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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1. La période antérieure à la cellera : 2. Les premiers signes de regroupement autour de l’église 3. Le contexte historique et social de la formation des celleres 4. Les actes de consécration d’églises et l’espace protégé 5. Première estimation du nombre des celleres 6. Morphologie de la cellera et du village 7. La fortification de la cellera 8. Les celleres, enjeux pour les différents pouvoirs Notes de bas de page Auteur

    Histoire et archéologie des terres catalanes au Moyen Âge

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Les celleres du Roussillon

    Le regroupement villageois dans l’espace consacré autour de l’église et son rôle dans la formation de l’habitat concentré dans l’ancien diocèse d’Elne, Xe-XIVe siècles

    Aymat Catafau

    p. 163-185

    Texte intégral 1. La période antérieure à la cellera : 2. Les premiers signes de regroupement autour de l’église 3. Le contexte historique et social de la formation des celleres 4. Les actes de consécration d’églises et l’espace protégé 5. Première estimation du nombre des celleres 6. Morphologie de la cellera et du village 7. La fortification de la cellera 8. Les celleres, enjeux pour les différents pouvoirs Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Les médiévistes, historiens ou archéologues, s’intéressent, ce n’est pas nouveau, à l’histoire du peuplement et de ses structures. Les origines du village ont ainsi été l’objet de recherches variées, ainsi que de premières synthèses ou confrontations d’expériences1. Il ne nous semble pas inutile d’apporter ici un élément de réflexion à ce débat, tiré de l’exemple particulier des villages concentrés nés en Roussillon autour d’une cellera, le groupement de celliers, dépôts des récoltes, dans le périmètre consacré entourant l’église2. Le nombre des cas relevés dans une petite étendue, la documentation relativement abondante qui s’y rapporte, de même que les formes héritées qui s’en sont conservées jusqu’à nos jours, permettent d’aborder un phénomène, certes connu ailleurs3, mais présent ici avec une force et une permanence rares, dignes d’intérêt.

    2Il s’agira, plutôt que de livrer les conclusions hâtives d’un travail de recherche à peine commencé, de tracer à grandes lignes quelques perspectives de recherche : l’origine et les causes de ce regroupement, dans le contexte historique et social de la féodalisation, puis une première approche de l’extension du phénomène et de son originalité. On tentera de donner une vision plus précise de ces celleres, de leur organisation, de leur défense et de leurs fortifications, de leur rôle de cristallisation de l’habitat et du terroir. On évoquera enfin l’enjeu qu’elles représentèrent pour les différents pouvoirs, religieux et laïcs durant toute la deuxième moitié du Moyen Age.

    3Le cadre géographique de cette recherche est limité à l’ancien diocèse d’Elne4 Une première étude5 a permis de dégager le caractère essentiellement roussillonnais de ce phénomène, c’est-à-dire circonscrit à la plaine côtière, aux larges vallées alluviales, aux bassins des fleuves côtiers, l’Agly, la Têt, le Tech, ainsi que de leurs affluents, incluant le bas Confient, jusqu’à Prades, et le Vallespir. Les cantons de Cerdagne, du Capcir ou du haut Confient n’ont semble-t-il pas ou peu connu ce phénomène. Ces limites géographiques et religieuses sont aussi des limites linguistiques : ce sont celles du domaine catalan nord-pyrénéen. Le mot catalan “cellera”, traduction du latin cellaria, ne se trouve, au nord du diocèse, qu’à Tautavel, village limitrophe.

    4A partir des nombreuses mentions de celleres relevées dans les actes des XIe-XIVe siècles, tirés des cartulaires d’Elne, d’Arles et de Lagrasse, ou des fonds publics (comté, vicomtés, royaume d’Aragon) ou privés (notariaux par exemple)6, on a cherché, en procédant de manière régressive, à en retrouver les signes avant-coureurs, et à suivre leur évolution, jusqu’à nos jours, par l’étude des cadastres napoléoniens et l’observation sur place de la topographie villageoise actuelle.

    1. La période antérieure à la cellera :

    5Les antécédents des villages sont mal connus. Beaucoup de toponymes villageois actuels apparaissent sous une forme voisine dans les documents carolingiens (IXe et Xe siècles)7, parfois déjà associés à une église, devenue par la suite chef-lieu de paroisse. Ces toponymes, dont l’origine antique est souvent probable, se rapportent-ils à des lieux d’habitat regroupé, des hameaux, des centres d’exploitations rurales, ou de simples “domaines” ? Les termes de villa, villacula, villare, qui les accompagnent n’apportent guère de précisions quant à leur importance et à leur forme. Il faut certainement imaginer un habitat peu concentré, en petites unités, de construction assez précaire, non loin de l’emplacement d’anciennes villae antiques, des lieux de culte et des points de passage, carrefours ou gués. Mais une meilleure connaissance de ces formes anciennes d’habitat, difficile à l’aide de textes rares et peu explicites, semble tributaire des découvertes archéologiques. La prospection systématique surtout, commencée depuis quelques années en divers secteurs du Roussillon8, devrait pouvoir permettre de préciser cette vision très théorique encore.

    6Deux certitudes cependant : d’une part de grandes villae, héritées peut-être d’anciens domaines antiques, coexistent à l’époque carolingienne avec de petits noyaux disséminés de peuplement, dispersés sur leur territoire9. D’autre part le réseau des églises, futurs centres paroissiaux pour la plupart, est déjà largement en place à la fin du Xe siècle, ainsi que l’attestent les mentions de cette époque10.

    7La croissance agraire indubitable, dont le premier signe est la multiplication des défrichements, s’accompagne d’une expansion numérique et géographique des hommes, sensible par les nombreuses mentions d’habitats nouveaux aux IXe et Xe siècles11. Dans le même temps, les comtés de l’ancienne Marca Hispanica, éloignés des centres d’une autorité royale de plus en plus faible, connaissent très tôt un processus d’émiettement des pouvoirs, marqué par une plus grande autonomie des comtes. A la fin de cette époque, c’est à l’échelon des comtés que ce processus s’engage, avec la multiplication des seigneurs locaux, maîtres des châteaux, qui se taillent de petites parts de territoire pour accaparer à leur profit une part des revenus nouveaux de la croissance12. Les milites et leurs protecteurs châtelains sont à l’origine d’une violence nouvelle, particulièrement âpre, que les laïcs et les clercs vont tenter de règlementer et d’endiguer, à défaut de pouvoir l’extirper.

    2. Les premiers signes de regroupement autour de l’église

    8Le mouvement de paix, dès son origine, s’intéresse à la protection des hommes et des biens dans l’espace sacré entourant l’église. Ainsi, le premier concile de Toulouges, en 102713, rappelle l’inviolabilité de l’asile de l’église et de son cimetière, mais y adjoint les maisons construites dans la limite des trente pas entourant l’église. Le cadre dans lequel s’inscrit la cellera est déjà nettement tracé. Ces “maisons” qui existent dans le périmètre sacré des lieux de culte y ont été construites dans les décennies précédentes. Bien souvent ce sont des celliers, abritant les biens des paysans, essentiellement le produit de leur récolte, qu’ils cherchent à soustraire ainsi aux rapines des guerriers, aux prélèvements abusifs des seigneurs. Constructions sommaires au départ, leur existence est attestée ailleurs que dans les terres catalanes, ainsi dans le Beauvaisis14.

    9Si les hommes ont cherché spontanément la protection de l’église et de son aire, le cimetière, c’est que les législations canoniques anciennes qui accordaient à ces lieux le droit d’asile étaient connues et à peu près respectées avant même que les conciles de paix ne réactivent ces dispositions15 Il faut supposer aussi que l’espace environnant l’église était assez libre de constructions pour que s’y élèvent rapidement ces édifices, construits sous la pression des événements.

    10Les premiers indices de ce regroupement, en Roussillon, peuvent être datés du dernier quart du Xe siècle.

    11A Brouilla, en 976, au sud-ouest d’Elne, une femme et son fils donnent à l’église Sainte-Eulalie d’Elne un alleu consistant en maisons, cours, jardins, et cum ipsos sacrarios qui sunt prope sancto Johanne16. On remarquera l’ancienneté de cette première mention. L’ensemble donné comprend à l’évidence plusieurs parties distinctes : habitation, espaces adjacents, cultivés ou non, et sacrarios, terme qui n’est que très rarement employé en Roussillon, contrairement aux comtés du sud des Pyrénées17. Ces sacrarios sont des constructions abritant les produits des récoltes, de la vendange ou les salaisons. Leur nom dit assez qu’ils sont protégés par le caractère sacré du terrain où ils se trouvent, ici l’environnement de l’église Saint-Jean dont la première mention date de 959, et disparue aujourd’hui. Ces celliers, qui auparavant faisaient corps avec l’habitation principale du paysan, sont là expressément cités à part, ils ont été dissociés de la maison pour être construits contre les murs de l’église, sur la terre consacrée qui l’entoure.

    12En mars 988, la comtesse Ermengarde donne à son mari, qui le transmet à l’abbaye Sainte-Marie d’Arles, l’alleu nommé Coustouges, avec son église Sainte-Marie, le cimetière et les maisons qui sont autour de l’église18. Cette donation, très caractéristique encore de celles de l’aristocratie du Xe siècle, concerne un de ces grands alleux incluant des terres, des maisons, l’église locale et ses droits, possédés à titre privé. Cependant elle révèle que tout autour de l’église des maisons ont été construites, dont la propriété éminente se transmet en même temps que celle du cimetière sur lequel elles sont bâties.

    13En 996, à Villanova, au pied de l’Albère, c’est-à-dire au village actuel de Montesquieu, deux celliers, cellarios, sont donnés en même temps qu’un manse, un jardin, un colombier, diverses vignes et champs19.

    14Ils sont ici aussi nommés à part du manse, en tant que constructions indépendantes sans doute. Ces celliers sont un premier indice de la cellera de Montesquieu, qui n’apparaît dans les textes qu’en 126620.

    15Ces premiers signes sont ténus, mais permettent de deviner, dans une documentation rare, un processus de regroupement.

    3. Le contexte historique et social de la formation des celleres

    16Les causes de cette transformation de l’infrastructure du peuplement sont à rechercher dans une transformation des relations sociales qui affecte l’ensemble de la société catalane à la même époque. On assiste en effet à une exacerbation des tensions, à la multiplication des violences dues aux hommes d’armes des seigneurs21. Deux précieux documents du XIe siècle nous permettent de nous en faire une idée pour le Roussillon.

    17Il s’agit d’abord des plaintes de Pons Ier d’Ampurias envers Gauzfred II comte de Roussillon et son fils Guilabert22. Ce document non daté est à situer entre le début de l’exercice par Pons de la fonction comtale (1040) et la mort de Gauzfred II (1074)23. En 991, à la mort de Gauzfred Ier, comte d’Ampurias-Peralada et de Roussillon, ses deux fils se partagent son domaine : Guilabert Ier devient comte de Roussillon, et Huc Ier comte d’Ampurias. Leurs fils leur ont succédé, respectivement Gausfred II en 1013-1014, à la tête du Roussillon, Pons Ier en 1040 pour Ampurias24. Sous ces comtes, frères, puis cousins germains, les deux comtés sont étroitement liés, chacune des branches possédant des biens nombreux sur le territoire de l’autre. Mais les relations sont toujours conflictuelles, en 1014 par exemple Huc a essayé de s’emparer du comté de Roussillon, au détriment de son neveu Gauzfred jugé trop jeune. Vient ensuite la signature de convenientiae renouvelées, preuve d’une méfiance réciproque. Les plaintes de Pons envers son cousin, ses rancures, ne laissent aucun doute sur le climat qui règne dans le comté du Roussillon : devoirs et obligations féodales bafoués, biens spoliés, châteaux et terres ravagés, rapts, meurtres, mutilations, sacrilèges25. C’est à ce dernier titre que Pons évoque les dommages causés à deux (peut-être trois) celleres roussillonnaises.

    18Un homme de Gauzfred, nommé Pons Miro a commis un crime “par trahison”, un autre Deusdei Albuvin a bâti un château sur son fief (sans permission), a détruit une maison, coupé des arbres, emmené (de force) des hommes et dérobé des biens appartenant à un nommé Gauzfred Dalmacius et à ses hommes, dans la sacraria de Tresserre26. Les biens sont donc conservés dans la sacraria (équivalent latin de la sagrera catalane) de Tresserre, au milieu du XIe siècle. Protection illusoire ? Sans doute pas toujours, les agresseurs sont ici des hommes du comte lui-même, et ce délit de vol se double du crime de sacrilège, au nom duquel il est particulièrement dénoncé par Pons.

    19C’est du même crime dont il est question à Alamans27, où Guilabert a détruit la demeure de Pons près de l’église, coupé des arbres et commis un sacrilège28. Sans plus de renseignements, il est difficile de savoir en quoi consiste ce sacrilège, mais la mention d’une maison près de l’église fait penser au non-respect de l’espace consacré qui l’entoure.

    20Plus loin, Pons accuse Arnal Tallant et des hommes de Perpignan qui ont fait effraction dans l’église de Pollestres et dans la cellera. Cette cellera est possédée en alleu par Saint-Pierre de Rodes, les coupables y ont dérobé les biens du monastère et ceux de ses hommes29. Les moines de Rodes, établis dans le comté d’Ampurias et protégés par leur comte, sont possessionnés à Pollestres depuis le Xe siècle30. La cellera y est encore mentionnée en 1280-1290, dans un acte des archives du Temple31, qui possède un cellier dans la cellaria, appartenant à un manse. Immédiatement après, il est dit que le même Arnal Tallant a rompu la paix au lieu de Fare32, attaquant la sacraria et l’alleu de Saint-Pierre et a tranché le nez à une paysanne pour une question d’albergue, avant de s’emparer de ses biens33.

    21Bref, les celleres ou sagreres ne sont pas rares, preuve de l’extension et de la précocité du phénomène. Elles sont par ailleurs convoitées en tant que dépôts de biens, la protection qu’elles offrent n’est pas toujours efficace contre les grands, mais l’effraction y est dénoncée comme sacrilège et rupture de la paix de Dieu.

    22Un document légèrement postérieur apporte lui aussi quelques lumières sur la convoitise et les violences dont sont objet les celliers dans le périmètre de l’église. Il s’agit de l’accord intervenu entre l’abbé de Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech, Guitard, et un nommé Raymond Matfred, au sujet d’une église dédiée à saint Martin34. Cette église n’est pas précisément localisée dans le texte, cependant il semble permis d’y reconnaître celle de Corsavy, en Vallespir. Les droits de l’église citée dans le document sont défendus par l’abbé d’Arles, il s’agit probablement d’une des églises placées directement sous sa dépendance, seule Saint-Martin de Corsavy semble convenir35. Le document cite vingt-deux noms de lieux, des microtoponymes en majorité. Quatre seulement sont identifiables : Palalda, Corsavy, et deux lieux-dits de Corsavy36. Enfin et surtout, Raymond Matfred est connu comme seigneur de Corsavy, Mollet, Boule et Serrabone, en 108137.

    23Dans l’accord intervenu en 1090, Raymond reconnaît exercer des toltes sur l’église Saint-Martin et les quarante-trois sacrarios qui se trouvaient dans son cimetière38. Les toltes sont les prélèvements effectués par le maître du donjon sur les réserves en nourriture des habitants de la châtellenie39. Les sacrarii en question sont donc bien des celliers à provisions, dont le nom découle de l’espace consacré sur lequel ils ont été construits : le cimetière40 Ceci n’a pas suffi à les protéger de la rapacité du seigneur local, Matfred, mais fait apparaître son exigence comme sacrilège et permet à l’abbé d’obtenir de lui l’engagement qu’elle cesse. Le nombre de ces celliers peut sembler important, on peut imaginer qu’il y a un de ces locaux par exploitation familiale à peu-près, ce qui donne une population importante pour la paroisse, mais point surprenante41.

    24Ces deux documents montrent assez que le contexte historique et social qui a vu naître les celleres, n’a pas cessé avec l’établissement de la paix de Dieu, et que celle-ci a été “rompue”, bafouée, dans ses dispositions de protection des paysans. Notons aussi que la dénonciation de ces exactions n’apparaît dans notre documentation que lors de plaintes de seigneurs laïcs ou ecclésiastiques, le comte d’Ampurias en son nom et au nom de l’abbé de Rodes, l’abbé d’Arles en tant que supérieur de la paroisse de Corsavy. C’est-à-dire quand ces violences seigneuriales viennent empiéter sur d’autres droits seigneuriaux. Pour ces deux cas connus, en raison des oppositions entre grands, combien de violences, de rapines quotidiennes, ordinaires, sur le domaine d’un châtelain incontrôlé, sont restées inconnues, les plaintes des paysans non formulées ou perdues ?

    4. Les actes de consécration d’églises et l’espace protégé

    25A propos de Corsavy, on dispose d’un autre indice, en l’occurrence les actes de deux consécrations successives de l’église.

    26En 993, l’évêque d’Elne Bérenger a consacré en même temps l’église Saint-Etienne (dite de Riuferrer, en fait à Arles) et Saint-Martin (de Corsavy), leur attribuant un territoire commun, indifférencié, dont les limites étaient données par les paroisses voisines de Coustouges, Palalda, Montferrer (Moledo), et touchant au nord au Canigou. Il leur accorde le droit de sépulture, attribuant à chacune un cimetière de trente pas, le terrain pour les cimetières étant donné par un groupe de fidèles présents, dont les parents ont construit ces églises42. Il s’agit de la plus ancienne mention directe de cimetière consacré autour de l’église dans le diocèse43. On peut noter que c’est l’évêque Bérenger, bien connu pour son rôle dans le mouvement de la paix de Dieu, qui inaugure dans le diocèse ces consécrations incluant une aire de protection.

    27En 1159, cette église est à nouveau consacrée par l’évêque Artal, qui donne à sa paroisse les mêmes limites qu’en 993, en précisant qu’elle est voisine de celle de Saint-Etienne d’Arles, et lui confirme son cimetière de trente pas44. A cette occasion, l’évêque précise que l’ecclesiola Saint-Jacques, chapelle nouvellement construite au château de Corsavy, doit rester soumise à l’église mère, à savoir Saint-Martin, et qu’en aucun cas on ne doit tenter de priver celle-ci des baptêmes, offrandes et droits de sépulture, sous peine d’une amende de composition de trois livres d’or. Il existe donc une rivalité entre ces deux églises, dont l’origine semble bien être la volonté des seigneurs, bâtisseurs de la chapelle castrale, d’attirer à celle-ci les droits réservés à une église paroissiale. Serait-il exagéré, dans le contexte décrit par l’acte de 1090, d’y voir aussi une hostilité du seigneur envers cet espace consacré qui sert de dépôt aux provisions des paysans sous la protection attentive de l’abbé d’Arles ? La rivalité, entre chapelle castrale d’une part, et église villageoise entourée de sa cellera de l’autre, exprime ainsi une opposition à la fois entre seigneur et paysans et entre seigneur laïc et seigneur ecclésiastique. Il est significatif que le conflit sous-jacent se soit achevé par la disparition du noyau villageois autour de l’église primitive, abandonnée à quelques centaines de mètres du nouveau village groupé autour du château, dont la chapelle reprend plus tard le vocable de Saint-Martin45.

    28Dix-neuf actes de consécration, dans le diocèse d’Elne, mentionnent ainsi des “cimetières” ou des espaces consacrés autour d’églises. Ils concernent, compte tenu des consécrations renouvelées de Corsavy et d’Arles, dix-sept églises46. Mis à part une mention indirecte dans une consécration du XIIIe siècle, et qui renverrait à une cérémonie précédente, datée approximativement de 984-98847, et celle que nous venons de voir, en 993, les autres actes s’échelonnent entre 1025 et 1159.

    29Le plus souvent on attribue à ces églises un espace consacré, appelé “cimetière” (nous verrons le sens qu’il faut accorder à ce terme), d’un rayon de trente pas autour du bâtiment de culte. Cette mesure, héritée des anciens conciles tolédans, peut être aussi rapprochée d’une valeur symbolique, rituelle et juridique accordée au nombre trente et à ses multiples ou sous-multiples48. Grâce à cette mesure, ces espaces consacrés sont taillés à un gabarit moyen assez proche, leur superficie paraît suffisante dans un premier temps à une fonction de stockage49. Dans un cas on mentionne simplement le cimetière, sans lui donner de mesure précise, ni de limites50. Ailleurs, on donne au cimetière des limites par énumération de confronts, sans mentionner de mesure51. On trouve aussi des mesures originales : un cimetière de trente dextres à Coustouges en 114252, ou “trente dextres de terre” autour du prieuré de Serrabonne, en 1082, sans indication de la destination de cet espace53.

    30D’autres cimetières peuvent avoir des dimensions réduites, certainement à cause de leur moindre importance : en 1159, à Saint-Laurent-de-Cerdans, l’ecclesiola reçoit ainsi un cimetière de douze pas54, elle est d’ailleurs soumise à Sainte-Marie d’Arles, à titre de cella, et “appendice” de Sainte-Marie de Coustouges. La petite église de Sainte-Marie du Vilar se voit attribuer en 1114, un cimetière de dix dextres dans toutes les directions55, Il s’agit là encore d’une toute petite chapelle, centre d’un lieu de peuplement réduit.

    31Certaines églises ne reçoivent pas un espace mesuré en pas ou en dextres, mais délimité par des croix, gravées sur des pierres certainement. Ces cruces signatas, se retrouvent dans la donation de l’espace d’immunité attribué à Sainte-Marie de Marcevol en 1129, par l’évêque d’Elne Pierre56, et dans celle de l’abbatiale Sainte-Marie d’Arles où l’abbé Bérenger fait graver des “signes d’immunité” en 104657.

    32Contrairement à l’usage fréquent en Catalogne du sud, les consécrations roussillonnaises ne mentionnent pratiquement jamais de sagrera autour de l’église, mais se contentent du mot ambigu de “cimetière”58. On a vu, dans l’exemple de Corsavy, que loin de se limiter à un lieu d’inhumation, le “cimetière” est aussi le lieu de construction des sacrarios. Ce qui n’empêche pas que dans l’acte de consécration de 1159 le cimetière soit destiné à recevoir les sépultures des morts, sans mention des constructions qui s’y trouvent.

    33Chez nous le terme en vigueur pour désigner le groupement des dépôts de provision autour de l’église est, on l’a vu, celui de cellaria. Il ne s’accorde que fort mal avec la tonalité religieuse d’un acte de consécration, paraissant d’une trivialité trop choquante. Alors que le terme de sacraria, qui désigne exactement la même réalité, trouve plus facilement place dans un document ecclésiastique. C’est le terme de sacraria, d’ailleurs, qui est utilisé dans l’unique consécration roussillonnaise qui donne à l’espace protégé un nom autre que celui de cimetière, à Espirade-l’Agly, en 113059.

    34On trouve le mot cellaria dans une seule consécration, celle de Saint-Pierre de Riuferrer (commune d’Arles-sur Tech), en 115960. A l’occasion de la reconstruction de l’église, les riches fidèles du lieu lui donnent trois manses, une borda ainsi que “omnia cellaria ipsius praefatae villae”, il semble qu’il faille comprendre ici “tous les celliers” plutôt que “toute la cellera” pour laquelle on aurait eu “omniam cellariam”. Cependant, il ne peut y avoir aucun doute, ce même acte confirme le “cimetière” de trente pas qui entoure l’église et ces celliers forment une authentique cellera.

    35Ces actes de consécration sont la preuve que l’on a voulu très tôt, du côté de l’autorité épiscopale, formaliser et sacraliser ces espaces bâtis dans un mouvement spontané autour des églises. La continuité de ces consécrations, parfois leur réitération, montrent que ces espaces se sont maintenus au cours des siècles centraux du Moyen Age, et que l’on a voulu aussi maintenir la protection dont ils bénéficiaient. Ces “cimetières”, ces espaces entourant l’église, sont des lieux de vie, comme à Coustouges dès la fin du Xe siècle, et dans plusieurs cas, on trouvera, dans des sources postérieures à ces actes de consécration, la mention d’une cellera entourant ces églises, à Saint-Jean de Perpignan, à Montesquieu ou à Coustouges.

    5. Première estimation du nombre des celleres

    36On peut compter quarante-cinq mentions dans le diocèse, en incluant celle de Corsavy, connue par le document de 1090, même si le mot de cellera ne s’y trouve pas. Le nombre à lui seul est éloquent.

    37Les premières mentions de celleres sont souvent assez tardives : cinq datent de la deuxième moitié du XIe siècle, cinq autres de la première moitié du XIIe, alors qu’on en compte vingt-neuf entre 1176 et 1307, et six encore plus tardives. Dans le sud de la Catalogne, les premières mentions de sagreres se trouvent un peu plus tôt, à partir de 103461 puis elles se multiplient dans les décennies suivantes. Il est vrai que la documentation y est plus abondante, et surtout qu’elle présente partout une grande continuité. Chez nous les documents du XIe siècle sont rares, parfois plus que ceux du Xe. On trouve les mentions de cellariae dans les capbreus (terriers), les cartulaires, les recueils de reconnaissances féodales, qui ne deviennent nombreux qu’à partir du XIIe siècle, puis dans les registres notariaux du XIIIe siècle.

    38Plus précisément, on constate que pour des lieux où est attestée, parfois tardivement, une cellera, aux XIIe-XIIIe siècles, on trouve assez souvent des mentions plus précoces de celliers ou de maisons contre l’église62, ou d’un “cimetière” de trente pas autour de l’église. Le regroupement des celliers autour de l’église précède, parfois de longtemps, la première mention de la cellera, pourquoi ? Alors que l’on vend, donne ou lègue des celliers, en tant que constructions indépendantes, se trouvant dans un quartier étroit, auprès d’autres celliers, on ne nomme pas forcément ce lieu dans les actes. Peut-être met-on un certain temps à lui donner un nom spécifique ? Peut-être ne localise-t-on un bien “dans la cellera” que lorsque le développement du village tout autour amène à différencier les quartiers : cellera au coeur, nouveaux barris (faubourgs) autour. Cela pourrait expliquer que l’on trouve rarement le terme tant que la morphologie du village est simple.

    39Ces mentions tardives posent un vrai problème, elles obligent à une démarche régressive pour saisir les étapes originelles de la constitution des celleres. Aucun doute en effet que l’existence de ces formes de regroupement soit bien antérieure à leur première mention, certains documents l’affirment eux-mêmes63. On va donc traquer pour ces villages tous les signes avant-coureurs de ce phénomène.

    40Mais on peut penser aussi que de nombreuses celleres ont disparu de la documentation. Nombreuses sont celles en effet pour lesquelles nous n’avons qu’une mention unique. Ainsi des celleres ont pu exister qui n’aient laissé aucune trace écrite, il faut s’efforcer cependant d’en détecter l’existence pour se faire du phénomène une idée aussi complète que possible.

    41Un certain nombre de critères ont été retenus pour dresser un inventaire des lieux habités où une cellera a de fortes chances d’avoir existé. Pour déterminer ces “celleres probables” on a eu recours à des indices tirés des sources écrites :

    • présence de celliers donnés, vendus, échangés en tant que tels, surtout dans le cas de mentions multiples ou de regroupements,

    • présence de maisons ou autres constructions entourant précisément l’église,

    • mention dans l’acte de consécration d’un espace protégé spécifique (“cimiterium”) entourant l’église.

    42A ces renseignements on adjoindra les indices fournis par l’étude du plan du village, de photographies aériennes, du cadastre napoléonien ou de l’observation sur place de la topographie des lieux.

    43Les convergences entre ces divers éléments conduiront à asseoir plus fermement l’hypothèse d’une cellera, mais un seul élément, particulièrement clair pourra aussi constituer un indice suffisant64.

    44Il convient d’ajouter donc aux celleres attestées dans les textes au moins trente villages actuels pour lesquels l’existence d’une cellera semble probable. La somme de ces deux groupes montre que nous sommes en présence d’un phénomène de première importance dans la naissance des villages roussillonnais. L’observation de la carte de localisation (en annexe II) permet de saisir la distribution géographique des celleres, qui coïncide avec la plaine céréalière et viticole, zone d’irrigation et de jardinage aussi, et qui délaisse les reliefs, régions d’élevage extensif et de moindre prospérité agricole.

    45La précocité du phénomène, sa densité géographique, font du Roussillon un cas remarquable, peut-être unique en France, d’une telle prédominance de l’origine “ecclésiale” des villages65. Sans réduire à néant l’importance qu’a pu avoir le château, en Roussillon même, comme pôle de regroupement, spontané ou forcé, de la population, le phénomène de l’incastellamento semble en tout cas minoritaire ici, ou n’intervient, dans beaucoup de cas, qu’après un premier regroupement de nature ecclésiale.

    46L’initiative des grands seigneurs n’est pas chez nous à l’origine de la création des celleres, contrairement à ce qui semble apparaître dans les sources normandes ou angevines66. Ce regroupement comme il apparaît dans nos sources semble être un mouvement spontané, d’origine certainement populaire, soutenu postérieurement par une règlementation et une organisation ecclésiastiques, au travers des premiers décrets de la paix de Dieu et des actes de consécration67.

    6. Morphologie de la cellera et du village

    47La lecture des documents, l’examen des plans et l’observation sur place des quartiers entourant les églises, permettent de se faire une idée de l’apparence des celleres. Un certain nombre de traits communs s’y retrouvent de manière récurrente, avec de multiples variations possibles. Les dimensions de la cellera, tant sur les plans que sur le terrain, sont le reflet assez fidèle de la prescription des trente pas à partir de l’église. Il faut bien entendu prendre en compte les transformations possibles de celle-ci, et tenter de retrouver les dimensions de l’église existant au moment de la constitution de la cellera originelle, disons au tournant des Xe et XIe siècles. De ces églises pré-romanes ou du premier âge roman, nous ne savons que peu de choses : elles sont de petite taille, à nef unique, avec un chevet plat ou une abside simple. Quelques exemples en sont conservés en Roussillon68.

    48La vérification de la mesure des trente pas69 montre qu’il ne s’agit pas seulement d’une convention de langage, d’une limite théorique. A peu de chose près, cette mesure se vérifie sur le terrain à de nombreuses reprises. A Saint-Feliu-d’Avail, à Terrats, ailleurs, s’engageant à pas comptés depuis l’église dans une rue, on se trouve au trentième pas précisément au coin d’une ruelle dont le parcours peut correspondre à une des limites de la cellera.

    49La cellera présente souvent un aspect ovoïde plutôt que circulaire, qui montre bien qu’elle a été effectivement mesurée à partir d’un noyau rectangulaire : l’église70. Dans certains cas elle peut être presque ronde, comme à Pézilla ou Bages71. Certaines sont de tracé nettement quadrangulaire, ce qui peut être dû à un “redressement” des côtés lors d’une fortification ultérieure de la cellera72.

    50La dimension apparente de ce noyau central a pu être amplifiée par l’adjonction d’une rangée de maisons contre le mur extérieur de la cellera, ou sur l’emplacement d’anciens fossés73.

    51La forme et les dimensions originelles de la cellera ont pu aussi être adaptées à la configuration du terrain. Au Boulou par exemple, la pente naturelle de la butte sur laquelle est installée l’église empêche la cellera de prendre toute son extension “légale” vers l’ouest, en direction du ravin qui borde le Tech.

    52La cellera correspond aussi à un besoin de la communauté villageoise, un espace nécessaire et suffisant pour conserver à l’abri ses récoltes, au moins dans un premier temps. A Saint-Laurens-de-Cerdans, l’ecclesiola d’une petite communauté se contentait d’un cimetière de douze pas, on l’a vu, qui est aussi en concordance avec le piton rocheux sur lequel elle s’élève. A Estoher, en l’absence de tout texte concernant la cellera, on ne peut déduire son existence que de l’observation du plan et du terrain. La cellera y a été de toute petite taille, limitée à quinze pas d’après les relevés topographiques, type rare mais pas inconnu ailleurs74. Là encore, l’exiguïté du terroir, la petite importance du village peuvent expliquer cette dimension réduite. En revanche, à Elne, le siège épiscopal, l’observation de la ville haute ainsi que celle menée sur place, ne révèle pas de trace d’un périmètre consacré ancien à une distance approximative de trente pas. Cependant, au nord et à l’ouest, la forme ovale du quartier construit autour de la cathédrale apparaît clairement. Un noyau compact de maisons entoure l’église à une distance de soixante pas. Il n’est pas impossible que nous ayons là un exemple de cellera de dimensions doublées, ainsi que cela se rencontre pour des sagreres d’églises importantes au sud des Pyrénées75.

    53A l’intérieur de la cellera, une caractéristique dominante est la très petite taille des parcelles. Elle découle de la destination originelle des constructions qui y étaient élevées : lieux de stockage à l’échelon familial et non de résidence. Cette dimension réduite des constructions est souvent visible jusqu’au XIXe siècle, par exemple à Marquixanes, où beaucoup de lots de l’ancienne cellera sont encore enregistrés comme celliers sur la matrice cadastrale76. Leur surface au sol était inférieure à vingt mètres carrés, sur un plan très étroit de deux mètres et demi de façade sur la rue pour une profondeur de six à sept mètres. Des dimensions de cet ordre existaient au XIXe siècle à Torreilles, Baixas, Bouleternère. On peut encore observer ces petites constructions à Villeneuve-de-la-Rivière ou Saint-Hippolyte. Beaucoup cependant ont été détruites afin de construire sur leur emplacement des maisons de taille plus adéquate à l’habitat. A Marquixanes, on connaît ainsi l’exemple d’un propriétaire regroupant deux celliers pour y élever une maison77.

    54La forte densité de l’occupation du sol est un trait essentiel de la morphologie des celleres. Beaucoup de textes mentionnent ainsi des celliers jouxtant d’autres celliers, sur un ou deux côtés, ou construits contre l’église ou un autre bâtiment. En plus des exemples de Brouilla, de Corsavy, on peut signaler les cellarios groupés de Millas78, les deux celliers de Mailloles, “intus cellariam”, voisins d’un autre cellier, de l’église et du cimetière79, ou celui de la cellaria d’Orle, en 1238, qui touche à deux autres celliers80. La cellera est le lieu naturel de rassemblement des celliers, à tel point qu’on signale, comme une exception, qu’un cellier sur lequel est perçu un cens, à Toulouges, se situe “extra cellariam”81.

    55Ce resserrement des celliers les uns contre les autres dans ce tout petit espace n’interdit pas toutefois de trouver de petites parcelles non-bâties, visibles sur les plans, mais signalées aussi par les textes. Ce sont parfois un “cortal”, comme à Millas, étable ou bergerie, preuve que l’on peut mettre à l’abri occasionnellement quelques têtes de bétail, une courette, comme à Pollestres, ou un “terrain” libre de toute construction, à Torreilles au début du XIVe siècle82. On peut aussi supposer que certains des espaces libres, sur le plan, mais aussi dès le Moyen Age, sont le résultat de la destruction de certains celliers, devenus inutiles83.

    56Le “reseturno” qui accompagne à plusieurs reprises des celliers dans la cellaria de Pézilla-de-la-Rivière en 1271, et l’”antuxano” d’un cellier de la cellera de Laroque-des-Albères84, en 1188, sont probalement des espaces non-bâtis adjacents, ou des appentis.

    57La cellera est devenue rapidement un lieu de résidence, on a vu qu’à Coustouges on parle dès 988 de “domos...circa ipsam ecclesiam”. L’acte de consécration de Sainte-Marie d’Espira-de-l’Agly est encore plus clair85. La sacraria est un lieu d’habitat, ceux qui y vivent doivent donner un cens annuel à l’église pour prix de leur résidence en ce lieu consacré et protégé, qui est aussi probablement un cens de liberté86.

    58On trouve d’ailleurs toutes sortes de “maisons” dans la cellaria, le manse à Elne ou à Toulouges87, ou la demeure plus luxueuse : hospitium à Tautavel, mansiones et ostal dominicum à Fourques, estare dominico à Llupia88, jusqu’à la maison forte, aux XIIIe-XIVe siècles : “castrum” à Torreilles et à Thuir, “forcia” à Millas89.

    59Au coeur de cet espace réduit circule une ruelle, unique souvent, très étroite : deux mètres de largeur environ. On la nomme carrerono au Boulou en 1364-136590, carrero encore aujourd’hui à Saint-Feliu-d’Amont. Ailleurs, à Corneilla-de-la-Rivière ou Marquixanes, elle est appelée “rue du Fort”91, et à Thuir, seul village qui ait conservé jusqu’à nos jours ce toponyme, “rue de la Cellera”. Cette ruelle se termine parfois en impasse, et elle débouche sur l’extérieur de la cellaria par une ouverture qui a pu être plus tard fortifiée : portalera au Boulou, “porte de la cellera” à Corneilla-de-la-Rivière, en 140792, visible encore à Marquixanes, à Passa ou à Baho.

    60Dès le XIe siècle, auprès de l’église Saint-Julien de Torreilles, on donne un cellier sur la façade duquel tourne le gond de la porte de la sagrera qui est autour de l’église93. L’expression “portae sacrarii” semble bien devoir être comprise ainsi94. La porte en question était destinée à fermer l’unique rue de la cellera à son débouché sur la place, au nord. La présence de cette porte suppose une organisation collective, clé, gardien, entretien, frais divers étant certainement à la charge de la communauté des villageois propriétaires de celliers. La cellaria de Torreilles est encore citée en 122895.

    7. La fortification de la cellera

    61Le premier état de la cellaria est certainement celui d’un entassement de constructions sommaires sur l’emplacement du cimetière. Le caractère consacré de cet espace n’a pas dû garantir bien longtemps sa protection. Aussi en est-on venu à fermer la cellera de fossés, d’un mur, puis de murailles.

    62La première trace écrite de fortifications est celle du “mur de la cellaria “ de Perpignan, signalé en 111696.

    63Les fossés sont nommés diversement : vallum cellariae, au Boulou, vals à Taxo-d’Avall, fossato à Llupia, talliata sive vallo à Toulouges, tovis novos à Perpignan97. Dans ce dernier cas la mention de “nouveaux fossés” peut faire penser à de plus anciens, peut-être les premiers creusés autour de la cellera primitive. Sur le plan on peut probablement distinguer la trace de ces anciens fossés à Saint-Feliu-d’Avall, à Torreilles, et sur place encore à Baho.

    64Le premier mur de la cellaria est rarement mentionné avant les XIIIe ou XIVe siècles, moment où on l’appelle déjà le “mur ancien” ou vieux mur, comme à Baixas en 140098, ou “mur de terre” par rapport au plus récent mur de chaux à Pézilla, en 127199.

    65La restauration des vieux murs, la construction des nouveaux incombent souvent à la communauté villageoise dans son ensemble, comme à Laroque, Pézilla ou Thuir100. Cet aménagement est l’occasion pour les seigneurs d’affirmer le contrôle qu’ils sont parvenus à exercer sur la cellera, qu’il s’agisse du seigneur local, comme le comte d’Ampurias Pons-Hug à Laroque, du seigneur abbé à Pézilla ou plus généralement du roi, à Thuir ou ailleurs. Alphonse d’Aragon, qui entre en possession du Roussillon en 1172, multiplie à partir de cette date les autorisations de fortifier accordées aux villages de ses nouvelles terres, manière pour lui de veiller à la fois à la défense de son domaine et d’affirmer sa volonté de n’abandonner à personne son ius munitionis.

    66Les fortifications construites en cette fin du XIIe siècle ont parfois repris le tracé de la cellera, mais souvent elles l’ont agrandie, marquant l’accroissement du village en englobant les nouveaux quartiers autour du noyau originel. A Millas, Thuir, Vinça, Ille-sur-Têt et à Baixas, deux, parfois trois étapes successives de fortifications permettent de suivre le succès prolongé de ces gros bourgs. Dans tous ces cas, la cellera est restée décentrée dans le nouveau village101.

    67La fortification postérieure à la cellaria a été nommée fortitudinem sive forciam à Marquixanes, en 1172, forcia commuais à Torreilles en 1198. Plus tard la cellera est appelée “fort” dans beaucoup de villages, parfois même “château”102, ce qui explique la quasi disparition du toponyme. Le plus souvent, c’est le terme générique de castrum qui désigne l’ensemble du village fortifié, incluant l’ancienne cellaria.

    68L’église est, au coeur de la cellera, un élément essentiel de son dispositif de défense, elle est parfois fortifiée, comme à Saint-Feliu-d’Avail où la porte est dotée d’un mâchicoulis, les murs crénelés. On a souvent surélevé et renforcé le clocher pour en faire une véritable tour de guet et de défense103.

    69Aux XIIe et XIIIe siècles, les espaces villageois apparaissent nettement comme imbriqués les uns dans les autres, au coeur se trouve la cellaria, tout autour le castrum, lui-même au centre du territoire de la paroisse. Dans le cas de la cession d’un manse par exemple, on précise que celui-ci est dans le castrum, que le cellier qui en dépend se trouve dans la cellera, et que les vignes, terres, champs sont distribués tout alentour sur les divers terroirs. Ceci est frappant à Fourques dès 1106 ou à Pézilla-de-la-Rivière en 1236104. La même observation a été faite pour Bages, pour le Boulou ou Laroque des Albères105.

    70Le village est devenu complexe, son espace s’est diversifié au cours des XIIe-XIIIe siècles, une place apparaît, au débouché de la rue de la cellera souvent, cette plathea, mentionnée au Boulou en 1364, est visible sur la plupart des plans. Dès 1152 à Perpignan, c’est certainement là que se tient le marché, avec ses étals, sa boucherie. Autour de la cellaria, le long des chemins, se sont agglomérés les faubourgs, les barris. La cellera tend à devenir un quartier comme un autre, les maisons y remplacent les celliers, un nouveau cimetière même est repoussé à l’extérieur (Le Boulou, 1364-1365).

    71L’eau est présente dans la cellaria ou dans ses abords immédiats. Une fontaine se trouve au bout de la rue de la cellera, sur la placette, à Baho, Pézilla, Thuir, entre autres, parfois un puits à l’intérieur de la cellera, à Saint-Hippolyte, à Bages. Un des côtés de la cellera est bordé par un ruisseau, au Boulou, à Baho, pouvant éventuellement fournir en eau à la fois les habitants et les fossés.

    72Au Boulou, on constate que le moulin et le four banal (royal) sont installés auprès de la cellaria, mais hors de ses limites106.

    73Les effets sur le paysage agraire de la concentration de l’habitat autour des celleres sont encore à étudier, l’étude de la convergence des chemins d’exploitation et des voies de plus grande communication apportera sans doute de précieux éléments quant à l’organisation des terroirs.

    8. Les celleres, enjeux pour les différents pouvoirs

    74Les différents pouvoirs se sont installés dans la cellera, allant jusqu’à se l’approprier entièrement ou étant contraints de la partager.

    75L’origine populaire, paysanne, des celliers ne semble pas faire de doute, même si nous manquons de documents décisifs qui l’attestent107. Ceci est confirmé par les quelques textes du XIe siècle où nous avons vu les villageois y mettre leurs récoltes à l’abri des exactions des seigneurs. Mais les premiers propriétaires de celliers et de maisons, que nous rencontrons à Brouilla et à Coustouges à la fin du Xe siècle sont de riches possédants ou même de puissants aristocrates. En cela les celleres ne semblent pas échapper à la concentration des biens en cours à cette époque.

    76Au cours des siècles suivants, surtout aux XIIe et XIIIe, les cellariae sont fortement caractérisées par la présence des maisons, celliers, dépendances appartenant aux abbayes, prieurés ou églises, seigneurs ecclésiastiques du village ou d’une partie de ses terres108. Leurs maisons de la cellera semblent servir de lieu de prélèvement des redevances dues à ces établissements ecclésiastiques, installés là au milieu des celliers villageois, et recevant lors de la rentrée des récoltes la part exigée109. Les abbés de Lagrasse apparaissent très intéressés à la protection et à la fortification des celleres dans les villages dont ils sont seigneurs110. Leur éloignement les pousse certainement à maintenir ces lieux de protection sacrée pour tenter d’empêcher les usurpations ou les vols par des hobereaux locaux trop vifs. Cela a pu être une des raisons de la bonne conservation des celleres dans ces villages au cours du Moyen Age et postérieurement même.

    77Ailleurs, les possesseurs de celleres sont parfois des seigneurs laïcs : le comte à Perpignan, le vicomte de Roussillon à Tatzo. A Elne, apparemment dans la cellera, un diacre écrit dans une maison où il habite, en 1052, et qui appartenait à l’évêque autrefois111. Du fait de la présence de la cathédrale, comme à Perpignan autour de la collégiale augustinienne, la cellaria est très tôt devenue un véritable quartier canonial, à destination essentiellement cultuelle et funéraire, habité par les ecclésiastiques et leur entourage. A Perpignan, le comte y possède aussi dès l’origine un palais, appelé en 1152 “sala vetula”.

    78Ne pouvant interdire leur existence ni enfreindre régulièrement les protections dont elles bénéficient, les maîtres des terres et des châteaux se sont installés au cœur des celleres, y plaçant leur propre cellier, parfois leur maison forte et leur château. Ils se trouvent ainsi au centre même du dispositif villageois, d’autant plus aptes à vérifier qu’aucune part des récoltes n’échappe à leur perception et à le surveiller en tant que noyau fortifié potentiellement dangereux.

    79Malgré cela les celleres ont peut-être été le milieu conservateur d’une catégorie privilégiée de paysans moyens, aisés, assez favorisés pour posséder un cellier dans ce lieu protégé, riche de victuailles, en relation avec un manse bien doté de terres112. Les documents des terriers sont clairs, à Millas, comme à Estagel, à Argelès ou au Boulou, les biens possédés à l’intérieur des celleres n’échappent pas à la dépendance envers le seigneur, ici le roi, qui y perçoit des redevances. Des comparaisons menées entre la moyenne des déclarations et celles des paysans possédant une construction dans la cellera montrent que ces derniers se situent dans une tranche supérieure d’aisance paysanne. Les biens de la cellera sont soumis à des droits d’aliénation, comme à Montesquieu ou à Orle113. Cependant ces redevances semblent légères, et à Montesquieu, les notables locaux, les prohomens, demandent à la fin du XIVe siècle que le roi veuille bien leur conserver certains de leurs privilèges, et leur accorder de pouvoir fermer la cellera114. A cette époque, il n’est pas impossible que les celleres soient redevenues des fortifications actives, devant les malheurs des temps et l’insécurité des campagnes roussillonnaises. La population, dont le nombre avait fortement diminué lors de la grande épidémie du milieu du siècle, pouvait y trouver un abri suffisant. Cette renaissance momentanée du rôle défensif des cellariae a peut-être permis aussi leur survie jusqu’à nos jours.

    80La plaine roussillonnaise est donc un conservatoire de formes héritées du lointain Xe siècle, témoins des temps troublés de la mise en place de la féodalité, mais fortement transformées au cours des siècles suivants. Plus qu’ailleurs, certainement, ce phénomène de “regroupement ecclésial”, a été ici à l’origine des villages concentrés, massifs, tels que nous les voyons encore aujourd’hui. Il est particulièrement notable à ce titre qu’à part quelques exceptions, les quarante-cinq celleres mentionnées au Moyen Age, soient toutes devenues de solides villages dans les siècles suivants, jusqu’à nos jours. Elles constituent une puissante originalité dans l’histoire de la naissance du village, qui valait pense-t-on d’être succinctement exposée et dont l’étude approfondie pourra être riche d’enseignements.

    Notes de bas de page

    1 On pense bien sûr, entre autres, aux travaux déjà classiques de J. Chapelot et R. Fossier, Le village et la maison au Moyen Age, 1980, et de M. Bourin-Derruau, Villages médiévaux en Bas-Languedoc : genèse d’une sociabilité, 1987 ; aux synthèses récentes de R. Fossier et de J.-M. Pesez, dans les actes du colloque de 1987, Le roi de France et son royaume autour de l’an Mil, aux travaux de la S.H.M.E.S.P., Villages et villageois au Moyen Age, ainsi qu’aux colloques de Flaran de 1984, Les communautés villageoises..., et de Montpellier, 1993, Morphogénèse du village médiéval, à paraître.

    2 Cette étude, qui n’est qu’une exploration de pistes de recherche, est menée dans le cadre d’une thèse de doctorat dirigée par M. P. Bonnassie à l’Université de Toulouse-Le-Mirail.

    3 Il convient d’évoquer les sagreres catalanes du sud des Pyrénées, étudiées par K. Kenelly, “Sobre la paz de Dios y la sagrera en el condado de Barcelona (1030-1130)”, Annuario de estudios medievales, V, Barcelone, 1969, pp. 107-136, et V. Farias, La sacraria catalana (950-1200), Aspectos y modelo de un espacio social, Université de Barcelone, 1989, 220 p. Mais la même forme de regroupement a existé en terre languedocienne, définie par D. Baudreu et J.-P. Cazes, “Le rôle de l’église dans la formation des villages médiévaux. L’exemple des pays audois.”, Heresis, n°2, Carcassonne, 1990, pp. 139-158. On en trouvera d’autres exemples, en particulier alsaciens, étudiés par B. Metz, “Cellaria in cimiterio : le cimetière-refuge”, L’église, le terroir, monographie du C.R.A. n°1, M. Fixot, E. Zadora-Rio dir., Paris, 1989, pp. 21-50. En Roussillon, la cellera n’a donné lieu à aucune étude spécifique, même si certains auteurs n’ignorent pas son existence, par exemple L. Bayrou et G. Castellvi, “Esquisse d’une étude des vestiges des fortifications urbaines médiévales en Roussillon”, Etudes roussillonnaises offertes à Pierre Ponsich, Perpignan, 1987, pp. 187-222.

    4 Voir carte en annexe. Pour la délimitation du diocèse et une approche du réseau paroissial se reporter à J. de Font-Réaulx, “Structure du diocèse d’Elne au Moyen Age avec présentation d’une carte”, XXXIXe congrès de la FHLMR, Montpellier 1969, p.25-29.

    5 A.Catafau, L’église et le village dans l’ancien diocèse d’Elne, Xe-XIVe siècles, mémoire de D.E.A., Toulouse-Le-Mirail, 1993.

    6 Les documents non édités sont tirés des fonds des Archives Départementales des Pyrénées-Orientales (ADPO), séries B (domaine royal), G et H (archives ecclésiastiques), E (notaires), et du fonds F. de Fossa, copie du XVIIIe siècle de cartulaires disparus depuis (FdF, 12J 24 et 25).

    7 Se reporter à R. d’Abadal i Vinyals, Catalunya carolingia, II, Els diplomes carolingis a Catalunya, Barcelone, 1926-1952, en particulier l’index et les cartes.

    8 Des chercheurs de l’Association Archéologique des P-O ont entrepris ce travail systématique, entre Elne et les Albères, voir le Bulletin de l’AAPO, n° 7, 1993.

    9 C’est ce qui ressort des donations faites par les souverains carolingiens, tant aux abbayes qu’à des fidèles, parfois réfugiés venus du sud des Pyrénées, cf. R. d’Abadal, op.cit., et A. Catafau, “Les Hispani et l’aprision en Roussillon et Vallespir. Indices d’une croissance, fin Ville - début Xe siècles”, Frontières, n°2, Université de Perpignan, 1992, pp.7-20.

    10 L’étude de la mise en place du tissu paroissial est encore à faire, mais on peut retirer cette impression de la consultation de R. d’Abadal, op.citainsi que des relevés toponymiques de P. Ponsich, Limits historics i repertori toponimic..., Terra Nostra, n°37, Prades, 1980, et Albert Cazes, Le Roussillon sacré, Prades, 1977.

    11 On relève à cette époque l’apparition de plusieurs villares, au nom suivi d’un génitif d’homme, fondés assez récemment pour que le nom de l’initiateur s’en soit conservé, voire même change avec le maître suivant. Cf. le villare Donati, le villare Castellani, le villare Gennoni, etc. ; A. Catafau, “Les Hispani...”, art.cit.

    12 Processus étudié par P. Bonnassie, La Catalogne du milieu du Xe à la fin du XIe siècle. Croissance et mutation d’une société, Toulouse, 1975-1976, puis par J.-M. Salrach, El procès de feudalitzacio, segles VIII-XIII, Barcelone, 1987.

    13 Rappelons que ce concile n’est selon toute apparence que le rappel d’une série de décisions adoptées lors d’un synode, légèrement antérieur, cf. P. Bonnassie, La Catalogne..., op. cit., p. 657. Décrets du concile dans E. Magnou-Nortier, La société laïque et l’Eglise dans la province ecclésiastique de Narbonne, 1974, p. 615.

    14 L’évêque de Beauvais établit ainsi le serment de paix qu’il fait prêter aux guerriers de son diocèse : “Je n’envahirai une église en aucune façon. En raison de sa sauveté, je n’envahirai pas non plus les celliers qui sont dans l’enclos d’une église, sauf <pour poursuivre un criminel>... Mais si pour ces motifs j’envahis les dits celliers, je n’en emporterai rien...”, traduction de Georges Duby, L’An Mil, 1967, p. 171.

    15 V. Farias montre bien dans son étude la “généalogie” de ces dispositions canoniques, op. cit., p. 83 et n.3 p. 96.

    16 ADPO, FdF, 12J 25, n°89.

    17 V. Farias, op.cit., pp. 68-69. Il s’agit de l’accusatif pluriel, irrégulier, du neutre sacrarium, décliné ainsi pour éviter la confusion avec la forme féminine sacraria, qui est le nom de l’espace où sont regroupés ces sacrarios. La même combinaison de singulier neutre - pluriel masculin est utilisée pour le terme cellarium, acc. pl. cellarios, pour le distinguer de cellaria, le lieu de construction de tous les cellarios. L’emploi, ici très précoce, de cette forme de pluriel tendrait à faire penser que la forme sacraria était peut-être en train de prendre son sens particulier.

    18 .“Alaudem vocitatum nomine Costoja, cum ipsa ecclesia sanctae Mariae que ibidem est,..., cum suo cimiterio et cum ipsas domos quae sunt circa ipsam ecclesiam” P. de Marca, Marca hispanica..., (notée infra MH), n°138 et 139.

    19 ADPO, FdF, 12J 25, n°95.

    20 ADPO, série 3E1/2, notaire inconnu, “unam domum... quod est intus cellariam castri de Montesquivo”.

    21 Cette transformation, à laquelle on n’hésitera pas à donner le nom de mutation féodale, est bien connu depuis la thèse de Pierre Bonnassie, La Catalogne..., op. cit.

    22 Edité par Pelayo Negre Pastell, ”Dos importantes documentos del conde de Ampurias, Poncio I”, Anales del instituto de estudios gerundenses, vol. XIV, 1960, pp. 229-261, qui donne l’origine et les éléments de datation de ce document.

    23 Peut-être même vers 1065-1074 en raison de l’association au pouvoir de son fils Guilabert.

    24 Je suis ici la chronologie proposée par P. Negre, art.cit., et par P. Ponsich, Le Pays Catalan, J. Sagnes dir., Pau, 1983, bien que la longévité de ces comtes pose quelque peu problème.

    25 Pons accuse en particulier Gauzfred et ses hommes d’utiliser le château de Recosind (ou Requessens), dans les Albères, aujourd’hui en Espagne, province de Gérone, commune de La Junquera, comme base de départ pour leurs chevauchées, au cours desquelles on a eu à se plaindre “ de ecclesiis fractis et de sacilegis, et de sacrarias et omicidiis... quod iam dictus Gaucfredus fecit et homines qui de iam dictum castrum exierunt et ad iam dictum castrum reverterunt “ op. cit., p. 252. On conçoit dans un tel contexte que le château n’ait été, au moins dans ces premiers temps, que fort peu attractif pour la population paysanne.

    26 P. Negre, op. cit., p. 255 : “et de avere que tollit a Gaucfredo Dalmaci et ad homines suos in Tresserra ad ipsa sacraria”. Dans le comté d’Ampurias, et dans tout le diocèse de Gérone, les deux termes de sacraria et de cellaria sont employés l’un pour l’autre, sans distinction de sens, cf. V. Farias, op. cit., p. 76 et notes 45 et 46 p. 80.

    27 “Rancurat...de suo alode de Alamans que li-en-para, et de sua mansione qui li-esderrocha ad ecclesia, et de suos arbores que li-talla et de sacrilegi que ille fecit,...”, Alamans, église sainte Colombe, lieu-dit de Palau-del-Vidre, au sud d’Elne, cité dans la convenientia de 1074-1078, entre Guilabert et Pons, B. Alart, Cartulaire_roussillonnais, n° 56, “domenicatura de Alamanis cum ecclesia quae ibi est” se trouvait non loin de l’ancienne via Domitia, près de l’endroit où elle se divise en deux branches de direction sud-ouest et sud-est. Ce domaine, dans la convention citée devait être remis en gage par Pons à Guilabert.

    28 P. Negre, art. cit., p. 255.

    29 idem, p. 256.

    30 La protection particulière dont ils jouissent de la part de Pons est établie par la convenientia de 1074-1078. Leurs droits sur Pollestres étaient établis par une bulle papale de 974, MH, n° 117.

    31 Archives nationales, Recueil des actes du Temple, H n°1365 (grâce à l’amabilité de Laure Verdon), une courette, un pati, est encore situé dans la sellera en 1360, B. Alart, Essai de dictionnaire..., B.M. de Perpignan, MS 116.

    32 Il pourrait s’agir du “ipso Fare”, dans le comté de Peralada, mentionné parmi les biens de Saint-Pierre de Rodes dans la bulle de 974, cf. supra., aujourd’hui en Espagne.

    33 “Rancurat... de Arnallo Tallanti de pacem que fregit ad ipso Fare, de sacraria et de alode sancti Petri, et una paiesa ad cui tollit nasum cum ipsum loge, et de ipsum avere que ibi tulit”, P. Negre, art. cit., p. 256. L’éditeur du texte ajoute que, bien que la lecture nasum soit indubitable, il préfère comprendre mansum, dont le sens s’accorde mieux pour lui avec loge (l’albergue). Je crois que P. Negre, malgré ce que nous enseigne le texte des moeurs seigneuriales de l’époque, recule devant l’évidence, effrayé par une telle barbarie. Pourtant les mutilations ne sont sans doute pas exceptionnelles, puisqu’elles sont mentionnées parmi les interdictions de nuire dans le serment que le fidèle fait par écrit à son seigneur, en Roussillon au XIe siècle, par exemple sennent non daté à Guilabert, ADPO, série B, n°4, “no desebrei te... de tuis membris qui in corpus tuum se tenent...”.

    34 MH, n°304.

    35 Une bulle du pape Serge IV, datée de 1011 en donne la liste, MH, n° 168. Seules deux d’entre elles sont dédiées à saint Martin, celles de Corsavy et de Saint-Martin-de-Fenollar. Celle-ci semble n’avoir jamais eu l’importance de l’église dont il est question ici. La bulle mentionne aussi le lieu de Palalda parmi ceux possédés par l’abbaye, mais sans citer son église Saint-Martin.

    36 Il s’agit de Calm de Rodes et de Perdus, correspondant aux actuels Pla de Rodes et Perduds, voir P. Ponsich, Limits..., op. cit., p. 78.

    37 B. Alart, Cartulaire roussillonnais, p. 93, note 3.

    38 “Recognovit ipse Raymundus toltas quas faciebat de ecclesia sancti Martini cum sacrariis XLIII quae erant in ipso cimiterio”, MH, loc. cit.

    39 P. Bonnassie, La Catalogne..., op. cit., t. 2, p. 590.

    40 On peut noter l’emploi de ce terme ici, de préférence à l’habituel cellarii, qui tient peut-être à l’origine ecclésiastique de ce document.

    41 En 1359, après la grande peste, particulièrement meurtrière dans nos régions, le recensement général du diocèse d’Elne donne pour Corsavy 32 feux, Bofarull, Collection de documents inédits..., T XII, p. 115

    42 “..et donamus in circuitum ipsarum ecclesiarum cimiteria secundum canonicam auctoritatem, in circuitu ecclesiae sancti Stephani cimiterium triginta passuum, et in circuitu ecclesiae sancti Martini cimiterium triginta passuum”, MH, n°142. On remarquera la référence aux canons de l’Eglise.

    43 V. Farias, parmi la riche documentation catalane, n’en relève que cinq plus anciennes, dans les quatre diocèses réunis de Barcelone, Vich, Gérone et Urgell, La sacraria..., op. cit., pp. 22-28.

    44 MH, n° 429.

    45 P. Ponsich, Le pays catalan..., op. cit., t. 2, et Jean-Auguste Brutails, Etude sur la condition des populations rurales du Roussillon au Moyen Age, Paris, 1891, p. 43.

    46 Ces consécrations ont servi de base à l’étude de V. Farias, et ont été éditées par R. Ordeig, Les dotalies de les esglesies de Catalunya, segles IX-XII, Université de Barcelone, 1988. Elles concernent, en sus des deux déjà mentionnées : ste Juste et ste Ruffine de Pratsde-Mollo, st Jean de Perpignan, ste Eulalie de Fuilla, st Vincent et st Jean d’Eus, st Vincent de Mantet, ste Marie du Vilar (de Reynès), st Etienne de Salses, st Saturnin de Vilanova del Munt (Montesquieu), ste Marie d’Espira de l’Agly, ste Marie de Coustouges, ste Cécile de Coç (Le Tech), st Pierre de Riuferrer, st Laurent de Coustouges (Saint-Laurent-de-Cerdans), relevées par V. Farias, auxquelles j’adjoins : ste Marie de Marcevol (Arboussols), ste Marie de Serrabone, et ste Marie d’Arles-sur-Tech, en raison des dons d’espaces consacrés qui sont inclus dans les consécrations ou dotations de ces églises.

    47 Il s’agit de la consécration de l’église de Prats-de-Mollo, en l’honneur des saintes Juste et Ruffïne, en 1245, MH, n°517, on y rappelle celle faite en présence du comte de Besalù Oliba (984-988), où l’église aurait reçu à titre de “cimetière” l’espace l’entourant.

    48 On retrouve cette mesure dans le douzième concile de Tolède, ainsi que dans les dispositions canoniques wisigothiques, auxquelles faisait allusion l’acte de 993, cf. supra, et V. Farias, op. cit., p. 83-84 et note 3 p. 96. Les lois wisigothiques comme carolingiennes usent souvent de la prescription trentenaire (pour l’aprision, le droit d’épaves, etc...) et d’amendes dont la base de calcul est la somme de trente sous.

    49 La superficie ainsi délimitée est un tiers d’hectare, ou trois mille mètres carrés, environ.

    50 A Saint-Vincent et Saint-Jean d’Eus : “et cum ipso suo cimenterio”, B. Alart, Cartulaire roussillonnais, op. cit., n° 45.

    51 A Prats-de-Mollo, en 1245, cf. supra, note 47.

    52 MH, n° 401. On connaît d’autres exemples au sud des Pyrénées, voir V. Farias, op. cit., p. 96, note 1. Le dextre avait une longueur de deux mètres et demi environ, mais on peut penser, avec V. Farias, qu’ici le dextre était pris comme valeur théorique, idée de mesure.

    53 B. Alart, Cartulaire roussillonnais, op. cit., n° 63.

    54 MH, n° 432.

    55 F. Monsalvatje, Noticias historicas, tome 24, ap. XXXIX, pp. 401-403. Sainte Marie du Vilar est probablement l’église du Vilar de Reynès, dit vilar Gennoni dans le document, probablement du nom d’un fondateur peut-être d’époque carolingienne, A. Cazes, Roussillon sacré, op. cit., p. 37.

    56 J. Alturo i Perucho, L’arxiu antic de Santa Anna, t. 2, Barcelone, 1985, pp. 227-229.

    57 MH, n° 378 : “Adveniente tempore consecrationis templi praefati coenobii, ego Berengarius nutu Deipraesul munire iussi eum ab utriquepartibus immunitatis signum”.

    58 V. Farias, op. cit., p. 73-76, insiste sur cette ambiguïté, remarquée avant lui par L. Musset, ”Cimiterium ad refugium tantum vivorum non ad sepulturam mortuorum”, Revue du Moyen Age latin, n° 4, 1948, pp. 55-60, P. Duparc, “Le cimetière, séjour des vivants (XIe-XIIe siècles)”, Bulletin philologique et historique du C.T.H.S., 1967, pp. 483-504, et par Ph. Ariès, L’homme devant la mort, 1977, t. 1, pp. 68-70.

    59 MH, n° 378.

    60 MH, n° 433.

    61 P. Bonnassie, La Catalogne..., op. cit., p. 655.

    62 Ainsi qu’on l’a vu à Brouilla, Coustouges, Montesquieu, cf. supra.

    63 En 1203 un document évoque la “cellariam veterem de Canomalis”, sur la commune de Bompas, B. Alart, Essai de dictionnaire historique..., op. cit., MS 116, fiche “cellera”.

    64 Par exemple le plan d’Estoher, superbe cellera conservée, de quinze pas de rayon, ou ceux de Villeneuve-de-la-Rivière, Baho, et Pia.

    65 On aura reconnu les “villages ecclésiaux” de D. Baudreu et J.-P. Cazes, art. cit., qui soulignent eux-mêmes que ce phénomène de constitution des villages reste minoritaire dans leur secteur d’étude.

    66 —Pour l’Anjou, on se reportera bien entendu à E. Zadora-Rio, “Les cimetières habités en Anjou aux XIe et XIIe siècles” Actes du 105e congrès national des sociétés savantes, Caen, 1980, pp. 319-329.

    67 Processus décrit par P. Bonnassie, “L’ensagrerament : la concentration de l’habitat dans le “cercle de paix” des églises en Catalogne (et dans la France du Midi)”, L’environnement des églises et la topographie religieuse des campagnes médiévales, colloque d’Aix-en-Provence, 1990, à paraître.

    68 M. Durliat, Rousssillon roman, 1986, p. 40 : l’église Saint-Pierre de la Trinité à Belpuig, commune de Prunet-Belpuig, où une cellera est mentionnée en 1282.

    69 Sur la valeur du pas voir V. Farias, op. cit., p. 82 : “id est ad mensuram de homine qui optum passum faciet tenente uno pede in terra extendat ambas cambas cum alio pede quantum passus potuerit...”, dans un acte de consécration de 1029. On peut attribuer à ce pas une longueur légèrement supérieure à un mètre.

    70 Voir les plans de Torreilles ou d’Estoher en annexe.

    71 Voir les plans en annexe.

    72 On trouve ce plan quadrangulaire avec église centrale, ou légèrement décentrée, dans le groupe des villages voisins de Corneilla-de-la-Rivière, Villeneuve-de-la-Rivière et Baho.

    73 Double rangée de maisons à Espira-de-Conflent et Saint-Feliu-d’Amont, maisons ou jardins et appentis sur les fossés, à Baho et Villeneuve-de-la-Rivière.

    74 Autre exemple relevé par V. Farias, op. cit., pp. 86-87 : l’ecclesiola de Santa Maria d’Espasen, Gérone, dont le “cimeterium atque sacrarium” mesure quinze pas.

    75 C’est le cas de l’ecclesia maior de Santa Maria de Castello d’Ampurias, dont le périmètre sacré est fixé à soixante pas dans l’acte de consécration, V. Farias, op. cit., pp. 87-88.

    76 ADPO, matrice cadastrale 1016 W 211-212, voir plan en annexe.

    77 Voir matrice cadastrale. Dans le même village, c’est l’adjonction de deux chapelles collatérales et d’une sacristie à l’église qui nécessite la destruction de deux celliers, au XVIIe siècle, B. Alart, Cartulaire manuscrit, t. K, p. 343, a. 1646. Ceci suffit à prouver que chez nous, contrairement à l’Alsace par exemple, les celliers se pressent contre le mur même de l’église, et non pas seulement contre l’intérieur du mur d’enclos du cimetière. Je pense qu’il faut y voir le signe d’une construction plus inorganisée, spontanée, qui donne leur aspect d’”entassement” à ces celleres roussillonnaises.

    78 ADPO, série B, n° 34, capbreu de Millas, 56 folios, a. 1293.

    79 Mailloles, commune de Perpignan, ADPO, Cartulaire du Mas Deu, fol° 204, a. 1214.

    80 ADPO, série B, n° 63, parchemin original.

    81 ADPO, série B, n° 16, fol° 10 v° et 11 r°.

    82 Millas, cf. supra, Torreilles, ADPO, série B, n° 53, Pollestres, “un pati a la selera”, a. 1360, B. Alart, Essai de dictionnaire..., op. cit., fiche cellera.

    83 Dans le capbreu de Millas, voir supra, on signale dans la cellera, un “patuum quid consuevit esse cellarium”, fol° 8.

    84 Pézilla, v. Cl. Pailhès, Les actes de l’abbaye de Lagrasse 1115-1279, thèse de l’Ecole des Chartes, 1977, n° 249, p. 729 ; Laroque, ADPO, série H, n° 212.

    85 MH, n° 378.

    86 “et omnes habitatores qui modo habitant infra iamdictam sacrariam et deinde habitaverint, per censum sacrariae donnent annuatim unam candelam dineralem praedictae ecclesiae”, ibid.

    87 A Elne, “in villa videlicet in cellaria”, a. 1142, ADPO, FdF, 12 J 25, n°197. Cette expression correspond, mutantis mutandis, à celle relevée par K. Kenelly, “Sobre la sacraria...”, art. cit., pp. 111, 122 et 123 et note 66 : “in villa sive sacraria”. Toulouges, voir supra.

    88 Tautavel, a. 1273, ADPO, série B, n° 16, fol° 13 v° ; Fourques, a. 1108, ADPO, FdF, 12 J 25, n° 22 ; Llupia, a. 1136, ADPO, cartulaire du Mas Deu, fol° 115.

    89 —Torreilles, a. 1228, ADPO série B, n° 9 ; Thuir, a. 1308, ADPO, série B, n° 22, fol° 82, v° ; Millas, loc. cit., il s’agit, comme à Thuir, d’un “château” royal.

    90 ADPO, série B, n° 114, fol° 17.

    91 C’est-à-dire de la forcia, qui succède à la cellera.

    92 Le Boulou, a. 1307, ADPO, série B, n° 21, fol° 70 v° ; Corneilla, a. 1407, notaire Jacques Plani, cité par B. Alart, Notices historiques..., op. cit., t. 1, p. 109.

    93 B. Alart, Cartulaire..., op. cit., n° 51, et ADPO, FdF, 12 J 25, n° 74, a. 1070, “Juxta ecclesiam sancti Juliani, medietas ipsius cellarii in cujus fronte rotat cardo portae sacrarii quod est circa eadem ecclesiam”. Voir plan en annexe.

    94 Le sens de sacrarii ne peut faire aucun doute, malgré le masculin singulier, il désigne bien la totalité de la sagrera, ainsi que cela peut se rencontrer parfois ailleurs, v. note 73. Il s’oppose d’ailleurs ici à cellarii qui désigne le cellier isolé.

    95 Cf. supra note 88.

    96 En 1025, avait été consacrée l’église Saint-Jean, avec un cimetière “pour y ensevelir les morts”, MH, n° 199. Moins d’un siècle plus tard, les alentours de cette église, devenue collégiale, sont entièrement occupés. Le comte Arnaud, pour la construction d’un hôpital des pauvres, ne trouve de terrain libre qu’à l’extérieur, contre le mur de la cellera, “de parte altano, in muro cellariae ubi est sita ecclesia sancti Johanni”, MH, n° 331.

    97 Le Boulou, a. 1364-1365, loc. cit. ; Taxo-d’Avall, a. 1074-1102, F. Miquel Rossell, Liber Feudorum Maior..., t. 2, n° 271 ; Toulouges, a. 1291, ADPO, série B, n° 16, fol° 10 v° et 11 r°, le mot “talliata” (origine probable le catalan “tallar”, couper) pourrait signifier : tranchée ; Perpignan, a. 1152, ADPO, FdF, 12 J 25, n° 251.

    98 Un pâtis et des celliers touchent au “muro veteri”, voir L. Bayrou et G. Castellvi, art. cit., p. 193.

    99 Cl. Pailhès, op. cit., n° 154, p. 475, un cellier, dans la cellaria, affronte “ex alia parte in muro de caus et ex alia in muro de terra versus cellariam”. La fortification de la cellera, appelée forcia, a été refaite en 1207, ibid., n°88, p. 289, “faciatis... muros petre et calxis” commande l’abbé de Lagrasse, seigneur du lieu.

    100 Laroque, a. 1253, B. Alart, Privilèges et titres...., 1878, t. l, pp. 205-206 ; Pézilla, voir supra ; Thuir, ADPO, Archives communales 167, AC 3, a. 1286, on précise à Thuir comme à Laroque que le mur de la cellera doit être restauré à cette occasion.

    101 Le cas de Fourques semble assez curieux : la fortification très régulière, presque parfaitement rectangulaire englobe une “villeneuve” bien structurée, qui laisse à l’écart l’église, distante d’une centaine de mètres vers le sud, et autour de laquelle subsistent des maisons, sans que la morphologie rappelle la cellera qui y a existé. A Saint-Hippolyte, la fortification (de la cellera, semble-t-il) laisse l’église à l’extérieur, en bordure.

    102 A Villeneuve-de-la-Rivière, c’est le quartier autour de l’église qui est ainsi nommé, sans qu’il y ait aucune trace de vrai château.

    103 Sur ce point v. N. Bailbé, Les clochers-tours du Roussillon, Perpignan, 1989. Il convient de rappeler aussi la condamnation de ces “ecclesias incastellatas” par le roi d’Aragon, lors de la promulgation de la paix et trêve de 1173, voir D.-M.-J. Henry, Histoire de Roussillon, t. 1, p. 508.

    104 Fourques, ADPO, FdF, 12 J 24, n° 22, là, comme on l’a vu la cellera était peut-être extérieure au castrum ; Pézilla, Cl. Pailhès, op. cit., n°150, p. 460, le manse jouxte des manses, au bord de la voie qui mène à une porte, alors que le cellier jouxte d’autres celliers.

    105 A Bages, J.-A. Brutails, op. cit., p. 37, remarque que “les propriétaires ont un manse dans le faubourg et un cellarium dans la forcia”. A Laroque-des-Albères, ADPO, série H, n° 212, un document évoque la “cellaria du castrum dans la paroisse de Saint-Félix”.

    106 Le moulin se trouve entre le Tech et les remparts du Boulou, a. 1424, ADPO, série B, n° 227, le “furno domini regis” se trouve, en 1303, juxta barri de Volono”, ADPO, série B, n° 16, fol° 47 r°, une “rue du four” fait face à celle de la cellera de l’autre côté de la placette.

    107 P. Bonnassie, La Catalogne..., op. cit., p. 654.

    108 A la cellera d’Orle, en 1231, voir supra, c’est l’église sainte Marie de Toulouges qui possède un cellier ; dans la cellera de Llupia, en 1136, c’est le prieuré de Sainte-Marie-del-Camp qui possède un “honneur”, ainsi que le monastère de Saint-Pierre-de-Rodes, déjà propriétaire de la cellera de Pollestres, on s’en souvient.

    109 Le roi exige ainsi que l’on porte la récolte à son cellier, dans la cellera de Thuir, ADPO, AC 167, A l,fol°3.

    110 L’abbaye de Lagrasse possède les lieux de Pézilla, Saint-Estève, Corneilla-de-la-Rivière, Toulouges, Prades, Estagel, où existent des celleres attestées par les textes. A Pézilla, on signale une “maison de sainte Marie” dans la cellera, l’église est dédiée à saint Félix, il faut donc sans doute y voir la demeure du prévôt des abbés de Lagrasse, évoqué dans un autre document, et certainement le lieu de perception et de stockage des redevances dues à l’abbaye. Les abbés de Lagrasse possèdent aussi Rivesaltes, Baho et Canohès où des celleres ont fort probablement existé, d’après les plans et des mentions de celliers.

    111 Vuolveradus écrit de son lit, “in domo Sanialata quae tunc erat episcopalis, sub ecclesia, contra castrum”, B. Alart, Cartulaire..., op. cit., n° 44.

    112 Comme cet Arnaud Fabre de Pézilla, dont les enfants se partagent l’héritage consistant en un manse et un cellier, en 1236. Le fils, qui prend le cellier dans la cellaria, doit payer pour cela à sa soeur la moitié des droits dus par elle pour tout le manse, ce qui semble indiquer des valeurs à peu près égales entre ces deux biens, d’ampleur pourtant très disproportionnée. D’ailleurs, si le fils venait à ne pas payer son dû, sa soeur serait en droit, dit le texte, de retenir le cellier et son contenu jusqu’à ce qu’il obtempère. La valeur du cellier, non-obstant ses petites dimensions ou sa construction médiocre, tient à deux éléments intrinsèquement liés : sa localisation dans un espace privilégié et les biens qu’il contient.

    113 Un foriscapium est versé pour la vente d’un cellier dans la cellera de Montesquieu, au seigneur dudit lieu, Bernard de Montesquieu, en 1266, ADPO, 3 E 1/2, de même qu’à Orle, en 1238, où le droit avait été versé à Guillelm de Montesquieu, ADPO, série B, n° 63.

    114 ADPO, série B, n° 272, fol° 11 v°, ils veulent, et obtiennent de pouvoir “...clore lo torn que es devant lo castell ques appella La Sellera per tal manera que sia, a manera de la barrera del dit portai del dit castell.”

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    • Aymat Catafau
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    1 On pense bien sûr, entre autres, aux travaux déjà classiques de J. Chapelot et R. Fossier, Le village et la maison au Moyen Age, 1980, et de M. Bourin-Derruau, Villages médiévaux en Bas-Languedoc : genèse d’une sociabilité, 1987 ; aux synthèses récentes de R. Fossier et de J.-M. Pesez, dans les actes du colloque de 1987, Le roi de France et son royaume autour de l’an Mil, aux travaux de la S.H.M.E.S.P., Villages et villageois au Moyen Age, ainsi qu’aux colloques de Flaran de 1984, Les communautés villageoises..., et de Montpellier, 1993, Morphogénèse du village médiéval, à paraître.

    2 Cette étude, qui n’est qu’une exploration de pistes de recherche, est menée dans le cadre d’une thèse de doctorat dirigée par M. P. Bonnassie à l’Université de Toulouse-Le-Mirail.

    3 Il convient d’évoquer les sagreres catalanes du sud des Pyrénées, étudiées par K. Kenelly, “Sobre la paz de Dios y la sagrera en el condado de Barcelona (1030-1130)”, Annuario de estudios medievales, V, Barcelone, 1969, pp. 107-136, et V. Farias, La sacraria catalana (950-1200), Aspectos y modelo de un espacio social, Université de Barcelone, 1989, 220 p. Mais la même forme de regroupement a existé en terre languedocienne, définie par D. Baudreu et J.-P. Cazes, “Le rôle de l’église dans la formation des villages médiévaux. L’exemple des pays audois.”, Heresis, n°2, Carcassonne, 1990, pp. 139-158. On en trouvera d’autres exemples, en particulier alsaciens, étudiés par B. Metz, “Cellaria in cimiterio : le cimetière-refuge”, L’église, le terroir, monographie du C.R.A. n°1, M. Fixot, E. Zadora-Rio dir., Paris, 1989, pp. 21-50. En Roussillon, la cellera n’a donné lieu à aucune étude spécifique, même si certains auteurs n’ignorent pas son existence, par exemple L. Bayrou et G. Castellvi, “Esquisse d’une étude des vestiges des fortifications urbaines médiévales en Roussillon”, Etudes roussillonnaises offertes à Pierre Ponsich, Perpignan, 1987, pp. 187-222.

    4 Voir carte en annexe. Pour la délimitation du diocèse et une approche du réseau paroissial se reporter à J. de Font-Réaulx, “Structure du diocèse d’Elne au Moyen Age avec présentation d’une carte”, XXXIXe congrès de la FHLMR, Montpellier 1969, p.25-29.

    5 A.Catafau, L’église et le village dans l’ancien diocèse d’Elne, Xe-XIVe siècles, mémoire de D.E.A., Toulouse-Le-Mirail, 1993.

    6 Les documents non édités sont tirés des fonds des Archives Départementales des Pyrénées-Orientales (ADPO), séries B (domaine royal), G et H (archives ecclésiastiques), E (notaires), et du fonds F. de Fossa, copie du XVIIIe siècle de cartulaires disparus depuis (FdF, 12J 24 et 25).

    7 Se reporter à R. d’Abadal i Vinyals, Catalunya carolingia, II, Els diplomes carolingis a Catalunya, Barcelone, 1926-1952, en particulier l’index et les cartes.

    8 Des chercheurs de l’Association Archéologique des P-O ont entrepris ce travail systématique, entre Elne et les Albères, voir le Bulletin de l’AAPO, n° 7, 1993.

    9 C’est ce qui ressort des donations faites par les souverains carolingiens, tant aux abbayes qu’à des fidèles, parfois réfugiés venus du sud des Pyrénées, cf. R. d’Abadal, op.cit., et A. Catafau, “Les Hispani et l’aprision en Roussillon et Vallespir. Indices d’une croissance, fin Ville - début Xe siècles”, Frontières, n°2, Université de Perpignan, 1992, pp.7-20.

    10 L’étude de la mise en place du tissu paroissial est encore à faire, mais on peut retirer cette impression de la consultation de R. d’Abadal, op.citainsi que des relevés toponymiques de P. Ponsich, Limits historics i repertori toponimic..., Terra Nostra, n°37, Prades, 1980, et Albert Cazes, Le Roussillon sacré, Prades, 1977.

    11 On relève à cette époque l’apparition de plusieurs villares, au nom suivi d’un génitif d’homme, fondés assez récemment pour que le nom de l’initiateur s’en soit conservé, voire même change avec le maître suivant. Cf. le villare Donati, le villare Castellani, le villare Gennoni, etc. ; A. Catafau, “Les Hispani...”, art.cit.

    12 Processus étudié par P. Bonnassie, La Catalogne du milieu du Xe à la fin du XIe siècle. Croissance et mutation d’une société, Toulouse, 1975-1976, puis par J.-M. Salrach, El procès de feudalitzacio, segles VIII-XIII, Barcelone, 1987.

    13 Rappelons que ce concile n’est selon toute apparence que le rappel d’une série de décisions adoptées lors d’un synode, légèrement antérieur, cf. P. Bonnassie, La Catalogne..., op. cit., p. 657. Décrets du concile dans E. Magnou-Nortier, La société laïque et l’Eglise dans la province ecclésiastique de Narbonne, 1974, p. 615.

    14 L’évêque de Beauvais établit ainsi le serment de paix qu’il fait prêter aux guerriers de son diocèse : “Je n’envahirai une église en aucune façon. En raison de sa sauveté, je n’envahirai pas non plus les celliers qui sont dans l’enclos d’une église, sauf <pour poursuivre un criminel>... Mais si pour ces motifs j’envahis les dits celliers, je n’en emporterai rien...”, traduction de Georges Duby, L’An Mil, 1967, p. 171.

    15 V. Farias montre bien dans son étude la “généalogie” de ces dispositions canoniques, op. cit., p. 83 et n.3 p. 96.

    16 ADPO, FdF, 12J 25, n°89.

    17 V. Farias, op.cit., pp. 68-69. Il s’agit de l’accusatif pluriel, irrégulier, du neutre sacrarium, décliné ainsi pour éviter la confusion avec la forme féminine sacraria, qui est le nom de l’espace où sont regroupés ces sacrarios. La même combinaison de singulier neutre - pluriel masculin est utilisée pour le terme cellarium, acc. pl. cellarios, pour le distinguer de cellaria, le lieu de construction de tous les cellarios. L’emploi, ici très précoce, de cette forme de pluriel tendrait à faire penser que la forme sacraria était peut-être en train de prendre son sens particulier.

    18 .“Alaudem vocitatum nomine Costoja, cum ipsa ecclesia sanctae Mariae que ibidem est,..., cum suo cimiterio et cum ipsas domos quae sunt circa ipsam ecclesiam” P. de Marca, Marca hispanica..., (notée infra MH), n°138 et 139.

    19 ADPO, FdF, 12J 25, n°95.

    20 ADPO, série 3E1/2, notaire inconnu, “unam domum... quod est intus cellariam castri de Montesquivo”.

    21 Cette transformation, à laquelle on n’hésitera pas à donner le nom de mutation féodale, est bien connu depuis la thèse de Pierre Bonnassie, La Catalogne..., op. cit.

    22 Edité par Pelayo Negre Pastell, ”Dos importantes documentos del conde de Ampurias, Poncio I”, Anales del instituto de estudios gerundenses, vol. XIV, 1960, pp. 229-261, qui donne l’origine et les éléments de datation de ce document.

    23 Peut-être même vers 1065-1074 en raison de l’association au pouvoir de son fils Guilabert.

    24 Je suis ici la chronologie proposée par P. Negre, art.cit., et par P. Ponsich, Le Pays Catalan, J. Sagnes dir., Pau, 1983, bien que la longévité de ces comtes pose quelque peu problème.

    25 Pons accuse en particulier Gauzfred et ses hommes d’utiliser le château de Recosind (ou Requessens), dans les Albères, aujourd’hui en Espagne, province de Gérone, commune de La Junquera, comme base de départ pour leurs chevauchées, au cours desquelles on a eu à se plaindre “ de ecclesiis fractis et de sacilegis, et de sacrarias et omicidiis... quod iam dictus Gaucfredus fecit et homines qui de iam dictum castrum exierunt et ad iam dictum castrum reverterunt “ op. cit., p. 252. On conçoit dans un tel contexte que le château n’ait été, au moins dans ces premiers temps, que fort peu attractif pour la population paysanne.

    26 P. Negre, op. cit., p. 255 : “et de avere que tollit a Gaucfredo Dalmaci et ad homines suos in Tresserra ad ipsa sacraria”. Dans le comté d’Ampurias, et dans tout le diocèse de Gérone, les deux termes de sacraria et de cellaria sont employés l’un pour l’autre, sans distinction de sens, cf. V. Farias, op. cit., p. 76 et notes 45 et 46 p. 80.

    27 “Rancurat...de suo alode de Alamans que li-en-para, et de sua mansione qui li-esderrocha ad ecclesia, et de suos arbores que li-talla et de sacrilegi que ille fecit,...”, Alamans, église sainte Colombe, lieu-dit de Palau-del-Vidre, au sud d’Elne, cité dans la convenientia de 1074-1078, entre Guilabert et Pons, B. Alart, Cartulaire_roussillonnais, n° 56, “domenicatura de Alamanis cum ecclesia quae ibi est” se trouvait non loin de l’ancienne via Domitia, près de l’endroit où elle se divise en deux branches de direction sud-ouest et sud-est. Ce domaine, dans la convention citée devait être remis en gage par Pons à Guilabert.

    28 P. Negre, art. cit., p. 255.

    29 idem, p. 256.

    30 La protection particulière dont ils jouissent de la part de Pons est établie par la convenientia de 1074-1078. Leurs droits sur Pollestres étaient établis par une bulle papale de 974, MH, n° 117.

    31 Archives nationales, Recueil des actes du Temple, H n°1365 (grâce à l’amabilité de Laure Verdon), une courette, un pati, est encore situé dans la sellera en 1360, B. Alart, Essai de dictionnaire..., B.M. de Perpignan, MS 116.

    32 Il pourrait s’agir du “ipso Fare”, dans le comté de Peralada, mentionné parmi les biens de Saint-Pierre de Rodes dans la bulle de 974, cf. supra., aujourd’hui en Espagne.

    33 “Rancurat... de Arnallo Tallanti de pacem que fregit ad ipso Fare, de sacraria et de alode sancti Petri, et una paiesa ad cui tollit nasum cum ipsum loge, et de ipsum avere que ibi tulit”, P. Negre, art. cit., p. 256. L’éditeur du texte ajoute que, bien que la lecture nasum soit indubitable, il préfère comprendre mansum, dont le sens s’accorde mieux pour lui avec loge (l’albergue). Je crois que P. Negre, malgré ce que nous enseigne le texte des moeurs seigneuriales de l’époque, recule devant l’évidence, effrayé par une telle barbarie. Pourtant les mutilations ne sont sans doute pas exceptionnelles, puisqu’elles sont mentionnées parmi les interdictions de nuire dans le serment que le fidèle fait par écrit à son seigneur, en Roussillon au XIe siècle, par exemple sennent non daté à Guilabert, ADPO, série B, n°4, “no desebrei te... de tuis membris qui in corpus tuum se tenent...”.

    34 MH, n°304.

    35 Une bulle du pape Serge IV, datée de 1011 en donne la liste, MH, n° 168. Seules deux d’entre elles sont dédiées à saint Martin, celles de Corsavy et de Saint-Martin-de-Fenollar. Celle-ci semble n’avoir jamais eu l’importance de l’église dont il est question ici. La bulle mentionne aussi le lieu de Palalda parmi ceux possédés par l’abbaye, mais sans citer son église Saint-Martin.

    36 Il s’agit de Calm de Rodes et de Perdus, correspondant aux actuels Pla de Rodes et Perduds, voir P. Ponsich, Limits..., op. cit., p. 78.

    37 B. Alart, Cartulaire roussillonnais, p. 93, note 3.

    38 “Recognovit ipse Raymundus toltas quas faciebat de ecclesia sancti Martini cum sacrariis XLIII quae erant in ipso cimiterio”, MH, loc. cit.

    39 P. Bonnassie, La Catalogne..., op. cit., t. 2, p. 590.

    40 On peut noter l’emploi de ce terme ici, de préférence à l’habituel cellarii, qui tient peut-être à l’origine ecclésiastique de ce document.

    41 En 1359, après la grande peste, particulièrement meurtrière dans nos régions, le recensement général du diocèse d’Elne donne pour Corsavy 32 feux, Bofarull, Collection de documents inédits..., T XII, p. 115

    42 “..et donamus in circuitum ipsarum ecclesiarum cimiteria secundum canonicam auctoritatem, in circuitu ecclesiae sancti Stephani cimiterium triginta passuum, et in circuitu ecclesiae sancti Martini cimiterium triginta passuum”, MH, n°142. On remarquera la référence aux canons de l’Eglise.

    43 V. Farias, parmi la riche documentation catalane, n’en relève que cinq plus anciennes, dans les quatre diocèses réunis de Barcelone, Vich, Gérone et Urgell, La sacraria..., op. cit., pp. 22-28.

    44 MH, n° 429.

    45 P. Ponsich, Le pays catalan..., op. cit., t. 2, et Jean-Auguste Brutails, Etude sur la condition des populations rurales du Roussillon au Moyen Age, Paris, 1891, p. 43.

    46 Ces consécrations ont servi de base à l’étude de V. Farias, et ont été éditées par R. Ordeig, Les dotalies de les esglesies de Catalunya, segles IX-XII, Université de Barcelone, 1988. Elles concernent, en sus des deux déjà mentionnées : ste Juste et ste Ruffine de Pratsde-Mollo, st Jean de Perpignan, ste Eulalie de Fuilla, st Vincent et st Jean d’Eus, st Vincent de Mantet, ste Marie du Vilar (de Reynès), st Etienne de Salses, st Saturnin de Vilanova del Munt (Montesquieu), ste Marie d’Espira de l’Agly, ste Marie de Coustouges, ste Cécile de Coç (Le Tech), st Pierre de Riuferrer, st Laurent de Coustouges (Saint-Laurent-de-Cerdans), relevées par V. Farias, auxquelles j’adjoins : ste Marie de Marcevol (Arboussols), ste Marie de Serrabone, et ste Marie d’Arles-sur-Tech, en raison des dons d’espaces consacrés qui sont inclus dans les consécrations ou dotations de ces églises.

    47 Il s’agit de la consécration de l’église de Prats-de-Mollo, en l’honneur des saintes Juste et Ruffïne, en 1245, MH, n°517, on y rappelle celle faite en présence du comte de Besalù Oliba (984-988), où l’église aurait reçu à titre de “cimetière” l’espace l’entourant.

    48 On retrouve cette mesure dans le douzième concile de Tolède, ainsi que dans les dispositions canoniques wisigothiques, auxquelles faisait allusion l’acte de 993, cf. supra, et V. Farias, op. cit., p. 83-84 et note 3 p. 96. Les lois wisigothiques comme carolingiennes usent souvent de la prescription trentenaire (pour l’aprision, le droit d’épaves, etc...) et d’amendes dont la base de calcul est la somme de trente sous.

    49 La superficie ainsi délimitée est un tiers d’hectare, ou trois mille mètres carrés, environ.

    50 A Saint-Vincent et Saint-Jean d’Eus : “et cum ipso suo cimenterio”, B. Alart, Cartulaire roussillonnais, op. cit., n° 45.

    51 A Prats-de-Mollo, en 1245, cf. supra, note 47.

    52 MH, n° 401. On connaît d’autres exemples au sud des Pyrénées, voir V. Farias, op. cit., p. 96, note 1. Le dextre avait une longueur de deux mètres et demi environ, mais on peut penser, avec V. Farias, qu’ici le dextre était pris comme valeur théorique, idée de mesure.

    53 B. Alart, Cartulaire roussillonnais, op. cit., n° 63.

    54 MH, n° 432.

    55 F. Monsalvatje, Noticias historicas, tome 24, ap. XXXIX, pp. 401-403. Sainte Marie du Vilar est probablement l’église du Vilar de Reynès, dit vilar Gennoni dans le document, probablement du nom d’un fondateur peut-être d’époque carolingienne, A. Cazes, Roussillon sacré, op. cit., p. 37.

    56 J. Alturo i Perucho, L’arxiu antic de Santa Anna, t. 2, Barcelone, 1985, pp. 227-229.

    57 MH, n° 378 : “Adveniente tempore consecrationis templi praefati coenobii, ego Berengarius nutu Deipraesul munire iussi eum ab utriquepartibus immunitatis signum”.

    58 V. Farias, op. cit., p. 73-76, insiste sur cette ambiguïté, remarquée avant lui par L. Musset, ”Cimiterium ad refugium tantum vivorum non ad sepulturam mortuorum”, Revue du Moyen Age latin, n° 4, 1948, pp. 55-60, P. Duparc, “Le cimetière, séjour des vivants (XIe-XIIe siècles)”, Bulletin philologique et historique du C.T.H.S., 1967, pp. 483-504, et par Ph. Ariès, L’homme devant la mort, 1977, t. 1, pp. 68-70.

    59 MH, n° 378.

    60 MH, n° 433.

    61 P. Bonnassie, La Catalogne..., op. cit., p. 655.

    62 Ainsi qu’on l’a vu à Brouilla, Coustouges, Montesquieu, cf. supra.

    63 En 1203 un document évoque la “cellariam veterem de Canomalis”, sur la commune de Bompas, B. Alart, Essai de dictionnaire historique..., op. cit., MS 116, fiche “cellera”.

    64 Par exemple le plan d’Estoher, superbe cellera conservée, de quinze pas de rayon, ou ceux de Villeneuve-de-la-Rivière, Baho, et Pia.

    65 On aura reconnu les “villages ecclésiaux” de D. Baudreu et J.-P. Cazes, art. cit., qui soulignent eux-mêmes que ce phénomène de constitution des villages reste minoritaire dans leur secteur d’étude.

    66 —Pour l’Anjou, on se reportera bien entendu à E. Zadora-Rio, “Les cimetières habités en Anjou aux XIe et XIIe siècles” Actes du 105e congrès national des sociétés savantes, Caen, 1980, pp. 319-329.

    67 Processus décrit par P. Bonnassie, “L’ensagrerament : la concentration de l’habitat dans le “cercle de paix” des églises en Catalogne (et dans la France du Midi)”, L’environnement des églises et la topographie religieuse des campagnes médiévales, colloque d’Aix-en-Provence, 1990, à paraître.

    68 M. Durliat, Rousssillon roman, 1986, p. 40 : l’église Saint-Pierre de la Trinité à Belpuig, commune de Prunet-Belpuig, où une cellera est mentionnée en 1282.

    69 Sur la valeur du pas voir V. Farias, op. cit., p. 82 : “id est ad mensuram de homine qui optum passum faciet tenente uno pede in terra extendat ambas cambas cum alio pede quantum passus potuerit...”, dans un acte de consécration de 1029. On peut attribuer à ce pas une longueur légèrement supérieure à un mètre.

    70 Voir les plans de Torreilles ou d’Estoher en annexe.

    71 Voir les plans en annexe.

    72 On trouve ce plan quadrangulaire avec église centrale, ou légèrement décentrée, dans le groupe des villages voisins de Corneilla-de-la-Rivière, Villeneuve-de-la-Rivière et Baho.

    73 Double rangée de maisons à Espira-de-Conflent et Saint-Feliu-d’Amont, maisons ou jardins et appentis sur les fossés, à Baho et Villeneuve-de-la-Rivière.

    74 Autre exemple relevé par V. Farias, op. cit., pp. 86-87 : l’ecclesiola de Santa Maria d’Espasen, Gérone, dont le “cimeterium atque sacrarium” mesure quinze pas.

    75 C’est le cas de l’ecclesia maior de Santa Maria de Castello d’Ampurias, dont le périmètre sacré est fixé à soixante pas dans l’acte de consécration, V. Farias, op. cit., pp. 87-88.

    76 ADPO, matrice cadastrale 1016 W 211-212, voir plan en annexe.

    77 Voir matrice cadastrale. Dans le même village, c’est l’adjonction de deux chapelles collatérales et d’une sacristie à l’église qui nécessite la destruction de deux celliers, au XVIIe siècle, B. Alart, Cartulaire manuscrit, t. K, p. 343, a. 1646. Ceci suffit à prouver que chez nous, contrairement à l’Alsace par exemple, les celliers se pressent contre le mur même de l’église, et non pas seulement contre l’intérieur du mur d’enclos du cimetière. Je pense qu’il faut y voir le signe d’une construction plus inorganisée, spontanée, qui donne leur aspect d’”entassement” à ces celleres roussillonnaises.

    78 ADPO, série B, n° 34, capbreu de Millas, 56 folios, a. 1293.

    79 Mailloles, commune de Perpignan, ADPO, Cartulaire du Mas Deu, fol° 204, a. 1214.

    80 ADPO, série B, n° 63, parchemin original.

    81 ADPO, série B, n° 16, fol° 10 v° et 11 r°.

    82 Millas, cf. supra, Torreilles, ADPO, série B, n° 53, Pollestres, “un pati a la selera”, a. 1360, B. Alart, Essai de dictionnaire..., op. cit., fiche cellera.

    83 Dans le capbreu de Millas, voir supra, on signale dans la cellera, un “patuum quid consuevit esse cellarium”, fol° 8.

    84 Pézilla, v. Cl. Pailhès, Les actes de l’abbaye de Lagrasse 1115-1279, thèse de l’Ecole des Chartes, 1977, n° 249, p. 729 ; Laroque, ADPO, série H, n° 212.

    85 MH, n° 378.

    86 “et omnes habitatores qui modo habitant infra iamdictam sacrariam et deinde habitaverint, per censum sacrariae donnent annuatim unam candelam dineralem praedictae ecclesiae”, ibid.

    87 A Elne, “in villa videlicet in cellaria”, a. 1142, ADPO, FdF, 12 J 25, n°197. Cette expression correspond, mutantis mutandis, à celle relevée par K. Kenelly, “Sobre la sacraria...”, art. cit., pp. 111, 122 et 123 et note 66 : “in villa sive sacraria”. Toulouges, voir supra.

    88 Tautavel, a. 1273, ADPO, série B, n° 16, fol° 13 v° ; Fourques, a. 1108, ADPO, FdF, 12 J 25, n° 22 ; Llupia, a. 1136, ADPO, cartulaire du Mas Deu, fol° 115.

    89 —Torreilles, a. 1228, ADPO série B, n° 9 ; Thuir, a. 1308, ADPO, série B, n° 22, fol° 82, v° ; Millas, loc. cit., il s’agit, comme à Thuir, d’un “château” royal.

    90 ADPO, série B, n° 114, fol° 17.

    91 C’est-à-dire de la forcia, qui succède à la cellera.

    92 Le Boulou, a. 1307, ADPO, série B, n° 21, fol° 70 v° ; Corneilla, a. 1407, notaire Jacques Plani, cité par B. Alart, Notices historiques..., op. cit., t. 1, p. 109.

    93 B. Alart, Cartulaire..., op. cit., n° 51, et ADPO, FdF, 12 J 25, n° 74, a. 1070, “Juxta ecclesiam sancti Juliani, medietas ipsius cellarii in cujus fronte rotat cardo portae sacrarii quod est circa eadem ecclesiam”. Voir plan en annexe.

    94 Le sens de sacrarii ne peut faire aucun doute, malgré le masculin singulier, il désigne bien la totalité de la sagrera, ainsi que cela peut se rencontrer parfois ailleurs, v. note 73. Il s’oppose d’ailleurs ici à cellarii qui désigne le cellier isolé.

    95 Cf. supra note 88.

    96 En 1025, avait été consacrée l’église Saint-Jean, avec un cimetière “pour y ensevelir les morts”, MH, n° 199. Moins d’un siècle plus tard, les alentours de cette église, devenue collégiale, sont entièrement occupés. Le comte Arnaud, pour la construction d’un hôpital des pauvres, ne trouve de terrain libre qu’à l’extérieur, contre le mur de la cellera, “de parte altano, in muro cellariae ubi est sita ecclesia sancti Johanni”, MH, n° 331.

    97 Le Boulou, a. 1364-1365, loc. cit. ; Taxo-d’Avall, a. 1074-1102, F. Miquel Rossell, Liber Feudorum Maior..., t. 2, n° 271 ; Toulouges, a. 1291, ADPO, série B, n° 16, fol° 10 v° et 11 r°, le mot “talliata” (origine probable le catalan “tallar”, couper) pourrait signifier : tranchée ; Perpignan, a. 1152, ADPO, FdF, 12 J 25, n° 251.

    98 Un pâtis et des celliers touchent au “muro veteri”, voir L. Bayrou et G. Castellvi, art. cit., p. 193.

    99 Cl. Pailhès, op. cit., n° 154, p. 475, un cellier, dans la cellaria, affronte “ex alia parte in muro de caus et ex alia in muro de terra versus cellariam”. La fortification de la cellera, appelée forcia, a été refaite en 1207, ibid., n°88, p. 289, “faciatis... muros petre et calxis” commande l’abbé de Lagrasse, seigneur du lieu.

    100 Laroque, a. 1253, B. Alart, Privilèges et titres...., 1878, t. l, pp. 205-206 ; Pézilla, voir supra ; Thuir, ADPO, Archives communales 167, AC 3, a. 1286, on précise à Thuir comme à Laroque que le mur de la cellera doit être restauré à cette occasion.

    101 Le cas de Fourques semble assez curieux : la fortification très régulière, presque parfaitement rectangulaire englobe une “villeneuve” bien structurée, qui laisse à l’écart l’église, distante d’une centaine de mètres vers le sud, et autour de laquelle subsistent des maisons, sans que la morphologie rappelle la cellera qui y a existé. A Saint-Hippolyte, la fortification (de la cellera, semble-t-il) laisse l’église à l’extérieur, en bordure.

    102 A Villeneuve-de-la-Rivière, c’est le quartier autour de l’église qui est ainsi nommé, sans qu’il y ait aucune trace de vrai château.

    103 Sur ce point v. N. Bailbé, Les clochers-tours du Roussillon, Perpignan, 1989. Il convient de rappeler aussi la condamnation de ces “ecclesias incastellatas” par le roi d’Aragon, lors de la promulgation de la paix et trêve de 1173, voir D.-M.-J. Henry, Histoire de Roussillon, t. 1, p. 508.

    104 Fourques, ADPO, FdF, 12 J 24, n° 22, là, comme on l’a vu la cellera était peut-être extérieure au castrum ; Pézilla, Cl. Pailhès, op. cit., n°150, p. 460, le manse jouxte des manses, au bord de la voie qui mène à une porte, alors que le cellier jouxte d’autres celliers.

    105 A Bages, J.-A. Brutails, op. cit., p. 37, remarque que “les propriétaires ont un manse dans le faubourg et un cellarium dans la forcia”. A Laroque-des-Albères, ADPO, série H, n° 212, un document évoque la “cellaria du castrum dans la paroisse de Saint-Félix”.

    106 Le moulin se trouve entre le Tech et les remparts du Boulou, a. 1424, ADPO, série B, n° 227, le “furno domini regis” se trouve, en 1303, juxta barri de Volono”, ADPO, série B, n° 16, fol° 47 r°, une “rue du four” fait face à celle de la cellera de l’autre côté de la placette.

    107 P. Bonnassie, La Catalogne..., op. cit., p. 654.

    108 A la cellera d’Orle, en 1231, voir supra, c’est l’église sainte Marie de Toulouges qui possède un cellier ; dans la cellera de Llupia, en 1136, c’est le prieuré de Sainte-Marie-del-Camp qui possède un “honneur”, ainsi que le monastère de Saint-Pierre-de-Rodes, déjà propriétaire de la cellera de Pollestres, on s’en souvient.

    109 Le roi exige ainsi que l’on porte la récolte à son cellier, dans la cellera de Thuir, ADPO, AC 167, A l,fol°3.

    110 L’abbaye de Lagrasse possède les lieux de Pézilla, Saint-Estève, Corneilla-de-la-Rivière, Toulouges, Prades, Estagel, où existent des celleres attestées par les textes. A Pézilla, on signale une “maison de sainte Marie” dans la cellera, l’église est dédiée à saint Félix, il faut donc sans doute y voir la demeure du prévôt des abbés de Lagrasse, évoqué dans un autre document, et certainement le lieu de perception et de stockage des redevances dues à l’abbaye. Les abbés de Lagrasse possèdent aussi Rivesaltes, Baho et Canohès où des celleres ont fort probablement existé, d’après les plans et des mentions de celliers.

    111 Vuolveradus écrit de son lit, “in domo Sanialata quae tunc erat episcopalis, sub ecclesia, contra castrum”, B. Alart, Cartulaire..., op. cit., n° 44.

    112 Comme cet Arnaud Fabre de Pézilla, dont les enfants se partagent l’héritage consistant en un manse et un cellier, en 1236. Le fils, qui prend le cellier dans la cellaria, doit payer pour cela à sa soeur la moitié des droits dus par elle pour tout le manse, ce qui semble indiquer des valeurs à peu près égales entre ces deux biens, d’ampleur pourtant très disproportionnée. D’ailleurs, si le fils venait à ne pas payer son dû, sa soeur serait en droit, dit le texte, de retenir le cellier et son contenu jusqu’à ce qu’il obtempère. La valeur du cellier, non-obstant ses petites dimensions ou sa construction médiocre, tient à deux éléments intrinsèquement liés : sa localisation dans un espace privilégié et les biens qu’il contient.

    113 Un foriscapium est versé pour la vente d’un cellier dans la cellera de Montesquieu, au seigneur dudit lieu, Bernard de Montesquieu, en 1266, ADPO, 3 E 1/2, de même qu’à Orle, en 1238, où le droit avait été versé à Guillelm de Montesquieu, ADPO, série B, n° 63.

    114 ADPO, série B, n° 272, fol° 11 v°, ils veulent, et obtiennent de pouvoir “...clore lo torn que es devant lo castell ques appella La Sellera per tal manera que sia, a manera de la barrera del dit portai del dit castell.”

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    Ce livre est cité par

    • Catafau, Aymat. (1998) Les Celleres et la naissance du village en Roussillon. DOI: 10.4000/books.pupvd.1936
    • La privation de sépulture au Moyen Âge : l'exemple de la Province ecclésiastique de Bordeaux (Xe-début du XIVe siècles). DOI: 10.70675/91e1561fz3bb4z49c1zace3zc584823f110f
    • Les monastères et l'espace urbain et périurbain médiéval en Pays d'Aude : Lagrasse, Alet et Caunes. DOI: 10.70675/2ee54d4az4b7bz466bz9265z727bce554525

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    • Catafau, Aymat. (1998) Les Celleres et la naissance du village en Roussillon. DOI: 10.4000/books.pupvd.1936
    • La privation de sépulture au Moyen Âge : l'exemple de la Province ecclésiastique de Bordeaux (Xe-début du XIVe siècles). DOI: 10.70675/91e1561fz3bb4z49c1zace3zc584823f110f
    • Les monastères et l'espace urbain et périurbain médiéval en Pays d'Aude : Lagrasse, Alet et Caunes. DOI: 10.70675/2ee54d4az4b7bz466bz9265z727bce554525
    • Construction et pratique sociale de l'espace fortifié en Velay (XIIIe - XVe siècles).. DOI: 10.70675/027eff43z3164z4542z8aadz7194f6b63d40

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    Catafau, A. (1995). Les celleres du Roussillon. In P. Sénac (éd.), Histoire et archéologie des terres catalanes au Moyen Âge. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.3757
    Catafau, Aymat. « Les celleres du Roussillon ». In Histoire et archéologie des terres catalanes au Moyen Âge, édité par Philippe Sénac. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 1995. doi:10.4000/books.pupvd.3757.
    Catafau, Aymat. « Les celleres du Roussillon ». Histoire et archéologie des terres catalanes au Moyen Âge, édité par Philippe Sénac, Presses universitaires de Perpignan, 1995, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.3757.

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    Sénac, P. (éd.). (1995). Histoire et archéologie des terres catalanes au Moyen Âge. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.3739
    Sénac, Philippe, éd. Histoire et archéologie des terres catalanes au Moyen Âge. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 1995. doi:10.4000/books.pupvd.3739.
    Sénac, Philippe, éditeur. Histoire et archéologie des terres catalanes au Moyen Âge. Presses universitaires de Perpignan, 1995, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.3739.
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