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    Plan détaillé Texte intégral Les Comités d’aide aux intellectuels catalans animés par les félibresLa Fondation Ramon Llull Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Les Français et la guerre d’Espagne

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    L’aide des félibres aux intellectuels catalans

    Pierre Grau

    p. 195-211

    Texte intégral Les Comités d’aide aux intellectuels catalans animés par les félibresLa situation de l’Espagne républicaine en 1938L’appel de Lo Calen et le Comité de MarseilleLes comités de Perpignan et de MontpellierDe l’aide aux intellectuels à l’aide aux réfugiésExtraire des intellectuels catalans des camps de concentrationLa Fondation Ramon LlullLa « Résidència de Montpeller »L’œuvre culturelle de la Fondation Ramon Llull Bibliographie Revues contemporainesEtudes postérieuresSur la guerre civileSur la Retirada en RoussillonSur le mouvement occitan et le FélibrigeSur les relations occitano-catalanesSur les réfugiés catalans Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La présente étude a été réalisée essentiellement à partir du fonds d’archives, pour les intellectuels catalans de l’un des principaux animateurs de l’aide, Pierre Azéma de Montpellier1. Ces documents ont été mis à notre disposition par son fils, Xavier Azéma, que nous remercions ici chaleureusement.

    2Le dossier comporte :

    3– La correspondance reçue par P. Azéma, concernant l’aide aux intellectuels catalans (envois de colis à Barcelone, puis aide aux réfugiés internés dans les camps de concentration) émanant des animateurs des trois comités :

    4Jorgi Reboul, pour le comité marseillais,

    5Caries Grandó, pour le comité roussillonnais,

    6Jean Amade, pour le comité montpelliérain.

    7– Des coupures de journaux montpelliérains et provençaux (appels à souscription et bilans successifs)

    8– Des lettres de réfugiés catalans, concernant notamment la fondation Ramon Llull (1939-1943).

    Les Comités d’aide aux intellectuels catalans animés par les félibres

    9En mars 1938, les occitanistes provençaux lancent un appel auprès de milieux félibréens2 pour recueillir des fonds destinés à procurer une aide alimentaire aux « intellectuels catalans ». Cette initiative n’est pas la première lancée par les Occitans en faveur des Catalans ; elle sera suivie d’autres actions, d’ampleur modeste certes, mais qui témoignent de la fraternité historique des deux peuples.

    La situation de l’Espagne républicaine en 1938

    10En ce début d’année 1938, la situation en Catalogne est très difficile3. Militairement, les républicains sont en difficulté, et les populations civiles connaissent la faim et la misère, notamment dans la grande agglomération industrielle de Barcelone, soumise à des bombardements meurtriers sans objectif militaire.

    11La bataille de Teruel, déclenchée par les républicains le 15 décembre 1937 a été cruelle. Elle a duré plus de deux mois dans la neige et la boue. La défaite des républicains ouvre la voie de l’Aragon et de la Catalogne, et menace les communications entre Valence et Barcelone. Le 28 janvier, les nationalistes, ou plutôt les Italiens de Majorque, font un raid meurtrier sur Barcelone, où 150 personnes sont tuées. Le front de l’Aragon est enfoncé en mars 1938. L’issue de la guerre ne fait plus de doute : le chef du gouvernement républicain, Negrín, court à Paris pour obtenir la réouverture de la frontière française.

    12Le 16 mars, les Italiens bombardent Barcelone : 17 raids font 1300 tués et 2000 blessés parmi la population civile, provoquant la consternation internationale. La chute de Caspe le 17 mars, puis celle de Fraga le 25 ouvrent la Catalogne aux nationalistes. Leur progression isole Barcelone des centrales hydrauliques pyrénéennes qui l’alimentent en électricité.

    13Le 5 avril, Franco décrète l’abolition du statut catalan et interdit officiellement la langue catalane.

    14Les derniers mois de guerre, les populations sous administration républicaine (le « réduit catalan », Madrid, et le plateau sud-est) connaissent des conditions de vie épouvantables. Le gouvernement doit faire venir le ravitaillement de l’étranger, et les arrivages sont aléatoires, à cause du continuel bombardement des bateaux. A Barcelone, où il y a un million de réfugiés, la situation est catastrophique. Les sociétés caritatives internationales, bien que financées par de nombreux gouvernements, n’ont guère les moyens d’agir efficacement.

    L’appel de Lo Calen et le Comité de Marseille

    15C’est dans ces conditions qu’un groupe de félibres provençaux manifeste sa solidarité active envers les hommes de lettres catalans.

    16En mars 1938, à l’initiative de P.-J. Roudin (nom de plume de Pierre Rouquette), animateur de Calen de Marseille4, Jorgi Reboul envoie une lettre personnelle aux écrivains, artistes, patriotes, ayant collaboré à notre livre d’or à Francesc Macià, à nos joyeux compagnons de voyages d’études occitanes 1933-34-35-36, aux amis de la Catalogne. Le but est de recueillir des finances pour envoyer du riz, des pâtes, des haricots, du tabac aux écrivains catalans. Cet appel qui se veut d’une farouche indépendance, est justifié par l’idéal félibréen ; il s’agit de secourir des camarades d’idéal qui continuent leur renaissance culturelle – un Félibrige qui aurait réussi, a-t-on dit – se réclamant en premier lieu de Frédéric Mistral. Il est précisé que les denrées achetées avec votre obole seront adressées à l’Institució de les Lletres Catalanes à Barcelone5.

    17Le 7 avril est créé à Marseille un Comité d’aide aux intellectuels catalans, sous la présidence de P.-J. Roudin, à partir de la réunion des premiers donateurs. Le comité se prononce pour la divulgation de l’appel lancé par Reboul. Un comité d’honneur est formé, pour lequel sont pressentis Pau Casais, le capoulier Marins Jouveau, les écrivains André Chamson, Jean Giono, J.-P. Gras… Le comité s’élargit en sous-comités locaux ou régionaux avec : Loubet, Azéma, Reynier, l’équipe des Cahiers du Sud, Nourat Valentin, le Dr. Max Rouquette, les professeurs Guastalla, Chauvet, Camproux, maître Jean Lesaffre, Reynaud, les jeunes du « Voltaire », Alfons Mias et le groupe Nostra Terra.

    18Au mois suivant, 50 donateurs ont répondu à l’appel et permis de récolter 2000 f. Les sommes recueillies permettaient l’envoi hebdomadaire d’un colis de 10 kg, ou plus selon les possibilités. Le premier colis part le 29 mars. A la suite de cet envoi, Reboul transmet à Barcelone des copies de son Appel, et l’ordre du jour de l’association condamnant les bombardements de Barcelone. Ces copies sont destinées au président de la Generalité et au maire de Barcelone.

    19Le 14 mai, Josep Homs, ancien président du « Centre català » de Marseille qui organise les expéditions a déjà envoyé 9 colis. Le dernier comprend 2,5 kg de café, 2 kg de chocolat, 2 kg de haricots secs, 1 kg de farine, 20 bougies, 2 paquets de tabac. Francesc Trabal, de l’« Institució de les lletres catalanes » réceptionne les colis et les répartit Le 9 mai, il remercie Reboul, et par la même occasion sollicite des revues occitanes pour publier des contes en catalan. En retour les écrivains catalans adressent à Reboul 50 ex. de la Revista de Catalunya, en témoignage de reconnaissance. Reboul les distribue aux principaux artisans de l’aide aux Catalans ; Azéma, qui est aussi directeur de la revue félibréenne de Montpellier Lo Calendau reçoit les n° 83 à 86.

    20Le 18 mai, le conseil de Calen décide de consacrer son bulletin du mois de mai à la divulgation de la souscription. Reboul envoie à Azéma une copie du bulletin avant parution. Ainsi, le n° 16 publie l’Appel, suivi de Proumerio e segoundo tiero de souscricion pèr lou mandadis de viure eis escrivan catalan, et Noueste mandadis n° 9, fa per l’ami J. Homs lou 14 de mai de 1938. Les mêmes textes – Appel, listes des souscripteurs (les 2 citées plus une troisième), décompte de l’envoi n° 9 – seront également reproduits dans la revue Occitania que dirige Camproux (n° 42, oct. 1938) qui publie en outre en première page une Crida de Max Rouquette.

    21Il semble toutefois que l’appel lancé par Reboul ait suscité quelques contestations. En effet, Reboul estime devoir refuser le don d’un majoral (qu’il nomme irrespectueusement Mimilo R.) et préciser : « Ne nous occupant pas de politique dans notre envoi de vivres aux écrivains catalans restés fidèles à leur vraie et seule humaine patrie, et votre souscription formulant des réserves à ce sujet, nous ne pouvons admettre un don offert avec une arrière-pensée »6. Un autre majoral (anonyme) écrit au capoulier pour lui dire qu’il aurait préféré que ce fût le Félibrige qui soit à l’origine de cette initiative : Lei Catalan an besoun d’autrei causa que dei fai où de Reboul ! Es au Félibrige de va li douna ! Ces lignes sont extraites d’une lettre à Azéma (9 juin) signée Reboul qui ajoute : « Em acò s’es degu vouta lou mandadis de balo e canoun en Espagno, à la Santo Estello de Fouis. Enfounça lei faioù de Reboul e la prudèncio de Calendau, revisto de gaucho… mais que toutei n’en fagon autant ».

    22Les documents mis à notre disposition ne nous permettent pas d’établir un bilan définitif de l’aide apportée par les Provençaux aux intellectuels catalans7. Toutefois, une convocation pour la réunion du comité central de secours aux intellectuels catalans, qui se tint chez Reboul le 30 août 1938, apporte quelques compléments : les souscriptions atteignaient à ce jour 3500 f. Des intellectuels catalans (F. Trabal, Pau Vila, Caries Riba,…) ont été reçus dans plusieurs villes (Marseille, Montpellier, Avignon, Allauch…) par Homs, Azéma, Roudin, Bertin, Mouren, Reboul… Le comité prévoit une « conférence populaire du Calen » avec audition de chorale et une action culturelle dès septembre.

    23C’est ce bilan provisoire qui apparaît dans Occitania (déjà cité). Il a permis 40 envois de vivres.

    Les comités de Perpignan et de Montpellier

    24La Maintenance Roussillon-Catalogne du Félibrige, réunie à Perpignan le 8 mai 1938, sous la présidence de son syndic le majoral Carles Grandó, prépare le projet d’un « Comité d’aide aux félibres Catalans ». Celui-ci est soumis au consistoire lors de la Santo-Estello de Foix (4-7 juin) qui l’approuve et vote une première subvention de 1000 f : le consistoire de Félibrige charge le majoral Grandó de créer un comité spécial en vue de secourir dans les mesures du possible nos confrères de la Maintenance de Catalogne8.

    25Le comité est constitué des dirigeants de la Maintenance Roussillon-Catalogne : Grandó, le majoral Jean Amade, le vice-syndic François Francis, le trésorier Gumersind Gomila, Lucie Bartre et Alfons Mias, délégué de Nostra Terra. Le comité est chargé de lancer les appels, recueillir des dons en argent et en nature, publier des listes de dons, envoyer des denrées et secours aux félibres nécessiteux sans distinction de tendance, qu’ils soient de l’autre côté de la frontière ou réfugiés chez nous 9.

    26Fin juin 1938, est créé à Montpellier un Comité languedocien d’aide aux intellectuels catalans. Comme les comités déjà constitués en Provence et en Roussillon, il se propose d’apporter une aide alimentaire :

    Ces intellectuels, ainsi que leur famille semblent condamnés en effet à mourir littéralement de faim si d’ici peu ils ne reçoivent aucun secours. Il fait appel à la générosité du public, à ses sentiments de charité et d’humanité, et bien sûr, en dehors de toute question politique. Il rappelle que les intellectuels catalans sont des amis de la France, dont certains vinrent même, en groupe, apporter à Perpignan, en 1916, en pleine guerre donc, le courageux témoignage de leur sympathie et de leur affection à notre pays.

    27Ils s’adressent à un public plus large que l’appel initial de Reboul qui, lui, touchait essentiellement les milieux félibréens. Si le comité comprend des membres éminents du Félibrige local, les professeurs de l’Université y sont bien représentés. Ceux-ci ont toujours été un élément moteur dans une ville universitaire comme Montpellier.

    28Le comité montpelliérain est présidé par le Roussillonnais Jean Amade, professeur à la Faculté de Lettres et majoral du Félibrige. Les vice-présidents sont Jeanne Yves-Blanc, et Pierre Azéma, adjoint au maire de Montpellier, majoral et syndic de la Maintenance du Languedoc. Le secrétaire est Raymond Donnadieu, avocat à la cour, président d’honneur de l’association des étudiants fédéralistes du Nouveau Languedoc, Jean-Rémy Palanque est trésorier, Louis Vernhes, trésorier-adjoint. Les membres sont Emile Bouvier, maître de conférences à la faculté des lettres, les majoraux Pierre Causse et Jean Fournel, et L.-J. Thomas, professeur honoraire à la Faculté des Lettres.

    29Le Comité diffuse une feuille Pour les intellectuels catalans pour recueillir les versements10.

    De l’aide aux intellectuels à l’aide aux réfugiés

    30En ce début d’année 1939, les événements se précipitent et modifient l’objectif initial des comités.

    31Le 25 janvier, les troupes franquistes entrent à Barcelone ; c’est la chute de la Catalogne. Elle a pour conséquence un afflux considérable de réfugiés en territoire français. Entre le 28 janvier et le 9 février, plus de 450 000 personnes, dont 250 000 soldats passent la frontière, qui sont regroupées dans 11 camps de concentration répartis des Pyrénées-Orientales à la Gironde.

    32Il ne s’agit plus pour les comités d’envoyer des Vivres à Barcelone, mais de secourir les réfugiés.

    33Ainsi, à Montpellier, la feuille d’appel à souscription Pour les intellectuels catalans prend le titre de Comité d’aide aux intellectuels catalans. Deux nouveaux membres entrent au comité : René Courtin, professeur aux Facultés de Droit et le docteur Max Rouquette. Le nouveau texte commence par ces mots :

    Un groupe important d’intellectuels catalans, pour la plupart de Barcelone, réside actuellement à Montpellier où il s’est mis sous la protection de notre comité d’aide (…) Ce sont des malheureux expatriés, privés de ressources ainsi que de moyens de travail, et dont la détresse est vraiment digne d’intérêt (…) Réunis en groupe, et malgré leur situation difficile, ils se proposent de continuer à travailler intellectuellement et de maintenir entre eux, dans l’intimité, comme un foyer d’exil et de haute spiritualité, pour cette culture catalane qui s’est révélée de tous temps sœur de notre culture méridionale.

    34Comme nous l’avons vu, le Félibrige, ses organisations affiliées et ses membres ont répondu largement à l’appel à la solidarité avec les intellectuels catalans. Syndics, majoraux, cabiscols d’Escolo felibrenco font partie des comités directeurs de secours même lorsque l’initiative n’est pas venue d’eux. Lorsque la France reçoit l’afflux des réfugiés d’Espagne, le Félibrige en tant que tel prend l’initiative de coopérer aux secours.

    35Le 9 février, sous la présidence du capoulier du Félibrige, se réunit le Comité de secours aux intellectuels catalans de Marseille. Celui-ci regroupe les membres du Comité provençal lancé par le Calen et le Félibrige, qui mettent en commun leurs efforts :

    36Devant la gravité des événements et la situation émouvante des intellectuels catalans, le comité de secours, qui envoyait depuis un an des vivres ei fraire de la Coupo Santo, s’est réuni hier à Marseille sous la présidence du Capoulier de Félibrige, M. Marias Jouveau. Il a été décidé que dans les villes de Marseille, Toulon, Aix, Avignon, Montpellier, Béziers, Toulouse et Perpignan, les majoraux de Félibrige constitueront un Comité d’accueil provisoire pour héberger au mieux les * Mainteneurs de la civilisation catalane » et leur famille : enfants, femmes, vieillards, poussés en France par la barbarie des temps modernes !… Les souscriptions et offres d’hébergement sont reçues par le Mestre en Gai-Saber du Félibrige Jorgi Reboul (Rouge-Midi, organe du Parti Communiste, 10 février 1939). La situation de concurrence qui aurait pu apparaître entre le Félibrige et le comité du Calen a donc été dépassée devant l’ampleur de la tâche11.

    37Nous avons pu connaître le bilan des sommes recueillies par le comité montpelliérain. Les organisateurs, en effet, transmettent régulièrement à la presse les listes de souscripteurs et le montant des versements.

    38Ainsi, d’après Le Petit Méridional :

    1re liste :

    13 janvier

    710 f

    2e liste :

    27 janvier

    795 f

    3e liste :

    12 février

    1062 f

    4e liste :

    2 mars

    1280 f

    5e liste :

    avril

    2780 f

    3967 personnes et 9 associations ont apporté leur contribution12.

    40Un dernier document – marseillais celui-là – permet de compléter les bilans précédents. D’après ce compte-rendu financier du 10 janvier au 23 février 1939 du Comité de secours aux intellectuels catalans, établi et paraphé par Reboul et envoyé à MM. Amade, Jouveau, Reynier, Camproux, Roudin et Azéma, les ressources s’élèvent alors à 4433,25 f.

    41Ce document pose toutefois un problème. Entre la troisième liste clôturée en octobre 1938 (dans Occitania, déjà cité) et la liste établie pour la période 10 janvier/23 février, il y a une lacune. De plus, les sommes recueillies par le comité montpelliérain sont-elles en partie remises au comité marseillais ? En effet, dans le document que nous citons figure une mention : professeur Jean Palanque et le comité de Montpellier : 500 f.

    42En l’état actuel de notre documentation, il ne semble pas possible d’établir un bilan définitif ?13 Peut-être l’analyse des archives du Calen apporterait-elle des renseignements plus précis ?

    43Les sommes recueillies sont utilisées en frais de voyage, de pension et de viatique des réfugiés. Si ces sommes ne représentent qu’un très modeste secours, il convient de ne pas oublier les aides non comptabilisées. Nous savons en effet que de nombreuses personnes, appartenant ou non à un comité, ont accueilli chez elles des réfugiés et les ont aidés. Dans leurs études (voir bibliogr.) René Jouveau et Claudi Barsotti citent notamment les noms de P. Rouquette (Roudin), J. Reboul et P.-L. Berthaud, Camille Soula (Toulouse) et Louis Alibert (Montréal-d’Aude).

    44Le second aspect de l’activité des comités est celui de l’aide donnée aux réfugiés internés dans les camps et de l’appui apporté à la Fondation Ramon Llull.

    Extraire des intellectuels catalans des camps de concentration

    45Carles Grandó, du comité roussillonnais, se trouve en contact direct avec les problèmes des internés. Il est alors fonctionnaire à la mairie de Perpignan. Dès les premiers jours, il se démène, comme beaucoup de Roussillonnais, pour apporter un peu de réconfort matériel et moral aux prisonniers (colis de nourriture, correspondance, livres…)

    Nous faisons notre possible. Amade, à qui j’ai écrit hier, vous donnera des détails sur les secours que nous avons distribués aux intellectuels et aux félibres les plus nécessiteux ; nous avons de quoi continuer quelques semaines (C. Grandó à P. Azéma, 11 février 1939).

    46La rigidité de l’administration ne simplifie pas les choses. Dans les premiers temps, il est impossible d’extraire quiconque des camps :

    Dès réception de votre télégramme, je viens de me rendre à la préfecture faire énergiquement la démarche demandée. Mais, malgré mon insistance, l’on m’a déclaré (et l’on n’a pu sortir de là) que jusqu’à mardi ou mercredi, il était absolument impossible de faire sortir qui que ce soit du camp d’Argelès et des autres camps annexes, le recensement devant auparavant être fait. fai vu les chefs de service intéressés et le chef de cabinet, mais en vain. J’y reviendrai en temps opportun (C. Grandó. Ibid.)

    47De plus, le regroupement des réfugiés est pratiqué d’une manière brutale. On les rafle dans les rues.

    48Vous ne pouvez réaliser de là-bas (Montpellier) l’ampleur de cette catastrophique invasion-là. L’on ramasse tous ceux qui n’ont par leurs papiers en règle, et tous les hommes de moins de 55 ans, et on les expédie, les hommes au camp, les femmes et les enfants dans des centres d’accueil. (…) L’on m’a assuré toutefois qu’il y avait une infirmerie hôpital au camp même et que les malades qui ne pourraient y être gardés seraient évacués sur d’autres hôpitaux s’il y avait lieu. (Grandó, ibid.) Il est presque impossible de pénétrer dans un camp, d’approcher un interné : J’ai pu faire passer, après bien des difficultés, quelques provisions. Vous ne sauriez croire combien il est malaisé d’obtenir un résultat quelconque, même de voir quelqu’un au camp de Saint-Cyprien. Il y a des hauts-parleurs pour appeler les internés ; mais la plupart n’entendent pas (Grandó, lettre à P. Azéma, 28 février). Dans cette même lettre Grandó explique que seuls les marchands ambulants peuvent se glisser dans les camps. C’est par leur intermédiaire que s’échangent les correspondances.

    49Les démarches que Grandó a effectuées depuis le début de février en faveur de certains prisonniers, et notamment Manuel Alcàntara i Gusart ont été en pure perte.

    50Le 14, Grandó téléphone et écrit à Azéma les dernières instructions officielles, publiées le matin même :

    51Il est interdit d’héberger dans les Pyrénées-Orientales, sous aucun prétexte, un réfugié. Inutile de demander dans ce département. Mais les personnes qui désirent réclamer et héberger des internés des camps de concentration, pourront obtenir satisfaction à la condition qu’elles aient leur domicile et les hébergent dans d’autres départements que les Pyrénées-Orientales. De Montpellier ou de tout autre département on peut donc solliciter la sortie du camp de concentration, de tel ou tel interné que l’on s’engage à héberger et dont on se porte garant (Grandó, lettre à Azéma, 14 février).

    52Grandó demande donc à Azéma d’agir pour obtenir la libération de trois Catalans : M. Alcàntara, J. Nicolau et J. Merlí, tous félibres, amis de la France14. Il lui précise les formalités à remplir :

    53Demande sur timbre à 6 francs, à établir au nom de Mr le Préfet des Pyr.– Or. ; sollicitant l’autorisation de faire sortir du camp de concentration de… monsieur (nom, prénoms, qualité, âge si possible, etc., toutes indications d’état-civil, de services rendus à la France, etc., favorables à l’intéressé, précisant que l’on se porte garant et que l’on s’engage à l’héberger à…, département… Une demande doit être établie pour chaque personne. Cette demande, datée et signée, doit être légalisée par le maire du domicile et revêtue ensuite de l’avis favorable du préfet. La demande doit ensuite être présentée à la préfecture des Pyr.-Or. (service d’hébergement des internés) qui la revêt de la formule d’autorisation et la restitue. Muni de cette autorisation, il faut alors se présenter au camp. Un service spécial appelle l’interné réclamé et le livre à la personne qui est autorisée à l’héberger. Il n’est pas très facile d’approcher du camp. Toute -visite est interdite. Seules les personnes munies des autorisations de retrait ci-dessus peuvent s’y rendre (Ibid).

    54Deux jours plus tard, Grandó peut annoncer une bonne nouvelle à Azéma : …Manuel Alcàntara a été autorisé à sortir du camp, à titre absolument exceptionnel, mais il doit quitter aussitôt les Pyr.-Or. Alcàntara arrive le 18 à Montpellier, où il est accueilli et hébergé par Azéma. Il jouera ensuite un rôle éminent dans l’organisation des réfugiés catalans à Montpellier.

    55Interné au camp d’Argelès, Joaquim Nicolau a moins de chance. Caries Grandó et son frère René passent plusieurs heures à l’entrée du camp pour apporter quelques provisions et un peu de réconfort à un homme malade et désespéré, mais vainement Il n’a pas entendu l’appel de son nom dans le tumulte (Grandó, lettre à Azéma, 28 février).

    56La même correspondance nous apprend qu’un groupe d’intellectuels anglais est venu prendre un certain nombre d’intellectuels catalans, parmi lesquels Domènec Perramon, félibre, lauréat du Genêt d’or.

    57Les archives d’Azéma ne donnent pas d’autres précisions sur les démarches entreprises par Grandó, mais il est hors de doute que le cas d’Alcàntara n’est pas unique.

    58Pierre Azéma est aussi sollicité directement par des réfugiés internés. Ainsi Ramon Ràfols-Camí, du camp d’Agde15, s’adresse à Azéma dont l’adresse lui a été donnée par Josep Carbonell16, qui réside à Montréal (Aude) chez le pharmacien et philologue Louis Alibert, depuis 1936.

    59Ràfols-Camí a quitté Barcelone le 24 janvier. Il était organisateur de la Cooperativa central de Compres (Coopérative de consommation). Occitaniste, souscripteur à la S.E.O. (Societat d’Estudis Occitans) 16, il a fait la connaissance d’Ismaël Girard à Toulouse en 1931. Réfugié en France depuis le 7 ou le 8 janvier 1939, après trois mois passés au camp de Saint-Cyprien, il est maintenant au camp d’Agde. Sa situation est moins critique que celle des autres internés car il reçoit une allocation mensuelle de 850 f, versée par l’Alliance coopérative internationale de Londres. Grâce à Azéma et à l’intervention de Louis Amade (fils du professeur Jean Amade), qui occupe alors un poste de responsabilité à la préfecture de l’Hérault, Ràfols-Camí sort du camp d’Agde (après le 10 septembre). En 1940, il réside toujours à Montpellier d’où il écrit à Azéma, dans l’espoir que celui-ci pourra l’aider à créer une société coopérative de consommation, dans laquelle il pourrait mettre à profit ses compétences et trouver un emploi plus stable.

    La Fondation Ramon Llull

    60Sous le patronage de la préfecture et de la mairie de Montpellier, grâce notamment à Azéma17 et L. Amade, le Comité d’aide aux intellectuels catalans reçoit l’autorisation de s’occuper de l’hébergement d’une centaine de réfugiés. Du côté des Catalans, l’organisation de la Résidència de Montpeller est l’œuvre de la Fondation Ramon Llull et de son délégué dans cette ville, Manuel Alcàntara i Gusart.

    La « Résidència de Montpeller »

    61Les premières aides qu’ont reçues les intellectuels réfugiés émanent du gouvernement de la Generalitat de Catalunya replié à Montpellier. La première solution envisagée avait été qu’un comité d’aide ou un organisme similaire se substitue à la Generalitat pour louer un hôtel ou plusieurs grands locaux et pour mettre en place un service de restauration destiné aux réfugiés. Cette solution présentant quelques difficultés, Manuel Alcàntara en propose une seconde en prenant pour base l’expérience acquise à Toulouse18.

    62Les intellectuels catalans chercheraient à se loger par petits groupes ou par familles dans des appartements ou chambres disponibles à Montpellier ou ses faubourgs. Après contrôle des personnes et des prix la Generalitat ou l’organisme qui lui succède payerait ces logements.

    63Pour la nourriture, deux solutions sont envisageables : soit céder aux intellectuels un local pour faire eux-mêmes leur service de restaurant en leur fournissant le combustible et les vivres obtenus avec le montant des subsides, dons, aides,… soit faire un contrat avec un ou plus d’un restaurant de la ville pour assurer le service (2 repas par jour). Dans la pratique, des tickets par personnes et par repas, à prix fixe, seraient institués. Périodiquement le comité réglerait les liquidations avec les restaurateurs, moyennant les subsides obtenus de l’administration française, les produits des dons en argent et en espèces et les autres aides obtenues. Le comité servirait de relais entre les intellectuels et universitaires catalans et l’administration française.

    64Le témoignage d’un de ces « résidents » de Montpellier, nous apporte quelques précisions sur le fonctionnement de la Residència. Manuel Alcàntara avait pour tâche de trouver des appartements ou des maisons pour loger les familles des exilés catalans. Lits, matelas, tables et chaises étaient fournis à chacun, qui recevait en outre un petit subside de 10 f par jour, ce qui permettait de se nourrir à un restaurant économique situé rue de la Loge. Certaines familles préparaient leurs repas elles-mêmes. Alcàntara, qui avait d’abord son bureau dans une maison modeste de la rue des Esquilles, trouva plus tard deux étages dans une vieille demeure de la rue du Petit-Saint-Jean, qui devint le siège social de la Residència. Au premier étage on improvisa des salles de réunion, une salle de consultation médicale gratuite, une bibliothèque, un atelier de tailleur, de cordonnier, un salon de coiffure, le tout tenu par et pour les résidents. Ce centre fut le lieu de conférences et d’expositions. Le second étage servait de dortoir provisoire pour les célibataires19.

    65Selon Joan Sauret (L’exili politic català, Barcelone, Aymà, 1979), plus de 800 personnes auraient été ainsi accueillies à Montpellier, au lieu des 100 prévues par Alcàntara. Le nombre des personnes secourues ayant progressivement augmenté grâce au prestige qu’Alcàntara sut gagner auprès des services préfectoraux et de la sympathie dont il jouissait auprès du comité français 20(Ibid. p. 43).

    66Montpellier était devenu en quelque sorte, au printemps et à l’été 1939, la capitale de l’intelligence et de la politique catalane : Pompeu Fabra, Rovira i Virgilli, Carles Riba, F. Pujols, A. Deulofeu, A. Bladé i Desumvila, Josep Maria Corredor, Heribert Barrera,… résidèrent alors à Montpellier – pour ne citer que quelques noms.

    67Les groupes résidents à Montpellier organisent des liens de solidarité. Ils recueillent et rassemblent leurs amis dispersés à travers la France. Les nouveaux venus sont reçus par leurs familles intellectuelles ou idéologiques avec une joie évidente. Une vie culturelle s’organise (cours, expositions,…). Selon leurs dires, les réfugiés sont cordialement adoptés par la population montpelliéraine. Et quelle n’est pas la surprise de ces exilés nostalgiques d’entendre les Gitans du plan Cabanes parler catalan (J. Sauret, op. cit., passim) !

    L’œuvre culturelle de la Fondation Ramon Llull

    68Alors que le pouvoir franquiste s’applique à bannir toute catalanité en territoire conquis, les intellectuels catalans cherchent à poursuivre leur action culturelle en exil. En France, la Fondation Ramon Llull est l’expression la plus éminente de cette volonté.

    69Dès avant la mi-février, des contacts sont pris entre C. Milea, Carles Pi i Sunyer (le dernier conseller de cultura de la Generalitat) et Antoni M. Sbert (le dernier conseller de governació). Ces derniers citent dans leurs conversations le nom de Pierre Azéma : el vostre nom ha sortit entre els dels mes leials i assabentats amics de Catalunya (Milea, lettre à Azéma, 15 février) Azéma rencontre Milea et Pi i Sunyer à Paris, dans les semaines qui suivent, reçoit à Montpellier la visite de Sbert, pour étudier les possibilités d’un groupement

    70En mars, Lluis Nicolau d’Olwer, Carles Pi i Sunyer et Antoni M. Sbert sont chargés de mener à bien la constitution de la Fundació Ramon Llull. La fondation a été réalisée grâce à la convergence de la volonté et de l’aide de nombreuses personnalités catalanes, mais aussi françaises : en premier lieu le président de la Generalitat Lluis Companys, des universitaires réunis autour de Pompeu Fabra, des artistes représentés par Pau Casais, des hommes de lettres et des hommes politiques républicains catalanistes qui collaborèrent jusqu’aux derniers moments avec la Generalitat. La fondation est donc l’émanation de l’intelligentsia patriote et du gouvernement autonome légal en exil. La présidence est dévolue au linguiste Pompeu Fabra, l’un des universitaires les plus prestigieux de Catalogne, et le symbole de la renaissance culturelle catalane. Pablo Picasso accepta la présidence de la section arts plastiques.

    71La fondation s’installe au 8, rue Miromesnil à Paris et peut compter dès le départ sur la collaboration de personnalités françaises de renom : Henri Focillon, Jean Amade, Camille Soula (professeur de l’université de Toulouse), H. Lautier, François Mauriac et Georges Duhamel.

    72La Fondation Ramon Llull s’emploie dès que possible à ranimer la Revista de Catalunya, cette revue de prestige que la Generalitat avait réussi à publier jusqu’à décembre 1938 (le n° de janvier 1939, déjà prêt ne put paraître) et dont l’histoire mouvementée symbolise à elle seule, tout au long de ce siècle, le destin de la Catalogne21. Elle reparaît donc pour la « IVe époque », de décembre 1939 à avril 1940. Cette publication entre dans le programme de maintien mais aussi de vulgarisation de la culture catalane que s’est donné la Fondation.

    73La fondation promet également l’édition de livres en catalan ou de thématique catalane en langue étrangère, les expositions d’œuvres artistiques, l’aide à l’intégration des étudiants catalans par l’attribution de bourses…

    74L’autre aspect de son activité est de secourir les réfugiés. La fondation met en place un réseau de délégués qui s’occupent de la situation des internés, et assurent les contacts avec les divers comités français d’aide. Ce sont ces réseaux de solidarité, sous l’égide de la fondation, qui permettent le fonctionnement des residències de Toulouse et de Montpellier22. Alcàntara, nous l’avons vu, était responsable de celle de Montpellier ; à son départ pour le Mexique en août 1941, il fut remplacé par Miquel Guinart L’action sociale de la Residència de Montpellier dut cesser le 1er janvier 1943.

    75Au niveau central, l’une des chevilles ouvrières de la Fondation Ramon Llull est Pierre-Louis Berthaud. Il en assure à Paris l’administration, ainsi que la direction de la Revista de Catalunya. Berthaud met sur pied notamment une « Société des amis de la Fondation Ramon Llull » dont l’objectif est de créer autour de cette fondation culturelle un mouvement de sympathie parmi les intellectuels français. Pour ce faire, il s’adresse en particulier aux amis agissants du mouvement culturel occitan, et à ce titre envoie à Pierre Azéma les projets de statuts de la nouvelle société. (Berthaud, lettre à Azéma à en-tête de la fondation, 25 octobre 1939).

    76Les archives d’Azéma gardent la trace d’une de ces manifestations culturelles de l’exil catalan. Il s’agit d’une exposition d’œuvres d’étudiants catalans qui eut lieu au Musée du travail, Place de la Comédie à Montpellier, en juillet 1939. Le vernissage eut lieu le 8, sous la présidence de Jean Amade. Parmi les assistants on notait : Madame Jeanne Yves-Blanc, P. Azéma, Camille Descossy, Roussillonnais, directeur de l’école municipale des Beaux-Arts de Montpellier. Parmi les réfugiés : la propre fille de Lluis Companys, l’historien Rovira i Virgilí ; pour les Catalans du nord, Joseph Rous, député de Prades et Maillet, président des étudiants catalans de l’Alzina. Cette exposition fut la première manifestation publique de l’activité culturelle catalane en exil. La presse s’en fit l’écho.

    77Parallèlement à l’action de la Fondation Ramon Llull, intellectuels occitans et catalans réfugiés travaillèrent au développement de l’organisation culturelle du mouvement occitan. Ismaël Girard et le réfugié Josep Carbonell poursuivent l’œuvre entreprise ensemble dans des années plus fastes – dès 1926 – avec la revue Oc, et se préoccupent d’assegurar lo succès de la societat d’Estudis Occitans23.

    78Lors de la Santo-Estello de Carpentras, le 21 mai 1939, le Félibrige adresse une cordiale salutation aux Catalans exilés. Ceux-ci, réunis autour d’Alcàntara à Montpellier, chargent l’historien Antoni Rovira i Virgili de rédiger une lettre au capoulier, en témoignage de reconnaissance :

    79Els qui han vingut, en aquestes hores adverses, a cercar un refugi provisori en altres terres, no oblidarem mai, per anys que visquem, l’acolliment que hem trobat a Occitània, terra germana (…) Us regraciem així mateix l’ajut preuadíssim, cabdal, de la vostra simpatia comprensiva davant la tragèdia catalana (…) Entre vosaltres i nosaltres, germans d’Occitània, hi ha els múltiples llaços del terrer, de la sang, de la parla, de l’ideal… (in : Bladé i Desumvila, op. cit)

    80Bon nombre de réfugiés quittèrent la France pour l’Amérique Latine, notamment le Mexique24.

    81L’année suivante, la Santo-Estello, réunie à Montpellier (12 mai 1940), cité jadis unie à la Catalogne et résidence d’exil de nombreux Catalans, est marquée par le sceau de la guerre. C’est l’occasion pour les Catalans exilés de manifester à nouveau « el nostre amor per l’Occitania i per tota la França », de rappeler que « nostra causa nacional, en quant és una causa de llibertat humana i de civilització espiritual, està unida a la causa dels pobles aliats », et de formuler leurs vœux pour la Santo-Estello de la pau victoriosa, victoriosa, no sols de l’enemic, ans encara de la guerra mateixa25.

    82Dans les épreuves, les cœurs des Catalans et des Occitans battent à l’unisson.

    Cette étude réalisée à partir d’une seule source, ne saurait être considérée comme définitive. Sa seule ambition est d’être une pièce à verser au dossier des relations catalano-occitanes, dont l’histoire contemporaine reste à faire, à la suite du travail précurseur de Claudi Barsotti. Notre étude se poursuivra par l’examen d’autres fonds documentaires connus (Fonds Grandó à Perpignan, Azéma au CIDO de Béziers, Archives du Calen à Marseille, de la Biblioteca occitana à Toulouse, des fonds Barcelonais).

    Bibliographie

    Revues contemporaines

    Occitania, Oc, Calendau, Lou Felibrige, Terra nostra.

    Etudes postérieures

    Sur la guerre civile

    – Thomas, Hugh, La Guerre d’Espagne, Paris, 1961, 697 p.

    Sur la Retirada en Roussillon

    – Grando, R. Quéralt, J. Febrès, X., Vous avez la mémoire courte, Marcevol, éd du Chiendent, 1981, 259 p.

    Sur le mouvement occitan et le Félibrige

    – Estève, M.R., Saqué, J.-P., Carles Grandó, artesà de la Renaixensa rossellonesa, mémoire de Maîtrise, Montpellier-Perpignan, 1977.

    – Jouveau, René, Histoire du Felibrige, Nîmes, 1977, t. 2, 401 p.

    – Martel, Philippe, « Félibres et Félibrige, 1876-1947, radioscopie d’une organisation », Cahier de recherche de l’université de Paris VIII-Vincennes. Dépt. des langues et cultures opprimées et minorisées, 1 avril 1984, 54 p.

    Sur les relations occitano-catalanes

    – Barsotti, Claudi « Les relacions catalano-occitanes 1931-1939 » Nous Horitzons (Mexico), 1970-1971, n° 21 sqq.

    Sur les réfugiés catalans

    – Sauret, Joan, L’exili polític català, Barcelone, 1979, 304 p.

    – Bladé i Desumvila, Artur, Ravira i Virgili i el seu temps, Barcelona, Fundació Vives i Casajuana, 1984.

    – idem, El meu Ravira i Virgili, Barcelona, Teide, 1981.

    Notes de bas de page

    1 La personnalité de Pierre Azéma (1891-1967) est remarquable à plus d’un titre. Félibre dès 1909, majoral, puis syndic de la maintenance de Languedoc, il est l’une des personnalités dirigeantes du Félibrige. Gravement blessé en 1915, il devient secrétaire aux Anciens Combattants blessés de guerre à Montpellier, où il anime la revue Lou Galo. Secrétaire général de l’Escolo dau Parage de Montpellier, il fonde en 1933 et dirige la revue Calendau, de tendance fédéraliste, dans laquelle il affirme ses volontés novatrices et ses critiques vis-à-vis du Félibrige provençal. Philo-catalan, opposé à la création d’un « parti félibre », il ne cache pas ses sympathies envers les étudiants fédéralistes du Nouveau Languedoc (1928- 1939), des « occitanistes » du Calen de Marseille et d’Occitania, la revue de Charles Camproux, creuset de jeune mouvement d’Oc. On parla de lui plusieurs fois pour accéder à la plus haute fonction (capoulier) du mouvement félibre, notamment en 1933. Catholique, militant actif du Sillon dans sa jeunesse, il adhère ensuite à la « Jeune République », et à ce titre est élu adjoint au maire de Montpellier, en 1935, sur une liste de Front populaire. Il fut un polémiste vigoureux et un tribun à la verve redoutable. A la Libération, il ne rejoint pas le M.R.P., milite plus tard à l’Union de la Gauche Socialiste (U.G.S.). Il fut l’un des premiers félibres à adhérer à l’Institut d’Estudis Occitans lors de sa fondation en 1945, et sera porté à sa présidence en 1954.

    2 Le Félibrige est une association littéraire créée par le poète provençal Frédéric Mistral, en 1854. Les félibres sont regroupés en maintenances, correspondant aux grandes régions dialectales. Le Félibrige considérant la langue catalane comme un dialecte de la langue d’oc, une maintenance catalane est créée en 1876. Elle n’eut guère de succès et disparut en 1893. Il faut attendre 1930 pour voir, grâce aux efforts conjugués de C. Grandó et de P. Azéma, reconstituée une maintenance de Roussillon-Catalogne. Elle compte à sa création 129 félibres catalans du nord et du sud, dont la majorité appartiennent déjà à l’Académie roussillonnaise des Jeux floraux de la Ginesta d’Or. Elle n’en compte plus que 28 en 1939. Mais il n’est pas sûr que ces chiffres soient significatifs pour notre propos, car le Félibrige n’est qu’une des formes que revêt la fraternité intellectuelle catalano-roussillonnaise, ou occitano-catalane, même si cette forme, par la respectabilité et l’audience dont elle jouit en France est, dans la période qui nous occupe, la plus revendiquée. Les liens entre Catalans, Roussillonnais et Occitans surtout Languedociens, sont souvent personnels et plus anciens que les associations qui les rassemblent

    3 Cf. Thomas, H. La guerre d’Espagne, Paris, 1961, passim.

    4 Le fait que les militants occitanistes du Calen soient à l’origine d’une telle initiative n’est pas le fait du hasard. Lo Calen a toujours clairement affirmé des positions philocatalanes, mieux la fraternité occitano-catalane, et une grande sensibilité aux événements qui se déroulent en Catalogne. Lou Calen, Fougau deu franc marsihés, puis (1935) Fougau Felibren d’acion socialo a été fondé par Jorgi Reboul. Le groupe s’affirme fidèle au message de Mistral, mais critique l’immobilisme des groupes félibréens traditionnels. Il se veut l’héritier de la tradition provençale fédéraliste et populaire, et défend le pan-occitanisme. De sensibilité de gauche, lo Calen oriente ses activités vers la jeunesse : réunions littéraires populaires, conférences, théâtre, excursions, bibliothèque, musée, bulletin, manifestations publiques de propagande…
    En 1936, les 14 et 17 avril, Lo Calen et le Centre català de Marseille organisent un voyage d’étude en Catalogne, dans le cadre du centenaire de la Renaixença catalana : 300 participants occitans, dont la moitié forme la délégation provençale, avec le maire de Marseille, sont officiellement reçus par les organisateurs et par le président de la Generalitat, F. Macià, auquel ils offrent un « livre d’or », témoignage de la fraternité occitano-catalane.
    A la suite de ce premier contact avec la Catalogne autonome, Lo Calen organise un « voyage d’études provençales » annuel à Barcelone.
    Les membres les plus actifs du Calen participèrent à la fondation du mensuel fédéraliste et pan-occitaniste Occitania, animé par Ch. Champroux, qui regroupe les jeunes énergies occitanistes et catalanistes. Le Group marsihés d’Occitania est présidé par Paul Ricard, futur roi du pastis, et Jorgi Reboul.
    En janvier 1935, le Group édite un tract de 4 pages qui dénonce la répression espagnole contre la culture catalane, et plus précisément le procès intenté au comité de patronage de l’Université de Barcelone et l’arrestation de ses dirigeants P. Fabra, P. Bosch Gimpera, les docteurs A. Trias et J. Xirau, et le secrétaire de l’association patriotique de jeunesse Palestra, J.M. Batista i Roca.
    En 1936, le Group marsihés d’Occitania fonde le Parti provençal qui adhère localement aux comités électoraux de Front populaire. Pour une affiche non-réglementaire, Ricard et Reboul seront inculpés. Les journaux barcelonais font état de ce procès. A cette époque, la rupture est consommée entre les Marseillais et le Félibrige.
    Au mois d’octobre 1936, lou Calen et d’autres associations occitanes commencent une campagne de collecte de livres en occitan, en catalan et en français destinés aux hôpitaux de Barcelone (cf. C. Barsotti).

    5 L’institució de les lletres catalanes. Entité créée en septembre 1937 à Barcelone, pour regrouper et dynamiser les initiatives des intellectuels catalans fidèles au gouvernement autonome de la Generalitat en dépit des difficultés dues à la guerre. Elle prend plus ou moins la suite de groupes syndicaux UGT et CNT d’écrivains catalans. Ses objectifs sont la création de bibliothèques (notamment de « bibliothèques du front »), les publications littéraires, l’édition d’instruments d’érudition, les relations culturelles avec l’étranger. L’institució est présidée par l’auteur dramatique et journaliste Josep Pous i Pagès. Carles Riba est vice-président, Francesc Trabal secrétaire. Elle patronne les six prix littéraires créés par la Generalitat et publie de nombreuses œuvres. Elle reprend – sous la direction de son créateur A. Rovira i Virgili, de l’historien Ferran Soldevila et du philosophe Jaume Serra-Hunter – la publication de la Revista de Catalunya (3e époque) depuis janvier jusqu’à décembre 1938.
    Les activités de l’institució sont financées par une subvention de la Generalitat
    En 1938, les Nouvelles littéraires publient un long entretien avec Pous i Pagès (19 novembre).

    6 Notons cependant que le majoral en question enverra par la suite plusieurs mandats. Il s’agit peut-être d’Emile Ripert.

    7 Les 75 donateurs des 3 premières listes sont essentiellement des Provençaux et des membres du Félibrige, puisque l’appel a été lancé à l’origine par les collaborateurs du livre d’or offert au président Macià lors des fêtes de 1933 et les participants aux 4 voyages à Barcelone organisés par lo Calen.
    Le capoulier, le bayle, 10 majoraux et de nombreux félibres ont apporté leur contribution, de même que les associations suivantes : Mantenenço de Langado, Escolo de la Lauseto (Montpellier), Escolo dau Parage (Montpellier), Escolo de la Targo (Toulon) Escolo Peyrottas (Clermont-l’Hérault) Lis Amis de la lengo d’oc de Paris, Farandoulaïre Hirondelo de Barbentane.
    Des revues : La Pignato (Laprée, Toulon), Trencavel (Barthe, Béziers), Le Fédéraliste (Poitevin, Paris), Les Cahiers du Sud (Bertin, Marseille), Calendau (Azéma, Montpellier).
    Des lycées : Fénélon et Lakanal (Paris), Saint-Charles, (Marseille), F. Mistral (Avignon), de Jeunes Filles (Avignon).
    Il y eut aussi des donateurs individuels, la ville la mieux représentée étant Marseille, avec 20 dons individuels.

    8 Jouveau, René, Histoire du Félibrige, t 2, p. 35.

    9 Compte-rendu de la réunion du 20 juin 1938, extrait du registre des comptes-rendus des réunions de la Maintenance (Bibliothèque Universitaire de Perpignan, Fonds Grandó). Les réunions suivantes mentionnent sans autre détail que l’action se poursuit Avec la déclaration de guerre, le comité cesse son activité, estimant sa mission remplie. Il est précisé que le petit reliquat sera employé en secours à des filibres roussillonnais mobilisés dignes d’intérêt, et à défaut à des félibres nécessiteux (Ibid., réunion du 20 sept 1939).
    Sur l’action des félibres perpignanais, les archives Caries Grandó offrent deux témoignages directs qui sont aussi des documents émouvants sur les conditions de vie que connaissent alors les Catalans :
    une lettre du musicien Enric Morera à C. Grandó datée du 5 janv. 1939 :
    Despres de tants d’anys de no escriure ns, i degut als moments tragics que passem, hem veig obligat a recorre als amics. Aqui, coda dia, els aliments s’escursen d’une mariera alarmant, i si poguessiho ajudamos envianinos quelcom, vos ho agrahiria moltissim. dispenseu la franquesa, pero us escric creient que us an fareu carreg.
    Une seconde du poète Joan M. Guasch, qui fut l’un des propagandistes les plus ardents du Félibrige en Catalogne, datée du 15 janvier :
    … L’altra dia, en Maseras va dirme que de Perpignyà, del Felibrige li envieu de tant en tant aigun paquet de queuiures i podria jo, rebrer aigun ? Per aqui passem moltes privacions. Ja he perdut 18 kilos de pes. Perdoneu la llibertat…

    10 L’appel Pour les intellectuels catalans est publié in extenso dans L’Eclair, 1er janvier 1939, Le Petit Méridional, 3 janvier, Le Travailleur du Languedoc, 6 janvier ; tandis que Le Républicain de l’Hérault en passe un bref résumé le 18. Jean Amade était allé lui-même porter l’article aux divers journaux.

    11 Après la chute de la Catalogne, il semble que certains Marseillais aient polémiqué avec les dirigeants du Félibrige sur l’effort que celui-ci a fait en faveur des exilés. Dans le compte-rendu qu’il fit, le capoulier précisait : Le Félibrige sur sa caisse et avec les souscriptions que des félibres ont envoyées au capoulier, a distribué 4000 f de secours. D’autres comités, aidés par des félibres, ont distribué des sommes semblables et plus fortes. Les « Primadié » n’eurent à secourir qu’un seul homme. Il nous a fallu nous préoccuper d’une centaine, tout en limitant notre action aux écrivains de langue catalane. Les lettres de remerciements que j’ai reçues prouvent que notre geste, même insuffisant, a été apprécié (Jouveau, op. cit)

    12 Associations donatrices : Comité universitaire d’aide aux réfugiés espagnols (1000 f) ; Association des Anciens combattants de l’Hérault (200 f.) ; les Maintenances de Languedoc (500 f.), de Provence (100 f.) et d’Auvergne (50 f) ; les « Ecoles » félibréennes languedociennes : la Lauseto (300 f.), Lou Parage (500 f.), Peyrottas (50 f.) ; la revue Félibrige (1000 f.). Beaucoup d’entre elles avaient déjà répondu à l’appel du Calen.

    13 Parmi les 14 donateurs, on relève les groupes suivants : professeurs et contremaîtres de l’Ecole pratique de Marseille (240 f.) ; Lous Cigalous narbouneses (L. Cordes) (50 f.) ; le Comité de Montpellier (Palanque) (500 f.) ; professeurs du lycée Lakanal et Fénélon (Guastalla) (220 f.) ; Lou Calen. Il faut noter que plusieurs donateurs individuels ont fait plusieurs versements successifs.

    14 Manuel Alcàntara i Gusart était chef de service d’assistance sociale à la Generalitat de Catalunya, et professeur à l’Ecole d’administration de Barcelone. Fervent ami de la France déjà en 1914-18, où il se battait pour nous dans deux journaux francophiles de Barcelone, La Nació, organe des Volontaires catalans de la Grande Guerre et Renaixement
    Il a toujours été l’un des plus fervents défenseurs de notre Patrie et des institutions félibréennes. Il fut l’un des artisans dévoués de la création de la Maintenance catalane. (Grandó, lettres à Azéma, 14 et 16 février 1939).
    Joaquim Nicolau i Masó, sergent interné au camp d’Argelis, où il est malade atteint d’une affection osseuse à la colonne vertébrale. C’est un félibre, fervent francophile, appartenant à une famille d’intellectuels. Sa soeur et lui firent ce qu’ils purent en 1930 pour la création de la Maintenance catalane. Sa sœur Carme est alors hébergée par Jeanne Yves-Blanc, membre du comité d’aide aux intellectuels catalans à Montpellier.
    Joan Merlí, félibre, critique d’art, fut le secrétaire de la Junte municipale d’Expositions d’Art de Barcelone.

    15 Le camp d’Agde, le dernier organisé, est celui dans lequel les conditions de vie sont les moins catastrophiques. Cf. Motte Christine, Le soutien aux réfugiés espagnols dans l’Hérault et les débuts du camp d’Agde. Mémoire de Maîtrise, Université Paul Valéry – Montpellier, 1986

    16 Louis Alibert, auteur du Dictionnaire occitan-français, rénovateur de la graphie occitane ; il s’est inspiré de l’œuvre réalisé en Catalogne par Pompeu Fabra. Il est l’un des animateurs de la Societat d’Estudis Occitans, qui adopte son système graphique en 1936.
    Ismaël Girard et Camille Soula, de Toulouse, fondateurs de la revue Oc en 1923, défendent les thèses d’Alibert, en rupture avec le Félibrige.
    Josep Carbonell, intellectuel catalan de Sitges, réfugié en Occitanie durant la dictature de Primo de Rivera, soutient matériellement et par ses écrits la revue Oc. En 1928, il fera connaître en Catalogne l’occitanisme grâce à sa revue L’Ami de les Arts. En 1936, il se réfugie à nouveau en Languedoc.

    17 Les élections municipales de Montpellier en 1935 voient le succès de la liste de Front populaire comprenant la SFIO, le parti radical-socialiste, la Jeune république. Paul Boulet, médecin, catholique, de la « Jeune république » est élu maire.

    18 En effet, dès le 28 février 1939, Alcàntara fait parvenir aux autorités administratives françaises un texte de deux pages intitulé Propositions pour l’hébergement à Montpellier d’un groupe d’intellectuels et d’universitaires catalans (environ 100 personnes), rédigé, dit-il, d’après la solution donnée à Toulouse par un groupe similaire.
    Le document figure dans les archives Azéma sous forme d’un manuscrit sur papier à en-tête de la Generalitat de Catalunya – Direcció general d’Assistència social.

    19 Bladé i Desumvila, Artur, Rovira i Virgili i et seu temps, Barcelona, Fundació Vives i Casajuana, 1984, et El meu Rovira i Virgili, Barcelona, Teide, 1981,
    Bladé i Desumvila est entré en France le 8 février 1939 avec les restes du corps de santé de l’armée de l’est où il servait,. Après un séjour à Arles-sur-Tech, puis à Paris, il est accueilli à la résidence des intellectuels catalans de Montpellier, où il retrouve Antoni Rovira i Virgili. Ses deux ouvrages renferment des notations intéressantes sur la vie des Catalans à Montpellier. La residència de Montpellier fut subventionnée par la Fundació Ramon LIull, puis, à partir d’octobre 1939 par le JARE d’I. Prieto.

    20 Manuel Alcàntara avait été fait « officier d’Académie » par le gouvernement français, pour son activité de propagande en faveur de la France durant la guerre de 14-18. Bladé i Desumvila (op.cit) souligne également le fait, qui lui conférait un certain prestige auprès des autorités françaises et facilitait sa tâche d’organisateur de la residència.

    21 Cf. Cahner, Max, « Seixanta-dos anys després », Revista de Catalunya, (nova etapa), 1, 1986

    22 A Toulouse, sous l’impulsion du Dr. Camille Soula (qui fut un temps à la tête de la revue Oc), un Comité d’aide aux réfugiés anime la « Residència de Tolosa ». La municipalité avait cédé des locaux (une ancienne caserne de pompiers) pour le logement. L’association des quakers américains apporte une aide matérielle. De nombreux Catalans y séjournèrent un temps : Alexandre Gali et ses fils, J. Serra-Hunter, A. Maseras, A Serra-Baldó, A Rovira i Virgili…
    Une troisième résidence est constituée à partir d’avril 1939, à 25 km de Paris, au château de Roissy-en-Brie (qui était alors une « Auberge de jeunesse ») ; grâce aux « comités » parisiens d’aide aux réfugiés, et sous la direction de Francesc Trabal. Elle accueille notamment Mercè Rodoreda, Agusti Bartra, Anna Murrià, Joan Oliver, D. Guansé, Pere Calders, Armand Obiols, C.A. Jordana, Benguerel, venus de Toulouse.
    Avec la guerre, le « Comité d’aide » ne peut continuer à soutenir la résidence de Roissy. Les exilés furent répartis dans des maisons des alentours, et reçurent, grâce à Trabal, un subside de 15 f. par jour du SERE (Servicio de Emigración para los Republicanos Españoles). Créé en mars 1939 par les amis de Negrín, le SERE organise le transfert des exilés au Mexique. Après 1940, la JARE de Prieto prendra la relève du SERE.

    23 En cette difficile année 1939, iis s’efforcent de mettre sur pied le conseil d’administration de la S.E.O. I. Girard propose P. Azéma, en même temps que Carbonell, Soula, P. Rouquette, Camproux et Lesaffre (Girard, lettre à Azéma, 23 avril 1939). La présence du Catalan Josep Carbonell au sein de cette entité occitane prouve, si besoin en était, la fraternité des deux cultures. La S.E. O. va connaître, malgré la dureté des temps, une période d’intense activité dans les années 1940, et préparer sa mutation en un Institut d’Estudis Occitans, réalisé en 1945.

    24 Cf J. Sauret, L’exili polític català, p. 45
    Au registre de la Residència de Montpellier, du 1er août 1941 au 1er janvier 1943, figurent les sorties suivantes : 133 personnes rapatriées, 204 à destination du Mexique (départs d’avril, septembre et octobre 1942), 104 transferts dans d’autres départements, 26 incorporations forcées dans les Compagnies de travailleurs étrangers.

    25 Intervention des Catalans exilés lors de la Santo-Estello de Montpellier. Document manuscrit inédit, aimablement communiqué par Xavier Azéma.

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    • Pierre Grau
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    Le parler « melandjao » des immigrés de langue espagnole en Roussillon

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    Christian Lagarde

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    Le métier de la politique sous la IIIe République

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    2003

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    L’écran bleu

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    Michel Cadé

    2004

    L’avenir des langues anciennes

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    2011

    La désorganisation

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    2006

    Le Livre Vert de Pierre de la Jugie

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    2009

    Les territoires du sport entre politiques et pratiques

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    2007

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    1 La personnalité de Pierre Azéma (1891-1967) est remarquable à plus d’un titre. Félibre dès 1909, majoral, puis syndic de la maintenance de Languedoc, il est l’une des personnalités dirigeantes du Félibrige. Gravement blessé en 1915, il devient secrétaire aux Anciens Combattants blessés de guerre à Montpellier, où il anime la revue Lou Galo. Secrétaire général de l’Escolo dau Parage de Montpellier, il fonde en 1933 et dirige la revue Calendau, de tendance fédéraliste, dans laquelle il affirme ses volontés novatrices et ses critiques vis-à-vis du Félibrige provençal. Philo-catalan, opposé à la création d’un « parti félibre », il ne cache pas ses sympathies envers les étudiants fédéralistes du Nouveau Languedoc (1928- 1939), des « occitanistes » du Calen de Marseille et d’Occitania, la revue de Charles Camproux, creuset de jeune mouvement d’Oc. On parla de lui plusieurs fois pour accéder à la plus haute fonction (capoulier) du mouvement félibre, notamment en 1933. Catholique, militant actif du Sillon dans sa jeunesse, il adhère ensuite à la « Jeune République », et à ce titre est élu adjoint au maire de Montpellier, en 1935, sur une liste de Front populaire. Il fut un polémiste vigoureux et un tribun à la verve redoutable. A la Libération, il ne rejoint pas le M.R.P., milite plus tard à l’Union de la Gauche Socialiste (U.G.S.). Il fut l’un des premiers félibres à adhérer à l’Institut d’Estudis Occitans lors de sa fondation en 1945, et sera porté à sa présidence en 1954.

    2 Le Félibrige est une association littéraire créée par le poète provençal Frédéric Mistral, en 1854. Les félibres sont regroupés en maintenances, correspondant aux grandes régions dialectales. Le Félibrige considérant la langue catalane comme un dialecte de la langue d’oc, une maintenance catalane est créée en 1876. Elle n’eut guère de succès et disparut en 1893. Il faut attendre 1930 pour voir, grâce aux efforts conjugués de C. Grandó et de P. Azéma, reconstituée une maintenance de Roussillon-Catalogne. Elle compte à sa création 129 félibres catalans du nord et du sud, dont la majorité appartiennent déjà à l’Académie roussillonnaise des Jeux floraux de la Ginesta d’Or. Elle n’en compte plus que 28 en 1939. Mais il n’est pas sûr que ces chiffres soient significatifs pour notre propos, car le Félibrige n’est qu’une des formes que revêt la fraternité intellectuelle catalano-roussillonnaise, ou occitano-catalane, même si cette forme, par la respectabilité et l’audience dont elle jouit en France est, dans la période qui nous occupe, la plus revendiquée. Les liens entre Catalans, Roussillonnais et Occitans surtout Languedociens, sont souvent personnels et plus anciens que les associations qui les rassemblent

    3 Cf. Thomas, H. La guerre d’Espagne, Paris, 1961, passim.

    4 Le fait que les militants occitanistes du Calen soient à l’origine d’une telle initiative n’est pas le fait du hasard. Lo Calen a toujours clairement affirmé des positions philocatalanes, mieux la fraternité occitano-catalane, et une grande sensibilité aux événements qui se déroulent en Catalogne. Lou Calen, Fougau deu franc marsihés, puis (1935) Fougau Felibren d’acion socialo a été fondé par Jorgi Reboul. Le groupe s’affirme fidèle au message de Mistral, mais critique l’immobilisme des groupes félibréens traditionnels. Il se veut l’héritier de la tradition provençale fédéraliste et populaire, et défend le pan-occitanisme. De sensibilité de gauche, lo Calen oriente ses activités vers la jeunesse : réunions littéraires populaires, conférences, théâtre, excursions, bibliothèque, musée, bulletin, manifestations publiques de propagande…
    En 1936, les 14 et 17 avril, Lo Calen et le Centre català de Marseille organisent un voyage d’étude en Catalogne, dans le cadre du centenaire de la Renaixença catalana : 300 participants occitans, dont la moitié forme la délégation provençale, avec le maire de Marseille, sont officiellement reçus par les organisateurs et par le président de la Generalitat, F. Macià, auquel ils offrent un « livre d’or », témoignage de la fraternité occitano-catalane.
    A la suite de ce premier contact avec la Catalogne autonome, Lo Calen organise un « voyage d’études provençales » annuel à Barcelone.
    Les membres les plus actifs du Calen participèrent à la fondation du mensuel fédéraliste et pan-occitaniste Occitania, animé par Ch. Champroux, qui regroupe les jeunes énergies occitanistes et catalanistes. Le Group marsihés d’Occitania est présidé par Paul Ricard, futur roi du pastis, et Jorgi Reboul.
    En janvier 1935, le Group édite un tract de 4 pages qui dénonce la répression espagnole contre la culture catalane, et plus précisément le procès intenté au comité de patronage de l’Université de Barcelone et l’arrestation de ses dirigeants P. Fabra, P. Bosch Gimpera, les docteurs A. Trias et J. Xirau, et le secrétaire de l’association patriotique de jeunesse Palestra, J.M. Batista i Roca.
    En 1936, le Group marsihés d’Occitania fonde le Parti provençal qui adhère localement aux comités électoraux de Front populaire. Pour une affiche non-réglementaire, Ricard et Reboul seront inculpés. Les journaux barcelonais font état de ce procès. A cette époque, la rupture est consommée entre les Marseillais et le Félibrige.
    Au mois d’octobre 1936, lou Calen et d’autres associations occitanes commencent une campagne de collecte de livres en occitan, en catalan et en français destinés aux hôpitaux de Barcelone (cf. C. Barsotti).

    5 L’institució de les lletres catalanes. Entité créée en septembre 1937 à Barcelone, pour regrouper et dynamiser les initiatives des intellectuels catalans fidèles au gouvernement autonome de la Generalitat en dépit des difficultés dues à la guerre. Elle prend plus ou moins la suite de groupes syndicaux UGT et CNT d’écrivains catalans. Ses objectifs sont la création de bibliothèques (notamment de « bibliothèques du front »), les publications littéraires, l’édition d’instruments d’érudition, les relations culturelles avec l’étranger. L’institució est présidée par l’auteur dramatique et journaliste Josep Pous i Pagès. Carles Riba est vice-président, Francesc Trabal secrétaire. Elle patronne les six prix littéraires créés par la Generalitat et publie de nombreuses œuvres. Elle reprend – sous la direction de son créateur A. Rovira i Virgili, de l’historien Ferran Soldevila et du philosophe Jaume Serra-Hunter – la publication de la Revista de Catalunya (3e époque) depuis janvier jusqu’à décembre 1938.
    Les activités de l’institució sont financées par une subvention de la Generalitat
    En 1938, les Nouvelles littéraires publient un long entretien avec Pous i Pagès (19 novembre).

    6 Notons cependant que le majoral en question enverra par la suite plusieurs mandats. Il s’agit peut-être d’Emile Ripert.

    7 Les 75 donateurs des 3 premières listes sont essentiellement des Provençaux et des membres du Félibrige, puisque l’appel a été lancé à l’origine par les collaborateurs du livre d’or offert au président Macià lors des fêtes de 1933 et les participants aux 4 voyages à Barcelone organisés par lo Calen.
    Le capoulier, le bayle, 10 majoraux et de nombreux félibres ont apporté leur contribution, de même que les associations suivantes : Mantenenço de Langado, Escolo de la Lauseto (Montpellier), Escolo dau Parage (Montpellier), Escolo de la Targo (Toulon) Escolo Peyrottas (Clermont-l’Hérault) Lis Amis de la lengo d’oc de Paris, Farandoulaïre Hirondelo de Barbentane.
    Des revues : La Pignato (Laprée, Toulon), Trencavel (Barthe, Béziers), Le Fédéraliste (Poitevin, Paris), Les Cahiers du Sud (Bertin, Marseille), Calendau (Azéma, Montpellier).
    Des lycées : Fénélon et Lakanal (Paris), Saint-Charles, (Marseille), F. Mistral (Avignon), de Jeunes Filles (Avignon).
    Il y eut aussi des donateurs individuels, la ville la mieux représentée étant Marseille, avec 20 dons individuels.

    8 Jouveau, René, Histoire du Félibrige, t 2, p. 35.

    9 Compte-rendu de la réunion du 20 juin 1938, extrait du registre des comptes-rendus des réunions de la Maintenance (Bibliothèque Universitaire de Perpignan, Fonds Grandó). Les réunions suivantes mentionnent sans autre détail que l’action se poursuit Avec la déclaration de guerre, le comité cesse son activité, estimant sa mission remplie. Il est précisé que le petit reliquat sera employé en secours à des filibres roussillonnais mobilisés dignes d’intérêt, et à défaut à des félibres nécessiteux (Ibid., réunion du 20 sept 1939).
    Sur l’action des félibres perpignanais, les archives Caries Grandó offrent deux témoignages directs qui sont aussi des documents émouvants sur les conditions de vie que connaissent alors les Catalans :
    une lettre du musicien Enric Morera à C. Grandó datée du 5 janv. 1939 :
    Despres de tants d’anys de no escriure ns, i degut als moments tragics que passem, hem veig obligat a recorre als amics. Aqui, coda dia, els aliments s’escursen d’une mariera alarmant, i si poguessiho ajudamos envianinos quelcom, vos ho agrahiria moltissim. dispenseu la franquesa, pero us escric creient que us an fareu carreg.
    Une seconde du poète Joan M. Guasch, qui fut l’un des propagandistes les plus ardents du Félibrige en Catalogne, datée du 15 janvier :
    … L’altra dia, en Maseras va dirme que de Perpignyà, del Felibrige li envieu de tant en tant aigun paquet de queuiures i podria jo, rebrer aigun ? Per aqui passem moltes privacions. Ja he perdut 18 kilos de pes. Perdoneu la llibertat…

    10 L’appel Pour les intellectuels catalans est publié in extenso dans L’Eclair, 1er janvier 1939, Le Petit Méridional, 3 janvier, Le Travailleur du Languedoc, 6 janvier ; tandis que Le Républicain de l’Hérault en passe un bref résumé le 18. Jean Amade était allé lui-même porter l’article aux divers journaux.

    11 Après la chute de la Catalogne, il semble que certains Marseillais aient polémiqué avec les dirigeants du Félibrige sur l’effort que celui-ci a fait en faveur des exilés. Dans le compte-rendu qu’il fit, le capoulier précisait : Le Félibrige sur sa caisse et avec les souscriptions que des félibres ont envoyées au capoulier, a distribué 4000 f de secours. D’autres comités, aidés par des félibres, ont distribué des sommes semblables et plus fortes. Les « Primadié » n’eurent à secourir qu’un seul homme. Il nous a fallu nous préoccuper d’une centaine, tout en limitant notre action aux écrivains de langue catalane. Les lettres de remerciements que j’ai reçues prouvent que notre geste, même insuffisant, a été apprécié (Jouveau, op. cit)

    12 Associations donatrices : Comité universitaire d’aide aux réfugiés espagnols (1000 f) ; Association des Anciens combattants de l’Hérault (200 f.) ; les Maintenances de Languedoc (500 f.), de Provence (100 f.) et d’Auvergne (50 f) ; les « Ecoles » félibréennes languedociennes : la Lauseto (300 f.), Lou Parage (500 f.), Peyrottas (50 f.) ; la revue Félibrige (1000 f.). Beaucoup d’entre elles avaient déjà répondu à l’appel du Calen.

    13 Parmi les 14 donateurs, on relève les groupes suivants : professeurs et contremaîtres de l’Ecole pratique de Marseille (240 f.) ; Lous Cigalous narbouneses (L. Cordes) (50 f.) ; le Comité de Montpellier (Palanque) (500 f.) ; professeurs du lycée Lakanal et Fénélon (Guastalla) (220 f.) ; Lou Calen. Il faut noter que plusieurs donateurs individuels ont fait plusieurs versements successifs.

    14 Manuel Alcàntara i Gusart était chef de service d’assistance sociale à la Generalitat de Catalunya, et professeur à l’Ecole d’administration de Barcelone. Fervent ami de la France déjà en 1914-18, où il se battait pour nous dans deux journaux francophiles de Barcelone, La Nació, organe des Volontaires catalans de la Grande Guerre et Renaixement
    Il a toujours été l’un des plus fervents défenseurs de notre Patrie et des institutions félibréennes. Il fut l’un des artisans dévoués de la création de la Maintenance catalane. (Grandó, lettres à Azéma, 14 et 16 février 1939).
    Joaquim Nicolau i Masó, sergent interné au camp d’Argelis, où il est malade atteint d’une affection osseuse à la colonne vertébrale. C’est un félibre, fervent francophile, appartenant à une famille d’intellectuels. Sa soeur et lui firent ce qu’ils purent en 1930 pour la création de la Maintenance catalane. Sa sœur Carme est alors hébergée par Jeanne Yves-Blanc, membre du comité d’aide aux intellectuels catalans à Montpellier.
    Joan Merlí, félibre, critique d’art, fut le secrétaire de la Junte municipale d’Expositions d’Art de Barcelone.

    15 Le camp d’Agde, le dernier organisé, est celui dans lequel les conditions de vie sont les moins catastrophiques. Cf. Motte Christine, Le soutien aux réfugiés espagnols dans l’Hérault et les débuts du camp d’Agde. Mémoire de Maîtrise, Université Paul Valéry – Montpellier, 1986

    16 Louis Alibert, auteur du Dictionnaire occitan-français, rénovateur de la graphie occitane ; il s’est inspiré de l’œuvre réalisé en Catalogne par Pompeu Fabra. Il est l’un des animateurs de la Societat d’Estudis Occitans, qui adopte son système graphique en 1936.
    Ismaël Girard et Camille Soula, de Toulouse, fondateurs de la revue Oc en 1923, défendent les thèses d’Alibert, en rupture avec le Félibrige.
    Josep Carbonell, intellectuel catalan de Sitges, réfugié en Occitanie durant la dictature de Primo de Rivera, soutient matériellement et par ses écrits la revue Oc. En 1928, il fera connaître en Catalogne l’occitanisme grâce à sa revue L’Ami de les Arts. En 1936, il se réfugie à nouveau en Languedoc.

    17 Les élections municipales de Montpellier en 1935 voient le succès de la liste de Front populaire comprenant la SFIO, le parti radical-socialiste, la Jeune république. Paul Boulet, médecin, catholique, de la « Jeune république » est élu maire.

    18 En effet, dès le 28 février 1939, Alcàntara fait parvenir aux autorités administratives françaises un texte de deux pages intitulé Propositions pour l’hébergement à Montpellier d’un groupe d’intellectuels et d’universitaires catalans (environ 100 personnes), rédigé, dit-il, d’après la solution donnée à Toulouse par un groupe similaire.
    Le document figure dans les archives Azéma sous forme d’un manuscrit sur papier à en-tête de la Generalitat de Catalunya – Direcció general d’Assistència social.

    19 Bladé i Desumvila, Artur, Rovira i Virgili i et seu temps, Barcelona, Fundació Vives i Casajuana, 1984, et El meu Rovira i Virgili, Barcelona, Teide, 1981,
    Bladé i Desumvila est entré en France le 8 février 1939 avec les restes du corps de santé de l’armée de l’est où il servait,. Après un séjour à Arles-sur-Tech, puis à Paris, il est accueilli à la résidence des intellectuels catalans de Montpellier, où il retrouve Antoni Rovira i Virgili. Ses deux ouvrages renferment des notations intéressantes sur la vie des Catalans à Montpellier. La residència de Montpellier fut subventionnée par la Fundació Ramon LIull, puis, à partir d’octobre 1939 par le JARE d’I. Prieto.

    20 Manuel Alcàntara avait été fait « officier d’Académie » par le gouvernement français, pour son activité de propagande en faveur de la France durant la guerre de 14-18. Bladé i Desumvila (op.cit) souligne également le fait, qui lui conférait un certain prestige auprès des autorités françaises et facilitait sa tâche d’organisateur de la residència.

    21 Cf. Cahner, Max, « Seixanta-dos anys després », Revista de Catalunya, (nova etapa), 1, 1986

    22 A Toulouse, sous l’impulsion du Dr. Camille Soula (qui fut un temps à la tête de la revue Oc), un Comité d’aide aux réfugiés anime la « Residència de Tolosa ». La municipalité avait cédé des locaux (une ancienne caserne de pompiers) pour le logement. L’association des quakers américains apporte une aide matérielle. De nombreux Catalans y séjournèrent un temps : Alexandre Gali et ses fils, J. Serra-Hunter, A. Maseras, A Serra-Baldó, A Rovira i Virgili…
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    Avec la guerre, le « Comité d’aide » ne peut continuer à soutenir la résidence de Roissy. Les exilés furent répartis dans des maisons des alentours, et reçurent, grâce à Trabal, un subside de 15 f. par jour du SERE (Servicio de Emigración para los Republicanos Españoles). Créé en mars 1939 par les amis de Negrín, le SERE organise le transfert des exilés au Mexique. Après 1940, la JARE de Prieto prendra la relève du SERE.

    23 En cette difficile année 1939, iis s’efforcent de mettre sur pied le conseil d’administration de la S.E.O. I. Girard propose P. Azéma, en même temps que Carbonell, Soula, P. Rouquette, Camproux et Lesaffre (Girard, lettre à Azéma, 23 avril 1939). La présence du Catalan Josep Carbonell au sein de cette entité occitane prouve, si besoin en était, la fraternité des deux cultures. La S.E. O. va connaître, malgré la dureté des temps, une période d’intense activité dans les années 1940, et préparer sa mutation en un Institut d’Estudis Occitans, réalisé en 1945.

    24 Cf J. Sauret, L’exili polític català, p. 45
    Au registre de la Residència de Montpellier, du 1er août 1941 au 1er janvier 1943, figurent les sorties suivantes : 133 personnes rapatriées, 204 à destination du Mexique (départs d’avril, septembre et octobre 1942), 104 transferts dans d’autres départements, 26 incorporations forcées dans les Compagnies de travailleurs étrangers.

    25 Intervention des Catalans exilés lors de la Santo-Estello de Montpellier. Document manuscrit inédit, aimablement communiqué par Xavier Azéma.

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    Ce livre est cité par

    • Figueres, Josep M.. (2015) La presse en langue française dans la Barcelone révolutionnaire de l’Espagne en guerre (1936-1938). Cahiers d'études des cultures ibériques et latino-américaines, 1. DOI: 10.4000/cecil.2332

    Ce chapitre est cité par

    • Parello, Vincent. (2015) Aproximación al exilio de los refugiados españoles de la Guerra Civil en el departamento del Hérault. Cahiers d'études des cultures ibériques et latino-américaines, 1. DOI: 10.4000/cecil.2286

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    Les Français et la guerre d’Espagne

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    Grau, P. (2008). L’aide des félibres aux intellectuels catalans. In S. Caucanas & J. Sagnes (éds.), Les Français et la guerre d’Espagne. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.35682
    Grau, Pierre. « L’aide des félibres aux intellectuels catalans ». In Les Français et la guerre d’Espagne, édité par Sylvie Caucanas et Jean Sagnes. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 2008. doi:10.4000/books.pupvd.35682.
    Grau, Pierre. « L’aide des félibres aux intellectuels catalans ». Les Français et la guerre d’Espagne, édité par Sylvie Caucanas et Jean Sagnes, Presses universitaires de Perpignan, 2008, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.35682.

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    Format

    Caucanas, S., & Sagnes, J. (éds.). (2008). Les Français et la guerre d’Espagne. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.35562
    Caucanas, Sylvie, et Jean Sagnes, éd. Les Français et la guerre d’Espagne. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 2008. doi:10.4000/books.pupvd.35562.
    Caucanas, Sylvie, et Jean Sagnes, éditeurs. Les Français et la guerre d’Espagne. Presses universitaires de Perpignan, 2008, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.35562.
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