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    Plan détaillé Texte intégral I. Le Cabezo de la CoberteraII. Les problèmes posés par ce gisementIII. L’occupation mudéjare du Cabezo de la CoberteraConclusion Notes de bas de page Auteurs

    Le paysage rural et ses acteurs

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Un grenier fortifié almohade dans la région de Murcie : le Cabezo de la Cobertera (Abaràn-Blanca)

    François Amigues, Johny De Meulemester et André Matthys

    p. 201-227

    Texte intégral I. Le Cabezo de la Coberteraa. Le site : localisation et topographieb. Le plan généralc. Les bâtiments : formes et technique de constructiond. La chronologieII. Les problèmes posés par ce gisementIII. L’occupation mudéjare du Cabezo de la CoberteraConclusion Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    I. Le Cabezo de la Cobertera

    a. Le site : localisation et topographie

    1Le Cabezo de la Cobertera est situé sur la limite des territoires municipaux d’Abarán et de Blanca, communes de la vallée du Rio Segura (fig. 1). La position du Cabezo de la Cobertera au milieu de la vallée permet d’apercevoir en amont le site ancien de Siyâsa (Cieza) et, en aval, Abarán et le château de Blanca. La relation entre le site et les villes d’Abarán et de Cieza qui dominent cette partie de la vallée vers le nord et la commune de Blanca qui la ferme au sud, n’est pas encore expliquée. Sa situation, en plein milieu rural, sur la limite des deux territoires dont les centres se trouvent à 1,5 km (Abarán) et 2 km (Blanca), est particulièrement remarquable. Dans les sociétés agricoles sédentaires du Maroc pré-saharien, le grenier est la plupart du temps distinct de l’habitation villageoise, mais pour l’instant l’Alqueria dont dépendait le Cabezo de la Cobertera n’est pas encore localisée. À première vue les environs ne gardent pas d’autres traces de l’époque islamique. De plus, il est difficile de délimiter les territoires anciens avec certitude puisqu’il ne faut pas toujours tenir compte des limites communales actuelles. Les limites territoriales arabes ne furent pas toujours conservées et les centres de peuplement chrétiens correspondent toujours à des réaménagements du territoire castral arabe, répartis de façon plus égalitaire entre les différentes aldeas, dépendantes de la villa qui fonctionne comme chef-lieu1, in casu pour la valle de Ricote, la villa du même nom. Pour l’instant il reste difficile de localiser le site du village arabe en relation avec le Cabezo de la Cobertera, comme de savoir s’il dépendait d’un ensemble castral septentrional autour de Siyâsa, ou d’un ensemble méridional autour de Blanca2.

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    Fig. 1 – Situation géographique du Cabezo de la Cobertera, communes de Abarán-Blanca (région de Murcie).

    2À l’époque musulmane les limites des terroirs sont bien définies et connues3. La limite communale entre Cieza et Abarán suit un tracé plus ou moins rectiligne, déterminé sur la rive droite du Segura par une ligne de crête et sur la rive gauche par le Rambla del Moro. Cette limite, qui fut la même à l’époque mudéjare entre la seigneurie de Cieza et Ricote, reflète apparemment une situation ancienne. En revanche la limite entre Blanca et Abarán suit, uniquement dans sa partie septentrionale, une ligne naturelle de crête, alors que, depuis les hauteurs de la Sierra de la Pila jusqu’au fleuve Segura, elle paraît beaucoup moins rationnelle. Cette incohérence est plus apparente encore sur la rive droite, où la limite territoriale débute d’abord au pied du Cabezo de la Cobertera et partage le site en deux, puis dessine un plan très artificiel. Son tracé pourrait éventuellement refléter le partage à l’époque chrétienne d’un territoire villageois plus ancien dont le Cabezo de la Cobertera fut le refuge, d’autant plus que les limites communales entre Abarán/Blanca et Ricote, dont l’existence remonte au IXe siècle, les suivent à nouveau une ligne de crête, schéma tout à fait naturel. Dès lors, ne faut-il pas considérer le territoire communal d’Abarán comme une amputation chrétienne de Blanca ? Cela expliquerait aussi l’absence de traces de fortifications villageoises ou autres à Abarán.

    3Dans le reste du Valle de Ricote le village de Ojos semble aussi être né d’une amputation du territoire d’Ulea : les deux centres rapprochés de quelques 1500 m sont séparés, sur la rive gauche, par une ligne de crête qui passe à travers le site du château d’Ulea ! Nous pouvons encore remarquer que, dans le Valle de Ricote, les lieux situés près du fleuve s’étendaient à l’origine sur les deux rives : Abarán/Blanca et Ojos/Ulea. Ricote même côtoie à peine sur 200 m le fleuve au pied du sommet où fut implanté le château.

    4Le site occupe la totalité de la plateforme du Cabezo de la Cobertera (fig. 2), butte témoin, isolée dans la huerta, sur la rive droite du fleuve Segura. Son nom est en relation avec sa morphologie : la « colline du couvercle » est effectivement couronnée par un massif de poudingue aux parois verticales, qui surplombe les pentes de la butte de quelques mètres. Cette table de poudingue mesure à peu près 40 m sur 30 m ; dans le quart sud-est, une petite éminence domine d’environ 2 m le reste du plateau avec lequel elle est en contact par une pente légère descendant d’est en ouest (voir coupe fig. 3). Le point culminant de cette table se trouve à 248 m au-dessus du niveau de la mer et à quelque 100 m au-dessus du fleuve. La topographie du Cabezo de la Cobertera est telle que le seul accès possible est celui qu’offre la pente nord-ouest, cependant très accentuée. Sur les autres flancs, le sommet de la butte-témoin présente des pentes abruptes, presque verticales. Ces côtés ont d’ailleurs subi une forte érosion qui a fait disparaître la plus grande partie du bord du plateau avec l’enceinte et les parties arrières des constructions.

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    Fig. 3 – Coupes est/ouest et nord/sud. 1 : murs ; 2 : sols de plâtre.

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    Fig. 2 – Le Cabezo de la Cobertera dominant la vallée du Rio Segura (rive droite). La vallée évoque encore de nos jours un type de paysage assez proche de celui de l’époque almohade.

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    Fig. 5 – Enfilade de « cases » le long de la corniche nord/ouest (DD, AA etc.)

    b. Le plan général

    ABARÀN / BLANCA CABEZO DE LA COBERTERA

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    Fig. 4 – Plan général du gisement. 1 : murs existants. 2 : murs reconstitués. 3 : sols de plâtre. 4 : zone perturbée. 5 : espaces réservés à la circulation (petites rues). 6 – citerne. 7 : entrée supposée du grenier. 8 – emplacement probable de l’oratoire.

    5Le plateau conserve les restes d’un grenier collectif fortifié de l’époque arabe. On relève sur le plan les vestiges d’une trentaine de bâtisses, soit trois quarts de l’ensemble original présumé. Ces structures sont réparties sur la totalité du plateau, mais laissent la place à une citerne et un petit espace libre, situés au centre de la partie basse du plateau.

    6La circulation dans le grenier se fait par des ruelles ou couloirs étroits de 60 à 100 cm de largeur. Leur sol est constitué d’une couche de plâtre. Ce procédé est identique à celui employé dans les rues de Siyâsa4. Peut-être furent-elles même couvertes par une terrasse, système par lequel il est agréable de circuler ou de se reposer à l’abri du vent et du soleil5.

    7Une première série de bâtiments est construite sur le pourtour extérieur du plateau (fig. 5). Ces constructions observent une implantation perpendiculaire à la frange sommitale ; la façade percée d’une porte, donne sur une ruelle à l’intérieur du site. Deux constructions font exception à cet ordonnancement ; elles sont implantées parallèlement au précipice, dos à dos, dans la partie basse, un peu en retrait, au sud-est du site ; elles profitent là d’une dénivellation de la roche-mère d’environ 2 m. L’accès à ces deux bâtisses se fait par deux ruelles différentes.

    8Le centre du plateau, aussi bien la partie haute que les parties basses, est occupé par trois autres rangées de bâtiments qui observent une même orientation générale. Deux rangées sont adossées et l’axe longitudinal de leurs constructions, tout comme la citerne, est orienté nord-sud. La troisième rangée méridionale, dont l’axe longitudinal est orienté est-ouest, est encadrée de deux ruelles se greffant sur la rue principale.

    9Dans la série des bâtiments situés au nord, une structure est plus étroite que les autres et ne conserve aucun élément intérieur. Ce couloir semble correspondre à l’entrée du site qui devait être situé dans cette zone, étant donnée la microtopographie du Cabezo de la Cobertera. Au Maroc, l’accès aux cases du grenier se fait souvent par une construction de dimensions plus ou moins semblables aux autres bâtisses-réserves.

    10À l’arrière de cette construction fut dégagé un fragment de mur, construit en tapial6 dont la technique paraît plus solide et donc plus durable, comportant plus de pierres que de terre. C’est le seul endroit du site où est conservée une partie de ce qui semble devoir être l’enceinte, ou du moins le mur extérieur. On observe une différence importante avec les constatations ethnologiques faites au Maroc méridional à propos de la relation bâtiment/enceinte. La façade arrière des constructions du Cabezo de la Cobertera constituant le mur d’enceinte, tandis qu’au Maroc elles sont, en général, séparées.

    11À l’ouest du couloir-entrée, une bâtisse est caractérisée par une pièce d’habitat plus longue que dans les autres constructions à silo ; de plus, elle conserve, le long de la paroi intérieure de la façade, une sorte de banquette. Dans le monde andalou médiéval, ces banquettes représentent « un aménagement fonctionnel de l’espace habité tenant lieu de mobilier » qui, en l’absence de meubles en bois, peut servir soit à déposer de la vaisselle ou des provisions, soit de siège7. Les sols de plâtre des autres pièces d’habitat n’ont laissé aucune trace de cette sorte, ce qui indique l’absence totale de banquette dans ces constructions et le caractère unique de la banquette conservée. S’agit-il d’une pièce mieux aménagée et adaptée aux besoins d’une permanence journalière ? Par contre, aucune trace de foyer n’a été dégagée dans cette structure, où l’on peut avoir employé un foyer portatif ou anafre qui, d’après son type, pouvait aussi bien servir pour entretenir un feu quasi permanent que pour la cuisson d’aliments8. Faut-il quand-même situer l’habitation du portier dans cette construction et la case, située immédiatement à l’ouest ?

    12Le couloir-entrée débouche sur une ruelle bordée sur l’autre côté par la citerne, construite contre la paroi verticale du rocher, en grande partie taillée. Elle appartient à la collectivité, comme il est d’usage en milieu rural9. La citerne a un volume d’environ 16 m3, volume assez réduit comparé au volume de quelques citernes levantines10 où seulement deux exemplaires sur vingt-quatre ont un volume encore plus restreint. L’emplacement de la citerne contre la paroi taillée de la roche de poudingue, qui la surplombe de 2 m, devait permettre de récupérer une certaine quantité d’eau de pluie, mais cela n’exclut pas l’existence de corvées de remplissage.

    13À l’ouest de la citerne se situe une zone profondément perturbée. Nous y avons découvert une boule de stuc, pièce d’ornement comme on les trouve sur les coupoles de tombes de saints ou aux faîtes de minaret. Cette trouvaille, les données ethnologiques, l’emplacement, l’orientation et la destruction intensive même, nous incitent à y situer un oratoire ou marabout ou tout au moins un lieu communautaire dont peut aussi faire partie la structure située devant l’entrée du bâtiment qui borde cette zone à l’ouest. Le Cabezo de la Cobertera rappelle d’ailleurs quelques caractéristiques de greniers-marabouts du Dadès11 : constructions en pisé assez grossier, irrégularité de couloirs étroits et tortueux, le peu d’élévation probable de ses étages. De plus, il semble que cette construction à fonction collective ait déterminé l’orientation nord-sud/est-ouest des bâtiments de la zone centrale. Dans les greniers-marabouts du Dadès les cases auraient été édifiées autour de l’enclos sacré avec la dépouille du saint afin de jouir de sa protection. Cet enclos sacré est, par la suite, transformé en chapelle du saint protecteur.

    14Plus à l’ouest encore, la ruelle donne sur un petit espace ouvert qui a peut-être servi d’aire de battage ou à faire sécher de temps en temps la réserve de grains ou de fruits.

    15La pointe septentrionale du site ne conserve plus aucune trace archéologique. Sa configuration et sa situation, du côté du fleuve, en font l’emplacement idéal sur le plateau sommital pour y implanter une de ces tours de guet, si nombreuses dans les greniers sud-marocains. Mais son existence hypothétique ne peut se déduire ni de la topographie, ni des vestiges archéologiques rencontrés.

    16L’occupation circulaire autour de constructions centrales, comme celle du Cabezo de la Cobertera, est surtout comparable aux schémas sud-marocains de quelques agadirs circulaires de la montagne du Siroua. Remarquons que dans le cas du Tigremt n Imerhlaye, le bâtiment central autour duquel sont construites les cases-réserves et qui est aussi présent dans d’autres agadirs, fait fonction de cases des marabouts12.

    c. Les bâtiments : formes et technique de construction13

    17Les bâtiments prennent, en général, une forme rectangulaire d’une moyenne de 4 à 5 m sur 1,5 m à 2 m. Ces mesures intérieures correspondent plus ou moins à celles des magasins sud-marocains ; les quelques exceptions procèdent de la nécessaire adaptation à la forme du plateau ou au tissu des ruelles. On distingue deux types. un premier groupe est formé par des constructions qui disposent d’une pièce d’habitat, séparée par la cloison d’un silo situé à l’arrière du bâtiment. On entre dans la pièce d’habitat par une porte (fig. 6) qui, sauf rétrécissement postérieur, mesure 60 cm de largeur. Parfois la pièce conserve l’emplacement de jarres et les traces d’un foyer (fig. 7). Nous avons identifié une douzaine de foyers. Ils se situent aussi bien au centre de la pièce d’habitat que contre sa façade, à côté de la porte et de l’éventuel emplacement de la jarre, ou encore contre le mur latéral, le plus éloigné de la porte. Le nombre de foyers pourrait être plus élevé, mais l’état de conservation des sols ne permet pas toujours leur identification. Ils sont établis au niveau du sol, les uns cernés de quelques pierres rubéfiées, les autres constitués d’une dalle plate. Ils représentent des types d’aménagement classique14. L’absence totale de matériaux osseux sur le site, peut-être due aux circonstances de conservation plutôt qu’à la non consommation de viande, ne facilite naturellement pas l’interprétation de ces foyers. Faut-il leur attribuer en premier lieu une fonction de cuisine ? Ou faut-il les considérer comme simple élément de chauffage ?

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    Fig. 6 – une « case » avec le silo au premier plan.

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    Fig. 7 – une entrée de « case » et le foyer.

    18La composition de la vaisselle retrouvée pour l’époque arabe, implique une activité culinaire assez restreinte (voir graphique fig. 8).

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    Fig. 8 a – Graphique de la répartition des formes céramiques à l’époque almohade.

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    Fig. 8 b – Graphique de la répartition des formes céramiques à l’époque chrétienne.

    19Le deuxième type de constructions se compose de pièces sans division intérieure. Le foyer et la jarre en sont, en général, absents. Faut-il supposer que ce deuxième groupe servait plutôt à y garder le bétail, tandis que dans le premier on stockait les réserves de vivres dans et derrière la pièce d’habitat ? L’étude de la céramique, de son caractère fonctionnel et de sa répartition, case par case, ne nous donne malheureusement pas d’informations supplémentaires permettant de déterminer la fonction de ces deux groupes de constructions.

    20L’état de conservation des structures est plus que pauvre. Les intempéries, l’érosion, les destructions volontaires anciennes et les fouilles clandestines sont à la base de ce délabrement. Souvent la position des murs ne peut être déterminée qu’à partir des limites externes des sols de plâtre. Les murs des bâtiments sont construits dans un tapial de médiocre qualité contenant quelques grosses pierres situées surtout vers le bas de la banchée. Ils ont une épaisseur constante de 40 cm ; les cloisons intérieures des silos ont toujours 12 cm de large et sont constituées de grandes dalles plates, dressées à la verticale et couvertes d’une mince couche de terre et de plâtre. Il ne fut pas possible d’en évaluer la hauteur, mais elle dépasse en tout cas les 20 cm, hauteur des cloisonnements constatée dans certains greniers15. Il est probable qu’elles auraient pu atteindre 1 m. La hauteur conservée des murs ne dépasse guère les 50 cm ; il est donc impossible d’évaluer la hauteur de la cellule, ni même d’une banchée. Par contre, la fouille partielle de la citerne permet de déterminer sa profondeur à deux banchées d’environ 85 cm, soit 170 cm. L’emploi du « tapial de pierre » indique une datation probable autour du XIIIe siècle16.

    21Les sols sont lissés au plâtre ; cet enduit remonte et recouvre les parois intérieures des constructions. Cette technique d’aménagement des sols fut aussi appliquée dans les maisons urbaines de Siyâsa17. Au Maghreb, les greniers disposent de deux à quatre étages. Les quelques informations que nous pouvons tirer du travail de Dj. Jacques-Meunié, sur l’épaisseur des murs en pisé, indiquent des épaisseurs supérieures, pouvant atteindre jusqu’à 1 m18. En revanche, les murs porteurs du ksar de Gasr al-Hag en Libye ont une épaisseur de 50 cm et pourtant le grenier comporte tout de même quatre étages19. Au Cabezo de la Cobertera, il n’y a pas d’indication d’escaliers ou d’étages. Mais si la même technique maghrébine fut employée, les habitants pouvaient atteindre l’étage par des marches faites de pierres ou de troncs d’arbres fichés dans la façade.

    22Puisque la tuile et la pierre de toiture sont absentes dans la fouille, nous devons supposer que les toits étaient construits en terre, peut-être avec une technique qui se rapproche du malhecho20. La découverte de fragments de plâtre avec empreinte de branches et de roseaux tombés sur le sol même des bâtisses, rappelle ces toits semi-légers de type assez répandu au Maghreb21. Le nombre élevé de ces fragments à impression de roseaux, retrouvés sur l’emplacement du supposé oratoire, pourrait y indiquer la construction d’une voûte. Peut-être ont-ils aussi simplement servi pour construire des voûtes au-dessus des cases, comme ce fut le cas pour les constructions 405 et 406 de la Magdalena où plusieurs compartiments voûtés semblent avoir servi de grenier-réserve22. Les toits, légèrement inclinés ou en terrasse, pouvaient toujours servir au stockage supplémentaire ; reliés entre eux, ils pouvaient aussi être utilisés comme poste de guet ou chemin de ronde, comme dans certains agadirs marocains.

    d. La chronologie

    23Le site et son occupation ne sont probablement pas mentionnés dans les textes arabes ou chrétiens. Car les textes restent généralement muets au sujet des sites-refuges23. Les agronomes hispano-arabes de l’Andalousie médiévale parlent de la conservation des grains, de la construction des silos et, plus amplement de la construction délicate des greniers, mais il s’agit alors de greniers ventilés privés et individuels qui font partie de l’exploitation rurale. D’ailleurs, les paysans stockent dans les greniers la majeure partie de la récolte, tandis que les silos souterrains servent à la conservation à long terme24. La mise en relation du Cabezo de la Cobertera avec d’autres sites connus par les textes n’a pu être établie. Pour l’instant il est donc impossible de lui attribuer une datation par les sources historiques.

    24La fouille a révélé l’existence de constructions antérieures au plan décrit ci-dessus. Elles se trouvent sous les bâtiments et la ruelle, au centre du plateau avec une orientation différente. Les quelques fragments de sol et de parois retrouvés laissent supposer une similitude entre ces cases et celles qui les recouvrent. Les quelques tessons trouvés sur le sol ne permettent pas de déterminer leur datation, mais appartiennent à la même période que ceux collectés dans les autres cases. De plus, il n’existe pas de relation stratigraphique entre ces quelques constructions centrales et les bâtisses sur le bord du plateau. Ceci milite en faveur d’un réaménagement du site lors d’un nouveau partage et d’une redistribution des cases existantes25.

    25La céramique d’époque almohade (fig. 9), corroborée par une monnaie islamique découverte sur le sol d’une des cases permet de dater le site du Cabezo de la obertera du XIIIe siècle. En effet, la monnaie dont la frappe est située autour de 1247 est un dirham anonyme des ibn Hud de Murcie (1240-1261)26 (fig. 10). Malgré la conquête castillane, le « Traité d’Acaràz » laissait aux Murciens une liberté, une autonomie et un pouvoir certains ; leurs rois pouvaient même continuer à battre monnaie27. Le grenier dut être abandonné peu après la conquête castillane (1243-1245) ou lors de la révolte mudéjare (1254-1266).

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    Fig. 9 – Cántaro islamique provenant de Murcie (XIIIe siècle, appartenant au même type que ceux trouvés sur le site du Cabezo de la Cobertera (d’après J. Navarro-Palazon, Una casa islámica en Murcia, Catalogue, n° 70, p. 140).

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    Fig. 10 – Dirham en cuivre des ibn-Hud de Murcie (1240-1261). Seule une face est lisible.

    II. Les problèmes posés par ce gisement

    26Pour A. Bazzana un refuge « doit satisfaire à six conditions typo-morphologiques principales » :

    • il est placé dans une situation géographique différente de celle des terroirs habituellement exploités, à l’écart des habitats ;

    • il se caractérise par l’existence d’une protection naturelle, plus ou moins forte mais toujours marquée et, en conséquence, le choix se porte sur des sites élevés, défendus par des falaises abruptes ;

    • il doit présenter des dimensions suffisamment vastes pour accueillir l’ensemble de la population de la zone considérée, ce qui amène à choisir souvent des tables rocheuses sub-horizontales ;

    • il convient cependant qu’il reste accessible, en cas de nécessité, à une foule encombrée d’objets précieux (vêtements, etc...) et ralentie par la marche lente des troupeaux : il ne sera donc pas trop éloigné des zones principales d’habitat ;

    • il peut disposer d’aménagements défensifs venant compléter les protections naturelles des falaises, mais ce sont parfois la distance et la difficulté des pentes qui constituent la meilleure défense ;

    • il doit enfin disposer de réserves : grains peut-être, eau à coup sûr : les seuls bâtiments sont donc souvent ceux qui permettent d’engranger, sous contrôle, des provisions familiales ou collectives28.

    27Le site du Cabezo de la Cobertera satisfait parfaitement à ces conditions :

    • situation : le site se trouve au sommet d’une butte-témoin isolée par son relief même de la huerta et son terroir du regadio, l’exploitation des terres irriguées ;

    • protection naturelle : la configuration même de la butte aux pentes raides forme une défense naturelle et en rend l’accès difficile ;

    • dimensions : malgré une superficie relativement restreinte, le plateau sommital permet l’implantation d’une quarantaine de cases, d’une citerne, d’une aire de battage ou de séchage et probablement d’un oratoire et d’une tour. Malheureusement, comme nous ne sommes pas renseignés sur la présence d’étages, ni sur le nombre de cases occupées par une famille, il reste impossible de déterminer le nombre de familles faisant partie de la collectivité qui occupa le Cabezo de la Cobertera ;

    • accessibilité : les pentes sont raides, certes, mais la pente septentrionale permet l’accès au plateau. Actuellement, sans sentier tracé, la montée demande dix à quinze minutes. L’habitat journalier des constructeurs du site, non localisé pour l’instant, se situait probablement à la limite des terres irriguées, mais nécessairement entre les noyaux actuels d’Abarán et de B lança, distants seulement de 3 km ;

    • aménagements défensifs : l’arrière des cases faisait fonction d’enceinte ; il y avait peut-être une tour de guet, mais ce sont les pentes de la butte même qui offraient la meilleure protection ;

    • réserves : les cases à silo permettaient le stockage des réserves alimentaires ; celles du deuxième type permettaient peut-être de parquer des animaux ; il y avait une citerne d’environ 16 m3.

    28Le site du Cabezo de la Cobertera correspond bel et bien au refuge ; sa fonction ne peut pas être mise en doute.

    29L’identification du grenier-réserve reste limitée dans l’archéologie arabo-espagnole, peut-être parce que l’emploi du silo et du grenier privé fut plus répandu, comme en témoignent les agronomes de l’époque. Au niveau de la construction la ressemblance entre les bâtisses, reconnues comme bâtiments de réserve, et les volumes individuels du Cabezo de la Cobertera est assez marquée. Mais, dans son ensemble, le site murcien ne présente pas de similitudes avec le reste des sites étudiés de l’Espagne musulmane. Les plus proches sont encore les « casas » adossées à l’enceinte du Monte Marinet29. Pour l’instant l’ensemble des ruines du Cabezo de la Cobertera ne s’explique donc pas par l’archéologie médiévale connue de l’Espagne islamique.

    30Pourtant, « si l’archéologie a un sens, c’est bien en proposant des explications, aussi rationnelles que possible, aux indices ténus et toujours insuffisamment repérés »30. C’est une réflexion de ce genre qui nous permet de relier les données de la fouille à celles de l’ethnographie. Le site du Cabezo de la Cobertera ne correspond ni à un village fortifié, ni à un ribat ou caserne31, ni à un hisn rural32, ni à un tirghemt ; c’est autre chose, c’est un agadir, un grenier collectif comme le met en évidence la description archéologique du site et sa comparaison avec les données ethnographiques33.

    31Faut-il encore expliquer sa raison d’être. Au Maghreb le grenier collectif fortifié est né d’éléments climatologiques irréguliers, qui conduisent aux mauvaises récoltes et à la disette, auxquels s’ajoute la continuelle menace de pillage. D’autre part, sa présence suppose des communautés suffisamment organisées et égalitaires où le pouvoir appartient aux chefs de familles dans le cadre de la tribu, de la fraction ou du village. Faut-il supposer une telle société, à tradition de république berbère, dans la vallée du Rio Segura, d’autant plus que la huerta ne devait pas poser de problèmes de mauvaise récolte. Même si l’insécurité de la première moitié du XIIIe siècle était suffisante pour garder les biens dans un agadir collectif, il nous paraît probable que ses usagers avaient une notion bien établie de son emploi et faisaient preuve d’une technique de construction éprouvée correspondant à la plus pure tradition, comme on peut encore l’observer au Maghreb.

    32Ainsi, l’étude du Cabezo de la Cobertera représente un pas de première importance dans la recherche sur l’agadir, surtout au niveau de la chronologie. R. Montagne34 a proposé un schéma évolutif de la morphologie et de la fonction du grenier-refuge. Dans cette évolution l’agadir représente la phase finale. Par contre, son schéma débute chez les nomades avec leurs cachettes creusées ou aménagées dans les rochers et passe ensuite chez les semi-nomades aux grottes creusées dans les falaises.

    33L’agadir marocain avait effectivement un précurseur que les Berbères chrétiens, romanisés, de la période préislamique35. Il s’agit de greniers de falaises, dont la typologie reconnaît trois types :

    34Type 1 : grottes multiples, à mi-hauteur de falaises, isolées les unes des autres ou reliées très sommairement par des ouvrages extérieurs légers, dispersés sans ordre ;

    35type 2 : grottes multiples, à mi-hauteur de falaises, reliées par des couloirs creusés dans la roche, disposées selon un plan régulier ;

    36type 3 : grottes multiples, à mi-hauteur de falaises, reliées par des couloirs internes, disposées en plusieurs étages sur le front de rocher, accessibles entre eux par des cheminées intérieures ;

    37Leur emploi comme grenier peut être déduit de l’aménagement de certains greniers du type 3. Leurs pièces montrent encore au sol des murettes de boue séchée, hautes de 20 cm, qui compartimentent les cellules. L’usage de la même pièce par différents propriétaires a nécessité cet aménagement intérieur.

    38Le grenier de falaises existait donc déjà à l’époque préislamique. Les études ethnographiques sur le Maroc font remonter l’existence de l’agadir marocain actuel aux XVIe/XVIIe siècles et à la mise par écrit en langue arabe du droit coutumier qui l’accompagne36. Au-delà de cette période les auteurs en sont réduits aux hypothèses par manque de sources écrites ou archéologiques. Pourtant les données du Maghreb oriental démontrent une apparition du grenier collectif au XIVe siècle et son évolution à partir de fortification-refuge, originaire du XIe siècle. Les données sahariennes le font même remonter au Xe siècle. Cette différence de datation entre le Maghreb oriental/Sahara et le Maghreb occidental pourrait s’expliquer : il s’agit de datations de deux niveaux différents. Au Maroc les chercheurs ont daté l’agadir comme institution, dans sa forme la plus élaborée ; dans les autres régions ils ont daté les éléments d’architecture et l’érection du bâtiment. Des fouilles et prospections archéologiques plutôt que des recherches ethnographiques devraient résoudre le problème de chronologie.

    39Vis-à-vis du Maroc, la datation de l’agadir du Cabezo de la Cobertera ajoute deux siècles à l’existence attestée du grenier-collectif et le fait remonter au Moyen Âge. Même comparée avec le Sud tunisien son apparition reste antérieure d’un siècle.

    40Soulignons enfin que le site espagnol n’a pas encore l’envergure d’un grenier de tout un canton comme les exemples marocains plus tardifs.

    41Le problème qui reste à résoudre dans l’étude du Cabezo de la Cobertera est celui de la localisation de l’habitat groupé ou dispersé des utilisateurs de l’agadir. Comme nous l’avons déjà souligné, il se situa probablement entre le regadio, les terres irriguées et le secano, les terres d’agriculture sèche37, mais nécessairement dans la vallée entre les noyaux actuels d’Abaràn et Blanca, distants de seulement 3 km. Que cet habitat ne soit pas très éloigné est peut-être aussi prouvé par la découverte de quelques tombes au pied même du Cabezo de la Cobertera. Il y a quelques années, lors de l’aménagement d’un sentier en piste carrossable à travers les vergers d’orangers, les ouvriers découvrirent à l’ouest de la butte, des ossements humains qu’ils attribuèrent aux Arabes. Nous savons, qu’en milieu rural, le cimetière musulman ne connaît pas de lieu privilégié. « La tombe et l’arbre vont de pair dans la mentalité islamique médiévale »38 et la plupart du temps, les tombes sont dispersées. A Ricote, des tombes furent fouillées à côté du village, preuve archéologique que les sépultures se trouvent aussi proches de l’habitat. Le marabout, ou tombe de saint, est un autre lieu qui attire les enterrements. Dans le cas du Cabezo de la Cobertera, il ne faut pas exclure la présence d’un marabout qui fonctionna comme centre du grenier collectif. Cependant, nous ne pouvons pas prouver la relation entre les sépultures découvertes et l’agadir à l’époque musulmane : les tombes peuvent aussi bien être attribuées aux mudéjares.

    III. L’occupation mudéjare du Cabezo de la Cobertera

    42Par la céramique nous constatons que l’occupation du site ne reprend que vers le milieu du XVe siècle : cette céramique de Paterna et de Manises est confirmée par une monnaie de Jean II de Castille (1406-1454) (fig. 12)

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    Fig. 12 – Monnaie de Jean II de Castille (1406-1454) – Billon – Avers/ Lion rampant à l’intérieur d’un grenetis polylobé, lég. + IOHANES : DEI GRACIA : REX : – Revers : un château à trois tours et merlons prismatiques, lég. + IOHANES : DEI GRATIA : REX. La monnaie est très fortement oxydée à la base du château, ce qui ne permet pas de lire la lettre désignant l’atelier.

    43Il est évident qu’après une période d’abandon de près de deux siècles, le grenier devait être en état de ruines. La réoccupation du site au XVe siècle se caractérise d’abord par l’implantation de quatre nouvelles constructions le long de la ruelle occidentale et sur la petite place ouverte et en même temps par la réfection de quelques bâtisses dispersées sur le site. Les nouveaux arrivants démolirent plusieurs maisons sur le bord occidental du plateau, juste derrière les nouvelles bâtisses, pour en récupérer évidemment les matériaux. En même temps, ils créèrent un nouvel espace de circulation devant leur façade orientale en détruisant les deux constructions existantes de la période précédente. La technique employée dans les nouveaux bâtiments est celle d’un tapial de mauvaise qualité, très peu soigné. Les pierres ont été prises sur les constructions démolies. Dans la façade du bâtiment en face du côté septentrional de la citerne, nous avons retrouvé des éléments de tapial récupérés dans la citerne en ruine. À cette époque, au moins deux autres endroits furent rebâtis selon la même technique de construction : ainsi, un petit bâtiment est accolé le long du flanc occidental de la citerne ; sur son sol fut retrouvée une écuelle de Paterna décorée au bleu de cobalt (fig. 11, n° 4)39. À cette pièce, il convient d’ajouter quelques exemplaires de céramique dorée ou bleue dorée, toujours datables de la même époque (fig. 11, n° 4 et 5). Auparavant, des amateurs avainet retrouvé un plat en céramique dorée (oxyde métallique de cuivre) portant un décor de femme en costume du XVe siècle40, production des ateliers valenciens de Paterna ou Manises (fig. 11, n° 6). La régression des techniques constructives et la pauvreté des bâtiments populaires du XIIIe au XVe siècle sont caractéristiques et dénoncent l’état général de la vie à cette époque41.

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    Fig. 11 – Céramique chrétienne (époque mudéjar – XVe siècle) – Céramique non vernissée et peinte à l’oxyde brun mat de manganèse : 1 et 2 : petits pichets, 3 : petite jarrita à deux anses – Céramique émaillée à couverte stannifère blanche provenant des ateliers valenciens (Manises ou Paterna) ; 4 : écuelle décorée au bleu de cobalt, 5 : écuelle bleue et dorée, 6 : plat doré décoré d’une femme en costume du XVe siècle (Dessin aimablement fourni par J. Navarro Palazón, Directeur du Centre Municipal d’Archéologie et d’Études arabes « ibn-arabi » de Murcie).

    44Quoique des sols en terre battue aient été retrouvés dans quelques bâtisses, la plus grande partie du site resta vraisemblablement en état de ruines, et la partie centrale où se trouvent l’oratoire et la citerne, fut certainement détruit. Malgré le manque d’éléments de datation objectifs, nous situons le moment de cette destruction plutôt après la Reconquête ou à l’époque de la révolte mudéjare : la destruction de la citerne ôta une pièce-maîtresse au grenier fortifié et le rendit moins apte à soutenir un siège.

    45L’éparpillement de la céramique chrétienne à travers le site donne l’impression que ce mobilier est dispersé çà et là à l’intérieur des anciennes structures islamiques, ce qui milite en faveur d’une réoccupation partielle d’un certain nombre de ces structures en époque mudéjare, alors que d’autres ont dû être abandonnées et ont servi de dépotoir.

    46Apparemment le site ne reprit pas sa fonction de grenier. Servit-il alors de résidence, éventuellement temporaire, à une famille de mudéjares ? Si l’étude de la céramique musulmane indique un net caractère de vaisselle de stockage à côté de pièces à usage culinaire en nombre plus réduit, la céramique chrétienne présente un plus grand nombre de formes nécessaires au fonctionnement journalier d’un habitat permanent et rien de plus. La réoccupation fut en tout cas limitée dans l’espace et dans le temps et ne dépassa pas le XVe siècle. Il nous semble tout à fait plausible que le site fut réoccupé par des mudéjares au milieu du XVe siècle, probablement pour fuir les razzias grenadines et qu’il fut définitivement abandonné pendant les années de dépeuplement total du Valle de Ricote entre 1450 et 1477.

    Conclusion

    47Malgré l’état provisoire de nos recherches et de nos études sur le Cabezo de la Cobertera et surtout de ses environs, ces quelques réflexions permettent de découvrir un site islamique unique dans un cadre archéo-historique très varié et riche. Le grenier du Cabezo de la Cobertera permet d’étudier l’évolution du site et de sa région avoisinante de la fin de l’époque arabe à la période mudéjar dans le Valle de Ricote. Le Cabezo de la Cobertera représente une initiative villageoise ordonnée, mais non rigide contrairement au site étatique de Mula qui connaît une organisation stricte et militaire.

    48Si dans le sud-est, peut-être dans toute l’Espagne musulmane, l’Albacar est fortement répandu et représente sans doute le refuge collectif par excellence, la problématique historique et archéologique fondamentale du Cabezo de la Cobertera pose la question de l’origine de cette création d’agadir à l’époque almohade. « Le grenier fortifié naît de la coïncidence d’une certaine économie rurale et de la guerre, que celle-ci soit effective ou seulement à l’état de menace permanente »42. Dissocié de l’habitat43, le grenier du Cabezo de la Cobertera, suppose une population agricole qui se trouve confrontée avec cette coïncidence effective ou menaçante. L’habitat de cette communauté rurale n’est pas encore localisé. De même, il est difficile de déterminer ses origines. S’agit-il d’une influence berbère, comme il y a probablement des influences berbères dans la céramique médiévale de la région44 ? Témoigne-t-il d’une implantation berbère lors des invasions almohades, ou s’agit-il d’une tradition conservée ? Faut-il croire que le site du Cabezo de la Cobertera serait le seul dans son genre sur le territoire espagnol actuel ? Il nous est difficile d’admettre que seuls les musulmans de la huerta entre Cieza et B lança auraient construit un refuge rural de ce type. Ces questions archéo-historiques qui ne sont pas encore résolues, demandent encore beaucoup de recherches et de réflexion.

    Notes de bas de page

    1 P. Guichard, « Orient et Occident : peuplement et société », Castrum l, Habitats fortifiés et organisation de l’espace en Méditerranée médiévale, Lyon, (Travaux de la Maison de l’Orient, n° 4), 1983, p. 93.

    2 A. Bazzana, Maisons d’Al-Andalus. Habitat médiéval et structures du peuplement dans l’Espagne orientale, Casa de Velázquez, Madrid, 2 vol., 1992, p. 221. Il donne des exemples où les limites territoriales restent inchangées ; lorsqu’il y a des modifications, elles sont de trois sortes : 1. amputation du territoire musulman et pour création de nouvelles entités, 2. distribution entre plusieurs seigneuries des terres d’un hisn, 3. parfois le regroupement de plusieurs husun.

    3 A. Bazzana, ibid, p. 223.

    4 J. Navarro Palazón, « El despoblado islâmico de Siyâsa (Cieza) », Revista de Arqueologîa, 53, 1985, p. 38.

    5 Dj. Jacques-Meunié, Greniers-citadelles au Maroc, Publications de l’Institut des Hautes Études Marocaines, t. LII, Paris, 1951, pp. 178-179.

    6 A. Bazzana, op. cit., p. 504 : tapial=tabiya, matériau et procédé de construction faisant appel à un mélange de terre, de cailloux et de mortier de chaux, installé en lits successifs dans un coffrage de bois.

    7 A. Bazzana, op. cit., pp. 119-120 et note 327.

    8 A. Bazzana, op. cit., pp. 129-130 et 501.

    9 A. Bazzana, op. cit., p. 121, note 339 et pp. 251-257.

    10 A. Bazzana, op. cit., p. 255.

    11 Dj. Jacques-Meunié, Architecture et habitats du Dadès, Maroc Présaharien, Paris, 1962, pp. 58-61.

    12 Dj. Jacques-Meunié, op. cit., p. 125.

    13 Nous renvoyons aux rapports administratifs qui comprennent une description détaillée de chaque structure et en particulier au rapport de la seconde campagne de fouilles (1989) qui a été publié dans Memorias de Arqueologia 1989, Primeras Jornadas de Arqueologia Régional, Murcia 21-24 Marzo 1990, (colecciôn de Memorias arqueologicas, n° 4), Région de Murcia, Consejalia de Educatión y Turismo, Direction Régional de Cultura, Servicio Régional del Patrimonio Histôrico, 1992, pp. 495-509.

    14 A. Bazzana, op. cit., pp. 126-127 et 133.

    15 J. Gattefossé, « Les greniers de falaises, forme ancienne d’agadir collectif », Bulletin de la Société de Préhistoire du Maroc, 8e année, 3-4, 1934, p. 102.

    16 A. Bazzana, op. cit., p. 79.

    17 Navarre Palazon, art. cit., 1985, p. 38.

    18 Dj. Jacques-Meunié, op. cit., 1951, 164.

    19 Abd. Ayoub et L.-L. Le Quellec, « Gasr al-Hâg, un grenier fortifié dans la Djeffara libyenne », Les techniques de conservation des grains à long terme, 2, M. Gast et F. Sigaut, éds., Paris, 1981, p. 9.

    20 A. Bazzana, op. cit., p. 503.

    21 Dj. Jacques-Meunié, « Greniers collectifs », Hespéris, XXXVI, 1949, p. 102 ; R. Montagne, « un magasin collectif de L’Anti-Atlas : l’Agadir des Ikounka », Hespéris, IX, 1929, p. 174 ; M.-C. Delaigue « Deux exemples d’habitat rural en Andalousie orientale : approche ethno-archéologique », in : Bermùdez Lopez J. et Bazzana A. (éds) 1990, La casa hispano-musulmana. Aportaciones de la arqueologia – La maison hispano-musulmane. Apports de l’archéologie, Publicaciones del Patronato de la Alhambra y Generalife, Granada, pp. 21-45 ; P. Cressier, A. Gomez Becera, G. Martinez Fernandez, « Quelques données sur la maison rurale nasride et morisque en Andalousie orientale : le cas de Shanash/Senes et celui de Macael Viejo (Almenía) », in Bermùdez Lopez J. & Bazzana A. (eds.) 1990, pp. 230-232 ; Bazzana (A.), ibid., p. 248.

    22 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 83.

    23 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 342.

    24 L. Bolens, « La conservation des grains en Andalousie médiévale d’après les traités d’agronomie hispano-arabes », Les techniques de conservation des grains à long terme, M. Gast et F. Sigaut, éds., Paris, 1979, pp. 105-106.

    25 Cette nouvelle répartition des cases n’est pas exceptionnelle : voir e.a. Dj. Jacques-Meunié, op. cit., 1951, pp. 119-125.

    26 J.-J. Rodriguez Lorente, Numismâtica de la Murcia musulmana, Madrid, 1984, p. 105.

    27 J. Torres Fontes, La reconsquista de Murcia en 1266 par Jaime I de Aragón, Murcie, 1967, pp. 35-36.

    28 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 337.

    29 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 279.

    30 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 341.

    31 Voir p.e. G. Marçais, Manuel d’art musulman. L’architecture. Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne, Sicile. I. Du /Xe au XIIe siècle, Paris, 1926, pp. 130-136 ; R. Azuar Ruiz, « una râbita hispanomusulmana del siglo X (Guardamar del Segura, Alicante), Archéologie islamique (Paris), I, 1990.

    32 A. Bazzana, P. Guichard, « Archéologie extensive dans la région Valencienne (Espagne) », in : Gh. Noyé (ed.), Castrum 2. Structures de l’Habitat et occupation du sol dans les pays méditerranéens : les méthodes et l’apport de l’archéologie extensive, Collection de l’école Française de Rome 105 – Publications de la Casa de Velazquez, série archéologie IX, Rome – Madrid, 1988, pp. 3-28.

    33 Voir note 428.

    34 R. Montagne, art. cité, 1929, pp. 203-204 ; voir aussi p. 21.

    35 J. Gattefossé, art. cité, 1934, pp. 92-93.

    36 R. Montagne, art. cité, 1929, p. 146.

    37 Hérin, s. d., p. 13.

    38 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 246.

    39 Amigues, F., Mesquida, M., 1993, Les ateliers et la céramique de Patenta (XIIIe – XVe siècles), Beziers, Musée Saint-Jacques, p. 47, fig. 3.

    40 Sur ces costumes et leur représentation dans la céramique du bas Moyen Âge, voir François Amigues, « un albahaquero de cerámica común en el Museo de Paterna »,
    Archivo de arte valenciano, ano LXVII, 1986, p. 98-99.

    41 M. Rodriguez Llopis, « Pobacion y fiscalidad en las comunidades mudéjares de reino de Murcia (siglo XV) », Actas del III Simposio Intemacional de Mudejarismo Teruel, 1986, pp. 48-49.

    42 Dj. Jacques-Meunié, op. cit., 1951, p. 185.

    43 ibid., p. 186.

    44 M.-C. Delaigue, « Possible influence berbère dans la céramique médiévale de la région Valencienne », Bulletin d’Archéologie Marocaine, XV, 1984.

    Auteurs

    • François Amigues

      Université de Perpignan et casa de Velázquez.

    • Johny De Meulemester

      Service National des Fouilles, Musée du Grand-Duché du Luxembourg.

    • André Matthys

      Directeur du Service National des Fouilles de la Région Wallonne.

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    1 P. Guichard, « Orient et Occident : peuplement et société », Castrum l, Habitats fortifiés et organisation de l’espace en Méditerranée médiévale, Lyon, (Travaux de la Maison de l’Orient, n° 4), 1983, p. 93.

    2 A. Bazzana, Maisons d’Al-Andalus. Habitat médiéval et structures du peuplement dans l’Espagne orientale, Casa de Velázquez, Madrid, 2 vol., 1992, p. 221. Il donne des exemples où les limites territoriales restent inchangées ; lorsqu’il y a des modifications, elles sont de trois sortes : 1. amputation du territoire musulman et pour création de nouvelles entités, 2. distribution entre plusieurs seigneuries des terres d’un hisn, 3. parfois le regroupement de plusieurs husun.

    3 A. Bazzana, ibid, p. 223.

    4 J. Navarro Palazón, « El despoblado islâmico de Siyâsa (Cieza) », Revista de Arqueologîa, 53, 1985, p. 38.

    5 Dj. Jacques-Meunié, Greniers-citadelles au Maroc, Publications de l’Institut des Hautes Études Marocaines, t. LII, Paris, 1951, pp. 178-179.

    6 A. Bazzana, op. cit., p. 504 : tapial=tabiya, matériau et procédé de construction faisant appel à un mélange de terre, de cailloux et de mortier de chaux, installé en lits successifs dans un coffrage de bois.

    7 A. Bazzana, op. cit., pp. 119-120 et note 327.

    8 A. Bazzana, op. cit., pp. 129-130 et 501.

    9 A. Bazzana, op. cit., p. 121, note 339 et pp. 251-257.

    10 A. Bazzana, op. cit., p. 255.

    11 Dj. Jacques-Meunié, Architecture et habitats du Dadès, Maroc Présaharien, Paris, 1962, pp. 58-61.

    12 Dj. Jacques-Meunié, op. cit., p. 125.

    13 Nous renvoyons aux rapports administratifs qui comprennent une description détaillée de chaque structure et en particulier au rapport de la seconde campagne de fouilles (1989) qui a été publié dans Memorias de Arqueologia 1989, Primeras Jornadas de Arqueologia Régional, Murcia 21-24 Marzo 1990, (colecciôn de Memorias arqueologicas, n° 4), Région de Murcia, Consejalia de Educatión y Turismo, Direction Régional de Cultura, Servicio Régional del Patrimonio Histôrico, 1992, pp. 495-509.

    14 A. Bazzana, op. cit., pp. 126-127 et 133.

    15 J. Gattefossé, « Les greniers de falaises, forme ancienne d’agadir collectif », Bulletin de la Société de Préhistoire du Maroc, 8e année, 3-4, 1934, p. 102.

    16 A. Bazzana, op. cit., p. 79.

    17 Navarre Palazon, art. cit., 1985, p. 38.

    18 Dj. Jacques-Meunié, op. cit., 1951, 164.

    19 Abd. Ayoub et L.-L. Le Quellec, « Gasr al-Hâg, un grenier fortifié dans la Djeffara libyenne », Les techniques de conservation des grains à long terme, 2, M. Gast et F. Sigaut, éds., Paris, 1981, p. 9.

    20 A. Bazzana, op. cit., p. 503.

    21 Dj. Jacques-Meunié, « Greniers collectifs », Hespéris, XXXVI, 1949, p. 102 ; R. Montagne, « un magasin collectif de L’Anti-Atlas : l’Agadir des Ikounka », Hespéris, IX, 1929, p. 174 ; M.-C. Delaigue « Deux exemples d’habitat rural en Andalousie orientale : approche ethno-archéologique », in : Bermùdez Lopez J. et Bazzana A. (éds) 1990, La casa hispano-musulmana. Aportaciones de la arqueologia – La maison hispano-musulmane. Apports de l’archéologie, Publicaciones del Patronato de la Alhambra y Generalife, Granada, pp. 21-45 ; P. Cressier, A. Gomez Becera, G. Martinez Fernandez, « Quelques données sur la maison rurale nasride et morisque en Andalousie orientale : le cas de Shanash/Senes et celui de Macael Viejo (Almenía) », in Bermùdez Lopez J. & Bazzana A. (eds.) 1990, pp. 230-232 ; Bazzana (A.), ibid., p. 248.

    22 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 83.

    23 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 342.

    24 L. Bolens, « La conservation des grains en Andalousie médiévale d’après les traités d’agronomie hispano-arabes », Les techniques de conservation des grains à long terme, M. Gast et F. Sigaut, éds., Paris, 1979, pp. 105-106.

    25 Cette nouvelle répartition des cases n’est pas exceptionnelle : voir e.a. Dj. Jacques-Meunié, op. cit., 1951, pp. 119-125.

    26 J.-J. Rodriguez Lorente, Numismâtica de la Murcia musulmana, Madrid, 1984, p. 105.

    27 J. Torres Fontes, La reconsquista de Murcia en 1266 par Jaime I de Aragón, Murcie, 1967, pp. 35-36.

    28 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 337.

    29 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 279.

    30 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 341.

    31 Voir p.e. G. Marçais, Manuel d’art musulman. L’architecture. Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne, Sicile. I. Du /Xe au XIIe siècle, Paris, 1926, pp. 130-136 ; R. Azuar Ruiz, « una râbita hispanomusulmana del siglo X (Guardamar del Segura, Alicante), Archéologie islamique (Paris), I, 1990.

    32 A. Bazzana, P. Guichard, « Archéologie extensive dans la région Valencienne (Espagne) », in : Gh. Noyé (ed.), Castrum 2. Structures de l’Habitat et occupation du sol dans les pays méditerranéens : les méthodes et l’apport de l’archéologie extensive, Collection de l’école Française de Rome 105 – Publications de la Casa de Velazquez, série archéologie IX, Rome – Madrid, 1988, pp. 3-28.

    33 Voir note 428.

    34 R. Montagne, art. cité, 1929, pp. 203-204 ; voir aussi p. 21.

    35 J. Gattefossé, art. cité, 1934, pp. 92-93.

    36 R. Montagne, art. cité, 1929, p. 146.

    37 Hérin, s. d., p. 13.

    38 A. Bazzana, op. cit., 1992, p. 246.

    39 Amigues, F., Mesquida, M., 1993, Les ateliers et la céramique de Patenta (XIIIe – XVe siècles), Beziers, Musée Saint-Jacques, p. 47, fig. 3.

    40 Sur ces costumes et leur représentation dans la céramique du bas Moyen Âge, voir François Amigues, « un albahaquero de cerámica común en el Museo de Paterna »,
    Archivo de arte valenciano, ano LXVII, 1986, p. 98-99.

    41 M. Rodriguez Llopis, « Pobacion y fiscalidad en las comunidades mudéjares de reino de Murcia (siglo XV) », Actas del III Simposio Intemacional de Mudejarismo Teruel, 1986, pp. 48-49.

    42 Dj. Jacques-Meunié, op. cit., 1951, p. 185.

    43 ibid., p. 186.

    44 M.-C. Delaigue, « Possible influence berbère dans la céramique médiévale de la région Valencienne », Bulletin d’Archéologie Marocaine, XV, 1984.

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    Amigues, F., De Meulemester, J., & Matthys, A. (1998). Un grenier fortifié almohade dans la région de Murcie : le Cabezo de la Cobertera (Abaràn-Blanca). In A. Rousselle & M.-C. Marandet (éds.), Le paysage rural et ses acteurs. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.28922
    Amigues, François, Johny De Meulemester, et André Matthys. « Un grenier fortifié almohade dans la région de Murcie : le Cabezo de la Cobertera (Abaràn-Blanca) ». In Le paysage rural et ses acteurs, édité par Aline Rousselle et Marie-Claude Marandet. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 1998. doi:10.4000/books.pupvd.28922.
    Amigues, François, et al. « Un grenier fortifié almohade dans la région de Murcie : le Cabezo de la Cobertera (Abaràn-Blanca) ». Le paysage rural et ses acteurs, édité par Aline Rousselle et Marie-Claude Marandet, Presses universitaires de Perpignan, 1998, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.28922.

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    Rousselle, A., & Marandet, M.-C. (éds.). (1998). Le paysage rural et ses acteurs. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan. https://doi.org/10.4000/books.pupvd.28812
    Rousselle, Aline, et Marie-Claude Marandet, éd. Le paysage rural et ses acteurs. Perpignan: Presses universitaires de Perpignan, 1998. doi:10.4000/books.pupvd.28812.
    Rousselle, Aline, et Marie-Claude Marandet, éditeurs. Le paysage rural et ses acteurs. Presses universitaires de Perpignan, 1998, https://doi.org/10.4000/books.pupvd.28812.
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