L’alternance codique dans l’autobiographie et la correspondance de Victoria Ocampo
p. 285-298
Texte intégral
1Victoria Ocampo (1890-1979), fondatrice et directrice de la revue Sur, naquit au sein d’une famille patricienne argentine et reçut une éducation très soignée, en particulier en matière de langues étrangères, si bien que, pendant longtemps, elle écrivit uniquement en français (Vázquez, 1991 : 152). Son autobiographie (commencée en 1952 d’après une note de l’éditeur) est, elle, rédigée (semble-t-il) directement en espagnol, auquel se mêle cependant beaucoup de français et, dans une moindre mesure, d’anglais ; l’irruption d’un code étranger est toujours signalée par l’italique. Nous sommes donc bien en présence d’un phénomène d’« alternance codique » (AC) ou « code switching » qui consiste en « une alternance relativement régulière de langue » (Lagarde, 2001 : 18). Dans l’autobiographie, elle se présente généralement sous la forme que l’on peut qualifier de « marques transcodiques » qui sont une « alternance épisodique par inclusion de termes isolés d’une autre langue » (Lagarde, 2001 : 18) – que l’on peut étendre aux expressions idiomatiques. Les cas d’AC « pleine » se présentent sous la forme de bribes de syntaxe, d’extraits de correspondance pouvant aller jusqu’à presque deux pages146, de propos rapportés et, surtout, d’un grand nombre de citations littéraires (fondamentalement le français et l’anglais, un peu d’italien). Ces deux dernières catégories, en tant qu’énonciation au second degré, ne retiendront pas notre attention.
2Le recueil Cartas a Angélica y otros (lui aussi de publication posthume) contient quelques unes des lettres que Victoria Ocampo. échangea avec sa sœur la plus proche et quelques autres amis du groupe de Sur. Le français et l’anglais y font de fréquentes apparitions et deux lettres sont même entièrement en français bien que leurs destinataires soient argentins.
3A l’image des élites européennes, les grandes familles argentines avaient recours au service à domicile d’institutrices françaises et / ou anglaises pour l’éducation (pas seulement linguistique) de leurs enfants ; Victoria reçut conjointement l’enseignement d’Alexandrine Bonnemason et de Miss Ellis, mais aussi d’un prêtre français (« Con él nos confesábamos en francés », t. 2, p. 42). Dès lors, il est compréhensible que l’évocation de la religion déclenche l’apparition d’expressions ou de citations en français (« la foi du charbonnier », t. 2, p. 113, « en fait de religion », t. 2, p. 114, « le spirituel » t. 2, p. 176). L’actrice française Marguerite Moreno fut un moment son professeur de théâtre. Ceux-ci participaient à la diffusion de références et modèles culturels français dont se réclamèrent longtemps intellectuels et artistes latino-américains. Les relations familiales, amicales et professionnelles de Victoria participaient de la même franco / anglophonie et ils en étaient conscients. D’où la surprise d’un Borges :
« Debo decirle que en aquella época en Buenos Aires, a principios de siglo, toda persona bien educada conocía el francés [...] aunque se tuvieran dificultades al expresarse, y todo el mundo podía leer a Hugo en el original. Cuando llegué a España después de la primera guerra mundial, me soprendí muchísimo al encontrarme en presencia de hombres de letras que ignoraban el francés, porque para mí era como si no hubiesen aprendido a leer y a escribir. [...] en el Río de la Plata, estábamos mucho más cerca de Francia que de España. » (Milleret, 1970 : 21)
Je dois vous dire qu’à cette époque, à Buenos Aires, au début du siècle, toute personne ayant reçu une bonne éducation connaissait le français [...] même si on pouvait avoir des difficultés à s’exprimer, tout le monde pouvait lire Hugo dans l’original. Quand j’arrivai en Espagne après la Première guerre mondiale, je fus très surpris de rencontrer des hommes de lettres qui ignoraient le français, parce que pour moi c’était comme s’ils n’avaient pas appris à lire et à écrire. [...] Dans le Río de la Plata, nous étions plus proches de la France que de l’Espagne.
4Ce comportement observé par un représentant de l’élite portègne est confirmé par les historiens de la culture (Matthieu, 1991 : 42). Cette connaissance du français (et/ou de l’anglais) allait cependant de pair souvent avec une méconnaissance de l’espagnol et un mépris pour la langue et pour ce qui venait d’Espagne. Dans l’autobiographie de Victoria Ocampo, on remarque la quasi-absence de citations littéraires en espagnol à l’exception d’une citation du Quichotte, dans le premier tome, tandis que, dans le tome 2, figurent deux citations de Lugones et de Sarmiento sur... la condition féminine. Il y a de nombreux témoignages de cette acculturation :
« Ni Victoria ni sus contemporáneos leían textos españoles (Silvina Bullrich, veinticinco años menor, leyó El Quijote en la versión francesa cuando era adolescente, y le gustó tanto que sabía largas tiradas de memoria) »147. (Vázquez, 1991 : 80-81)
Ni Victoria ni ses contemporains ne lisaient des textes espagnols (Silvina Bullrich, de 25 ans sa cadette, lut Don Quichotte en version française quand elle était adolescente, avec un tel plaisir qu’elle en savait de longues tirades par cœur).
« Muchos de nosotros habíamos llegado a creer enormidades. Por ejemplo, que el español era un idioma impropio para expresar lo que no constituía el lado práctico de la vida ; un idioma en que resultaba un poco ridículo expresarse con exactitud – esto es matiz. Cuanto más restringido era nuestro vocabulario, más a gusto nos sentíamos. Toda rebusca de vocabulario nos parecía afectada. [...] Muchos de nosotros empleábamos el español como esos viajeros que quieren aprender ciertas palabras de la lengua del país donde viajan, [...] » (Testimonios Primera serie, p. 28)
Nombre d’entre nous en étaient arrivés à croire des énormités. Par exemple, que l’espagnol était une langue impropre à exprimer ce qui ne relevait pas du côté pratique de la vie ; une langue dans laquelle il était un peu ridicule de s’exprimer avec exactitude – c’est-à-dire de façon nuancée. Plus notre vocabulaire était restreint, plus nous étions à l’aise. Toute recherche dans le vocabulaire nous semblait affectée. [...] Beaucoup d’entre nous employions l’espagnol comme ces voyageurs qui veulent apprendre des mots de la langue du pays dans lequel ils voyagent.
« En nuestro caso debemos tener en cuenta, por añadidura, una especie de desdén latente hacia lo que venía de España. [...] El francés, por el contrario, era para nosotros la lengua en que podía expresarse todo sin parecer un advenedizo. » (Testimonios Primera serie, p. 29)
Dans notre cas, il faut tenir compte, en plus, d’une sorte de sourd mépris pour tout ce qui venait d’Espagne [...] Le français, au contraire, était pour nous la langue dans laquelle on pouvait tout exprimer sans avoir l’air d’un parvenu.
5En décrivant la hiérarchie entre l’espagnol et le français, Victoria décrit une typique situation de diglossie (paracoloniale) ; cette notion s’oppose à la « notion floue et fixiste de “bilinguisme”, [et] prend en compte, [...] la hiérarchisation des langues en contact et leur fonctionnalisation, autrement dit la capacité de certaines à faire l’objet d’usages complets, et d’autres d’usages restreints. » (Lagarde, 2001 : 48). Ce comportement culturel assimilable à celui d’un étranger fut très mal perçu par divers groupes d’opinion (nationalistes, marxistes) et leur donna des arguments dans un débat surtout idéologique (Vázquez, 1991 : 80-81), d’autant que le cosmopolitisme d’une Victoria Ocampo (ou d’un Borges) allait de pair avec leur libéralisme (Vázquez, 1991 : 138). Heureusement d’autres l’ont soutenue ; ainsi, Gabriela Mistral, après lui avoir reproché, elle aussi, son afrancesa-miento, lui concéda ses lettres d’américanité :
« Hacia 1938 Gabriela viaja a la Argentina [...] descubre que Victoria no sólo es criolla en su lenguaje sino también [...] en la utilización, de ciertas expresiones gruesas y de palabrotas que había aprendido del tata Ocampo y que solía intercalar en la conversación, aclarando antes : “Como decía mi abuelo” ». (Vázquez, 1991 : 153)
Vers 1938, Gabriela fait un voyage en argentine [...] Elle découvre que Victoria est une vraie Argentine dans son langage mais aussi [...] dans l’expression de certaines expressions inconvenantes et de gros mots qu’elle avait appris de son grand-père Ocampo et qu’elle glissait régulièrement dans la conversation, en signalant au préalable : « comme disait mon grand-père ».
6En même temps qu’une reconnaissance, ce témoignage révèle une autre forme de diglossie et de trouble de la conscience linguistique qu’est la coexistence d’un espagnol d’Argentine (forme vernaculaire) et de l’espagnol péninsulaire assimilé à la langue normative, institutionnelle. Victoria Ocampo en était consciente :
« Imagino que el cincuenta por ciento de las cien palabras que componían nuestro vocabulario no figuraban siquiera en el diccionario de la Academia Española. » (Testimonios. Primera serie, p. 29)
J’imagine que 50 % des mots qui composaient notre vocabulaire ne figuraient même pas dans le dictionnaire de l’Académie espagnole.
7Les classes supérieures « cosmopolites » se distinguaient donc, non par une maîtrise de la norme linguistique (elles n’utilisaient qu’un espagnol vernaculaire à usage domestique et pratique) mais par la maîtrise d’un ou plusieurs codes étrangers. La sœur cadette de Victoria, l’écrivain Silvina Ocampo a raconté :
« Henríquez Ureña, el profesor muy serio que pensaba que no había que deformar el idioma, pensaba que era un disparate ¿cómo le iba a poner una pollera a una mujer, como si tuviera pollos ? Fue el único reparo que admití, y luego usé falda. Después me salió con lo de canilla y habló de grifo ; calesita no, quería tiovivo ; vereda tampoco. » (Ulla, 1982 : 33)
Henríquez Ureña, professeur très sérieux qui pensait qu’il ne fallait pas déformer la langue, pensait que c’était un non-sens : comment allais-je mettre à une femme une pollera comme si elle avait des poulets ? Ce fut la seule remarque que j’acceptai et j’utilisai falda. Ensuite il s’en prit à canilla, il voulait grifo, il ne voulait pas calesita mais tiovivo ; vereda non plus.148
8La conscience linguistique d’une Victoria Ocampo se trouve donc tiraillée entre, d’un côté, un espagnol vernaculaire qui pourrait connoter l’expérience quotidienne mais qui n’a pas de dignité scripturale, et, de l’autre, un espagnol académique associé à une Espagne méprisée. Paradoxalement, cette autobiographie dans un espagnol émaillé de marques transcodiques est bien le fruit d’une réappropriation de l’espagnol. Le cas de Victoria Ocampo est donc représentatif sociologiquement de l’élite argentine, tellement familière du français que celle-ci peut être la langue de la communication intime (les lettres à Delfina Bunge dont certaines sont publiées traduites dans le tome 2, une lettre à sa mère qui finit par une relative en anglais, t. 2, pp. 29-30) et qu’elle peut renvoyer aussi bien à une culture savante qu’à la vie quotidienne la plus humble, comme la cuisine (« en unas enormes jattes » [dans d’énormes jattes], t. 1, p. 145).
9Le français marque le vocabulaire de l’art, de la parure féminine, de l’amour et de la séduction, de la cuisine (Bourdeilh : 29-32).
10Dans l’autobiographie, l’AC est bien un choix littéraire et le fait qu’on la retrouve également dans la correspondance, genre souvent considéré comme le plus proche de la conversation, montre bien qu’il s’agit de restituer quelque chose de l’oralité. Cette écriture mêlée se veut la marque même de l’identité et il semble qu’on puisse la qualifier d’entreprise originale, puisque, pour s’en tenir à son entourage aussi polyglotte qu’elle même, on constate que Norah Lange ou Bioy Casares rédigent des autobiographies peu ou pas marquées par l’AC. Quant à Borges, il en rédige une en anglais, qu’il ne prendra jamais la peine de traduire.
1. L’effet humoristique
11En particulier dans la correspondance, l’AC devient alors la marque d’un tempérament particulièrement vif, qui mêle sens de l’humour et raillerie :
« católicos de bas plafond » (CAA, p. 88)
« Le pregunté a Igor cómo era la "mangeaille" » (CAA, p. 144)
« que me cambien las bretelles de un corpino » (CAA, p. 208)149
12L’AC renforce le décalage de registre : par exemple, dans le deuxième exemple, entre la trivialité du propos et l’identité de l’interlocuteur (Stravinsky), ou l’exclamation « Merde ! » qui revient plusieurs fois même si elle écrit de New York (CAA, p. 235). Elle se permet aussi des jeux de mots :
« la pieza de Cocteau quedaría mocha (... Moche... como dicen aquí) » (CAA, p. 27)
« Los Onís se fueron llevándose por “erroz” (onis soit qui mal y pense) mi capa de goma nueva » (CAA. p. 87)150
un contrat de nègres dans un tunnel (CAA, p. 167)
2. Sociologie de la diglossie
13Quelques remarques montrent explicitement le décalage sociologique produit par la diglossie. D’abord quelques lignes où Victoria commente le comportement linguistique de ses grands-tantes dont le cosmopolitisme langagier est redoublé par des mariages avec des Européens. Il apparaît clairement que le français (et les langues étrangères en général) est, chez les Ocampo, l’affaire des femmes (mais il est vrai que Victoria a cinq sœurs !), puisque le code « créole » est attribué au grand-père :
« Estas hermanas de mi abuela, sumamente “afrancesadas", a pesar de que las tres eligieron maridos alemanes, salpicaban con palabras francesas su hablar criollo. La mayoría de las veces no se trataba de términos intraducibies, sino de los que tenían equivalencias e incluso parentesco de sonido con nuestro idioma : poire, ascenseur, etc. Usaban mucho (en los meses de invierno) chancelière. Yo imaginaba que era un producto exclusivamente francés. Pero no. Descubrí que el término es folgo, [...] explica el diccionario de la Real Academia. Quién habrá oído la palabra en la Argentina ? [...] vivían en el polo opuesto del remilgo y de la cursilería. » (t. 1, p. 24-25)
Ces sœurs de ma grand-mère, très francophiles, bien qu’elles eussent choisi des maris allemands, émaillaient leur argentin de mots français. La plupart du temps, il ne s’agissait pas de termes intraduisibles, mais bien de termes ayant un équivalent espagnol, voire une ressemblance sonore avec celui-ci : poire, ascenseur, etc. Elles faisaient grand usage, en hiver, d’une chancelière. Je m’imaginais qu’il s’agissait d’un produit exclusivement français. Eh bien non. Je découvris que le terme espagnol est folgo [...] d’après le dictionnaire de l’Académie espagnole. Mais qui a bien pu entendre ce mot en Argentine ? [...] Leur comportement était tout le contraire des chichis et de l’afféterie.
14Avec l’affirmation « no se trataba de términos intraducibies » (il ne s’agissait pas de termes intraduisibles), cette description va au-delà du constat et pose la question de la motivation de l’emprunt (il s’agit de mots isolés). Le ton franchement humoristique apporte la seule solution envisageable qui est de considérer ce phénomène à la fois comme une conception ludique du langage et, surtout, comme la volonté de se distinguer. Le passage finit, d’ailleurs, sur un décalage paradoxal qui relève du comble du chic aristocratique consistant à manifester sa maîtrise de codes cosmopolites tout en se démarquant du comportement maniéré des bourgeois et petits bourgeois. A travers le portrait de ses grands-tantes, c’est bien son 051 propre comportement que décrit Victoria (tel qu’il est donné par M.E. Vázquez et G. Mistral).
15A l’autre bout de l’échelle sociale, mais en contact direct et quotidien avec l’élite sociale, se trouvent les domestiques. Chez eux, les manifestations de diglossie marquent, au contraire, leur infériorité culturelle qui se manifeste par leur échec à reproduire ou à distinguer. La narratrice nous donne deux cas d’emprunts ratés ; le premier est l’échec à reproduire une prononciation : « [Los dos negritos] me llamaban “la reina del concret” (nunca aprendieron a pronunciar croquet) » [Les deux petits noirs m’appelaient la reine du concret (ils n’apprirent jamais à prononcer croquet)] (t. 1, p. 140). Le second provient de confusions autour des titres de politesse « mademoiselle » et « Miss » qui donnent lieu à des réalisations cocasses (pour les maîtres et leur complice lecteur) et que le récit s’efforce de rendre par une adaptation du signifiant. Le mot « Mademoiselle » est pris d’abord pour un nom propre (sans doute à cause de l’absence d’article, puisqu’en espagnol les titres de politesse sont toujours précédés d’un article) et transcrit dans une graphie hispanisée qui tente de reproduire une prononciation approximative : « Está el coche para la señorita mademoaselî, anunciaba alguna mucama [...] » [La voiture de la señorita mademoasel est avancée, annonçait la servante]. Dans le cas de l’institutrice anglaise, la confusion s’accroît : « Cuando era Miss Ellis, decían : “La señorita mademoasel Miselis” » [Quand c’était Miss Ellis, ils disaient : « La señorita mademoasel Misseliss » (t. 1, p. 127). Le terme français est alors pris pour le titre de toute étrangère et se trouve redoublé du titre espagnol : la confusion pourrait être due à une tentative de calque de la construction espagnole « señorita doña », à moins qu’il ne soit perçu comme une partie du nom (comme un morphème). La seconde erreur provient d’une mauvaise segmentation de l’unité prosodique de départ « Miss Ellis », soulignée, elle aussi, par l’adaptation graphique. Ces exemples confirment l’AC comme une volonté de capter littérairement le code oral en même temps qu’ils s’opposent à la transcription standard des emprunts de la narratrice.
16A côté des domestiques hispanophones, les grandes familles pouvaient aussi employer des serviteurs récemment arrivés d’Europe à une époque (avant 1914) où l’Argentine est une terre d’immigration. Eux aussi se retrouvent dans une situation de bilinguisme subi même si leur langue maternelle est le français ou l’anglais, langues de prestige. C’est le cas de la cuisinière française qui fournit un cas d’alternance codique blâmable (ce qui peut paraître un comble), car ressenti comme involontaire :
« “C’est bon mais ça no sali bien", suspiraba Michelle, que nunca aprendió a hablar español y se olvidó de hablar bien su propio idioma. No. No había salido bien. » (t. 2, p. 27)
« C’est bon mais ça no salí bien », soupirait Michelle qui n’apprit jamais à parler l’espagnol et perdit la maîtrise de sa propre langue. Effectivement, c’était raté.
17Bien entendu, c’est d’abord l’erreur de conjugaison qui est en cause mais également le « mélange », produit de l’appauvrissement culturel (la cuisinière est, de plus, circonstanciellement en situation d’échec professionnel), alors que l’AC des maîtres est toujours contrôlée. On remarque que la formule de censure est la même que dans le cas des enfants noirs (« nunca aprendió » [elle n’apprit jamais]). On pourrait en conclure que le langage des pauvres, des domestiques est entaché d’interférences151, l’AC étant l’apanage des gens bien élevés. Cependant d’après Gumperz (1989 : 88-89), dans le cas de syntagmes conjoints, la conjonction doit marcher avec le code du second syntagme ; autrement dit, il faudrait : « C’est bon *pero no salió bien ». Il n’y aurait donc peut-être pas que des préjugés de classe dans le reproche de Victoria Ocampo si elle-même n’introduisait pas la marque transcodique consistant en l’inclusion d’un verbe conjugué (sans faute de conjugaison !) plusieurs fois dans notre corpus.
3. Syntaxes en alternance codique
« Lo segundo me gâte lo primero » (CAA, p. 171).
« mi amor me dejaba sedienta frente al ser mismo que lo despertaba, [...] lo désaltérait, sin satisfacer la zona del “disiato riso” », (t. 3, p. 64)
« J. winced (no encuentro otra palabra) » (t. 3, p. 73)
« [esto] ha ébranlé el mundo entero » (CAA. p. 125)152
18Le second exemple est en infraction flagrante par rapport aux contraintes énoncées par Gumperz pour qui le pronom COD doit être dans le même code que le verbe, tandis que l’alternance entre un verbe et un COD sous forme de groupe nominal est plus « acceptable » (comme « ni admitiré son bien fondé », t. 2, p. 178). Le quatrième cas pousse encore plus loin l’imbrication des codes avec un passé composé dont l’auxiliaire et le participe ne sont pas de la même langue. Que faut-il en penser ? Remarquons que l’alternance étudiée par Gumperz est celle de groupes bilingues (sans déficiences dans un code ou l’autre) et non pas celles d’individus. Il faudrait admettre qu’il y a une alternance codique arbitraire qui est le fait d’individus et non pas de groupes, laquelle est soumise à des « contraintes syntaxiques » (Gumperz, 1989 : 86) sous peine de tomber dans le « mélange de langues » (ibid. : 91). Il y a trois cas d’alternance sujet / prédicat qui respec-tent les règles énoncées par Gumperz :
« algunos compases [...] me chaviraient d’émotion » (t. 1, p. 136)
« mi vida pendait à un fil » (t. 3, p. 72)
« ese hecho tirait à conséquence » (t. 2, p. 168)153
19Dans ces trois cas, l’alternance est motivée par des expressions verbales idiomatiques. Dans ces conditions, on comprend mal une phrase du type : « usted no debe s’engager a la ligera » [vous ne devez pas vous engager à la légère] (t. 2, p. 98). Peut-être faut-il considérer que « a la ligera » (traduction correcte de « à la légère ») est, à son tour, ressenti comme une expression, donc formant une unité sémantique (ce qui est une condition requise pour l’AC des groupes bilingues). On remarque le verbe à la forme réfléchie avec accord du pronom réfléchi (qui coïncide avec l’infinitif).
20On rencontre des cas d’alternance en complément de semi-auxiliaire ce qui n’est pas vraiment admis (Gumperz) :
« quisiera leur faire un sort, contarlas » (t. 1, p. 51) [la syntaxe française apparaît dans la complétive avec l’accord du pronom]
« Dice que el autor (yo) podría “se faire un nom avec son talent” » (t. 2, p. 120)
« no se puede to agree to differ, ni hacer un gentleman’s agreement. » (t. 3, p. 54)154
21Si l’AC est peut-être explicable par l’expression idiomatique dans le premier et la citation dans le second, dans la dernière occurrence, en revanche, l’agrammaticalité est soulignée par la forme d’infinitif complète (avec la particule « to »)
22La construction en alternance « estar + adjectif attribut » se rencontre deux fois :
« Estaba afraid of dying and tired of living » (t. 3, p. 73)
« estaba adonnée a (sic) l’opium » (t. 1, p. 113)155
23Dans le premier cas, il est clair que estar est une traduction de l’anglais (to be afraid) qui ne coïncide pas avec une expression espagnole (estar atemorizado qui pourrait convenir comme traduction ici n’est pas une expression courante). Autrement dit le code dominant (l’espagnol) se trouve dominé et nous sommes bien en présence d’un calque. Curieusement dans le second cas, c’est au contraire l’expression française qui semble se mouler dans une syntaxe espagnole du type « estaba entregado al opio » (on ne dirait pas « *il était adonné à l’opium »).
4. La traduction
24La majorité des très nombreuses citations étrangères ne sont pas traduites ; cependant certaines le sont en note, d’autres entre crochets, d’autres n’apparaissent que sous une forme traduite. Il semble difficile de trouver une cohérence à l’emploi d’une traduction en espagnol plutôt que le maintien du code d’origine. Mais plus troublante est la présence de mots français dans des lettres traduites du français : en l’absence de toute indication de l’éditeur, ceux-ci ne peuvent que laisser pendantes des interrogations. Dans le cas où la traduction serait de Victoria Ocampo (on peut penser qu’un traducteur professionnel aurait tout traduit), il faudrait en conclure que ces traces de français sont destinées à « faire vrai » et à connoter l’affectivité de la correspondance, alors que pour les écrits autres (articles, essais) l’homogénéité de code est une garantie de scientificité.
25Dans un nombre minime de cas, Victoria Ocampo produit une traduction immédiate de son propre texte, aussi bien de l’espagnol au français que l’inverse, avec usage ou non des parenthèses. Dans certains cas, le terme français est nettement plus précis ou plus spécifique (ce qui illustre le préjugé qu’elle a elle-même énoncé, comme nous l’avons vu) :
« era el primer mucamo (maître d’hôtel) » (t. 1, p. 108)
« tablas (rallonges) » (t. 2, p. 26)
« el comienzo, l’amorce de un grave y largo debate » (t. 4, p. 87 : Remarquer l’article français à cause de l’élision)156
26S’il est vrai que les expressions maître d’hôtel ou butler n’ont pas de véritable équivalent espagnol, pour les « rallonges », on peut parler d’extension et de mesa extensible. Dans d’autres cas, le français procure une expression plus imagée, ce qui est une motivation fréquente de l’AC quel que soit le locuteur :
« no son acaso los precursores, los avant coureurs de nuestros amores de adultos ? » (t. 1, p. 65)
« A medida que los acontecimientos nos pusieron frente a frente, à couteaux tirés, vi en él a un monstruo. » (t. 3, p. 18)157
27Plus synthétique : « un camote físico tenaz, un béguin que se desharía » [un amour physique tenace, un béguin qui passerait] (t. 3, p. 31).
28Dans le cas de « Las garçonnières, los “románticos bulincitos", como dice el tango » [les garçonnières, les “románticos bulincitos”, comme dit le tango] (t. 3, p. 40), c’est le terme français qui est premier mais sa traduction aboutit à un sous-code, l’argot du tango, comme si la valeur évocatrice de la langue étrangère nécessitait un équivalent situé dans un univers aussi marqué que celui du tango.
29L’évocation de souvenirs d’enfance à Paris suscite l’apparition de mots français en première position : « Me compran una toupie (trompo) [...] Subo a los caballos de la calesita y si consigo ensartar con una especie de brochette que me dan [...] gano un sucre d’orge. »158 (t. 1, p. 84). On remarque l’effet comique de la comparaison « brochette », doublement surprenant (décalage codique et décalage référentiel).
30Parfois Victoria Ocampo “renonce” à traduire : « J. winced (no encuentro otra palabra) » [je ne trouve pas d’autre mot] (t. 3, p. 73). Bien entendu le verbe anglais est parfaitement traduisible [tressaillir ; grimacer], qui plus est le code écrit donne le temps nécessaire à la recherche d’un équivalent espagnol. La paresse de la narratrice montre que pour un sujet multilingue ses différentes langues forment un réservoir commun plus que des systèmes parallèles ou interchangeables. Si traduire c’est faire des choix, privilégier un signifié par rapport à un autre, le sujet qui pratique l’AC refuse ces choix et puise dans un fonds lexical multilingue aux critères sémantiques démultipliés. Il fait jouer un principe d’efficacité gouvernant des effets de brièveté, de concision, d’intensité, de connotation et de fréquence d’usage... En une occasion, la narratrice donne une définition :
« utilizando el vocabulario de los trapecistas... un rétablisssement [erguir el cuerpo apoyándose sobre las manos] » (t. 3, p. 104).
Pour utiliser le vocabulaire des trapézistes... un rétablissement [redresser le corps en s’appuyant sur les mains].
31On voit bien que, traduction (ou non) ou explication, Victoria Ocampo n’a pas une stratégie stable à l’égard de son destinataire qu’elle considère tantôt comme bilingue, comme elle-même (le destinataire est alors en position de complice, le texte créant un effet happy few, entre nous) ; tantôt comme hispanophone. Faut-il imputer cette incohérence au caractère posthume de l’édition ou bien admettre, une fois de plus, que nous sommes en présence d’un idiolecte qui n’est pas soumis aux exigences de communication d’un groupe bilingue ? 851
5. Effet de profondeur / de perspective par redoublement des codes
32La syntaxe « en fiterzas constructivas (secourables) » [en des forces constructives (secourables)] (t. 3, p. 97) permet de superposer des notions complémentaires et ne procède pas à proprement parler à une traduction, pas plus que le substantif anglais dans « se quedó cerca de la puerta cerrada (eavesdropping...) » [il resta près de la porte fermée (eavesdropping...)] (t. 1, p. 28). L’irruption de l’anglais se justifie de prime abord par l’existence d’un lexème ramassant ce qui s’exprimerait par une périphrase en espagnol (« écouter d’une oreille indiscrète »), mais cette image est aussi celle de la narratrice elle-même qui écoute d’une oreille indiscrète sa narration en espagnol, si bien que la multiplication des codes peut conduire à des dédoublements du sujet et une manière de polyphonie. Dans le syntagme « un interrogatorio (third degree) minucioso y torturador » [un interrogatoire (third degree) minutieux et torturant] (t. 3, p. 53), l’inclusion entre parenthèse d’un qualificatif en anglais, en retrait de la syntaxe, fonctionne comme un commentaire très allusif mais particulièrement éclairant quant à l’économie de moyens des marques transcodiques. En effet, cela suffit à faire de ce qui est une situation de la vie conjugale (difficile) de Victoria une scène de roman policier (genre qui est, comme on le sait, largement d’origine anglo-saxonne)159. En même temps, ce changement de code dit le détachement (qui est sans doute venu par la suite), de la narratrice par rapport à cette époque de sa vie qu’elle peut implicitement assimiler à de la fiction.
33Il y a un cas où il serait possible d’assigner à l’AC un effet de sens directement induit : « “Si le coeur vous en dit (no estaba subrayado en la tarjeta, pero lo estaba en mí), venga a comer” » [ « Si le cœur vous en dit (ce n’était pas souligné sur la carte, mais cela l’était en moi), venez dîner. »] (t. 3, p. 22). Dans cette missive envoyée à Paris par Victoria à un Argentin et futur amant, si l’AC est d’origine, elle fonctionne comme une déclaration d’amour voilée.
Conclusion
34On peut dire que l’AC a à voir avec la mémoire : la pulsion à citer des vers ou des passages littéraires mémorisés qui viennent s’imposer à la conscience, en concurrence directe avec une pensée individuelle, semble parallèle à l’afflux dans le courant de discours de mots et d’expressions étrangères, de bribes de phrases dont certaines sont sans doute des citations qui restent à identifier. On pourrait, dans un cas extrême, parler d’un « syndrome de Salvatore », personnage du Nom de la rose :
Quand plus tard je fus au courant de sa vie aventureuse et des différents lieux où il avait vécu, sans trouver racines en aucun, je me rendis compte que Salvatore parlait toutes les langues, et aucune. En somme, il s’était inventé une langue à lui, formée de lambeaux de langues avec lesquelles il était entré en contact [...] Je notai même par la suite qu’il pouvait nommer une chose tantôt en latin tantôt en provençal, et je me rendis compte que plus qu’inventer ses propres phrases, il utilisait disjecta membra d’autres phrases, entendues un jour, selon la situation et les choses qu’il voulait dire, comme s’il ne réussissait à parler d’un aliment qu’avec les mots des gens chez qui il avait mangé de cet aliment [...] (Eco, 1985 : 54-55)
35Ceci semble rejoindre les critiques de ceux qui parlaient d’imaginaire colonisé, ce dont un Borges, par exemple, se défendait dans son essai « El escritor argentino y la tradición » (1953) par l’argument « nuestra tradición es toda la cultura occidental » [notre tradition c’est toute la littérature occidentale]. La formule traduisait bien, au milieu du XXe siècle, la tension entre hispanité et cosmopolitisme. Il démontra lui-même que le point d’équilibre était possible puisque son plurilinguisme ne l’empêcha pas d’être l’un des meilleurs stylistes en langue espagnole du XXe siècle. Enfin a posteriori, la meilleure défense du groupe de Sur est le rayonnement international de la culture argentine qu’il impulsa. C’est bien la revue Sur qui servit de passage entre l’Argentine, l’Europe et Amérique du Nord avec une redoutable efficacité, projetant pour la première fois de l’histoire la culture argentine sur la scène internationale ; de même, la qualité de l’éducation de Victoria Ocampo, sa connaissance de la vie littéraire et artistique internationale (le refus de tout provincialisme), tout autant que ses liens d’amitié avec les Drieu, Caillois et autres Malraux furent de la première importance. Dans la préface de Prólogos con un prólogo de prólogos, Borges affirmait :
« Cuando yo era chico, ignorar el francés era ser casi analfabeto. Con el decurso de los años pasamos del francés al inglés y del inglés a la ignorancia, sin excluir la del propio castellano »
Quand j’étais enfant, ignorer le français revenait presque à être analphabète. Par la suite, nous sommes passés du français à l’anglais et de l’anglais à l’ignorance, sans exclure celle de l’espagnol.
36Ceci va bien au-delà de la boutade et elle montre à quel point, ni lui ni, on peut le penser, une Victoria Ocampo ne se sont jamais vraiment résignés au monolinguisme.
Bibliographie
Bourdeilh, Marc Noël, 2000, Langues et territorialité dans l’écriture de Victoria Ocampo, mémoire de DEA. Université de Bordeaux III.
Borges, Jorge Luis, 1988, Prólogos con un prólogo de prólogos, Madrid, Alianza Editorial, El libro de bolsillo, Biblioteca Borges.
Eco, Umberto, 1985, Le Nom de la rose, Paris, Grasset, trad. Jean-Noël Schifano.
Gumperz, John J., 1989, Sociolinguistique interactionnelle. Une approche interprétative, Paris L’Harmattan. Présentation de Jacky Simonin. Traduction URA 1041 du CNRS, Université de La Réunion.
Lagarde, Christian, 1993, Les immigrés espagnols castillanophones de première génération en Roussillon : pratiques et représentations diglossiques sur fond de conflit linguistique, thèse de doctorat, direction Bernard Leblon,
Lagarde, Christian, 2001, Des écritures « bilingues » (Sociolinguistique et littérature), Paris, L’Harmattan.
Matthieu, Gilles, 1991, Une Ambition sud-américaine. Politique culturelle de la France 1914-1940, Paris, L’Harmattan, (coll. Recherches & Documents Amériques Latines).
Milleret, Jean de, 1970, Entrevistas con J. Luis Borges, Caracas, Monte Avila Editores.
Mounin, Georges, 1993, Dictionnaire de linguistique, Paris, PUF.
Ocampo, Victoria, 1982-1983, Autobiografía (tomes I à V) Buenos Aires, Sur. Ocampo, Victoria, 1981, Testimonios, primera serie 1920-1934, Buenos Aires, Sur.
Ulla, Noemí, 1992, Encuentros con Silvina Ocampo, Buenos Aires, Editorial de Belgrano, (col. Diálogos).
Vázquez, Maria Esther, 1991, Victoria Ocampo, Buenos Aires, Planeta (col. Mujeres argentinas).
Notes de bas de page
146 Il s’agit d’un extrait d’une lettre d’un peintre français (t. 2. p. 152-153) ; c’est le cas d’AC le plus long toutes catégories confondues.
147 Borges l’a d’abord lu en anglais, ce qui prouve le peu de souci pour la langue originale et le peu de considération pour l’espagnol en tant qu’instrument esthétique.
148 Les tenues sont synonymes, respectivement en espagnol d’Argentine et en espagnol péninsulaire (jupe = pollera/falda ; robinet = canilla/grifo ; manège = calesita/tíovivo). Quant à vereda, il signifie trottoir en espagnol d’Argentine.
149 catholiques de bas plafond ; je demandai à Igor comment était la mangeaille : qu’on me change les bretelles de mon soutien-gorge.
150 la pièce de Cocteau en serait mutilée (... Moche... comme on dit ici) ; Les onis partirent en emportant par « erreurs » (onis soit qui mal y pense) mon imperméable tout neuf.
151 « Les changements ou les identifications résultant dans une langue des contacts avec une autre langue, du fait du bilinguisme ou du plurilinguisme des locuteurs, constituent le phénomène d’interférence linguistique » (Mounin). Cette notion recouvre, entre autres, les calques fautifs.
152 le second me gâte le premier ; mon amour me laissait assoiffée face à l’être qui l’éveillait. [...] le désaltérait, sans satisfaire la zone du “disiato riso” ; J. winced (je ne trouve pas d’autre mot) ; [cela] a ébranlé le monde entier.
153 certains rythmes me chaviraient d’émotion ; ma vie pendait à un fil ; ce fait tirait à conséquence.
154 je voudrais leur faire un sort, les raconter ; Il dit que l’auteur (moi) pourrait se faire un nom avec son talent ; on ne peut pas to agree to differ, ni faire un gentleman’s agreement.
155 j’étais afraid of dying and tired of living ; j’étais adonnée à l’opium.
156 c’était le premier serviteur (maître d’hôtel) ; des planches (rallonges) ; le début, l’amorce d’un grave et long débat.
157 ne sont-ils pas les précurseurs, les avant-coureurs de nos amours d’adultes ? ; Au fur et à mesure que les éléments nous mirent en opposition, à couteaux tirés, je vis en lui le monstre.
158 0n m’achète une toupie (trompo) [...] Je monte sur les petits chevaux du manège et si je réussis à passer une espèce de brochette qu’on me donne [...] je gagne un sucre d’orge.
159 « To give somebody the third degree » correspond aux expressions « passer à tabac », « cuisiner ».
Auteur
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Christophe Larrue
Université Jean-Monnet, Saint-Étienne
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