacions de l’Abadia de Montserrat, 1996, p. 401. Merci à Mercè Gras Casanovas pour cette référence bibliographique.

    55  Dès le XVIe siècle à Venise, le patriciat marchand investit dans le foncier diversifiant ainsi son activité, voir notamment Paola LANARO, « Flexibilité et diversification : les investissements du patriciat de Venise et de la Terre Ferme (XVe-XVIIIe siècles) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 59-1, 2012, p. 62-82.

    56  ACA, Audiencia, Processos, 20404 indique un acte de vente du 12 juillet 1687 la création d’un cens : « Acte de venda y creacio de censal feta per Pau Ferrer mayor Pau ferrer menor altre pare y fils a favor del señor Llorens Soleil mercader ciutada de Barcelona » (acte de vente et de création d’un sens faite par Pau Ferrer l’Ancien et Pau Ferrer le Jeune, père et fils en faveur du seigneur Laurent Soleil, marchand de la ville de Barcelone).

    57  Les archives de notaires barcelonais auprès desquels Soleil est susceptible d’avoir contracté ont été systématiquement dépouillées. Cependant, les archives de notaires à qui Laurent Soleil avait donné procuration ont été partiellement ou totalement détruites. Ainsi, Laurent Soleil, « mercator civitatis Lugduni Regni franchia nunc civis Barcelona » donne procuration au notaire Josephum Planes qui n’apparaît ni parmi les notaires barcelonais dont des archives ont été conservées, ni parmi les notaires lyonnais. AHPB, 766/37, Bonaventura Vila, procuration du 1er décembre 1679. Pere Trelles est aussi dans le même cas.

    58  Voir supra, p. 196.

    59  Narcís FELIU DE LA PEÑA, Político Discurso. Conteniendo un memorial a la nobilísima ciudad de Barcelona, suplicando mande y procure impedir el sobrado trato y uso de algunas ropas extranjeras que acaban el comercio y pierden las artes en Cataluña, Barcelona, 1681.

    60  Narcís Feliu de la Penya, Fénix de Cataluña..., op. cit.

    61  Voir essentiellement Pierre VILAR, Le « manual de la Compañya nova » de Gibraltar..., op. cit., passim.

    62  Notamment ses écrits rédigés après son emprisonnement dû à son engagement pour les Habsbourg : Narcís FELIU DE LA PEÑA, Anales de Cataluña... divididos en tres tomos, Barcelona, J. Llopis, 1709.

    63  Pour un bref résumé des discussions autour de l’auteur voir Andrea RICCI, « Perfil biogràfic de Narcís Feliu de la Penya i Farell », Manuscrits : revista d’història moderna, 27, 2010, p. 197-198 ; la thèse tirée des travaux de ce dernier a été soutenue le 30 septembre 2013 et développe longuement les théories de ce dernier et le contexte idéologique dans lequel il développe ses idées. Andrea RICCI, Narcís Feliu de la Penya (1646-1712) i el seu temps, thèse de doctorat, 2013, http://www.tdx.cat/handle/10803/125652 [consulté le 01/05/2018].

    64  Benet Oliva RICÓS, La generació de Feliu de la Penya. Burgesia Mercantil i Guerra de Successió entre el Maresme i Barcelona, Universitat de Lleida, p. 128-129.

    65  Voir les commentaires sur cet ouvrage dans Josep XAUBET i VILANOVA, « Per a una interpretació actual del Fénix de Cataluña », Fulls del Museu Arxiu de Santa Maria, 18, 2008, p. 9-11 ; Pere MOLAS RIBALTA, « La Companyia Feu-Feliu de la Penya (1676-1708) comerç de teixits i estructura social vers 1700 »..., op. cit. ; Maria GRAU i SALÓ, « Feliu de la Penya, una visió actual de Catalunya com a país », Pedralbes : revista d’història moderna, 7, 1987, p. 125-145 ; Jaume SOBREQUÉS i CALLICÓ, « Narcís Feliu de la Penya, cap a la història moderna », Butlletí de la Societat Catalana d’Estudis Històrics, 22, 2011, p. 65-91 ; centrada en les seves obres Político discurso (1681 Benet Oliva RICÓS, La generació de Feliu de la Penya, op. cit. ; Xavier BARÓ i QUERALT, « Els privilegis originaris de Catalunya segons Narcís Feliu de la Penya i d’altres historiadors de l’època », Pedralbes : revista d’història moderna, 22, 2002, p. 111-132.

    66  Narcís FELIU DE LA PENYA, Fénix de Cataluña, op. cit., p. 7 : « Que renaisse, alors, le commerce de Catalogne, comme le Phénix de ses cendres ». Martí Piles, dans sa préface de l’édition originale reprend longuement cette métaphore à l’attention du roi pour montrer le souhait de relancer l’économique catalane.

    67  Comme le démontre Benet OLIVA i RICÓS, La generació de Feliu de la Penya..., op. cit., p. 125 et suivantes.

    68  Le recours aux Français comme « experts » dans l’Espagne de l’Ancien Régime a été rappelé par JeanPierre AMALRIC, « Franceses en tierras de España : una presencia mediadora en el Antiguo Régimen », dans Los Extranjeros en la España moderna..., op. cit., vol. 1, p. 23-37, http://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=830121 [consulté le 01/05/2018].

    69  Voir III.1, p. 307.

    70  Eloy Martín Corrales : Eloy MARTÍN CORRALES, « Marseille, échelle des toiles levantines... », art. cit., p. 61-78, http://rives.revues.org/1333 [consulté le 01/05/2018].

    71  Benet OLIVA i RICOS, La generació..., op. cit., p. 131.

    72  Voir Albert GARCIA i ESPUCHE, Barcelona entre dues guerres..., op. cit., p. 309 et suivantes ; voir également la contribution de Ricardo Franch Benavent sur le rôle des étrangers sur les activités artisanales et commerciales sur le littoral méditerranéen espagnol ; Ricardo FRANCH BENAVENT, « El papel de los extranjeros en las actividades artesanales y comerciales del Mediterráneo español durante la Edad Moderna », dans Los Extranjeros en la España Moderna..., op. cit., vol. 1, p. 39-71, http://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=830125 [consulté le 9/12/2013].

    73  L’influence des migrations ou des associations avec des marchands étrangers ou d’une autre confession a été montrée, notamment, dans le cas d’Alep où l’arrivée les migrations de chrétiens ont eu des conséquences directes sur le développement de l’industrie textile. Voir André RAYMOND, « Les chrétiens d’Alep dans la fabrication et le commerce des tissus aux XVIIe et XVIIIe siècles », Rives méditerranéennes, 29, 2008, p. 53-60, http://rives.revues.org/1313 [consulté le 01/05/2018].

    74  Voir p. 202.

    75  AHPB, 766/36, Bonaventura Vila, vente du 30 juin 1679.

    76  AHPB, 766/37, Bonaventura Vila, déclaration du 1er juillet 1679.

    77  AHCB, 1CXX-174, 1688, procès entre Martí Piles et le syndic de la confrérie des marchands de toiles.

    78  Privilège cité dans la création de la compagnie de Santa Creu, AHPB, 800/28, Lluis Cortes i Merces, 1690. « Il lui a été donné la possibilité de pouvoir librement utiliser la nouvelle forme de son invention pour filer du fil de n’importe quelle matière que ce soit sur un tour disposé à la manière et selon la forme que précise le dit privilège royal ».

    79  Écrit pour « tirades ».

    80  AHCB, ACXX-174, 1688, copie de l’acte de création effectué chez Rafael Albià, notaire à Barcelone. « faire une fabrique de machine à tirer et autres en accord avec Soleil selon les accords suivants » et « Il est établi que pour satisfaire ledit Soleil deux quintaux de laine cardée ou sensée se carder pour faire la preuve et montrer que les machines à tirer se tiennent ».

    81  Voir p. 178 sqq.

    82  ACCM, K 195, Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700.

    83  « L’on ne parle que de guerre par icy, tous les patrons qui arrivent icy ne font que donner l’ancre et fuir, ce qui porte bien du préjudice au négoce et quoy que je leur dise qu’il n’y a rien par le présent à craindre pour n’en avoir aucun avis de vous. Toutefois ils ne laissent de fuir, si Monseigneur vous prévoyez qu’il y puisse avoir quelque rupture avec Espagne, je vous prie au nom de toute la nacion me le vouloir faire scavoir à cette fin que je les puisse avertir, car il y a beaucoup de pauvres marchands français par les villes qui résident qui se métroient en lieu de seureté pour leurs effects et vous en avez obligacion ». AN, AE, BI 178, fol. 113, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 24 octobre 1688.

    84  Voir p. 205.

    85  AHPB, 766/3, Bonaventura Vila, non fol., 8 mars 1687, premier versement de la vente de ses parts dans la boutique March, Llaurador, Soleil par Laurent Soleil et 766/49, fol. 172v-175, 8 octobre 1686, vente de ses parts par Laurent Soleil.

    86  AHPB, Joan Naves, 845/20, 6 décembre 1688, compagnie créer entre Laurent Soleil, consul, Antoní Casanovas vitrier et Joan Casanovas, boutiquier de toiles.

    87  Voir p. 201.

    88  Pierre Vilar indique : « Quel que soit, cependant, le type de la botiga, il semble bien que l’évolution normale de l’entreprise soit la suivante : d’abord un exploitant assez humble, dont la botiga est l’activité unique ; puis, dès que les capitaux réunis sont devenus assez gros, le botiguer – tout en gardant quelquefois son titre, pour des raisons d’organisation corporative probablement – se lance dans des opérations plus larges ; il confie alors le magasin proprement dit à un « administrateur », souvent ancien employé, très souvent parent, avec lequel il signe un contrat « de compagnie » ; la « boutique » n’est plus alors pour lui qu’une des nombreuses spéculations où il engage ses capitaux ». Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 3, p. 144-145.

    89  Cette question du consul entre guerre et commerce a notamment été posée par Marcella Aglietti pour le XVIIIe siècle dans son article, Marcella AGLIETTI, « The consular institution between war and commerce, state and nation : Comparative examples in eighteenth century Europe », dans Antonnella ALIMENTO (ed.), War, trade and neutrality..., op. cit., p. 41-55.

    90  Voir p. 194.

    91  AN, AE BI 178, fol. 57, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 26 novembre 1684 ; il annonce que le vice-roi publie les trêves dans les jours qui viennent, or en juillet 1684 il a loué des tonneaux etc. pour transporter du vin et a assuré le chargement du patron Beaumont qui est sans aucun doute le sien. Voir p. 202.

    92  AHPB, Rámon Congost, 801/12, passeport du 7 octobre 1706, en Annexes, p. 416.

    93  AN, AE BI 178, fol. 53-54, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 29 janvier 1684, lettre dans laquelle Laurent Soleil dit avoir perdu 748 livres d’un chargement provenant du bastion de France et pour lequel il doit être remboursé car il est au service du roi de France.

    94  AN, Mar B7 255, fol. 252, François-Ambroise Daubenton de Villebois à Jérôme de Pontchartrain, Madrid, 16 mars 1709.

    95  AN, Mar B7 255, fol. 77, François-Ambroise Daubenton de Villebois à Jérôme de Pontchartrain, Madrid, 21 janvier 1709, à propos de la veuve de Laurent Soleil : « M. Amelot n’omet rien pour faire sentir les effets de sa protection à cette veuve et à ses enfants, et de mon côté, je fais tout ce que je peux en leur faveur. » ; la place en début de lettre et le retour régulier du sujet entre janvier et mars montre que Pontchartrain souhaite être informé du sujet et qu’il l’appuie.

    96  Voir III.1, p. 158.

    97  Le comte de Palma.

    98  Allusion sans doute à sa propre situation à la veille de la guerre de la Ligue d’Augsbourg comme le procès intenté par la confrérie à Martí Piles le montre.

    99  Il s’agit de Joan Kies et Arnold de Jager.

    100  Il s’agit de Shallet.

    101  Sans doute pour « perquisitionné ».

    102  AN, AE BI 178, fol. 235, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 22 mai 1701.

    103  Albert Garcia i Espuche, Barcelona entre dues guerres..., op. cit., p. 314.

    104  Même s’il est avéré, comme indiqué dans le Mémoire de 1705 envoyé par Montmort, que des marchands français sont installés à Barcelone, comme le témoin Jacques Nizières qui y serait alors depuis vingt-trois ans. AN, Mar B7 242, fol. 158v, 9 novembre 1705, mémoire du siège de Barcelone rédigé à Marseille par Montmort.

    105  Ibid., p. 318 et 320 deux figures successives montrent, pour la première, les activités dans lesquelles Joan Kies est engagé (fabrication textile, boutique de toiles, eau-de-vie, assurances, nolisement de navires) : tout comme Laurent Soleil ; pour la seconde, les liens entre Shallet, Kies et les marchands barcelonais d’affaires comme de famille. Les noms des marchands en affaire avec eux sont en partie communs à ceux identifiés pour Soleil : Lapeyra, Maymó, Teixidor, Piles, Alemany, Duran...

    106  Thèse qu’il défend et que nous avons présentée p. 156 sqq.

    107  Il s’agit de Raymond de Trobat, intendant jusqu’en 1698.

    108  AN, AE BI 178, fol. 49, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 29 janvier 1684.

    109  AN, AE BI 178, fol. 55-56, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 22 octobre 1684. C’est une preuve indéniable, par ailleurs, que le secrétaire d’État de la Marine approuve les activités commerciales exercées par les consuls.

    110  AN, AE BI 178, fol. 158, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 18 janvier 1699. C’est la première lettre conservée après la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Laurent Soleil prend note du refus du roi et de la Chambre de commerce de Marseille de lui accorder toute gratification. Ses demandes se feront de plus en plus fréquentes, parfois explicitement motivées par la nécessaire compensation de ce qu’il lui est arrivé pendant la guerre comme dans la lettre déjà citée et envoyée le 2 juillet 1700 à la Chambre de commerce de Marseille.

    111  Notamment Ángel ALLOZA APARICIO, Europa en el mercado español..., op. cit., p. 189-200.

    112  Ibid.

    113  Albert GARCIA i ESPUCHE, Barcelona entre dues guerres..., op. cit., p. 315.

    114  AHPB, 766/49, Bonaventura Vila, fol. 120-123, 28 août 1686, éléments du règlement à l’amiable entre Laurent Soleil et Joan-Baptista Arbolí, voir p. 204.

    115  Et publiées uniquement en décembre 1684 : AN, AE BI 178, fol. 58, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 3 décembre 1684. Dans sa correspondance avec Seignelay, il annonce leur prochaine publication le 26 novembre 1684. Ibid., fol. 57.

    116  AN, AE BI 178, fol. 88, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 27 mars 1686, le consul s’inquiète de la fortification de la frontière et espère que la paix va durer.

    117  Voir p. 179.

    118  AN, AE BI 178, fol. 235, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 22 mai 1701.

    119  Avant 1687, quelques marchands semblent toutefois présents comme Enrique Martel dit français et marchand libraire. Il est cité comme témoin dans une déclaration faite par Nicolas Simonard. Voir infra déclaration du 17 septembre 1687. Cependant, Arnaud Bartolomei note que dans les provinces espagnoles dans lesquelles la bourgeoisie locale s’est montrée dynamique, les colonies de marchands étrangers sont moins importantes. La Catalogne, et son dynamisme précoce des années 1680 sont prises comme exemple. Cela s’observe tard dans le XVIIIe siècle quand la Catalogne compte 53 marchands étrangers en 1764-1773, contre 81 en Navarre ou autant en Galice à la même époque. Arnaud BARTOLOMEI « Les colonies de marchands étrangers en Espagne (1680-1780) », dans Les circulations internationales en Europe, années 1680-années 1780, Rennes, PUR, 2010, p. 107-120.

    120  Voir p. 102 sqq.

    121  Julien SEMPÉRÉ « Un consulat sans chancellerie... », art. cit.

    122  Michel Balard définit les différents types de change à la fin du Moyen Âge à Gênes qui semblent proches des contrats passés par Soleil. Voir Michel BALARD, « Assurances et commerce maritimes à Gênes, dans la seconde moitié du XIVe siècle », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 7-1, 1976, p. 273-282. Voir également, sur l’évolution du concept de risque maritime et des contrats de change depuis le Moyen Âge jusqu’au XVIIe siècle : Jean-Marie THIVEAUD, « Le risque et son prix : Genèse d’un concept et de son évaluation juridico-financière (XIVe-XVIIe siècles) », Revue d’économie financière, 37-2, 1996, p. 253-274, http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecofi_0987-3368_1996_num_37_2_2279 [consulté le 01/05/2018].

    123  AHPB, 766/45, Bonaventura Vila, non fol., procuration du 18 décembre 1683.

    124  AHPB, 766/51, Bonaventura Vila, fol. 79v-80, déclaration du 17 septembre 1687.

    125  AN, AE BI 178, fol. 235, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 22 mai 1701.

    126  Wolfgang KAISER, « L’économie de la rançon en Méditerranée occidentale (XVIe-XVIIe siècle) », Hypothèses, 1, 2006, p. 359-368, http://www.cairn.info/revue-hypotheses-2006-1-page-359.htm [consulté le 01/05/2018], annonce, dans le cas d’avances de fonds pour le rachat de captif au XVIIe siècle, un taux qui varie de 12 % à 36 %. Soleil, en monnaie locale, pratique un taux à 25 %, ce qui peut être considéré comme un taux élevé.

    127  AHPB, 766/42, Bonaventura Vila, fol. 241-242, 17 mai 1642, change maritime de cinquante doubles accordés à Honoratus Auran, patron marseillais de la barque Saint-Pierre qui part de Mataró et a pour destination Cadix. Il promet en gage sa barque. AHPB, 766/43, Bonaventura Vila, fol. 97v-98v, 30 août 1682, Michel Toranio patron de Martigues de la barque Sainte-Anne, il reconnaître devoir 150 francs français à Soleil de change maritime à 40 % l’an. Il met également en gage son ganguil. Ibid., fol. 189 le 25 octobre 1682 Soleil reconnaît qu’Auran lui a rendu son argent. AHPB, 766/44, Bonaventura Vila, 2 avril 1683, Soleil reconnaît que Doranio lui a rendu son argent.

    128  AHPB, 766/40, Bonaventura Vila, 22 mai 1681, contrat entre Joan Kies, consul de la nation hollandaise et Arnold de Jager d’une part et Joanes Duyrant, patron français de Martigues. Les deux compatriotes reconnaissent que le patron a rendu 300 livres investis dans la participation d’une tartane nommée Saint François.

    129  AHPB, 766/59, Bonaventura Vila, contrat d’assurance du 13 mars 1688 pour un chargement dont le patron est Michel Fustier de Martigues.

    130  Voir l’ensemble des manuels, contrats d’assurance... entre 1688 et 1697 du notaire Bonaventura Vila ; AHPB, 766, Bonaventura Vila, passim.

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Les monarchies espagnole et française au temps de leur affrontement

    Les monarchies espagnole et française au temps de leur affrontement

    Milieu XVIe siècle - 1714. Synthèse et documents

    Jean-Pierre Dedieu, Gilbert Larguier et Jean-Paul Le Flem

    2001

    Figures du passeur

    Figures du passeur

    Paul Carmignani (dir.)

    2002

    Contribution à l’étude de la notion de revenus en droit privé

    Contribution à l’étude de la notion de revenus en droit privé

    Sébastien Robinne

    2003

    Le parler « melandjao » des immigrés de langue espagnole en Roussillon

    Le parler « melandjao » des immigrés de langue espagnole en Roussillon

    Christian Lagarde

    1996

    Le métier de la politique sous la IIIe République

    Le métier de la politique sous la IIIe République

    Yves Billard

    2003

    Le discours sur les « langues d’Espagne »

    Le discours sur les « langues d’Espagne »

    Christian Lagarde (dir.)

    2009

    « Nicolas Le Floch », le Tableau de Paris de Jean-François Parot

    « Nicolas Le Floch », le Tableau de Paris de Jean-François Parot

    Pascale Arizmendi

    2010

    L’écran bleu

    L’écran bleu

    La représentation des ouvriers dans le cinéma français

    Michel Cadé

    2004

    L’avenir des langues anciennes

    L’avenir des langues anciennes

    Repenser les humanités classiques

    Olivier Rimbault

    2011

    La désorganisation

    La désorganisation

    Contribution à l’élaboration d’une théorie de la désorganisation en droit de l’entreprise

    Muriel Texier

    2006

    Le Livre Vert de Pierre de la Jugie

    Le Livre Vert de Pierre de la Jugie

    Une image de la fortune des archevêques de Narbonne au XIVe siècle. Étude d’une seigneurie

    Marie-Laure Jalabert

    2009

    Les territoires du sport entre politiques et pratiques

    Les territoires du sport entre politiques et pratiques

    David Giband et Jean-Marc Holz (dir.)

    2007

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Les monarchies espagnole et française au temps de leur affrontement

    Les monarchies espagnole et française au temps de leur affrontement

    Milieu XVIe siècle - 1714. Synthèse et documents

    Jean-Pierre Dedieu, Gilbert Larguier et Jean-Paul Le Flem

    2001

    Figures du passeur

    Figures du passeur

    Paul Carmignani (dir.)

    2002

    Contribution à l’étude de la notion de revenus en droit privé

    Contribution à l’étude de la notion de revenus en droit privé

    Sébastien Robinne

    2003

    Le parler « melandjao » des immigrés de langue espagnole en Roussillon

    Le parler « melandjao » des immigrés de langue espagnole en Roussillon

    Christian Lagarde

    1996

    Le métier de la politique sous la IIIe République

    Le métier de la politique sous la IIIe République

    Yves Billard

    2003

    Le discours sur les « langues d’Espagne »

    Le discours sur les « langues d’Espagne »

    Christian Lagarde (dir.)

    2009

    « Nicolas Le Floch », le Tableau de Paris de Jean-François Parot

    « Nicolas Le Floch », le Tableau de Paris de Jean-François Parot

    Pascale Arizmendi

    2010

    L’écran bleu

    L’écran bleu

    La représentation des ouvriers dans le cinéma français

    Michel Cadé

    2004

    L’avenir des langues anciennes

    L’avenir des langues anciennes

    Repenser les humanités classiques

    Olivier Rimbault

    2011

    La désorganisation

    La désorganisation

    Contribution à l’élaboration d’une théorie de la désorganisation en droit de l’entreprise

    Muriel Texier

    2006

    Le Livre Vert de Pierre de la Jugie

    Le Livre Vert de Pierre de la Jugie

    Une image de la fortune des archevêques de Narbonne au XIVe siècle. Étude d’une seigneurie

    Marie-Laure Jalabert

    2009

    Les territoires du sport entre politiques et pratiques

    Les territoires du sport entre politiques et pratiques

    David Giband et Jean-Marc Holz (dir.)

    2007

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Presses universitaires de Perpignan
    • amazon.fr
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1  AN, AE BI 178, fol. 75, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 28 mai 1685.

    2  AN, AE BI 178, fol. 30, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 23 novembre 1681.

    3  Constat fait dans les livres d’assurances de Bonaventura Vila qui sont parvenus jusqu’à nous et dans lesquels on trouve les noms des deux frères dans des proportions très différentes. Cela pourrait aussi être un effet lié à la disparition aléatoire de cahiers. AHPB, 866/59, Bonaventura Villa, passim .

    4  Tout comme sa correspondance consulaire en témoigne.

    5  Par les corporations de métiers catalanes comme présentés, p. 210 sqq.

    6  Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 3, p. 141 : « À vrai dire, la botiga suppose, presque toujours, dès qu’elle atteint une certaine importance, une "compagnie" qui la finance, où l’a financée à ses origines. Comme au temps de Narcís et de Salvador Feliu de la Penya, la "companie" tout le long du XVIIIe siècle, demeure la forme élémentaire de l’entreprise, sans cependant se confondre avec "l’entreprise" même, en ce sens que "l’entrepreneur" – c’est-à-dire le type social et le type humain – joue toujours sur un bon nombre de "compagnies", animant certaines d’entre elles, se contentant de participer à d’autres (ce qui rend souvent illusoire la distinction trop classique entre "capitaliste" et "entrepreneur") ». Ajoutons que Laurent Soleil développe une activité d’entrepreneur durant cette décennie au sens où l’entend Pierre Vilar, mais également un esprit d’entrepreneuriat innovant en participant à la mise en place de nouvelles méthodes industrielles en Catalogne, comme montré infra. Pierre Vilar renvoie lui-même à ses développements sur l’entreprise dans Pierre VILAR, Le « manual de la Compañya nova » de Gibraltar : 1709-1723, op. cit., p. 15-42 et p. 85.

    7  Au moment où Mataró est en pleine expansion, comme le démontre Joan Giménez i Blasco, ce qu’illustre notamment la croissance des importations entre 1660 et 1709. Ainsi, la somme totale de textiles et de toiles manufacturées échangés passe de 7256 livres catalanes en 1660 à 196697 livres en 1709. Voir Joan GIMÉNEZ i BLASCO, Mataró en la Catalunya del segle XVII..., op. cit., t. 1, p. 709 . On peut également penser à l’affaire du patron Baret en 1705, dont l’épicentre est Mataró, voir p. 137 sqq.

    8  Plusieurs articles reviennent sur Joan Maymó et son milieu : Pere MOLAS RIBALTA « La Companyia Feu-Feliu de la Penya (1676-1708) comerç de teixits i estructura social vers 1700 », Cuadernos de historia económica de Cataluña, XII, 1974, p. 77-126 ; Isabel LOBATO FRANCO, « Sociedades barcelonesas de manufacturas en la segunda mitad del siglo XVII »..., op. cit. ; Carmen RIU DE MARTÍN, « Onomástica y localización de algunos ceramistas y vidrieros barceloneses de los siglos XIV al XVII », Acta historica et archaeologica mediae-valia, 25, 2003, p. 1045-1069, http://www.raco.cat/index.php/ActaHistorica/article/view/188926 [consulté le 01/03/2018]. Dans ce dernier article, notons que Maymó, comme Magí, appartiennent vraisemblablement à des familles de marchands « escudilleros » (de vaisselle en traduction littérale) qui s’orientent, dans la seconde moitié du siècle, vers le commerce textile.

    9  AHPB, 766/36, Bonaventura Villa, « Balans de la botiga de Llorens Solell y Juan Maymó fet al 25 de deziembre 1678 ».

    10  Comme le signale Isabel Lobato Franco, les balances ne détaillent habituellement pas les marchandises. En revanche, comme le rappelle Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 3, p. 144, le fonds des faillites conservé à l’AHCB permet d’avoir accès aux livres de comptes de boutiques catalanes à l’état brut et de connaître les prix des produits.

    11  Eloy MARTÍN CORRALES, « La importación de telas de algodón... », art. cit., p. 48, http://www.raco.cat/index.php/HistoriaIndustrial/article/view/62519 [consulté le 01/05/2018].

    12  Naser UTHMAN, « La production textile à Rosette au XVIIIe siècle », Rives méditerranéennes, 29, 2008, p. 25-36, http://rives.revues.org/1283 [consulté le 01/05/2018].

    13  « Mais le botiguer de teles est également l’homme des horizons assez larges. Jusqu’à la fin du siècle en effet – et le changement sera de signification importante – le commerce des « draps », des « toiles », des « soieries », sera pour sa plus grande partie un commerce d’importations de tissus ». Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 3, p. 144. Ce changement est significatif chez Soleil entre les activités précédant la guerre de la Ligue d’Augsbourg et celles postérieures comme c’est expliqué en III.3, p. 365.

    14  Soit respectivement 247 livres 70 s et 77 livres pour des barques qui ont donc environ 2000 livres et 1230 livres de chargement. Voir le travail de Carlos Martinez Shaw sur le financement de la construction navale : Carlos MARTÍNEZ SHAW, « Construcción naval y capital mercantil : Mataró, 1690-1709 », Estudis Históries i Documents dels Arxius de Protocols, 8, 1980, p. 223-236. L’implication des marchands dans l’investissement sur les barques y est marquée. On voit notamment Maymó et Lapeyra assurer la barque de Felix Tarau que l’auteur présente comme une des familles les plus actives sur Mataró. AHPB, 766/9, Bonaventura Vila, contrat d’assurance du 5 décembre 1686.

    15  Sur les activités du consul Joan Kies et de son associé Arnold de Jager, voir notamment Albert GARCIA I ESPUCHE, Barcelona entre dues guerres..., op. cit., p. 262 et suivantes.

    16  Peut-être à rapprocher de Jacintho Serra, le corredor de orella, impliqué dans la compagnie Aparici. Voir p. 252 sqq.

    17  Il est aussi question d’un Isidro Rovira, peut-être de la même famille que Josep Rovira qui travaille à Tunis comme correspondant de la compagnie à laquelle Soleil prend, indirectement, part. Voir p. 239 sqq.

    18  Sans doute de la puissante famille du même nom.

    19  Futurs associés de Soleil.

    20  Même si le nom est fréquent, on peut penser qu’il est apparenté à Auger cité par Emili GIRALT i RAVENTÓS dans « La colonia mercantil... », art. cit., p. 236 et suivantes. La famille, détentrice d’une barque à Mataró en 1648, a fait fortune d’après Giralt en important du blé du Languedoc à la Catalogne. S’il s’agit de la même famille, c’est un argument supplémentaire pour montrer la continuité des groupes qui travaillent avec Barcelone et la Catalogne sans pour autant y demeurer au-delà des crises mais se servant des activités qu’ils y ont menées.

    21  Ce dernier est peut être, comme dans le cas d’Auger, parti de Barcelone mais resté actif par ses réseaux. Il peut être l’un des frères Roma présents à Barcelone dans les années 1660. Ibid., p. 218.

    22  AHPB, 766/36, Bonaventura Vila, 30 juin 1679, cession par Laurent Soleil de ses parts et de celles de son père dans la compagnie administrée par Joan Maymó.

    23  AHPB, 766/36, Bonaventura Vila, donation du 24 mars 1679 de Jean Soleil en faveur de Laurent Soleil.

    24  AHPB, 766/37, Bonaventura Vila, Procuration du 2 juillet 1679.

    25  Sans doute un Lyonnais, on le retrouve administrateur de l’Hôpital de la Charité en 1686, et nous trouvons au même poste, en 1685 François de Vaurion et Jean du Soleil, Laurent Arnaud, parrain du consul, en 1656, Philippe Borde en 1664, dans HÔPITAL GÉNÉRAL DE LA CHARITÉ, Catalogue des Noms de Messieurs les Recteurs et Administrateurs de l’Hôpital général de la Charité et Aumône générale de Lyon depuis sont institution, Lyon, A. Delaroche, 1742

    26  AHPB, 839/21, Tomàs Simon, acte du 10 décembre 1699 passé par Pierre Soleil.

    27  Qui est vraisemblablement française comme en atteste sa demande de protection auprès du roi de France après la mort de son mari.

    28  AHPB, 766/63, Bonaventura Vila, acte de mariage du 11 décembre 1678 entre Laurent Soleil et Juana-Maria Soleil y Malet.

    29  Difficile à identifier, il est probablement, comme Joan Maymó, un associé de Soleil.

    30  Julien SEMPÉRÉ, « La correspondance du consulat français... », art. cit.

    31  AHPB, 766/37, Bonaventura Vila, témoignage du 1er juillet 1679 en faveur de Laurent Soleil par Joan Maymó, Jaume Teixidor, Joseph Duran et Martí Piles.

    32  Il est en affaire avec Soleil, comme avec Nicolas Simonard, tous deux marchands lyonnais. AHPB, 766/44, Bonaventura Vila, non fol., Sembasart reconnaît que Nicolas Simonard l’a remboursé ; AHPB, 839/62, Tomàs Simon, fol. 300, 6 août 1689, Sembasart reconnaît que Laurent Soleil lui a remboursé 306 doubles le 8 mai 1683.

    33  D’après Martí Piles, il est arrivé en juin 1674 dans la maison de son frère à Barcelone, AHCB, Consellers, Processos, 1688, no 20, point 26.

    34  AHPB, 766/44, Bonaventura Vila, 8 mai 1683, Laurent Soleil reconnaît devoir à la suite d’une lettre de change remise à Perpignan 306 doubles à Francisco Sembasart. Le remboursement est effectué le 6 août 1689 comme indiqué en AHPB, 839/62, Tomàs Simon, fol. 300.

    35  AHPB, 766/47, Bonaventura Vila, fol. 50, Antonio Molada de Lleida reconnaît devoir 600 livres à Laurent Soleil, le 21 août 1685 ; fol. 51, Joan Kies et son associé Arnold Jager reconnaissent que Laurent Soleil leur a remboursé 400 doubles d’or, le 8 février 1686...

    36  Comme Bonaventura Vila ou Ramon Congost : AHPB, Bonaventura Vila, 766/39, procuration de Laurent Soleil envers Francisco Yon, 2 juillet 1679, AHPB, Ramon Congost, 801/7, fol. 70v-71, procuration du 22 juin 1686 procuration de Laurent Soleil en faveur de Josephum Tries, notaire de Barcelone.

    37  AHPB, 766/76, Bonaventura Vila, contrats d’assurance du 23 novembre 1682 et du 27 février 1683. Le contrat indique donc : « Le patron effectuera durant les trois mois autant d’escales volontaires que forcées et lors de celles-ci et pour chacune, il pourra traiter, contracter, vendre les vêtements, les marchandises, les parts de vin en les échangeant contre d’autres, les déchargeant pour en charger d’autres ou l’argent provenant de celles-ci sur la même barque ».

    38  Marchand en vue de Mataró, originaire d’Alella, où Soleil détient une propriété. Voir Benet OLIVA i RICÓS, La generació de Feliu de la Penya. Burgesia Mercantil i Guerra de Successió entre el Maresme i Barcelona, Universitat de Lleida., p. 191-197 « La "nova" burgesia : De nou, col.laboracionistes... I de nou, l’ennobliment. Els Lleonart i el grup d’Alella-Teià ». Joan GIMÉNEZ i BLASCO, Mataró en la Catalunya del segle XVII..., op. cit., t. 1, p. 497 et suivantes, l’indique comme un des marchands les plus actifs de Mataró. À partir de 1701, il participe à la compagnie Aparici et en constitue le relais à Mataró. Voir III.3, passim et, en Annexes, p. 419 sqq.

    39  Agustí SEGARRA BLASCO et Carlos MARTÍNEZ SHAW, Aiguardent i mercat a la Catalunya..., op. cit.

    40  Sur le commerce du vin, voir Benet OLIVA i RICÓS, « 1702-1714 : el negoci del vi fou austriacista ? », Sessió d’Estudis Mataronins, 26, 2011, p. 93-105.

    41  AHPB, 766/49, Bonaventura Vila, fol. 120-123, 28 août 1686, éléments du règlement à l’amiable entre Laurent Soleil et Joan-Baptista Arbolí.

    42  « Quinquaginta quatuor utriculorum sive botas de vi de mena scilicet viginti octo utriculorum tinentia cujuslibet illorum sex carricarum et viginti sex tinentia cujuslibet illorum trium carricarum vini ».

    43  AHPB, 766/72, Bonaventura Vila, fol. 380, 13 mars 1687, règlement à l’amiable entre Laurent Soleil et Joan-Baptista Arbolí.

    44  AHPB, 766/49, Bonaventura Vila, fol. 172v-175, 8 octobre 1686, acte de vente de ses parts dans la boutique March, Llaurador, Soleil.

    45  Son existence est attestée par le témoignage de Martí Piles lors du procès que lui intente le syndic des boutiquiers de toiles en 1688. AHCB, Consellers, Processos, 1688, no 20, point 23.

    46  La présence de « Jean Soleil et fils de Lyon » dans les débiteurs de la boutique dont les parts sont vendues en 1686 l’atteste. Parmi les débiteurs, nous retrouvons d’ailleurs les alliés habituels : Joan Kies, le consul de Hollande, Arnold de Jager, son associé, Pau Dalmases y Ros, Antich...

    47  Il en envoie d’ailleurs au secrétaire d’État pour les fêtes et commerce du vin, voir p. 97.

    48  Ce profil de marchands possesseur foncier n’est pas nouveau, citons, par exemple : Pere GIFRE i RIBAS, « Mercaders a la terra. La trajectoria d’Esteve Andreu, botiguer de teles, mercader i senyor (Girona, 1680-1706) », Estudis d’Historia agraria, 17, 2004, 513-532, http://www.raco.cat/index.php/EHA/article/view/102994/145705 [consulté le 01/03/2018] et Emili GIRALT i RAVENTÓS, « Família, afers i patrimoni de Jaume Cortada, mercader de Barcelona, baró de Maldi », Estudis d’Historia agraria, 6, 1983, 271-318, http://www.raco.cat/index.phpEHA/article/view/99606/145546 [consulté le 01/05/2018].

    49  AHPB, 766/49, Bonaventura Vila, fol. 171v-172, 7 octobre 1686, vente d’un cens à Joseph Duran par Laurent Soleil. L’acte de vente fait allusion à un document signé chez Francisco Cortes (classé sous la cote 807 à l’AHPB), le 11 juin 1679.

    50  Vente qui correspond au moment où Laurent Soleil a besoin de moyens pour lancer avec Martí Piles une nouvelle compagnie.

    51  ACA, Audiencia, Processos, 27158 ; 20404.

    52  La tradition viticole perdure encore à Alella, puisqu’une appellation d’origine contrôlée du nom du village existe et un musée du vin y a été fondé. D’après les recherches effectuées dans le cadre d’une biographie de Josep Aparici et très gentiment communiquées par Mercè Gras Casanovas, la propriété, cédée à Laurent par Philippe, devient « mas Soley » au début du XVIIIe siècle puis « Cal Canonge », propriété de l’abbé Codolà, chanoine (canonge) de la Seu de Gérone. Aujourd’hui, le mas s’appelle « Cal Baró ».

    53  D’après Martí Piles, AHCB, Consellers, Processos, 1688, no 20, point 30.

    54  Ibid., point 29 et 31 : il a acheté en 1681, 1682 pour 4000 livres une maison rue des Banys Nous où il a effectué 2000 livres de travaux. Il a acheté d’autres maisons dans Barcelone et a acheté des cens à d’autres personnes, toujours d’après Martí Piles. En 1679, il est déjà établi dans le Born où il effectue des travaux rue d’en Malla, rue qui débouchait sur la rue de l’Argenterie. Voir Antònia Maria PERELLÓ FERRE et Joan Ramon TRIADÓ, L’arquitectura civil del segle XVII a Barcelona, Barcelona, Publicacions de l’Abadia de Montserrat, 1996, p. 401. Merci à Mercè Gras Casanovas pour cette référence bibliographique.

    55  Dès le XVIe siècle à Venise, le patriciat marchand investit dans le foncier diversifiant ainsi son activité, voir notamment Paola LANARO, « Flexibilité et diversification : les investissements du patriciat de Venise et de la Terre Ferme (XVe-XVIIIe siècles) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 59-1, 2012, p. 62-82.

    56  ACA, Audiencia, Processos, 20404 indique un acte de vente du 12 juillet 1687 la création d’un cens : « Acte de venda y creacio de censal feta per Pau Ferrer mayor Pau ferrer menor altre pare y fils a favor del señor Llorens Soleil mercader ciutada de Barcelona » (acte de vente et de création d’un sens faite par Pau Ferrer l’Ancien et Pau Ferrer le Jeune, père et fils en faveur du seigneur Laurent Soleil, marchand de la ville de Barcelone).

    57  Les archives de notaires barcelonais auprès desquels Soleil est susceptible d’avoir contracté ont été systématiquement dépouillées. Cependant, les archives de notaires à qui Laurent Soleil avait donné procuration ont été partiellement ou totalement détruites. Ainsi, Laurent Soleil, « mercator civitatis Lugduni Regni franchia nunc civis Barcelona » donne procuration au notaire Josephum Planes qui n’apparaît ni parmi les notaires barcelonais dont des archives ont été conservées, ni parmi les notaires lyonnais. AHPB, 766/37, Bonaventura Vila, procuration du 1er décembre 1679. Pere Trelles est aussi dans le même cas.

    58  Voir supra, p. 196.

    59  Narcís FELIU DE LA PEÑA, Político Discurso. Conteniendo un memorial a la nobilísima ciudad de Barcelona, suplicando mande y procure impedir el sobrado trato y uso de algunas ropas extranjeras que acaban el comercio y pierden las artes en Cataluña, Barcelona, 1681.

    60  Narcís Feliu de la Penya, Fénix de Cataluña..., op. cit.

    61  Voir essentiellement Pierre VILAR, Le « manual de la Compañya nova » de Gibraltar..., op. cit., passim.

    62  Notamment ses écrits rédigés après son emprisonnement dû à son engagement pour les Habsbourg : Narcís FELIU DE LA PEÑA, Anales de Cataluña... divididos en tres tomos, Barcelona, J. Llopis, 1709.

    63  Pour un bref résumé des discussions autour de l’auteur voir Andrea RICCI, « Perfil biogràfic de Narcís Feliu de la Penya i Farell », Manuscrits : revista d’història moderna, 27, 2010, p. 197-198 ; la thèse tirée des travaux de ce dernier a été soutenue le 30 septembre 2013 et développe longuement les théories de ce dernier et le contexte idéologique dans lequel il développe ses idées. Andrea RICCI, Narcís Feliu de la Penya (1646-1712) i el seu temps, thèse de doctorat, 2013, http://www.tdx.cat/handle/10803/125652 [consulté le 01/05/2018].

    64  Benet Oliva RICÓS, La generació de Feliu de la Penya. Burgesia Mercantil i Guerra de Successió entre el Maresme i Barcelona, Universitat de Lleida, p. 128-129.

    65  Voir les commentaires sur cet ouvrage dans Josep XAUBET i VILANOVA, « Per a una interpretació actual del Fénix de Cataluña », Fulls del Museu Arxiu de Santa Maria, 18, 2008, p. 9-11 ; Pere MOLAS RIBALTA, « La Companyia Feu-Feliu de la Penya (1676-1708) comerç de teixits i estructura social vers 1700 »..., op. cit. ; Maria GRAU i SALÓ, « Feliu de la Penya, una visió actual de Catalunya com a país », Pedralbes : revista d’història moderna, 7, 1987, p. 125-145 ; Jaume SOBREQUÉS i CALLICÓ, « Narcís Feliu de la Penya, cap a la història moderna », Butlletí de la Societat Catalana d’Estudis Històrics, 22, 2011, p. 65-91 ; centrada en les seves obres Político discurso (1681 Benet Oliva RICÓS, La generació de Feliu de la Penya, op. cit. ; Xavier BARÓ i QUERALT, « Els privilegis originaris de Catalunya segons Narcís Feliu de la Penya i d’altres historiadors de l’època », Pedralbes : revista d’història moderna, 22, 2002, p. 111-132.

    66  Narcís FELIU DE LA PENYA, Fénix de Cataluña, op. cit., p. 7 : « Que renaisse, alors, le commerce de Catalogne, comme le Phénix de ses cendres ». Martí Piles, dans sa préface de l’édition originale reprend longuement cette métaphore à l’attention du roi pour montrer le souhait de relancer l’économique catalane.

    67  Comme le démontre Benet OLIVA i RICÓS, La generació de Feliu de la Penya..., op. cit., p. 125 et suivantes.

    68  Le recours aux Français comme « experts » dans l’Espagne de l’Ancien Régime a été rappelé par JeanPierre AMALRIC, « Franceses en tierras de España : una presencia mediadora en el Antiguo Régimen », dans Los Extranjeros en la España moderna..., op. cit., vol. 1, p. 23-37, http://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=830121 [consulté le 01/05/2018].

    69  Voir III.1, p. 307.

    70  Eloy Martín Corrales : Eloy MARTÍN CORRALES, « Marseille, échelle des toiles levantines... », art. cit., p. 61-78, http://rives.revues.org/1333 [consulté le 01/05/2018].

    71  Benet OLIVA i RICOS, La generació..., op. cit., p. 131.

    72  Voir Albert GARCIA i ESPUCHE, Barcelona entre dues guerres..., op. cit., p. 309 et suivantes ; voir également la contribution de Ricardo Franch Benavent sur le rôle des étrangers sur les activités artisanales et commerciales sur le littoral méditerranéen espagnol ; Ricardo FRANCH BENAVENT, « El papel de los extranjeros en las actividades artesanales y comerciales del Mediterráneo español durante la Edad Moderna », dans Los Extranjeros en la España Moderna..., op. cit., vol. 1, p. 39-71, http://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=830125 [consulté le 9/12/2013].

    73  L’influence des migrations ou des associations avec des marchands étrangers ou d’une autre confession a été montrée, notamment, dans le cas d’Alep où l’arrivée les migrations de chrétiens ont eu des conséquences directes sur le développement de l’industrie textile. Voir André RAYMOND, « Les chrétiens d’Alep dans la fabrication et le commerce des tissus aux XVIIe et XVIIIe siècles », Rives méditerranéennes, 29, 2008, p. 53-60, http://rives.revues.org/1313 [consulté le 01/05/2018].

    74  Voir p. 202.

    75  AHPB, 766/36, Bonaventura Vila, vente du 30 juin 1679.

    76  AHPB, 766/37, Bonaventura Vila, déclaration du 1er juillet 1679.

    77  AHCB, 1CXX-174, 1688, procès entre Martí Piles et le syndic de la confrérie des marchands de toiles.

    78  Privilège cité dans la création de la compagnie de Santa Creu, AHPB, 800/28, Lluis Cortes i Merces, 1690. « Il lui a été donné la possibilité de pouvoir librement utiliser la nouvelle forme de son invention pour filer du fil de n’importe quelle matière que ce soit sur un tour disposé à la manière et selon la forme que précise le dit privilège royal ».

    79  Écrit pour « tirades ».

    80  AHCB, ACXX-174, 1688, copie de l’acte de création effectué chez Rafael Albià, notaire à Barcelone. « faire une fabrique de machine à tirer et autres en accord avec Soleil selon les accords suivants » et « Il est établi que pour satisfaire ledit Soleil deux quintaux de laine cardée ou sensée se carder pour faire la preuve et montrer que les machines à tirer se tiennent ».

    81  Voir p. 178 sqq.

    82  ACCM, K 195, Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700.

    83  « L’on ne parle que de guerre par icy, tous les patrons qui arrivent icy ne font que donner l’ancre et fuir, ce qui porte bien du préjudice au négoce et quoy que je leur dise qu’il n’y a rien par le présent à craindre pour n’en avoir aucun avis de vous. Toutefois ils ne laissent de fuir, si Monseigneur vous prévoyez qu’il y puisse avoir quelque rupture avec Espagne, je vous prie au nom de toute la nacion me le vouloir faire scavoir à cette fin que je les puisse avertir, car il y a beaucoup de pauvres marchands français par les villes qui résident qui se métroient en lieu de seureté pour leurs effects et vous en avez obligacion ». AN, AE, BI 178, fol. 113, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 24 octobre 1688.

    84  Voir p. 205.

    85  AHPB, 766/3, Bonaventura Vila, non fol., 8 mars 1687, premier versement de la vente de ses parts dans la boutique March, Llaurador, Soleil par Laurent Soleil et 766/49, fol. 172v-175, 8 octobre 1686, vente de ses parts par Laurent Soleil.

    86  AHPB, Joan Naves, 845/20, 6 décembre 1688, compagnie créer entre Laurent Soleil, consul, Antoní Casanovas vitrier et Joan Casanovas, boutiquier de toiles.

    87  Voir p. 201.

    88  Pierre Vilar indique : « Quel que soit, cependant, le type de la botiga, il semble bien que l’évolution normale de l’entreprise soit la suivante : d’abord un exploitant assez humble, dont la botiga est l’activité unique ; puis, dès que les capitaux réunis sont devenus assez gros, le botiguer – tout en gardant quelquefois son titre, pour des raisons d’organisation corporative probablement – se lance dans des opérations plus larges ; il confie alors le magasin proprement dit à un « administrateur », souvent ancien employé, très souvent parent, avec lequel il signe un contrat « de compagnie » ; la « boutique » n’est plus alors pour lui qu’une des nombreuses spéculations où il engage ses capitaux ». Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 3, p. 144-145.

    89  Cette question du consul entre guerre et commerce a notamment été posée par Marcella Aglietti pour le XVIIIe siècle dans son article, Marcella AGLIETTI, « The consular institution between war and commerce, state and nation : Comparative examples in eighteenth century Europe », dans Antonnella ALIMENTO (ed.), War, trade and neutrality..., op. cit., p. 41-55.

    90  Voir p. 194.

    91  AN, AE BI 178, fol. 57, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 26 novembre 1684 ; il annonce que le vice-roi publie les trêves dans les jours qui viennent, or en juillet 1684 il a loué des tonneaux etc. pour transporter du vin et a assuré le chargement du patron Beaumont qui est sans aucun doute le sien. Voir p. 202.

    92  AHPB, Rámon Congost, 801/12, passeport du 7 octobre 1706, en Annexes, p. 416.

    93  AN, AE BI 178, fol. 53-54, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 29 janvier 1684, lettre dans laquelle Laurent Soleil dit avoir perdu 748 livres d’un chargement provenant du bastion de France et pour lequel il doit être remboursé car il est au service du roi de France.

    94  AN, Mar B7 255, fol. 252, François-Ambroise Daubenton de Villebois à Jérôme de Pontchartrain, Madrid, 16 mars 1709.

    95  AN, Mar B7 255, fol. 77, François-Ambroise Daubenton de Villebois à Jérôme de Pontchartrain, Madrid, 21 janvier 1709, à propos de la veuve de Laurent Soleil : « M. Amelot n’omet rien pour faire sentir les effets de sa protection à cette veuve et à ses enfants, et de mon côté, je fais tout ce que je peux en leur faveur. » ; la place en début de lettre et le retour régulier du sujet entre janvier et mars montre que Pontchartrain souhaite être informé du sujet et qu’il l’appuie.

    96  Voir III.1, p. 158.

    97  Le comte de Palma.

    98  Allusion sans doute à sa propre situation à la veille de la guerre de la Ligue d’Augsbourg comme le procès intenté par la confrérie à Martí Piles le montre.

    99  Il s’agit de Joan Kies et Arnold de Jager.

    100  Il s’agit de Shallet.

    101  Sans doute pour « perquisitionné ».

    102  AN, AE BI 178, fol. 235, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 22 mai 1701.

    103  Albert Garcia i Espuche, Barcelona entre dues guerres..., op. cit., p. 314.

    104  Même s’il est avéré, comme indiqué dans le Mémoire de 1705 envoyé par Montmort, que des marchands français sont installés à Barcelone, comme le témoin Jacques Nizières qui y serait alors depuis vingt-trois ans. AN, Mar B7 242, fol. 158v, 9 novembre 1705, mémoire du siège de Barcelone rédigé à Marseille par Montmort.

    105  Ibid., p. 318 et 320 deux figures successives montrent, pour la première, les activités dans lesquelles Joan Kies est engagé (fabrication textile, boutique de toiles, eau-de-vie, assurances, nolisement de navires) : tout comme Laurent Soleil ; pour la seconde, les liens entre Shallet, Kies et les marchands barcelonais d’affaires comme de famille. Les noms des marchands en affaire avec eux sont en partie communs à ceux identifiés pour Soleil : Lapeyra, Maymó, Teixidor, Piles, Alemany, Duran...

    106  Thèse qu’il défend et que nous avons présentée p. 156 sqq.

    107  Il s’agit de Raymond de Trobat, intendant jusqu’en 1698.

    108  AN, AE BI 178, fol. 49, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 29 janvier 1684.

    109  AN, AE BI 178, fol. 55-56, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 22 octobre 1684. C’est une preuve indéniable, par ailleurs, que le secrétaire d’État de la Marine approuve les activités commerciales exercées par les consuls.

    110  AN, AE BI 178, fol. 158, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 18 janvier 1699. C’est la première lettre conservée après la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Laurent Soleil prend note du refus du roi et de la Chambre de commerce de Marseille de lui accorder toute gratification. Ses demandes se feront de plus en plus fréquentes, parfois explicitement motivées par la nécessaire compensation de ce qu’il lui est arrivé pendant la guerre comme dans la lettre déjà citée et envoyée le 2 juillet 1700 à la Chambre de commerce de Marseille.

    111  Notamment Ángel ALLOZA APARICIO, Europa en el mercado español..., op. cit., p. 189-200.

    112  Ibid.

    113  Albert GARCIA i ESPUCHE, Barcelona entre dues guerres..., op. cit., p. 315.

    114  AHPB, 766/49, Bonaventura Vila, fol. 120-123, 28 août 1686, éléments du règlement à l’amiable entre Laurent Soleil et Joan-Baptista Arbolí, voir p. 204.

    115  Et publiées uniquement en décembre 1684 : AN, AE BI 178, fol. 58, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 3 décembre 1684. Dans sa correspondance avec Seignelay, il annonce leur prochaine publication le 26 novembre 1684. Ibid., fol. 57.

    116  AN, AE BI 178, fol. 88, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 27 mars 1686, le consul s’inquiète de la fortification de la frontière et espère que la paix va durer.

    117  Voir p. 179.

    118  AN, AE BI 178, fol. 235, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 22 mai 1701.

    119  Avant 1687, quelques marchands semblent toutefois présents comme Enrique Martel dit français et marchand libraire. Il est cité comme témoin dans une déclaration faite par Nicolas Simonard. Voir infra déclaration du 17 septembre 1687. Cependant, Arnaud Bartolomei note que dans les provinces espagnoles dans lesquelles la bourgeoisie locale s’est montrée dynamique, les colonies de marchands étrangers sont moins importantes. La Catalogne, et son dynamisme précoce des années 1680 sont prises comme exemple. Cela s’observe tard dans le XVIIIe siècle quand la Catalogne compte 53 marchands étrangers en 1764-1773, contre 81 en Navarre ou autant en Galice à la même époque. Arnaud BARTOLOMEI « Les colonies de marchands étrangers en Espagne (1680-1780) », dans Les circulations internationales en Europe, années 1680-années 1780, Rennes, PUR, 2010, p. 107-120.

    120  Voir p. 102 sqq.

    121  Julien SEMPÉRÉ « Un consulat sans chancellerie... », art. cit.

    122  Michel Balard définit les différents types de change à la fin du Moyen Âge à Gênes qui semblent proches des contrats passés par Soleil. Voir Michel BALARD, « Assurances et commerce maritimes à Gênes, dans la seconde moitié du XIVe siècle », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 7-1, 1976, p. 273-282. Voir également, sur l’évolution du concept de risque maritime et des contrats de change depuis le Moyen Âge jusqu’au XVIIe siècle : Jean-Marie THIVEAUD, « Le risque et son prix : Genèse d’un concept et de son évaluation juridico-financière (XIVe-XVIIe siècles) », Revue d’économie financière, 37-2, 1996, p. 253-274, http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecofi_0987-3368_1996_num_37_2_2279 [consulté le 01/05/2018].

    123  AHPB, 766/45, Bonaventura Vila, non fol., procuration du 18 décembre 1683.

    124  AHPB, 766/51, Bonaventura Vila, fol. 79v-80, déclaration du 17 septembre 1687.

    125  AN, AE BI 178, fol. 235, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 22 mai 1701.

    126  Wolfgang KAISER, « L’économie de la rançon en Méditerranée occidentale (XVIe-XVIIe siècle) », Hypothèses, 1, 2006, p. 359-368, http://www.cairn.info/revue-hypotheses-2006-1-page-359.htm [consulté le 01/05/2018], annonce, dans le cas d’avances de fonds pour le rachat de captif au XVIIe siècle, un taux qui varie de 12 % à 36 %. Soleil, en monnaie locale, pratique un taux à 25 %, ce qui peut être considéré comme un taux élevé.

    127  AHPB, 766/42, Bonaventura Vila, fol. 241-242, 17 mai 1642, change maritime de cinquante doubles accordés à Honoratus Auran, patron marseillais de la barque Saint-Pierre qui part de Mataró et a pour destination Cadix. Il promet en gage sa barque. AHPB, 766/43, Bonaventura Vila, fol. 97v-98v, 30 août 1682, Michel Toranio patron de Martigues de la barque Sainte-Anne, il reconnaître devoir 150 francs français à Soleil de change maritime à 40 % l’an. Il met également en gage son ganguil. Ibid., fol. 189 le 25 octobre 1682 Soleil reconnaît qu’Auran lui a rendu son argent. AHPB, 766/44, Bonaventura Vila, 2 avril 1683, Soleil reconnaît que Doranio lui a rendu son argent.

    128  AHPB, 766/40, Bonaventura Vila, 22 mai 1681, contrat entre Joan Kies, consul de la nation hollandaise et Arnold de Jager d’une part et Joanes Duyrant, patron français de Martigues. Les deux compatriotes reconnaissent que le patron a rendu 300 livres investis dans la participation d’une tartane nommée Saint François.

    129  AHPB, 766/59, Bonaventura Vila, contrat d’assurance du 13 mars 1688 pour un chargement dont le patron est Michel Fustier de Martigues.

    130  Voir l’ensemble des manuels, contrats d’assurance... entre 1688 et 1697 du notaire Bonaventura Vila ; AHPB, 766, Bonaventura Vila, passim.

    S’informer pour s’enrichir

    X Facebook Email

    S’informer pour s’enrichir

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    S’informer pour s’enrichir

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Sempéré, J. (2018). Chapitre 2. Laurent Soleil, du cadet au grand marchand. In S’informer pour s’enrichir. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.38520
    Sempéré, Julien. « Chapitre 2. Laurent Soleil, du cadet au grand marchand ». In S’informer pour s’enrichir. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 2018. doi:10.4000/books.pupvd.38520.
    Sempéré, Julien. « Chapitre 2. Laurent Soleil, du cadet au grand marchand ». S’informer pour s’enrichir, Presses universitaires de Perpignan, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.38520.

    Référence numérique du livre

    Format

    Sempéré, J. (2018). S’informer pour s’enrichir. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.38400
    Sempéré, Julien. S’informer pour s’enrichir. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 2018. doi:10.4000/books.pupvd.38400.
    Sempéré, Julien. S’informer pour s’enrichir. Presses universitaires de Perpignan, 2018, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.38400.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Presses universitaires de Perpignan

    Presses universitaires de Perpignan

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Flux RSS

    URL : http://pup.univ-perp.fr

    Email : pup@univ-perp.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement