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    Plan détaillé Texte intégral 1. Approche des revenus consulaires 2. Le consulat selon Laurent Soleil 3. La question des vice-consulats : un refus justifié 4. L’opposition entre Barcelone et les autres ports catalans Notes de bas de page

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    Table des matières

    Chapitre 2. Le consulat français de Barcelone au quotidien (1679-1705)

    p. 81-116

    Texte intégral 1. Approche des revenus consulaires 2. Le consulat selon Laurent Soleil 3. La question des vice-consulats : un refus justifié 4. L’opposition entre Barcelone et les autres ports catalans Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Après avoir étudié la place de Laurent Soleil dans la province catalane et ses moyens d’action, regardons la façon dont il a conduit, au quotidien, sa charge. Seront abordés son accession au consulat, sa pratique de la fonction, les intérêts qu’il y défend. À ses dires, le consul place toujours au premier plan son action pour le bien des marchands français et celui du royaume. Pourtant, à la lecture de ses correspondances sur deux décennies et à l’étude de ses affaires1, il est clair que l’honneur de la nation n’est pas le seul moteur de son action.

    2Cette charge, acquise lors de la reprise de l’élan consulaire en Espagne, lui sert de biais pour appuyer des intérêts personnels et familiaux. Examinons donc la carrière consulaire de Laurent Soleil, en commençant par la question du coût de sa charge et des revenus qu’elle lui procure. Cette étude exclut donc ses revenus marchands directs et les avantages qu’il tire dans ses affaires privées à être consul. Il convient d’abord de déterminer si la charge de consul, en soi, est suffisamment rétributive pour être envisagée indépendamment de toute activité commerciale.

    1. Approche des revenus consulaires

    3Peu de sources nous renseignent sur son activité personnelle avant qu’il n’accède à la charge de consul de France, que son père lui achète pour 4000 livres tournois2. Contrairement à ce qui se fait, à la même date, dans le Levant et en Barbarie, il ne s’agit pas là du paiement d’un bail pour le prélèvement des droits de consulat3, mais bel et bien de l’achat de charge auprès du Secrétariat d’État de la Marine4. Le poste est nouvellement créé comme consulat à part entière et n’avait jamais auparavant été pourvu en tant que tel5. Si la charge n’est plus un office, elle est tout de même achetée et la somme versée revient au casuel, c’est-à-dire au profit du roi. Il est difficile d’évaluer l’importance du poste de consul français de Catalogne en fonction de ce prix d’achat, car les seules données comparables que nous ayons datent des années 1640.

    4Géraud Poumarède traite des prix des offices achetés au secrétariat d’État des Affaires étrangères6. La comparaison entre ceux-ci et celui du consulat français de Barcelone n’a de pertinence que pour définir un ordre de grandeur. L’évolution de la livre tournois en trois décennies et le changement du statut consulaire ne nous permettent pas de comparer ces données sans réserve. Géraud Poumarède donne le cas de Camille Savary, comte de Brèves ; ce dernier vend, en 1647, son office de consul de Smyrne pour 55000 livres. Outre ce prix, le nouveau titulaire, Laurent Munier doit payer au secrétaire d’État, le comte de Brienne, un supplément pour que ce dernier accepte ce rachat d’office. Cette somme, au profit du casuel, est de même nature que celle payée par Jean Soleil pour son fils. Elle s’élève dans le cas du consulat de Smyrne à 13000 livres, soit plus de trois fois la somme exigée, trente ans plus tard, pour Barcelone.

    5En 1643, Pierre Viguier, consul de France à Alep, refuse de payer les 9000 livres de droit d’avènement, droit qui confirme la possession des charges consulaires à l’avènement d’un nouveau souverain ; la somme est finalement abaissée à 3000 livres, soit une somme plus proche que celle payée par Soleil pour Barcelone. Géraud Poumarède note qu’il s’agit là d’une exception et qu’à la moitié du XVIIe siècle, les offices consulaires levantins se vendent plutôt bien et les titulaires cherchent à les conserver au sein de leur famille en payant, à cette fin, les droits de mutation au secrétaire d’État.

    6Pierre Ariste a dressé un tableau des prix de droits de confirmation des consulats à l’avènement de Louis XIV7, ce qui nous donne un élément supplémentaire pour juger du prix d’acquisition du consulat de Barcelone en 1679. Les prix des droits de confirmation dus au roi, d’après la déclaration du 24 octobre 1643, sont de 9000 livres pour Chypre, Alexandrette et Alep, comme on vient de l’évoquer, 8000 livres pour Alexandrie, Le Caire et Rosette, 3600 livres pour Tripoly de Syrie, Seyde et Beyrouth et 600 livres pour tous les consulats d’Italie.

    7On observe un rapport qui peut aller de un à quinze entre les consulats non levantins et les postes des échelles les plus convoitées. Barcelone est à situer, vraisemblablement, au même niveau que les consulats italiens, car son prix, à une époque de moindre déflation, est déjà deux fois inférieur à ceux des échelles les plus prestigieuses. Cependant, il faudrait connaître le taux d’inflation exact de la livre tournois entre 1643 et 1679 pour proposer une évaluation plus rigoureuse.

    8La conclusion que l’on peut tirer sur le prix d’acquisition de la charge de consul de France en Catalogne en 1679 concerne sa position relative. Elle se fait à un prix plus faible que ceux pratiqués dans les consulats de Levant et Barbarie du fait, sans aucun doute, du moindre revenu que le poste catalan rapporte. Cependant, c’est un bon moyen, pour une famille de marchands qui n’a jusqu’alors aucun appui dans les institutions consulaires, d’essayer de s’installer à un poste et, éventuellement, d’en faire profiter parents et alliés pour en tirer des revenus substantiels.

    9Avant de tenter une approche de l’importance du consulat de Barcelone en fonction des revenus qu’il peut engendrer, il faut les évaluer. Ces revenus sont fondés sur le privilège qu’ont les consuls de lever un droit dit de consulat. Dans son traité, Pierre Ariste précise les pouvoirs de chaque consul :

    En Espagne, noz consulz jouissoient anciennement un certain droict sur chaque vaisseau qui abordoit aux lieux ou ilz estoient establis. Depuis on leur permit de prendre un demy pour cent sur touttes les marchandises appartenantes aux françois qui entroient et sortoiënt des portz d’Espagne, dont ilz ne jouirent qu’avec beaucoup de peine, plusieurs marchandz s’estans opposez à cette nouveauté comme à une chose qui estoit trop onereuse à leur commerce. On ne laissa pas touttefois, lorsqu’on restablit en l’année mil six centz cinquante neuf les consulz de la nacion françoise en Espagne, de leur attribuer par leur provisions ce mesme droict de demy pour cent ; neantmoins sur ce qu’il fut remonstré que l’exaction de ce droict avoit causé par le passé des prejudices tres notables aux negotians de ces pays là, et qu’il estoit important dans la conjoncture du restablissement de ce commerce d’oster tous les pretextes qui pourroient servir à le troubler, il fut rendu arrest au consul le vingtiesme janvier mil six cent soixante par lequel les nouvelles commissions expédiées pour les consulatz d’Espagne portant faculté de lever ce droict furent revocquées, et le droict, supprimé, au lieu duquel il a esté ordonné qu’il seroit doresnavant pris et perçu par les nouveaux pouveus pour tous droicts de consulat, sçavoir [...] par ceux de tous les ports scituez dans le detroit de Gibraltar jusques à la Catalogne, cette province comprise, trente six reaux de platte pour chaque navire, et vingt quatre réaux de platte pour chaque barque, seitis, et polacre, et que le payement de ce droict seroit faict lors du deschargement ou rechargement ou relaschement des vaisseaux dans les portz en la mesme manière dont on avoit accoustumé d’user au passé, sans qu’il puisse estre levé par les consulz de plus grandz droictz que ceux cy dessus specifiez soubz quelque cause et pretexte que ce puisse estre8.

    10À la fin des années 1660, le consul a donc droit de lever, par navire, trente-six réaux de platte et vingt-quatre réaux pour chaque barque, seitis et polacre soit, en équivalent d’alors9, environ treize livres six sols pour un navire et neuf livres par barque. Pour entrer dans les frais de son achat, Laurent Soleil a dû lever un droit de consulat sur l’équivalent d’environ trois cents navires ou quatre cent cinquante barques. Cela peut paraître peu, mais, d’après les estimations de passages que l’on peut faire, 4000 livres équivalent à plusieurs années de trafic. Avant de tirer des conclusions, il faut confronter ces prélèvements théoriques avec la réalité des sources.

    11Laurent Soleil aborde très régulièrement la question des revenus, qui le préoccupe au plus haut point. On distingue deux discours différents à ce sujet tenus durant deux laps de temps distincts. La période qui s’étend de son arrivée au poste consulaire barcelonais jusqu’à la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1679-1689) correspond à un premier discours. Celle qui démarre à la fin de cette guerre et court jusqu’à la fin de son consulat (1697-1705) marque un changement d’attitude : son rapport à l’argent et sa situation ne sont pas les mêmes de part et d’autre de la guerre. Tout d’abord il profite d’une assise financière suffisante et se concentre sur le prélèvement de droits en se référant au modèle prévu par l’arrêt du 26 janvier 1660 évoqué par Pierre Ariste. Après la guerre, il a perdu de nombreux biens et éprouve des difficultés, selon ses propres dires, à bien tenir sa charge, du fait de problèmes financiers : cette dernière doit alors lui permettre de recouvrer ses moyens.

    12Un document essentiel, datant de 1686 est à notre disposition pour évaluer les frais potentiellement levés par le consul et par les institutions catalanes sur les bâtiments qui passent par la Catalogne. Laurent Soleil écrit au directeur du commerce Lagny à la suite de « l’intention à Monseigneur le marquis de Seignelay de avoir une générale définition de tout ce qui peut estre utile au bien des vassals de Sa Majesté dans les pays estrangers et tout en un mesme temps scavoir ce qui peut augmenter le commerce et la débitte des manufactures de France ». Dans ce document10, il est précisé la somme que chaque bâtiment doit verser en fonction des marchandises qu’il contient et de la nature de son arrêt. On y trouve de nombreuses sources pour identifier les produits échangés à Barcelone par les marchands français, sur les frais qu’ils doivent payer et sur l’importance du trafic à cette date.

    13Le consul affirme alors : « Il arrivera touttes les années en cette coste 200 tartanes, il y en aura 100 qui y chargeront et deschargeront tout au plus, les autres se y refugient »11. Ainsi, seules une centaine de barques sont susceptibles de payer les droits de consulat liés au chargement ou au déchargement des marchandises. Même si on prend uniquement en compte l’entrée de tartanes, qui appartiennent à la catégorie des barques, le consul perçoit, en principe, neuf livres pour chacune d’entre elles. Il a donc pu amortir, en considérant les seuls revenus consulaires, les 4000 livres investies au bout de quatre ans et demi, sans compter les frais qu’il lui coûte d’exercer sa charge12.

    14Dès son arrivée, le consul tente de modifier le mode de prélèvement en place. Il exige, comme c’est indiqué dans sa patente13, de jouir des mêmes droits que Robert Prigent, son prédécesseur14. Partant, il exige de toucher autant que les consuls de Cadix et Alicante, villes qui étaient aussi sous la juridiction de l’ancien consul général. Laurent Soleil tente de placer son poste au même niveau de revenus que ceux que détenait auparavant Prigent. Pourtant, il sait pertinemment que le trafic barcelonais n’a pas l’importance du trafic de Cadix. On peut donc estimer que le poste d’Alicante, comme celui de Cadix, est plus réputé que celui de Barcelone.

    15D’abord, suivant la logique appliquée dans ces ports, il évalue ses revenus en basant son calcul sur la perception d’un droit de consulat d’un écu par bale déchargée. Il ajoute que cela ne rapporterait que cent pièces de huit par an15, soit environ trois cents livres tournois. Ce résultat est bien loin des estimations faites à partir du trafic de 1686 et des prélèvements tels qu’ils sont décrits par Pierre Ariste. Après quelques années dans la fonction, le consul se montre pessimiste pour tenter d’obtenir le prélèvement de droits plus élevés. Dans cette même lettre de 1679, il réclame ensuite un autre mode de rémunération que celui des consuls d’Alicante et Cadix, estimant que, dans la configuration dans laquelle il se trouve, ce mode de prélèvement ne lui rapporterait pas assez. Il opte pour la levée d’un droit sur la quantité de marchandises transportées afin de compenser la différence de trafic avec ces autres ports16.

    16Le consul demande, en effet, de prélever un droit de deux deniers par livre sur toutes les marchandises qui viendraient de France, à savoir moins de un pour cent17. L’ordonnance sur la Marine met fin à ces négociations en tranchant la question, alignant tous les consuls sur le même régime de rémunérations. Si l’on s’en tient à l’article XI du titre concernant les consuls dans l’ordonnance sur la Marine de 1681, les consuls lèvent des droits sur les patrons qui chargent ou déchargent dans un port de leur juridiction18. Reste toujours à déterminer le montant de ce droit. Il est fixé à trois écus par navire qui charge ou décharge, comme nous l’apprend une lettre de 1700 à la Chambre de commerce de Marseille.

    17Dans sa lettre du 2 juillet 170019, Laurent Soleil décrit la manière dont il prélève son droit de consulat. Il fait payer chaque patron qui a chargé ou déchargé dans un port de Catalogne « les mesmes trois piastres que j’ay toujours receu avant la guerre » d’Augsbourg. Il ajoute, dans une autre lettre, qu’il prélève un droit de 4,5 piastres sur les vaisseaux20. Il se vante de ne pas faire payer les navires qui arrivent à vide et ne font que passer, qui devraient payer car « la loy est en donant ancre », ce en quoi il dit faux, comme l’explicite clairement l’ordonnance de 1681 : « leur défendons en outre à peine de concussion de lever plus grands droits que ceux qui leur seront attribuez, et d’en exiger aucun des maîtres et patrons de navires, qui moüilleront dans les ports et rades de leur établissement, sans y charger ny décharger aucunes marchandises »21. Laurent Soleil prélève la moitié des trois piastres aux navires chargés qui ne déchargent pas. Ainsi, il enfreint l’ordonnance sur la Marine mais, de son point de vue, il est clément car « les autres consuls le fon »22 à savoir qu’ils prélèvent la totalité du droit de consulat.

    18Cette donnée nous permet de revenir sur les revenus du consul avant la guerre de la Ligue d’Augsbourg. S’il perçoit trois piastres sur chaque navire qui décharge ou charge et une et demi sur chaque navire chargé qui passe, on obtient, d’après l’estimation qu’il donne en 1686, 450 piastres23 soit plus de 2500 livres par an. Il faut prendre cette estimation avec toutes les approximations qu’elle contient, notamment celle du change. En effet, si on effectue à nouveau les calculs, non en se fiant aux taux de change de Kamen, mais directement à ceux établis par Laurent Soleil dans le document de 168624, la piastre vaut entre 2 livres 16 sols et 2 livres 19 sols si elle est « de pois fort ». On obtient un revenu annuel d’environ 1300 livres tournois25. Au vu des données que l’on possède, il semble plus pertinent de s’attacher aux valeurs établies uniquement d’après le document de 1686 et d’après les taux de change qui y sont annoncés.

    19Le revenu annuel avant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, dans des conditions normales de commerce, peut être estimé à une fourchette comprise entre 1300 et 1400 livres26. Les 4000 livres initialement investies ont vraisemblablement été amorties en au moins trois ans. Le système de l’imposition de trois piastres par barque et quatre et demi par vaisseau s’avère un peu plus rentable que celui qui était en place dans les années 1660 et que décrit Pierre Ariste dans son traité. Ce calcul, rappelons-le, ne porte que sur l’activité de consul et la rémunération prévue dans le cadre de cette fonction. En l’état du trafic de Barcelone, il démontre que l’activité ne permet pas au consul de faire partie des élites de la ville, sachant qu’à la même époque, la fortune des marchands importants de la ville s’élève à plusieurs dizaines de milliers de livres.

    20Fort de cette première conclusion, la comparaison avec les autres consulats espagnols permettrait d’établir si cette basse rémunération est générale ou si l’activité d’autres ports assure aux consuls une situation plus confortable. Si tel n’est pas le cas, l’activité marchande des consuls pourrait se justifier par ce seul argument : il leur faut tirer des revenus ailleurs pour s’assurer un train de vie en adéquation avec leur fonction. Les rares données dont on dispose à cette date pour comparer les rétributions des différents consuls se trouvent à nouveau dans le manuel rédigé par le commis Pierre Ariste. Malheureusement, il s’agit d’une information assez minime au sujet des revenus consulaires en Espagne. Voici ce qu’il écrit :

    Comme les consulatz d’Espagne ne sont establis que depuis le traicté de paix entre les deux couronnes conclu aux Pyrennées et que les marchands de Saint Malo qui les ont acquis les exercent en personne, l’on n’a pû sçavoir encore au vray quel en pouvoit estre le revenu, l’on tient que celuy de Cadis peut rapporter trois mil livres de rente, et les autres à proportion27.

    21Le seul exemple en 1669 est donc Cadix qui est évalué à 3000 livres tournois de rentes, soit déjà plus de deux fois ce que vaut celui de Barcelone dix ans plus tard28. La même année, le secrétariat d’État de la Marine envisage d’établir à Alger un consul appointé par la Chambre de commerce de Marseille. Cet appointement est alors estimé à 5000 livres soit plus de trois fois et demie le revenu de Laurent Soleil29. Cette proposition d’appointements fixes est liée aux aléas politiques à Alger qui poussent les consuls à prélever des droits élevés quand le commerce est florissant pour compenser des années de troubles qui provoquent une diminution des échanges. Cette problématique se retrouve à Barcelone et permet de comprendre la logique suivie par Laurent Soleil à partir de la guerre de la Ligue d’Augsbourg.

    22En effet, cette guerre marque une double rupture dans le mode des prélèvements qu’il effectue. D’une part elle provoque la ruine du consul, d’autre part, c’est durant cette guerre que paraît un arrêt du Conseil en date du 31 juillet 1691, portant sur les appointements des consuls. Pendant la guerre, Laurent Soleil voit ses biens confisqués à l’initiative du vice-roi Velasco. On peut s’étonner du traitement que le consul reçoit durant ce conflit. En principe, le consul, sans être un agent diplomatique, jouit d’une protection minimale, comme le rappelle Jörg Ulbert30. Ce dernier, traitant de la question de l’immunité diplomatique, a étudié divers juristes de l’époque moderne s’exprimant à ce sujet. Celui qui accorde le moins de prérogatives aux consuls, Emer de Vattel, admet toutefois que :

    Le consul étant chargé des Affaires de son souverain et en recevant les ordres, il lui demeure sujet et comptable de ses actions. Le consul n’est pas ministre public [...] et il n’en peut prétendre les prérogatives. Cependant, comme il est chargé d’une commission de son souverain, et reçu en cette qualité par celui chez qui il réside, il doit jouir jusqu’à un certain point de la protection du Droit des Gens. Le souverain qui le reçoit s’engage tacitement, par cela même, à lui donner toute la liberté et toute la sûreté nécessaires pour remplir convenablement ses fonctions ; sans quoi l’admission du consul seroit vaine et illusoire.
    Elles paroissent même demander que le consul soit indépendant de la justice criminelle ordinaire du lieu où il réside, en sorte qu’il ne puisse être molesté, ou mis en prison, à moins qu’il ne viole lui-même le Droit des Gens, par quelque attentat énorme31.

    23Pourtant, Laurent Soleil rappelle que « tout le monde sçait ce que j’ay souffert »32, faisant allusion aux événements de la guerre de la Ligue d’Augsbourg.

    Quant tout le commerce de Marseille et toute France sçait que l’on m’a ruiné en cette derniere guerre aiant bien perdu plus de 5000 piastres, essuié la prison deux mois entiers, bannis sept mois à Madrid, et privé en tout de pouvoir negocier33.

    24Deux enseignements sont à tirer de cette déclaration. Le premier, concrètement, est qu’en temps de guerre, le consul n’a aucune immunité et subit les décisions des autorités locales. Ainsi, dans les faits, à la fin du XVIIe siècle, le consul n’est absolument pas perçu comme un agent diplomatique34. Le second s’établit sur le plan personnel : Laurent Soleil a subi des pertes qui ont rendu sa situation beaucoup moins confortable qu’avant la guerre.

    25Il dit avoir perdu 5000 piastres (l’équivalent de 14000 livres) soit dix années de revenus liés aux droits consulaires. Ces 5000 piastres ne peuvent provenir du seul droit de consulat perçu par Laurent Soleil, d’autant que 1684 et 1688 représentent des années où le commerce est en baisse à cause des conflits entre les deux royaumes. Il ne peut officiellement être reconnu consul durant ces années-là, ne pouvant donc percevoir de droit de consulat, ce qui se manifeste par sa réclamation de lettres de commission en 168435, comme en 1698, à l’issue de la guerre. Ces sommes constituent un quart de son activité, il possède donc assez pour relancer ses affaires. Le consul veut en fait éviter les conséquences aléatoires des situations de guerre et défendre un revenu fixe pour le considérer comme une rente à investir chaque année.

    26Par le raisonnement qu’il tient sur ses revenus consulaires et les pertes subies à la guerre, Laurent Soleil considère que sa fonction de consul justifie que le roi l’aide à récupérer les biens perdus36. Ce dernier doit lui permettre d’avoir une part de revenus sur laquelle il peut compter chaque année. Dans sa correspondance, il se concentre dès lors sur cet argument, suivant en cela l’exemple des consuls levantins. Comme la solution envisagée à Alger, face à ces aléas, il demande tôt, dès 1684, une pension en complément du droit de consulat37. Cette demande est en contradiction avec l’ordonnance de 1681. Il essuie sans doute des refus et transforme sa demande de pension en demande de gratification pour compenser les pertes subies à cause de la guerre38. Il ne renonce pourtant pas à l’idée de recevoir une pension pour s’assurer un revenu régulier. Après une décennie de pratique, conscient de l’instabilité des rapports entre les deux pays et, en particulier, de la situation catalane, il préférerait s’assurer une pension pour profiter d’un revenu minimum attaché à sa charge, en sus de ce qu’il perçoit grâce à son droit de consulat.

    27Cette idée se fait plus claire après l’arrêt du 31 juillet 1691 qui place les consulats du Levant sous la responsabilité de la Chambre de commerce de Marseille. Cette dernière doit leur régler des appointements annuels. Mû par le besoin de reconstruire sa fortune, le consul n’hésite pas à demander aussi des appointements à la Chambre de commerce de Marseille : « Il y a longtemps que je sçay que vous, Messieurs, donnés un tant aux consuls, d’Alger, Tunis, et Tripoly39, assurés vous, Messieurs, que n’en mériteroit pas moins le consul de Cattalogne, et qu’il a plus de mal de teste pour la nation que ceux de toute Espagne et Portugal »40.

    28Soleil entretient assez de liens avec les marchands qui se rendent au Maghreb pour connaître le régime de rémunération des consuls d’Afrique du Nord41. Ne se préoccupant pas de la législation sur la question, il entend donc bien profiter des mêmes droits que les consuls de ces nations. La comparaison et l’étude de cette demande est rendue possible par la connaissance de la somme espérée par Laurent Soleil et de celles perçues par les consuls rémunérés par Marseille. Il est ainsi aisé de connaître à quel niveau le consul de Barcelone place son consulat. Il demande à la Chambre de commerce une pension annuelle :

    Se sont des frais et depenses que je souffre et desquelles je n’en ay aucune satisfaction ny de la cour ny du commerce à quoy je ne scay à quoy l’attribuer, scachant tout le monde ce qu’il se retire du consulat n’est bastant pour payer la depance de bouche d’un valet, servante et louage de maison quand touts les autres consuls ont des pensions comme l’Anglois, Gênois et Holandois qui habitent en cette ville et font belle figure et le consul françois, qui est en vérité celuy qui le devroit faire, faut qu’il alle42 le plus mal de tout ; ce seroit tres peu de chose pour le commerce de Marseille quand elle me satisferoit d’une chose honneste par année de bales43 700 escus44.

    29À noter que l’argument sur le niveau de représentation à maintenir vis-à-vis des consuls étrangers est un lieu commun utilisé par ailleurs45, et qui doit probablement se retrouver dans la correspondance des consuls anglais, génois et hollandais. Il demande donc sept cents écus de pension soit environ 620 livres46. Par ailleurs, il réclame dans le même temps un appui du roi pour recevoir cette somme de la Chambre de commerce de Marseille comme c’est, selon lui, le cas à Livourne ou à Gênes47. Cette pension est sollicitée pour compléter les revenus du consulat. Le consul estime donc qu’il devrait percevoir 2000 livres environ pour tenir honnêtement sa charge. Cela situerait le consulat de Catalogne au niveau d’une petite échelle du Levant, comme Tripoli de Barbarie dont les appointements sont fixés à cette somme et à peine en dessous de Tunis et Jérusalem qui rapportent à leur détenteur 3000 livres en 169148.

    30Les revenus du consul doivent couvrir deux types de dépenses qui ne sont pas encore considérées séparément à l’époque moderne : les dépenses engagées pour le fonctionnement du consulat et celles utilisées pour les dépenses privées du consul et des siens. Pour obtenir des remboursements ou des gratifications, le consul évoque ces deux domaines. Dans les consulats les plus importants, le consul a un chancelier et un personnel dont le nombre peut être élevé49. Dans le cas barcelonais, il n’y a pas de personnel à proprement parler. Le consul écrit ses lettres lui-même, d’éventuels documents d’archives ayant disparu, reste le contenu des lettres pour nous informer sur le personnel du consulat.

    31Les renseignements fournis par les archives nous prouvent qu’il n’y a, en fait, aucun personnel au sein du consulat durant ces vingt-cinq premières années d’exercice. Quand il réclame sa pension, il dit ne pas avoir assez pour payer les frais de bouche d’un valet, une servante et la location d’une maison. Cela nous apprend que le consulat ne se fait pas dans un bâtiment que posséderait le consul par sa fonction, mais dans la maison privée du consul, qui lui sert aussi de boutique50. Il n’a pas non plus de chancelier qui, en principe, constitue le personnel indispensable du consulat et joue le rôle de notaire51.

    32Trois éléments nous permettent d’affirmer qu’il n’y a aucun personnel autre que Laurent Soleil au sein du consulat. Premièrement, aucune de ses lettres ne fait allusion à l’existence d’un chancelier52 ; deuxièmement, il demande régulièrement le remboursement de frais de notaires et avocats auxquels il fait appel à Barcelone53. Troisièmement, il s’absente en 1687 pour quelques mois et demande à ce que son frère soit reconnu comme vice-consul pendant ce temps54. Or, selon l’habitude, en cas de mort ou d’absence du consul, le chancelier tient le consulat. Le consulat de Laurent Soleil est marqué par une pratique très familiale de la fonction. Au-delà de la simple volonté de profiter d’une charge pour faire fructifier des affaires de toute une famille, il s’agit là d’une pratique collective du consulat.

    33Le consul n’hésite pas à lier sa famille à son sort dans ses correspondances professionnelles, démarche souvent observée à l’époque moderne. Quand il demande une gratification, il évoque régulièrement ses difficultés à nourrir les siens comme dans une lettre du 8 avril 1703 où il ne renonce pas à obtenir une pension : « Je vous prie, favorises moy de votre protection auprès de ce Monsieur-là55, ne demandant poin que l’on me donne, sinon une chose congrue pour pouvoir me maintenir honestement, et que je n’aye pas de manger ce qui est de mes enfans »56. Avant d’entrer plus en avant sur l’implication familiale dans la pratique du consulat par Laurent Soleil, il convient de citer une lettre du consul qui permet de conclure sur ce qu’il touche et de voir l’imbrication des affaires privées et publiques dans la vie du consul.

    Monseigneur, le droit que je perçois est 8 l. 6 d.57 par chaque tartane ou barque qui charge ou decharge en ce port que sont 3 piastres ne davantage à raison de 11 l.t. la pistole et du depuis l’année 79 que Sa Majesté me fit la grace de consul, il n’est jamais venu une année où à cent barques d’obligacion de payer j’ay esté dans le commancement c’est à vouloir le scavoir. Mais il n’y a jamais eu année que je n’y aye mangé beaucoup de mien, ce qui fut, Monseigneur, comme [je] puis vous avoir dy, que voyant que j’avois de payer louage de maison, et, d’une maison qui fut un peu honeste, je m’en fais toutes les années trente pistoles dont il me faut une servante, il me faut un valet avec gages pour aller du moins avec les patrons les comtoyer pour leurs affaires entre ces trois choses la seulement je depense ce qu’il me puit entrer de consulat, il n’ya rien pour moy ni pour aller un peu comme le tiltre ou la charge le mérite ce qui me obligea, dans les années 1688, de prier Monseigneur de Seignelay de me vouloir gratifier de quelque pension. Ce dont il me asseura et me le promit qu’il le feroit et que des deux mille quatre cent livres dont je le supliois pour la première petition58 me procurer plus de 1200 l.t. plus ou moins. Dieu, par ses cents secrets voulust que nous eussions la guerre en 11 mai 1689. Cela resta là, au surplus Dieu a permis sa mort qui me chagrina fort, comme je me donnay l’honneur de vous en escrire Monseigneur le 25e septembre 9759 [lettre] dans la quelle je vous faisois une petite narration de ce qui me passa à la publicacion de la guerre 1689 et comme entièrement j’ay perdu tout ce que j’avois gagné en le temps de paix avec mon négoce et boutiques que j’avois dans Barcelone et asseurement il ne me manquoit pas cinquante à soixante mille l.t. d’argent ou marchandises quand la guerre se publia60 et l’on me l’a fait tout manger ou perdre comme Monseigneur de Vendosme ne le sceut et voulust s’en informer et mesme procura de m’ayder de quelque chose pendant le temps qu’il resta icy – de quoy je luy resteray toute ma vie obligé – nous asseurant, Monseigneur, que ce que je vous dis de ce que me rend la charge de consul n’exède pas une année ou autre à 800 l.t. et que ce que j’en fais n’est que par honneur de ma maison de avoir procuré à estre remis à ma charge et que sy je vous prie, et prie Sa Majesté, de me donner quelque pension, je ne le fais que par honneur de la France, car l’on scait publiquement que je n’en ay pas61.

    34Cette lettre nous donne un nombre important d’informations sur lesquelles il faut revenir. Elle nous confirme que le personnel du consulat se limite à une servante et un valet. Les frais de location s’élèvent à 330 livres62. Il sous-entend que les paiements des gages du personnel lui en coûtent environ 500 livres puisqu’il prétend obtenir 800 livres grâce au droit de consulat. Ainsi, ce que lui rapporte le droit de consulat lui permettrait à peine de maintenir l’institution. Le trafic reste similaire aux chiffres de 1686, il annonce qu’environ une centaine de barques passe par an.

    35Si l’on compare ce dernier chiffre aux 800 livres, perçues au tarif de 8 livres 6 deniers par barque, il perçoit le droit de consulat sur 9763 barques environ. Il ne ment pas mais omet de préciser qu’il prélève aussi la moitié de ces droits sur les barques qui ne chargent ni ne déchargent comme il l’indique un an plus tard à la Chambre de commerce de Marseille64. Si, comme il l’affirme déjà en 1686, une centaine de bâtiments ne font que se réfugier en Catalogne, il touche 400 livres supplémentaires en ne prélevant que la moitié de son droit de consulat. Dans des lettres écrites aux députés marseillais65, il affirme qu’il aurait demandé et obtenu de Seignelay une pension de 1200 livres. Il estime, à nouveau, le consulat rentable pour 800 plus 1200 livres soit 2000 livres, qui seraient en fait synonyme pour lui de 2400 livres si l’on compte ce qu’il perçoit sur les bâtiments de passage66. Cette lettre confirme les approches proposées précédemment. Le consul exagère sans doute les difficultés qu’il a à mener à bien sa charge et, surtout, elle prend après 1698 une dimension honorifique, mais vitale pour relancer ses finances propres.

    36La guerre a ruiné le marchand Laurent Soleil, il ne peut le dire plus explicitement que dans cette lettre au secrétaire d’État alors que l’arrêt du 31 juillet 1691 a rappelé l’interdiction de faire tout commerce en étant consul. À Barcelone, le consulat n’est pas assez rentable pour empêcher son titulaire de commercer. Il annonce cette fois-ci une perte de 50000 livres d’argent et de marchandises : il tient là un discours, une nouvelle fois, différent de celui destiné à la Chambre de commerce un an plus tard. Quoi qu’il en soit, un consul ne peut, comme nous l’avions déjà constaté, engendrer de telles économies grâce à sa fonction. Le cas de Soleil n’a pas de raison d’être isolé étant donné le profil des consuls français d’Espagne à la même période.

    37Le consulat complète sa vie de marchand et ne lui procure pas de forts revenus, mais lui permet d’assurer sa position de commerçant. Après la guerre de la Ligue d’Augsbourg, Laurent Soleil compte sur sa fonction de consul pour permettre le renouveau de ses affaires ; cela change évidemment sa pratique et explique son empressement à demander des gratifications et des pensions pour s’assurer une assise financière stable de ce côté, tout en ayant une compensation des pertes subies pour la nation. Sa pratique du consulat est alors très éloignée de la théorie développée dans l’ordonnance de 1681, il faut donc tenter de comprendre ce qu’être consul signifie pour Laurent Soleil.

    2. Le consulat selon Laurent Soleil

    38En Espagne dans la seconde moitié du XVIIe siècle, le consulat ne fournit pas assez de ressources pour que cela justifie l’intérêt qu’il peut susciter. C’est l’activité marchande qui permet au consul de s’enrichir. En revanche, la fonction sert à favoriser les affaires personnelles et est porteuse d’une charge honorifique importante. Le service du roi peut être également un choix stratégique payant à l’image des plus grandes réussites de la bourgeoisie de la première moitié du XVIIe siècle, dont les modèles les plus aboutis en France sont les Fouquet ou les Colbert. À une autre échelle et sans la même réussite, Laurent Soleil se sert de sa charge pour développer une stratégie et offrir à sa famille une alternative au commerce : le service du roi.

    39Cette stratégie, élaborée par le consul, non pour lui seul, mais pour sa famille se dessine progressivement. Elle est marquée par un changement d’attitude de part et d’autre de la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Sa nouvelle situation le conduit à développer davantage le souhait de mettre une partie de sa famille au service du roi. Avant 1688, sa vision est celle d’un marchand bourgeois qui use de sa charge pour favoriser ses affaires et prendre des risques quand surviennent les guerres. Après ses mésaventures de la guerre de la Ligue d’Augsbourg, il compte sur le consulat non seulement financièrement mais aussi pour permettre à sa famille d’entrer de manière pérenne au service du roi en recherchant sa protection.

    40L’achat de la charge de consul par son père correspond à une logique familiale évidente très liée à une stratégie commerciale67. Prévue sans doute pour son frère, sa nomination au poste barcelonais marque le début d’une stratégie familiale dont il est dès lors le protagoniste principal. Son père se retire de Barcelone en 1679, son frère aîné est mort. Régulièrement, ses plus jeunes frères apparaissent dans les archives et se voient confier l’intérim de la charge consulaire en cas d’absence de Laurent. Ainsi, son frère Jean-Baptiste est à Barcelone au plus tard en 1687 et assure la vacance du poste consulaire68. À cette période, Laurent Soleil a un négoce et plusieurs boutiques, une cinquantaine de milliers de livres de marchandises et d’argent, son commerce est florissant.

    41Jusqu’à cette date, sa fonction consulaire sert son activité marchande et dans les archives se mêlent indifféremment affaires du consulat et affaires personnelles, aux mêmes dates et auprès des mêmes notaires69. Dans sa correspondance avec le secrétaire d’État, il se garde de faire des allusions sur sa situation de marchand et cherche à gagner la confiance de ses tutelles sans, toutefois, demander la protection royale. C’est après 1698 que la situation se modifie avec une double tendance. Le consul plaide auprès du secrétaire d’État pour indemniser le marchand Soleil et lui demande de prendre sous sa protection sa progéniture afin qu’elle obtienne des charges au service du roi.

    42Le consul, comme cela se fait à l’accoutumée, envoie en cadeau de fin d’année au secrétaire d’État des présents, en l’occurrence, du vin du pays catalan70. Après 1698, son activité de marchand est connue à la suite de ses demandes d’indemnisation et gêne de plus en plus Pontchartrain. En 1702, le secrétaire d’État le questionne à ce sujet, il répond en ces termes :

    Vous me dittes, Monseigneur, par vostre lettre du 21e du passé que Monsieur de Forainde71 vous a escrit que j’avois envoié une barque. La vérité est que le 30e décembre 1701, voiant qu’il partoit une barque pour ce pais là, et que l’on me dit son nom, je pris la liberté de luy escrire le priant de vouloir favoriser de m’envoier le pris des marchandises qui seroint bonnes pour ce pais-là, de mesme ce que je pourrois sortir des de là72 avec le pris ce qu’il fit très honestement par ces lettres du 11 janvier et 11 mars 1702 dans lesquelles il m’envoioit la notte des marchandises bonnes pour envoier, et de celles du retrait, sens me parler de la moindre defance du monde, bien au contraire, qu’il me rendroit service en tout ce qu’il pouerroit, ce qui m’oblija d’en parler à un fil de François, tres honeste, homme marié en cette ville, et resoulumes touts deux de faire ce negoce, voyant que me dittes par les vostres de chercher touts les moiens pour faire que le négoce soit estably en ce pais et remis une tartane avec un sobrecar de dela. La verité est que je y participe de deux tiers et l’autre un tiers et que du depuis je y ai envoié deux barques chargées du vin et de vingt quintaux de laines et comme je ne souhette poin en aucune façon ne faire plus que ce que vous monseigneur souhetteres j’escrit au sobrecar que j’ai de de là de s’en revenir et scauder73 compte avec un chacun, et de mettre sur cette derniere barque tout ce qu’il me sera deub, soit en troc ou de quelle façon que ce puisse estre74.

    43La lettre laisse sous-entendre que Jérôme de Pontchartrain avait dénoncé son activité marchande. Il serait étonnant que le secrétaire d’État de la Marine l’encourage, même implicitement, comme le prétend le consul. Ce dernier construit sa défense en argumentant que c’est Pontchartrain lui-même qui lui a demandé de relancer le commerce en Catalogne, ce qui est sans doute vrai, cependant, il n’a sûrement pas poussé le consul à commercer lui-même. Malgré les interdictions de faire commerce réitérées en 1691, un consulat comme celui de Barcelone ne peut se maintenir sans activité annexe du fait du trop peu de revenus qu’il génère. Le secrétaire d’État admoneste son commissaire mais ne peut empêcher cette dérive sous peine de ne pas pourvoir le poste75.

    44Avant et après la guerre, Laurent Soleil poursuit donc son commerce, mais après la guerre, il a moins de facilité comme marchand au sein des corporations barcelonaises et, en outre, le secrétaire d’État sait bien quelle était l’importance de ses activités avant la guerre. Si sa position a changé, la stratégie familiale reste la même que celle initiée par son père et il tente de lui faire suivre distinctement deux voies. À l’image des Dupin76, Laurent Soleil veut établir ses deux fils, un dans les affaires commerciales et l’autre au service du roi. En effet, il ne semble pas chercher à tout prix à faire de son fils un consul, toutefois, il le place sous la protection de Pontchartrain. Il entre dans une phase de préparation de sa succession, il a alors plus de quarante-cinq ans et une importante progéniture à sa disposition.

    45Père d’une famille nombreuse, il a dix enfants d’un seul mariage77. Il prépare la succession pour deux de ses fils, les seuls auxquels il fait allusion régulièrement à partir de 170378. L’aîné des deux, Pierre Soleil, a une formation qui diffère de celle qu’on donne à un futur marchand. Son père cherche clairement à l’associer au consulat et sans doute à le pourvoir d’une charge plus lucrative. La guerre a dû ruiner les espoirs d’acheter une charge conséquente et Laurent Soleil souhaite, pour compenser cette perte, bénéficier de la bienveillance de Pontchartrain. Ainsi, il place son fils sous la protection du secrétaire d’État qui semble davantage prêt à accorder son soutien en assurant une charge aux enfants de son serviteur plutôt que de lui verser une pension en argent.

    46La première demande conservée date de mars 1703, date jusqu’à laquelle Pierre Soleil est établi dans une échelle de Barbarie. Pontchartrain a proposé un changement d’affectation pour ce dernier mais son père refuse et indique que son intention :

    n’est pas de le laisser en aucun endroit de Barbarie par voie d’establissement, pourra bien estre que je l’enverray un peu rouler la France avant qu’il soit plus agé ayent dejà plus de 21 an, et s’il pouvoit mériter la grace de vostre appuy dans quelque employ sous la direction de quelcun de vos secretaires, et seroit un gran fauveur que recevroit toute ma famille, et sy par son esprit et conduitte et suivent toujour vos commandemans, il souhetoit rester en France je luy permetrois volontiers me trouvant sur mes bras dix enfans qui ne me laissent pas dormir toutes les fois que j’ay sommell. Il a fait la Philosofie, parle assez bien le Castillan, et il y a quatre années qu’il est à mon costé dans le négoce, et comme j’en ay un autre qui est dans le négoce du depuis deux ans, je me passeray volontiers du premier. J’espere que Dieu m’ouvrira quelque chemain tant par voie de vous, Monseigneur, comme des amis79.

    47Pierre, l’aîné, a donc manifestement aidé son père dans le négoce depuis son retour, comme l’atteste l’écriture des lettres quand son père est malade80. Cependant, ayant un second fils qui peut travailler dans le négoce, Laurent Soleil préfère pousser son fils aîné vers le service du roi. Il est étrange qu’il ait fait des études de « philosofie » et non de droit, peut-être cela signifie qu’il est bachelier, mais n’a pas poursuivi ses études au-delà. Il cherche en tout cas à le placer sous la protection du secrétaire d’État.

    48Sa connaissance du négoce et de la langue espagnole pousse Pontchartrain à le recommander à Lebret, intendant de Provence et premier président du parlement d’Aix81. On perd la trace de Pierre jusqu’en 1706 quand il écrit à Pontchartrain, depuis la rue de Venise, à Paris82. À cette date, la stratégie familiale a échoué. Pierre demande au secrétaire d’État d’avoir quelque égard pour lui. Il se dit nus pieds et sans aucune charge, ayant été obligé de quitter l’Espagne. Il a donc dû retourner, après un bref passage en Provence, auprès de son père. La veuve de Laurent Soleil poursuit la stratégie voulue par son mari en demandant pour son fils Pierre, en 1715, un poste de consul, ce que Partyet n’approuve pas83.

    49Le pari familial n’a pas payé, et la continuité que semble vouloir créer Laurent Soleil en recommandant son fils au secrétaire d’État, en le laissant le remplacer pour rédiger les lettres et les autres démarches n’ont pas suffi. Cependant, cette insistance qui s’accroît à partir de 1700 indique que Soleil a considéré que le service du roi ne devait plus uniquement être un appui pour ses affaires privées mais pouvait constituer un nouvel élan pour sa famille. La charge de consul a été choisie pour les bienfaits qu’elle apporte aux marchands Soleil mais s’est avérée être une ouverture vers un service du roi, non directement lié à une activité marchande.

    50Peut-être n’aurait-il pas dû refuser un poste dans les échelles où son fils aurait pu entrer comme chancelier puis obtenir un poste de consul plus réputé que celui de son père. Laurent Soleil a cherché à le mettre au service du roi alors qu’il n’en avait pas la formation. Le monde consulaire apparaît comme un monde fermé. S’il est malaisé de trouver des gens qui ne sont pas issus du monde du négoce pour pourvoir les postes consulaires de second plan, il est tout aussi difficile de s’élever depuis ces postes-là vers des charges plus conséquentes dans le royaume de France. La guerre n’a ruiné qu’un temps Laurent Soleil qui est dit noble en 170484 ; cependant, cette expérience l’a poussé à assurer l’avenir de sa famille en envisageant le service du roi comme une nouvelle activité.

    51Il n’a cependant jamais exclu de cette succession la consolidation du rôle que joue la famille dans le commerce. Le fils cadet, Jean, est dans le négoce : le souhait de garder le contact avec cet univers est clair. Issu de ce monde-là, Laurent Soleil entend y préserver des intérêts. Son but est de conserver un commerce qui dégage des fonds destinés à l’obtention, sous la protection du secrétaire d’État, de charges qui permettront la consolidation financière de la famille Soleil et le développement du commerce familial à une échelle plus importante. Le consulat doit appuyer cette stratégie.

    52Il ne souhaite pas que ses fils aient la double fonction, mais que l’un serve le roi et l’autre gère les affaires familiales à l’image sans doute de ce qui serait advenu si son frère Philippe avait survécu en 1679. Cela rejoint la stratégie qui est celle de la famille organisée entre Lyon et Barcelone et qui, jusque-là, effectuait des choix toujours liés au négoce. L’originalité consiste donc à ne pas en être tout à fait dépendant. Le consulat doit lui permettre de demander réparation au secrétaire d’État pour les pertes subies durant la guerre plus aisément qu’un simple marchand ou de favoriser les affaires personnelles, quand le service du roi assure une stabilité indépendamment des temps de guerre ou de paix en dehors du monde marchand.

    53Quant à ses filles, il en place deux dans des couvents85 pour assurer le salut spirituel de la famille, pour éviter de fournir deux dots supplémentaires et, sûrement, pour créer des liens avec l’univers religieux qui, en Catalogne, a un pouvoir conséquent. Cela dénote, semble-t-il, une certaine aisance qu’il a, sinon jamais perdue, du moins retrouvée en 1705. Le consul appartient à la bourgeoisie marchande puis à la petite noblesse et tente, par son poste, de dessiner une voie d’ascension sociale initiée par son père qui, finalement, ne s’avère pas payante.

    54Tout porte à croire, dans son attitude, qu’il entend concentrer l’honneur et les privilèges royaux sur lui et sa famille. La question de la concurrence et des protections accordées se pose alors. Au-delà de sa famille, Laurent Soleil cherche-t-il à privilégier des associés ? Subit-il de la concurrence alors qu’il brigue la protection de Pontchartrain ? Sa disgrâce au profit d’un concurrent, Jean-Philippe Monclus, répond à cette dernière question. En revanche, l’étendue de sa protection consulaire au-delà de sa famille est difficile à déterminer. Il compte évidemment des associés dans ses affaires marchandes, mais il semble avoir toujours voulu conserver la mission consulaire pour lui seul en Catalogne. La question de la création des vice-consulats français de Catalogne illustre bien cette position.

    3. La question des vice-consulats : un refus justifié

    55Au-delà d’une stratégie personnelle, la question des vice-consulats est aussi celle de la vision du commerce défendue par Laurent Soleil. L’expansion du réseau consulaire français en Espagne impose une réflexion quant à la création de vice-consulats. Une opportunité se présente alors, pour le consul, de placer des hommes de confiance à ces postes. Trois fois, entre 1679 et 1716, le souhait d’instaurer des vice-consulats en Catalogne se pose, deux fois Laurent Soleil en a la charge et rien ne se produit. Comprendre les raisons de ces deux contretemps éclaire la manière dont Laurent Soleil utilise sa charge pour favoriser ses affaires et défendre sa vision du négoce.

    56Dans un premier temps, ce dernier souhaite pouvoir créer des vice-consulats. En 1685, il demande de nouvelles lettres de commissions avec « lieu de pouvoir créer des visconsuls où bon me semblera de Cattalogne pour le profit des négocians, ce qui n’a pas esté dans les précédentes et qui est de beaucoup de profit pour la nacion »86. Cette requête est à la croisée, selon nous, de deux logiques. Laurent Soleil connaît la situation qui l’a précédé, lorsque Robert Prigent était consul en titre de Barcelone alors que Jean Rey en exerçait la charge sous la fonction de vice-consul. Estimant qu’il est le successeur de Prigent, il souhaite, comme ce dernier le faisait, nommer des vice-consuls. C’est pour lui un principe lié à l’honneur de sa charge.

    57Par ailleurs, son souhait de nommer des vice-consuls lui permettrait de tirer de nouveaux bénéfices en taxant les navires qui passent dans les ports catalans où s’effectuent de nombreux échanges. Or, les bâtiments français peuvent éviter Barcelone lorsqu’ils longent la côte et le consul ne peut que difficilement les repérer pour exiger ses droits. En revanche, s’il place deux vice-consuls le long de la côte, les navires pourront difficilement la suivre sans jeter l’ancre dans un de ces ports et payer les droits de consulat, ou la moitié, tout du moins, s’ils ne commercent pas.

    58Cette volonté apparaît clairement dans le soin que Laurent Soleil prend à faire reconnaître ses attributions. S’il est indifféremment dénommé « consul de Barcelone » ou « consul de Catalogne », ces questions n’ont pas pour enjeu uniquement la bienséance, elles sont liées à la reconnaissance même de sa fonction par les capitaines et patrons de navires et, par conséquent, à ses revenus. Sa lettre de commission en fait bien le consul de l’ensemble des ports de Catalogne : « de nostre main commettons, ordonnons et establissons consul de la nation françoise à Barcelonne, Tarragonne et autres ports du comtés de Catalogne pour lad. charge avoir, tenir et dorsenavant exercer »87.

    59Il s’avère qu’il n’est pas toujours reconnu comme tel, c’est ce qu’il signale à la Chambre de commerce de Marseille dans la lettre du 2 juillet 1700 déjà évoquée : « il y a eu des patrons sy mal fondés que lorsqu’ils ont déchargés à Mataron ou chargés à Salou sont venus icy, ou sans y venir, croire n’estre obligés de me payer le consulat dizant qu’ils ne devoint qu’à Barcelonne et que je n’estois pas consul général de Cattalogne, chose que dès le premier jour de mon élection a esté et est, et que j’ay receu dans tout le temps passé »88. Sur ce point, le consul est dans son bon droit. Son autorité s’étend bien à tous les ports de la côte catalane. Les contestations des patrons, liées à leur souhait de se soustraire aux trois piastres de droit de consulat, montrent cependant que la présence consulaire n’est ressentie qu’à l’épicentre de son aire d’influence : Barcelone.

    60Cette lettre, écrite quinze ans après la demande d’autorisation par Soleil de nommer des vice-consuls, montre que la situation est restée la même. Ce dernier n’a toujours pas, à cette date, nommé de vice-consuls et les patrons ne se soumettent pas entièrement à son autorité. On peut se demander pourquoi il n’a pas insisté pour créer ces postes le long de la côte de Catalogne. Une lettre de 169989 nous donne une possible explication : Laurent Soleil a dû se résoudre à deux choses depuis sa première demande. D’une part, les navires français passent, en grande partie, tous à Barcelone, il n’a donc pas besoin de vice-consuls pour percevoir son droit de consulat. D’autre part, nommer des vice-consuls a un coût et, au vu de son souci de préserver ses intérêts, il est probable qu’il ne veuille pas risquer de devoir renoncer à une partie de ses revenus à cette fin.

    61Chaque création ou renouvellement, tous les trois ans, d’un vice-consul coûte six pistoles auprès du secrétariat de Madrid. Ainsi, cela reviendrait à douze pistoles tous les trois ans soit quatre pistoles par an pour le consul qui se montre si prompt à défendre ses finances qu’on peut penser qu’il estime cette dépense d’une cinquantaine de livres inutile. Le consul ne considère pas la création de vice-consulats comme le moyen de mieux défendre les intérêts de la nation, mais comme un surplus de pouvoir personnel et une source supplémentaire de revenus. L’expérience lui montrant que cela ne lui rapportera finalement pas ce qu’il pensait, il y renonce. Il y a également fort à parier qu’il y a décelé un frein pour ses affaires ou celles des patrons avec lesquels il travaille.

    62Pourtant, la question des vice-consuls resurgit après l’arrivée de Daubenton à Madrid. Ce n’est pas Laurent Soleil qui réclame la création de vice-consulats, mais le secrétaire d’État par le biais de son commissaire. Ce dernier prend cette initiative, à son arrivée, pour resserrer le réseau consulaire français en Espagne, le développer et mieux surveiller le respect des mesures législatives obtenues de Madrid en faveur du commerce français dans les territoires espagnols. Il est donc demandé au consul d’établir des vice-consulats dans sa juridiction. Il ne peut refuser en prétextant un coût trop important, mais développe un argumentaire intéressant, qui nous permet de mieux comprendre sa vision du commerce et la situation du négoce en Catalogne.

    63La présence de vice-consuls est conditionnée par une démarche de la part des consuls eux-mêmes. Ainsi, malgré les demandes répétées de l’administration centrale d’en mettre en place, Laurent Soleil tarde à céder. Il élude systématiquement les demandes répétées de Daubenton de Villebois qui en réfère à Pontchartrain. Il semble céder sur le principe en 1704 :

    Il y a longtemps que le sieur Laurens Soleil auroit deu etablir des vice-consuls dans les ports de son departement il y a plus d’un an et demy que je luy en ay fait connoitre la necessité il ne s’y seroit pas determiné si vous ne luy aviez pas ordonné de le faire par la lettre qu’il me marque que vous luy avez fais l’honneur d’écrire le 23 du mois passé, ce qui l’a engagé de me demander comme il s’y doit prendre pour ces etablissemens, c’est ce que je luy ay expliqué par le dernier ordinaire90.

    64Il demande ensuite au secrétaire d’État comment mettre les choses en place. Cependant, cette décision intervient bien tard. Nous nous sommes demandé pourquoi Laurent Soleil ne suit pas les demandes du secrétariat d’État et l’exemple des autres consuls français en Espagne qui établissent, quant à eux, des vice-consuls91. La raison économique, valable d’après les certitudes sur le coût de ces nominations, ne tient plus en 1704. En effet, établir des vice-consulats ne représenterait pas pour les consuls une perte financière. Au contraire, Daubenton a répondu sur ce point à Laurent Soleil, qui a dû développer cet argument :

    J’ay expliqué au sieur Laurent Soleil de quelle manière se devoit faire l’etablissement des vice-consuls dans quelques ports de son departement, je vous ay remis, Monseigneur, il y a environ 18 mois un mémoire des consulats d’Espagne où les vice-consulats et ceux qui les remplissent sont expliquez, ils n’en retirent presque aucun revenu soit par le peu de batiments qui touchent dans les ports de leur residence soit parce qu’ils rendent compte des droits qu’ils recoivent au consul qui n’accorde ordinairement à ces personnes que le quart ou le tiers de ce qu’ils retirent, il y a de ces vice-consuls qui, bien loin de rien toucher, depensent du leur. C’est pourquoy ils ne considèrent leur poste que pour avoir de la protection et jouir de quelque distinction parmi les negocians92.

    65Le titre de vice-consul serait purement honorifique et apporterait, au même titre que le consulat, une protection. On peut s’interroger, dans ces conditions, sur la motivation du consul de Barcelone à refuser de s’entourer de personnes qui prélèveraient des droits qui lui reviendraient en grande partie et ce d’autant plus qu’il se plaint souvent du manque de revenus qu’il perçoit. Laurent Soleil a justifié quelques années auparavant sa décision de ne pas nommer de vice-consuls. Ce choix est motivé par la volonté de rendre le commerce le plus libre possible. Il estime qu’il en coûterait trop aux patrons et capitaines : explication en contradiction avec la recherche de bénéfices qu’il exprime souvent. Sans doute peut-on estimer que le consul avait des intérêts personnels dans ces ports et voyait d’un mauvais œil l’installation de vice-consuls. Quoi qu’il en soit, sa justification est connue à la suite de la référence à une demande, aujourd’hui perdue, du secrétariat d’État sur l’implantation de vice-consulats en Catalogne avant même l’arrivée de Daubenton.

    Quant sa Majesté m’ordonna de mettre un visconsul à Cadaques où les patrons luy payeroient une piastre en y donnant ancre, un à Saint Feliu de Guixols, ou Palamós ; un à Salou ou Tarragone et un à Tortose93, ausquels touts les patrons y donnant ancre, ils y paieroient une piastre, et les mienes trois une fois pour tout en Cattalogne.
    Je representay à Sa Majesté l’inconvenient que cela seroit pour la liberté du comerse pour les raisons que j’an donnay ne regardant point en cela mon interes car pour moy il seroit beaucoup mieux qu’il y en eu partout, du moins je n’aurois tant de peyne pour seavoir seux qui arriven en Cattalogne94.

    66Il est donc question d’implanter non pas deux mais quatre vice-consulats, soit, à cette date, une centaine de livres de frais par an pour les maintenir en ne rapportant sans doute pas autant. Cependant, il ne justifie ainsi pas son refus, au contraire, il affirme que sa politique a pour but de faciliter « la liberté du comerse ». Sa pensée peut paraître originale à cette date. Elle nous ramène à l’idée développée au XVIIIe symbolisée par l’expression « laisser passer les marchandises » de Vincent de Gournay95 ou les écrits de Jean-François Melon membre de la génération qui suit directement Soleil dans son Essai sur le commerce publié en 173696. Il suit, en fait, une logique de praticien du commerce, non celle d’un agent de l’absolutisme royal97. Cette logique rejoint vraisemblablement des intérêts moins avouables : le consul doit profiter de sa position pour s’entendre avec les patrons et capitaines ou faire fructifier son propre commerce depuis ces ports où, officiellement, aucun droit n’est prélevé comme les exemples de défense des patrons Beaumont ou Estrine le suggèrent98. Cependant, il faut ici considérer un instant la justification utilisée.

    67D’une part, cette logique est celle du monde du négoce du XVIIe siècle. Si elle n’est appliquée qu’au XVIIIe siècle à l’échelle du royaume, de nombreux marchands la défendaient dès cette époque. Soleil prend position pour les intérêts marchands en empêchant ces prélèvements. Cela n’est, en fait, pas en contradiction avec sa logique habituelle. Mettre en place des vice-consuls a un coût qu’il n’est même pas sûr de couvrir avec les taxes. Placer des vice-consuls constituerait une perte potentielle pour lui et certaine pour les marchands et patrons. Or, ces derniers constituent la source principale de ses revenus, il souhaite donc que le commerce soit le plus libre possible pour qu’il se développe et que le trafic augmente, ce qui engendrerait une augmentation de son droit de consulat.

    68D’autre part, il présente sa conduite comme un sacrifice qui le prive de revenus supplémentaires et d’une meilleure connaissance de ce qui se passe dans la province. Cette ligne de conduite, protégeant les intérêts des marchands, a peut-être contribué à assurer sa bonne réputation parmi eux et explique donc, en partie, sa longévité. Cette attitude permet aux marchands, et sans doute à Soleil, de ne pas attirer les regards vers les petits et moyens ports de cabotage où s’effectue le trafic de marchandises de contrebande. Ce sacrifice irait contre toute la logique développée par Laurent Soleil durant sa carrière consulaire, l’explication est vraisemblablement à chercher aussi du côté d’un meilleur profit à tirer de la situation et d’une réputation à consolider.

    69Cette attitude a permis, si l’on en croit les dires du consul, une renaissance du commerce français en Catalogne durant ses années d’activité. En effet, Soleil a repris un poste laissé vacant durant sept ans99. Cela laisse entendre que l’activité commerciale en Catalogne ne devait alors pas être des plus intenses. Il indique la progression constante de ce commerce dans une lettre à la Chambre de commerce : « On a très bien veu que de depuis que Sa Majesté m’a fait l’honneur de m’eslire pour son consulat lorsque il ne y en avoit jamais eu aucun auparavant mois – le commerce de la façon qu’il s’est estendu »100. Cet argument est paradoxal quand on le compare aux courriers étudiés sur les demandes de pension ou de gratification. Il ne veut sans doute pas enrayer cette reprise qui est permise, en partie, par les activités commerciales moins surveillées en dehors de Barcelone.

    70L’absence de vice-consul a une conséquence immédiate que note Soleil lui-même : la difficulté d’obtenir des informations. Pourtant, il est le plus souvent au courant des faits qui se passent dans les ports catalans. En premier lieu, il obtient des informations de la part des patrons de passage à Barcelone et qui descendent ou remontent la côte en passant par tous les petits ports. Par ailleurs, le consul est informé de l’activité des marchands de la nation dans ces ports dès qu’un conflit éclate. L’information remonte jusqu’aux autorités barcelonaises, dont le vice-roi, seul habilité à trancher en cas de litige. Peut-être dispose-t-il tout simplement d’informateurs dans ces ports, toujours les patrons auxquels il est associé. Nommer un vice-consul reviendrait à partager ses informations et donc perdre un capital d’informations.

    71En effet, en cas de conflits mineurs ou majeurs, le rôle de Soleil est alors d’être informé au plus vite. Détenir une information inédite ou avant les institutions ou les autres marchands lui laisse l’occasion de prendre un avantage en décidant de relancer ses activités ou en justifiant la conduite d’un patron. C’est ainsi le cas en 1685, lorsque le patron Paly se retrouve emprisonné. Ce dernier a accosté à Palamós et est entré en conflit avec le gouverneur de la place pour des questions de droits. Soleil plaide en son nom auprès du vice-roi et précise les détails de l’arrivée à Palamós dudit patron.

    Venant d’Alicante, le vendredi 6 du courant sans avoir perdu son chargement, apres avoir remis une patente à celui qui gardait le port et avoir expliqué ses raisons au gouverneur de cette place avec la patente du lieu de provenance, où il allait et comment il était arrivé le 6 en milieu de journée et comment, apres n’avoir pu sortir le samedi car la tempête se poursuivait, on lui a ôté le timon et les voiles de sa tartane le dimanche, avec le motif que son chargement était confisqué101.

    72Manifestement, Soleil a pris connaissance de tout cela de la bouche même du patron, mais a été informé de son emprisonnement par les autorités locales. Ainsi, il est bien mis au courant du passage des patrons français dans les ports catalans. Ce patron arrive d’Alicante et rien ne signale qu’il se soit arrêté à Barcelone avant d’atteindre Palamós, cela corroborerait les dires du consul. Il laisse les navires libres de tout contrôle dans les ports non barcelonais et n’intervient, en fait, qu’en cas de conflit. Dans ce cas, la non-intervention des institutions, défendue par le consul s’applique et développe le commerce tout en comportant un inconvénient : elle ne permet pas de connaître tous les événements qui surviennent dans la province.

    73Une autre hypothèse peut être avancée sans être confirmée : les fils de Laurent Soleil participent au commerce familial et se rendent régulièrement dans ces ports d’où ils informent leur père102. Rien ne permet de confirmer cette hypothèse, mais l’implication des fils dans la fonction consulaire et le négoce permet de l’avancer. Quoi qu’il en soit, il n’en demeure pas moins des éléments inexpliqués autour de ce revirement sur la question de la création de vice-consulats. Si l’argument économique se rapproche sans doute de la réalité, une autre hypothèse peut l’appuyer : celle de la grande différence de fonctionnement entre Barcelone et les autres ports de la côte catalane.

    4. L’opposition entre Barcelone et les autres ports catalans

    74Les Catalans ont besoin, comme le reconnaissent les marchands et théoriciens Martí Piles ou Narcís Feliu de la Penya103, d’importer des produits manufacturés vendus depuis la France. La Catalogne veut développer une industrie locale pour se défaire de cette logique qui reste encore au cœur de la dynamique des échanges104. En retour, les marchands français récupèrent des matières premières et des piastres d’argent. Les intérêts locaux rendent cette problématique plus complexe. Comme nous l’avons rappelé105, le commerce le long de la côte espagnole est largement motivé par les profits que peut engendrer la contrebande. Les autorités espagnoles, conscientes et complices de ce commerce illicite, tentent de mieux le contrôler. Le premier moyen pour elles de ne pas laisser échapper ce profit est de taxer les produits à forte valeur ajoutée. À l’entrée du port de Barcelone, les taxes sont conséquentes et de plusieurs natures, nous éclairant sur les objectifs commerciaux catalans.

    75Les taxes soulèvent plusieurs enjeux économiques. Elles varient selon l’origine du produit, sa nature, et la couleur du pavillon du navire qui le transporte. Si la marchandise est originaire du Levant, la Capitainie, institution royale, demande une taxe de 11 %. Cette taxe, motivée par l’origine ennemie des marchandises106, se nomme, sans équivoque, taxe de contrebande, et permet de taxer des produits manufacturés issus de l’étranger. C’est une manière de récupérer des profits sur les produits qui, éventuellement, sont commercés ensuite par des Espagnols à Cadix. Ainsi, à Barcelone, les taxes s’élèvent à plus de 24%107 pour des toiles d’amans108 provenant du Levant ou de Barbarie avec cette taxe de 11 % supplémentaire imposée par la Capitainie. Si les toiles ne viennent pas de Levant ou de Barbarie, les taxes s’élèvent à environ 10,5 %.

    76Le vice-roi lui-même, à la tête de la Capitainie, se montre réticent à laisser s’échanger des produits manufacturés à l’abri de tout contrôle. En effet, la taxe que la Capitainie impose est la taxe régulière la plus importante. Dans le même temps, le consul cherche par tous les moyens à laisser ce commerce le plus libre possible. On comprend alors que les relations entre les deux hommes dépassent la simple collaboration autour des conflits. Le vice-roi est partie prenante dans les combats que mène le consul français pour les intérêts de sa nation. Les autorités catalanes organisent leur défense pour leurs intérêts économiques.

    77La Principauté et la ville de Barcelone imposent également les marchandises françaises à leur entrée dans le port au pied de Montjuic. Si les denrées alimentaires sont peu taxées, car nécessaires à une province souvent déficitaire en production céréalière notamment, les corporations de métiers font tout pour empêcher l’importation de certains produits. Ainsi, les marchands de laine tentent de ralentir l’importation d’indiennes du Levant, qui concurrencent la production de laine catalane109. La Généralité fixe alors une taxe prohibitive à toute importation ; les ouvrages en fil de coton de Levant ou ceux « œuvrés en fer » sont en principe prélevés à hauteur de 50%110, par la Généralité qui d’ordinaire prélève un droit de 2,5%111. Laurent Soleil confirme que cette taxe est volontairement à ce taux pour éviter toute importation et écouler les marchandises locales.

    78S’ajoute enfin une taxe systématique sur l’importation de marchandises étrangères, à hauteur de 5 %. Cette taxe sert à favoriser le commerce des Catalans depuis la France et non pas le commerce de produits français par des marchands français. Elle touche également des produits textiles, produits qui ont la plus forte valeur ajoutée. Ainsi, les autres marchandises levantines comme la laine sont imposées à hauteur de 23 % quand elles sont importées par des étrangers, 18 % quand elles le sont par des Espagnols. La différence s’explique par le prélèvement du droit de lleude de Barcelone.

    79Il est dans ces conditions plus difficile de dynamiser le commerce des Français et de le rendre fort profitable. Or, les négociants français et espagnols ont besoin de ce commerce, les uns pour redistribuer les importations levantines, les autres pour disposer de produits manufacturés à revendre en Catalogne et, au-delà, vers les Amériques. Dès la seconde moitié du XVIIe siècle, on cherche des moyens de contourner la pression fiscale barcelonaise, une des solutions les plus évidentes est le développement des importations dans des ports où la pression fiscale est moindre.

    80Dans le même document de 1686, Laurent Soleil explique clairement cette tendance : « plusieurs [patrons] fuient l’abort d’icy et vont à Palamós ou Sello112 où avec 1 l.t. 10 d. de franchises, ils sont francs de droits ». En Catalogne, Barcelone apparaît comme le lieu où les taxes sont les plus élevées en opposition à ces autres ports qui font office de port-franc. Des boutiques se développent dans ces villes et le commerce y croît. Le port de Mataró du fait de sa situation géographique, de la richesse de ses archives et de son rôle économique capital a particulièrement bien été étudié113.

    81Mataró, ville au nord de Barcelone, marque progressivement sa différence avec la capitale catalane au cours du XVIIe siècle et finit par concentrer une grande part du commerce de fraude ou de contrebande à la fin de ce siècle. La ville a affirmé tôt son particularisme et a œuvré pour le défendre face aux nombreux rappels à l’ordre exercés par la capitale provinciale. Le port a construit son succès sur le commerce avec les bâtiments français, une fiscalité peu présente et une redistribution des marchandises vers Barcelone. La faible fiscalité n’a sans doute pas été le seul élément qui explique l’émergence de ports comme Mataró au cours du siècle.

    82Pierre Vilar a étudié le développement de ces ports secondaires et a été le premier à interpréter cette progression différemment des autres historiens et des contemporains des faits114. Il dépasse cette hypothèse de la faible pression fiscale qui ne peut à elle seule expliquer, selon lui, le succès de ces ports et indique que cette émergence s’inscrit dans le redémarrage de l’économie catalane depuis les campagnes. Notre approche est différente, l’explication exacte de l’émergence de ces ports et l’importance du facteur fiscal dans cette émergence n’est pas au centre de notre étude. Nous nous concentrons sur le rôle de ces ports, et en particulier Mataró, comme débouchés des marchandises françaises et sur l’influence qu’ont pu avoir les institutions françaises sur ces pratiques.

    83Mataró, de tous les ports de la côte catalane, est celui qui connaît la plus grande croissance. Dès la moitié du XVIIe siècle, le port sert de débouché aux marchandises françaises. La fiscalité est d’emblée plus faible que celle de Barcelone, les deux taxes principales qui peuvent y être évitées sont celle de la lleude, ou taxe des étrangers, levée par la Députation et celle de contrebande, levée par la Capitainie, qui s’élève à 11 % à Barcelone. Les marchandises sont transbordées, échangées sur la plage devant Mataró et conservées dans des magasins. Les agents de la Députation à Mataró s’avèrent parfois complices de cette fraude qui permet aux bâtiments de ne pas payer la taxe de la Capitainie, comme sans doute le consul lui-même. Des documents attestent que ces agents, détenteurs de la clé des magasins de la Députation, y conservent parfois les marchandises à Mataró, car ils participent ensuite au commerce de ces produits vers Barcelone115. Ce commerce est une source supplémentaire des relations conflictuelles qu’entretiennent la Généralité et le vice-roi autour des questions fiscales.

    84Des Catalans soutiennent donc ce commerce frauduleux qui permet d’écouler sans subir de taxes trop lourdes les marchandises essentiellement levantines et le fer. Cela n’est pas sans impact sur l’économie barcelonaise car, comme le souligne Pierre Vilar, plusieurs corporations de métiers ferment à Barcelone en cette fin de XVIIe siècle. Celles des drapiers et des tanneurs sont en grandes difficultés, celle des fabricants de clous disparaît. Ces métiers correspondent à ceux qui travaillent les produits concurrents de ceux importés du Levant, comme les métiers autour de la laine par exemple, et ceux dont les matières premières sont trop taxées à leur entrée dans le port de Barcelone116.

    85Les matières premières comme le fer et les marchandises manufacturées comme les toiles teintes entrent par les petits ports. Elles sont éventuellement travaillées ou transformées dans des villes de la principauté puis revendues dans des boutiques à Barcelone ou directement vers l’Andalousie. Ainsi, à Mataró, les moulins qui permettent d’affiner les lames de couteaux, destinés au commerce des Amériques, sont au nombre de quatorze en 1683 alors que la corporation barcelonaise exerçait un parfait monopole auparavant. En outre, la croissance particulièrement rapide de Mataró trouve une explication du fait qu’elle n’est séparée de la capitale catalane que de trente kilomètres117.

    86Dans ce contexte, le consul, dont la logique économique est de relancer un commerce libre de droits pour faire croître le trafic des bâtiments français, défend le commerce dans ces petits ports. La majorité de la côte catalane s’organise, au XVIIe siècle, par ces ports de petite taille qui connaissent un grand essor du fait de ce commerce de contrebande. Ce phénomène épargne trois villes dont le développement et l’économie suivent un autre fonctionnement : Barcelone, Tarragone et Tortosa. Inutile de revenir sur le cas de Barcelone que nous venons de détailler. Tarragone est une ancienne cité portuaire importante. Elle aurait pu être le port du sud de la Catalogne, mais, trop exposée, elle n’a pas de rade sûre. Pourtant nommée directement après Barcelone dans la lettre de commission que reçoit Laurent Soleil en 1679118, les guerres successives ont montré les failles stratégiques de sa rade et ont permis aux ports concurrents de s’affirmer. Elle est ainsi concurrencée par Salou, Cambrils ou Tamarit qui, comme le rappelle Pierre Vilar, présentent en 1690 des avantages fiscaux que les exportateurs ne peuvent trouver à Tarragone119. C’est donc toute une logique d’importations et, pour les Catalans, d’exportations à moindres frais qui dynamise ce commerce de « contrebande » ou à moindre fiscalité pour d’autres produits.

    87Le troisième port qui jouit d’une situation à part est celui de Tortosa qui connaît une fiscalité forte avec l’existence de la lleude de Tortosa, mais reste dynamique du fait de sa position géographique stratégique, à l’extrême sud de la province catalane120. Il s’agit d’un port fluvial près de l’embouchure de l’Èbre dont l’intérêt commercial est limité, car son tirant d’eau est trop faible. En revanche, sa position stratégique le long du fleuve et sa situation périphérique au sein de la vice-royauté de Catalogne lui donnent un rôle important durant la guerre de Succession d’Espagne. En effet, il permet de recevoir via l’Èbre les troncs charriés par le fleuve depuis les forêts aragonaises121 qui servent de matières premières pour les mâts. Sa position fluviale permet à des « flutes » d’y accéder et d’être au contact direct de producteurs, grâce à cette pénétration fluviale, tout en empêchant toute attaque de corsaires ou navires à forte capacité. Avant de voir comment le consul oriente le commerce des Français, il faut revenir brièvement sur les ports qui sont sous sa juridiction depuis cette ville de Tortosa jusqu’à Port-Bou qui constitue la dernière ville de sa juridiction avant les ports français de Cerbère, Port-Vendres ou Collioure.

    88La juridiction du consul de Catalogne est naturellement celle des ports de cette province, lieux par excellence du commerce. Elle s’étend de la frontière pyrénéenne définie par Pierre de Marca en 1659122 au sud de l’embouchure de l’Èbre. Du nord au sud, ces marchands, après un dernier arrêt dans le royaume de France à Collioure ou Port-Vendres, font une première escale à Cadaquès. Il est intéressant de noter que le traité des Pyrénées n’a pas établi de frontière économique pour les ports roussillonnais qui sont toujours des lieux de passage même pour les barques catalanes qui effectuent un commerce à l’échelle de leur province123. La route maritime se poursuit par Roses124, dont le golfe constitue un point stratégique durant les guerres successives. En effet, Roses et son golfe sont au sud de la Costa Brava et forment une pointe. Prendre Roses permet de contrôler le passage des flottes ennemies et d’accéder aux routes terrestres vers Gérone et Barcelone, d’où l’importance stratégique de cette place durant la guerre de Succession d’Espagne125.

    89Le cas de Tossa, dont l’activité commerciale entre la Catalogne et le royaume de France a été étudiée126, est semblable à ces petits ports que constituent Sant Feliu de Guíxols, Palamós, Salou. Cette activité est articulée avec le système de production, de transformation des produits et de leur commerce. Le consul a donc sous sa responsabilité un nombre de places importantes réparties sur environ 350 km, large juridiction sans aucun agent pour le seconder. Au vu de son attitude sur la question de la création de vice-consulats et sur les questions de régimes fiscaux différents entre les grands ports comme Barcelone et Tarragone, on peut se demander quelle est la logique qu’il suit pour favoriser le commerce français et consolider sa position. À plusieurs reprises, Laurent Soleil pousse les patrons à rejoindre les ports où la pression fiscale est moindre.

    J’ai eu de faire mettre à la voile un petit vaisseau de Marseille de Messieurs Giraul et Bonafoux pour cause de la lleude de Tortose lequel venoit chargé de marchandises de Sales127 et avoit eu entrée à Malaga et lequel s’estoit réfugié pour y faire de l’eau et prandre quelques vitualle, et voyant que le capitaine estoit en terre et que l’on le cherchoit, je le fis embarquer et luy prestais de l’argent pour aller faire son ravitaillement à Mataron et, de cette façon, je délivray le capitaine de payer la dite lleude prétendue128...

    90La politique du consul est claire : empêcher que les marchands payent trop de taxes. Il présente la défense de ce commerce comme la volonté de profiter d’une faible fiscalité. La question de la contrebande est, en fait, largement sous-entendue dans le soin que prend le consul à empêcher les visites des bâtiments par les autorités catalanes. Les places où le roi entend établir des vice-consulats se répartissent le long de la côte catalane. Il est question de Cadaquès, Palamós, Salou ou Tarragone, Tortosa129. Ce choix suit une logique géographique évidente, puisque chacune de ces villes est éloignée d’une distance équivalente. Nous pouvons faire deux observations : l’hésitation entre Salou et Tarragone montre le phénomène déjà souligné de concurrence entre les deux ports et de l’émergence des petits ports où le commerce est de plus en plus considérable au point qu’on souhaite y établir un vice-consul. Cependant, Tarragone est la ville où les autorités catalanes sont plus présentes, il est donc nécessaire d’y défendre les intérêts du commerce français.

    91L’autre observation est l’absence totale dans toutes les propositions depuis 1685 de Mataró comme vice-consulat. Sa proximité avec Barcelone est certes un élément qui explique ce choix. La nécessité pour le commerce français d’y poursuivre son activité sans y subir l’intervention des autorités catalanes et espagnoles en est l’argument majeur. Y nommer un vice-consul attirerait l’attention de la Députation et de la Capitainie, ce qui empêcherait les négociants français d’y poursuivre leurs activités illicites. Le consul, bien conscient de ces questions, et le secrétaire d’État, qui ne peut les ignorer du fait des nombreux conflits qu’elles engendrent, pratiquent une politique du silence.

    92Le consul, par les consignes qu’il donne aux patrons, ses principaux interlocuteurs, encourage le commerce vers Mataró. Complice de ce commerce de contrebande, il en récupère des fruits par le biais du demi droit de consulat qu’il exige à tous les bâtiments qui ne font que passer à Barcelone et en y prenant part lui-même130. La défense du consul prend alors un sens plus concret ; il protège les bâtiments français qui commercent à Mataró et dans d’autres ports où la contrebande est favorisée en signant leurs manifestes et en les défendant face aux prétentions des autorités locales.

    93Il favorise donc, par sa position et par une démarche tout à fait officielle, la défense des intérêts marchands qui sont de plusieurs natures. Le consul doit maintenir les privilèges de la nation face aux autres nations pour conserver une position commerciale forte dans la province. Il doit également assurer les débouchés de ce commerce secondaire qui fournit en fait les métaux précieux nécessaires au commerce vers la Méditerranée orientale. Pour que sa province soit attractive, il faut que les profits soient maximums, or plus le commerce croît, plus ses revenus augmentent. En effet, ils sont proportionnels aux importations et exportations effectuées dans toute la province, le consul a donc tout intérêt à trouver ces débouchés. Cette remarque en entraîne une autre : ne peut-on pas voir là la raison pour laquelle les consulats d’Italie et d’Espagne ont, après 1691, conservé une rémunération par droits proportionnels au poids des échanges et non une pension fixe qui ne les aurait pas incités à le défendre131 ?

    94Dans le même temps, il ne peut résoudre les conflits sans l’appui de ses tutelles qui se font de plus en plus présentes et qui cherchent surtout à rationaliser le fonctionnement des consulats français en Espagne, comme le traitement de certaines affaires le montre. En effet, la pratique consulaire est de plus en plus influencée par sa tutelle qui cherche, dans la situation exceptionnelle que connaît l’Espagne du début du XVIIIe siècle, à établir un fonctionnement cohérent des consulats français et cela dans un double objectif : poursuivre la reprise en main de cette charge par l’État centralisateur et, surtout, mener une politique cohérente pour défendre l’intérêt général du royaume de France dans le commerce interlope qui est alors en pleine croissance.

    Notes de bas de page

    1 La partie marchande est abordée dans la partie suivante, voir III passim.

    2 « L’année 79 Sa Majesté m’honnora de la grace de ditte charge de laquelle mon père en paya 4000 l.t. croyant que ce seroit quelque chose car je suis le premier consul de Cattalogne independant de aucun ». AN, AE BI 178, fol. 177v, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 14 juin 1699. Les circonstances de l’achat pour son frère ou lui sont détaillées p. 188 sqq.

    3 Voir Géraud POUMARÈDE, « Naissance d’une institution royale... », art. cit., p. 124-125.

    4 L’achat est lié à la mise à disposition du consulat de Barcelone qui n’a, alors, pas de titulaire. Pierre Ariste explique à propos des prérogatives du Secrétaire d’État des Affaires étrangères : « la disposition de ces charges ou commissions a tousjours esté censée appartenir aux secrétaires d’Estat ayant département des affaires étrangères, et a esté considérée et reputée comme un des principaux droictz et attributs de leur charge. En conséquence de quoy ilz ont expédié les provisions de ces consulatz, au nom toutefois et soubz le bon plaisir du roy, au proffict de qui ilz ont jugé plus à propos pour le bien de son service et celuy des négocians, et ont joüy des profictz casuelz qui en revenoient en cas de nouvel establissement ou de vacance par mort, resignation, ou autrement ». BnF, ms. fr. 18585, Pierre ARISTE, Traicté des consuls..., op. cit., p. 161-162. Le département de la Marine semble avoir agi de même, du moins dans les premières années de reprise en main des consulats.

    5 Jean Rey, considéré dans les sources des notaires barcelonais comme consul, n’a pas d’exequatur ou de commission, il est vice-consul du grand consulat à la tête duquel Robert Prigent se trouve.

    6 Géraud POUMARÈDE, « Naissance d’une institution royale... », art. cit., p. 72-85.

    7 BnF, ms. fr. 18585, Pierre ARISTE, Traicté des consuls..., op. cit., p. 286.

    8 BnF, ms. fr. 18585, Pierre ARISTE, Traicté des consuls..., op. cit., p. 259-261.

    9 Ces conversions sont effectuées à partir des équivalences données par Henry KAMEN, The War of Succession in Spain (1700-1715), Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1969, p. 398. Il évalue le real de plata d’Aragon à 1,87 real de vallon et 5 réaux de vallon valent une livre tournois. Ainsi, X reaux de plata valent (X×1,87)/5 livres tournois.

    10 AN, AE BI 178, fol. 89-91, Laurent Soleil à M. de Lagny, Barcelone, 26 mai 1686. Voir p. 405 sqq.

    11 Ibid.

    12 Sur lesquels nous revenons, voir infra, p. 92.

    13 « Enjoignons à tous les capitaines de vaissaux et barques négociant sous ladite bannière [de France] de reconnoistre que led. Laurens Soleil nostre consuls, et luy payer et acquiter les droits appartenans à lad. charge à peine d’y estre contrainct par les mesmes voyes, dont ont accoustumé d’user les consuls françois ». AHN, Estado, 604, pièce no 9.

    14 AN, AE BI 178, fol. 13v, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, novembre 1679, reçue à Paris le 18 décembre 1679. Il s’aligne donc sur le consul et non sur Jean Rey, qu’il ne considère pas comme son égal mais comme un vice-consul. Cela n’a rien d’étonnant étant donné l’objet de la négociation.

    15 « pièce de huit » signifie une pièce de huit reaux de plata.

    16 Ce qu’il appliquera à la fin de son consulat de manière officieuse d’après certaines accusations sur lesquelles ne demeurent que des allusions. Voir p. 280 sqq.

    17 Un droit de deux deniers livre revient à prélever 2/ (20×12) =2/240=0,0083 soit moins de 1 %.

    18 Ordonnance sur la Marine d’août 1681, livre I, titre IX, article XI, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k95955s/f96.image [consulté le 01/05/2018].

    19 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700.

    20 AN, AE BI 178, fol. 161-162, Soleil à Louis de Pontchartrain, Barcelone, 31 mars 1699.

    21 Ordonnance pour la Marine d’août 1681, livre I, titre IX, article XI, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k95955s/f96.image [consulté le 01/05/2018].

    22 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700. On peut noter un nouvel hispanisme sur fon et l’absence du – t – comme les terminaisons de la 3e personne du pluriel en Espagnol.

    23 Trois piastres pour chacune des cent tartanes qui font commerce et une et demi pour chacune des cent qui ne font que passer soit 3×100+1,5×100=450 piastres qui valent chacune 15 réaux de plata soit en livres (450×15×1,87)/5=2524 livres tournois, toujours d’après les équivalences définies par Henry Kamen.

    24 AN, AE BI 178, fol. 89v, Laurent Soleil à M. de Lagny, Barcelone, 26 mai 1686. Voir p. 405 sqq.

    25 Soit si l’on considère une piastre à 2 livres 16 sols : 450× (2+16/20) =1260 livres et à 2 l. 19 s. : 450× (2+19/20) =1327,5 livres. Il est étrange de constater que le taux de la piastre selon Laurent Soleil, à qui on peut se fier pour ces années-là puisqu’il est sur place et contemporain de la question, soit, en fait moitié moindre que celui établit par H. Kamen.

    26 En effet, si l’on estime qu’un bâtiment sur quatre est un vaisseau et non pas une barque, le droit perçu est alors de 75×3+75×1,5+25×4,5+25×2,25= 506,25 piastres soit, selon le taux de change de 2,8 : 1417,5 livres.

    27 BnF, ms. fr. 18585, Pierre ARISTE, Traicté des consuls..., op. cit., p. 281.

    28 Il faudrait donc connaître ce « à proportion » pour proposer des chiffres. Cadix est cependant la place la plus rémunératrice d’Espagne. Les calculs sur Barcelone, qui génère moins de revenus, sont donc d’autant plus vraisemblables. Il faudrait retrouver, parmi les correspondances consulaires, un document tel que celui de 1686 pour pouvoir établir des calculs pertinents.

    29 Patrick BOULANGER, « Les appointements des consuls de France à Alger au XVIIIe siècle » dans La fonction consulaire à l’époque moderne..., op. cit., p. 127.

    30 Jörg ULBERT, « La fonction consulaire... », art. cit., p. 14-16.

    31 Emer DE VATTTEL, Le droit des gens, ou principes de la loi naturelle appliquée et à la conduite et aux affaires des nations et des souverains, Londres, 1758, t. 1, p. 282-283, http://fbc.pionier.net.pl/id/oai:www.dbc.wroc.pl:14294 [consulté le 01/05/2018].

    32 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juin 1698.

    33 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700. Sans doute faut-il comprendre ici « negocier » au sens de faire du négoce, et y voir une allusion claire aux opérations commerciales qu’il effectue.

    34 Voir aussi Christian WINDLER, La diplomatie comme expérience de l’autre : consuls français au Maghreb (1700-1840), Genève, Droz, 2002 ; Niels STENSGAARD, « Consuls and Nations... », art. cit., p. 184. Il indique qu’à la suite de l’arrestation du consul de France à Alexandrie en 1596, la question de l’immunité se pose. Les premières capitulations à inclure l’immunité diplomatique pour les consuls datent de 1604 pour la France. Malgré cela, des emprisonnements ont lieu au cours du XVIIe siècle.

    35 AN, AE BI 178, fol. 55-56, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 22 octobre 1684. « Je vous prie, Monseigneur, me faire la grace vouloir me remettre les patentes de consulat car comme nous avons eu la guerre, ces Messieurs dizent que celles que j’ay ne valent pour le présent sans qu’elles soint de nouveau ratifiés par Sa Majesté. Ensuitte, il faut que je les fasse agréer par Sa Majesté Catholique et puis par le vice-roy. J’espère, Monseigneur, que la réception de la présente... ».

    36 Sur cette vision de la fonction comme assurance aux pertes subies et la stratégie marchande menée en conséquence. Voir p. 214 sqq.

    37 Idem et AN, AE BI 178, fol. 58, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 3 décembre 1684.

    38 AN, AE BI 178, fol. 60-61, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 21 janvier 1685.

    39 De Libye.

    40 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700.

    41 Son commerce avec Auger de Sorhainde, consul français de Tunis, en 1701, démontre même ses liens avec les consuls eux-mêmes. Voir p. 249 sqq.

    42 Nouvel exemple d’hispanisme avec le double l pour le son [ie].

    43 Sans doute mis pour « bailler ».

    44 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 24 juin 1699.

    45 Patrick BOULANGER, « Les appointements des consuls... », art. cit., p. 129, indique que le consul français d’Alger, René Le Maire utilise le même argument.

    46 Le taux de change de l’écu nous est fourni par le consul lui-même en AN, AE BI 178, fol. 167-168, Soleil à Louis de Pontchartrain, Barcelone, 31 mars 1699 et fol. 161-162 du 1er février 1699. En effet, le consul précise les droits levés à Cadix de 4 piastres par barque, dans chacune des deux lettres, puis, dans le cas des vaisseaux, il indique, dans un cas 20 écus par vaisseau, dans l’autre 8 piastres 2/8e. Ce renseignement nous permet d’établir un taux de change de un écu pour 0,4125 piastre. Si l’on prend une piastre au taux classique de 2,16 livres pour une piastre, on obtient 700×0,4125×2,16=623,7 livres.

    47 AN, AE, BI 178, fol. 127v, Soleil à Louis de Pontchartrain, Barcelone, 8 juin 1698.

    48 Voir Patrick Boulanger, « Les appointements des consuls... », art. cit., p. 145, annexe II « Appointements et tables des consuls de France dans l’Empire ottoman ». L’année 1691 est établie grâce à ACCM, J 14.

    49 Voir sur le fonctionnement des consulats : Jérôme CRAS, « Une approche archivistique des consulats de la nation française... », art. cit.

    50 Qui se trouve sans doute rue des Banys Nous, dans la maison achetée en 1682. Voir p. 206. Dans la symbolique même de la fonction, affaires et charge sont liées. Cela permet au consul d’empêcher le droit de visite et de protéger les biens des marchands avec les siens propres.

    51 Jérôme CRAS, « Une approche archivistique... », art. cit., p. 55.

    52 Au centre des Archives des Affaires étrangères à Nantes, les premiers actes de chancellerie conservés datent de 1717 (Barcelone, registre 99). On trouve dans la correspondance de Simon Dupin, les copies d’actes de la chancellerie du consulat dès 1714. Voir p. 332 sqq.

    53 « La présente ne sera que pour vous remettre la informacion que j’ay faite faire contre la lleude de Tortose dont l’original, scellé en bonne forme, ay remis à Monsieur Daubenton de Vilebois avec un placet que je luy ay envoyé ainsy qu’il me l’ordonna. Vous verres le tout copié au plus correctement que j’ay peu, je luy ay envoyé double copie de tout à celle fin qu’il en garde une chez luy pour scavoir le contenu de l’original qu’il faut qu’il donne au Roy d’Espagne ; il ne se y peut dire de plus et le tout tres veritable. Et les deux privileges formels du Roy Don Pedro Segond en 1283 octroyé à la ville de Barcelone tout ce travall me coutera asses de l’argent, j’ay déjà payé celuy qui nous indica [les] dits privileges, le nottaire, et partie l’avocat et procureur et lorsque le tout sera terminé comme je l’espère en faveur de la nacion, je vous enverroi le compte de tout à celle fin que me donniez ordre si je le dois recevoir du publicq, ou si me le ferez rembourser ». AN, AE BI 178, fol. 315, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 4 novembre 1703. Le consul est dépendant d’agents sur place qu’il rétribue à chaque acte qu’ils rendent, ces derniers ne font pas partie du consulat.

    54 « Je vous ay prié, Monseigneur, vouloir m’envoyer un ordre lequel obligea touts les patrons à reconnaistre mon frère Jean Baptiste en mon absence et comme a visconsul ce que j’espère de vos graces ». AN, AE BI 178, fol. 106, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 17 août 1687. Cette absence se justifie sans doute par la mort de son père, le 31 juillet 1687 ; AM Lyon, 1GG146, p. 51.

    55 Lagny, intendant du commerce.

    56 ACCM, K 195, Soleil à Chambre de commerce, Barcelone, 8 avril 1703.

    57 Le taux de change de la livre est donc toujours proche des 2,8 livres tournois pour une piastre : (8+6/20)/3=2,77.

    58 La lettre où figure cette demande est perdue.

    59 Lettre également perdue.

    60 Ce qui se rapproche, effectivement, des estimations de ses affaires grâce aux archives notariales barcelonaises et à ce que lui a cédé en 1679 son père. Voir p. 196 sqq.

    61 AN, AE BI 178, fol. 148v-149, Soleil à Louis de Pontchartrain, Barcelone, 2 novembre 1698.

    62 Trente pistoles à onze livres chacune, soit 30×11=330 livres tournois.

    63 Soit 800/ (8+6/20) 96,4 soit 97.

    64 Voir supra, p. 85.

    65 ACCM, K 195, non fol., 24 juin 1699, Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille ; Ibid., 8 avril 1703 où il demande une pension sous peine d’être obligé de manger ses enfants.

    66 D’ailleurs, quand est décidé, en 1755, d’allouer une somme fixe aux consuls d’Espagne, le consul de Barcelone reçoit 2400 livres soit autant que les consuls de Carthagène, davantage que celui de Malaga ou Dantzig (2000 l.).

    67 Les circonstances de cet achat et les liens avec la famille Rey sont étudiés dans le cadre des activités marchandes de la famille. Voir p. 182 sqq.

    68 Jean-Baptiste meurt à Lyon et semble avoir travaillé entre les deux villes. Voir p. 188.

    69 Sur l’utilisation de son titre consulaire pour favoriser ses affaires et son implantation, voir la description de la figure du consul marchand, p. 185 sqq.

    70 « Je me donneray l’honneur de vous remettre deux tonneaux par voye de Monsieur de Begon plain du meilleur vin de ce pays. Je souhaiterois scavoir s’il vous a agreé et sy je puis scavoir s’il vous agrée toutes les années je vous en remetrois pour vostre boisson et le ferois faire de la mesme qualité ». AN, AEBI 178, fol. 105, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 22 juin 1687. Cela nous conforte d’ailleurs sur le fait qu’il développe une activité de producteur et vendeur de vin. On peut lire dans cet envoi une proposition d’être distributeur auprès de la cour. Voir p. 205 sqq.

    71 Écrit pour « Sorhainde », Auger Sorhainde, consul de France à Tunis (1690-1711).

    72 Laurent Soleil mélange quelque peu français, espagnol et catalan. il veut sans doute dire « d’ici » et mélange avec l’espagnol « desde aquí ». De la même manière il dit « du depuis » au lieu de « depuis » dans nombre de ses lettres confondant avec la structure espagnole « desde entonces ». Il utilise également les termes techniques en mélangeant les deux langues. Ici « sobrecar » est écrit pour le subrécargue (sobrecargo) mot qui désigne le responsable de la cargaison. Quant à l’orthographe, elle subit l’influence espagnole. Il est clair que le consul a pris des habitudes de vie quotidienne espagnole et maîtrise mal, à l’écrit, la langue française. Aucun document n’a laissé trace de sa formation.

    73 « scauder » est mis pour « solder ».

    74 AN, AE BI 178, fol. 287v-288, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 18 mars 1703.

    75 Voir p. 316 sqq.

    76 Avec Antoine pour le commerce et Simon pour la charge de consul.

    77 Il fait souvent allusion à sa famille nombreuse en des termes peu flatteurs : « me trouvant avec une famille sy nombreuse, que ceux qui en souhettent n’en ont pas, et ceux qui n’en voudroint pas en ont, je me loue du moins que j’en ay encore huit qui sont obeissants ». AN, AE BI 178, fol. 274, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 16 juillet 1702.

    78 ACCM, K 195, Pierre Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 8 avril 1703 lettre signée de la main de son fils « Pierre Soleil, pour mon père consul françois » ; ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce, Barcelone, 27 janvier 1704 « le patron estant à terre en présence de capitaine Pellicier et de son escrivain signant le consulat que mon fils luy aporta... » ; ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 10 février 1704 : « Je rens graces à Dieu que cet affaire se soit terminé estent Monsieur de Forbin icy, où je n’ay pas eu peu de paines, ny mes deux fils ».

    79 AN, AE BI 178, fol. 288v-289, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 18 mars 1703. Cette présence dans une régence est sans doute à rapprocher des affaires qu’effectue son père dans celle de Tunis. Voir p. 227 sqq.

    80 Ce qui est le cas à deux reprises, en septembre 1702 et septembre 1703. AN, AE BI 178, fol. 277-278 et fol. 312-313.

    81 AN, AE BI 178, fol. 315v, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 4 novembre 1703 ; le consul y indique : « Je vous suis obligé pour la lettre que avez escrite à M. Lebrest pour l’affaire de mon fil ». À noter, outre les fautes permanentes, un nouvel hispanisme dans le fait de ne pas écrire le pronom sujet « vous » comme en espagnol où l’on ne précise pas ce pronom sujet sauf si l’on veut insister sur la personne à qui l’on s’adresse.

    82 AN, AE BI 179, fol. 78-79, Pierre Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Paris, 7 août 1706.

    83 AN, Mar B7 264, fol. 286, Partyet à Saint-Aignan, Madrid, 22 décembre 1715 : « Ce jeune homme, que je connois bien, est âgé d’environ 30 ans, il y en a près de quatre que je le donnay en qualité de secrétaire à Don Manuel de Soldeville, chevalier de Malte qui passait d’icy à Cadis dans le dessein d’aller aux Indes prendre possession d’un gouvernement que le Roy d’Espagne lui avoit accordé : mais le sieur Soleil se comporta si mal, qu’après que son maître m’en eut fait des plaintes, il fut obligé de le congédier. Il a depuis repassé icy où il s’est marié avec une servante de sa mère, et contre son consentement. Au reste, il ne manque pas d’intelligence, et il pourroit exercer un consulat s’il en estoit pourveu : mais comme Monsieur le duc de Saint-Aignan pourroit indiquer au conseil des sujets beaucoup meilleurs pour remplir en Espagne ces sortes d’emplois qui demandent pour le moins un honeste homme, il me semble qu’il seroit plus convenable au service de les préférer, en récompensant la veuve Soleil de quelque autre manière pour les services qu’elle prétend avoir esté rendus par feu son mary et dont M. Daubenton a une parfaite connoissance ». Manuel de Soldeville est probablement Manuel de Soldevilla y Castarlenas, Torrente y Perulla, originaire de Tolva (Aragon).

    84 Dans de nombreuses descriptions, il est appelé Don Laurent Soleil ou Lorenzo de Soleil etc. comme l’indique ci-après la cémérmonie en juillet 1705 de sa fille où il est dit « cavaller » ou dans le procès qui l’oppose à Joannes Torrens ACA, Real Audiencia, Pleitos Civiles, 2786 : « Joannes Torrents agricola parrochia Sant’ Saturnini de Montorner dioc. de Barcelona contra Noblilem Laurentium de Soley Bar’ » dès les pièces datant de fin 1703. Pourtant, son nom, contrairement par exemple à celui de Lapeyra, ne figure pas dans les anoblissements effectués pendant la période en Catalogne ; Francisco MORALES ROCA, Privilegios nobiliarios del principado de Cataluña dinastia de Bourbon (1700-1838), Madrid, Hidalguia, 1976.

    85 AN, Mar B7 236, fol. 42, Francisco de Velasco à Daubenton de Villebois, Barcelone, 4 juillet 1705. Le vice-roi indique à propos du consul que : « il est regardé comme bourgeois, ainsy qu’il paroit par deux filles qu’il a fait religieuses en différents couvents ». Mercè Gras Casanovas a trouvé, lors de son travail biographique en cours sur Josep Aparici mention de l’une des deux filles de Soleil entrées dans les ordres dans les archives des Carmes déchaussées de Catalogne et des Baléares (ACDCB) dans le Llibre de recepcions de Hàbits y Professions de Religiosas del Convent de Carmelitas Descalces de Barcelona (1588-19..), p. 121-122. Magdalena Soleil est née à Barcelone en 1687. Elle entre au couvent de l’Immaculée Conception de Barcelone comme carme déchaussée en 1704 sous le nom de Marie Magdalena de Crist. La cérémonie décrit ses parents comme cavallers, nobles donc. Y assiste la marquise d’Aitona dévote et dite « amie » de Jeanne Soleil. Elle meurt à Barcelone le 24 février 1737. L’intégration de Laurent Soleil et de sa famille dans la vie religieuse catalane laisse penser qu’il a peut-être été associé à des confréries. Ana Crespo Solana a montré que certains marchands étrangers ont créé ainsi des liens plus forts avec les communautés marchandes espagnoles. Quoi qu’il en soit, il est sûr que les liens avec les milieux religieux ont eu de l’importance dans l’intégration de la famille Soleil en Catalogne comme en témoigne cette cérémonie. Ana CRESPO SOLANA, « Nación extranjera y cofradía de mercaderes : el rostro piadoso de la integración social », dans Los Extranjeros en la España Moderna..., op. cit., vol. 2, p. 175-187, http://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=830894 [consulté le 01/05/2018].

    86 AN, AE BI 178, fol. 61, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 21 janvier 1685.

    87 AHN, Estado, 604, pièce no 9, Lettre de commission de Laurent Soleil du 7 avril 1679.

    88 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700.

    89 AE, BI 178, fol. 170-171, Soleil à Louis de Pontchartrain, Barcelone, 5 avril 1699.

    90 AN, Mar B7 232, fol. 75v, François-Ambroise Daubenton de Villebois à Jérôme de Pontchartrain, Madrid, 25 juin 1704. À noter la notion « d’ordinaire » pour qualifier les nouvelles données régulièrement.

    91 On citera par exemple l’exemple de Dupin et Nieulon à Denia. Voir p. 301 sqq.

    92 AN, Mar B7 232, fol. 283, François-Ambroise Daubenton de Villebois à Jérôme de Pontchartrain, Madrid, 1er août 1704. Est explicitée par Daubenton l’idée qu’avoir une charge de vice-consul et, a fortiori, de consul offre une protection royale et une distinction parmi les marchands. C’est sur cette protection que comptent les trois consuls successifs Soleil, Monclus et Dupin pour relancer leurs affaires quand les risques pris pendant les conflits mettent leurs biens en péril.

    93 Tortose dont la position est expliquée p. 293 sqq.

    94 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700.

    95 Dès le début du XVIIe siècle, certains économistes sont partisans de la libération du commerce international, voir Émeric DE CRUCÉ, Le nouveau Cynée ou Discours d’Estat représentant les occasions et moyens d’establir une paix générale et la liberté de commerce pour tout le monde, Paris, Jacques Villery, 1623, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k823107 [consulté le 01/05/2018] ou les développements sur Alexandre Le Maître dans Claude LÉVY, « Un plan d’aménagement du territoire au XVIIe siècle. « La Métropolitée » d’Alexandre Le Maître », Population, vol. 12, no 1, 1957, p. 103-114. Le Maître affirme ainsi : « Pour le négoce, il faut la liberté et la seurté du marchand ».

    96 Essai politique sur le Commerce..., op. cit., http://hdl.handle.net/2027/ucm.5323612520 [consulté le 01/05/2018].

    97 Ce qui est en parfaite adéquation avec les théories économiques développées en Catalogne et les groupes de pensées dont Soleil est proche. Voir p. 207 sqq.

    98 Voir p. 67 sqq.

    99 Comme le montrent les écarts entre la dernière lettre de Jean Rey, en novembre 1672 et la première lettre conservée de Laurent Soleil en octobre 1679. Voir AN, AEBI 178, fol. 10, Rey à Colbert, Barcelone 24 novembre 1672 et fol. 11, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 22 octobre 1679.

    100 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 4 février 1703.

    101 Traduction d’un extrait d’une lettre en espagnol envoyée au vice-roi de Catalogne le 14 juillet 1685, communiqué en copie à la Chambre de commerce de Marseille le 12 août 1685 : ACCM, K 195, non fol., 4e page de la lettre du 12 août 1685.

    102 Ce qui ne serait pas étonnant, quand, à la lecture d’Auger de Sorhainde, on apprend que Laurent Soleil a voulu envoyer un de ses fils à Tunis, pendant qu’il prend part à la compagnie d’Aparici en 1702. AN, AE BI 1127, non fol., Auger de Sorhainde à Jérôme de Pontchartrain, Tunis, 20 novembre 1702, voir Annexes, p. 446.

    103 Voir p. 208, pour leur description biographique.

    104 Voir p. 214 sqq.

    105 Voir p. 54 sqq.

    106 Comme l’explique le consul en 1703. AN, AE BI 178, fol. 302, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 19 août 1703.

    107 Pour le détail de ces calculs et de ces taxes développé ci-après, voir p. 405 sqq. sur le document AN, AE BI 178, fol. 89-91, Soleil à Lagny, Barcelone, 26 mai 1686.

    108 Une des trois qualités de toiles indigo importées d’Alep. Pour les questions de qualités de toiles et leurs importations en Catalogne, voir Eloy MARTÍN CORRALES, « Marseille, échelle des toiles levantines... », art. cit., p. 61, http://rives.revues.org/1333 [consulté le 01/05/2018].

    109 Ibid.

    110 Ramenés à 25 % « par courtoisie » d’après les propres mots du consul dans le document de 1686.

    111 Quatre deniers la livre soit 4/240=0,025 soit 2,5 %.

    112 Probablement écrit pour « Salou ».

    113 Plusieurs ouvrages et articles catalans nous renseignent sur l’activité concurrentielle de Mataró. Joan GIMÉNEZ i BLASCO, Economia i societat. Mataró, 1600-1639, Mataró, Caixa d’Estalvis Laietana, 1984 ; Id., Mataró en la Catalunya del segle XVII : un microcosmos en moviment, Mataró, Caixa d’Estalvis Laietana, 2001 ; Joaquim LLOVET i VERDURA, Mataró (1680-1719) : el pas de vila a ciutat i a Cap de corregiment, Mataró, Caixa d’Estalvis Laietana, 2002 ; Antoní MARTÍ I COLL « Una mena de port franc a cinc hores de Barcelona », Sessió d’estudis mataronins, t. 3, 1986, Mataró, p. 47-55, http://www.raco.cat/index.php/SessioEstudisMataronins/article/view/113213 [consulté le 01/05/2018].

    114 Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 1, p. 650-653 ; le même phénomène a été observé pour les Pouilles par Biagio SALVEMINI, L’innovazione precaria : spazi, mercati e società nel Mezzogiorno tra Sette e Ottocento, Catanzaro, Meridiana Libri 1995. Le cas de Soleil et de sa propriété à Alella illustre bien le besoin de ce débouché portuaire. Voir p. 205 sqq.

    115 Comme c’est le cas en 1638, voir Antoní MARTÍ i COLL « Una mena de port franc... », art. cit., p. 49-51.

    116 On comprend d’autant mieux la réaction des corporations quand Martí Piles souhaite développer des manufactures avec des étrangers tel que Laurent Soleil. Voir p. 205 sqq. Francesch Lleonart, collaborateur de Soleil et de la plupart des grands marchands barcelonais illustre tout à fait ce profil de marchand. Voir p. 202.

    117 Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 1, p. 650 et suivantes.

    118 Voir AN, AE BI 178, lettres de 1679 notamment.

    119 Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 1, p. 650 sqq.

    120 Le cas de Tortosa est amplement traité en IV.2, passim, à cause de sa situation particulière dans la province après 1705.

    121 C’est ce qui justifie l’installation à Tortosa de l’entreprise de Goyeneche qui possède des forêts en Aragon, voir p. 293 sqq.

    122 Voir la carte de la Catalogne à l’issue du traité des Pyrénées. Pierre Duval, La principauté de Catalogne et le comté de Roussillon avec que les anciennes et les nouvelles bornes des royaumes de France et d’Espagne, les passages des Pyrénées et les autres routes, 168[?]. [en ligne] http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84952409[Consulté le 01/05/2018].

    123 Quelques lettres de Soleil attestent de l’arrivée depuis ces ports de navires de cabotage : ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 5 septembre 1703 lettre dans laquelle Soleil déplore le départ, avant d’avoir été visité, du patron Beaumont pour « Copliure » (Collioure).

    124 Le choix a été fait de ne franciser que les noms qui ont un équivalent évident, pour les lieux moins connus, le terme en langue vernaculaire a été préféré.

    125  Notamment en 1712, lorsque les Autrichiens tentent de reprendre la ville aux Espagnols et aux Français.

    126 Pour le XVIIIe siècle, voir Mario ZUCCHITELLO, De la Mediterrània a l’Atlàntic, navigació i comerç a Tossa (1759-1814), Tossa, Centre d’Estudis Tossencs, 2004.

    127 Probablement pour Salé (Maroc).

    128 AN, AE BI 178, fol. 301, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 12 août 1703.

    129 AN, Mar B2 165, fol. 144, Jérôme de Pontchartrain à Laurent Soleil, Versailles, 16 août 1702.

    130 Notamment les chargements impliqués dans la compagnie Aparici dont une partie partent depuis ou à destination de Mataró où Francesch Lleonart sert de relais pour la compagnie. Voir p. 234 et, en Annexes, p. 419 sqq.

    131 Nous ne possédons pas assez de lettres de Jérôme de Pontchartrain à Soleil pour développer plus en avant cette idée mais quelques remarques montrent que le secrétaire d’État l’a bien en tête : « La conjoncture de la guerre présente doit restablir le commerce des françois en Catalogne par l’interruption de celuy des anglois et des hollandois, qui apparemment n’y porteront point de molues cette année, ny des autres denrées qui y sont nécessaires, et augmentera par conséquent le revenu de vostre consulat. Je seray bien ayse qu’il se trouve assez fort pour vous mettre en estat de subsister avec vostre famille, sur laquelle j’attireray volontiers l’attention du Roy, lorsqu’il y aura des occasions de le faire utilement pour vous ». AN, Mar B2 165, fol. 112, Jérôme de Pontchartrain à Soleil, Versailles, 2 août 1702.

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    1 La partie marchande est abordée dans la partie suivante, voir III passim.

    2 « L’année 79 Sa Majesté m’honnora de la grace de ditte charge de laquelle mon père en paya 4000 l.t. croyant que ce seroit quelque chose car je suis le premier consul de Cattalogne independant de aucun ». AN, AE BI 178, fol. 177v, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 14 juin 1699. Les circonstances de l’achat pour son frère ou lui sont détaillées p. 188 sqq.

    3 Voir Géraud POUMARÈDE, « Naissance d’une institution royale... », art. cit., p. 124-125.

    4 L’achat est lié à la mise à disposition du consulat de Barcelone qui n’a, alors, pas de titulaire. Pierre Ariste explique à propos des prérogatives du Secrétaire d’État des Affaires étrangères : « la disposition de ces charges ou commissions a tousjours esté censée appartenir aux secrétaires d’Estat ayant département des affaires étrangères, et a esté considérée et reputée comme un des principaux droictz et attributs de leur charge. En conséquence de quoy ilz ont expédié les provisions de ces consulatz, au nom toutefois et soubz le bon plaisir du roy, au proffict de qui ilz ont jugé plus à propos pour le bien de son service et celuy des négocians, et ont joüy des profictz casuelz qui en revenoient en cas de nouvel establissement ou de vacance par mort, resignation, ou autrement ». BnF, ms. fr. 18585, Pierre ARISTE, Traicté des consuls..., op. cit., p. 161-162. Le département de la Marine semble avoir agi de même, du moins dans les premières années de reprise en main des consulats.

    5 Jean Rey, considéré dans les sources des notaires barcelonais comme consul, n’a pas d’exequatur ou de commission, il est vice-consul du grand consulat à la tête duquel Robert Prigent se trouve.

    6 Géraud POUMARÈDE, « Naissance d’une institution royale... », art. cit., p. 72-85.

    7 BnF, ms. fr. 18585, Pierre ARISTE, Traicté des consuls..., op. cit., p. 286.

    8 BnF, ms. fr. 18585, Pierre ARISTE, Traicté des consuls..., op. cit., p. 259-261.

    9 Ces conversions sont effectuées à partir des équivalences données par Henry KAMEN, The War of Succession in Spain (1700-1715), Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1969, p. 398. Il évalue le real de plata d’Aragon à 1,87 real de vallon et 5 réaux de vallon valent une livre tournois. Ainsi, X reaux de plata valent (X×1,87)/5 livres tournois.

    10 AN, AE BI 178, fol. 89-91, Laurent Soleil à M. de Lagny, Barcelone, 26 mai 1686. Voir p. 405 sqq.

    11 Ibid.

    12 Sur lesquels nous revenons, voir infra, p. 92.

    13 « Enjoignons à tous les capitaines de vaissaux et barques négociant sous ladite bannière [de France] de reconnoistre que led. Laurens Soleil nostre consuls, et luy payer et acquiter les droits appartenans à lad. charge à peine d’y estre contrainct par les mesmes voyes, dont ont accoustumé d’user les consuls françois ». AHN, Estado, 604, pièce no 9.

    14 AN, AE BI 178, fol. 13v, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, novembre 1679, reçue à Paris le 18 décembre 1679. Il s’aligne donc sur le consul et non sur Jean Rey, qu’il ne considère pas comme son égal mais comme un vice-consul. Cela n’a rien d’étonnant étant donné l’objet de la négociation.

    15 « pièce de huit » signifie une pièce de huit reaux de plata.

    16 Ce qu’il appliquera à la fin de son consulat de manière officieuse d’après certaines accusations sur lesquelles ne demeurent que des allusions. Voir p. 280 sqq.

    17 Un droit de deux deniers livre revient à prélever 2/ (20×12) =2/240=0,0083 soit moins de 1 %.

    18 Ordonnance sur la Marine d’août 1681, livre I, titre IX, article XI, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k95955s/f96.image [consulté le 01/05/2018].

    19 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700.

    20 AN, AE BI 178, fol. 161-162, Soleil à Louis de Pontchartrain, Barcelone, 31 mars 1699.

    21 Ordonnance pour la Marine d’août 1681, livre I, titre IX, article XI, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k95955s/f96.image [consulté le 01/05/2018].

    22 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700. On peut noter un nouvel hispanisme sur fon et l’absence du – t – comme les terminaisons de la 3e personne du pluriel en Espagnol.

    23 Trois piastres pour chacune des cent tartanes qui font commerce et une et demi pour chacune des cent qui ne font que passer soit 3×100+1,5×100=450 piastres qui valent chacune 15 réaux de plata soit en livres (450×15×1,87)/5=2524 livres tournois, toujours d’après les équivalences définies par Henry Kamen.

    24 AN, AE BI 178, fol. 89v, Laurent Soleil à M. de Lagny, Barcelone, 26 mai 1686. Voir p. 405 sqq.

    25 Soit si l’on considère une piastre à 2 livres 16 sols : 450× (2+16/20) =1260 livres et à 2 l. 19 s. : 450× (2+19/20) =1327,5 livres. Il est étrange de constater que le taux de la piastre selon Laurent Soleil, à qui on peut se fier pour ces années-là puisqu’il est sur place et contemporain de la question, soit, en fait moitié moindre que celui établit par H. Kamen.

    26 En effet, si l’on estime qu’un bâtiment sur quatre est un vaisseau et non pas une barque, le droit perçu est alors de 75×3+75×1,5+25×4,5+25×2,25= 506,25 piastres soit, selon le taux de change de 2,8 : 1417,5 livres.

    27 BnF, ms. fr. 18585, Pierre ARISTE, Traicté des consuls..., op. cit., p. 281.

    28 Il faudrait donc connaître ce « à proportion » pour proposer des chiffres. Cadix est cependant la place la plus rémunératrice d’Espagne. Les calculs sur Barcelone, qui génère moins de revenus, sont donc d’autant plus vraisemblables. Il faudrait retrouver, parmi les correspondances consulaires, un document tel que celui de 1686 pour pouvoir établir des calculs pertinents.

    29 Patrick BOULANGER, « Les appointements des consuls de France à Alger au XVIIIe siècle » dans La fonction consulaire à l’époque moderne..., op. cit., p. 127.

    30 Jörg ULBERT, « La fonction consulaire... », art. cit., p. 14-16.

    31 Emer DE VATTTEL, Le droit des gens, ou principes de la loi naturelle appliquée et à la conduite et aux affaires des nations et des souverains, Londres, 1758, t. 1, p. 282-283, http://fbc.pionier.net.pl/id/oai:www.dbc.wroc.pl:14294 [consulté le 01/05/2018].

    32 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juin 1698.

    33 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700. Sans doute faut-il comprendre ici « negocier » au sens de faire du négoce, et y voir une allusion claire aux opérations commerciales qu’il effectue.

    34 Voir aussi Christian WINDLER, La diplomatie comme expérience de l’autre : consuls français au Maghreb (1700-1840), Genève, Droz, 2002 ; Niels STENSGAARD, « Consuls and Nations... », art. cit., p. 184. Il indique qu’à la suite de l’arrestation du consul de France à Alexandrie en 1596, la question de l’immunité se pose. Les premières capitulations à inclure l’immunité diplomatique pour les consuls datent de 1604 pour la France. Malgré cela, des emprisonnements ont lieu au cours du XVIIe siècle.

    35 AN, AE BI 178, fol. 55-56, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 22 octobre 1684. « Je vous prie, Monseigneur, me faire la grace vouloir me remettre les patentes de consulat car comme nous avons eu la guerre, ces Messieurs dizent que celles que j’ay ne valent pour le présent sans qu’elles soint de nouveau ratifiés par Sa Majesté. Ensuitte, il faut que je les fasse agréer par Sa Majesté Catholique et puis par le vice-roy. J’espère, Monseigneur, que la réception de la présente... ».

    36 Sur cette vision de la fonction comme assurance aux pertes subies et la stratégie marchande menée en conséquence. Voir p. 214 sqq.

    37 Idem et AN, AE BI 178, fol. 58, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 3 décembre 1684.

    38 AN, AE BI 178, fol. 60-61, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 21 janvier 1685.

    39 De Libye.

    40 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700.

    41 Son commerce avec Auger de Sorhainde, consul français de Tunis, en 1701, démontre même ses liens avec les consuls eux-mêmes. Voir p. 249 sqq.

    42 Nouvel exemple d’hispanisme avec le double l pour le son [ie].

    43 Sans doute mis pour « bailler ».

    44 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 24 juin 1699.

    45 Patrick BOULANGER, « Les appointements des consuls... », art. cit., p. 129, indique que le consul français d’Alger, René Le Maire utilise le même argument.

    46 Le taux de change de l’écu nous est fourni par le consul lui-même en AN, AE BI 178, fol. 167-168, Soleil à Louis de Pontchartrain, Barcelone, 31 mars 1699 et fol. 161-162 du 1er février 1699. En effet, le consul précise les droits levés à Cadix de 4 piastres par barque, dans chacune des deux lettres, puis, dans le cas des vaisseaux, il indique, dans un cas 20 écus par vaisseau, dans l’autre 8 piastres 2/8e. Ce renseignement nous permet d’établir un taux de change de un écu pour 0,4125 piastre. Si l’on prend une piastre au taux classique de 2,16 livres pour une piastre, on obtient 700×0,4125×2,16=623,7 livres.

    47 AN, AE, BI 178, fol. 127v, Soleil à Louis de Pontchartrain, Barcelone, 8 juin 1698.

    48 Voir Patrick Boulanger, « Les appointements des consuls... », art. cit., p. 145, annexe II « Appointements et tables des consuls de France dans l’Empire ottoman ». L’année 1691 est établie grâce à ACCM, J 14.

    49 Voir sur le fonctionnement des consulats : Jérôme CRAS, « Une approche archivistique des consulats de la nation française... », art. cit.

    50 Qui se trouve sans doute rue des Banys Nous, dans la maison achetée en 1682. Voir p. 206. Dans la symbolique même de la fonction, affaires et charge sont liées. Cela permet au consul d’empêcher le droit de visite et de protéger les biens des marchands avec les siens propres.

    51 Jérôme CRAS, « Une approche archivistique... », art. cit., p. 55.

    52 Au centre des Archives des Affaires étrangères à Nantes, les premiers actes de chancellerie conservés datent de 1717 (Barcelone, registre 99). On trouve dans la correspondance de Simon Dupin, les copies d’actes de la chancellerie du consulat dès 1714. Voir p. 332 sqq.

    53 « La présente ne sera que pour vous remettre la informacion que j’ay faite faire contre la lleude de Tortose dont l’original, scellé en bonne forme, ay remis à Monsieur Daubenton de Vilebois avec un placet que je luy ay envoyé ainsy qu’il me l’ordonna. Vous verres le tout copié au plus correctement que j’ay peu, je luy ay envoyé double copie de tout à celle fin qu’il en garde une chez luy pour scavoir le contenu de l’original qu’il faut qu’il donne au Roy d’Espagne ; il ne se y peut dire de plus et le tout tres veritable. Et les deux privileges formels du Roy Don Pedro Segond en 1283 octroyé à la ville de Barcelone tout ce travall me coutera asses de l’argent, j’ay déjà payé celuy qui nous indica [les] dits privileges, le nottaire, et partie l’avocat et procureur et lorsque le tout sera terminé comme je l’espère en faveur de la nacion, je vous enverroi le compte de tout à celle fin que me donniez ordre si je le dois recevoir du publicq, ou si me le ferez rembourser ». AN, AE BI 178, fol. 315, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 4 novembre 1703. Le consul est dépendant d’agents sur place qu’il rétribue à chaque acte qu’ils rendent, ces derniers ne font pas partie du consulat.

    54 « Je vous ay prié, Monseigneur, vouloir m’envoyer un ordre lequel obligea touts les patrons à reconnaistre mon frère Jean Baptiste en mon absence et comme a visconsul ce que j’espère de vos graces ». AN, AE BI 178, fol. 106, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 17 août 1687. Cette absence se justifie sans doute par la mort de son père, le 31 juillet 1687 ; AM Lyon, 1GG146, p. 51.

    55 Lagny, intendant du commerce.

    56 ACCM, K 195, Soleil à Chambre de commerce, Barcelone, 8 avril 1703.

    57 Le taux de change de la livre est donc toujours proche des 2,8 livres tournois pour une piastre : (8+6/20)/3=2,77.

    58 La lettre où figure cette demande est perdue.

    59 Lettre également perdue.

    60 Ce qui se rapproche, effectivement, des estimations de ses affaires grâce aux archives notariales barcelonaises et à ce que lui a cédé en 1679 son père. Voir p. 196 sqq.

    61 AN, AE BI 178, fol. 148v-149, Soleil à Louis de Pontchartrain, Barcelone, 2 novembre 1698.

    62 Trente pistoles à onze livres chacune, soit 30×11=330 livres tournois.

    63 Soit 800/ (8+6/20) 96,4 soit 97.

    64 Voir supra, p. 85.

    65 ACCM, K 195, non fol., 24 juin 1699, Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille ; Ibid., 8 avril 1703 où il demande une pension sous peine d’être obligé de manger ses enfants.

    66 D’ailleurs, quand est décidé, en 1755, d’allouer une somme fixe aux consuls d’Espagne, le consul de Barcelone reçoit 2400 livres soit autant que les consuls de Carthagène, davantage que celui de Malaga ou Dantzig (2000 l.).

    67 Les circonstances de cet achat et les liens avec la famille Rey sont étudiés dans le cadre des activités marchandes de la famille. Voir p. 182 sqq.

    68 Jean-Baptiste meurt à Lyon et semble avoir travaillé entre les deux villes. Voir p. 188.

    69 Sur l’utilisation de son titre consulaire pour favoriser ses affaires et son implantation, voir la description de la figure du consul marchand, p. 185 sqq.

    70 « Je me donneray l’honneur de vous remettre deux tonneaux par voye de Monsieur de Begon plain du meilleur vin de ce pays. Je souhaiterois scavoir s’il vous a agreé et sy je puis scavoir s’il vous agrée toutes les années je vous en remetrois pour vostre boisson et le ferois faire de la mesme qualité ». AN, AEBI 178, fol. 105, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 22 juin 1687. Cela nous conforte d’ailleurs sur le fait qu’il développe une activité de producteur et vendeur de vin. On peut lire dans cet envoi une proposition d’être distributeur auprès de la cour. Voir p. 205 sqq.

    71 Écrit pour « Sorhainde », Auger Sorhainde, consul de France à Tunis (1690-1711).

    72 Laurent Soleil mélange quelque peu français, espagnol et catalan. il veut sans doute dire « d’ici » et mélange avec l’espagnol « desde aquí ». De la même manière il dit « du depuis » au lieu de « depuis » dans nombre de ses lettres confondant avec la structure espagnole « desde entonces ». Il utilise également les termes techniques en mélangeant les deux langues. Ici « sobrecar » est écrit pour le subrécargue (sobrecargo) mot qui désigne le responsable de la cargaison. Quant à l’orthographe, elle subit l’influence espagnole. Il est clair que le consul a pris des habitudes de vie quotidienne espagnole et maîtrise mal, à l’écrit, la langue française. Aucun document n’a laissé trace de sa formation.

    73 « scauder » est mis pour « solder ».

    74 AN, AE BI 178, fol. 287v-288, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 18 mars 1703.

    75 Voir p. 316 sqq.

    76 Avec Antoine pour le commerce et Simon pour la charge de consul.

    77 Il fait souvent allusion à sa famille nombreuse en des termes peu flatteurs : « me trouvant avec une famille sy nombreuse, que ceux qui en souhettent n’en ont pas, et ceux qui n’en voudroint pas en ont, je me loue du moins que j’en ay encore huit qui sont obeissants ». AN, AE BI 178, fol. 274, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 16 juillet 1702.

    78 ACCM, K 195, Pierre Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 8 avril 1703 lettre signée de la main de son fils « Pierre Soleil, pour mon père consul françois » ; ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce, Barcelone, 27 janvier 1704 « le patron estant à terre en présence de capitaine Pellicier et de son escrivain signant le consulat que mon fils luy aporta... » ; ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 10 février 1704 : « Je rens graces à Dieu que cet affaire se soit terminé estent Monsieur de Forbin icy, où je n’ay pas eu peu de paines, ny mes deux fils ».

    79 AN, AE BI 178, fol. 288v-289, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 18 mars 1703. Cette présence dans une régence est sans doute à rapprocher des affaires qu’effectue son père dans celle de Tunis. Voir p. 227 sqq.

    80 Ce qui est le cas à deux reprises, en septembre 1702 et septembre 1703. AN, AE BI 178, fol. 277-278 et fol. 312-313.

    81 AN, AE BI 178, fol. 315v, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 4 novembre 1703 ; le consul y indique : « Je vous suis obligé pour la lettre que avez escrite à M. Lebrest pour l’affaire de mon fil ». À noter, outre les fautes permanentes, un nouvel hispanisme dans le fait de ne pas écrire le pronom sujet « vous » comme en espagnol où l’on ne précise pas ce pronom sujet sauf si l’on veut insister sur la personne à qui l’on s’adresse.

    82 AN, AE BI 179, fol. 78-79, Pierre Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Paris, 7 août 1706.

    83 AN, Mar B7 264, fol. 286, Partyet à Saint-Aignan, Madrid, 22 décembre 1715 : « Ce jeune homme, que je connois bien, est âgé d’environ 30 ans, il y en a près de quatre que je le donnay en qualité de secrétaire à Don Manuel de Soldeville, chevalier de Malte qui passait d’icy à Cadis dans le dessein d’aller aux Indes prendre possession d’un gouvernement que le Roy d’Espagne lui avoit accordé : mais le sieur Soleil se comporta si mal, qu’après que son maître m’en eut fait des plaintes, il fut obligé de le congédier. Il a depuis repassé icy où il s’est marié avec une servante de sa mère, et contre son consentement. Au reste, il ne manque pas d’intelligence, et il pourroit exercer un consulat s’il en estoit pourveu : mais comme Monsieur le duc de Saint-Aignan pourroit indiquer au conseil des sujets beaucoup meilleurs pour remplir en Espagne ces sortes d’emplois qui demandent pour le moins un honeste homme, il me semble qu’il seroit plus convenable au service de les préférer, en récompensant la veuve Soleil de quelque autre manière pour les services qu’elle prétend avoir esté rendus par feu son mary et dont M. Daubenton a une parfaite connoissance ». Manuel de Soldeville est probablement Manuel de Soldevilla y Castarlenas, Torrente y Perulla, originaire de Tolva (Aragon).

    84 Dans de nombreuses descriptions, il est appelé Don Laurent Soleil ou Lorenzo de Soleil etc. comme l’indique ci-après la cémérmonie en juillet 1705 de sa fille où il est dit « cavaller » ou dans le procès qui l’oppose à Joannes Torrens ACA, Real Audiencia, Pleitos Civiles, 2786 : « Joannes Torrents agricola parrochia Sant’ Saturnini de Montorner dioc. de Barcelona contra Noblilem Laurentium de Soley Bar’ » dès les pièces datant de fin 1703. Pourtant, son nom, contrairement par exemple à celui de Lapeyra, ne figure pas dans les anoblissements effectués pendant la période en Catalogne ; Francisco MORALES ROCA, Privilegios nobiliarios del principado de Cataluña dinastia de Bourbon (1700-1838), Madrid, Hidalguia, 1976.

    85 AN, Mar B7 236, fol. 42, Francisco de Velasco à Daubenton de Villebois, Barcelone, 4 juillet 1705. Le vice-roi indique à propos du consul que : « il est regardé comme bourgeois, ainsy qu’il paroit par deux filles qu’il a fait religieuses en différents couvents ». Mercè Gras Casanovas a trouvé, lors de son travail biographique en cours sur Josep Aparici mention de l’une des deux filles de Soleil entrées dans les ordres dans les archives des Carmes déchaussées de Catalogne et des Baléares (ACDCB) dans le Llibre de recepcions de Hàbits y Professions de Religiosas del Convent de Carmelitas Descalces de Barcelona (1588-19..), p. 121-122. Magdalena Soleil est née à Barcelone en 1687. Elle entre au couvent de l’Immaculée Conception de Barcelone comme carme déchaussée en 1704 sous le nom de Marie Magdalena de Crist. La cérémonie décrit ses parents comme cavallers, nobles donc. Y assiste la marquise d’Aitona dévote et dite « amie » de Jeanne Soleil. Elle meurt à Barcelone le 24 février 1737. L’intégration de Laurent Soleil et de sa famille dans la vie religieuse catalane laisse penser qu’il a peut-être été associé à des confréries. Ana Crespo Solana a montré que certains marchands étrangers ont créé ainsi des liens plus forts avec les communautés marchandes espagnoles. Quoi qu’il en soit, il est sûr que les liens avec les milieux religieux ont eu de l’importance dans l’intégration de la famille Soleil en Catalogne comme en témoigne cette cérémonie. Ana CRESPO SOLANA, « Nación extranjera y cofradía de mercaderes : el rostro piadoso de la integración social », dans Los Extranjeros en la España Moderna..., op. cit., vol. 2, p. 175-187, http://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=830894 [consulté le 01/05/2018].

    86 AN, AE BI 178, fol. 61, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 21 janvier 1685.

    87 AHN, Estado, 604, pièce no 9, Lettre de commission de Laurent Soleil du 7 avril 1679.

    88 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700.

    89 AE, BI 178, fol. 170-171, Soleil à Louis de Pontchartrain, Barcelone, 5 avril 1699.

    90 AN, Mar B7 232, fol. 75v, François-Ambroise Daubenton de Villebois à Jérôme de Pontchartrain, Madrid, 25 juin 1704. À noter la notion « d’ordinaire » pour qualifier les nouvelles données régulièrement.

    91 On citera par exemple l’exemple de Dupin et Nieulon à Denia. Voir p. 301 sqq.

    92 AN, Mar B7 232, fol. 283, François-Ambroise Daubenton de Villebois à Jérôme de Pontchartrain, Madrid, 1er août 1704. Est explicitée par Daubenton l’idée qu’avoir une charge de vice-consul et, a fortiori, de consul offre une protection royale et une distinction parmi les marchands. C’est sur cette protection que comptent les trois consuls successifs Soleil, Monclus et Dupin pour relancer leurs affaires quand les risques pris pendant les conflits mettent leurs biens en péril.

    93 Tortose dont la position est expliquée p. 293 sqq.

    94 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 2 juillet 1700.

    95 Dès le début du XVIIe siècle, certains économistes sont partisans de la libération du commerce international, voir Émeric DE CRUCÉ, Le nouveau Cynée ou Discours d’Estat représentant les occasions et moyens d’establir une paix générale et la liberté de commerce pour tout le monde, Paris, Jacques Villery, 1623, http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k823107 [consulté le 01/05/2018] ou les développements sur Alexandre Le Maître dans Claude LÉVY, « Un plan d’aménagement du territoire au XVIIe siècle. « La Métropolitée » d’Alexandre Le Maître », Population, vol. 12, no 1, 1957, p. 103-114. Le Maître affirme ainsi : « Pour le négoce, il faut la liberté et la seurté du marchand ».

    96 Essai politique sur le Commerce..., op. cit., http://hdl.handle.net/2027/ucm.5323612520 [consulté le 01/05/2018].

    97 Ce qui est en parfaite adéquation avec les théories économiques développées en Catalogne et les groupes de pensées dont Soleil est proche. Voir p. 207 sqq.

    98 Voir p. 67 sqq.

    99 Comme le montrent les écarts entre la dernière lettre de Jean Rey, en novembre 1672 et la première lettre conservée de Laurent Soleil en octobre 1679. Voir AN, AEBI 178, fol. 10, Rey à Colbert, Barcelone 24 novembre 1672 et fol. 11, Laurent Soleil à Seignelay, Barcelone, 22 octobre 1679.

    100 ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 4 février 1703.

    101 Traduction d’un extrait d’une lettre en espagnol envoyée au vice-roi de Catalogne le 14 juillet 1685, communiqué en copie à la Chambre de commerce de Marseille le 12 août 1685 : ACCM, K 195, non fol., 4e page de la lettre du 12 août 1685.

    102 Ce qui ne serait pas étonnant, quand, à la lecture d’Auger de Sorhainde, on apprend que Laurent Soleil a voulu envoyer un de ses fils à Tunis, pendant qu’il prend part à la compagnie d’Aparici en 1702. AN, AE BI 1127, non fol., Auger de Sorhainde à Jérôme de Pontchartrain, Tunis, 20 novembre 1702, voir Annexes, p. 446.

    103 Voir p. 208, pour leur description biographique.

    104 Voir p. 214 sqq.

    105 Voir p. 54 sqq.

    106 Comme l’explique le consul en 1703. AN, AE BI 178, fol. 302, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 19 août 1703.

    107 Pour le détail de ces calculs et de ces taxes développé ci-après, voir p. 405 sqq. sur le document AN, AE BI 178, fol. 89-91, Soleil à Lagny, Barcelone, 26 mai 1686.

    108 Une des trois qualités de toiles indigo importées d’Alep. Pour les questions de qualités de toiles et leurs importations en Catalogne, voir Eloy MARTÍN CORRALES, « Marseille, échelle des toiles levantines... », art. cit., p. 61, http://rives.revues.org/1333 [consulté le 01/05/2018].

    109 Ibid.

    110 Ramenés à 25 % « par courtoisie » d’après les propres mots du consul dans le document de 1686.

    111 Quatre deniers la livre soit 4/240=0,025 soit 2,5 %.

    112 Probablement écrit pour « Salou ».

    113 Plusieurs ouvrages et articles catalans nous renseignent sur l’activité concurrentielle de Mataró. Joan GIMÉNEZ i BLASCO, Economia i societat. Mataró, 1600-1639, Mataró, Caixa d’Estalvis Laietana, 1984 ; Id., Mataró en la Catalunya del segle XVII : un microcosmos en moviment, Mataró, Caixa d’Estalvis Laietana, 2001 ; Joaquim LLOVET i VERDURA, Mataró (1680-1719) : el pas de vila a ciutat i a Cap de corregiment, Mataró, Caixa d’Estalvis Laietana, 2002 ; Antoní MARTÍ I COLL « Una mena de port franc a cinc hores de Barcelona », Sessió d’estudis mataronins, t. 3, 1986, Mataró, p. 47-55, http://www.raco.cat/index.php/SessioEstudisMataronins/article/view/113213 [consulté le 01/05/2018].

    114 Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 1, p. 650-653 ; le même phénomène a été observé pour les Pouilles par Biagio SALVEMINI, L’innovazione precaria : spazi, mercati e società nel Mezzogiorno tra Sette e Ottocento, Catanzaro, Meridiana Libri 1995. Le cas de Soleil et de sa propriété à Alella illustre bien le besoin de ce débouché portuaire. Voir p. 205 sqq.

    115 Comme c’est le cas en 1638, voir Antoní MARTÍ i COLL « Una mena de port franc... », art. cit., p. 49-51.

    116 On comprend d’autant mieux la réaction des corporations quand Martí Piles souhaite développer des manufactures avec des étrangers tel que Laurent Soleil. Voir p. 205 sqq. Francesch Lleonart, collaborateur de Soleil et de la plupart des grands marchands barcelonais illustre tout à fait ce profil de marchand. Voir p. 202.

    117 Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 1, p. 650 et suivantes.

    118 Voir AN, AE BI 178, lettres de 1679 notamment.

    119 Pierre VILAR, La Catalogne dans l’Espagne moderne..., op. cit., t. 1, p. 650 sqq.

    120 Le cas de Tortosa est amplement traité en IV.2, passim, à cause de sa situation particulière dans la province après 1705.

    121 C’est ce qui justifie l’installation à Tortosa de l’entreprise de Goyeneche qui possède des forêts en Aragon, voir p. 293 sqq.

    122 Voir la carte de la Catalogne à l’issue du traité des Pyrénées. Pierre Duval, La principauté de Catalogne et le comté de Roussillon avec que les anciennes et les nouvelles bornes des royaumes de France et d’Espagne, les passages des Pyrénées et les autres routes, 168[?]. [en ligne] http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84952409[Consulté le 01/05/2018].

    123 Quelques lettres de Soleil attestent de l’arrivée depuis ces ports de navires de cabotage : ACCM, K 195, non fol., Laurent Soleil à Chambre de commerce de Marseille, Barcelone, 5 septembre 1703 lettre dans laquelle Soleil déplore le départ, avant d’avoir été visité, du patron Beaumont pour « Copliure » (Collioure).

    124 Le choix a été fait de ne franciser que les noms qui ont un équivalent évident, pour les lieux moins connus, le terme en langue vernaculaire a été préféré.

    125  Notamment en 1712, lorsque les Autrichiens tentent de reprendre la ville aux Espagnols et aux Français.

    126 Pour le XVIIIe siècle, voir Mario ZUCCHITELLO, De la Mediterrània a l’Atlàntic, navigació i comerç a Tossa (1759-1814), Tossa, Centre d’Estudis Tossencs, 2004.

    127 Probablement pour Salé (Maroc).

    128 AN, AE BI 178, fol. 301, Laurent Soleil à Jérôme de Pontchartrain, Barcelone, 12 août 1703.

    129 AN, Mar B2 165, fol. 144, Jérôme de Pontchartrain à Laurent Soleil, Versailles, 16 août 1702.

    130 Notamment les chargements impliqués dans la compagnie Aparici dont une partie partent depuis ou à destination de Mataró où Francesch Lleonart sert de relais pour la compagnie. Voir p. 234 et, en Annexes, p. 419 sqq.

    131 Nous ne possédons pas assez de lettres de Jérôme de Pontchartrain à Soleil pour développer plus en avant cette idée mais quelques remarques montrent que le secrétaire d’État l’a bien en tête : « La conjoncture de la guerre présente doit restablir le commerce des françois en Catalogne par l’interruption de celuy des anglois et des hollandois, qui apparemment n’y porteront point de molues cette année, ny des autres denrées qui y sont nécessaires, et augmentera par conséquent le revenu de vostre consulat. Je seray bien ayse qu’il se trouve assez fort pour vous mettre en estat de subsister avec vostre famille, sur laquelle j’attireray volontiers l’attention du Roy, lorsqu’il y aura des occasions de le faire utilement pour vous ». AN, Mar B2 165, fol. 112, Jérôme de Pontchartrain à Soleil, Versailles, 2 août 1702.

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